POINTS D’OUÏE – LE CEGEP DE VICTORIAVILLE EN ÉCOUTE

Point d’ouïe – Balades sonores estudiantines québécoises

CEGEP* de Victoriaville – Section arts et lettres

Je tente de retracer ici la encontre avec une vingtaine d’étudiants, et d’un professeur à l’enthousiasme aussi bouillonnant que communicatif.

Nous n’avons pas un grand temps d’intervention, il s’agit de montrer et de faire vivre une expérience liée à la notion de paysages sonores à un public qui n’est pas forcément versé dans le champ des arts sonores, mais qui au final se montrera vraiment très réceptif, voire enjoué. Des oreilles conquises, pour mon grand bonheur.

Après quelques brèves explications sur les origines des soundwalks, ou balade sonore,  et quelques mises en condition pour vite s’imprégner des ambiances, nous partons, par une radieuse et fraîche matinée automnale, à la découverte de paysages sonores ambiants du CEGEP.

Premier arrêt, l’immense hall d’entrée, encore à l’intérieur du bâtiment. Hall boisé, vitré, d’imposante taille, tout ce qu’il faut pour faire  entendre de magnifiques réverbérations. Des voix, des pas crissants, des portes qui s’ouvrent et se ferment sur des espaces intérieurs, sur la cour extérieure, une spacialisation digne du meilleur dispositif de diffusion électroacoustique multicannale, voire très largement supérieure. Dès ce premier point d’ouïe, les oreilles sont en alerte, ouvertes à la rencontre sonore, à l’imprévu acoustique, aux petites comme aux grandes modulations du paysage. La première approche s’avère très souvent décisive pour souder une communauté temporaire d’écoutants, il faut judicieusement préparer, mettre en scène ce moment, pour embarquer déréchef le groupe dans un voyage d’écoute qui les prendra dès le premier instant, et les maintiendra, sous l’emprise des sons jusqu’au moment où l’on décidera de repasser en « mode  normal ».

Cet effet cathédrale du hall ayant parfaitement joué son rôle de catalyseur d’écoute, nous pouvons alors sortir frotter nos oreilles aux espaces extérieurs.

La porte, par un effet de sas, élargit d’un coup d’un seul le champ auditif vers des horizons plus lointains. Nous ressentons physiquement une pression acoustique plus détendue, un changement très net dans les perceptions de plans sonores différemment étagés.

Deuxième halte, juste quelques mètres plus loin, après le franchissement de ce seuil transitionnel. L’audition se porte vers des sons ténus mais bien identifiés et localisés dans l’espace, porte grinçant à droite, oiseaux à gauche, voix et rires devant, au loin, voitures en fond… L’espace acoustique se met progressivement en place, avec ses repères, ses sonorités intrinsèques, ses mouvements, l’échos des bâtiments qui obturent ou réfléchissent…

Nous passons ensuite derrière un bâtiment, encore une rupture rapide et surprenante. Des sons brusquement disparaissent, sont étouffés, noyés, d’autres apparaissent, se superposent. Entre autre, un ronflement de ventilation qui émerge du sol par une large bouche grillagée, ouverte sur le flanc d’un mur. Nous nous regroupons tout autour. Étrange scène d’écoute, un brin surréaliste, lieu improbable, posture inhabituelle, sons des plus surprenants, triviaux, voire laids, surtout à choisir comme ressource de « concert ». Or c’est justement l’incongruité de ce moment qui fait naître une véritable magie.

Autour  de cette action volontairement décalée, va pouvoir se construire une nouvelle scène, de nouveaux gestes, une modification sensible du paysage. Subrepticement, j’installe autour de ce point d’ouïe pour le moins trivial, des sources sonores discrètes, avec des micros HP autonomes. Des voix, des gouttes d’eau, des grincements, des tintements anachroniques, se spécialisent dans la pelouse, les arbres, les rebords de fenêtres environnantes. L’écoute se déporte, se décale, se dirige vers, physiquement ou non. On est entré dans un nouveau territoire sonore « renaturé », la surprise est là, le geste réactivé, l’oreille ré-alertée… Nous restons dans cette nouvelle posture un moment suffisamment long pour nous imprégner de l’étrangeté de l’ambiance, jusqu’à en oublier , ou en accepter cette bizarrerie comme un état quasi naturel.

L’ambiance bien installée, je propose d’autres formes d’écoutes  à l’aides d’objets exploratoires, auscultatoires, longue-ouïes, casques filtrants, stéthoscopes… Sans un mot. Juste des gestes, postures proposése, suggérées. Puis des objets abandonnés à d’autres mains, à d’autres oreilles, à discrétion.

Une autre phase s’amorce. D’autres mondes sonores se profilent, d’autres gestes, postures, situations…. On ausculte le mur, les feuilles et le tronc d’un érable, on dirige les cônes acoustiques vers  telles ou telle source, on écoute, on s’écoute, on rit, on s’étonne, on s’isole pour expérimenter, ou on se rassemble, le groupe se retrouve dans cette expérience ludique, spontanée, collective. Le temps passe, et il est difficile d’extirper les étudiants de cette petite aventure sonique.

Rentré à l’intérieur, des sons plein les oreilles, je montre aux étudiants quelques exemples d’interventions, qu’elles soient plastiques, physiques, acoustiques, liés à l’environnement, au sens très large d ferme.

La rencontre fut riche, entre professeur, « étudiants, et paysages, même si ces derniers ne dépassèrent pas, géographiquement,  le cadre habituel et quelque peu « banal »de l’établissement. Une façon de ré-enchanter des espaces parfois tellement usés sensoriellement par leur trop grande fréquentation…

* CEGEP

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