L’attention à la marche

Inauguration d’un Point d’Ouïe et PAS à La Romieu – Made of Walking 2017

 

L’attention à la marche

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Made of Walking 2017 s’est tenue dans la petite cité de La Romieu – littéralement une toponymie qui nous enseigne du fait que les pèlerins vont (allaient) à Rome en passant par ou en partant de ce village. C’est ici où se sont rassemblés fin août, une quarantaine de marcheurs, dessinateurs, penseurs, écoutants, venus de différents pays. Des ateliers en marche et réflexions se sont déroulés une semaine durant, de jour, de nuit, poétiques, philosophiques, méditatifs, militants, déambulants.
http://www.themilena.com/pdf-files-projects-the-milena-principle/s-programme-FR-MOW-La-Romieu-final.pdf
Le village de La Romieu est aujourd’hui une étape de pèlerinage importante, non plus vers Rome, mais pour Saint-Jacques de Compostelle. Son patrimoine bâti, un ensemble collégial classé au patrimoine mondial de l’Unesco, un lavoir gothique, la beauté de ses paysages alentours, font que le village constitue un lieu de rencontre symbolique pour tester, pratiquer et célébrer moult formes de déambulations pédestres.

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Comme à mon habitude, et d’autant plus que le séjour se déroule sur une semaine, je m’installe progressivement dans une forme d’immersion. Il s’agit pour moi d’errer de ci de là, tôt le matin, dans la journée, à nuit tombée. Je marche bien sûr, mais aussi prends la mesure de la vie sonore des lieux en m’asseyant sur les différents bancs qui ponctuent La Romieu, de pierre (mon préféré), de bois ou de métal. Mes oreilles sont toujours titillées par l’excitation de découvrir un lieu inconnu, que j’écoute, mais regarde aussi avec une certaine gourmandise sensorielle. J’adore les rencontres, les échanges, avec mes logeurs, les habitants, les commerçants – où trouver ceci et cela, entre autres des spécialités locales, à manger comme à boire. Les spécificités culinaires et viticoles, les produits du cru, j’y ai découvert le melon de Lectoure, de succulents fromages de chèvre locaux, véritables régals, sont un autre patrimoine qui possède pour moi de vraies valeurs repères pour comprendre et bien se sentir dans un territoire.

Mais il faut également entrer dans l’histoire, petite ou grande, ancienne ou en cours, pages couvertes de récits au quotidien, que la marche révèle au fil des pas. Et l’histoire de La Romieu est riche, son architecture en témoigne, mais aussi cette belle légende des chats d’Angeline, et la présence en chair et en os de Rimbô, le célèbre félin, chat fétiche et très âgé du village, à qui une équipe d’artistes a même dédié un parcours géolocalisé.
La Romieu se tisse à mes oreilles des sons du jour comme de la nuit, la cloche de la Collégiale égrenant ses tintements, son Angelus, les terrasses des restaurants qui s’ouvrent et se ferment, avec les clients qui discutent sous les arcades séculaires autant que joliment réverbérantes, un lavoir qui glougloute dans un écrin de verdure bruissonnant, des pas, des rires, un village qui s’anime et s’endort au fil des heures, l’acoustique de ses ruelles très serrées peuplées de pigeons qui s’envolent effarouchés, des nids de jeunes hirondelles pépiantes, lovées sous les toits… C’est ainsi que se dessine, par bribes, l’histoire sonore du lieu, la mienne en tous cas, mais aussi celle que je tenterai de partager avec le plaisir sans cesse renouvelé d’ausculter en groupe l’audio biotope du village, et sa poésie auriculaire intrinsèque.

L’un de mes objectifs, outre de procéder à des PAS – Parcours Audio Sensible, un nocturne et l’autre diurne, est aussi de repérer, de choisir un Point d’ouïe remarquable, afin de l’inaugurer officiellement.
Le premier PAS fut nocturne. Nous sommes entrés dans une douce histoire sonore, au moment où s’endort le village, où des voix et des sons de télé sourdent des fenêtres, où Écho s’installe pour quelques instants dans une intime ruelle, par le biais d’une micro installation sonore éphémère, où l’on ausculte le sons de nos pas sur les graviers (hommage à Pauline Oliveros) via des « longues-ouïes ». Nous auscultons aussi les chants secrets de la végétation, des arbustes, des pierres… Nous plongeons un instant dans la nuit peuplée d’une multitudes de chants d’insectes et autres discrets nocturnes. Le bas du village nous livre un incroyable moment de silence, instant si rare aujourd’hui. Nous finissons notre parcours sur la terrasse désertée d’un bar, pour communier dans l’écoute une dernière fois, ensemble, dans le calme du village…
Le second parcours fut diurne, et donc sensiblement différent. Nous entrons dans les résonance du cloître de la Collégiale, écoutons ici aussi le son de nos pas dans le déambulatoire, auscultons les végétaux du jardin et la pierre de l’édifice. Nous déplorons la « musique de fond » qui écrase et annihile la pourtant belle acoustique de l’église. Dans la somptueuse chapelle peinte, nous jouons avec l’acoustique, par un chant diphonique, et surprise, une réponse chantée nous parvient du haut des escaliers de la tour, où un homme, accompagné de son fils, joue lui aussi avec les résonances des lieux. Une belle et inopinée réponse vocale que nous conserverons dans un recoin de l’oreille.
Chacun de ces deux PAS, si différents fussent-ils, nous entrainent, nous embarquent dans une trame sonore spécifique à La Romieu.

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Arrive alors le jour de l’inauguration officielle du Point d’ouïe. Ce dernier à été finalement très vite choisi. Il s’agit du magnifique lavoir gothique, en contre-bas du village. Ce site s’est très vite imposé à moi, enceinte aquatique, verdoyante, oasis de calme peuplé, selon les heures, des chants d’oiseaux, d’insectes, des glouglouttements de l’eau, du vent dans les arbres environnants, très prégnant ce jour-ci. D’ailleurs, d’autres artistes avaient choisi ce lieu pour installer leur voix dans une très longue et performative lecture publique de Peter Jaeger, ou pour jouer en contrepoints avec le plic-ploc ambiants et de nouvelles gouttelettes installées par Inge van den Kroonenberg. D’autres encore y reproduiront des gestes séculaires du pliage des draps.
Ce nouveau Point d’ouïe est inauguré en présence de Monsieur le Maire de La Romieu, de l’élue à la culture, d’un élu du Conseil Régional, des représentants de l’association culturelle le bouc qui zouke, d’habitants et des marcheurs de Made of Walking.
Nous y soulignerons que, au-delà du côté symbolique, voire anecdotique, de cette inauguration, c’est une forme de militance pour la belle écoute, la protection de tels lieux, y compris acoustiquement, le plaisir de ré-écouter nos espaces de vie. A cette militance écologique, cette prise de position ancrée dans une écologie sonore telle que l’a pensée Raymond Murray Schafer, viendra s’ajouter de façon plus impromptue, celle d’une militance pour la cause féminine, mélangeant ainsi quelque peu les torchons et les serviettes, ce qui est presque « normal » dans un lavoir. Ainsi se croisent inopinément deux revendications, l’une liée à l’écoute, l’autre à la cause des femmes, dans l’espace symbolique du lavoir, lieu de travail, lieu de rencontres, lieu d’échanges, et ici de revendications.
Comme à l’accoutumée, nous nous rendrons en marche silencieuse vers ce nouveau Point d’ouïe et, après les discours officiels, observerons quelques minutes de silence/écoute collective, non pas commémoratives, mais bien pour acter de l’inauguration de ce nouveau lieu d’écoute à ajouter à la liste de ceux déjà existants.
La mairie, en partenariat avec l’association culturelle locale le bouc qui zouke, matérialisera d’ailleurs le Point d’ouïe d’un panneau in situ.

La carte postale sonore  réalisée durant le séjour est un montage audio de différentes ambiances de nuit et de jour, lors de repérages effectués en solitaire, du centre bourg au lavoir. C’est une vision (audition) très personnelle de La Romieu by Desartsonnants, entre zooms, ambiances, jeux de portails et gouttes d’eau, et bien sûr l’appel quelques chats nocturnes venus saluer mes micros.

 

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Documents, liens

Vidéo inauguration par ArtFactories : https://vimeo.com/233304865?activityReferer=1

Carte postale sonore, écoutez ici : https://www.mixcloud.com/desartssonnants/lattention-à-la-marche-la-romieu-made-of-walking-2017/

Album photos PAS nocturne: https://www.flickr.com/photos/desartsonnants/albums/72157686083053590
@photos Ienke Kastelein

Album photos Lavoir, inauguration du point d’ouïe, Lecture et installation : https://www.flickr.com/photos/desartsonnants/albums/72157686374479000
@photos Ienke Kastelein, Nawel Gendouz, Julie Poitras Santos, ArtFactories, Ruth Broadbent

Le Point d’ouïe du lavoir de La Romieu est géolocalisé et répertorié ici – https://www.google.com/maps/d/u/0/edit?mid=1pnyLlyY12C6HeaqKgJhOmLMFM-w&hl=fr&ll=43.983500128879484%2C0.49816358284022044&z=19

 

 

 

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Inauguration d’un Point d’ouïe au Prieuré de Vausse

Le Prieuré de Vausse en écoute

Le 18 juillet 2016 à 18H30, lors de la Word Listening Day – Partenariat CRANE Lab Vausse AnimationsLe festival Ex-voO -Desartsonnants

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@Crédit photo  Yuko Katori

 

J-1, repérage
Après un petit périple dans la magnifique campagne de l’Auxois, que j’apprécie de plus en plus au fil de mes venues, nous arrivons, en bordure de forêt, aux portes du Prieuré, entouré, protégé même, me semble t-il, par une nature joliment accueillante.
Nous effectuons, guidé par l’un des propriétaires du lieu, un repérage des différents espaces du Prieuré. La cours de la ferme, l’ancienne église, aujourd’hui salle d’exposition et de concert, la magnifique bibliothèque, hélas fermée au public, le cloître, et lui attenant le surprenant «Jardin des sensibles », pour finir par l’ancien et imposant four de la faïencerie locale, avant que de revenir vers le cloître.
Il se dégage de ses différents espaces un sentiment  de calme, de quiétude, d’apaisement qui, dans des époques un brin agitées, nous offrent un havre de paix oh combien appréciable, mais j’y reviendrai en vous contant notre belle écoute du lendemain.
Le point d’ouïe est assez vite choisi, je vous le détaillerai également le moment venu.

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Entrer une légende

@Crédit photo Yuko Katori

 

Jour J – Un PAS et l’inauguration

18H30, le public est présent, assez nombreux en ce lundi estival, certaines personnes ayant même décidé de participer aux deux inaugurations de la journée, à Montbard, et ici, sur la commune de Chatel-Gérard.
Comme à l’accoutumé, une courte présentation de la World Listening Day, de l’écologie sonore qu’elle défend en donnant à entendre ce jour de multiples paysages, et enfin de ce que signifie et représente pour moi le fait d’inaugurer un point d’ouïe.
Nous commencerons notre Parcours à l’extérieur de l’enceinte du Prieuré, face à un vaste champ, fermé à l’horizon, d’une barrière de collines boisées. J’ai pour habitude de préssentir les espaces acoustiques à échos, et de les tester en les faisant sonner de ma trompe, pour vérifier mon pressentiment. Ce que je fais donc ici. Et, à ma grande déception, rien ne se passe a priori. Mais voila que quelques micro secondes plus tard, dans le lointain, assez loin à vrai dire, trois échos me répondent. De beaux échos ! Je réitère donc plusieurs fois l’excitation des échos, avec succès. Le paysage au loin, complice, nous répond. Une belle entame pour explorer de l’oreille le Prieuré dans lequel nous pouvons rentrer maintenant.
L’oreille resserre son écoute dans la cour du Prieuré ou des enfants jouent, ponctuant l’espace de leurs frais rires et cris.
Nous passons dans le prieuré même, avec un arrêt à l’entrée, sous les voûtes du déambulatoire entourant le jardin central du cloître.
Une nuée d’hirondelles nous y accueillent en tissant de volubiles traits sonores qui irisent l’espace dans une dynamique qui nous ravit l’oreille.
Une sculpture de métal sonne joliment dans la réverbération des lieux, lorsqu’on l’excite de baguettes caoutchoutées.
Le centre du jardin ré-ouvre notre écoute, notamment vers une nouvelles nuée d’hirondelles et de moineaux piaillant en se partageant l’espace.
J’installe temporairement une installation sonore mobile se jouant des lieux en lui greffant momentanément des sons tout à fait exogènes, qui leurs confèrent une étrange ambiance peuplée de cris d’animaux, auxquels répondent en contrepoint les feulements de la sculpture centrale caressée.
Nous passons dans le « jardins des sensibles ».
A chaque passage d’un lieu vers un autre, les ambiances changent sensiblement, avec des espaces aux plans sonores plus ou moins resserrés, aux ambiances nettement différenciées, néanmoins tout en restant dans une harmonie homogène, baignée d’une sérénité propre à ce genre de lieu. Les pierres et les végétaux semblent entretenir ici une belle connivence pour protéger la quiétude ambiante, sonore y compris.
Le passage, assez long dans le jardin, sera un moment fort, instant de grâce, où la synergie du groupe d’écoutants soudera une écoute collective pour le moins intense. Des moments d’une rare intensité émotionnelle, un partage sensoriel en acmé, comme l’instant le plus fort d’un orchestre transporté par la musique même qu’il interprète. Ici, la musique est celle des lieux, et les musiciens des abeilles, le vent dans les arbres, des voix d’enfants au lointain, et moult bruissonnements ambiants.
Chaque écoutant se poste là où il veut, s’immobilise, s’assoit, s’allonge, immergé dans une ambiance acoustique vivifiante. Plusieurs nids d’abeilles font frémir un coin de mur d’une onde doucement vrombissante. Chaque point du jardin résonne d’une vie propre, mais qui tisse un tableau sonore joliment unifié. Nous auscultons les arbres et les plantes du bout de longue-ouïes.
Difficile de s’extirper de cette ambiance pour revenir au cloître, lieu élu au final pour l’inauguration du nouveau Point d’ouïe.
Dernière phase d’écoute, celle-ci pour inaugurer officiellement le point d’ouïe, et les oiseaux sont plus que jamais de la partie dans ce silence incroyablement habité.
Il me semble, et je le dirai pour clôturer la cérémonie d’écoute, que nous retrouvons collectivement une partie du silence monacal que les pierres auraient conservé, presque magnifié au fil des siècles, pour s’offrir encore aujourd’hui à qui sait aller les dénicher du bout de l’oreille.
Ce nouveau Point d’ouïe, qui sera également signalisé in situ et géolocalisé via internet, sur une cartographie spécifique.
Cette journée de la World Listening Day fut très riche de sons et d’actions d’écoute partagés, dans deux sites magnifiques, avec le parc du Château Buffon à Montbard, et tellement différents acoustiquement.
La beauté visuelle des sites résonne directement avec leur beauté sonore, même si cette dernière est beaucoup moins perçue au quotidien que la première. Ces journées sont notamment là pour révéler ces sites auriculaire remarquables.

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@Crédit photo Yuko Katori

Album photos – @crédit Yuko Katori

Prieuré de Vausse

Vausse Animations

Cartographie des points d’ouïe inaugurés

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INAUGURATION D’UN POINT D’OUÏE À MONTBARD

MONTBARD, DOUBLE POINT D’OUÏE ET LIGNE D’ÉCOUTE

 

Parc du château Buffon de Montbard, le lundi 18 juillet à 16H, pour la World Listening Day

 

28435036656_5bf8bbb260_n1Crédit photo @Yuko Katori

Jour J-1, 17 juillet vers 12H, repérage
Nous avons envisagé cette inauguration sur le site du Parc du château Buffon, car sa position dominante sur la vallée, ses différentes terrasses, chemins, falaises et escaliers donnent l’occasion d’effectuer un PAS-Parcours Audio Sensible préalable, riche en diversités acoustiques. C’est une façon de se mettre l’oreille en appétit avant la cérémonie d’inauguration elle-même.
Je découvre à cette occasion, merci à l’ami Jean Voguet qui m’accompagne dans l’écoute et me guide pour cette préparation, un chemin-escalier escarpé et sinueux, qui longe une enceintes extérieure du parc Buffon, et fera une belle entame de promenade écoute.
Lors du repérage, nous arrivons au sommet du sentier-escalier à midi tout juste, au pied de l’église du château, dont la cloche nous gratifie à point nommé d’une belle volée, pour l’angélus de la mi-journée. Un arrêt s’impose pour profiter de cet appel d’airain, juste sur nos têtes, car je sais pertinemment que nous ne l’entendrons pas demain. Cette longue volée n’en finit pas de s’éteindre, espaçant progressivement ses coups, nous faisant croire que c’est le dernier, avant que de repartir sur son inertie du mouvement balancier. C’est un beau decrescendo, un ralentissement capricieux, qui nous fait entendre, dans les derniers silences de plus en plus longs, l’étrange bourdonnement, un brin « faux », ou en tout cas inharmonique, comme diraient les acousticiens, de la cloche battante.
Ces derniers battements éteints, un chant nous parvient, ponctué de paroles dans une résonance très accentuée. Il s’agit de la sortie de la messe dominicale, qui s’échappent des fenêtrons de l’église et par la porte principale ouverte. L’orgue s’’y joint, véloce et magistral, remarquablement bien joué du reste… Un enchainement d’une belle séquence sonore que nous n’aurons pas non plus demain, pour le parcours officiel. Tel est la vie  toujours changeante d’un paysage sonore, au jour le jour. Demain sera tout autre à l’oreille !
Arrivé sur la terrasse haute du parc, nous pensons à deux points d’ouïe possibles, que nous avons préalablement déjà écoutés, lors de la préparation et de l’installation plastique et sonore Canopée.
Un choix cornélien qui nous fait prendre une décision pour trouver un nouveau modèle de points d’ouïe, inédit et donc inouïe. Il sera cette fois-ci double, relié par  une ligne d’ouïe, une ligne d’écoute, permettant le passage auriculaire, en marchant d’un point à l’autre. Explication au chapitre suivant.

28467646675_528889590a_kCrédit photo @Yuko Katori

Jour J – 18 juillet à 16 – PAS et inauguration
Rendez vous dans la cours du Musée Buffon, en présence de Madame le Maire, le Directeur culturel du musée, et un groupe d’oreilles curieuses, intriguées par l’étrange idée d’inaugurer un Point d’ouïe.
Temps chaud, très chaud, voire caniculaire.
Un petit moment d’explication autour de la World Listening Day, des principes d’écologie sonore que défend cette journée, de la notion de PAS* ou de son histoire aux regards des soundwalks Canadiens et Nord-Américains.
Nous nous ébranlons, dans cette marche d’écoute collective, que je guide une fois de plus, avec ce sentiment de bien-être, de joie même, lié à ces moments de partage où l’on sent une énergie, celle de l’écoute partagée, qui émane de notre petite communauté du moment. Je répète souvent cela, mais c’est tellement énergisant dans un monde parfois timoré, où la communication se fait très (trop) souvent à coup de mails, de chats et de SMS. J’arrête là cette digression sociale pour reprendre le fil de la marche, et de l’écoute.
Nous gravissons progressivement de très anciens escaliers, entre deux murs épais, longeant le parc du château. Une toute petite partie de la ville se montre, cernée, cadrée, encadrée dirais-je, par une fenêtre visuelle et auditive, tranche verticale de ville qui dessine derrière nous. Nous nous retournons, lui faisons face de temps à autre, au fil des paliers, pour la regarder/écouter. A un moment, bel impromptu, presque à croire qu’il était programmé, une mobylette passe, gaz à fond, dans cette partie escarpée. Elle s’affiche brièvement dans l’encadrement en contre-bas. On l’entend arriver, sans la voir, dans un premier temps, dans un crescendo bourdonnant. Puis elle franchit très vite notre espace-fenêtre, le son subitement perçu très fort, disparait assez vite, laissant se réinstaller une calme et ténue rumeur urbaine. J’adore ces instants où l’on découpe l’écoute en fenêtres spatio-temporelles, très fréquentes dans l’espace urbain, effets garantis, et qui sont visiblement fort appréciés des promeneurs.
Un peu plus haut, dans le même chemin, je décide de décaler l’écoute en installant, via de mini haut-parleurs autonomes, huit sources sonores forestières et aquatiques, micros bulles sonores spatialisées, qui se répondent et s’installent de façon presque incongrue dans ce lieu minéral. Instant d’écoute acousmatique, après lequel nous laisserons à nouveau se réinstaller les sons « naturels » de l’espace.
En haut de l’escalier, plusieurs virages à angles droits viennent nous couper de la ville, nous sommes enserrés par les murs et les sons urbains étouffés par ces derniers, seule la gente avicole permet une sorte de continuité, notamment avec un beau chant d’oiseau. C’est un merle virtuose, fier et impétueux, qui semble nous suivre, et nous guider vers le haut.
Débouché sur la terrasse supérieure, qui domine Montbard sur deux versants Est et Ouest. Nous écoutons tout d’abord le centre du parc, où des sonorités assez indéfinies émergent des deux vallées, avant que de longer la muraille Ouest, donnant une vue sur le versant plus rural de la ville. Au bas, de grands arbres qui bruissonnent sous les caresses du vent. En contre-bas, des usines, des aciéries, muettes à cette période estivale, mais qui, aux dires des promeneurs, rythment la vie de la ville par leurs sons des « tubes » manipulés, barres métalliques fabriquées ici, et signature acoustique locale incontournable. On peut d’ailleurs jouer aux sons-fantômes, à les entendre dans sa tête, surtout que nombre d’entre nous les connaissent pour les avoir déjà entendus, et peut-être même écoutés, qui sait.
Quelques oiseaux rythment notre marche, mais la chaleur étant assez prégnante, beaucoup moins que ce que nous avons connus précédemment, lors de l’installation de Canopée, où choucas, corbeaux et passereaux se partageaient les arbres avec forces cris, surtout choucas et corbeaux ! Ici, ce sont plutôt des chants isolés, ciselés, discrets par rapport à certaines périodes d’écoute dans ce même parc.
Arrivés contre la tour située à l’extrémité de la terrasse supérieure, nous profitons du surplomb pour écouter, en contre-bas, l’installation sonore et avicole d’un certain Desartsonnants, vue et entendue du haut, effet canopée oblige. Des sons d’oiseaux, un brin remaniés il est vrai, émergent ici et là, se mêlant aux « vrais» oiseaux, semant parfois le doute sur le qui est qui, qui est rapporté et qui est indigène, qui est un véritable syrinx emplumé et qui se cache derrière un micro-haut parleur suspendu sous la frondaison sylvestre.
Puis nous revenons vers le centre du parc, pour préciser notre choix sur le, ou plutôt les points d’ouïe. en effet, cette terrasse haute du parc domine deux versants très différents de la vallée, côté Ouest et côté Est, avec des couleurs sonores, ambiances, sources, effets acoustiques somme toute très différents. Côté  Ouest, une rumeur tranquille, des arbres bruissonnants, la rocade au loin… Côté Est, la ville très proche  à nos pieds, des voitures, des voix, des sons plus émergents, plus diversifiés et plus denses sans doute, selon les heures et les saisons.
Cruel dilemme, choix cornélien, quel point d’ouïe élire pour l’inauguration ?
Réponse adaptée à ce cas de figure particulier : les deux – un à l’ouest, l’autre à l’Est, quasiment en vis à vis. Nous décidons de tracer entre les deux, pour les réunir, une ligne d’ouïe immatérielle, empruntant un chemin qui mène l’écoutant d’un site auriculaire à l’autre. Il nous faut le parcourir lentement, pour apprécier, dans un long fondu-enchainé, la transition d’une ambiance à l’autre, la transformation progressive du paysage sonore d’un versant à l’autre. Bel exercice d’écoute entre ces deux espaces panoramique, et un lieu rêvé en fait.
Point Est, nous inaugurons officiellement le Point d’ouïe. Madame le Maire, dans son discours inaugural, nous parle avec beaucoup d’à propos et de finesse, d’écoute, de paysages, de vie sociale, de territoire à  entendre, de signatures sonores locales…
Nous inaugurons officiellement ce lieu d’écoute par quelques minutes, non pas de silence, mais d’écoute justement.
Quelques jeux acoustiques, des longue-ouïes pour porter une oreille sur la vallée, et le fait de faire entendre comment, en reculant de quelques pas du mur d’enceinte vers l’intérieur du parc, les sons de la ville s’estompent très rapidement pour laisser place à ceux du parc, et vice versa en avançant vers le mur.
Nous parlons avec la municipalité de la matérialisation, de la localisation et de la pérennisations des points d’écoute, par de petits panels – consignes, qui expliquent in situ, en quelques mots la finalité de ce « portée d’oreilles ». Reste à voir les formes possibles, le parc étant sur un site classé aux Monuments Historiques et donc protégé. Si l’écoute y est totalement libre, l’affichage d’informations pérennes reste soumis à la validation des architectes des bâtiments de France.
Nous finissons par une dernière visite écoute de l’installation Canopée, en empruntant un bel « escalier noir « , à l’acoustique très intime, avant de déboucher sur la terrasse inférieure, vers de toutes autres ambiances visuelles et sonores, au pied d’une falaise sur laquelle se dresse le château Buffon.
Nous nous disons une dernière fois que ce très beau parc constitue un terrain et un écrin d’écoute vraiment privilégié et presque incontournable.
Nous y reviendrons d’ailleurs pour d’autres PAS lors des Journées du Patrimoine, en septembre 2016.
Grâce aux partenariats avec la ville de Montbard, CRANE-Lab, le musée Buffon, Desartsonnants, le festival Ex-voO, Montbard est devenu cette année un lieu d’écoute remarquable et je l’espère remarqué.
Départ pour le deuxième site point d’ouïe à inaugurer dans cette journée, le Prieuré de Vausse, à Châtel-Gérard toujours dans cette belle région de l’auxois. A suivre donc !

Album photo : https://www.flickr.com/photos/desartsonnants/albums/72157670650748791 –  Crédit photo @Uko Katori

Cartographie : ICI

 

* Parcours Audio Sensibles – @Desartsonnants

 

 

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INAUGUREZ VOTRE POINT D’OUÏE !

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contacts : Gilles Malatray – Desartsonnants – desartsonnants@gmail.com                           +00 33 (0)7  0680 1465 – 34 rue Roger Salengro 69009 LYON

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INAUGURATION D’UN NOUVEAU POINTS D’OUÏE À MARSEILLE

INAUGURATION DE NOUVEAUX POINTS D’OUÏE
Jardin du Mas Joyeux à Marseille

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Un point d’ouïe, voire deux, sont nés d’une envie commune, avec Sophie Barbaux, paysagiste, de travailler avec des enfants sur le choix de leurs emplacements, leurs fabrications, leurs mises en place, jusqu’à l’inauguration finale. La configuration du jardin du Mas Joyeux, qui a accueilli le projet, se structure en deux parties, l’une étant un lieux de vie des enfants du centre, et l’autre lieux de rencontre, de pratique et d’expérimentation autour d’un jardin partagé intergénérationel (3 maisons de retraite à proximité permettent des activités entre personnes âgées et enfants). Ce qui nous a fait envisager la nécessité de deux points d’ouïe différents, ayant du reste chacun leurs propres spécificités.

Tout d’abord le cadre.
Le Mas Joyeux est une des Maisons d’Enfants à Caractère Social (MECS). Ces lieux éducatifs sont des établissements sociaux ou médico-sociaux, spécialisés dans l’accueil temporaire de mineurs en difficulté. Ils fonctionnent en internat complet ou en foyer ouvert (les enfants sont alors scolarisés ou reçoivent une formation professionnelle à l’extérieur).
Le placement en MECS a notamment lieu dans les cas de violence familiale (physique, sexuelle ou psychologique), de difficultés psychologiques ou psychiatriques des parents, de problème d »alcoolisme, de toxicomanie, de graves conflits familiaux, de carences éducatives, de problèmes comportementaux de l’enfant, de l’isolement en France d’un enfant étranger…
C’est donc dans ce cadre, très particulier que nous avons travaillé, trois jours durant, avec Sophie Barbaux, Nicolas Bailleul, un artiste qui pratique le « design indigent », comme il se définit lui-même, et travaille notamment au Mas Joyeux. Mais nous avons bien sûr œuvré avec des animateurs, éducateurs, et les enfants.
Tout d’abord, un repérage, sans les enfants dans un premier temps. Je visite les lieux, on me les explique, je les regarde, je les écoute, je m’imprègne de cet ilot sur les hauteurs du 10e arrondissement de Marseille, au cœur du quartier village de Saint-Loup.
S’en suivront une série d’ateliers, avec différents groupes d’enfants, de 4 à 12 ans environs.
Un chantier participatif où il s’agit de construire, symboliquement comme physiquement ces deux points d’ouïe
Partir écouter à l’oreille nue. Qu’entends t-on dans les lieux? Comment s’y sent-on ? Où se situerait un Point d’ouïe idéal ?
Auscultations, longue-ouïes, de près, de loin, les arbres, les feuilles, l’eau, nos pas, nos voix… Expérimenter, chercher le calme (relatif). Discuter…
Ajouter, installer, spatialiser des sons « extérieurs ». Univers sonores décalés. Tester différentes configurations, fixes ou en mouvement. Revenir à l’état initial. Comparer.

Des questions. Pourquoi un point d’ouïe ? Pourquoi le symboliser, le matérialiser, le pérenniser ? Où ? Comment l’expliquer à ceux qui n’ont pas participer ? Pourquoi l’inaugurer ? Questions simples. Questions compliquées, car parfois abstraites pour certains.
C’est pour cela que Sophie me précise qu’il est nécessaire le faire exister matériellement, physiquement, de lui donner une existence concrète, d’en faire un « vrai » point où l’on pourra revenir, écouter, discuter, après…
Anecdote, dans le jardin du lieu de vie, le point d’ouïe idéal, celui faisant l’unanimité, y compris pour les adultes, est situé au centre du terrain de football. Difficile d’y planter notre point d’ouïe sans gêner quelque peu les pratiques sportives.
Compromis à trouver. Différents autres points sont envisagés. Après réécoute, négociations, avis partagés, un point est finalement adopté, en dehors de l’aire de jeu, se posant lcomme e plus pertinent que possible à l’oreille.
Ce point sera matérialisé par une signalétique type logo, avec un cône acoustique comme représentation de l’écoute, et les mots Points d’ouïe inscrits tout autour. Ce symbole suggére et propose l’écoute in situ, au pied du panneau. Il est pensé et réalisé par Colas, avec l’aide des enfants, jusque dans son implantation final (voir le diaporama).
Dans le jardin partagé, espace plus fermé, plus intime protégé, réservé à des ateliers, le deuxième Point d’ouïe sera plus « interactif ». Ce sera ici un véritable cône d’écoute, planté au milieu des jardinières, dans une petite clairière, espace choisi à l’abri d’une « fenêtre acoustique » laissant un peu trop, au goût de chacun, rentrer la rumeur de la circulation automobile.
Dans les deux cas, une inauguration festive sera organisée On creuse, enfonce, visse, petits discours, moments d’écoute, musique improvisée à la flute, gâteaux, bonbons et boissons… Il s’agit de faire une vraie manifestation pour marquer officiellement le moment où prendront effectivement vie ces points d’ouïe.
L’inauguration du dimanche, celle du jardin partagé, invite des personnes extérieures, sympathisants, curieux, artistes… Avec les enfants bien entendu !
Au final, de très beaux échanges, des écoutes, une expérience singulière, des moments de partage, ateliers, repas en commun, qui vont, pour moi, bien au-delà de l’écoute-même.

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Liens

les jardins du Mas Joyeux

Sophie Barbaux

Colas Bailleul

Drée Parcours sensible et Point d’ouïe

Drée Parcours sensible et Point d’ouïe

Festival Ex-Voo, Crane Lab, World Listening Day 2015


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Article original : http://www.echodescommunes.fr/actualite_967_Ex-voO-un-festival-pas-comme-les-autres-inaugure-a-Dree.html

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