Paysages toniques, micro récits auriculaires

Projet Titre à venir
Haut plateau du massif du Bugey

Centre d’Art Contemporain de Lacoux – 16/27 août 2018

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Lundi 8H15
Brume
Une brume effilochée, et pourtant tenace, court sur les arêtes boisées des combes environnantes.
Durant de longs moments, seul un vent tonique se fait entendre, déversant par à-coups une fraîcheur à la caresse par trop revigorante.

Mardi 6H30
Dialogue
Deux buses invisibles devisent, l’une dans une futaie en contre-bas, face au banc sur lequel je suis assis, l’autre à l’orée de la forêt, à flanc de coteau, juste derrière moi.
Elles entament un dialogue matinal, joute de cris-réponses perçants, entrecoupés de silences
qui tracent une ligne d’écoute quasi stable.
Je suis un point d’écoute focal, médian entre les deux rapaces bavards.

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Mercredi 8H30
Rituel
Chaque jour ou presque, dans le champ voisinant notre campement, un rituel sonore se répète à mes oreilles.
Progressivement, une «enclochatement » paysager se fait entendre, poudrant la prairie de droite de tintements malicieux.
Le troupeau de chèvres de notre hôte s’installe en gambadant, parfois caché dans les prémices de la forêt, parfois courant à notre rencontre.
Ces animaux au regard malicieux et aux mouvements tintinnabulants nous font rentrer dans le vif de la matinée, si ce n’est de la journée.

Jeudi 7H30
Retournement
Ce matin là, le vent a tourné, et le paysage sonore semble avoir subi une révolution auriculaire conjointe.
De nouvelles sources sont ainsi apparues, mécaniques, en quasi opposition avec la quiétude pastorale visuelle.
Une carrière invisible, derrière la colline, assène des chocs métalliques au paysage, qui viennent buter en sourds échos dans le foisonnement de la forêt.
Ils jouent à tromper sournoisement la, notre perception des espaces sonores.
A ne plus savoir qui est l’écho ou la source initiale, comme matrice énergétique acoustique.

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Vendredi 10H
Apparition – disparition
Je marche, nous marchons au fil d’une rivière, ou torrent, ou les deux.
A son extrémité, ou début, elle s’achève, ou nait au grand jour, tout en haut d’une falaise en imposante cascade jaillissante.
Sur le sentier capricieux, l’écoute nous joue des tours.
Au gré d’un dénivelé, d’un détour boisé, d’un obstacle minéral, des basculements incessants, glissements ou cassures acoustiques scandent un paysage aquatique en continuel évolution.
La rivière joue à cache-cache, je l’entends, elle disparait de mon champ auditif, puis revient, puis s’en va, se rapproche, s’éloigne, semble loin, puis toute proche… Méandres d’écoutes.

samedi 16H
Récurrence
Un groupe d’une dizaine de personnes entament un PAS – Parcours Audio sensibles aux alentours du village de Lacoux.
Marcher lentement, faire halte sur des points d’ouïe, écouter ensemble, les règles sont toujours très simples.
Au départ, une fête, repas villageois au lointain; puis une sente forestière; un silence presque (trop) parfait.
Le sentier nous ramène au-dessus du village où la fête en contrebas nous revient à l’oreille, invisible, claire, un brin fantomatique. Nouvel estompage sur le chemin du retour. Réapparition fugace à l’approche du centre du village, comme un yoyo sonore.

Dimanche 8H
Réminiscence
Le séjour touche à sa fin, le village s’ébroue, s’éveille doucement, très doucement, dans une fraîcheur automnale. Bientôt, les randonneurs arriverons. Bientôt, l’oreille reprendra sa place urbaine, avec l’empreinte prégnante de cette résidence montagnarde en contrepoint, tenace et douce réminiscence.

 

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Point d’ouïe, Charabotte, au fil de l’eau

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A droite, en contre-bas,
le défilé d’une petite rivière
montagneuse et tortueuse,
enserrée au creux d’une profonde combe,
murs minéraux et boisés quasi a-pic.
accidentée de micros chutes cascadantes
contrainte de blocs de pierre
obstacles perturbateurs
suivie discrètement de sentiers capricieux
apparaissant et disparaissant à l’oreille
au gré d’un détour soudain
parsemée de gourds bains sauvages
cernée d’une foisonnante végétation
Éole tricotant des tissus venteux à fleur de sentes
crissement de graviers roulant sous nos semelles
peu d’humain, ni d’animalité
une cascade repoussant toujours plus loin la faille falaise
qui la déversera enfin
au bout du chemin
ou presque au bout
assis sur des rochers bienveillants
maquettes d’ archipels pétrifiés
que les sinuosités de la rivières viennent caresser
et mille nuances d’aqua bruits sonnances.

Charabotte – Massif du Haut Buggy – Lundi 20 août 2018
Parcours Sensible – Workshop Titre à Venir

Point d’ouïe Titre à venir, Prémices en banc d’écoute

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Premier jour sur place pour les trois ou quatre premiers arrivants au workshop Titre à venir#5.
Nous procédons à l’installation de nos toiles de tente dans un site magnifique, un coteau à flanc de forêt dominant une combe peu encaissée et assez étroite, loin de toute habitation, espace de calme s’il en fut, acoustiquement, autant que visuellement; un oasis en espace naturel, montagnard, au sein des les haut-plateaux du massif du Bugey, entre forêts, combes, reculées et falaises un peu plus bas; une douce rupture avec l’urbanité Lyonnaise nous avons quittée ce début d’après-midi.
C’est dans cet espace de camping joliment sauvage que nous installons notre campement pour la dizaine de jours qui vont suivre.
A nuit tombante, ce beau moment si joliment nommé entre chiens et loups, nous marchons du Centre d’Art Contemporain de Lacoux, là où nous travaillons, vers notre campement, un peu plus haut, à près de deux kilomètres, effectués en devisant, sans nous presser.
Nous arrivons avec la nuit.
Un banc, que j’ai installé devant la combe dans l’après-midi nous accueille, sereinement.
Une halte pour notre trio, après cette petite marche de fin de journée.
D’un commun accord, sans rien nous dire, nous nous installons sur ce banc; nous nous installons également progressivement dans le silence; ou est-ce le silence qui s’installe en nous ?
Instant magique.
La lumière tombante, les ombres paysagères et les sons, même les plus ténus, prennent alors une place imposante, nous incluant dans ce décor, comme des guetteurs, à l’affut du moindre signe-bruissement, mais aussi rêveurs noctambules, s’enfonçant dans une quiète rêverie.
Cette posture de banc d’écoute, que j’affectionne tout particulièrement, mais qui reste assez rare dans une action commune, non préméditée, renforce un geste sensible, et surtout collectif.
Nous partageons, en silence, des ressentis, une forme de douce extase sensorielle sans doute, tels des randonneurs habitués à marcher ensemble de longues heures, au même rythme, sans mot dire, mais dans une forme de communion intime et quasi secrète pour le non initié, pour celui qui en est extérieur.
Nous ne savons pas combien de temps va durer cette scène, n’osant pas rompre ce silence qui laisse place à tous les micros bruits ambiants, chien au loin, rapace nocturne, feuilles qui chutent presque imperceptiblement du grand tilleul voisin, sans oublier deux voitures et quelques avions, comme pour nous rappeler notre appartenance à la civilisation contemporaine. Rien d’agressif toute fois, même les moteurs semblent un brin ouatés pour ne pas trop perturber, déranger, un paysage nocturne toute en rondeurs apaisantes.
Après avoir vérifié, c’est un peu plus d’une heure que nous avons passée sur ce banc, où la perte de repères temporels a gommé toute notion du temps écoulé, et construit un paysage qui aurait pu être ici comme à des milliers de kilomètres.
Et si la fraîcheur montagnarde, allant de paire avec l’épaississement de l’obscurité, n’avait pas mis fin à cette séquence impromptue, qui sait jusqu’où nous aurions poussée une forme de performance perceptuelle, aiguisée par le jeu de l’épuisement.
Je poursuivrai une heure encore, en solitaire, cette station d’écoute, jusqu’à ce que la fatigue me gagne, et me fasse sombrer dans un sommeil encore bercé de cette envoûtante ambiance.
Une très belle entrée en matière pour un workshop où le sensible est au centre de beaucoup de nos pratiques, dans un cadre qui devrait nous réserver encore beaucoup d’agréables surprises. A nous de les laisser venir et d’en tirer une matière que, malgré tous les plans que nous avons pu tirés en amont, reste encore sujette au micro événement non programmé, aux phénomènes inattendus, diraient certains philosophes de la perception.
A suivre…

PAS – Parcours Audio Sensible – Ile Barbe à Lyon

PAS1© Photos Titre à venir, David Bartholoméo – Auscultation

 

Résidence anthropocènique Titre à venir

Où il s’agit de se retrouver pour réfléchir à des productions artistiques, sociales, autour de l’anthropocène, et plus particulièrement durant cette marche, de l’écologie sonore.
Un PAS – Parcours Audio Sensible d’une heure trente environ, qui nous immerge dans les sons urbains.
Un dimanche où le soleil luit généreusement, où la température est douce, les couleurs hivernales, superbes dans leurs nuances assez tranchées.
Un petit groupe de cinq à six personnes, pour l’occasion écoutantes.
Une marche lente, ponctuée d’arrêts Points d’ouïe, comme à l’accoutumée.
Premier arrêt, assis sur des bancs d’un espace très animé. Un quai très circulant, commerces, voix, voitures, limite saturation, mais au final un espace humainement tonique.

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Traversée d’un pont suspendu pour rejoindre une ile, elle aussi éminemment urbaine.
Traversée lente de l’ile par une série de chemins de traverse zigzaguant d’une rive à l’autre.
La rivière Saône est en crue, bouillonnement aquatique à droite, à gauche, tout autour !
Une multitude de personnes la regarde, dans sa furie du moment, l’écoute, ?
Sous un pont, une acoustique étrange, des grondement et cliquetis par dessus.
Traversée d’une pelouse bruissante, puis de jeux d’enfants, d’autres espaces en parcelles toniques.

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Sous une haie-tunnel de bambous, intimité, des matières auscultées, le long d’un mur, décalage audio poétique vers les sons d’habitude inaudibles.
Tout au fond de l’ile, impasse sur l’eau, les quais ronronnants au loin, de vieilles murailles encaissées, toujours et encore des voix récurrentes traversant nos champs d’écoute en différents plans plus ou moins rapprochés.
Retour par le même chemin, à rebrousse poil en quelque sorte, un film rembobiné.
Nous re-déroulons la trame sonore et visuelle à l’envers, donc forcément très différente.
Un ami artiste relève, depuis le début du PAS, les vibrations environnantes, du bout de son crayon sono-sismographique. Traces sensibles, audio vibro pédestres cartographiques autant que kinesthésiques, crayonnages en mouvement. (Voir en pied de texte).
Puis une ruelle, amorçant une deuxième tranche de notre parcours.
Bascule.

PAS2© Photos Titre à venir, David Bartholoméo – Auscultation

 

Le calme se fait soudain, comme un apaisement bienvenu.
Une aération soufflerie néanmoins bruyante ronronne, arrêt sur son, l’étrange beauté du trivial industriel.
Une montée entre deux murs resserrés, le calme se densifie encore.
Une bouche dégoût s’égoutte à l’oreille, au détour du chemin, tel un ruisseau, tandis que s’égosille une oiseau caché dans les frondaisons d’un arbre. Halte urbano-bucolique et heureux mixage auriculaire qu’il nous faut saisir en l’état. Il a abondamment plu les jours précédents, les traces sonores en témoignent, tout en ruissellements diffus.
Le parvis d’une église, et une placette, presque silencieuse, un espace sensoriel privilégié.
Le contraste est ici affirmé avec l’ile trépidante au bas, la décompression acoustique s’installe.
Nous pénétrons un jardin caché, le Jardin secret c’est son propre nom, nous approchons là une forme d’intime quiétude urbaine.
Un oasis acoustique, tout juste une rumeur lointaine, quelques douces émergence motorisées, ponctuelles.

PAS3© Photos Titre à venir, David Bartholoméo – Longue ouïe

 

Des mini haut-parleurs installés dans l’instant viennent, très localement, très éphémèrement, animer-perturber l’espace. Voix, oiseaux, oiseaux, voix…
Suivi d’un moment de calme, toujours oh combien appréciable.
Des objets longues-ouïe pour écouter les pas amplifiées sur une allée gravillonnée, les plantes auscultées, nouveau zoom focal vers les micros sonorités ambiantes.
Retour, progressif vers le point de départ.
La parole se libère alors, prenant tout son temps.
Il s’agit de ne rien brusquer, la nuit tombe doucement.

 

PAS4© Photos Titre à venir, David Bartholoméo – Le chant d’une ventilation

 

Traces vibro pédestres

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©  Titre à venir, David Bartholoméo – Traces vibratoires