Petite(s) histoire(s) et pratiques des PAS- Parcours audio sensibles, promenades écoutantes, façon Desartsonnants

PAS – Parcours Audio Sensible à Auch

C’est milieu des années 80, un peu plus de quarante ans aujourd’hui, alors que j’œuvrais conjointement dans le paysage et la musique que je fis deux rencontres déterminantes. L’une autour du paysage et de l’écologie sonore par la lecture du livre de Murray Schafer « The tuning of the word », l’autre celle d’Élie Tête et de l’équipe transdiscipliaire d’ACIRENE (Association de Création, d’Information et de Recherche pour l’Écoute d’un Nouvel Environnement) à Chalon/Saône.
C’est sans doute cette dernière rencontre qui orienta, et stimule encore, l’activité Desartsonnante, notamment par la pratique des marches écoutantes, dans la lignée, je le découvrirai plus tard, du soundwalking.
Milieu des années 80, ACIRENE travaille à la conception d’une méthodologie d’inventaire des paysages sonores, dont la préfiguration de fait dans la région chalonnaise et la Communauté urbaine du Creusot-Montchanin, premiers arpentages à l’oreille.
1990, « Haut-Jura terres sonores », avec toujours ACIRENE et le Parc Naturel Régional du Haut-Jura, des actions pédagogiques avec 11 écoles du parc et de nombreuses promenades dans des sites auriculaires admirables.
L’outil pédagogique se peaufine, mais aussi l’action collective et esthétique de « marchécouter ».
Je ne pensais pas à l’époque que cette pratique prendrait une telle importance dans mes interventions et recherches, jusqu’à en devenir une véritable signature made in Desartsonnants, structure apparue début des années 2000.
Ni que je découvrirai tant de forêts de rives, de villes, de quartiers, de ports, dans toute l’Europe, jusqu’en Russie, en passant par l’Afrique du Nord, le Québec, Madagascar…
Entre le plaisir de l’écoute paysagère, au sens large du terme, et des focales thématiques telles par exemple la forêt, l’eau, l’architecture, la nuit, le tourisme culturel et l’aménagement, la santé, l’arpentage, celui où l’on mesure et où on se mesure au territoire ouvre de nombreux chemins auriculaires, chemins de traverse compris.
Approche esthétique, musicale, écologique/écosophique, sociétale, urbanisme culturel… le fait de promener des oreilles curieuses sur des terrains singuliers m’a permis, modestement, de questionner différentes problématiques. Problématiques qui souvent se croisent est s’hybrident, pour contribuer à écrire et explorer sans cesse de nouveaux territoires d’écoute.
Il s’agit également de ralentir, de prendre le temps de faire, de de tendre l’oreille, de le faire sans dispositifs trop contraignants et énergivores, essentiellement à oreilles nues.
Via des ateliers écoutants, de la maternelle aux étudiants chercheurs, en passant par des résidences d’écriture (sonore et multimédia), des festivals, cartes blanches, groupes de travail, conférences, projets d’aménagements, projets éditoriaux, expositions et installations, les cadres d’intervention sont larges et tous, à leurs façons, passionnants.
Beaucoup de marches ont été expérimentées et documentées dans le cadre du projet PePaSon (Pédagogie des Paysages sonores ».
Ces parcours m’ont permis de collecter une immense somme d’enregistrements, traces, matières à écouter et à (re)composer, à installer, entre création sonore, radiophonique, et musiques audio-paysagères
Je n’imaginais pas non plus quel réseau riche y et diversifié se tisserait en marchant, avec des artistes de différents champs, chercheurs, aménageurs, pédagogues, écoutantes et écoutantes d’n instants, ou fidèles…
Et aujourd’hui encore, même si les PAS ne sont pas une finalité, plutôt des outils d’expérimentations situées, pédagogiques, de médiation, ils restent au cœur de pratiques tentant de déchiffrer acoustiquement un monde de plus en plus frénétique.
Un immense merci à toutes celles et ceux qui m’ont accueilli, soutenu, aidé à construire des parcours d’écoute ici et là, et le font encore, et sans qui peu de choses auraient sans doute vu le jour.

Quelques lieux d’arpentage, espaces partenaires

  • Aciréne,1986…
  • GMVL Lyon, 1990/2021
  • Transcultures City Sonic 2009…
  • Lyon2 Lumières, 2000…
  • ENSAL Lyon, 2000…
  • CRANE LAb, 2012…
  • CIDB Paris 2005…
  • LAMU, RAME Paris/Valais Suisse, 2010 0/2012
  • CDMC Paris, Création Musicale et jardins 203/2016
  • Centre de découverte du son 2005…
  • Le centre du son 2005/2010
  • Desartsonnants, 2000…
  • PePaSon, 2020…
  • APNÉE Grenoble, 2019…
  • Groupe Axe Rythmologie, MSH Grenoble, 2020…
  • Urbanisme Culturel, 2024…

Bien entendre nos pas

Et mes talons qui claquent

Clairs sur  sol gelé

Ils font bruisser les sentes

Amortis automnaux

Tapis aux feuilles mortes

Percevoir mon allure

Me donnent la cadence

M’invitent à ralentir

Ou à presser le pas

La marche s’entend bien

Comme un geste ambulant

Étouffé d’herbe grasse

Ou de neige ouateuse

Réverbérée de gel

Et dalles de marbre lisse

Traversant des séquences

Et jouant des cadences

Aux rythmes indécis

Aux rythmes chaloupés

Métronomes de marche

Testant sols et matières

Bien présents ou discrets

Quand aux pas ceux d’autrui

Ceux des autres allant

On les entend passer

S’approcher à l’oreille

S’éloigner à l’oreille

Différentes allures

Fières ou presqu’effacées

On peut suivre ces pas

Filer le lent flâneur

Pister le promeneur

Talonner l’arpenteur

S’attacher à ses basques

En écoutant marcheur

On se glisse à sa suite

L’oreille au pas à pas

Jeu de l’ouïe lien mobile

Qui infiltre l’espace

Des marcheurs prestes urbains

On avance sonore

On trace mouvements

On écrit des parcours

On les marque ambulant

Groupe bruissant des pieds

Traversant la forêt

Les pavés résonnants

Bien entendre nos pas

Ceux des autres aussi

se sentir piéton

Geste ambulant liant

Aux pas (dé)concertants

La vie qui est en marche

Et que l’oreille entend

Et qui nous tient vivants.

PAS – Parcours Audio Sensible au Domaine du crêt – Atelier Tiers Lieu Amplepuis

@Photo Nathalie Bou

Invité par l’Atelier Tiers-lieu d’Amplepuis, ce deuxième opus de marche écoutante va arpenter une petite partie d’un vaste parc le Clos du crêt, terrain boisé, avec étang, rocailles post baroques, chateau et ruisseau. Ce terrain de 22 ha, aménagé de fort belle façon par plusieurs générations et familles de riches industriels du textile, aujourd’hui propriété de la ville et en grande partie ouvert au public, est un terrain idéal pour promener ses oreilles.

Un ruisseau alimentant jadis les usines, longe la première partie du parcours, chantant joliment sous un couvert végétal assez dense, où piaillent joyeusement les oiseaux saluant le printemps naissant.

Un passage couvert, fausse grotte rocaille, permet une installation sonore éphémère, polyphonique, de faux oiseaux, restons dans le décor factice et facétieux.

Le débouché sur un petit lac, lui aussi artificiel, où quelques pêcheurs lancent leurs lignes dans un silence auquel nous répondons par le notre, marcheurs écoutants, amène une nouvelle ponctuation dans un paysage sonore changeant.

Deux enfants auscultent à cœur joie les arbres, pierres, mousses avec les longue-ouïes desartsonnantes… accompagnés des adultes qui font de même, comme il se doit.

Le vent souffle assez fort, secouant les branchages supérieurs des arbres, qui nous saluent en bruissant sous la ferme caresse d’Éole.

Parcours calme, néanmoins toujours pénétré d’une rumeur automobile au loin, le parc étant encerclé de routes assez circulantes. Néanmoins, la couverture végétale et la superficie du terrain amoindrissent fortement l’emprise sonore et préservent à l’oreille une belle ambiance apaisée, où le printemps tout neuf nous fait entendre le réveil progressif d’une nature encore un brin engourdie par de récents froids assez vifs.

Diaporama (Photos Nathalie Bou)

https://photos.app.goo.gl/VkF4NVWE8szfMNJ47

Vidéo (Nathalie Bou), montage Desartsonnants