Paysages sonores, les pesants silences caniculaires

Point d’ouïe un brin dystopique, quoique que…
J’ai entendu cet été, dans le parc voisin, se taire les voix des jeunes au cœur de la journée brulante, puis réapparaitre, timides, au mitan de la nuit, dans une fraicheur relative.
Tout comme s’est tu le ruisseau attenant, asséché par un impitoyable et torride étiage.
La placette voisine se réduit en journée, à une portion congrue d’un paysage sonore squelettique et rabougri, assommé de soleil.
Mes pieds foulent des sols où les herbes grillées et les feuilles et brindilles prématurément desséchées craquellent.
Il me semble qu’une géographie facétieuse nous ait transporté, à moindre bruit, dans des déserts aux léthargies sidérantes.
Tout est pétrifié dans une sourde torpeur, où les corps sont malmenés par des sommeils perturbés, dans des chambres étuves.
Comme pour amplifier une ambiance dystopique, il me revient en mémoire le chapitre caniculaire « Le chemin de cendres », du terrible roman de René Barjavel, « Ravage ».
Je cherche, comme beaucoup, des ilots de fraicheur où pépient les oiseaux et où ruissellent des eaux vives. J’attends que la saison veille bien apaiser son climat incendiaire débridé.
En craignant des lendemains où tout s’accélère encore, et où des silences apathiques deviennent coutumiers.