Écoutant marcheur, acteur chercheur

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Suite à une semaine riche en rencontres avec des chercheurs et laboratoires de recherches, notamment dans des rencontres-actions marchées, une petite pause écriture s’impose.

Il me faut parfois tenter de prendre du recul sur mes propres pratiques pour voir comment elles évoluent au fil du temps et ces expériences, et surtout faire en sorte qu’elles continuent d’évoluer.

Je marche, j’écoute, je triture des idées, malaxe des concepts, écris, partage des réflexions et actions de terrain, marche encore…

Du terrain, de l’action à la réflexion, de l’expérience individuelle ou collective à la cogitation intellectuelle, et vis et versa, la « des-marches » avance, empruntant souvent des chemins de traverse à peine défrichés, ni donc déchiffrés.

Je reprends ici un extrait de texte du chercheur Hugues Bazin*, que je trouve très intéressant dans son approche d’activisme décloisonné.
« … L’acteur-chercheur n’est pas défini par un statut, une mission, une appartenance professionnelle ou sectorielle. Il peut jouer sur ces rôles, mais ne peut se cantonner à une posture entre agent, acteur et auteur. Qu’il vienne du milieu de la recherche ou d’autres environnements socioprofessionnels, sa posture est de nature hybride et se définit par la capacité de construire une démarche réflexive vers laquelle il ira puiser les éléments méthodologiques utiles. Autrement dit, l’acteur-chercheur se définit par l’espace circulaire qu’il crée entre implication et distanciation.
C’est un espace aussi bien social, mental que géographique qui le caractérise comme sujet autonome, auteur de sa pratique et de son discours. C’est dans cet espace que l’on peut s’impliquer tout en impliquant l’autre… »

Revenons de ce fait à la marche et au marcheur écoutant les environnements sonores qu’il a choisi d’investir.

Marcher pour marcher n’est pas une fin en soi, pas plus qu’écouter pour écouter, et au final théoriser ces actions sans volonté d’agir sur le territoire n’est pas très stimulant ni productif. Il faudra que le geste de mettre un pied devant l’autre, comme celui d’ouvrir ses oreilles au monde environnant, engendre non seulement de nouvelles formes de récits, de pensées, mais s’ancrent dans un processus d’aménagement du territoire, autant que faire se peut.

Emmener des personnes écouter la ville, ou une forêt, est un engagement physique et intellectuel dans lequel chaque individu, quel qu’il soit, peut devenir co-auteur d’une petite histoire d’écoute, voire d’un paysage sonore collectif en gestation.

Ensuite, souvent, les rencontres feront le reste. Dans tel ou tel atelier d’écoute en marche, des habitants, géographes, artistes, chercheurs en sciences humaines, élus, aménageurs, seront amenés à croiser leurs gestes de marcheurs écouteurs, leurs ressentis, retours d’expériences personnelles et travaux… Et c’est peut-être à cet endroit que naîtront de nouveaux projets, des actions partagées in situ.

Battre le pavé, courir la campagne, flâner le long des rues, qu’elles qu’en soient les raisons premières, font que le territoire à la fois se révèle et se construit, se raconte et se partage, mais aussi que les réseaux s’étoffent, que les recherches gagnent en profondeur, tout en me laissant dubitatif devant l’étendue croissante de ma propre ignorance.
Du bout de l’oreille, du pied, de l’action, du verbe, le projet devient aussi passionnant que fuyant, chaque rencontre entre des lieux et des personnes dérobant un peu plus des réponses, des problématiques et postulats de départ. L’effet chemin de traverse de l’arpentage du terrain jouant certainement le rôle de questionneur permanent qui nous montre au jour le jour une multitude de chemins possibles, dans un parcours qui n’a de cesse de se modifier au gré de la marche.
Le statut du paysage sonore se trouve à cet endroit confronté ainsi à une belle incertitude.
C’est ainsi que mes propres PAS – Parcours Audio Sensibles, et les productions qui en découlent, se trouvent constamment remis en question, mais qu’ils gagnent de ce fait une in-stabilité jubilatoire.

*chercheur indépendant en sciences sociales depuis 1993, animateur du Laboratoire d’Innovation Sociale par la Recherche-Actionhttp://recherche-action.fr/hugues-bazin/presentation-de-lauteur/

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