Une écoute apaisée, Sabugeiro opus 4

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Le 16 juillet, Sabugueiro, Serra da Estrela, Portugal.

Il est parfois bon de s’isoler dans une forme de résidence où, dans un petit village de montagne, dont on ne comprend ni ne parle la langues des habitants, on se retranche dans une forme de douce solitude, somme toute très inhabituelle, pour moi en tous cas.
Peu de gens croisés en journée, peu d paroles échangées, mais beaucoup d’instant d’écoute profonde, Deep Listing, disait Pauline Oliveros.

On se lave ainsi, en partie, du surplus d’agitation urbaine, qui nous entraine parfois, à nos corps défendant, dans un tumulte remuant que Montaigne en son temps qualifiait déjà de grande branloire du Monde.

L’écoute nous relie sans doute plus profondément, dans des havres de paix à un Monde plus apaisé, dans une sorte de contemplation, de médiation sur une toile de fond sonore tout en douceur.
L’œil et le regard font de lents va-et-vient, balanciers horizontaux, du sommet des montagnes aux blocs basaltiques chaotiques, aux arbres calcinés, vers le creux du vallon verdoyant, avec sa rivière vivifiante, blottie dans un creux discret repli du paysage.

Je m’offre ici, tout en travaillant sur l’écoute, les parcours auriculaires, la prise de son et le montage de paysages sonores, le carnet de notes et les écritures multiples, une retraite loin de la fureur du monde. J’ignore pour un temps les actualités, les informations déprimantes, les drames et le catastrophisme ambiants, distillés par des médias vitupérant, exacerbant des violences latentes dont ils se repaissent insatiables, voracement.
Il n’est pourtant pas question de fuir les réalités d’une société au rythme par trop emballé, dans sa course folle, mais de ménager une pause temporairement plus sereine. De profiter de cet oasis sensoriel qui détend peu à peu les tensions et les nœuds qui bien souvent nous oppressent.

Les oiseaux et les voix, les sonorités les plus insignifiantes a priori, reprennent ici une place dont j’avais presque oublié les dimensions intimes possibles. Je me revois à 10 ans, dans le petit village de moyenne montagne de mes grands-parents, oncles et tantes, où le paysage sonore restait à une place mesurée, où la vie ne s’écoulait pas de façon si trépidante, même avec les saisons parfois rudes qui guidaient les travaux agricoles selon les urgences de l’instant.

Ici, la cloche rythme la vie, annonce la fin de soirée, accompagne l’obscurité grandissante qui noie progressivement la place et le banc sur lequel je me délecte de cet instant paisible. Un bain sonore sans gros à-coups, qui s’étire en ne brusquant rien, ou si peu, bien au contraire, en invitant à une quiète déprise, à une somnolente rêverie.
Des instants que mon magnétophone peinerait tant à saisir, à rendre, que les mots prennent naturellement le relai.

Au moment-même où j’écris ces lignes, un petit troupeau de chèvres égraine les tintinnabulements cristallins de leurs sonnailles. elles passent presque tous les jours, traversant la route, guidées par leur berger, faisant écho à la cloche de l’église, autre marqueur spatio-temporel rassurant dans sa ténacité à scander le temps qui passe.

J’ai peu à peu l’impression de me fondre un peu plus chaque jour dans le paysage. les commerçants et les passants me saluent d’un Ola souriant, souvent sur mon banc/bureau QGEE (Quartier Général d’Écoute Extérieure). Les chiens, qui au début m’évitaient, passaient au loin me jetant des regards suspicieux, viennent maintenant quémander des caresses, avant que de repartir d’un pas lent, adapté me semble t-il au rythme du village.

Je vis un véritable ralentissement qui, en marchant sur les chemins caillouteux ou en arpentant les ruelles pavées de granit, me transporte vers d’agréables solitudes, dans lesquelles Thoreau et Rousseau se seraient sans doute complus.

Le retour à la ville sera certainement une autre cassure, un emballement dans un mouvement contraire, a priori contre-nature. Et pourtant, je l’aime aussi, cette ville, avec et malgré tous ses excès.

 

Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

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Cartes des sons, Sabugueiro à première ouïe

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Une géographie sonore à construire, nomade, incertaine, racontée et fabriquée.
Arrivée in situ, pays inconnu, ou très peu. Je parle évidemment de mon expérience propre.
Prenons par exemple le Portugal.
Et même une région précise.
La Serra da Estrela.
Des montages, pas très élevées, mais bien montagnes quand même.
Des sommets arides, pierreux, un brin chaotiques, mais beaux, oui vraiment.
Des sommets ravagés, tondus par le feu vorace de récents incendies tout aussi voraces.
Un petit village pentu, niché en creux de montagne. Sabugueiro pour le nommer
Le plus haut du Portugal, pour lui donner une singularité géographique, entre 1000 et 2000 mètres d’altitude (Ile des Acores non comprise).

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J’y arrive un chaud après-midi.
Je m’y installe pour deux semaines.
Pour arpenter son paysage, sonore surtout, mais aussi ses paysages, dans toutes leurs diversités.
Pour en capter des bribes, et des ressentis, des ambiances et des singularités, ou non.
Peu de voitures, un petit oasis.
Première petite déambulation en fin d’après-midi.
Quelques points retiennent d’emblée mon attention, des « classiques ».
Une cloche sur un campanile à ciel ouvert, dotant une petite église de belles pierres grises, comme tout le centre historique du village, d’un chant un brin enroué.
Une fontaine qui glougloute joliment.
Une source entendue en contrebas.
Je n’approche rien de tout cela, gardant impression globale à creuser par la suite, détails à faire sourdre, microscopie sonore à zoommer.
Chaque chose en son temps.

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Un bar, au bas du village, avec terrasse ombragée et des clients locaux.
Premier point d’écoute, discrète.
Les hommes sont halés, colorés d’un soleil que l’on sent bien présent, sinon plus.
Ils parlent à voix fortes, avec des intonations qui ne sont pas sans me rappeler, toutes proportions gardées, celles que j’ai trouvées il y a peu le long de la côte Balte Russe.
De belles intonations, généreuses, un registre étendu, une dynamique gouailleuse, qui fait parfois passer, pour l’écoutant novice que je suis ici, une simple conversation pour une violente altercation.
Des rires tonitruants, enjoués, de multiples rires.
Encore une musique des lieux pour le non comprenant, linguistiquement parlant,que je suis également.
Une piste pour creuser mon projet « Prendre langue », ou comment faire paysage sonore des langues, accents, dialectes, du cru ou non.
Une première approche prometteuse pour lire et écrire, du pied et de l’oreille, du magnétophone et du crayon, un paysage sonore façon Desartsonnants.
A suivre…

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

Point d’ouïe, au Crest de l’oreille

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Crest est une petite ville Drômoise, le tout début du Sud comme on dit parfois dans notre région, surveillée de haut par une imposante tour médiévale, donjon imposant protégeant la cité, la vallée et les Préalpes provençales.
Crest est, dans son centre historique, architecturé en entrelacs de minuscules ruelles pavées, de passages couverts, d’escaliers pentus, accrochés à une raide colline. Bref un beau terrain d’écoute comme vous pouvez l’imaginer.
La cité est bordée par la Drôme, rivière que l’on imagine capricieuse au gré des saisons, des fontes de neige des plateaux du Vercors, aux vues de son lit caillouteux et torturé. Elle longe Crest sans vraiment intégrer la bourgade, séparée du centre par une route très circulante longeant la vallée. Ce cours d’eau reste néanmoins un lieu de promenade très fréquenté que je ne manquerai pas d’explorer.

Rhizome, c’est la structure d’une amie qui m’invite et m’accueille. Une jardinerie urbaine « …qui s’invente autour du végétal dans tous ses états et ses dérives… », nouvellement installée à Usine vivante, sympathique tiers-lieu local.
Un rhizome est une racine nourricière souterraine qui assure le développement le développement, en mode horizontal, de certaines plantes vivaces, en participant au décompactage des sols et à leur enrichissement en matière organique. C’est donc un système racinaire à tout point de vue enrichissant, même si, dans ses excès de fertilité, il favorise le développement parfois invasif de certaines espèces.
Le philosophe Michel Foucault à bâti sa « théorie du rhizome » comme un système, une structure évoluant en permanence, dans toutes les directions horizontales, et dénuée de niveaux. Elle vise notamment à s’opposer à la hiérarchie pyramidal « classique ». On comprend parfaitement ici les références métaphoriques à une pensée politique, sociale, au développement vivace, et qui surtout prône une horizontalité qui lutterait contre les pouvoirs trop pyramidaux, trop inégalitaires donc.

Quand à moi, j’aime à penser ici à une écoute rhizomatique, une arborescence auditive se ramifiant, parfois un brin sauvagement, étendant ses oreilles dans la cité, au bord de l’eau, dans les collines voisines, vers les gens, pour à la fois s’enrichir de ces terreaux sonores, et à la fois tenter d’y amener une écoute nourricière, où la bonne entente s’inspirerait du végétal dans une symbiose fertile.

D’ailleurs en parlant de rhizome/réseaux, mon hôte me fera rencontrer de nombreuses et sympathiques personnes, artistes, jardiniers, fablabteurs, commerçants, et autres engagés dans des associations et tiers-lieux. Prendre le pouls d’une ville, c’est aussi écouter les personnes qui y vivent et animent les lieux.

Il y a d’ailleurs un Crest intime. Celui du centre ville notamment. Un Crest très minéral, pavé de galets et enserré de murs imposants, resserrés sur eux-mêmes. Une tranche de ville un brin secrète, parfois tracée de longues rue droites, parfois, en faisant des pas de côté, sillonnée de rues capricieuses, avec des coudes et des détours surprenants. Villes idéale à la pratique de dérives, pour reprendre un mot cher à « Rhizome ». Cette espace là, arpenté de long en large et en travers, pour ne pas dire parfois en hauteur, donnera lieu à une première PAS – Parcours Audio Sensible, centré sur la ville intime et minérale. Intime certes, mais pas toujours si sage qu’elle en à l’air de prime abord. Parfois même loin de la vision un brin fantasmée, vue de l’extérieure, avec son soleil, ses richesses architecturales, ses multiples artistes et activistes… Si cette vision n’est pas complètement erronée, une semaine d’arpentage, oreilles tendues, vient écorner l’image de ce petit paradis, en grattant la surface pour regarder et écouter la ville de plus près. On y découvre aussi ses misères sociales, ses violences même, ces réseaux où circulent beaucoup de « produits » pour le moins stupéfiants. Je ne voudrais pas ici noircir le tableau, mais juste le rendre plus proche d’une réalité qui peut très vite nous échapper lorsqu’on traverse cette petite bourgade, pouvant se révéler moins quiète lorsqu’on l’arpente à l’envi.

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Le minéral creusera donc un premier cheminement, que nous explorerons publiquement en fin de semaine, entre chiens et loups. Départ de jour puis, progressivement, glissement vers une obscurité qui donnera un peu plus d’intimité à notre périple urbain. Ici, des voix, lointaines, proches, riantes, chantantes même, pour adoucir la vision plus négative évoquée auparavant. Au détour d’un passage improbable, entre deux « tunnels » de pierres, deux hommes ont dressé une table pour y prendre un apéro, et nous saluent avec bonhommie. Plus loin, une dame assise sur une placette déserte, en silence, entourée de chats. Ailleurs encore, des amis ont sorti leurs instruments pour égrener tout un répertoire de chansons Françaises. Nous les croiserons à différentes reprises, les écoutant dans différentes postures, dont une, en aveugle, très proches, sous un porche voisin. Bel effet acoustique, voire acousmatique (écouter sans voir les sources). Les voix, même fugaces, fantomatiques, mobiles, seront une trame sonore s’accrochant ou rebondissant sur des espaces minéraux, que feront résonner discrètement le bruit de nos pas à la lenteur assumée. Ces espaces/temps nocturnes favorisent une écoute renforcée par la connivence d’un riche silence partagé. Une bonne heure durant, il sera fort, presque tangible, comme un lien entre nos oreilles complices. Des moments que j’apprécie toujours à la leur juste valeur, celle notamment d’écoutants vivant une expérience sensible et avant tout humaine, sans autre artifice que nos corps-antennes exacerbés, dans le bon sens du terme.

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Deuxième exploration, elle aussi finalisée par un PAS collectif, diurne celui-ci, Crest entendu côté Drôme.
Nous partirons d’un jardin, le beau jardin pédagogique de Jean-Guy. Ce dernier s’active, plantoirs en main, sourire aux lèvres, à initier de jeunes jardiniers en herbe si je puis dire. Encore de la transmission, du rhizomatique, du végétal à portée de main et d’oreilles.
Après un petite mise en condition, de nos oreilles justement, nous nous ébranlons, toujours lentement, toujours en silence, sous un chaud soleil, vers un parc, première transition vers la rivière Drôme.
Un vent assez soutenu fait bruisser sur nos têtes les peupliers trembles (Populus tremula), les bien nommés , sous lesquels nous nous arrêterons pour profiter de leur doux frémissement. Mouvement subtile qui donne au vent une véritable concrétude auriculaire.
La traversée d’une aire de jeux pour jeunes enfants vient égayer le paysage de rires et de cris.
De points d’ouïe en point d’ouïe, nous gagnons les rives.
Les galets roulent et bruissent sous nous pas.
Des saules arbustifs nous guideront, traçant des cheminement erratiques, vers des passages longeant le cours d’eau. Eau omniprésente, acoustiquement, même si parfois on la perd de vue. Le bruit du vent à d’ailleurs, par une fondue progressive, céder la place au chuintement aquatique, courant dévalant, ou tout au moins s’y est joint au point de parfois ne plus savoir qui dit quoi.
Il y a là une belle collection de clapotis, chuintements, bruits blancs, et autres soupirs d’espaces où l’eau se fait plus étale. On s’essaie à différents jeux sonores, petites sonorités rapportées, oreilles dirigées du creux des mains en pavillons, auscultations et longue-ouïes…
Retour aux sources, celles de l’Usine qui nous accueille ce jours.

Après ces deux PAS, tellement différents, le silence rompu, les langues se délient.
Ce qui nous a interpellé, touché, questionné, surpris, charmé, dérangé, amusé… Cette bascule de l’expérience vécue vers sa verbalisation, pour ceux qui le souhaitent, rien n’est imposé, ni même proposé, se passe ce qui doit se passer, en réactions intuitives. Souvent, les écoutants expriment le désir de recommencer, de poursuivre, d’explorer plus avant les lieux de l’oreilles, de se construire de nouveaux territoires d’écoute… Et comme c’est justement l’un des but du jeu…

Je repartirai de Crest avec de nouveaux sons en tête, rhizomatiques, minéraux, végétaux, aquatiques, éoliens, humains, avec de nouveaux épisodes audiobaladologiques, des sons captés, des notes prises, personnes rencontrées, nouveaux récits donc.
Et déjà la tête dans les PAS qui arrivent, de Saint-Pétersbourg à Rabastens, dans le Tarn, puis dans la Sierra des Estrella, sur les hauteurs de Coïmbra.
Une carte postale sonore, en chantier, viendra illustrer, voire peut-être contredire ces premières impressions couchées sur la papier.

Un grand merci à Séverine de Rhizome et à Ludo son compagne, à l’Usine vivante et Radio Saint Féréol, de m’avoir invité et accueilli dans ces nouveaux PAS.

 

Album photos Rhizome – Crest centre nocturne : https://photos.app.goo.gl/fWjyHtKpmEskpiiM8

Album photos Rhizome – Crest Drôme diurne : https://photos.google.com/album/AF1QipP-pyqDt92pTdx2ml0YGU_3dFX8RjaTwrJbKFrj

 

 

En écoute

De la continuité dans les PAS

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Fin des années 80, tout début des années 90, lorsqu’ avec l’association ACIRENE, je commençais à marcher pour écouter le Haut-Jura, à repérer les lieux qui sonnent, partager ces écoutes paysagères avec nombres d’écoliers, d’enseignants, je ne me doutais pas que, trente ans plus tard, cette pratique serait plus que jamais au cœur de mon travail.

Depuis, j’ai testé moult chemins de par le monde, parcours, postures, objets, tout cela en centre ville comme en périphérie et en rase campagne, dans de modestes comme de monumentaux espaces.

J’ai rencontré et rencontre encore nombre de marcheurs activistes, écoutants, regardants, aménageurs, artistes ou écologistes, philosophes ou chercheurs de sacré, de spiritualité, de retour sur soi, de l’altérité, marcheurs prônant la revendication, ou la simple beauté du geste de mettre un pied devant l’autre.

J’ai confronté la vue et l’ouïe, voire tous les sens en alerte, en éveil, odeurs, matières, poids de mon propre corps, sensations kinesthésiques, pluri-sensorielles, parfois synesthésiques.

J’ai arpenté des territoires singuliers, seul ou accompagné, de jour comme de nuit, essayant d’en faire un récit, parfois à plusieurs voix, via les sons, les gestes, les mots, l’image, ou toute autre représentation selon les projets et rencontres.

J’ai lu des pages et des pages autour du paysage sonore, de l’écologie sonore, du soundwalking, balades écoutes, qui ont progressivement donné naissance à mes propres PAS – Parcours Audio Sensibles, les ont nourris, épaissit, assurés.

J’ai consulté et suivi nombre de travaux, expériences d’artistes activistes marcheurs, créateurs sonores de tous bords, et eu très souvent avec eux de riches échanges, souvent en mobilité.

J’ai organisé ou participé à l’organisation de petits ou plus grands événements sur ces sujets, ai encadré beaucoup de workshops, donné des conférences, participé à des rencontres, forums, journées de travail, dans de multiples lieux, institutions, espaces associatifs, culturels, souvent en plein air

J’ai accumulé et commencé de trier des milliers de pages, des adresses de sites, mémoires, thèses articles, cartographies…

J’ai enregistré des heures et des heures, retravaillant parfois ces collectages en créations sonores, radiophoniques, installations environnementales, concerts/performances live…

J’ai tenté de croiser des approches esthétiques, environnementales, sociales, des questions autour de l’urbanisme, l’architecture, l’aménagement urbain, l’espace public, l’écoute partagée

J’ai inauguré des points d’ouïe, raconté ou lu des histoires en marchant, donné la cadence et rythmé les déambulations sensibles, ses pauses, à nombre d’oreilles curieuses et souvent surprises.

J’ai cherché tant le dépaysement, les lisières, les décalages, les singularités, que des formes d’universalités, des communs partageables ici et là, avec un maximum de personnes, dans un langage je l’espère accessible au plus grand nombre, et parfois-même dans le plus profond silence !

Après avoir testé bien des technologies, processus, dispositifs, plus ou moins hi-tech, je suis revenu essentiellement à l’essence de la « marchécoute » à oreilles nues, ce qui ne m’empêche pas de temps à autre, une incursion ponctuelle vers des systèmes plus « branchés ».

J’ai tenté de mettre en place de modestes outils pour engager des recherches-actions, entre art, science et sociabilité auriculaire, en privilégiant souvent l’aménité stimulante contre la tragédie sclérosante, sans pour autant dénier les dangers environnementaux ambiants et Oh combien contemporains.

Je me suis appuyé sur des formes de rituels auriculaires, de cérémonies d’écoute.

Je me suis beaucoup inspiré de philosophes pour creuser l’idée de la marche, de l’écoute, du paysage, de Foucault à Merleau-Ponthy en passant par Montaigne, Husserl, Adorno, De Certeau, Guattari, Deleuze, Thoreau, Benjamin… histoire de prendre un brin de recul sur mes spontanéités in situ, de relier des choses, des pensés et des gestes, des gens et des expériences…

Mais aussi de m’inspirer de l’écriture de Georges Pérec, Will Self, Jacques London, Jacques Réda…

Entre le contextuel et le relationnel, la conscience écologique et sociale, j’ai essayé de garder une certaine éthique dans des approches, où la rencontre est, plus que le « produit », au centre de mes préoccupations, la façon de faire ensemble primant sur la réalisation finale.

Malgré l’emploi de l’imparfait, ici celui du récit, faisant traces d’un parcours jalonné d’écoutes toujours renouvelées, j’écris par ce temps conjuguant le passé, mais étant avant tout le témoin d’actions à long terme, toujours en cours, d’un chantier sans cesse en recherche de nouveaux développements.

Bref après un cheminement qui commence à constituer une entreprise assez conséquence, et pour moi intellectuellement fertile, à défaut de l’être économiquement, j’ai l’impression que tant de choses restent à penser, à marcher, écouter, raconter, partager, construire, hybrider…

Le paysage, y compris sonore, frotté à l’usure de l’impermanence

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IMPERMANENCE, subst. fém.
Caractère de ce qui n’est pas permanent, de ce qui ne dure pas. (CNRTL)

Il y a quelque temps déjà, lors d’une résidence artistique dans une petite ville Suisse, Le locle, nous avons, avec ma comparse Jeanne Schmid, aiguisé nos yeux et oreilles par le prisme de l’impermanence. Croisons l’image et le son, la relecture « Écoute voir Le Locle ! » en binôme, de cette cité horlogère et montagnarde, nous a très vite suggéré de nous attacher aux côtés éphémères du site, mais aussi, en contre-partie à ses résistances. De l’érosion spatio-temporelle à la résilience, il n ‘y a qu’un pas, ou en tous cas une distance franchissable à l’aune de l’observation sensible, processus phénoménologique qui a déjà fait ses preuves.

La première impermanence que nous constatèrent fut celle de l’eau. Élément structurant du paysage, avec près de 30 fontaines, des ruisseaux, une chute/cascade souterraine géante qui actionne d’anciens moulins, l’aquatique fabriquait un paysage rafraichissant et vivifiant, via le regard, l’écoute le goût et le toucher, des rythmes, des flux, des séquences… Tout au moins au début de notre séjour puisqu’à mi-parcours, toutes les fontaines furent mises à sec, en prévision de la saison froide arrivant. Et toute une partie de la cité retomba dans une sorte d’engourdissement sonore pré-hivernal. Qu’une seule onde vous manque et beaucoup de choses (sonores) sont dépeuplés. Une mosaïque de jalons, de repères auditifs, quadrillant la cité, faisant parcours, devenait alors, pour un temps de surprise, plus présents dans leurs subits silences. Un effet frigo, celui de l’oreille qui se rend d’autant plus compte de sa présence lorsque son moteur s’arrête brusquement, laissant dans la mémoire et dans l’espace comme une rémanence auriculaire. Et cela à l’échelle de la ville. Fort heureusement, nous avions instinctivement capté sons et images avant cette extinction ponctuelle. Impermanence en coupures ponctuelles.
Pour ce qui est du ruisseau, le Bied, qui traversait la ville de part en part, dans toute sa longueur, une forme d’impertinence l’affectait également. Non pas celle d’un tarissement de ses flots dû à une période de sécheresse, se qui pourrait arriver, mais plutôt générée par une coupure, une rupture de son lit, du fait du recouvrement de ce dernier lorsqu’il traverse le centre ville. il disparait ainsi de notre vue, comme de notre écoute, de notre perception sensible, perdant contact avec une ville qu’il arrosait jadis à l’air libre, devenant un flux souterrain qui le fait disparaitre du paysage pour ressurgir en sortie de bourgade. Ce qui nous le verrons n’est pas sans incidences.
Donc sur le paysage aquatique plusieurs formes, instables par définition, d’impermanences, de disparitions par coupures temporelles, tarissements, recouvrements géographiques, enfouissements…

La deuxième forme d’impermanence que nous constatâmes dans un même temps, fût temporelle. Dans le sens chronométrique du terme, celui de la mesure, du fractionnement, de l’étalonnage, de la marque, de la division du temps. Les années, mois, heures secondes sont au Locle prétexte à un économie, à un savoir-faire historique, celui de l’horlogerie, et qui lus est de l’horlogerie de luxe et de précision. Cette spécificité artisanale es associée à la conception et à la production de tous les mécanismes de mécanismes, machines chronométriques, de la montre à l’horloge monumentale, qui façonna Le Locle, jusque dans ses incroyables architectures de fabriques horlogères, aujourd’hui classées au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Une ville tic-tac, bien que le son soit plus dans la virtualité de nos tête que dans l’espace sonore « réel ». Si ce n’est que de pénétrer dans un atelier de décolletage pour se frotter aux sons des machines ciselant le métal.
S’il est un symbole de l’impermanence c’est bien la fuite inexorable du temps, celle qui nous entrainant tous vers une disparition programmée, et nous la rappelle régulièrement. Et là je parle bien de l’individu, et non pas d’une humanité prise dans les courants vertigineux de l’Anthropocène. Ce qui est une autre problématique éminemment contemporaine. Notre entourage, avec ou sans montre, notre physique, le rythme des saisons d’endormissements en réveils, marquent de façon indélébile l’usure du temps, fussions nous à l’aube d’un quelconque transhumanisme, ne nous épargne pas.
Ici, marques du temps si je puis dire, plus géographiquement prégnantes avec l’arrivée du numérique. En effet, beaucoup de ces belles fabriques de mécanismes de précision fermèrent. Aujourd’hui friches industrielles, ou en voie de reconversion. Gageons que le paysage sonore, celui vers lequel je tourne le plus souvent mon attention, mon oreille, dut également être sensiblement modifié par la disparition de certaines grosses entreprises, ou leur restructuration, par la modification de lux humains, résultante des rythmes de travail, et ceux des flux automobiles saturant la vallée, en emmenant une cohorte d’ouvriers travailler hors la ville.
Toujours au final des questions de rythmes, de flux, et d’incontournables temporalités.

Une troisième forme d’impermanence fut décelée au travers l’effondrement d’une partie des bâtiments du centre ville, dans sont axe longitudinal, avec des demeures très lézardées, fragilisées, jusqu’à leur écroulement possible, voire parfois provoqué par mesure de sécurité. La cité, construite sur une vallée marécageuse, gorgée d’eau en surface et dans ses entrailles, et un ruisseau recouvert, celui que j’ai évoqué plus haut, bougeait sur ses assises. Ces tressaillements géologiques, accentués par les phénomènes karstiques des hauts plateaux jurassiques, et le « gruyère » souterrains de grottes et de failles, malmenaient d’imposants bâtiments de pierre qui pourtant semblaient vouloir, de par leur monumentalité minérale, défier le temps, justement. Des sous-sols mouvants mettaient en péril un axe architectural central de la cité. Les travaux de consolidation se sont révélés énormes, nécessitant la mise en place de pieux s’enfonçant jusqu’à la roche mère pour assurer la stabilité des bâtiments. Ces travaux-même du reste faisaient entendre au cœur de la cité des efforts de résistances, de résilience pour des reconstructions qui fassent front aux dégradations ambiantes. Un alliance du temps et de l’eau, qui érodait une partie de la ville, et quand j’emploie ici cet imparfait du récit lié à notre résidence, je pourrais tout aussi bien employer un présent qui relate un état de fait toujours d’actualité.

Cette seule petite ville de quelques dix milles âmes nous semblait finalement un condensé d’impermanences paysagères, industrielles, architecturales, sociales, qui donnaient du reste du grain à moudre à notre récit… Même si, bien sûr, l’écriture sensible, esthétique de nos regards et écoutes croisées peuvent donner impression de forcer le trait, ou tout au moins d’en accentuer ou d’en révéler singulièrement des saillances émergentes.

 

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Dans un deuxième contexte, le travail que je mène désormais autours des jardins sonifères, espaces verts re-naturés, paysages paysagers, comme des espaces oasis acoustiques, surtout en milieu urbain, me permets également d’appréhender, ou plutôt d retrouver de nouvelles impermanences. Ces états fragiles participant très nettement à la construction-même de paysages, qu’ils soient paysages jardins ou paysages sonores, ou bien au final les deux, dans une acception hétérotopiquement foucaldienne de l’espace.

Le jardin lui-même, celui agencé via des topographies remaniées, la distribution de circulations piétonnes, la plantation de végétaux, la pose de clôtures, des aménagements aquatiques, des jeux d’enfants, ouvrages d’art et autres fabriques, architectures exotiques, folies… est un espace en perpétuel évolution. Tout jardinier qui se respecte sait agencer des formes et des couleurs végétales qui évolueront sans cesse, au fil des saisons, des feuillages caduques ou non, passant d’une multitude de verts à des ocres infinis, jusqu’à joncher le sol de tapis crissants sous nos pas. Des floraisons alternées, de la vigueur printanière à la sécheresse des tiges fanées, toujours entre naissance, croissance et déclin, voire joyeuses renaissances post-hivernales pour les vivaces. Faut-il y voir ici une sorte de métaphore à destination des civilisations, plus fragiles qu’elle n’y paraissent, car nombre de jardins et d’arbres leurs ont survécus, quand ces derniers n’ayant pas enfoui et effacé leurs traces, y compris les plus monumentales.
A un niveau plus modeste, plus terre à terre, dans le jardin, un coup de vent suffit à faire chanter joliment les peupliers trembles (Populus Tremula) les bien-nommés, comme les roseaux bruissants sous la caresse d’Éole.
Une petite cascade que quelques empierrements contribueront à construire, viendra perturber un cours d’eau glougloutant, qui pourra d’ailleurs se tarir et de fait se taire au plus fort de l’été.
Une glycine, outre son parfum enivrant, bourdonnera de mille insectes butineurs, avant que de rendormir dans un discret silence… Un sorbier attirant les passereaux qui raffolent de ses fruits engazouillera ses alentours de joyeux pépiements… Des compositions qu’un jardinier sait agencer pour ces effets sensoriels, même s’il n’en maitrise fort heureusement pas tous les paramètres.
Souhaitons en tous cas que ces image, y compris sonores, ces paysages sensibles, persistent encore dans un long terme.
Nous pouvons rajouter ici où là, empruntant à des traditions ancestrales, des mobiles éoliens, harpes éoliennes elles aussi, et pourquoi pas quelques Shishi-odoshi, marquant une sorte de scansion rythmique dans un flux temporel incessant, comme s’il tentait par ce micro mouvement perpétuel, de balancier percutant, de lutter contre l’impertinence ambiante. Des pointillistes sonore éphémères.
Bref, le jardin botanique, paysager autant que sonifère sera, quelque soient ses forme, ses courants esthétiques, ses usages, plus ou moins naturellement, contraint aux changements du temps, des saisons, des caprices de l’homme, à se pourvoir ou départir de couleurs, senteurs, choses à caresser, à goûter, à écouter. Contraint à une joueuse et naturelle impermanence que celle-là.
Comme toute nature vivante, fût-elle ici la plus artificielle, la plus artialisée disait Montaigne, le jardin est une forme impermanante par excellence, une instabilité chronique à demi apprivoisée, ce qui en fait du reste son immense charme. A l’instar d’une peinture figeant le regard du peintre sur un paysage immobilisé, presque fossilisé, le jardin, de sa conception à sa friche éventuelle, connait et entretien une vie bouillonnante, et la partage à nos yeux et nos oreilles, voire à tous nos sens comblés. Et plus grande est parfois l’absence de gestes trop paysagers, la déprise des tiers-paysage chère à Gilles Clément, plus grande est la biodiversité résultante d’espaces dé-laissés en friches fertiles.

Comparée à l’impermanence sociétale, voir d’une humanité qui semble proche d’un certain chaos climatique, social, politique, vue sous un angle collapsologique, celle du jardin paysage semble plutôt rassurante, voir même vivifiante et stimulante. Si la situation sociale et climatique ont de quoi, à juste titre, à nous inquiéter, le jardin qui ne cesse de se transformer, quelque part de se régénérer, quand il n’est pas nourricier, peut nous apporter des formes d’aménités apaisantes. En centre ville, poumon vert, oasis acoustique nous coupant, ou atténuant le flot incessant des moteurs, espaces où la communication orale est aisée, agréable, lieu de détente, de repos, de rencontres, d’activités physiques, de douces méditations, sur un banc ou une pelouse, à l’ombre bienveillante d’un chêne séculaire, le jardin paysager nous offre un point de répit, havre de paix, ou tout au moins d’apaisement. Face à une impermanence déstabilisante, et parfois anxiogène de la cité, de mégalopoles titanesques, les îlots de verdures et leurs douces impermanences nous offrent de généreux contrepoints sensibles, remparts aux tensions d’hyper architectures impersonnelles et de dégradations climatiques et sociales de plus en plus flagrantes.

Si le paysage, au sens large du terme, est voué, à plus ou moins long terme, comme du reste ses résidents et la planète entière, à une forme d’érosion, d’enfrichement, d’effondrement inéluctable, mais n’est-ce pas là un retour à une « saine sauvagerie initiale », certains espaces proposent encore, dans leurs constantes variations sensibles, des lieux protégés où peuvent se ressourcer nos yeux, nos oreilles, notre corps fatigué, notre pensée aux aguets. Charge à nous d’entretenir et d’exploiter leur potentiel ressourçant, ballottés aux centres d’impermanences grondant en sourdine l’annonce un chaos en chantier.

Notes et chroniques d’Audiobaladologie

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Un document sous forme de dossier téléchargeable, compilant différents articles audiobaladologiques postés sur ce blog ou ailleurs.

Pour lire et ou télécharger : https://www.dropbox.com/s/zlpl83dqn69i2p0/NOTES%20AUTOUR%20DE%20L%E2%80%99AUDIOBALADOLOGIE.pdf?dl=0

 

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Audiobaladologie, PAS – Parcours Audio Sensible, Partition Guide d’écoute 1

PAS – Parcours Audio Sensible
Partition Guide partition d’écoute 1
Quartier de Vaise/industrie

 

Notice : Ce premier guide partition d’écoute s’appuie sur une série de repérages dans un site donné. En l’occurrence mon quartier, terrain favori et privilégié pour mener mes explorations et expérimentations audio-sensibles. Il propose un parcours pédestre d’environ deux kilomètres, en boucle, partant d’une station de métro, et nous y ramenant. Il ne demande aucun équipement spécifique, ni ne propose aucune installation sonore amplifiée, s’effectuant via des situations d’écoutes purement acoustiques. Cet itinéraire s’appuie au mieux que possible, sur une éco-audiobaladologie non énergivore, non intrusive, non invasive, privilégiant l’oreille, nue pour aborder des formes d’installations sonores quasi aléatoires, au final déjà pré-existantes, et éminemment contextuelles et interactives. Les PAS ainsi encartés œuvrent à créer des partitions de marches sensibles où la mise en situation et la posture sont au centre de processus créatif, tant en lecture qu’écriture paysagère. Il s’agit de goûter, de savourer des paysages sonores ambiants, en pour moi d’en faire collection. Ce jeu de partitions marchécoutées s’inscrit dans un long processus d’actions récurrentes, avec tout un contexte de variabilité in situ, impulsé il y a déjà une dizaine d’années maintenant, « Et avec ta ville, comment tu t’entends ? »

En pratique : Prévoyez une heure trente à deux heures pour le parcours intégral. Il est possible de le faire de façon fractionné, ou point par point, bien qu’il soit préférable de l’envisager comme une continuité spatio-temporelle qui gagnera à être appréhendée dans sa totalité. Vous pouvez télécharger et imprimer le plan guide, le consulter sur votre smartphone.  Une application autonome est en cours d’écriture. Votre marche doit être apaisée, sans presser le pas, comme un geste d’arpentage non stressant. Libre à vous de choisir la durée des points d’ouïe immobiles, sachant que deux à trois minutes sont des valeurs propices à apprécier les ambiances à leur juste valeur, à « rentrer dedans ». Selon les moments, les événements sonores, vos humeurs d’écoutants, ces durées pourront être adaptées à chaque situation. A chaque point d’ouïe, il est intéressant de tester plusieurs postures d’écoute – yeux fermés, en tournant le dos à la source sonore, en mettant ses mains en pavillon derrière (ou devant) les oreilles, en tournant lentement sur soi-même, en faisant de lents aller-retours entre deux sources sonores… L’écoute reste ici le geste privilégié, mais n’exclue en rien de se délecter des couleurs d’une nuit tombante, des reflets de l’eau, des odeurs, des textures sous nos pieds, du vent sur le visage… Nous restons des être fondamentalement multi-sensoriels ! Vous pouvez effectuer ces parcours en solitaire, ou à deux ou trois. Au vue de leur caractère intime, où le silence est de mise, il est beaucoup plus difficile de les pratiquer en groupe plus conséquent.

Bonne déambulation, bonne écoute, bon PAS !

 

Calcul d'itinéraires - Course à pied, Vélo, Randonnée, Roller...

Parcours Vaise Industrie (Lyon9) : Rendez-vous sur le parvis de l’église Notre-Dame de l’Annonciation, place de Paris à Lyon 9, de préférence en fin de journée, dans l’idéal entre chiens et loups, nuit tombante.
Regardez et écoutez en direction de la place, ou plutôt des deux places, celle du marché, devant vous, celle de la gare, plus à gauche. Un cœur urbain généralement très fréquenté et animé.

Prenez à gauche, traversez la rue de la Claire, puis celle du 24 mars 1852. Légèrement sur votre gauche, empruntez le passage couvert qui passe sous le bâtiment qui, longez le sur votre droite.
Sur votre gauche, le talus de la voie de chemin de fer. Avancez jusqu’au premier embranchement, par où sortent les bus. Arrêtez vous dans l’avancée du trottoir.
Écoutez ! passage de bus, soufflerie, trains, rythmes de grilles métalliques sur la chaussée au passage des bus, voix. Un espace entre-deux, singulier, plein de sonorités et rythmicités toniques !

Continuez en longeant le trottoir jusqu’au deuxième passage de bus, suivez le trottoir sur votre droite jusqu’à l’arrivée aux portes de la gare routière, sur votre droite également.
Entrez dans le couloir intérieur d’attente des bus.
Accoudez vous sur la rambarde dominant la fosse du métro au niveau inférieur.
Écoutez la surprenante polyphonie du lieu. Voix, trains, métros, pas réverbérés… Un véritable concert multimodale !

Continuez le couloir jusqu’aux commerces (bureau de tabac, boulangerie). Contournez les par la droite pour prendre le couloir et l’emprunter vers la gauche. Peu après la boulangerie, quittez le hall par une porte coulissante à droite, avancez jusqu’au coude de la voie des bus. Traversez via le passage piéton pour vous diriger vers un passage couvert.
A l’entrée de celui-ci, sur l’avancée de trottoir, vous pouvez écouter un nouveau point d’ouïe, surtout animé par le passage fréquent de bus dans un acoustique très réverbérante.

Empruntez le couloir à droite de la fresque murale, ressentez la transition acoustique. Des voix et des pas, tout s’apaise soudain.
Légèrement sur votre gauche, empruntez l’escalier menant au premier niveau des parkings. Entrez dans ceux-ci.
Traversez le parking en largeur, pour venir contre la paroi de grilles métalliques, d’où vous pouvez entendre la gare juste en face. De belles sonorités ferroviaires.
Des voitures qui entrent ou sortent du parking font joliment claquer des joints métalliques au sol.
Longez la paroi sur votre droite. Vous vous retrouvez juste au dessus d’une voie d’arrivée de bus.
Une grosse dynamique visuelle et sonore, juste sous vos pieds.
Au centre du parking, des grondements de basses sur la dalle au dessus de votre tête.
De nuit, l’ambiance est assez saisissante.

Quittez le parking, rejoignez le passage couvert, sortez en direction de la rue de Saint-Cyr – Quai de la gare d’eau. Traversez cette dernière, longez le bâtiment Groupama sur votre droite, puis pénétrez par un chemin descendant dans l’espace extérieur des stades Joseph Boucaud, et des pistes de vitesse “Sport dans la ville”.
Promenez vous le long des stades, dans les tribunes, écoutez l’acoustique très réverbérante des lieux, la rumeur de la ville étant sensiblement étouffée. Les jeux de ballon et parfois les courses de rolliers donnent à l’espace de belles dynamiques acoustiques, joliment spatialisées.

Ressortez par le même chemin, continuez sur votre gauche, en direction du Pont Schuman. Traversez la rue à l’angle du quai du Commerce – Quai Hyppolythe Jaÿr, empruntez le pont Robert Schuman par la large allée côté gauche. Arrêtez vous quelques minutes sur un banc vers le centre du pont, tourné vers la Saône. Écoutez.

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Pont Schuman

 

Reprenez votre chemin vers le quai Joseph Gillet, parvenu à l’extrémité du pont, empruntez l’escalier à votre gauche qui descend vers les bas-quais des rives de Saône. Revenez légèrement sur votre droite, pour vous arrêter sous le pont, au milieu de préférence. Regardez la Saône. Écoutez. Après quelques instants, claquez dans les mains, ou poussez de brefs cris, assez forts. Écoutez les incroyables échos du pont. Jouez à les faire sonner, en tournant le dos à la Saône, testez différents sons, courts, longs, vous êtes au cœur d’une surprenante chambre d’échos !

Reprenez votre chemin sur le cheminement piétonnier des bas-quai, en vous dirigeant vers la passerelle Masaryk, sur votre gauche en regardant la Saône.
Écoutez les clapotis, remous, les grincements des amarres et des gréements des péniches. Les sons des coureurs, promeneurs et parfois festoyeurs animent ces aménagements piétons très empruntés…

Continuez jusqu’à la passerelle Masaryk. Arrêtez vous au-dessous. Écoutez le grincement de ses haubans et les rythmes et percussions sur vos têtes, des piétons et vélos qui l’empruntent.

Remontez par les escaliers sur les quais hauts. Empruntez la passerelle Masaryk en écoutant sonner vos pas, ceux des promeneurs croisés, les sons des bicyclettes, skates, trottinettes et autres engins légers, éventuellement le passage de bateaux, péniches, sur la Saône, en contrebas…

Prenez droit devant vous, la rue Mazarik, jusqu’à revenir place de Paris, en face l’église Notre-Dame de l’Annonciation. Dernière petite halte d’écoute sur le parvis, pour voir ce qui à, ou non changé à l’oreille depuis votre départ.
La boucle sonore est alors bouclée !
Vous pouvez la réempruntez à d’autres moments, plus tôt, plus tard, un jour de marché (Mercredi samedi et dimanche matin, de jour, de nuit…) J’avoue avoir une préférence pour la nuit, juste après la tombée du jour.

 

Parcours online : https://www.calculitineraires.fr/index.php?id=872401#tab-Export

 

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Gare de Vaise nocturne

 

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Passerelle Mazaryk

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Stade Joseph Boucaud – Gare d’eau

Points d’ouïe, des oasis sonores

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Rencontres, sites spécifiques, festivals, si cette approche vous intéresse, Desartsonnants est toujours partant !

Points d’ouïe, aménités paysagères, ZAD (Zones Acoustiques à Défendre), oasis sonores, des approches, des parcours, un plaidoyer pour des espaces apaisés, une belle écoute…

Point d’ouïe, genèse d’un voyage auriculaire

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J’ai, ces dernières années, parcouru beaucoup de kilomètres en voiture (de moins en moins), trains, bus, et parfois avions et bateaux. Néanmoins, l’aventure, petite ou grande, ne commence vraiment pour moi que lorsque je mets pied à terre. Je me sens bien arrivé lorsque j’arpente et écoute, deux gestes souvent indissociables dans ma pratique, le territoire en bout du chemin, où qu’il soit, et fût-il une des innombrables étapes d’un long parcours toujours en chantier.

C’est également lorsque, durant ces arpentages-écoutes, les rencontres, les échanges, les expériences humaines, les explorations partagées, font que les voyages s’ancrent plus profondément dans un parcours intime, paysage sonore affectif, singulier, personnel et pourtant je l’espère partageable.

C’est sans doute ici que le récit se construit, autre voyage dans le voyage, pétri de mémoires vives, où les sons sont inscrits en exergue d’une histoire rhizomatique, entre les deux oreilles.

Le ralentissement, une décélération sonore éco-créative

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PAS – Parcours Audio Sensible – Armée du Salut – Grand Parc de Miribel Jonage

Poursuivant ma réflexion autour d’une approche « minumentale », je parlerai ici de ralentissements, ou des formes de ralentis créatifs, stimulants.

Il ne faut pas, ici, considérer le fait de ralentir comme une décroissance négative, une perte d’activités contre-productive, appauvrissante, un élan dynamique brisé, mais bien au contraire comme un rééquilibrage physique et mental apportant de nouvelles énergies moins stressantes.

Je prendrai, comme à mon habitude, le cas du paysage sonore, ou en tout cas des actions de création liées, de marche, d’écoute, se posant dans le cadre de projets à résonances environnementales, dans le sens large du terme.

La première chose, a priori élémentaire, mais pas toujours la plus aisée à assimiler ou pratiquer, est de prendre le temps. Prendre le temps de réfléchir avant de faire, prendre de faire, sinon de laisser faire parfois, comme une déprise libératrice.

Prendre le temps de poser son écoute, non pas comme un flash ultra-bref, désirant capturer un maximum en un minimum de temps, mais comme une séquence, ou un ensemble de séquences, suffisamment longues pour que nous ressentions l’enveloppe du paysage ambiant. Des séquences assez conséquences pour que nous prenions conscience non pas de l’environnementalité du paysage, mais de notre appartenance ambiante à ce dernier. Faire partie du paysage, y compris sonore, c’est conscientiser nos responsabilités d’écouteurs bruiteurs, pour ne pas nous mettre en marge, voire au-dessus, de ce qui nous environne. Je reprends ici des propos, forts judicieux, de Gilles Clément, qui dénonce les dangers du concept d’environnement, par la possibilité à l’homme de s’en extraire, de se différencier de ce qui l’environne, donc de se déresponsabiliser des méfaits qu’il pourrait, et ne manque pas de commettre.
Cet aparté refermé, revenons au ralentissement.

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Projet de calligraphie sonore

Outre le fait du plaisir de prendre le temps, moments quasi contemplatifs pour d’écouter alentours, nous pouvons dans un même temps ralentir nos mouvements, nos actes, nos gestes, nos productions, nos déplacements… La marche par exemple, qui constitue pour moi un dispositif d’écoute et d’écriture sensible éminemment pertinent, et ses arrêts points d’ouïe associés, se fera à une cadence délibérément lente, sinon très lente. Approche qui pourrait suggérer, toute proportion gardée, une résonance butoïste, une lente danse, fortement liée à la fois au sol et au cosmos.
Le ralentissement d’une marche n’est d’ailleurs pas si évident que cela, non pas pour le “guide”, mais pour les promeneurs embarqués qui devront faire l’effort de la lenteur, et qui plus est du silence. Ralentissement du geste, raréfaction de la parole, attitude pouvant paraître contre-nature, donc contraignante. Mais l’accès à une perception augmentée, sans autre dispositif que notre propre corps au ralenti, mérite bien quelques efforts, surtout dans une société qui ne cesse de nous bousculer, de nous pousser à agir de plus en plus vite, à flux tendu, avec peu d’espaces de repos, de possibilités de laisser décanter les informations reçues.

Nous pouvons également ralentir, diminuer, le nombre de propositions, pour nous attarder sur celles qui nous paraissent les plus riches à long terme. Là encore, le rythme trépidant, souvent imposé par les opérateurs culturels, les institutions publiques, les collectivités, les budgets, sont, dans le désir de (trop) bien faire bien, au risque du saupoudrage, éloigné du projet de territoire en immersion.
Ralentir le torrent de projets pour s’appuyer sur des constructions plus longues est une action qui permet de mobiliser des énergies de façon plus concentrées et au final créatives.
Prendre le temps de faire, de faire murir, sans succomber à la sur-production à la chaine, laisser faire le temps, quitte à laisser s’installer une patine qui frottera le projet à une certaine usure temporelle, en examinant ce qui résiste plus ou moins à cette érosion voulue, et en dégraissant le projet de ses excédents qui noient le cœur de la démarche.

Prendre le temps de laisser faire, sans forcément imposer une intervention humaine. Installer une écoute en jachère, en friche, sauvage, non anthropique. Pour cela, laisser des espaces où, non seulement il y aura ralentissement, mais abandon, où les sons pourront être ce qu’ils sont, entre silences et chaos, sorte de zones acoustiques primaires où l’oreille ne ferait, éventuellement, qu’écouter, et à la limite serait même absente. Ralentir la mainmise, jusqu’à l’effacement-même de l’écoutant. Effacement symbolique ou physique, rêve d’un retour aux sons premiers, au chaos génératif, au seul bruit de la mer à perte oreilles, des volcans émergents… Imaginons, rêvons, utopisons…

Ralentir le flot de paroles, d’explications surabondantes, de thèses, pour laisser place à une expérience brute, à du « no comment », à l’essence de l’exploration sensorielle, quitte à être un brin perturbé, déboussolé, désorienté, à en perdre, momentanément, le sens de l’espace et du temps, et à se laisser porter par l’émotion purement instinctive, viscérale.

Ralentir et diminuer les excroissances sonores urbaines, « mégapolitaines », serait certainement une action des plus importantes à mener. À condition de ne pas systématiquement rejeter vers l’extérieur de la cité les fauteurs de troubles (voitures, vie festive), transformant les périphéries en de véritables poubelles sonores. Et c’est malheureusement la stratégie adoptée dans bien des cas ces dernières décennies. On ralentit les cœurs de ville, via des piétonniers, pour saturer acoustiquement les périphéries.

Parallèlement, ralentir, voire enrayer, l’extinction d’espèces, la disparition des chants d’oiseaux, dans les espaces ruraux et naturels, devient une urgence absolue, un cas de force majeur. Ce déséquilibre exponentiel nous est clairement signifié à l’oreille par la paupérisation sonore grandissante de nombreux écosystèmes, témoignage d’une biodiversité Oh combien menacée.

Deux défis qui semblent de plus en plus relever d’une mission impossible, à moins que de renverser rapidement et radicalement la vapeur, chose actuellement hautement improbable. Un simple ralentissement, même dans le cadre d’un geste artistique, s’avère souvent problématique à mener, même si chaque parcelle d’espace apaisé, ralenti, est une petite victoire face à l’accélération trépidante du monde.

Parmi toutes ces approches ralentissantes, il y en a certaines que je mets en action régulièrement, d’autres que je tente de développer, d’étendre, d’autres encore auxquelles je participe avec mes petites mains et oreilles d’écoutant citoyen, et d’autres enfin que j’aspire à développer au cœur de mes pratiques. L’artiste audio-paysagiste que je suis, depuis longtemps préoccupé, engagé, dans une mouvance liée à l’écologie sonore telle que l’a pensée Murray Schaffer, reste conscient des difficultés actuelles à ralentir les choses pour que ces efforts ne restent pas de simples utopies, mais des aspirations motivantes.

D’autre part, « marchécouter » sans presser le pas, ni le tympan, le ralentir même, est une façon de résister à des violences cumulées, physiques, psychologiques, sociales, économiques, politiques… Et sans doute une façon de les dénoncer, de tenter de les désamorcer, en ne répondant pas à la violence par la violence, mais au contraire par une attitude déccélérante, une écoute bienveillante, attentionnée et généreuse.

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AudioGraphie – @Nathalie Bou et Gilles Malatray – Installation silencieuse – Parc de La Feyssine Lyon

 

 

 

Écoute voir Le Locle, carte postale sonore

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©Franz – LuXor Factory

 

Une histoire qui démarre

tissée de sons

moteur joyeux

comme une douceur

que viennent confirmer des cloches

douze coups de l’église

puis en écho

la volée du temple

en rumeur lointaine

descente vers la ville

 

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©Jeanne Schmid

 

cœur de ville

Hôtel de ville

un mariage

lui aussi joyeux

du soleil

musiques du Maghreb

cris

danses

klaxons

Drapeaux (inaudibles)

l’espace s’ébroue

acoustique festive

le convoi s’ébranle

puis tout s’assagit

en apparence

Carte des sons 72dpi

©Jeanne Schmid

 

De l’autre côté de la rue

un chantier fébrile

voix

moteurs

marteaux

grincements

raclements

échos

un toit refait peau neuve

toujours du soleil

qui n’imprègne pas mes micros

si ce n’est d’une allégresse ambiante

perceptible

la ville bruissonne

l’oreille s’en régale.

 

 

Résidence artistique « Écoute voir Le Locle » avec Jeanne Schmid – LuXor Factory Octobre 2018

Point d’ouïe, ce qui cloche, joliment, au Locle

S’il est une signature sonore que j’apprécie tout particulièrement, c’est bien celle, aérienne, imprimée dans un paysage auriculaire, qu’égrènent les cloches.

Les déferlantes campanaires, vigoureuses, vivifiantes, celles qui balaient la ville, la secouent parfois de sa torpeur, me mettent les oreilles en liesse.

Chaque volée a sa personnalité, ses rythmes, ses couleurs, ses harmonies, son écrin acoustique, architectural. C’est ce qui fait que, rarement, voire jamais,  une sonnerie n’est rigoureusement identique à l’autre. C’est pourquoi je considère les cloches, à l’instar des fontaines, lorsque l’on prend le temps d’écouter l’une et l’autre dans leurs cadres, comme de véritables signatures acoustiques.

Les volées du grand temple du Locle sont superbes. De la terrasse où nous résidons, à quelque encablures du clocher, nous les entendons clairement, éclats d’airain virevoltant au dessus des toits, semblant tout à coup se rapprocher, ou s’éloigner, selon les caprices d’un vent complice.

Traverser une ville, c’est souvent pour moi l’occasion de lever les oreilles, et de tendre les micros vers les clochers, pour augmenter peu à peu une collection d’objets sonnants, qui participent activement à la fabrique de paysages sonores.

 

 

Résidence artistique à LuXor Factory, avec Jeanne Schmid

Tourbillons d’eau

Tout d’abord une promenade au gré des rues du Locle.

Nous croisons moult fontaines, comme un fil conducteur qui s’impose au gré des PAS.

En capter leurs signatures sonores tissent la ville d’un réseau bruissonnant.

Jeanne prend une empreinte tourbillonnante.

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Desartonnants la sonifie, ainsi va la ville, aquatique.

Portrait sonore à écouter de préférence au casque

Résidence artistique à Luxor Factory, le 10 octobre 2018

Vers la limite des flux

Parcourant avec Jeanne la ville du Locle, de gauche à droite, et inversement, d’Est en Ouest, de haut en bas – collines, voire montagnes obligent – la question des flux urbains traverse nos parcours piétons, voire les influe, les détourne.

Nous nous faufilons dans les méandres de circulations capricieuses, piétons, voitures, et parfois surprenons un vent qui glisse, chuintant au travers de la ville.

Parmi ces mouvements, tantôt fugaces, tantôt prégnants, il est cependant un flux qui paraît résister, persister, sinon émerger, comme une signature urbaine.

Eclaboussures et gouttes

Éclaboussures et gouttes ©Jeanne Schmid

L’eau en effet irrigue le territoire investi.

Non pas des rivières et fleuves majestueux, larges, voire ostentatoires, mais un flux caché, souterrain, que l’on peut imaginer courant sous nos pieds, dans le ruissèlement de circulations enterrées. Le Bied, c’est le nom de cette rivière, visible en amont et en aval de la cité, traverse la ville à l’insu des piétons, qui peut-être suivent son courant par une sorte d’attirance inconsciente.

Suivre en surface le Bied, c’est imaginer un monde dont l’accès ne s’offre pas spontanément, mais qui laisse la liberté de construire un récit fluctuant au fil d’ondes intangibles, mais aux énergies fertiles

En surface, de multiples résurgences. Pas forcément celles du Bied, mais néanmoins des résurgences liquides.

Le Locle est constellé d’une trentaine de fontaines.

Pour la plupart discrètes elles aussi, pas de celles qui érigent des Naïades géantes aux formes arrondies, des chevaux écumants, fougueux, au bronze lustré crachant l’eau bouillonnante de leurs naseaux furieux.

Ce sont des fontaines oasis, aux eaux fraiches et gouteuses.

Pour jouir pleinement de ces haltes bruissantes, il faut leurs tendre l’oreille, ou mieux encore, s’approcher au plus près, s’asseoir sur la margelle, intime, jusqu’à ce que le flux masque pratiquement toute ambiance sonore alentours, et devienne un point focal parfois quasi hypnotique. Expérience de la durée…

Nous croisons des fontaines aux sonorités variées, dans différents registres, différentes tonalités. Certaines plus sourdes, d’autres plus cristallines. Certaines au débit régulier, d’autres aux émergences entrecoupées de petits soubresauts fugaces.

Chacune a son ambiance, ses attraits pour capter les promeneurs découvreurs que nous sommes. Les miroitements de la lumière, les clapotis de micro-vagues retiennent l’œil et l’oreille. Prendre et travailler une empreinte au frottis de charbon, capter l’image, le son, comme des matières fécondes à alimenter notre récit en cours.

Une sorte de circuit se dessine alors, dans un pointillisme aquatique, jalonné de marqueurs Points d’ouïe et Points de vue, cartographie naissante d’une cité liquide.

Dans la cité horlogère du Locle, le temps est rythmé par l’histoire et l’activité des fabriques de montres et chronographes en tous genres, mais aussi des fontaines qui ponctuent la ville, repères de cheminements sensibles, guides partitionnant l’espace urbain au pas à pas, éléments d’un récit urbain en marche.

Aux limites de la cité, au col des Roches, une anfractuosité minérale, cassure frontalière Franco-Suisse entaillant le relief, des moulins souterrains se cachent sous nos pieds. Un conteur qui vécut ici en parlait en ces termes.

«Nous nous trouvons maintenant dans un moulin à eau, un moulin souterrain. Bien au-dessous du sol mugit un torrent ; personne, là-haut, ne s’en doute ; l’eau tombe de plusieurs toises sur les roues bruissantes, qui tournent et menacent d’accrocher nos habits et de nous faire tourner avec elles. Les marches sur lesquelles nous nous trouvons, sont usées et humides ; des murs de pierre l’eau ruisselle, et, tout près, s’ouvre l’abîme.»

Hans Christian Andersen, 1836 

La limite des flux, c’est ici de perdre la trace de l’eau qui disparaît sous la ville, de la fontaine qui se tait en hiver, de la quasi intangibilité du liquide, des distances entre deux points bouillonnants…

La limite des flux, c’est aussi désirer un brin de stabilité, d’immobilité, assis sur un banc par exemple, sans autre volonté que de résister un instant aux mouvements perpétuels de la cité.

Le Locle – Résidence Luxor Factory – Octobre 2018  – Texte et sons ©Gilles Malatray – Photos et dessins ©Jeanne Schmid

 

En écoute

Paysages toniques, micro récits auriculaires

Projet Titre à venir
Haut plateau du massif du Bugey

Centre d’Art Contemporain de Lacoux – 16/27 août 2018

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Lundi 8H15
Brume
Une brume effilochée, et pourtant tenace, court sur les arêtes boisées des combes environnantes.
Durant de longs moments, seul un vent tonique se fait entendre, déversant par à-coups une fraîcheur à la caresse par trop revigorante.

Mardi 6H30
Dialogue
Deux buses invisibles devisent, l’une dans une futaie en contre-bas, face au banc sur lequel je suis assis, l’autre à l’orée de la forêt, à flanc de coteau, juste derrière moi.
Elles entament un dialogue matinal, joute de cris-réponses perçants, entrecoupés de silences
qui tracent une ligne d’écoute quasi stable.
Je suis un point d’écoute focal, médian entre les deux rapaces bavards.

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Mercredi 8H30
Rituel
Chaque jour ou presque, dans le champ voisinant notre campement, un rituel sonore se répète à mes oreilles.
Progressivement, une «enclochatement » paysager se fait entendre, poudrant la prairie de droite de tintements malicieux.
Le troupeau de chèvres de notre hôte s’installe en gambadant, parfois caché dans les prémices de la forêt, parfois courant à notre rencontre.
Ces animaux au regard malicieux et aux mouvements tintinnabulants nous font rentrer dans le vif de la matinée, si ce n’est de la journée.

Jeudi 7H30
Retournement
Ce matin là, le vent a tourné, et le paysage sonore semble avoir subi une révolution auriculaire conjointe.
De nouvelles sources sont ainsi apparues, mécaniques, en quasi opposition avec la quiétude pastorale visuelle.
Une carrière invisible, derrière la colline, assène des chocs métalliques au paysage, qui viennent buter en sourds échos dans le foisonnement de la forêt.
Ils jouent à tromper sournoisement la, notre perception des espaces sonores.
A ne plus savoir qui est l’écho ou la source initiale, comme matrice énergétique acoustique.

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Vendredi 10H
Apparition – disparition
Je marche, nous marchons au fil d’une rivière, ou torrent, ou les deux.
A son extrémité, ou début, elle s’achève, ou nait au grand jour, tout en haut d’une falaise en imposante cascade jaillissante.
Sur le sentier capricieux, l’écoute nous joue des tours.
Au gré d’un dénivelé, d’un détour boisé, d’un obstacle minéral, des basculements incessants, glissements ou cassures acoustiques scandent un paysage aquatique en continuel évolution.
La rivière joue à cache-cache, je l’entends, elle disparait de mon champ auditif, puis revient, puis s’en va, se rapproche, s’éloigne, semble loin, puis toute proche… Méandres d’écoutes.

samedi 16H
Récurrence
Un groupe d’une dizaine de personnes entament un PAS – Parcours Audio sensibles aux alentours du village de Lacoux.
Marcher lentement, faire halte sur des points d’ouïe, écouter ensemble, les règles sont toujours très simples.
Au départ, une fête, repas villageois au lointain; puis une sente forestière; un silence presque (trop) parfait.
Le sentier nous ramène au-dessus du village où la fête en contrebas nous revient à l’oreille, invisible, claire, un brin fantomatique. Nouvel estompage sur le chemin du retour. Réapparition fugace à l’approche du centre du village, comme un yoyo sonore.

Dimanche 8H
Réminiscence
Le séjour touche à sa fin, le village s’ébroue, s’éveille doucement, très doucement, dans une fraîcheur automnale. Bientôt, les randonneurs arriverons. Bientôt, l’oreille reprendra sa place urbaine, avec l’empreinte prégnante de cette résidence montagnarde en contrepoint, tenace et douce réminiscence.

 

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Point d’ouïe, paysage qui cloche

Carillon Vaise

C’est un concert de carillon, église Saint Pierre aux liens de Vaise, Lyon 9e, dimanche 12 août 2018.

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Il fait bon, un public assez nombreux est venu dans le petit jardin du presbytère, endroit isolé de la circulation, juste sous le clocher où chanteront les dames d’airain, 12 au total. Beaucoup d’habitants du quartier Vaisois ne connaissent d’ailleurs pas ce petit carillon caché tout en haut de la chambre des cloches. Il faut dire que, contrairement aux régions Nordiques, aux Flandres, les carillons Lyonnais se font hélas très discrets et sonnent de plus de plus rarement. le grand carillon de l’Hôtel de ville centrale, fort de ses 65 cloches est pourtant un instrument remarquable ! Raréfaction des carillonneurs sur la région, grogne des empêcheurs de sonner en rond, un peu des deux…

Le maître carillonneur Valenciennois Gilles Lerouge* sait parfaitement tirer partie du  petit carillon de Vaise, jonglant avec brio pour garder la mélodie au plus proche de sa source en évitant habilement les notes manquantes. Son jeu est tout en nuances, de Morricone à Bach en passant par des chansons traditionnelles Françaises, sans oublier le « P’tit quinquin », hymne national populaire du Nord.

Les cloches, je le dis souvent, sont de véritables instruments de musique et qui plus est, une des plus belles et anciennes installations sonores en espace public. A ce titre, elles méritent non seulement toute notre attention,mais qu’on les défendent de ceux qui voudraient les faire taire, préférant sans doute laisser plus de place au  bruit des voitures.

Chaque fois que j’entends un carillon, ou même une cloche égrener ses notes d’airain, je tends une oreille réjouie vers ce joyeux remue-ménage aérien, qui vient joliment réveiller le paysage de ses nappes sonores bienveillantes,  n’en déplaise à certains.

 

*Gilles Lerouge est né à Valenciennes le 22 octobre 1959
Co-titulaire du carillon de Saint-Amand-les-Eaux, dans le Nord.Gilles Lerouge commence le carillon dès l’âge de 10 ans à Saint-Amand-les-Eaux. Il obtient, à Valenciennes, le Premier Prix de solfège et piano et entre à l’Ecole Française de Carillon. Il obtient le diplôme de Maître-Carillonneur en 1991. Gilles Lerouge est Directeur de l’Ecole Municipale de Musique et de l’Harmonie municipale de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) Musicien professionnel en formation de jazz, il est le grand spécialiste du répertoire de jazz. Sources http://asso.nordnet.fr/arpac/carillon/interpretes.htm

 

Point d’ouïe, portraits, cartographies…

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Traces vibratiles de David Bartholoméo , PAS – Parcours Audio Sensible en duo –  Ile Barbe Lyon 9e – Projet collectif Titre à venir, autour de l’anthropocène

Supposons que le territoire, le paysage, soient aussi sonores. Et ils le sont, pour le meilleur et pour le pire.

Supposons que nous voulions, avec des résidents, des enfants, d’autres, tout d’abord les marcher, les écouter, les apprivoiser.

Supposons que, avec les mêmes personnes, nous voulions en dessiner leurs contours, même mouvants, à l’oreille, les cartographier, en faire, par différents dispositifs et médias, un, ou une série de portraits sensibles, auriculaires…

Il n’y a plus qu’à…

Points d’ouïe en Stations d’écoute

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Husserl disait que les choses n’allaient jamais de soi et méritaient toujours d’être questionnées. Questionnées notamment en terme de phénomènes. Le philosophe indique que par le questionnement, nous aurons une démarche d’explorateur qui pourra ainsi expérimenter le monde, ce qui me convient parfaitement dans la posture de promeneur écoutant.
Le phénomène n’est pas ici lié au phénoménal, à l’énorme, au hors-norme, mais plutôt dans son acception première « Ce qui apparaît, ce qui se manifeste aux sens ou à la conscience, tant dans l’ordre physique que dans l’ordre psychique, et qui peut devenir l’objet d’un savoir- source (Centre National Textuel et linguistique) », donc dans la description phénoménologique du terme. Or pour questionner le phénomène, il convient tout d’abord de le décrire.

Et pour décrire, il nous faut observer, ou dans le cas de phénomènes sonores, écouter.

Et c’est là que resurgit l’importance de la posture, celle qui poste notre corps, nos sens, notre attention, face à un objet, ici paysage sonore, dans une position favorable pour l’écouter, le questionner, et l’expérimenter, de préférence collectivement.

Après les PAS – Parcours Audio Sensible, qui impliquent une écoute en mouvement, même si cette dernière est ponctuée de Points d’ouïe stationnaires, et les inaugurations événementielles de certains de ces dits points d’ouïe, c’est maintenant autour de zones, ou stations  d’écoute que je recherche de nouvelles postures, méthodologies, protocoles, rituels…

En résonance avec ces expériences, toujours en chantier, je suis en train de mettre en place, à titre expérimental, des Stations d’écoute in situ, rassemblements ponctuels d’écoutants potentiels sur un site précis, dans une durée assez longue (quelques heures). Il s’agit de mettre en commun nos oreilles, les paysages sonores ambiants, nos ressentis, dans une posture d’écouteurs publics postés.
Je réfléchis donc à des sites pouvant accueillir ces Stations, places publiques, parcs, escaliers, rivages, clairières…
Ces lieux devront pouvoir offrir un certain confort d’écoute pour y stationner assez longtemps (bancs, assises, ombrages, possibilité d’amener ses fauteuils…) et bien entendu offrir une biodiversité auriculaire intéressante, même si elle n’est pas spectaculaire, sans doute bien au contraire.

L’écoute sensible doit tenter de revenir aux sources, sans autres artifices que l’attention portée aux choses, la synergie d’un groupe d’écouteurs publics, et de la mise en commun d’une écoute »partagée.

Remarques : Selon les cas, on pourra assimiler ces actions à des ZEP (Zones d’Écoutes Prioritaires), ou à des ZAD (Zones Auriculaires à Défendre)

 

Imaginons ici quelques dispositifs postés, comme assises d’écoute, dans tous les sens du terme.

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Points d’ouïe, Le paysage sonore, exercices de logique sans a priori, ou presque

 

9369_10200865785583470_211076436_nPar déduction (syllogistique)
Tous les paysages sonores sont bruyants
La ville est un paysage sonore.
Donc la ville est bruyante

Par induction (anti syllogistique)
Tous les matin, j’entends les sirènes des véhicules de pompiers qui quittent leurs casernes.
La ville résonne comme une caserne de pompiers.
La ville, et au-delà, est une immense caserne de pompiers, à deux tons.

Par analogie
L’environnement sonore urbain est au concert ce qu’est le grand vacarme qu’ont orchestré des Fluxus, Russolo et autres metallo-noisy réunis.

Par intentionnalité (phénoménologique)
A travers le chant d’un oiseau en cage (enfin des oiseaux !), j’entends la grande symphonie de la nature. Merci Monsieur Krauss !

Par l’effet de synthèse (a priori)
L ‘environnement sonore est menacé, comme du reste tout autre environnement. il est de ce fait dangereux car il sera à la fois le fossoyeur et le tombeau de nos oreilles exsangues

Par la compréhension (ou l’inverse)
Le paysage sonore est d’autant plus insaisissable qu’il nous révèle toute sa subjectivité culturelle et par-delà, le côté acoustiquement instable de son approche.

Par l’imagination
La sirène d’un camion de pompier est posée sur un rocher, au centre d’une fontaine, pour attirer à elle toutes les voitures de la villes.

 

Part du rêve. Bien sûr, au-delà de ces exercices de style, on peut toujours parcourir un paysage sonore, celui que l’on se construit en marchant par exemple, en recherchant des affinités plus généreusement apaisées…

Écritures sensibles et dépaysement au quotidien

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©Angela Edwards  Crowd Paintings

 

J’essaie de penser ce qui ne m’accrocherait pas, me laisserait indifférent, dans une ville, un village, un quartier, un territoire péri-urbain, naturel… Mais je n’y arrive pas vraiment. Il y a toujours, partout, quelque chose, une petite aspérité, un infime décalage, qui m’accrochent, m’attirent, m’inspirent. Des expériences en marche, des rencontres, des micro-événements imprévus, l’attrait du quotidien, d’une forme d’inconnu non spectaculaire…

Poser l’oreille et le regard quelque part, dans une ville, goûter ses spécialités culinaires, se faire raconter la cité historique, sociale, politique, culturelle, anecdotique, par des guides autochtones, c’est déjà chercher une forme de dépaysement stimulant. Je peux alors un peu plus jouir de ses ambiances, sonorités, couleurs, odeurs, températures, lumières…

En apprenant à (mieux) écouter, j’ai appris à (mieux) regarder, sentir, tâter, lever la tête vers des détails architecturaux, vers d’autres rythmes qu’il faut aller chercher. Il me faut être curieux de ce qui construit un territoire hétérotopique comme dirait Foucault, en l’occurrence celui que je marcherai.

Je suis d’ailleurs très reconnaissant à Jean-Christophe Bailly, dans son livre « Le dépaysement, voyage en France » d’avoir, pour moi, mis en lumière, révélé, exacerbé, cet état de fait, cette richesse de l’écriture narrative sans cesse renouvelée, quel qu’en soit le terrain.

Au final, au fil de ces traversées auriculaires collectives, des workshops que je mène, ce sont bien l’écriture et le partage d’histoires, de récits, celles et ceux que l’on tisse ensemble, qui seront le pivot, l’axe moteur de ces déambulations multiples.

Parcours et paysages sonores, des oreilles, des pas et des mots

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Depuis longtemps je me pose la question de ma propre perception du monde sonore environnant, et des interactions complexes entre vie sociale, monde sensible, création artistique, environnement, paysage et territoire auriculaires…

Comment les questions écologiques, écosophiques, sociales, patrimoniales, politiques, résonnent-elles entre mes deux oreilles ? Quelles sont les moyens de représentation, d’analyse, de partage, qui me permettraient de comprendre un tant soit peu plus finement mes espaces auriculaires, les stimuli qu’ils déclenchent, les modes de vie et de pensée qu’ils influent ?

Je relie alors des pratiques qui me sont familières, et au final chères. L’écoute est bien entendu au tout premier plan. La marche s’impose d’emblée comme une pratique spatio-temporelle, kinesthésique, sensible, vectrice d’une énergie intellectuelle connectée, traversant moult éc(h)o systèmes, m’immergeant dans des ambiances plurisensorielles. Et enfin, le mot, la description textuelle, voire même littéraire m’ apportent de nouveaux modus operandi, qui eux-même peuvent m’amener à une forme de distanciation féconde.

Je convoque alors le récit, la narration, la description littéraire, ou littérale, sensible, poétique, analytique, phénoménologique, sémantique, l’inventaire, la liste, le journal (de bord, de voyage, intime), le carnet de notes, la fiche (pratique, de lecture, de renseignement), le glossaire, l’abécédaire, le corpus, la note, le renseignement, la consigne… Je cherche l’espace, le moment où le mot, le texte, l’écrit, peuvent élargir, et/ou rafraichir l’écoute et ainsi l’appréhension environnementale pour les conduire vers des approches plus pertinentes. Quand le fait de s’assoir longuement sur un banc, ici ou là, ou de traverser la ville à pied, armé de mon carnet et de mon stylo, fait de moi un marcheur (plus) impliqué.

Un croisement d’actions et de réflexions est sans doute plus que jamais nécessaire pour démêler un brin la complexité du monde, en saisir les prémices de ses innombrables hybridations, ne pas trop s’y noyer, et surtout rester socialement connecté au territoire. Car si le paysage sonore est esthétique, le territoire sonore est tout d’abord et avant tout social. Dissocier ces deux réalités amputerait ma, notre perception environnementale d’une bonne partie de sa crédibilité, de sa force, voire de sa légitimité.

Point d’ouïe, FluxOdiOcartO

PAS – Parcours Audio Sensible et cartographie sonore

FluxOdiOcartO est une action/installation audio-paysagère qui mixe en temps réel des ambiances sonores locales, pour nous les faire voir et entendre autrement. Nous fabriquons ainsi une scène acoustique et une cartographique singulière, à la fois bâties sur des points d’ouïe emblématiques, captés in situ, identifiables, et sur un brassage sonore permanent réalisé par une sorte d’audio-morphose numérique. Cette exploration auditive nous fera percevoir un paysage auriculaire en perpétuel mouvement, naviguant entre un terrain (re)connu et d’autres inouïs, mais toujours alimentés par le terreau sonore local, les ambiances du cru. C’est une façon ludique et prospective de (re)découvrir des territoires auriculaires environnants, de la concrétude du paysage arpenté jusqu’au qu’à son interprétation via le dispositif de monstration.
Entre apparition et disparition, cette installation, par de multiples morphings et polyphonies tissées en contrepoints, pose non seulement la question de l’identité sonore des lieux, de ses esthétiques, mais aussi de l’équilibre fragile, voire du déséquilibre acoustique, liés à une saturation ou à une paupérisation sonore tout aussi sclérosante. Ces dysfonctionnements chroniques se réfèrent et font écho aux concepts de l’écologie sonore, développés depuis les année 70 par le compositeur et chercheur Canadien Raymond Murray Schafer.
Et avec ta ville, ton quartier, tes lieux de vie, d’activité, comment tu t’entends ? la question est posée !
Entre musique(s) des lieux et questions environnementales, sont convoquées des approches esthétiques, tout autant que des problématiques liées au confort ou inconfort d’écoute, jusqu’au niveau de l’insupportable, de l’intolérable. En contrepartie, sont aussi abordées les questions des aménités paysagères, du plaisir d’entendre, de s’entendre, voire de bien s’entendre, réflexions primordiales entre toutes ici.
Ce travail, dans ses différentes phases d’élaboration ou dans sa globalité, peut faire l’objet d’ateliers partagés, outdoor/indoor, avec et pour différents publics.
Il peut également être complété par l’inauguration officielle d’un point d’ouïe. https://desartsonnantsbis.com/2016/05/23/inaugurez-votre-point-douie/

 

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Phasage

Phase 1 : Se promener dans une ville, un quartier, un espace rural, naturel, un site spécifique,…Écouter, repérer des points d’ouïe emblématiques, des ambiances caractéristiques (cloches, fontaines, acoustiques réverbérantes, échos, marchés, commerces…).

Phase 2 (en règle générale concomitante à la phase 1): Enregistrer des séquences sonores caractéristiques pour esquisser un paysage auriculaire des lieux investis, élaborer la construction d’une cartophonie in progress, d’un cheminement intra muros, un PAS – Parcours Audio Sensible.

Phase 3 : Positionner les sons et ambiances, les géolocaliser comme des Points d’ouïe sur une carte numérique, audio-géographique dédiée, aux paysages sonores, en prenant soin de les taguer et renseigner très précisément.

Phase 4 : Mettre en place un player multipiste, application qui mixera de façon aléatoire deux à 4 points sonores des lieux investis, avec la possibilité de les travailler/jouer en live lors d’une audition/performance, à la suite d’un PAS collectif, in situ.

Phase 5 : Mettre en scène la projection de la carte sonore qui se modifiera en même temps que les sons seront mixés, aléatoirement, en faisant voir les points écoutés et des liaisons mouvantes entre les différentes sources mixées (fond de carte et multi-player Open Source Aporee).

 

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Dispositif
Un espace d’installation plutôt obscur et acoustiquement isolé.
Un ordinateur relié à internet.
Un vidéo-projecteur.
Une surface de projection (assez grande).
une système se diffusion sonore de bonne qualité (2 ou 4 HP).
Une ville, un quartier, un site naturel et leurs ambiances à cueillir à fleur de tympans et de micros, des résidents, acteurs potentiels.

Timing
2 à 4 jours de repérage/écriture, voire une résidence artistique de quelques semaines à quelques mois, enregistrements in situ, dérushage et mixage des sons, création sonore contextuelle…
1 journée d’installation, pouvant être finalisée par un concert mixage audio-paysager en live, un ou plusieurs PAS – Parcours Audio Sensible publics…
L’installation pourra se poursuivre ensuite de façon autonome.

Intervenant(s)
Une personne, artiste sonore, promeneur écoutant, avec éventuellement d’autres acteurs associés, des participants à des ateliers dans les lieux d’accueil (Centres culturels, écoles, écoles de musiques, structures d’éducation populaire, conservatoires de musique, Beaux arts…).

Ce projet recherche des lieux de résidences, d’accueil, et équipes susceptibles   de ramifier et mailler des territoires/paysages sonores dans une synergie d’écoute partagée. Qu’on ce le dise !

 

Desartsonnants,
L’art du paysage sonore
Gilles Malatray-Desartsonnants
34, rue Roger Salangro 69007 LYON
28, rue Lamartine 69003 LYON
Skype : desartsonnants
Portable :07 80 06 14 65
desartsonnants@gmail.com

 

Points d’ouïe, Points de vue et fils d’écoute

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Aujourd’hui, je tente de tirer des fils entre quelques focales telles que l’écoute, la marche, la cartographie, les audio-data (in situ comme dans la galaxie numérique).
Arpenter un territoire, en capter des ressources (sonores), les organiser comme objets d’étude et/ou de création artistique, les jouer, rejouer in situ, les cartographier pour les mixer ici ou là, du local au mondial, hybrider des savoir-faire, en ébaucher d’autres…
De la recherche action, au corps des paysages, comme dans des laboratoires, amphithéâtres et ateliers décentrés, jusque dans les archipels de réseaux numériques, de l’arpentage au cloud, en passant par le papier, la matière, la rencontre humaine, surtout…
Avec l’oreille guide pour ne pas (trop) se perdre.
Un exemple en chantier, qui cherche des lieux de résidence, recherche/action, partenariats, pour tisser et partager sa toile d’écoute : https://drive.google.com/file/d/1yKET80WF_aLEjPaSiTwhrYwWMD1tlsxD/view?usp=sharing

Paysages et ambiances de villes 2015

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Je relaie ici une page écrite par mon ami et collègue sound designer Frédéric Fradet.

Enseignement dispensé à l’École Nationale Supérieur d’Architecture de Lyon, ENSAL
Enseignants : Gilles Malatray, Jean-Yves Quay, Anna Wojtowicz, Sandra Fiori, Olivier Collier, Cécile Regnault, Frédéric Fradet

Cours magistraux, terrain et séances de projet d’analyse urbaine, réalisation de cartes postales sonores, dispensés à une centaine d’étudiants.

Les séances de montage sonore ont eu lieu dans les studios son de l’école, très bel outil pédagogique mis à disposition pour les étudiants.

Studio

©Frédéric Fradet

 

https://fredfradet.com/2015-paysages-et-ambiances-de-villes/

Points d’ouïe et paysages sonores partagés ?

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Construire un paysage sonore ?

Un paysage sonore n’est pas monolithique, Il convoque différentes strates acoustiques, esthétiques, sociales, écologiques, entre tourisme culturel et aménagement, pédagogie et création artistique… Je donne ici quelques approches, qui  peuvent, voire devraient s’envisager comme un tissage de différents gestes et postures.

– Des lieux révélés à l’oreille au cours de PAS – Parcours Audio Sensibles, leurs sources et ambiances sonores, leurs acoustiques et événements…
– Des ateliers d’écoute collective favorisant des échanges sur la qualité, ou les dysfonctionnements de nos lieux de vie.
– Un sujet valorisant la, les mémoires (vivantes) des lieux,des récits de vie liés au patrimoine industriel, aux différentes communautés, ethnies, aux mémoires et traditions locales…
– Une façon de parler de l’écologie sonore, concept et mouvement de Raymond Murray Schafer, de considérer des espaces urbains, périurbains, naturels, comme des lieux où nous devons prôner, conserver, voire aménager des espaces de belle écoute.
– Une approche esthétique conviant des artistes sonores plasticiennes, musiciens puiser dans les sources sonores pour composer, créer des installations sonores in situ… Une représentation artistique liée à un territoire en écoute.

 

Postures – Installations d’écoute(s) collective(s)

Version forestière

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Se tenir debout, longuement, immobile, au cœur de la forêt, et l’écouter bruisser. Aujourd’hui, ma recherche questionne les façons d’installer une forme d’écoute performative, via différentes postures physiques et mentales, quelque soit le lieu (nature/urbanité…) et de préférence en groupe.

Version panoramique

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Belvédère acoustique… Dominer le sujet ? pas vraiment certain d’y parvenir à ce jour…

La question de la posture, ou des postures, comme une façon d’installer de nouvelles formes d’écoute, donc de nouveaux paysages sonores, pose une problématique qui irrigue et alimente mes travaux, tant dans le faire que dans la réflexion. Comment donner vie à une écoute intense, collective, par quelles postures physiques et mentales ? Comment plonger ses oreilles dans une forêt comme en centre ville, en périphérie comme dans des sites architecturaux, en les transformant en scènes auditives, en installations sonores permanentes ? Et par delà, se pose la question de comment partager ces constructions sonores à un groupe, via des gestes performatifs, oscillant entre marche et immobilité ?

Version urbaine

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La notion de groupe partageant une même (in)action, in-action, notamment celle de l’écoute est bien au cœur du questionnement. Comment mettre en place des espaces d’écoute par des formes de rituels, de cérémonies, la création des micro communautés éphémères d’écoutants ? Comment la trace du geste accompli  pourrait, à contrecoup, influencer (durablement) des sensibilités plus actives ?  Autant de terrains restant très largement à explorer… Jeux de l’ouïe, le chantier est vaste et d’autant plus passionnant.

« Donc, si vous voulez, mon art serait de vivre ; chaque seconde, chaque respiration est une œuvre qui n’est inscrite nulle part, qui n’est ni visuelle ni cérébrale. C’est une sorte d’euphorie constante. »
Marcel Duchamp

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Paysages – espaces sonores, une prolifération mise en récit

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L’écouteur, et qui plus est le promeneur écoutant que je suis est un vaste réceptacle sonore. Il reçoit en lui, parfois à son corps défendant, via l’oreille et tout un système de capteurs sensitifs osseux, aqueux, neuronaux, des milliers et des milliers de sons.
Par exemple, je suis ici, à ce moment, sur un banc, urbain (moi et le banc), écouteur assis au centre du paysage
moteurs cliquetants
voix à droites, étouffées
voix à gauche, criardes
train devant, en hauteur, sur sa voie talutée, ferraillante, coulée mécanique
bus à l’arrêt, soufflant et haletant
poussettes et planches à roulettes conjointes
voix riantes, derrière moi
claquements des perches de trams sur les lignes électriques…
Il y va d’une formidable accumulation a priori sans fin, exponentielle déferlante.
Fort heureusement, des portes, des masquages, des gommages, des évictions, un panel de filtres psycho-acoustiques, régulent le flux, rangeant au passage dans des casiers le déjà entendu, le déjà nomenclaturé, le (re)connu, et engrangeant et domptant l’inouïe.
Mais à certains moments, le rangement ne suffit plus. Il me faut aller plus loin pour ne pas me noyer  dans une méandreuse galerie sonore, labyrinthique à souhait, pour la requestionner à l’envi.
Peut-être, même certainement user du mot, de la phrase, de l’énonciation, chercher l’incarnation. La parole, comme verbe incarné, ou incarnant, tel un prédicat prenant possession des sons jusqu’à leur adjoindre une vie dans une histoire retricotée.
Le récit s’avance alors.
La parole se déploie, métaphorisant de multiples écoutes où des traces sonores, des particules mémorielles partiellement enfouies, sont réactivées dans des moments d’audition contés.
La ville à cet instant et dans ce lieu, vue et entendue comme un agencement métastasé et proliférant de grincements, de vocalises, de bruissements, souffles, tintamarres, ferraillements, tintements et mille autres sonifiances.
Les sons s’agencent par un récit qui les décrypte, les convoquant dans une forme de matérialité, les reconfigure à la lettre près, à la phrase près, à la métaphore près, néanmoins approximativement.
Le tissage de mots tire les sons vers une vie organique, les extrayant d’une éponge captant sans égards ni filtrages, la moindre vibration acoustique, ou presque, harmonique ou dysharmonique.
C’est l’instant de la matière extirpée d’un magma informel, reconstruite par un récit multiple et ouvert.
Ce sont des flux de vibrations du dehors – la ville, l’espace ambiant, et du dedans – une forme de construction, d’abstraction intellectuelle, sans compter d’innombrables  allers-retours et chevauchements entre ces pôles.
Des cheminements incertains, qui se déclinent au fil d’une mémoire, d’une trajectoire validant les zones d’incertitude, quitte à les prendre pour des réalités, tout en sachant bien qu’elles ne le sont pas, ne le seront jamais.
Nous voila à l’endroit où la matière sonore impalpable se cristallise  comme une cité Phénix renaissant de ses propres ondes.
Nous voici dans l’usinage d’un paysage sonore puisant dans une forme d’immatérialité hésitante, elle-même croissant sur un terreau de sono-géographies fuyantes autant qu’éphémères.
Le récit aura sans doute charge de faire un tant soit peu perdurer ce ou ces paysages complexes.
C’est donc d’ici, assis sur un banc par exemple, stylo en main, à  l’ancienne, que peut se rebâtir un espace sonore parmi tant d’autres, reliant oreille, parcelle de ville, images, stimuli, pensée, à un territoire vibratoire bien vivant.
C’est donc également à cet endroit-ci que les sons matières engendrerons par le récit leurs représentations, toutefois propres à chacun.
C’est sur ce banc de bois, ici en espace stratégique, symbolique, que des trajectoires ponctués d’ingurgitations, d’emmagasinements, de régurgitations, feront que l’écoutant que je suis ne sera sans doute jamais assez repu pour capituler devant une pourtant surabondance chronique.
J’en arrive à penser parfois qu’une forme de  récit, par définition fictionnel, est plus bénéfique que la tentative d’embrasser une insaisissable réalité, bien trop complexe dans sa perpétuelle mouvance. Tout au moins dans un récit qui soit, qui reste nourricier, gorgé d’aménités échappant à une matière trop plombée d’expansions systémiques.
Toujours à l’endroit de ce banc d’écoute, parcelle de ville comme de Monde, point d’ouïe, sweet-spot, mille et une sonorités ne renoncent jamais à me raconter un paysage sonore singulier, un récit auriculaire urbain, écrit et réécrit à ma façon, comme un territoire audio habitus, quitte parfois à rechercher la jouissance dans l’excès magmatique de la chose sonore.

Point d’ouïe et rêve(s) de sons

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Je me suis souvent demandé pourquoi les villes, ou des parcelles de villes, des événements urbains, petits ou grands, exerçaient sur moi une telle fascination auditive.

Les immenses marchés de Tananarive, la fontaine souterraine dite des lépreux à Dole, le carillon de Bruges, l’incroyable procession de San Efiso à Cagliari, les fontaines d’Aix-en-Provence, une transhumance à Aubrac, la grosse cloche de la cathédrale de Lausanne répercutée sur les collines voisines… autant de sites/événements, parmi tant d’autres, qui ont marqué durablement l’écoutant que je suis. De petites pépites auriculaires, de véritables friandises sonores.

Ces images fortes, ancrées dans le compartiment archives sonores de ma mémoire, sont pour moi de puissants raccourcis sensibles, totalement subjectifs, de petites ou grandes villes arpentées, parfois dans certaines circonstances murement préméditées, d’autres fois dans des rencontres surprises effectuées par le plus grand des hasards.

Suite à cette collections de sons, j’imagine aujourd’hui ce que j’aimerais entendre, ce que je rêverai de « voir pour de vrai », les ou la ville où il me plairait de promener mes oreilles.

Dans mon imaginaire, sans doute allègrement fabulateur, mais aussi d’après des lectures et des retours de résidents et visiteurs, c’est Rio de Janeiro qui remporte au final mon adhésion, et où je rêverais de faire escale. Ville mythique, où la mer, les plages, la forêt urbaine, la musique, la fête… semblent pour moi une sorte d’Eldorado pour le promeneur écoutant, même si, je m’en doute bien bien, de nombreuses autres facettes moins carte postale devraient inévitablement influencer la façon de tendre mes oreilles et micros. Il n’en reste pas moins ce puissant attrait d’un Rio aux couleurs sonores excitant fortement mon imagination. Un rêve d’écoutant en recherche de dépaysement pour rafraîchir son écoute gourmande, sinon insatiable.

Alors si des Cariocas, ou autres, savent comment faire ?

Point d’ouïe campanaire à Cagliari

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Desartsonnants ne le répètera jamais assez, il adore lorsqu’il y a quelque chose qui cloche dans le paysage. Ici à Cagliari, du centre ville au bastion supérieur, il joue à fabriquer, après écoute, un petit raccourci spatio-temporel… Ceci dans le cadre du projet Erasmus+ « Le paysage sonore dans lequel nous vivons » – avec GMVL Musiques Vivantes de Lyon

En fait, l’un des marqueur spatio-temporel qualitatif et installé dans l’espace public, préféré de Desartsonnants est certainement celui proposé par ces belles dames d’airain hautes perchées, au voix tellement différentes du Nord au sud, de ville en ville, de clochers en beffrois.

Je les cherche, les écoute avec délectation, les capte, en collectionne les envolées et sonneries carillonnantes.

J’aime entendre comment elles inter-agissent sur l’espace public, lui donnant une texture, des dimensions, des plans, d’échos en réverbérations, des profondeurs rapprochées ou éloignées au gré des vents tourbillonnants, de nos postes d’écoute, du lieu où elles nous surprennent.

Point d’ouïe campanaire à Lyon

 

Place des Terreaux, y’a quelque chose qui cloche(s) !

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Lors d’une balade repérage à Lyon, un carillonneur joue sur le fabuleux, et trop méconnu carillon de l’Hôtel de Ville. Une douce pluie de notes cristallines, virtuoses, bataillent contre les flux routiers.
A l’instar des grandes villes du Nord, 65 cloches de 6 à 4 800 kg font du carillon de l’Hôtel de Ville de Lyon l’un des plus grands d’Europe, et l’instrument a été joué par des musiciens internationaux. On ne l’entend hélas que trop rarement.

Fort heureusement, ce jour là, j’ai un magnétophone à la main.

http://aporee.org/maps/work/?loc=35836

https://www.mixcloud.com/desartssonnants/place-des-terreaux-ya-quelque-chose-qui-cloche/

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PAS – Parcours Audio Sensible à Mons

Carillons et valises à roulettes

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Mons, petite bourgade aux belles et douillettes bâtisses de briques, que surmonte un beffroi monumental juché au fait de la colline, d’où le nom de la cité, fut pour moi, pendant plus de 10 ans,un territoire d’exploration sonore tous azimut.
Ce long cycle de ville sonore laboratoire s’achève par un workshop d’une semaine avec des étudiants de la Faculté d’architecture et d’urbanisme de Mons, avant que de rejoindre Charleroi, prochain territoire d’écoute.
Mons est une ville qui sonne donc familière à mes oreilles, tout comme Lyon, autre terrain d’investigation, principalement en marches d’écoute.
J’en connais les tonalités de sa grand place, de ses pavés, de sa collégiale, de ses ruelles et parcs, de son carillon, de ses accents du Hainaut, de ses commerces…
C’est de plus un rendez-vous annuel international des arts sonores, qui développe des parcours d’écoute, sous la houlette de l’association Transcultures, et qui m’a permis de rencontrer de nombreux artistes sonores aux travaux riches et passionnants.
Bref, Mons est une ville port d’attache pour mes oreilles, où j’ai développé, en fin d’été comme en hiver, de vraies affinités acoustiques, traqué des aménités urbaines, errer de jour comme de nuit, déambulant ou posté sur mes bancs d’écoute, à la recherche de perles sonores, qui ne manquent pas des ces espaces riches en recoins réverbérants.
C’est donc sur une pointe de nostalgie, mais également avec l’impatience de découvrir le bouillonnant Charleroi que s’achève ce cycle de balades auriculaires en Hainaut.
Durant une semaine, par ailleurs très humide, sept étudiants vont parcourir avec moi les rues parcs et places, pour en découvrir les paysages sonores superposés. Nous avons ainsi tenté d’en dégager une identité, des tonalités, des ambiances caractéristiques, d’en fabriquer des cartes postales sonores, d’extraire la substantifique moelle acoustique, au fil de balades régulières, d’enregistrements et de notes.

La première question qui s’est posée pour nous est celle des récurrences, des occurrences, des sources significatives, emblématiques, parfois symboliques, comme des images de marque ou des signatures sensibles de la ville.
Le carillon s’impose d’emblée comme une évidence. Tous les quarts d’heure, il égraine de délicates mélodies, une délicieuse cascade de sons ciselés, cristallins, aux timbres très typiques des systèmes campaniles du Nord.
Rappelons que la cloche, et tout particulièrement le carillon est une des première installation sonore et musicale installée dans l’espace public, et ce depuis bien longtemps déjà.
Tout à la fois journal sonore et instrument de musique arrosant la ville, il donne aux résidents un sentiment d’appartenance qui les fait s’ancrer par l’oreille dans un territoire marqué d’un halo bienveillant.
Ce signal auditif, marqueur du paysage sonore, apparait donc comme un élément incontournable, d’autant plus qu’il est resté muet de très nombreuses années, suite à une longue restauration du beffroi. Sa réapparition dans l’espace public est un vrai plaisir pour moi, j’en savoure les moindres mélodies tenues et fuyantes sur différents axes urbains, selon les vents dominants.
Un soir, -justement très venté, assis au pied du beffroi, j’écoute un carillonneur qui exerce son art, passant sans transition de Bach à Jacques Brel, de Mozart à Edith Piaf, de Queen à l’hymne locale chantée durant le carnaval… Les bourrasques de vent tourbillonnantes sont tempétueuses, emmenant ci et là les mélodies, tantôt proches, tant dispersées aux quatre coins de l’espace, dans la plus parfaite pagaille sonore. Ce vent très violent interdit hélas tout enregistrement, qui serait réduit à un long grondement illustrant la souffrance des membranes de mes micros bravant la tempête. Ne reste donc juste un souvenir, précis, mais pas aisé à raconter devant la richesse de l’instant.

Un autre élément important de la scène sonore montoise est sans aucun doute ses nombreux pavés ancestraux.
Pavés anciens, grossièrement dégauchis, souvent disjoints, soulevés ou abaissées au fil du temps en reliefs chaotiques qui malmènent les pieds et la mollets, ils font sonner gravement la ville  peuplée de bruits de roulements, nappes grondantes en flux de basses profondes.
Rythmes singuliers, pas toujours très organisés, ces roulements sonores envahissent le paysage des claquements, comme des riffs de basses désobéissantes, dans une musique à l’omniprésence capricieuse et fractale.
Pavés innombrables, acoustiquement collés au sol comme une peau indissociable, sonnante, minérale et granuleuse, dans l’épicentre de la vielle ville.
Pavés policés par de milliers de voitures en tous genres, depuis longtemps déjà, délavés par la pluie, donnant dans des nuits humides une luminescence fractionnée, quasi pixellisée, s’étalant dans les  rues et places empierrées.
Pavés de sons et de lumières donc.
Pavés sur lesquels déambulent des gens.
Et une autre constante nous apparait comme une évidence, traçant un sillage sonore de la gare de Mons (la fameuse gare fantôme à ce jour inachevée), jusqu’au centre ville.
Un sillage de valises à roulettes multiples, semblant claudiquer bruyamment, sur les pavés justement.
Une série de roulements, grondements s’échappant des coffres amplificateurs que constituent les valises à roulettes.
Ces cheminements audio ambulants se suivent parfois, en flux assujettis aux trains, se croisent, se dispersent au gré des rues, dans des traines sonores persistantes à l’oreille.
Ils dessinent une sorte de carto/géograhie mouvante où l’on suit de l’oreille, souvent hors-champs, les déplacements d’hommes à valises.
Les pavés aidant.
Nous déciderons alors, avec un groupe d’étudiants, de nous mesurer à la ville, à ses pavés, de la faire sonner, armés de valises à roulettes. Nous en enregistrerons les réponses acoustiques, dans des grandes rues, cours, églises, passages de gares, ruelles, sur différents pavés, matériaux.
Nous tracerons un voyage sonore de la gare à l’école d’architecture.
Nous emmènerons, le dernier jour, des promeneurs écoutants visiter de l’oreille la cité, entourés de valises grondantes, qui nous permettrons de mieux entendre les paysages lorsqu’elles se tairont en s’immobilisant brusquement, stratégie de la coupure.
Nous n’oublieront pas les carillons.
Ni les voix et autres sons de la vie quotidiennes.
Nous en écrirons une trace vidéo donnant à entendre, une audio vision très subjective de Mons, à l’aune de certains prégnances acoustiques, de cheminements pavés, d’ambiances mises en exergue, de curiosités révélées, amplifiées, aux sonorités mises en scène par un PAS – Parcours audio Sensible.
Ainsi s’achèvera pour moi ce long cycles d’écoutes montoises, avant que d’aller, dans quelques mois, frotter mes oreilles à la turbulente Charleroi.

Texte écrit suite à un workshop « Paysage sonore » avec des étudiants de Master de l’École supérieure d’architecture et d’urbanisme, et un PAS – Parcours Audio sensible, en présence d’autres étudiants, notamment de l’École des Beaux arts de Mons.
Partenariat Transcultures, École d’architecture et d’urbanisme, Desartsonnants.

Workshop son from DES ARTSONNANTS on Vimeo.

 

Cliquez sur l’image pour accéder à l’intégralité de l’album – ©photos Drita Kotaji

PAS - Parcours Audio Sensibles à Mons (BE)

APPEL À SONS !

Gilles Malatray Desartsonnants

J’aimerais, entre autre moult choses, travailler, ici ou là, autours des voix, des personnes qui parlent de leurs paysages sonores quotidiens, ou non. Le principe : se poser quelques instants dans un lieu, et parler de ce qu’on y entend, tout en s’enregistrant. On s’y sent bien, ou non, on a l’humeur à décrire, à rêver, à imaginer, à expliquer, à critiquer, à s’émerveiller, à autre chose…
Si cela vous tente… Pas de format, pas de style imposé, rien que du participatif brut de pomme, à l’instinct, comme vous le sentez, comme vous l’entendez…
Vous vous enregistrez, et tout ça dans la boite de desartsonnants@gmail.com
Merci par avance !

Concevoir, construire le paysage sonore comme une œuvre plastique, en marchant

(en marchant)

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En écouter ses contours (même mouvants)
En écouter ses limites (même mouvantes)
En écouter ses plans (sonores)
1e plan, 2e plan, arrière-plans
lointains (diverses rumeurs et bruits de fond)…
Lui donner une existence géographique, topologique, par la marche
pas à pas
soundwalking
balade sonore
Itinéraire d’écoute
parcours d’écoute
sentier d’écoute
traces et traçages
cartographies du promeneur écoutant
rendre le paysage sonore tangible
objet sonores
objets d’écoute
installations sonores délimitant des cadres auditifs
installations sonores interactives
jouer sur les couleurs sonores du paysage
ambiances
filtrages
irisations
gommage
camaïeux
jouer sur des couches ou amas sonores
accumulations
stratifications
magmas
jouer sur des principes compositionnels
géographies trans-soniques (en marchant)
mixages (en marchant)
passages (en marchant)
transitions (en marchant)
atténuations (en marchant)
augmentations (en marchant)
fondus, fade in/fade ou (en marchant)
coupures (en marchant)
paysages sonores hétérotopiques, paysages sonores sensibles
Construire des architectures d’écoute dédiées à la choses sonore
Construire des architectures sonores ou sonnantes
des sculptures éoliennes
des sculptures aquatiques
des sculptures cinétiques
favoriser ou provoquer des synesthésies couleurs/formes/sons…
représenter graphiquement des sons, partitions graphiques de la ville
des textures sonores
des matières sonores
des densités sonores
des granulosités sonores
des mouvements sonores
des dynamiques sonores
considérer la ville, ou ailleurs, comme une installation sonore à ciel ouvert
considérer la ville, ou ailleurs, comme une installation sonore à 360°
considérer la ville, ou ailleurs, comme une ample orchestration des bruits urbains
considérer la ville, ou ailleurs, comme une fenêtre radio ouverte sur le monde
favoriser des esthétiques relationnelles entre écoutants et paysages
et vice et versa
toujours en marchant.

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L’écoute manifeste !

L’écoute est un bien commun !

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Depuis 1986, époque où une série de rencontres ont ouvert les oreilles du jeune musicien et horticulteur paysagiste que j’étais  sur l’environnement, le paysage, des choses ont changé, avancé, évolué, d’autres non.
Certains domaines, pratiques, ont reconnu, plus ou moins, la nécessité d’intégrer la chose sonore dans  des actions de sensibilisation, voire, mais encore très rarement, dans des projets d’aménagement du territoire. Je ne parle pas ici des études qui incluent des cartes de bruits, des impacts mesurés essentiellement en terme de volume sonométrique, quantitatifs, des mesures législatives et réglementations diverses qui, si elles sont absolument nécessaires, ne suffisent pas pour autant à a offrir une lecture et un panel d’actions réellement pertinentes.
Certes me répond t-on souvent, le côté esthétique et l’approche sensible sont aussi convoquées. Pourtant, lorsque je rencontres des ingénieurs, techniciens, étudiants, élus, et des habitants de grandes métropoles comme de communes rurales, je me rends bien vite compte à quel point l’environnement, le paysage sonore, au-delà de quelques poncifs, restent de grands inconnus. La majorité des personnes rencontrées ne raisonnent qu’en considérant le son comme source de bruit, pollution, gène, ce qui peut d’ailleurs s’expliquer face à des aménagements parfois radicaux de grandes cités, le développement de couloirs aériens pour le moins intrusifs, la voiture reine… Néanmoins, lorsque l’on promène ses oreilles ici ou là, et que de surcroit on emmène avec soi d’autres paires d’oreilles, lorsqu’on établit de nouvelles règles du jeu, ou de nouveaux modes de jeu, que le dialogue collectif nous permet de laisser de côté des a priori réducteurs, les choses changent. On peut alors envisager nos rapports au paysage sonore sous des aspects plus positifs, et surtout plus ouverts, découvrir des aménités paysagères par l’écoute, s’apercevoir qu’il existe de véritables oasis acoustiques en plein cœur des cités, une diversité sonore beaucoup plus grande qu’on aurait pu l’imaginer de prime abord, des zones de calmes à préserver, à protéger, d’autres restant à construire…
Je déplore souvent que la sensibilisation aux « bruits » ne dépasse guère le stade de l’animation où il s’agira de reconnaître et de nommer les sources sonores écoutées. Bien sûr, je caricature un brin, quoi que… Nous manquons bien souvent d’outils, mais surtout d’imagination, et sans doute du plaisir de faire, et de l’envie de se faire plaisir, et de faire plaisir ! Il faut entrer amoureusement, avec délice, jubilation, dans les arcanes sonores d’un lieu pour entreprendre ensuite des scénarii qui seront vraiment pertinents, en adéquation avec les espaces. On ne peut pas transposer d’un quartier à un autre, de villages en villages, de forêts en forêts, des recettes toutes faites, ne serait-ce qu’une simple balade sonore. Il faut commencer par donner l’envie et le plaisir d’écouter, en se détachant autant que faire ce peut d’un catastrophisme sonore permanent. Rechercher les aménités, c’est déjà considérer qu’il puisse y en avoir, quelque soit le lieu appréhendé, même s’il faut les traquer dans de micros écoutes, des espaces surprenants, des parcours décalés. J’ai appris, à force d’écoutes, d’errances, de repérages, à trouver assez vite  l’oasis (sonore) que cache tout désert, pour reprendre une pensée de Saint-Exupéry. Je réfléchis  beaucoup aujourd’hui, à la façon de transmettre ces joies de traquer de belles ambiances sonores, fussent-elles éphémères et parfois cachées. Je pense que cette quête du plaisir, voire du bonheur d’entendre, de s’entendre avec, est une clé pour ouvrir des approches plus intelligentes, variées, entreprenantes sur l’idée d’un paysage sonore qui pourrait aussi se penser en amont, et non pas tenter de se soigner lorsque le chaos s’installe, et pire encore, est déjà installé entre les deux oreilles.
Le partage d’écoute, au-delà d’un simple exercice pédagogique, est au centre du projet. La relation instaurée entre un groupe de promeneurs écoutants doit être forte, l’expérience vécue intense, quitte à bousculer le train-train d’une l’oreille assoupie, voir refermée, sclérosée par le ronronnement ambiant. Il nous faut savoir plonger dans ce ronronnement pour en découvrir, au-delà d’une apparente uniformité, mille richesses intrinsèques, comme lorsque la loupe vient nous révéler l’extraordinaire complexité, et beauté, d’une simple roche, feuille d’arbre, ou sillons d’une main. C’est avec ce regard/écoute aiguisé, excité, que nous devons nous défaire de jugements par trop approximatifs, ou excessifs. Pour cela, chaque lieu, chaque moment, chaque groupe doivent être envisagés comme une nouvelle expérience, qui nous conduira à rechercher des postures physiques et intellectuelles des plus stimulantes, ouvertes vers l’espace acoustique, mais  aussi vers l’homo-écoutant.
Dés lors, le rapport que l’on pourra avoir avec l’aménageur, l’architecte, le paysagiste, l’urbaniste, l’écologue, le chercheur, l’enseignant, le promeneur, sera sans doute plus riche, plus dynamique, et plus fécond.
Envisager des écosystèmes acoustiques comme des espaces certes fragiles, comme tout écosystème du reste, sous des angles esthétiques, avec une recherche de la « belle écoute », comme des espaces publics où l’oreille a aussi son mot à dire, est un défi à relever, pour moi, au quotidien. Considérer que le son puisse être un véritable patrimoine à gérer, à transmettre, que le son d’uns cloche ne se mesure pas seulement en décibels, mais aussi en terme de phare auditif qualitatif, qui vient lutter contre l’uniformisation de la ville-voitures, que l’implantation d’une fontaine doit être réfléchie en terme de puissance sonore pour ne pas écraser acoustiquement une place, tout cela ne s’impose pas vraiment comme des réflexions et réflexes naturels.
Le fait de reposer une oreille neuve, curieuse, aventureuse, réjouie, de consigner ses écoutes, d’échanger, d’expérimenter mille parcours et postures ad hoc en fonction des lieux, de concevoir des conditions d’écoutes inouïes, même très modestement, et peut-être surtout très modestement, en se contentant de décaler le quotidien, est un programme des plus passionnants, et qui plus est bien loin d’être achevé. Avant tout, même si nous vivons dans un monde qui semble s’emballer, pour le meilleur et pour le pire, il faut faire en sorte que la joie demeure, celle d’écouter, qu’elle se partage, qu’elle nous questionne, qu’elle nous pousse à réagir, à agir, qu’elle nous procure des espaces de bien-être pour affronter de multiples tensions, en faisant d’ailleurs en sorte que l’espace sonore soit plus une musique collective qu’une tension supplémentaire.

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AUDIO SALINA

Lorsque la Saline Royale d’Arc-et-Senans s’éveille

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En marge d’une rencontre et de la poursuite d’un projet autour de l’installation sonore « Les échos de la saline »
7H30, le jour achève paresseusement de se lever, dans une belle lumière diaphane, oscillant entre bleu et blanc, jouant avec les façades de la saline qui s’ébroue de lumières.
Cette douce et fraîche ambiance célèbre à sa façon le premier jour d’automne.
Je suis assis sur un banc, sous de vénérables marronniers rougissants, respirant et aspirant la chaleur et les sons encore fragiles de ce majestueux enclos.
L’herbe est encore toute blanchie de rosée, se séchant au jour naissant.
De grandes envolées bavardes, dévalant d’un toit pendu, traversent à grands cris effarouchés la pelouse centrale pour se poser sur le toit opposé.
C’est un incessant ballet de choucas gueulards, décollant dans des bruissements d’ailes frottées, comme des tissus feutrés et sonores, fait entendre des appels de masses qui résonnent dans la quasi absence de bruits matinaux.
Des passereaux, eux aussi réveillés, se font entendre ici et là, à l’orée des jardins, beaucoup plus discrètement.
Deux sèches détonations claquent et résonnent dans la forêt voisine, des chasseurs déjà à pied d’œuvre.
Des premières portes et volets qui s’entrouvrent, claquent, grincent, et des voix encore timides et parsemées, comme engourdies, le site sort progressivement de sa quiète torpeur.
Les voix et les pas crissants se font petit à petit de plus en plus nombreux, égaillant et animant le site, alors que la lumière s’affirme sur les façades de pierres formant un hémicycle rigoureux.
Un camion s’infiltre entre les bâtiments, secouant sans ménagement les restes de tranquillité ambiante.
Suivi d’un tracteur ratissant dans de bruyants allers-et-retours les allées sablées, un brin (trop) imposant pour moi, après le progressif crescendo sonore dans lequel je viens de m’immerger.
Il est temps je pense, de couper les micros et de mettre l’écoute en veille.
Néanmoins, cette Saline dans laquelle je suis régulièrement revenu ces temps-ci, ne m’a pas tout livré de ses sons, tant s’en faut. Elle m’invite de la sorte à revenir. Elle me convie à guetter de nouveau, au lever du jour, ou à nuit tombée, ses secrets auriculaires, ses paysages sonores intimes qui parfois s’ébrouent de murs en murs, d’échos en échos, d’arbres en arbres… Audio Salina.

PS : J’ai effectué à ce moment là un enregistrement audio qui, au final, était si peu représentatif, si décevant, qu’après l’avoir écouté, je l’ai effacé dans la foulée pour ne garder que l’écrit.

Texte écrit suite à un banc d’écoute le jeudi 22 septembre à 07H30, à la Saline Royale d’Arc-et-Senans (25)

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POINTS D’OUÏE ET DOUCES RÉSISTANCES

POINTS D’OUÏE ET DOUCES RÉSISTANCES

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La résistance à une vitesse croissante, écoute et marche au ralenti
L’accélération comme un mode de vie n’es pas chose naturelle, ni souhaitable, et encore moins supportable. C’est une contrainte aliénante, regard fixé aux aiguilles d’une horloge, pied au plancher, fuite en avant, sans plus voir ni entendre ni paysage, ni congénères, ni paroles,ni conviction.
Lever le pied, façon marche qui semble perdre son temps et gagne celui de l’écoute, qui s’offre le luxe de décélérer, de ralentir, envers et contre tout, ce qui devient sereinement vital.

La résistance d’un paysage qui n’est plus (que) visuel
Et si l’oreille a droit de citer, de cité, ou ailleurs… Un paysage bâti sur des fragments sonores. Des fragrances vibratiles qui s’étirent jusqu’au creux du colimaçon, réceptacle où se distillent des espaces à ouïr, en toute auricularité, si surprenante soient les paysages.

La résistance de sons décalés, décontextualisés/recontexcontualisés
Transporter ici ce  qui devrait, ou pourrait être là, ailleurs, un bruissement de mer au cœur de la cité, par exemple… Et inversement… Ou plus surprenant… Un jeu de l’ouïe auquel peut s’adonner celui qui sait cueillir, conserver, déplacer, triturer, restituer, des formes éphémères de bouquets  sonores. De l’indigène à l’exogène, une certaine artificialité – constance paysagère en fait, un jeu de construction incontournable. J’extraie, je déplace, je force un peu l’espace, je fabrique de l’existant, qui avant n’existait pas, et très vite disparaîtra, pour un autre excitant, tout aussi fugace, vers une écoute sur mesure, je fabrique…

La résistance d’occuper l’espace public « sauvagement »
S’installer là où je veux, à l’instant que j’ai choisi, en optant pour telle ou telle écoute, posture – solitaire ou collective – pour tel ou tel geste, silencieux ou  non, hackeur respectueux d’espaces auriculaires à déflorer… Occuper un point d’ouïe, que l’on vient tout juste de décréter comme tel, lui donner une consistance du simple fait de le reconnaître ainsi, sans autre préavis – avec en bonus l’offrande vers de multiples oreilles tendues, qui pourront l’accepter, sans même le savoir, sans même s’en apercevoir !

La résistance du rêve et de la douceur, de l’aménité contre une violence latente
J’aspire aussi, par mes oreilles incluses, complices si possible, à un apaisement decrescendo, un fondu au son tranquille, un presque glissement vers un silence non oppressant, une calme dérive au pas à pas, des points d’écoute écoute tout en douceur, celle-ci fût-elle utopique –  oasis sonore où se ressourcer, se rafraîchir, réconcilier l’oreille parfois trop molestée dans un monde tourmenté… Quitte à convoquer l’utopie jusqu’au creux de l’oreille.

La résistance d’une géographie revisitée par l’oreille
Des terrains sonores résolument hétérotopiques – géographies soniques encore in-cartographiées, terrains vierges à imaginer au gré d’océans sonores, d’iles et de langues de terre matrices de chemins sonores in-foulés – dans l’idéal une géographie auriculaire de non-lieux, ou une exploration géomatique via moult cartographies sonores à dessiner en voyageant de l’oreille…

La résistance du non spectaculaire, et la trivialité en exergue
Pour fuir le tape-à-l’œil en même temps que le tape-à -l’oreille – Pour se rabibocher avec son quotidien, ne pas forcément chercher plus loin, trop loin,  toutes les richesses à portée de main, à portée d’oreilles – pour rester accessible à nombre d’écouteurs potentiels que le trop clinquant, ou le trop hermétique repousserait, sans toutefois tomber dans une populiste facilité – il nous faut résister à l’excès du spectaculaire auriculaire sur-affiché.

La résistance du relationnel du faire ensemble dans l’espace public
Pour ne pas faire, terriblement, seul, pour envisager l’altérité comme un salutaire échappatoire  à l’écoute individualiste, pour prôner le partage en valeur incontournable, l’oreille solidaire plutôt que solitaire – pour marcher en croisant les regards et les écoutes en confrontant nos émotions qui naitraient de la musique du vent, des machines et des voix, du monde.

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE À NANTES

Balades des arts so Nantes

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Desartsonnants est de retour à Nantes, dans cette belle cité où la Loire commence à songer à se perdre dans l’océan, pour quelques nouveaux PAS – Parcours Audio Sensibles, dans le fief des Petits Lu.
Il est pour l’occasion invité par l’association Apo33 dans le cadre du festival Electropixel #6, l’édition de cette année étant basée sur le détournement urbain, ou le Poverhack, dont la balade sonore serait un volet en mode doux.
Repérage un brin humide, météo capricieuse et changeant à l’envi, mais rien d’étonnant dans ces parages océaniques.
J’y retrouve très vite des repères quasi immuables, à l’échelle du temps de la cité en tout cas, et à celle de l’Ile de Nantes plus particulièrement, où je me promène aujourd’hui, et où j’ai déjà, dans précédentes visites créé et animé d’autres parcours auriculaires
Il faut dire que, depuis quelques déjà nombreuses années, cet ancien quartier de docks portuaires a connu, et connait encore, un gigantesque chantier de requalification urbaine, où grands bâtiments publics, écoles supérieures, pôles de compétences divers, lieux culturels et touristiques se côtoient de façon assez intelligente dirais-je. Ce vaste délaissé industriel, et auparavant port aux tristes souvenirs d’une colonisation esclavagiste, se voit offrir un lifting de grande ampleur. Quelques lieux emblématiques y ont trouvé place, telles les Machines de Nantes, où sont conçus des géants, hommes, animaux, machines robots imposantes, fabriqués notamment pour la célèbre épopée du Royal de Luxe, un des fleurons Nantais, voire Français des arts de la rue. Cette activité n’est pas du reste sans colorer un espace public de barrissements, de tintamarres ferraillant d’objets mécaniques et de la joyeuse rumeur du nombreux public qui y afflue. A l’autre bout de l’Ile, le départ d’un autre grand projet culturel et artistique, l’aménagement de l’estuaire reliant Nantes à Saint-Nazaire par l’installation de sculptures monumentales, sorte de land-art périurbain impressionnant, plus calme acoustiquement que les machines mais non moins surprenant.
Entre les deux, un espace de promenades riche et diversifié, composés de paysages urbains contrastés, où la Loire vient assurément jouer un rôle des plus important, un fil rouge, ou plutôt bleu/vert, entourant l’ile de ses bras  frontières, et qui font de cette partie de la ville un « lieu à part » dans la cité.
Au départ, en se faufilant dans la hall agitée les Machines de l’ile, beaucoup de voix, notamment celles d’enfants émerveillés, qui nous suivront, ou que l’on suivra jusqu’au bord de la Loire.
Nous frôlons des gens, des manèges, volant ci et là des bribes de sons et de rires, dans un jeu de mixage par l’oreille en marche.
Une série de passerelles métalliques nous guident le long du fleuve, points de vue et points d’ouïe intéressants, où nos pas font résonner des structures vibrantes sous nos pieds, et où le regard est porté sur l’autre rive, vers un grand axe routier très urbaniquement (trop) agité. Fort heureusement, de ce côté, hormis le pont routier, nous ne percevons que la rumeur, assez atténuée, en contrepoint de nos pas.
Un jeu,  l’oreille collée à une très longue rambarde de passerelle métallique nous fait entendre le chant du métal caressé, doucement percuté… Étrange spectacle pour les passants non avertis, que de voir un groupe, l’oreille collée à une barrière, en souriant ou fermant les yeux, passage assez surréaliste mais que j’adore tout particulièrement dans cette communion d’écoute(s) et d’écoutants.
Lors d’une deuxième balade, les quais de la Loire sont partiellement occupés par une vaste et tonique « sieste goûter sonore » très électro, qui nous martèle et nous assène de sourds et puissants rythmes de basses.  A chaque jour sa promenade ! Les rythmes de basses, même très atténués lorsque nous nous éloignons du site, seront en fait, une sorte de rumeur continuum, presque un étalon sonore nous faisant prendre en compte les champs, profondeurs et distances du paysage sonore, des échelles quasiment cartographiques à l’oreille, du territoire parcouru. Nous faisons le tour de cette fête en plein-air, jouant à s’arrêter là ou l’écho trouble l’audition en répercutant des rythmes sur de vastes façades qui perturbent les localisations, trompent nos oreilles, puis, modifions le circuit préalablement repéré car l’accès aux passerelles métalliques est ce jour interdit, occupées par des régies techniques.
Nous pénétrons au cœur de l’ile. Apaisement soudain. Une ruelle offre un surprenant concert d’un tout autre genre que le précédent, tout en grondements, gémissements, cliquètements, souffles rauques de ventilations, toujours différentes, du reste, et parfois muettes, selon les moments. Une  forme  d’installation sonore sauvage, involontaire et capricieuse, aléatoire, mais pour moi assez réussie, surtout si l’oreille se risque à la considérer avec une curiosité musicale, et c’est bien l’un des enjeux de ces PAS.
Lors d’une promenade, un homme ponce une chaise en bois dans une ruelle. Je trouve la fréquence, et presque le grain du timbre, le rythme, de son outil, grâce à une baguette frottante bricolée, et à la complicité d’un portail métallique résonnant. Un jeu en imitations réponses est alors amorcé. L’homme s’en rend compte et me sourit, surpris de ce dialogue à l’improviste, en s’amusant avec les élément sonores du moment. Je fais de même lors d’un passage d’avion à basse altitude, et il en passe beaucoup sur la ville. Les promeneurs s’en amusent mais cette fois-ci, le pilote dans les airs ne peut pas rentrer dans le jeu, ou bien fort  involontairement… hasard et sérendipité très appréciés lors de ces PAS.
Un mail piéton, planté d’arbres en bac, retour à une sorte de sérénité urbaine, avec peu de monde durant ces vacances, les touristes ne s’aventurent guère en dehors des sentiers touristiques bien balisés, et où ils trouveront des choses plus spectaculaires et sans doute rassurantes.
Dans ce mail, une cour intérieure est animée d’une curieuse fontaine aux sonorités surprenantes, autre repère stable depuis ma dernière visite déambulatoire, il y a maintenant 3 ans. Ici, le jeu consiste à ausculter les glouglouttis de l’eau à l’aide de différentes longue-ouïes, stéthoscopes, dans une approche résolument ludique. J’ai du mal à arracher les écouteurs de cette fontaine et pourtant, l’heure tourne, et j’ai quelques contraintes horaires à respecter, liées à la programmation du festival.
Un parking, classique lieu d’écoute décalée, nous offre un terrain de jeu magnifique, de par ses passerelles métalliques cloisonnant chaque étage. Des voitures ronronnent, grondent, des claquements de portières joliment réverbérées, des rythmes métalliques de grilles sur lesquelles passent les autos, des couloirs sas, à l’acoustique soudainement très sèche, suivies de réouvertures dans de véritables cathédrales de bétons, animent la déambulation dans ce lieu surprenant à l’oreille. Clou du spectacle, une pause sous une passerelle ajourée sur laquelle passent les voitures avec forces sons, quelques centimètres au dessus de nos têtes, créant dans un premier temps une surprise un brin apeurée, puis le plaisir de cette étrange situation acoustiquenet visuelle. Autre lieu emblématique de ce même parking, le dernier niveau inférieur, plus sombre, encore plus réverbérant, où s’éparpillent de sourdes et presque inquiétantes sonorités… Cet espace est prétexte à une installation éphémère à l’aide d’une dizaine de micros haut-parleurs autonomes, placés de façon à entourer les promeneurs, en profitant de l’acoustique pour les immerger dans d’exogènes sonorités aquatiques et forestières, franchement décalées dans cet univers minéral, et d’ordinaire plutôt dédié aux voitures. Ce même dispositif aura été, lors d’une précédente promenade, disposé dans la cour minérale d’un immeuble, lui-même animée d’une belle  et discrète installation sonore en extérieur. Les sonorités sont dissimulé dans de beaux bardages métalliques, et  conçues par le célèbre artiste sonore Rolf Julius. Après avoir frottée nos oreilles à cette belle œuvre, l’irrévérencieux Desartsonnants ose superposer ses propres sons à ceux de Julius, clin d’oreille néanmoins très respectueux et admiratif pour le du travail  de ce maître.
Avant de quitter les antres du parking, je joue à faire entendre les longues réverbérations à l’aide d’une trompe vuvuzela. Le site me répond bien, en prolongeant avec une réelle complicité mes sons de klaxons souterrains. Il  s’agit simplement de savoir parler eau lieux, et de bien s’entendre avec les espaces traversés.
Au détour d’une rue, nous descendons et nous blottissons dans une large cavité menant à l’entrée d’un parking sous un immeuble. Du fond de cette fenêtre bétonnée, s’élargissant vers l’extérieur, nous regardons et écoutons comme au fond d’ure oreille, dans un cadre visuel et auditif dirigeant nos sens vers le fond de la rue-scène sonore, comme une sorte d’amplificateur haut-parleur dans lequel nous serions réfugiés pour mieux ressentir l’environnement – mise en scène d’écoute via les aléas et ressources terrain et de l’architecture.
Retour progressif à l’agitation humaine et mécanique de la hall des Machines de Nantes, la boucle es bouclée, de pieds et d’oreilles fermes, apparemment pour le grand plaisir des auditeurs d’un jour, qui spontanément questionnent et commentent la balade. Nous aurons, une fois de plus, effectué un parcours totalement  silencieux, pas un mot échangé, des propositions corporelles, des gestes invitant, des regards guidant, le tout nourri de mille sons environnants. Pour clôturer l’expérience, des retours sur des ressentis spontanés, des envies d’écouter plus, autrement, ou mieux, le renvoi dans une sorte d’investissement ludique, qui n’est pas pour certains, sans rappeler une enfance curieuse, qui sait s’émouvoir, s’émerveiller, s’embarquer dans d’autres mondes en jouant de et avec des « presque riens »*.

 

*Hommage au compositeur « paysagiste » Luc Ferrarihttps://www.youtube.com/watch?v=aKq-LRYv1Q4

 

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INSTALLER DE L’ECOUTE

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@Crédit Photo Yuko Katori

Je m’installe devant, dans un paysage, je l’écoute, je le regarde, je l’arpente, et il me dit ce que je peux y faire, et ne pas y faire. C’est lui qui s’installe alors devant, autour de moi. C’est lui qui guide, voire dicte mes gestes, mes actions, mes projets.
Il se pose, à un moment donné, suite à une forme d’apprivoisement mutuel, en contraintes déchiffrées, en évidences décelées. Il me saute aux yeux, et aux oreilles. Il s’offre comme je m’offre à lui, dans une respectueuse synergie.
Il me faut pour cela une certaine lenteur, une prise de temps à ménager, un non stress me protégeant d’agir dans l’urgence, dans le superficiel, tout ce qui met à mal la connivence.
Alors s’installe l’écoute.
Alors s’installe l’écoutant.
Alors peut s’installer le partage.
Cette connivence artiste paysage établie, pour moi aussi via le canal auditif, je pourrai dés lors, en toute honnêteté, inviter à écouter ensemble.
Certaines fois, les connections sensibles s’opèrent rapidement, logiquement, avec aisance et facilité.
D’autres fois, le territoire résiste, moins spectaculaire peut-être, ou plus réservé, plus taiseux, plus secret.
Il faut alors user de patience, varier les angles d’écoute, gratter les interstices, coller l’oreille à la matière-même pour chercher le presque indicible, afin de bien m’entendre avec les lieux.
Il me faut également chercher les manières de partager intimement ce qui ne s’offre pas spontanément à l’oreille. Le paysage alors se mérite, il nous demande des efforts pour en jouir enfin.
L’écoute se déploie alors, s’installe comme une oeuvre collective, relationnelle, fusionnelle, émotionnelle, à 360°.

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@crédit photo Maxime Jardry

DU TERRITOIRE AU TERROIR SONORE

PARCE QUE L’ECOUTE ET LA CONSTRUCTION AUDIO-PAYSAGERES NE SONT PAS CHOSES SI SIMPLES

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j’au décidé d’être artiste, écoutant engagé, marcheur arpenteur

une oreille vers les autres, respectueuse

un regard et une oreille vers le paysage, multiple, partagé

d’avoir une concience écologique, voire écosophique assumées

un engagement social, politique

je tente de mettre en Oeuvre, ou espère bien le faire

des communs à stimuler, partager, révéler

des patrimoines à défendre, à protéger, à voloriser, à portée d’oreille(s)

des réseaux à construire, inter-disciplinaires, trans-disciplinaires

de méthodologies et outils à co-concevoir, diffuser

une ou des économies alternatives à intégrer, développer

des croisements de pratiques, de savoirs, de points de vue et de points d’ouïe

des ancrages in situ, territoires et terroirs sonores

des territoires à écouter, aménager

des territoires mille-feuilles, sons compris

une sensibilisation – transmission et un enseignement nécessaires

une recherche impliquée

des expériences de terrain, et terrains d’expériences, collectives

des modes d’écritures croisées

des ressources elles aussi collectives, participatives

un tourisme culturel, intelligent et respectueux

Une pensée locale, en même temps qu’universelle

une modeste mais réelle philosophie de l’écoute, essentiellement paysagère et environnementale

Une approche humaine, au service des autres

des croisements et rencontres, des ouvertures

une intermédialité non exhaustive, non contraignante

une démarche sensible

des passerelles et actions convoquant des projets arts/sciences

des invitations et échanges publics-chercheurs-artistes-pédagogues-élus-aménageurs-techniciens-entreprises, et plus encore si affinités…

des lieux connectés, un maillage d’acteurs, de penseurs, de décideurs, de passionnés

une histoire, des récits, des narrations à écrire, à plusieurs voix

une idée, une pensée, du territoire au terroir sonore

et du plaisir de faire ensemble !

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE EN ARDOINAIS

OREILLES EN SEINE, ET EN ECRITS

PAS-Parcours Audio Sensible en Ardoines

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Vitry sur Seine, quartier des Ardoines, le retour.
Après y avoir effectué une première balade, PAS – Parcours Audio Sensible en nocturne, l’an passé, je ramène mes oreilles, entre industries et bords de Seine, quartier des Ardoines, par de chaudes journées estivales.
Ces parcours d’écoutes s’inscrivent dans la programmation de « Gare au théâtre« , structure culturelle vitriote initiatrice entre autre des Balades en Ardoinais.
Entre repérage et parcours d’écoute collectif, tout de même une trentaine de personnes en ce mois d’août, des sons me reviennent aux oreilles, et j’en découvre quantité d’autres, sur un itinéraire parfaitement identique à celui de l’an passé.
Identique en tout cas au niveau du trajet, car pour ce qui est des ambiances, vraiment très différent.
Aussi différent que le jour et la nuit, car le précédent partait à 21H, entre chiens et loups, et ce dernier à 14H.
Villes en répétitions…
Des RER qui rythment le paysage, nous partons en effet d’une gare à l’autre (Les Ardoines – Gare de Vitry).
RER feulant, grondant, ferraillant, cliquetant, dans le vacarme de la proximité, ou dans l’étouffement du lointain, ou dans un entre-deux… selon les endroits.
Une scène que j’adore, nous somme tous accoudés sur un pont surplombant les voies du RER, un immense tuyau nous occulte la vue au loin, le paysage, nous laissant apercevoir en contre-bas, juste une très étroite portion de rails.
Attente… Assez courte du reste… Les rails se mettent à chanter, à vibrer, à gémir, et soudain, un, puis deux RER passent en trombe, prenant nos sens par surprise, surtout la vue. Effet acousmatique, cinétique, surprise…
Glissements.
Des rails impétueuses aux usines relativement calmes, en passant par de courtes séquences habitées, et puis bien sûr, la Seine q’on longera un moment donné, assez longtemps, passage inévitable.

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Transitions de ville en franges de ville.
Des rythmes différents, des rumeurs différentes, des ronronnements, des chuintements furtifs, des ambiances diffuses, et industrieuses.
Assez peu d’humains, bien que…
Etranges atmosphères.
La ville-travail à l’oreille, qui persiste et résiste, jusqu’au mois d’août.
Un lourd portail métallique se met en branle, nous venons y tendre l’oreille de près. Il s’ouvre dans une séries de grincements-gémissements, lentement, laissant s’échapper au dehors les résonances d’un vaste hangar, et se referme de même. Fin de la séquence.
Visions sonores.
Les yeux participent à l’écoute. Ils fabriquent eux aussi, parfois, du non entendu.
Ils nous font imaginer, vivre, recréer, des ambiances virtuelles, mentales.
On entend ainsi les discours, dialogues, les grondements des tyuaux, des cheminées, des engins, engins forcément mécaniques, des matériaux chahutés, puis des grues immobilisées, le tout visuellement sonifère.
Et puis nous voilà, une rue rapidement traversée, presque sans crier gare, sans qu’on s’y attende vraiment, au bord de l’eau.
La veille, j’avais déjà été promener mes oreilles en bord de Seine, dans une portion de Paris Plage, profitant de la douceur pour me prélasser sur un confortable transat. L’écoute fut rythmée de fréquents passages de bateaux
mouches, desquels s’échappait une bouillie vocale amplifiée, paroles yaourtes des guides, s’extirpant de mauvais hauts-parleurs, non sans rappeler les annonces de gare entendues de loin, façon Tati.
La méandreuse Seine structure la capitale dans un dépoiement de paysages propres aux fleuves se coulant sans complexes au sein-même de l’urbanité.
Mais revenons à notre balade.
La Seine s’étale devant nous, exactement, aquatiquement rafraîchissante.
Et tout change, se transforme à nouveau.
Estompement assez rapide des voitures.
La Seine se prélasse, séparant gentiment mais nettement vitry d’Alforville, chacune se regardant tout en se mirant dans les ondes traversantes.
Pour écouter le fleuve, il faut tendre l’oreille, s’y pencher, aller dénicher les glouglouttis, surtout aux abords des pontons et installations portuaires, imposantes machines à roues, bassins desservant la centrale thermique voisine. Autre silouhette emblématique du quartier que cette centrale, avec ses deux énormes cheminées phares totémiques blanches et rouges.
La Seine est donc peu audible, sauf quand passe une péniche qui vient réveiller la tranquilité de ses eaux estivales  allanguies.
Dans le sillage des bateaux, des vagues viennent s’écraser à nos pieds, clappotements qui vont en s’estompant progressivement, jusqu’au prochain passage.
La traine des bateaux déchaine également, superposées aux ronronnements des moteurs, de sourdes et grondantes bulles sonores, jolis et étranges chants qui se résolvent en petites explosions mouillées de graves écumes.
Les chemins de berges sont rythmés de pas rapides de moult joggers, qui font crisser le gravier des sentes, tout en soufflant rythmiquement – cheu/cheu..Cheu/cheu..Cheu/cheu… Puis des vélos discrets, et de simples marcheurs
conversant…
Sous une imposante trèmis, j’installe momentannément des sons aquatiques justement, et acousmatiques, autour du public, profitant des réverbérations locales – Petites séquence musicale décalée, qui fait son effet en venant réveiller l’oreille, la tirer vers d’autres ambiances à mi-parcours. l’expérience durant deux bonnes heures, il convient de varier les postures, les surprises, pour redynamiser de temps à autre, notre potentiel de promeneur écoutant.
Plus loin, ce sera la structure métallique d’une grue portuaire que nous ferons chanter à l’aide de baguettes frottantes, l’oreille des promeneurs collée à même la matière, qui nous offrira une série d’harmoniques amplifiées assez incroyables. L’expérience d’écoute à »oreille collée » avait déjà été faite sur un large portail et des grilles métalliques. Micro-musique des matières… Aller vers le détail habituellement inouï, passer de macro à de micro paysages auditifs.
Une clairière herbeuse accueil une fête, un rassemblement de motards. La musique amplifiée va rebondir sur les berges et les bâtiments d’en face, dans un effet d’écho/résonance des plus spectaculaires, pour notre grand plaisir d’écoutants.
Le matin, lors de l’ultime repérage, c’est un saxophoniste solitaire qui travaillait dans ce même endroit, des traits d’une musique résolument be-bop.
Nous passons sous un large pont en travaux. Ces derniers généraient lors du repérage matinal, d’incroyables cliquettis qu’hélas, je ne retrouverai plus cet après-midi. Mais c’est le quotidien de ces PAS, et j’en ai depuis longtemps pris mon parti. D’autres surprises viennent compenser.
Au terme de ce trajet riverain, une chute gronde sourdement, coupant radicalement la Seine tandis qu’une écluse permet aux embarcations de l’éviter.
Replongée dans les usines et entrepôts qui, en ce samedi après-midi, se sont en grande partie vidés, désertés, immergeant les lieux dans une torpeur, un assoupissement reforcé par une chaleur prégnante.
Nous longeons, via un étrange sentier, les voix des RER, que nous retrouvons et suivons cette fois-ci de très près, à l’approche de la gare de Vitry, notre point de chute. Notre marche est alors régulièrement scandée perturbée de passages de trains, à assez grande vitesse, qui nous assaillent dans une tempête de bruit zébrant l’espace d’éclairs d’acier. Nous ressentons une certaine insécurité, ou fragilité, face à ces monstres tonitruants, mais une expérience somme toute, et paradoxalement assez euphorisante.
En contrepoint à ces sonorités agressives, certains d’entre nous portent, et s’échangent des petits haut-parleurs qui distillent tout au long du groupe une douce méloppée, venant reconstruire une entité acoustique dans notre « procession sonore » qui arrive à son terme.
Rendus au théâtre, nous appréçions des rafraîchissements bien mérités. Je dis quelques mots sur les principes de l’écologie sonore, comme au terme de beaucoup de mes PAS. Après cette expérience de partage d’écoute, et les nombreuses scènes et ambiances acoustiques traversées, l’oreille saisit et entend généralement bien le message.
Cherchons ensemble, envers et contre tout, la belle écoute.

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NB : Le quartier des Ardoines à Vitry connait actuellement une vaste restructuration urbaine, classée Opération d’intérêt national (OIN), et inscrite dans des projets d’envergure du Grand Paris. Les balades urbaines en Ardoinais, y compris sonores, qui y sont menées, permettent de se mesurer au terrain sensoriellement, et de vivre ses transformations in situ.

Desartsonnants aime tout particulièrement placer l’écoute à l’intérieur de projets liés tant à de nouvelles formes de tourisme culturel, qu’à des problématiques d’aménagement du territioire.

INAUGURATION D’UN POINT D’OUÏE À MONTBARD

MONTBARD, DOUBLE POINT D’OUÏE ET LIGNE D’ÉCOUTE

Parc du château Buffon de Montbard, le lundi 18 juillet à 16H, pour la World Listening Day

28435036656_5bf8bbb260_n1Crédit photo @Yuko Katori

Jour J-1, 17 juillet vers 12H, repérage
Nous avons envisagé cette inauguration sur le site du Parc du château Buffon, car sa position dominante sur la vallée, ses différentes terrasses, chemins, falaises et escaliers donnent l’occasion d’effectuer un PAS-Parcours Audio Sensible préalable, riche en diversités acoustiques. C’est une façon de se mettre l’oreille en appétit avant la cérémonie d’inauguration elle-même.
Je découvre à cette occasion, merci à l’ami Jean Voguet qui m’accompagne dans l’écoute et me guide pour cette préparation, un chemin-escalier escarpé et sinueux, qui longe une enceintes extérieure du parc Buffon, et fera une belle entame de promenade écoute.
Lors du repérage, nous arrivons au sommet du sentier-escalier à midi tout juste, au pied de l’église du château, dont la cloche nous gratifie à point nommé d’une belle volée, pour l’angélus de la mi-journée. Un arrêt s’impose pour profiter de cet appel d’airain, juste sur nos têtes, car je sais pertinemment que nous ne l’entendrons pas demain. Cette longue volée n’en finit pas de s’éteindre, espaçant progressivement ses coups, nous faisant croire que c’est le dernier, avant que de repartir sur son inertie du mouvement balancier. C’est un beau decrescendo, un ralentissement capricieux, qui nous fait entendre, dans les derniers silences de plus en plus longs, l’étrange bourdonnement, un brin « faux », ou en tout cas inharmonique, comme diraient les acousticiens, de la cloche battante.
Ces derniers battements éteints, un chant nous parvient, ponctué de paroles dans une résonance très accentuée. Il s’agit de la sortie de la messe dominicale, qui s’échappent des fenêtrons de l’église et par la porte principale ouverte. L’orgue s’’y joint, véloce et magistral, remarquablement bien joué du reste… Un enchainement d’une belle séquence sonore que nous n’aurons pas non plus demain, pour le parcours officiel. Tel est la vie  toujours changeante d’un paysage sonore, au jour le jour. Demain sera tout autre à l’oreille !
Arrivé sur la terrasse haute du parc, nous pensons à deux points d’ouïe possibles, que nous avons préalablement déjà écoutés, lors de la préparation et de l’installation plastique et sonore Canopée.
Un choix cornélien qui nous fait prendre une décision pour trouver un nouveau modèle de points d’ouïe, inédit et donc inouïe. Il sera cette fois-ci double, relié par  une ligne d’ouïe, une ligne d’écoute, permettant le passage auriculaire, en marchant d’un point à l’autre. Explication au chapitre suivant.

28467646675_528889590a_kCrédit photo @Yuko Katori

Jour J – 18 juillet à 16 – PAS et inauguration
Rendez vous dans la cours du Musée Buffon, en présence de Madame le Maire, le Directeur culturel du musée, et un groupe d’oreilles curieuses, intriguées par l’étrange idée d’inaugurer un Point d’ouïe.
Temps chaud, très chaud, voire caniculaire.
Un petit moment d’explication autour de la World Listening Day, des principes d’écologie sonore que défend cette journée, de la notion de PAS* ou de son histoire aux regards des soundwalks Canadiens et Nord-Américains.
Nous nous ébranlons, dans cette marche d’écoute collective, que je guide une fois de plus, avec ce sentiment de bien-être, de joie même, lié à ces moments de partage où l’on sent une énergie, celle de l’écoute partagée, qui émane de notre petite communauté du moment. Je répète souvent cela, mais c’est tellement énergisant dans un monde parfois timoré, où la communication se fait très (trop) souvent à coup de mails, de chats et de SMS. J’arrête là cette digression sociale pour reprendre le fil de la marche, et de l’écoute.
Nous gravissons progressivement de très anciens escaliers, entre deux murs épais, longeant le parc du château. Une toute petite partie de la ville se montre, cernée, cadrée, encadrée dirais-je, par une fenêtre visuelle et auditive, tranche verticale de ville qui dessine derrière nous. Nous nous retournons, lui faisons face de temps à autre, au fil des paliers, pour la regarder/écouter. A un moment, bel impromptu, presque à croire qu’il était programmé, une mobylette passe, gaz à fond, dans cette partie escarpée. Elle s’affiche brièvement dans l’encadrement en contre-bas. On l’entend arriver, sans la voir, dans un premier temps, dans un crescendo bourdonnant. Puis elle franchit très vite notre espace-fenêtre, le son subitement perçu très fort, disparait assez vite, laissant se réinstaller une calme et ténue rumeur urbaine. J’adore ces instants où l’on découpe l’écoute en fenêtres spatio-temporelles, très fréquentes dans l’espace urbain, effets garantis, et qui sont visiblement fort appréciés des promeneurs.
Un peu plus haut, dans le même chemin, je décide de décaler l’écoute en installant, via de mini haut-parleurs autonomes, huit sources sonores forestières et aquatiques, micros bulles sonores spatialisées, qui se répondent et s’installent de façon presque incongrue dans ce lieu minéral. Instant d’écoute acousmatique, après lequel nous laisserons à nouveau se réinstaller les sons « naturels » de l’espace.
En haut de l’escalier, plusieurs virages à angles droits viennent nous couper de la ville, nous sommes enserrés par les murs et les sons urbains étouffés par ces derniers, seule la gente avicole permet une sorte de continuité, notamment avec un beau chant d’oiseau. C’est un merle virtuose, fier et impétueux, qui semble nous suivre, et nous guider vers le haut.
Débouché sur la terrasse supérieure, qui domine Montbard sur deux versants Est et Ouest. Nous écoutons tout d’abord le centre du parc, où des sonorités assez indéfinies émergent des deux vallées, avant que de longer la muraille Ouest, donnant une vue sur le versant plus rural de la ville. Au bas, de grands arbres qui bruissonnent sous les caresses du vent. En contre-bas, des usines, des aciéries, muettes à cette période estivale, mais qui, aux dires des promeneurs, rythment la vie de la ville par leurs sons des « tubes » manipulés, barres métalliques fabriquées ici, et signature acoustique locale incontournable. On peut d’ailleurs jouer aux sons-fantômes, à les entendre dans sa tête, surtout que nombre d’entre nous les connaissent pour les avoir déjà entendus, et peut-être même écoutés, qui sait.
Quelques oiseaux rythment notre marche, mais la chaleur étant assez prégnante, beaucoup moins que ce que nous avons connus précédemment, lors de l’installation de Canopée, où choucas, corbeaux et passereaux se partageaient les arbres avec forces cris, surtout choucas et corbeaux ! Ici, ce sont plutôt des chants isolés, ciselés, discrets par rapport à certaines périodes d’écoute dans ce même parc.
Arrivés contre la tour située à l’extrémité de la terrasse supérieure, nous profitons du surplomb pour écouter, en contre-bas, l’installation sonore et avicole d’un certain Desartsonnants, vue et entendue du haut, effet canopée oblige. Des sons d’oiseaux, un brin remaniés il est vrai, émergent ici et là, se mêlant aux « vrais» oiseaux, semant parfois le doute sur le qui est qui, qui est rapporté et qui est indigène, qui est un véritable syrinx emplumé et qui se cache derrière un micro-haut parleur suspendu sous la frondaison sylvestre.
Puis nous revenons vers le centre du parc, pour préciser notre choix sur le, ou plutôt les points d’ouïe. en effet, cette terrasse haute du parc domine deux versants très différents de la vallée, côté Ouest et côté Est, avec des couleurs sonores, ambiances, sources, effets acoustiques somme toute très différents. Côté  Ouest, une rumeur tranquille, des arbres bruissonnants, la rocade au loin… Côté Est, la ville très proche  à nos pieds, des voitures, des voix, des sons plus émergents, plus diversifiés et plus denses sans doute, selon les heures et les saisons.
Cruel dilemme, choix cornélien, quel point d’ouïe élire pour l’inauguration ?
Réponse adaptée à ce cas de figure particulier : les deux – un à l’ouest, l’autre à l’Est, quasiment en vis à vis. Nous décidons de tracer entre les deux, pour les réunir, une ligne d’ouïe immatérielle, empruntant un chemin qui mène l’écoutant d’un site auriculaire à l’autre. Il nous faut le parcourir lentement, pour apprécier, dans un long fondu-enchainé, la transition d’une ambiance à l’autre, la transformation progressive du paysage sonore d’un versant à l’autre. Bel exercice d’écoute entre ces deux espaces panoramique, et un lieu rêvé en fait.
Point Est, nous inaugurons officiellement le Point d’ouïe. Madame le Maire, dans son discours inaugural, nous parle avec beaucoup d’à propos et de finesse, d’écoute, de paysages, de vie sociale, de territoire à  entendre, de signatures sonores locales…
Nous inaugurons officiellement ce lieu d’écoute par quelques minutes, non pas de silence, mais d’écoute justement.
Quelques jeux acoustiques, des longue-ouïes pour porter une oreille sur la vallée, et le fait de faire entendre comment, en reculant de quelques pas du mur d’enceinte vers l’intérieur du parc, les sons de la ville s’estompent très rapidement pour laisser place à ceux du parc, et vice versa en avançant vers le mur.
Nous parlons avec la municipalité de la matérialisation, de la localisation et de la pérennisations des points d’écoute, par de petits panels – consignes, qui expliquent in situ, en quelques mots la finalité de ce « portée d’oreilles ». Reste à voir les formes possibles, le parc étant sur un site classé aux Monuments Historiques et donc protégé. Si l’écoute y est totalement libre, l’affichage d’informations pérennes reste soumis à la validation des architectes des bâtiments de France.
Nous finissons par une dernière visite écoute de l’installation Canopée, en empruntant un bel « escalier noir « , à l’acoustique très intime, avant de déboucher sur la terrasse inférieure, vers de toutes autres ambiances visuelles et sonores, au pied d’une falaise sur laquelle se dresse le château Buffon.
Nous nous disons une dernière fois que ce très beau parc constitue un terrain et un écrin d’écoute vraiment privilégié et presque incontournable.
Nous y reviendrons d’ailleurs pour d’autres PAS lors des Journées du Patrimoine, en septembre 2016.
Grâce aux partenariats avec la ville de Montbard, CRANE-Lab, le musée Buffon, Desartsonnants, le festival Ex-voO, Montbard est devenu cette année un lieu d’écoute remarquable et je l’espère remarqué.
Départ pour le deuxième site point d’ouïe à inaugurer dans cette journée, le Prieuré de Vausse, à Châtel-Gérard toujours dans cette belle région de l’auxois. A suivre donc !

Cartographie : ICI

* Parcours Audio Sensibles – @Desartsonnants

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POINTS DE VUE, POINTS D’OUÏE ET ORIENTATION

PAYSAGES ORIENTÉS – BELVÉDÈRES – BELLES-ÉCOUTES

 

41_mfarcypaysagesorientesweb018@Mathieu Farcy – Paysages orientés

La notion de l’orientation, de tables d’orientation, de panoramas, de belvédères – littéralement belle vue – me questionne régulièrement par rapport à l’écoute.

Un point de vue remarquable est-il (toujours) en adéquation, en résonance avec un point d’ouïe, qui serait lui aussi remarquable ?

Peut-on orienter l’écoute ? Et si oui comment ?

Quelle est la part de manipulation sensorielle qui pourrait insidieusement inscrire le regard (et/ou l’écoute), dans une catégorisation restreinte du beau, ou d’un beau commun totalement préfabriqué ?

Et ce questionnement m’amène juste à la délicate question d’une certaine quête identitaire, que se pose également l’artiste photographe Mathieu Farcy, dans le travail autour du « Paysage orienté ».

Ce sont quelques questions, dont certaines récurrentes dans mon travail, qui jalonnent et construisent une réflexion, ici alimentée et en tous cas fortement réactivée par la découverte de ce magnifique travail photographique de Mathieu Farcy.

http://www.mathieu-farcy.fr/portfolio/-belvederes/

 

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CARNET DE NOTES AURICULAIRES MÉDITÉRANNÉENNES

CARNET DE NOTES AURICULAIRES, PIÉTONNIÈRES, AUTANT QUE MÉDITERRANÉENNES

Loupian
C’est un petit village pittoresque, blotti dans la garrigue, tout près de l’étang de Thau.
C’est une halte régulière, depuis quelques années, pour y retrouver des amis, les créateurs et programmateurs l’espace 0rJJ25, cette année à l’occasion des 10 ans du lieu, et d’autre artistes.
Dans ce village, Desartsonnants, pour y avoir promené les oreilles à différentes reprises, retrouve à l’écoute des points de repères, passages voûtés, placettes ceinturées d’épais murs, grande rue, place centrale  et terrasses de cafés, bancs adossés aux murailles médiévales, magnifique acoustique de la chapelle Saint-Hippolyte… des lieux testés lors de précédents PAS – Parcours Audio Sensibles.
Cette année, ambiance festive, une série de performances et de concerts, d’expositions, viennent animer le centre du village pour l’anniversaire de l’0rJJ25.
Desartsonnants, invité à la fête, décide d’intervenir de façon légère, mobile, à l’improviste, autour de trois postures d’écoute en duo, enchaînées, ou non, à la carte.
Première phase, nous nous asseyons côte à côte, sur des chaise posées ici ou ailleurs. Je propose à mon co-écoutant de chausser une paire de lunettes au travers desquelles on ne voit absolument rien. Posture d’écoute en aveugle. Immersion auriculaire durant quelques minutes, on s’imprègne des ambiances environnantes, on habitue l’oreille à être quasiment seule maître à bord.
Puis doucement, je commence à approcher des oreilles de mon co-écoutant de douces sonorités exogènes, pour un massages sonores spatialisant autour de l’écoutant des sons issus de matières récupérées ici ou là – papiers, bois, boite à musique, billes, pailles de fer,  petits objets divers qui viennent bruisser tout près des oreilles, sans les toucher pour autant, s’approchant, s’éloignant, tournant autour…  C’est une sorte de musique acousmatique, sans dispositif amplifié, sans haut-parleurs, un espace intime au creux de l’oreille, laquelle est mise en appétit pour un PAS – Parcours Audio Sensible en duo, et toujours en aveugle.
Troisième phase optionnelle, néanmoins très demandée, nous partons, main dans la main, effectuer le PAS, une boucle au travers les ruelles et les placette du vieux Loupian. Les sonorités de la fête s’estompent lentement, decrescendo, qui ramènent à l’oreille des sons discrets, ventilation au loin, oiseaux, bruits d’intérieur s’échappant des fenêtres ouvertes en cette belle fin de soirée. Le village se livre, l’écoutant guidé perd ses repères visuels, en retrouve d’autre, l’ouïe bien sûr, la sensation du sol, des micro reliefs sous les pieds, les courants d’air fluctuant au gré des espaces, les sensations d’ombres et de lumière, de chaleur et de fraîcheur… C’est un parcours sensoriel bâti sur la confiance de celui qui guide, sur l’intime, les relations entre des écoutes communes, les lieux parcourus, les sons du moment…
Final crescendo, retour progressif vers la place centrale où les sons de la fête reprennent progressivement le devant de la scène.
On retrouve l’usage de ses yeux, on commente les émotions, l’expérience vécue le temps de ces trois postures d’écoute enchaînées.
Presque 4 heures de parcours enchainés. Une riche et dense expérience à creuser dans d’autres lieux, d’autres ambiances, avec d’autres écoutants, complices d’un instant.

Sète
Deuxième halte sudiste, sous le soleil exactement, dans la ville de Sète.
Ici aussi, des sonorités qui me sont petit à petit devenues familières, au fil de mes passages.
Le port, gréements, mouettes, remous, clapotis, bateaux, vent, un passage commerçant couvert, des halles bourdonnantes, avec de sublimes odeurs et couleurs, des invectives aux accents méditerranéens, et d’autres accents, ou langues, car ce sont, en ce début juillet, les  premières transhumances touristiques…
Les quais sont acoustiquement saturés par une circulation très, très, trop, dense.
Ce week-end, c’est la fête des marins. Défilés de fanfares aux clairons et trompettes un brin désaccordés, ambiances festives, quasi militaires, celles que Brassens, un des héros des lieux, raillait et vilipendait en son temps.
Puis, je monte vers le Quartier du Haut.
Alors, le paysage sonore s’éclaircit, se décante, s’apaise, se désépaissit. Le détail auriculaire reprend droit de cité.
Tout au bout de la corniche, une magnifique vue panoramique, les rumeurs de la ville, mouettes et goélands criards, toujours présents, presque carte postale sonore…
Le cimetière marin, Paul Valéry, des histoires fortement ancrées, si j’ose dire, dans le paysage sètois.
Au bas, la Criée, un nom qui veut bien dire ce qu’il veut dire, une sorte de rituel marchand, assez ésotérique pour le non initié, qu’il faut avoir vu et entendu au moins une fois dans sa vie.
Fin de journée, dans un atelier d’artistes, la Laiterie. Installation in vivo, non prévue initialement à cet endroit, d’une pièce sonore écrite il y a peu, pour et dans une forêt francomtoise. Transposition, délocalisation, un frottement d’univers, des décalages, images anachroniques. Une forêt atypique, au cœur des pentes Sètoise, le son nous joue détours.

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Marseille
Massalia, 10e arrondissement, dans le Jardin du Mas Joyeux
Retour sur un lieu jardin, joliment niché sur les hauteurs du Xe Arrondissements, créé et animé par les amis des Rudologistes associés Sophie Barbeaux, paysagiste et Colin Bailleul, designer. Cet espace est une sorte d’oasis paisible, coupé de la « grande ville » toute proche, où Desartsonnants avait, avec des enfants du centre d’accueil attenant, installé il y a quelques mois un, voire deux Point d’Ouïe  inaugurés et signalisés.
Donc retour à ce point d’écoute, dans ce jardin caché au pied de la garrigue,avec des  discussions autour du son, du paysage, des jardins, de la cuisine, et de moult autres projets ou douces utopies.
Découverte du village des Goudes de nuit, calanque lunaire, étrange bout du monde, fin de ville surprenante, où l’on a envie de partir arpenter ces sites majestueux, où le blanc des rochers illumine un  paysage qui appelle le promeneur écoutant. A suivre…

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Marseille, l’urbanité toute crue, à pied
L’art de faire de l’anti tourisme urbain en marchant !
Choisir un jour à la météo assez chaude, voire très chaude.
Partir à l’heure zénithale.
Parcourir une assez grande distance, des dénivelés, des grands carrefours – par exemple du haut du quartier Saint-Loup jusqu’à Saint-Charles, via Castellanne, à Marseille bien entendu.
Suivre les avenues et rues les plus circulantes, bruyantes et autres « antes ».
Et s’apercevoir au final que tout cela n’est pas dénué d’intérêt, voire génère un certain plaisir, si si, celui entre autre de se frotter à la vraie ville, sur la durée, sur la distance, et ne pas être qu’un passant qui toiserait la cité de haut, ou de loin…

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Autre balade piétonnière à Marseille
Départ le vieux port, sous les fameux grands miroirs, trace de Marseille 2013 Capitale culturelle européenne. Rendez-vous avec un ami du MIM de Marseille, jean-Pierre Moreau, pour faire une promenade causerie urbaine à l’improviste. Durant cette déambulation, nous avons parlé, à bâtons rompus, Unité Sémiotiques Temporelles, écoute, parcours sonores, philosophie,  société, économie, formation, pédagogie, arts, acousmatique, politique, projets personnels, récit, narration, composition… Nous sommes montés jusqu’au pied de Notre Dame de la Garde, la Bonne Mère, et il y faisait très très chaud, avant que de redescendre tranquillement vers la mer. Depuis le vieux port jusqu’aux hauteurs, les sons de Marseille se sont progressivement apaisés, amenuisé, au fil de la montée, de petites rues en escaliers, avant qu’ils ne redeviennent plus denses  au terme de notre boucle urbaine.

Causerie en duo, écoute, balade, une façon qui m’est finalement devenue habituelle et très agréable, pour faire connaissance simultanément avec les gens, et les lieux…

L’autre pratique que je développe avec une certaine constance depuis quelques années, est celle de la chronique, qui vient parfois en appui, en contrepoint à mon vieil ami le magnétophone, mais souvent se suffit à elle-même. La chronique, entre description, ressenti, réflexion, coup de cœur voir coup de gueule, et une arme de description massive. Et bien au-delà de la pure description, le mot transcrit, engendre, crée du paysage, notamment sonore, mais plus largement sensible.

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Retour sur Lyon
C’est là que, paradoxalement, j’ai entendu le plus de cigales… Les temps changent.

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TERRITOIRES SONORES ET TOURISME ÉC(H)OLOGIQUE

POUR UN TOURISME ÉC(H)OLOGIQUE

19665498850_42df664693_k@Crédit photo Yuko Katori

Il me semble aujourd’hui important de développer un tourisme local, respectueux des lieux et des gens, construit sur de vraies relations humaines, et découvrant ou redécouvrant des patrimoines auriculaires parfois fragilisés par une société misant trop souvent sur un « commerce bulldozer »…

En cela, je croit que la notion de territoires sonores partagés peut participer à élaborer de nouvelles formes de tourisme, prônant une véritable éthique écologique, s’appuyant sur une écoute équitable, non énergivore, et la volonté de garder la relation humaine au centre-même du paysage, via une oreille ouverte sur le monde.

Les savoir-faire des maîtres saintiers, des campanistes, des ensonnailleurs de troupeaux, les belles acoustiques des sites naturels, des églises, les musiciens, chanteurs qui savent faire sonner les lieux, ainsi que ceux qui font chanter la pierre, le bois, les échos et réverbérations liés aux topologies, l’écoute des torrents et ruisseaux, du vent, les audionaturalistes qui nous embarquent dans de fabuleux voyages, les preneurs de sons qui jouent du paysage, les compositeurs paysagers, les plasticiens qui nous aménagent de surprenantes écoutes installées, les danseurs qui traquent la belle posture d’écoute, les conteurs, crieurs publics et slameurs qui donnent de la voix dans les espaces publics, les artistes marcheurs, les aménageurs du sensible, les chercheurs de silence, ou de calme… Autant de pratiques à développer, de réseaux, de domaines, d’explorations acoustiques, profondément voire intrinsèquement liés aux territoires, qui restent à explorer, voire à fabriquer.

Il est aujourd’hui possible d’entreprendre la lecture et l’écriture d’un ou de vastes paysages sonores en mouvement, de le revisiter et de les envisager de moult façons. Ces paysages ne demandent d’ailleurs qu’à se faire entendre, dans leurs belles harmonies comme dans leurs dérangeantes dissonances…

Pour qui sait justement entendre, ou donner à entendre, ces paysages-objets sonnants, à priori singuliers, ou surprenants, ils sont en fait à portée d’oreilles de tout un chacun. Leurs rencontres exigent néanmoins  le fait de savoir les débusquer, les révéler, parfois les protéger, ou tenter de les améliorer, et qui plus est en faire choses communes.

C’est pour cela qu’au fil du temps,  je suis devenu promeneur écoutant, paysagiste sonore, écouteur public, partageur de sons, traceur guide de PAS – Parcours Audio Sensibles, initiateur d’une forme de tourisme que je pense et veux éc(h)ologique…

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CONFÉRENCE – SOUNDWALKING

 

LE SOUNDWALKING

« L’ÉCOUTE EN MARCHE »

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CONFÉRENCE DONNÉE À L’ÉCOLE D’ARCHITECTURE ET D’URBANISME DE MONS

Avec Transcultures et l’UMons, dans le cadre du cycle « Territoires numériques augmentés » – Le 25 février 2016

 

Vidéo de Zoé Tabourdiot

 

https://transcultures.be/2016/02/10/conference-cycle-territoires-augmentes-gilles-malatray-soundwalking/

La suite en février 2017, où Desartsonnants encadrera une semaine de workshop au sein de l’école d’architecture et d’urbanisme de Mons, avec les mêmes partenaires. Une façon de passer à la pratique de terrain, de la promenade écoute à l’écriture et mise en scène de paysages sonores urbains, des parcours d’architectures sonores partagées.

Merci à Lydia Bollen, Philippe Franck, Lucie knockaert,  de leur accueil permettant à Desartsonnants de développer des Sonic projets  et de belles rencontres.

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Rituels d’écoute(s)

RITUELS D’ÉCOUTES OU ÉCOUTES RITUELLES

Gilles Malatray Desartsonnants

Un rituel est un ensemble de rites destinés, à l’origine, à des célébrations religieuses. Depuis, ces rites se sont beaucoup élargis vers des mises en scène donnant une certaine importance à des faits et gestes, non forcément religieux. Louis XIV par exemple mettait en scène son pouvoir, par la mise en  place des rituels autour de sa propre vie, non seulement des fêtes et grandes chasses, mais aussi levers, couchers et repas du roi, avec musique et cérémonies ad hoc. Il orchestrait en fêtes, la vision de son propre pouvoir, sa vie de monarque. Aujourd’hui encore, du stade à la vie politique en passant par l’école, des rituels s’installent, mettant en scène des gestes et actions communes, consolidant des communautés, des pensées collectives, pour le meilleur et pour le pire, mais sans doute faisant aussi office de garde-fous sociaux, parfois rassurants dans leurs répétitions. Ils s’inscrivent notamment dans des formes de cérémonies et autres protocoles, qui mettent en exergue des  « choses sociales » présentant de prime abord des intérêts collectifs au sein de la société, ou tout au moins d’une partie de cette dernière.
Sans vouloir entrer dans des cadres trop cérémonieux ni, bien au contraire, enfermer l’écoute dans une rigueur ritualisée et mortifère, je me pose néanmoins la question du rituel dans ma démarche de promeneur écoutant.

Le rituel de la marche d’écoute, les PAS – Parcours Audio Sensibles solitaires, en duo ou en groupe
Se mettre en marche, après avoir, par quelques mots choisis, installé une ambiance, conforté une communauté d’écoutants, fédéré un groupe dans une sorte de projet commun, collectif, suggéré un état d’esprit, et au final discrètement distillé quelques conseils consignes…
Nous sommes bien dans le rituel, que le maître de cérémonie, le guide promeneur écoutant, acteur, acteur de terrain, dans toute la polysémie du terme, maitrise, ou est sensé maitriser.
Le cadre est posé, et on agira à l’intérieur. On agira avec certains codes, par exemple  le silence, les rythmes de la marche, la confiance dans le « maitre de cérémonie », l’idée d’adhérer, ou  on, à une communauté éphémère, et de poursuivre, le temps de la marche, un objectif commun. Sans pour autant enfermer la marche dans un carcan trop rigide, bien au contraire, nous conservons et privilégions les possibilités d’agir, voire d’improviser selon les événements sonores, les aléas du parcours, en restant fort heureusement très ouverts, le rituel contribue je pense à donner une certaine importance, quasi cérémonieuse, aux gestes d’écoute, à le rendre en fait plus crédible, ou en tous cas assimilable. Le rituel nous fait passer d’une forme de jeu, à une chose presque sacrée, tout en restant dans un esprit ludique. J’assume tout à fait les paradoxes.

Le rituel des Points d’ouïe
En contre-point, si j’ose dire, de la balade sonore, ou du PAS, les Points d’ouïes sont des pauses, arrêts sur son, ponctuant une marche, et venant focaliser l’écoute sur un élément/lieux/gestes singuliers, rencontrés sur les territoires explorés. Ce sont de nouvelles mises en scène acoustiques, ritualisées elles aussi, se posant comme de petits points de rupture dans la marche, des ponctuations. Ces points d’ouïe convoquent inéluctablement des postures physiques e/out intellectuelles, des scénophonies, des parti-pris, des approches spécifiques, que le principe de ritualisation se chargera d’instituer comme des passages obligés, incontournables, pour qui veut saisir une partie de la substantifique moelle du paysage sonore. Enfin j’espère qu’il pourrait en être ainsi.

Le rituel des Bancs d’écoute
Autres pauses dans les PAS, un rituel assis cette fois-ci. Il s’agit d’utiliser de simples bancs publics, mobiliers urbains des plus courant s’il en fût, comme des postes d’écoute, des affûts, des jalons marquant un balisage urbain, comme repères et haltes auditives. Le rituel est aussi, et peut-être surtout ici, dans la posture. S’assoir, solitaire, à deux, écouter, laisser venir à nous les sons, le banc comme centre d’écoute, comme objet d’immersion. Le rituel s’inscrit également dans une certaine durée. Il ne faut pas seulement effleurer de l’oreille le paysage, il faut prendre le temps, le laisser se construire autour de nous, prendre corps, audio corpus. Il convient pour autant de ne pas refuser, ou fuir la rencontre, sous prétexte d’écoute. Se poser régulièrement sur un banc, voire même très ponctuellement crée souvent des liens inattendus, humains, des conversations, parfois anodines, parfois intimes, parfois surprenantes, voire dérangeantes, la vie quoi !  Dans ces rites d’écoute, s’inscrivent aussi des voix, des paroles, des contacts, enjoués ou en grande détresse. Je me vois confrontés à des solitudes que je sens terriblement pesantes, des paysages sonores internes, de véritables naufrages, qu’il est souvent impossible de reporter tant ils sont intimes, personnels, mais auxquels je prête une oreille et une parole que je tente de faite la plus humaine que possible, sans autre prétention. Paysages esthétiques certes, mais paysages sociaux, des échos parfois très sombres, de violents désespoirs,que le rituel du banc d’écoute me ramène à fleur d’oreille.

Le rituel des Inaugurations de Points d’ouïe
Ici, nous avons affaire à un rituel des plus ritualisé, cérémonial, dans le juste sens du terme. Au terme d’un PAS, nous avons repéré et choisi un endroit précis, voire une orientation, un axe d’écoute, que nous élirons, pour la qualité de ses sources, de son acoustique, comme point d’ouïe remarquable. Le statut conféré à ces nouveaux Points d’ouïe passera par une inauguration tout ce qu’il y a de plus officielle, avec le discours d’un maire ou d’un élu, quelques minutes de silence, silence en écoute, un geste symbolique coupant le ruban auriculaire, une signalétique ou objet signalant, et l’inscription de ce point d’ouïe commenté sur une cartographie spécifique géolocalisée. C’est donc le rituel le plus voyant, et écoutant, officiel, cérémonialisé, de la démarche désartsonnante. Un prétexte à prendre langue, et oreille, avec des habitants, visiteurs, et surtout élus, sur la beauté fragile des paysages sonores ambiants, et les questions d’écologie acoustique inhérentes.

La terminologie de l’écoutant comme une façon d’assoir des rituels
PAS*, Points d’ouïe, Bancs d’écoute, Inaugurations de points d’ouïe, Écoute à oreilles nues, Sonographies, Calligraphies sonores… le ou les  rituels d’écoute sont balisés textuellement par toute une terminologie, tissée de mots-valises et de néologismes, complétant le champs, et le chant, de l’auriculaire. Souvent faussement savants, plutôt ludiques dans l’esprit, mais néanmoins pensés pour faire naître des images, images de marque y compris parfois, des sensations qui « donnent envie », ces termes sont très liés au contexte, à l’action, à l’esprit des écoutes et des lieux, et somme toute à l’esprit Desartsonnants. Cette lexicologie, qui se veut inscrite dans un corpus bien sonnant, corpus d’actions, de sons, d’images et de textes, vient participer à une part de la mise en place du rituel, comme, inversement, le rituel contribuera à assoir et à développer des termes adéquats, des images sono-paysagères ad hoc. Le rituel s’appuie sur des actions, comme sur des discours, qu’ils soient officiels, ou discourant autour d’une pensée plus personnelle,qui essaierait de maîtriser l’apparente et complexe simplicité du geste d’écoute, à la fois esthétique, social, environnemental…

* PAS – Parcours Audio Sensibles

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PRÉLUDES ET SUITES D’ÉCOUTES

PRÉLUDE, DÉAMBULATIONS, PARTAGES ET SUITE D’ÉCOUTES

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Il fut un temps, déjà reculé aujourd’hui, où Élie Tête*, hélas disparu, m’emmena écouter quelques sites de Bourgogne et du Haut-Jura**. Cette rencontre et ces expériences transformèrent radicalement ma vie, de par notamment la façon d’appréhender la chose sonore, le paysage, mes relations avec ce dernier, avec les gens qui prennent le temps de le parcourir, ou de le vivre, tout simplement.

Il fut un temps où je découvris l’incroyable vivier pédagogique, esthétique, social, patrimonial, écologique… et l’immense plaisir sensoriel et artistique que constitue le fait de se promener, immergé dans des espaces sonores choisis, ou découverts au hasard d’un chemin, d’une forêt.

Il fut un temps où je découvrais le paysage sonore, qui ne m’a et que je n’ai jamais quitté depuis.

Empreinte généreusement et merveilleusement indélébile

Et bien des années plus tard, malgré le fait que l’on m’ait parfois affirmé que l’on avait définitivement fait le tour des balades sonores, qu’il ne fallait plus rien en attendre, je continue d’expérimenter, à oreilles nues, avec des dispositifs légers, mobiles, autonomes, des parcours d’écoute partagés en chemins de traverse.

Je me sens de plus en plus l’oreille curieuse, autant qu’inassouvie.

Je persiste plus que jamais à échanger, à communiquer autours de mes nombreuses écoutes personnelles, mais surtout collectives.

Je m’obstine à inviter des artistes, musiciens, plasticiens, danseurs, diseurs ou manipulateurs de mots, d’images, de formes, des aménageurs, des marcheurs, pour que nous tentions ensemble d’écrire un bout de partition polyphonique, à plusieurs voix, à plusieurs regards, à plusieurs oreilles.

Je poursuis sans cesse cette expérience, qui consiste pour moi, à écrire et à composer de concert, dans, avec et autour de nouveaux territoires sonores.

J’ai appris au fil du temps, et apprends encore de jour en jour, de site en site, à repérer des parcours singuliers, des lieux et des espaces surprenants, inouïs, des postures décalées, ad hoc, des modes d’écriture/improvisation/action in situ…

Je me sens aujourd’hui plus à même d’expliquer aux promeneurs écoutants, complices, exemples vécus à l’appui, en quoi ces balades écoutes, ces Parcours Audio Sensibles*** ouvrent de belles et riches perspectives, et ce dans bien des domaines.

J’ai envie, en proposant à ceux qui acceptent de me suivre, des postures d’écoute hyper réceptives, en leur donnant l’opportunité de prêter l’oreille à l’environnement, ne serait-ce que le temps d’une promenade, de les pousser à devenir acteurs de leurs propres territoires, ne fusse qu’en prenant un petit temps pour l’entendre… Juste le temps de mieux s’entendre avec…

Je ressens, en marchant, des sortes de vibrations acoustiques intrinsèques aux lieux, mais également des vibrations humaines, stimulantes, énergiques et synergiques, qui dynamisent très fortement les partages d’écoutes, voire les partages tout court.

Les points d’ouïe se conjuguent avec les points de vue, ou avec des senteurs diffuses, pour composer ensemble des paysages sensoriels sans cesse renouvelés.

Souvent je me dis que le geste commun, la construction de communs qu’il convoque, la relation instaurée, valent bien plus que toute œuvre, matérielle ou non.

Parce que le Monde appartient aussi à ceux qui l’écoutent, mais surtout à toute âme sensible, disait Romain Roland****, il mérite une écoute attentive, respectueuse, pour échapper à un chaos grandissant où nul ne s’entendrait plus.

Au-delà des violences, des souffrances, des assourdissants vacarmes qu’elles engendrent, il faut se raccrocher à des aménités salvatrices, celles qui nous maintiendront debout, ouïsseurs universels, et toujours à l’écoute.

Ainsi, dans différentes villes, pays, avec des publics avertis, ou non, je promène avec un immense plaisir, que j’espère partagé, des groupes de baladeurs, écoutant de concert, et échangeant autour de l’inépuisable et Oh combien fragile « chant de la terre ».

* ACIRENE – http://www.acirene.com/

** Haut-Jura terre sonore – http://www.saint-claude-haut-jura.com/sites-sonores.html#.V1-0mo6bHp8

*** PAS – Parcours Audio Sensibles – https://fr.scribd.com/collections/4313163/DESARTSONNANTS

**** Jean-Christophe – Romain Roland – 1904/1912

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PAS – Parcours Audio Sensibles, des narrations paysagères

La balade sonore comme une expérience de narrations audio-paysagères multiples

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Calligraphie sonore – Desartsonnants/ Nathalie Bou – @photo Nathalie Bou

Chemin faisant, l’écoute se met en marche, au pas à pas. Les lieux et toute leur vie, intrinsèquement sonore, se donnent alors à entendre, à qui prête l’oreille. Le, ou plutôt les récits auriculaires se construisent alors, au fil des pas, des déambulations, des points d’ouïe, comme une combinaison quasi infinies de narrations à fleur d’oreille.

 

Des mots

 

Activités humaines, voix, gestes et choses entendues


Voix perçues, parfois empruntées, voire volées, un brin voyeuriste-écouteur, des bribes de conversations, ou de monologues… le rythme des pas déambulant, talons claquant et  gestes sonores, des reflets d’activités journalières captées comme des histoires du quotidien, du trivial ou du plus exceptionnel, le tout néanmoins transfiguré par l’attention auditive qui leur est portée…

 

Faune
 

Oiseaux pépiant, jacassant, hululant, caquetant, criards ou virtuoses, syrynx aguerris de la vocalise chantante… Gibiers détalant, chats hurlant dans les nuits printanières, concerts de grenouilles coassantes en bord d’étang, brames de cerfs intempestifs autant qu’amoureux, frémissements d’insectes vibrants… De villes en espaces naturels, des éc(h)osystèmes se déroulent à nos oreilles, parfois elles-même étonnées d’une telle présence auriculairement  animale.

 

Media 
- Sonorisations

Intrusions insidieuses, intempestives, voire muzakement polluantes, bribes de musiques échappées d’une fenêtre ouverte, sirènes et autres hululements urbains, Hip-hop affirmé sous les colonnes d’un opéra, déambulations festives, revendicatives, rythmées et soutenues par de puissants sound-systems, harangues et scansions haute-parlantes et mégaphoniques… Les média s’installent ponctuellement, avec plus ou moins de présence, d’impertinence, de violence dans l’espace public. Ceux-ci envahissent intrusivement parfois l’espace privé, ou bien inversement…
 Le récit, médiatiquement urbain, s’amplifie électro-acoustiquement, se diffuse, se répand par un enchevêtrement de paroles rhyzomatiques renforcées, de musiques, de canaux, de membranes, de dispositifs électroniques…

 

Ambiances

Un début et une fin – des transitions – une trame, tissages, de passages en ruptures, de fondus en coupures – Une écriture in situ, in progress, in auditu…
 Du départ à l’arrivée, le parcours est balisé, testé, validé, nonobstant les aléas, imprévus, accidents, et autres opportunités. Il propose une progression faite d’enchaînements et de ruptures, de fondus et de cassures, de points forts et de modestes trivialités… Il s’appuie sur des ambiances emblématiques, mais aussi sur des petits riens, un panel des choses à raccommoder in situ, des objets poétisés dans et via le décalage de l’écoute collective, une histoire auriculaire à partager en commun… Des ambiances quoi !

Objets et autres choses animées


Une perceuse qui met en résonance et fait vibrer, met en résonance, toute une façade de bâtiment, une fontaine qui chuinte, glougloute, s’écoule en une nappe de bruit blanc, une signalétique de feux tricolores pour aveugles qui « bip-bip » ou parle d’une voix synthétique, un engin de chantier qui gronde sourdement… Tous ces objets, machines, mécanismes, viennent animer, secouer, révéler, et participer à construire la trame d’un paysage sonore sans cesse renouvelé – Entre monstruosités acoustiques et musiques urbaines.

 

Acoustiques, Topologies, topophonies

Des espaces qui se racontent. 
Des ruptures, des transitions progressives, des effets acoustiques générés par les lieux-même, leurs topologies, les volumes, les formes, les matériaux de construction… Une histoire architecturale, environnementale, où les sons se jouent de l’espace, et vice et versa.
Topophonies, géophonies, hétérosonies, multiphonies, l’écoute des milieux sonores se met en place au cœur des lieux soniques, construits et déconstruits de l’oreille…
 Un, voire une multitude d’espaces sonores à découvrir, en quelque sorte !

Champs, hors-champs
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Des situations où la vue est directement liée à la chose entendue, où la relation cause à effet est évidente. Presque trop ! D’autres où la source sonore est cachée, camouflée, masquée, occultée, non vue, hors-champ… Polyphonie, polysonie contrapuntiques… Des situations où l’on n’est pas vraiment sûr d’identifier l’origine du son, où le jeu consisterait plutôt à naviguer entre certitude, incertitude et imaginaire, entre existant et construction purement mentale, onirique, paysagère, selon ses dispositions du moment…

 

Multisensorialité – synesthésies


Parce qu’un sens ne fonctionne jamais seul, parce que l’activation, la mise en avant de l’un en dynamise, en galvanise d’autres, parce que la vue guide, stimule parfois l’écoute, et vice et versa…

Des ambiances sonores colorées, des couleurs vibrantes comme des sons, des odeurs de viandes rôties mêlées, associées aux grésillements d’une rôtissoire embaumant le trottoir, les senteurs de foin et de fleurs d’une prairie au soleil couchant d’une chaude journée estivale, ponctuée du pointillisme d’une nuée d’insectes stridulants… Les parcours d’écoute sont multiples et infiniment variés. Ils nous racontent, avec force sonorités, formes, lumières et couleurs, odeurs, parfums et fines fragances, des ambiances où les sens se trouvent au cœur d’une immersion paysagère amène, ou dérangeante. Ils tissent une expérience sensible, poétique d’un espace sonore volontairement privilégié, voire exacerbé, pétri de sensations et de ressentis, de contemplations comme de fuites.

 

Écrits, mots

Mes mots, couchés sur le papier ou dits à haute voix, qui aiment parfois énoncer ce que le magnétophone peine à faire, ou est purement incapable de relater, face à une posture/scène/situation d’écoute, surprenante, inouïe ou anodine.

Révéler le sensible sous-jacent, le décalage provoqué et/ou ressenti, la perception parfois, souvent très loin d’être objective, ou encore simplement, partager l’émotion, le plaisir d’avoir construit un bout de chemin/paysage d’écoute à plusieurs…

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PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE NOCTURNE

PAS – Parcours Audio Sensible nocturne, Festival Les Temps d’Art est levé, Saint-Martin-en-Haut (69)

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Participation à un festival-rencontres autour d’une formation culturelle « Métiers des Arts et de la Culture », ou plutôt de sa dissolution, dans un centre de vacances rural, sur les monts du Lyonnais. Deux heures de promenade entre chiens et loups, et en nocturne, pour un groupe d’une vingtaine de personnes. Le cadre est champêtre, magnifique, avec un grand étang entouré de forêts. Je travaille avec Nathalie Bou, une plasticienne, scénographe, car les balades sonores proposées ici seront accompagnées d’une installation environnementale destinée à nous mettre l’oreille en condition. L’installation est libre d’accès, les deux balades nocturnes quand à elles sont accompagnées.

L’installation, scénographie d’écoute, est délimitée par une petite prairie en pente très douce, ceinte d’un côté par un ruisseau et une rangée d’arbres, et de l’autre par un bois assez abrupt. Ce petit espace en forme de clairière-amphithéâtre de verdure naturel, s’achevant sur l’extrémité d’un étang, se prête parfaitement à la mise en scène des jeux d’écoute.

Des nattes de différentes couleurs ont été posées à même le sol, tournées vers l’étang, pour inciter le promeneur à s’allonger et à écouter.

Des objets, trompes et longues-ouïes, stéthoscopes trafiqués sont posés ça et là pour ausculter les sons environnants tout à loisir.

Tout autour de la clairière, des mobiles de céramiques, d’onyx et d’écailles tintent délicatement, dans un pointillisme sonore délimitant de fugitives frontières auriculaires.

Des écrits, aphorismes autour de l’écoute sont disséminés sur la prairie, sur des plaques translucides et multicolores.

Tout autour du plan, d’eau, six cadres d’écoute, simples cadres de bois, invitent le promeneur à viser avec ses yeux et ses oreilles, un endroit précis.

Sur une table de pierre, sont posées de petites sculptures en grillage, des boules tintinnabulantes, des boîtes à musique, des stéthoscopes, et autres objets pour explorer le monde des micro-sons.

C’est de cette clairière que partiront, nuit tombante, deux promenades écoute, sur deux soirs consécutifs, avec des circuits identiques.

Ces promenades nous feront progressivement quitter le monde festif du festival, où voix et musiques tissent un bruit de fond assez dense, pour gagner progressivement les hauteurs d’un village. Lentement, l’ambiance sonore s’amenuise, jusqu’à ne laisser place à nos seuls bruits de pas, chuchotements et bruissements dans des fourrées de quelques nocturnes dérangés par notre approche. En même temps que les sons se font plus ténus, la lumière a elle aussi considérablement diminué, jusqu’à la presque obscurité de la forêt environnante. Cet atténuation progressive des ambiances lumineuses et sonores aiguisent notre perception de l’environnement. Chaque points lumineux ou micro-bruit prend une place importante, le silence s’est naturellement imposé dans le groupe, la nuit et ses sons mystérieux, parfois inquiétants emmènent notre écoute dans des territoires d’ordinaire assez peu fréquentés, à la fois bien réels et oniriques.

Après une montée sur un chemin entouré de bois assez touffus, qui nous enferment dans une sorte de vase clos végétal, nous débouchons subitement sur une immense prairie, ample balme de verdure aux courbes douces, que viennent terminer au loin d’assez hautes collines boisées. C’est un immense amphithéâtre verdoyant, qui donne tout à coup à nos oreilles un grand « bol d’air », une sensation de respiration profonde et paisible au sortir de la forêt. On sent physiquement l’espace plus aéré, l’air moins pesant, et une pression acoustique tangible et allégée. Au niveau sonore, nous avons droit à un incroyable concert de grillons et sauterelles stimulés par la chaleur que le sol a emmagasiné durant la journée, pour nous distiller une délicate sérénade nocturne. On s’allonge dans l’herbe et l’on écoute, un bonne de quinzaine de minutes, en silence, cet incroyable pointillisme qui anime l’espace de part en part. Instant de quiétude absolument magique, loin de tout !Quelques sons de bovins et de chiens venant d’une ferme assez lointaine émergent, les sons portant sur de grandes distances dans cette tolopogie réverbérante, alors que le vrombissement grave d’un avion se fait entendre en contre-point, sans aucunement déranger, paradoxalement, cette symphonie rustique. Nous somme quelque part très loin de la fête que nous avons laissé quelques centaines de mètres en contrebas, et que nous n’entendons plus du tout, protégés par cette cuvette enceinte naturelle qui amplifie les micros bruits, en nous isolant quasiment du reste du monde. Un sentiment d’être sur une planète, à part, dans un immense théâtre de verdure nocturne et bruissonnant, conçu rien que pour nous.

La redescente vers le village s’effectue avec l’effet crescendo inverse, de quitter progressivement un univers de calme pour revenir à le fête, ses voix et musiques. Mais pour autant, la transition n’est pas désagréable,nos oreilles étant maintenant un peu plus affinées, réceptives à ces transitions sonores, à ces musiques des lieux tellement signées qu’on les eut crues fabriquées pour la circonstance. Et pourtant… Notre écoute a bel et bien construit de toute pièce, une musique bucolique, harmonie des lieux, une douce symbiose au sein de notre communauté éphémère d’écoutants qui auront vécu l’espace d’un instant/balade, l’unique version de ce concert sonifié d’un soir d’été.

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Environnement, écologie et arts sonores. Faire entendre mes tissages, métissage.

Environnement, écologie et arts sonores. Faire entendre mes tissages, métissage

ECOUTE

Faire entendre, donner à entendre

Une question, a priori simple,voire un brin bêtasse me revient régulièrement l’esprit: mais que fais-je donc, avec mes postures, auto-proclamées, de promeneur écoutant, et parfois de paysagiste sonore ?
Une réponse, sans doute simpliste : je tente de faire entendre, ou de donner à entendre, avec une forme de générosité intrinsèque indiquée par le  don.
Mais donner à entendre quoi ?
Donner à entendre l’existant, le quotidien, ce qui est « à l’état (presque) naturel », l’environnement sonore en quelque sorte.
Donner à entendre les constructions, les fabrications, les compositions musicales et sonores qui contribuent à modeler l’espace, les scènes d’écoute. Y compris les agencements nés d’une simple écoute musicalisée. Et si l’espace manque de ce genre de musiques, ne pas hésiter à les composer, dans le respect des lieux de leurs tailles, dans la recherche d’un équilibre ne donnant pas prise à l’envahissement de la rumeur. De la musique des lieux aux arts sonores, si tant est que la première n’en soit pas fondamentalement un.
Donner à entendre ce qui semble paraître beau, ou non, avec toutes les pincettes et  et les précautions d’usage liées aux approches culturelles, au contexte, à l’humain, aux mille et une perceptions… Chercher les aménités paysagères au travers l’écoute. Une construction esthétique du sonore, ou une construction sonore de l’esthétique paysagère…
Donner entendre les stabilités, les fragilités, ce qui semble ou est menacé, parfois dégradé, dysfonctionnant… Donner à prendre conscience. Le son comme un révélateur de choses en voie de disparition, d’une forme d’antropocène plus avancé qu’on ne pourrait le penser. Vous avez dit écologie sonore ?
Les frontières, les limites de ces positions sont minces, fluctuantes, poreuses, voire parfois inexistantes, ou construites in auditu. Construites pour structurer une analyse, un discours, un récit, pour avoir un peu plus de prise sur l’intangibilité et l’évanescence des matières sonores. Construites pour rassurer l’écoutant , son auditoire, devant la complexité (grandissante ?) du monde sonore.
Une autre problématique se profile, concernant le faire, ou le donner à entendre, des paysages pluriels, recomposés, revisités, entre autre par les prismes de l’esthéthétisation, de l’artialisation sono-paysagère. On s’aperçoit alors que les écritures convoquées replacent néanmoins, pour moi en tous cas, la chose sonore dans un questionnement multiple, social, culturel, relationnel, mais aussi écologique. Nos y revenons donc.
Donner à entendre, faire entendre, faire ensemble, faire s’entendre, ou tenter de le faire….
Il faut battre les faires pendant qu’ils sont chauds, et sans doute avant qu’ils ne ne révèlent des choses bien  trop brûlantes, si temps est qu’il soit encore temps.

PAYSAGES ET AMBIANCES DES VILLES, APPROCHE SENSIBLE ET ARCHITECTURALE

PAYSAGES ET AMBIANCES (SONORES) DES VILLES

Module d’enseignement destiné à des étudiants de master de l’ENSAL (École Supérieure d’Architecture de Lyon)

ECOLE D ARCHITECTURE A VX EN VELIN

Il s’agit par cette approche toute à la fois analytique et sensible, de donner aux étudiants des outils de lecture et d’écriture croisés pour appréhender la ville au travers différents média, outils, axes de recherches.
Plusieurs TD et cours magistraux viennent apporter des ressources et méthodes, répartis sur une durée de deux à trois mois.

En préalable, des interventions théoriques seront menées, introduction au paysage, outils de cartographie sensible, écouter et enregistrer la ville pour en restituer une carte postale sonore et enfin, une approche/observation en marchant du quartier de la Guillotière à Lyon7.
La plupart de ces approches s’effectue en binôme, avec un architecte/urbaniste/cartographe, et un « spécialiste » de la chose sonore.

En ce qui concerne mes interventions, l’approche historique du paysage sonore, notamment via Murray Schafer et l’écologie sonore est présentée, illustrée de nombreuses écoutes de field recording, ainsi que différentes recherches contemporaines et approches artistique liées à la création sonore environnementale.

Une cession en TD autour du montage audionumérique via le logiciel Reaper est organisée.

La sortie sur le terrain sera une première expérimentation pratique pour voir-écouter-commenter un quartier urbain, encadrée et  argumentée par un binôme aménageur/écoutant. Une carte sensible sera à cette occasion demandée aux étudiants, qui devront, au travers la représentation d’un parcours, garder trace de leurs ressentis, d’une approche personnelle pouvant mêler différents média et modes de représentation où les ambiances visuelles et sonores (entre autres) seront notifiées.

Par la suite, de petits groupe d’étudiants se verront attribuer un espace donné, rue, place, cours intérieures. Ils devront en fournir une analyse urbaine reprenant l’essentiel de ce qui a été abordé en TD et lors de la promenade.
Recueillir des données historiques, sociologiques, aller sur le terrain, plusieurs fois, à différents moments, pour l’écouter, le regarder vivre… Noter, photographier, dessiner, cartographier, enregistrer, constituer une réserves de récits et de matières, de paroles et d’écrits…

En ce qui concerne la carte postale sonore proprement dite, il s’agit de représenter, en 3 à 4 minutes, un espace urbain, en lien avec le lieu analysé. Le fait de n’utiliser que le son pour cet exercice interroge certains étudiants quelque peu desarçonnés par l’approche, le fait d’envisager le seul son comme une constituante urbaine (autrement qu’en terme de nuisance et d’isolation normées) n’étant pas franchement habituel chez des aménageurs.
Il convient bien ici d’envisager l’approche auriculaire comme un prolongement, naturellement intégré dans l’analyse urbaine globale, et non pas comme une sorte d’annexe anecdotique et déconnectée.

Au-delà d’une recherche esthétique, la construction de la carte postale sonore devra donc intégrer une problématique liée au terrain, à ses usages, à ses populations, événements, aménagements.

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Le fait de travailler sur une large rue, ou sur des petites îlots intérieurs, sur une place ou des rives de fleuve conditionnera donc grandement un axe d’approche, tout en soulevant une problématique singulière.
L’analyse urbaine, sons y compris, ne pourra se contenter d’une simple description où seraient amassés ou juxtaposés différents renseignements, textes, photos, sons…
Il va falloir en cerner une approche questionnante, problématisante, un axe d’attaque qui tirera et tricotera des fils selon une logique donnant au rendu un réel intérêt prospectif. C’est en tout cas ce que tente de convoquer cette UE, qui se déroule maintenant depuis plusieurs années.

Pour le son par exemple, il s’agira, en écoutant/regardant, avant-même d’avoir tendu le moindre micro, par quelle biais, quelle approche se construira notre carte postale. Et bien évidemment, le questionnement choisi conditionnera les sources sonores collectées, et la manière formelle et esthétique qui sera structurera le rendu final.
Pa exemple, choisir de parler de mixité ou de gentrification, de s’appuyer sur des travaux de requalification, ou réhabilitation, sur les commerces ou la structuration d’une rue via un tramway, sur le réaménagement piétonnier des rives d’un fleuve, les fêtes, les marchés ou les sports urbains, sur l’acoustique des ilots et des cours intérieures… ou bien d’autres approches, impliquera des choix de de matériaux et de montage spécifiques.
Enregistrera t-on en point fixe, en marchant, sur quels trajets, ou  via un montage de différents spots combinés ou non… Quelles ambiances panoramiques ou zooms sur des micro événements, quelles place(s) à la voix,  à quels moments du jour ou de la nuit, quel parti pris montrer pour avoir une approche singulière tout en restant en adéquation avec le discours général… ?
Bien souvent, l’arpentage systématique du terrain, souvent hélas réduit par négligence, ou périodes de charrettes, est en mesure de donner des réponses pertinentes, ou en tous cas des questionnements, et de fournir matière à (re)composer.
Formellement, cette carte postale sonore sera contrainte par le choix des matériaux des ambiances…
Comment trier les sons, effectuer un dérushage pertinent pour ne garder que « la substantifique moelle » sonore ?
Comment introduire la séquence, la faire évoluer par une construction assumée qui pourra comparer des lieux, des ambiances, proposer des transitions en fondues, des cassures, des phénomène d’amplification, ou d’apaisement, des tensions, des points forts, des  effets de surprises, une fin « logique »… ?  
Comment marquer des transitions, l’affirmation et l’évolution d’un discours, même en trois minutes de sons, en gardant l’attention et la curiosité de l’auditeur en éveil ?
Bref, comme les partis pris graphiques, ceux liés au sons devront rendre compte d’une approche personnelle, d’une analyse de terrain plausible, même si l’imaginaire, le rêve, le décalage, les distorsions ou amplifications subjectives ont tout à fait le « droit à la parole », voire sont les bienvenues pour échapper à une froide description.

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Globalement, ces approches sensibles donnent lieu à d’assez intéressants rendus, même si parfois disparates dans les investissements et la qualité des réflexions et mises en forme.

Une présentation publique est organisée en fin de parcours, dans la grande rue centrale de l’école, où documents visuels, photographiques, cartes, maquettes, écrits et sons, sont mis en scène par lieux, comme une sorte de patchwork combinant différentes approches sensibles et analyses du quartier de la Guillotière.

Quelques projets singuliers et pertinents émergent. La ville, voire plus, vue/entendue en coupe du haut en bas, jusqu’à l’intérieur de la matière – la cité au rythme d’objets glanés, mis en espace, en scène et en rythmes – une vraie fausse approche via un guide touristique décalé, d’une ville en façades décors et de ses arrières « sauvages » – un travail de parcours très fouillé, méthodique, sur 12 places triangulaires et leurs rapports au quartier…

On s’aperçoit, en suivant les démarches des étudiants, leurs tâtonnements, errements, fausses routes, impasses, idées lumineuses… que la problématisation des projets, souvent tardive et parfois très floue, ou fluctuante, vient grandement freiner l’avancée, voire la pertinence des travaux.
On met parfois la charrue avant les bœufs, en allant prendre sur le terrain sons et photos, puis en s’apercevant que ces derniers ne servent pas le propos, le récit, la problématique, qui se sont progressivement mis en place, et qu’il faut retourner in situ pour agrandir, compléter ou revoir complètement sa bibliothèque multimédia, ses collectages de matières sensibles.

Néanmoins il s’agit d’un enseignement pour moi très riche, qui m’apporte beaucoup dans la perceptions d’espaces sensibles, et pas seulement sonores, leurs usages, leurs fonctionnements, ou dysfonctionnements, leurs appropriations (ou non), leurs difficultés, ou leurs aménités, les approches croisées d’aménageurs, urbanistes cartographes, architectes…

Mon regret : ce module, datant maintenant de 5 à 6 ans je crois, qui avait progressivement évolué, s’était structuré dans sa méthodologie, ses outils, ses ressources, ses exigences, ne sera pas reconduit l’an prochain, victime d’une refonte générale du projet éducatif de l’école.

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LA FABRICATION DE PAYSAGES SONORES

CONSTRUIRE COLLECTIVEMENT DU PAYSAGE SONORE INOUÏ

 

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Lorsque j’ai décidé, Desartsonnants à l’appui, de mettre en place le projet « Points d’ouïe et paysages sonores partagés », je pensais alors qu’il s’agissait de construire des outils de lecture pour appréhender le(s) paysage(s) sonores(s). Je m’aperçois aujourd’hui que les véritables objectifs étaient autres, sans que je ne m’en soit douté au départ, et qu’ils m ‘apparaissent maintenant, à l’aune des actions de terrain,  sous leur véritable jour. Il ne s’agit pas en effet, de prime abord, de donner des clefs de lecture explicitant les paysages sonores, mais plutôt de fabriquer ces derniers de toutes pièces. Leur fabrication se faisant notamment via le regard et l’écoute des publics embarqués dans l’aventure, qui ne se doutent pourtant pas qu’ils sont eux-même engagés comme des bâtisseurs de territoires sensibles auriculaires.
Il ne s’agit pas pour autant de tenir ces participants à l’écart des visées du projet, de ne pas les informer du rôle essentiel qu’ils y tiennent, mais, bien au contraire, de leurs faire prendre conscience de leurs capacités à construire collectivement des paysages sonores inouïs, quasiment ex nihilo.
Cette perspective, ou tout au moins ce nouvel éclairage du projet, ne fait que renforcer mon appétit à le faire évoluer, et à le partager avec d’autres écoutants potentiels, afin de fabriquer de nouveaux paysages sonores partagés.
C’est ainsi que je concilie l’action de défendre et de valoriser des environnements sonores fragiles, menacés, posture écologique, et la part de rêve  liée à l’approche esthétique d’une  écoute sensible élargie, posture artistique.

TERRITOIRES SONORES PRÉEXISTANTS

PAYSAGES SONORES SANS ARTIFICES

 

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En avançant dans le temps, et dans mes expériences, je me forge des affinités de plus en plus marquées avec les territoires sonores que j’appellerai ici préexistants. Ce sont ceux que je parcours des pieds et de l’oreille, et que j’ai envie de défendre et de protéger tels qu’ils sont. Tels qu’ils sont, c’est ne rien leur ajouter qui pourrait les dénaturer, les altérer, les rendre plus touffus, plus opaques, moins lisibles, et sans doute moins naturellement beaux en quelque sorte, car plus artificiels.
Ce qui me parait important aujourd’hui, ce n’est pas tant d’installer de nouveaux sons dans des espaces qui parfois en ont à foison, mais plutôt d’installer les conditions d’écoute pour les apprécier à leur juste valeur, y compris dans une certaine forme de fragilité parfois désarçonnante.
Que ce soit par la marche, l’expérimentation de postures d’écoutes collectives, l’invitation calligraphique, le décalage perceptif s’appuyant sur différentes formes d’écritures transmédiales, les mobiliers urbains érigés en postes  d’écoute, l’inauguration de points d’ouïe… il s’agit pour moi de construire une « œuvre d’écoute » composée pour et dans la sphère auriculaire préexistante.
Je ne souhaite pas forcément surimposer une trace sonore personnelle, fut elle ponctuelle et éphémère, mais plutôt tenter d’offrir à l’écoutant potentiel, des moments de plaisirs partagés, liés au cadre d’écoute-même, sans artifice ajoutés.

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PAYSAGE SONORE, UN PATRIMOINE CULTUREL IMMATÉRIEL ?

PAYSAGE SONORE, UN PATRIMOINE CULTUREL IMMATÉRIEL ?

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Ce questionnement s’est posé à moi suite à un colloque/atelier, organisé par la ville de Lyon, autour du patrimoine. Lyon étant largement reconnue comme une ville ayant de nombreux atouts pour faire valoir ses attraits patrimoniaux, comme en témoigne le centre historique et la colline de la Croix-Rousse, qui sont en effet classés au Patrimoine Mondiale de l’humanité par l’UNESCO.
L’un des ateliers était d’ailleurs consacré au patrimoine culturel immatériel, et l’un des aspect abordé fut celui du sonore, et particulièrement du paysage sonore. Cet intéressant atelier suscita je dois dire, pour moi en tous cas, plusieurs questions auxquelles je n’ai d’ailleurs pas la prétention de répondre clairement ici, mais qui en tout cas alimentent une réflexion concernant le versant patrimoniale de la chose sonore.
Un paysage sonore est-il patrimoine, ou tout au moins peut-il ou devrait-il être patrimonialisable ? Si oui, est-il forcément patrimoine immatériel ? Sur quels critères et d’après quelles définitions ? Où commence et où s’arrêtent les limites d’un éventuel paysage patrimoine sonore immatériel ?

La notion de patrimoine, depuis longtemps, et de différentes façons selon les époques, les lieux, les politiques mises en place, se traduit par la volonté de sauvegarder, de conserver, de protéger, de valoriser des éléments significatifs, remarquables, emblématiques d’une culture locale. Au départ, il s’agissait essentiellement des constructions architecturales, monumentales, de sites bâtis, châteaux, cathédrales, pyramides, cité fortifiées…
Progressivement, l’UNESCO, à l’échelon mondial, à élargi le classement à des sites, parfois naturels, montagneux ou maritimes.
Puis est apparue il y a quelques années la notion de patrimoine culturel, et enfin, début des années 2000, celle de patrimoine culturel immatériel.

Citons l’UNESCO «  Ce que l’on entend par « patrimoine culturel » a changé de manière considérable au cours des dernières décennies, en partie du fait des instruments élaborés par l’UNESCO. Le patrimoine culturel ne s’arrête pas aux monuments et aux collections d’objets. Il comprend également les traditions ou les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ou les connaissances et le savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel.
Bien que fragile, le patrimoine culturel immatériel est un facteur important du maintien de la diversité culturelle face à la mondialisation croissante. Avoir une idée du patrimoine culturel immatériel de différentes communautés est utile au dialogue interculturel et encourage le respect d’autres modes de vie.
L’importance du patrimoine culturel immatériel ne réside pas tant dans la manifestation culturelle elle-même que dans la richesse des connaissances et du savoir-faire qu’il transmet d’une génération à une autre. Cette transmission du savoir a une valeur sociale et économique pertinente pour les groupes minoritaires comme pour les groupes sociaux majoritaires à l’intérieur d’un État, et est tout aussi importante pour les pays en développement que pour les pays développés… »*
Voici donc posé quelques définitions autour de ces inventaires et classements patrimoniaux.
En ce qui concerne le paysage sonore, je me demande donc, suite à sa convocation dans le colloque,  comment il s’inscrit, ou non, ou partiellement, dans cette catégorisation qui pose apparemment certains problèmes récurrents. Notons entre autre ceux de trop, ou de ne pas assez définir les champs de ce que l’on peut englober pour que ce PCI soit suffisamment riche sans pour autant devenir un fourre-tout qui délayerait l’idée, voire l’existence même du patrimoine.
Prenant une des définitions premières du paysage, il s’agit de représenter, avec un cadrage personnel, subjectif, une portion d’environnement, au départ visuel. Gravure, dessin, peinture, bas-relief, photographie, vidéo, ont donc contribué à fixer des parcelles traces, mémoires, mais aussi œuvres esthétiques, représentant des portions de territoires. Ajoutons cela cela l’écrit et, plus tardivement, le magnétophone, en ce qui concerne le son. Cette idée de construction mentale, même si elle se veut parfois trace fidèle, se révèle donc bien teintée ici d’une certaine immatérialité.
De même, le Paysage sonore tel que l’a posé et théorisé Raymond Murray Schaffer, espace d’écoute, terrain d’analyse, écosystème fragile, parfois malmené, pollué, en même temps que terrain esthétique, musical, reste bien encore ancré dans un concept forgé de toute pièce par la pensée de l’écoutant musicien théoricien. Cette construction nous amène jusqu’à la préconisation d’une écologie sonore, nécessaire à maintenir la qualité des espaces acoustiques, et à rechercher ainsi une belle écoute.
Malgré ces positions plutôt intellectuelles, que l’on pourrait donc classer dans des formes pensées de patrimoine immatériel, il n’en reste pas moins que le son, en tout cas les sources sonores, sont bien physiques, vibratoires. Vibrations de l’air, de matières, d’objets, de molécules, de cordes, à l’origine. Vibrations de membranes/tympans, d’osselets, de cavités, de liquides pour ce qui est de la perception auditive. Donc dans tous les cas, un paysage sonore ne peut exister sans écoutant, et qui plus est sans écoutant qui le considère et le qualifie comme paysage sonore. Il n’existera d’ailleurs pas non plus sans l’excitation matérielle, la mise en vibration de particules, phénomènes réellement physiques.
C’est d’ailleurs dans ces passages de la matière, du geste, au concept, que la notion de patrimoine immatériel met parfois celui qui use de ce classement, dans une situation relativement instable, devant l’ambiguïté des définitions, du passage parfois délicat de la chose physique à sa représentation, à sa conceptualisation.
Durant le colloque, un exemple donné, typiquement lyonnais, illustrait bien cette situation parfois difficile à cerner. L’UNESCO a en effet classé le repas gastronomique lyonnais comme patrimoine culturel immatériel. Il faut pour cela que le dit repas comporte un apéritif, une entrée, un plat de viande et/ou de poisson, un accompagnement de légumes, du fromage, un désert et un digestif, rien que cela ! De préférence avec de bons produits, frais, locaux pour certains, une cuisine traditionnelle raffinée, et qui réunisse autour de la table une communauté de gourmands pour un bien manger et bien boire.
A priori, ces repas, banquets, sont éminemment matériels, la nourriture et l’action de manger, de boire, jusqu’aux calories qui en découlent, constituent des éléments pour le moins solides. Pourtant, par un glissement de la matière, du geste, vers une forme de tradition ritualisée, la dématérialisation s’effectue intellectuellement, ramenant le repas à une sorte de concept ritualisé, même si le fait de consommer un repas gastronomique est loin d’être, autour de la table, un simple concept, ou un simple rite gourmand.
Mais revenons au paysage sonore.
Dans sa représentation forcément cadrée, il faut bien trouver une limite au paysage qui n’est en aucun cas infini. Le paysage sonore, comparé au visuel, suppose alors de jouer avec des limites mouvantes et sans cesse à reconsidérer. En effet, si l’on peut cadrer un paysage visuel dans un champs bien défini, avec des plans, arrière-plans et horizons fixes, il n’en va pas de même pour le paysage sonore. Ce dernier se construit sur une majorité de hors-champs, sources sonores invisibles, qui élargissent et rétrécissent sans cesse le cadre d’écoute, en fonction des événements auriculaires. Ces hors-champs seront bien différents si, pour rester dans un cadre lyonnais, l’écouteur se poste sur le parvis de Fourvière, vaste panoramique surplombant la ville, ou dans l’intimité resserrée d’une cour intérieure de traboule ponctuant la colline de la Croix-Rousse. Les champs sonores continueront certes d’être toujours en mouvement, mais dans des proportions Oh combien différentes !
Sans vouloir redéfinir toutes les composantes du paysages sonores, cela a déjà été fait par ailleurs, tentons néanmoins de voir maintenant qu’est ce qui, à l’instar d’un Château de Versailles ou d’un site de terrils miniers du Nord, pourrait faire patrimoine dans le paysage sonore. Quelles seraient les sonorités ou ambiances singulières, emblématiques culturelles…? Le son du vent dans des branchages et des chants d’oiseaux en contrepoint sont-ils susceptibles d’être mentionnés, ou classés comme patrimoine culturel immatériel ?  Rien n’est moins sûr, et je dirais même que j’en doute fort !
Par contre si un recentrage sur les chants d’oiseaux font qu’ils deviennent terrain de recherche, de captations, matières à étude pour un ornithologue ou audionaturaliste, sujet de conservation, veille territoriale autour d’écosystèmes fragiles, menacés, le problème se posera alors bien différemment, et sans doute rentra t-il dans une forme de patrimoine vivant.
Il y a quelque années, ACIRENE (Association de Création d’Information pour l’Écoute d’un Nouvel Environnement) avait initié, sur le territoire sud bourguignon et par la suite haut jurassien, un projet nommé Perséphone. Il s’agissait de mettre en place un observatoire des paysages sonores, selon un protocole de captation et d’échantillonnage sonore d’un territoire et d’à long terme. Le but étant de recenser différentes typologies de paysages sonores, et de voir comment elles évoluaient au fil du temps, en fonction notamment des aménagements qui venaient plus ou moins les chambouler. Un territoire assimilait-il ou non de nouvelles sonorités liées aux infrastructures routières par exemple, conservait-il un certain équilibre acoustique ou connaissait-il une certaine saturation, de nouvelles nuisances ? Nous étions bien dans ces études de terrain dans une idée d’observation, voir de sauvegarde de territoires sonores parfois fragiles et malmenés sans vraiment de concertation ni d’études d’impact en préalable aux aménagements. On pouvait voir de véritables richesses sur des terrains naturels, richesses bioacoustiques menacées. En clair des patrimoines naturels vivants, paysages sonores en danger, et on n’était pas ici dans de l’immatériel, mais dans des cas de figures bien concrets. Cette action a d’ailleurs été suivi d’un autre projet d’inventaire lié aux paysages sonores remarquables du PNR du Haut-jura, où l’approche auriculaire tendait a travailler sur des identités fortes et singulières d’un territoire à portée d’oreilles. Valorisation, tourisme culturel, volonté de sauvegarder des espaces acoustiques, de mettre en lumière des savoir-faire tels que l’art campanile, l’ensonnaillement des troupeau… Nous étions bien là dans une démarche d’inventaire culturelle et patrimonial.** Notons d’ailleurs que presque trente ans après son départ, cette recherche/action se poursuit encore in situ.
Mentionnons également que d’autres inventaires ont eu lieu dans différents sites tels de la Communauté de communes du Creusot/Monceau-les mines/Montchanin, la vallée blanche à proximité de Chamonix, le Vieux Lyon quartier Saint Jean… et que trois colloques ont été organisés autour de ces thématiques à l’écomusée du Creusot, château de la verrerie.
D’autres cas de figures existent, où la chose sonore peut devenir objet patrimonial. Citons les enregistrements de paroles mémorielles, où le média son est très utilisé pour garder la trace de différentes mémoires. Nicolas Frize*** a d’ailleurs beaucoup travaillé sur ces approches consistant soit à recueillir des témoignages d’acteurs ayant travaillé dans tel ou tel secteur industriel, soit à enregistrer des ambiances d’usines, de machines, de métiers à tisser, de chaines robotisées, sachant qu’a l’heure de l’explosion numérique,  la technologie évoluant très rapidement, beaucoup de sonorités se transforment radicalement, disparaissent et apparaissent. Nous avons bien ici à faire à de véritables patrimoines culturels, dont l’immatérialité passe par le fait qu’ils se réfèrent à des actions passées, des traces mémorielles.
Parlons aussi de certains savoir-faire ou traditions sonore relevant incontestablement du champ patrimonial. En premier lieu l’art campanaire, installations sonores en espace public, objet musical, social, sources d’information à certaines époques, symbole religieux, représentation de puissance… la cloche est un patrimoine bien vivant, même si régulièrement contreversé, voire combattu dans sa verve sonore. Les inventaires campanaires convoquent des approches esthétiques, historiques, sociologiques, anthropologiques, où religions et savoir-faire des maîtres saintiers, des campanistes, des bâtisseurs tissent un tissu d’une forte valeur patrimoniale. Les cloches sont des objets d’études, des symboles et phares auditifs musicaux, tissant des territoires sonores unifiant, ou divisant, selon les cas, pouvant être médiatisées, voire si nécessaire protéger, sauvegarder.
Il en va de même, dans d’autres savoir-faire ancestraux, telles les pratiques de l’ensonnaillement des troupeaux en milieux montagneux. Ces musicalisations des troupeaux bovins, caprins ou ovins, outre les fonctions de repérage dans les pâturages en alpages non parqués, sont aussi composés comme des entités sonores singulières, musicale, où l’esthétique de l’ensonaillement contribue à mettre en avant son propre troupeaux par rapport à celui du voisin, mais aussi à faire sonner le paysages, à réveiller ses réverbérations, ses échos… Autre culture, autre savoir-faire, autre expression d’un patrimoine sonore lui aussi parfois mis à mal par l’intolérance de néo ruraux ayant du mal à partager pas les cultures locales.
Et l’on pourrait sans doute écrire encore beaucoup de choses autour de ce sujet qu’est le patrimoine sonore, tels ceux concernant les langues, dialectes, patois et autres idiomatismes constituant à souder des cultures locales, complexes.
Alors patrimoine ou non patrimoine sonore ? Tout dépend évidemment du statut de l’objet, de son histoire, de ses implantations culturelles, géographiques, et sans doute de la façon de le penser, de l’étudier dans un ou plusieurs champs. La cloche**** objet de fonderie, objet religieux, livre d’information à ciel ouvert, repère spatio-temporel, objet musical, symbole de pouvoir, parfois véritable fossile sonore qui nous font entendre quasi intacts des sons de plusieurs siècles, encore vivants… Patrimoine incontestable, tout à la fois immatériel dans son histoire, voire ces sonorités, et matérielles dans leur existence physique et vibrante.
L’ambiguïté de l’immatériel persiste donc dans la façon de considérer une pensée, un concept, un rite, une philosophie, et parfois les objets bien matériels qui y sont liés. Le paysage sonore n’échappe d’ailleurs pas à ces interrogations.
Notons que dans le classement de l’UNESCO, ni le paysage sonore en tant que tel, ni l’art campanaire ne sont pas (encore ?) référencés.

* Sources site UNESCO – http://www.unesco.org/culture/ich/fr/qu-est-ce-que-le-patrimoine-culturel-immateriel-00003
** http://www.acirene.com/recherche.html
*** http://www.nicolasfrize.com/textes.php

**** https://www.librairieleneuf.fr/livre/1231418-regards-sur-le-paysage-sonore-le-patrimoine-c–sous-la-direction-de-thierry-buron-agnes-barru–actes-sud

POINTS D’OUÏE, INTERSECTIONS

À LA CROISÉE DES CHEMINS D’ÉCOUTE

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Inviter des structures, des institutions et des publics, à explorer de nouveaux paysages sonores,  parcourir la ville comme la campagne en considérant ces milieux comme de véritables espaces auriculaires esthétiques, ne sont pas de simples gestes artistiques.
Aborder et raconter de nouveaux territoires d’écoute, c’est partager des lieux de vie par l’oreille, aménager de vraies et sincères relations humaines, entrevoir des approches écologiques, sociales, patrimoniales… C’est privilégier la diversité des approches, postures, façons de faire, d’entendre et de faire entendre collectivement.
Mes Points d’ouïe et paysages sonores partagés sont des leviers actionnant une forme de militantisme lié à l’aménagement du territoire, à la valorisation d’espaces aussi beaux que fragiles, à  la constitution d’un ensemble de traces – outils , mis à le disposition de l’habitant, de l’artiste, du chercheur, de l’enseignant, du politique, de l’aménageur…
Je tente de me tenir à la croisée des chemins d’écoute, là où les choses les plus incertaines, les plus fluctuantes, les plus passionnantes, peuvent voir le jour.

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PAYSAGES SONORES INSTALLÉS – INSTALLED SOUNDSCAPES

« Paysage sonore installé » – Scène d’écoute au naturel

 

CHAISES ÉCOUTE

En chantier – « Paysage sonore installé » – Écoute au naturel
In progress – « installed Soundscape » – Natural Listening


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Saisir l’esprit du lieu

De l’oreille j’entends

L’écouter pour cela

L’arpenter pas à pas

Puis l’écouter encore

Faire naître l’envie

Voyage immobile

Dénicher les singularités

Inscrire les décalages

A défaut les construire

Installer le paysage,

Paysage sonore

Paysage exposé

Cadre d’écoute

Points d’ouïe encore

Sans rien ajouter d’autre

Si ce n’est proposer

Ce que l’on écoute pas forcément

Ou jamais comme ça

Le quotidien sublimé

Mettre en scène l’écoute

Posture partagée

Scène acoustique collective

Et l’auditeur au centre

 

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Mots clés : Point d’ouïe,paysage sonore, installation, écoute, posture, partage, scénophonie

Tags : Sweet spot, soundscape, installation, listening, posture, listening sharing, scenophony

 

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« Paysage sonore installé » @desartsonnants
« installed Soundscape » @desartsonnants

APPEL À CONTRIBUTIONS – RACONTEZ CE QUE VOUS ENTENDEZ

RÉCITS DE PAYSAGES SONORES

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Un paysage sonore comme le support, ou comme l’acteur d’un récit….

C’est la question principale qui me préoccupe actuellement. Comment le raconter, le partager, le transmettre ? Par des mots, des images, des sons… ?

Sémiologie et narratologie sont convoquées pour construire et instruire le récit.
Je recherche de l’aide, des coopérations, des expériences, de la matière.

Vous avez envie de dire ou d’écrire un, ou des paysage(s) sonore(s) ? Je vous invite cordialement à le faire. Par écrit, ou enregistrement audio – n’enregistrez pas un paysage, mais vous commentant/ décrivant un paysage (sonore). Pas de format imposé; texte libre, sans contraintes.

Si cette idée résonne ou trouve écho en vous : desartsonnants@gmail.com

Merci par avance aux généreux donateurs.

 

TRACES D’ÉCOUTE ET ÉCOUTES TRACÉES

PAYSAGES SONORES, HISTOIRES DE TRACES, TRACES D’HISTOIRES

 

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Crédit photo – Yuko Katori – CRANE Lab

 

Appréhender un paysage, quel qu’il soit, c’est prendre très vite conscience de l’importance de la trace, de des traces, au sens large du terme. Ces traces plurielles, matérielles ou immatérielles, empreintes, marques ou marqueurs physiques, qui constituent souvent l’essence première de ce qui subsistera en mémoire, sont intrinsèquement liées au paysage, d’autant plus si celui-ci est abordé dans sa composante sonore.
La trace, ou l’ensemble de traces, sont ici comme un corpus documentant et précisant des actions aussi simples que le fait de marcher, d’arpenter, pour ressentir le paysage, notre paysage en l’occurrence. On peut en effet penser que la compréhension, même parcellaire, d’un paysage, se fait pour beaucoup dans une approche perceptive, sensorielle, sensible, propre à chacun, et que l’analyse, la formulation, la théorisation ne viendront qu’après le rencontre physique avec le terrain. Tout au moins peut-on espérer qu’il en soit ainsi.
Promeneur écoutant, je sors mes oreilles prêtes à cueillir, accueillir des sons, des ambiances, des sensations, et prêtes également à les emmagasiner dans un coin de mon esprit, de façon plus ou moins prégnante, ou volatile, selon ce qui sera advenu lors de mon parcours exploratoire.
La trace sera donc ici mémorielle, infiniment personnelle, peut-être totalement et volontairement tue, cachée aux autres, si je ne la relate pas à autrui, oralement, scripturalement. Cependant, si je décide de partager, de vive voix , par des mots, des signes, des écrits, des décrits, des graphismes ou autres signes, de transmettre des expériences vécues sur le terrain d’écoute, je donnerai à la trace mémorielle. j’assoirai une existence tangible, qui pourra se diffuser, s’incarner, prendre corps en donnant plus de consistance, de matérialité, à l’abstraction d’un paysage sonore aussi volatile qu’intangible. Rémanences…
Coucher des mots décrivant des ambiances, des couleurs sonores, des ressentis, même les plus intimes donc les plus subjectifs sera pour moi une autre façon de donner vie à des paysages sonores, et je l’espère de donner envie à d’autres de les visiter, à leurs façons, tout en prêtant une oreille plus respectueuse à l’entour.
Pour d’autres, la trace, le rendu passeront par le graphisme, le dessin, l’image. Créer une image, voire une imagerie sonore, peut s’avérer un projet passionnant, qui favorisera, avec ou par la trace, une approche transmédiale, à la limite de la synesthésie peut-être. Je n’aime pas, pour ma part, trop cloisonner et séparer les médium, hiérarchiser les sens, disant qu’un tel est asservi par un autre, ou sous-exploité, et que tel autre est dominateur, hégémonique… C’est un discours que j’ai certes tenu, voire défendu, à une époque, et dont je me méfie beaucoup aujourd’hui, de par son côté radical et dichotomique. Je préfère maintenant convoquer une forme de trace plutôt œcuménique, dans l’esprit, où le dialogue inter-sensoriel s’appuie d’avantage sur une entente, une synergie, que sur une confrontation.
Pour en revenir aux formes traçables, traçantes, l’enregistrement audio est bien évidemment un outil qui semble incontournable, même si je n’ai pas commencé par citer ce dernier. Il faut savoir qu’au au fil des ans, je suis  devenu quelque peu méfiant et parfois réticent à construire l’essentiel, l’essence d’un paysage sonore, autour du seul, ou principal média qu’est le son. Paradoxe? J’ai en effet été très souvent déçu de ses limites, en tous cas de celles de l’enregistrement, à retranscrire les singularités, les finesses, les changements, les espaces, les beautés, et tout ce que j’avais perçu à l’oreille. Tout d’abord, l’état d’esprit du moment, la disposition, l’humeur pourrait on dire, sont autant de facteurs colorant la perception, influant sur notre ressenti, nos sentiments, in situ, dans l’instant, et restent globalement étrangers à ce que capte, assez froidement, le magnétophone. Mais justement, ne cherche t-on pas une forme de neutralité objective ? Parfois, la réécoute s’avère en différé très décevante. On pensait avoir ramené une petite perle sonore, un moment de ravissement, et on ne retrouve pas du tout la magie du moment. On pensait retrouver des sensations fortes, et on ne les entends plus.
Sans compter les limites intrinsèques de la technique qui, même avec le meilleur matériel, l’usage de techniques binaurales, multicanales, et le savoir-faire du preneur de son, n’arrivent pas encore à retranscrire la fine complexité de l’environnement sonore à portée d’oreilles. Je me montre sans doute un peu trop méchant avec la trace phonographique, car pour autant, le magnétophone reste pour moi un outil incontournable pour collectionner et conserver, archiver, voix, cloches, fontaines et autres sources et ambiances multiples.
Les traces enregistrées peuvent être des constituantes de formes d’échantillonnages, de catalogages, de collections indexées et documentées, d’observatoires, d’inventaires, de données propres à définir des typologies singulières de paysages sonores, selon les travaux d’Aciréne**. Vaste sujet qui devrait faire l’objet d’un article spécifique.
Voir également le formidable projet cartographique Aporee***.
D’autre part, et dans une posture bien différente de l’approche raisonnée et quasi protocolaire précédemment abordée, qui viserait à analyser des formes types de paysages sonores, on peut envisager l’approche d’un paysage qui serait plus proche de « l’idée qu’on en a », de l’impression que l’on a conservé dans un coin de sa tête. Il s’agirait sans doute de penser et retranscrire ce que l’on aimerait entendre, ce que le paysage auriculaire nous inspire, plutôt que de chercher une véracité – mais laquelle et pour qui ? – position qui reste une expérience exaltante, à défaut d’être objective. L’artiste s’offre ainsi le ainsi droit de partager des choses qu’il a revisité, transformé par son écoute, ses gestes, ses postures, ses a priori, ses doutes, ses propositions… Et il en assume le fait en toute subjectivité, tout au moins en ce qui concerne l’auteur de cet article ! Emboîter son pas, suivre ses traces, ce n’est pas assurément rechercher une vérité stricte, encore moins une certitude absolue, mais explorer les traces de multiples paysages gigognes possibles, à défaut d’être tout à fait  prévisibles. Hétérotopies, uchronie ? Le paysage sonore étant ce qu’il est, toujours en recomposition, son après son, couche après couche, il convient de se garder, même dans la trace a priori figée, ou fixée, pour reprendre une expression de Michel Chion*, une marge d’incertitude. Nul chemin d’écoute, nul paysage, même jalonné, reconstruit et mémorisé par de multiples traces, n’est jamais tracé de manière définitive. Chacun promeneur écoutant défriche, ou déchiffre, réécrit, et raconte  sa propre histoire, au gré parfois de sinueux chemins de traverse. Chaque parcours se fera singulier, selon les visiteurs auditeurs qui s’y engouffreront, oreilles ouvertes à l’aventure sonique. La trace participe activement à l’écriture sonore, notamment à l’écriture de paysages sonores. Jeux de l’ouïe pour ne pas tout à fait perdre la trace – Signes de piste et jeux de traces pour ne pas tout à fait perdre l’écoute, ou l’entendement.

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Crédit photo – Yuko Katori – CRANE Lab

 

* L’art des sons fixés – Michel Chion – Metamkine/Nota Bene/Sono-Concept, 104 p.

** Aciréne – http://www.acirene.com/recherche.html#ancretitre2

** Aporee – http://aporee.org/maps/

#desartsonnants

RADICALISATION DOUCE DE L’ÉCOUTE

RADICALISATION DOUCE DE L’ÉCOUTE, paysages à perte d’ouïe

Choisir un lieu

Quel qu’il soit

Choisi comme point d’ouïe

S’y arrêter

S’y asseoir

Y écouter

Longuement

Très longuement

Très très longuement

Voire plus

Si affinité

Seul

Ou en groupe

A perte d’entendement…

Recommencer

Inlassablement

Ici-même ou ailleurs

Ce geste d’entendement

Jusqu’à saisir enfin

A force d’obstination

L’altérité sonore

Des lieux auriculés

N’en garder à l’esprit

Que leur trace éphémère

Collections sonifères

Des écoutes entêtées…

 

Point d’ouïe et glougloutis

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Point d’ouïe, point de fuite sur bancs d’écoute

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Point d’ouïe, dans le calme de la nuit épiée

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POINT D’OUÏE – UNE ESTHÉTIQUE DU PAYSAGE SONORE AU PAS À PAS

UNE ESTHÉTIQUE DU PAYSAGE SONORE CONSTRUITE AU PAS À PAS

Réflexion 1
Marcher…
Écouter…
Ressentir…
Comprendre…
Goûter…
Les pas guidés par les oreilles, les oreilles guidées par les pas, aller se frotter aux multiples sources sonores.
Aesthesis, le promeneur écoutant cherche t-il à trouver, ou à retrouver la perception, la sensation, du beau, quitte à le construire de toute pièce dans une sensibilité aiguisée à l’aune de l’écoute, voire du bon entendement.
La promenade qui s’articule autour des sonorités paysagères fait incontestablement naître des émotions.
Sons souvenirs, sons harmonieux, apaisants, évocateurs, musicaux ou musicalisés, de l’allégresse à la douce mélancolie, l’écoute en marche se teinte de ressentis, de sentiments amplifiés.
Pour autant, l’esthétique des ambiances sonores n’est pas toujours des plus sereines. Un marcheur urbain pourra se sentir agressé, stressé, angoissé, à l’écoute des flots parfois assourdissants et chaotiques du vacarme urbain.
L’esthétique du beau peut être également celle du chaos, de la laideur, de la surenchère.
Fait-il d’ailleurs rechercher à tout prix une esthétique dans le couple d’actions concomitantes marche-écoute ?
N’affaiblissons nous pas le beau, à vouloir le trouver partout ?
C’est une question qui peut tarauder un artiste marcheur, un promeneur écoutant, et sans doute bien d’autres, sans forcément trouver une réponse satisfaisante. Autant dans ce cas là, chercher à jouir de plaisirs auditifs, en construisant inlassablement une ou des esthétiques à portée d’oreille.
Platon concevait le beau non seulement comme une chose uniquement sensible, il était d’ailleurs assez hostile à la conception de l’art, mais aussi comme une idée. L’idée du beau, celle qui s’adresse à l’intelligence, à l’intelligible, et nous aide à la compréhension du monde. Le marcheur pourrait, dans les trace de Platon, comprendre un peu mieux le monde en l’écoutant plus attentivement, en s’immergeant dans les sons, en prenant toutefois garde de ne pas s’y noyer totalement, pour garder suffisamment d’entendement dans son expérience d’écouteur acteur.
Kant parlait d’esthétique transcendantale, une science de l’intuition et des concepts relatifs à l’espace et au temps, en tout cas du point de vue de la connaissance. L’esthétique peut approcher une sublimation de l’espace, y compris par le geste d’écoute. Un environnement sans réelles beautés apparentes peut, lorsque la sensibilité de l’écoutant s’y développe, amener vers une forme d’allégresse transcendantale, du plaisir.
Marcher, écouter, sortir de ses routines, emprunter des chemins de traverse, traverser une ville ou une forêt comme des espaces de transfigurations sensorielles, peut-être même comme un rite initiatique post médiéval, qui nous ferait trouver ne serait-ce qu’une infime parcelle de la beauté.
L’artiste marcheur doit sans cesse faire ses gammes pour maîtriser sa pratique, et sans doute entretenir la capacité d’improviser selon les aléas des déambulations.
Chemin faisant, la construction esthétique est, de façon quasi incontournable, tributaire des surprises rencontrées ici et là. Du fait même d’une sorte d’instabilité volatile des ambiances acoustiques, une balade sonore, ou un PAS -Parcours Audio Sensible, comme j’aime à nommer cette action, ne sera jamais écrite aussi précisément qu’un texte couché sur le papier, ou une construction architecturale.
Il faut savoir se ménager la part de l’imprévu, et l’inclure dans le processus de lecture/création.

Séquence 1


Une ville, Lyon, un quartier, Vaise, 9e arrondissement, une heure,minuit.
Marche lente, coupant de grands axes urbains, de petites rues, des zigzags en alternance. Ambiance fraîche, humide, encore poisseuse de la pluie qui vient tout juste de cesser. Vie ralentie, quasiment aucun promeneur, les voitures sont très rares. Lumières omniprésentes, la ville nocturne, ou peut-être ses résidents, semblent avoir très peur du noir. Mes pas bousculent des flaques d’eau dans de petites éclaboussures sonores. J’entends ma propre respiration, ce qui, en ville, n’est pas si fréquent. Un groupe d’adolescents, que je croise au détour d’une ruelle, secoue l’endormissement du quartier de ses rires décomplexés. Le silence, ou le presque silence, revient très vite ensuite. Impression d’un Robinson urbain, égaré dans une ville fantôme, ou tout au moins assoupie. Pas de stress, au contraire, juste un dépaysement somme toute assez serein. Sentiment de nuit ouatée, imbibée d’une humidité tenace qui amortit toute émergence saillante, mais aussi me semble t-il, toute violence. Esthétique noctambule, une sorte de rêve éveillé, entretenu par une marche un brin somnambulique. La traversée est intuitive, erratique, au gré de lumières, ou d’ombres portées. La construction du parcours se fait néanmoins sans heurts, sans hésitation, dans une recherche  esthétique  fluide, liée à la surprise du moment, ou à l’infime et bel accident de gouttes d’eau venant tambouriner un auvent de magasin. Le promeneur que je suis entre dans un état semi-contemplatif, tout en conservant une certaine maîtrise dans l’analyse du paysage traversé. Un entre-deux intello-sensoriel très agréable à vivre dans l’instant.

Réflexion 2
La quête du beau, dans l’exercice d’écoute déambulatoire, devient objet artistique, esthétique. Le geste de marcher dépasse le simple fait du déplacement physique, utilitaire. Couplé aux sens en éveil, en surexcitation parfois, conditionné par des concepts, postulats, réflexions, les PAS sont tout à la fois outils de production esthétique, et eux-même productions esthétiques à part entière. Sans esthétique, il semble que toute proposition, si affutée, travaillée et perfectionniste soit-elle, s’écroule, comme vidée de toute substance, celle qui maintient l’artiste ou le promeneur en état d’ébahissement, de sublime dépaysement.
Cette sensation du beau, de beautés, qui viennent transfigurer l’espace, se construit sur une expérience pluri-sensorielle, où la vue et l’ouïe, mêlées à une action kinesthésique, catalysent les sens du promeneur. Ce dernier devient réceptacle de sensations bienfaisantes, stimulantes, même si parfois déclenchées par des situations inconfortables, des tensions, voire des peurs ou des formes d’agressions psychiques.
La marche est érigée en une construction d’œuvre artistique immatérielle, mais produisant l’écriture de territoires sensibles bien réels, plus ou moins manipulés par l’artiste. Ce dernier, emmenant dans son sillage un groupe d’écoutants, lesquels assisteront à un spectacle de sons, mi-agencés, mi « sauvages », exposition interactive à ciel ouvert.
Une sorte de collection, catalogue de marches, pouvant d’ailleurs être prétexte à construire des traces tangibles, itinéraires, guides, carnets de notes multimédia… contribue à la construction d’une esthétique sonore paysagère singulière. Cette dernière dessine les contours de paysages sonores qui seront  incarnés au fil des marches/écoutes.
L’esthétique dépasse donc le simple ressenti, la sensation du beau, pour se concrétiser dans le geste et la trace du geste de l’artiste et des promeneurs écoutants, embarqués de concert dans des aventures soniques partagées.
Faut-il y voir une volonté d’artistes démiurges voulant à tout prix construire, imposer, un univers, même intangible et sensible, qu’ils tenteraient de dominer, de maîtriser ? Serait-ce aussi, de façon plus ou moins conscience une façon de se rassurer face à un monde qui s’emballe? Ou faut-il, plus modestement, entrevoir une tentative d’élargir notre sphère de perception vers une réenchantement nous permettant d’échapper un tant soit peu aux tragédies du monde, et aux nôtres propres ?
Toujours est-il que le geste et la plongée de l’artiste promeneur écoutant dans un univers sonore complexe, intriguant, parfois envoûtant, forge une tension esthétique sans laquelle les PAS resteraient de simples (dé)marches relativement insipides.

Séquence 2


Un petit lac  enchâssé dans un écrin de verdure, lui-même niché dans un immense parc péri-urbain. Le Grand Parc de Miribel Jonage, tout près de Lyon
Temps chaud, ensoleillé, agréable, estival.
Une marche calme, sur un petit chemin de terre ceinturant le lac.
Passages herbeux, arborés, espace champêtre, bucolique, bien que proche de la ville.
Des groupes pique-niquent ici et là, leurs voix sont réverbérées et portées au loin par la nappe d’eau immobile, miroir acoustique efficace.
Des chiens jouent, poussant de temps à autres de petits glapissements, joyeux aboiements dénués de toute colère.
Des oiseaux chantent à syrinx déployés, pointillismes secouant les branchages de piaillements impatients et d’apparences frivoles.
Nos pas froissent l’herbe, font crisser des feuilles sèches, ou du gravier, selon les textures changeantes du chemin.
Nous ne parlons pas, il nous suffit de profiter de ces douces caresses sonores, sans commentaires inutiles.
Un grondement background  lointain vient rappeler la présence de la ville voisine.
Ambiances plutôt apaisées, propres à une déambulation rêveuse, chauffée d’un soleil bienveillant.
L’eau miroitante, omniprésente au regard, discrète à l’écoute, reflète les paysages arborés, miroirs inversés d’un monde la tête en bas.
Les couleurs sont chatoyantes, changeant au gré des frémissements aquatiques, comme hypnotiques lorsque l’œil s’accroche longtemps à un point de la surface du lac.
L’oreille est attirée par des bruissements furtifs dans les herbes, d’animaux invisibles, détalant à notre approche.
Instant de calme suspendu à l’orée de la métropole grondante.
Instant de méditation nous rapprochant d’un Rousseau marcheur philosophant.
Instant où nos sens se déploient sans efforts, nous plaçant au centre d’une incroyable scène à 360°, qui nous ravit jusqu’à une forme d’extase tranquille.