Écritures sensibles et dépaysement au quotidien

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©Angela Edwards  Crowd Paintings

 

J’essaie de penser ce qui ne m’accrocherait pas, me laisserait indifférent, dans une ville, un village, un quartier, un territoire péri-urbain, naturel… Mais je n’y arrive pas vraiment. Il y a toujours, partout, quelque chose, une petite aspérité, un infime décalage, qui m’accrochent, m’attirent, m’inspirent. Des expériences en marche, des rencontres, des micro-événements imprévus, l’attrait du quotidien, d’une forme d’inconnu non spectaculaire…

Poser l’oreille et le regard quelque part, dans une ville, goûter ses spécialités culinaires, se faire raconter la cité historique, sociale, politique, culturelle, anecdotique, par des guides autochtones, c’est déjà chercher une forme de dépaysement stimulant. Je peux alors un peu plus jouir de ses ambiances, sonorités, couleurs, odeurs, températures, lumières…

En apprenant à (mieux) écouter, j’ai appris à (mieux) regarder, sentir, tâter, lever la tête vers des détails architecturaux, vers d’autres rythmes qu’il faut aller chercher. Il me faut être curieux de ce qui construit un territoire hétérotopique comme dirait Foucault, en l’occurrence celui que je marcherai.

Je suis d’ailleurs très reconnaissant à Jean-Christophe Bailly, dans son livre « Le dépaysement, voyage en France » d’avoir, pour moi, mis en lumière, révélé, exacerbé, cet état de fait, cette richesse de l’écriture narrative sans cesse renouvelée, quel qu’en soit le terrain.

Au final, au fil de ces traversées auriculaires collectives, des workshops que je mène, ce sont bien l’écriture et le partage d’histoires, de récits, celles et ceux que l’on tisse ensemble, qui seront le pivot, l’axe moteur de ces déambulations multiples.

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PAS – Parcours Audio Sensible – Où il s’agit de faire entendre le dépaysement

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© Photo Philippe Joannin

Il s’agit de faire entendre les angles morts d’une ville labyrinthique, d’une forêt non balisée, des abords d’une rivière sinueuse, et d’autres lieux tout aussi imprévisibles.

Il s’agit de faire entendre des lieux que les cartographies ignorent parfois, tout au moins dans des interstices et la mouvance de tiers-espaces (temps) transitoires.

Il s’agit de faire entendre des espaces a priori sans histoire, sans saillance manifeste, des territoires occultés, inécoutés, dans et par leur apparente trivialité.

Il s’agit de faire entendre une forme de paysage sonore vernaculaire, dépourvu de tout artifice ostentatoire.

Il s’agit de faire entendre des points d’ouïe non spectaculaires, en les considérant avec précaution, comme une série non figée, non définitive, de points estimés*

Il s’agit en fait de faire entendre que de là peut naitre la surprise.

Il s’agit en fait de faire entendre que de là peut naitre le dépaysement.

Il s’agit en fait de faire entendre que de là peut naitre la rencontre.

* « On appelle point estimé celui qui donne la position d’un bateau par le fait d’un jugement prudent, ou de données dans laquelle entre une grande part d’incertitude »
Gabriel Ciscar, Cours de navigation – 1803

 

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©Photo Philippe Joannin