PAS – Parcours Audio sensible, à la recherche de l’ordinaire extraordinaire

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Il y a quelques jours, nous avons emmené, avec Nomade Land, au cours de plusieurs PAS de jeunes étudiants en première année de BTS.
Les professeurs me dirent en préambule que ces promenades s’inscrivent dans un projet qui s’amorce autour de « l’extraordinaire ».
Vaste sujet s’il en est.
Donc je me demande logiquement en quoi mes PAS sont extraordinaires, ou si je dois pour l’occasion les rendre moins ordinaires, donc un peu plus extra-ordinaires.
Mais aussi qu’est-ce que, pour moi, promeneur écoutant, l’extraordinaire ?
Simple réponse, voire simpliste réponse, c’est sans doute ce qui sort de l’ordinaire.
Bien et alors, la marche est un acte somme toute ordinaire.
Écouter est un geste également ordinaire, sauf pour, comme aurait dit Brassens.
Par contre, écouter en marchant, ou marcher en écoutant, devient quelque chose de moins… habituel, donc d’un peu plus extra-ordinaire.
Si l’on ajoute le fait de faire cela en groupe.
Et qui plus est en silence.
Et sur une durée qui peut être parfois bien plus importante que les 3 minutes formatées au standard des radio/télés/chansons, alors là…
Nous tenons peut-être un tout petit début d’extraordinaire, restant néanmoins à portée d’oreilles, au coin de la rue.
Cela reste , dirais-je, un extraordinaire assez ordinaire.
Alors il me faut creuser un peu plus.
Par exemple, aller écouter dans des lieux improbables.
Au pied d’un tunnel routier vouté, en pierre, assez ancien, très pentu, écoutants tapis dans un recoin sombre, en principe interdit au public piétonnier, pour pimenter l’affaire.
Au fond d’un jardin urbain bien caché, assez peu visité, surtout en ce jour glacial, avec la bise qui nous cingle les oreilles.
Dans une cour étroite, reculée, planquée derrière des portes de bois apparemment closes…
L’attention est alors mobilisée ici par l’insolite des situations.
Allons plus loin, si vous demandez à chacun de tourner le dos à la rue, dans le tunnel par exemple, les sons nous submergent, parfois violemment, par surprise.
Si vous faites la même chose avec des lunettes aux verres floutés, ou dos à dos, ou assis sur des sièges pliants… Si vous recherchez des situations étranges, paradoxales, un peu « barrées » comme m’ont dit certains jeunes étudiants…
L’ordinaire se fait plus… moins ordinaire sans doute. Et cela sans pour autant chercher à l’expliquer, à le montrer, le démontrer, à convaincre les auditeurs, et même à se forcer à employer ce qualificatif (extraordinaire), à le placer à tout prix dans une belle phrase, pédagogiquement correcte.
De plus, il nous faut faire confiance aux caprices des sons. Et en l’occurrence, ils savent nous jouer bien des tours.
Je reviens à mon tunnel, une voiture aborde la longue et raide pente pavée – une ancienne voie de funiculaire au pied de la Croix-Rousse, les lyonnais la reconnaitront certainement- le tout à vive allure. Grondement subit, puis une longue trace de basse profonde qui s’éloigne dans une réverbération des plus spectaculaire. je vous assure, c’est vraiment l’effet ressenti.
Mieux encore, une moto monocylindre, type Harley Davidson, vous entendez ce que je veux dire, qui aborde le tunnel plein gaz, dans une puissante vague, une déferlante sonore incroyable. C’est fort, très fort, dans tous les sens du terme, mais c’est beau, c’est puissant, c’est extraordinaire, n’ayons pas peur ici des mots, ou du mot.
Plus loin, dans la cour intérieure précédemment citée, une impasse discrète, un trompettiste, jazzy, répète, déroule des phrases cuivrées, virtuoses, véloces. Un trompettiste qui a audiblement du métier, qui swingue d’enfer, et que l’on ne voit pas, acousmate jouant à l’intérieur d’un un atelier d’artiste vitré.
Plus loin encore, une placette en rond, avec des banderoles aux petits fanions de plastique colorés, façon fête foraine, ou kermesse, qui tissent des lignes striant l’espace au niveau des premiers étages, mais surtout, beaucoup de vent pour les agiter. Et ça bruisse et ça claque, et sa froisse incroyablement au dessus de nos têtes.
Tout ce que je vous dis là s’est véritablement passé dans les deux premières balades, rien n’est inventé, ni même un tant soit peu exagéré, rien que du vécu, à oreilles nues.
Sinon de petites mises en scène, quelques propositions décalées, des objets d’écoute, des micro installations éphémères dans les pots de fleurs d’une traboule… Et avec un peu de chance, qu’il faut savoir saisir néanmoins, on touche ici, sans grands moyens, à l’ extraordinaire. Certes pas celui du grand spectacle, quoique, mais un extraordinaire qui nous fait dire que jamais auparavant, on n’avait vécu cela. Et il bien normal que l’écoute d’un lieu soit comme la rivière, vue et entendue au prisme de la sagesse orientale, dans lit de laquelle il n’y coulera jamais deux fois les mêmes ondes.
Fort heureusement pour moi d’ailleurs, car sinon j’aurais abandonner depuis longtemps mes PAS, alors que je m’émerveille toujours de ce modeste et captivant extraordinaire, sans doute construit d’un nombre infini de situations sonores.
Ouf, j’ai l’impression d’avoir réussi ma mission. Le faire entendre, ce fameux extraordinaire, sans rien forcer, ou si peu.

Cliquez sur l’image pour visualiser l’album

PAS étudiants - Nomade Land

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