De Points d’Ouïe en PAS – Parcours Audio Sensibles, des mots et des sons

Terminologie Desartsonnante, et acronymes associés

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©photo Sophie Barbeau – Points d’ouïe avec des enfants du Joyeux Jardin – Marseille

Des mots et des sons
Pour moi, chaque mot a son importance.
Porteur de sens, chargé d’un imaginaire, d’une couleur, d’une « ambiance », voire marqueur esthétique autant que sémantique, nommer c’est faire exister affirment de nombreux écrits cosmogoniques. Le mot est en effet une forme d’incarnation de l’être, comme il peut être est l’injonction au faire, ou le terreau d’une imagination généreuse et constructive.
Le mot, ou l’agencement de mots, les expressions, les acronymes, sont autant de propositions à l’écoute, à l’entendement. Ils participent au faire sonner paysager, au fait d’inviter à la déambulation au cœur des paysages sonores investis.
S’ils ne remplacent pas pour autant l’action, sans laquelle ils resteraient lettre morte, vides de sens, ils impulsent et motivent cette dernière, ouvrant des voix parfois singulières pour un écoutant recherchant des moteurs lui permettant d’avancer dans ses travaux d’écoute, ses réflexions d’acteur impliqué.
Les mots sont avant, avant le projet, comme embrayeurs et catalyseurs d’actions.
Les mots sont concomitants, descripteurs et participant à la polyphonie-même, à la  poïesis du projet.
Les mots sont après, traces et analyses, forces de nouvelles propositions découlant de l’action révolue.
Ce chainage sémantique remet sans cesse en question le mécanisme d’un dispositif, d’une recherche-action, d’une réflexion alimentée de moult expériences de terrains, tout à la fois anticipées et projetées, et au final formant une sorte de récit transmissible autour du projet « Points d’ouïe et paysages sonores partagés ».

Points d’Ouïe
Une expression qui, chez moi, est souvent accolée à une sorte de titre générique « Points d’ouïe et paysages sonores partagés ». Façon, Desartsonnante, le point d’ouïe est assimilé à l’expression anglo-saxonne « Sweet Spot », utilisée par les acousticiens, audiophiles, et autres intéressés en règle générale par une écoute qualitative. C’est l’endroit précis où l’on doit se trouver pour jouir d’une écoute optimale. C’est par exemple, le point focal de la triangulation pour une écoute stéréophonique, ou le point central pour profiter pleinement d’une mutidiffusion. C’est également, pour Desartsonnants, le lieu d’écoute idéal, ou en tout cas le meilleur que possible, dans un espace/paysage, qu’il soit urbain, rural, naturel, architectural…
Le Point d’ouïe se veut représentatif d’un lieu, et il peut être en cela être multiple, ou en tout cas démultiplié. l’essentiel est  que l’oreille s’y sente bien, ou s’y sente fortement questionnée, impliquée, pour qu’elle capte la ou les richesse(s) auriculaire(s) intrinsèque(s).
Le Point d’ouïe nous fait découvrir les aménités d’un paysage, mais peut aussi en révéler ses fragilités, voire ses dysfonctionnements.
Le point d’ouïe est sensible, subjectif parfois, questionnant des individus à leur rapports aux sons quotidiens, ambiants qui me font par exemple poser cette question récurrente « Et avec ta ville, tu t’entends comment ? »
Mais cette question est bien évidemment transposable en milieu rural, ou naturel.

Inauguration de points d’ouïe
Le Point d’ouïe, lorsqu’il est inauguré, façon désartsonnante, offre l’occasion de partir à sa recherche, dans une quête, chasse au trésor d’oasis sonores à portée d’oreilles. Cette recherche s’effectue autant que faire ce peut avec des habitants du cru, dans une implication d’écouteurs citoyens, sous forme de rencontre publique, cérémonie avec discours à l’appui, minutes d’écoute, matérialisation et géolocalisation cartographiques… Des élus et habitants sont convoqués par cette fête de l’écoute dans la prise en compte de leur espace sonore local, et surtout celle des lieux qualitatifs à défendre, à protéger…
Il s’agit bien d’une manifestation publique, cérémonie officielle, certes décalée, mais qui célèbre la belle écoute partagée, à un endroit et à un instant précis, en espérant qu’elle laisse des traces durables dans le paysage, et surtout dans la mémoire des participants.

PAS – Parcours Audio Sensibles
Le PAS – Parcours Audio Sensible est une extension active, ou plutôt une conception propre de la balade sonore, toujours façon Desartsonnants.
Parcours : Le terme de balade me paraissant convoquer une action un peu frivole, légère, superficielle, je lui préfère le mot parcours.
J’envisage un parcours comme un itinéraire d’un point vers un autre, un acte volontaire, une trajectoire assumée, une mise en mouvement du corps écoutant, mais aussi, parallèlement,  de la réflexion, de la pensée.
Un parcours physique, impliquant un mouvement, peut être également mental, intellectuel, philosophique, voire initiatique. Il s’envisage comme un déclencheur, ou un enclencheur, qui change nos rapports à l’écoute, à l’espace, qui ouvre des sensibilités accrues, qui offre de nouvelles perspectives d’écritures.
Audio : J’écoute. Un terme qui met le son au centre de l’action, de l’action d’écouter en l’occurrence.
Sensible : Ce qui convoque un champ de sensibilités multiples, dépassant le seul sens de l’ouïe, même si l’écoute reste le pivot des PAS. Le sensible joue de la superposition, de la complexité des sens – l’écoute, je regarde, je sens, je touche, je ressens… Nous sommes fondamentalement polysensoriels, et l’écoute réactivée par les PAS stimule également d’autres sens qui participent à saisir et à construire nos environnements, dans une approche esthétique, sociale, écologique…

ZEN – Zone d’Écoute Naturelle et DON – Dispositif à Oreilles Nues
L’écoute naturelle est celle qui nous plonge, sans apriori et sans complexe, au corps des sons, de quelque nature qu’ils soient. Si l’écoute sans autre artifice que l’oreille de l’auditeur peut-être qualifiée de naturelle, les espaces où elle s’exerce ne le sont pas forcément pour autant, dans un sens topologique en tous cas. Il peut s’agir de places urbaines, périurbaines, comme de parcs entièrement construits et façonnés par la main de l’homme.
Les ZEN sont et restent néanmoins, des espaces de ressourcement, qui tentent, à force d’écoute, de rechercher l’oasis sonore le plus apaisant que possible, y compris au cœur-même de la cité.
La quiétude de certaines zones ou ZEN contrastant avec la frénésie sonore d’autres peut nous amener, par comparaison, à pointer les dysfonctionnements, les paupérisations d’un espace sonore.
 
Quand au DON, Dispositif à Oreilles Nues, il s’agit là d’un outil, mais aussi d’une posture, d’un choix a minima pour dénicher et profiter de Points d’ouïe ou de ZEN, révéler des paysages sonores des plus intéressants.
Le DON est autonome, portable, personnel, non énergivore, si ce n’est l’attention portée au monde, à ses habitants et paysages sonores, énergies positives. Le DON est du fait de nos seules oreilles, et bien sûr des sons qu’elles captent.
Le DON fait implicitement appel à la générosité entre écoutants, à l’offrande et au partage de richesses auditives, à l’écoute de l’autre, mettant le relationnel au cœur de l’action, c’est à dire de l’écoute.

Art contextuel, art relationnel
Le terrain donne le la.
Le lieu aspire à s’exprimer, voire infléchit sans conteste un projet, un mode opératoire, un dispositif ad hoc, un ou des publics…
L’espace ne demande qu’à être invité, valorisé, transcendé, dans la mesure où l’on évite l’intrusion, l’invasif, une artialisation forcée, ou pire, forcenée…
Rien ne naît ex nihilo, l’action, la pensée, les outils, sans pour autant être inféodés, ou rigidifiés, sont liés au contexte, à ses multiples contraintes, à l’évolution du projet. Ce qui est dessiné hors terrain demande une marge de manœuvre, d’ajustement, une souplesse pour prévenir tout enfermement dans un dessein somme toute inadéquat, des circonstances qui ont évolué, des demandes qui se sont affinées, sans parler des remises en causes et autres tâtonnements des projets en chantier
Le copié collé est une impasse paysagère assurée.
L’enfermement dans un champ esthétique trop cloisonné, dans une pratique trop contrainte, dans un secteur d’activité unique est  trop consanguin, et se révèle très vite sclérosant. Se frotter aux musiques improvisées, lutheries expérimentales, aux arts numériques, installations sonores et plastiques diverses, aménagement du territoire, écologie et modes d’actions alternatives, participatives, tout en gardant l’exigence d’une belle écoute environnementale, est gage de liberté et de renouvellement rafraîchissant l’écriture et la pensée sonore. Vision évidemment Desartsonnante et assumée en tant que telle de la chose.
La chose vécue prime d’ailleurs sur la chose fabriquée.
La sociabilité d’un projet impliquant un public, même très ponctuellement, des acteurs locaux, des décideurs, amène une indéniable valeur ajoutée, humaine avant tout.
Le partage et la transmission sont des leviers permettant, modestement, de défendre des valeurs morales dans le respect de la personne et de son environnement, et cela dans un processus interactif. Et nous revenons là au DON comme pratique relationnelle privilégiée.

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©photo Sophie Barbeau – Points d’ouïe à Joyeux Jardin, signalétique de Colin Bailleul, les Rudologistes associés

Multi et transmédia, savoir-faire partagés
Envisager un paysage sonore comme une réalité complexe, hétérotopique*, mouvante, multidirectionnelle – esthétique, sociale, économique, politique, écologique, philosophique – façon écosophie**, implique une approche convoquant de nombreuses affinités, compétences et savoir-faire.
Or, les capacités d’un modeste marcheur, écouteur, artiste chercheur sont forcément limitées, ou privilégient parfois sciemment, ou non,  des affinités influant ses propres champs de compétences.
Entre le fait d’écrire une projection « idéale » et de la réaliser, de lui donner corps dans sa matérialité de terrain, il y a parfois un, voire plusieurs grands PAS à franchir.
Si je peux, personnellement, développer une écriture sonore qui me convienne un tant soit peu, pour mettre en scène des espaces d’écoute significatifs, concevoir des objets, mobiliers, signalétiques, Il me faudra l’aide de plasticiens, graphistes, designers, bricoleurs et  autres imaginatifs de tous crins…
Les échanges transmédia sont incontestablement riches, on ne peut plus stimulants, pour autant qu’on laisse s’instaurer un dialogue, une confiance mutuelle.
L’âge de l’artiste démiurge, omniscient, enfermé dans sa tour d’ivoire, ou dans une rêverie auto-suffisante, le promeneur solitaire et autre Wanderer romantique, tout cela semble définitivement révolu, en tout cas dans le processus créatif, à l’heure d’une hybridation multiple que la technologie semble accélérer de jour en jour.
Heureuse perspective, à condition toutefois de ne pas s’y noyer, et de conserver un cap soutenable.
Encore une fois, une fois de plus, se dégage ici une notion de partage(s), d’auto-enrichissement, de transmissions de savoirs, d’échanges liés à nos sensibilités respectives, sans quoi le projet, pour moi en tout cas, ne serait pas ce qu’il est, un creuset bouillonnant, donnant du sens à l’écoute, aux questionnements autour des Points d’ouïe et paysages sonores partagés, aux valeurs humaines intrinsèques..

* Michel Foucault – http://desteceres.com/heterotopias.pdf
** Félix Guattari – https://www.editions-lignes.com/FELIX-GUATTARI-ECOSOPHIE.html

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©photo Sophie Barbeau – Points d’ouïe à Joyeux Jardin, signalétique de Colin Bailleul, les Rudologistes associés

 

 

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