Cartes des sons, Sabugueiro à première ouïe

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Une géographie sonore à construire, nomade, incertaine, racontée et fabriquée.
Arrivée in situ, pays inconnu, ou très peu. Je parle évidemment de mon expérience propre.
Prenons par exemple le Portugal.
Et même une région précise.
La Serra da Estrela.
Des montages, pas très élevées, mais bien montagnes quand même.
Des sommets arides, pierreux, un brin chaotiques, mais beaux, oui vraiment.
Des sommets ravagés, tondus par le feu vorace de récents incendies tout aussi voraces.
Un petit village pentu, niché en creux de montagne. Sabugueiro pour le nommer
Le plus haut du Portugal, pour lui donner une singularité géographique, entre 1000 et 2000 mètres d’altitude (Ile des Acores non comprise).

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J’y arrive un chaud après-midi.
Je m’y installe pour deux semaines.
Pour arpenter son paysage, sonore surtout, mais aussi ses paysages, dans toutes leurs diversités.
Pour en capter des bribes, et des ressentis, des ambiances et des singularités, ou non.
Peu de voitures, un petit oasis.
Première petite déambulation en fin d’après-midi.
Quelques points retiennent d’emblée mon attention, des « classiques ».
Une cloche sur un campanile à ciel ouvert, dotant une petite église de belles pierres grises, comme tout le centre historique du village, d’un chant un brin enroué.
Une fontaine qui glougloute joliment.
Une source entendue en contrebas.
Je n’approche rien de tout cela, gardant impression globale à creuser par la suite, détails à faire sourdre, microscopie sonore à zoommer.
Chaque chose en son temps.

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Un bar, au bas du village, avec terrasse ombragée et des clients locaux.
Premier point d’écoute, discrète.
Les hommes sont halés, colorés d’un soleil que l’on sent bien présent, sinon plus.
Ils parlent à voix fortes, avec des intonations qui ne sont pas sans me rappeler, toutes proportions gardées, celles que j’ai trouvées il y a peu le long de la côte Balte Russe.
De belles intonations, généreuses, un registre étendu, une dynamique gouailleuse, qui fait parfois passer, pour l’écoutant novice que je suis ici, une simple conversation pour une violente altercation.
Des rires tonitruants, enjoués, de multiples rires.
Encore une musique des lieux pour le non comprenant, linguistiquement parlant,que je suis également.
Une piste pour creuser mon projet « Prendre langue », ou comment faire paysage sonore des langues, accents, dialectes, du cru ou non.
Une première approche prometteuse pour lire et écrire, du pied et de l’oreille, du magnétophone et du crayon, un paysage sonore façon Desartsonnants.
A suivre…

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

Des points d’ouïe et les oreilles à l’air !

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Mes oreilles ont besoin d’air, d’espaces, de diversité, de vie !

Envie de les frotter à la place du marché, aux quais de Saône, ou d’ailleurs, aux terrasses les plus élevées d’un immeuble, ou à celles d’un café, façon Pérec, aux ruelles étroites, aux gares, aux ports et autres aéroports, façon Debord, aux dédales des parkings souterrains, aux résonances des forêts et aux miroirs des lacs, aux grands boulevards et aux passages couverts, aux friches industrielles et aux ruines monumentales, ou plus modestes, aux sentiers de montagne et aux bancs publics, aux escaliers et aux parvis surplombant la ville, aux grottes et autres cavernes, aux galeries marchandes et aux usines de tous genres, aux fenêtres ouvertes, aux combes et aux reculées, aux tunnels et aux chemins couverts, aux crissement de la neige gelée, aux bords de mer et aux fêtes populaires… de nuit comme de jour, immobile ou en marchant, j’ai besoin des sons vivants !

Corps Espaces Corps

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Promeneur écoutant, auditeur nomade, en partie libre en partie contraint, fabriqueur et arpenteur de paysages sonores en devenir, mon corps-oreille, mon oreille-réceptacle, mon corps-espace, mon espace-corps, inscrits parfois malgré eux dans un jeu d’espaces inextricables, constatent que ma place-posture n’est pas toujours clairement ni définie, ni établie. Elle n’est pas toujours décryptable, qualifiable, descriptible, ni même suffisamment stable pour l’être. Est-ce bien ainsi ? Une zone de questionnements, d’inconfort, ou un terreau fertile à l’éclosion de nouveaux corps-espaces qui ne seraient pas trop sur-définis, échappant ainsi à un cloisonnement d’emblée sclérosant.
Entre une matérialité, physiquement assumée, et une ligne de flottaison sonore fluctuante, alternativement productrice et auditrice, et vice versa, quand ce n’est pas les deux postures concomitantes, se pose le statut de mon corps écoutant. Celui s’incarnant dans des traversées performatives, bruyamment silencieuses, des méditations ponctuées d’errances et d’immobilités, des micro gestes aux macro perceptions, et les myriades de nuances sonores à peine entrécoutées et déjà disparues.
Donner à voir et à entendre dans les espaces du promeneur écoutant potentiel.
Se donner à voir et à entendre dans les espaces scénographiés par le, les corps.
Se noyer dans des espaces acoustiques tout à la fois communs et singuliers.
Se distinguer dans des espaces auriculaires aussi imbriqués que dissolus.
Hésiter entre le mouvement et l’immobilité, la résistance et la fuite, la sage contemplation et l’imprudente et légère distraction.
Chercher les moyens de passer d’un état à un autre, sans cesse, vivant échappatoire.
Corps-espaces-corps, allers-retours entre dedans-dehors, ici-ailleurs, dans une construction tout à la fois apollinienne et une ivresse dionysiaque, l’espace me joue des tours que le corps ne déjoue pas forcément; le corps me joue des espaces dans lesquels lui-même s’entremêle les sens, signifiants comme signifiés, des espaces compris les vides, le corps comme l’esprit duals, hésitants, jamais sûr du bon chemin, du bon geste… Entre-deux chaotique mais rassurant quelque part. Ne jamais être vraiment sûr de rien.
Des écarts qui laissent la place à un pure jouissance, ou à un souffrance teintée d’indécisions ?
Écarts qui peuvent emprisonner, comme libérer, le corps dans ses contradictions, l’étendre dans l’espace de ses non-lieux, lui faire explorer le geste dans ses in-aboutissements.

Parcs et jardins, paysages en écoute, Points d’ouïe pour l’oreille (ou)verte

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"Revenir à l'essence du son, les espaces sonifères, 
les oasis acoustiques..."

 

Sans doute de par mes premières amours et études, mêlant le paysage (au sens d’aménagements paysagers, ou du paysagisme), et la musique, les sons, je traverse aujourd’hui, dans mes explorations urbaines, mais aussi hors cités, de nombreux parcs et jardins. Lieux que j’apprécie énormément, comme espaces de calme, de biodiversité, de promenades, d’explorations sensibles, de ressourcements, de rencontres, d’expérimentations sonores…

Souvent, ce sont de petits, ou grands oasis urbains, au niveau acoustique en tous cas, terrains privilégiant des échanges où la parole et l’écoute peuvent se déployer sans efforts, lieux de ressourcements apaisants, contrepoints à une densité urbaine parfois frénétique. Des lieux que je qualifie parfois de ZADs (Zones Acoustiques à Défendre).

 

""Le jardin est un territoire mental d'espérance". Gilles Clément

 

Je réfléchis, depuis déjà quelques années, à bâtir une thématique liée aux paysages sonores, dans un sens géographique et sensible du terme, s’appuyant essentiellement sur l’arpentage auriculaire, mais aussi sur les approches pluri-sensorielles. Parcourir des parcs, jardins, promenades urbaines, coulées vertes, qu’ils soient jardins botaniques, de curés, potagers, romantiques, à la Française, Zen, villages de charbonniers, Parcs culturels, historiques, jardins partagés, sites agricoles…

Si l’écoute reste le pivot centrale de mes propositions, il n’en demeure pas moins qu’un jardin, objet paysagé et quelque part architectural, reste naturellement multisensoriel et peut donc s’entendre par et dans tous les sens.
La vue – des couleurs, des formes, des perspectives des plans, des sculptures, folies, fabriques, rocailles, architectures métissées et autres ornementations ou picturalités.
L’odorat – des essences odoriférantes, des parfums, senteurs, des odeurs de terre mouillée, d’humus, d’herbe fraichement coupée, sèche… Le toucher – effleurements et caresses de matières ligneuses, fibreuses, granuleuses, textures des sols… Le goût – déguster des fruits, légumes, herbes aromatiques, de la cueillette à la cuisine… L’ouïe, ici privilégiée – eau ruisselante, vent dans les branchages, crissements des pas, voix des promeneurs, jeux d’enfants, bruissonnements de la faune…

Pour ce qui est du sonore, field recordings, PAS – Parcours Audio sensibles, compositions musicales et/ou sonores, inaugurations de Points d’ouïe, installations éphémères, résidences artistiques autour du paysage sonore,  parcours d’écoutes avec points d’ouïe acoustiques signalisés, croisements photographies/sonographies, arts sonores et écologie, botanique et acoustique… le chantier promet d’être très riche en croisements, hybridations, pour filer une métaphore horticole, et en rencontres ! Un véritable substrat ou terreau, nourrissant le végétal comme le sensoriel, sans oublier les sociabilités, envisagées comme des pépinières de bien vivre ensemble, des espaces où ensemencer et faire germer des cultures communes.

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Parcours d’écoute – Points d’ouïe signalisés – Neerpelt (Belgique)

Par le biais d’approches hybridant esthétique et sociabilité, c’est au travers une forme d’Écosophie, telle que l’ont pensée Arne Næss, puis Félix Guattari, ou bien via la poésie déambulante et pré-écologique d’un Thoreau, ou encore les concepts de Tiers-Paysage et Jardin planétaire de Gilles Clément, en passant par « l’insurrection des consciences » de Pierre Rabhi, les Paysages sonores partagés et sonographies de Yannick Dauby… que j’ai envie de revisiter de l’oreille, les parcs et jardins, des grandes prairies ostentatoires jusqu’aux aux bosquets intimes. De l’oreille, et de concert, une approche naturellement Desartsonnant(e)s…

La seule Métropole Lyonnaise, mon port d’attache, possède nombre de ces jardins, mouchoirs de poche ou immenses parcs, couloirs verts ou réserves naturelles. Mais aussi partout en France, en Europe et dans le Monde ! Un vrai jardin planétaire, pour reprendre l’expression de Gilles Clément, et joliment sonifère comme une oreille rhizomatique sur le Monde, une trame sonore verte maillant des territoires par une sorte d’inventaire d’acoustiques paysagères, et des espaces propices à des parcours  et créations sonores à l’air libre.

De quoi à se mettre l’oreille au vert, et cultiver une écoute (ou)verte !

 

Je m'en allais dans les bois parce que je voulais vivre sans hâte. 
Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie ! 
Mettre en déroute tout ce qui n'était pas la vie, 
pour ne pas découvrir, à l'heure de ma mort, que je n'avais pas vécu.
Henry David Thoreau - Pensées sauvages

 

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Parc Blandan à Lyon 7e

 

Des lieux visités, écoutés, et des expériences Audiobaladologiques

Lyon et alentours : Parc Montel, Parc Roquette, Jardin de l’ENSGrand Parc de Miribel Jonage, Parc de GerlandParc de la Feyssine, Parc des hauteurs, Jardin Sutter, Tête d’or, Parc Blandan

Ailleurs en France: Jardins du Prieuré de Vausse Jardin du Mas Joyeux à Marseille, Jardin des sons à Cavan, Parcs des Buttes-Chaumond et de Belleville  La Villette, à Paris, La Roche Jagu en Bretagne, Le jardin Romieu à Bastia, Jardin des deux rives à Strasbourg, Baraques du 14 de la forêt de chaux, « Parcours sonore Échos de la Saline » Jardins de la Saline Royale d’Arc et Senans, Domaine du château de Goutelas et La Batie d’Urfée en Forez Domaine de la Minoterie de Naurouze, Parc Buffon à Montbard – projet Canopée, jardins du château de Sassenage, jardins ethnobotaniques à la Gardie

Italie  : Le jardin de fontaines de la Villa D’Este

Autriche : Jardin botanique de l’université de Vienne

Espagne : Parc Güell à Barcelone

Angleterre : Hyde Park à Londres

Belgique : Parc du Domel, Klankenbos  Neerpelt,  Parc du Beffroi de Mons

Et bien d’autres lieux encore, dont beaucoup en chantier, et à venir.

Écoutez voir, contrepoint n°1

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Entre chiens et loups
un moment que j’affectionne tout particulièrement
un instant de bascule
un fondu presque au noir amenant à la nuit
un apaisement discret
des choses qui font place à d’autres
des lumières déclinantes
puis à nouveaux des multiples soleils encagés
l’oreille s’adapte
règle ses focales
l’œil en fait de même
tout s’épaissit
ou s’éclaircit
c’est selon
une fenêtre s’ouvre sur le bas de la ville
une fenêtre visuelle
le lointain en perspective
la ville basse à nos pieds
une percée vers la vallée du Gers
barrée au loin des contreforts des Pyrénéens
la cloche
en bourdon imposant
de la cathédrale dominante
vient d’arroser la cité d’un claironnant Angelus
une fenêtre auditive
une percée sur la rumeur de la ville
les murailles trouées d’escaliers abruptes
des couloirs sonores
l’oreille vise le son
l’œil les décrypte
bien qu’on ne sache plus trop qui fait quoi au final
les horizons se brouillent
des voix proches
des piétinements cliquetant le pavés
une poussette grinçante hors-champ
la nuit tombée diffuse
des traines de couleurs d’un ciel chargé
au sortir de l’hiver
des traines de sons
s’accrochant aux murailles
ricochant sur des parois séculaires
une grue tournoyante ferraille joliment
hors-champ elle aussi
une musique en chantier
et pourtant tout est calme
chaque son à sa place
pas d’envahissements frénétiques
les sonorités et les lumières décroissent de concert
un decrescendo glissant tout en quiétude
le groupe d’écoutants jouit de l’instant
dans un silence peuplé de mille bruissements
regardécoutant la ville d’un posture panoramique
orientée par la trouée d’une ruelle pentue
peu de choses filtrent du bas
des rumeurs contenues
par d’inextricables chemins de pierres
un piège à sons
le temps est à l’écoute
comme il est au regard
des polyphonies de lueurs sonores
comme de sons colorés
le point de vue titille l’oreille
et sans conteste réciproquement
la ville paysage s’accroche sensoriellement
nous charme d’aménités offertes à qui sait être là
pour les cueillir fragiles dans l’instant.

 

La stratégie du banc

Au départ, point de stratégie, pas de plan préconçu, ni la moindre idée d’une action en cours, à venir…
Tout juste le fait de s’assoir sur un banc, presque toujours le même, le soir, en fin de journée, souvent entre chiens et loups, puis nuit tombée, parfois tardivement.
D’assez longues pauses en fait.
Souvent plusieurs heures.
Un poste-observatoire au long cours.
J’y prends l’air du temps.
Le temps de ne – presque – rien faire, un vrai luxe.
Mais ne rien faire n’est pas forcément ne faire rien.
Je peux écouter, regarder, rêvasser, et beaucoup lire.
Des moments non programmés, ou prémédités.
La répétition m’inscrit dans un paysage urbain, à quelques encablures de chez moi, ou à quelques milliers de kilomètres.
En fait s’ancrer une vieille habitude, d’appréhender une ville en marchant, mais en s’asseyant sur des bancs publics (quand il y en a…)
Cette inscription itérative dans des espaces-temps récurrents m’installe, pour des passants eux aussi récurrents, comme un sorte de repère urbain, qui parfois les questionne.
Surtout que je peux m’y assoir par des températures assez fraiches, humides.
Certains s’en inquiètent.
– Avez-vous besoin de quelque chose ?
– A boire, à manger, une couverture, de l’aide… ?
– Et bien non merci, c’est très gentil de votre part, j’habite à deux pas, ou je suis à l’hôtel, selon les cas…
– Excusez moi, je ne voulais pas…
– Mais ce n’est pas grave vous savez, plutôt sympathique de votre part…
– Que faites-vous donc ?

– Mais rien, je prends l’air, je lis, j’écoute, je regarde, je discute…
– Que lisez-vous ?
– Ah oui, moi j’aime bien… Et puis aussi…
– Je vous en apporterai un…
Et deux ou trois personnes avec qui nous avons parlé littérature, philosophie, me donnent des livres, je leur en donne aussi parfois.
J’ai instauré sans le vouloir une forme de Give Box, avec un peu plus d’humain en supplément.
La stratégie commence à s’élaborer, comme des gestes simples, une micro performance involontaire, une intervention a minima, relevant du “minumental”…
Et la conscience que quelque chose de passionnant se joue à ces endroits…
Avec également d’autres personnes, parfois en grande détresse, en quête d’écoute, tout simplement.
SDF, marginaux récemment sortis de prisons, personne seule menacée d’expulsion, jeune réfugiée Albanaise, je prends leurs désarrois, leurs fragilités, leurs révoltes, leurs abattements en pleine figure.
Je les écoute.
Je les écoute modestement.
Par inexpérience, par crainte, je ne sais guère leur donner de conseils face à la diversité et la violence sociale de leurs situations.
Alors, je les écoute, longuement, ce qui est déjà pour eux un geste bienveillant, leur prodiguant souvent un simple “bon courage” lorsqu’ils s’en vont.
Je ne m’étais pas imaginé que s’assoir régulièrement sur un banc me plongerait, sans le vouloir, au cœur d’une Comédie humaine souvent sombre et Oh combien violente.
Une arrière-cuisine d’une société désabusée, clivante, et a priori peu portée à la bienveillance.
Ici, pas de notes, pas de sons, je respecte leur intimité, leur parole.
Ces instants ne sont pas propices à profiter quiètement du lieu.
D’autres épisodes sont heureusement plus joyeux.
De jeunes étudiants, étudiantes, en fête, qui passent régulièrement en me saluant gaiement, me racontent une blague potache.
Certains se contentent d’un signe de la tête, voire d’un sourire timide.
La situation à répétition me fait croiser des personnes, commerçants locaux, voisins, qui viennent tailler la bavette.
Un voisin collègue, travaillant sur le son, la parole rapportée, patrimoniale, habite quelques mètres de “mon” banc.
Le sujet de conversation est donc tout trouvé, nous échangeons autour de nos projets, expériences…
Je lis beaucoup sur ce banc
Revues techniques, philosophiques, romans de tous genres…
J’y écris également, des réflexions, des amorces de projets, des jeux de mots, avant qu’ils n’échappent à ma mémoire fugace…
Un banc-bureau en plein-air, dans une scène urbaine à ciel ouvert, à 360°.
Un bureau toujours ouvert au public,  open space.
J’aime assez cette idée.
Bureau un brin nomade, l’expérience pouvant se répéter ailleurs, presque partout, entre deux marches.
Pas de prétention esthétique dans un premier temps.
Pas encore.
Juste des instants de sociabilité, qui convoquent beaucoup, énormément, l’écoute, les écoutants.
Les écoutes…
Parfois j’ai tenté de figer des bribes du lieu en l’enregistrant.
Ou en m’enregistrant, comme narrateur improvisateur.
Selon ce qui s’y passe, ou pas.
Parfois je l’ai partiellement écrit sur un bloc-notes, enregistré, commenté de vive voix.
Les traces, doucement, s’accumulent, prennent de l’épaisseur, font vivre un paysage qui devient de plus en plus tangible, solide.
Même s’il reste fragile, comme tout paysage.
L’idée de construire, avec ou sans l’aide des passants, de me mettre en scène, de faire partie consciemment d’un espace en écriture, se fait progressivement jour.
Je tire de la répétition de ces postures, des idées de projets visant à investir subrepticement un espace public inspirant.
Sans rien imposer.
Plutôt suggérer.
Dialoguer.
Faire entendre.
S’entendre avec.
À la fois furtivement et pourtant ostensiblement.
Ce que j’ai nommé des bancs d’écoute.
Mais où l’écoute est très élargie.
Des mobiliers urbains qui deviennent d’autant plus pertinents que lorsqu’une forme de rituel s’installe, dans le temps, dans la durée, dans la répétition, dans une forme d’habitude instable.
Je m’aperçois d’ailleurs que j’ai déjà exploré ces situations dans d’autres lieux, d’autres villes en l’occurrence.
Pendant une dizaine d’années, et durant une quinzaine de jours, sur les hauteurs de Mons (Be), juste en dessous d’un beffroi, et juste au-dessus de la Grand Place.
Espaces sonores assez magiques, tout en rumeurs et tintements, chuchotements et rires, passages acoustiques interstitiels de la ville alentours.
Là aussi des rencontres récurrentes.

Une longue station assise, collective, improvisée, lors d’une résidence au centre d’art contemporain de Lacoux, dans un champ camping sauvage, à nuit tombante et tombée. Silence. Changement de couleur, de température, d’ambiances. Apaisement. Lenteur/longueur. Sons lointains. État d’apesanteur. Quiétude. Paysage. Fondue au noir, au bleu, aux étoiles…

Au Locle, lors d’une résidence artistique Suisse, en duo avec l’artiste plasticienne Jeanne Schmid, sur un banc de la place de l’Hôtel de Ville.
Et ici encore d’autres rencontres.
Mais dans ce dernier lieu, à l’aune des expériences précédentes, j’avais conscience de m’installer dans un espace urbain, d’être repéré, presque assimilé, dans cette petite ville de quelque 10 000 âmes.
Il me fallait garder la fraîcheur de la posture nonchalante et “naturelle” d’un lecteur-observateur, face à la stratégie de jouer de ma présence, comme une forme d’interrogation sociale.
Réfléchir à la manière de poursuivre ces stations immersives et quelque part interactives, bien que sans dispositifs, en tout cas techniques ou multimédia.
Réfléchir à la manière d’en tirer des formes de récits.
Réfléchir à la manière d’en imaginer des prolongements, des postures, des mises en situations, des stratégies à venir.
Sans doute penser la façon, ou des façons, d’instaurer ces actions dans une continuité, une suite d’actions structurantes, dans une forme de rituel nomade.
Ici sur un banc, ailleurs sur un autre, et ailleurs encore.
Processus d’infiltration douce.
De dissémination discrète, contextuelle et relationnelle.
Rien n’est encore tout à fait joué, mais l’idée germe de poser la stratégie du banc, entre deux PAS – Parcours Audio Sensibles, comme une posture me permettant de m’inscrire plus fortement comme un écoutant-écouteur sociable, dans des processus où la ville se lit en même tant qu’elle s’écrit.
Avec la précieuse aide des passants bienveillants, et de la ville généreuse.

Le Mans, Lyon, Cagliari, Saint-Pétersbourg, Sousse, Victoriaville,  Marseille, Brest, Tananarive… Autant de lieux singuliers, de bancs de pierre, de fer, de bois, d’ambiances, d’écriture, de postures, d’aventures immobiles…

Ce que, pour moi, écouter veut dire

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Tendre l’oreille
l’oreille tendre
audio, j’entends
je vous entends
ausculto, j’écoute
je vous écoute
mais avec attention
attention portée au Monde
au vent, à l’eau, au tonnerre roulant
aux végétaux et aux animaux
aux choses et aux gens
sans doute plus encore aux gens
attention bienveillante à tout ce qui bruisse
à la parole donnée
à la parole recueillie
à la parole partagée
qui n’est rien sans écoute
comme lettre morte sans auditeur
écouter pour discerner
entendre le sujet et son environnement
percevoir le sujet dans son environnement
distinguer le sujet, ses valeurs, ses limites, ses faiblesses
sa véracité, ses contresens, ses manipulations
entendre en se gardant des choses confondues
par erreur ou à dessein
écouter pour résister
à la frénésie ambiante
aux grondements climatiques
aux murs qui s’érigent en protectionnisme sourd
en barrières de mésentente
en cloisons mortifères
aux parois de silence
dans l’étouffement des voix
muselées de discours totalitaires
qui s’emploient à faire taire
écouter pour comprendre
un peu mieux
pour ralentir la course
dans des marches apaisées
dans un calme silence
écrin de mille bruissements
écouter le Monde par plaisir
s’immerger dans les sons
en prenant garde de ne pas s’y laisser submerger
en prenant garde de ne pas s’y noyer
Ouïr par empathie, altérité aidant
syntonisation de l’oreille et des espaces auriculaires
paysages sonores en communs
plus qu’en lieu-commun
laisser sourdre la sympathie, les émotions
des sentiments et ressentis
des bonheurs bien sonnants
des aménités sonnifères
chercher des oasis quiets
et s’ils n’existent pas
les construire d’urgence
des refuges où parler et écouter sont choses faciles
et avant tout choses tolérées
écouter d’une oreille curieuse
se laisser surprendre pas l’inattendu
par l’inentendu
dans les limites de l’audibe
aux lisières de l’inaudible
des petites parcelles soniques
des micros sons intimes
de la plume soyeuse
de la caresse d’Éole
écouter pour rester vigilant
ne pas s’endormir sur nos certitudes
accepter la sérendipité
voire la rechercher
paysages sonores à perte d’entendement
pensés du petit ou grand bout de l’oreillette
des marteaux, enclumes et étriers
comme un jeu d’osselets sonores
le paysage s’honore
écrit à l’aune d’un tympan réactif
membrane vibrante et fragile
réceptacle des musiques du monde
oreille en coin
oreille verte
oreille en colimaçon
au creux de l’oreille
sans la faire sourde
en tenant compte que les murs aussi en ont
et que ce qui rentre par l’une peut ressortir par l’autre
qu’en cas de bêtise, on risque de se les faire tirer
qu’il arrive qu’ont les ait battues
qu’on en ait par-dessus
quelque soit notre écoute
participons à bien s’entendre
pour nous entendre mieux.

Audiobaladologie, une démarche de l’indicible

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L’Audiobaladologie est une esthétique nomade, se revendiquant comme non matériellement tracée.
Elle m’amène ici à penser mes marches dans une éthique sensible, qui écrirait une forme de charte à l’adresse du marcheur écoutant.
 
 
« Ne laisser comme traces que son empreinte éphémère sur la boue des pavés et des champs.
 
Ne laisser comme trace que quelques sons cueillis, quelques mots couchés, quelques images glanées, quelques récits colportés.
 
Ne laisser comme traces que la ou les mémoires kinesthésiques, celles du vent, des tiédeurs ou froidures, des courbatures du corps, des gestes répétés, transes physiques de paysage en paysage…
 
Ne laisser comme traces, si nécessaire, que le croquis griffonné de lignes et de courbes, de signes et de légendes polysémiques.
 
Ne laisser comme traces que le ressenti auriculaire, les sensorialités bues à fleur de peau dans nos marches intimes.
 
Ne laisser comme traces que la mémoire des belles énergies croisées sur le chemin.
 
Ne laisser comme traces que le tracé intérieur, intime, des sentes et avenues parcourues, y compris dans toute sa fragilité de l’incertitude.
 
Ne pas apposer de marque pérenne.
 
Ne pas ajouter de couches sonores hégémoniques, ou même discrètes, si ce n’est le son éphémère de sa voix, de ses chants, de ses pieds foulant des sols multiples.
 
Ne pas avoir peur du vide, du désœuvrement, de l’apparente inaction, de la production qui se défie de la matérialité comme norme incontournable de faire et de garder trace.
 
Accepter le silence, y compris et surtout pour tout ce qu’il est de bruissonnances.
 
Ne pas imposer une géographie par trop cartésienne.
 
Ne pas tracer le chemins en sillons, en ornières incontournables, se laisser des marges de liberté dans des parcours que trop de contraintes verrouilleraient.
 
Ne pas imposer sa présence, garder une juste place de marcheur écoutant amène.
 
 
 
 
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Audiobaladologie – plans-guides et partitions d’écoute

 Audiobaladologie et plans-guides, partitions d’écoute

– Repérer, avec des locaux, des lieux qui sonnent joliment
– Construire et cartographier, collaborativement, un parcours d’écoute, des PAS-Parcours Audio Sensibles ponctués de points d’ouïe, signalisés ou non.
– Préconiser des postures d’écoute ad hoc pour chaque point, ou lors de liaisons en marche
– Partager et diffuser les plans-guides partitions d’écoute, sur différents supports, matériels et virtuels, pour les expérimenter, les arpenter collectivement ou individuellement.
– Le faire vivre en développant différents parcours dans des espaces urbains, périurbains, ruraux, naturels…
Pour chaque lieux, mettons en place, ensemble, une méthodologie et une écriture appropriées.
Penser l’Audiobaladologie comme un mode (très) doux, avec l’Homauditus au centre du projet
Envie de réaliser un parcours, de partager nos écoutes, contactez moi : desartsonnants@gmail.com
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Point d’ouïe – Parcours d’écoute – Centre culturel Musica Neerpel (Be)- 2011
Fichier à télécharger :

Écouter-marcher pour occuper le monde

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PAS – Parcours Audio Sensible à Mons – Transcultures, École d’Architecture et d’Urbanisme –  ©Zoé Tabourdiot

Pour moi, effectuer un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est chercher à occuper, peut-être un peu plus activement, le monde.

Non pas tout le monde, le monde entier, mais au moins les espaces traversés, dans la bulle d’écoute qui m’entoure, et que je déplace ici et là.

Laquelle bulle d’écoute varie, s’élargissant ou se rétrécissant au gré des pas, se déformant constamment selon les lieux, leurs dimensions, constructions, topologies, horizons, les événements et centres d’intérêt, et surtout se mêlant, parfois en résonance, à une multitude d’autres.

Occuper le monde n’est pas se l’accaparer, le dominer en conquérant. Il s’agit au contraire d’y trouver une modeste place, où bienveillance et respect sont deux postures qui contribueront à une belle écoute.

Il nous faut nous positionner comme des promeneurs à l’affût, naviguant à l’oreille dans des espaces peuplés d’objets, de paysages écoutables et d’êtres également écoutants et communicants.

Occuper le monde, c’est mettre en scène des actions, des gestes, notre propre corps, celui d’autres, dans l’espace public, ou privé, c’est être concerné, acteur, influenceur, même comme un simple ouïsseur quasi invisible, voire quasi inaudible.

Occuper le monde c’est y avoir prise, se le forger à notre façon, dans une sphère auditive aussi immatérielle que fragile, qui n’appartient qu’à nous seuls, et pourtant que nous avons à cœur de partager, de confronter, d’altériser, dans des actions in situ et in auditu.

Occuper le monde, c’est prendre conscience des universalités comme des singularités, d’une sociabilité complexe, multiple, incontournable, d’une éco-politique intrinsèque, d’une géographie du sensible. Ceci pour appréhender des espaces acoustiques au départ non tacites, et au final plus humainement vivants, dans une perception à la fois individuelle et collective, moteur de prises de conscience.

Occuper le monde, c’est arpenter ensemble en croisant nos écoutes respectives pour le rendre un brin plus vivable.

Occuper le monde, c’est vouloir sortir l’oreille du trivial trop identifié, trop (re)connu, via des décalages sensibles, créer des fenêtres ouvertes sur un imaginaire acoustique, performer un faisceau de gestes et de postures qui élargissent une conscience de l’espace physique et social, souvent anesthésiée par une lénifiante habitude.

Écouter en occupant le monde, même dans une proximité intime, nous permet de faire ce pas de côté nous attirant vers de nouvelles sphères sensorielles à arpenter, où il reste encore tant à explorer.

Les PAS nous offrent une, ou de multiples façons d’occuper le monde, ou de nous occuper du monde, en se gardant bien de l’envahir, de lui imposer des sonorités prégnantes. Il s’agit a contrario de l’entendre, voire de le faire sonner humblement, à échelle humaine, néanmoins en y étant éminemment présent et acteur, avec toutes les oreilles de bonne volonté !

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PAS – Parcours Audio Sensible, École Nationale Supérieure d’Arts de Bourges – © Roger Cochini

Invitation à la marche/danse

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©Clare Qualmann

Parfois, j’ai l’impression que les danseurs marchent et que les marcheurs dansent.

Je crois percevoir que les frontières en mouvement du corps marcheur danseur ambulateur sont ténues, que le paysage écouté s’y prête, que l’arpentage nous mesure au territoire tracé de nos propres pas, que notre corps-oreille se déploie jusqu’à la pointe de nos doigts et pieds…

Sans doute plus qu’une impression…

Point d’ouïe, genèse d’un voyage auriculaire

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J’ai, ces dernières années, parcouru beaucoup de kilomètres en voiture (de moins en moins), trains, bus, et parfois avions et bateaux. Néanmoins, l’aventure, petite ou grande, ne commence vraiment pour moi que lorsque je mets pied à terre. Je me sens bien arrivé lorsque j’arpente et écoute, deux gestes souvent indissociables dans ma pratique, le territoire en bout du chemin, où qu’il soit, et fût-il une des innombrables étapes d’un long parcours toujours en chantier.

C’est également lorsque, durant ces arpentages-écoutes, les rencontres, les échanges, les expériences humaines, les explorations partagées, font que les voyages s’ancrent plus profondément dans un parcours intime, paysage sonore affectif, singulier, personnel et pourtant je l’espère partageable.

C’est sans doute ici que le récit se construit, autre voyage dans le voyage, pétri de mémoires vives, où les sons sont inscrits en exergue d’une histoire rhizomatique, entre les deux oreilles.

[Conférence] De l’écoute paysagère à la composition musicale

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De l’écoute paysagère à la composition musicale et sonore, entre nature et culture
par Gilles Malatray

Le moment où l’homme a imprimé durablement sa trace dans le monde a été qualifié d’ère de l’anthropocène. En conséquence, on pourrait imaginer une longue période où l’environnement et ses sonorités ont imprimé leurs traces dans la composition musicale et la création sonore. Parlerait-on alors d’anthroposonie ? On peut toujours inventer le terme pour l’occasion.

L’intervenant Gilles Malatray, créateur – paysagiste sonore et « promeneur écoutant » jalonnera cette période imaginaire par une série de citations, d’emprunts et de transcriptions musicales et sonores. Entre emprunts, transcriptions et créations de paysages imaginaires, le musicien ou artiste sonore puise régulièrement matériaux, rythmes et inspirations de son environnement quotidien. Loin d’un genre ou d’une esthétique, il s’agit la d’une multitude d’œuvres cosmopolites se référant ou évoquant des sons anthropophoniques, ambiantaux…
La conférence sera centrée sur des œuvres empruntant clairement des éléments rythmiques, des timbres et des éléments issus du field recording.

La conférence s’articulera en trois parties illustrées par des exemples sonores ou musicaux.

La première partie : « Nature, culture, le cas des oiseaux « nous fera parcourir quelques siècles en montrant comment musiciens, chanteurs performeurs et autres installateurs ont utilisés le langage des oiseaux dans leurs écritures.

La seconde partie sera marquée par la ville : vivante, dynamique, toujours en chantier… Les bruits urbains questionnent l’écoute, entre esthétisme et écologie sonore. (D’après le concept de Raymond Murray Schafer)

La troisième et dernière partie portera sur la composition paysagère dans la musique acousmatique : ses emprunts et ses esthétiques spécifiques. La question du paysage sonore est abordée par les compositeurs, recréant des univers à la fois reconnaissables et imaginaires, où la musique acousmatique est un espace de création tout indiqué.

Extraits diffusés :

▰ Première partie – Nature, culture, le cas des oiseaux

Différents compositeurs, de la Renaissance à nos jours, ont retranscrit, interprété, reformulé, installé, composé, à partir de chants d’oiseaux :
– Clément Janequin « Le chant des oiseaux – l’alouette»
– Olivier Messiaen « le catalogue des oiseaux – l’alouette »
– Bernard Fort, « Miroir des oiseaux » Le Bruant jaune»
– Sainkho Namtchylak « Nights birds »
– Gilles Malatray « Les oiseaux-leurres – Canopé »

Deuxième partie – Ville, vitesse, vacarme ?
– Clément Janequin « Les cris de Paris »
– Luigi Russolo – Intonarumoris »
– Pierre Schaeffer « Étude aux chemins de fer »
– Frédéric Acquaviva « Concerto pour ville et voix »

Troisième partie – Le paysage recomposée via la musique acousmatique
– Luc Ferrari « Presque rien n°1 »
– Claude Risset « Sud »
– Yannick Dauby « Phonographie de Taïwan »

A propos de l’intervenant :
Gilles Malatray est un artiste créateur sonore, promeneur écoutant, travaille depuis de nombreuses années autour du paysage sonore. Dans une posture associant des approches esthétiques, artistiques et écologiques, l’écriture, la composition de paysages sonores sont
fortement liées aux territoires investis, sites, villes, quartiers, espaces naturels, architectures, et occupent une position centrale dans la pratique désarçonnante. Formations et interventions artistiques in situ constituent la base de ce travail où l’écoute reste au centre de toute création et construction, notamment via des PAS – Parcours Audio Sensibles, marches d’écoutes collectives, ateliers de lecture et d’écriture du paysage.

Site web : https://desartsonnants.wordpress.com/
Des Arts Sonnants – Earin’ progress  – https://gmvl.org/

INFOS PRATIQUES :
■ GMVL – 25 rue chazière, parc de la cerisaie 69004 LYON
■ Mardi 12 février – 19 h
■ Buvette sur place
■ Prix libre pour les adhérents – 5 euros d’adhésion pour les nouveaux

Écarts…

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L’écart.
Il me semble plus que jamais important de considérer l’écart comme un moteur de pensée et d’action. Non pas comme un grand écart, renoncement ou compromis douloureux, extrême, geste subversif, avec sa dose de violence intrinsèque, mais comme un simple pas de côté. Ce sont les écarts qui élargissent le cercle de nos relations, les rencontres, qui infléchissent des idées trop arrêtées, qui nous font visiter l’arrière-cour, là où nous n’aurions sans doute pas été sans lui. Si petit soit-il, l’écart est une moindre façon, parfois quasiment imperceptible, de nous glisser dans des ailleurs stimulants. L’oreille est d’ailleurs capable de bien des écarts, pour peu qu’on lui en laisse un iota de liberté.

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A oreille nue

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Et bien voilà, je propose des PAS – Parcours Audio Sensibles, parcours d’écoute, à oreille nue. Sans rien d’autre que l’écoute, sans appareillage, sans artifice… Oreille à poil, pour écouter (un peu plus) juste. Juste l’écoute mise à nu… Dépasser l’apparente trivialité du sonore pour être dans l’état d’un instant naturel, brut, dans sa strict beauté, déshabillé de tout parement. Sonore qu’il faut accepter de rencontrer tel qu’il est, à la limite du décevant, mais dans la jouissance du non surfait, échappant aux canons d’une beauté acoustique trop rassurante.

Le ralentissement, une décélération sonore éco-créative

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PAS – Parcours Audio Sensible – Armée du Salut – Grand Parc de Miribel Jonage

Poursuivant ma réflexion autour d’une approche « minumentale », je parlerai ici de ralentissements, ou des formes de ralentis créatifs, stimulants.

Il ne faut pas, ici, considérer le fait de ralentir comme une décroissance négative, une perte d’activités contre-productive, appauvrissante, un élan dynamique brisé, mais bien au contraire comme un rééquilibrage physique et mental apportant de nouvelles énergies moins stressantes.

Je prendrai, comme à mon habitude, le cas du paysage sonore, ou en tout cas des actions de création liées, de marche, d’écoute, se posant dans le cadre de projets à résonances environnementales, dans le sens large du terme.

La première chose, a priori élémentaire, mais pas toujours la plus aisée à assimiler ou pratiquer, est de prendre le temps. Prendre le temps de réfléchir avant de faire, prendre de faire, sinon de laisser faire parfois, comme une déprise libératrice.

Prendre le temps de poser son écoute, non pas comme un flash ultra-bref, désirant capturer un maximum en un minimum de temps, mais comme une séquence, ou un ensemble de séquences, suffisamment longues pour que nous ressentions l’enveloppe du paysage ambiant. Des séquences assez conséquences pour que nous prenions conscience non pas de l’environnementalité du paysage, mais de notre appartenance ambiante à ce dernier. Faire partie du paysage, y compris sonore, c’est conscientiser nos responsabilités d’écouteurs bruiteurs, pour ne pas nous mettre en marge, voire au-dessus, de ce qui nous environne. Je reprends ici des propos, forts judicieux, de Gilles Clément, qui dénonce les dangers du concept d’environnement, par la possibilité à l’homme de s’en extraire, de se différencier de ce qui l’environne, donc de se déresponsabiliser des méfaits qu’il pourrait, et ne manque pas de commettre.
Cet aparté refermé, revenons au ralentissement.

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Projet de calligraphie sonore

Outre le fait du plaisir de prendre le temps, moments quasi contemplatifs pour d’écouter alentours, nous pouvons dans un même temps ralentir nos mouvements, nos actes, nos gestes, nos productions, nos déplacements… La marche par exemple, qui constitue pour moi un dispositif d’écoute et d’écriture sensible éminemment pertinent, et ses arrêts points d’ouïe associés, se fera à une cadence délibérément lente, sinon très lente. Approche qui pourrait suggérer, toute proportion gardée, une résonance butoïste, une lente danse, fortement liée à la fois au sol et au cosmos.
Le ralentissement d’une marche n’est d’ailleurs pas si évident que cela, non pas pour le “guide”, mais pour les promeneurs embarqués qui devront faire l’effort de la lenteur, et qui plus est du silence. Ralentissement du geste, raréfaction de la parole, attitude pouvant paraître contre-nature, donc contraignante. Mais l’accès à une perception augmentée, sans autre dispositif que notre propre corps au ralenti, mérite bien quelques efforts, surtout dans une société qui ne cesse de nous bousculer, de nous pousser à agir de plus en plus vite, à flux tendu, avec peu d’espaces de repos, de possibilités de laisser décanter les informations reçues.

Nous pouvons également ralentir, diminuer, le nombre de propositions, pour nous attarder sur celles qui nous paraissent les plus riches à long terme. Là encore, le rythme trépidant, souvent imposé par les opérateurs culturels, les institutions publiques, les collectivités, les budgets, sont, dans le désir de (trop) bien faire bien, au risque du saupoudrage, éloigné du projet de territoire en immersion.
Ralentir le torrent de projets pour s’appuyer sur des constructions plus longues est une action qui permet de mobiliser des énergies de façon plus concentrées et au final créatives.
Prendre le temps de faire, de faire murir, sans succomber à la sur-production à la chaine, laisser faire le temps, quitte à laisser s’installer une patine qui frottera le projet à une certaine usure temporelle, en examinant ce qui résiste plus ou moins à cette érosion voulue, et en dégraissant le projet de ses excédents qui noient le cœur de la démarche.

Prendre le temps de laisser faire, sans forcément imposer une intervention humaine. Installer une écoute en jachère, en friche, sauvage, non anthropique. Pour cela, laisser des espaces où, non seulement il y aura ralentissement, mais abandon, où les sons pourront être ce qu’ils sont, entre silences et chaos, sorte de zones acoustiques primaires où l’oreille ne ferait, éventuellement, qu’écouter, et à la limite serait même absente. Ralentir la mainmise, jusqu’à l’effacement-même de l’écoutant. Effacement symbolique ou physique, rêve d’un retour aux sons premiers, au chaos génératif, au seul bruit de la mer à perte oreilles, des volcans émergents… Imaginons, rêvons, utopisons…

Ralentir le flot de paroles, d’explications surabondantes, de thèses, pour laisser place à une expérience brute, à du « no comment », à l’essence de l’exploration sensorielle, quitte à être un brin perturbé, déboussolé, désorienté, à en perdre, momentanément, le sens de l’espace et du temps, et à se laisser porter par l’émotion purement instinctive, viscérale.

Ralentir et diminuer les excroissances sonores urbaines, « mégapolitaines », serait certainement une action des plus importantes à mener. À condition de ne pas systématiquement rejeter vers l’extérieur de la cité les fauteurs de troubles (voitures, vie festive), transformant les périphéries en de véritables poubelles sonores. Et c’est malheureusement la stratégie adoptée dans bien des cas ces dernières décennies. On ralentit les cœurs de ville, via des piétonniers, pour saturer acoustiquement les périphéries.

Parallèlement, ralentir, voire enrayer, l’extinction d’espèces, la disparition des chants d’oiseaux, dans les espaces ruraux et naturels, devient une urgence absolue, un cas de force majeur. Ce déséquilibre exponentiel nous est clairement signifié à l’oreille par la paupérisation sonore grandissante de nombreux écosystèmes, témoignage d’une biodiversité Oh combien menacée.

Deux défis qui semblent de plus en plus relever d’une mission impossible, à moins que de renverser rapidement et radicalement la vapeur, chose actuellement hautement improbable. Un simple ralentissement, même dans le cadre d’un geste artistique, s’avère souvent problématique à mener, même si chaque parcelle d’espace apaisé, ralenti, est une petite victoire face à l’accélération trépidante du monde.

Parmi toutes ces approches ralentissantes, il y en a certaines que je mets en action régulièrement, d’autres que je tente de développer, d’étendre, d’autres encore auxquelles je participe avec mes petites mains et oreilles d’écoutant citoyen, et d’autres enfin que j’aspire à développer au cœur de mes pratiques. L’artiste audio-paysagiste que je suis, depuis longtemps préoccupé, engagé, dans une mouvance liée à l’écologie sonore telle que l’a pensée Murray Schaffer, reste conscient des difficultés actuelles à ralentir les choses pour que ces efforts ne restent pas de simples utopies, mais des aspirations motivantes.

D’autre part, « marchécouter » sans presser le pas, ni le tympan, le ralentir même, est une façon de résister à des violences cumulées, physiques, psychologiques, sociales, économiques, politiques… Et sans doute une façon de les dénoncer, de tenter de les désamorcer, en ne répondant pas à la violence par la violence, mais au contraire par une attitude déccélérante, une écoute bienveillante, attentionnée et généreuse.

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AudioGraphie – @Nathalie Bou et Gilles Malatray – Installation silencieuse – Parc de La Feyssine Lyon

 

 

 

Écouter, comment s’entendre (mieux)?

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Écouter c’est trouver l’endroit, le moment, la posture…

Écouter c’est trouver le rythme, la présence, le partage…

Écouter c’est trouver le détour, la surprise, le plaisir…

Écouter c’est vivre, un peu mieux…

Et avec ta ville, comment tu t’entends ?

Et avec toi, comment tu t’entends ?

Et avec moi, lui, avec eux, comment tu t’entends ?

PAS – Parcours Audio Sensibles et Marchécoute, des générateurs d’émotions contemplatives

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Un PAS – Parcours Audio Sensible, une Marchécoute doivent chercher l’empathie territoriale, sensitive, parfois transcendée via une forte charge émotive. Quitte à assumer une subjectivité à fleur de peau et de tympan. Ne pas ressentir une affinité pour le terrain, ses ambiances sonores, visuelles, lumineuses, olfactives, kinesthésiques, c’est risquer de passer à côté de tellement de micros événements, ceux qui donnent tout le sens, l’essence de la marchécoute.

…Une nuit, un lieu sombre, un commerce encore ouvert, un groupe qui devise en sirotant des bières, des espaces résonnants…Nous jouons les voyeurs auditeurs dénués de toutes mauvaises intentions, si ce n’est que d’emprunter quelques bribes sonores dans la chaleur d’une nuit d’été pour écrire notre histoire…

Marcher pour trouver des aménités, ce n’est pas refuser l’inhospitalier, c’est lui trouver son pendant, comme une réponse en négatif, un miroir ou un écho généreux. Je me sens souvent comme électrisé par l’immersion auriculaire que je mets en place par la marche, l’écoute, le déploiement d’antennes sensorielles qui vont puiser les sucs invisibles de la cité comme de la forêt. Je me nourris de mille détails qui mettront en branle mon récit.

…Une sente qui s’enfonce dans un espace indéfini, aux lisières de la cité, couloir vert habité d’oiseaux pépiants, espace abandonné, ou pas encore colonisé par l’excroissance citadine, espace fragile, entre les rumeurs de la ville et les abords d’une campagne voisine, entre-deux incertain et de ce fait attirant…

Marcher pour se sentir vivant, les corps animés d’une jouissance à pousser les pieds et les oreilles vers les frontières du tangible, de l’audible, vers d’autres corporalités en mouvement, vers l’in-habitude chronique des lieux sonifères. L’altérité est comme une rencontre permanente, laissant venir au marchécouteur les rumeurs les plus tenaces comme les douceurs sucrées de sonneries et autres tintements campanaires.

…Une traversée, elle aussi nocturne, d’un très ancien hôpital, des voûtes, jardins intérieurs aux fontaines accueillantes, des charriots qui émergent en ferraillant de ces couloirs enchevêtrés, les ronronnements de distributeurs de boissons, les souffles rauques d’une multitude de ventilations cliquetantes… Une cloche sonne au loin. Une science-fiction estivale, post Tarkoskienne…

La géographie des émotions, des sentiments, n’est pas chose délétère, mais source de plaisirs vagabonds, d’expériences sociales, humaines, affectives, tant avec les lieux arpentés qu’avec les êtres qui les parcourent, habitent, aménagent, racontent…

…Une balade de banc en banc, fabriquant des affûts auriculaires, espace matérialisés où s’assoir devant, au centre, contre, derrière, des scènes sonores dessinent un parcours singulier, des haltes comme des oasis sonores, accueillant le flâneur urbain avec tout l’égard qui lui est dû…

La marchécoute ne peut pas être simple outil d’analyse, d’expertise, carnet écritoire et réceptacle de données, elle doit remuer des émois, exalter des forces vives, riches en sons en couleurs, exacerber des ressentis, peut-être des résistances, comme une symphonie vibrante d’une orchestre chauffé à blanc…

…Une traversée d’un gigantesque marché à Tananarive; tout y est pour moi démesure, l’espace, la foule, les couleurs les odeurs, les sons… Je m’y noie avec au départ une certaine apréhension, puis avec allégresse. J’avale de tout mon corps ce maelström sensitif, ce torrent sensoriel, qui laisse pantois le primo promeneur que je suis, et marquera à vie ma mémoire, aujourd’hui encore stupéfaite…

La Marchécoute doit être une forme d’abandon, d’acceptation de l’imprévu, de l’irrationnel, du trivial, comme objets de surprises tonifiantes. Il nous faut quitter les sentiers rebattus pour les chemins de traverse canailles, ou bien alors avoir un regard/écoute qui va creuser notre connaissance des lieux, jusqu’à lui donner une autre consistance, une autre vie, une perception chamboulée, une remise en question du beau et de ce qui pourrait ne pas l’être, une exaltation de celui qui se défait pour refaire autrement, auraient dit les situs.

…C’est un long tunnel urbain, humide, sauvage, ténébreux, où coule une rivière, où les sons et les lumières paraissent, dans l’étalement, dans la durée, surréalistes, où le corps expérimente le passage avec la curiosité d’un explorateur qui ne risque pas de se perdre, juste de s’étonner d’être là, de vivre ce moment hors du temps où des ombres et des voix flottent sur sa tête, tout étourdi de vivre la ville dans ses dessous cachés…

La Marchécoute doit souder un collectif, ou tout au moins affirmer une action collective, une communauté d’oreilles grandes ouvertes, prêtes à ausculter les recoins du paysage sans a priori discriminant. Un guide écoutant est en mesure de proposer des espaces de contemplations auriculaires, une forme de visite tel un musée de l’écoute en plein-air, où les œuvres seraient sérendipitiennes, ou l’état contemplatif serait accentué par la valorisation d’une esthétique relationnelle – telle que la conçoit et défend Nicolas Bourriaud.

…Plus de trente personnes mirent presque deux heures, en nocturne, pour descendre les pentes de la Croix-rousse, lentement, très lentement, zigue-zaguant, en silence, s’arrêtant, traversant des terrasses de bars, des jardins publics, s’asseyant ici ou là sur des bancs, s’offrant aux regards étonnés des promeneurs croisés, bousculant les ambiances, passant d’ouvertures en fermetures spatiales, de rumeurs en sonorités ténues… Le groupe y résista, se solidifia, fit corps, et oreilles, adopta et partagea un rythme quiet de déambulation, des points d’ouïe mettant en scène le moindre son. Peu de consignes, beaucoup de postures non injonctives, plutôt généreusement proposées…

Je pratique et propose une écoute, ou plutôt une collection d’écoutes manifestes, volontaires, assumées dans un mixage esthético-écologique, ou plutôt écosophique, des cheminements avant tout sensoriels, souvent réfléchis par la suite, des constructions-traces mémorielles ne prétendant pas être la réalité environnementale, plutôt un faisceau de fausses ou de réalités biaisées de subjectivité, et pourquoi pas de pures inventions… Mais je doute que les pures inventions naissent ex-nihilo, le terrain, le vivant, l’arpentage, abreuvent sans cesse les récits, d’autant plus riches si collectifs, s’ils sont notre. Je construis également des collections de chemins, de terres sonores, de promenades, de rencontres, d’échanges, d’autre-parts itinérants, salons à la fois publics et intimes, au bord d’une route, d’un sentier, d’une place, d’une clairière… En duo ou en groupe, l’échange et la partage, le plaisir de faire, de se glisser dans l’espace sonore, y compris silencieux, sont les maitres mots.

Des lieux anachroniques déportent nos habitudes; parkings souterrains, terrasses de hautes tours, tunnels, chantiers, églises, impasses, gares, centres commerciaux, chemins et rivages obscures, forêts en nocturne… Ce sont des lieux de décuplement sensoriels, amplificateurs d’émotions, vecteurs de contemplations, prêtons leurs l’oreille, suivons des guides passionnés de curiosités en marge du rassurant, en marche jubilatoire et communicative…

Si nous considérons que les choses étant ce qu’est le son, il nous faut parfois aller à la limite de perdre connaissances pour remettre à neuf des modes perceptifs décuplés. Cent fois sur ton sentier tu remets ton courage.

A bon machécouteur salut !

Paysages toniques, micro récits auriculaires

Projet Titre à venir
Haut plateau du massif du Bugey

Centre d’Art Contemporain de Lacoux – 16/27 août 2018

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Lundi 8H15
Brume
Une brume effilochée, et pourtant tenace, court sur les arêtes boisées des combes environnantes.
Durant de longs moments, seul un vent tonique se fait entendre, déversant par à-coups une fraîcheur à la caresse par trop revigorante.

Mardi 6H30
Dialogue
Deux buses invisibles devisent, l’une dans une futaie en contre-bas, face au banc sur lequel je suis assis, l’autre à l’orée de la forêt, à flanc de coteau, juste derrière moi.
Elles entament un dialogue matinal, joute de cris-réponses perçants, entrecoupés de silences
qui tracent une ligne d’écoute quasi stable.
Je suis un point d’écoute focal, médian entre les deux rapaces bavards.

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Mercredi 8H30
Rituel
Chaque jour ou presque, dans le champ voisinant notre campement, un rituel sonore se répète à mes oreilles.
Progressivement, une «enclochatement » paysager se fait entendre, poudrant la prairie de droite de tintements malicieux.
Le troupeau de chèvres de notre hôte s’installe en gambadant, parfois caché dans les prémices de la forêt, parfois courant à notre rencontre.
Ces animaux au regard malicieux et aux mouvements tintinnabulants nous font rentrer dans le vif de la matinée, si ce n’est de la journée.

Jeudi 7H30
Retournement
Ce matin là, le vent a tourné, et le paysage sonore semble avoir subi une révolution auriculaire conjointe.
De nouvelles sources sont ainsi apparues, mécaniques, en quasi opposition avec la quiétude pastorale visuelle.
Une carrière invisible, derrière la colline, assène des chocs métalliques au paysage, qui viennent buter en sourds échos dans le foisonnement de la forêt.
Ils jouent à tromper sournoisement la, notre perception des espaces sonores.
A ne plus savoir qui est l’écho ou la source initiale, comme matrice énergétique acoustique.

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Vendredi 10H
Apparition – disparition
Je marche, nous marchons au fil d’une rivière, ou torrent, ou les deux.
A son extrémité, ou début, elle s’achève, ou nait au grand jour, tout en haut d’une falaise en imposante cascade jaillissante.
Sur le sentier capricieux, l’écoute nous joue des tours.
Au gré d’un dénivelé, d’un détour boisé, d’un obstacle minéral, des basculements incessants, glissements ou cassures acoustiques scandent un paysage aquatique en continuel évolution.
La rivière joue à cache-cache, je l’entends, elle disparait de mon champ auditif, puis revient, puis s’en va, se rapproche, s’éloigne, semble loin, puis toute proche… Méandres d’écoutes.

samedi 16H
Récurrence
Un groupe d’une dizaine de personnes entament un PAS – Parcours Audio sensibles aux alentours du village de Lacoux.
Marcher lentement, faire halte sur des points d’ouïe, écouter ensemble, les règles sont toujours très simples.
Au départ, une fête, repas villageois au lointain; puis une sente forestière; un silence presque (trop) parfait.
Le sentier nous ramène au-dessus du village où la fête en contrebas nous revient à l’oreille, invisible, claire, un brin fantomatique. Nouvel estompage sur le chemin du retour. Réapparition fugace à l’approche du centre du village, comme un yoyo sonore.

Dimanche 8H
Réminiscence
Le séjour touche à sa fin, le village s’ébroue, s’éveille doucement, très doucement, dans une fraîcheur automnale. Bientôt, les randonneurs arriverons. Bientôt, l’oreille reprendra sa place urbaine, avec l’empreinte prégnante de cette résidence montagnarde en contrepoint, tenace et douce réminiscence.

 

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Point d’ouïe, Charabotte, au fil de l’eau

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A droite, en contre-bas,
le défilé d’une petite rivière
montagneuse et tortueuse,
enserrée au creux d’une profonde combe,
murs minéraux et boisés quasi a-pic.
accidentée de micros chutes cascadantes
contrainte de blocs de pierre
obstacles perturbateurs
suivie discrètement de sentiers capricieux
apparaissant et disparaissant à l’oreille
au gré d’un détour soudain
parsemée de gourds bains sauvages
cernée d’une foisonnante végétation
Éole tricotant des tissus venteux à fleur de sentes
crissement de graviers roulant sous nos semelles
peu d’humain, ni d’animalité
une cascade repoussant toujours plus loin la faille falaise
qui la déversera enfin
au bout du chemin
ou presque au bout
assis sur des rochers bienveillants
maquettes d’ archipels pétrifiés
que les sinuosités de la rivières viennent caresser
et mille nuances d’aqua bruits sonnances.

Charabotte – Massif du Haut Buggy – Lundi 20 août 2018
Parcours Sensible – Workshop Titre à Venir

JEU ÉCOUTE – Espaces – postures

Promeneur écoutant toujours inassouvi, quelques questions se posent à chaque PAS – Parcours Audio Sensibles, remettant en question mes façons de faire, selon les sites investis.

Qu’elle est la place de mon corps écoutant dans l’espace ?

Comment je place, déplace, mon corps écoutant dans l’espace ?

Comment l’espace propose à mon corps écoutant des postures qui « vont de soi » ?

Il est évident pour moi que la balade sonore, silencieuse, le PAS – Parcours Audio Sensible, ne sont en aucun cas des finalités. Ils sont plutôt des moyens d’action, des supports – dispositifs d’écoute, y compris et surtout à oreilles nues, des invitations à rencontrer le Paysage, le Monde, l’Autre, par le seul fait de tendre l’oreille, et d’avoir l’oreille tendre.

La question de la posture, je marche, je m’allonge, je m’adosse, je longe, je traverse, je m’assois, je suis avec l’autre, les autres… est au centre de l’écoute, et se construit pour, dans et avec l’espace.
Espace personnel, espace commun, singulier, physique, mental, autant de strates hétérotopiques que le corps traverse, et qui traversent le corps.

Le mouvement, le geste, la posture, la façon d’investir les lieux, vont créer un terrain propice pour entrer en vibration avec les lieux, trouver des résonances sympathiques, activer des empathies, partager des aménités, mettre l’écoutant en position de récepteur actif.

Trouver la bonne cadence, le moment opportun où s’assoir, le geste qui va caresser, effleurer, tendre la main, mettre en perspective le regard et l’oreille, implique d’avoir conscience d’une très forte adéquation entre le corps et l’espace, ou pour citer Perec, les Espèces d’espaces.

Le geste chorégraphique est sans doute celui que je sens le plus proche de ma façon d’appréhender l’écoute, bien que n’étant pas personnellement, tant s’en faut, un danseur digne de ce nom.
C’est d’ailleurs à ce point que peuvent se jouer des rencontres où chacun amène ses compétences pour enrichir mutuellement les expériences auriculaires, en croisant des sensibilités et savoir-faire, de façon à trouver des réponses et des enrichissements circonstanciés.

L’œil du photographe, du vidéaste, ou la maîtrise d’un paysage par le coup de crayon d’un artiste dessinateur, peintre, posent également d’autres repères, des représentations qui peuvent mettre l’oreille et la pensée dans des situations inédites, inouïes, en créant des stimuli dynamiques décalés.

Tout ce qui peut élargir le jeu, stimuler des postures qui me placent et me font agir au cœur même de l’écoute, de la construction de paysages sensibles, m’entraine à pousser plus avant mes pérégrinations d’un corps-oreille en quête de belles écoutes.

J’ai collecté ici une petite série d’images qui présentent ou me suggèrent des cheminement possibles. Et il y en a tant ! Tant d’autres possibles !

 

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Le dossier images par ici

 

Marcher, parler, danser l’espace Matières/manières d’écoutes

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Le corps est dans l’espace
Il y bouge
s’y déplace
s’y déploie
s’y replie
y prend place
danse
écoute
sensible aux stimuli
réceptacle sensoriel
miroir de soi
de l’autre
d’un iota de ville toujours en devenir
le corps construit sa bulle
il occupe sa bulle
croise celles des autres
les traverse
les modifie parfois
y crée des interstices
espaces privés publics
personnels et communs
intimes et extimes
imbriquements complexes
tissu de gestes physiques
tissu de gestes perceptuels
tissu de gestes relationnels
tissu de gestes conceptuels
l’espace est dans le corps.

 

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La ville comme terrain kinesthésique
arpenter
sentir
se sentir
re-sentir
se protéger
s’ouvrir
entre les entre-deux
les entre-sols
les entre-soi
entre-l’autre et entre autres choses
aller vers ou s’éloigner
tendre l’oreille
prêter l’oreille
bien ou mieux s’entendre avec
une ville un corps autrui
oreille arpenteuse
oreille épieuse
oreille un brin voyeuse
oreille généreuse
oreille voyageuse
oreille cartilagineuse
organe prolongement d’un corps
comme un cap tendu vers
ou aimant sonifère
l’écoute est mouvante
La kinesthésie comme terrain urbanique.

 

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Tout espace est in-carné
à prendre corps
à bras le corps
à corps perdus et retrouvés
de villages en cités
l’oreille au pied du mur
le mur à portée d’oreilles
et le mouvement syncrétique
telle hétérotopie mouvante
cité de sons en friche
rumeurs et signes
magmas et émergences
accrochés au construit
architecture liquide
flux et autres flux
le corps s’y noie
le corps s’y baigne
adapte sa rythmie-cité
aménage sa sur-vie
via les sens chahutés
des résistances salutaires à terre
tout in-carnation est espace.

 

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La marche met en branle
le mouvement architecture
la trajectoire balise
le parcours accomplit
l’espace contraint
l’obstacle stimule
la barrière se contourne
ou donne envie de franchir
la lisière se dessine
comme parfois structure
le sensible y fait sens
le phénomène y apparait
la carte peut guider
ou tracer les traces
ou faire perdre le Nord
à celui qui s’y fie
tandis que l’oreille entre autre
jauge juge repère
l’ébranlement met en marche.

 

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La parole se fait nomade
elle dit
commente
invente
raconte
récite
interpelle
appelle
urbanise
ré-unit
critique
revendique
résiste
va de paire à l’action
réinvente l’Agora
fabrique le récit
les mythes de cités inaccomplies
elle se colle à l’écoute complice
s’encanaille d’emprunts
part du corps racontant
des histoires ambulantes
les propose à autrui
ou en son for intérieur
le mot peut se coucher
sur le grand livre des villes
ou s’oraliser façon griot
le nomade se fait parole.

 

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Aller plus loin que la marche
danser l’espace
lâcher prise
un brin de révolte douce
des corps à l’unisson
des corps frictions
forcer l’union
prendre prises
les aspérités aidant
des contrepoints urbains
les sons comme musique(s)
donnent le la comme le là
façon de chorémarchécouter
les acoustiques s’en mêlent
la ville est corps écoute
réceptacle sonique
spectacle auriculaire
le bruit se fait complice
le groupe crée de l’espace
l’espace soude les contacts
le spectateur peut y emboiter le pas
ou pas
la marche s’organiser autrement
ses rythmes impulser le tempo
en cadences stimulantes
chamboulements urbains
l’oreille se démultiplie
relie la ville au corps
et le corps à la ville
danser plus loin pour aller.

 

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Ce texte est né de rencontres d’ami.es complices de marches/expériences, qui dansent et performent la cité, la traversent autrement, et me donnent l’énergie d’expérimenter encore en frottant mon oreille et battant le pavé.
Lyon, dans la chaleur de l’été 2018

ZEP – Zone d’Écoute prioritaire Lyon

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La World Listening Day Lyonnaise

Le mercredi 18 juillet, comme tous les ans à cette même date, au quatre coins du Monde, on célébrait la Journée mondiale de l’écoute, autrement et initialement nommée World Listening Day, impulsée par le réseau World Listening Project

Desartsonnants étant Lyonnais ce jour là choisit d’investir le parc de la tête d’Or, et d’inviter tous ceux qui le souhaiterait à venir marchècouter ce magnifique poumon vert urbain de quelques 120 hectares.

Une poignée de personnes répondirent à l’appel et acceptèrent une marche silencieuse d’une bonne heure.

Ce jour là, pas de Point d’ouïe, pas d’arrêts sur écoute,mais le parti de marcher lentement, sans interruption, en jonglant d’une source sonore à l’autre, dans un grand mixage plein de coupures, de superpositions, de transitions, est somme toute de belles surprises. Surprises parfois calculées par le guide, ou tout au moins revisitées à l’aune de la marche.
Pas de repérage préalable pour cette marche dans ce parc, qui m’est du reste assez familier; une errance guidée par les événements sonores, la recherche de l’ombre parfois, et les humeurs du meneur.

Un première petite boucle de mise en jambes et en oreilles.
Cris d’enfants
jeux de ballons
bribes de conversations volées ci et là
Cygnes barbotant dans le lac
sous-bois bruissonnant du vent dans les feuilles…

Retour à la porte d’entrée pour récupérer une nouvelle promeneuse, nouveau départ pour une grande boucle cette fois-ci.
allée gravillonnée, crissements de pas
joggeurs haletants
une pelouse où les voix s’égaillent dans un vase espace, belle spécialité acoustique
traversée d’une troupe d’oies bavardes (pléonasme), qui nous regardent méfiantes
un autre groupe d’oie se posent, augmentant cette basse-cour dans un déchainements de cacardages impressionnants
traversée d’une roseraie assez calme
passerelle en bois qui résonne sous nos pas
petite chute d’eau rafraîchissante
une famille africaine, dont les enfants sont effrayés par un (petit) chien, pourtant pas méchant. Cris, cris, cris, interjections, rires, pleurs… Nous passons discrètement au milieu de cette scène très animée.
un jardin botanique alpestre assez calme
de tout jeunes canards dans un filet d’eau poussent des petits cris aigus.
une voix ferrée droite, des trains grondent au-dessus de nos tête, cachés par un talus arboré.
nouveau tronçon d’une allée gravillonnée, beaucoup plus de joggeurs dans la chaleur diminuant de cette fin de journée. Chacun y va de son rythme, martèlements piétinements incessants, respirations saccadées, aisance ou souffrance. Le passage-séquence a quelque chose d’envoûtant, telles des variations répétitives à la Steve Reich.
Une allée centrale goudronnée, avec cette-fois-ci des vélos, skates, trottinettes… autres mobilités, autres rythmes, autres sons.
allée longeant le lac, une buvette en cours de fermeture, sons métalliques, charriots
La grande porte à nouveau, fin de ce PAS.

A quelque encablures de la sortie, le guide libère la parole, échanges, d’expériences, de connaissances, ainsi s’achève la World listening Day lyonnaise.

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La marche, l’écoute, pratiques du commun

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Très jeune, nous avons arpenté, avec mes parents, forêts, prés et montagnes.
La randonnée entre amis a occupé par la suite nombre de mes vacances et loisirs.
Milieu des années 80, je découvre le paysage sonore, et les promenades écoute, pour comprendre et partager des préoccupations esthétiques, environnementales, écologiques, sociales…
Cette découverte infléchira profondément mon travail, et plus généralement ma façon d’entendre le monde, ou de m’entendre avec lui.
Aujourd’hui, plus que jamais, je questionne la marche, solitaire ou collective, l’écoute, dans une recherche-action liée à des projets de territoires, à des sites et à des hommes.

Par curiosité, j’ai fouillé et creusé en direction des pratiques pédestres, dans leur grande diversité.
Marche sportive, athlétique, de santé
flânerie, errance, dérive
approche touristique, randonnée
forme méditative, poétique, philosophique, quantique
performances artistiques, écritures kinesthésiques, esthétiques in situ, photographiques, sonographiques
lecture, analyse, diagnostique de territoire, géographie sensible, outil d’aménagement du territoire, étude des mobilités et sociabilités
action politique, revendicative, commémorative, contestataire
Et toute autres formes hybrides et inclassables…

Accumuler de la ressource, quantité d’écrits, de traces, des expériences, des rencontres… fabriquer des matières à penser la marche en grande pointure, au sens large du terme… Tout cela me pousse à rechercher quel fil conducteur, quel(s) point(s) commun(s) je pourrais dégager de cette pratique en ébullition, en tous cas fort prisée de nos jours.
Comment trouver chaussure à son pied pour suivre un chemin, voire plusieurs, sans trop s’égarer, ou juste ce qu’il faut pour garder la curiosité intacte et mobile ?

N’en déplaise à Jean-Jacques, pour moi c’est le geste collectif qui prime sur l’individuel, même si je reconnais qu’arpenter en solitaire puisse avoir un certain attrait, notamment celui de se retrouver dans ses propres pas, de tenter de suivre ses propres traces, et peut-être d’en laisser de nouvelles.
Construire collectivement, ne serait-ce qu’un espace-temps d’écoute, est un atout que la marche favorise. Elle peut faire éclore des prises de consciences par l’expérience partagée du terrain et au-delà, des actions à venir, plus engagées, quel que soit le niveau d’engagement.

Il m’apparait ainsi que marcher m’inscrit d’emblée, ou m’implique, dans un territoire. Je passe par, et le paysage me traverse aussi, il influe ma démarche, me modèle quelque part. Je suis un acteur mobile, récepteur-émetteur, qui pourra conscientiser des formes d’admiration, de respect, voire prôner des politiques de protection, de valorisation (en se méfiant d’un tourisme de masse), d’aménagement raisonné…

Quelque soit la forme de marche, sa durée, sa destination, sa trajectoire, son public, la marche m’inscrit donc dans une visée politique, au sens premier du terme, celui qui a rapport à une société organisée, pour le meilleur et pour le pire. Marcher, écouter, c’est dés lors participer, me confronter, me frotter à une organisation sociale, avec l’envie, naturelle, d’en extraire les meilleurs choses, et si possible de les faire fructifier. Un exemple, terre à terre, si je puis dire, serait le fait de mieux réfléchir aux circulations piétonnes en ville. Moins de voitures, plus de piétions, des trajets agréables, sécurisés, dans des approches à la fois fonctionnelles tout en laissant la place aux déambulations plus « aventureuses ». Des cheminements, tracés, ou simplement suggérés, qui puissent encore surprendre, en s’encanaillant avec le péri-urbain par exemple, comme des liens tissés entre hyper-centres et territoires excentrés, souvent par les politiques d’aménagement, ou les politiques tout court.

Le commun est donc à portée de pieds, se fabriquant au fil des marches, accumulant les expériences sensibles et les réflexions autour des pratiques partagées. Traverser la ville, suivre un chemin de pèlerins, participer à une manifestation, partir en randonnée, en promenade familiale, ou guider un PAS – Parcours audio Sensible, autant de façon de franchir, de s’affranchir même d’un quotidien souvent trop balisé.

 

PAS – Parcours Audio Sensible, vers une esthétique de la fragilité

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Est esthétique ce qui recherche la beauté, ou sa définition, voire ses différentes définitions, ce qui tend à cerner la perception, si ce n’est la fabrication du beau, avec toutes les variations culturelles et subjectives de ces notions. Le beau, ou la notion du beau, est donc de ce fait fragile

Est fragile tout ce qui peut se rompre, s’altérer, voire se détruire, ou être anéanti.

L’esthétique de la fragilité cherche à construire une beauté pouvant constamment être remise en question, sans canons académiques figés, mais plutôt dans une inconstance constructive, dans un ressenti aussi mouvant que la marche elle-même.
C’est d’ailleurs enfoncer une porte ouverte que de constater la fragilité des ressentis et sentiments humains. Il en est comme de l’état d’esprit, le moral, comme on dit, d’un marcheur, qui variera au fil des dénivelés, kilomètres, embûches du terrain, conditions météorologiques, forme physique…
Le marcheur peut-être fétu de paille dans la tempête, mais aussi, fort heureusement, roseau résiliant, plus tenace et coriace que jamais.

Quand au PAS – Parcours Audio Sensible, il nous ramène au promeneur écoutant, concentré sur des espaces et périodes où les sons prennent une place des plus importantes dans sa perception du paysage.
Là encore, la non matérialité et non visibilité du sonore, comme une trace vibratoire d’action énergétique, nous ramène une fois de plus à la notion de fragilité, de caractère éphémère.
Le parcours, fut-il tracé, balisé, cartographié, prolongé via différents média-supports, pourra lui aussi être dans une logique de cheminement non définitif, chemin de traverse, soumis à de multiples contraintes, modifiable à l’envi par d’innombrables variantes, ou variations, obstacles, égarements, détours, impasses, impraticabilités chroniques.

Si on considère le PAS comme un geste collectif, ce qu’il est intrinsèquement pour moi, vient alors s’ajouter l’aventure humaine, avec toutes ses beautés justement, mais avec aussi tous les risques de ruptures, de non collectif ou de sa dissolution, d’écoutants disparates, de mayonnaise non prise, quand ce pas n’est l’exacerbation de tensions durant de longue marches.

Dés lors, bâtir une esthétique partagée, sur des terrains semblant aussi incertains, peu balisés parfois, peut relever de la gageure, pour qui s’aventurera dans des territoires aux contours et aux contenus sans cesse mouvants. Mais la société, qu’elle qu’elle soit, n’est-elle pas constamment dans la fragilité et la force conjuguée, d’une perpétuelle transformation.

Par expérience, j’aurais tendance à prendre ici le problème via une pensée positive. Une esthétique de la fragilité viserait ainsi à resserrer des liens dans des territoires géographiquement et politiquement plus ou moins dissouts, si ce n’est dissolus, fragmentés, désagrégés, et à exploiter les faiblesses et situations parfois peu amènes, pétris de de tensions, comme une arme de cohésion massive.
Je parlais il y a peu avec un ami de l’ex ZAD de Notre-Dame-des Landes, terrain d’expérimentations sociales aussi fertile que fragile. Fertile parce que sa précarité, soudant sa militance, a conduit à revisiter et repenser des usages et des rapports sans passer par un modèle étatique souverain. Fragile, c’est ce qui lui a d’ailleurs valu d’être violemment détruit par ce type d’État compresseur, comme on désherberait un terrain envahi d’adventices* indomptées via une grosse dose de Round-Up. La métaphore n’est pas évidemment sans références.

Donc un territoire sonore, au sens large du terme, acoustique, esthétique, social, écologique… s’il est précisé par la marche de l’écoutant, des écoutants, via un dispositif a minima, éphémère et lié aux gré des pratiquants, peut construire des aménités et autres bénéfices équitables. La marche traversant des territoires parfois secoués de violentes crises sociales, ne peut ignorer les tensions, souvent nettement perceptibles à l’écoute, et devrait y trouver force de dialogue, de réflexions, bâties sur des politiques sociales de proximité.
Il ne s’agit pas de mettre en avant le bruit comme une violence supplémentaire, ce qu’il peut être parfois, mais aussi de le considérer comme un révélateur de tensions sous-jacentes, sans toutefois tomber dans un catastrophisme résigné.
Marcher, écouter, c’est aussi prendre le temps, prendre de la distance pour échapper au poncifs amplifiés par des média et réseaux sociaux avides de sensations bon marché et régulièrement fabricants de d’images et clivages populistes.
Occuper le terrain, l’arpenter, n’est pas une position conquérante, donneuse de leçon, mais un acte d’agir in situ, de tout simplement marcher à la rencontre de l’autre, pour entre autre sortir des grands discours pré-mâchés.

En déambulant avec une certaines ténacité, les failles et aspérités sociales du terrain nous apparaîtrons avec sans doute plus de force au tout au moins plus de clarté.
Un jour, marchant avec des ados d’une cité stéphanoise, l’un deux me disait » Ici, t’es comme dans le 9.3, mais la ville (ses politiques), elle s’en fout, elle vient tout juste éteindre les incendies de voitures qui crament, il faut que tu viennes la nuit pour écouter ce qui se passe, … » Alors je l’ai pris au mot, et je suis venu, la nuit, avec le même groupe. Force a été de constater que cette nuit là, tout était particulièrement calme. Le récit construit parfois en interne, fait de la cité comme un espace souvent plus violent qu’elle ne l’est en réalité, fort heureusement.
Ce qui n’exclue pas le mal-être de certains territoires, qui se traduit aussi par des pétarades de motos, rodéos de voitures et langages vif et colorés, à l’invective et à l’injure facile, et des voitures qui brulent. Mais reste l’écoute et dialogue, auxquels je suis très attaché, qu’un marcheur sait généralement enclencher, plus facilement en tous cas qu’un automobiliste plus soucieux de sa voiture, propriété intouchable sur quatre roues.

Marcher et écouter différents lieux, c’est explorer des lisières pas toujours très lisibles, entre centres urbains et périphéries, qui d’ailleurs peuvent glisser d’un coté comme de l’autre au fil des grands travaux d’aménagement et requalifications de quartiers.
Des zones deviennent de vraies enclaves, des presque délaissés, d’autres sont absorbées et nettoyées avec la bonne conscience d’une bienveillante gentrification.
Encore une source de fragilité sans doute, que ces porosités, lisières peu claires, parfois récupérées par des politiques instrumentalisantes, celles dont l’artiste marcheur urbain doit entre autre se méfier pour garder son libre arbitre.

Mais c’est bien sur toutes ces incertitudes et mutations constantes qu’une forme d’esthétique, non pas souverainiste, imposée comme un modèle labélisé « politique de la ville » mais plutôt comme une action concertée sur le terrain, ne serait-que prendre le temps d’écouter ensemble, doit se construire. Prendre conscience, avec le plus de partialité que possible, des fragilités d’un territoire, y compris par l’oreille, c’est aussi entrevoir des améliorations qui ne seraient pas de l’ordre du ravalement de façade, aussi coloré fut-il, mais plutôt d’un dialogue où chacun s’écouterait un peu mieux.
Mettre du rap, tout comme du Mozart, partout ne résoudra pas les problèmes si on ne les écoute pas de l’intérieur.
Ce que j’entends par une esthétique de la fragilité passe tout d’abord par des rapports humains, de bouche à oreille, dirais-je dans ce cas là. Construire de l’écoute, et au-delà une esthétique de l’écoute, c’est chercher des points d’apaisement à même le quartier, à même le social, à même l’écoutant.
Et avec ta ville, tu t’entends comment ?

* Une adventice, appelée également mauvaise herbe, désigne, pour les agriculteurs et les jardiniers, une plante qui pousse dans un endroit (champ, massif…) sans y avoir été intentionnellement installée1. Les adventices sont généralement considérées comme nuisibles à la production agricole, bien qu’elles puissent également être bénéfiques.
Leur contrôle est le principal objectif des pratiques agricoles de désherbage.

PAS – Parcours Audio Sensibles, Cagliari 2018

Vico Giuseppe Garibaldi

Cagliari , le retour.
Après un séjour fin avril 2017, lors d’un stage de prise de sons naturalistes encadré par Bernard Fort du GMVL de Lyon, et dans le cadre du projet Européen Erasmus+ « Le paysage sonore dans lequel nous vivons », nous sommes de nouveau accueillis par Amici della Musica di Cagliari.
Lors du premier séjour, nous avons arpenté la campagne, les lieux où l’eau et les oiseaux règnent en maître, et tenté d’en capter les ambiances significatives.
Mais nous avons aussi tendu oreilles et micros sur l’incroyable procession de la San Efisio.
Cette année, en mai 2018, c’est la ville même de Cagliari qui sera le décor principale de nos audioscènes. Il faut dire qu’elle s’y prête bien, et même joue le jeux de la diversité sonore, avec son port, ses ruelles, places, son marché couvert, ses hauteurs…
Notre séjour s’articule autour d’un très intéressant colloque « Natura percepita/Natura idealizzata » auquel je suis invité à intervenir, et guider en préambule un PAS – Parcours Audio Sensible dans la belle capitale régionale Sarde.

Cagliari m’ouvre, avenante et riante, de belles fenêtres d’écoutes.
La mer, le port, les clapotis, ressacs
Des avions à basse altitude, tout prêt d’atterrir aux abords de la ville
Des ruelles à la fois minérales et très fleuries
Des places, petites ou grandes, intimes ou populaires
Une galerie couverte toute bruissonnante
Un marché couvert, une profusion de, couleurs et odeurs
Une tour dominante et des terrasses surplombantes
De jour comme de nuit, je la marche avec plaisir.
Ensuite, j’en capterai des bribes en tendant mes micros.

Cette année, je guide donc un PAS. Nous y enchainons, comme de coutume, déambulations et Points d’ouïe statiques.
Une petite terrasse ouvrant une fenêtre en contrebas sur le boulevard longeant le port, la mer en toile de fond, muette à cette distance
Un parking souterrain où jouer de la voix pour exciter les capricieuses réverbérations
Des ruelles enchainées, d’ombres est de lumières, de sons et de presque silences
Un théâtre nous nous écoutons les rumeurs dans le hall de l’Auditorium, passage obligé
Encore un entrelacs de ruelles intimes
Une place où un guide commente une fresque à un groupe de touristes
Un guitariste, curieusement positionné à un carrefour assez bruyant, mixage de voix, musiques, voitures…
Encore des ruelles accueillantes
Une placette très doucement animée, une de mes préférées, de jour comme de nuit
L’intérieur d’une église, avec le même groupe de touristes et leur guide…
Pause et causerie informelle devant une boisson rafraîchissante.
La plupart des promeneurs sont de Cagliari. j’adore emmener marchécouter des résidents qui redécouvrent de l’oreille leurs lieux territoires de vie.
J’ai ici un grand avantage sur les autochtones, ne comprenant pas un mot d’Italien, je joui pleinement de la musique des mots et des voix sans cesse croisées.

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Cagliari en replis et déplis

Durant mes pérégrinations, repérages, flâneries, je tends parfois les micros.
Et construit un petit récit audio, des plus personnel, une vision auriculaire de la cité, parmi tant d’autre.
Cette fois-ci, j’ai envie de télescopages, de mixages, et autres incongruités acoustiques.
Je fais entrer le dehors dedans, fais sortir l’intérieur à l’extérieur, replie la ville en recouvrant le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, mêle la gare au port, la fontaine aux ruelles, la place haute à la ville basse.
Un joyeux désordre qui n’en a que faire de la géographie bien ordonnée.
Une élucubration où jour et nuits se confondent.
Quelques maltraitantes sonores donc.
La nuit, presque omniprésente, et son gommage de certaines sonorités.
Un non-sens qui perd le promeneur en lui déboussolant les esgourdes, qui embrouille même l’idée de parcours dans une dé-linéarisé assumée.
Un jeu de l’ouïe, où les clapotis n’en font qu’à leur tête.
L’expérience d’une durée fugace.
Des réminiscences sonores, comme ces traces de formes et de lumières en persistances retiennes.
Les acoustiques brassent des lieux qui n’ont pas lieu d’être, si ce n’est dans l’imaginaire d’un écoutant fasciné par les espaces imbriqués d’une ville imprévisible et néanmoins amène.

Points d’ouïe, installer l’intangible

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Installer sans presque rien installer
Ne rien ajouter
Ne rien enlever non plus
Ne rien modifier, pour ce qui est du sonore
Et pourtant installer
Ne rien installer d’autre que ce qui est déjà en place
ou disparu
ou en voie de l’être,
ou naissant
ou à venir
ou en transition/métamorphose
Ne pas installer d’autres sons que ceux qui se font déjà entendre, ou qui le feront
Par contre
Installer des Points d’ouïe
Installer des mises en situation
Des mises en condition
Des espaces d’écoute
Des haltes auriculaires
D’autres amènes oasis
Disposer ici et à
Quelques chaises en rond
Alignées
En file indienne
Face à face
Dos à dos
Dispersées
Nomades
Selon l’envie
Selon les lieux
Selon les sons
Des bancs aussi
Des nattes
Des tapis de sol
Des Hamacs
Des transats
Mais toujours pas d’autres sons
Que ce qui veulent bien être là
Et il y en aura toujours
Sinon, installer le silence
Utopie s’il en fût
Installer des signalétiques
Des cadres d’écoute
Des visées auriculaires
Des consignes/conseils/propositions/suggestions
Des phrases décalées injonctions à l’écoute
Des espaces de rêve aussi
Une clairière au creux des sons
Installer des objets amplificateurs
Une cabane affût
des longue-ouïes
A la rigueur un mobile tintinnabulant doucement
Un parcours balisé
Suivant la rivière
Une sente forestière
Une ruelle
Installer l’écoutant
Installer l’écoute
Des postures d’écoutes
L’écoute même.

 

desartsonnants@gmail.com

 

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Point d’ouïe – Station d’écoute collective n°1

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Station d’écoute collective n°1
ZEP – Zone d’Écoute Prioritaire

Action locale, In situ
Écoute statique, sur une durée assez longue, au cœur de la cité Lyonnaise. Former un groupe d’écoutants pour entrer en empathie avec la ville, s’immerger dans ses ambiances sonores, se laisser porter par les sons/musiques… Une expérience performative, sensorielle, relationnelle, perceptuelle.

Action délocalisée, ex situ
Vous pouvez pratiquer la même action ici ou là, ou ailleurs, si possible à la même date et dans les mêmes créneaux horaires, pour être en symbiose acoustique. Dans ce cas, toute trace photographique, sonore, écrite… Sera la bienvenue pour former et renforcer une communauté d’écoutants mettant ses oreilles en commun. voire créer des événements liés…

Croisements d’infos; faisons connaitre et partageons nos actions Station d’écoute et autres ZEP- Zones d’Écoute prioritaires !

contact : Desartsonnants@gmail.com

Lien  – Événement Facebook

 

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Points d’ouïe, du sentier au chantier d’écoute

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Les PAS – Parcours Audio Sensibles, jalonnés de haltes Points d’ouïe, mettent en avant des formes d’approches a priori paradoxales.
Au départ, tout est déjà là, installé, existant, préexistant, en mouvement, l’audible, le visuel, la matière, les multiples vibrations… Il n’y aurait donc plus qu’a puiser, tous sens activés, dans cette abondante ressource généreusement offerte à tout un chacun.
Pourtant, les PAS n’offrent pas une scène décorum auriculaire figée, « prête à l’écoute », mais engagent plutôt un chantier d’écoute permanent, à inventer et à construire et reconstruire au jour le jour, pas à pas.
Chacun doit fabriquer sa propre écoute, son propre paysage, qui ne sont pas d’emblée offerts comme une manne accessible et acquise sans effort.

Néanmoins, une des grandes richesses de ce perpétuel chantier est qu’il peut être activé dans tous les lieux possibles et imaginables, à n’importe quel moment, par des milliers de piétons (écoutants) planétaires, pour reprendre le formule de Thierry Davila*.

Plus que des réseaux, ou des objets numériques connectés, c’est l’oreille et par delà l’écoutant tout entier, corps vibrant, résonateur sensible, qui sont ici connectés en direct au monde. Et lorsque l’on prend conscience de cela, le chantier d’écoute n’en devient que plus intensément riche.

* http://www.amisdumagasin.com/2017/10/31/marcher-creer-deplacements-flaneries-derives-dans-lart-de-la-fin-du-xxe-paris/

Points d’ouïe en Stations d’écoute

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Husserl disait que les choses n’allaient jamais de soi et méritaient toujours d’être questionnées. Questionnées notamment en terme de phénomènes. Le philosophe indique que par le questionnement, nous aurons une démarche d’explorateur qui pourra ainsi expérimenter le monde, ce qui me convient parfaitement dans la posture de promeneur écoutant.
Le phénomène n’est pas ici lié au phénoménal, à l’énorme, au hors-norme, mais plutôt dans son acception première « Ce qui apparaît, ce qui se manifeste aux sens ou à la conscience, tant dans l’ordre physique que dans l’ordre psychique, et qui peut devenir l’objet d’un savoir- source (Centre National Textuel et linguistique) », donc dans la description phénoménologique du terme. Or pour questionner le phénomène, il convient tout d’abord de le décrire.

Et pour décrire, il nous faut observer, ou dans le cas de phénomènes sonores, écouter.

Et c’est là que resurgit l’importance de la posture, celle qui poste notre corps, nos sens, notre attention, face à un objet, ici paysage sonore, dans une position favorable pour l’écouter, le questionner, et l’expérimenter, de préférence collectivement.

Après les PAS – Parcours Audio Sensible, qui impliquent une écoute en mouvement, même si cette dernière est ponctuée de Points d’ouïe stationnaires, et les inaugurations événementielles de certains de ces dits points d’ouïe, c’est maintenant autour de zones, ou stations  d’écoute que je recherche de nouvelles postures, méthodologies, protocoles, rituels…

En résonance avec ces expériences, toujours en chantier, je suis en train de mettre en place, à titre expérimental, des Stations d’écoute in situ, rassemblements ponctuels d’écoutants potentiels sur un site précis, dans une durée assez longue (quelques heures). Il s’agit de mettre en commun nos oreilles, les paysages sonores ambiants, nos ressentis, dans une posture d’écouteurs publics postés.
Je réfléchis donc à des sites pouvant accueillir ces Stations, places publiques, parcs, escaliers, rivages, clairières…
Ces lieux devront pouvoir offrir un certain confort d’écoute pour y stationner assez longtemps (bancs, assises, ombrages, possibilité d’amener ses fauteuils…) et bien entendu offrir une biodiversité auriculaire intéressante, même si elle n’est pas spectaculaire, sans doute bien au contraire.

L’écoute sensible doit tenter de revenir aux sources, sans autres artifices que l’attention portée aux choses, la synergie d’un groupe d’écouteurs publics, et de la mise en commun d’une écoute »partagée.

Remarques : Selon les cas, on pourra assimiler ces actions à des ZEP (Zones d’Écoutes Prioritaires), ou à des ZAD (Zones Auriculaires à Défendre)

 

Imaginons ici quelques dispositifs postés, comme assises d’écoute, dans tous les sens du terme.

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Les aménités auriculaires

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© Ienke Kastelein

Pierres et murs ont leurs secrets
enfouis au cœur des cités
des jardins et autres oasis sonores
ils les livrent à l’oreille curieuse
attentives à leurs échos
bienveillantes à leurs leurs résonances
réceptives à leurs histoires cachées
de points d’ouïe en aménités auriculaires
des sites se révèlent lors de PAS – Parcours Audio Sensibles
une expérience intime, collective, poétique, partagée
transmise à fleur de tympan…

 

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© Ienke Kastelein

 

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Cour des voraces – Lyon 4e

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Place Bellevue Lyon 4e

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Auch (32)

L’oreille collée au paysage
s’encanaille au cœur de la ville
pour en saisir la vibration
entrer dans la résonance
ausculter la pierre vive
faire bloc dans l’écoute
tracer des lignes auriculaires
ménager des silences habités
flâner dans le sillage des rues
y œuvrer de concert.

 

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Point d’ouïe, la feuille tout près des arbres…

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PAS – Parcours Audio SensibleGrand Parc de Miribel Jonage, avec Abi Abo et lArmée du salut Lyon

 

Mon éternel Back To The Trees

Tout d’abord, une branche de ma famille, paternelle en l’occurrence, se nomme Sylvestre. Un signe généalogique ?

J’ai d’ailleurs constaté que je me suis toujours bien entendu avec les Sylvain(e), Sylvie, Silvia, Silvana, Sylviane, sans toutefois rencontrer de Sylphides, si ce n’ai dans l’œuvre Wagnérienne.

Dans mes premières lectures d’épopées médiévales de Chrétien de Troyes, la forêt, passage initiatique de futurs chevaliers me fascinait, tout autant que celle, appel, terre d’aventure et d’humanité, de Jack London.

Mon père d’ailleurs, passionné de forêts, en a planté, entretenu, et mes parents m’ont moult fois emmené y faire des cabanes, ou apprendre à traquer la girolle et le charbonnier, ou simplement arpenter ses chemins escarpés.

Deux de mes  oncles étaient bûcherons. Et là encore j’ai vu de près le travail au corps de la forêt. Je sens encore l’odeur, de résine, à la fois douce et prégnante, qu’il ramenaient à la maison.

Dans mes premières études d’horticulteur paysagiste, j’ai appris à le connaître, reconnaître, nommer, classer, planter, agencer, entretenir, apprendre leurs spécificités, quels étaient leurs sols et expositions préférés…

J’ai appris également, progressivement à distinguer le frémissement, le chant éolien d’un Populus Tremula (peulpier tremble) de celui d’un verne, d’un saule pleureur ou des grands roseaux…. Et parfois quels oiseaux aiment à s’y poser et chanter à l’abri des profondes frondaisons.

La rencontre d’Élie Tête, fondateur de l’ACIRENE, et admirateur des arbres, de leurs formes, couleurs, senteurs, avec qui j’ai appris à écouter et comprendre en partie l’environnement sonore, à en faire paysage, n’a fait que renforcer cet attrait sylvestre.

 

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Campus Corpus, exploration /auscultation sensible de la Doua, avec Patrick Mathon et Natacha Paquignon

 

Aujourd’hui encore, et sans doute plus que jamais, mes PAS – Parcours Audio Sensibles, traversent des forêts, des parcs, des bosquets, rencontrent beaucoup d’arbres, isolés ou en groupe, jusqu’au cœur même de la cité.

 

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Auscultation PAS – Lausanne (CH), avec Jeanne Schmidt, Journées des alternatives urbaines

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PAS – Parcours Audio Sensible – Grand Parc de Miribel Jonage, avec Abi Abo et lArmée du salut Lyon

Je les touche, les effleure, les caresse, colle mon oreille contre ou dans leurs feuillages, les ausculte et même en enregistre le chant de leurs écorces, épines, feuilles, grâce à des stéthoscopes trafiqués, bidouillés pour ce faire. Je les donne à entendre aux promeneurs écoutants que j’accompagne. Gardez grande ouvertes vos feuilles toujours vertes.

Je participe depuis quelques années, depuis sa naissance, à toutes les éditions du festival Back To The Trees (BTTT) en Franche-Comté. Nous nous retrouvons ainsi, artistes sonores, plasticiens, musiciens, graphistes, sculpteurs, poètes, performeurs… en fin de journée et de nuit, à construite un parcours sensible autour de l’arbre et dans la forêt. De superbes rencontres en chemins forestiers et clairières nocturnes.

 

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Installation sonore Canopée – Château Buffon à Montbard, avec CRANE Lab, dans le cadre du festival ex-voO (21)

 

J’ai d’ailleurs été invité ces dernières années à mettre en place, avec Sterenn Marchand Plantec, une collègue plasticienne, une installation sonore et visuelle « Canopée », dans un sous-bois du château de Buffon à Montbard. Buffon, un immense encyclopédiste, dessinateur naturaliste, célèbre entre autre pour ces planches d’oiseaux nous invitait là dans un cadre idéal pour installer dans les arbres de vais faux-oiseaux, qui chantèrent plus de trois mois jours et nuit, mais discrètement pour ne pas déranger la vraie gent oiselière. Et ils firent assurément bon ménage ! Quand au public, une façon de leur rappeler les beautés et fragilités de nos écosystèmes.

 

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Échos de la saline – Saline Royale d’Arc et Senans (25)

 

Parallèlement, j’installai d’autres sons, les échos et résonances de la Saline Royale d’arc et Senans notamment, dans une allée de tilleuls bordant les jardins de ce superbe site. Invité par Lionel Viard et l’équipe de la Saline, un collectif d’amis férus de sons, créé et réuni pour l’occasion, plancha sur un dispositif de diffusion sonore totalement inédit, conçu pour le lieu. Œuvres collectives et individuelles s’y répondirent, de voix en échos, de piaillement en ruissellements, le tout voyageant d’arbre en arbre, de branche en branche, venant cueillir ci-et -à l’écoute du visiteur surpris, ne sachant où donner de l’oreille. Les échos de la Saline.

Bref, toujours des arbres au centre de l’histoire sonore qui se construit au pas à pas. Peut-être une sorte de tronc (commun), solide colonne vertébrale et auriculaire.

J’aime parfois à leur suspendre temporairement quelques légers mobiles éoliens tintinabullants sous le souffle d’Éole

 

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Dans mes promenades urbaines, je recherche l’abri, l’ombre protectrice, la présence réconfortante d’un arbre jouxtant un banc, banc d’écoute il s’entend, tout en m’inquiétant pour ces vénérables végétaux. Je crains pour leur survie, devant les massacres écologiques en cours, prenant conscience de leur fragilité qui nous renvoie à la notre propre.

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Banc d’écoute sous un arbre – Festival City Sonic à Mons – Sonic Radio avec Zoé Tabourdiot

 

Les arbres, je les écoute plus que jamais, respectueusement, tentant de tirer de la sève circulant dans les entrailles de leurs troncs séculaire, l’énergie nécessaire pour faire entendre les choses, qui vont comme elles vont, dans leurs aménités intrinsèques comme dans les crises les plus alarmantes.

 

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Installation d’écoute, sous les arbres exactement – Ceamins de traverses Grand Parc de Miribel Jonage, avec Abi Abo

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Inauguration d’un Point d’ouïe – Prieuré de Vausse (21) avec CRANE Lab, dans le cadre du festival ex-voO (21)

Campus Corpus, parcours sensible

Cette promenade est un projet qui nous trottait dans la tête depuis déjà un certain temps, quand nous avons décidé de passer à l’action. C’est donc pour nous une première.
Nous, c’est Natacha Paquignon, danseuse et chorégraphe, Patrick Mathon, trecker urbain amateur de paysages, d’histoires, de lyonnaiseries et de chocolat, et Gilles Malatray, alias Desartsonnants, alias moi-même, promeneur metteur en écoute. Un geste artistique accueilli pour l’occasion au sein de la programmation hors-le-murs du festival Chaos-Danse.
Après un repérage copieusement arrosé, où nous avons sélectionné quelques lieux qui nous semblaient intéressants à explorer, à écouter, à danser, à raconter, nous avons guidé à trois un groupe de personnes entre chiens et loups.
Le lieu choisi était le campus universitaire de la Doua, Lyon 1, tout au moins une partie tant celui-ci est étendu (100 hectares, plu de 22 000 étudiants, 1500 chercheurs, l’un des plus vaste de France…). Un lieux dédié aux sciences de toutes natures.
Ce lieu est d’ailleurs en voie de modernisation et est actuellement le théâtre de nombreux et imposants travaux. Il nous offre de ce fait un merveilleux champs de déambulation, entre architectures et parcs, passages divers et variés…
Nous seront tour à tour guide, écoutant, danseur, raconteur, invitant le public à participer à nos expérimentations sensorielles et postures d’écoute.

Tout d’abord, une petite séance « d’échauffement »  collectif, ouverture à l’espace, mise en condition. On prend conscience de son corps, de l’autre, du paysage environnant, du regard, de l’écoute et du toucher, de son ancrage au sol, de ses déplacements, tout en douceur, avant que de partir déambuler sur le campus.

Première halte au pied d’une sculpture-monument en pointe élancée vers le ciel. Un objet qui attire le regard vers le haut, décale nos perspectives. Une danse qui invite à regarder plus haut, à la contre-plongée comme point de fuite. Une dédicace de ce parcours à notre ami  et artiste marcheur international, Geert Wermeire.

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© Patrick Mathon

 

Nous longeons une voie verte de tram, et, geste enfantin, mettons nos pas dans des rails que néanmoins nous n’hésiterons pas à quitter bientôt pour prendre des chemins de traverse.

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© Patrick Mathon

 

Signe symbolique au détour d’un trottoir, un panneau penché nous indique une route à suivre, il vibre longuement lorsqu’on le touche, une petite danse pour le remercier.

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© Patrick Mathon

 

Nous empruntons la rue de l’émetteur. Un nouveau signal pour le groupes de récepteurs que nous sommes.

Une série de bancs, prétexte à une écoute collective assise, dos à dos, pour ressentir les vibrations ambiantes, les vibrations de l’autre, de l’espace également… Des galets percutés et frottés contre les assises de pierres ponctuent l’espace de rythmes, une nouvelle danse se profile, venant solliciter le le corps par des frôlements, de légers contacts tactiles qui nous fait ressentir la « physi-qualité » du groupe.

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© Patrick Mathon

 

Une clairière, face à la Maison de l’émetteur, nous offre un décor pour une scène où nous deviendrons nous-même antennes, où la danse se fera tournée vers le ciel, sur fond de signaux électromagnétiques, spatiaux, galactiques, installés pour l’occasion à même la pelouse.
Une petite histoire patrimoniale contée in situ.
http://leradiofil.com/LADOUA.htm

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© Patrick Mathon

Peu après, une petite voie verte, un alignement de peupliers, de végétaux et autres matériaux nous ferons ausculter de micros sonorités, et utiliser quelques longues-ouïes desartsonnantes, toujours en mouvement.

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© Patrick Mathon

 

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© Patrick Mathon

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© Patrick Mathon

 

Longeant des terrains de sport, nous gravirons ensuite quelques marches, après avoir partagé rituellement du chocolat, pour emprunter un court chemin en hauteur, séparant le campus d’un périphérique bourdonnant à notre oreille droite. Instant panoramique. Nous somme sur la grande digue protégeant Villeurbanne d’éventuelles crues du Rhône.

Replongeant au cœur du campus, et retrouvant de nouveaux espaces acoustiquement plus apaisés, une série de dalles piétonnières nous pousse à improviser quelques pas de danse collective. Sentir le sol sous ces pieds, jouer avec l’espace, une forme de marelle non linéaire, des jeux de croisements et d’évitement, des immobilités parfois, et un jeu très apprécié. Un lampadaire se transforme en instrument de percussions, donnant des tempi, avant que de se taire subitement pour marquer la fin de la séquence, immobilité.

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© Patrick Mathon

 

Sur le chemin du retour, une autre clairière parsemée de gros blocs granitiques sciés, autre proposition d’ écoute, de mouvements, de postures.

Plus loin, un jardin collectif avec une spirale accueillant des plantes aromatiques, elles-même attirant et accueillant des insectes pollinisateurs et autre micro faune locale. Une pause, assis sur une spire de pierres sèches, rappel de notre propre ADN en ce haut-lieu de recherche scientifique, mais aussi de notre colimaçon cochléaire, un des sièges de l’écoute lové au creux de notre oreille interne. Toujours de la danse et des sortes de massages stimulant une énergie tout en rotation dans nos bras.

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La nuit tombe doucement, le ciel vire au bleu de plus en plus soutenu, avant l’obscurité trouée d’une belle installation lumineuse multicolore vers la clairières aux granits que nous avons quitté depuis peu. Une moto passe vrombissante, coupure tonique de cet espace entre douceur et accidents sonores impromptus. Un moment entre chiens et loups aux atmosphères changeantes que j’apprécie beaucoup.

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Une dame promenant son chien nous aborde, visiblement intriguée par nos expériences sans doute bizarres vues d’un observateur non averti. Lui ayant expliqué notre dé-marche, elle nous trouve sympathiques, accueillants, avec une douce folie bienveillante qu’elle ne regrette de ne pas pouvoir partager, vu son emploi du temps. Sympathique rencontre emplie d’empathie. L’espace public c’est aussi cela !

Retour à notre point de départ, au Toï Toï le Zinc. Des images, des sons et des idées plein la tête, avec l’envie de poursuivre et de développer ailleurs, et sans doute autrement, ce genre de parcours somme toute très hétérotopique, au sens foucaldien du terme.

 

 

Gare aux oreilles, un point d’ouïe, un banc d’écoute, une liste

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Des pas et des pas
beaucoup de pas
discrets ou claquants
assurés ou hésitants
rapides ou flâneurs…
Des voix et des voix
beaucoup de voix
féminines et masculines
Jeunes ou matures
dans différentes langues
différentes accentuations
des voix annonceuses aussi
microphoniques et amplifiées
des trains au loin
à gauche, au-dessus du talus entr’aperçus
grondant et ferraillant par intermittence
klaxonnant vivement
ponctuation virulente déchirant l’espace ferroviaire
et nocturne de surcroit
des métros chuintant en dessous
s’arrêtant puis repartant cycliques
des bips de composteurs véloces
stridences aigus sur bruit de fond magmatiques
des portes coulissantes
feutrées feulantes et sans claquement
et d’autres portes sésames
soumises aux cliquetis des tickets approuvés
parfois une sonnerie rageuse
bad compostage ou hors délai
puis un balai effleurant les dalles
en traquant l’immondice
un charriot cliquetant
des bruits de papiers froissés
de bouteilles jetées
decrescendo avec la nuit tombante
un apaisement gradué s’installe
des bus qui s’arrêtent tout près derrière la vitre
des portes qui s’ouvrent alors
des flux de pas et de voix en déferlantes
puis un relâchement détente résiliant
un calme envahissant qui revient
les espaces qui ’apaisent discrètement
les voix au loin encore
se perdant dans un enchevêtrement de réverbérations
un bébé braillard s’égosille
un curieux effet d’écho
au fond d’un long couloir vitré et obstinément dallé
deux enfants passent en trombe
de l’énergie dans les voix
de l’énergie dans les corps
des boules de vitalité
bousculant la presque somnolence des lieux
avant que de lui rendre
la sirène d’une escouade policière
parcourant furieusement les quais
une valise à roulette fait chanter le jointoiement des dalles
scansion entêtante qui marque son trajet indécis
crescendo decrescendo chaotiques
et vis et versa entremêlés
jusqu’à l’extinction lointaine irrémédiable
un tintement de clés des gardiens médiateurs
le vacarme oh combien envahissant
d’un rideau de fer qui coulisse en grondant
en fermeture d’un commerce fatigué
une gare toute aux oreilles en somme
sa multiplicité
ses acoustiques
ses activités
ses passagers
ses objets
fixes ou ambulants
ses ambiances changeantes
ses paysages forgés par l’écoute postée autant qu’obstinée
des scènes remodelées par les mots du récit adjacent.

 

 

Parcours et paysages sonores, des oreilles, des pas et des mots

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Depuis longtemps je me pose la question de ma propre perception du monde sonore environnant, et des interactions complexes entre vie sociale, monde sensible, création artistique, environnement, paysage et territoire auriculaires…

Comment les questions écologiques, écosophiques, sociales, patrimoniales, politiques, résonnent-elles entre mes deux oreilles ? Quelles sont les moyens de représentation, d’analyse, de partage, qui me permettraient de comprendre un tant soit peu plus finement mes espaces auriculaires, les stimuli qu’ils déclenchent, les modes de vie et de pensée qu’ils influent ?

Je relie alors des pratiques qui me sont familières, et au final chères. L’écoute est bien entendu au tout premier plan. La marche s’impose d’emblée comme une pratique spatio-temporelle, kinesthésique, sensible, vectrice d’une énergie intellectuelle connectée, traversant moult éc(h)o systèmes, m’immergeant dans des ambiances plurisensorielles. Et enfin, le mot, la description textuelle, voire même littéraire m’ apportent de nouveaux modus operandi, qui eux-même peuvent m’amener à une forme de distanciation féconde.

Je convoque alors le récit, la narration, la description littéraire, ou littérale, sensible, poétique, analytique, phénoménologique, sémantique, l’inventaire, la liste, le journal (de bord, de voyage, intime), le carnet de notes, la fiche (pratique, de lecture, de renseignement), le glossaire, l’abécédaire, le corpus, la note, le renseignement, la consigne… Je cherche l’espace, le moment où le mot, le texte, l’écrit, peuvent élargir, et/ou rafraichir l’écoute et ainsi l’appréhension environnementale pour les conduire vers des approches plus pertinentes. Quand le fait de s’assoir longuement sur un banc, ici ou là, ou de traverser la ville à pied, armé de mon carnet et de mon stylo, fait de moi un marcheur (plus) impliqué.

Un croisement d’actions et de réflexions est sans doute plus que jamais nécessaire pour démêler un brin la complexité du monde, en saisir les prémices de ses innombrables hybridations, ne pas trop s’y noyer, et surtout rester socialement connecté au territoire. Car si le paysage sonore est esthétique, le territoire sonore est tout d’abord et avant tout social. Dissocier ces deux réalités amputerait ma, notre perception environnementale d’une bonne partie de sa crédibilité, de sa force, voire de sa légitimité.

Point d’ouïe, un lieu, un moment, une image, des mots, des sens

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Un point d’ouïe


un groupe d’écoutants


une écoute collective


l’attention aux sons


des postures d’écoute


les yeux fermés


un espace sensible


la perception des aménités paysagères

une trace mémorielle


une pause dans un PAS – Parcours Audio Sensible


un arrêt sur sons


les sens émoustillés


une douce concentration


une écoute intergénérationnelle


le murmure de l’eau


un pont, architecture et acoustique


une chaleur printanière


un instant de quiétude


prendre le temps


la musique des lieux


une belle acoustique


les oiseaux pépiant


une géographie sonore


un instant de quiétude

un lieu auriculaire remarquable


la rumeur d’un village, au dessus


l’inauguration d’un point d’ouïe


le nouveau statut d’un espace


une légère brise dans les arbres

la 
fabrique d’un souvenir sensoriel


une instant de fraîcheur

une part de poésie

une émotion

une phénoménologie paysagère

l’attention, collective, au monde

l’essence des sens.

 

PAS et inauguration d’un Point d’ouïe – Saillans (Drôme) – Festival « Et pendant ce temps les avions » avril 2017

PAS – Parcours Audio Sensible – Ile Barbe à Lyon

PAS1© Photos Titre à venir, David Bartholoméo – Auscultation

 

Résidence anthropocènique Titre à venir

Où il s’agit de se retrouver pour réfléchir à des productions artistiques, sociales, autour de l’anthropocène, et plus particulièrement durant cette marche, de l’écologie sonore.
Un PAS – Parcours Audio Sensible d’une heure trente environ, qui nous immerge dans les sons urbains.
Un dimanche où le soleil luit généreusement, où la température est douce, les couleurs hivernales, superbes dans leurs nuances assez tranchées.
Un petit groupe de cinq à six personnes, pour l’occasion écoutantes.
Une marche lente, ponctuée d’arrêts Points d’ouïe, comme à l’accoutumée.
Premier arrêt, assis sur des bancs d’un espace très animé. Un quai très circulant, commerces, voix, voitures, limite saturation, mais au final un espace humainement tonique.

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Traversée d’un pont suspendu pour rejoindre une ile, elle aussi éminemment urbaine.
Traversée lente de l’ile par une série de chemins de traverse zigzaguant d’une rive à l’autre.
La rivière Saône est en crue, bouillonnement aquatique à droite, à gauche, tout autour !
Une multitude de personnes la regarde, dans sa furie du moment, l’écoute, ?
Sous un pont, une acoustique étrange, des grondement et cliquetis par dessus.
Traversée d’une pelouse bruissante, puis de jeux d’enfants, d’autres espaces en parcelles toniques.

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Sous une haie-tunnel de bambous, intimité, des matières auscultées, le long d’un mur, décalage audio poétique vers les sons d’habitude inaudibles.
Tout au fond de l’ile, impasse sur l’eau, les quais ronronnants au loin, de vieilles murailles encaissées, toujours et encore des voix récurrentes traversant nos champs d’écoute en différents plans plus ou moins rapprochés.
Retour par le même chemin, à rebrousse poil en quelque sorte, un film rembobiné.
Nous re-déroulons la trame sonore et visuelle à l’envers, donc forcément très différente.
Un ami artiste relève, depuis le début du PAS, les vibrations environnantes, du bout de son crayon sono-sismographique. Traces sensibles, audio vibro pédestres cartographiques autant que kinesthésiques, crayonnages en mouvement. (Voir en pied de texte).
Puis une ruelle, amorçant une deuxième tranche de notre parcours.
Bascule.

PAS2© Photos Titre à venir, David Bartholoméo – Auscultation

 

Le calme se fait soudain, comme un apaisement bienvenu.
Une aération soufflerie néanmoins bruyante ronronne, arrêt sur son, l’étrange beauté du trivial industriel.
Une montée entre deux murs resserrés, le calme se densifie encore.
Une bouche dégoût s’égoutte à l’oreille, au détour du chemin, tel un ruisseau, tandis que s’égosille une oiseau caché dans les frondaisons d’un arbre. Halte urbano-bucolique et heureux mixage auriculaire qu’il nous faut saisir en l’état. Il a abondamment plu les jours précédents, les traces sonores en témoignent, tout en ruissellements diffus.
Le parvis d’une église, et une placette, presque silencieuse, un espace sensoriel privilégié.
Le contraste est ici affirmé avec l’ile trépidante au bas, la décompression acoustique s’installe.
Nous pénétrons un jardin caché, le Jardin secret c’est son propre nom, nous approchons là une forme d’intime quiétude urbaine.
Un oasis acoustique, tout juste une rumeur lointaine, quelques douces émergence motorisées, ponctuelles.

PAS3© Photos Titre à venir, David Bartholoméo – Longue ouïe

 

Des mini haut-parleurs installés dans l’instant viennent, très localement, très éphémèrement, animer-perturber l’espace. Voix, oiseaux, oiseaux, voix…
Suivi d’un moment de calme, toujours oh combien appréciable.
Des objets longues-ouïe pour écouter les pas amplifiées sur une allée gravillonnée, les plantes auscultées, nouveau zoom focal vers les micros sonorités ambiantes.
Retour, progressif vers le point de départ.
La parole se libère alors, prenant tout son temps.
Il s’agit de ne rien brusquer, la nuit tombe doucement.

 

PAS4© Photos Titre à venir, David Bartholoméo – Le chant d’une ventilation

 

Traces vibro pédestres

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©  Titre à venir, David Bartholoméo – Traces vibratoires

 

 

2018, paysage sonore arpenté et autres utopies

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Je vais faire en sorte d’avancer d’un bon pas
croisant sur mon chemin des personnes que j’aime
d’autres que je découvrirai, j’ai hâte, dans l’action,
dans le geste et la parole réciproques
partageant avec eux des routes incertaines
des idées à défricher de concert
à tracer de l’oreille toujours insatiable
et de nos corps kinesthésiques
être dans leur pas ou bien modeste guide
l’oreille en sentier, l’oreille en chantier, l’oreille enchantée
des points de vue et des points d’ouïe
des lignes de vie, lignes de fuite, en perspective
des croisées de chemins pour tenter de se perdre
pour égarer la certitude d’un tracé par trop tracé
la sérendipité comme un attrape-rêve d’inattendus,
comme un cueilleur fidèle d’in-entendus
un ou deux pas de côté pour sortir des sentiers battus
un chemin de travers(e) pour contourner les idées rebattues
des écritures multiples, forgées d’aménités paysagères
inspirées de rencontres fertiles d’humanité
des forêts traversées telles d’initiatiques démarches
les frontières et lisières incertaines voire  piétinées et confondues
franchissables sans heurts violentant le droit du sol
les itinéraires qui deviendraient paradoxalement  errances
et vice et versa nous perdant pour mieux nous retrouver
des cartes qui n’en feraient sensiblement qu’à leur tête
des obstacles qui, de gré ou de force, nous confortent le pas
des détours d’horizons qui nous échappent encore,  et toujours
des altérités sédentaires comme d’autres en mouvement, ou bien en alternances
une société parcourue à fleur de pieds librement vagabonds
leur plante qui ne s’enracine que pour mieux repartir
des postures, de pied en cap, à oreille comprise
des récits dignes des plus beaux clochards célestes
et de ceux qui sont restés rivés aux solitudes terrestres
des road-movies qui tracent et filent vers des espaces fuyants
des empreintes éphémères modestement effacées de résilience
des balades entre chiens et loups, où on ne sait plus qui est qui
dans l’obscurité bienveillante d’un entre-deux fertile
des espaces temps ou l’imaginaire s’exalte
des communautés de marcheurs soudés de nomadisme
des cités aux contours flottant entre béton et jardins
de grandes avenues et d’infimes intimes passages
des oasis de calme et des agoras bavardes
des mains comme des oreilles, tendues
des escales dans des ports bien sonnants
où jeter l’encre noire ou bleue, écritoires de nos pérégrinations
des labyrinthes en colimaçons complices et complexes
une boussole effervescente qui parfois perdrait le Nord
des bancs havres de paix, refuges d’urbanité,
accueillant nos plus folles rêveries urbi et orbi
des envies de lenteur comme décroissance prospère
un logis planétaire bien ancré, autant que rhizomatique
des hôtes bienveillants, avec qui refaire généreusement le Monde
un arpentage salvateur pour se mesurer à soi-même, comme à l’autre
une ligne droite qui n’est pas toujours, tant s’en faut, le meilleur des chemins
il nous faudra également combattre des exodes planifiés, à l’échelle de la barbarie
des migrations qui marchent hagardes d’atrocités
sur les routes d’une terre qu’on épuise à grands pas
accepter de ne pas toujours connaître le bon sens de la marche
mais ne pas renoncer à en chercher sans relâche l’essence vitale
avancer toujours pour ne pas tomber dans le piège du hiatus
forger des utopies sans fin vers lesquelles sans doute, on titubera
rien ne sert de courir, il faut marcher à point
rien ne sert de courir, il faut marcher ensemble.

 

 

 

Points d’ouïe, Points de vue et fils d’écoute

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Aujourd’hui, je tente de tirer des fils entre quelques focales telles que l’écoute, la marche, la cartographie, les audio-data (in situ comme dans la galaxie numérique).
Arpenter un territoire, en capter des ressources (sonores), les organiser comme objets d’étude et/ou de création artistique, les jouer, rejouer in situ, les cartographier pour les mixer ici ou là, du local au mondial, hybrider des savoir-faire, en ébaucher d’autres…
De la recherche action, au corps des paysages, comme dans des laboratoires, amphithéâtres et ateliers décentrés, jusque dans les archipels de réseaux numériques, de l’arpentage au cloud, en passant par le papier, la matière, la rencontre humaine, surtout…
Avec l’oreille guide pour ne pas (trop) se perdre.
Un exemple en chantier, qui cherche des lieux de résidence, recherche/action, partenariats, pour tisser et partager sa toile d’écoute : https://drive.google.com/file/d/1yKET80WF_aLEjPaSiTwhrYwWMD1tlsxD/view?usp=sharing

PAS – Parcours Audio Sensible – Où il s’agit de faire entendre le dépaysement

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© Photo Philippe Joannin

Il s’agit de faire entendre les angles morts d’une ville labyrinthique, d’une forêt non balisée, des abords d’une rivière sinueuse, et d’autres lieux tout aussi imprévisibles.

Il s’agit de faire entendre des lieux que les cartographies ignorent parfois, tout au moins dans des interstices et la mouvance de tiers-espaces (temps) transitoires.

Il s’agit de faire entendre des espaces a priori sans histoire, sans saillance manifeste, des territoires occultés, inécoutés, dans et par leur apparente trivialité.

Il s’agit de faire entendre une forme de paysage sonore vernaculaire, dépourvu de tout artifice ostentatoire.

Il s’agit de faire entendre des points d’ouïe non spectaculaires, en les considérant avec précaution, comme une série non figée, non définitive, de points estimés*

Il s’agit en fait de faire entendre que de là peut naitre la surprise.

Il s’agit en fait de faire entendre que de là peut naitre le dépaysement.

Il s’agit en fait de faire entendre que de là peut naitre la rencontre.

* « On appelle point estimé celui qui donne la position d’un bateau par le fait d’un jugement prudent, ou de données dans laquelle entre une grande part d’incertitude »
Gabriel Ciscar, Cours de navigation – 1803

 

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©Photo Philippe Joannin

Sounds Automn leaves

Ces derniers jours, sous l’effet d’une saison où se raccourcissent rapidement les jours, et où le vent du Nord vient s’enrouler, parfois sans ménagement, dans les arbres qui se déplument, l’espace sonore se teinte d’automne. Dans les allées tranquilles d’un parc urbain, un crépitement de feuilles tombantes nous entoure, de gros papillons marrons/ocres qui viennent tapisser le sol. Le vent pousse ces objets bruissants sur l’asphalte des routes, en les faisant joliment chuinter. Nos propres pas rythment nos déambulations, sur des tapis de feuilles qui crissent sous nos pieds. Petit concert urbain annonçant (peut-être) les frimas à venir.

 

L’image contient peut-être : arbre, plein air et nature

Point d’ouïe – Face à la mer

Point d’ouïe – Face à la mer

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C’est une illustration, presque une modélisation de mes Points d’ouïe, où le regard comme l’écoute recherchent une forme d’exaltation sensorielle, en même temps qu’une profonde sérénité…

C’est aussi un geste récurrent chez moi, que de placer une, ou des chaises, à un endroit acoustiquement stratégique, et d’y capter avidement le bruit du monde, ou d’une parcelle de monde. Une radio ouverte sur des ondes toujours en mouvement. Une installation sonore indomptée, à ciel ouvert, et à 360°. Ou bien encore de dénicher des bancs publics pour les transformer en bancs d’écoute, tout à la fois lieux d’échanges et affûts sonores…

Les images, parfois, suggèrent les sons, comme un beau paysage peut les attirer dans une scène d’écoute qui nous met, dans ces micros événements spatio-temporels, dans une profonde connivence avec le monde, si ce n’est une exaltante harmonie fusionnelle…

Points d’ouïe et paysages sonores partagés ?

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Construire un paysage sonore ?

Un paysage sonore n’est pas monolithique, Il convoque différentes strates acoustiques, esthétiques, sociales, écologiques, entre tourisme culturel et aménagement, pédagogie et création artistique… Je donne ici quelques approches, qui  peuvent, voire devraient s’envisager comme un tissage de différents gestes et postures.

– Des lieux révélés à l’oreille au cours de PAS – Parcours Audio Sensibles, leurs sources et ambiances sonores, leurs acoustiques et événements…
– Des ateliers d’écoute collective favorisant des échanges sur la qualité, ou les dysfonctionnements de nos lieux de vie.
– Un sujet valorisant la, les mémoires (vivantes) des lieux,des récits de vie liés au patrimoine industriel, aux différentes communautés, ethnies, aux mémoires et traditions locales…
– Une façon de parler de l’écologie sonore, concept et mouvement de Raymond Murray Schafer, de considérer des espaces urbains, périurbains, naturels, comme des lieux où nous devons prôner, conserver, voire aménager des espaces de belle écoute.
– Une approche esthétique conviant des artistes sonores plasticiennes, musiciens puiser dans les sources sonores pour composer, créer des installations sonores in situ… Une représentation artistique liée à un territoire en écoute.

 

Points d’ouïe, vers une éco-écoute sensible, sociale et politique

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PAS – Parcours Audio Sensibles, Points d’ouïe et paysages sonores partagés, vers une éco-écoute sociale et écologique

Dés le milieu des années 80, les rencontres que je fis, notamment avec Elie Tête et l’association ACIRENE, m’ouvrirent tout un champ de pensée, d’actions, que je ne pensais pas alors si durables, voire essentielles aujourd’hui.
C’est à la lumière des travaux de Raymond Murray Schafer que nos réflexions, recherches et constructions se firent, m’engageant d’emblée dans une démarche liée à l’écologie sonore*.
Aujourd’hui, plus que jamais, face à des réels dysfonctionnements, pour ne pas dire dangers qui guettent nos sociétés, tant écologiquement que géo-politiquement, les deux étant d’ailleurs souvent liées, mes simples PAS – Parcours Audio Sensibles, si ils ne révolutionnent pas les modes de pensées et d’agir, s’inscrivent franchement dans une démarche politique et sociale. Ré-apprendre à écouter, à s’écouter, à écouter l’environnement, à sentir ce qui reste en équilibre, ce qui dysfonctionne, ce qui est devenu véritablement intenable, ce qui crée des liens, ce qui les mets en péril, ce qui peut être pris comme modèle esthétique, social, partageable, aménageable… Le monde sonore ne peux plus être, selon moi, pensé dans une seule visée esthétique et artistique. Il nous avertit par des signes ou des disparitions, des hégémonies et des déséquilibre, par une série de marqueurs acoustiques, des dérèglements sociaux et écologiques. La raréfaction des silences, ou tout au moins des zones de calmes, l’homogénéisation d’écosystèmes, l’accroissement des villes mégalopoles, avec leurs sirènes hurlant nuit et jour, la violence des affrontements et des armes ici et là… tout un ensemble d’alertes qui, malgré la résistance d’oasis sonores, nous obligent à considérer notre environnement, et global, comme sérieusement menacé de toutes parts.
Emmener des promeneurs écoutants au travers une cité, dans une zone d’agriculture céréalière intensive, ou ailleurs, c’est forcément les confronter, à un moment ou à un autre, à des situations d’inconfort, et parfois de stress. Les questions qui suivent ces déambulations le confirment bien d’ailleurs.
Sans tomber dans les excès d’une dramaturgie du chaos, un anthropocène omniprésent, on ne peut rester insensible à des phénomènes d’amplification, ou de raréfaction, qui se traduisent à nos yeux comme à nos oreilles.
Le promeneur écoutant, même s’il le souhaiterait bien intérieurement, ne peut plus se retrancher derrière une cage dorée pour l’oreille, territoires idylliques, âge d’or d’une écoute peuplée de chants d’oiseaux, de bruissements du vent et de glouglouttis des ruisseaux.
L’acte d’écouter est bien liée à l’écologie, au sens large du terme, voire de l’écosophie façon Guattari Deleuze, qui décentre l’omnipotence humaine pour replacer l’homme dans une chaine globale. Chaine qu’il faut aborder avec des approches environnementales, sociales et mentales, économiques, si ce n’est philosophiques, donc éminent subjectives et diversifiées. Prendre conscience de l’appartenance à un tout au travers une a priori banale écoute replace, modestement, l’écoutant dans un rôle de producteur/auditeur et surtout acteur de ses propres écosystèmes, fussent-ils auditifs.
La démarche liée au paysage sonore implique que le son soit pensé à l’échelle d’un paysage en perpétuelle construction, évolution. Un paysage où le jardinier aurait pour rôle de préserver, d’organiser sans trop chambouler, de cultiver des ressources locales, de retrouver et de partager du « naturel », d’éviter l’envahissement hégémonique, de préserver la diversité… Imaginons filer la métaphore paysagère et jardinière avec la notion, ou le projet d’un jardins des sons. Un espace abordé non pas comme un simple parc d’attractions sonores ou d’expériences ludiques, mais comme une forme approchant les systèmes ouverts, favorisés par exemple par la permaculture. Un espace (utopique?) où il y aurait des friches sonores, sans pour autant qu’elles soient colonisées par la voiture ou la machine en règle générale, où il y aurait des accointances favorisées, entre le chants des feuillages dans le vent, des espèces d’oiseaux et d’insectes liés à la végétation, les sons de l’eau, liés à des topologies d’écoutes, des Points d’ouïe aménagés de façon la plus discrète et douce que possibles, façon Oto Date d’Akio Suzuki. Appuyons nous sur des modèles « naturels », qui pourraient servir à concevoir l’aménagement au sein-même des villes tentaculaires, alliés aux recherches scientifiques, acoustiques, économiques, dans lesquelles l’écoute serait (aussi) prise en compte d’emblée, comme un art de mieux vivre, de dé-stresser les rapports sociaux. Recherchons une qualité d’écoute tant esthétique qu’éc(h)ologique, en rapport avec les modes d’habitat, de déplacements, de travail, de loisirs, de consommation, de nourriture… Conservons des espaces d’intimité où la parole peut s’échanger sans hausser le ton, ni tendre l’oreille. Il ne s’agit pas ici d’écrire une nouvelle utopie d’une Cité radieuse de l’écoute, bien que… mais de placer l’environnement sonore en perspective avec un mieux vivre, un mieux entendre, un mieux s’entendre, un mieux communiquer, un mieux habiter, ou co-habiter. Il faut considérer le paysage sonore à l’aune des approches économiques, des savoir-faire, de la santé publique, des domaines des arts et de la culture, de l’enseignement et de la recherche, tant en sciences dures qu’humaines. Il nous faut l’envisager dans une approche globale, systémique, où l’humain et ses conditions de vie restent au centre des recherches.
A chaque nouveaux PAS, je me pose, et pose régulièrement et publiquement la, les questions liées aux lieux avec lesquels on s’entend bien, on se sent bien, que l’on voudrait conserver, voire installer, aménager ailleurs. A chaque fois, les réponses sont diverses, même divergentes, prêtant à débat, mais en tout cas très engagées comme une réflexion sur la nécessité de considérer le monde sonore comme un commun dont nous sommes tous éminemment responsables, pour le meilleur et pour le pire.
L’écoute d’un paysage, sans forcément l’ajout d’artifices, le fait entendre ses pas sur le sol, sur différentes matières, sa respiration mêlée au souffle du vent, ses gestes et sensations kinesthésiques qui construisent des cheminements singuliers, intimes, mais aussi collectifs et partageables, sont des prises de conscience de nos corps et âmes éco-responsables d’un environnement qui concerne aussi nos oreilles. Ces gestes de lecture-écriture territoriales en marche, tentent de mettre en balance les lieux où il fait « bon vivre », dans un bon entendement, comme les lieux plus problématiques, plus déséquilibrés. Une des question étant de savoir comment les premiers pourraient sensiblement et durablement contaminer les deuxièmes, et non l’inverse. Comment de ce fait, le politique, l’économiste, l’aménageur, mais aussi le citoyen, peuvent mettre l’oreille à la pâte, dans une action où le son n’est certes qu’une infime partie d’un système complexe, mais néanmoins partie importante pour l’équilibre social.

* https://www.wildproject.org/journal/4-glossaire-ecologie-sonore

 

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Les sentiers de l’écoute

Dans un modeste PAS

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Le sentier, ou plus joliment dit la sente, est pour moi une possibilité, une discrète voie offerte, ou à m’offrir, pour quitter l’arrogance de la Cité, l’imposition de la rue, et même la sagesse du chemin, fut-il de traverse.

C’est ainsi une façon de me laisser gagner par une douce forme d’insécurité, que je ressens intérieurement comme féconde et revitalisante.

Sortir des sentiers battus ne me fait pas pour autant emprunter les sentiers de la guerre, tant s’en faut !

Sentir n’est pas forcément parcourir le sentier, même si cette idée qui m’effleure, faussement étymologique, ne m’aurait pas déplu, bien au contraire !

La sente, étymologiquement Semina, n’est pas sans me rappeler la semence, la fertilité, comme une modeste mais généreuse offrande au corps et à l’esprit.

L’arpentage de multiples sentes m’a fait, et me fait encore, découvrir quantité d’infimes parcelles de paysages. Paysages qui m’échappent sans cesse, s’estompant au détour d’un buisson foisonnant, d’un muret moussu, d’un jardin abandonné, et filant vers d’autres espaces replis, où mon oreille-même peut s’en trouver surprise, désarçonnée dirais-je innocemment.

Si la sente existe bel et bien, le verbe senter n’a pas que je sache d’acception, alors que, par le jeu de l’homonymie, il crée, par cette facétie, une relation des plus intéressantes.

Le sentier me fait prendre de travers de vagues terrains ou des terrains vagues, avec parfois la poétique du vague à l’âme, un quasi effet Wanderer, qui pourrait m’entrainer en des terrains à peine défrichés, donc à peine déchiffrés. Un PAS de côté que je fais et refais à l’envi

C’est alors que je me rends compte qu’il me reste tant de choses paysagères à lire et à relire, pour mieux pouvoir les écrire, dire et redire.

La sente me met également à l’épreuve de l’intime, de mon intimité, quitte à accentuer positivement mes propres indécisions, incertitudes et contradictions.

Son étroitesse sinueuse ne m’offre souvent que des perspectives restreintes, me ramenant à jouir de l’instant présent, sans autre motivation qu’un plaisir immédiat – Carpe Diem (quam minimum credula postero), pour m’échapper un moment au stress ambiant in progress. Lui échapper n’est pas cependant le fuir.

Et en ce qui concerne mon écoute, mon écoute en sentier, je tente de la contenir humblement aventureuse, pour éprouver, ou opérer la syntonie de discrets espaces, tout à la fois physiques et mentaux.

Dans un infime craquement, ruissellement, chuintement, le paysage en sentier s’accommode de peu, voire fuit sans détours l’exubérance sur-enchérissante.

Je retrouverai celle-ci au premiers détours de la ville, car paradoxalement, elle me manquerait bien vite, et je fais là un grand écart assumé.

Néanmoins, emprunter un sentier me fait me retrouver au cœur d’un paysage, y compris sonore, en règle général paisible, sans trop d’artifices, qui me replace, dénudé d’une pesante vanité, dans une chaine bien vivante. Et c’est dans cette chaine complexe, que la sente contribue à me rappeler, régulièrement, le fait je ne suis in fine qu’un très modeste et infime maillon, promeneur écoutant impénitent.

 

PAS – Parcours audio Sensibles, le dynamisme du simple au complexe

La meilleure façon de marcher?

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Plus je déroule mes PAS, enchaine mes marches, plus leur processus se révèle dans une bienveillante et rassurante simplicité, et plus les paysages, en particulier les paysages sonores, se dévoilent dans une complexité aussi jouissive que stimulante.

Point d’ouïe – Les flâneries d’un promeneur solidaire

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Marcher, même seul, même sans but annoncé, est pour moi un geste éminemment social
Pour cela il me faut
Sortir de ma boite, de mon appartement, de mon cocon, prendre l’air, prendre l’air du temps, l’air de rien, et surtout l’air non conditionné
Faire corps, de pied en cap, avec le monde qui m’entoure, ma ville, mon quartier, mes espaces investis d’écoutes
Regarder au long cours, mon quartier, ou d’autres qui n’en finissent pas de se transformer, en démolitions – reconstructions – requalifications, avec de nouvelles rues, de nouveaux parcs, de nouveaux magasins, de nouvelles personnes, et moult espaces et bâtiments qui s’effacent, pour laisser place à d’autres, ville chantier, ville tentaculaire
Instaurer des sortes de rituels spatio-temporels à mes PAS – Parcours Audio Sensibles, mais aussi en faisant mes courses, ou en flânant tout simplement
Regarder, sentir, apprivoiser là où je vis, ou ailleurs, les aménités et dysfonctionnements, les apaisements et crispations, les transformations et résiliences
Oser se croiser, se regarder, s’écouter, se parler, s’humaniser urbaniquement, un peu plus encore,
Aller à ma propre vitesse, et à celle des passants non pressés, de mes sensations, sans forcer la marche, dans une forme de décroissance pédestre et mentale assumée
Ressentir des paysages tracés par la relation kinesthésique le mouvement de nos corps arpentant l’espace public
Déambuler de concert, tout en devisant de tout et de rien, façon refaire le monde, ou dans un silence partagé
Saluer des inconnus, leur sourire, au détour d’un parc, d’un sentier, d’une ruelle, et pourquoi pas d’un boulevard, d’une place publique, ou d’une avenue
Sortir des sentiers battus, se surprendre, se laisser surprendre, ou surprendre, par des trajectoires inhabituelles, des écarts poétiques, des gestes décalés, de drôles de situations voire des situations drôles
S’encanailler dans les délaissés touristiques, les recoins de la ville non patrimoniale, non monumentale, en tout cas hors d’une historicité visiblement répertoriée et valorisée en tant que telle
Partager des histoires, des tranches de ville, ou de vie, des récits d’expériences, mais aussi des repas, pique-niques, grignotages dans l’herbe d’un parc, ou sur des bancs, y compris entre deux périphériques
Faire œuvre de pédagogie, transmettre au PAS à PAS, l’écoute, ou d’autre valeurs perceptuelles
Résister, quitte à aller manifestement contre
Se poser sur un banc, ici ou là, tout simplement
S’immerger dans une société qui, pour le meilleur et pour le pire, les longues marches urbaines me le faisant bien voir, reste avant tout ce que nous en faisons, et ce que nous en ferons

À votre sentier les oreilles !

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Le sentier, la sente, le passage presque secret, intime, un brin aventureux, dépaysant, à demi-caché, sinueux, embroussaillé, celui tissant un entrelacs d’espaces où l’on a envie de se perdre, ou de jouer à se perdre…

Le sentier peut être également urbain, d’un monde bétonné et asphalté, faufilant ses trajectoires contraintes de bloc en bloc, suite d’allées, cours et placettes, longeant une jungle verticale qui ne se laisserait pas appréhender du premier regard, ni de la première écoute.

Le sentier est un fil rouge, ou vert, ou gris, trame d’un terrain parcours d’écoute incitant à pratiquer des cheminements de travers, piégés d’incertitudes rayonnantes.

Le sentier est souvent un moyen de tendre une oreille canaille en des lieux résistants, qui ne se livrent qu’aux écoutants aimant ou osant sortir du droit chemin.

Le sentier est parfois à peine visible, tout juste lisible, à deviner du bout des pieds par d’infimes traces, quand il n’est pas à inventer.

À d’autres moments, à d’autres endroits,  il est parfaitement marqué, poli, comme patiné et tassé d’une multitude de foulées faisant trace.

À votre sentier les oreilles !

 

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Partition de PAS – Parcours Audio Sensible, partition n°6 – « immobilité, statues de l’écoute »

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Public
Solitaire, à 2, en  groupe

Temporalité et durée
De jour, de nuit, durée variable, de quelques minutes à quelques heures

Lieu
Ici ou là, en ville ou en milieu naturel, ailleurs…

Actions


- Choisissez un itinéraire, repéré, ou non; sinon préférez lui une pure errance…
– Mettez vous en marche
– Lorsque vous en sentez le besoin, lorsqu’il se passe à vos oreilles des choses intéressantes, surprenantes, immobilisez vous
– Gardez, autant que faire se peut,  une immobilité totale, quelques minutes, plus, beaucoup plus… Selon l’humeur et la scène qui se joue, votre résistance physique à l’absence de tout mouvement
– Écoutez en vous sentant au centre, le centre, du paysage sonore. Sentez le bouger autour de vous. Ces temps d’écoute immobiles s’effectueront il va sans dire dans le plus parfait silence.
– Repartez lorsque vous le souhaitez, et réitérer l’action autant de fois que vous le désirez

 

Remarques et variations
Si vous effectuez ces actions en groupe, n’ayez pas peur d’être observés avec une certaine curiosité, voire jouez en pour interroger l’espace public et ses passants intrigués.

Si groupe il y a, ce dernier devra rester assez compact pour conserver l’énergie partagée de l’écoute collective.

Un ou plusieurs décideurs pourront proposer des points d’écoute immobiles. Tout un chacun peut le faire à un moment donné après en avoir signalé son intention au groupe.

 

 

Postures – Installations d’écoute(s) collective(s)

Version forestière

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Se tenir debout, longuement, immobile, au cœur de la forêt, et l’écouter bruisser. Aujourd’hui, ma recherche questionne les façons d’installer une forme d’écoute performative, via différentes postures physiques et mentales, quelque soit le lieu (nature/urbanité…) et de préférence en groupe.

Version panoramique

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Belvédère acoustique… Dominer le sujet ? pas vraiment certain d’y parvenir à ce jour…

La question de la posture, ou des postures, comme une façon d’installer de nouvelles formes d’écoute, donc de nouveaux paysages sonores, pose une problématique qui irrigue et alimente mes travaux, tant dans le faire que dans la réflexion. Comment donner vie à une écoute intense, collective, par quelles postures physiques et mentales ? Comment plonger ses oreilles dans une forêt comme en centre ville, en périphérie comme dans des sites architecturaux, en les transformant en scènes auditives, en installations sonores permanentes ? Et par delà, se pose la question de comment partager ces constructions sonores à un groupe, via des gestes performatifs, oscillant entre marche et immobilité ?

Version urbaine

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La notion de groupe partageant une même (in)action, in-action, notamment celle de l’écoute est bien au cœur du questionnement. Comment mettre en place des espaces d’écoute par des formes de rituels, de cérémonies, la création des micro communautés éphémères d’écoutants ? Comment la trace du geste accompli  pourrait, à contrecoup, influencer (durablement) des sensibilités plus actives ?  Autant de terrains restant très largement à explorer… Jeux de l’ouïe, le chantier est vaste et d’autant plus passionnant.

« Donc, si vous voulez, mon art serait de vivre ; chaque seconde, chaque respiration est une œuvre qui n’est inscrite nulle part, qui n’est ni visuelle ni cérébrale. C’est une sorte d’euphorie constante. »
Marcel Duchamp

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Paysages – espaces sonores, une prolifération mise en récit

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L’écouteur, et qui plus est le promeneur écoutant que je suis est un vaste réceptacle sonore. Il reçoit en lui, parfois à son corps défendant, via l’oreille et tout un système de capteurs sensitifs osseux, aqueux, neuronaux, des milliers et des milliers de sons.
Par exemple, je suis ici, à ce moment, sur un banc, urbain (moi et le banc), écouteur assis au centre du paysage
moteurs cliquetants
voix à droites, étouffées
voix à gauche, criardes
train devant, en hauteur, sur sa voie talutée, ferraillante, coulée mécanique
bus à l’arrêt, soufflant et haletant
poussettes et planches à roulettes conjointes
voix riantes, derrière moi
claquements des perches de trams sur les lignes électriques…
Il y va d’une formidable accumulation a priori sans fin, exponentielle déferlante.
Fort heureusement, des portes, des masquages, des gommages, des évictions, un panel de filtres psycho-acoustiques, régulent le flux, rangeant au passage dans des casiers le déjà entendu, le déjà nomenclaturé, le (re)connu, et engrangeant et domptant l’inouïe.
Mais à certains moments, le rangement ne suffit plus. Il me faut aller plus loin pour ne pas me noyer  dans une méandreuse galerie sonore, labyrinthique à souhait, pour la requestionner à l’envi.
Peut-être, même certainement user du mot, de la phrase, de l’énonciation, chercher l’incarnation. La parole, comme verbe incarné, ou incarnant, tel un prédicat prenant possession des sons jusqu’à leur adjoindre une vie dans une histoire retricotée.
Le récit s’avance alors.
La parole se déploie, métaphorisant de multiples écoutes où des traces sonores, des particules mémorielles partiellement enfouies, sont réactivées dans des moments d’audition contés.
La ville à cet instant et dans ce lieu, vue et entendue comme un agencement métastasé et proliférant de grincements, de vocalises, de bruissements, souffles, tintamarres, ferraillements, tintements et mille autres sonifiances.
Les sons s’agencent par un récit qui les décrypte, les convoquant dans une forme de matérialité, les reconfigure à la lettre près, à la phrase près, à la métaphore près, néanmoins approximativement.
Le tissage de mots tire les sons vers une vie organique, les extrayant d’une éponge captant sans égards ni filtrages, la moindre vibration acoustique, ou presque, harmonique ou dysharmonique.
C’est l’instant de la matière extirpée d’un magma informel, reconstruite par un récit multiple et ouvert.
Ce sont des flux de vibrations du dehors – la ville, l’espace ambiant, et du dedans – une forme de construction, d’abstraction intellectuelle, sans compter d’innombrables  allers-retours et chevauchements entre ces pôles.
Des cheminements incertains, qui se déclinent au fil d’une mémoire, d’une trajectoire validant les zones d’incertitude, quitte à les prendre pour des réalités, tout en sachant bien qu’elles ne le sont pas, ne le seront jamais.
Nous voila à l’endroit où la matière sonore impalpable se cristallise  comme une cité Phénix renaissant de ses propres ondes.
Nous voici dans l’usinage d’un paysage sonore puisant dans une forme d’immatérialité hésitante, elle-même croissant sur un terreau de sono-géographies fuyantes autant qu’éphémères.
Le récit aura sans doute charge de faire un tant soit peu perdurer ce ou ces paysages complexes.
C’est donc d’ici, assis sur un banc par exemple, stylo en main, à  l’ancienne, que peut se rebâtir un espace sonore parmi tant d’autres, reliant oreille, parcelle de ville, images, stimuli, pensée, à un territoire vibratoire bien vivant.
C’est donc également à cet endroit-ci que les sons matières engendrerons par le récit leurs représentations, toutefois propres à chacun.
C’est sur ce banc de bois, ici en espace stratégique, symbolique, que des trajectoires ponctués d’ingurgitations, d’emmagasinements, de régurgitations, feront que l’écoutant que je suis ne sera sans doute jamais assez repu pour capituler devant une pourtant surabondance chronique.
J’en arrive à penser parfois qu’une forme de  récit, par définition fictionnel, est plus bénéfique que la tentative d’embrasser une insaisissable réalité, bien trop complexe dans sa perpétuelle mouvance. Tout au moins dans un récit qui soit, qui reste nourricier, gorgé d’aménités échappant à une matière trop plombée d’expansions systémiques.
Toujours à l’endroit de ce banc d’écoute, parcelle de ville comme de Monde, point d’ouïe, sweet-spot, mille et une sonorités ne renoncent jamais à me raconter un paysage sonore singulier, un récit auriculaire urbain, écrit et réécrit à ma façon, comme un territoire audio habitus, quitte parfois à rechercher la jouissance dans l’excès magmatique de la chose sonore.

Partition de PAS – Parcours Audio Sensibles, partition N°5

 

Point d’ouïe et partition de PAS – L’oreille collée à…

 

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Crédit photo ©Yuko Katori – Inauguration d’un Point d’ouïe à l’Abbaye de Vausse (21) – World Listening Day le 18 juillet 2017, avec CRANE-Lab

Public
Solitaire ou groupe

Temporalité et durée
De jour, de nuit, durée variable, de quelques minutes à quelques heures

Actions
– Choisissez un itinéraire, repéré, ou non; sinon préférez lui une pure errance…
– Regardez autour de vous, repérez, choisissez des cloisons, portes métalliques, portails, vitres, barrières, mains courantes, de préférence métalliques…
– Collez votre oreille contre ces différentes matières/surfaces pour en écouter, ressentir leurs invisibles et intimes vibrations.
– N’hésitez pas à stimuler les surfaces et matières par de légers frottements, tapotements, raclements… de la main ou à l’aide d’un objet.
– Le cas échéant, imaginez ce qui peut se passer derrière les cloisons, des sons invisibles eux aussi, peut-être même de l’histoire ancienne, des bribes de souvenirs enfouis dans et par-delà la matière.
– Passez d’une surface à l’autre pour en comparer les imperceptibles vibrations sonores…

Variations
– Si votre oreille craint le froid, l’humidité, ou si vous voulez tester via un objet d’écoute interposé, vous pouvez utiliser un stéthoscope.
– Dans le cas d’une écoute en groupe, un guide propose, les autres agissent par imitation, tout écouteur ayant potentiellement la possibilité de guider vers une autre surface.

PAS – Parcours Audio Sensible – Sonoscripture 1

SONOSCRIPTURE 1

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Un courant d’air joue avec les branches noires et nues d’un arbre solitaire. Le soleil souligne les silhouettes de nos longues ombres. A peine, troublent-ils le son de nos souliers sur le chemin. A main droite, les blés d’hiver pointillent de vert un grand champ. A main gauche, comme chaque jour ou presque, un troupeau de vaches vient nous regarder et repart d’un pas tranquille. Quelques buissons dévoilent des fleurs blanches, parfois roses, rarement rouges. Par moments, nous distinguons le grondement continu de l’autoroute, quelque part derrière les collines. Une confrérie de corbeaux se pose sur une friche. Ils se dandinent et croassent. Quelques échos tentent de leur répondre. Une odeur de fumier chaud flotte dans un boqueteau strié par les rayons d’une lumière à peine dorée. Pour la première fois, nous distinguons cette ferme au sommet d’un coteau, une ancienne maison forte que nous avons longtemps cherchée sur nos cartes. Régulièrement, nous traversons le ruisseau qui épouse le hasard de notre promenade. A cette saison, il chante, plein d’une eau limpide courant sur un fond de galets cuivrés. Nous nous contentons de marcher une ou deux heures, de croiser quelques voitures et de rares passants. Nous apercevons un tracteur passer au loin, à peu près sans bruit. Nous nous montrons les choses. Essentiellement, nous les écoutons et les regardons. Parfois, nous les flairons ou nous en parlons discrètement. Surtout, nous flânons à pas quasiment rêvés. L’écrire n’a guère d’importance.

Texte de Philippe Baudelot (Ariège)

PAS Bordelais, géographie sensible et relationnelle

PAS – parcours Audio Sensibles à Bordeaux,  géographie sensible et relationnelle

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Porte Cailhau

Cadre des Parcours Audio Sensibles bordelais
Le Centre d’animation Saint Pierre de la ville de Bordeaux, et François Vaillant,  m’invitent, dans le cadre de la Semaine du son 2017, à emmener quatre PAS, dont un en nocturne, après repérage fructueux bien que météorologiquement bousculé.

Géographie, ville, population
Ville monument dans son centre, de belles bâtisses, une structuration de places en places, petites, moyennes, grandes, commerçantes, minérales, intimes, monumentales… Des bassins de vie populaires, ou non, mixtes, commerçants, touristiques…
Un réseau de rues très serrées voire très étroites, un brin labyrinthiques, où l’on prend plaisir à se perdre.
La Garonne comme un large ruban liquide sinueux, à la fois structurant et sécant.
Une première impression, en nocturne, lors d’une déambulation erratique pour prendre le pouls de la cité, et une sensation de rapidement bien se sentir entre ces murs séculaires, traversés de grands éclats d’une population étudiante en mode festif.
Différentes ambiances selon les quartiers traversés, plus ou moins de mixité, ce qui se ressent, ou plutôt s’entend très nettement à l’oreille-même.
Avis très subjectifs, cela va de soi.

Météo et avis de tempête(s)
Un facteur « temps qu’il fait » non négligeable durant mon séjour.
Écoute le bruit de la pluie et du vent, injonction ou circonstance incontournable ?…
Arrivée sous une pluie tonique, avis de tempête et alerte orange pour le premier jour dédié au repérage, tempête qui effectivement nous bouscule un brin. Climat océanique affirmé, avec bourrasques violentes, coups de tonnerre, pluie virulente, puis grêlons, on se réfugie dans un bar, avant que le soleil ne revienne. Jusqu’à un nouveau cycle…
Du vent qui nous pousse dans le dos, tourbillonnant sous la haute flèche Saint-Michel, nos oreilles captent les grondements capricieux d’un Éole impétueux qui tourbillonnent rageurs, en sifflant.
La nuit, une vraie tempête, alerte rouge, les poubelles traversent les rues, un échafaudage s’effondre et un élagage sauvage des arbres urbains jonche le sol, au petit matin, d’un tapis de branches rendant les parcours piétons acrobatiques.
Néanmoins, les quatre PAS programmés cette journée auront échappé aux extrêmes de la météo,, et se feront sans encombre.
Cette fin de semaine à la météo capricieuse et changeante donne paradoxalement une grande tonicité aux marches, jusqu’aux lumières au gré d’un ciel très vite changeant, qui participe à ce finalement joyeux déchainement sensoriel.
Sans parler des gouttes de pluie, écoulements de caniveaux, qui rythment joliment les parcours en mode liquide.

Marqueurs, ambiances, acoustiques
N’étant que rarement venu à Bordeaux, j’imaginais que l’accent du sud-ouest chanterait comme il le fait à Toulouse.
Et bien non. Le Sud Ouest ne transparaît que très peu dans ces intonations girondines, tout au moins urbaines.
Je limite ici mon approche aux seuls quartiers que j’ai arpenté, entre Saint-Jean et Saint Michel, donc en cœur de ville historique.
Le tram sillonnant les grands axes tisse une trame-trace caractéristique, mais néanmoins avec des signaux et ambiances sonores assez similaires à d’autres villes, Lyon par exemple.
La réverbération des étroites ruelles et places minérales met en avant les voix, avec assez peu d’envahissement mécanique, si ce n’est sur les quais ou dans quelques grands axes.
Une succession de très nombreux effets de coupures où, de portes en ruelles, on passe sans transition d’une scène sonore, d’une acoustique à l’autre, bien que parfois d’heureux fondus et mixages se créent au fil des détours pédestres.
Dommage qu’en cette époque hivernale, aucune fontaine, petite ou grosse, ne soit en eau.
Il me semble a priori que dans cette parcelle de ville, je m’entends assez bien avec les lieux. Les différentes marches de repérages ou de guidage public confirmeront ma première impression. Bordeaux, en tout cas le territoire investi, sonne très agréablement à mes oreilles.

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Flèche Saint-Michel

Surprises et anachronismes
Des choses inopinées, ou décalées rythment les parcours, comme souvent pour qui sait les débusquer
Un passage historique, porte cailhau, diffuse, au bas d’un étroit escalier en colimaçon, une ambiance sonore électroacoustique étrange. Impossible de savoir si c’est de la Musac, une installation sonore maladroite et mal mixée, entre ambiances zen, cloches, pas, musiques, voix… En tous cas, ces arrêts écoutes au pied de l’escalier avec cette ambiance des plus bizarre, parfois franchement kitchissime, mixée avec les sons de la place et des quais proche, est un passage incontournable qui questionne nombre de promeneurs écoutants. Certains pensent que j’ai moi-même installé préalablement ces sons pour les PAS. Dieu merci non ! Cependant, ils rajoutent une touche au final des plus surprenantes, qui anime le lieu et nous donne l’occasion d’une posture d’écoute franchement inhabituelle – 10 à 15 personnes très serrées au pied d’un étroit escalier, la tête levée vers un haut-parleur diffusant une improbable « chose sonore ».
Autre point d’ouïe singulière, une plateforme circulaire au bas de la très haute flèche Saint-Michel, surplombant la place éponyme, ouverte de tous cotés, me rappelle vraiment  un kiosque à musique urbain. Endroit idéal pour mener une écoute à 360°, tester des longues – ouïes, voire ausculter les pierres de l’édifice. Un terrain de jeu bien venté mais vivifiant.
Autre étrangeté, l’église Saint-Pierre où nous profitons de sa magnifique acoustique, des voix, des chants, des portes étouffées, des talons résonnants, des chuchotements…. Toute la magie de ces lieux réverbérants, en tout cas pour nos trois premières passages. Au quatrième, l’ambiance sonore es saturée d’un ronflement tenace et envahissant, type soufflerie de climatisation, du à de nombreux chauffages soufflants sur pied qui ont été installés. Atmosphère à la fois frustrante au regard des écoutes précédentes, mais néanmoins surprenante.

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En route les oreilles !

Postures partagées
Ces quatre Parcours furent, une fois de plus, l’occasion de tester différentes postures d’écoute, sans consignes verbales préalables, juste en proposant physiquement une  façon d’entendre collectivement  les choses. Chaque promenade engendra, en fonction des aléas sonores des propositions où la posture physique nous plaçait dans des états psychoacoustiques influant sensiblement les ressentis de chacun.
Exemples:
Une église nous regroupe, debout, sous un buffet d’orgue, les oreilles pointées vers le chœur
Une très belle cour intérieur servant de cadre à une installation sonore éphémère voit notre groupe déambuler de haut-parleur en haut-parleur, ou bien fermer les yeux au centre, ou bien encore marcher en duo, l’un guidant, l’autre fermant les yeux, écoute en aveugle dans une acoustique et une scène sonore un brin remaniées.
Un regard de caniveau grillagé, ou centre d’une ruelle pavée, fait que nous auscultons à l’aide de longue-ouïe, les glouglouttis post pluie, sous le regard amusé ou étonné, des passants qui contournent ces écoutants appareillés de stéthoscopes hybrides, prolongés de pavillons acoustiques. Une rue très étroite, des plus étroite que je n’ai jamais croisée jusque-là, son patronyme de « Rue de la vache » indiquant non sans humour qu’on ne pouvait y faire avancer qu’un seul animal de front, nous propose une belle fenêtre d’écoute, dans une perspective très resserrée, très encadrante.
Lors d’un passage, une voix incroyablement timbrée, très présente, dont nous discernons les moindres mots, intonations, nous parvient sans que nous en voyons la source, écoute acousmatique (sans voire l’origine des sons), ni même que nous puissions en situer précisément la localisation. Nous nous arrêtons, longue file alignée dans cette rue de la vache, et écoutons, un brin voyeurs-auditeurs, amusés par cette belle plage sonore. Remise en marche, au débouché de la ruelle, nous voyons l’incarnation de cette puissante voix. Un homme est assis sous un parvis de porte en train de téléphoner, et pas du tout là où nous l’imaginions, la plupart l’ayant cru posté à une fenêtre en étage. Piège de l’acoustique et autres trompe-ouïes.
Autres postures, où les passants nous épient toujours curieusement du coin de l’œil, nous sommes assis sur un très long banc, dos au fleuve, à la route et aux trams, donc dos aux sons prédominants. Un peu plus loin, alignés contre un mur de pierre, notre regard posé juste à hauteur des pieds des passants, à quelques centimètres de nous, en contre-bas d’un arrêt de tram. La vue et le sons sont orchestrés comme de petites et fugaces mises en scène très filmiques, étranges contrepoints de mouvements et de sonorités perçus dans une macro et insolite contre-plongée. Mais là, il faut le vivre pour vraiment saisir le décalage sensoriel de cette scène très sensiblement urbanique.

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Rue de la vache

Écoute et géographie relationnelle
Enfin, une chose de plus importante pour moi, au-delà de la marche, de l’écoute-même, ce sont les relations entre les promeneurs écoutants, au départ, durant et après le PAS, voire les relations, éphémères et parfois plus fortes que ne pourrait le penser, entres le groupe d’écoutants et les passants extérieurs. Ces derniers «étant a priori non concernés par l’action, et pourtant…
Considérons de prime abord cette relation éphémère et sauvage, entre groupes de promeneurs et passants non avertis.  Ils nous observent curieusement, subrepticement, du coin de l’œil, comme de l’oreille. Au fil des PAS, on comprend et analyse des interactions assez significatives, qui influent le comportement d’un groupe comme de l’autre. Les passants, non au fait de l’action, riverains, commerçants, touristes, regardent, commentent, sourient, froncent les yeux, dubitatifs, se questionnent, parfois questionnent directement, parfois nous évitent ou contournent, et parfois osent s’infiltrer activement dans l’écoute, en général très ponctuellement, jusqu’à utiliser des objets d’écoute, stéthoscopes… Sans s’en douter, ils interagissent de fait sur les actes et postures des écoutants, qui se sentent ainsi placés sur une scène où peut se jouer, et se joue un théâtre d’écoute. De cette position, celle d’être mis en scène dans l’espace public, ils pourront, pour certains en jouir, sans doute en s’observant via l’observateur, effet miroir involontaire de l’action en train de scénographier l’écoute. Il arrive même  que certains puissent sur-jouer quelque peu leur rôle d’écoutant public, tant qu’à faire de s’affirmer comme tel, et peut-être tenter de désamorcer l’anachronisme apparent que pourrait induire leur posture en partie improvisée dans la scène publique.
Il me reste de ce côté là de nombreuses observations et analyses à mener, pour affiner une approche des jeux croisés entre écoutants participants, observateurs non avertis et espaces sonores, architectural, social… Une façon pour moi intéressante de lire la ville tout en la pratiquant.
Sans doute faudrait-il faire appel à un œil-oreille extérieur. A suivre
D’autre part, les relations entre écoutants eux-même se mettent en branle dès le premier bonjour, la présentation du projet qui nous unira, nous réunira, l’espace d’une marche collective. Cette présentation est aussi une mise en condition, l’instant décisif où doit d’emblée se souder le groupe, où l’écoutant doit, dans le meilleurs des cas, être embarqué ipso facto dans une aventure partagée, responsable à son niveau de la partition collective qu’il aura à jouer pour ne pas amoindrir, voire entraver les partages auriculaires.
La symbiose du groupe via l’écoute se joue dès les premiers instants.
Il faut que le futur promeneur écoutant comprenne, sache d’emblée dans quel voyage il est embarqué, avec tous les aléas qu’il comporte intrinsèquement..
Petite histoire des soundwalks, écologie et paysages sonores entre esthétisme et territoire social, posture et silence… il s’agit bien de souder un groupe via une synergie d’écoute au départ racontée.
En marchant, coups d’œil et sourires complices, propositions de gestes collectifs, passages d’objets d’une personne à l’autre, toujours en silence, guidages deux à deux en aveugle, écoutes dos à dos, sur un banc, oreille collée à… des corps qui communiquent, se parlent en silence, sont en relation, y compris statiquement, en silence, communication non verbale, énergie collective partagée et amplifiée par la caisse de résonance du groupe… Tout se joue de concert, ou presque.
Au retour, libération de la parole, partage de ressentis, les points forts, ou faibles, les histoires de chacun, d’autres expériences confrontées, les plaisirs, ou déplaisirs, questions et suggestions… Chacun s’enrichit de l’expérience vécue, de l’autre.
Au centre d’animation Saint-Pierre de Bordeaux, la Semaine du son se termine par un fort sympathique moment d’échange autour d’un verre, où des promeneurs de différentes balades, dont certain(e)s que j’ai le plaisir de rencontrer physiquement après des échanges via les réseaux sociaux, questionnent, débattent et témoignent autour de l’expérience vécue au cours des PAS, ou d’expériences similaires.
Au-delà du geste, de la construction ou production de parcours, l’écoute s’appuie, se conforte sur du relationnel, et vis et versa.

Pour en finir avec ce chapitre bordelais, un très grand merci à François Vaillant pour l’organisation sans faille de cet événement, une mention spéciale pour la chaleur de l’accueil par toute l’équipe du Centre, ainsi qu’ à Guzel pour sa sympathique et spontanée aide sur le repérage, sa complicité dans les expérimentations urbaines et sonnantes, et ses prises de sons et d’images.

Projets de ville en écoute

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Pluie amplifiée sur toboggan acoustique – PAS – Parcours Audio Sensible avec l’Open Lab de Bron/Mermoz à Lyon (2015)

Ce que je fais, et continuerai avec vous, en 2017

J’emmène des gens marcher, pour visiter leur ville, ou d’autres espaces, par le petit bout de l’oreillette, ou le grand. Je leurs demande souvent « Et avec votre ville, comment vous entendez-vous? »

Nous expérimentons de concert des postures d’écoute et des lieux un brin et décalés, des micros installations sonores en marche. Nous privilégions le contextuel, quitte à être un brin déstabilisés, le relationnel, car ça fait du bien par les temps qui courent (trop vite !).

Nous inaugurons, très officiellement et cérémonieusement, des Points d’ouïe. Mais oui, c’est très très sérieux !

Nous testons différents modes de lectures/écritures sonores, graphiques, visuelles, corporelles, transmédiales…

Nous naviguons gaiment entre esthétique – musiques des lieux comme une gigantesque installation sonore à ciel ouvert, à à 360° – et écologie – aménités et fragilités de ces mêmes lieux.

Nous en discutons, ici et là, ou bien ailleurs.

Alors, si l’oreille vous démange, je me tiens à votre écoute pour en discuter in auditu, voire in situ !

Avec mes meilleurs vœux pour une année 2017 joliment bruissonnante.

Gilles Malatray

Promeneur écoutant et paysagiste sonore

 

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PAS – Parcours Audio Silencieux

Des PAS – Parcours Audio Sensibles aux  PAS – Parcours Audio Silencieux

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Au seuil de cette année à venir, 2017 en marche(s), il me paraît judicieux de travailler en convoquant, autant que faire se peut, le silence.

En le convoquant d’avantage, plus fortement, autrement, en marche ou en points d’ouïe.

Dans une société bruyante, trépidante, voire tonitruante,  où certains espaces sont électrisés de stress sonore, où l’homme qui a peur du vide – silence de mort – meuble l’espace-temps à grands coups de musiques, de vrombissements, d’éclats, de cris, le silence doit se faire résistance !

Le silence, ou faire silence, est un acte épiphanique, faisant apparaitre à notre conscience la richesse du monde par l’écoute.

Le silence est un écrin où se posent les sons. Il les magnifie en offrant à l’oreille de belles plages de  calme, où peuvent s’installer les plus fines et intimes perles soniques.

Le silence est recueillement pour assoir un rituel d’écoute et  pénétrer de pleine oreille dans le monde des sons vivants.

Le silence est un contrepoint, voir un contrepoids, à l’excès qui gangrène certains espaces urbains d’une folle surenchère acoustique.

Le silence est une quête, entrant certainement dans le champ des nombreuses utopies, dont le caractère improbable nous pousse justement à les cultiver pour tenter d’y trouver ce qui pour nous fera sens,  donnera du sens à notre vie.

Le silence est l’instant où chacun retient son souffle, dans l’attente de quelque chose , de la quiétude au pire chaos.

Le silence est une posture, une forme de transe, où  l’on pénètre, sans mot dire, un peu plus profondément dans soi, et dans le monde,  un recentrement initiatique.

Le silence, contemplatif, en marche, est une façon de consolider des synergies relationnelles, où le faire ensemble prime sur toute construction matérielle.

Le silence est l’espace interstice qui cimente les sons, en fabriquant des rythmes de pleins et de déliés, de continuums ou d’itérations, contribuant à écrire le récit des choses entendues, des paysages construits de toute ouïe.

Le silence est bien d’autres choses encore, et bien d’autres choses en corps.

Les PAS – Parcours Audio sensibles, sont donc aussi, parfois, des PAS – Parcours Audio Silencieux, marches silencieuses, quand bien même, et surtout, peuplés et façonnés de sons.

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Cinglante écoute

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en hivernal sec parcourerue
froidure telle pierromarbre
coupance telle pointelaméfilée
sons cingleventeux
champ scintillé tel longuouïe
chant des gouttes fluoaqueuses
mordense telle cristalogivre
oreilles auriculairement gelée tympanique
bise crument ocrougissante
lobes ourlés rosempourprés
quasi hypodérature cassante
cristaux scintilletintants
fleur d’eau grasse des rives
fleuve tel paresse clappotembourbée
ville indolente bruitemmitouflée
grondements sourdomeurtris
échappements polufumants
carrosseries réfléluisantes
sonitruance telle audiogelure                                                                                                                villes de grandes sonitudes
échomarche telle réchauffe
rythmes saccadacérés
luminopadaires contre sombrétoiles
apprentinomades tel poctuomarcheurs
glacés de tentaculicité
ville telle improbable sociorefuge
extérieuration telle nocturnuitée
quaidérives tels guides aquasoniques
glougloutances telles microbulles mourantes
pas dissonants au temps qu’hasardeux
pavés tels obscurs sonomiroirs
rues telles labyrhintoméandres
marches telles itérépétitions
itinébravance scandée frisqueuse
promeneur tel permanécoutant.

Écrire dans le sens de la marche

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Le corps en mouvement
en mouvements
et mouvance
traçant dans la ville
des sillons d’écoute
des sillons de sons
fendant les bruits
impossibilités chroniques à les capter
trop complexes
trop fragiles
trop puissants
trop fugaces
trop humains
trop doux
trop intimes
trop de trop
au trot au trot au trop
les oreilles connaissent donc leurs limites
et que dire des micros
inaudibilité partielle
tympans en dérive
en déroute
en des routes
hésitations
soniques trajectoires
mouvements encore
mouvements en corps
et mouvoir
et se mouvoir
voir
entendre
les mots s’y collent
les mots sillons
toujours tracer
sur macadam
sur papier
dans sa tête aussi
traces mémorielles
sur papier
laissez sonner les pt’its papiers
encrer le sonore
jusque dans l’cœur des villes
il n’est pas si terrible
et pourquoi pas beau
osons
les mots pallient
à l’handicapé mike
membrane trop froide
et des rives urbaines
mots au fil de l’eau
mots au fil de l’ho !
étonnez moi les sons
ligne écrite de flottaison
se laisser porter
courant d’air acoustiquement
ça vibre joliment
et peut-être ça joli ment
je récite la ville
pour mieux l’en tendre
je vous salue ma ville
pleine de traces
et ça marche comme ça
ou ça dé-marche autrement
claudications en trottoirs troués
l’indécence de la marche
l’un des sens de la marche
attention à la marche
au pied de la lettre
au pied de l’être
à quoi ça rime à rien
a quoi s’arrime
c’est bateau
et pourtant
le mouvement nous maintien debout
être né de boue
être cité
et se l’écrire
oreilles aux vent
oreilles auvents
s’abriter
s’ébruiter
allitérations faites de sons
entendons nous bien
il faut nous aller de l’avant
ou tenter de
pour cela
Écrire dans le sens de la marche…

Points d’ouïe et PAS – Parcours Audio Sensible, exercice d’écoute/écriture en plateforme multimodale

Exercices d’écoute en marche, gare aux oreilles !

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Les frimas sont là, avec une belle humidité stagnant sur la ville.
Pour autant, pas question pour moi de renoncer à mes points d’ouïe et autres PAS – Parcours Audio Sensibles. Ce sont devenus des exercices journaliers, comme faire mes gammes, garder l’oreille vive, entrainée, tester chaque jour de nouveaux espaces, de nouvelles postures…
Les frimas et la pluie rendant parfois l’exercice assez inconfortable, je choisis d’élire temporairement domicile dans un vaste lieu, à deux pas de chez moi, à savoir une gare ou, pour être plus précis, une plateforme multimodale – où se croisent trains, bus, métro, voitures, vélos, piétons. C’est une sorte de grande zone d’aiguillage, sur quatre niveaux, redistribuant les piétons usagers vers différents transports et sorties sur le quartier. Un lieu couvert, qui me permet à la fois de déambuler et de me poster sur des bancs d’écoute, d’explorer, de tester.
Exploration niveau -2 , quai des métros
Exploration niveau  -1, desserte parkings
Exploration niveau 0, hall d’accès, escaliers et ascenseurs de distribution
Exploration niveau  I, couloirs et quai des bus
Exploration niveau 2, quai SNCF
En bref, d’immenses zones à parcourir, ouïr, décrire, écrire. J’ai déjà exploré moult fois ce lieu, seul ou accompagné, et ce soir, je décide d’investir le niveau 1, donnant accès aux bus. C’est un très grand U, couloirs carrelés, baies vitrées, portes coulissantes, fosse donnant sur le métro en contrebas, nombreux bancs métalliques, sans compter les usagers…
Il est 19 heures, nous sommes un vendredi 11 novembre, donc jour férié, ce qui, au niveau de la circulation, réduit le flux habituel à ces heures-là, mais en conserve néanmoins une riche activité, diffuse sur tout le plateau scène d’écoute.
Certaines heures sont plus propices, très tôt le matin, ou tard le soir, de même que certains jours, les dimanches soir notamment, ou jours fériés.
Cette plateforme me donne un terrain de chasse remarquable, avec de longues coursives, des perspectives visuelles et sonores en enfilades, trouées de portes coulissantes qui ponctuent l’espace de chuintements pneumatiques, et des sons pénétrant de l’extérieur.
Les nombreux bancs, dos à dos, me permettent des visées sur de nombreux cadrages, plus ou moins ouverts, abrités, ou non, ilots-affuts dans ce grand bateau de veille sensible.
Des voix et des voies, rires, chuchotements, nombreuses langues d’Afrique ou de l’Est, enfants, ados, adultes, l’homme est au centre de la scène. Il passe par flux, sa présence parfois s’amenuise, puis réapparait de plus belle. Mouvements dans l’espace, les voix comme objets posées ou traits sonores traversant. Les pas, talons hauts, chaussures crissantes, ou silencieuses, un autre marqueur sono-spatial sur les vastes carrelages.
Des voix juste derrière moi, sur un bans accolé dos à dos, à quelques centimètres – une intimité où je suis le confident malgré lui, épémère, d’une personne toute proche à cette instant. Je ne me sens pas forcément audio-voyeur, mais plutôt  un peu plus vivant, dans le sens vivant dans une harmonie fragile et éphémère avec l’autre, avec mes proches de l’instant.
Annonces, un train, un métro qui ne prend pas de voyageur, une personne attendue à l’accueil, les consignes vigipirates « tout bagage abandonné… »
Des signaux sonores, bips des portes d’entrée, des portes des métro en contrebas, parfois tels des chants cristallins proches des crapauds des pierres en été.
Des acoustiques changeantes au détour d’un couloir, plus ou moins réverbérantes, ou sèches.
Grondements, sifflements, chuintements, freins dans des aigus acérés. Les métros en bas, les trains en haut, sur un butte tallutée, comme une hiérarchie verticale, ou deux mondes, celui de l’underground, et celui de la lumière s’étagent à l’oreille.
D’ailleurs, concernant les lumières, elles sont comme les sons, diverses, crues, feutrées, points lumineux, clignotantes, réfléchies en tâches, en halos diffus, irrisantes sur les chaussées mouillées qui se reflètent dans les vitres de la gare…
Je m’absorbe dans ces flux sensoriels, tentant parfois de les démêler, et parfois me laissant subjuguer, en errance dans leurs mouvances, leurs variations, marchant consciemment dans des traces situationnistes, psycho-géographiques.
Tantôt assis, tantôt déambulant, je teste différentes postures, au niveau du corps, de l’état d’esprit, de l’écriture in situ, crayon et papier en main.
Les gares sont des voyages immobiles, ou empreintes d’un mobilité bien circonscrite physiquement, alors qu’elles ouvrent d’immenses champs symboliques, imaginaires, des voyages infinis, ouverture pour moi sur une magnifique hétérotopie, des lieux divers, d’autres lieux, des lieux autres, qu’a si bien formulé Michel Foucault.

Il va d’ailleurs falloir un jour, que je me penche sur ce que sont, ou ne sont pas, les hétérotopies d’un paysage sonore.

http://foucault.info/doc/documents/heterotopia/foucault-heterotopia-en-html.

Marcher – Écouter – Résister

Pour un apaisement du Monde au PAS à PAS

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@photo – Florian Clerc

Sans doute vais-je répéter ce qui a déjà mille fois été dit, me répéter moi-même, mais, selon le vieil adage, cela va mieux en le disant, si ce n’est en le re-disant.
La marche, associée à l’écoute, instaure une série de rituels, de spiritualités, de rayonnements, à vivre en groupe comme individuellement, parfois.
Adopter ces états d’esprit comme un apaisement, une Slow Life assumée, une quiète zénitude, nous fait un peu plus profondément jouir des espaces urbains, naturels, humains, intérieurs…
Le rythme de la marche fait, ou devrait faire fi de l’agitation, bien au contraire, il doit résister, à contre-courant du stress et du zapping ambiant.
L’expérience de la durée, une forme de performance de l’écoute en marche, met le corps à l’épreuve du physique, des aléas météorologiques, des accidents topographiques, jusqu’à une fatigue lancinante, qui peut devenir exaltante, catalysante, cristallisante, magnifiante…
Jusque vers une marche hypnotique.
La majesté ou l’intimité des lieux, de monuments en clairières, nous convient à communier avec les lieux, pour peu qu’on leur tende une oreille généreuse, qu’on y prête une attention suffisante et dénuée de trop d’a priori, de préconçus verrouillant d’emblée nos accointances encore ignorées.
Les pauses jalonnant la marche sont souvent inopinées, guidées par l’ouverture, la disponibilité à profiter de l’instant sérendipien,  de ce qui s’y passe, ou non, de l’autre, des absences et des présences, des entre-deux fluctuants.
La ville n’est plus forcément une arène sonore, aux prises à la seule grande bataille des sons.
Pas plus que la campagne, ou la nature, ne seraient que des modèles idylliques, jardins sonores idéaux.
La marche silencieuse recherche et entretient une forme de méditation partagée, soudant, même momentanément, un groupe dans une bienveillance commune.
Et c’est fou ce que l’on entend (mieux) lorsque l’on fait silence, et qui plus est lorsque l’on écoute.
Le frémissement du vent, le glougloutements de l’eau, entre autres, nous font prendre conscience des échelles soniques, et des limites jusqu’où l’on peut vivre et communiquer sereinement. Au-delà…
Écologie toujours, jusqu’aux bouts des sons, et des oreilles.
Les postures d’écoute, mais aussi celles du regard, du toucher (assis, en rond, dos à dos, yeux fermés, oreilles collées à, allongés…) sont prétextes à ressentir  et à générer des vibrations communes, de préférences inouïes.
Le corps est une antenne, un réceptacle sensible, pouvant être profondément touché, pour le meilleur et pour le pire, par les innombrables sonorités dans lesquelles il se meut, et qui le traversent, y rebondissent, s’y lovent…
C’est en même temps un émetteur capable de rayonner vers l’extérieur, vers d’autres corps écoutants, et eux même rayonnants, corps foyer, corps irradié, corps irradiant. Plus le corps est plongé dans une sorte d’éther acoustique, organique, plus il peut être investi à tisser, autant que faire se peut, de bonnes et belles ententes.
Good vibrations.
Les géographies sont également cartographiées sur des territoires traversés de fureurs et de bruits, de murmures et de chuchotements. Le promeneur écoutant que je suis, inscrit des lignes et des courbes, des vides, des pleins et des déliés, d’interminables sentiers et de fourbes impasses, au rythme de ses pas, et de ceux d’autres marcheurs.
Jamais hélas, le Soundwalking, le PAS – Parcours Audio Sensible, n’éradiqueront la violence, mais sans doute contribueront-il, même très modestement, à en adoucir la pression, voire à en désamorcer une certaine partie.

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