Parce que l’urbanisme, l’aménagement, passent aussi par l’oreille !

Les ambiances sonores, parfois appelées paysage sonore, sont en fait très peu considérées dans les projet d’aménagements, urbains ou non. Si des études acoustiques métrologiques sont effectuées, si on prend en compte des normes d’isolation, d’isolement, de réverbération, principalement liées aux risques potentiels de « pollution sonore », quid des aspects qualitatifs, esthétiques, culturels… Et au final, comment dépasser la notion de s’isoler des sons – donc d’une forme de vie sociale – plutôt que de mieux vivre avec. Question problématique pour les émetteurs-récepteurs que nous sommes.

La recherche d’aménités audio-paysagères, de signatures acoustiques inhérentes aux lieux, d’ambiances dépassant le résiduel pour penser le conceptuel, de modèles d’aménagements où l’oreille, à l’instar de la vue, trouve aussi son compte… un projet qui devrait être aujourd’hui pensé de façon plus indiscipinaire.

Écoute t-on encore, dans nos villes, hors crise sanitaire, le son de nos pas sur des sols aux matériaux différents, celui du vent et de la pluie, des oiseaux et des fontaines, des voix ambiantes ? Échappe t-on à la chappe de la grande rumeur ultra motorisée ? Peut-on se parler sans élever la voix, ni trop tendre l’oreille ? S’habitue t-on, envers et contre tout, plus ou moins inconsciemment, à des formes de pollutions pernicieuses qui mettent à mal notre santé, notre équilibre ?

Peut-on prôner une belle, sinon meilleure scène auriculaire, préserver, (a)ménager des oasis acoustiques, des points d’ouïe cherchant une belle écoute, dans des cités parfois saturées de signaux qui mettent nos sens à mal ?

Un artiste sonore, musicien, designer… peut-il amener une « audio-vision » élargissant les approches quantitatives, normatives, vers des gestes sensibles, qualitatifs, esthétiques ?

Les profondes et inquiétantes transformations de nos éc(h)osystèmes ne devraient-ils pas nous pousser à penser de nouvelles formes d’aménagements où le sonore, entre saturation et paupérisation, serait également un critère de mieux vivre (ensemble) ?

Autant de question qui devraient, doivent, nous questionner sur nos rapports sensibles, esthétiques, nos inter-sociabilités, avec les espaces, tant publics que privés.

La marche, un repérage de territoires sensibles ?

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Il y a peu, nous avons marché en groupe*. Une vingtaine de personnes je pense. Des artistes, écoutants, regardeurs, pourfendeurs, raconteurs, photographes, urbanistes, auteurs, paysagistes… Et plus encore, que je n’ai pas identifié.

Une vingtaine de kilomètres parcourus, dans des routes, chemins, ruelles, lotissements, banlieues, villes presque nouvelles, sentiers, parcs, folles prairies et gentilles jungles, gares, centres commerciaux… Une ville en morceaux recomposée au fil des pas.

Une géographie incluant Massy Palaiseau, Antony, la Plaine de Montjean, Wissous, Rungis, Wissous, Orly… Sans doute pas dans le bon ordre et avec des carences, tant je découvrais le territoire trajectoire.

 

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Passages frivoles, speed, folâtreries, détours et lignes presque droites, nous jouons avec des figures de trajectoires en mode péri-urbain, que nous empruntons, plus ou moins.
Des paroles, des récits, des « que fais-tu – qui es -tu ? », des connaissances communes qui rézautent à n’en plus finir, des bribes d’histoires au gré de la traversée, parfois trop de paroles sans doute, à perdre de vue et d’écoute les enchainements de situations, d’ambiances, de traces de villes.
Mais néanmoins cela brasse et foisonne de façon quasi jubilatoire.

Un bout d’itinéraire parmi tant d’autres, parmi tant de possibles chemins.

À cet endroit, le repérage laisse entrevoir, voire implique une suite, un prolongement, dénote un projet en chantier, qui nous conduit à attendre une version marchée définitive ou presque, plus ou moins achevée.

La ville se lit en même temps que le paysage s’écrit, parfois dans la complexité digressante des paroles de chacun.
Qui du regard, de l’oreille, de la voix n’a pas histoire à proposer, fragmentée au gré des rythmes accidentés, des hiatus urbanus, des embuches trébuches, de cailloux en herbes folles.

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Ici, la problématique n’est pas de tisser une cohérence renforcée par des attitudes concentrées, quasi studieuses, ou au moins perceptuellement attentionnées.

Ici, l’ambiance est sujette à l’aléa d’un groupe qui parcellise les perceptions pour au final, trouver des moyens de malgré tout faire ensemble, dans tous les sens du terme.

Da la lumière de Giverny aux frissonnements des peupliers trembles, des tâches de couleurs saillant sur des façades faux-semblant, des beaux châteaux d’eau au béton léprosé, des rampes à chats descendant des balcons et avec une rampe main-courante s’il vous plait, d’un opéra au style un brin désuet ,jusqu’à l’architecture commerciale Play Mobil, le paysage se construit au fil de la marche. Paysages surprenants, d’autant plus qu’on s’y plonge sans trop de retenue, pour en faire saillir les incongruités, celles-là même qui le rendent au final plus humain, plus attachant, y compris sous d’étranges aspects ou dérapages urbano-arcihtecturaux.

C’est un repérage issu d’autres repérages, effectués apparemment de bien d’autres façons, et que je n’ai pas connues.
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Le repérage est une forme d’écriture en projet, en action, un Projectum, une forme de prospective qui lance devant elle des idées, des essais de mises en situations, des ressentis-stimuli qui s’additionneront pour entamer une ou des collections, des carnets de notes, donnant corps, incarnat de ce qui deviendra l’Œuvre. œuvre sur laquelle pourront s’encanailler de multiples marcheurs, sur les traces de…

Ici, le repérage revient à ses sources, étymologiquement parlant, un trait, une marque que l’on fait pour retrouver une hauteur, une distance, un alignement, pour ajuster avec exactitude différentes pièces d’un ouvrage. La trace trait est le chemin que suivent nos pieds, qu’interprète notre imagination, ce que brasse le groupe, qui fait ainsi vivre une forme de trajectoire sensible dans un paysage polymorphe.

Le repérage est une lecture sensible, polyphonique, de tracés infinis, mais qu’il faut bien cerner, circonscrire un jour, tout en laissant la possibilité de de les transformer, de les varier, ou d’user de la variation, concernant les itinéraires choisis.

Cette action pré-déterminante est elle-même un processus d’écriture qui convoquera le sensible, autant que puisse se faire, dans la modélisation d’un territoire arpenté.
Chacun n’ayant pas les mêmes formes de sensibilité, l’effet groupe pourra contaminer L’action se révèle, par différents ressentis personnels, où l’œil, l’oreille, la sensation cinétique, l’odorat et le toucher, qui parfois, seront partagés dans un mode d’écriture plurielle et (presque) commune.

Le repérage n’en finit pas de repérer des espaces, de se repérer lui-même, de nous y repérer, pour mieux se construire au final, lequel final fuyant sera d’ailleurs toujours remis en question par une série d’arpentages d’un territoire qui se reconstruira au fil des aménagements successifs.

*Des marcheurs acteurs du Sentier Métropolitain du Grand Paris – http://www.enlargeyourparis.fr/sentier-grand-paris-en-marche/