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Articles par Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier

Les PAS – Parcours Audio Sensibles, catalyseurs d’une communication non verbale.

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Silence must be !*
Cette déclaration, a priori impérative, est néanmoins, plus pour moi, une invitation plutôt qu’une injonction.
La marche silencieuse, celle que propose généralement mes PAS, tend à installer une attitude quasi méditative, concentrée, à la fois sur le monde extérieur, et sur nos propres pensées, ressentis, états-d’esprit, rêveries intimes, sur un moi restant cependant fortement connecté au Monde environnant.
Le silence alors instauré comme une règle du jeu, laisse place, plus de place, aux sons ambiants, ouvrant ainsi ce que Pauline Oliveros appelait une « Deep Listening », une écoute profonde, parfois exacerbée, en tous cas souvent amplifiée.
C’est une façon d’investir les lieux par l’écoute, de se créer ses propres paysages, se mettre en vibration, en résonance, en harmonie avec son environnement, les espaces appréhendés, marchés, dans une forme d’augmentation sensorielle sans autre artifice que notre écoute, notre esprit et notre corps consentants, grands ouverts sur le Monde.

Effet de groupe, esprit de groupe
Les PAS prennent pour moi tout leur sens lorsqu’ils sont commis à plusieurs, en groupe, y compris à partir de deux personnes, et qui lus est d’autant plus qu’ils sont effectués en silence. Je l’ai déjà formulé maint fois, mais je reste toujours surpris des synergies, des énergies qui se dégagent d’une marche silencieuse, en groupe. SE ressent alors une véritable stimulation d’une complicité, d’une connivence accrue dans le geste d’écoute, voire dans toute une série de gestes physiques, postures, ressentis…
Le silence du groupe n’est pas la résultante d’un isolement de chaque individu qui se réfugierait dans un silence-muraille, qui sectionnerait le groupe en une constellation d’individus étrangers les uns aux autres, bien au contraire !
Le fait de marcher ensemble, d’écouter ensemble, en silence, dans un cadre spatio-temporel pensée comme un commun, un territoire d’échange développe un pneu de gestes connivents, bien au-delà du langage parlé, ou qui échappe à la parole pour s’adresser directement aux corps interconnectés.

Au corps de l’écoute
Marcher au même rythme, tendre l’oreille aux mêmes sources, s’arrêter ensemble, se sourire, s’échanger des clins d’œil, se guider en se donnant la main, se faire passer des objets, être reliés par des fils virtuels ou réels… Autant de faits et gestes, parfois imperceptibles au non habitué, ou au spectateur extérieur, qui développent un véritable langage, une forme de communication parfois plus forte que la parole-même, mentale, physique, kinesthésique… et qui ne vient pas rompre la magie du silence, écrin de l’écoute active.

Silence on guide !
Le guide de PAS, rôle que j’endosse de nombreuses fois, ressent fortement les moments où se soude un groupe, où les entités humaines font bloc, et rayonnent d’une sorte d’énergie électrisante.
Le guide est tout d’abord celui qui installe, ou qui contribue fortement à installer le silence, plus en adoptant des postures physiques communicatives qu’en usant de la parole pour se faire entendre, voire comprendre. Une immobilité soudaine, un regard appuyé… C’est sa propre énergie d’écoutant qu’il devra, à l’instar d’un chef d’orchestre, communiquer alentours. Plus encore que sa technique gestuelle, l’énergie d’un maestro, jusque dans les silences, est sans doute surtout dans les silences, viendra galvaniser l’orchestre, qui lui-même renverra de l’énergie vers le chef, et au-delà verts le public. Situation finalement assez comparable avec laquelle je me trouve en emmenant un groupe dans un PAS, mais sans doute ma pratique de direction d’orchestre n’y est pas étrangère. L’un des premiers marques de ‘implication d’un groupe, de sa cohésion, est sans nul doute la qualité du silence qui sera « produit » collectivement, lequel sera non seulement une sorte d’écrin pour les sonorités ambiantes, mais aussi éléments constitutifs intégrants d’un langage non oralisé.

Silence on communique !
Dans un PAS silencieux, des gestes discrets, a priori anodins, se révèlent comme des formes de jeux/postures révélateurs, que le groupe se transmet souvent de façon consciente. Mettre les mains derrières les oreilles, en formes de parabole acoustique, fermer les yeux, effectuer un lent tour sur soi-même, à 360°, coller l’oreille à un pont, à une porte… Autant de gestes, de recherches d’écoutes, à la fois simples et singuliers, qui ne demandent aucune verbalisation pour se transmettre, tout juste une réceptivité collective, un mimétisme communicatif, une sorte de danse improvisation intuitive collant aux événements de l’instant, aux ambiances du lieu.
Le langage collectif, sorte de langue des signes pour écoutants, ainsi installé, ne doit surtout pas être troublé par une parole qui serait alors une surcharge interprétative tout à fait inutile, voire franchement déplacées, si ce n’est parasitante. Cette parle « de trop » brouillerait plus qu’elle ne servirait les communications corporelles, sensibles, des promeneurs écoutants. Les gestes en silence sont à même de transcender la plus modeste des promenades, plus qu’aucun discours ne le ferait, si pertinent soit-il. Au gré, et par cette communication intimes, circulant librement dans le groupe, l’écoute se consolide, le paysage devient dessert, et s’ouvre à nos oreilles dans ses moindres détails – Quelqu’un qui cuisine, fenêtres ouvertes, en écoutant la radio, des oisillons qui pépient dans un nid, le souffle du vent dans les feuilles d’un peuplier, les chuchotement et fous-rires étouffés d’un couple d’amoureux sur un banc public… L’oreille se fait gourmande, insatiable, un brin voyeuse aussi… C’est par des regards, des visages attentifs, éclairés, des sourires, que l’on sait que nous ne somme pas seul à écouter sourdre les bruissements du monde. A un moment, plus tard, la pari-olé aura besoin de se libérer, de commenter, d’échanger verbalement, et elle le fera alors naturellement, toujours sans consignes. Ou bien alors une question discrète du type « Quel a été votre moment le plus fort, ou le lieu où vous vous êtres sentis le mieux ? »

Retours humains
Au terme d’un PAS, une mère nous a rapporté l’expérience qu’elle venait de vivre avec sa fille, expérience qui m’a personnellement beaucoup touché.Elle avait amener avec elle sa fille, une adolescente rebelle avec laquelle elle avait des rapports très conflictuels, jusqu’à un silence pesant, bien loin de celui dont je vous ai parlé auparavant, mais a contrario comme le marquer d’une communication devenue impossible. La mère avait proposé à sa fille d’accepter ou non sa proposition, et de rester libre de quitter le PAS quand elle le souhaiterait.
Or non seulement mère et filles sont restées jusqu’au bout u parcours, mais il s’est passé durant ce temps d’écoute quelque chose d’assez imprévisible.
En cours de route, elles se sont sourit, échanger des clins d’œil, appuyé l’une contre l’autre, pris la main. La mère est revenue nous voir le lendemain, sans sa fille, et visiblement très émue de ce qu’elle avait vécue, nous relatant combien ce contact physique, humain,  renoué en marchant, l’avait bouleversé.
Certes, un PAS n’est pas pensé comme une thérapie, ni une façon de guérir, d’apaiser,des conflits humains. Je suis très loin d’une forme de « baladohérapie «  que de toute façon je ne saurais absolument pas gérer, le soin étant loin de mes domaines de compétence.
Néanmoins, suite à ce retour spontané, je me suis plus encore rendu compte combien le geste silencieux, les formes de communication non verbale, pratiqués dans les PAS pouvaient souder, et dans ce cas précis ressouder un groupe, ne serait-ce qu’un couple mère fille jusqu’alors en conflit.
En dehors du mot, de la parole, marcher et écouter ensemble créent indéniablement une connivence dans l’instant, renforcée par un silence que je qualifierais d’habité.
Et si les PAS, sans même cherche à en expliquer le pourquoi du comment, ne servaient qu’à créer ou consolider des liens d’écoutant à écoutant, cela serait déjà pour moi un petit PAS de franchi, vers l’autre.

Point d’ouïe campanaire à Cagliari

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Desartsonnants ne le répètera jamais assez, il adore lorsqu’il y a quelque chose qui cloche dans le paysage. Ici à Cagliari, du centre ville au bastion supérieur, il joue à fabriquer, après écoute, un petit raccourci spatio-temporel… Ceci dans le cadre du projet Erasmus+ « Le paysage sonore dans lequel nous vivons » – avec GMVL Musiques Vivantes de Lyon

En fait, l’un des marqueur spatio-temporel qualitatif et installé dans l’espace public, préféré de Desartsonnants est certainement celui proposé par ces belles dames d’airain hautes perchées, au voix tellement différentes du Nord au sud, de ville en ville, de clochers en beffrois.

Je les cherche, les écoute avec délectation, les capte, en collectionne les envolées et sonneries carillonnantes.

J’aime entendre comment elles inter-agissent sur l’espace public, lui donnant une texture, des dimensions, des plans, d’échos en réverbérations, des profondeurs rapprochées ou éloignées au gré des vents tourbillonnants, de nos postes d’écoute, du lieu où elles nous surprennent.

PAS – Parcours Audio Sensibles, partition N°4

Installation, exposition de sons ambiants

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PAS – Parcours Audio Sensible à Saillans – Festival « Et pendant ce temps les avions » – ©Yannis Frier

Lieu(x)
Partout, au choix

Public
Un groupe de visiteurs

Durée et périodes
A définir, ou à mettre en place à l’improviste

Actions
– Décidez d’être un curateur d’exposition sonore en espace public, ou d’un musée éphémère pour écoutant(s) visiteur(s), ou bien artiste compositeur d’espaces sonores impromptus
– Parcourez la ville, ou la campagne, ou un bâtiment, en groupe
– Considérez que tout son fait partie intégrante d’une vaste exposition/installation sonore où l’aléatoire et l’interaction (la votre et celle des autres) jouent un rôle des plus important
– Guidez la visite ou laissez la libre, dans un périmètre donné ou non.
– Définissez, ou non, une durée de la visite/action
– Ménagez des pauses Points d’ouïe devant certaines scènes/œuvres sonores impromptues
– Décidez du début de la visite – là où les lieux et objets, les personnes, changent de statuts pour devenir installations, expositions, œuvres,  comme de sa fin,  là où tout redevient « normal »

Variation 1
– Organisez un vernissage officiel, une visite de presse, éditez un catalogue…

Variation 2
– Commentez les œuvres sonores impromptues, ou invitez un expert pour le faire.

PAS – Parcours Audio Sensible et inauguration d’un Point d’ouïe à Saillans

Saillans Sons

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Invité dans le cadre du festival « Et pendant ce temps les avions » pour une série de PAS – Parcours Audio Sensibles et l’inauguration d’un nouveau Point d’ouïe, je découvre le magnifique village de Saillans, blotti au pied des contreforts du Diois et tout contre les rives de la Drôme et du Rieussec.
La toponymie du village met d’emblée en avant la saillance, ce qui saillit, les montagnes environnantes, l’eau qui sourd ici et là, qui sourd pourtant sonore, rubans rivières et intimes fontaines, la musiques des rues, y compris celle des musiciens invités pour le week-end de Pacques, et qui font sonner le marché dominical…
Ici, même le système politique construit dans un modèle original de démocratie participative fait saillante, voire résistance, hors du schéma classique.
Les saillances y sont d’ailleurs plutôt douces sous le soleil printanier.
Dès mon arrivée, j’arpente rues et rives. Premier repérage. Prendre la température acoustique des lieux. S’imprégner des ondes locales, apaisantes à mon goût.
Un axe, une rue, deux ponts, deux rivières, une géométrie simple, impossible de s’y perdre, même pour moi, inguérissable désorienté.
Et pourtant, paradoxalement, Dédale semble avoir joué par ici à entrelacer d’étroites ruelles, passages couverts, placettes, sentes intimes, resserrés, naviguant de part et d’autre de la grande rue, qui nous font serpenter entre de belles bâtisses de pierre. Et l’oreille se réjouit ainsi. Rue principale, des voix, des terrasses de bars, quelques voitures, puis on oblique, on s’enfonce dans une minuscule ruelle, une fois à droite, une fois à gauche, et tout change. Un incroyable calme s’installe. des tendres réverbérations, un étouffement, un apaisement soudain de la ville. Un presque silence que viennent animer des sons s’échappant discrètement des fenêtres. Un petit régal à fleur de pierre, à l’ombre de l’agitation, qui reste néanmoins une quiète agitation. De coupures en coupures déambulons, les changements d’ambiances se succèdent surprenants, et malgré tout sans heurts, sereinement.

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Un fil conducteur se trace, déjà évoqué, la présence de l’eau qui rythme le village. Au bas, la Drôme (la course) et le Rieussec (Ruisseau sec), qui glougloutent et chuintent, aujourd’hui encore en eau, bientôt peut-être, en avançant vers l’été, asséchés ou transformés en modestes rus serpentant entre les galets. On imagine néanmoins, en regardant les rives de la Drôme, que son actuel état tranquille peut, à certaine saisons, se faire vue furieuse dont on se représente assez bien le puissant grondement. Deux fontaines complètent en symétrie le paysage aquatique, et perlent l’espace de leurs gouttes cristallines. Ce sont non pas de grandes fontaines imposantes, mais plutôt de petits oasis rafraîchissants, comme le Sud sait  si bien en installer pour ponctuer joliment l’espace. Espace acoustique également, même si on ne les devine guère que lorsque nous croisons leurs chemins. Et pourtant, elles sont de vrais marqueurs auditifs, incontournables points d’ouïe jalonnant le parcours. Nous ne manqueront d’ailleurs pas de venir en ausculter (eau sculptée) une à chaque PAS, nous asseyant autour de sa margelle, puis plongeant longues-ouïes et stéthoscopes dans son bassin, improvisant une aqua-scène de bulles glougloutantes. Instant ludique pour petits et grands, car chaque PAS constitua d’ailleurs un groupe de tous âges, où chacun observa d’ailleurs, quasi religieusement, une « règle du silence en écoute », ce qui donna à ces expériences partagées une incroyable force, puisant dans la synergie émanant du groupe-même. L’un des grands attraits des écoutes partagées, je ne me le répèterai jamais assez.
Donc nous effectuons à chaque PAS une déambulation traboulante, mes accointances lyonnaises ressortent ainsi, avec ici quelques fugaces sons installés (justement un métro lyonnais), transport sonore décalé dans ce village, ici des tintinabullis faisant doucement sonner ruelles et voûtes – ici une halte dans le beau silence de l’église, ici une pause assis au bord de l’eau qui dévale gentiment la vallée, ici encore une oreille collée à un pont, ou bien sous les peupliers trembles chantant dans le vent… des jeux de postures, de micros surprises, aller chercher l’écho de la montagne ou l’infime son des petites choses qui crissent sous nos PAS.
A l’issue de chaque PAS, je questionne les participants sur leur Point d’ouïe idéal, leur Sweet-Spot diraient nos amis anglo-saxons, celui qu’ils aimeraient inaugurer comme espace d’écoute privilégié. Étant dans une municipalité à démocratie participative où la voix de chaque électeur compte, je ne pouvait pas faire moins que d’adopter une démarche (des marches) participative(s). Les avis divergent, même si des lieux reviennent souvent, rives, fontaine, ruelles… Petits et grands s’expriment sur ce qu’ils ont entendus, ce qu’ils élirait comme Pont d’ouïe marquant, j’aime, j’aime moins, j’adore…
Il me faudra trancher, et à l’aune des réponse, et de mon ressentis, je choisis d’installé mon Point d’ouïe sous le pont du Rieussec. Juste ce qu’il faut de sons et de calmes, de vie et de quiétude, un bel équilibre verdoyant, mais néanmoins directement connecté à la pierre, à la vie villageoise.
Une des promenade s’achèvera donc par l’inauguration officielle du point d’ouïe, petit discours d’un des élus présents, trois minutes de silence écoute pour marquer l’événement, avant que de faire en sorte que ce nouveau Point d’ouïe ne rejoigne la cartes de ces prédécesseurs désormais géolocalisées.
Le dimanche, une partie des musiciens improvisateurs du festival investissent le marché, les rues et places, dialoguent d’instrument à instrument, facétieux, volubiles ou discrets, jouant avec les acoustiques, ruissellement de notes et de sons qui tissent une musique sur la musique même des lieux, contrepoint
C’est ainsi, dans la très bonne ambiance de ce festival où se sont croisé publics, organisateurs, bénévoles, musiciens, visiteurs auditeurs, marcheurs écoutants d’un jour, amis venus me faire un coucou clin d’oreille… que j’augmente ma collection de six PAS fraîchement parcourus et d’un nouveau Point d’ouïe inauguré. Merci à tous les acteurs de ces belles rencontres !

Musiques des lieux et des instruments

https://www.mixcloud.com/desartssonnants/saillant-sons/

Carte des Points d’ouïe Inaugurés

https://www.google.com/maps/d/edit?mid=1pnyLlyY12C6HeaqKgJhOmLMFM-w&ll=44.6970819543434%2C5.195798078771531&z=19

Site du festival « Et pendant ce temps les avions »

http://bza-asso.org/index.php/etpendantcetempslesavions1/

Points d’ouïe – Rencontres Made of Walking – « Une table des marches » – La Romieu

Made of Walking  2017 – A Table o Walks – Une table des marches »

Écoutez la terre

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La Romieu 27 August – 1 September

A first glimpse of the program in progress:
Stefaan van Biesen & Annemie Mestdagh (Belgique): A Scent of Silence (workshop/walk)\
Leo Kay (Bruxelles, Belgique) : Exploring porosity and allowing oneself to get (workshop)
Panagiota Mavridou (Grèce) and Anastasia Peki: Listening for a common ground (listening walk – workshop – improvisation)
Pam Patterson and Leena Raudvee (Toronto Ca): Listening – On the Architecture of Aging (walk – participative performance)
Julie Poitras Santos: (Portland, Maine – USA) hlystan (walk – participative performance)
Ruth Broadbent (Oxford – UK) : Walking a Line: encounters through drawing (walk -workshop)
Isabelle Clermont  (Trois Rivières – Québec) : To the path of stars (listening/sound walk – workshop)
Ienke Kastelein (Utrecht – Pays-Bas) : walking in circles and lines (listening walk – participative performance)
Ivana Pinna ( Barcelone Italie) and Angeliki Diakrousi (Patras Gèce) : My way home (sound walk)
Katerina Drakopoulou (Athènes – Grèce) 22 stops (walk – participative performance)
Wendy Landman( Boston – USA) : Listening to walking/Making space to listen (conference)
Gilles Malatray (Lyon – France) : PAS – Parcours Audio Sensible, une expérience partagée- Sensitive Audio Walk, a shared experience (listening / sound walk)
Peter Jaeger (London – UK) Midamble (walk – durational reading-performance)
Carol Mancke ( London – UK) Circling back-thinking through (an open table of walks)
Geert Vermeire ( Bruges – Belgique) : Just a walk (silent walk)
Christian Porré, Stefaan van Biesen and Geert Vermeire: En Balade avec Rimbô (sound walk)
Jeanne Schmid  (Lausanne – Suisse) : Mains sur paysage (walk)

PAS – Parcours Audio Sensibles, workshop à l’ENSA de Bourges

Improvisation marchée, postures d’écoute in situ et dialogues « Sonoris Causa »

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A l’invitation des professeurs du Post diplôme « Art et création sonores » de l’ENSA – École National Supérieure d’Arts de Bourges en partenariat avec le Conservatoire de Musique et de Danse de cette même ville, Jean-Michel Ponty et Roger Cochini, la ville de Bourges a cette fois-ci servi de terrain à de nouvelles rencontres et explorations sonores.
Une première demi-journée était consacrée à la pratique du Soundwalk, parcours urbain en écoute à l’appui, suivi d’une discussion autours des parcours et paysages sonores, de l’écologie sonore et des relations à la création artistique qui s’y rattachent.
Cette fois-ci, pas de repérage préalable, par manque de temps, dans un emploi du temps plutôt resserré.
Donc nous partons, étudiants, professeurs et Dinah Bird, une invitée artiste sonore qui était venue parler création radiophonique les journées précédant mon intervention.
Pas de plans géographiquement préconçus donc, je guide la balade en fonction de ce qui se passe, des lieux que je découvre en même temps que je les regarde et écoute, à l’improviste.
Ceci dit, l’habitude d’arpenter le terrain urbain, de l’écouter, de confronter architecture effets acoustiques et ambiances sonores, fait que le parcours peut se construire assez naturellement, in situ, tout en réservant des surprises impromptues et qui plus est bienvenues.
Il faut d’ailleurs bien reconnaître que certains sites se prêtent plus facilement à l’exercice des PAS que d’autres, ou tout au moins révèlent plus vite, ou facilement, leur potentiel auriculaire, du fait de leur topologie, architecture, urbanisme…
Ne prenant pas trop de risques, y compris celui de me perdre, géographiquement,  je choisis donc de rester dans une partie emblématique de la cité, le très ancien cœur historique, avec ses maisons à colombages, remarquables, ses ruelles parfois très resserrées, pavées, sinueuses, sa cathédrale imposante…
Le fait de cheminer entre d’étroits murs, dans des espaces très minéraux, pierres et pavés mêlés, donne d’emblée à l’écoute une tonalité parfois intime, sans large ouverture et perspective de champs sonores lointains, des espaces qui peuvent être ressentis comme oppressants à l’écoute, selon certains étudiants.
Les pavés, comme dans beaucoup de « vieilles bourgades » colorent le parcours de rythmes limite infra-basses, caractéristique acoustique d’une historicité urbanique.
Nous profitons en tous cas de points d’ouïe stratégiques pour construire une scénographie auriculaire, ponctuée de pauses/postures d’écoute.
Par exemple une alignée de chaises devant un manège pour enfants, sur lesquelles nous prenons place. S’y déroule une déchirante scène ponctuée de cris et de larmes de gamins, arrachés trop prématurément à leur goût, à l’attraction foraine. Cinéma pour l’oreille aurait dit Michel Chion.

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Un abri de tôle sous un chantier de façade où nous écoutons la majorité des sons acousmatiques, les sources cachées, derrières nous, hormis les passants qui traversent le groupe, en nous regardant d’ailleurs, comme souvent, d’un air étonné et interrogatif.
Un sas d’entrée de magasin dont les portes coulissantes s’ouvrent tantôt sur l’intérieur et sa Musac sirupeuse, tantôt sur l’extérieur et les bruits de la rue. Nous pouvons jouer à mixer les ambiances outdoor/indoor via nos mouvements. Nous le faisons d’ailleurs.
Une joueuse de percussion (Surdo) qui traverse de façon impromptue la rue, et que nous décidons de suivre jusqu’à la perdre de vue, et d’ouïe. Cette petite filature nous amène dans une ruelle très étroite, où j’installe de façon éphémère, via une dizaine de micro-HP autonomes, des sons de métro lyonnais disposés dans l’espace, histoire de décaler un brin l’écoute. Puis haut-parleurs éteints, la ville, la ruelle, dans une forme de douce résilience, reviennent à leurs atmosphères initiales.

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La percussionniste réapparaîtra de façon fortuite,  dans notre champ d’écoute, pour à nouveau se perdre dans l’ambiance urbaine – beau scénario d’écoute à l’improviste, une petite histoire se raconte à nous écoutants, entre ruptures et récurrences.
La cathédrale, espace incontournable, pour moi. Son parvis très venté ce jour-là donne un l’air grondant à nos oreilles. Son intérieur est  majestueux, réverbérant comme il se doit. Une porte ouverte laisse entrer les sons assez agressifs d’un chantier où une scie découpe violemment le macadam dans un beaux vacarme enrobé de poussière.
Deux détours de rue après, le calme se réinstalle rapidement. Magie des villes où l’on peut jouer des effets de coupures, d’amortissements rapides des sources auditives. Les voix retrouvent alors aussitôt une place privilégiée.
Un petit parc urbain nous donne l’occasion d’ausculter intimement végétaux et matières, d’élargir, de colorier et ce canaliser notre écoute par des « longues-ouïes », partie ludique de notre exploration.
Nous rentrons. Halte au passage sous un arbre dont les gousses de fruits secs bruissent joliment sous le vent.
Nous reprenons les mini HP en mains pour tester des écoutes en mouvement, dans la cour de l’école, jeux de micro sonorités mouvantes.
S’en suit un débriefing et des questionnements sur les ressentis, les définitions, pour chacun, des paysages sonores, post PAS.
 Puis, des échanges autour d’une présentation  présentant différents acteurs, actions et réflexions liés au paysage et au parcours/installations sonores en espace public. Les étudiants, ou plutôt les jeunes artistes, sont très réactifs et sensibles, impliqués dans une démarche personnelle qui augure de belles réalisations et réflexions en chantier.
Le lendemain, il s’agit d’une présentation de différents étudiants de leur projets respectifs, menés dans le cadre du post diplôme.
Projets riches, diversifiés, et déjà nourris de solides réflexions.
Nous y trouvons entre autre des axes de création/recherche autour de la nourriture, du corps queer, des sons d’ambiances liés au divertissement, au monde du travail, à l’espace public, un dispositif de « pli catastrophe » ou la visualisation d’une forme de violente rupture/résilience sonore et cinétique….
Les étudiants défendent avec passion leur projet, dans un argumentaire déjà bien travaillé, et sont tous preneurs de références pouvant enrichir et élargir leurs recherches.
D’ailleurs, fait suffisamment rare pour être souligné, les sept étudiants de la promotion Arthésis, quatrième du post-diplôme, forment un groupe extrêmement soudé, à tel point qu’ils jouent tous sans exception dans un groupe musical, suite à un workshop encadré par Alexis Degrenier.
http://artetcreationsonore.eu/concert-arthesis/
Conséquence de cet engagement collectif, les deux responsables du post-diplôme envisagent, de concert avec les étudiants, de prolonger désormais les cursus d’une année, soit deux années de post-diplôme en place d’une seule, pour creuser plus avant les projets.
En bref, un accueil très chaleureux, tant de la part de Jean-Michel Ponty à l’énergie communicative que de Roger Cochini, partageant avec une belle gentillesse son incroyable et généreuse mémoire post-schaefférienne, nourrie de moult expériences pédagogiques, que de la part des étudiant chercheurs, hyper motivés et ouverts aux échanges de tous crins.
Deux riches journées d’où je repars en sentant que m’a propre démarche est vraiment nourrie et enrichie à l’aune de ces rencontres, que je dirais vitales pour avancer un peu plus dans un parcours où le relationnel reste pour moi au cœur de l’écoute.

 

Des écoutes en images – @Photos Roger Cochini (cliquez sur la photo pour accéder à l’intégralité de l’album

Workshop à l'ENSA de Bourges

 

http://artetcreationsonore.eu/

PAS – Parcours Audio Sensible – Partition n°3

Écoutez dans les pas…

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Lieux : là où bon vous chante

Personnages : Vous et… votre cible…

Durée : Comme bon vous semble

Périodes : de jour comme de nuit

Actions
– Décidez d’enclencher un processus de marche
– Choisissez une personne
– Suivez cette personne, jusqu’à ce qu’elle disparaisse de votre champ de vue, ou que décidiez d’interrompre le processus de marche
– Écoutez dans son sillage
– Vous pouvez imaginez ce qu’elle pourrait entendre
– Si elle disparait, choisissez une nouvelle personne, ou cessez le PAS.

Variante
Vous pouvez, à un moment, abordez la personne pour échanger autour de l’écoute.

PAS – Parcours Audio Sensible, partition n°2

Points d’ouïe de la carte au terrain

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Actions en deux temps

Première étape 

– Choisissez un lieu, un quartier que vous ne connaissez pas, ou très peu.
– Procurez vous une carte, ou un extrait de carte de l’endroit que vous désirez investir.
– Tracer un parcours au crayon en suivant les rues, sentiers, de préférence en créant une boucle avec un point d’arrivée identique à celui de départ…
– Au regard de la carte et du tracé, imaginez ce que vous pourriez entendre en suivant cet itinéraire
– Vous pouvez consigner par écrit les sons que vous penseriez écouter sur le parcours.

Deuxième étape

– Sur le terrain, parcourez l’itinéraire préalablement tracé, dans une posture de promeneur écoutant.
– Comparez votre écoute avec vos spéculations préalables.
– Tester l’exercice sur plusieurs parcours…

 

Remarque 1 : Attention aux échelles de la carte et du territoire, prenez garde à la démesure, pour envisager un parcours réalisable in situ.

Remarque 2 : Comme dans toute partition de PAS, vous pouvez communiquer à Desartsonnants les résultats de la marches, itinéraire, traces, ressentis…

Point d’ouïe , partition de Parcours Audio Sensible n°1

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible n°1
« Banc d’écoute »

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Lieu :  A votre choix
Temporalité :  A votre choix
Participant (s): Solitaire, en duo, à trois ou quatre
Milieu : Urbain ou rural
Spécificité : Un ou des banc(s) public(s)

Actions :
– Choisissez un point de départ dans votre ville, village, quartier, ailleurs…
– Mettez vous en marche jusqu’à ce que vous trouviez un banc public.
– Asseyez vous y.
– Écoutez la ville, au minimum trois minutes, plus si affinité, jusqu’à ce que vous le souhaitiez.
– Quittez le banc.
– Gardez l’expérience dans un coin de votre mémoire.

Variante 1
– Invitez un passant, même et surtout inconnu à partager votre banc d ‘écoute
– Parlez de l’expérience partagée avec lui rétrospectivement.

Variante 2
– Effectuez un circuit de bancs d’écoute en réitérant sur plusieurs assises l’expérience, en journée, de nuit…

Variante 3
– Demandez à Desartsonnants de vous accompagner dans cette partition « Banc d’écoute »

Variante 4
– Relatez par écrit, en quelque mots, votre expérience à Desartsonnants (lieu, heure, durée, choses entendues, ressentis…)

Points d’ouïe et paysages sonores partagés, des nourritures

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Il s’agit de livres, films, textes et spectacles ayant durablement  impressionné Desartsonnants, et incontestablement nourri, de différentes façons, le projet d’écoute en marche, ou plutôt le nourrissant encore au jour le jour. Et aussi de coups de cœur que j’ai envie de partager.
Ces sources et ressources sont énoncées ici sans aucune hiérarchisation…

Du bon éloge de la lenteur de Pierre Sansot (1998)
Prendre le temps de faire pour échapper à la vitesse, à la frénésie de l’époque.
Privilégier l’art du peu et flâner activement, une réflexion tonique et écalée.

Le paysage sonore – The tuning of the World – Raymond Murray Schafer – 1977
Une bible, un texte fondateur  pour les défenseurs d’une belle écoute et de l’écologie sonore.

L’hybridation des mondes, ouvrage sous la direction de Luc Gwiazdzinsky – 2016
Recherche, arts, aménagement du territoire… Penser les imbrications, les interactions, croisements, créolisations, métissages… S’en saisir pour construire de nouvelles formes et dispositifs.

La pêche à la truite en Amérique, Richard  Brautigan – 1961
Le pays où les fauves sont de doux philosophes, les truites des êtres de rêve, les pastèques les fruits sucrés de l’Eden… Des paysages incontournables.

Le droit à la paresse, Paul Lafargue – 1880
Les hommes et la « valeur du travail », manifeste qui garde aujourd’hui et plus que jamais tout son sens pour (re)penser autrement nos vies de travailleurs.

Espèces d’espaces, Georges Pérec – 1974
De la feuille de papier à l’univers intersidéral, une belle plongée poétique dans les espaces multiples d’un grand penseur.

La strada – Federico Fellini – 1954
Un chef-d’œuvre cinématographique qui m’a fait découvrir très tôt les routes du monde selon Fellini, entre humanité généreuse et noirceur impitoyable.

Le dépaysement, voyages en France – Jean-Christophe Bailly – 2011
Une réflexion historique, géographique, poétique, philosophique… sur des paysages à redécouvrir sans cesse. Un beau dépaysement français sans cocarderie aucune. Un de mes livres de chevet.

L’été, Noces, retour à Tippaza – Albert Camus – 1939/1952
Paysages mythologiques, humanistes, existentialistes, jouir du Monde intense et vibrant…

L’usage du monde – Claude Nicolas Bouvier – 1963
Un récit de voyage culte, une série d’émerveillements en toute simplicité…

Le promeneur écoutant – Michel Chion – 1993
Essai d’acoulogie, les sons, l’écoute, à l’aune du langage.

Les hétérotopies – texte conférence de Michel Foucault – 1967
Les rapports complexes de lieux contre-espaces de contestation et de (re)construction, d’espaces superposés. Une réflexion philosophique qui ouvre de riches géographies intellectuelle et humaines.

Walking (De la marche) – Henry David Thoreau – 1862
Un essai posant les bases d’une réflexion visionnaire sur une approche environnementale, écologique avant l’heure, par le père de la désobéissance civile anti esclavagiste.

Marches dans la ville – Michel de cerveau in L’invention du quotidien, l’art de faire – 2002
Entre dehors et dedans : des arts de faire ou le lieu urbain comme espace pratique, une pensée en marche.

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien – Georges Pérec – 1982
Observation in situ autour d’un espaces, de ces richesses, monotonies, variations…Inventaire littéraire sensible autant qu’utopique.

Histoire du silence – Alain Corbin – 2016
Une superbe méditation entre religion, nature, philosophie autour du, ou plutôt des silences depuis la Renaissance à nos jours.

L’art des bruits de Luigi Russolo – 1913
Un manifeste bruitiste pour composer avec les bruits urbains, la vitesse, le progrès et les technologies naissantes.

Listen – Texte et projet de Max Neuhaus – 1966
La Soundwalk comme une expérience performative  esthétique des musiques de la ville. Un manifeste précurseur de l’écoute en marche.

Circuits D – Spectacles de Délice Dada
Suivez les guides venez vous instruire d’une histoire locale mémorablement réécrite, rire d’un paysage familier inventivement réinterprété… Subtile loufoquerie dadaïste urbaine!

Les nouvelles de J.G Ballard – 1956/1992
Des paysages étonnants, aux frontières du réel, ou bien au-delà…

La psychogéographie de Guy Debord
Théorie situationniste de la dérive pour repenser politiquement  la ville.

Walkscapes – Franscesco Careri – 2013
Les pratiques de la marche par un groupe d’architectes déambulateurs italiens. Petite perle sensible, artistique, au cœur d’une pensée de l’aménagement du territoire.

Les romans de Jack London
La belle œuvre d’un socialiste aventurier et arpenteur de grands espaces, de villes misère, de natures inspirantes, d’humanité chahutée…

Bivouac – Spectacle de la cie Générik vapeur
Un déboulé sauvage, tonitruant, émotionnel, d’hommes et de femmes bleus, qui prennent la ville à revers !

La belle encontre d’Élie tête et de l’association Aciréne en 1984, et les travaux réalisés avec cette dernière, notamment « Haut-Jura terres sonores ».

Et tant d’autres choses inspirantes qui font que les projets Desartsonnants puisent rester en état de marche…

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De Points d’Ouïe en PAS – Parcours Audio Sensibles, des mots et des sons

Terminologie Desartsonnante, et acronymes associés

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©photo Sophie Barbeau – Points d’ouïe avec des enfants du Joyeux Jardin – Marseille

Des mots et des sons
Pour moi, chaque mot a son importance.
Porteur de sens, chargé d’un imaginaire, d’une couleur, d’une « ambiance », voire marqueur esthétique autant que sémantique, nommer c’est faire exister affirment de nombreux écrits cosmogoniques. Le mot est en effet une forme d’incarnation de l’être, comme il peut être est l’injonction au faire, ou le terreau d’une imagination généreuse et constructive.
Le mot, ou l’agencement de mots, les expressions, les acronymes, sont autant de propositions à l’écoute, à l’entendement. Ils participent au faire sonner paysager, au fait d’inviter à la déambulation au cœur des paysages sonores investis.
S’ils ne remplacent pas pour autant l’action, sans laquelle ils resteraient lettre morte, vides de sens, ils impulsent et motivent cette dernière, ouvrant des voix parfois singulières pour un écoutant recherchant des moteurs lui permettant d’avancer dans ses travaux d’écoute, ses réflexions d’acteur impliqué.
Les mots sont avant, avant le projet, comme embrayeurs et catalyseurs d’actions.
Les mots sont concomitants, descripteurs et participant à la polyphonie-même, à la  poïesis du projet.
Les mots sont après, traces et analyses, forces de nouvelles propositions découlant de l’action révolue.
Ce chainage sémantique remet sans cesse en question le mécanisme d’un dispositif, d’une recherche-action, d’une réflexion alimentée de moult expériences de terrains, tout à la fois anticipées et projetées, et au final formant une sorte de récit transmissible autour du projet « Points d’ouïe et paysages sonores partagés ».

Points d’Ouïe
Une expression qui, chez moi, est souvent accolée à une sorte de titre générique « Points d’ouïe et paysages sonores partagés ». Façon, Desartsonnante, le point d’ouïe est assimilé à l’expression anglo-saxonne « Sweet Spot », utilisée par les acousticiens, audiophiles, et autres intéressés en règle générale par une écoute qualitative. C’est l’endroit précis où l’on doit se trouver pour jouir d’une écoute optimale. C’est par exemple, le point focal de la triangulation pour une écoute stéréophonique, ou le point central pour profiter pleinement d’une mutidiffusion. C’est également, pour Desartsonnants, le lieu d’écoute idéal, ou en tout cas le meilleur que possible, dans un espace/paysage, qu’il soit urbain, rural, naturel, architectural…
Le Point d’ouïe se veut représentatif d’un lieu, et il peut être en cela être multiple, ou en tout cas démultiplié. l’essentiel est  que l’oreille s’y sente bien, ou s’y sente fortement questionnée, impliquée, pour qu’elle capte la ou les richesse(s) auriculaire(s) intrinsèque(s).
Le Point d’ouïe nous fait découvrir les aménités d’un paysage, mais peut aussi en révéler ses fragilités, voire ses dysfonctionnements.
Le point d’ouïe est sensible, subjectif parfois, questionnant des individus à leur rapports aux sons quotidiens, ambiants qui me font par exemple poser cette question récurrente « Et avec ta ville, tu t’entends comment ? »
Mais cette question est bien évidemment transposable en milieu rural, ou naturel.

Inauguration de points d’ouïe
Le Point d’ouïe, lorsqu’il est inauguré, façon désartsonnante, offre l’occasion de partir à sa recherche, dans une quête, chasse au trésor d’oasis sonores à portée d’oreilles. Cette recherche s’effectue autant que faire ce peut avec des habitants du cru, dans une implication d’écouteurs citoyens, sous forme de rencontre publique, cérémonie avec discours à l’appui, minutes d’écoute, matérialisation et géolocalisation cartographiques… Des élus et habitants sont convoqués par cette fête de l’écoute dans la prise en compte de leur espace sonore local, et surtout celle des lieux qualitatifs à défendre, à protéger…
Il s’agit bien d’une manifestation publique, cérémonie officielle, certes décalée, mais qui célèbre la belle écoute partagée, à un endroit et à un instant précis, en espérant qu’elle laisse des traces durables dans le paysage, et surtout dans la mémoire des participants.

PAS – Parcours Audio Sensibles
Le PAS – Parcours Audio Sensible est une extension active, ou plutôt une conception propre de la balade sonore, toujours façon Desartsonnants.
Parcours : Le terme de balade me paraissant convoquer une action un peu frivole, légère, superficielle, je lui préfère le mot parcours.
J’envisage un parcours comme un itinéraire d’un point vers un autre, un acte volontaire, une trajectoire assumée, une mise en mouvement du corps écoutant, mais aussi, parallèlement,  de la réflexion, de la pensée.
Un parcours physique, impliquant un mouvement, peut être également mental, intellectuel, philosophique, voire initiatique. Il s’envisage comme un déclencheur, ou un enclencheur, qui change nos rapports à l’écoute, à l’espace, qui ouvre des sensibilités accrues, qui offre de nouvelles perspectives d’écritures.
Audio : J’écoute. Un terme qui met le son au centre de l’action, de l’action d’écouter en l’occurrence.
Sensible : Ce qui convoque un champ de sensibilités multiples, dépassant le seul sens de l’ouïe, même si l’écoute reste le pivot des PAS. Le sensible joue de la superposition, de la complexité des sens – l’écoute, je regarde, je sens, je touche, je ressens… Nous sommes fondamentalement polysensoriels, et l’écoute réactivée par les PAS stimule également d’autres sens qui participent à saisir et à construire nos environnements, dans une approche esthétique, sociale, écologique…

ZEN – Zone d’Écoute Naturelle et DON – Dispositif à Oreilles Nues
L’écoute naturelle est celle qui nous plonge, sans apriori et sans complexe, au corps des sons, de quelque nature qu’ils soient. Si l’écoute sans autre artifice que l’oreille de l’auditeur peut-être qualifiée de naturelle, les espaces où elle s’exerce ne le sont pas forcément pour autant, dans un sens topologique en tous cas. Il peut s’agir de places urbaines, périurbaines, comme de parcs entièrement construits et façonnés par la main de l’homme.
Les ZEN sont et restent néanmoins, des espaces de ressourcement, qui tentent, à force d’écoute, de rechercher l’oasis sonore le plus apaisant que possible, y compris au cœur-même de la cité.
La quiétude de certaines zones ou ZEN contrastant avec la frénésie sonore d’autres peut nous amener, par comparaison, à pointer les dysfonctionnements, les paupérisations d’un espace sonore.
 
Quand au DON, Dispositif à Oreilles Nues, il s’agit là d’un outil, mais aussi d’une posture, d’un choix a minima pour dénicher et profiter de Points d’ouïe ou de ZEN, révéler des paysages sonores des plus intéressants.
Le DON est autonome, portable, personnel, non énergivore, si ce n’est l’attention portée au monde, à ses habitants et paysages sonores, énergies positives. Le DON est du fait de nos seules oreilles, et bien sûr des sons qu’elles captent.
Le DON fait implicitement appel à la générosité entre écoutants, à l’offrande et au partage de richesses auditives, à l’écoute de l’autre, mettant le relationnel au cœur de l’action, c’est à dire de l’écoute.

Art contextuel, art relationnel
Le terrain donne le la.
Le lieu aspire à s’exprimer, voire infléchit sans conteste un projet, un mode opératoire, un dispositif ad hoc, un ou des publics…
L’espace ne demande qu’à être invité, valorisé, transcendé, dans la mesure où l’on évite l’intrusion, l’invasif, une artialisation forcée, ou pire, forcenée…
Rien ne naît ex nihilo, l’action, la pensée, les outils, sans pour autant être inféodés, ou rigidifiés, sont liés au contexte, à ses multiples contraintes, à l’évolution du projet. Ce qui est dessiné hors terrain demande une marge de manœuvre, d’ajustement, une souplesse pour prévenir tout enfermement dans un dessein somme toute inadéquat, des circonstances qui ont évolué, des demandes qui se sont affinées, sans parler des remises en causes et autres tâtonnements des projets en chantier
Le copié collé est une impasse paysagère assurée.
L’enfermement dans un champ esthétique trop cloisonné, dans une pratique trop contrainte, dans un secteur d’activité unique est  trop consanguin, et se révèle très vite sclérosant. Se frotter aux musiques improvisées, lutheries expérimentales, aux arts numériques, installations sonores et plastiques diverses, aménagement du territoire, écologie et modes d’actions alternatives, participatives, tout en gardant l’exigence d’une belle écoute environnementale, est gage de liberté et de renouvellement rafraîchissant l’écriture et la pensée sonore. Vision évidemment Desartsonnante et assumée en tant que telle de la chose.
La chose vécue prime d’ailleurs sur la chose fabriquée.
La sociabilité d’un projet impliquant un public, même très ponctuellement, des acteurs locaux, des décideurs, amène une indéniable valeur ajoutée, humaine avant tout.
Le partage et la transmission sont des leviers permettant, modestement, de défendre des valeurs morales dans le respect de la personne et de son environnement, et cela dans un processus interactif. Et nous revenons là au DON comme pratique relationnelle privilégiée.

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©photo Sophie Barbeau – Points d’ouïe à Joyeux Jardin, signalétique de Colin Bailleul, les Rudologistes associés

Multi et transmédia, savoir-faire partagés
Envisager un paysage sonore comme une réalité complexe, hétérotopique*, mouvante, multidirectionnelle – esthétique, sociale, économique, politique, écologique, philosophique – façon écosophie**, implique une approche convoquant de nombreuses affinités, compétences et savoir-faire.
Or, les capacités d’un modeste marcheur, écouteur, artiste chercheur sont forcément limitées, ou privilégient parfois sciemment, ou non,  des affinités influant ses propres champs de compétences.
Entre le fait d’écrire une projection « idéale » et de la réaliser, de lui donner corps dans sa matérialité de terrain, il y a parfois un, voire plusieurs grands PAS à franchir.
Si je peux, personnellement, développer une écriture sonore qui me convienne un tant soit peu, pour mettre en scène des espaces d’écoute significatifs, concevoir des objets, mobiliers, signalétiques, Il me faudra l’aide de plasticiens, graphistes, designers, bricoleurs et  autres imaginatifs de tous crins…
Les échanges transmédia sont incontestablement riches, on ne peut plus stimulants, pour autant qu’on laisse s’instaurer un dialogue, une confiance mutuelle.
L’âge de l’artiste démiurge, omniscient, enfermé dans sa tour d’ivoire, ou dans une rêverie auto-suffisante, le promeneur solitaire et autre Wanderer romantique, tout cela semble définitivement révolu, en tout cas dans le processus créatif, à l’heure d’une hybridation multiple que la technologie semble accélérer de jour en jour.
Heureuse perspective, à condition toutefois de ne pas s’y noyer, et de conserver un cap soutenable.
Encore une fois, une fois de plus, se dégage ici une notion de partage(s), d’auto-enrichissement, de transmissions de savoirs, d’échanges liés à nos sensibilités respectives, sans quoi le projet, pour moi en tout cas, ne serait pas ce qu’il est, un creuset bouillonnant, donnant du sens à l’écoute, aux questionnements autour des Points d’ouïe et paysages sonores partagés, aux valeurs humaines intrinsèques..

* Michel Foucault – http://desteceres.com/heterotopias.pdf
** Félix Guattari – https://www.editions-lignes.com/FELIX-GUATTARI-ECOSOPHIE.html

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©photo Sophie Barbeau – Points d’ouïe à Joyeux Jardin, signalétique de Colin Bailleul, les Rudologistes associés

 

 

Point d’ouïe campanaire à Lyon

 

Place des Terreaux, y’a quelque chose qui cloche(s) !

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Lors d’une balade repérage à Lyon, un carillonneur joue sur le fabuleux, et trop méconnu carillon de l’Hôtel de Ville. Une douce pluie de notes cristallines, virtuoses, bataillent contre les flux routiers.
A l’instar des grandes villes du Nord, 65 cloches de 6 à 4 800 kg font du carillon de l’Hôtel de Ville de Lyon l’un des plus grands d’Europe, et l’instrument a été joué par des musiciens internationaux. On ne l’entend hélas que trop rarement.

Fort heureusement, ce jour là, j’ai un magnétophone à la main.

http://aporee.org/maps/work/?loc=35836

https://www.mixcloud.com/desartssonnants/place-des-terreaux-ya-quelque-chose-qui-cloche/

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Points d’ouïe et PAS – Parcours Audio Sensibles à Saint Étienne

Des sons et des espaces, de flux en ruptures

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C’est un nouveau PAS.
Une ville industrieuse
sursautante et comme parfois encore endormie
des machines muettes
des stigmates d’épopées minières
un réseau souterrain de galeries
quasi  prégnantes et vibrantes sous nos pieds
des vitrines closes
d’autres fragiles
éphémères
d’autres enfin bouillonnantes
une ville qui s’ébroue
une ville de collines
qui allait au charbon
ville noire et ville verte
une ville singulière
qui accroche mes pas
je sens battre son pouls
crassiers par  ici
et par là
monts érigés en toile de fond
et des sons plein les rues
des voix
des voix
des voix
chaleureuses
un tram ferraillant
sa cloche emblématique
ses grondements profonds
carte postale à l’oreille
je me glisse dans les flux
cherche et
créé des ruptures
par exemple
une église
intérieur
presque silence soudain
résonance apaisante
puis la rue trépidante
autre rupture
parking souterrain
autres résonances
crissements violents
basses profondes
un sas
une porte qui chante
j’en joue
instrument métallique
un brin synthétique
puis un quartier tiers lieu
un goût d’inachevé
mais des espaces passages
oasis sonores
la vie sourd autour de nous
un banc d’écoute mosaïque
une longue pause collective
puis une rue montante
bercée de calme
premiers passereaux piallant
au sortir de l’hiver
rude en cette ville colline
une butte
un jardin
une terrasse
autre pause
panoramique
point de vue et point d’ouïe mêlés
accoudés à une terrasse Ursuline
la ville au pied de nos oreilles
puis redescente progressive
rentrer dans le flux
retrouver les flux
se noyer dans le flux
s’y noyer consentants
une heure trente de silence
silence entre nous promeneurs
acte en synergie d’écoutants
silence tellement peuplé de sons
puis à nuit tombante
une fête bruissonnante
inaugurale
voix proches
bourdonnantes
amplifiées
puis le cycle continue
hors micros…

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Puis le lendemain, un parcours au casque, initié et créé par Carton plein, presque le même circuit que le PAS, géographiquement, mais si différent pourtant. Témoignages émouvants, commerçants, résidents, histoires locales, le passé, le présent, les rêves et espoirs… Vous pouvez l’écoutez encore, ne vous en privez pas… Écoutez, téléchargez le fichier de la balade et le plan ici  Lien

Puis ce même lendemain, une autre promenade, sur une autre colline, celle du crêt de Roc. La ville en Mythorama, initiée par le collectif La laverie, et le compteur marcheur Julien Tauber. La quête des Argonautes vers la Toison d’Or, Saint-Étienne ponctué de symboles architecturaux, de combattants mythos, de super héros parfois cruels et perfides, comme dans toute mythologie qui se respecte… Saint-Étienne décalé, initiatique, les promeneurs embarqués dans un histoire gigogne qui tisse un imbroglio d’histoires. La colline de Montreynaud comme une Troyes contemplant la ville grecque à ses pied, de décalage en décalage, le bonheur de la balade entre mythe et réalité.
Et des idées sonnantes à suivre, sur une autre colline sans doute, la ville n’en manque pas.

Texte rédigé le 26 mars 2017,  après l’invitation de Carton Plein, dans le cadre de l’action Ici-Bientôt, et de la Biennale du Design de Saint – Étienne

Liens

Ici-Bientôt

Carton Plein

La Laverie

Julien Tauber conteur

Biennale Internationale du design de Saint-Étienne

En écoute, un parcours repérage, micro concert portière, extrait de la fête finale…

 

PAS – Parcours Audio Sensible à Mons

Carillons et valises à roulettes

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Mons, petite bourgade aux belles et douillettes bâtisses de briques, que surmonte un beffroi monumental juché au fait de la colline, d’où le nom de la cité, fut pour moi, pendant plus de 10 ans,un territoire d’exploration sonore tous azimut.
Ce long cycle de ville sonore laboratoire s’achève par un workshop d’une semaine avec des étudiants de la Faculté d’architecture et d’urbanisme de Mons, avant que de rejoindre Charleroi, prochain territoire d’écoute.
Mons est une ville qui sonne donc familière à mes oreilles, tout comme Lyon, autre terrain d’investigation, principalement en marches d’écoute.
J’en connais les tonalités de sa grand place, de ses pavés, de sa collégiale, de ses ruelles et parcs, de son carillon, de ses accents du Hainaut, de ses commerces…
C’est de plus un rendez-vous annuel international des arts sonores, qui développe des parcours d’écoute, sous la houlette de l’association Transcultures, et qui m’a permis de rencontrer de nombreux artistes sonores aux travaux riches et passionnants.
Bref, Mons est une ville port d’attache pour mes oreilles, où j’ai développé, en fin d’été comme en hiver, de vraies affinités acoustiques, traqué des aménités urbaines, errer de jour comme de nuit, déambulant ou posté sur mes bancs d’écoute, à la recherche de perles sonores, qui ne manquent pas des ces espaces riches en recoins réverbérants.
C’est donc sur une pointe de nostalgie, mais également avec l’impatience de découvrir le bouillonnant Charleroi que s’achève ce cycle de balades auriculaires en Hainaut.
Durant une semaine, par ailleurs très humide, sept étudiants vont parcourir avec moi les rues parcs et places, pour en découvrir les paysages sonores superposés. Nous avons ainsi tenté d’en dégager une identité, des tonalités, des ambiances caractéristiques, d’en fabriquer des cartes postales sonores, d’extraire la substantifique moelle acoustique, au fil de balades régulières, d’enregistrements et de notes.

La première question qui s’est posée pour nous est celle des récurrences, des occurrences, des sources significatives, emblématiques, parfois symboliques, comme des images de marque ou des signatures sensibles de la ville.
Le carillon s’impose d’emblée comme une évidence. Tous les quarts d’heure, il égraine de délicates mélodies, une délicieuse cascade de sons ciselés, cristallins, aux timbres très typiques des systèmes campaniles du Nord.
Rappelons que la cloche, et tout particulièrement le carillon est une des première installation sonore et musicale installée dans l’espace public, et ce depuis bien longtemps déjà.
Tout à la fois journal sonore et instrument de musique arrosant la ville, il donne aux résidents un sentiment d’appartenance qui les fait s’ancrer par l’oreille dans un territoire marqué d’un halo bienveillant.
Ce signal auditif, marqueur du paysage sonore, apparait donc comme un élément incontournable, d’autant plus qu’il est resté muet de très nombreuses années, suite à une longue restauration du beffroi. Sa réapparition dans l’espace public est un vrai plaisir pour moi, j’en savoure les moindres mélodies tenues et fuyantes sur différents axes urbains, selon les vents dominants.
Un soir, -justement très venté, assis au pied du beffroi, j’écoute un carillonneur qui exerce son art, passant sans transition de Bach à Jacques Brel, de Mozart à Edith Piaf, de Queen à l’hymne locale chantée durant le carnaval… Les bourrasques de vent tourbillonnantes sont tempétueuses, emmenant ci et là les mélodies, tantôt proches, tant dispersées aux quatre coins de l’espace, dans la plus parfaite pagaille sonore. Ce vent très violent interdit hélas tout enregistrement, qui serait réduit à un long grondement illustrant la souffrance des membranes de mes micros bravant la tempête. Ne reste donc juste un souvenir, précis, mais pas aisé à raconter devant la richesse de l’instant.

Un autre élément important de la scène sonore montoise est sans aucun doute ses nombreux pavés ancestraux.
Pavés anciens, grossièrement dégauchis, souvent disjoints, soulevés ou abaissées au fil du temps en reliefs chaotiques qui malmènent les pieds et la mollets, ils font sonner gravement la ville  peuplée de bruits de roulements, nappes grondantes en flux de basses profondes.
Rythmes singuliers, pas toujours très organisés, ces roulements sonores envahissent le paysage des claquements, comme des riffs de basses désobéissantes, dans une musique à l’omniprésence capricieuse et fractale.
Pavés innombrables, acoustiquement collés au sol comme une peau indissociable, sonnante, minérale et granuleuse, dans l’épicentre de la vielle ville.
Pavés policés par de milliers de voitures en tous genres, depuis longtemps déjà, délavés par la pluie, donnant dans des nuits humides une luminescence fractionnée, quasi pixellisée, s’étalant dans les  rues et places empierrées.
Pavés de sons et de lumières donc.
Pavés sur lesquels déambulent des gens.
Et une autre constante nous apparait comme une évidence, traçant un sillage sonore de la gare de Mons (la fameuse gare fantôme à ce jour inachevée), jusqu’au centre ville.
Un sillage de valises à roulettes multiples, semblant claudiquer bruyamment, sur les pavés justement.
Une série de roulements, grondements s’échappant des coffres amplificateurs que constituent les valises à roulettes.
Ces cheminements audio ambulants se suivent parfois, en flux assujettis aux trains, se croisent, se dispersent au gré des rues, dans des traines sonores persistantes à l’oreille.
Ils dessinent une sorte de carto/géograhie mouvante où l’on suit de l’oreille, souvent hors-champs, les déplacements d’hommes à valises.
Les pavés aidant.
Nous déciderons alors, avec un groupe d’étudiants, de nous mesurer à la ville, à ses pavés, de la faire sonner, armés de valises à roulettes. Nous en enregistrerons les réponses acoustiques, dans des grandes rues, cours, églises, passages de gares, ruelles, sur différents pavés, matériaux.
Nous tracerons un voyage sonore de la gare à l’école d’architecture.
Nous emmènerons, le dernier jour, des promeneurs écoutants visiter de l’oreille la cité, entourés de valises grondantes, qui nous permettrons de mieux entendre les paysages lorsqu’elles se tairont en s’immobilisant brusquement, stratégie de la coupure.
Nous n’oublieront pas les carillons.
Ni les voix et autres sons de la vie quotidiennes.
Nous en écrirons une trace vidéo donnant à entendre, une audio vision très subjective de Mons, à l’aune de certains prégnances acoustiques, de cheminements pavés, d’ambiances mises en exergue, de curiosités révélées, amplifiées, aux sonorités mises en scène par un PAS – Parcours audio Sensible.
Ainsi s’achèvera pour moi ce long cycles d’écoutes montoises, avant que d’aller, dans quelques mois, frotter mes oreilles à la turbulente Charleroi.

Texte écrit suite à un workshop « Paysage sonore » avec des étudiants de Master de l’École supérieure d’architecture et d’urbanisme, et un PAS – Parcours Audio sensible, en présence d’autres étudiants, notamment de l’École des Beaux arts de Mons.
Partenariat Transcultures, École d’architecture et d’urbanisme, Desartsonnants.

Workshop son from DES ARTSONNANTS on Vimeo.

 

Cliquez sur l’image pour accéder à l’intégralité de l’album – ©photos Drita Kotaji

PAS - Parcours Audio Sensibles à Mons (BE)

PAS – Parcours Audio Sensible « Échos de la Saline »

Saline et pluie voila !

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Semaine en saline
écoutes en projet
projet en écoutes
cristallins salins craquants
et l’eau révélatrice
et l’eau décantatrice
et l’au génitrice
du grain de sel aqueux
hors cette semaine
la saline plic
la saline ploc
la saline s’égoutte
la saline s’écoute à gouttes
n’en finit pas de s’éponger
n’en finit pas de s’ébrouer
ruisselle quasi sans sel
paysage dissout noyé
plic ploc de métronomes
désaccordés
arythmiques à souhait
les chemins plaqués de flaques
les marches entre-deux
dans les intervalles de trêves ondées
l’intérieur en audio refuge
le parapluie comme amplificateur plicploquant
horizon barré gris souris nué de blanc
les sons giclent vivaces
malgré tout ces déversements
ces écoulements aqueux
la saline se rit de la pluie
et nous avec de concert
heureux écoutants
écoutants contaminés
des sons jubilent en averses
des lumières mouillées
les gouttes explosent doucement
indociles éclats de sons
qui dessinent l’espace au goutte à goutte
aqua ? Répond l’oreille…

Saline Royale d’Arc et Senans – Résidence écriture sonore « Échos de la Saline » – 09 mars 2017

POINT D’OUÏE GARES TRACES

TRACES Z’AUDIBLES

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Assis, chaise urbaine ou
une gare
un banc
ou marchant
selon
la ville gare trace l’oreille
comme
l’oreille trace la ville gare
bips
bips
bips signe
pas
voix
trains
encore voix
encore train
train train
et pourtant non
question d’apaisement bruyant
et d’absence de silence
sonic Station list
la rumeur
diffuse
alentours
ou
le détail
juste à côté
juste devant juste derrière juste présent
souffles
des souffles
ses souffles
à quasi perte d’entendement
ventilation anthropomorphique comme in/expirante
gare toujours encore peut-être sûrement passages
hybridation de mon ici et de mes ailleurs
on ne sait où d’ailleurs
voix et autres voies
chants – gutturalités – tonalités
crissements à même les dalles
et autres contaminations et autres…
traces et fondus de métal sifflant
des collections ambiantementales
éclaboussées parmi d’autres
postures immobiles
propices à
ou
remises en marche
tout aussi propices à
halte stop pause arrêt sur dans pour
un cri des cris j’ai cris
…………………..
observatoire noyé
discret comme présent
assis dans les flux-mêmes
je suis-je siège écoutant
j’ai ouï je vois, cadrages enfilade de couloirs en perspectives
Je sens pressens ressens
espace gare à nous à vous à eux
terrain dit sonnant
je dis-je ludique
en écoute postée
je mes gares m’entendez-vous ?

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Et les sons

 

PAS – Parcours Audio Sensible – Sonoscripture 1

SONOSCRIPTURE 1

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Un courant d’air joue avec les branches noires et nues d’un arbre solitaire. Le soleil souligne les silhouettes de nos longues ombres. A peine, troublent-ils le son de nos souliers sur le chemin. A main droite, les blés d’hiver pointillent de vert un grand champ. A main gauche, comme chaque jour ou presque, un troupeau de vaches vient nous regarder et repart d’un pas tranquille. Quelques buissons dévoilent des fleurs blanches, parfois roses, rarement rouges. Par moments, nous distinguons le grondement continu de l’autoroute, quelque part derrière les collines. Une confrérie de corbeaux se pose sur une friche. Ils se dandinent et croassent. Quelques échos tentent de leur répondre. Une odeur de fumier chaud flotte dans un boqueteau strié par les rayons d’une lumière à peine dorée. Pour la première fois, nous distinguons cette ferme au sommet d’un coteau, une ancienne maison forte que nous avons longtemps cherchée sur nos cartes. Régulièrement, nous traversons le ruisseau qui épouse le hasard de notre promenade. A cette saison, il chante, plein d’une eau limpide courant sur un fond de galets cuivrés. Nous nous contentons de marcher une ou deux heures, de croiser quelques voitures et de rares passants. Nous apercevons un tracteur passer au loin, à peu près sans bruit. Nous nous montrons les choses. Essentiellement, nous les écoutons et les regardons. Parfois, nous les flairons ou nous en parlons discrètement. Surtout, nous flânons à pas quasiment rêvés. L’écrire n’a guère d’importance.

Texte de Philippe Baudelot (Ariège)

PAS – Parcours Audio Sensible Nocturne à Lyon Vaise

Le paysage sonore dans lequel nous vivons, un exemple parmi tant d’autres

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Église de l’annonciation  -Lyon Vaise, point de départ du PAS, à la tombée du jour – ©Patrick Mathon

Le contexte: un projet européen Erasmus+ « Le paysage sonore dans lequel nous vivons », qui est organisé par le GMVL (Groupe de Musiques Vivantes de Lyon), en impliquant quatre autres partenaires Italiens, Sardes, Portugais et grecs.
Le but de la promenade : effectuer un repérage collectif sur le quartier de Vaise, par une promenade écoute en trois points focus.
Nous sommes huit personnes, parmi lesquels des artistes sonores, étudiants travaillant autour de la soundwalk, membres du Conseil de quartier, protagonistes du projet « Sentiers métropolitainS » autour de Lyon…
Il s’agit dune écoute à oreilles nues, sans enregistrement ni autre dispositif d’écoute. La captation  viendra ultérieurement,  très prochainement.
Tous les focus d’écoute s’effectuent d’une seule traite, entre 15 et 20 minutes, et en silence. Nous commentons après, durant les liaisons (pédestres) entre chaque focus, et en fin de parcours.
Il est 18H30, la nuit est tombée, il fait très beau et assez doux pour la saison.

Petit débriefing au départ, qu’est-ce que met en jeu le projet autour des paysages sonores européens ?  Pourquoi une écoute sous forme de balade sonore ? Son articulation dans le repérage, dans le projet ?…

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En route, Gare de Vaise – ©Patrick Mathon

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En route, Gare de Vaise – ©Patrick Mathon

Premier focus auriculaire, gare aux oreilles !
La traversée de la gare de Vaise, vaste nœud de circulation multimodale (piétons, métro, bus, trains, vélos, voitures…).
Traversée horizontale, sur toute sa longueur, en zigzagant (sobrement) de droite à gauche, dedans, dehors.
Traversée verticale, sous-sol métro, niveau rue garde des bus, étages des parkings…
Gare de rythmes.
On y trouve pêle-mêle :
Drones de ventilations faisant écho, ou couches mixées aux graves des trains ronronnant sur le talus.
Claquements de grilles, joints métalliques lors des passages de bus ou voitures, effet percussif puissant ! Cliquettements des escalateurs, à chacun les siens, contrepoints complexes, Crachotements très sympathiques d’un haut-parleur déficient, depuis quelques mois déjà.
Chuintements de métros invisibles en contrebas, mouvements acousmatiques. Flux droite gauche et inverse.
Chuintements rythmiques des portes coulissantes en fonction des flux des passagers. Mixages ponctuels intérieurs/extérieurs, porosité des espaces et de leurs ambiances, effets de coupures, apparitions/disparitions…
Signaux sonores, attention à la fermeture des portes, compostages de billets.. Des bips aux émergences aigües, pointillistes ponctuant les espaces-temps.
Transitions acoustiques en fondus ou en coupures, dedans-dehors, des espaces resserrés, ouverts, plus ou moins réverbérants, mais en général toujours réverbérants, volumes des espaces et matériaux obligent.
Mixages intimes, des escaliers, des voix, des pas, d’incessantes montées et descentes des ascenseurs très très proches nous, la vue, les mouvements, les sons dessus dessous… Étranges sensations de tiers-lieux sonores d’entre-deux acoustiques.
Écoute panoramique, les parkings offrent des points d’ouïe sur quasiment 360°, ouverts sur l’extérieur, très différents selon son poste d’écoute ou ses mouvements traversants (mixages en marchant). L’extrémité du parking est remarquable, entre les bus sous nos pieds, les train à portée de vue et d’oreille, et les voitures qui font claquer puissamment les joints métalliques du sol. Belle scène acoustique à saisir et à déguster sans modération…

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Gare aux oreilles – ©Patrick Mathon

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Gare aux oreilles – ©Patrick Mathon

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Guidage au sol pour Promeneurs écoutants en parkings – ©Patrick Mathon

Deuxième focus auriculaire, un complexe sportif  en extérieur nuit
A quelques pas de la gare, le complexe sportif Boucaud, ex Gare d’eau.
Une plongée dans une vaste fosse extérieure, en contrebas des voies de circulation, position topologique qui amortit considérablement la rumeur de la ville, jusqu’à la faire presque oublier, si ce ne sont les émergences de klaxons ou motos à grosse cylindrée.
Une vaste ensemble de stades pour footballeurs, handballeurs, basketteurs, une grande piste en anneau de vitesse, et des bâtiments vestiaires, salles de gym…
Première impressions et images (visuelles et sonores) fortes, un long ruban de patineurs, dans une grande glisse, par groupe, avec une belle virtuosité quasi chorégraphique, rythme toute la piste.
Par deux, cinq, dix, les patineurs se suivent de très près, se talonnent, dans un impeccable synchronisme corporel, et à une vitesse impressionnante.
Des flux entrecoupés de quelques joggeurs.
A l’oreille, c’est tout aussi intéressant !
Chaque groupe passe près de nous avec une sorte de traine chuintée-sifflée, où se perçoivent les rythmes de mouvements extrêmement précis. Difficile à décrire, il faut l’entendre.
Des voix réverbérées, consignes, comptages de tours, dialoguent en glissant, éparpillées tout au tour de l’anneau, toujours en mouvement elles aussi, dans une glissade circulaire véloce. Bel espace sonore, dynamique et poétique, dans les lumières de la nuit tombée.
Je note le jour et l’heure, espérant que ce rendez-vous est régulier pour revenir armé de micros cette fois-ci.
Nous sommes ensuite sur une pelouse synthétique, entourés de l’anneaux des surfeurs et d’un stade où s’entrainent des footballeurs, et en dessus, une salle de Gym tonic.
Encore de beaux mixages en se déplaçant au gré des sons, ou postés, entre voix, glissements de patins, chocs de ballons… Polyphonie sportive spacialisée.
Ce complexe sportif est un espace d’écoute privilégié où, selon les jours et les heures, rien n’est jamais pareil, une propriété du paysage sonore me direz-vous, mais particulièrement sensible en cet endroit. J’espère pouvoir retranscrire et transmettre la magie des lieux par micros interposés.

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A toute vitesse – ©Patrick Mathon

Troisième focus auriculaire, le pont Schuman ou la chambre d’échos
Une fois la Saône traversée, à quelques encablures ad pedibus, sous le pont Schuman, dernier né des  enjambeurs de rivière (ici la Saône) lyonnais, un dernier focus sonore qui se jouera cette fois-ci sur un seul et unique effet, l’écho.
éc(h)logiquement votre dirait-je en parlant de paysages sonores.
Certes, je le connais déjà, un vrai faux repérage donc, et l’ai déjà testé à envi, mais ne résiste jamais à partager cette friandise acoustique comme un petit bouquet final pour les oreilles.
Nous l’avons découvert par hasard, avec un ami voisin et aussi écoutant, lors d’une promenade auriculaire.
C’est un effet qui me rappelle certaines combes jurassiennes, échos multiples, assez cours, réverbérés, colorés, bluffants.
C’est tout à fait surprenant dans ce genre de lieux. Pourtant, tel un enfant qui aime entendre sa voix chamboulée par les tunnels, les ponts, je joue souvent à traquer les effets acoustiques de ce genre. Celui-ci est proprement spectaculaire. A se demander si il n’est pas voulu et recherché. Ce qui m’étonnerait fort, mais qui sait…
Un premier coup de trompe pour révéler la caractéristique sonore aux oreilles de tous.
Puis nous jouons, à tour de rôle, ensemble, style improvisation libre…
Nous constatons que les sons aigus, même à très faibles volumes, excitent facilement l’acoustique, l’écho nous répondant sans forcer la voix, même en chuchotant.
Pour les médiums et gravent, ils faut déployer plus d’énergie.
Retour par les quais de Saône aux magnifiques lumières, car malgré tout, le paysage n’est pas que sonore, tant s’en faut !

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Sous l’pont de vaise, échos, échos i….

Post focus auriculaire, finissage  en forme de causerie
Pour se remettre de ses émotions, s’assoir devant une boisson, en terrasse place de Paris, et discuter à bâtons rompus.
Les faits saillants, les surprises, les sons en vrac, les images aussi, l’expérience du groupe ou de chacun, coutumière pour certains, un brin desartsonnante pour d’autres.
Les projets et réseaux croisés de chacun, autour du son, des installations, promenades, parcours sensibles…
En bref, tout ce qui prolonge est termine convivialement un PAS, la relation entretenant la bonne et belle écoute, et inversement.
Prochaine étape, fixer tout cela, et certainement d’autres choses aléatoires, micros en mains, et oreilles aux aguets !

 

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PAS – Parcours Audio Sensible Stéphanois

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PAS – Parcours Audio Sensible Stéphanois, histoire(s) et mémoire(s)

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Préambule

Invité par le collectif Carton Plein à des PAS – Parcours Audio Sensibles, dans le cadre de  la Biennale international de design à Saint-Étienne, nous commençons, comme d’habitude, par un repérage. Il est effectué en compagnie de trois acteurs du collectif, lequel est implanté dans le quartier de la place du Peuple, lieu emblématique et historique de la cité stéphanoise. Cette association travaille à former un dynamisme associatif, de créativité, de richesse culturelle liées au passé industriel et à l’immigration, en développant le pouvoir d’agir citoyen sur la ville. Un ami musicien, coutumier des repérages, joint sa paire d’oreilles aux nôtres pour la deuxième partie du repérage en après-midi, plus on est, plus on ouït
C’est donc, par un temps très humide, et après un petit débriefing, que nous allons explorer, à partir de balades déjà repérées par Carton Plein, les alentours, en tachant de nous imprégner de leurs ambiances acoustiques, et autres.

Dialogues
Le collectif Carton plein, avec ses artistes, architectes, designers, ingénieurs du son, sociologues est un collectif à géométrie variable, très investi dans l’histoire sociale de la ville, de sa mémoire, de ses traces, par les rencontres avec les habitants, les acteurs associatifs, les politiques…
Les acteurs locaux me sont donc, dans une phase de repérage, des ressources amies des plus efficaces pour plonger rapidement corps et oreilles dans la cité à marcher écouter.
Ils me guident, me racontent, me font rencontrer des commerçants, des acteurs associatifs, parfois au débotté, de façon impromptue, action sérendipienne sans doute.
ils accélèrent mon appropriation temporaire des quartiers alentours, et le fait d’écouter/dialoguer/déambuler avec eux facilite grandement mon premier « frottage  territorial » dans une cité beaucoup plus cosmopolite, voire parfois hétéroclite que je n’aurais pu le penser de prime abord. En effet, lors  de déambulations vagabondes, la complexité de ces rues, de cette cette ville stratifiée, apparaît au fil des pas.  Stratification y compris invisible, jusque dans son sous-sol gruyère minier… Et ces aspects cosmopolites et hétéroclites ne sont pas, pour moi, négatifs, mais sans doute au contraire agissant agissent comme de puissants stimulants, une activation d’une curiosité vivace à découvrir la ville, celle qui ne s’offre pas toujours de prime abord au passant extérieur que je suis.

Histoire(s) et a priori
Pour moi, la cité stéphanoise, pourtant voisine de mon port d’attache lyonnais, était essentiellement qualifiée par une histoire liée à la Révolution industrielle, manufactures, mines, développement de grandes chaines commerçantes, naissance de la VPC (Vente Par Correspondance ur catalogue)…
Et sur le terrain, je découvre une ruelle, cœur historique, où subsistent de très beaux bâtiments fin Moyen-âge, Renaissance. La ville a donc une histoire beaucoup plus ancienne que je ne l’imaginais, même si elle a vu son explosion démographique dopée par l’industrie, en l’occurrence minière, avant que le mouvement inverse ne s’amorce avec la disparition de cette dernière.
Le fait de commencer le repérage par la rue la plus ancienne de Saint-Étienne, puis par la visite-écoute d’une église Renaissance, conduit incontestablement vers une approche qui ne peut ignorer les traces historiques, y compris sonores, que la pierre des murs et des pavés semblent avoir captées, emprisonnées dans des gangues minérales, laissant néanmoins suinter ci et là des effluves du passé.

Mémoire(s) et vie contemporaine
Partant de la Place du Peuple, noyau et croisement urbain incontournable, nous emprunterons, par une longue boucle urbaine,  le « vieux Saint-Étienne », quartier de la Comédie, Boivin, ilot de la Tarentaise, le Clapier, hauteurs des Ursulines et retour .
Un itinéraire qui nous fait traverser des places centrales, ou intimes, quartiers en réhabilitation, espaces et ilots « sensibles », plus ou moins délaissés, parkings souterrains, places et rues où la mixité est urbainement  tangible, bâtiments administratifs et architectures contemporaines, quartiers miniers… Bref, un véritable raccourci d’une cité à la fois Oh combien malmenée par un déclin industriel ravageur, par une brutale fin des trente Glorieuses, et la volonté d’une dynamique requalification urbaine, notamment par le développement de la cité internationale du Design.
Ici, l’oreille est attirée par certains signaux symboliques et emblématiques, tel ceux du Tramway, qui a investi la ville en 1881 et ne l’a jamais quitté depuis, et donc reste ainsi le plus ancien de France. Ses sonorités singulières, un brin lourdes et  massives, dues à un écartement des voies assez étroit, sans compter sa cloche qui l’annonce, signal original que n’ai pas encore entendu nulle part ailleurs, font sens à l’écoute. Un marqueur urbain très stéphanois donc, y compris avec l’accent local des quelques 70 000 usagers au quotidien croisés dans ses rames.
Et puis, comme dans beaucoup de villes, tout se brasse rapidement, se mixte, se superpose, se confond, dans des espaces où se distinguent, émergent se fondent dans la masse, alternent ou se chevauchent, moult sonorités.
Un quartier des plus emblématique de la ville ne laisse pas mon écoute indifférente, bien que paradoxalement, il ne s’y déroule rien de remarquable à l’heure où nous le traversons. C’est en effet le site (ex)industriel du Clapier, où s’érige le Puit (de mine) Couriot, lieu actuel du musée de la Mine sur un fond de crassiers, marquant fortement un paysage minier adossé aux contreforts du massif du Pilat.
Ici, rien de singulier à l’oreille. Et pourtant la haute et imposante silhouette métallique du puit, ses bâtiments de briques alentours, et autres infrastructures minières, semblent encore sonner à mes oreilles. Cliquetis, grondements, grincements, ferraillements, voix, minéraux déversés, c’est tout un imaginaire sonore fantomatique qui surgit fantasque, suggéré par ce site, un des nombreux lieux industriels qui a fait battre le pouls d’une ville entre autre minière. Ambiance urbaine l’empreinte si fortement liée entre dessus, à l’air libre, et dessous, dans des galeries labyrinthiques. Je n’ai pas besoin ici d’audio-guide, d’ambiances reconstituées, surajoutées, pour entrer de pleine écoute, en vibration avec les lieux. Je laisserai néanmoins volontairement de côté le son des FAMAS…
Sans doute pourrait-on penser un PAS où les sonorités d’un (récent) passé industriel rendraient quasi tangibles à nos oreilles, par la simple suggestion, les lieux traversés, avec ses sites et architectures. Virtualité non augmentée, ou simplement stimulée par la force de notre imaginaire puisant dans l’histoire-même et le patrimoine des lieux.

Ville de hauteurs et rumeur(s)
Saint -Étienne est une ville très vallonée, avec 7 collines, comme une plus célèbre cité romaine, et pas seulement par ses anciens crassiers. Adossée aux contreforts du Pilat, elle domine la vallée du Furan, entre 500 et 700 m d’altitude, offrant aux yeux comme aux oreilles, des points de vue et d’ouïe panoramiques, avec des nappes de rumeurs qui nous font apprécier des écoutes belvédères que j’apprécie personnellement beaucoup. Ici, nous finissons notre parcours repérage par la terrasse de l’ancienne École des Beaux-Arts, dominant le parking des Ursulines, bel exemple d’une architecture nichée dans un parc urbain, surplombant un espace très dynamique acoustiquement. Un lieu où les points de vue et d’ouïe ne manquent pas, dominant auriculairement la la cité à nos pieds.
Il faut sans doute prendre de la hauteur pour prendre, sensoriellement, du recul.

Suite(s)
Maintenant, il me reste à laisser mijoter tout cela, à refaire sans doute un repérage complémentaire, à trouver des angles d’attaque via l’oreille, à imaginer des postures et des mots judicieux, des circuits adéquat, alternant itinéraires repérés et aléas du moment.Bref, comme d’habitude, il reste à construire un PAS, tout en ne me laissant pas enfermer dans mes habitudes de promeneur écoutant.
Le paysage sonore est vivant, il me faut toujours être réactif.

http://www.carton-plein.org/index.php/carton-plein/demarche/2/

Promeneur manifeste !

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PAS – Parcours Audio Sensible au Grand Parc de Miribel Jonage – Desartsonnants, Avec Abi/Abo et Le centre culturel de l’Armée du Salut de Lyon

Manifeste du promeneur (écoutant)

Marcher dans la ville, la périphérie, la campagne, les forêts, les sentiers côtiers, la banlieue… Battre les chemins, avenues,  toutes oreilles ouvertes
Marcher sans a priori, considérant que tout paysage, objet ou personne est digne d’être entendu.
Marcher au rythme de ses pas, de sa respiration, du groupe, des aléas, de ses envies de flâneur, sans rien précipiter…
Marcher pour prendre l’air du temps, de l’espace, de l’humain, dans une sagesse utopique autant qu’écosophique
Marcher pour communier, avec le souffle de l’air, la caresse de la pluie, le crépitement du feu, le chant des étoiles, les rumeurs de la ville, les passants que l’on croisent, et ceux qui co-cheminent, vers un œcuménisme du sensible…
Marcher pour mesurer la fragilité des choses, l’éphémère des sons, comme les solides montagnes
Marcher pour entreprendre un parcours, tout au dedans de soi, accordé aux complexes battements du monde
Marcher dans une altérité sereine, de rencontre en rencontre, au travers moult paysages sonores partagés
Marcher pour se construire en tête, une bibliothèque inamovible de sons, d’images, de lumières, de sensations, d’expériences gravées, d’itinéraires inscrits, des chemins de vie
Marcher pour éprouver son corps aux vibrations du sol, aux souffles de l’air, aux caresses tonifiantes des arbres, et à celles rugueuses des pierres
Marcher humblement, sur ou dans les traces de guides aguerris, de défricheurs hardis, d’oreilles intrépides
Marcher de jour comme de nuit, convoquer une perte de repères, telle une tentative d’uchronie assumée
Marcher pour, marcher contre, pour dénoncer, défendre, faire savoir, transmettre, résister à l’intoxication chronique
Marcher pour tracer des chemins de fortune, écrire des kinesthésies géopoètiques, entreprendre des  errances symboliques, conter des histoires mouvantes, partager des récits hétérotopiques
Marcher pour relier le sol matière au ciel éthéré, les confondre dans la ligne de fuite, à l’horizon du regard en écoute
Marcher pour prendre du recul, mais tout en avançant, en assumer ainsi, les paradoxes questionnant
Marcher pour raconter encore, de mots et de sons, d’images et de formes, de corps et d’esprits, la musique des lieux, l’harmonie dissonante, œuvre d’écoute transmédialement euphorique
Marcher enfin, pour se sentir en vie, dans un flux de résonances humanistes, généreuses à l’envi

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Inauguration d’un Point d’ouïe à Drée (21) – World Listening Day 2015 et Festival Ex VoO- Avec CRANE Lab – ©photo Yuko Katori

PAS Bordelais, géographie sensible et relationnelle

PAS – parcours Audio Sensibles à Bordeaux,  géographie sensible et relationnelle

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Porte Cailhau

Cadre des Parcours Audio Sensibles bordelais
Le Centre d’animation Saint Pierre de la ville de Bordeaux, et François Vaillant,  m’invitent, dans le cadre de la Semaine du son 2017, à emmener quatre PAS, dont un en nocturne, après repérage fructueux bien que météorologiquement bousculé.

Géographie, ville, population
Ville monument dans son centre, de belles bâtisses, une structuration de places en places, petites, moyennes, grandes, commerçantes, minérales, intimes, monumentales… Des bassins de vie populaires, ou non, mixtes, commerçants, touristiques…
Un réseau de rues très serrées voire très étroites, un brin labyrinthiques, où l’on prend plaisir à se perdre.
La Garonne comme un large ruban liquide sinueux, à la fois structurant et sécant.
Une première impression, en nocturne, lors d’une déambulation erratique pour prendre le pouls de la cité, et une sensation de rapidement bien se sentir entre ces murs séculaires, traversés de grands éclats d’une population étudiante en mode festif.
Différentes ambiances selon les quartiers traversés, plus ou moins de mixité, ce qui se ressent, ou plutôt s’entend très nettement à l’oreille-même.
Avis très subjectifs, cela va de soi.

Météo et avis de tempête(s)
Un facteur « temps qu’il fait » non négligeable durant mon séjour.
Écoute le bruit de la pluie et du vent, injonction ou circonstance incontournable ?…
Arrivée sous une pluie tonique, avis de tempête et alerte orange pour le premier jour dédié au repérage, tempête qui effectivement nous bouscule un brin. Climat océanique affirmé, avec bourrasques violentes, coups de tonnerre, pluie virulente, puis grêlons, on se réfugie dans un bar, avant que le soleil ne revienne. Jusqu’à un nouveau cycle…
Du vent qui nous pousse dans le dos, tourbillonnant sous la haute flèche Saint-Michel, nos oreilles captent les grondements capricieux d’un Éole impétueux qui tourbillonnent rageurs, en sifflant.
La nuit, une vraie tempête, alerte rouge, les poubelles traversent les rues, un échafaudage s’effondre et un élagage sauvage des arbres urbains jonche le sol, au petit matin, d’un tapis de branches rendant les parcours piétons acrobatiques.
Néanmoins, les quatre PAS programmés cette journée auront échappé aux extrêmes de la météo,, et se feront sans encombre.
Cette fin de semaine à la météo capricieuse et changeante donne paradoxalement une grande tonicité aux marches, jusqu’aux lumières au gré d’un ciel très vite changeant, qui participe à ce finalement joyeux déchainement sensoriel.
Sans parler des gouttes de pluie, écoulements de caniveaux, qui rythment joliment les parcours en mode liquide.

Marqueurs, ambiances, acoustiques
N’étant que rarement venu à Bordeaux, j’imaginais que l’accent du sud-ouest chanterait comme il le fait à Toulouse.
Et bien non. Le Sud Ouest ne transparaît que très peu dans ces intonations girondines, tout au moins urbaines.
Je limite ici mon approche aux seuls quartiers que j’ai arpenté, entre Saint-Jean et Saint Michel, donc en cœur de ville historique.
Le tram sillonnant les grands axes tisse une trame-trace caractéristique, mais néanmoins avec des signaux et ambiances sonores assez similaires à d’autres villes, Lyon par exemple.
La réverbération des étroites ruelles et places minérales met en avant les voix, avec assez peu d’envahissement mécanique, si ce n’est sur les quais ou dans quelques grands axes.
Une succession de très nombreux effets de coupures où, de portes en ruelles, on passe sans transition d’une scène sonore, d’une acoustique à l’autre, bien que parfois d’heureux fondus et mixages se créent au fil des détours pédestres.
Dommage qu’en cette époque hivernale, aucune fontaine, petite ou grosse, ne soit en eau.
Il me semble a priori que dans cette parcelle de ville, je m’entends assez bien avec les lieux. Les différentes marches de repérages ou de guidage public confirmeront ma première impression. Bordeaux, en tout cas le territoire investi, sonne très agréablement à mes oreilles.

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Flèche Saint-Michel

Surprises et anachronismes
Des choses inopinées, ou décalées rythment les parcours, comme souvent pour qui sait les débusquer
Un passage historique, porte cailhau, diffuse, au bas d’un étroit escalier en colimaçon, une ambiance sonore électroacoustique étrange. Impossible de savoir si c’est de la Musac, une installation sonore maladroite et mal mixée, entre ambiances zen, cloches, pas, musiques, voix… En tous cas, ces arrêts écoutes au pied de l’escalier avec cette ambiance des plus bizarre, parfois franchement kitchissime, mixée avec les sons de la place et des quais proche, est un passage incontournable qui questionne nombre de promeneurs écoutants. Certains pensent que j’ai moi-même installé préalablement ces sons pour les PAS. Dieu merci non ! Cependant, ils rajoutent une touche au final des plus surprenantes, qui anime le lieu et nous donne l’occasion d’une posture d’écoute franchement inhabituelle – 10 à 15 personnes très serrées au pied d’un étroit escalier, la tête levée vers un haut-parleur diffusant une improbable « chose sonore ».
Autre point d’ouïe singulière, une plateforme circulaire au bas de la très haute flèche Saint-Michel, surplombant la place éponyme, ouverte de tous cotés, me rappelle vraiment  un kiosque à musique urbain. Endroit idéal pour mener une écoute à 360°, tester des longues – ouïes, voire ausculter les pierres de l’édifice. Un terrain de jeu bien venté mais vivifiant.
Autre étrangeté, l’église Saint-Pierre où nous profitons de sa magnifique acoustique, des voix, des chants, des portes étouffées, des talons résonnants, des chuchotements…. Toute la magie de ces lieux réverbérants, en tout cas pour nos trois premières passages. Au quatrième, l’ambiance sonore es saturée d’un ronflement tenace et envahissant, type soufflerie de climatisation, du à de nombreux chauffages soufflants sur pied qui ont été installés. Atmosphère à la fois frustrante au regard des écoutes précédentes, mais néanmoins surprenante.

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En route les oreilles !

Postures partagées
Ces quatre Parcours furent, une fois de plus, l’occasion de tester différentes postures d’écoute, sans consignes verbales préalables, juste en proposant physiquement une  façon d’entendre collectivement  les choses. Chaque promenade engendra, en fonction des aléas sonores des propositions où la posture physique nous plaçait dans des états psychoacoustiques influant sensiblement les ressentis de chacun.
Exemples:
Une église nous regroupe, debout, sous un buffet d’orgue, les oreilles pointées vers le chœur
Une très belle cour intérieur servant de cadre à une installation sonore éphémère voit notre groupe déambuler de haut-parleur en haut-parleur, ou bien fermer les yeux au centre, ou bien encore marcher en duo, l’un guidant, l’autre fermant les yeux, écoute en aveugle dans une acoustique et une scène sonore un brin remaniées.
Un regard de caniveau grillagé, ou centre d’une ruelle pavée, fait que nous auscultons à l’aide de longue-ouïe, les glouglouttis post pluie, sous le regard amusé ou étonné, des passants qui contournent ces écoutants appareillés de stéthoscopes hybrides, prolongés de pavillons acoustiques. Une rue très étroite, des plus étroite que je n’ai jamais croisée jusque-là, son patronyme de « Rue de la vache » indiquant non sans humour qu’on ne pouvait y faire avancer qu’un seul animal de front, nous propose une belle fenêtre d’écoute, dans une perspective très resserrée, très encadrante.
Lors d’un passage, une voix incroyablement timbrée, très présente, dont nous discernons les moindres mots, intonations, nous parvient sans que nous en voyons la source, écoute acousmatique (sans voire l’origine des sons), ni même que nous puissions en situer précisément la localisation. Nous nous arrêtons, longue file alignée dans cette rue de la vache, et écoutons, un brin voyeurs-auditeurs, amusés par cette belle plage sonore. Remise en marche, au débouché de la ruelle, nous voyons l’incarnation de cette puissante voix. Un homme est assis sous un parvis de porte en train de téléphoner, et pas du tout là où nous l’imaginions, la plupart l’ayant cru posté à une fenêtre en étage. Piège de l’acoustique et autres trompe-ouïes.
Autres postures, où les passants nous épient toujours curieusement du coin de l’œil, nous sommes assis sur un très long banc, dos au fleuve, à la route et aux trams, donc dos aux sons prédominants. Un peu plus loin, alignés contre un mur de pierre, notre regard posé juste à hauteur des pieds des passants, à quelques centimètres de nous, en contre-bas d’un arrêt de tram. La vue et le sons sont orchestrés comme de petites et fugaces mises en scène très filmiques, étranges contrepoints de mouvements et de sonorités perçus dans une macro et insolite contre-plongée. Mais là, il faut le vivre pour vraiment saisir le décalage sensoriel de cette scène très sensiblement urbanique.

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Rue de la vache

Écoute et géographie relationnelle
Enfin, une chose de plus importante pour moi, au-delà de la marche, de l’écoute-même, ce sont les relations entre les promeneurs écoutants, au départ, durant et après le PAS, voire les relations, éphémères et parfois plus fortes que ne pourrait le penser, entres le groupe d’écoutants et les passants extérieurs. Ces derniers «étant a priori non concernés par l’action, et pourtant…
Considérons de prime abord cette relation éphémère et sauvage, entre groupes de promeneurs et passants non avertis.  Ils nous observent curieusement, subrepticement, du coin de l’œil, comme de l’oreille. Au fil des PAS, on comprend et analyse des interactions assez significatives, qui influent le comportement d’un groupe comme de l’autre. Les passants, non au fait de l’action, riverains, commerçants, touristes, regardent, commentent, sourient, froncent les yeux, dubitatifs, se questionnent, parfois questionnent directement, parfois nous évitent ou contournent, et parfois osent s’infiltrer activement dans l’écoute, en général très ponctuellement, jusqu’à utiliser des objets d’écoute, stéthoscopes… Sans s’en douter, ils interagissent de fait sur les actes et postures des écoutants, qui se sentent ainsi placés sur une scène où peut se jouer, et se joue un théâtre d’écoute. De cette position, celle d’être mis en scène dans l’espace public, ils pourront, pour certains en jouir, sans doute en s’observant via l’observateur, effet miroir involontaire de l’action en train de scénographier l’écoute. Il arrive même  que certains puissent sur-jouer quelque peu leur rôle d’écoutant public, tant qu’à faire de s’affirmer comme tel, et peut-être tenter de désamorcer l’anachronisme apparent que pourrait induire leur posture en partie improvisée dans la scène publique.
Il me reste de ce côté là de nombreuses observations et analyses à mener, pour affiner une approche des jeux croisés entre écoutants participants, observateurs non avertis et espaces sonores, architectural, social… Une façon pour moi intéressante de lire la ville tout en la pratiquant.
Sans doute faudrait-il faire appel à un œil-oreille extérieur. A suivre
D’autre part, les relations entre écoutants eux-même se mettent en branle dès le premier bonjour, la présentation du projet qui nous unira, nous réunira, l’espace d’une marche collective. Cette présentation est aussi une mise en condition, l’instant décisif où doit d’emblée se souder le groupe, où l’écoutant doit, dans le meilleurs des cas, être embarqué ipso facto dans une aventure partagée, responsable à son niveau de la partition collective qu’il aura à jouer pour ne pas amoindrir, voire entraver les partages auriculaires.
La symbiose du groupe via l’écoute se joue dès les premiers instants.
Il faut que le futur promeneur écoutant comprenne, sache d’emblée dans quel voyage il est embarqué, avec tous les aléas qu’il comporte intrinsèquement..
Petite histoire des soundwalks, écologie et paysages sonores entre esthétisme et territoire social, posture et silence… il s’agit bien de souder un groupe via une synergie d’écoute au départ racontée.
En marchant, coups d’œil et sourires complices, propositions de gestes collectifs, passages d’objets d’une personne à l’autre, toujours en silence, guidages deux à deux en aveugle, écoutes dos à dos, sur un banc, oreille collée à… des corps qui communiquent, se parlent en silence, sont en relation, y compris statiquement, en silence, communication non verbale, énergie collective partagée et amplifiée par la caisse de résonance du groupe… Tout se joue de concert, ou presque.
Au retour, libération de la parole, partage de ressentis, les points forts, ou faibles, les histoires de chacun, d’autres expériences confrontées, les plaisirs, ou déplaisirs, questions et suggestions… Chacun s’enrichit de l’expérience vécue, de l’autre.
Au centre d’animation Saint-Pierre de Bordeaux, la Semaine du son se termine par un fort sympathique moment d’échange autour d’un verre, où des promeneurs de différentes balades, dont certain(e)s que j’ai le plaisir de rencontrer physiquement après des échanges via les réseaux sociaux, questionnent, débattent et témoignent autour de l’expérience vécue au cours des PAS, ou d’expériences similaires.
Au-delà du geste, de la construction ou production de parcours, l’écoute s’appuie, se conforte sur du relationnel, et vis et versa.

Pour en finir avec ce chapitre bordelais, un très grand merci à François Vaillant pour l’organisation sans faille de cet événement, une mention spéciale pour la chaleur de l’accueil par toute l’équipe du Centre, ainsi qu’ à Guzel pour sa sympathique et spontanée aide sur le repérage, sa complicité dans les expérimentations urbaines et sonnantes, et ses prises de sons et d’images.

Workshop Paysage sonore à Mons

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Gilles Malatray – Workshop Paysage sonore/soundscape

Mons  Faculté d’architecture & Urbanisme (UMons)

Depuis bien longtemps déjà, des artistes et philosophes, marchent à travers ville et campagne, jusqu’à en faire une véritable façon d’être, de penser, de créer. Les années 70/80 ont vu naître les « Soundwalks », ou balades sonores, convoquant de nouvelles lectures et écritures sensibles du paysage, où esthétique et écologie dialoguent régulièrement de concert, au gré des déambulations. C’est donc à partir ces histoires et  de leurs  protagonistes que Gilles Malatray (desartsonnants/complice régulier de City Sonic) développe une démarche  spécifique expérimentée dans la ville de Mons. Il met en avant les rapports étroits entre écoute, art, environnement, urbanisme et l’architecture. Les étudiants-participants deviennent alors « promeneurs écoutant » (Michel Chion) posant  une écoute critique, notamment sur la ville, où le geste artistique s’adresse à tous ceux qui, habitants, politiques ou aménageurs, restent soucieux de préserver, voire de développer, une belle…

Voir l’article original 162 mots de plus

Chemins de travers

Mes mots réseaux écoutes en coin…

 

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©Martin Savoie

Des mots bâtisseurs, entre contes et récits

Ne pas prendre les voix, ni les voies les plus logiques, les plus sages, pour se perdre en conjonctures stimulantes.

Des mots et démos…

Tordre le cou aux dires, les prendre au pied de la lettre, leurs faire dire ce qu’ils ne voudraient surtout pas dire…

Des mots pour (ré)activer d improbables réalités, car trop résolument fuyantes.

Des mots qui tentent de produire du récit (presque vérité) ou du conte (presque imaginaire), ou du contre (presque pas), ou les trois entremêlés pour féconder une extrapolation hybride.

Lâcher l’hybride, il revient au galop !

Je marche de concert, sans OGM (oreilles Génétiquement Modifiées), mais avec OGM (Oreilles de Gilles Malatray), steppe bye steppe, par ouïe-dire et ouïe-faire, ouïssiblement – connaître son ouïr de gloire sans pour autant prendre la grosse oreille.

Lobe-trotters, j’assume…

Le mot pour déclencher du rêve d’espaces, qui peut devenir expérience, et pourquoi pas projet, et pourquoi pas réalisation, et pourquoi pas trace, et pourquoi pas rien de tout cela, voire rien tout court…
Mot pour mot…

Œil pour ouïe, je suis l’écoute du regard.

Il n’est jamais trottoir pour bien faire… Et pourtant, les péripatéticiens… Jusqu’au Lycée marchèrent…

Mais ça rime à rien disait un poète un brin trop à droite, limite extrême… Contresens ou impasse ?

Le mot comme tentative de détournement anachroniquement inspirant

ZEN : Zone d’Écoute Naturelle

ANPE : Agencement Naturel Pour l’Écoute

ZAD : Zone Acoustique Déterminée

PAS : Parcours Audio Sensible – Oui je sais, il existe déjà celui-ci, c’est même me semble t-il un certain Gilles Malatray qui l’a commis.

OASIS : Organe Auriculaire Sans Intrusion Saturante

IPON : Inauguration de Points d’Ouïe Narratifs

VILLE : Voix Imaginaires Liant Les Échos…

Réseaux en marche

Marcheurs, à votre sentier les oreilles !

Des réseaux de réseaux

Passons en mode réseau.

Des réseaux sociaux dans un premier temps.

Évitons les asociaux.

Oui, je sais, on peut y déblatérer sa vie, ses misères, angoisses, phobies, lubies et orbi, vindictes, discourir sur la broutille, commettre d’insipides inepties, ou pire, désinformer sciemment, ou non…

On peut tendre des filets, des perches, pour noyer le poisson, jouer du verbe, attirer, sirène, vers soi de potentiels amis, alliés, altruistes, alter ego, écoutants complices, ou combattants…

On peut construire sur du presque rien des récits farfelus dont le vide apparent, contre toute attente, contre toute entente, fertilisera nos gestes, réflexions, contacts embryonnaires ou à venir, ou utopiques…

…Le vide sonne comme un foisonnement de matières…

On peut également, à une lettre près, dynamiser ou dynamiter, ou les deux, nombre de projets. Peut-être qu’une action ne va t-elle pas sans l’autre dans la chaine détruire/construire.

On peut réseauter en méandres encyclopédiques, sauter d’un mot à un autre, du mot à l’idée, ou au concept, du concept à la page, de la page au volume, du volume au portail, du portail à la liste, de la liste au fichier, du fichier au mot…

… J’écoute le temps qu’il fait, tout en faisant faisant la sourde oreille à une époque dont l’avenir se présente déjà comme chose révolue, ainsi qu’en ignorant tout marqueur sonore susceptible de crédibiliser un paysage sonore digne de ce nom… Provocation ?

On peut traficoter des contresens, et jusqu’à des non-sens post carrolliens, à tel point qu’il en restera toujours quelque chose à bricoler sur le terrain, même si juste un murmure informe.

… Chuuuuut, j’écoute en silence des bribes de mes marches nocturnes, peuplées de rêves parties, que les mots sonnent comme une cloche sans battant…

Quant aux réseaux humains…

L’avis ne fait pas le moine.

Le réseaux de chair et de sang, d’écoutes intimes et/ou indiscrètes, et de mal entendus, sans parler des qui à propos, parlent en sourdine, ou claironnent sans complexe… Réseau tympanique, en cochlées labyrinthiques… Réseaux complexes de par la mixité des voix brouillées de super positions…

Le mot participe du récent récit réseau, à l’écoute que coûte, aux jeux de l’ouïe en spirales piégées, avec le risque de retourner à la case Arrivée.

Atelier d’écoute partagée à ciel ouvert

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Un artiste marcheur, promeneur écoutant notamment, promène son atelier avec lui, le plus souvent au grand air, à ciel ouvert, à 360°…

Son atelier est ville, ruisseau, forêt, village, fleuve, montagne, prairie, périphérie, belvédère, passage souterrain, monument, cour intérieure, parc, rivière, couloir, église, sentier…

Ses complices sont le vent, l’eau, les oiseaux, le soleil, les hommes, les échos, la faune furtive, les arbres bruissants, les sols gelés, les voix, la pluie, les cloches, le souffles des ventilations urbaines, l’orage, les pas, les respirations, la vie…

De son atelier en marche, il ouvre régulièrement les portes aux paires d’oreilles de bonnes volonté !

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Parcours en corps

PAS – Parcours audio Sensibles
Parcours en corps

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©Collectif Abi/Abo – Intervention « Sommes nous libres ? » – Givors 2015

Le glissement sémantique
De la balade sonore au Parcours Audio Sensible, n’est pas anodin
Au delà du PAS jeu d’acronymie
La balade est frivole
Le parcours part d’un point
Pour aller vers un autre
Même erratique
Il construit le marcheur
Que je suis – polysémie…
Mon parcours, intime, ou même partagé
Peut-être initiatique
L’après n’est plus comme avant
Audio
J’écoute
Action au centre de l’action
Le paysage n’existe que parce que je l’écoute
Audio
Parce que nous l’écoutons
Audi nos
Et plus fortement si on le partage
Sensible
Un élargissement de l’écoute
Pas seulement les oreilles
Parcours des odeurs,
Parcours des images
Parcours de choses goûtées
Parcours de choses touchées
Des choses caressées,
Parcours kinesthésique
Le sol sous mes pieds
Vibrations du chemin
J’imprime une allure
Une perception des espaces
L’air sur mon visage
Le trajet dans la ville
Ou ailleurs
Comme une carte interne
Carte de l’étendre
Ambulavero ego
Parcours en corps…

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©Dragan – Flickr

PAS – Parcours Audio Sensibles en territoires humanistes

L’Astrée de châteaux en collines, de forêts en rivières

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La cloche surmontant la chapelle  du château de Goutelas

Retour sur deux belles journées au château de Goutelas en Forez (42).
Tout cela commence par des déambulations au cœur de cette demeure Renaissance, l’un des fiefs de l’humanisme, construite par Jean Papon (1505 – 1590), Juriste humaniste avisé. Cette visite est conduite et commentée par la passionnée présidente du Centre Culturel de Rencontre qu’abrite ces lieux.
Une histoire singulière où un château quasiment en ruine est légué à un village par un agriculteur, à condition qu’il devienne un lieu de culture ouvert au public.
Puis une incroyable restauration dans les années 60, entreprise par une équipe de juristes et d’intellectuels lyonnais, emmenés par Paul Bouchet, ainsi que d’ouvriers et de paysans locaux, de maçons italiens, d’artistes tels le mime Marceau, Duke Ellington, Bernard Cathelin, retroussant ensemble leurs manches ou militant pour faire connaître et redonner au bâtiment son lustre d’antan.
Duke Ellington lui-même viendra séjourner à Goutelas, y donnera un concert au piano solo, chose rarissime, et composera en dédicace de ce lieu et projet qui l’ont conquis la Goutelas-Suite.
La bâtisse, en H (comme Humanisme), est perchée à flanc des coteaux des Monts du Forez, dominant la vallée où coule le Lignon, capricieuse et sinueuse rivière sinuant dans une quiète campagne.
Il a neigé précédemment, quelques jours avant mon arrivée. Les alentours sont recouverts d’un manteau blanc scintillant sous les belles lumières d’un soleil hivernal et d’un ciel bleu, complices.
Le château voisine un autre bâtiment lui aussi Renaissance, beaucoup plus imposant et célèbre, la Bâtie d’Urée. C’est dans ces paysages, villages, châteaux, buttes volcaniques, hameaux, que se situe le célèbre roman fleuve, l’Astrée d’Honoré d’Urée. Une inextricable intrigue pastorale de plus de 5000 pages, tissant des aventures amoureuses d’un berger et d’une bergère, où mythologie, philosophie, poésie et autres arts, nous content des amours contrariés, des guerres, des embrouilles politiques, des critiques esthétiques… On y retrouve les utopies humanistes liées à l’Arcadie, territoire originellement Grec, qui a donné naissance, à la Renaissance à de multiples terres utopiques, lieux de l’Age d’or, de Florence aux parcs de Weimar en passant par le Forez.
ET IN ARCADIA EGO.
Des chemins, des stèles, des bornes, des sentiers, un aménagement piétonnier au cœur des paysages foréziens, nous permettent de parcourir ces utopies de paradis perdus en même temps que les cheminements, entre amours et autres batailles, relatés dans les paysages de l’Astrée.
Une autre promenade nous emmène autour du château de la Bâtie d’Urée, près du Lignon dont on peut lire les nombreux passages fluctuant au fil du temps, laissant des bras morts qu’il réempruntera peut-être d’un jour à l’autre.
Il glougloute joliment en se faufilant entre des vernes et des peupliers qui le bordent respectueusement.
Il faut bien reconnaître que les paysages enneigés que je découvre, au fil des sentiers, sont tout simplement magnifiques.
Tous au long des promenades, les sons de pas crissants sur la neige gelée et des plaques de glace rythment nos parcours d’une lancinante percussion, qui nous relie auriculairement et physiquement au paysage.
Revenons sur les bords méandreux du Lignon, ce dernier étant au trois-quart gelé, vers midi, alors que le soleil parvient difficilement à réchauffer son cours quasi figé.
Ici se produit une scène sonore des plus surprenantes que je n’ai jamais encore entendue jusque là.
La glace réchauffée, émet moult craquements, gémissements, se fendille en de sonores micro fissures et brisures. Nous sommes au creux d’une méandre très accentuée, et ces craquèlement nous entourent, devant, derrière, à gauche, à droite… C’est un concert à la fois tout en finesse et très spectaculaire, instant magique s’il en fût.
Et comme souvent, je peste contre moi-même, n’ayant pas amené mon magnétophone lors de cette marche !
Autre agréable surprise, à quelque mètres de ma chambre, dans le haut du château, une porte donne sur le sommet d’une petite terrasse, tourelle campanile, où est installée une cloche dominant la vallée.
La lumière rosée du jour levant la nimbe de couleurs et de lumières délicates, faisant ressortir les moindres détails de ses gravures en relief.
Loger à deux pas d’une belle dame d’airain contemplant un paysage qui s’éveille doucement sous son manteau de neige, ne fait que renforcer le plaisir de mon séjour.
Au fil des promenades et discussions, il s’agit de concocter un, plutôt plusieurs PAS, dans le cadre d’une rencontre internationale autour du paysage, organisée, à l’automne prochain, par le Centre Culturel de Rencontre de Goutelas. Des promenades écoutes commentées, racontées, ponctuées de lectures autour du paysage sonore, de son histoire, de ses multiples constructions plaçant l’homme au cœur-même de l’écoute…

Paysage sonore humaniste ?
La preuve en est dans cette éthymologie reliant Grèce antique et Forez Renaissance:
CÉLADON (berger héros de l’Astrée): du grec keladon, « sonore, retentissant ».
kelados désigne le chant et le cri, le bruit naturel du fleuve, de la mer, du vent : Céladon développe à travers son nom le symbolisme de la rivière dont le bruit chante (ou crie). Keladôn est le nom d’une rivière d’Élide chez Homère ou d’Arcadie chez Callimaque et Théocrite (assimilable au Ladon actuel), puis le nom de personnages chez Homère et Ovide.
Céladon, « la rivière qui chante », se jette dans la rivière comme dans un miroir (image baroque) et mêle aux flots du Lignon la poésie arcadienne.

C’est donc un projet passionnant, de par sa thématique, la beauté des paysages ambiants, les rencontres passées et à venir, qui me fait convoquer l’esthétique, l’écologie (sonore), l’histoire, par le petit et le grand bout de l’oreillette, toute emprunte d’humanisme. Le fait de remettre l’homme au centre du paysage (au sens large du terme, y compris sonore), dans une époque qui en a souvent grand besoin, est déjà pour moi une belle action à entreprendre.

http://www.chateaudegoutelas.fr

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Goutelas - Paysages sonores

PAS – Parcours Audio sensible, à la recherche de l’ordinaire extraordinaire

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Il y a quelques jours, nous avons emmené, avec Nomade Land, au cours de plusieurs PAS de jeunes étudiants en première année de BTS.
Les professeurs me dirent en préambule que ces promenades s’inscrivent dans un projet qui s’amorce autour de « l’extraordinaire ».
Vaste sujet s’il en est.
Donc je me demande logiquement en quoi mes PAS sont extraordinaires, ou si je dois pour l’occasion les rendre moins ordinaires, donc un peu plus extra-ordinaires.
Mais aussi qu’est-ce que, pour moi, promeneur écoutant, l’extraordinaire ?
Simple réponse, voire simpliste réponse, c’est sans doute ce qui sort de l’ordinaire.
Bien et alors, la marche est un acte somme toute ordinaire.
Écouter est un geste également ordinaire, sauf pour, comme aurait dit Brassens.
Par contre, écouter en marchant, ou marcher en écoutant, devient quelque chose de moins… habituel, donc d’un peu plus extra-ordinaire.
Si l’on ajoute le fait de faire cela en groupe.
Et qui plus est en silence.
Et sur une durée qui peut être parfois bien plus importante que les 3 minutes formatées au standard des radio/télés/chansons, alors là…
Nous tenons peut-être un tout petit début d’extraordinaire, restant néanmoins à portée d’oreilles, au coin de la rue.
Cela reste , dirais-je, un extraordinaire assez ordinaire.
Alors il me faut creuser un peu plus.
Par exemple, aller écouter dans des lieux improbables.
Au pied d’un tunnel routier vouté, en pierre, assez ancien, très pentu, écoutants tapis dans un recoin sombre, en principe interdit au public piétonnier, pour pimenter l’affaire.
Au fond d’un jardin urbain bien caché, assez peu visité, surtout en ce jour glacial, avec la bise qui nous cingle les oreilles.
Dans une cour étroite, reculée, planquée derrière des portes de bois apparemment closes…
L’attention est alors mobilisée ici par l’insolite des situations.
Allons plus loin, si vous demandez à chacun de tourner le dos à la rue, dans le tunnel par exemple, les sons nous submergent, parfois violemment, par surprise.
Si vous faites la même chose avec des lunettes aux verres floutés, ou dos à dos, ou assis sur des sièges pliants… Si vous recherchez des situations étranges, paradoxales, un peu « barrées » comme m’ont dit certains jeunes étudiants…
L’ordinaire se fait plus… moins ordinaire sans doute. Et cela sans pour autant chercher à l’expliquer, à le montrer, le démontrer, à convaincre les auditeurs, et même à se forcer à employer ce qualificatif (extraordinaire), à le placer à tout prix dans une belle phrase, pédagogiquement correcte.
De plus, il nous faut faire confiance aux caprices des sons. Et en l’occurrence, ils savent nous jouer bien des tours.
Je reviens à mon tunnel, une voiture aborde la longue et raide pente pavée – une ancienne voie de funiculaire au pied de la Croix-Rousse, les lyonnais la reconnaitront certainement- le tout à vive allure. Grondement subit, puis une longue trace de basse profonde qui s’éloigne dans une réverbération des plus spectaculaire. je vous assure, c’est vraiment l’effet ressenti.
Mieux encore, une moto monocylindre, type Harley Davidson, vous entendez ce que je veux dire, qui aborde le tunnel plein gaz, dans une puissante vague, une déferlante sonore incroyable. C’est fort, très fort, dans tous les sens du terme, mais c’est beau, c’est puissant, c’est extraordinaire, n’ayons pas peur ici des mots, ou du mot.
Plus loin, dans la cour intérieure précédemment citée, une impasse discrète, un trompettiste, jazzy, répète, déroule des phrases cuivrées, virtuoses, véloces. Un trompettiste qui a audiblement du métier, qui swingue d’enfer, et que l’on ne voit pas, acousmate jouant à l’intérieur d’un un atelier d’artiste vitré.
Plus loin encore, une placette en rond, avec des banderoles aux petits fanions de plastique colorés, façon fête foraine, ou kermesse, qui tissent des lignes striant l’espace au niveau des premiers étages, mais surtout, beaucoup de vent pour les agiter. Et ça bruisse et ça claque, et sa froisse incroyablement au dessus de nos têtes.
Tout ce que je vous dis là s’est véritablement passé dans les deux premières balades, rien n’est inventé, ni même un tant soit peu exagéré, rien que du vécu, à oreilles nues.
Sinon de petites mises en scène, quelques propositions décalées, des objets d’écoute, des micro installations éphémères dans les pots de fleurs d’une traboule… Et avec un peu de chance, qu’il faut savoir saisir néanmoins, on touche ici, sans grands moyens, à l’ extraordinaire. Certes pas celui du grand spectacle, quoique, mais un extraordinaire qui nous fait dire que jamais auparavant, on n’avait vécu cela. Et il bien normal que l’écoute d’un lieu soit comme la rivière, vue et entendue au prisme de la sagesse orientale, dans lit de laquelle il n’y coulera jamais deux fois les mêmes ondes.
Fort heureusement pour moi d’ailleurs, car sinon j’aurais abandonner depuis longtemps mes PAS, alors que je m’émerveille toujours de ce modeste et captivant extraordinaire, sans doute construit d’un nombre infini de situations sonores.
Ouf, j’ai l’impression d’avoir réussi ma mission. Le faire entendre, ce fameux extraordinaire, sans rien forcer, ou si peu.

Cliquez sur l’image pour visualiser l’album

PAS étudiants - Nomade Land

Points d’ouïe nocturnes

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La nuit
tous les sons ne sont pas gris
tant s’en faut !

La nuit
D’autres couleurs,
des ambiances
des amplifications
des amenuisements en fondus.

L’obscurité urbaine tissée de lumières
points diffus
halos laiteux
raies lignes trainées
évanescentes colorées…

Les sons ne s’en sortent pas pour autant indemnes.

Ils fricotent canailles
enserrés noctambules
des lumières ambiantes
couleurs sonores
lumières bruissantes
pas tout à fait la vie commune.

Écoute de l’incertitude
entre chiens et loups
Glissement vers l’obscur
vers la nuit affirmée
amoindrie d’urbanité
contrariée de lumières
sécuritaire oblige

Écoute allant decrescendo

Des spots frissonnants
souffleries ronronnantes
cliquetis hyper-basses
concert d’air brassé
ville respire expire
bouches grillagées de métal
crachant à même les trottoirs
gémissements organiques ventilés.

Des présences s’affirment
presque fantomatiques
voix rires traces habitées
clic-clac pressés de pas
inquiets du macadam
détails auparavant noyés
exacerbés dès lors
de noctambulisme bienveillant.

Une déclinaison parfois apaisante
décroissante en pente de clair-obscur.

La rumeur souvent résiste et signe.

Nuit de l’écoutant posé
hardi jusqu’au oreilles
de rêves et inquiétudes.

Des ilots blocs bétonnés
cousant des cités sirènes
attirantes comme des phares de silence
du moins croit-on.

Expériences de sombres marcheurs
traque d’obscurs passages
abrités des trop plein de lumière.

Nuitées en refuges demi-teintes
chuchotements lunaires
confidences d’étoiles cachées
tout ce que jour délaisse
qui sourd en nuit sens.

Une chaleur amène
emmagasinée d’estivale
au cœur de la pierre
de réfractaires cloisons
des effluves torrides
libérés en vagues nocturnes.

Les sons résistent
presque apaisés
presque silence doucereux
havre de tympans épuisés
que la nuit réconforte.

Règne de l’imprécision emprunte de pénombre
gardons les incertitudes à mi-voix
que fertilisent la nuit tombée.

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Balades sonores, et autres

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Balade sonore
urbaine
naturelle
touristique
relationnelle
esthétique
poétique
silencieuse
contextuelle
contestataire
physique
décalée
écologique
écrite
erratique
sociale
kinésthésique
performative
décroissante
onirique
philosophique
amicale
sensorielle
politique
artistique…
et bien d’autres
balades encore
balades toujours
variations
déclinaisons
itérations
insistance
peut importe
histoire d’avancer

 

https://desartsonnantsbis.com/2017/01/15/balades-sonores-et-a/

 
 
 

Des marches …

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PAS forcément savoir…
Si l’expérience au long cours consolide des savoirs, des acquis, elle remet aussi régulièrement en question, et ébranle fort heureusement nos sclérosantes et mortifères certitudes.

D’ailleurs, parfois, je ne sais plus vraiment où je mets les pieds…
Serait-ce dans
une marche
balade
déambulation
parcours
errance
randonnée
dérive
promenade
flânerie
procession
treck
Soundwalk
ambulation
trajet
performance
cortège
fuite
itinéraire
pas
cheminement
exploration…

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PAS plus que je ne sais toujours bien si cette marche/mouvement est
sensible
artistique
écologique
psychogéographique
revendicative
militante
sociale
relationnelle
conceptuelle
contextuelle
performative
méditative
éducative
métaphysique
environnementale
esthétique
militante
informative
festive
patrimoniale
culturelle
politique
spirituelle
rituelle
décroissante
pédagogique
analytique
hybride…

C’est sans doute le risque de paupérisation lié à une classification, à un répertoriage trop enfermants, qui questionne le sens de la marche, en tous cas telle que je l’entends aujourd’hui.
Des terrains, des moments, des humains, des oreilles, des contaminations, des hybridations, des marches…

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Peut-être marcher ?

 

Tout comme s’ébranler, des deux pieds

et du corps consentant

En fait, se mettre en marche

Inertie d’un corps sans doute encore transi

d’une fraîcheur  comme froid hivernature

Résistante  à la  la lenteur

Et bien plus encore à la contemplation statique

Tout comme se mettre, ou se remettre en marche

Ou et en état de marche

faufilant les obstacles

Trottoirs encrottés

Sentes par trop pierreuses

Voila l’inertie vaincue

Ou tout au moins contrecarrée

Un corps agilité maintenant

Du réchauffement pédestrement fécond

La marche peut s’animer

Herbe rase steppe by steppe

Juste une image au jeu de mots

Terre crissonnante sous les pieds

Écoulements  caillouteux

Juste avant l’imprévisible torrent

Qui surprend de sa bruitalité

Au détour d’une pourtant anodine courbe

La nuit tombe encore déambulante

Estompage

Ou augmentation

Glissement obscurcissant des sens

Aiguisés à fleur d’oreille

Le noir stimulant

Les cailloux plus présents

Kinesthésie plantaire

Une montée en marche approche

Des forêts Oh combien sombres

Avant la clarté lunaire

Sur des alpages dominants

Au-dessous de la ville-vallée lumière

Panoramique

Comme une maquette endormie du bas

Paysage en strates verticales vus

Plus haut encore de la glace

Cheminement froidement piégé

Ébahissement scintillant

Rêve miroitant

Une multitude de failles crevasses

Des pointes de fer agrippant et mordant un miroir vertigineux

La ville enfin revenue

Chemins de pierre entre les pierres

Des ascensions aussi

Sans communes mesures

Ponctuée d’escaliers casse-jambes

Marches obstacles dans la marche

Il suffit d’avancer

Autant que faire se peut…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Projets de ville en écoute

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Pluie amplifiée sur toboggan acoustique – PAS – Parcours Audio Sensible avec l’Open Lab de Bron/Mermoz à Lyon (2015)

Ce que je fais, et continuerai avec vous, en 2017

J’emmène des gens marcher, pour visiter leur ville, ou d’autres espaces, par le petit bout de l’oreillette, ou le grand. Je leurs demande souvent « Et avec votre ville, comment vous entendez-vous? »

Nous expérimentons de concert des postures d’écoute et des lieux un brin et décalés, des micros installations sonores en marche. Nous privilégions le contextuel, quitte à être un brin déstabilisés, le relationnel, car ça fait du bien par les temps qui courent (trop vite !).

Nous inaugurons, très officiellement et cérémonieusement, des Points d’ouïe. Mais oui, c’est très très sérieux !

Nous testons différents modes de lectures/écritures sonores, graphiques, visuelles, corporelles, transmédiales…

Nous naviguons gaiment entre esthétique – musiques des lieux comme une gigantesque installation sonore à ciel ouvert, à à 360° – et écologie – aménités et fragilités de ces mêmes lieux.

Nous en discutons, ici et là, ou bien ailleurs.

Alors, si l’oreille vous démange, je me tiens à votre écoute pour en discuter in auditu, voire in situ !

Avec mes meilleurs vœux pour une année 2017 joliment bruissonnante.

Gilles Malatray

Promeneur écoutant et paysagiste sonore

 

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Rétrospective et prospective

Une oreille rétrospective, introspective, prospective, de 2016 vers 2017

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2016 s’achève doucement, très bientôt.
Les nouvelles sonorités à venir seront celles de 2017, que j’espère vraiment plus apaisées que certaines de cette année quasi écoulée.

En 2016, Desartsonnants a beaucoup promené ses oreilles, micros, objets d’écoute, micro-HP, dans moult lieux, de la Bourgogne à l’Ile de France, de la Belgique au pays Nantais, de Lyon à Marseille, et dans bien d’autres sites sonores.
De belles rencontres humaines ont jalonné ses PAS – Parcours Audio Sensibles. Des collaborations (CRANE Lab, La Saline Royale d’Arc et Senans, Transcultures à Mons (Be), collectif Abi/Abo, GMVL, Nomade Land et d’autres encore…) se sont consolidées, entre installations sonores, balades et inaugurations de Points d’Ouïe. De nouvelles équipes de travail collectif se sont ainsi formées, dans de belles synergies et dynamismes d’échange.


J’ai découvert de magnifiques lieux, de nouvelles régions avec beaucoup de plaisir, du Prieuré de Vausse à la campagne mayonnaise de Lernée, en passant par Marseille, Belleville le haut à Paris.

L’arbre,la forêt,  tinrent une place importante dans cette, accueillant trois installations, dont deux collectives, dans une clairière du château Buffon à Montbard (Canopée), au cœur de la Forêt de Chaux pour Back To The Trees (Aqua ça cerfs?) et dans une allée bordée de tilleuls à la Saline Royale d’Arc-et-Senans (Échos de la Saline).


Des interventions et workshops avec des étudiants de Beaux-arts, designers, architectes, des conférences, et autres constructifs échanges ont favorisé des (re)questionnements tonifiants.


Une résidence prolongeant une série de relations franco-québécoises m’a permis de revisiter activement les parcours sonores et plus globalement sensibles, avec Isabelle Clermont.


La question de l’écriture plurielle, transdisciplinaire (sons/gestes/écrits/images…). se pose plus que jamais comme un outil de recherche action, notamment du côté du paysage sonore repensé par le soundwalking (parcours d’écoute), et plus globalement par la marche sensible, artistique, performative. Ceci m’ouvre de nouveau réseaux, internationaux, des rencontres et échanges en cours et à venir qui s’avèrent très enrichissants voire enthousiasmants.


La place du sonore dans un paysage global ne cesse ainsi d’interroger mes actions, et devrait s’enrichir de nouvelles expériences et réflexions en chantier.
La recherche autour des parcours mêlant les pratiques artistiques, socioculturelles, environnementales et écologiques, sociales et politiques, m’apparaît aujourd’hui comme un enjeu primordial.

Mon travail initial autour des soundwalks (parcours d’écoute, ou sonores) m’ont amené cette année à élargir mes recherches, rencontres autour de la marche globale, sensible, artistique, performative, transdisciplinaire. Un réseau d’échanges et de rencontres transfrontalier se met progressivement en place – France – Europe – Afrique du Nord – Québec, et plus encore si affinités...


Je (me) confirme que l’échange, la rencontre, la création relationnelle, les réseaux actifs, sont les moteurs de toute action/réflexion, là où l’on peut se (re)trouver pour construire ensemble.


2017 sera je pense, en tous cas je ferai tout pour, orientée vers ces axes de recherche impliquée et relationnelle.
Au plaisir de vous croiser et de construire ensemble, ne serait-ce qu’un instant, en 2017.

Thèmes à ouïr et à voir :

PAS – Parcours Audio Sensible en milieu urbain, périurbains, naturels, sites spécifiques…

Des exemples lyonnais : Parcours/lecture autour de l’écologie sonore, Parcours d’écoute en parcs urbains ou péri-urbains (Tête d’or, Jardins des hauteurs, La Feyssine, Gerland…), Parcours des résonances, des fontaines, écoutes en traboules, sentiers urbains…

Ailleurs : Découvrez les sonorités de votre ville, village, quartier, forêt… Suivez à l’oreille le fil de l’onde, un sentier déjà existant, ou à créer…

Parcours -ateliers- animation – éducation : Comment tu écoutes ? Comment tu t’entends avec ta ville ? Jeu d’écoute, fabriquer une carte postale sonore (enregistrement et montage audio), une cartographie acoustique (graphisme)… Adapter à différents publics, scolaires, étudiants, familiaux…

Parcours – conférences – Rencontres – La création sonore environnementale, la soundwalk et le promeneur sonore, le field recording ou l’enregistrement in situ…

Parcours – Worshops – Parcours sonores urbains, création sonore environnementale, valorisation de territoire, le paysage sonore dans le champ du tourisme culturel, l’écologie sonore… A destination d’étudiants architectes, urbanistes, paysagistes, designers, dans le champ de l’aménagement du territoire et du tourisme, de la géographie, des Beaux-arts, du développement durable…

Des expériences croisées, sur mesure : PAS et SLAM (écouter faire sonner les espace de la voix), PAS et danse (des postures d’écoute), PAS et improvisation (objets,matières, instruments, acoustiques en écoute et en gestes, PAS et poésie, PAS et cartographie  sensible in situ (dessiner des chemins d’écoute), PAS et écriture (raconter par les mots)…

 
 
 

PAS – Parcours Audio Silencieux

Des PAS – Parcours Audio Sensibles aux  PAS – Parcours Audio Silencieux

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Au seuil de cette année à venir, 2017 en marche(s), il me paraît judicieux de travailler en convoquant, autant que faire se peut, le silence.

En le convoquant d’avantage, plus fortement, autrement, en marche ou en points d’ouïe.

Dans une société bruyante, trépidante, voire tonitruante,  où certains espaces sont électrisés de stress sonore, où l’homme qui a peur du vide – silence de mort – meuble l’espace-temps à grands coups de musiques, de vrombissements, d’éclats, de cris, le silence doit se faire résistance !

Le silence, ou faire silence, est un acte épiphanique, faisant apparaitre à notre conscience la richesse du monde par l’écoute.

Le silence est un écrin où se posent les sons. Il les magnifie en offrant à l’oreille de belles plages de  calme, où peuvent s’installer les plus fines et intimes perles soniques.

Le silence est recueillement pour assoir un rituel d’écoute et  pénétrer de pleine oreille dans le monde des sons vivants.

Le silence est un contrepoint, voir un contrepoids, à l’excès qui gangrène certains espaces urbains d’une folle surenchère acoustique.

Le silence est une quête, entrant certainement dans le champ des nombreuses utopies, dont le caractère improbable nous pousse justement à les cultiver pour tenter d’y trouver ce qui pour nous fera sens,  donnera du sens à notre vie.

Le silence est l’instant où chacun retient son souffle, dans l’attente de quelque chose , de la quiétude au pire chaos.

Le silence est une posture, une forme de transe, où  l’on pénètre, sans mot dire, un peu plus profondément dans soi, et dans le monde,  un recentrement initiatique.

Le silence, contemplatif, en marche, est une façon de consolider des synergies relationnelles, où le faire ensemble prime sur toute construction matérielle.

Le silence est l’espace interstice qui cimente les sons, en fabriquant des rythmes de pleins et de déliés, de continuums ou d’itérations, contribuant à écrire le récit des choses entendues, des paysages construits de toute ouïe.

Le silence est bien d’autres choses encore, et bien d’autres choses en corps.

Les PAS – Parcours Audio sensibles, sont donc aussi, parfois, des PAS – Parcours Audio Silencieux, marches silencieuses, quand bien même, et surtout, peuplés et façonnés de sons.

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Points d’ouïe – Entrez dans la résonance !

Ponts et tunnels, immersions acoustiques en PAS

Comme tout enfant, qu’une partie de moi-même tente de préserver en lui, j’ai toujours été fasciné par les ponts, les tunnels, et surtout par le fait de pouvoir crier dessous, dedans, en y étant pour une fois autorisé, voire accompagné par les adultes.

C’est en effet une vraie jouissance auriculaire que de se trouver dans une grande masse résonnante, où la matière sonore se fait plus compacte, presque tangible, où nos moindre sons prennent de l’importance, de la densité, où les bruissements se meuvent en rebondissant au gré des surfaces-miroirs de pierres.

Dans mes balades, je cherche toujours des lieux magiques où plonger l’oreille au cœur-même de la résonance, ou plutôt de la réverbération, si je voulais être acoustiquement plus juste. Sauf que j’aime bien le terme de résonance. Il résonne mieux en moi, et me met en accord physique, vibratoire, avec les lieux, les personnes, les acoustiques justement…

La deuxième partie du titre est d’ailleurs un hommage à Élie Tête, fondateur et feu directeur d’Aciréne, avec lequel nous avions travaillé, à Cluny en Saône et Loire sur les acoustiques des lieux, via des concerts et installations –  projet justement nommé « Entrez dans la résonance ! »

Je disais donc que je cherche régulièrement, dans mes PAS – Parcours Audio Sensibles, des églises, cathédrales, basiliques, grottes, ponts, tunnels, parkings souterrains, bref, autant de lieux monumentaux, majestueux, mais aussi triviaux, cachés. Ces lieux s’offrent tout naturellement à l’écoute. Leurs sons y sont joliment spacialisés, amplifiés, rebondissants, englobants, et donc  assez envoûtants. Je trouve d’ailleurs que le rappel de la voûte sonne ici métaphoriquement bien. La voûte porte, transporte le son d’un bout à l’autre de l’espace, et nous sommes au cœur de ces mouvements-flux sonores.

Je vois, et entends parfois des musiciens, chanteurs  de métro parisien, qui jouent le dos tourné aux voûtes carrelées des stations, profitant habilement des effets acoustiques, des effets de portance, qui fait qu’on les entend parfaitement bien, même sans amplification, en mode acoustique, y compris sur le quai opposé.

J’avais donc tout simplement envie de vous faire partager ce goût pour les acoustiques réverbérantes, via quelques mots et quelques images, sachant que rien ne remplace l’action sin itu. Peut-être vous donner envie de vivre ces expériences immersives.

Lyon, Église Saint-Nizier, lors d’un PAS avec des étudiants dans d’une rencontre de l’AGERA (Association des Grandes Écoles Rhône-Alpes). Un arrêt écoute s’impose dans la très belle acoustique de cette église, havre de paix sonore dans un carrefour de centre ville très circulant.

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Collégiale Sainte-Waudru de Mons (Belgique), PAS avec des étudiants de l’École Supérieure d’Arts et Multimédia. Là encore, la quiétude et la majesté des lieux nous enchante l’oreille, et l’esprit. Écoute religieuse…

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PAS à Auch, Semaine du son. Une voûte joliment résonante et une verrière sur laquelle tombent délicatement des gouttes d’eau. Superbe moment !

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Promenade sensible, traboulante – traboules du Vieux Lyon, quartier Saint Jean à Lyon, au cours d’une résidence artistique « Parcours sonores sensibles » avec l’artiste interdisciplinaire québecoise Isabelle Clermont. Les murs ont des oreilles, et nous aussi !

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PAS à Mons, Exploration et installation sonore éphémère dans un parking sous-terrain du centre ville. Les entrailles résonantes urbaines.

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Paris, quartier de Belleville le haut, exploration d’un parking dans le cadre de l’enregistrement d’une émission de France Musique « Le cri du Patchwork », avec Clément Lebrun. Où l’on parle de ventilations comme des signatures sonores urbaines.

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La « rue » centrale de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon Vaulx-en-Velin. Un workshop autour des ambiances urbaines. Pas besoin d’aller très loin pour traquer les résonances. Tout un poème acoustique à portée d’oreilles.

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PAS et installation sonore éphémère sous le Pont Nord à Chalon sur Saône, avec le collectif La Méandre et CRANE Lab. Dessus, claquements et grondements de monstres métalliques sur nos têtes, tous près – en contrepoint, des sons installés sous le pont, autour des écoutants – Les réverbérations aquatiques en bord de Saône – des lumières entre chiens et loups, instant étrange et poétique, post futuriste, tout comme je les aime…

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Parking sous-terrain, niveau -7. Ça gronde, ça crisse, ça tourne en colimaçon au-dessus de nos têtes, un parking installation sonore, et une composition musicale qui s’ignore !

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Exploration urbaine à la recherche de sentiers décalés. Un passage assez méconnu sous la gare de Perrache à Lyon nous offre un beau terrain de résonances tout en en clair-obscurs.

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Passage Mermet à Lyon, une cour traboule croix-roussienne qui résonne sous nos PAS. Sonorité réfléchies, comme pensées à l’écoute…

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Quels PAS à Nantes, pour le festival de création radiophonique SONOR de Jet FM. Encore un parking. Encore des installations performances avec Isabelle Clermont, encore des acoustiques propices au jeu de l’ouïe, une salle de concert inhabituelle somme toute.

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Sous le pont Schuman, enjambant la Saône au Nord de Lyon, quartier Vaise, tout près de chez moi. Regardez dans l’axe du pont, comme sur la photo, et criez, chanter, frappez… Sept échos formidables, de première qualité, vous répondent. Un vrai paysage sonore montagnard dans la ville même. La première fois, je n’en croyais pas mes oreilles. Digne d’être classé et labélisé « Site acoustique remarquable ».

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Cinglante écoute

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en hivernal sec parcourerue
froidure telle pierromarbre
coupance telle pointelaméfilée
sons cingleventeux
champ scintillé tel longuouïe
chant des gouttes fluoaqueuses
mordense telle cristalogivre
oreilles auriculairement gelée tympanique
bise crument ocrougissante
lobes ourlés rosempourprés
quasi hypodérature cassante
cristaux scintilletintants
fleur d’eau grasse des rives
fleuve tel paresse clappotembourbée
ville indolente bruitemmitouflée
grondements sourdomeurtris
échappements polufumants
carrosseries réfléluisantes
sonitruance telle audiogelure                                                                                                                villes de grandes sonitudes
échomarche telle réchauffe
rythmes saccadacérés
luminopadaires contre sombrétoiles
apprentinomades tel poctuomarcheurs
glacés de tentaculicité
ville telle improbable sociorefuge
extérieuration telle nocturnuitée
quaidérives tels guides aquasoniques
glougloutances telles microbulles mourantes
pas dissonants au temps qu’hasardeux
pavés tels obscurs sonomiroirs
rues telles labyrhintoméandres
marches telles itérépétitions
itinébravance scandée frisqueuse
promeneur tel permanécoutant.

Écrire dans le sens de la marche

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Le corps en mouvement
en mouvements
et mouvance
traçant dans la ville
des sillons d’écoute
des sillons de sons
fendant les bruits
impossibilités chroniques à les capter
trop complexes
trop fragiles
trop puissants
trop fugaces
trop humains
trop doux
trop intimes
trop de trop
au trot au trot au trop
les oreilles connaissent donc leurs limites
et que dire des micros
inaudibilité partielle
tympans en dérive
en déroute
en des routes
hésitations
soniques trajectoires
mouvements encore
mouvements en corps
et mouvoir
et se mouvoir
voir
entendre
les mots s’y collent
les mots sillons
toujours tracer
sur macadam
sur papier
dans sa tête aussi
traces mémorielles
sur papier
laissez sonner les pt’its papiers
encrer le sonore
jusque dans l’cœur des villes
il n’est pas si terrible
et pourquoi pas beau
osons
les mots pallient
à l’handicapé mike
membrane trop froide
et des rives urbaines
mots au fil de l’eau
mots au fil de l’ho !
étonnez moi les sons
ligne écrite de flottaison
se laisser porter
courant d’air acoustiquement
ça vibre joliment
et peut-être ça joli ment
je récite la ville
pour mieux l’en tendre
je vous salue ma ville
pleine de traces
et ça marche comme ça
ou ça dé-marche autrement
claudications en trottoirs troués
l’indécence de la marche
l’un des sens de la marche
attention à la marche
au pied de la lettre
au pied de l’être
à quoi ça rime à rien
a quoi s’arrime
c’est bateau
et pourtant
le mouvement nous maintien debout
être né de boue
être cité
et se l’écrire
oreilles aux vent
oreilles auvents
s’abriter
s’ébruiter
allitérations faites de sons
entendons nous bien
il faut nous aller de l’avant
ou tenter de
pour cela
Écrire dans le sens de la marche…

La marche, comme processus de recherche – action autour du paysage sonore

 

Le soundwalking pour travailler à corps le paysage sonore

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© photo Florian Clerc – Balade urbaine avec Patrick Mathon et Isabelle clermont (Lyon 2016)

La, ma recherche – action ?

Je vous propose ici un début de réflexion autour d’un travail que je mène à long terme, et depuis déjà de nombreuses années, sur des territoires très différents.

Il s’agit pour moi d’analyser comment la marche, et plus particulièrement le soundwalking (marche d’écoute ou PAS – Parcours Audio Sensible d’après la terminologie Desartsonnants), peut constituer un processus de recherche-action au service de mon objet d’étude, à savoir le paysage sonore.

Le terme de recherche-action restant ouvert à de nombreuses interprétations, il me faut définir ici ce que j’entends par là, ou tout au moins quelques notions, quelques entrées constituantes, qui me semblent importantes dans mon propre projet.

Tout d’abord, il me faut préciser que les enjeux s’appuient à la fois sur une approche théorique, méthodologique et une expérimentation de terrain, à la fois concomitante et indissociable.

Ces approches ont d’ailleurs tendance à faire sortir la recherche d’une sphère institutionnelle, comme par exemple celle des universités, sans pour autant, bien au contraire, couper les ponts avec ces dernières qui s’avèrent de précieux alliés et partenaires.

Notons également que la ville, l’urbanité, le social, le socioculturel, le politique ont une place importante dans le processus, devant notamment l’urbanisation, le phénomène de métropolisation, voire de mégapolisation galopante, qui fait que de plus en plus d’humains sont des homo-urbanus. Pour autant, là encore, la prospective audio-paysagère n’est pas circonscrite à la seule cité, mais aussi dans ses franges, ainsi que dans le milieu rural et naturel.

Cette recherche-action pourrait d’ailleurs être complétée, pour être plus pertinente, ou plus adaptée, d’expressions telles recherche-expérimentation, atelier de recherche in situ, recherche-intervention, recherche impliquée… Bref, on aurait recours ici à un élargissement sémantique qui affirmera l’importance des croisements, des synergies entre l’objet d’étude, le terrain, les pratiques sociales, les promeneurs invités, associés, les « spécialistes », politiques…

Cette position me permet de ne pas restreindre la notion de paysage sonore au seul champ de l’esthétique, de l’artistique, de l’écologie, du social, du politique, voire de l’économique, mais de tenter de l’appréhender selon différentes entrées, en fonction du projet mis en place.

Je serais dans cette démarche assez proche de la vision écosophique de Deleuze et Guattari, en même temps que des approches hétérotopiques de Michel Foucault.

Je prendrai enfin, comme exemple de travail, trois phases régulièrement pratiquées dans une démarche de soundwalking : le repérage préliminaire, l’expérience du groupe, et la, ou les traces d’actions.

Le repérage

Se repérer, prendre ses repères, ses points de repères, des ancrages, se situer dans l’espace, dans le temps (celui d’une marche), construire un parcours, ne pas (trop) partir à l’aventure, tout en se gardant ne marge de manœuvre, d’improvisation, préparer le terrain pour un groupe de marcheurs écoutants… Autant de visées qui font du repérage un moment pour moi très important, si ce n’est un moment clé pour amorcer une nouvelle déambulation paysagère, et surtout préparer tout ce qui en découlera en réflexions,, ressources, rendus, traces….

Il y a quelques années, j’effectuais en principe ces repérages en solitaire, prenant un plaisir certain de découvrir par moi-même, à l’oreille, de nouvelles parcelles de terres sonores, gardant pour moi secrets des itinéraires auriculaires possibles, ne les révélant que le jour J, celui où l’on partirait marcher et écouter le territoire concerné en groupe.

Aujourd’hui, si je continue de repérer parfois seul, j’invite régulièrement des autochtones à m’accompagner dans ces marches préliminaires, voire à me guider, posture de l’arroseur arrosé, dans leur quartier, village, forêt… D’une part, les résidents connaissent beaucoup mieux que moi, c’est une évidence, le terrain, même s’ils ne l’ont souvent jamais vraiment écouté, d’autre part, cette entrée en matière privilégie d’emblée des relations avec des personnes souvent très engagées dans des associations locales, avec des personnalités, des élus du cru. Autant de partenaires potentiels en même temps qu’une pratique relationnelle dynamisante.

L’expérience de groupe, paysages sonores partagés

Après le repérage, s’ensuit le fait de franchir le  PAS – Parcours Audio Sensible, ce qui emmènera, guidé d’oreille ferme, un groupe de promeneurs écoutants réuni pour la circonstance.

Ce parcours ne sera bien évidemment pas la redite du repérage, ce dernier étant plus une réserve de possibles que pourront, plus ou moins, avec une marge de liberté liée à l’improbabilité, exploiter les balades.

Car bien sûr, entre l’humeur du guide et les aléas du terrain, météo, scènes sonores impromptues, réaction du groupe, il peut se passer mille et une choses venant influer le cours de la marche et donc  des écoutes.

D’autres pédagogies, d’autres discours, mises en situation, modus operandi, dispositifs y seront déployés

Dans certaines conditions, et certains lieux, il m’est arrivé d’emmener une douzaine de groupes, sur une semaine, suivant un parcours (presque) similaire, à quelques variantes prêt. Chaque promenade a été toutefois très différente des autres, et jamais je n’ai ressenti une certaine forme d’usure de l’écoute et du corps marchant, de lassitude ou de morne répétition. Bien au contraire, le fait de creuser le terrain, de le sillonner obstinément, comme une modeste et utopique tentative d’épuisement pérequienne,  a ajouté un réel intérêt à l’expérimentation.

Car bien évidemment, même si le terrain a été repéré, préparé, pensé et  repensé, la marche collective procède bien de l’expérimentation. L’expérience du relationnel toujours renouvelé au fil des groupes, du ou des parcours, des postures sérendipiennes, qui constituent une forme de laboratoire déambulant, d’ateliers en marche comme une suite  de modèles de territoires, bâtis autour d’écoutes collectives.

Ici, la synergie du groupe est prédominante. Savoir trouver les mots et les postures pour embarquer une vingtaine de personnes dans une aventure à la fois silencieuse (entre écoutants) et peuplée de mille sons, est à chaque fois une nouvelle gageure. Le côté performatif de l’expédition, longues marches, silences, postures communes, lieux insolites, expériences corporelles, ambiances nocturnes, regards curieux des autres – spectateurs extérieurs non promeneurs et non avertis -, entraîne le groupe dans une forme de rituel où il faut « rentrer dedans ». Il doit s’installer entre nous une osmose tangible, comme lorsqu’une salle entière peut vibrer de concert devant un grand air d’opéra – toujours et plus que jamais l’importance du relationnel et du contextuel. D’où la notion de paysages sonores partagés

Des traces en rendus, des récits

Abordons maintenant la dernière étape de cette recherche-action, celle qui vient après une production physique, collective, in situ, dans le prolongement d’une une écriture corporelle et mentale d’un parcours à même le terrain. Elle concerne cette fois-ci la production d’outils de réflexion, de synthèse, d’analyse, ou de créations sensibles, qui pourraient être envisagés comme une série de traces, de narrations, de récits. Ces traces, ces rendus, contribuent, au-delà de l’action physique, à faire vivre le projet (urbi et orbi), notamment via sa dissémination, ses effets de contamination, d’infiltration, que permettent aujourd’hui les réseaux sociaux (et autres réseaux). Quels que soient les formes et média employés, ce sont des objets qui vont perdurer, plus ou moins, participant à faire connaître la démarche, à la partager, y compris dans des aspects purement pédagogiques. On peut espérer également favoriser de nouveaux échanges et peut-être impulser de nouvelles dynamiques

Enregistrements sonores bruts (field recordings)  ou montés et remixés, d’ambiances comme de paroles, textes, photographies, vidéos, graphismes, objets, installations, notes techniques, analyses méthodologiques, dispositifs multimédia spécifiques, beaucoup de possibilités nous sont offertes.

Une recherche-action digne de ce nom, avec ses actions sociales intrinsèques, ne peut rester confidentielle. Elle doit au contraire essaimer, servir d’exemple, d’inspiration, fournir des ressources accessibles à tout un chacun, qui pourront à leurs tour se développer,  fructifier dans d’autres territoires, et alimenter à leur tour la réflexion, l’expérimentation.

Lire les récits d’autres ateliers, d’autres laboratoires issus des quatres coins du monde, s’emparer de nouveaux outils pour les contextualiser, les reforger à notre main, à notre oreille, selon notre projet, avant que de les redistribuer, est une chose très enrichissante, très excitante même.

On peut ainsi entreprendre au niveau de nombreux territoires sonores, des corpus de sons, d’images, de textes, où se tisseront des protocoles adaptables, modulables, des espaces d’échanges, de discussions, et sans doute des rencontres tant à distance que de visu (et d’auditu), lors de symposiums.

 

Les trois phases proposées ici ne sont qu’une trame, une esquisse parmi tant d’autres. Bien d’autres modèles existent ou restent à combiner, à construire, si possible par et pour une communauté d’écoutants. Cette dernière devra toujours être soucieuse de partager et de défendre de multiples paysages sonores où l’humain trouvera naturellement sa place, dans un respect mutuel, au sein de territoires d’écoute qui demeurent à ce jour , en grande partie inouïs.

 

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Images de PAS – Parcours Audio Sensible à Paris

Balade sonore sur les hauteurs parisiennes

 

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Tendre l’oreille à Paris, sur les hauts de Belleville – Clément Lebrun et Gilles Malatray au Parc des Buttes Chaumont © France Musique / © photo Flora Sternadel• « Le cri du patchwork » – https://www.francemusique.fr/…/environnement-1-ecouter-l-en…

Point d’ouïe bien sonnant

Temps fort

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Après deux jours d’intenses rencontres internationales autour du paysage sonore, je rentre chez moi, en empruntant le chemin d’un parc boisé et escarpé d’un parc urbain.
Les allées sont tapies de feuilles multicolores.
Nous sommes un samedi soir doux et humide, vers 18 heures, il fait nuit.
Le carillon d’une église invisible, au bas de la colline, égraine une magnifique et enjouée volée d’airain. Échos, réverbérations, le bronze carillonnant à tout va magnifie l’espace urbain.
Que demander de plus ?
Une superbe et bien sonnante conclusion.

Points d’ouïe, des paysages sonores sociaux et politiques

Le paysage sonore est (aussi) un paysage social et politique !

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@City Sonic 2016 – PAS -Parcours Audio Sensible à Mons

S’il est vrai qu’au travers de mes PAS – Parcours Audio Sensibles, mes Points d’ouïe, je recherche souvent à partager des esthétiques apaisantes, des aménités paysagères, le plaisir d’écouter collectivement le monde environnant, je ne voudrais pas pour autant réduire mon travail à une écologie (acoustique) fleur bleue, qui ignorerait, éviterait, fuirait, ou pire, tendrait à cacher les tensions ambiantes de nos sociétés.
Car le paysage sonore est un véritable marqueur social, avec toutes les frictions que ces territoires peuvent contenir et engendrer, un paysage audiblement politique, où se font entendre les grincements, les violences urbaines, ou rurales, les solitudes également, celles d’espaces délaissés, en friche, quasi abandonnés.
Bien sûr un promeneur écoutant n’est pas forcément armé pour analyser socialement, politiquement l’énorme masse d’informations qui lui tombe sous l’oreille, tel un sociologue pourrait par exemple le faire. Néanmoins, à force d’écoute, la vie s’impose belle et bien l’oreille, avec ses joies et ses misères, parfois oh combien cruelles et tragiques !
Un écoutant aguerri ne peut pas faire abstraction, ne peut pas tout filtrer, se boucher les oreilles devant quelques désordres, sans doute un euphémisme, sociaux et politiques qui marquent régulièrement les paysages sonores traversés.
Se promener dans la rue, arpenter la cité, ne peut laisser l’oreille indifférente aux fractures sociales, à l’emprise du politique, même hors discours.
Si l’oreille perçoit nettement le dynamisme de certains quartiers où existe encore une saine mixité inter-culturelle, un véritable brassage social, qui peuvent rendre des espaces plus « vivants » que d’autres à l’écoute, les tensions sociales, les ségrégations, la gentrification, la ghettoïsation, d’y perçoivent aussi nettement par l’auditeur. arpenteur
Violences langagières, cris, exhortations, bagarres de rues, insultes, harcèlement, discriminations, harangues, scènes de ménage, conflits de voisinage, d’automobilistes à cran, et j’arrêterai là cette liste assez sombre, tissent aussi le quotidien de l’espace public, comme de l’espace privé qui transpire parfois ses rancœurs et violences dans la rue, bafouant  ainsi tout intimité.
J’ai d’ailleurs personnellement assisté, à différentes reprises, promeneur écoutant en repérage, et témoin auriculaire involontaire, à des scènes de ruptures, ou de profondes fractures sentimentales extrêmement violentes, en tous cas dans la douleur exprimée par les mots et les intonations vocales, exacerbées, de celles qui nous glacent, nous atteignent profondément,  nous émeuvent dans ces drames, pourtant à l’origine  intimes.
Des conflits dune « tragédie humaines» révélée à l’écoutant, des cris, pleurs, supplications, qui parfois se mettent en scène via les smartphones où les acteurs hurlent leurs haines et leur vindicte aux oreilles de tous, entre colère surjouée et débordement catharsis, et qui d’ailleurs rajoutent des couches de tensions dans l’espace public. Ces violences quotidiennes s’ajoutent, ou se superposent aux concerts de klaxons exacerbés, et même aux insipides, lénifiantes et insupportables musaks d’ambiances, qui envahissent parfois nos rues, comme des empilements de sons contraignants.
De même, les revendications sociales, mouvements sociaux, grèves, entre harangues et slogans parfois drôle, parfois violents, des cornes, un vacarme social plus ou moins orchestré, portés par des flux, des masses organisées en défilés contestataires, et parfois marches silencieuses en mémoire de, construisent des espaces de contestations éminemment sonores.
D’autre part, l’espace sonore est marqué depuis longtemps par la volonté de montrer une puissance sociale et politique aux yeux et aux oreilles de tous.
Le nombre et la puissance des cloches, à l’époque ou châteaux et églises marchaient de concert, non seulement comme des rythmes marqueurs temporels, journaux d’information dans l’espace public (naissances, baptêmes, mariages, décès…) mais aussi révélateur de la richesse et du poids politique des villes, duchés, comtés…
De même les fanfares d’apparat dans les grandes cours, et celle, plus guerrières, de  troupes avec tambours fifres et clairons en avant-garde des batailles rangées, dont l’importance du nombre et la puissance sonore soulignait la potentielle force militaire qui avançait en chargeant au contact de l’ennemi.
Je ne m’étendrai pas ici sur les sons de guerres et d’actes terroristes, dont parlait déjà Luigi Russolo dans son manifeste « L’art des bruits » et parfois mis en poésie, de Victor Hugo à Guillaume Appolinaire.
Sans compter les discours politiques, commémoratifs, en campagne, parfois déversés par voix de puissants haut-parleurs dans l’espace public, le verbe haut comme force de propagande.
Le paysage sonore, l’espace sonore, le territoire sonore, sont donc bien construits sur des terrains sociaux et politiques parfois radicaux et très violents, et donc inévitables « écoutables » comme des marqueurs nous montrant les soubresauts d’un monde jamais vraiment apaisé.
Si j’ai souvent l’habitude de vous montrer, et de vous inciter à entendre les beautés intrinsèques des paysages sonores, je ne romps pas ici avec mes positions plutôt esthétiques, cherchant un apaisement social, mais je mets simplement au clair ma position d’écouteur public qui n’occulte pas la force obscure  du sonore, en tout cas les révélations parfois violentes et inattendues que l’écoute amène à nos oreilles ouvertes sur le monde, pour le meilleur  et pour le pire.

Points d’ouïe et PAS – Parcours Audio Sensible, exercice d’écoute/écriture en plateforme multimodale

Exercices d’écoute en marche, gare aux oreilles !

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Les frimas sont là, avec une belle humidité stagnant sur la ville.
Pour autant, pas question pour moi de renoncer à mes points d’ouïe et autres PAS – Parcours Audio Sensibles. Ce sont devenus des exercices journaliers, comme faire mes gammes, garder l’oreille vive, entrainée, tester chaque jour de nouveaux espaces, de nouvelles postures…
Les frimas et la pluie rendant parfois l’exercice assez inconfortable, je choisis d’élire temporairement domicile dans un vaste lieu, à deux pas de chez moi, à savoir une gare ou, pour être plus précis, une plateforme multimodale – où se croisent trains, bus, métro, voitures, vélos, piétons. C’est une sorte de grande zone d’aiguillage, sur quatre niveaux, redistribuant les piétons usagers vers différents transports et sorties sur le quartier. Un lieu couvert, qui me permet à la fois de déambuler et de me poster sur des bancs d’écoute, d’explorer, de tester.
Exploration niveau -2 , quai des métros
Exploration niveau  -1, desserte parkings
Exploration niveau 0, hall d’accès, escaliers et ascenseurs de distribution
Exploration niveau  I, couloirs et quai des bus
Exploration niveau 2, quai SNCF
En bref, d’immenses zones à parcourir, ouïr, décrire, écrire. J’ai déjà exploré moult fois ce lieu, seul ou accompagné, et ce soir, je décide d’investir le niveau 1, donnant accès aux bus. C’est un très grand U, couloirs carrelés, baies vitrées, portes coulissantes, fosse donnant sur le métro en contrebas, nombreux bancs métalliques, sans compter les usagers…
Il est 19 heures, nous sommes un vendredi 11 novembre, donc jour férié, ce qui, au niveau de la circulation, réduit le flux habituel à ces heures-là, mais en conserve néanmoins une riche activité, diffuse sur tout le plateau scène d’écoute.
Certaines heures sont plus propices, très tôt le matin, ou tard le soir, de même que certains jours, les dimanches soir notamment, ou jours fériés.
Cette plateforme me donne un terrain de chasse remarquable, avec de longues coursives, des perspectives visuelles et sonores en enfilades, trouées de portes coulissantes qui ponctuent l’espace de chuintements pneumatiques, et des sons pénétrant de l’extérieur.
Les nombreux bancs, dos à dos, me permettent des visées sur de nombreux cadrages, plus ou moins ouverts, abrités, ou non, ilots-affuts dans ce grand bateau de veille sensible.
Des voix et des voies, rires, chuchotements, nombreuses langues d’Afrique ou de l’Est, enfants, ados, adultes, l’homme est au centre de la scène. Il passe par flux, sa présence parfois s’amenuise, puis réapparait de plus belle. Mouvements dans l’espace, les voix comme objets posées ou traits sonores traversant. Les pas, talons hauts, chaussures crissantes, ou silencieuses, un autre marqueur sono-spatial sur les vastes carrelages.
Des voix juste derrière moi, sur un bans accolé dos à dos, à quelques centimètres – une intimité où je suis le confident malgré lui, épémère, d’une personne toute proche à cette instant. Je ne me sens pas forcément audio-voyeur, mais plutôt  un peu plus vivant, dans le sens vivant dans une harmonie fragile et éphémère avec l’autre, avec mes proches de l’instant.
Annonces, un train, un métro qui ne prend pas de voyageur, une personne attendue à l’accueil, les consignes vigipirates « tout bagage abandonné… »
Des signaux sonores, bips des portes d’entrée, des portes des métro en contrebas, parfois tels des chants cristallins proches des crapauds des pierres en été.
Des acoustiques changeantes au détour d’un couloir, plus ou moins réverbérantes, ou sèches.
Grondements, sifflements, chuintements, freins dans des aigus acérés. Les métros en bas, les trains en haut, sur un butte tallutée, comme une hiérarchie verticale, ou deux mondes, celui de l’underground, et celui de la lumière s’étagent à l’oreille.
D’ailleurs, concernant les lumières, elles sont comme les sons, diverses, crues, feutrées, points lumineux, clignotantes, réfléchies en tâches, en halos diffus, irrisantes sur les chaussées mouillées qui se reflètent dans les vitres de la gare…
Je m’absorbe dans ces flux sensoriels, tentant parfois de les démêler, et parfois me laissant subjuguer, en errance dans leurs mouvances, leurs variations, marchant consciemment dans des traces situationnistes, psycho-géographiques.
Tantôt assis, tantôt déambulant, je teste différentes postures, au niveau du corps, de l’état d’esprit, de l’écriture in situ, crayon et papier en main.
Les gares sont des voyages immobiles, ou empreintes d’un mobilité bien circonscrite physiquement, alors qu’elles ouvrent d’immenses champs symboliques, imaginaires, des voyages infinis, ouverture pour moi sur une magnifique hétérotopie, des lieux divers, d’autres lieux, des lieux autres, qu’a si bien formulé Michel Foucault.

Il va d’ailleurs falloir un jour, que je me penche sur ce que sont, ou ne sont pas, les hétérotopies d’un paysage sonore.

http://foucault.info/doc/documents/heterotopia/foucault-heterotopia-en-html.

PAS – Parcours Audio Sensibles en résonances

Passages couverts en résonances

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Ce n’est certes pas la première fois que, en tant qui promeneur écoutant,  j’aborde le sujet.
Néanmoins, j’assume mes propres itérations, mes propres répétitions, qui sont pour moi un moyen d’affirmer mes coups de cœur, mes coups d’oreilles, de les ancrer dans un vécu, une expérience de marcheur.
Au-delà, qui sait, c’est sans doute un moyen de trouver en les partageant des échos chez d’autres marcheurs, ou écoutants, ou les deux.
Comme je le constate souvent, la vue est indissociable de l’oreille et vice et versa, en tous cas dans mes propres parcours.
L’oreille peut guider la vue, l’emmener vers…
La vue peut guider l’oreille, la faire tendre vers…
Ces deux sens se complètent, s’auto-enrichissent, stimulent des états perceptifs qui viennent exacerber nos sensations, plaisirs, ou déplaisirs.
Or il se trouve que : J’aime les passages couverts.
J’aime les couloirs.
J’aime les galeries.
J’aime les tunnels.
Y compris parfois dans les sentiments d’étrangeté, des sensations de froideur, d’humidité, d’obscurité, voire d’insécurité.
J’aime les espaces confinés, aux perspectives resserrées, fuyantes, aux longues réverbérations.
Il me semble qu’il y a dans ces lieux de belles adéquations entre ce que je vois et ce que j’écoute.
Les sonorités  y sont parfois étouffées, parfois amplifiées, réverbérées, portées par des murs minéraux qui les colorent de timbres presque métalliques. Les voix s’ajustent aux lieux, soit intimes, soit au contraire expansives, portées à jouer avec les lieux – tels les enfants criant quasi systématiquement dans les tunnels justement.
A chaque nouveaux PAS – Parcours Audio Sensible, je n’ai de cesse que de rechercher au moins un passage de ce type, allée couverte, pont ou autre boyau acoustique, même de taille modeste.
Ces parcours, ponctués de résonances, ou d’endroits plus mats, plus secs, acoustiquement parlant,  nous procurent des sensations d’ouvertures/fermetures acoustiques, d’élargissements/rétrécissements, où l’espace devient tangible à l’écoute. On y sent les pressions acoustiques se déployer ou se resserrer physiquement, corporellement, comme une enveloppe immersive. On y percoit une certaine compacité élastique de l’air, ce qui d’ailleurs nous fait mesurer l’incroyable acuité de notre système d’écoute, et de notre corps résonant et résonateur.

Écoutez/regardez, imaginez les ambiances…

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Ambiances sonores du tunnel de l’ile du souvenir – Parc de la tête d’Or à Lyon – Balade – expérimentations sensibles par Nathalie Bou et Desartsonnants

ET AVEC TA VILLE, COMMENT TU T’ENTENDS ?

Partages d’écoute(s) en parcours sonores urbains et périurbains

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Des projets visant :

Des quartiers concernés par les actions de la Politique de la ville, notamment les QPV – Quartiers Prioritaires  et les QVA – Quartiers de Veille Active
Pour : entendre la ville, mieux s’entendre avec la ville (et ses habitants, passagers, usagers…), créer du lien par l’écoute collective, désamorcer les notions de bruit permanent, marcher d’un lieu à l’autre en ouvrant les oreilles pour rattacher son quartier, son ilot, à d’autres espaces urbains, voisins ou plus éloignés (le son n’a pas vraiment de frontières physiques)

Des quartiers en rénovation urbaine
Pour, garder des traces, mémoires de grands travaux, comment sonne la ville, la cité, avant, pendant, après les chantiers de rénovation ? Comment s’effectuent (ou non) les transitions architecturales, urbanistiques, sociales, culturelles, avec l’oreille comme témoin et organe de transmission.

Postures et collaborations
Ces propositions peuvent convoquer, selon les approches envisagées, des postures où l’esthétique, l’artistique, l’écologie et le développement durable (l’écosophie), le social… Elles peuvent également, voire souhaitent fortement pour cela associer différentes compétences, s’intégrer dans des équipes…

Propositions de terrain
Des PAS -Parcours Audio Sensibles, écouter, commenter, mieux comprendre sa ville en marchant, écrire et construire des récits de territoire au pas à pas
des enregistrements in situ, ambiances, radio trottoirs, rencontres…
montages radiophoniques, documentaires et/ou fictions
montages audionumériques de paysages sonores, cartes postales sonores, fictions et territoires imaginaires
diffusions, rencontres et écoutes publiques, les sons de mon quartier
installation sonore et visuelles en espace publics, appartements – travail entre photographies et sonographies (documentaires, fictions, cartes postale sonores, formes mixtes)
cartographie de l’écoute
récits d’écoutants via des textes collectés, enregistrés, des graphismes…
Cartographies sensibles, mentales de la vile sonore
Sculptures sonores et installations éphémères, points d’ouïe et écoute scénographiés…

Ces propositions ne restent bien évidemment, en l’état, que des propositions, un champ de possibles. Elles seront définies, choisies, construites en fonction des projets, du terrain, des acteurs locaux (institutions, structures socio-éducatives, conseils de quartiers, associassions, habitants…)

Quelques expériences menées
– Mâcon, quartiers des Blanchettes  (71)« Le bruit de ta ville ? » avec les services sociaux et de santé
– Chalon/Saône quartier Fontaine aux Loup (71), « sons de ton quartier  » Académie, école maternelle
– Chalon/Saône quartier des Charreaux (71), avec le centre social et la ville de chalon
– Besançon centre et périphérie (25) avec des écoles primaires et un sociologue de la ville
– Saint-Étienne (42), quartier Bellevue, avec le conseil de quartier, le service santé et urbanisme
– Bron, Les essarts/Mermoz (69) « Histoire(s) pour les oreilles » avec le service culturel de la ville, une école primaire, dans le cadre du festival RVBN
– Lyon 9, Conseil de quartier Vaise Industrie Rochecardon « Mémoire orale des ouvrières de Vaise » – enregistrements de mémoires orales, CD et livret
– Tananarive, Madagascar – Quartier d’Ankatso, « Sons de Tana », avec « Art’Mada », le Ministère de la culture, l’Université de la francophonie, des artistes locaux…
– Victoriaville – Québec, colloques  rencontres et balades sonores autour de « l’écosophie », approche de l’écologie sonore transatlantique, avec CRANE Lab (France), l’Université de 3 Rivières et GRAVE (Québec)
– Lausanne – Suisse – Quartier du Vallon, Journées des alternatives urbaines autour de la restructuration du quartier, balades sonores et sensibles, avec l’association Écovallon, la ville de Lausanne…

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Points d’ouïe et Paysages sonores partagés
https://desartsonnantsbis.com/
https://fr.linkedin.com/in/gillesmalatray

Contacts
desartsonnants@gmail.com
07 80 06 14 65

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APPEL À SONS !

Gilles Malatray Desartsonnants

J’aimerais, entre autre moult choses, travailler, ici ou là, autours des voix, des personnes qui parlent de leurs paysages sonores quotidiens, ou non. Le principe : se poser quelques instants dans un lieu, et parler de ce qu’on y entend, tout en s’enregistrant. On s’y sent bien, ou non, on a l’humeur à décrire, à rêver, à imaginer, à expliquer, à critiquer, à s’émerveiller, à autre chose…
Si cela vous tente… Pas de format, pas de style imposé, rien que du participatif brut de pomme, à l’instinct, comme vous le sentez, comme vous l’entendez…
Vous vous enregistrez, et tout ça dans la boite de desartsonnants@gmail.com
Merci par avance !

Marcher – Écouter – Résister

Pour un apaisement du Monde au PAS à PAS

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@photo – Florian Clerc

Sans doute vais-je répéter ce qui a déjà mille fois été dit, me répéter moi-même, mais, selon le vieil adage, cela va mieux en le disant, si ce n’est en le re-disant.
La marche, associée à l’écoute, instaure une série de rituels, de spiritualités, de rayonnements, à vivre en groupe comme individuellement, parfois.
Adopter ces états d’esprit comme un apaisement, une Slow Life assumée, une quiète zénitude, nous fait un peu plus profondément jouir des espaces urbains, naturels, humains, intérieurs…
Le rythme de la marche fait, ou devrait faire fi de l’agitation, bien au contraire, il doit résister, à contre-courant du stress et du zapping ambiant.
L’expérience de la durée, une forme de performance de l’écoute en marche, met le corps à l’épreuve du physique, des aléas météorologiques, des accidents topographiques, jusqu’à une fatigue lancinante, qui peut devenir exaltante, catalysante, cristallisante, magnifiante…
Jusque vers une marche hypnotique.
La majesté ou l’intimité des lieux, de monuments en clairières, nous convient à communier avec les lieux, pour peu qu’on leur tende une oreille généreuse, qu’on y prête une attention suffisante et dénuée de trop d’a priori, de préconçus verrouillant d’emblée nos accointances encore ignorées.
Les pauses jalonnant la marche sont souvent inopinées, guidées par l’ouverture, la disponibilité à profiter de l’instant sérendipien,  de ce qui s’y passe, ou non, de l’autre, des absences et des présences, des entre-deux fluctuants.
La ville n’est plus forcément une arène sonore, aux prises à la seule grande bataille des sons.
Pas plus que la campagne, ou la nature, ne seraient que des modèles idylliques, jardins sonores idéaux.
La marche silencieuse recherche et entretient une forme de méditation partagée, soudant, même momentanément, un groupe dans une bienveillance commune.
Et c’est fou ce que l’on entend (mieux) lorsque l’on fait silence, et qui plus est lorsque l’on écoute.
Le frémissement du vent, le glougloutements de l’eau, entre autres, nous font prendre conscience des échelles soniques, et des limites jusqu’où l’on peut vivre et communiquer sereinement. Au-delà…
Écologie toujours, jusqu’aux bouts des sons, et des oreilles.
Les postures d’écoute, mais aussi celles du regard, du toucher (assis, en rond, dos à dos, yeux fermés, oreilles collées à, allongés…) sont prétextes à ressentir  et à générer des vibrations communes, de préférences inouïes.
Le corps est une antenne, un réceptacle sensible, pouvant être profondément touché, pour le meilleur et pour le pire, par les innombrables sonorités dans lesquelles il se meut, et qui le traversent, y rebondissent, s’y lovent…
C’est en même temps un émetteur capable de rayonner vers l’extérieur, vers d’autres corps écoutants, et eux même rayonnants, corps foyer, corps irradié, corps irradiant. Plus le corps est plongé dans une sorte d’éther acoustique, organique, plus il peut être investi à tisser, autant que faire se peut, de bonnes et belles ententes.
Good vibrations.
Les géographies sont également cartographiées sur des territoires traversés de fureurs et de bruits, de murmures et de chuchotements. Le promeneur écoutant que je suis, inscrit des lignes et des courbes, des vides, des pleins et des déliés, d’interminables sentiers et de fourbes impasses, au rythme de ses pas, et de ceux d’autres marcheurs.
Jamais hélas, le Soundwalking, le PAS – Parcours Audio Sensible, n’éradiqueront la violence, mais sans doute contribueront-il, même très modestement, à en adoucir la pression, voire à en désamorcer une certaine partie.

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PAS – Parcours Audio Sensibles, résidence artistique, collectages/écritures/offrandes…

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@photo – Florian Clerc

Au cours d’une résidence artistique avec Isabelle Clermont, artiste interdisciplinaire québecoise, Gilles Malatray (Desartsonnants) et Abi/Abo, après un mois de pérégrinations écritures dedans/dehors, les balades, axe privilégié de ce travail, ont entre autres fourni une riche matière, entre écrits, images, sons, et réflexions sur la ville, l’autre, la marche, la rencontre, le partage, l’absence et la présence…
A ce propos, sans compter les repérages, 17 marches, certaines assez longues, ont été effectuées, en petits groupes ou avec du public. Ce sont donc Cinq PAS à Lyon (avec Patrick Mathon), dix à Nantes ( pour le Festival [sonor]), deux à Besançon (avec Radio campus Besançon et le FRAC de Franche Comté), qui ont entrainé dans leurs sillages plus de 150 personnes, publics écoutants, étudiants, amis, curieux…

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@photo – Florian Clerc

Mais aussi, ces promenades ont été le champ de nombreux collectages, des glanages multiples, au fil des PAS, Nous avons ainsi glané, en même temps d’ailleurs que semé :
Des paysages,
des ambiances,
des instants,
des rencontres,
des sourires,
des images,
des paroles,
des relations parfois complexes,
des photos,
des sons,
des mots et des phrases,
des arômes (sauge, romarin)
d’autres traces diverses, fugaces, parfois intangibles…
Ces collectages ont favorisé la construction de territoires, notamment sonores, entre réel et imaginaire, des fictions ou frictions urbaines, tissées sur trois villes, au bord du Rhône et de la Saône, de la Loire, et du Doubs. Se sont inscrites en filigranes des narrations in situ, lors de balades qui étaient à la fois le théâtre des collectages et des lectures-écritures d’espaces scénographiés, sonographiés  et partagés.
Des formes de cadres d’écoute se sont installées, improvisations performatives, gestes d’écoute, connivences à deux guides promeneurs écoutants, jouant à partager des espaces sonores, entre mots et couleurs, objets et postures…
En toute fin de séjour, lors d’une soirée sortie de résidence, toutes ces bribes de couleurs de formes et de sons, ces images, ces mémoires tricotées (de fils de laine) ont participé à alimenter une nouvelle histoire, transposée à l’intérieur celle-là.

Et cette nouvelle histoire, comme aime à le dire Isabelle, est une offrande, une offrande collective qui plus est.

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@photo – Patrick Mathon

Mais tout cela n’est qu’un début, car déjà, d’autres projets sont en marche !

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Concevoir, construire le paysage sonore comme une œuvre plastique, en marchant

(en marchant)

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En écouter ses contours (même mouvants)
En écouter ses limites (même mouvantes)
En écouter ses plans (sonores)
1e plan, 2e plan, arrière-plans
lointains (diverses rumeurs et bruits de fond)…
Lui donner une existence géographique, topologique, par la marche
pas à pas
soundwalking
balade sonore
Itinéraire d’écoute
parcours d’écoute
sentier d’écoute
traces et traçages
cartographies du promeneur écoutant
rendre le paysage sonore tangible
objet sonores
objets d’écoute
installations sonores délimitant des cadres auditifs
installations sonores interactives
jouer sur les couleurs sonores du paysage
ambiances
filtrages
irisations
gommage
camaïeux
jouer sur des couches ou amas sonores
accumulations
stratifications
magmas
jouer sur des principes compositionnels
géographies trans-soniques (en marchant)
mixages (en marchant)
passages (en marchant)
transitions (en marchant)
atténuations (en marchant)
augmentations (en marchant)
fondus, fade in/fade ou (en marchant)
coupures (en marchant)
paysages sonores hétérotopiques, paysages sonores sensibles
Construire des architectures d’écoute dédiées à la choses sonore
Construire des architectures sonores ou sonnantes
des sculptures éoliennes
des sculptures aquatiques
des sculptures cinétiques
favoriser ou provoquer des synesthésies couleurs/formes/sons…
représenter graphiquement des sons, partitions graphiques de la ville
des textures sonores
des matières sonores
des densités sonores
des granulosités sonores
des mouvements sonores
des dynamiques sonores
considérer la ville, ou ailleurs, comme une installation sonore à ciel ouvert
considérer la ville, ou ailleurs, comme une installation sonore à 360°
considérer la ville, ou ailleurs, comme une ample orchestration des bruits urbains
considérer la ville, ou ailleurs, comme une fenêtre radio ouverte sur le monde
favoriser des esthétiques relationnelles entre écoutants et paysages
et vice et versa
toujours en marchant.

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PAS – Parcours Audio Sensibles à Besançon

La ville lyre , une musique des lieux

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Nous sommes accueillis, avec Isabelle Clermont, dans le cadre du festival « Hors les murs » organisé par Radio Campus Besançon et  le FRAC Franche Comté.
Le chœur de la vielle  cité bisontine est un superbe site enchâssé dans les méandres du Doubs, qui dessinent une lyre autour de cette ville musique.
Besançon se prête à l’écoute.
Se donne à entendre.
Invite à prêter l’oreille.
Se fait belle toute en sons.
Superpose généreusement points de vue et points d’ouïe.
Ses rues resserrée, ses falaises alentours, les miroirs d’eau bordés de vertes promenades, sont autant de micro dépaysements, comme une invitation au PAS.
Départ du FRAC, pour un enfoncement progressif dans une ruelle ne cessant de se rétrécir, jusqu’à ne laisser passer que deux personnes de front.     Une belle intimité qui laisse percevoir un débouché, une échappée en perspective fuyante, fenêtre cadrée sur une rue perpendiculaire. Le calme s’installe rapidement après la déferlante des quais.
Un square  gallo-romain, oasis de verdure ornée d’antiques fontaines, murs, porches  en ruines majestueuses mais sans trop, petit musée à ciel ouvert où notre oreille joue à se faufiler contre des pierres chargées d’histoire. Des auscultations, des micro installations, un groupe d’écoutants joueurs, une écriture collective mi-proposée, mi-improvisée, un micro théâtre auriculaire des plus agréable.
Plus haut, la cathédrale, perchée, regardant, et peut-être protégeant la ville en contrebas, avec ses cloches qui arrosent d’un heaume protecteur la cité séculaire.
A l’intérieur, l’apaisement d’un repli empli de quiétude, d’une spiritualité tangible, de rituels imprégnants, qui semblent baigner chaque recoin. Les sons furtifs ricochent de travées en travées, s’adjoignant au passage une vie prolongée de mille échos additionnés. La déambulation s’attarde naturellement dans ce havre acoustique, occasion de discrètes explorations, pour ne pas troubler le lieu,  d’immersions en aveugle.
Un sas suffit à nous réouvrir sur la ville, l’espace acoustique se trouvant subitement élargi, les plans s’étageant de nouveau en strates donnant de plus vastes échelles des profondeurs urbaines.
Quelques pas pour franchir un escalier en arrière de la cathédrale,suffisent pour que tout change , subrepticement, quasi subitement. Une nouvelle ambiance s’installe, un instant superposée à l’ancienne, comme un jeu de calques marquant les stratifications auditives du quartier.
Un carrefour où des voitures et des piétons cohabitent, au pied de la citadelle dominant Besançon,  alternance de séquences qui dessinent des mouvements sonores devant, derrière, dessus, dessous, à droite, à gauche. Sans compter les mouvements incessants. Beaucoup de situations acousmatiques où l source sonore est d’emblée cachée par les murs ambiants, avant que de s’offrir de visu, au détour d’un virage, et au débotté.
Une enfilade de rues étroites, à flanc de colline, presque silencieuses, néanmoins scandées de voix ou de moteurs, tout cela restant baigné d’un doux équilibre.
Redescende, progressive, vers le centre ville, direction vers la place Gravelle, épicentre de la ville.
Les sons bien évidemment de re-densifient, crescendo vers une nouvelle ambiance qui reste néanmoins très écoutable.
Un mixte très intéressant, nous traversons la place centrale (Granvelle)  habitée ce jour d’un marché européen, et d’une fête foraine. Et là, un mixage s’opère, ou plutôt est opéré, en marchant,  entre voix, musiques des manèges forains, accidents et autres imprévus audibles; un kiosque à musique nous permet de nous poser dans une sorte de système inversé : nous sommes des écoutants dans un lieu qui est initialement prévu pour jouer une musique. Ce qui veut dire que l’’oreille peut aussi s’adapter à, participe bien sûr, en actrice principale, à des formes d’écriture in situ, en marche.
Puis encore des choses à venir, des postures à tester, des rencontres privilégier, des suites à donner… A suivre !

PAS – Parcours Audio Sensibles à Nantes

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Contexte

En compagnie d’Isabelle Clermont, et invités par le festival de création radiophonique « Sonor #9, nous arpenterons 10 fois l’Ile de Nantes en trois jours, emmenant avec nous différents publics au gré de nos sono-pérégrinations.
Raconter 10 balades sonores pouvant se révéler difficile, voire un rien redondant, c’est donc par mot-clés que je relaterai, comme à l’accoutumée d’une façon très subjective, très personnelle, nos duos d’écoute nantais.

Duo
Partager à deux des parcours sonores est une belle expérience, réalisée avec l’artiste interdisciplinaire et performeuse  québécoise Isabelle Clermont. Nous repérons à deux paires d’oreilles et d’yeux. Nous mettons en commun nos synergies. Nous prenons la maîtrise du PAS alternativement, l’un guidant, proposant, improvisant, l’autre répondant, dialoguant, complétant, étirant le champ des possibles, puis relançant à son tour une autre scène. Le scénario s’écrit  naturellement à deux, tout comme le parcours. Regards, clins d’œil, clins d’oreille, le duo fonctionne à la connivence, à l’envie du moment, à la chose ou au lieu interpelant l’un ou l’autre, parfois en contre-point, parfois en alternance, parfois en accumulation, ou en effacement. Le rythme, les directions, les haltes, les propositions sont ainsi toujours renouvelés, d’un parcours à l’autre, dans une forme d’improvisation binomique.

Itinéraires et errements
Là où nous avons repéré préalablement des choses singulières, emblématiques, triviales, intéressantes, surprenantes, déroutantes…
Là où nos pas nous mènent, au hasard d’une marée nous barrant le passage, d’une pluie violente et soudaine, d’un obstacle ou de l’invitation d’un passage discret, ou de celle d’un son sirène, du détour assumé ou imprévisible, de l’envie du moment, du groupe…

Rythmiques et temporalité
Balisage d’un début et d’une fin reliés de séquences, spots plus ou moins longs – Vitesse modulable, changements d’allures, marcher vite vers, avant que quelque chose ne s’estompe, ne disparaissent, ou mixer l’ici d’où l’on part et le là-bas vers lequel on se dirige. Des cassures, ruptures se posent comme des effets de surprises, tout en restant dans une attention et des modes de perceptions plutôt zen, sereins, qui tentent d’échapper à la violence du monde et à son chaos ambiant.

Pédagogie
La première journée est consacrée à l’accueil de lycéens et collégiens. Il faut rebondir vite, entre le ludique et le questionnement, le geste, la posture, parfois désarçonnante pour de jeunes ados qui craignent souvent le regard de l’autre, celui du groupe comme celui des passants – Nous sommes dans l’espace public, donc bien visibles, surtout dans des actions un brin singulières, ne serait-ce que de ne « d’écouter sans rien faire », du moins en apparence. Une fois le groupe embarqué, un lâcher prise installé, la surprise des sons rarement écoutés agit, questionne, même si parfois elle déstabilise.

Corps sonores, rituels et postures d’écoute
La notion de postures, ou de rituel est essentielle.
Parler pour mettre en condition, en réception, pour préparer l’immersion.
La lenteur, une marche apaisée, prenant le temps de faire ensemble, de l’imprégnation, du bain sensoriel, pluri-sensoriel, du ressenti, du contact…
Les postures communes, communions sonores, regarder vers, tourner le dos à, coller l’oreille à, longer, traverser, s’assoir, se mettre dos à dos, être reliés par un fil de laine, ou par la seule écoute, convoquer moult attitudes, gestes, en fonction de ce qui se passe, du groupe…
Le rituel de la marche recommencée, d’un début, d’une progression, d’une fin, d’une forme de pensée sacrale, d’une fête sensorielle, d’un œcuménisme audio-paysager, d’une célébration d’un moment unique, d’un état unique, dans un lieu qui plus jamais ne sera le même, de l’événement à partir duquel rien (surtout l’écoute) ne sera plus comme avant.

Objets sonores, objets d’écoute
Des prolongements, des extensions… Des effets loupes, grossissements/amplifications sonores, auscultations stéthoscopiques à fleur de membranes, des cônes dirigeant, orientant, axant ou désaxant, menant en avant ou obscurcissant, filtrant, colorant, percutant, grattant… Objets d’écoutes, objets d’écoutants, objets écoutants, récupérations, DYI, bricolages pour mettre les oreilles en colimaçon.
Ici c’est un sifflement rajouté
une caresse ou un raclement métallique,
une série de petits haut-parleurs entourant le groupe, emmenés au creux de la main, échangés
une radio déplacée
des graviers lancés
des tiges pour exciter les barrières métalliques…

Jour et nuit, ambiances
Des parcours en journée, des parcours nuit tombée. De l’intime à l’extime, de la clarté à la pénombre, du clair au feutré, de l’agitation à l’évanescence, atténuation nocturne, bouillonnement diurne, les ambiances se fabriquent au fil des heures, dans des densités de sources sonores fluctuante, avec ou sans éléphants barrissants, cris d’enfants et d’adultes, vociférations machinantes ou pas doucement réverbérés sous la grande galerie. Les potentiomètres semblent se placer à des curseurs différents selon le moment, les mixages se font plus progressifs de nuit, même si, à tout moment, peut surgir une brutale émergence…

Pépites sonores
Des clapotis, glougloutements, chuintements, sifflement, une passerelle longeant la Loire, des marées venant agiter l’espace aquatique…
Et de la pluie qui ruisselle, goute, s’écoute à goutes, paysage humide et animé de mille irisations sonores, véhicules semblant glisser sur des nappes chuintantes…
Des voix multiples, réverbérées, disséminées, mouvantes, en groupe, isolées, des rires en éclats.
Des skates et rollers tissant des espaces claquants, des explosions boisées, des striures sonores filantes.
Des claquements métalliques secs, ou réverbérés, dans un parking souterrain, des autos qui grondent sur un couloir de métal ajouré, juste sur nos tête, l’étrange filtrage acoustique de la ville, comme une couche de ouate, dans ce même parking, ses réverbérations, un véritable parcours d’écoute dans le parcours global.
D’étranges sons d’eau aspirée par le trop plein d’une fontaine à l’intérieur d’une cour.
Le grondement fréquent d’avions à très basse altitude, qui peut être selon les cas, de belles et puissantes nappes sonores, comme, il y a de fortes chances, une pollution difficile à vivre pour les riverains exposés.

Rencontres et dialogues
La marche achevée, peut s’engager un espace de dialogue la prolongeant. Ressentis, plaisirs, surprises, images, couleurs, synesthésie, souvenirs, pratiques, questionnements, projets… On tisse une nouvelle écoute, des relations renforcées par l’expérience vécue. Parfois, il faut laisser décanter, prendre du recul, revenir à la surface de soi-même, attendre que nos PAS se recalent dans le quotidien.

Album photos

Marches desartsonnantes - Sonor #9 Nantes

 

En écoute :

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Partager les « Chants de la Terre »

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PAS – Parcours Audio Sensibles, des ateliers à ciel ouvert

Arpenter le terrain-paysage comme un atelier d’écoute à ciel ouvert, une radio diffusant les innombrables musiques du Monde à 360°.

Écrire de multiples chemins d’écoute, trouver les lieux où l’oreille soit au centre-même d’espaces auriculaires magnifiés.

Construire des relations intimes, privilégiées, entre les écoutants, le paysage sonore, chercher les postures communes qui feront d’un groupe d’écoutants une véritable enceinte acoustique vivante, sensible et réactive.

Envisager tout ce qui peut nous relier aux sonorités du monde, notamment en favorisant les interactions – les gestes, les objets, les écrits, les graphismes, les images, les sculptures et architectures, même infiniment fragiles et éphémères.

Rechercher toutes les connivences entre artistes musiciens, danseurs, sculpteurs, architectes, plasticiens, poètes, sculpteurs, aménageurs, pédagogues, chercheurs, marcheurs, écoutants des villes et des campagnes.

Chercher le paysage hétérotopique, multiple, le repérer, tenter d’en trouver les ou des contours, tout en continuant de l’improviser au gré des marches.

Privilégier une forme de tourisme culturel respectueux, privilégiant des approches écosophiques, en s’appuyant sur l’existant plus que sur de nouvelles couches de sons rajoutés.

Transmettre par la parole, l’expérience, le partage de gestes et de postures d’écoute, l’inscription de parcours sensibles tracés de l’oreille à même le chemin.

Desartsonnants dans ses PAS est toujours en quête de belles expériences d’écriture in situ, de rencontres pétries des sons de la Terre.

PAS – Annonce de Parcours Audio Sensibles à Nantes

SONOR#9 – Marches désartson-Nantes

 

Entre les gouttes ou à l’abri (si trop de pluie) # Samedi 15 octobre et dimanche 16 octobre à 11h/15h/19h30 # Départ de Trempolino

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Dans les PAS d’Isabelle Clermont (Canada) et de Gilles Malatray (Lyon), déambulez sur l’Île de Nantes et imaginez la ville comme une immense scène d’écoute, une installation sonore à 360°, comme une radio vivante, à ciel ouvert… Durée de la marche : environ 1h30 – 2 euros sur résa à sonor@jet-asso.fr – En cas de fortes pluies, le parcours est modifié et peut se faire à l’abri !

 

PAS, comme Parcours Audio Sensibles avec points d’ouïes, mini installations sonores mobiles, objets d’écoutes, lectures, postures d’écoutes, cartographie in situ…

Imaginons la ville comme une immense scène d’écoute, une installation sonore à 360°, comme une radio vivante, à ciel ouvert… Deux guides nous emmènent, toutes oreilles ouvertes, à la découverte d’acoustiques surprenantes, de plages sonores aussi naturelles qu’inouïes, d’une vie urbaine toute bruissonnante d’humanité. Des balades sonores, telles des
carnets de notes partagés, ponctuées de sons, de traces/cartes graphiques, de textes, d’objets, de points d’ouïes et de micros installations éphémères…

Des postures convoquant une approche esthétique, écologique, sociale, un art relationnel où de petites communautés de promeneurs écoutant partageront, le temps d’une balade, une expérience auriculaire intime, dans la poésie d’espaces urbains décalés par le regard de l’oreille.

Gilles Malatray, aka Desartsonnants : artiste créateur sonore, promeneur écoutant, travaille depuis de nombreuses années autour du paysage sonore. Dans une posture associant des approches esthétiques, artistiques et écologiques, sociales, l’écriture, la composition de paysages sonores sont fortement liées aux territoires investis, sites, villes, quartiers, espaces naturels, architectures, et occupent une position centrale dans la pratique désartsonnante. Curation, formation et interventions artistiques in situ constituent la base de ce travail où l’écoute et le partage d’expériences sensibles restent au centre de toute création et construction.

Isabelle Clermont : « Artiste relationnelle interdisciplinaire, performeuse et créatrice d’univers immersifs, mes projets ont la particularité d’offrir une polyphonie des sens à travers la création d’espaces intimes et publics. Ma démarche se fonde en grande partie sur la quête de transcendance et de transgression symboliques d’espaces. Elle se caractérise par l’utilisation simultanée de nombreux médiums et disciplines artistiques, ainsi que par la portée symbolique, philosophique ou métaphysique qu’elle détient. Celle-ci est inspirée par la marche, l’organicité du geste, créant un contact sensible et poétique avec le spectateur/promeneur… ».

http://www.jetfm.asso.fr/site/-Festival-SONOR-9-.html

FAIRE FRONT DE MARCHE

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@Crédit photo Yuko Katori – Inauguration d’un Point d’ouïe à 2015 à Drée – Partenariat CRANE Lab

Si le piétonnage affranchit les frontières
le pas à pas tombe les barrières
le marcheur recule les distances
l’oreille traverse les murailles du visible
le regard se porte à l’horizon d’écoute
décloisonnage en règle se doit
terrain, land no limit in situ
jardins ouverts à l’herbe folle
walking in/out via
je, tu, il, marche, à gravir
cadence à l’envi
mais soucieuse de l’autre
où le pas revit
cathédrale sous nos pieds
de quoi semelle t’elle
sans pourtant claudiquer
l’avance piétonnière
fermera t-elle la marche
qui n’est pas marche arrière
non plus fuite en avant
juste le pas posé
juste le pas pesé
juste le pas pensé
pélerineur talonnant
ou de la pointe piétonne
un coup de pied jamais
n’abolira le hagard
a gare de l’est, du midi ou du centre
longer les rails qui s’éraillent
trouver sa voix sans dérailler
même si chemins erratiques
de traverses ou labyrinthiques
et rance parfois à l’odeur
prendre son pied dans la foulée
un clochard se leste enivré de vent
car le vent aussi se défie des frontières
tisser le chemin de bruits
de doux bruits amènes s’entend
car le bruit quand il n’est pas guerre
fait aussi fi des barbelés…

Le 11 octobre 2016, Place de Paris, Lyon 9e – 21 heures – Dans le cadre de la résidence « Sons  – Jeux/Songes » avec Isabelle Clermont

 

PAS – Parcours Audio Sensible à Belleville (Paris)

Belleville, un quartier de Paris à l’oreille

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C’est un PAS un peu spécifique que celui-là,puisqu’il s’agit d’enregistrer une émission radiophonique autour des PAS Desartsonnants, justement ! Ce PAS répond donc à l’invitation de Clément Lebrun, dans le cade de l’émission « Le cri du Patchwork », sur les ondes de France-Musique.
A départ, choix on ne peu plus délicat, il m’a fallu choisir un lieu, un quartier parisien, pour effectuer un parcours d’écoute, et Dieu sait si la capitale regorge de ressources auriculaires, d’espaces intéressants acoustiquement pour y balader oreilles et micros, tout en expliquant la démarche, le pourquoi du comment, les manières de faire, les revendications et autres militances… !
Après de nombreuses hésitations, j’ai finalement opté pour les hauts de Belleville, quartier parisien historiquement emblématique, avec ses vues surplombantes, ses visions/auditions panoramiques de la ville, ses fourmillements… Pour autant, rien n’est encore joué, il s’agit maintenant de repérer un ou plusieurs cheminements, dans le foisonnement de topologies sonores. Je décide alors de demander main et oreille forte pour effectuer une journée de repérage avec des écoutants de bonne volonté, alors que beaucoup de choses, dans ce quartier qui me fascine, m’échappent encore. Un appel à une balade écoute participative est donc lancé via les réseaux sociaux. Je reçois rapidement de sympathiques réponses de compositeurs, chorégraphes, dont certains habitent ou ont habité les lieux, tous étant intéressés pour jeter ensemble une oreille, voire deux, sur l’espace sonore des hauts de Belleville. Vers 10H, la rencontre commence autour d’un café, histoire de faire connaissance, de parler de nos projets et travaux respectifs. Olivier, compositeur et chercheur, et Sabine, chorégraphe exerçant dans l’espace public, tous deux aguerris à la chose sonore, à l’espace public, à la marche, m’accompagnent dans un premier tronçon de parcours, où ils me guident vers de nouveaux territoires d’explorations sensoriels.

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Le fait (somme toute assez habituel chez Desartsonnants) de partir de l’intérieur de l’église place Jourdain constitue une façon de se préparer sereinement l’oreille, avant que de nous diriger vers le parc des Buttes-Chaumont. Du métro Jourdain, un rapide decrescendo s’opère, en pénétrant dans de petites rues plus abritées de la cohue motorisée. Des voix, colorées, timbrées, de multiples langues et intonations… Une entrée du parc des Buttes-Chaumont, une fois pénétrés dans l’enclos joliment paysager, s’ajoute une nouvelle couche-filtre d’apaisement, voix et sonorités de proximité en profitent pour émerger un peu plus, se tailler une place plus tranquillement présente.
Scène surprenante, des groupes pratiquent le Taïchi à l’épée et à l’éventail dans un recoin du parc, dans une musique de différents claquements et cliquetis rythmiques.
Les oiseaux sont encore en éveil dans cette automne quasi estivale.
Le parcours est aussi riche que paisible à cet endroit, je le garde en mémoire.
Retour vers la place Jourdain avec un effet inversement proportionnel dans son accumulation progressive de sonorités urbaines.
Sabine nous quitte, pour partir vers d’autres travaux. Nous envisageons de garder contact autour de la marche, de l’écoute, du paysage sonore, ici ou là.
Pause.
Un nouvel arrivant se joint à notre groupe, Dan, compositeur acousmate. Nouveaux dialogues, prise de contact de visu, après les réseaux sociaux, échanges, longue conversation autour de nos pratiques, un autre petit cercle d’écoutants se reforme.
Un nouveau départ, cette fois-ci vers la rue de Belleville, à l’opposé de ce matin, qui débute par une séquence plus dense acoustiquement. Nous nous dirigeons maintenant vers le parc de Belleville, très différent, à tous points de vue, et d’ouïe, de celui des Buttes-Chaumont. Nous retrouvons, par la pénétration dans le parc, la même sensation d’apaisement, une sorte d’oasis sonore urbain. Des lieux à respecter, à défendre, à sauvegarder, à développer, à installer… Messieurs les aménageurs s’il vous plait !

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Autour du parc, c’est (pour moi) un dédale de petites rues pentues, pittoresques, d’escaliers, échoppes, petits bistrots (encore) populaires ou grandes brasseries qui  dénotent d’une gentrification progressive et indéniable de ce Belleville initialement plus encanaillé. Une galerie d’art au centre de la rue des cascades. Surprenant ! Et qui plus est qui présente une installation sonore et plastique. Causerie avec le galériste. Nous poursuivons l’escapade jusqu’au quartier du Télégraphe, point culminant de Paris, et donc de notre balade. Place des Fêtes, une étrange ambiance tant visuelle qu’auriculaire, voire même sociale – un entre-deux entre différents univers urbains, qui ne manque pas de charme au découvreur que je suis. Fin du repérage, avec le retour sur ce qui est notre noyau d’attraction, le tonitruant métro Jourdain.
Je suis repu de marche, de sons, d’odeurs, d’urbanités, mais très heureux de cette journée tissées au fil des pas, des rencontres, des discussions, de tout ce que j’aime en fait.
Entre ces deux circuits, côté Buttes-Chaumont ou côté Belleville, mon cœur, et mon oreille balancent, rien ne me semblant faire pencher mon choix vers l’un ou l’autre, si ce n’est vers un mixage des deux. La nuit étant sensée porter conseil, j’attendrai demain, j’écouterai sur l’instant, et l’oreille choisira son versant.
Jour J, en amont du PAS, une sympathique discussion avec Clément Lebrun, instigateur du « Cri du Patchwork », émission musicale et sonore fourmillante, très ouverte sur moult pratiques, expériences, esthétiques, sur les ondes de France Musique.
Là encore, nous discutons de choses et d’autres, surtout sono-musicales, d’expériences, de connaissances communes, de projets, et bien sûr de la trame de l’émission que nous allons bientôt enregistrer.
Comme prévu, après avoir rejoint l’équipe d’enregistrement, nous commençons à l’intérieur de l’église, où le premier aléa sonore ne tarde pas à venir contrarier nos plans.
Une dame passe un bruyant aspirateur dans le chœur de l’église. Le vrombissement de son engin avaleur de poussière aspire également toute les micro sonorités réverbérantes de l’architecture. Néanmoins, sérendipité oblige, le réalisateur et le preneur de son décident de capturer cette ambiance pour une future émission, tout n’est pas perdu !
D’ailleurs, la dame à l’aspirateur nous concède très gentiment un instant-espace de silence (celui de son engin), qui nous permet de débuter comme prévu l’émission. Les portes – sas de l’église franchies vers l’extérieur, nous passons sans transition d’un cocon feutré, filtrant la bruyante urbanité, à un flot de décibels qui nous bouscule sans ménagement – effet saisissant !
De belles voix attirent mon écoute vers la droite. Nous nous engouffrons donc à leur poursuite, dans une ruelle longeant l’église. Le choix s’est donc opéré tout naturellement à l’oreille, et il nous guidera ainsi, de sonorités en sonorités, vers les Buttes-Chaumont.
Toujours cet effet apaisant de decrescendo.
Des travaux perturbent joliment notre marche, se jouant des réverbérations minérales alentour.
Une entrée de garage, vers une cour intérieure, nous permet, via un portail donnant sur la rue, de nous construire un cadre de vue et d’écoute, avec en fond, un doux ronronnement de ventilation, venant se superposer , colorer, comme un filtre acoustique, l’ambiance sonore. Situation d’écoute à la fois cadrée et décalée que j’affectionne beaucoup.
Nous alternons marche et Points d’ouïe – arrêts sur sons, ponctués de dialogues sur ce qui se passe entre nos deux oreilles, la façon désartsonnante de le faire vivre, de l’expliquer, ou non, de réagir aux événements, de tenter d’embarquer les futurs auditeurs dans nos PAS, tout en pointant les aménités comme les dysfonctionnements paysagers, écologie sonore oblige.
Une nouvelle belle séquence où, par les portes de différentes petites échoppes ouvertes sur la rue, il fait très beau, de multiples voix aux consonances africaines s’échappent vers l’extérieur – nous somme sur des lisières,  dans un paysage sonore dedans/dehors, privé/public.
Nous arrivons à l’entrée du parc des Buttes-Chaumont où, nouvelle scène imprévue, se déroule un concours de pétanque. Des chocs métalliques rythmiques, roulements, tintements, claquements des boules, voix animées, tout y est ! Le preneur de son, s’étant positionné à l’intérieur même du jeu, voit un cochonnet arriver malencontreusement dans ses pieds. S’ensuit une vive mais sympathique discussion pour savoir si notre technicien, impliqué malgré lui dans la causerie boulistique, a ou non perturbé le cours du jeu, empêchant le cochonnet de « casser ». Pour la petite histoire, il s’avérera au final que non. C’est une heureuse séquence dont il faut savoir profiter au débotté, un de ces plaisirs de l’instant saisi sur le vif, un charme d’une balade où l’improvisation est de rigueur pour garder la surprise intacte et la poésie des lieux vivifiante.
A l’intérieur du parc, plus de taïchi aujourd’hui, mais un calme retrouvé, des joggeurs faisant crisser les graviers et haletant en rythme, des oiseaux, toujours,  des voix spatialisées autour d’une buvette dominant Paris, une belle scène acoustique tout en finesse et en équilibre, un espace idéal pour mettre un terme à ce PAS, riche expérience d’écoute partagée bellevilloise. Cela me donne plus que jamais l’envie de refaire ce genre de repérages collectifs et balades en groupe, explorant de nouveaux quartiers parisiens, ou d’ailleurs. En quelques journées conjointes, mes PAS m’ont fait découvrir de petites villes nichées au cœur de bocages Mayennais puis, sans transition, l’espace plutôt hyper urbain des hauts de Belleville Parisiens.
Toute la richesse de ces expériences auriculaires, géophysiques et humaines dans un temps très resserré.
Mon oreille a finalement la chance de ne jamais s’ennuyer et, par extension, le promeneur écoutant que je suis.
Reste maintenant à attendre de découvrir, sur les ondes de France-Musique, le résultat enregistré de notre périple audio-piétonnier, et qui sera je pense, une autre nouvelle vision/audition, une réécriture radiophonique donnant à entendre quelque chose d’encore bien différents des expériences in situ.  Mais c’est là me semble t-il, que réside la magie des Points d’ouïe, Des Parcours Audio Sensibles, de leurs écritures multiples, et des ressentis, aussi partagés que personnels.

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PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLES EN MAYENNE

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Invité par le réseau de lecture public de la Communauté de communes de Lernée, en Mayenne, territoire tapis entre les Pays de Loire, la Bretagne et la Normandie, Desartsonnants découvre de l’oreille, et par d’autres sens, cette belle campagne jalonnée de verts bocages. Deux parcours d’écoute sont inscrits au programme, l’un à Montenay, l’autre à Saint Pierre des Landes.
Comme de coutume, une journée est consacrée à un repérage préalable, pour que l’aventure sonore ne soit pas trop… aventureuse.
Pour ces deux repérages, des habitant(e)s ont été sollicités pour me guider dans les deux petites villes, et me faire profiter de leur connaissance des lieux, entre descriptions, coups de cœur et anecdotes croustillantes autour de la vie locale.
Le premier repérage est accompagné par un résident de longue date de la petite bourgade, qui en a d’ailleurs été élu, et même Monsieur le maire, et connait comme sa poche les lieux et leurs petites et grandes histoires. De l’église aux logements HQE en passant par le plan d’eau, notre guide se révèle intarissable, amoureux de ce coin de terre mayennaise qu’il décrit avec moult éclairs de malice dans le regard et une verve communicative. On écoute, on imagine, on entre dans la vie du terroir, on s’immerge dans une histoire qui se construit sans cesse, tout cela avec un réel bonheur.
Départ de l’église, sa belle acoustique, sa riche histoire, un parc où j’installe quelques sons de forêt décalés, un sentier qui descend vers un plan d’eau, un remarquable écho qui rebondit sur les premières bâtisses du village qui nous domine… Mais aussi, le jour du repérage, une cohorte d’énormes tracteurs qui œuvrent à l’ensilage du maïs, saison oblige, leurs imposantes remorques métalliques dévalant la rue principale dans un déferlement de cliquetis métalliques. Non, la campagne n’est pas toujours ce que l’on croit, acoustiquement parlant !
Fort heureusement, le lendemain, jour du PAS officiel, le plus gros de l’ouvrage semble être achevé, et notre coin de campagne a retrouvé un fond sonore plus apaisé, pour le plus grand plaisir de nos oreilles.
Le parcours public est véritablement inter-générationnel, de jeunes enfants, des parents, des personnes d’un club du troisième âge, chacun à sa façon s’appropriant personnellement l’espace sonore, l’espace tout court, tout en entretenant des relations croisées riches et chaleureuses. Du parcours repéré préalablement, nous n’en feront qu’une petite moitié, les résonances de l’église, les bruissements d’un énorme tas de gravier, et l’auscultation des feuilles et des pierres à l’aide de longue-ouïes et de stéthoscopes ayant imprimé à notre marche un rythme positivement très lent. Il faut savoir profiter des choses sans brusquer ni oreille, ni le corps, ni l’esprit d’une douce déambulation.

Petite parenthèse, le repérage nous amène à faire connaissance avec une figure emblématique des lieux, Philippe, le patron d’un café concert local. Or il se trouve que cet ultra passionné et féru connaisseur de musique rock a accueilli, dans son bar, au cœur d’une petite ville de quelques mille habitants, des groupes tels ACDC, Trust, et j’en passe et non des moindres ! Une rencontre toutes en sons de guitares enflammées, illustrée de vidéos live, tournées dans l’espace de ces incroyables raouts cent pour cent rock.

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Le deuxième parcours a également été guidé par deux personnes du cru, avec le même enthousiasme, qui fait que ces repérages pré-PAS sont pour moi tout aussi importants que ce qui se jouera en public. Ils font vraiment parti de ces échanges relationnels, soudés par l’écoute des lieux, la déambulation, et favorisant tous ces affleurements sociaux, historiques, humains qui remontent naturellement en surface au gré des balades.
Le parcours réunit une quinzaine de jeunes enfants de maternelle et de primaire, des adultes, des personnes engagées dans de fortes actions culturelles locales, toujours donc de l’inter-générationnel, qui semble privilégié dans des approches culturelles et territoriales très rurales. A noter au passage la belle programmation culturelle* qui irrigue, de façon très itinérante, territoire oblige, ces espaces campagnards, et qui devraient à coup sûr, rendre jaloux des parcelles de départements que je connais bien, notamment ceux où je suis né, situés également en zone rurale, et finalement assez, voire très pauvres culturellement. Parenthèse refermée !
Revenons à Saint Pierre des Landes. Ici, on commence par ausculter un ensemble statuaire contemporain, en métal, et l’exploration se dissémine très vite autour, dans les arbres, sous nos pieds foulant différents sols…
L’église s’impose ensuite, en chahutant ses réverbérations de chants de flute, de corne, et de voix se jouant de l’espace. Petits et grands sont plongés dans un bain sonore qui nous réunit comme une pièce composite d’un objet d’écoute vivant, sans qu’il ne soit besoin d’expliciter quoique ce soit, juste en le proposant, en le vivant.
Dans ce deuxième parcours, nous finiront également par un étang où, dans de miroitants clapotis, s’ébroue tout au bout du chemin, un ruisseau à fleur d’oreille, et à qui les grands saules et peupliers qui le bordent répondent en chuintant dans la caresse du vent.
Ici s’achève, tout en restant fortement gravée en moi, une parenthèse rurale que j’ai beaucoup appréciée, tant par la qualité des paysages (y compris sonores) que par celle de l’accueil et des échanges.

Demain, je poserai pieds et oreilles en plein cœur du bouillonnant quartier de Belleville, à Paris, une façon comme une autre de faire en sorte que l’oreille reste aux éveillée, chahutée, constamment surprise !

* http://www.cc-lernee.fr/culture_la-saison-culturelle.phtml

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L’écoute manifeste !

L’écoute est un bien commun !

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Depuis 1986, époque où une série de rencontres ont ouvert les oreilles du jeune musicien et horticulteur paysagiste que j’étais  sur l’environnement, le paysage, des choses ont changé, avancé, évolué, d’autres non.
Certains domaines, pratiques, ont reconnu, plus ou moins, la nécessité d’intégrer la chose sonore dans  des actions de sensibilisation, voire, mais encore très rarement, dans des projets d’aménagement du territoire. Je ne parle pas ici des études qui incluent des cartes de bruits, des impacts mesurés essentiellement en terme de volume sonométrique, quantitatifs, des mesures législatives et réglementations diverses qui, si elles sont absolument nécessaires, ne suffisent pas pour autant à a offrir une lecture et un panel d’actions réellement pertinentes.
Certes me répond t-on souvent, le côté esthétique et l’approche sensible sont aussi convoquées. Pourtant, lorsque je rencontres des ingénieurs, techniciens, étudiants, élus, et des habitants de grandes métropoles comme de communes rurales, je me rends bien vite compte à quel point l’environnement, le paysage sonore, au-delà de quelques poncifs, restent de grands inconnus. La majorité des personnes rencontrées ne raisonnent qu’en considérant le son comme source de bruit, pollution, gène, ce qui peut d’ailleurs s’expliquer face à des aménagements parfois radicaux de grandes cités, le développement de couloirs aériens pour le moins intrusifs, la voiture reine… Néanmoins, lorsque l’on promène ses oreilles ici ou là, et que de surcroit on emmène avec soi d’autres paires d’oreilles, lorsqu’on établit de nouvelles règles du jeu, ou de nouveaux modes de jeu, que le dialogue collectif nous permet de laisser de côté des a priori réducteurs, les choses changent. On peut alors envisager nos rapports au paysage sonore sous des aspects plus positifs, et surtout plus ouverts, découvrir des aménités paysagères par l’écoute, s’apercevoir qu’il existe de véritables oasis acoustiques en plein cœur des cités, une diversité sonore beaucoup plus grande qu’on aurait pu l’imaginer de prime abord, des zones de calmes à préserver, à protéger, d’autres restant à construire…
Je déplore souvent que la sensibilisation aux « bruits » ne dépasse guère le stade de l’animation où il s’agira de reconnaître et de nommer les sources sonores écoutées. Bien sûr, je caricature un brin, quoi que… Nous manquons bien souvent d’outils, mais surtout d’imagination, et sans doute du plaisir de faire, et de l’envie de se faire plaisir, et de faire plaisir ! Il faut entrer amoureusement, avec délice, jubilation, dans les arcanes sonores d’un lieu pour entreprendre ensuite des scénarii qui seront vraiment pertinents, en adéquation avec les espaces. On ne peut pas transposer d’un quartier à un autre, de villages en villages, de forêts en forêts, des recettes toutes faites, ne serait-ce qu’une simple balade sonore. Il faut commencer par donner l’envie et le plaisir d’écouter, en se détachant autant que faire ce peut d’un catastrophisme sonore permanent. Rechercher les aménités, c’est déjà considérer qu’il puisse y en avoir, quelque soit le lieu appréhendé, même s’il faut les traquer dans de micros écoutes, des espaces surprenants, des parcours décalés. J’ai appris, à force d’écoutes, d’errances, de repérages, à trouver assez vite  l’oasis (sonore) que cache tout désert, pour reprendre une pensée de Saint-Exupéry. Je réfléchis  beaucoup aujourd’hui, à la façon de transmettre ces joies de traquer de belles ambiances sonores, fussent-elles éphémères et parfois cachées. Je pense que cette quête du plaisir, voire du bonheur d’entendre, de s’entendre avec, est une clé pour ouvrir des approches plus intelligentes, variées, entreprenantes sur l’idée d’un paysage sonore qui pourrait aussi se penser en amont, et non pas tenter de se soigner lorsque le chaos s’installe, et pire encore, est déjà installé entre les deux oreilles.
Le partage d’écoute, au-delà d’un simple exercice pédagogique, est au centre du projet. La relation instaurée entre un groupe de promeneurs écoutants doit être forte, l’expérience vécue intense, quitte à bousculer le train-train d’une l’oreille assoupie, voir refermée, sclérosée par le ronronnement ambiant. Il nous faut savoir plonger dans ce ronronnement pour en découvrir, au-delà d’une apparente uniformité, mille richesses intrinsèques, comme lorsque la loupe vient nous révéler l’extraordinaire complexité, et beauté, d’une simple roche, feuille d’arbre, ou sillons d’une main. C’est avec ce regard/écoute aiguisé, excité, que nous devons nous défaire de jugements par trop approximatifs, ou excessifs. Pour cela, chaque lieu, chaque moment, chaque groupe doivent être envisagés comme une nouvelle expérience, qui nous conduira à rechercher des postures physiques et intellectuelles des plus stimulantes, ouvertes vers l’espace acoustique, mais  aussi vers l’homo-écoutant.
Dés lors, le rapport que l’on pourra avoir avec l’aménageur, l’architecte, le paysagiste, l’urbaniste, l’écologue, le chercheur, l’enseignant, le promeneur, sera sans doute plus riche, plus dynamique, et plus fécond.
Envisager des écosystèmes acoustiques comme des espaces certes fragiles, comme tout écosystème du reste, sous des angles esthétiques, avec une recherche de la « belle écoute », comme des espaces publics où l’oreille a aussi son mot à dire, est un défi à relever, pour moi, au quotidien. Considérer que le son puisse être un véritable patrimoine à gérer, à transmettre, que le son d’uns cloche ne se mesure pas seulement en décibels, mais aussi en terme de phare auditif qualitatif, qui vient lutter contre l’uniformisation de la ville-voitures, que l’implantation d’une fontaine doit être réfléchie en terme de puissance sonore pour ne pas écraser acoustiquement une place, tout cela ne s’impose pas vraiment comme des réflexions et réflexes naturels.
Le fait de reposer une oreille neuve, curieuse, aventureuse, réjouie, de consigner ses écoutes, d’échanger, d’expérimenter mille parcours et postures ad hoc en fonction des lieux, de concevoir des conditions d’écoutes inouïes, même très modestement, et peut-être surtout très modestement, en se contentant de décaler le quotidien, est un programme des plus passionnants, et qui plus est bien loin d’être achevé. Avant tout, même si nous vivons dans un monde qui semble s’emballer, pour le meilleur et pour le pire, il faut faire en sorte que la joie demeure, celle d’écouter, qu’elle se partage, qu’elle nous questionne, qu’elle nous pousse à réagir, à agir, qu’elle nous procure des espaces de bien-être pour affronter de multiples tensions, en faisant d’ailleurs en sorte que l’espace sonore soit plus une musique collective qu’une tension supplémentaire.

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AUDIO SALINA

Lorsque la Saline Royale d’Arc-et-Senans s’éveille

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En marge d’une rencontre et de la poursuite d’un projet autour de l’installation sonore « Les échos de la saline »
7H30, le jour achève paresseusement de se lever, dans une belle lumière diaphane, oscillant entre bleu et blanc, jouant avec les façades de la saline qui s’ébroue de lumières.
Cette douce et fraîche ambiance célèbre à sa façon le premier jour d’automne.
Je suis assis sur un banc, sous de vénérables marronniers rougissants, respirant et aspirant la chaleur et les sons encore fragiles de ce majestueux enclos.
L’herbe est encore toute blanchie de rosée, se séchant au jour naissant.
De grandes envolées bavardes, dévalant d’un toit pendu, traversent à grands cris effarouchés la pelouse centrale pour se poser sur le toit opposé.
C’est un incessant ballet de choucas gueulards, décollant dans des bruissements d’ailes frottées, comme des tissus feutrés et sonores, fait entendre des appels de masses qui résonnent dans la quasi absence de bruits matinaux.
Des passereaux, eux aussi réveillés, se font entendre ici et là, à l’orée des jardins, beaucoup plus discrètement.
Deux sèches détonations claquent et résonnent dans la forêt voisine, des chasseurs déjà à pied d’œuvre.
Des premières portes et volets qui s’entrouvrent, claquent, grincent, et des voix encore timides et parsemées, comme engourdies, le site sort progressivement de sa quiète torpeur.
Les voix et les pas crissants se font petit à petit de plus en plus nombreux, égaillant et animant le site, alors que la lumière s’affirme sur les façades de pierres formant un hémicycle rigoureux.
Un camion s’infiltre entre les bâtiments, secouant sans ménagement les restes de tranquillité ambiante.
Suivi d’un tracteur ratissant dans de bruyants allers-et-retours les allées sablées, un brin (trop) imposant pour moi, après le progressif crescendo sonore dans lequel je viens de m’immerger.
Il est temps je pense, de couper les micros et de mettre l’écoute en veille.
Néanmoins, cette Saline dans laquelle je suis régulièrement revenu ces temps-ci, ne m’a pas tout livré de ses sons, tant s’en faut. Elle m’invite de la sorte à revenir. Elle me convie à guetter de nouveau, au lever du jour, ou à nuit tombée, ses secrets auriculaires, ses paysages sonores intimes qui parfois s’ébrouent de murs en murs, d’échos en échos, d’arbres en arbres… Audio Salina.

PS : J’ai effectué à ce moment là un enregistrement audio qui, au final, était si peu représentatif, si décevant, qu’après l’avoir écouté, je l’ai effacé dans la foulée pour ne garder que l’écrit.

Texte écrit suite à un banc d’écoute le jeudi 22 septembre à 07H30, à la Saline Royale d’Arc-et-Senans (25)

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POINTS D’OUÏE ET DOUCES RÉSISTANCES

POINTS D’OUÏE ET DOUCES RÉSISTANCES

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La résistance à une vitesse croissante, écoute et marche au ralenti
L’accélération comme un mode de vie n’es pas chose naturelle, ni souhaitable, et encore moins supportable. C’est une contrainte aliénante, regard fixé aux aiguilles d’une horloge, pied au plancher, fuite en avant, sans plus voir ni entendre ni paysage, ni congénères, ni paroles,ni conviction.
Lever le pied, façon marche qui semble perdre son temps et gagne celui de l’écoute, qui s’offre le luxe de décélérer, de ralentir, envers et contre tout, ce qui devient sereinement vital.

La résistance d’un paysage qui n’est plus (que) visuel
Et si l’oreille a droit de citer, de cité, ou ailleurs… Un paysage bâti sur des fragments sonores. Des fragrances vibratiles qui s’étirent jusqu’au creux du colimaçon, réceptacle où se distillent des espaces à ouïr, en toute auricularité, si surprenante soient les paysages.

La résistance de sons décalés, décontextualisés/recontexcontualisés
Transporter ici ce  qui devrait, ou pourrait être là, ailleurs, un bruissement de mer au cœur de la cité, par exemple… Et inversement… Ou plus surprenant… Un jeu de l’ouïe auquel peut s’adonner celui qui sait cueillir, conserver, déplacer, triturer, restituer, des formes éphémères de bouquets  sonores. De l’indigène à l’exogène, une certaine artificialité – constance paysagère en fait, un jeu de construction incontournable. J’extraie, je déplace, je force un peu l’espace, je fabrique de l’existant, qui avant n’existait pas, et très vite disparaîtra, pour un autre excitant, tout aussi fugace, vers une écoute sur mesure, je fabrique…

La résistance d’occuper l’espace public « sauvagement »
S’installer là où je veux, à l’instant que j’ai choisi, en optant pour telle ou telle écoute, posture – solitaire ou collective – pour tel ou tel geste, silencieux ou  non, hackeur respectueux d’espaces auriculaires à déflorer… Occuper un point d’ouïe, que l’on vient tout juste de décréter comme tel, lui donner une consistance du simple fait de le reconnaître ainsi, sans autre préavis – avec en bonus l’offrande vers de multiples oreilles tendues, qui pourront l’accepter, sans même le savoir, sans même s’en apercevoir !

La résistance du rêve et de la douceur, de l’aménité contre une violence latente
J’aspire aussi, par mes oreilles incluses, complices si possible, à un apaisement decrescendo, un fondu au son tranquille, un presque glissement vers un silence non oppressant, une calme dérive au pas à pas, des points d’écoute écoute tout en douceur, celle-ci fût-elle utopique –  oasis sonore où se ressourcer, se rafraîchir, réconcilier l’oreille parfois trop molestée dans un monde tourmenté… Quitte à convoquer l’utopie jusqu’au creux de l’oreille.

La résistance d’une géographie revisitée par l’oreille
Des terrains sonores résolument hétérotopiques – géographies soniques encore in-cartographiées, terrains vierges à imaginer au gré d’océans sonores, d’iles et de langues de terre matrices de chemins sonores in-foulés – dans l’idéal une géographie auriculaire de non-lieux, ou une exploration géomatique via moult cartographies sonores à dessiner en voyageant de l’oreille…

La résistance du non spectaculaire, et la trivialité en exergue
Pour fuir le tape-à-l’œil en même temps que le tape-à -l’oreille – Pour se rabibocher avec son quotidien, ne pas forcément chercher plus loin, trop loin,  toutes les richesses à portée de main, à portée d’oreilles – pour rester accessible à nombre d’écouteurs potentiels que le trop clinquant, ou le trop hermétique repousserait, sans toutefois tomber dans une populiste facilité – il nous faut résister à l’excès du spectaculaire auriculaire sur-affiché.

La résistance du relationnel du faire ensemble dans l’espace public
Pour ne pas faire, terriblement, seul, pour envisager l’altérité comme un salutaire échappatoire  à l’écoute individualiste, pour prôner le partage en valeur incontournable, l’oreille solidaire plutôt que solitaire – pour marcher en croisant les regards et les écoutes en confrontant nos émotions qui naitraient de la musique du vent, des machines et des voix, du monde.