Point d’ouïe, Sabugueiro Opus 2

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En route pour des prises de sons !
Journée très chaude.
Je décide de grimper tout en haut du village, et même un plus haut.
La chaleur m’en dissuade, le paysage semble se liquéfier, et moi aussi.
Je redescends donc vers le bas.

Eau
Ma première impression, lorsque je suis arrivé Sabugueiro en voiture, par le haut du village, fut celle d’arriver dans une montagne très sèche, très aride.
La présence de plusieurs fontaines dans le village atténua vite cette impression.
Ma visite, magnétophone en main, du bas du village me fit changer complètement d’avis.
De l’eau partout.
Des dizaines de petites sources résurgentes le long d’un chemin très verdoyant.
Une rivière en contrebas avec un débit très soutenu pour la saison, et un espace de baignade aménagé .
A chaque mètre, de nouveaux sons aquatiques.
Une véritable collection, de quoi à penser à une forme de catalogue sonore d’un paysage liquide.
Ces dernières mois, Kaliningrad, Rabastens, Cublize et ici, l’eau poursuit décidément mes projets, les hante presque, ou les rafraichit parfois.
Je n’échapperai pas ici aux aux récurrences des eaux, pour mon grand plaisir.

 

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Cloche
J’arrive juste à temps sur la place centrale pour capturer quelques tintements de ce signal sonore pour moi incontournable.
Si j’avais à dessiner un paysage sonore en choisissant de faire entendre quelques sources emblématiques, je prendrais certainement les voix, les cloches, les fontaines, lavoirs, rivières, et des acoustiques réverbérantes, voire à échos.
De quoi à croquer un paysage à la fois habituel, et pris dans la spécificité acoustique de chacun de ses éléments, paysage singulier, avec de vraies signatures sonores.

Banc
Je teste un banc (d’écoute) sur une très jolie petite placette, dans le village historique. Des murs avec d’immenses dalles de granit, l’église, un lavoir, une fontaine, des arbres, des gens qui passent, qui devisent tranquillement, très peu de voitures…
J’ai l’impression d’avoir trouver ici un poste d’écoute ad hoc, une base, un épicentre, une halte ressourçante, un lieu d’écriture et de lecture sans doute, et qui sait de rencontres ou de croisement inopinés.
Et surtout, à nuit tombante, une sensation de tranquillité, de paix intérieure, de calme m’envahit. Le bonheur d’être dans un lieu beau et apaisé, loin des rumeurs, parfois fureurs, de la ville, au cœur d’une montagne accueillante.

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Voix
Juste à côté de mon banc. Des jeunes filles jouent, à quelque mètres de moi, avec un vielle chienne, Nina, harassée de chaleur, et qui, malgré l’insistance des fillettes, ne veut ni donner sa patte, et encore moins aller se promener.
Belle scène assurément, qui fait partie de ces instants magiques autant qu’imprévus, qu’un promeneur écoutant preneur de sons apprécie d’autant plus.

Chiens
Les chiens sont très nombreux dans le village.
Jeunes ou vieux, petits ou gros, ils se promènent tranquillement dans les rues, s’y allongent sans gêne aucune, généralement silencieux.
Parfois, on ne sait pourquoi, l’un d’un jappe virulemment après un de ses congénères. Affaire de territoire, vielle rancœur ?
Alors, tous semblent prendre partie, et un concert canin, aux aboiements épars venant de différents lieux, construisent un espace acoustique où les plans sonores se dessinent au gré des maîtres jappeurs.
Assez vite, tout se calme, et la torpeur ensoleillée nous engourdit à nouveau d’une douceur bienveillante.

Écriture/paysage
Les éléments du paysage se mettent en place progressivement, comme des offrandes auriculaires très appréciées, des matières généreuses à goûter, cueillir, retravailler.
Les premiers sons enregistrés, les premiers dérushages arrivent, tri des sons présentant un intérêt de par leur contenu, leur esthétique, et élimination impitoyable des autres, pour ne pas se laisser submerger par la matière, noyer dans une masse sonore trop abondante. Le numérique poussant parfois à une surenchère maladive, il s’agit de ne capter et de garder que ce qui a vraiment un intérêt, susceptible de raconter ce territoire de la Serra da Estrela en lui construisant un paysage sonore sensible, évidemment subjectif, et avant tout à portée d’oreille.

 

Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

 

Auteur : Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier

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