L’écoute manifeste !

L’écoute est un bien commun !

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Depuis 1986, époque où une série de rencontres ont ouvert les oreilles du jeune musicien et horticulteur paysagiste que j’étais  sur l’environnement, le paysage, des choses ont changé, avancé, évolué, d’autres non.
Certains domaines, pratiques, ont reconnu, plus ou moins, la nécessité d’intégrer la chose sonore dans  des actions de sensibilisation, voire, mais encore très rarement, dans des projets d’aménagement du territoire. Je ne parle pas ici des études qui incluent des cartes de bruits, des impacts mesurés essentiellement en terme de volume sonométrique, quantitatifs, des mesures législatives et réglementations diverses qui, si elles sont absolument nécessaires, ne suffisent pas pour autant à a offrir une lecture et un panel d’actions réellement pertinentes.
Certes me répond t-on souvent, le côté esthétique et l’approche sensible sont aussi convoquées. Pourtant, lorsque je rencontres des ingénieurs, techniciens, étudiants, élus, et des habitants de grandes métropoles comme de communes rurales, je me rends bien vite compte à quel point l’environnement, le paysage sonore, au-delà de quelques poncifs, restent de grands inconnus. La majorité des personnes rencontrées ne raisonnent qu’en considérant le son comme source de bruit, pollution, gène, ce qui peut d’ailleurs s’expliquer face à des aménagements parfois radicaux de grandes cités, le développement de couloirs aériens pour le moins intrusifs, la voiture reine… Néanmoins, lorsque l’on promène ses oreilles ici ou là, et que de surcroit on emmène avec soi d’autres paires d’oreilles, lorsqu’on établit de nouvelles règles du jeu, ou de nouveaux modes de jeu, que le dialogue collectif nous permet de laisser de côté des a priori réducteurs, les choses changent. On peut alors envisager nos rapports au paysage sonore sous des aspects plus positifs, et surtout plus ouverts, découvrir des aménités paysagères par l’écoute, s’apercevoir qu’il existe de véritables oasis acoustiques en plein cœur des cités, une diversité sonore beaucoup plus grande qu’on aurait pu l’imaginer de prime abord, des zones de calmes à préserver, à protéger, d’autres restant à construire…
Je déplore souvent que la sensibilisation aux « bruits » ne dépasse guère le stade de l’animation où il s’agira de reconnaître et de nommer les sources sonores écoutées. Bien sûr, je caricature un brin, quoi que… Nous manquons bien souvent d’outils, mais surtout d’imagination, et sans doute du plaisir de faire, et de l’envie de se faire plaisir, et de faire plaisir ! Il faut entrer amoureusement, avec délice, jubilation, dans les arcanes sonores d’un lieu pour entreprendre ensuite des scénarii qui seront vraiment pertinents, en adéquation avec les espaces. On ne peut pas transposer d’un quartier à un autre, de villages en villages, de forêts en forêts, des recettes toutes faites, ne serait-ce qu’une simple balade sonore. Il faut commencer par donner l’envie et le plaisir d’écouter, en se détachant autant que faire ce peut d’un catastrophisme sonore permanent. Rechercher les aménités, c’est déjà considérer qu’il puisse y en avoir, quelque soit le lieu appréhendé, même s’il faut les traquer dans de micros écoutes, des espaces surprenants, des parcours décalés. J’ai appris, à force d’écoutes, d’errances, de repérages, à trouver assez vite  l’oasis (sonore) que cache tout désert, pour reprendre une pensée de Saint-Exupéry. Je réfléchis  beaucoup aujourd’hui, à la façon de transmettre ces joies de traquer de belles ambiances sonores, fussent-elles éphémères et parfois cachées. Je pense que cette quête du plaisir, voire du bonheur d’entendre, de s’entendre avec, est une clé pour ouvrir des approches plus intelligentes, variées, entreprenantes sur l’idée d’un paysage sonore qui pourrait aussi se penser en amont, et non pas tenter de se soigner lorsque le chaos s’installe, et pire encore, est déjà installé entre les deux oreilles.
Le partage d’écoute, au-delà d’un simple exercice pédagogique, est au centre du projet. La relation instaurée entre un groupe de promeneurs écoutants doit être forte, l’expérience vécue intense, quitte à bousculer le train-train d’une l’oreille assoupie, voir refermée, sclérosée par le ronronnement ambiant. Il nous faut savoir plonger dans ce ronronnement pour en découvrir, au-delà d’une apparente uniformité, mille richesses intrinsèques, comme lorsque la loupe vient nous révéler l’extraordinaire complexité, et beauté, d’une simple roche, feuille d’arbre, ou sillons d’une main. C’est avec ce regard/écoute aiguisé, excité, que nous devons nous défaire de jugements par trop approximatifs, ou excessifs. Pour cela, chaque lieu, chaque moment, chaque groupe doivent être envisagés comme une nouvelle expérience, qui nous conduira à rechercher des postures physiques et intellectuelles des plus stimulantes, ouvertes vers l’espace acoustique, mais  aussi vers l’homo-écoutant.
Dés lors, le rapport que l’on pourra avoir avec l’aménageur, l’architecte, le paysagiste, l’urbaniste, l’écologue, le chercheur, l’enseignant, le promeneur, sera sans doute plus riche, plus dynamique, et plus fécond.
Envisager des écosystèmes acoustiques comme des espaces certes fragiles, comme tout écosystème du reste, sous des angles esthétiques, avec une recherche de la « belle écoute », comme des espaces publics où l’oreille a aussi son mot à dire, est un défi à relever, pour moi, au quotidien. Considérer que le son puisse être un véritable patrimoine à gérer, à transmettre, que le son d’uns cloche ne se mesure pas seulement en décibels, mais aussi en terme de phare auditif qualitatif, qui vient lutter contre l’uniformisation de la ville-voitures, que l’implantation d’une fontaine doit être réfléchie en terme de puissance sonore pour ne pas écraser acoustiquement une place, tout cela ne s’impose pas vraiment comme des réflexions et réflexes naturels.
Le fait de reposer une oreille neuve, curieuse, aventureuse, réjouie, de consigner ses écoutes, d’échanger, d’expérimenter mille parcours et postures ad hoc en fonction des lieux, de concevoir des conditions d’écoutes inouïes, même très modestement, et peut-être surtout très modestement, en se contentant de décaler le quotidien, est un programme des plus passionnants, et qui plus est bien loin d’être achevé. Avant tout, même si nous vivons dans un monde qui semble s’emballer, pour le meilleur et pour le pire, il faut faire en sorte que la joie demeure, celle d’écouter, qu’elle se partage, qu’elle nous questionne, qu’elle nous pousse à réagir, à agir, qu’elle nous procure des espaces de bien-être pour affronter de multiples tensions, en faisant d’ailleurs en sorte que l’espace sonore soit plus une musique collective qu’une tension supplémentaire.

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AUDIO SALINA

Lorsque la Saline Royale d’Arc-et-Senans s’éveille

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En marge d’une rencontre et de la poursuite d’un projet autour de l’installation sonore « Les échos de la saline »
7H30, le jour achève paresseusement de se lever, dans une belle lumière diaphane, oscillant entre bleu et blanc, jouant avec les façades de la saline qui s’ébroue de lumières.
Cette douce et fraîche ambiance célèbre à sa façon le premier jour d’automne.
Je suis assis sur un banc, sous de vénérables marronniers rougissants, respirant et aspirant la chaleur et les sons encore fragiles de ce majestueux enclos.
L’herbe est encore toute blanchie de rosée, se séchant au jour naissant.
De grandes envolées bavardes, dévalant d’un toit pendu, traversent à grands cris effarouchés la pelouse centrale pour se poser sur le toit opposé.
C’est un incessant ballet de choucas gueulards, décollant dans des bruissements d’ailes frottées, comme des tissus feutrés et sonores, fait entendre des appels de masses qui résonnent dans la quasi absence de bruits matinaux.
Des passereaux, eux aussi réveillés, se font entendre ici et là, à l’orée des jardins, beaucoup plus discrètement.
Deux sèches détonations claquent et résonnent dans la forêt voisine, des chasseurs déjà à pied d’œuvre.
Des premières portes et volets qui s’entrouvrent, claquent, grincent, et des voix encore timides et parsemées, comme engourdies, le site sort progressivement de sa quiète torpeur.
Les voix et les pas crissants se font petit à petit de plus en plus nombreux, égaillant et animant le site, alors que la lumière s’affirme sur les façades de pierres formant un hémicycle rigoureux.
Un camion s’infiltre entre les bâtiments, secouant sans ménagement les restes de tranquillité ambiante.
Suivi d’un tracteur ratissant dans de bruyants allers-et-retours les allées sablées, un brin (trop) imposant pour moi, après le progressif crescendo sonore dans lequel je viens de m’immerger.
Il est temps je pense, de couper les micros et de mettre l’écoute en veille.
Néanmoins, cette Saline dans laquelle je suis régulièrement revenu ces temps-ci, ne m’a pas tout livré de ses sons, tant s’en faut. Elle m’invite de la sorte à revenir. Elle me convie à guetter de nouveau, au lever du jour, ou à nuit tombée, ses secrets auriculaires, ses paysages sonores intimes qui parfois s’ébrouent de murs en murs, d’échos en échos, d’arbres en arbres… Audio Salina.

PS : J’ai effectué à ce moment là un enregistrement audio qui, au final, était si peu représentatif, si décevant, qu’après l’avoir écouté, je l’ai effacé dans la foulée pour ne garder que l’écrit.

Texte écrit suite à un banc d’écoute le jeudi 22 septembre à 07H30, à la Saline Royale d’Arc-et-Senans (25)

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POINTS D’OUÏE ET DOUCES RÉSISTANCES

POINTS D’OUÏE ET DOUCES RÉSISTANCES

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La résistance à une vitesse croissante, écoute et marche au ralenti
L’accélération comme un mode de vie n’es pas chose naturelle, ni souhaitable, et encore moins supportable. C’est une contrainte aliénante, regard fixé aux aiguilles d’une horloge, pied au plancher, fuite en avant, sans plus voir ni entendre ni paysage, ni congénères, ni paroles,ni conviction.
Lever le pied, façon marche qui semble perdre son temps et gagne celui de l’écoute, qui s’offre le luxe de décélérer, de ralentir, envers et contre tout, ce qui devient sereinement vital.

La résistance d’un paysage qui n’est plus (que) visuel
Et si l’oreille a droit de citer, de cité, ou ailleurs… Un paysage bâti sur des fragments sonores. Des fragrances vibratiles qui s’étirent jusqu’au creux du colimaçon, réceptacle où se distillent des espaces à ouïr, en toute auricularité, si surprenante soient les paysages.

La résistance de sons décalés, décontextualisés/recontexcontualisés
Transporter ici ce  qui devrait, ou pourrait être là, ailleurs, un bruissement de mer au cœur de la cité, par exemple… Et inversement… Ou plus surprenant… Un jeu de l’ouïe auquel peut s’adonner celui qui sait cueillir, conserver, déplacer, triturer, restituer, des formes éphémères de bouquets  sonores. De l’indigène à l’exogène, une certaine artificialité – constance paysagère en fait, un jeu de construction incontournable. J’extraie, je déplace, je force un peu l’espace, je fabrique de l’existant, qui avant n’existait pas, et très vite disparaîtra, pour un autre excitant, tout aussi fugace, vers une écoute sur mesure, je fabrique…

La résistance d’occuper l’espace public « sauvagement »
S’installer là où je veux, à l’instant que j’ai choisi, en optant pour telle ou telle écoute, posture – solitaire ou collective – pour tel ou tel geste, silencieux ou  non, hackeur respectueux d’espaces auriculaires à déflorer… Occuper un point d’ouïe, que l’on vient tout juste de décréter comme tel, lui donner une consistance du simple fait de le reconnaître ainsi, sans autre préavis – avec en bonus l’offrande vers de multiples oreilles tendues, qui pourront l’accepter, sans même le savoir, sans même s’en apercevoir !

La résistance du rêve et de la douceur, de l’aménité contre une violence latente
J’aspire aussi, par mes oreilles incluses, complices si possible, à un apaisement decrescendo, un fondu au son tranquille, un presque glissement vers un silence non oppressant, une calme dérive au pas à pas, des points d’écoute écoute tout en douceur, celle-ci fût-elle utopique –  oasis sonore où se ressourcer, se rafraîchir, réconcilier l’oreille parfois trop molestée dans un monde tourmenté… Quitte à convoquer l’utopie jusqu’au creux de l’oreille.

La résistance d’une géographie revisitée par l’oreille
Des terrains sonores résolument hétérotopiques – géographies soniques encore in-cartographiées, terrains vierges à imaginer au gré d’océans sonores, d’iles et de langues de terre matrices de chemins sonores in-foulés – dans l’idéal une géographie auriculaire de non-lieux, ou une exploration géomatique via moult cartographies sonores à dessiner en voyageant de l’oreille…

La résistance du non spectaculaire, et la trivialité en exergue
Pour fuir le tape-à-l’œil en même temps que le tape-à -l’oreille – Pour se rabibocher avec son quotidien, ne pas forcément chercher plus loin, trop loin,  toutes les richesses à portée de main, à portée d’oreilles – pour rester accessible à nombre d’écouteurs potentiels que le trop clinquant, ou le trop hermétique repousserait, sans toutefois tomber dans une populiste facilité – il nous faut résister à l’excès du spectaculaire auriculaire sur-affiché.

La résistance du relationnel du faire ensemble dans l’espace public
Pour ne pas faire, terriblement, seul, pour envisager l’altérité comme un salutaire échappatoire  à l’écoute individualiste, pour prôner le partage en valeur incontournable, l’oreille solidaire plutôt que solitaire – pour marcher en croisant les regards et les écoutes en confrontant nos émotions qui naitraient de la musique du vent, des machines et des voix, du monde.

LABEL ÉCOUTE

UNE CHARTE, DES LABELS, UNE RECONNAISSANCE POUR LA QUALITÉ SONORE DES VILLES ET DES SITES NATURELS, PATRIMONIAUX…

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Il existe un classement « villes fleuries », des labels  « villes patrimoniales » ou « d’art et d’histoire » un classement des « plus beaux villages de France » des « stations vertes », des « petites cités de caractère » des « pavillons bleus » pour les plages et même des « villes internet »…

Il exige des sites naturels remarquables, parfois inscrits au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO.

Il existe des labels gastronomiques, des tables de prestiges, des « spécialités traditionnelles garanties » des routes des vins…

Et certainement tant d’autres exemples

Pourquoi n’existerait-il pas des labels « Sites acoustiques remarquables », « Traditions sonores », des chartes « Site éc(h)osystème fragile et acoustiquement protégé », des classements « Qualité sonore urbaine »… ?

Pourquoi protège  t-on et valorise t-on essentiellement le visuel, et le gustatif, délaissant l’écoute (et souvent l’odorat) ?

Pourquoi nos oreilles n’auraient-elles pas droit à une prise en compte esthétique, sensible, qualitative, patrimoniale  de leurs environnements ?

Pourquoi ne garantirait-on pas aux oreilles futures, des lendemains qui chantent (un peu mieux?), au plus juste sens du terme ?

Certes, il existe un trophée national « Décibel d’or« , décerné par le CIDB (Centre d’Information Du Bruit), mais il reste encore très « bruit/nuisances/technologies d’isolation phonique » et  n’aboutit pas vraiment à développer des actions directement liées  à l’aménagement du territoire, y compris ici par le sonore. 

Certes, il existe également aujourd’hui une directive européenne  tentant de définir l’existence et la mise en place de « Zones calmes», mais cette dernière est encore essentiellement axée sur des mesures sonométriques, quantitatives, normatives et législatives (voire les définitions ci-après).

  • « zone calme d’une agglomération » (« une zone délimitée par l’autorité compétente qui, par exemple, n’est pas exposée à une valeur de Lden ou d’un autre indicateur de bruit approprié, supérieure à une certaine valeur déterminée par l’État-membre, quelle que soit la source de bruit considérée »)
  • « zone calme en rase campagne » (« une zone délimitée par l’autorité compétente, qui n’est pas exposée au bruit de la circulation, au bruit industriel ou au bruit résultant d’activité de détente »).

 

Néanmoins, les notions de patrimoine, d’esthétique, de culturel, de valorisation territoriale, de tourisme culturel (voire l’action menée dans le Parc Naturel Régional du Haut-Jura*) sont pratiquement ignorées dans cette approche réglementaire qui, si elle s’avère d’utilité publique, et donc indispensable, n’est pas en soit suffisante.

Label Écoute resterait- elle une notion du domaine de l’utopie auriculaire ?

Ou bien pourrait-il  mettre en branle des idées (et des sites) à valoriser, à défendre, vers des aménités paysagères qui nous éviteraient  une surdité physique autant que sociale ? (Voire le Manifeste Sommes nous tous devenus sourds ?)

 

http://www.saint-claude-haut-jura.com/sites-sonores.html#.V1-0mo6bHp8 – Action proposée et réalisée par l’association Acirène pour et avec le PNR du Haut-Jura

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SOMMES NOUS TOUS DEVENUS SOURDS ?

MANIFESTE POUR UN BON ENTENDEMENT

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Il y a quelques années déjà, disparaissait le projet « Centre du son ».

Ce projet était bâti sur un centre de ressources des domaines du son basé dans le Nord de l’Isère.

Il a notamment organisé les « États Généraux du Son », où se sont croisés  nombres de professionnels, chercheurs, enseignants, artistes, techniciens, élus, gestionnaires de projets culturels… œuvrant dans différentes branches professionnelles.

Le site du Centre du son ayant disparu avec l’association qui le portait, j’ai conservé précieusement ce texte manifeste qui amorçait les États Généraux du Son, et que je vous livre ici dans son intégralité.

 

Sommes nous tous devenus sourds ?

Nous vivons dans un monde sonore du premier cri au dernier souffle
Sommes-nous aveuglément sourds à tout ce qui nous entoure
Tout juste capables de nous indigner du bruit de l’autre le voisin

Par ce manifeste
nous affirmons
le droit de chacun à vivre pleinement la dimension sonore de son existence

tels
la qualité sonore des espaces publics des espaces privés
les sons de nos objets et des outils
la sonorisation des spectacles
la radio créative et créatrice
des sons pour dire une voix pour être
une technique son sensible et imaginative
des initiatives industrielles en faveur du sonore
des mémoires orales encore vives
l’exploration sonore dès l’enfance
l’écoute des paysages
le son à l’image
et tant d’autres

nous constatons
la méconnaissance générale de l’histoire humaine et technique du son
l’ignorance fréquente de la physiologie de l’audition de la phonation
une résignation à la médiocrité

nous refusons
que l’être humain se prive d’une source de satisfaction sensorielle indispensable à son équilibre
nécessaire à la constitution de sa mémoire à la formation de son esprit
à l’enrichissement de son imaginaire à sa vie en société

nous dénonçons
la faible reconnaissance de la dimension sonore dans nos vies professionnelles et au quotidien

nous proposons
une mise en évidence de l’étendue des domaines sonores
une valorisation de ses acteurs organismes recherches créations productions et cætera

nous décidons
de réunir les États généraux du son
pour établir des constats communs
pour définir ensemble des propositions à concrétiser d’urgence

nous lançons ce jour
un appel à doléances
à chacun professionnel ou non
à partir de votre expérience du sonore
vos colères vos désirs vos satisfactions

Faîtes-nous part
de vos constats
de vos propositions

Vos dires construiront les Etats généraux du son

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DES CORPS SONORES

La peau est si sonore…

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Parce que l’écoute serait un prétexte.
Un prétexte à métamorphoser le corps.
Un corps qui deviendrait lui-même écoute, membrane vibrante, amplificateur, transducteur d’images mentales, accumulateur de particules sonnantes ou dissonnantes.
Un corps qui serait vivifié par tous les pores d’une peau membrane oreille tendue, pour vibrer au contact de l’espace acoustique qui l’enveloppe, et mieux l’assimiler, en résonance.

Parce que l’écoute serait révélatrice.
Une révélation qui, tel un bain de développement photographique, impressionnerait la pellicule corporelle d’images sonores en vibrations frissonnantes.
Et l’image de s’ancrer dans des corps résonnants.
Et l’image de s’encrer sur une peau toile partition de mots, oscillant entre tumulte et silence.

Parce que l’écoute serait un récit.
Un récit qui se transmettrait, se partagerait, de bouche à oreille, brodé d’infinies variations.
Un récit où le mot se ferait son, et inversement, cherchant parfois la source-même des bruits les plus diffus, ceux qui s’inscrivent presque indiciblement, à peine audibles –
ceux dont il faudrait cherche le sens en les écoutant sans cesse, d’une oreille sans préjugés.

Le paysage pourrait alors se peupler d’une foule de corps entendants, tissant une multitude de fils à démêler sans cesse, car empêtrés dans leurs propres vibrations imprévisibles et capricieuses, et qui de toute façon jamais ne se répéteraient à l’identique.

Et ainsi, l’écoute fermenterait les mots, qui pourraient lire et écrire le texte sonore de chaque lieu, le texte sonore de chacun, à fleur de peau et de tympan.
Le texte de corps sonores en écoute.

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE À NANTES

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Desartsonnants est de retour à Nantes, dans cette belle cité où la Loire commence à songer à se perdre dans l’océan, pour quelques nouveaux PAS – Parcours Audio Sensibles, dans le fief des Petits Lu.
Il est pour l’occasion invité par l’association Apo33 dans le cadre du festival Electropixel #6, l’édition de cette année étant basée sur le détournement urbain, ou le Poverhack, dont la balade sonore serait un volet en mode doux.
Repérage un brin humide, météo capricieuse et changeant à l’envi, mais rien d’étonnant dans ces parages océaniques.
J’y retrouve très vite des repères quasi immuables, à l’échelle du temps de la cité en tout cas, et à celle de l’Ile de Nantes plus particulièrement, où je me promène aujourd’hui, et où j’ai déjà, dans précédentes visites créé et animé d’autres parcours auriculaires
Il faut dire que, depuis quelques déjà nombreuses années, cet ancien quartier de docks portuaires a connu, et connait encore, un gigantesque chantier de requalification urbaine, où grands bâtiments publics, écoles supérieures, pôles de compétences divers, lieux culturels et touristiques se côtoient de façon assez intelligente dirais-je. Ce vaste délaissé industriel, et auparavant port aux tristes souvenirs d’une colonisation esclavagiste, se voit offrir un lifting de grande ampleur. Quelques lieux emblématiques y ont trouvé place, telles les Machines de Nantes, où sont conçus des géants, hommes, animaux, machines robots imposantes, fabriqués notamment pour la célèbre épopée du Royal de Luxe, un des fleurons Nantais, voire Français des arts de la rue. Cette activité n’est pas du reste sans colorer un espace public de barrissements, de tintamarres ferraillant d’objets mécaniques et de la joyeuse rumeur du nombreux public qui y afflue. A l’autre bout de l’Ile, le départ d’un autre grand projet culturel et artistique, l’aménagement de l’estuaire reliant Nantes à Saint-Nazaire par l’installation de sculptures monumentales, sorte de land-art périurbain impressionnant, plus calme acoustiquement que les machines mais non moins surprenant.
Entre les deux, un espace de promenades riche et diversifié, composés de paysages urbains contrastés, où la Loire vient assurément jouer un rôle des plus important, un fil rouge, ou plutôt bleu/vert, entourant l’ile de ses bras  frontières, et qui font de cette partie de la ville un « lieu à part » dans la cité.
Au départ, en se faufilant dans la hall agitée les Machines de l’ile, beaucoup de voix, notamment celles d’enfants émerveillés, qui nous suivront, ou que l’on suivra jusqu’au bord de la Loire.
Nous frôlons des gens, des manèges, volant ci et là des bribes de sons et de rires, dans un jeu de mixage par l’oreille en marche.
Une série de passerelles métalliques nous guident le long du fleuve, points de vue et points d’ouïe intéressants, où nos pas font résonner des structures vibrantes sous nos pieds, et où le regard est porté sur l’autre rive, vers un grand axe routier très urbaniquement (trop) agité. Fort heureusement, de ce côté, hormis le pont routier, nous ne percevons que la rumeur, assez atténuée, en contrepoint de nos pas.
Un jeu,  l’oreille collée à une très longue rambarde de passerelle métallique nous fait entendre le chant du métal caressé, doucement percuté… Étrange spectacle pour les passants non avertis, que de voir un groupe, l’oreille collée à une barrière, en souriant ou fermant les yeux, passage assez surréaliste mais que j’adore tout particulièrement dans cette communion d’écoute(s) et d’écoutants.
Lors d’une deuxième balade, les quais de la Loire sont partiellement occupés par une vaste et tonique « sieste goûter sonore » très électro, qui nous martèle et nous assène de sourds et puissants rythmes de basses.  A chaque jour sa promenade ! Les rythmes de basses, même très atténués lorsque nous nous éloignons du site, seront en fait, une sorte de rumeur continuum, presque un étalon sonore nous faisant prendre en compte les champs, profondeurs et distances du paysage sonore, des échelles quasiment cartographiques à l’oreille, du territoire parcouru. Nous faisons le tour de cette fête en plein-air, jouant à s’arrêter là ou l’écho trouble l’audition en répercutant des rythmes sur de vastes façades qui perturbent les localisations, trompent nos oreilles, puis, modifions le circuit préalablement repéré car l’accès aux passerelles métalliques est ce jour interdit, occupées par des régies techniques.
Nous pénétrons au cœur de l’ile. Apaisement soudain. Une ruelle offre un surprenant concert d’un tout autre genre que le précédent, tout en grondements, gémissements, cliquètements, souffles rauques de ventilations, toujours différentes, du reste, et parfois muettes, selon les moments. Une  forme  d’installation sonore sauvage, involontaire et capricieuse, aléatoire, mais pour moi assez réussie, surtout si l’oreille se risque à la considérer avec une curiosité musicale, et c’est bien l’un des enjeux de ces PAS.
Lors d’une promenade, un homme ponce une chaise en bois dans une ruelle. Je trouve la fréquence, et presque le grain du timbre, le rythme, de son outil, grâce à une baguette frottante bricolée, et à la complicité d’un portail métallique résonnant. Un jeu en imitations réponses est alors amorcé. L’homme s’en rend compte et me sourit, surpris de ce dialogue à l’improviste, en s’amusant avec les élément sonores du moment. Je fais de même lors d’un passage d’avion à basse altitude, et il en passe beaucoup sur la ville. Les promeneurs s’en amusent mais cette fois-ci, le pilote dans les airs ne peut pas rentrer dans le jeu, ou bien fort  involontairement… hasard et sérendipité très appréciés lors de ces PAS.
Un mail piéton, planté d’arbres en bac, retour à une sorte de sérénité urbaine, avec peu de monde durant ces vacances, les touristes ne s’aventurent guère en dehors des sentiers touristiques bien balisés, et où ils trouveront des choses plus spectaculaires et sans doute rassurantes.
Dans ce mail, une cour intérieure est animée d’une curieuse fontaine aux sonorités surprenantes, autre repère stable depuis ma dernière visite déambulatoire, il y a maintenant 3 ans. Ici, le jeu consiste à ausculter les glouglouttis de l’eau à l’aide de différentes longue-ouïes, stéthoscopes, dans une approche résolument ludique. J’ai du mal à arracher les écouteurs de cette fontaine et pourtant, l’heure tourne, et j’ai quelques contraintes horaires à respecter, liées à la programmation du festival.
Un parking, classique lieu d’écoute décalée, nous offre un terrain de jeu magnifique, de par ses passerelles métalliques cloisonnant chaque étage. Des voitures ronronnent, grondent, des claquements de portières joliment réverbérées, des rythmes métalliques de grilles sur lesquelles passent les autos, des couloirs sas, à l’acoustique soudainement très sèche, suivies de réouvertures dans de véritables cathédrales de bétons, animent la déambulation dans ce lieu surprenant à l’oreille. Clou du spectacle, une pause sous une passerelle ajourée sur laquelle passent les voitures avec forces sons, quelques centimètres au dessus de nos têtes, créant dans un premier temps une surprise un brin apeurée, puis le plaisir de cette étrange situation acoustiquenet visuelle. Autre lieu emblématique de ce même parking, le dernier niveau inférieur, plus sombre, encore plus réverbérant, où s’éparpillent de sourdes et presque inquiétantes sonorités… Cet espace est prétexte à une installation éphémère à l’aide d’une dizaine de micros haut-parleurs autonomes, placés de façon à entourer les promeneurs, en profitant de l’acoustique pour les immerger dans d’exogènes sonorités aquatiques et forestières, franchement décalées dans cet univers minéral, et d’ordinaire plutôt dédié aux voitures. Ce même dispositif aura été, lors d’une précédente promenade, disposé dans la cour minérale d’un immeuble, lui-même animée d’une belle  et discrète installation sonore en extérieur. Les sonorités sont dissimulé dans de beaux bardages métalliques, et  conçues par le célèbre artiste sonore Rolf Julius. Après avoir frottée nos oreilles à cette belle œuvre, l’irrévérencieux Desartsonnants ose superposer ses propres sons à ceux de Julius, clin d’oreille néanmoins très respectueux et admiratif pour le du travail  de ce maître.
Avant de quitter les antres du parking, je joue à faire entendre les longues réverbérations à l’aide d’une trompe vuvuzela. Le site me répond bien, en prolongeant avec une réelle complicité mes sons de klaxons souterrains. Il  s’agit simplement de savoir parler eau lieux, et de bien s’entendre avec les espaces traversés.
Au détour d’une rue, nous descendons et nous blottissons dans une large cavité menant à l’entrée d’un parking sous un immeuble. Du fond de cette fenêtre bétonnée, s’élargissant vers l’extérieur, nous regardons et écoutons comme au fond d’ure oreille, dans un cadre visuel et auditif dirigeant nos sens vers le fond de la rue-scène sonore, comme une sorte d’amplificateur haut-parleur dans lequel nous serions réfugiés pour mieux ressentir l’environnement – mise en scène d’écoute via les aléas et ressources terrain et de l’architecture.
Retour progressif à l’agitation humaine et mécanique de la hall des Machines de Nantes, la boucle es bouclée, de pieds et d’oreilles fermes, apparemment pour le grand plaisir des auditeurs d’un jour, qui spontanément questionnent et commentent la balade. Nous aurons, une fois de plus, effectué un parcours totalement  silencieux, pas un mot échangé, des propositions corporelles, des gestes invitant, des regards guidant, le tout nourri de mille sons environnants. Pour clôturer l’expérience, des retours sur des ressentis spontanés, des envies d’écouter plus, autrement, ou mieux, le renvoi dans une sorte d’investissement ludique, qui n’est pas pour certains, sans rappeler une enfance curieuse, qui sait s’émouvoir, s’émerveiller, s’embarquer dans d’autres mondes en jouant de et avec des « presque riens »*.

 

*Hommage au compositeur « paysagiste » Luc Ferrarihttps://www.youtube.com/watch?v=aKq-LRYv1Q4

 

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INSTALLER DE L’ECOUTE

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@Crédit Photo Yuko Katori

Je m’installe devant, dans un paysage, je l’écoute, je le regarde, je l’arpente, et il me dit ce que je peux y faire, et ne pas y faire. C’est lui qui s’installe alors devant, autour de moi. C’est lui qui guide, voire dicte mes gestes, mes actions, mes projets.
Il se pose, à un moment donné, suite à une forme d’apprivoisement mutuel, en contraintes déchiffrées, en évidences décelées. Il me saute aux yeux, et aux oreilles. Il s’offre comme je m’offre à lui, dans une respectueuse synergie.
Il me faut pour cela une certaine lenteur, une prise de temps à ménager, un non stress me protégeant d’agir dans l’urgence, dans le superficiel, tout ce qui met à mal la connivence.
Alors s’installe l’écoute.
Alors s’installe l’écoutant.
Alors peut s’installer le partage.
Cette connivence artiste paysage établie, pour moi aussi via le canal auditif, je pourrai dés lors, en toute honnêteté, inviter à écouter ensemble.
Certaines fois, les connections sensibles s’opèrent rapidement, logiquement, avec aisance et facilité.
D’autres fois, le territoire résiste, moins spectaculaire peut-être, ou plus réservé, plus taiseux, plus secret.
Il faut alors user de patience, varier les angles d’écoute, gratter les interstices, coller l’oreille à la matière-même pour chercher le presque indicible, afin de bien m’entendre avec les lieux.
Il me faut également chercher les manières de partager intimement ce qui ne s’offre pas spontanément à l’oreille. Le paysage alors se mérite, il nous demande des efforts pour en jouir enfin.
L’écoute se déploie alors, s’installe comme une oeuvre collective, relationnelle, fusionnelle, émotionnelle, à 360°.

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@crédit photo Maxime Jardry

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE EN ARDOINAIS

OREILLES EN SEINE, ET EN ECRITS

PAS-Parcours Audio Sensible en Ardoines

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Vitry sur Seine, quartier des Ardoines, le retour.
Après y avoir effectué une première balade, PAS – Parcours Audio Sensible en nocturne, l’an passé, je ramène mes oreilles, entre industries et bords de Seine, quartier des Ardoines, par de chaudes journées estivales.
Ces parcours d’écoutes s’inscrivent dans la programmation de « Gare au théâtre« , structure culturelle vitriote initiatrice entre autre des Balades en Ardoinais.
Entre repérage et parcours d’écoute collectif, tout de même une trentaine de personnes en ce mois d’août, des sons me reviennent aux oreilles, et j’en découvre quantité d’autres, sur un itinéraire parfaitement identique à celui de l’an passé.
Identique en tout cas au niveau du trajet, car pour ce qui est des ambiances, vraiment très différent.
Aussi différent que le jour et la nuit, car le précédent partait à 21H, entre chiens et loups, et ce dernier à 14H.
Villes en répétitions…
Des RER qui rythment le paysage, nous partons en effet d’une gare à l’autre (Les Ardoines – Gare de Vitry).
RER feulant, grondant, ferraillant, cliquetant, dans le vacarme de la proximité, ou dans l’étouffement du lointain, ou dans un entre-deux… selon les endroits.
Une scène que j’adore, nous somme tous accoudés sur un pont surplombant les voies du RER, un immense tuyau nous occulte la vue au loin, le paysage, nous laissant apercevoir en contre-bas, juste une très étroite portion de rails.
Attente… Assez courte du reste… Les rails se mettent à chanter, à vibrer, à gémir, et soudain, un, puis deux RER passent en trombe, prenant nos sens par surprise, surtout la vue. Effet acousmatique, cinétique, surprise…
Glissements.
Des rails impétueuses aux usines relativement calmes, en passant par de courtes séquences habitées, et puis bien sûr, la Seine q’on longera un moment donné, assez longtemps, passage inévitable.

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Transitions de ville en franges de ville.
Des rythmes différents, des rumeurs différentes, des ronronnements, des chuintements furtifs, des ambiances diffuses, et industrieuses.
Assez peu d’humains, bien que…
Etranges atmosphères.
La ville-travail à l’oreille, qui persiste et résiste, jusqu’au mois d’août.
Un lourd portail métallique se met en branle, nous venons y tendre l’oreille de près. Il s’ouvre dans une séries de grincements-gémissements, lentement, laissant s’échapper au dehors les résonances d’un vaste hangar, et se referme de même. Fin de la séquence.
Visions sonores.
Les yeux participent à l’écoute. Ils fabriquent eux aussi, parfois, du non entendu.
Ils nous font imaginer, vivre, recréer, des ambiances virtuelles, mentales.
On entend ainsi les discours, dialogues, les grondements des tyuaux, des cheminées, des engins, engins forcément mécaniques, des matériaux chahutés, puis des grues immobilisées, le tout visuellement sonifère.
Et puis nous voilà, une rue rapidement traversée, presque sans crier gare, sans qu’on s’y attende vraiment, au bord de l’eau.
La veille, j’avais déjà été promener mes oreilles en bord de Seine, dans une portion de Paris Plage, profitant de la douceur pour me prélasser sur un confortable transat. L’écoute fut rythmée de fréquents passages de bateaux
mouches, desquels s’échappait une bouillie vocale amplifiée, paroles yaourtes des guides, s’extirpant de mauvais hauts-parleurs, non sans rappeler les annonces de gare entendues de loin, façon Tati.
La méandreuse Seine structure la capitale dans un dépoiement de paysages propres aux fleuves se coulant sans complexes au sein-même de l’urbanité.
Mais revenons à notre balade.
La Seine s’étale devant nous, exactement, aquatiquement rafraîchissante.
Et tout change, se transforme à nouveau.
Estompement assez rapide des voitures.
La Seine se prélasse, séparant gentiment mais nettement vitry d’Alforville, chacune se regardant tout en se mirant dans les ondes traversantes.
Pour écouter le fleuve, il faut tendre l’oreille, s’y pencher, aller dénicher les glouglouttis, surtout aux abords des pontons et installations portuaires, imposantes machines à roues, bassins desservant la centrale thermique voisine. Autre silouhette emblématique du quartier que cette centrale, avec ses deux énormes cheminées phares totémiques blanches et rouges.
La Seine est donc peu audible, sauf quand passe une péniche qui vient réveiller la tranquilité de ses eaux estivales  allanguies.
Dans le sillage des bateaux, des vagues viennent s’écraser à nos pieds, clappotements qui vont en s’estompant progressivement, jusqu’au prochain passage.
La traine des bateaux déchaine également, superposées aux ronronnements des moteurs, de sourdes et grondantes bulles sonores, jolis et étranges chants qui se résolvent en petites explosions mouillées de graves écumes.
Les chemins de berges sont rythmés de pas rapides de moult joggers, qui font crisser le gravier des sentes, tout en soufflant rythmiquement – cheu/cheu..Cheu/cheu..Cheu/cheu… Puis des vélos discrets, et de simples marcheurs
conversant…
Sous une imposante trèmis, j’installe momentannément des sons aquatiques justement, et acousmatiques, autour du public, profitant des réverbérations locales – Petites séquence musicale décalée, qui fait son effet en venant réveiller l’oreille, la tirer vers d’autres ambiances à mi-parcours. l’expérience durant deux bonnes heures, il convient de varier les postures, les surprises, pour redynamiser de temps à autre, notre potentiel de promeneur écoutant.
Plus loin, ce sera la structure métallique d’une grue portuaire que nous ferons chanter à l’aide de baguettes frottantes, l’oreille des promeneurs collée à même la matière, qui nous offrira une série d’harmoniques amplifiées assez incroyables. L’expérience d’écoute à »oreille collée » avait déjà été faite sur un large portail et des grilles métalliques. Micro-musique des matières… Aller vers le détail habituellement inouï, passer de macro à de micro paysages auditifs.
Une clairière herbeuse accueil une fête, un rassemblement de motards. La musique amplifiée va rebondir sur les berges et les bâtiments d’en face, dans un effet d’écho/résonance des plus spectaculaires, pour notre grand plaisir d’écoutants.
Le matin, lors de l’ultime repérage, c’est un saxophoniste solitaire qui travaillait dans ce même endroit, des traits d’une musique résolument be-bop.
Nous passons sous un large pont en travaux. Ces derniers généraient lors du repérage matinal, d’incroyables cliquettis qu’hélas, je ne retrouverai plus cet après-midi. Mais c’est le quotidien de ces PAS, et j’en ai depuis longtemps pris mon parti. D’autres surprises viennent compenser.
Au terme de ce trajet riverain, une chute gronde sourdement, coupant radicalement la Seine tandis qu’une écluse permet aux embarcations de l’éviter.
Replongée dans les usines et entrepôts qui, en ce samedi après-midi, se sont en grande partie vidés, désertés, immergeant les lieux dans une torpeur, un assoupissement reforcé par une chaleur prégnante.
Nous longeons, via un étrange sentier, les voix des RER, que nous retrouvons et suivons cette fois-ci de très près, à l’approche de la gare de Vitry, notre point de chute. Notre marche est alors régulièrement scandée perturbée de passages de trains, à assez grande vitesse, qui nous assaillent dans une tempête de bruit zébrant l’espace d’éclairs d’acier. Nous ressentons une certaine insécurité, ou fragilité, face à ces monstres tonitruants, mais une expérience somme toute, et paradoxalement assez euphorisante.
En contrepoint à ces sonorités agressives, certains d’entre nous portent, et s’échangent des petits haut-parleurs qui distillent tout au long du groupe une douce méloppée, venant reconstruire une entité acoustique dans notre « procession sonore » qui arrive à son terme.
Rendus au théâtre, nous appréçions des rafraîchissements bien mérités. Je dis quelques mots sur les principes de l’écologie sonore, comme au terme de beaucoup de mes PAS. Après cette expérience de partage d’écoute, et les nombreuses scènes et ambiances acoustiques traversées, l’oreille saisit et entend généralement bien le message.
Cherchons ensemble, envers et contre tout, la belle écoute.

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NB : Le quartier des Ardoines à Vitry connait actuellement une vaste restructuration urbaine, classée Opération d’intérêt national (OIN), et inscrite dans des projets d’envergure du Grand Paris. Les balades urbaines en Ardoinais, y compris sonores, qui y sont menées, permettent de se mesurer au terrain sensoriellement, et de vivre ses transformations in situ.

Desartsonnants aime tout particulièrement placer l’écoute à l’intérieur de projets liés tant à de nouvelles formes de tourisme culturel, qu’à des problématiques d’aménagement du territioire.

ÉVOLUTIVE ÉCOUTE

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Au début, j’écoutais pour écouter, par jeu, par plaisir, ce qui était déjà je pense, un bon début.
Puis, j’ai chercher à m’expliquer, et à expliquer à d’autres, ce que j’écoutais, avant que de tenter de définir ce qu’était, pour moi l’écoute, les fonctions, les actions, les rituels, les expériences, les recherches, les aboutissements, les choses restant à explorer, et il en reste tant et tant…
Aujourd’hui, je n’ai pas vraiment modifier ma trajectoire, si ce n’est que j’ai progressivement placé le partage de l’écoute comme une priorité absolue, jusqu’à en faire une base fondamentale, vitale, de mon travail, sans laquelle tout le reste n’aurait guère d’intérêt, voire serait totalement dénué de sens.

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POINTS DE VUE, POINTS D’OUÏE ET ORIENTATION

PAYSAGES ORIENTÉS – BELVÉDÈRES – BELLES-ÉCOUTES

 

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La notion de l’orientation, de tables d’orientation, de panoramas, de belvédères – littéralement belle vue – me questionne régulièrement par rapport à l’écoute.

Un point de vue remarquable est-il (toujours) en adéquation, en résonance avec un point d’ouïe, qui serait lui aussi remarquable ?

Peut-on orienter l’écoute ? Et si oui comment ?

Quelle est la part de manipulation sensorielle qui pourrait insidieusement inscrire le regard (et/ou l’écoute), dans une catégorisation restreinte du beau, ou d’un beau commun totalement préfabriqué ?

Et ce questionnement m’amène juste à la délicate question d’une certaine quête identitaire, que se pose également l’artiste photographe Mathieu Farcy, dans le travail autour du « Paysage orienté ».

Ce sont quelques questions, dont certaines récurrentes dans mon travail, qui jalonnent et construisent une réflexion, ici alimentée et en tous cas fortement réactivée par la découverte de ce magnifique travail photographique de Mathieu Farcy.

http://www.mathieu-farcy.fr/portfolio/-belvederes/

 

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POINT D’OUÏE SUR LE SILENCE

OBSERVER LE SILENCE (ET CE QUI LE COMPOSE)

 

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En lisant le très beau livre d’Alain Corbin*, consacré au silence, que l’intéressante polysémie de l’expression « observer le silence » me frappait soudain. Ayant pour habitude de ne pas trop dissocier, lors de mes PAS -Parcours Audio Sensibles,  la vue de l’ouïe, je trouvais là une entrée symboliquement  très intéressante pour me re-pencher sur le couple Yeux/oreilles.

En fait, lorsque l’on observe le silence, on fait silence ! Nous créons dés lors, un nouvel espace de silence, le matérialisons en quelque sorte, en le rendant presque tangible. Il est évident que ce silence, fabriqué de toutes pièces, ne peut pas s’imposer à tout l’espace environnant. Tout au plus,  faire silence implique, pour un groupe d’hommes, de se taire, d’éviter de « faire trop de bruit » à un moment et dans un espace donné. C’est un phénomène circonscrit, une action locale. Cérémonie avec minute de silence commémorative, lieu d’enseignement, de culte, de spectacle, on fait silence pour différentes raisons, alors qu’autour de nous la vie suit son cours, avec les voitures, les oiseaux, les avions, l’orage, qui n’ont cure de nos injonctions…
Dans cette fabrication d’une sorte d’attention sociétale, parfois rituelle, pouvant relever du cérémonial, nous pouvons donc observer le silence, même de façon très brève, je reviens ici à la célèbre minute de silence.
Or, par glissement sémantique, lorsque nous observons minutieusement le silence, comme un naturaliste observe de près une fleur, nous commençons à discerner de quoi il est constitué.
Dès lors, observer le silence revient à admettre qu’un silence, si profond et pur soit-il, est toujours peuplé, voire paradoxalement constitué de sons, même infimes . Je peux citer ici ’expérience de la chambre anéchoïde (ou chambre sourde) où John Cage vérifiait la véracité d’un silence illusoire, voire d’un « non silence* ». Ce qui lui faisait finalement dire, dans son livre justement intitulé Silence « « Le silence n’existe pas, il se passe toujours quelque chose qui produit un son. »**

Le silence n’est donc pas, physiquement, une absence totale de bruits, mais plutôt un espace où ceux-ci auraient tendance à s’amenuiser, à laisser place à une poche de calme, plus ou moins riche, plus ou moins calme, générant une certaine quiétude, mais parfois, comme un silence de mort, une véritable inquiétude, voire une peur de ce silence par trop…silencieux.
Observer le silence, c’est donc, ou en l’occurrence cela pourrait être, pris au pied de la lettre, une posture qui nous met en retrait de la scène acoustique, nous dé-immerge, pour que notre oreille puisse prendre du recul vis à vis de notre environnement sonore, et que nous ayons les moyens de le  comprendre, de le qualifier , de l’analyser sans doute plus objectivement.
Observer le silence nous ramène à la posture d’un sociologue, pour qui l’observation de terrain est une façon de construire de la « connaissance ordinaire »,  qui donnerait lieu ici un étude sociale du paysage sonore, même réduit à sa portion congrue sous le prisme du silence.
Entre observer pour construire, construire paradoxalement du « moins », et observer pour comprendre, pour savoir, l’écoutant que je suis peux ainsi naviguer entre la pratique partagée d’un geste presque silencieux, apaisant, et l’envie de comprendre un peu mieux comment fonctionnent nos relations avec l’environnement sonore, en tant qu’écouteurs producteurs.
Observer le silence c’est être acteur, avec la volonté de défendre des scènes acoustiques qualitatives, en tentant de faire la part des choses entre esthétisme, vie sociale, et une forme réfléchie d’écosophie du sonore.
Il y a peu, Max Horde me disait au fil d’une conversation »… toi, le musicien du silence… » formule qui m’a je dois dire amusé autant que touché, tant ce beau raccourcis correspond à mes aspirations présentes.

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*http://www.albin-michel.fr/ouvrages/histoire-du-silence-9782226323781

** « … La personne qui est entrée dans une chambre anéchoïde, pièce technologiquement rendue aussi silencieuse que possible, a pu y entendre deux sons, un aigu, un grave – l’aigu, le système nerveux de l’auditeur en activité, le grave la circulation de son sang. Ce sont là, manifestement, des sons à entendre et, à jamais, des oreilles pour entendre. »  J. Cage, entretien avec Jean-Yves Bosseur autour de 4’33 » Ed Minerve

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PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLES, VERS DES GLISSEMENTS ET BASCULES SPATIO – TEMPORELS

D’un moment à l’autre, d’un lieu à l’autre, dans l’entre-deux

Ce que je trouve très souvent le plus intéressant, notamment dans la pratique de mes PAS – Parcours Audio Sensibles, ce sont les espaces transitionnels, où l’on passe, plus ou moins progressivement, d’un état à un autre, où nos sens perdent parfois leurs repères, pour en retrouver d’autres, au gré de passages en glissements spatio-temporels.

15-09-05-Balade_en_Ardoinais-Anja003PAS – Parcours Audio Sensible en ardouainais (2015) – Desartsonnants – @crédit photo, Ville de Vitry/seine, services culturels

Glissements d’un espace géographique vers un autre

Qui, promeneur urbain, n’a déjà parcouru des trajectoires d’un centre ville vers des quartiers moins denses, des banlieues, des périphéries, voire vers des espaces naturels  péri-urbains, ou le cheminement à l’envers, avec des sensations d’apaisement, de dé-densification, ou le contraire. Ces passages, glissements immersifs,  contribuent à maintenir en alerte nos sens, titillés par les changements progressifs d’ambiances, les modifications de la perception, tous sens confondus d’ailleurs.

Glissements temporels, entre chien et loups, de l’aube à vesprée

Voyage aux bons de la nuit. Ici aussi, le passage de la lumière à la pénombre, jusqu’à, selon le lieu où l’on se trouve, l’obscurité plus ou moins épaisse, ou inversement, agit comme un catalyseur sensoriel où tout devient parfois incertain, ou donc où beaucoup de choses deviennent possibles. Entre chiens et loups, c’est heure à laquelle l’homme a du mal à distinguer les deux, où le chien peut se faire loup, où il ne faut faire confiance à personne, surtout pas à nos sens, souvent trompés pas l’obscurité croissante. La vue perd de son efficience, l’audition se réactive, comme par un rééquilibrage sensoriel déjouant les pièges nocturnes, tout en jouissant de ses atmosphères plus feutrées, plus mystérieuses, sans doute plus poétiques.

Espaces et moments de bascule

C’est au croisements de ces changements, à ces instants/lieux de bascule, où on n’est ni tout à fait là, ni tout à fait ailleurs, que l’aventure se révèle la plus pimentée, exaltante. Dans ces zones d’incertitude, de doute, l’imaginaire, entre peur et exaltation se révèle fécond, chaque sons ou ombres pouvant être une multitude de choses à la fois. Ces glissements nous entrainent parfois au cœur des hétérotopies façon Foucault, où un espace, un territoire peut en contenir d’autres, entre cité et vie « sauvage », ombre et lumière, vacarme et presque silence…

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TERRITOIRES SONORES ET TOURISME ÉC(H)OLOGIQUE

POUR UN TOURISME ÉC(H)OLOGIQUE

19665498850_42df664693_k@Crédit photo Yuko Katori

Il me semble aujourd’hui important de développer un tourisme local, respectueux des lieux et des gens, construit sur de vraies relations humaines, et découvrant ou redécouvrant des patrimoines auriculaires parfois fragilisés par une société misant trop souvent sur un « commerce bulldozer »…

En cela, je croit que la notion de territoires sonores partagés peut participer à élaborer de nouvelles formes de tourisme, prônant une véritable éthique écologique, s’appuyant sur une écoute équitable, non énergivore, et la volonté de garder la relation humaine au centre-même du paysage, via une oreille ouverte sur le monde.

Les savoir-faire des maîtres saintiers, des campanistes, des ensonnailleurs de troupeaux, les belles acoustiques des sites naturels, des églises, les musiciens, chanteurs qui savent faire sonner les lieux, ainsi que ceux qui font chanter la pierre, le bois, les échos et réverbérations liés aux topologies, l’écoute des torrents et ruisseaux, du vent, les audionaturalistes qui nous embarquent dans de fabuleux voyages, les preneurs de sons qui jouent du paysage, les compositeurs paysagers, les plasticiens qui nous aménagent de surprenantes écoutes installées, les danseurs qui traquent la belle posture d’écoute, les conteurs, crieurs publics et slameurs qui donnent de la voix dans les espaces publics, les artistes marcheurs, les aménageurs du sensible, les chercheurs de silence, ou de calme… Autant de pratiques à développer, de réseaux, de domaines, d’explorations acoustiques, profondément voire intrinsèquement liés aux territoires, qui restent à explorer, voire à fabriquer.

Il est aujourd’hui possible d’entreprendre la lecture et l’écriture d’un ou de vastes paysages sonores en mouvement, de le revisiter et de les envisager de moult façons. Ces paysages ne demandent d’ailleurs qu’à se faire entendre, dans leurs belles harmonies comme dans leurs dérangeantes dissonances…

Pour qui sait justement entendre, ou donner à entendre, ces paysages-objets sonnants, à priori singuliers, ou surprenants, ils sont en fait à portée d’oreilles de tout un chacun. Leurs rencontres exigent néanmoins  le fait de savoir les débusquer, les révéler, parfois les protéger, ou tenter de les améliorer, et qui plus est en faire choses communes.

C’est pour cela qu’au fil du temps,  je suis devenu promeneur écoutant, paysagiste sonore, écouteur public, partageur de sons, traceur guide de PAS – Parcours Audio Sensibles, initiateur d’une forme de tourisme que je pense et veux éc(h)ologique…

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POINTS D’OUÏE – ZEN : ZONES D’ÉCOUTE NATURELLES

ZEN – Zones d’Écoute Naturelles

Si les Points d’ouïe n’existent pas sans l’écoutant, encore faut-il lui installer des conditions d’écoute…

Et si possible, de belles et surprenantes situations, pour mettre des oreilles en émoi, en vibration, en sympathie, avec le Monde.

C’est à la fois très simple et cela requiert une disponibilité  qui pourrait mettre en branle une écoute attentive, partagée, sur un Monde que nous n’écoutons hélas plus beaucoup, plus suffisamment.

Il s’agit de dépasser la fureur et le bruit, de (re)trouver une forme d’accordage entre nous, dame nature, la ville, et nos voisins avec qui nous partageons le même sol terrestre.

Il s’agit de reposer l’oreille sur des territoires partagés, ou à partager, de découvrir, guetter, voire construire de beaux silences habités, de chercher une forme d’apaisement militant, où l’écoute  rassemble les hommes de bonne volonté.

Toutes les chaises, encore vides, ci-après, nous invite à cela.

Si jamais vous souhaitez vivre des expériences ZEN (Zones d’Écoute Naturelles), PAS – parcours Audio Sensibles, parlez en à Desartsonnants, qui reste tout ouïe.

desartsonnants@gmail.com

ZEN – Zones d’Écoutes Naturelles – Des assises et autres Points d’ouïe « installés »

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GIVORS BANC

Gilles Malatray Desartsonnants

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BAILLY

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Rituels d’écoute(s)

RITUELS D’ÉCOUTES OU ÉCOUTES RITUELLES

Gilles Malatray Desartsonnants

Un rituel est un ensemble de rites destinés, à l’origine, à des célébrations religieuses. Depuis, ces rites se sont beaucoup élargis vers des mises en scène donnant une certaine importance à des faits et gestes, non forcément religieux. Louis XIV par exemple mettait en scène son pouvoir, par la mise en  place des rituels autour de sa propre vie, non seulement des fêtes et grandes chasses, mais aussi levers, couchers et repas du roi, avec musique et cérémonies ad hoc. Il orchestrait en fêtes, la vision de son propre pouvoir, sa vie de monarque. Aujourd’hui encore, du stade à la vie politique en passant par l’école, des rituels s’installent, mettant en scène des gestes et actions communes, consolidant des communautés, des pensées collectives, pour le meilleur et pour le pire, mais sans doute faisant aussi office de garde-fous sociaux, parfois rassurants dans leurs répétitions. Ils s’inscrivent notamment dans des formes de cérémonies et autres protocoles, qui mettent en exergue des  « choses sociales » présentant de prime abord des intérêts collectifs au sein de la société, ou tout au moins d’une partie de cette dernière.
Sans vouloir entrer dans des cadres trop cérémonieux ni, bien au contraire, enfermer l’écoute dans une rigueur ritualisée et mortifère, je me pose néanmoins la question du rituel dans ma démarche de promeneur écoutant.

Le rituel de la marche d’écoute, les PAS – Parcours Audio Sensibles solitaires, en duo ou en groupe
Se mettre en marche, après avoir, par quelques mots choisis, installé une ambiance, conforté une communauté d’écoutants, fédéré un groupe dans une sorte de projet commun, collectif, suggéré un état d’esprit, et au final discrètement distillé quelques conseils consignes…
Nous sommes bien dans le rituel, que le maître de cérémonie, le guide promeneur écoutant, acteur, acteur de terrain, dans toute la polysémie du terme, maitrise, ou est sensé maitriser.
Le cadre est posé, et on agira à l’intérieur. On agira avec certains codes, par exemple  le silence, les rythmes de la marche, la confiance dans le « maitre de cérémonie », l’idée d’adhérer, ou  on, à une communauté éphémère, et de poursuivre, le temps de la marche, un objectif commun. Sans pour autant enfermer la marche dans un carcan trop rigide, bien au contraire, nous conservons et privilégions les possibilités d’agir, voire d’improviser selon les événements sonores, les aléas du parcours, en restant fort heureusement très ouverts, le rituel contribue je pense à donner une certaine importance, quasi cérémonieuse, aux gestes d’écoute, à le rendre en fait plus crédible, ou en tous cas assimilable. Le rituel nous fait passer d’une forme de jeu, à une chose presque sacrée, tout en restant dans un esprit ludique. J’assume tout à fait les paradoxes.

Le rituel des Points d’ouïe
En contre-point, si j’ose dire, de la balade sonore, ou du PAS, les Points d’ouïes sont des pauses, arrêts sur son, ponctuant une marche, et venant focaliser l’écoute sur un élément/lieux/gestes singuliers, rencontrés sur les territoires explorés. Ce sont de nouvelles mises en scène acoustiques, ritualisées elles aussi, se posant comme de petits points de rupture dans la marche, des ponctuations. Ces points d’ouïe convoquent inéluctablement des postures physiques e/out intellectuelles, des scénophonies, des parti-pris, des approches spécifiques, que le principe de ritualisation se chargera d’instituer comme des passages obligés, incontournables, pour qui veut saisir une partie de la substantifique moelle du paysage sonore. Enfin j’espère qu’il pourrait en être ainsi.

Le rituel des Bancs d’écoute
Autres pauses dans les PAS, un rituel assis cette fois-ci. Il s’agit d’utiliser de simples bancs publics, mobiliers urbains des plus courant s’il en fût, comme des postes d’écoute, des affûts, des jalons marquant un balisage urbain, comme repères et haltes auditives. Le rituel est aussi, et peut-être surtout ici, dans la posture. S’assoir, solitaire, à deux, écouter, laisser venir à nous les sons, le banc comme centre d’écoute, comme objet d’immersion. Le rituel s’inscrit également dans une certaine durée. Il ne faut pas seulement effleurer de l’oreille le paysage, il faut prendre le temps, le laisser se construire autour de nous, prendre corps, audio corpus. Il convient pour autant de ne pas refuser, ou fuir la rencontre, sous prétexte d’écoute. Se poser régulièrement sur un banc, voire même très ponctuellement crée souvent des liens inattendus, humains, des conversations, parfois anodines, parfois intimes, parfois surprenantes, voire dérangeantes, la vie quoi !  Dans ces rites d’écoute, s’inscrivent aussi des voix, des paroles, des contacts, enjoués ou en grande détresse. Je me vois confrontés à des solitudes que je sens terriblement pesantes, des paysages sonores internes, de véritables naufrages, qu’il est souvent impossible de reporter tant ils sont intimes, personnels, mais auxquels je prête une oreille et une parole que je tente de faite la plus humaine que possible, sans autre prétention. Paysages esthétiques certes, mais paysages sociaux, des échos parfois très sombres, de violents désespoirs,que le rituel du banc d’écoute me ramène à fleur d’oreille.

Le rituel des Inaugurations de Points d’ouïe
Ici, nous avons affaire à un rituel des plus ritualisé, cérémonial, dans le juste sens du terme. Au terme d’un PAS, nous avons repéré et choisi un endroit précis, voire une orientation, un axe d’écoute, que nous élirons, pour la qualité de ses sources, de son acoustique, comme point d’ouïe remarquable. Le statut conféré à ces nouveaux Points d’ouïe passera par une inauguration tout ce qu’il y a de plus officielle, avec le discours d’un maire ou d’un élu, quelques minutes de silence, silence en écoute, un geste symbolique coupant le ruban auriculaire, une signalétique ou objet signalant, et l’inscription de ce point d’ouïe commenté sur une cartographie spécifique géolocalisée. C’est donc le rituel le plus voyant, et écoutant, officiel, cérémonialisé, de la démarche désartsonnante. Un prétexte à prendre langue, et oreille, avec des habitants, visiteurs, et surtout élus, sur la beauté fragile des paysages sonores ambiants, et les questions d’écologie acoustique inhérentes.

La terminologie de l’écoutant comme une façon d’assoir des rituels
PAS*, Points d’ouïe, Bancs d’écoute, Inaugurations de points d’ouïe, Écoute à oreilles nues, Sonographies, Calligraphies sonores… le ou les  rituels d’écoute sont balisés textuellement par toute une terminologie, tissée de mots-valises et de néologismes, complétant le champs, et le chant, de l’auriculaire. Souvent faussement savants, plutôt ludiques dans l’esprit, mais néanmoins pensés pour faire naître des images, images de marque y compris parfois, des sensations qui « donnent envie », ces termes sont très liés au contexte, à l’action, à l’esprit des écoutes et des lieux, et somme toute à l’esprit Desartsonnants. Cette lexicologie, qui se veut inscrite dans un corpus bien sonnant, corpus d’actions, de sons, d’images et de textes, vient participer à une part de la mise en place du rituel, comme, inversement, le rituel contribuera à assoir et à développer des termes adéquats, des images sono-paysagères ad hoc. Le rituel s’appuie sur des actions, comme sur des discours, qu’ils soient officiels, ou discourant autour d’une pensée plus personnelle,qui essaierait de maîtriser l’apparente et complexe simplicité du geste d’écoute, à la fois esthétique, social, environnemental…

* PAS – Parcours Audio Sensibles

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PRÉLUDES ET SUITES D’ÉCOUTES

PRÉLUDE, DÉAMBULATIONS, PARTAGES ET SUITE D’ÉCOUTES

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Il fut un temps, déjà reculé aujourd’hui, où Élie Tête*, hélas disparu, m’emmena écouter quelques sites de Bourgogne et du Haut-Jura**. Cette rencontre et ces expériences transformèrent radicalement ma vie, de par notamment la façon d’appréhender la chose sonore, le paysage, mes relations avec ce dernier, avec les gens qui prennent le temps de le parcourir, ou de le vivre, tout simplement.

Il fut un temps où je découvris l’incroyable vivier pédagogique, esthétique, social, patrimonial, écologique… et l’immense plaisir sensoriel et artistique que constitue le fait de se promener, immergé dans des espaces sonores choisis, ou découverts au hasard d’un chemin, d’une forêt.

Il fut un temps où je découvrais le paysage sonore, qui ne m’a et que je n’ai jamais quitté depuis.

Empreinte généreusement et merveilleusement indélébile

Et bien des années plus tard, malgré le fait que l’on m’ait parfois affirmé que l’on avait définitivement fait le tour des balades sonores, qu’il ne fallait plus rien en attendre, je continue d’expérimenter, à oreilles nues, avec des dispositifs légers, mobiles, autonomes, des parcours d’écoute partagés en chemins de traverse.

Je me sens de plus en plus l’oreille curieuse, autant qu’inassouvie.

Je persiste plus que jamais à échanger, à communiquer autours de mes nombreuses écoutes personnelles, mais surtout collectives.

Je m’obstine à inviter des artistes, musiciens, plasticiens, danseurs, diseurs ou manipulateurs de mots, d’images, de formes, des aménageurs, des marcheurs, pour que nous tentions ensemble d’écrire un bout de partition polyphonique, à plusieurs voix, à plusieurs regards, à plusieurs oreilles.

Je poursuis sans cesse cette expérience, qui consiste pour moi, à écrire et à composer de concert, dans, avec et autour de nouveaux territoires sonores.

J’ai appris au fil du temps, et apprends encore de jour en jour, de site en site, à repérer des parcours singuliers, des lieux et des espaces surprenants, inouïs, des postures décalées, ad hoc, des modes d’écriture/improvisation/action in situ…

Je me sens aujourd’hui plus à même d’expliquer aux promeneurs écoutants, complices, exemples vécus à l’appui, en quoi ces balades écoutes, ces Parcours Audio Sensibles*** ouvrent de belles et riches perspectives, et ce dans bien des domaines.

J’ai envie, en proposant à ceux qui acceptent de me suivre, des postures d’écoute hyper réceptives, en leur donnant l’opportunité de prêter l’oreille à l’environnement, ne serait-ce que le temps d’une promenade, de les pousser à devenir acteurs de leurs propres territoires, ne fusse qu’en prenant un petit temps pour l’entendre… Juste le temps de mieux s’entendre avec…

Je ressens, en marchant, des sortes de vibrations acoustiques intrinsèques aux lieux, mais également des vibrations humaines, stimulantes, énergiques et synergiques, qui dynamisent très fortement les partages d’écoutes, voire les partages tout court.

Les points d’ouïe se conjuguent avec les points de vue, ou avec des senteurs diffuses, pour composer ensemble des paysages sensoriels sans cesse renouvelés.

Souvent je me dis que le geste commun, la construction de communs qu’il convoque, la relation instaurée, valent bien plus que toute œuvre, matérielle ou non.

Parce que le Monde appartient aussi à ceux qui l’écoutent, mais surtout à toute âme sensible, disait Romain Roland****, il mérite une écoute attentive, respectueuse, pour échapper à un chaos grandissant où nul ne s’entendrait plus.

Au-delà des violences, des souffrances, des assourdissants vacarmes qu’elles engendrent, il faut se raccrocher à des aménités salvatrices, celles qui nous maintiendront debout, ouïsseurs universels, et toujours à l’écoute.

Ainsi, dans différentes villes, pays, avec des publics avertis, ou non, je promène avec un immense plaisir, que j’espère partagé, des groupes de baladeurs, écoutant de concert, et échangeant autour de l’inépuisable et Oh combien fragile « chant de la terre ».

* ACIRENE – http://www.acirene.com/

** Haut-Jura terre sonore – http://www.saint-claude-haut-jura.com/sites-sonores.html#.V1-0mo6bHp8

*** PAS – Parcours Audio Sensibles – https://fr.scribd.com/collections/4313163/DESARTSONNANTS

**** Jean-Christophe – Romain Roland – 1904/1912

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PAS – Parcours Audio Sensibles, des narrations paysagères

La balade sonore comme une expérience de narrations audio-paysagères multiples

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Calligraphie sonore – Desartsonnants/ Nathalie Bou – @photo Nathalie Bou

Chemin faisant, l’écoute se met en marche, au pas à pas. Les lieux et toute leur vie, intrinsèquement sonore, se donnent alors à entendre, à qui prête l’oreille. Le, ou plutôt les récits auriculaires se construisent alors, au fil des pas, des déambulations, des points d’ouïe, comme une combinaison quasi infinies de narrations à fleur d’oreille.

 

Des mots

 

Activités humaines, voix, gestes et choses entendues


Voix perçues, parfois empruntées, voire volées, un brin voyeuriste-écouteur, des bribes de conversations, ou de monologues… le rythme des pas déambulant, talons claquant et  gestes sonores, des reflets d’activités journalières captées comme des histoires du quotidien, du trivial ou du plus exceptionnel, le tout néanmoins transfiguré par l’attention auditive qui leur est portée…

 

Faune
 

Oiseaux pépiant, jacassant, hululant, caquetant, criards ou virtuoses, syrynx aguerris de la vocalise chantante… Gibiers détalant, chats hurlant dans les nuits printanières, concerts de grenouilles coassantes en bord d’étang, brames de cerfs intempestifs autant qu’amoureux, frémissements d’insectes vibrants… De villes en espaces naturels, des éc(h)osystèmes se déroulent à nos oreilles, parfois elles-même étonnées d’une telle présence auriculairement  animale.

 

Media 
- Sonorisations

Intrusions insidieuses, intempestives, voire muzakement polluantes, bribes de musiques échappées d’une fenêtre ouverte, sirènes et autres hululements urbains, Hip-hop affirmé sous les colonnes d’un opéra, déambulations festives, revendicatives, rythmées et soutenues par de puissants sound-systems, harangues et scansions haute-parlantes et mégaphoniques… Les média s’installent ponctuellement, avec plus ou moins de présence, d’impertinence, de violence dans l’espace public. Ceux-ci envahissent intrusivement parfois l’espace privé, ou bien inversement…
 Le récit, médiatiquement urbain, s’amplifie électro-acoustiquement, se diffuse, se répand par un enchevêtrement de paroles rhyzomatiques renforcées, de musiques, de canaux, de membranes, de dispositifs électroniques…

 

Ambiances

Un début et une fin – des transitions – une trame, tissages, de passages en ruptures, de fondus en coupures – Une écriture in situ, in progress, in auditu…
 Du départ à l’arrivée, le parcours est balisé, testé, validé, nonobstant les aléas, imprévus, accidents, et autres opportunités. Il propose une progression faite d’enchaînements et de ruptures, de fondus et de cassures, de points forts et de modestes trivialités… Il s’appuie sur des ambiances emblématiques, mais aussi sur des petits riens, un panel des choses à raccommoder in situ, des objets poétisés dans et via le décalage de l’écoute collective, une histoire auriculaire à partager en commun… Des ambiances quoi !

Objets et autres choses animées


Une perceuse qui met en résonance et fait vibrer, met en résonance, toute une façade de bâtiment, une fontaine qui chuinte, glougloute, s’écoule en une nappe de bruit blanc, une signalétique de feux tricolores pour aveugles qui « bip-bip » ou parle d’une voix synthétique, un engin de chantier qui gronde sourdement… Tous ces objets, machines, mécanismes, viennent animer, secouer, révéler, et participer à construire la trame d’un paysage sonore sans cesse renouvelé – Entre monstruosités acoustiques et musiques urbaines.

 

Acoustiques, Topologies, topophonies

Des espaces qui se racontent. 
Des ruptures, des transitions progressives, des effets acoustiques générés par les lieux-même, leurs topologies, les volumes, les formes, les matériaux de construction… Une histoire architecturale, environnementale, où les sons se jouent de l’espace, et vice et versa.
Topophonies, géophonies, hétérosonies, multiphonies, l’écoute des milieux sonores se met en place au cœur des lieux soniques, construits et déconstruits de l’oreille…
 Un, voire une multitude d’espaces sonores à découvrir, en quelque sorte !

Champs, hors-champs
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Des situations où la vue est directement liée à la chose entendue, où la relation cause à effet est évidente. Presque trop ! D’autres où la source sonore est cachée, camouflée, masquée, occultée, non vue, hors-champ… Polyphonie, polysonie contrapuntiques… Des situations où l’on n’est pas vraiment sûr d’identifier l’origine du son, où le jeu consisterait plutôt à naviguer entre certitude, incertitude et imaginaire, entre existant et construction purement mentale, onirique, paysagère, selon ses dispositions du moment…

 

Multisensorialité – synesthésies


Parce qu’un sens ne fonctionne jamais seul, parce que l’activation, la mise en avant de l’un en dynamise, en galvanise d’autres, parce que la vue guide, stimule parfois l’écoute, et vice et versa…

Des ambiances sonores colorées, des couleurs vibrantes comme des sons, des odeurs de viandes rôties mêlées, associées aux grésillements d’une rôtissoire embaumant le trottoir, les senteurs de foin et de fleurs d’une prairie au soleil couchant d’une chaude journée estivale, ponctuée du pointillisme d’une nuée d’insectes stridulants… Les parcours d’écoute sont multiples et infiniment variés. Ils nous racontent, avec force sonorités, formes, lumières et couleurs, odeurs, parfums et fines fragances, des ambiances où les sens se trouvent au cœur d’une immersion paysagère amène, ou dérangeante. Ils tissent une expérience sensible, poétique d’un espace sonore volontairement privilégié, voire exacerbé, pétri de sensations et de ressentis, de contemplations comme de fuites.

 

Écrits, mots

Mes mots, couchés sur le papier ou dits à haute voix, qui aiment parfois énoncer ce que le magnétophone peine à faire, ou est purement incapable de relater, face à une posture/scène/situation d’écoute, surprenante, inouïe ou anodine.

Révéler le sensible sous-jacent, le décalage provoqué et/ou ressenti, la perception parfois, souvent très loin d’être objective, ou encore simplement, partager l’émotion, le plaisir d’avoir construit un bout de chemin/paysage d’écoute à plusieurs…

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PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE NOCTURNE

PAS – Parcours Audio Sensible nocturne, Festival Les Temps d’Art est levé, Saint-Martin-en-Haut (69)

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Participation à un festival-rencontres autour d’une formation culturelle « Métiers des Arts et de la Culture », ou plutôt de sa dissolution, dans un centre de vacances rural, sur les monts du Lyonnais. Deux heures de promenade entre chiens et loups, et en nocturne, pour un groupe d’une vingtaine de personnes. Le cadre est champêtre, magnifique, avec un grand étang entouré de forêts. Je travaille avec Nathalie Bou, une plasticienne, scénographe, car les balades sonores proposées ici seront accompagnées d’une installation environnementale destinée à nous mettre l’oreille en condition. L’installation est libre d’accès, les deux balades nocturnes quand à elles sont accompagnées.

L’installation, scénographie d’écoute, est délimitée par une petite prairie en pente très douce, ceinte d’un côté par un ruisseau et une rangée d’arbres, et de l’autre par un bois assez abrupt. Ce petit espace en forme de clairière-amphithéâtre de verdure naturel, s’achevant sur l’extrémité d’un étang, se prête parfaitement à la mise en scène des jeux d’écoute.

Des nattes de différentes couleurs ont été posées à même le sol, tournées vers l’étang, pour inciter le promeneur à s’allonger et à écouter.

Des objets, trompes et longues-ouïes, stéthoscopes trafiqués sont posés ça et là pour ausculter les sons environnants tout à loisir.

Tout autour de la clairière, des mobiles de céramiques, d’onyx et d’écailles tintent délicatement, dans un pointillisme sonore délimitant de fugitives frontières auriculaires.

Des écrits, aphorismes autour de l’écoute sont disséminés sur la prairie, sur des plaques translucides et multicolores.

Tout autour du plan, d’eau, six cadres d’écoute, simples cadres de bois, invitent le promeneur à viser avec ses yeux et ses oreilles, un endroit précis.

Sur une table de pierre, sont posées de petites sculptures en grillage, des boules tintinnabulantes, des boîtes à musique, des stéthoscopes, et autres objets pour explorer le monde des micro-sons.

C’est de cette clairière que partiront, nuit tombante, deux promenades écoute, sur deux soirs consécutifs, avec des circuits identiques.

Ces promenades nous feront progressivement quitter le monde festif du festival, où voix et musiques tissent un bruit de fond assez dense, pour gagner progressivement les hauteurs d’un village. Lentement, l’ambiance sonore s’amenuise, jusqu’à ne laisser place à nos seuls bruits de pas, chuchotements et bruissements dans des fourrées de quelques nocturnes dérangés par notre approche. En même temps que les sons se font plus ténus, la lumière a elle aussi considérablement diminué, jusqu’à la presque obscurité de la forêt environnante. Cet atténuation progressive des ambiances lumineuses et sonores aiguisent notre perception de l’environnement. Chaque points lumineux ou micro-bruit prend une place importante, le silence s’est naturellement imposé dans le groupe, la nuit et ses sons mystérieux, parfois inquiétants emmènent notre écoute dans des territoires d’ordinaire assez peu fréquentés, à la fois bien réels et oniriques.

Après une montée sur un chemin entouré de bois assez touffus, qui nous enferment dans une sorte de vase clos végétal, nous débouchons subitement sur une immense prairie, ample balme de verdure aux courbes douces, que viennent terminer au loin d’assez hautes collines boisées. C’est un immense amphithéâtre verdoyant, qui donne tout à coup à nos oreilles un grand « bol d’air », une sensation de respiration profonde et paisible au sortir de la forêt. On sent physiquement l’espace plus aéré, l’air moins pesant, et une pression acoustique tangible et allégée. Au niveau sonore, nous avons droit à un incroyable concert de grillons et sauterelles stimulés par la chaleur que le sol a emmagasiné durant la journée, pour nous distiller une délicate sérénade nocturne. On s’allonge dans l’herbe et l’on écoute, un bonne de quinzaine de minutes, en silence, cet incroyable pointillisme qui anime l’espace de part en part. Instant de quiétude absolument magique, loin de tout !Quelques sons de bovins et de chiens venant d’une ferme assez lointaine émergent, les sons portant sur de grandes distances dans cette tolopogie réverbérante, alors que le vrombissement grave d’un avion se fait entendre en contre-point, sans aucunement déranger, paradoxalement, cette symphonie rustique. Nous somme quelque part très loin de la fête que nous avons laissé quelques centaines de mètres en contrebas, et que nous n’entendons plus du tout, protégés par cette cuvette enceinte naturelle qui amplifie les micros bruits, en nous isolant quasiment du reste du monde. Un sentiment d’être sur une planète, à part, dans un immense théâtre de verdure nocturne et bruissonnant, conçu rien que pour nous.

La redescente vers le village s’effectue avec l’effet crescendo inverse, de quitter progressivement un univers de calme pour revenir à le fête, ses voix et musiques. Mais pour autant, la transition n’est pas désagréable,nos oreilles étant maintenant un peu plus affinées, réceptives à ces transitions sonores, à ces musiques des lieux tellement signées qu’on les eut crues fabriquées pour la circonstance. Et pourtant… Notre écoute a bel et bien construit de toute pièce, une musique bucolique, harmonie des lieux, une douce symbiose au sein de notre communauté éphémère d’écoutants qui auront vécu l’espace d’un instant/balade, l’unique version de ce concert sonifié d’un soir d’été.

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Environnement, écologie et arts sonores. Faire entendre mes tissages, métissage.

Environnement, écologie et arts sonores. Faire entendre mes tissages, métissage

ECOUTE

Faire entendre, donner à entendre

Une question, a priori simple,voire un brin bêtasse me revient régulièrement l’esprit: mais que fais-je donc, avec mes postures, auto-proclamées, de promeneur écoutant, et parfois de paysagiste sonore ?
Une réponse, sans doute simpliste : je tente de faire entendre, ou de donner à entendre, avec une forme de générosité intrinsèque indiquée par le  don.
Mais donner à entendre quoi ?
Donner à entendre l’existant, le quotidien, ce qui est « à l’état (presque) naturel », l’environnement sonore en quelque sorte.
Donner à entendre les constructions, les fabrications, les compositions musicales et sonores qui contribuent à modeler l’espace, les scènes d’écoute. Y compris les agencements nés d’une simple écoute musicalisée. Et si l’espace manque de ce genre de musiques, ne pas hésiter à les composer, dans le respect des lieux de leurs tailles, dans la recherche d’un équilibre ne donnant pas prise à l’envahissement de la rumeur. De la musique des lieux aux arts sonores, si tant est que la première n’en soit pas fondamentalement un.
Donner à entendre ce qui semble paraître beau, ou non, avec toutes les pincettes et  et les précautions d’usage liées aux approches culturelles, au contexte, à l’humain, aux mille et une perceptions… Chercher les aménités paysagères au travers l’écoute. Une construction esthétique du sonore, ou une construction sonore de l’esthétique paysagère…
Donner entendre les stabilités, les fragilités, ce qui semble ou est menacé, parfois dégradé, dysfonctionnant… Donner à prendre conscience. Le son comme un révélateur de choses en voie de disparition, d’une forme d’antropocène plus avancé qu’on ne pourrait le penser. Vous avez dit écologie sonore ?
Les frontières, les limites de ces positions sont minces, fluctuantes, poreuses, voire parfois inexistantes, ou construites in auditu. Construites pour structurer une analyse, un discours, un récit, pour avoir un peu plus de prise sur l’intangibilité et l’évanescence des matières sonores. Construites pour rassurer l’écoutant , son auditoire, devant la complexité (grandissante ?) du monde sonore.
Une autre problématique se profile, concernant le faire, ou le donner à entendre, des paysages pluriels, recomposés, revisités, entre autre par les prismes de l’esthéthétisation, de l’artialisation sono-paysagère. On s’aperçoit alors que les écritures convoquées replacent néanmoins, pour moi en tous cas, la chose sonore dans un questionnement multiple, social, culturel, relationnel, mais aussi écologique. Nos y revenons donc.
Donner à entendre, faire entendre, faire ensemble, faire s’entendre, ou tenter de le faire….
Il faut battre les faires pendant qu’ils sont chauds, et sans doute avant qu’ils ne ne révèlent des choses bien  trop brûlantes, si temps est qu’il soit encore temps.

AMÉNITÉS FERROVIAIRES

OÙ L’ÉCOUTE VA BON TRAIN

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Ce soir, de nouveau assis sur un de mes bancs d’écoute favoris et récurrent, je me pose la question d’une collection de sons, collection virtuelle, à construire, juste dans ma tête. Par exemple ici, des trains. Trains de marchandises notamment. Une butte où il passent devant moi, s’étirent, disparaissent, imprévisibles, de droite à gauche, ou à l’inverse, un pont qui les amplifie, des rythmes ferraillés… Et chacun différent, musique urbaine et ferroviaire, tranche de quartier à l’oreille, sur banc d’écoute. Je les apprécie d’autant plus que je les écoute attentivement, comme de vrais micros concerts impromptus.

Là où l’on pourrait y voir excès, nuisances, désagréments, mon oreille cherche, en toute bonne foi, les aménités du paysage, celles, esthétiques, qui me permettent de bien m’entendre avec ma ville, et au-delà. 

Ce point d’ouïe est singulier, lié au lieu, à l’instant et au geste de l’auditeur, signant sa propre écoute.

Ce point d’ouïe est également universel, susceptible de relier à l’envi une communauté d’écoutants partageant un paysage sonore comme une composante d’espaces communs, voire d’espaces où fabriquer du commun.

Lyon 9e arrondissement, un dimanche  à 23H

DÉCALAGE VISUEL, DISTORTION PAYSAGÈRE ET CHAMBOULEMENT LA PERCEPTION SONORE ?

Extensions, décalages du domaine du visuel vers le paysage sonore

L’écoutant que je suis aime parfois, par une sorte de jeu un brin pervers, détourner la « fonction esthétique initiale d’une œuvre, d’un objet, d’une installation, pour substituer au regard l’écoute.

Il ne s’agit pas pour autant de contester, et encore moins de dénigrer les qualités d’une création, mais plutôt d’en étendre les perceptions, de se servir de leur implantation sur le site comme de potentiels points d’ouïe non forcément envisagées a priori, par acte de détournement respectueux.

Pour cela, certaines œuvres de land artists fonctionnent à merveille, rétrécissant, obturant ou cadrant des champs visuels, et créant ainsi de nouvelles postures acousmatiques (écouter sans voir), installant des fenêtres d’écoute, des hors-champs…

 

Centrer, recentrer et décentrer

Se poser, ou inviter à se poster au centre d’une scène singulière… La vue et l’oreille titillées.

 

Parallèles, à voir et à entendre

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Observatory de Robert Morris (1970-77)

 

 

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Le Cylindre Bernhard Leitner – Parc de la Villette à Paris

Dans les deux cas de figure, les artistes ont positionné le spectateur, le visiteur, l’auditeur, au centre d’un espace clos, ou avec peu d’ouvertures. Ils ont cerner le regard,l’écoute, les coupant plus ou moins du milieu ambiant initial, modifiant les champs perceptifs, filtrant le monde environnant…

Dans un cas, le regard est sollicité au départ, mais on peut envisager que l’écoute sera également impactée, qu’elle pourra connaître d’intéressantes et surprenantes modifications, pour peu que l’on y prenne garde. Dans un autre, c’est bien l’oreille qui est au départ concernée, l’auditeur étant placé sur un cercle d’écoute multi-pistes, qui vient se frotter à l’environnement sonore ambiant, mais l’atmosphère visuelle créant également des sensations d’ouvertures fermetures, teintées d’inimité et à la fois de porosité…

Les perspectives sont ainsi redessinées, proposant de nouveaux angles d’attaque qui viennent questionner le paysage via des architectures/installations éminemment contextuelles.

C’est de l’espace et de sa mise en scène que se déroule un imaginaire fertile, la part d’un rêve paysager qui s’annonce prometteur d’expériences réjouissantes.

Auditorium sylvestre

BAILLY

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Installation Land Art de Dominique Bailly « Spirale Sonora » – Trente – Italie

Une clairière d’écoute, un point d’ouïe collectif, un auditorium en prise directe avec les bruissonnements de la nature.

L’artiste ne ramène ici aucune sonorité exogène. Tout au plus,souligne t-il la richesse sonore intrinsèque, en proposant une sorte d’espace scénographié, invitant à l’écoute collective, une scène de recueillement quasi rituelle, voix des génies de la forêts comprises…

L’imaginaire peut laisser se développer une écoute à la fois « naturelle » et élargie vers des espaces acoustiques bien souvent, trop souvent ignorés.

Lieux non dédiés et expériences in situ

Il n’est parfois pas nécessaire d’installer une œuvre artistique qui se poserait comme un endroit stratégique exacerbant des perceptions environnementales. On peut également stimuler nos sens en se plaçant, à un moment et dans un lieu qui fera office de catalyseur, temps pour la vue que pour l’écoute. Par exemple sous un pont routier imposant, à tombée de nuit, expérience vécue et approuvée.

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PAS – Parcours Audio Sensible – Géophonème 2015 – Desartsonnants/CRANE Lab/ Collectif La Méandre – Moment d’écoute sous le pont Nord de Chalon-sur-Saône

 

Choisir des fenêtres d’écoute existantes, ou les ériger en temps que telles

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PAS – Parcours Audio Sensible – Desartsonnants/Transcultures/ École supérieure d’arts de Mons Arts2Exploration auditive d’un parking souterrain avec fenêtre d’écoute – Mons Février 2016

 

Une porte sur la ville, un cadrage improvisé, matérialisé par une fenêtre ouverte sur… L’œil et l’écoute guidés…

DÉTAIL D’UN PARCOURS AUDIO SENSIBLE

L’OREILLE AU PIED DU MUR,  TOUT EN DOUCEUR!

Parce, à un endroit d’une balade sensible,  nous nous trouvons face à de très belles parois, anfractuosités d’ombres et de lumières, veinées d’une riche  palette de gris et d’ocres… Parce quelles nous invitent à nous y arrêter, à les regarder de près, de très près, à les caresser, fraiches, douces, glissantes sous les doigts… Pare qu’on est invité à les respirer à plein nez, à sentir leurs odeurs de roches mouillées, d’humus, entre senteurs organiques et minéralités olfactives.

Et parce qu’enfin, elles ruissellent délicatement. Nuée de gouttelettes plic-plocantes, tintinabulantes, symphonie cristalline, délicate, en micro pointillés, l’oreille tout près des sources, tout près  du bonheur absolu !

 

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Crédit Photo  Jeanne Schmidt

Ballades dans le Vallon Le livret/guide

Journées des alternatives urbaines, Lausanne 2015

LA FABRICATION DE PAYSAGES SONORES

CONSTRUIRE COLLECTIVEMENT DU PAYSAGE SONORE INOUÏ

 

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Lorsque j’ai décidé, Desartsonnants à l’appui, de mettre en place le projet « Points d’ouïe et paysages sonores partagés », je pensais alors qu’il s’agissait de construire des outils de lecture pour appréhender le(s) paysage(s) sonores(s). Je m’aperçois aujourd’hui que les véritables objectifs étaient autres, sans que je ne m’en soit douté au départ, et qu’ils m ‘apparaissent maintenant, à l’aune des actions de terrain,  sous leur véritable jour. Il ne s’agit pas en effet, de prime abord, de donner des clefs de lecture explicitant les paysages sonores, mais plutôt de fabriquer ces derniers de toutes pièces. Leur fabrication se faisant notamment via le regard et l’écoute des publics embarqués dans l’aventure, qui ne se doutent pourtant pas qu’ils sont eux-même engagés comme des bâtisseurs de territoires sensibles auriculaires.
Il ne s’agit pas pour autant de tenir ces participants à l’écart des visées du projet, de ne pas les informer du rôle essentiel qu’ils y tiennent, mais, bien au contraire, de leurs faire prendre conscience de leurs capacités à construire collectivement des paysages sonores inouïs, quasiment ex nihilo.
Cette perspective, ou tout au moins ce nouvel éclairage du projet, ne fait que renforcer mon appétit à le faire évoluer, et à le partager avec d’autres écoutants potentiels, afin de fabriquer de nouveaux paysages sonores partagés.
C’est ainsi que je concilie l’action de défendre et de valoriser des environnements sonores fragiles, menacés, posture écologique, et la part de rêve  liée à l’approche esthétique d’une  écoute sensible élargie, posture artistique.

POINTS D’OUÏE, INTERSECTIONS

À LA CROISÉE DES CHEMINS D’ÉCOUTE

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Inviter des structures, des institutions et des publics, à explorer de nouveaux paysages sonores,  parcourir la ville comme la campagne en considérant ces milieux comme de véritables espaces auriculaires esthétiques, ne sont pas de simples gestes artistiques.
Aborder et raconter de nouveaux territoires d’écoute, c’est partager des lieux de vie par l’oreille, aménager de vraies et sincères relations humaines, entrevoir des approches écologiques, sociales, patrimoniales… C’est privilégier la diversité des approches, postures, façons de faire, d’entendre et de faire entendre collectivement.
Mes Points d’ouïe et paysages sonores partagés sont des leviers actionnant une forme de militantisme lié à l’aménagement du territoire, à la valorisation d’espaces aussi beaux que fragiles, à  la constitution d’un ensemble de traces – outils , mis à le disposition de l’habitant, de l’artiste, du chercheur, de l’enseignant, du politique, de l’aménageur…
Je tente de me tenir à la croisée des chemins d’écoute, là où les choses les plus incertaines, les plus fluctuantes, les plus passionnantes, peuvent voir le jour.

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ÉCOUTE EN MODE DOUX

TENDRE L’OREILLE VERS L’INTIME, L’INTIME VERS L’OREILLE TENDRE

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Écoute en mode doux, ou comment réveiller les oreilles sans les brutaliser? Le geste d’écoute n’est pas impulsé, en tous  cas pas de la meilleure façon, par une injonction. Je cherche plutôt une modeste incitation, qui convoque la curiosité à tendre l’oreille vers le détail, la beauté du quotidien sublimé. Ne pas imposer, proposer, suggérer, surprendre,  au coin de la rue…

Les murs ont des oreilles, murs-murs

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POINTS D’OUÏE ET NOTES D’INTENTIONS EN MARCHE

LES INTENTIONS EN MARCHE

Intentions d’un promeneur écoutant
L’intention est de visiter une œuvre d’art à l’échelle du paysage, de la ville, marquée par l’interaction de notre écoute, notre regard, nos pas.
L’intention est de proposer une action-performance marchée et écoutée, tout en douceur.
L’intention est de porter une oreille curieuse et impliquée, soucieuse de bien, ou de mieux s’entendre avec, de défendre un art de l’écoute partagée.
L’intention est de ralentir, de prendre le temps, d’adopter le rythme d’une marche apaisée, voire contemplative, le plus que possible éloignée de toute violence, qu’elle qu’elle soit.
L’intention est d’aller à la rencontre de lieux et des personnes, et surtout d’échanger de concert.
L’intention est de repenser le paysage visuel, sonore, multisensoriel, comme un ressourcement esthétique et spirituel généreux.
L’intention est de reconsidérer des espaces de biens communs fragiles, des cadres naturels ou architecturaux sans cesse renouvelés, bouleversés et remis en question, y compris par les sons.

BANC D’ÉCOUTE MULTIMODAL INTÉRIEUR

GARE AUX OREILLES !

Un soir, vers 20H, milieu janvier, Gare de Vaise à Lyon. Temps neigeux.

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Les frimas hivernaux venus, je teste un banc d’écoute intérieur, dans un espace qualifié de multimodal, une gare urbaine en fait.
À ma droite, quelques mètres en dessous, invisible, la fosse d’un métro.
À  ma gauche un couloir de bus, lesquels scandent l’espace aux rythmes de leurs arrêts/départs.
Un peu en dessus, à gauche également, sur un talus, la voix ferrée Lyon/saint-Etienne.
Devant et derrière moi, un long couloir, ponctué de bancs, qui distribue les piétons usagers vers les différents modes de transports.
C’est donc un véritable point stratégique d’écoute, qui se centre au cœur d’un nœud urbain où alternent sans cesse  différents flux motorisés, chacun laissant derrière lui une traine/trace sonore bien spécifique.
Le lieu est baigné, comme il se doit avec ce type d’espace public, d’une musique de fond type « variété française » en tuyau musak. Cette dernière  semble s’interrompre à chaque passage d’une rame de métro, pour ré-émerger de plus belle, inlassablement. Elle est jusque périodiquement masquée.
Des bips incisifs annoncent la fermeture des portes du métro (que je ne vois pas), avant le claquement précédant un départ souligné de sons chuintants, que l’on perd rapidement à l’oreille, happés par le sombre tunnel  métropolitain.
Rythmicités.
Des portes coulissantes fractionnent temporairement l’espace acoustique, interpénétrations dedans/dehors, à la fois de sons, et de courants d’air glacés.
Les lieux sont réverbérants, juste ce qu’il faut pour construire différents espaces et reliefs sonores, où les sensations de profondeurs et de plans permettent à l’écoutant de se positionner au centre d’une scène acoustique riche en volumes spatiaux.
Des cliquetis d’escaliers roulants conversent avec une ventilation persistante,  les clacs et tûts des composteurs de billets, et un ascenseur  tout proche. Mixage.
Des voix, des rires, des cris, multiples, qui s’approchent et s’éloignent sans cesse, brouillées au loin, capturées distinctement dans des bribes de vie intime toutes proches, animant le couloir de d’une volubilité babillarde. La froidure a conduit nombre d’adolescents à transporter leur territoire de jeux et de séduction à l’intérieur.
Tout semble en mouvement, dans une sorte d’orchestration mi-sauvage mi-organisée, et ma foi assez intéressante à entendre.
Il y a des couleurs, des timbres, des dynamiques, des mouvements dans l’espace, des superpositions, des fondues, de brusques coupures… L’oreille y trouve largement son compte, sans pour autant se sentir agressée, noyée, malmenée, ni au contraire esseulée.
Une annonce, par haut-parleurs, prévient parfois que « la prochaine rame ne prendra pas de voyageurs… », avec voix colorée d’un accent méditerranéen un brin exotique dans cette gare lyonnaise.
Le lieu mérite une écoute prolongée. Pour sûr, on ne s’y ennuie pas.
De nouveaux rires fusent, en écho aux stridulations d’une sirène de police dont le véhicule en chasse déboule sur le couloir de bus.
Finalement, tout semble à sa place, dans une cohérence à la fois agitée et tranquille, selon les épisodes, qui donnent au lieu un air de « déjà entendu » et la fois une sorte de rafraîchissement permanent des ambiances sonores. Lesquelles sources me paraissent séquencées par un compositeur qui manierait avec finesse et dextérité les sons urbains.
Gare aux oreilles !

RADICALISATION DOUCE DE L’ÉCOUTE

RADICALISATION DOUCE DE L’ÉCOUTE, paysages à perte d’ouïe

Choisir un lieu

Quel qu’il soit

Choisi comme point d’ouïe

S’y arrêter

S’y asseoir

Y écouter

Longuement

Très longuement

Très très longuement

Voire plus

Si affinité

Seul

Ou en groupe

A perte d’entendement…

Recommencer

Inlassablement

Ici-même ou ailleurs

Ce geste d’entendement

Jusqu’à saisir enfin

A force d’obstination

L’altérité sonore

Des lieux auriculés

N’en garder à l’esprit

Que leur trace éphémère

Collections sonifères

Des écoutes entêtées…

 

Point d’ouïe et glougloutis

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Point d’ouïe, point de fuite sur bancs d’écoute

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Point d’ouïe, dans le calme de la nuit épiée

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POINT D’OUÏE – UNE ESTHÉTIQUE DU PAYSAGE SONORE AU PAS À PAS

UNE ESTHÉTIQUE DU PAYSAGE SONORE CONSTRUITE AU PAS À PAS

Réflexion 1
Marcher…
Écouter…
Ressentir…
Comprendre…
Goûter…
Les pas guidés par les oreilles, les oreilles guidées par les pas, aller se frotter aux multiples sources sonores.
Aesthesis, le promeneur écoutant cherche t-il à trouver, ou à retrouver la perception, la sensation, du beau, quitte à le construire de toute pièce dans une sensibilité aiguisée à l’aune de l’écoute, voire du bon entendement.
La promenade qui s’articule autour des sonorités paysagères fait incontestablement naître des émotions.
Sons souvenirs, sons harmonieux, apaisants, évocateurs, musicaux ou musicalisés, de l’allégresse à la douce mélancolie, l’écoute en marche se teinte de ressentis, de sentiments amplifiés.
Pour autant, l’esthétique des ambiances sonores n’est pas toujours des plus sereines. Un marcheur urbain pourra se sentir agressé, stressé, angoissé, à l’écoute des flots parfois assourdissants et chaotiques du vacarme urbain.
L’esthétique du beau peut être également celle du chaos, de la laideur, de la surenchère.
Fait-il d’ailleurs rechercher à tout prix une esthétique dans le couple d’actions concomitantes marche-écoute ?
N’affaiblissons nous pas le beau, à vouloir le trouver partout ?
C’est une question qui peut tarauder un artiste marcheur, un promeneur écoutant, et sans doute bien d’autres, sans forcément trouver une réponse satisfaisante. Autant dans ce cas là, chercher à jouir de plaisirs auditifs, en construisant inlassablement une ou des esthétiques à portée d’oreille.
Platon concevait le beau non seulement comme une chose uniquement sensible, il était d’ailleurs assez hostile à la conception de l’art, mais aussi comme une idée. L’idée du beau, celle qui s’adresse à l’intelligence, à l’intelligible, et nous aide à la compréhension du monde. Le marcheur pourrait, dans les trace de Platon, comprendre un peu mieux le monde en l’écoutant plus attentivement, en s’immergeant dans les sons, en prenant toutefois garde de ne pas s’y noyer totalement, pour garder suffisamment d’entendement dans son expérience d’écouteur acteur.
Kant parlait d’esthétique transcendantale, une science de l’intuition et des concepts relatifs à l’espace et au temps, en tout cas du point de vue de la connaissance. L’esthétique peut approcher une sublimation de l’espace, y compris par le geste d’écoute. Un environnement sans réelles beautés apparentes peut, lorsque la sensibilité de l’écoutant s’y développe, amener vers une forme d’allégresse transcendantale, du plaisir.
Marcher, écouter, sortir de ses routines, emprunter des chemins de traverse, traverser une ville ou une forêt comme des espaces de transfigurations sensorielles, peut-être même comme un rite initiatique post médiéval, qui nous ferait trouver ne serait-ce qu’une infime parcelle de la beauté.
L’artiste marcheur doit sans cesse faire ses gammes pour maîtriser sa pratique, et sans doute entretenir la capacité d’improviser selon les aléas des déambulations.
Chemin faisant, la construction esthétique est, de façon quasi incontournable, tributaire des surprises rencontrées ici et là. Du fait même d’une sorte d’instabilité volatile des ambiances acoustiques, une balade sonore, ou un PAS -Parcours Audio Sensible, comme j’aime à nommer cette action, ne sera jamais écrite aussi précisément qu’un texte couché sur le papier, ou une construction architecturale.
Il faut savoir se ménager la part de l’imprévu, et l’inclure dans le processus de lecture/création.

Séquence 1


Une ville, Lyon, un quartier, Vaise, 9e arrondissement, une heure,minuit.
Marche lente, coupant de grands axes urbains, de petites rues, des zigzags en alternance. Ambiance fraîche, humide, encore poisseuse de la pluie qui vient tout juste de cesser. Vie ralentie, quasiment aucun promeneur, les voitures sont très rares. Lumières omniprésentes, la ville nocturne, ou peut-être ses résidents, semblent avoir très peur du noir. Mes pas bousculent des flaques d’eau dans de petites éclaboussures sonores. J’entends ma propre respiration, ce qui, en ville, n’est pas si fréquent. Un groupe d’adolescents, que je croise au détour d’une ruelle, secoue l’endormissement du quartier de ses rires décomplexés. Le silence, ou le presque silence, revient très vite ensuite. Impression d’un Robinson urbain, égaré dans une ville fantôme, ou tout au moins assoupie. Pas de stress, au contraire, juste un dépaysement somme toute assez serein. Sentiment de nuit ouatée, imbibée d’une humidité tenace qui amortit toute émergence saillante, mais aussi me semble t-il, toute violence. Esthétique noctambule, une sorte de rêve éveillé, entretenu par une marche un brin somnambulique. La traversée est intuitive, erratique, au gré de lumières, ou d’ombres portées. La construction du parcours se fait néanmoins sans heurts, sans hésitation, dans une recherche  esthétique  fluide, liée à la surprise du moment, ou à l’infime et bel accident de gouttes d’eau venant tambouriner un auvent de magasin. Le promeneur que je suis entre dans un état semi-contemplatif, tout en conservant une certaine maîtrise dans l’analyse du paysage traversé. Un entre-deux intello-sensoriel très agréable à vivre dans l’instant.

Réflexion 2
La quête du beau, dans l’exercice d’écoute déambulatoire, devient objet artistique, esthétique. Le geste de marcher dépasse le simple fait du déplacement physique, utilitaire. Couplé aux sens en éveil, en surexcitation parfois, conditionné par des concepts, postulats, réflexions, les PAS sont tout à la fois outils de production esthétique, et eux-même productions esthétiques à part entière. Sans esthétique, il semble que toute proposition, si affutée, travaillée et perfectionniste soit-elle, s’écroule, comme vidée de toute substance, celle qui maintient l’artiste ou le promeneur en état d’ébahissement, de sublime dépaysement.
Cette sensation du beau, de beautés, qui viennent transfigurer l’espace, se construit sur une expérience pluri-sensorielle, où la vue et l’ouïe, mêlées à une action kinesthésique, catalysent les sens du promeneur. Ce dernier devient réceptacle de sensations bienfaisantes, stimulantes, même si parfois déclenchées par des situations inconfortables, des tensions, voire des peurs ou des formes d’agressions psychiques.
La marche est érigée en une construction d’œuvre artistique immatérielle, mais produisant l’écriture de territoires sensibles bien réels, plus ou moins manipulés par l’artiste. Ce dernier, emmenant dans son sillage un groupe d’écoutants, lesquels assisteront à un spectacle de sons, mi-agencés, mi « sauvages », exposition interactive à ciel ouvert.
Une sorte de collection, catalogue de marches, pouvant d’ailleurs être prétexte à construire des traces tangibles, itinéraires, guides, carnets de notes multimédia… contribue à la construction d’une esthétique sonore paysagère singulière. Cette dernière dessine les contours de paysages sonores qui seront  incarnés au fil des marches/écoutes.
L’esthétique dépasse donc le simple ressenti, la sensation du beau, pour se concrétiser dans le geste et la trace du geste de l’artiste et des promeneurs écoutants, embarqués de concert dans des aventures soniques partagées.
Faut-il y voir une volonté d’artistes démiurges voulant à tout prix construire, imposer, un univers, même intangible et sensible, qu’ils tenteraient de dominer, de maîtriser ? Serait-ce aussi, de façon plus ou moins conscience une façon de se rassurer face à un monde qui s’emballe? Ou faut-il, plus modestement, entrevoir une tentative d’élargir notre sphère de perception vers une réenchantement nous permettant d’échapper un tant soit peu aux tragédies du monde, et aux nôtres propres ?
Toujours est-il que le geste et la plongée de l’artiste promeneur écoutant dans un univers sonore complexe, intriguant, parfois envoûtant, forge une tension esthétique sans laquelle les PAS resteraient de simples (dé)marches relativement insipides.

Séquence 2


Un petit lac  enchâssé dans un écrin de verdure, lui-même niché dans un immense parc péri-urbain. Le Grand Parc de Miribel Jonage, tout près de Lyon
Temps chaud, ensoleillé, agréable, estival.
Une marche calme, sur un petit chemin de terre ceinturant le lac.
Passages herbeux, arborés, espace champêtre, bucolique, bien que proche de la ville.
Des groupes pique-niquent ici et là, leurs voix sont réverbérées et portées au loin par la nappe d’eau immobile, miroir acoustique efficace.
Des chiens jouent, poussant de temps à autres de petits glapissements, joyeux aboiements dénués de toute colère.
Des oiseaux chantent à syrinx déployés, pointillismes secouant les branchages de piaillements impatients et d’apparences frivoles.
Nos pas froissent l’herbe, font crisser des feuilles sèches, ou du gravier, selon les textures changeantes du chemin.
Nous ne parlons pas, il nous suffit de profiter de ces douces caresses sonores, sans commentaires inutiles.
Un grondement background  lointain vient rappeler la présence de la ville voisine.
Ambiances plutôt apaisées, propres à une déambulation rêveuse, chauffée d’un soleil bienveillant.
L’eau miroitante, omniprésente au regard, discrète à l’écoute, reflète les paysages arborés, miroirs inversés d’un monde la tête en bas.
Les couleurs sont chatoyantes, changeant au gré des frémissements aquatiques, comme hypnotiques lorsque l’œil s’accroche longtemps à un point de la surface du lac.
L’oreille est attirée par des bruissements furtifs dans les herbes, d’animaux invisibles, détalant à notre approche.
Instant de calme suspendu à l’orée de la métropole grondante.
Instant de méditation nous rapprochant d’un Rousseau marcheur philosophant.
Instant où nos sens se déploient sans efforts, nous plaçant au centre d’une incroyable scène à 360°, qui nous ravit jusqu’à une forme d’extase tranquille.

POINTS D’OUÏE – CATALYSER L’ÉCOUTE

Points d’ouïe,                                                 Un catalyseur d’écoute

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Choisir un lien, un endroit précis, et le définir comme un point d’écoute en fait-il un site acoustique exceptionnel ?
Dans certains cas, certainement, dans la mesure où ce lieu présente des caractéristiques exceptionnelles, soit au niveau des sources, sachant que celles-ci sont souvent fragiles, éphémères, ou ponctuelles, soit, plus sûrement, au niveau des qualités ou effets acoustiques  du site, beaucoup plus stables dans le temps.
Néanmoins, en tout cas dans la démarche qui anime mon projet, la localisation, voire l’inauguration d’un point d’ouïe, ne sont pas totalement liées aux caractéristiques exceptionnelles d’un lieu, telles que pourraient l’être un point de vue par exemple, un belvédère, un panorama.
Le point d’ouïe se charge une valeur symbolique, un endroit où est suggérée une consigne, en l’occurrence celle d’écouter. Cette proposition, face à un paysage, a priori plus visuel que sonore, pour le commun des mortels, n’est pas pour autant une injonction. C’est plutôt un moyen de révéler à un écoutant potentiel, la propension d’un espace à changer de statut, passant, au gré des postures, d’un paysage à voir à un paysage à entendre, et sans doute les deux de façon concomitante.
Trouver un lieu qui serait idéal pour ce genre de lecture tient parfois de la gageure.
C’est pour cela que le point d’ouïe pourra s’ancrer dans un espace a priori non spectaculaire, auriculairement parlant. Il sera de toute façon toujours singulier et unique, dans l’instant d’écoute, car il est fort improbable que des ambiances se reproduisent à l’identique sur un point donné.
En fait, un espace que l’on prend le temps d’écouter, en se plaçant dans une attitude d’ouverture sensorielle, à des instants d’hyper réceptivité, moments où les sens seront émoustillés, sera toujours spectaculaire, si l’on veut bien le considérer comme  tel. Question de mise en condition, l’artiste construira le décalage  nécessaire pour entrer dans l’écoute d’un espace musicalisé, sans pour autant que des musiciens y officient, ni même que la  moindre bribe de musique, telle qu’on l’entend habituellement ne soit présente. Juste la musique des lieux.
Même les sources les plus ténues peuvent devenir magiques, poétiques, et enchanter, ou réenchanter notre écoute, en même temps que le lieu lui-même.
Il me revient en mémoire des espaces/temps d’écoute où une grue, quelques grillons et des gouttes d’eau composaient un paysage sonore qui captivaient un groupe d’écoutants de longs moments. Nous étions en présence de ces lieux envoûtants, en partie d’ailleurs composés, musicalement parlant, au fil de notre propre écoute, et d’où il était très difficile de s’extirper, de rompre la magie du moment.
Le point d’ouïe, plus qu’un espace sublime, doit souvent être sublimé par le geste d’écoute. Il appartient à l’écoutant de le rehausser, de le faire accéder au rang de site acoustique exceptionnel.
Le fait d’instaurer, ou d’installer des points d’ouïe, ici et là, même temporairement, renforce la proposition d’écoute, en agissant comme un véritable catalyseur. Qu’il s’agisse d’installer une signalétique, d’inaugurer officiellement, de mettre en scène un point d’ouïe, l’objectif reste de stimuler l’audition, même si le théâtre des opérations ne présente pas à première écoute de grandes richesses apparentes.Tout espace peut sans doute être éligible, même si, pour faciliter l’accès du plus grand nombre aux plaisirs de l’écoute paysagère, on choisira, tant que faire ce peut, des sites qui ne soient pas trop austères, ou saturés. L’habitude aidant, un écoutant aguerris à poster son oreille dans différents lieux des plus variés, sera en mesure d’affronter des espaces plus ingrats, soit dans la grande prolifération de sons, soit dans un minimalisme qui demandera de tendre l’oreille vers des miniatures sonores.
Sans avoir la prétention de gommer toute laideur acoustique, d’ignorer les dysfonctionnement de certains lieux, le fait de savoir re- poser une paire d’oreille avec une curiosité quasi naïve, nous procurera de beaux moments où le plaisir de l’écoute sera loin des salles de concert, à 360°, au cœur de la ville comme en rase campagne.
Le point d’ouïe comme catalyseur d’une belle écoute jouera donc son rôle, si toutefois on trouve les moyens de l’installer naturellement, en fonction de l’espace, on  en s’entendant bien avec le lieu

POINTS D’OUÏE, SÉQUENCE URBAINE

Séquence de ville rythmique

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Nuit tombée,

dans une rue assez calme,

bordée d’une voie ferrée,

en hauteur…

Passage d’un train,

assez court,

plaintes aiguës de freins,

sur deux tons,

à la quarte,

cliquettements,

martèlements saccadés,

rythmes caractéristiques,

éloignement rapide,

extinction,

un instant de calme,

trois jeunes femmes me croisent,

bottes à talons hauts,

beaux claquements,

ainsi d’autres rythmes,

sur l’asphalte cette fois-ci,

nouvel instant de calme,

quatre voitures passent,

assez lentement,

chuintements sur le sol mouillé,

encore un instant de calme,

puis,

une personne,

avec une valise à roulettes,

petit grondement,

saccadé par la marche,

un klaxon au loin,

comme une ponctuation…

Si je voulais composer, un paysage sonore,

à partir de rythmes urbains,

celui-ci serait parfait !

Rien à retoucher !

Juste,

le saisir sur le vif !

POINTS D’OUÏE – OPEN LAB À LYON BRON

PAS – Parcours Audio Sensibles

Open Lab – Mermoz Pinel, Lyon-Bron « Chants du quartier »

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Un nouveau parcours Audio Sensible en deux temps, quartier de Mermoz Pinel, dans le cadre du projet Lyon Bron , Mermoz Open Lab. Mermoz Pinel est un quartier en périphérie de Lyon et de Bron, où un habitat assez disparate, entre maisons individuelles, et grandes unités d’habitation, s’entremêlent. Comme point centrail, un grand centre commercial avec galerie marchande donnant sur le vaste parvis d’une station de métro, ainsi qu’un joli parc urbain très boisé;  le décor d’une banlieue somme toute assez caractéristique des franges périurbaines est dressé. Ajoutez à cela un maillage d’importants axes routiers, périphériques, venant découper assez brutalement certaines zones, et un programme de réhabilitation en cours, avec l’extension du super marché et la démolition -reconstruction d’unités d’habitations toutes proches. La quartier offre ainsi une grande diversité, des friches, des zones pavillonnaires, des commerces, des espaces en travaux, des axes très circulés, ou très calmes, jardins d’enfants… bref, tous les ingrédients pour construire un parcours d’écoute intéressant.

Première phase, un repérage, très pluvieux ce matin là. On arpente le quartier à la recherche d’ambiances, de sources sonores originales, ou non, de points d’écoute qui accrochent à la fois l’œil et l’oreille.

Si la pluie peut être un handicap pour une écoute confortable, elle peut aussi nous offrir de très belles séquences auditives. D’emblée, derrière le bâtiment d’où nous partons, un délaissé, arrière-cour, passage entre deux bâtiments commerciaux, propose un premier terrain d’écoute où les glougloutis des caniveaux dialoguent avec les clapotis de gouttes, le tout joliment réverbérés par les murs assez serrés. Bref, notre oreille transforme ce lieu assez anodin, en scène auriculaire mettant en valeur la pluie dans tous ses états. Une excellent façon de se mettre l’oreille en condition.

Un peu plus loin, nous nous engageons dans une ruelle non goudronnée, bordée de petites maisons particulières, et finissant en cul-de-sac. Cette ruelle, sorte de tiers-lieu mi sauvage mi aménagé, ilot de calme enserré entre une zone commerciale et d’importants travaux de démolition, nous amène sur un de ces petits lieux magiques, plate-forme surplombant des travaux et nous offrant un vaste panorama visuel et sonore que nous restons longtemps à écouter/regarder. Dans cette même ruelle, un très gros cône de chantier nous permet de tester un objet loupe acoustique improvisé, on en joue.

En contre-bas, un jardin d’enfants avec un toboggan métallique, lequel est encore prétexte et support pour écouter diverses micro percussions, celles de la pluie en l’occurrence, en collant l’oreille au montant du jeu. rafraîchissant pour l’oreille et assez magique !

Puis, nous nous trouvons face une immense machine dont le bras articulé grignote, rogne, défonce un bâtiment déjà bien éventré, dans d’impressionnants sons de chocs, de gravas qui s’écoulent, de crissements de grincements de heurts sourds et de claquements secs… Un vrai catalogue, inventaire sonore de chantier urbain qui nous retient captivés de longues minutes.

Sur le parvis d’une église contemporaine, 3 cloches en campaniles, à hauteur d’homme, à hauteur de regard également, nous cadrent un paysage assez silencieux, laissant imaginer les tintements qui l’agiteront lors de la sonnerie des dames d’airain.

Une sente dominant une voix expresse, et nous amène à l’entrée d’un grand parc boisé, où les sons de la ville s’estomperont à mesure que nous pénétrerons en son cœur, sans toutefois effacer totalement la rumeur urbaine environnante.

Nous enchainons par la descente dans l’entrée d’un métro, un couloir très large, réverbérant à souhait, où nous installons temporairement, via de petits haut-parleurs autonomes, des sonorités de villes en différents points de l’espace. Nous créons une polyphonie tout à la fois discrète et surprenante où l’ambiance du métro est gentiment perturbée par d’étranges sonorités exogènes.

Le trajet se poursuit par la traversée d’un super marché. Musique d’ambiance, chaleur et lumières, voix et pas faisant bruyamment claquer la plaque métallique de sortie d’un escalier roulant, le changement extérieur/intérieur est assez radical !

Et pour finir en beauté, le parking en toit terrasse du super marché, imosante dalle dominant le quartier, la friche, les travaux d’extension d‘un parking où une grue vient déposer, à quelques mètres au-dessous de nous, des trémis de béton dans de beaux bruits de matière visqueuse s’étalant dans les coffrages. Ici encore, une vue et une écoute surprenante, panoramique, où la spacialisation des sons permet de se rendre compte de la diversité sonore et des subtils mouvements des sources, dans un territoire en pleine mutation. Pour un repérage, ce fut une première riche expérience d’immersion dans les chants du quartiers.

Deuxième étape, la promenade, en nocturne, emmenant des promeneurs écoutants invités à écouter leur quartier.

Celle-ci a été écrite, travaillée par Vincent Rotsap et Josselin Anne, tous deux jeunes résidants du quartier, et passionnés de sons, trouvant là un beau terrain d’expérimentation. La balade alternera des séquences écoutées à oreilles nues, des commentaires des échanges, et d’autres écoutes au casque. En effet, le repérage ayant été effectué en semaine, les travaux en pleine activité, nous somme maintenant un week-end, le soir. Donc un changement assez sensible des ambiances. il n’y a plus de pluie, beaucoup moins de promeneurs, et plus non plus de travaux !

De ces absences, carences sonores, sont en fait nées de belles idées. En effet, Vincent, notre guide du jour, ou plutôt du soir, nous a proposé des ambiances auriculaires concoctées et composées dans et pour les lieux. Ainsi, des lieux assez calmes ce soir là retrouvaient une activité, des circulation automobiles, des voix d’enfants, des pas, des travaux, qui n’existaient que dans nos oreilles. Le paysage regardé était agité de « sons fantômes » créant de subtils décalages entre la vue et l’ouïe, avec une indéniable poésie générée par ces décalages sensoriels, ces détournements paysagers, ces trompe-l’oreille… Ainsi, plusieurs lieux revisités, alternant oreilles nues et écoutes au casque, révélaient le chant, ou plutôt les chants du quartiers, intitulé de cette exploration urbaine, jusqu’au final sur le toit du supermarché, acmée incontournable de cette belle sortie nocturne.

Mais ce quartier multiple nous a tous juste entrouvert les portes de son territoire sonore… Il reste tellement de chants à y découvrir, à y puiser, à expérimenter, à partager, à écrire, à mettre en scène…

Ecoutez l’exploration urbaine « Chants du quartier »

Portfolio

Repérage

Promenade

POINTS D’OUÏE ET JEUX DE L’OUÏE

JEUX DE L’OUÏE

@Anja - Vitry sur Seine - Gare au théâtre - Frictions urbaines - septembre 2015

OYEZ !

Jeux de l’ouïe, osselets compris…
Prenons l’espace public comme terrain de jeu, nos oreilles comme un dispositif sensible autant que performant, et l’écoute, avec ses innombrables variantes, comme une série de règles à réécrire sans cesse…
Nous y sommes, le monde sonne…
(écrit au moment même où le clocher sur la place voisine égrène une belle volée d’airain)

POINTS D’OUÏE – UNE GÉOGRAPHIE DE L’OREILLE ET DU PIED

POINTS D’OUÏE – UNE GÉOGRAPHIE DE L’OREILLE ET DU PIED

Le fait de déambuler de centres ville, en villes centres, de chemins de traverse en GR balisés, m’amène progressivement à me fabriquer une géographie personnelle, tracée à la force du mollet et à la curiosité de l’oreille.

J’ai dans la tête des sortes de cartes mixmédia où s’entremêlent couleurs, volumes, odeurs et sons.

Je conserve, rangés dans un coin de l’esprit, mais aussi en notes griffonnées, en sons réagencés, moult circuits parcourus en groupe ou solitaire.

Tout cela contribue à tramer un réseau reliant Lyon, Paris, Vienne, Tananarive, Toulouse, Victoriaville, Mons, Lausanne, Bruxelles, Florence… dans un parcours global organique, nourrit de points de vue et de points d’ouïe, incrustés dans une trame géographique qui n’en finit pas de s’expandre.

Je peux, à l’aune des chemins parcourus, de jour comme de nuit, construire une géographie du promeneur écoutant, ponctuée de points d’ouïe, haltes offertes à l’expérience, à la surprise, à la contemplation, à l’espace temps partagé…

Cette trace mémorielle, sonore, matérialisée car tissée de mots, jalonnée de cartes postales sonores, est une invitation à poursuivre encore et encore le chemin d’écoute, si sinueux et imprévisible soit-il.

Il faut, au détour d’un pâté de maisons, d’un bosquet, d’une rivière, trouver des postures, des modes de narration, qui seront en adéquation avec l’espace, le moment vécu, les ambiances, l’intimité, la synergie du groupe.

Il convient de ne pas reproduire des gestes telles des géographies types, comme un calque que l’on superposerait à différents lieux, quels qu’ils soient, trame rassurante sans doute, mais aussi carcan de reproductions anachroniques, sclérosantes et asphyxiantes.

Chaque marche, chaque rencontre, chaque projet, devient terrain de jeu où l’écriture, parfois sauvage, doit nous surprendre et nous ravir.

Sérendipité invitée, acceptée, recherchée.

Aujourd’hui encore, sur un chemin menant à une rivière discrète, le pont de bois la surmontant offrant des rythmes de basses fréquences au belles couleurs chatoyantes, avec un groupe d’étudiants en technique du son d’une université québécoise, nous jouons de concert à écouter. Nous nous essayons à faire sonner. Nous jouissons d’un retour à des gestes simples, gratter, tendre l’oreille, s’assoir, placer un minuscule son sur une pierre, un autre dans un arbre, faire chanter intimement le lieu, s’offrir un instant de plaisir qui restera gravé dans notre intime géographie sonique, à chacun la sienne.

Ce extrait de promenade s’imprime dans ma collection de vécus in situ, en même tant qu’il imprime une extension, une couche sensible et cartographique, tissant un paysage sonore quasi universel dans son geste d’écoute.

Chaque nouvelle expérience excite mon appétit à traquer les infimes, ou toniques singularités d’une ville, ses souffleries, ses grésillements, ses musiques envahissantes, ses accents, ses tintements de cloches…

Il me faut ensuite les conter, les transcrire, les rendre partageables, les inscrire dans un carnet informel qui les fixeront comme des traces dans lesquelles je pourrai venir  à l’envi, puiser des ressources, pour poursuivre et enrichir mon chemin d’écoute.

Ce sont ses déambulations sonantes qui me font réfléchir et agir, affiner une géographie en marche, au gré des lieux, des gens, des expériences à fleur de tympan, des parcours, ceux qui provoquent la rencontre, l’échange, la joie de faire à portée d’oreilles. Au fil des pas, se dessine une géographie intime, personelle, sensible, mais surtout vitale pour aller de l’avant.

POINTS D’OUÏE, AUTRES APPROCHES

POINTS D’OUÏE, AUTRES APPROCHES

Une point d’ouïe, comme un point de vue, n’engage a priori, que celui qui le propose, qui le définit, qui le défend, qui le partage…

Néanmoins, un point d’ouïe qui ne serait partagé que par un seul écoutant n’aurait pas grande valeur.

Un point d’ouïe se partage, dans ses approbations comme dans ses contradictions, dans ces acceptations comme dans ses réticences.

Un point de vue n’est pas donné, dans une spontanéité universelle, acquise d’emblée par tout une communauté d’écoutants. Il se conquiert, parfois de haute lutte, parfois avec une ferme ténacité, nécessaire pour travailler dans un long terme.

Un point d’ouïe est rarement uniforme, monobloc et d’emblée saisissable dans une intégrité évidente. Il superpose des couches sonores qui, selon les degrés de perceptions, les cultures, les postures, les disponibilités de l’instant d’écoute, les moments, les lumières, les accidents et aléas divers… constitue une matière sonore en perpétuelle recomposition. C’est une sorte de magma acoustique vivant, à la fois identifiable et sans cesse mouvant – magma qui parfois laisse percevoir une entité semblant  stable, solide, offerte aux oreilles sans trop d’effort, et à d’autres moments qui parait se matérialiser et de dématérialiser  sans cesse, comme une série d’ombres fuyantes, vibrantes, floues et éthérées.

Un point d’ouïe est un lieu de rencontre où regard, écoute et paroles se rejoignent, pour partager des paysages à construire et à vivre en commun, ne serait-qu’un instant d’écoute.

POINTS D’OUÏE – POSITIVER ENTRE MES DEUX OREILLES

AVEC L’OREILLE JE POSITIVE

@anja – Frictions urbaines – Balade sonore nocturne – Vitry/Seine – Gare au théâtre – septembre 2015

En parallèle à l’utopie, il y a le fait de positiver. Positiver n’est pas l’apanage d’une grande enseigne commerciale à la croisée des routes…

La positivation n’est pas non plus pure naïveté, elle ne nous bouche pas les yeux et les oreilles sur les dysfonctionnements, les crises, les tragédies, elle les reconnait, les prend en compte.

Le fait de positiver n’est pas un optimisme forcené, c’est aussi relativiser, sans se fourvoyer dans de grands rêves coupant de toute réalité.

C’est encore éviter de sombrer dans une noirceur terrifiante, paralysante, une fin du monde dans un grand marasme ambiant comme unique pensée, une reniement de toute valeur, de toute beauté, au profit d’une sinistrose suicidaire.

Positiver c’est par exemple croire que le paysage sonore n’est pas qu’un informe chaos, qu’il existe de superbes poches d’écoute au cœur même des plus gigantesques métropoles, que l’écoute peut, ici ou là, nous réserver mille surprises tonifiantes, que la parole, tout comme le vent, ou la musique des lieux, portent une beauté universelle, une part de rêve partagé aux quatre coins du monde, si l’on prend garde de se laisser une fenêtre grande ouverte sur le sensible, et l’autre…

@ Raymond Delepierre – Sentier des Lauzes – Juillet 2015