Point d’ouïe, micro chronique auriculaire

Le marché de ma petite ville, un mardi matin maussade et frais, peu de monde.

Mais des voix téméraires et joviales résistent et persistent, se saluent et devisent.

Courses terminées, je m’assois, dans une sorte de rituel, sur un banc de la place centrale, un de mes favoris.

Le marché s’achève, se replie sur lui-même, en même temps que le temps s’améliore.

Les derniers forains, primeurs, traiteurs, remballent, et ça cause et ça claque.

Les services municipaux suivent, pour le nettoyage final, résidus et déchets jetés avec fracas, ça cause et ça claque encore.

Pour finir en beauté, deux souffleuses de feuilles, moteurs thermiques, hurlent de concert, perturbation acoustique agressive, à en regretter le temps des balais de bouleau.

La place sèche et s’ébroue doucement, sans trop de bruit, aux flagrances nostalgiques de pétrichor.

Tout s’apaise progressivement, l’espace s’endort sans à-coups, tout reprend son cours provincial, dans une quiétude somnolente, alors qu’ailleurs, le monde érupte.

PAS – Parcours Audio Sensible au Domaine du crêt – Atelier Tiers Lieu Amplepuis

@Photo Nathalie Bou

Invité par l’Atelier Tiers-lieu d’Amplepuis, ce deuxième opus de marche écoutante va arpenter une petite partie d’un vaste parc le Clos du crêt, terrain boisé, avec étang, rocailles post baroques, chateau et ruisseau. Ce terrain de 22 ha, aménagé de fort belle façon par plusieurs générations et familles de riches industriels du textile, aujourd’hui propriété de la ville et en grande partie ouvert au public, est un terrain idéal pour promener ses oreilles.

Un ruisseau alimentant jadis les usines, longe la première partie du parcours, chantant joliment sous un couvert végétal assez dense, où piaillent joyeusement les oiseaux saluant le printemps naissant.

Un passage couvert, fausse grotte rocaille, permet une installation sonore éphémère, polyphonique, de faux oiseaux, restons dans le décor factice et facétieux.

Le débouché sur un petit lac, lui aussi artificiel, où quelques pêcheurs lancent leurs lignes dans un silence auquel nous répondons par le notre, marcheurs écoutants, amène une nouvelle ponctuation dans un paysage sonore changeant.

Deux enfants auscultent à cœur joie les arbres, pierres, mousses avec les longue-ouïes desartsonnantes… accompagnés des adultes qui font de même, comme il se doit.

Le vent souffle assez fort, secouant les branchages supérieurs des arbres, qui nous saluent en bruissant sous la ferme caresse d’Éole.

Parcours calme, néanmoins toujours pénétré d’une rumeur automobile au loin, le parc étant encerclé de routes assez circulantes. Néanmoins, la couverture végétale et la superficie du terrain amoindrissent fortement l’emprise sonore et préservent à l’oreille une belle ambiance apaisée, où le printemps tout neuf nous fait entendre le réveil progressif d’une nature encore un brin engourdie par de récents froids assez vifs.

Diaporama (Photos Nathalie Bou)

https://photos.app.goo.gl/VkF4NVWE8szfMNJ47

Vidéo (Nathalie Bou), montage Desartsonnants