La marche, comme processus de recherche – action autour du paysage sonore

 

Le soundwalking pour travailler à corps le paysage sonore

30138520232_1cdcdf7942_z

© photo Florian Clerc – Balade urbaine avec Patrick Mathon et Isabelle clermont (Lyon 2016)

La, ma recherche – action ?

Je vous propose ici un début de réflexion autour d’un travail que je mène à long terme, et depuis déjà de nombreuses années, sur des territoires très différents.

Il s’agit pour moi d’analyser comment la marche, et plus particulièrement le soundwalking (marche d’écoute ou PAS – Parcours Audio Sensible d’après la terminologie Desartsonnants), peut constituer un processus de recherche-action au service de mon objet d’étude, à savoir le paysage sonore.

Le terme de recherche-action restant ouvert à de nombreuses interprétations, il me faut définir ici ce que j’entends par là, ou tout au moins quelques notions, quelques entrées constituantes, qui me semblent importantes dans mon propre projet.

Tout d’abord, il me faut préciser que les enjeux s’appuient à la fois sur une approche théorique, méthodologique et une expérimentation de terrain, à la fois concomitante et indissociable.

Ces approches ont d’ailleurs tendance à faire sortir la recherche d’une sphère institutionnelle, comme par exemple celle des universités, sans pour autant, bien au contraire, couper les ponts avec ces dernières qui s’avèrent de précieux alliés et partenaires.

Notons également que la ville, l’urbanité, le social, le socioculturel, le politique ont une place importante dans le processus, devant notamment l’urbanisation, le phénomène de métropolisation, voire de mégapolisation galopante, qui fait que de plus en plus d’humains sont des homo-urbanus. Pour autant, là encore, la prospective audio-paysagère n’est pas circonscrite à la seule cité, mais aussi dans ses franges, ainsi que dans le milieu rural et naturel.

Cette recherche-action pourrait d’ailleurs être complétée, pour être plus pertinente, ou plus adaptée, d’expressions telles recherche-expérimentation, atelier de recherche in situ, recherche-intervention, recherche impliquée… Bref, on aurait recours ici à un élargissement sémantique qui affirmera l’importance des croisements, des synergies entre l’objet d’étude, le terrain, les pratiques sociales, les promeneurs invités, associés, les « spécialistes », politiques…

Cette position me permet de ne pas restreindre la notion de paysage sonore au seul champ de l’esthétique, de l’artistique, de l’écologie, du social, du politique, voire de l’économique, mais de tenter de l’appréhender selon différentes entrées, en fonction du projet mis en place.

Je serais dans cette démarche assez proche de la vision écosophique de Deleuze et Guattari, en même temps que des approches hétérotopiques de Michel Foucault.

Je prendrai enfin, comme exemple de travail, trois phases régulièrement pratiquées dans une démarche de soundwalking : le repérage préliminaire, l’expérience du groupe, et la, ou les traces d’actions.

Le repérage

Se repérer, prendre ses repères, ses points de repères, des ancrages, se situer dans l’espace, dans le temps (celui d’une marche), construire un parcours, ne pas (trop) partir à l’aventure, tout en se gardant ne marge de manœuvre, d’improvisation, préparer le terrain pour un groupe de marcheurs écoutants… Autant de visées qui font du repérage un moment pour moi très important, si ce n’est un moment clé pour amorcer une nouvelle déambulation paysagère, et surtout préparer tout ce qui en découlera en réflexions,, ressources, rendus, traces….

Il y a quelques années, j’effectuais en principe ces repérages en solitaire, prenant un plaisir certain de découvrir par moi-même, à l’oreille, de nouvelles parcelles de terres sonores, gardant pour moi secrets des itinéraires auriculaires possibles, ne les révélant que le jour J, celui où l’on partirait marcher et écouter le territoire concerné en groupe.

Aujourd’hui, si je continue de repérer parfois seul, j’invite régulièrement des autochtones à m’accompagner dans ces marches préliminaires, voire à me guider, posture de l’arroseur arrosé, dans leur quartier, village, forêt… D’une part, les résidents connaissent beaucoup mieux que moi, c’est une évidence, le terrain, même s’ils ne l’ont souvent jamais vraiment écouté, d’autre part, cette entrée en matière privilégie d’emblée des relations avec des personnes souvent très engagées dans des associations locales, avec des personnalités, des élus du cru. Autant de partenaires potentiels en même temps qu’une pratique relationnelle dynamisante.

L’expérience de groupe, paysages sonores partagés

Après le repérage, s’ensuit le fait de franchir le  PAS – Parcours Audio Sensible, ce qui emmènera, guidé d’oreille ferme, un groupe de promeneurs écoutants réuni pour la circonstance.

Ce parcours ne sera bien évidemment pas la redite du repérage, ce dernier étant plus une réserve de possibles que pourront, plus ou moins, avec une marge de liberté liée à l’improbabilité, exploiter les balades.

Car bien sûr, entre l’humeur du guide et les aléas du terrain, météo, scènes sonores impromptues, réaction du groupe, il peut se passer mille et une choses venant influer le cours de la marche et donc  des écoutes.

D’autres pédagogies, d’autres discours, mises en situation, modus operandi, dispositifs y seront déployés

Dans certaines conditions, et certains lieux, il m’est arrivé d’emmener une douzaine de groupes, sur une semaine, suivant un parcours (presque) similaire, à quelques variantes prêt. Chaque promenade a été toutefois très différente des autres, et jamais je n’ai ressenti une certaine forme d’usure de l’écoute et du corps marchant, de lassitude ou de morne répétition. Bien au contraire, le fait de creuser le terrain, de le sillonner obstinément, comme une modeste et utopique tentative d’épuisement pérequienne,  a ajouté un réel intérêt à l’expérimentation.

Car bien évidemment, même si le terrain a été repéré, préparé, pensé et  repensé, la marche collective procède bien de l’expérimentation. L’expérience du relationnel toujours renouvelé au fil des groupes, du ou des parcours, des postures sérendipiennes, qui constituent une forme de laboratoire déambulant, d’ateliers en marche comme une suite  de modèles de territoires, bâtis autour d’écoutes collectives.

Ici, la synergie du groupe est prédominante. Savoir trouver les mots et les postures pour embarquer une vingtaine de personnes dans une aventure à la fois silencieuse (entre écoutants) et peuplée de mille sons, est à chaque fois une nouvelle gageure. Le côté performatif de l’expédition, longues marches, silences, postures communes, lieux insolites, expériences corporelles, ambiances nocturnes, regards curieux des autres – spectateurs extérieurs non promeneurs et non avertis -, entraîne le groupe dans une forme de rituel où il faut « rentrer dedans ». Il doit s’installer entre nous une osmose tangible, comme lorsqu’une salle entière peut vibrer de concert devant un grand air d’opéra – toujours et plus que jamais l’importance du relationnel et du contextuel. D’où la notion de paysages sonores partagés

Des traces en rendus, des récits

Abordons maintenant la dernière étape de cette recherche-action, celle qui vient après une production physique, collective, in situ, dans le prolongement d’une une écriture corporelle et mentale d’un parcours à même le terrain. Elle concerne cette fois-ci la production d’outils de réflexion, de synthèse, d’analyse, ou de créations sensibles, qui pourraient être envisagés comme une série de traces, de narrations, de récits. Ces traces, ces rendus, contribuent, au-delà de l’action physique, à faire vivre le projet (urbi et orbi), notamment via sa dissémination, ses effets de contamination, d’infiltration, que permettent aujourd’hui les réseaux sociaux (et autres réseaux). Quels que soient les formes et média employés, ce sont des objets qui vont perdurer, plus ou moins, participant à faire connaître la démarche, à la partager, y compris dans des aspects purement pédagogiques. On peut espérer également favoriser de nouveaux échanges et peut-être impulser de nouvelles dynamiques

Enregistrements sonores bruts (field recordings)  ou montés et remixés, d’ambiances comme de paroles, textes, photographies, vidéos, graphismes, objets, installations, notes techniques, analyses méthodologiques, dispositifs multimédia spécifiques, beaucoup de possibilités nous sont offertes.

Une recherche-action digne de ce nom, avec ses actions sociales intrinsèques, ne peut rester confidentielle. Elle doit au contraire essaimer, servir d’exemple, d’inspiration, fournir des ressources accessibles à tout un chacun, qui pourront à leurs tour se développer,  fructifier dans d’autres territoires, et alimenter à leur tour la réflexion, l’expérimentation.

Lire les récits d’autres ateliers, d’autres laboratoires issus des quatres coins du monde, s’emparer de nouveaux outils pour les contextualiser, les reforger à notre main, à notre oreille, selon notre projet, avant que de les redistribuer, est une chose très enrichissante, très excitante même.

On peut ainsi entreprendre au niveau de nombreux territoires sonores, des corpus de sons, d’images, de textes, où se tisseront des protocoles adaptables, modulables, des espaces d’échanges, de discussions, et sans doute des rencontres tant à distance que de visu (et d’auditu), lors de symposiums.

 

Les trois phases proposées ici ne sont qu’une trame, une esquisse parmi tant d’autres. Bien d’autres modèles existent ou restent à combiner, à construire, si possible par et pour une communauté d’écoutants. Cette dernière devra toujours être soucieuse de partager et de défendre de multiples paysages sonores où l’humain trouvera naturellement sa place, dans un respect mutuel, au sein de territoires d’écoute qui demeurent à ce jour , en grande partie inouïs.

 

Enregistrer

Enregistrer

Images de PAS – Parcours Audio Sensible à Paris

Balade sonore sur les hauteurs parisiennes

 

600_img_7952-jpg-pagespeed-ce-mqmzlozdn3

 

600_img_7936-jpg-pagespeed-ce-r_cazf8bkm

 

600_img_7918-jpg-pagespeed-ce-ctk3d3daht

Tendre l’oreille à Paris, sur les hauts de Belleville – Clément Lebrun et Gilles Malatray au Parc des Buttes Chaumont © France Musique / © photo Flora Sternadel• « Le cri du patchwork » – https://www.francemusique.fr/…/environnement-1-ecouter-l-en…

Point d’ouïe bien sonnant

Temps fort

216016461_5740cfd206_o

Après deux jours d’intenses rencontres internationales autour du paysage sonore, je rentre chez moi, en empruntant le chemin d’un parc boisé et escarpé d’un parc urbain.
Les allées sont tapies de feuilles multicolores.
Nous sommes un samedi soir doux et humide, vers 18 heures, il fait nuit.
Le carillon d’une église invisible, au bas de la colline, égraine une magnifique et enjouée volée d’airain. Échos, réverbérations, le bronze carillonnant à tout va magnifie l’espace urbain.
Que demander de plus ?
Une superbe et bien sonnante conclusion.

Points d’ouïe, des paysages sonores sociaux et politiques

Le paysage sonore est (aussi) un paysage social et politique !

gilles-malatray_parcours-audiosensible-gare_city-sonic_art-sonore_transcultures-2016-1170x777

@City Sonic 2016 – PAS -Parcours Audio Sensible à Mons

S’il est vrai qu’au travers de mes PAS – Parcours Audio Sensibles, mes Points d’ouïe, je recherche souvent à partager des esthétiques apaisantes, des aménités paysagères, le plaisir d’écouter collectivement le monde environnant, je ne voudrais pas pour autant réduire mon travail à une écologie (acoustique) fleur bleue, qui ignorerait, éviterait, fuirait, ou pire, tendrait à cacher les tensions ambiantes de nos sociétés.
Car le paysage sonore est un véritable marqueur social, avec toutes les frictions que ces territoires peuvent contenir et engendrer, un paysage audiblement politique, où se font entendre les grincements, les violences urbaines, ou rurales, les solitudes également, celles d’espaces délaissés, en friche, quasi abandonnés.
Bien sûr un promeneur écoutant n’est pas forcément armé pour analyser socialement, politiquement l’énorme masse d’informations qui lui tombe sous l’oreille, tel un sociologue pourrait par exemple le faire. Néanmoins, à force d’écoute, la vie s’impose belle et bien l’oreille, avec ses joies et ses misères, parfois oh combien cruelles et tragiques !
Un écoutant aguerri ne peut pas faire abstraction, ne peut pas tout filtrer, se boucher les oreilles devant quelques désordres, sans doute un euphémisme, sociaux et politiques qui marquent régulièrement les paysages sonores traversés.
Se promener dans la rue, arpenter la cité, ne peut laisser l’oreille indifférente aux fractures sociales, à l’emprise du politique, même hors discours.
Si l’oreille perçoit nettement le dynamisme de certains quartiers où existe encore une saine mixité inter-culturelle, un véritable brassage social, qui peuvent rendre des espaces plus « vivants » que d’autres à l’écoute, les tensions sociales, les ségrégations, la gentrification, la ghettoïsation, d’y perçoivent aussi nettement par l’auditeur. arpenteur
Violences langagières, cris, exhortations, bagarres de rues, insultes, harcèlement, discriminations, harangues, scènes de ménage, conflits de voisinage, d’automobilistes à cran, et j’arrêterai là cette liste assez sombre, tissent aussi le quotidien de l’espace public, comme de l’espace privé qui transpire parfois ses rancœurs et violences dans la rue, bafouant  ainsi tout intimité.
J’ai d’ailleurs personnellement assisté, à différentes reprises, promeneur écoutant en repérage, et témoin auriculaire involontaire, à des scènes de ruptures, ou de profondes fractures sentimentales extrêmement violentes, en tous cas dans la douleur exprimée par les mots et les intonations vocales, exacerbées, de celles qui nous glacent, nous atteignent profondément,  nous émeuvent dans ces drames, pourtant à l’origine  intimes.
Des conflits dune « tragédie humaines» révélée à l’écoutant, des cris, pleurs, supplications, qui parfois se mettent en scène via les smartphones où les acteurs hurlent leurs haines et leur vindicte aux oreilles de tous, entre colère surjouée et débordement catharsis, et qui d’ailleurs rajoutent des couches de tensions dans l’espace public. Ces violences quotidiennes s’ajoutent, ou se superposent aux concerts de klaxons exacerbés, et même aux insipides, lénifiantes et insupportables musaks d’ambiances, qui envahissent parfois nos rues, comme des empilements de sons contraignants.
De même, les revendications sociales, mouvements sociaux, grèves, entre harangues et slogans parfois drôle, parfois violents, des cornes, un vacarme social plus ou moins orchestré, portés par des flux, des masses organisées en défilés contestataires, et parfois marches silencieuses en mémoire de, construisent des espaces de contestations éminemment sonores.
D’autre part, l’espace sonore est marqué depuis longtemps par la volonté de montrer une puissance sociale et politique aux yeux et aux oreilles de tous.
Le nombre et la puissance des cloches, à l’époque ou châteaux et églises marchaient de concert, non seulement comme des rythmes marqueurs temporels, journaux d’information dans l’espace public (naissances, baptêmes, mariages, décès…) mais aussi révélateur de la richesse et du poids politique des villes, duchés, comtés…
De même les fanfares d’apparat dans les grandes cours, et celle, plus guerrières, de  troupes avec tambours fifres et clairons en avant-garde des batailles rangées, dont l’importance du nombre et la puissance sonore soulignait la potentielle force militaire qui avançait en chargeant au contact de l’ennemi.
Je ne m’étendrai pas ici sur les sons de guerres et d’actes terroristes, dont parlait déjà Luigi Russolo dans son manifeste « L’art des bruits » et parfois mis en poésie, de Victor Hugo à Guillaume Appolinaire.
Sans compter les discours politiques, commémoratifs, en campagne, parfois déversés par voix de puissants haut-parleurs dans l’espace public, le verbe haut comme force de propagande.
Le paysage sonore, l’espace sonore, le territoire sonore, sont donc bien construits sur des terrains sociaux et politiques parfois radicaux et très violents, et donc inévitables « écoutables » comme des marqueurs nous montrant les soubresauts d’un monde jamais vraiment apaisé.
Si j’ai souvent l’habitude de vous montrer, et de vous inciter à entendre les beautés intrinsèques des paysages sonores, je ne romps pas ici avec mes positions plutôt esthétiques, cherchant un apaisement social, mais je mets simplement au clair ma position d’écouteur public qui n’occulte pas la force obscure  du sonore, en tout cas les révélations parfois violentes et inattendues que l’écoute amène à nos oreilles ouvertes sur le monde, pour le meilleur  et pour le pire.

Points d’ouïe et PAS – Parcours Audio Sensible, exercice d’écoute/écriture en plateforme multimodale

Exercices d’écoute en marche, gare aux oreilles !

gdvaise-02-14-01

Les frimas sont là, avec une belle humidité stagnant sur la ville.
Pour autant, pas question pour moi de renoncer à mes points d’ouïe et autres PAS – Parcours Audio Sensibles. Ce sont devenus des exercices journaliers, comme faire mes gammes, garder l’oreille vive, entrainée, tester chaque jour de nouveaux espaces, de nouvelles postures…
Les frimas et la pluie rendant parfois l’exercice assez inconfortable, je choisis d’élire temporairement domicile dans un vaste lieu, à deux pas de chez moi, à savoir une gare ou, pour être plus précis, une plateforme multimodale – où se croisent trains, bus, métro, voitures, vélos, piétons. C’est une sorte de grande zone d’aiguillage, sur quatre niveaux, redistribuant les piétons usagers vers différents transports et sorties sur le quartier. Un lieu couvert, qui me permet à la fois de déambuler et de me poster sur des bancs d’écoute, d’explorer, de tester.
Exploration niveau -2 , quai des métros
Exploration niveau  -1, desserte parkings
Exploration niveau 0, hall d’accès, escaliers et ascenseurs de distribution
Exploration niveau  I, couloirs et quai des bus
Exploration niveau 2, quai SNCF
En bref, d’immenses zones à parcourir, ouïr, décrire, écrire. J’ai déjà exploré moult fois ce lieu, seul ou accompagné, et ce soir, je décide d’investir le niveau 1, donnant accès aux bus. C’est un très grand U, couloirs carrelés, baies vitrées, portes coulissantes, fosse donnant sur le métro en contrebas, nombreux bancs métalliques, sans compter les usagers…
Il est 19 heures, nous sommes un vendredi 11 novembre, donc jour férié, ce qui, au niveau de la circulation, réduit le flux habituel à ces heures-là, mais en conserve néanmoins une riche activité, diffuse sur tout le plateau scène d’écoute.
Certaines heures sont plus propices, très tôt le matin, ou tard le soir, de même que certains jours, les dimanches soir notamment, ou jours fériés.
Cette plateforme me donne un terrain de chasse remarquable, avec de longues coursives, des perspectives visuelles et sonores en enfilades, trouées de portes coulissantes qui ponctuent l’espace de chuintements pneumatiques, et des sons pénétrant de l’extérieur.
Les nombreux bancs, dos à dos, me permettent des visées sur de nombreux cadrages, plus ou moins ouverts, abrités, ou non, ilots-affuts dans ce grand bateau de veille sensible.
Des voix et des voies, rires, chuchotements, nombreuses langues d’Afrique ou de l’Est, enfants, ados, adultes, l’homme est au centre de la scène. Il passe par flux, sa présence parfois s’amenuise, puis réapparait de plus belle. Mouvements dans l’espace, les voix comme objets posées ou traits sonores traversant. Les pas, talons hauts, chaussures crissantes, ou silencieuses, un autre marqueur sono-spatial sur les vastes carrelages.
Des voix juste derrière moi, sur un bans accolé dos à dos, à quelques centimètres – une intimité où je suis le confident malgré lui, épémère, d’une personne toute proche à cette instant. Je ne me sens pas forcément audio-voyeur, mais plutôt  un peu plus vivant, dans le sens vivant dans une harmonie fragile et éphémère avec l’autre, avec mes proches de l’instant.
Annonces, un train, un métro qui ne prend pas de voyageur, une personne attendue à l’accueil, les consignes vigipirates « tout bagage abandonné… »
Des signaux sonores, bips des portes d’entrée, des portes des métro en contrebas, parfois tels des chants cristallins proches des crapauds des pierres en été.
Des acoustiques changeantes au détour d’un couloir, plus ou moins réverbérantes, ou sèches.
Grondements, sifflements, chuintements, freins dans des aigus acérés. Les métros en bas, les trains en haut, sur un butte tallutée, comme une hiérarchie verticale, ou deux mondes, celui de l’underground, et celui de la lumière s’étagent à l’oreille.
D’ailleurs, concernant les lumières, elles sont comme les sons, diverses, crues, feutrées, points lumineux, clignotantes, réfléchies en tâches, en halos diffus, irrisantes sur les chaussées mouillées qui se reflètent dans les vitres de la gare…
Je m’absorbe dans ces flux sensoriels, tentant parfois de les démêler, et parfois me laissant subjuguer, en errance dans leurs mouvances, leurs variations, marchant consciemment dans des traces situationnistes, psycho-géographiques.
Tantôt assis, tantôt déambulant, je teste différentes postures, au niveau du corps, de l’état d’esprit, de l’écriture in situ, crayon et papier en main.
Les gares sont des voyages immobiles, ou empreintes d’un mobilité bien circonscrite physiquement, alors qu’elles ouvrent d’immenses champs symboliques, imaginaires, des voyages infinis, ouverture pour moi sur une magnifique hétérotopie, des lieux divers, d’autres lieux, des lieux autres, qu’a si bien formulé Michel Foucault.

Il va d’ailleurs falloir un jour, que je me penche sur ce que sont, ou ne sont pas, les hétérotopies d’un paysage sonore.

http://foucault.info/doc/documents/heterotopia/foucault-heterotopia-en-html.

PAS – Parcours Audio Sensibles en résonances

Passages couverts en résonances

115564985_a889844be7_b

Ce n’est certes pas la première fois que, en tant qui promeneur écoutant,  j’aborde le sujet.
Néanmoins, j’assume mes propres itérations, mes propres répétitions, qui sont pour moi un moyen d’affirmer mes coups de cœur, mes coups d’oreilles, de les ancrer dans un vécu, une expérience de marcheur.
Au-delà, qui sait, c’est sans doute un moyen de trouver en les partageant des échos chez d’autres marcheurs, ou écoutants, ou les deux.
Comme je le constate souvent, la vue est indissociable de l’oreille et vice et versa, en tous cas dans mes propres parcours.
L’oreille peut guider la vue, l’emmener vers…
La vue peut guider l’oreille, la faire tendre vers…
Ces deux sens se complètent, s’auto-enrichissent, stimulent des états perceptifs qui viennent exacerber nos sensations, plaisirs, ou déplaisirs.
Or il se trouve que : J’aime les passages couverts.
J’aime les couloirs.
J’aime les galeries.
J’aime les tunnels.
Y compris parfois dans les sentiments d’étrangeté, des sensations de froideur, d’humidité, d’obscurité, voire d’insécurité.
J’aime les espaces confinés, aux perspectives resserrées, fuyantes, aux longues réverbérations.
Il me semble qu’il y a dans ces lieux de belles adéquations entre ce que je vois et ce que j’écoute.
Les sonorités  y sont parfois étouffées, parfois amplifiées, réverbérées, portées par des murs minéraux qui les colorent de timbres presque métalliques. Les voix s’ajustent aux lieux, soit intimes, soit au contraire expansives, portées à jouer avec les lieux – tels les enfants criant quasi systématiquement dans les tunnels justement.
A chaque nouveaux PAS – Parcours Audio Sensible, je n’ai de cesse que de rechercher au moins un passage de ce type, allée couverte, pont ou autre boyau acoustique, même de taille modeste.
Ces parcours, ponctués de résonances, ou d’endroits plus mats, plus secs, acoustiquement parlant,  nous procurent des sensations d’ouvertures/fermetures acoustiques, d’élargissements/rétrécissements, où l’espace devient tangible à l’écoute. On y sent les pressions acoustiques se déployer ou se resserrer physiquement, corporellement, comme une enveloppe immersive. On y percoit une certaine compacité élastique de l’air, ce qui d’ailleurs nous fait mesurer l’incroyable acuité de notre système d’écoute, et de notre corps résonant et résonateur.

Écoutez/regardez, imaginez les ambiances…

4334815801_f8052a4c0d_b

Easting=311210,63 m - Northing=5511610,34 m

5692391806_65b906ed89_b

6084579033_29647acec8_b

6485968111_5ac6d975bf_b

11138175273_6f35277fcf_k

15368523352_6e74fa7f1a_k

15829166746_d1ec16bcc4_k

 

 

Ambiances sonores du tunnel de l’ile du souvenir – Parc de la tête d’Or à Lyon – Balade – expérimentations sensibles par Nathalie Bou et Desartsonnants

ET AVEC TA VILLE, COMMENT TU T’ENTENDS ?

Partages d’écoute(s) en parcours sonores urbains et périurbains

desartsonnants-semaine-2013-auch-promenade-ec-l-gb7r_a

Des projets visant :

Des quartiers concernés par les actions de la Politique de la ville, notamment les QPV – Quartiers Prioritaires  et les QVA – Quartiers de Veille Active
Pour : entendre la ville, mieux s’entendre avec la ville (et ses habitants, passagers, usagers…), créer du lien par l’écoute collective, désamorcer les notions de bruit permanent, marcher d’un lieu à l’autre en ouvrant les oreilles pour rattacher son quartier, son ilot, à d’autres espaces urbains, voisins ou plus éloignés (le son n’a pas vraiment de frontières physiques)

Des quartiers en rénovation urbaine
Pour, garder des traces, mémoires de grands travaux, comment sonne la ville, la cité, avant, pendant, après les chantiers de rénovation ? Comment s’effectuent (ou non) les transitions architecturales, urbanistiques, sociales, culturelles, avec l’oreille comme témoin et organe de transmission.

Postures et collaborations
Ces propositions peuvent convoquer, selon les approches envisagées, des postures où l’esthétique, l’artistique, l’écologie et le développement durable (l’écosophie), le social… Elles peuvent également, voire souhaitent fortement pour cela associer différentes compétences, s’intégrer dans des équipes…

Propositions de terrain
Des PAS -Parcours Audio Sensibles, écouter, commenter, mieux comprendre sa ville en marchant, écrire et construire des récits de territoire au pas à pas
des enregistrements in situ, ambiances, radio trottoirs, rencontres…
montages radiophoniques, documentaires et/ou fictions
montages audionumériques de paysages sonores, cartes postales sonores, fictions et territoires imaginaires
diffusions, rencontres et écoutes publiques, les sons de mon quartier
installation sonore et visuelles en espace publics, appartements – travail entre photographies et sonographies (documentaires, fictions, cartes postale sonores, formes mixtes)
cartographie de l’écoute
récits d’écoutants via des textes collectés, enregistrés, des graphismes…
Cartographies sensibles, mentales de la vile sonore
Sculptures sonores et installations éphémères, points d’ouïe et écoute scénographiés…

Ces propositions ne restent bien évidemment, en l’état, que des propositions, un champ de possibles. Elles seront définies, choisies, construites en fonction des projets, du terrain, des acteurs locaux (institutions, structures socio-éducatives, conseils de quartiers, associassions, habitants…)

Quelques expériences menées
– Mâcon, quartiers des Blanchettes  (71)« Le bruit de ta ville ? » avec les services sociaux et de santé
– Chalon/Saône quartier Fontaine aux Loup (71), « sons de ton quartier  » Académie, école maternelle
– Chalon/Saône quartier des Charreaux (71), avec le centre social et la ville de chalon
– Besançon centre et périphérie (25) avec des écoles primaires et un sociologue de la ville
– Saint-Étienne (42), quartier Bellevue, avec le conseil de quartier, le service santé et urbanisme
– Bron, Les essarts/Mermoz (69) « Histoire(s) pour les oreilles » avec le service culturel de la ville, une école primaire, dans le cadre du festival RVBN
– Lyon 9, Conseil de quartier Vaise Industrie Rochecardon « Mémoire orale des ouvrières de Vaise » – enregistrements de mémoires orales, CD et livret
– Tananarive, Madagascar – Quartier d’Ankatso, « Sons de Tana », avec « Art’Mada », le Ministère de la culture, l’Université de la francophonie, des artistes locaux…
– Victoriaville – Québec, colloques  rencontres et balades sonores autour de « l’écosophie », approche de l’écologie sonore transatlantique, avec CRANE Lab (France), l’Université de 3 Rivières et GRAVE (Québec)
– Lausanne – Suisse – Quartier du Vallon, Journées des alternatives urbaines autour de la restructuration du quartier, balades sonores et sensibles, avec l’association Écovallon, la ville de Lausanne…

15023385172_2037b27f9c_o

Points d’ouïe et Paysages sonores partagés
https://desartsonnantsbis.com/
https://fr.linkedin.com/in/gillesmalatray

Contacts
desartsonnants@gmail.com
07 80 06 14 65

Enregistrer

APPEL À SONS !

Gilles Malatray Desartsonnants

J’aimerais, entre autre moult choses, travailler, ici ou là, autours des voix, des personnes qui parlent de leurs paysages sonores quotidiens, ou non. Le principe : se poser quelques instants dans un lieu, et parler de ce qu’on y entend, tout en s’enregistrant. On s’y sent bien, ou non, on a l’humeur à décrire, à rêver, à imaginer, à expliquer, à critiquer, à s’émerveiller, à autre chose…
Si cela vous tente… Pas de format, pas de style imposé, rien que du participatif brut de pomme, à l’instinct, comme vous le sentez, comme vous l’entendez…
Vous vous enregistrez, et tout ça dans la boite de desartsonnants@gmail.com
Merci par avance !

Marcher – Écouter – Résister

Pour un apaisement du Monde au PAS à PAS

30218821216_0b7f2d55ca_z_d

@photo – Florian Clerc

Sans doute vais-je répéter ce qui a déjà mille fois été dit, me répéter moi-même, mais, selon le vieil adage, cela va mieux en le disant, si ce n’est en le re-disant.
La marche, associée à l’écoute, instaure une série de rituels, de spiritualités, de rayonnements, à vivre en groupe comme individuellement, parfois.
Adopter ces états d’esprit comme un apaisement, une Slow Life assumée, une quiète zénitude, nous fait un peu plus profondément jouir des espaces urbains, naturels, humains, intérieurs…
Le rythme de la marche fait, ou devrait faire fi de l’agitation, bien au contraire, il doit résister, à contre-courant du stress et du zapping ambiant.
L’expérience de la durée, une forme de performance de l’écoute en marche, met le corps à l’épreuve du physique, des aléas météorologiques, des accidents topographiques, jusqu’à une fatigue lancinante, qui peut devenir exaltante, catalysante, cristallisante, magnifiante…
Jusque vers une marche hypnotique.
La majesté ou l’intimité des lieux, de monuments en clairières, nous convient à communier avec les lieux, pour peu qu’on leur tende une oreille généreuse, qu’on y prête une attention suffisante et dénuée de trop d’a priori, de préconçus verrouillant d’emblée nos accointances encore ignorées.
Les pauses jalonnant la marche sont souvent inopinées, guidées par l’ouverture, la disponibilité à profiter de l’instant sérendipien,  de ce qui s’y passe, ou non, de l’autre, des absences et des présences, des entre-deux fluctuants.
La ville n’est plus forcément une arène sonore, aux prises à la seule grande bataille des sons.
Pas plus que la campagne, ou la nature, ne seraient que des modèles idylliques, jardins sonores idéaux.
La marche silencieuse recherche et entretient une forme de méditation partagée, soudant, même momentanément, un groupe dans une bienveillance commune.
Et c’est fou ce que l’on entend (mieux) lorsque l’on fait silence, et qui plus est lorsque l’on écoute.
Le frémissement du vent, le glougloutements de l’eau, entre autres, nous font prendre conscience des échelles soniques, et des limites jusqu’où l’on peut vivre et communiquer sereinement. Au-delà…
Écologie toujours, jusqu’aux bouts des sons, et des oreilles.
Les postures d’écoute, mais aussi celles du regard, du toucher (assis, en rond, dos à dos, yeux fermés, oreilles collées à, allongés…) sont prétextes à ressentir  et à générer des vibrations communes, de préférences inouïes.
Le corps est une antenne, un réceptacle sensible, pouvant être profondément touché, pour le meilleur et pour le pire, par les innombrables sonorités dans lesquelles il se meut, et qui le traversent, y rebondissent, s’y lovent…
C’est en même temps un émetteur capable de rayonner vers l’extérieur, vers d’autres corps écoutants, et eux même rayonnants, corps foyer, corps irradié, corps irradiant. Plus le corps est plongé dans une sorte d’éther acoustique, organique, plus il peut être investi à tisser, autant que faire se peut, de bonnes et belles ententes.
Good vibrations.
Les géographies sont également cartographiées sur des territoires traversés de fureurs et de bruits, de murmures et de chuchotements. Le promeneur écoutant que je suis, inscrit des lignes et des courbes, des vides, des pleins et des déliés, d’interminables sentiers et de fourbes impasses, au rythme de ses pas, et de ceux d’autres marcheurs.
Jamais hélas, le Soundwalking, le PAS – Parcours Audio Sensible, n’éradiqueront la violence, mais sans doute contribueront-il, même très modestement, à en adoucir la pression, voire à en désamorcer une certaine partie.

29623027514_b9c413a6f9_z_d

PAS – Parcours Audio Sensibles, résidence artistique, collectages/écritures/offrandes…

img_1091

@photo – Florian Clerc

Au cours d’une résidence artistique avec Isabelle Clermont, artiste interdisciplinaire québecoise, Gilles Malatray (Desartsonnants) et Abi/Abo, après un mois de pérégrinations écritures dedans/dehors, les balades, axe privilégié de ce travail, ont entre autres fourni une riche matière, entre écrits, images, sons, et réflexions sur la ville, l’autre, la marche, la rencontre, le partage, l’absence et la présence…
A ce propos, sans compter les repérages, 17 marches, certaines assez longues, ont été effectuées, en petits groupes ou avec du public. Ce sont donc Cinq PAS à Lyon (avec Patrick Mathon), dix à Nantes ( pour le Festival [sonor]), deux à Besançon (avec Radio campus Besançon et le FRAC de Franche Comté), qui ont entrainé dans leurs sillages plus de 150 personnes, publics écoutants, étudiants, amis, curieux…

img_0999

@photo – Florian Clerc

Mais aussi, ces promenades ont été le champ de nombreux collectages, des glanages multiples, au fil des PAS, Nous avons ainsi glané, en même temps d’ailleurs que semé :
Des paysages,
des ambiances,
des instants,
des rencontres,
des sourires,
des images,
des paroles,
des relations parfois complexes,
des photos,
des sons,
des mots et des phrases,
des arômes (sauge, romarin)
d’autres traces diverses, fugaces, parfois intangibles…
Ces collectages ont favorisé la construction de territoires, notamment sonores, entre réel et imaginaire, des fictions ou frictions urbaines, tissées sur trois villes, au bord du Rhône et de la Saône, de la Loire, et du Doubs. Se sont inscrites en filigranes des narrations in situ, lors de balades qui étaient à la fois le théâtre des collectages et des lectures-écritures d’espaces scénographiés, sonographiés  et partagés.
Des formes de cadres d’écoute se sont installées, improvisations performatives, gestes d’écoute, connivences à deux guides promeneurs écoutants, jouant à partager des espaces sonores, entre mots et couleurs, objets et postures…
En toute fin de séjour, lors d’une soirée sortie de résidence, toutes ces bribes de couleurs de formes et de sons, ces images, ces mémoires tricotées (de fils de laine) ont participé à alimenter une nouvelle histoire, transposée à l’intérieur celle-là.

Et cette nouvelle histoire, comme aime à le dire Isabelle, est une offrande, une offrande collective qui plus est.

20161027-performance-isabelle-clermont-015

@photo – Patrick Mathon

Mais tout cela n’est qu’un début, car déjà, d’autres projets sont en marche !

Enregistrer

Enregistrer

Concevoir, construire le paysage sonore comme une œuvre plastique, en marchant

(en marchant)

18016955521_dd61128a5f_c
En écouter ses contours (même mouvants)
En écouter ses limites (même mouvantes)
En écouter ses plans (sonores)
1e plan, 2e plan, arrière-plans
lointains (diverses rumeurs et bruits de fond)…
Lui donner une existence géographique, topologique, par la marche
pas à pas
soundwalking
balade sonore
Itinéraire d’écoute
parcours d’écoute
sentier d’écoute
traces et traçages
cartographies du promeneur écoutant
rendre le paysage sonore tangible
objet sonores
objets d’écoute
installations sonores délimitant des cadres auditifs
installations sonores interactives
jouer sur les couleurs sonores du paysage
ambiances
filtrages
irisations
gommage
camaïeux
jouer sur des couches ou amas sonores
accumulations
stratifications
magmas
jouer sur des principes compositionnels
géographies trans-soniques (en marchant)
mixages (en marchant)
passages (en marchant)
transitions (en marchant)
atténuations (en marchant)
augmentations (en marchant)
fondus, fade in/fade ou (en marchant)
coupures (en marchant)
paysages sonores hétérotopiques, paysages sonores sensibles
Construire des architectures d’écoute dédiées à la choses sonore
Construire des architectures sonores ou sonnantes
des sculptures éoliennes
des sculptures aquatiques
des sculptures cinétiques
favoriser ou provoquer des synesthésies couleurs/formes/sons…
représenter graphiquement des sons, partitions graphiques de la ville
des textures sonores
des matières sonores
des densités sonores
des granulosités sonores
des mouvements sonores
des dynamiques sonores
considérer la ville, ou ailleurs, comme une installation sonore à ciel ouvert
considérer la ville, ou ailleurs, comme une installation sonore à 360°
considérer la ville, ou ailleurs, comme une ample orchestration des bruits urbains
considérer la ville, ou ailleurs, comme une fenêtre radio ouverte sur le monde
favoriser des esthétiques relationnelles entre écoutants et paysages
et vice et versa
toujours en marchant.

aaeaaqaaaaaaaaduaaaajgq2mtawndfmlte1ntgtndzkzs05zjjiltkyztjmowrmmmmzzq

Enregistrer

PAS – Parcours Audio Sensibles à Besançon

La ville lyre , une musique des lieux

14690966_10209658810379023_5718624522286237369_n

Nous sommes accueillis, avec Isabelle Clermont, dans le cadre du festival « Hors les murs » organisé par Radio Campus Besançon et  le FRAC Franche Comté.
Le chœur de la vielle  cité bisontine est un superbe site enchâssé dans les méandres du Doubs, qui dessinent une lyre autour de cette ville musique.
Besançon se prête à l’écoute.
Se donne à entendre.
Invite à prêter l’oreille.
Se fait belle toute en sons.
Superpose généreusement points de vue et points d’ouïe.
Ses rues resserrée, ses falaises alentours, les miroirs d’eau bordés de vertes promenades, sont autant de micro dépaysements, comme une invitation au PAS.
Départ du FRAC, pour un enfoncement progressif dans une ruelle ne cessant de se rétrécir, jusqu’à ne laisser passer que deux personnes de front.     Une belle intimité qui laisse percevoir un débouché, une échappée en perspective fuyante, fenêtre cadrée sur une rue perpendiculaire. Le calme s’installe rapidement après la déferlante des quais.
Un square  gallo-romain, oasis de verdure ornée d’antiques fontaines, murs, porches  en ruines majestueuses mais sans trop, petit musée à ciel ouvert où notre oreille joue à se faufiler contre des pierres chargées d’histoire. Des auscultations, des micro installations, un groupe d’écoutants joueurs, une écriture collective mi-proposée, mi-improvisée, un micro théâtre auriculaire des plus agréable.
Plus haut, la cathédrale, perchée, regardant, et peut-être protégeant la ville en contrebas, avec ses cloches qui arrosent d’un heaume protecteur la cité séculaire.
A l’intérieur, l’apaisement d’un repli empli de quiétude, d’une spiritualité tangible, de rituels imprégnants, qui semblent baigner chaque recoin. Les sons furtifs ricochent de travées en travées, s’adjoignant au passage une vie prolongée de mille échos additionnés. La déambulation s’attarde naturellement dans ce havre acoustique, occasion de discrètes explorations, pour ne pas troubler le lieu,  d’immersions en aveugle.
Un sas suffit à nous réouvrir sur la ville, l’espace acoustique se trouvant subitement élargi, les plans s’étageant de nouveau en strates donnant de plus vastes échelles des profondeurs urbaines.
Quelques pas pour franchir un escalier en arrière de la cathédrale,suffisent pour que tout change , subrepticement, quasi subitement. Une nouvelle ambiance s’installe, un instant superposée à l’ancienne, comme un jeu de calques marquant les stratifications auditives du quartier.
Un carrefour où des voitures et des piétons cohabitent, au pied de la citadelle dominant Besançon,  alternance de séquences qui dessinent des mouvements sonores devant, derrière, dessus, dessous, à droite, à gauche. Sans compter les mouvements incessants. Beaucoup de situations acousmatiques où l source sonore est d’emblée cachée par les murs ambiants, avant que de s’offrir de visu, au détour d’un virage, et au débotté.
Une enfilade de rues étroites, à flanc de colline, presque silencieuses, néanmoins scandées de voix ou de moteurs, tout cela restant baigné d’un doux équilibre.
Redescende, progressive, vers le centre ville, direction vers la place Gravelle, épicentre de la ville.
Les sons bien évidemment de re-densifient, crescendo vers une nouvelle ambiance qui reste néanmoins très écoutable.
Un mixte très intéressant, nous traversons la place centrale (Granvelle)  habitée ce jour d’un marché européen, et d’une fête foraine. Et là, un mixage s’opère, ou plutôt est opéré, en marchant,  entre voix, musiques des manèges forains, accidents et autres imprévus audibles; un kiosque à musique nous permet de nous poser dans une sorte de système inversé : nous sommes des écoutants dans un lieu qui est initialement prévu pour jouer une musique. Ce qui veut dire que l’’oreille peut aussi s’adapter à, participe bien sûr, en actrice principale, à des formes d’écriture in situ, en marche.
Puis encore des choses à venir, des postures à tester, des rencontres privilégier, des suites à donner… A suivre !

PAS – Parcours Audio Sensibles à Nantes

30037525950_988c326b23_o

Contexte

En compagnie d’Isabelle Clermont, et invités par le festival de création radiophonique « Sonor #9, nous arpenterons 10 fois l’Ile de Nantes en trois jours, emmenant avec nous différents publics au gré de nos sono-pérégrinations.
Raconter 10 balades sonores pouvant se révéler difficile, voire un rien redondant, c’est donc par mot-clés que je relaterai, comme à l’accoutumée d’une façon très subjective, très personnelle, nos duos d’écoute nantais.

Duo
Partager à deux des parcours sonores est une belle expérience, réalisée avec l’artiste interdisciplinaire et performeuse  québécoise Isabelle Clermont. Nous repérons à deux paires d’oreilles et d’yeux. Nous mettons en commun nos synergies. Nous prenons la maîtrise du PAS alternativement, l’un guidant, proposant, improvisant, l’autre répondant, dialoguant, complétant, étirant le champ des possibles, puis relançant à son tour une autre scène. Le scénario s’écrit  naturellement à deux, tout comme le parcours. Regards, clins d’œil, clins d’oreille, le duo fonctionne à la connivence, à l’envie du moment, à la chose ou au lieu interpelant l’un ou l’autre, parfois en contre-point, parfois en alternance, parfois en accumulation, ou en effacement. Le rythme, les directions, les haltes, les propositions sont ainsi toujours renouvelés, d’un parcours à l’autre, dans une forme d’improvisation binomique.

Itinéraires et errements
Là où nous avons repéré préalablement des choses singulières, emblématiques, triviales, intéressantes, surprenantes, déroutantes…
Là où nos pas nous mènent, au hasard d’une marée nous barrant le passage, d’une pluie violente et soudaine, d’un obstacle ou de l’invitation d’un passage discret, ou de celle d’un son sirène, du détour assumé ou imprévisible, de l’envie du moment, du groupe…

Rythmiques et temporalité
Balisage d’un début et d’une fin reliés de séquences, spots plus ou moins longs – Vitesse modulable, changements d’allures, marcher vite vers, avant que quelque chose ne s’estompe, ne disparaissent, ou mixer l’ici d’où l’on part et le là-bas vers lequel on se dirige. Des cassures, ruptures se posent comme des effets de surprises, tout en restant dans une attention et des modes de perceptions plutôt zen, sereins, qui tentent d’échapper à la violence du monde et à son chaos ambiant.

Pédagogie
La première journée est consacrée à l’accueil de lycéens et collégiens. Il faut rebondir vite, entre le ludique et le questionnement, le geste, la posture, parfois désarçonnante pour de jeunes ados qui craignent souvent le regard de l’autre, celui du groupe comme celui des passants – Nous sommes dans l’espace public, donc bien visibles, surtout dans des actions un brin singulières, ne serait-ce que de ne « d’écouter sans rien faire », du moins en apparence. Une fois le groupe embarqué, un lâcher prise installé, la surprise des sons rarement écoutés agit, questionne, même si parfois elle déstabilise.

Corps sonores, rituels et postures d’écoute
La notion de postures, ou de rituel est essentielle.
Parler pour mettre en condition, en réception, pour préparer l’immersion.
La lenteur, une marche apaisée, prenant le temps de faire ensemble, de l’imprégnation, du bain sensoriel, pluri-sensoriel, du ressenti, du contact…
Les postures communes, communions sonores, regarder vers, tourner le dos à, coller l’oreille à, longer, traverser, s’assoir, se mettre dos à dos, être reliés par un fil de laine, ou par la seule écoute, convoquer moult attitudes, gestes, en fonction de ce qui se passe, du groupe…
Le rituel de la marche recommencée, d’un début, d’une progression, d’une fin, d’une forme de pensée sacrale, d’une fête sensorielle, d’un œcuménisme audio-paysager, d’une célébration d’un moment unique, d’un état unique, dans un lieu qui plus jamais ne sera le même, de l’événement à partir duquel rien (surtout l’écoute) ne sera plus comme avant.

Objets sonores, objets d’écoute
Des prolongements, des extensions… Des effets loupes, grossissements/amplifications sonores, auscultations stéthoscopiques à fleur de membranes, des cônes dirigeant, orientant, axant ou désaxant, menant en avant ou obscurcissant, filtrant, colorant, percutant, grattant… Objets d’écoutes, objets d’écoutants, objets écoutants, récupérations, DYI, bricolages pour mettre les oreilles en colimaçon.
Ici c’est un sifflement rajouté
une caresse ou un raclement métallique,
une série de petits haut-parleurs entourant le groupe, emmenés au creux de la main, échangés
une radio déplacée
des graviers lancés
des tiges pour exciter les barrières métalliques…

Jour et nuit, ambiances
Des parcours en journée, des parcours nuit tombée. De l’intime à l’extime, de la clarté à la pénombre, du clair au feutré, de l’agitation à l’évanescence, atténuation nocturne, bouillonnement diurne, les ambiances se fabriquent au fil des heures, dans des densités de sources sonores fluctuante, avec ou sans éléphants barrissants, cris d’enfants et d’adultes, vociférations machinantes ou pas doucement réverbérés sous la grande galerie. Les potentiomètres semblent se placer à des curseurs différents selon le moment, les mixages se font plus progressifs de nuit, même si, à tout moment, peut surgir une brutale émergence…

Pépites sonores
Des clapotis, glougloutements, chuintements, sifflement, une passerelle longeant la Loire, des marées venant agiter l’espace aquatique…
Et de la pluie qui ruisselle, goute, s’écoute à goutes, paysage humide et animé de mille irisations sonores, véhicules semblant glisser sur des nappes chuintantes…
Des voix multiples, réverbérées, disséminées, mouvantes, en groupe, isolées, des rires en éclats.
Des skates et rollers tissant des espaces claquants, des explosions boisées, des striures sonores filantes.
Des claquements métalliques secs, ou réverbérés, dans un parking souterrain, des autos qui grondent sur un couloir de métal ajouré, juste sur nos tête, l’étrange filtrage acoustique de la ville, comme une couche de ouate, dans ce même parking, ses réverbérations, un véritable parcours d’écoute dans le parcours global.
D’étranges sons d’eau aspirée par le trop plein d’une fontaine à l’intérieur d’une cour.
Le grondement fréquent d’avions à très basse altitude, qui peut être selon les cas, de belles et puissantes nappes sonores, comme, il y a de fortes chances, une pollution difficile à vivre pour les riverains exposés.

Rencontres et dialogues
La marche achevée, peut s’engager un espace de dialogue la prolongeant. Ressentis, plaisirs, surprises, images, couleurs, synesthésie, souvenirs, pratiques, questionnements, projets… On tisse une nouvelle écoute, des relations renforcées par l’expérience vécue. Parfois, il faut laisser décanter, prendre du recul, revenir à la surface de soi-même, attendre que nos PAS se recalent dans le quotidien.

Album photos

Marches desartsonnantes - Sonor #9 Nantes

 

En écoute :

Enregistrer

Partager les « Chants de la Terre »

14729287_313361262364072_5304727367977220785_n

PAS – Parcours Audio Sensibles, des ateliers à ciel ouvert

Arpenter le terrain-paysage comme un atelier d’écoute à ciel ouvert, une radio diffusant les innombrables musiques du Monde à 360°.

Écrire de multiples chemins d’écoute, trouver les lieux où l’oreille soit au centre-même d’espaces auriculaires magnifiés.

Construire des relations intimes, privilégiées, entre les écoutants, le paysage sonore, chercher les postures communes qui feront d’un groupe d’écoutants une véritable enceinte acoustique vivante, sensible et réactive.

Envisager tout ce qui peut nous relier aux sonorités du monde, notamment en favorisant les interactions – les gestes, les objets, les écrits, les graphismes, les images, les sculptures et architectures, même infiniment fragiles et éphémères.

Rechercher toutes les connivences entre artistes musiciens, danseurs, sculpteurs, architectes, plasticiens, poètes, sculpteurs, aménageurs, pédagogues, chercheurs, marcheurs, écoutants des villes et des campagnes.

Chercher le paysage hétérotopique, multiple, le repérer, tenter d’en trouver les ou des contours, tout en continuant de l’improviser au gré des marches.

Privilégier une forme de tourisme culturel respectueux, privilégiant des approches écosophiques, en s’appuyant sur l’existant plus que sur de nouvelles couches de sons rajoutés.

Transmettre par la parole, l’expérience, le partage de gestes et de postures d’écoute, l’inscription de parcours sensibles tracés de l’oreille à même le chemin.

Desartsonnants dans ses PAS est toujours en quête de belles expériences d’écriture in situ, de rencontres pétries des sons de la Terre.

PAS – Annonce de Parcours Audio Sensibles à Nantes

SONOR#9 – Marches désartson-Nantes

 

Entre les gouttes ou à l’abri (si trop de pluie) # Samedi 15 octobre et dimanche 16 octobre à 11h/15h/19h30 # Départ de Trempolino

14671224_1782520338657038_8992064232849331634_n

Dans les PAS d’Isabelle Clermont (Canada) et de Gilles Malatray (Lyon), déambulez sur l’Île de Nantes et imaginez la ville comme une immense scène d’écoute, une installation sonore à 360°, comme une radio vivante, à ciel ouvert… Durée de la marche : environ 1h30 – 2 euros sur résa à sonor@jet-asso.fr – En cas de fortes pluies, le parcours est modifié et peut se faire à l’abri !

 

PAS, comme Parcours Audio Sensibles avec points d’ouïes, mini installations sonores mobiles, objets d’écoutes, lectures, postures d’écoutes, cartographie in situ…

Imaginons la ville comme une immense scène d’écoute, une installation sonore à 360°, comme une radio vivante, à ciel ouvert… Deux guides nous emmènent, toutes oreilles ouvertes, à la découverte d’acoustiques surprenantes, de plages sonores aussi naturelles qu’inouïes, d’une vie urbaine toute bruissonnante d’humanité. Des balades sonores, telles des
carnets de notes partagés, ponctuées de sons, de traces/cartes graphiques, de textes, d’objets, de points d’ouïes et de micros installations éphémères…

Des postures convoquant une approche esthétique, écologique, sociale, un art relationnel où de petites communautés de promeneurs écoutant partageront, le temps d’une balade, une expérience auriculaire intime, dans la poésie d’espaces urbains décalés par le regard de l’oreille.

Gilles Malatray, aka Desartsonnants : artiste créateur sonore, promeneur écoutant, travaille depuis de nombreuses années autour du paysage sonore. Dans une posture associant des approches esthétiques, artistiques et écologiques, sociales, l’écriture, la composition de paysages sonores sont fortement liées aux territoires investis, sites, villes, quartiers, espaces naturels, architectures, et occupent une position centrale dans la pratique désartsonnante. Curation, formation et interventions artistiques in situ constituent la base de ce travail où l’écoute et le partage d’expériences sensibles restent au centre de toute création et construction.

Isabelle Clermont : « Artiste relationnelle interdisciplinaire, performeuse et créatrice d’univers immersifs, mes projets ont la particularité d’offrir une polyphonie des sens à travers la création d’espaces intimes et publics. Ma démarche se fonde en grande partie sur la quête de transcendance et de transgression symboliques d’espaces. Elle se caractérise par l’utilisation simultanée de nombreux médiums et disciplines artistiques, ainsi que par la portée symbolique, philosophique ou métaphysique qu’elle détient. Celle-ci est inspirée par la marche, l’organicité du geste, créant un contact sensible et poétique avec le spectateur/promeneur… ».

http://www.jetfm.asso.fr/site/-Festival-SONOR-9-.html

FAIRE FRONT DE MARCHE

19230881164_1dbf9b9685_o_d

@Crédit photo Yuko Katori – Inauguration d’un Point d’ouïe à 2015 à Drée – Partenariat CRANE Lab

Si le piétonnage affranchit les frontières
le pas à pas tombe les barrières
le marcheur recule les distances
l’oreille traverse les murailles du visible
le regard se porte à l’horizon d’écoute
décloisonnage en règle se doit
terrain, land no limit in situ
jardins ouverts à l’herbe folle
walking in/out via
je, tu, il, marche, à gravir
cadence à l’envi
mais soucieuse de l’autre
où le pas revit
cathédrale sous nos pieds
de quoi semelle t’elle
sans pourtant claudiquer
l’avance piétonnière
fermera t-elle la marche
qui n’est pas marche arrière
non plus fuite en avant
juste le pas posé
juste le pas pesé
juste le pas pensé
pélerineur talonnant
ou de la pointe piétonne
un coup de pied jamais
n’abolira le hagard
a gare de l’est, du midi ou du centre
longer les rails qui s’éraillent
trouver sa voix sans dérailler
même si chemins erratiques
de traverses ou labyrinthiques
et rance parfois à l’odeur
prendre son pied dans la foulée
un clochard se leste enivré de vent
car le vent aussi se défie des frontières
tisser le chemin de bruits
de doux bruits amènes s’entend
car le bruit quand il n’est pas guerre
fait aussi fi des barbelés…

Le 11 octobre 2016, Place de Paris, Lyon 9e – 21 heures – Dans le cadre de la résidence « Sons  – Jeux/Songes » avec Isabelle Clermont

 

PAS – Parcours Audio Sensible à Belleville (Paris)

Belleville, un quartier de Paris à l’oreille

balade-belleville-menilmontant-paris-900x500

C’est un PAS un peu spécifique que celui-là,puisqu’il s’agit d’enregistrer une émission radiophonique autour des PAS Desartsonnants, justement ! Ce PAS répond donc à l’invitation de Clément Lebrun, dans le cade de l’émission « Le cri du Patchwork », sur les ondes de France-Musique.
A départ, choix on ne peu plus délicat, il m’a fallu choisir un lieu, un quartier parisien, pour effectuer un parcours d’écoute, et Dieu sait si la capitale regorge de ressources auriculaires, d’espaces intéressants acoustiquement pour y balader oreilles et micros, tout en expliquant la démarche, le pourquoi du comment, les manières de faire, les revendications et autres militances… !
Après de nombreuses hésitations, j’ai finalement opté pour les hauts de Belleville, quartier parisien historiquement emblématique, avec ses vues surplombantes, ses visions/auditions panoramiques de la ville, ses fourmillements… Pour autant, rien n’est encore joué, il s’agit maintenant de repérer un ou plusieurs cheminements, dans le foisonnement de topologies sonores. Je décide alors de demander main et oreille forte pour effectuer une journée de repérage avec des écoutants de bonne volonté, alors que beaucoup de choses, dans ce quartier qui me fascine, m’échappent encore. Un appel à une balade écoute participative est donc lancé via les réseaux sociaux. Je reçois rapidement de sympathiques réponses de compositeurs, chorégraphes, dont certains habitent ou ont habité les lieux, tous étant intéressés pour jeter ensemble une oreille, voire deux, sur l’espace sonore des hauts de Belleville. Vers 10H, la rencontre commence autour d’un café, histoire de faire connaissance, de parler de nos projets et travaux respectifs. Olivier, compositeur et chercheur, et Sabine, chorégraphe exerçant dans l’espace public, tous deux aguerris à la chose sonore, à l’espace public, à la marche, m’accompagnent dans un premier tronçon de parcours, où ils me guident vers de nouveaux territoires d’explorations sensoriels.

829298835-parc-des-buttes-chaumont-monopteros-paroi-de-rocher-silhouette-de-ville

Le fait (somme toute assez habituel chez Desartsonnants) de partir de l’intérieur de l’église place Jourdain constitue une façon de se préparer sereinement l’oreille, avant que de nous diriger vers le parc des Buttes-Chaumont. Du métro Jourdain, un rapide decrescendo s’opère, en pénétrant dans de petites rues plus abritées de la cohue motorisée. Des voix, colorées, timbrées, de multiples langues et intonations… Une entrée du parc des Buttes-Chaumont, une fois pénétrés dans l’enclos joliment paysager, s’ajoute une nouvelle couche-filtre d’apaisement, voix et sonorités de proximité en profitent pour émerger un peu plus, se tailler une place plus tranquillement présente.
Scène surprenante, des groupes pratiquent le Taïchi à l’épée et à l’éventail dans un recoin du parc, dans une musique de différents claquements et cliquetis rythmiques.
Les oiseaux sont encore en éveil dans cette automne quasi estivale.
Le parcours est aussi riche que paisible à cet endroit, je le garde en mémoire.
Retour vers la place Jourdain avec un effet inversement proportionnel dans son accumulation progressive de sonorités urbaines.
Sabine nous quitte, pour partir vers d’autres travaux. Nous envisageons de garder contact autour de la marche, de l’écoute, du paysage sonore, ici ou là.
Pause.
Un nouvel arrivant se joint à notre groupe, Dan, compositeur acousmate. Nouveaux dialogues, prise de contact de visu, après les réseaux sociaux, échanges, longue conversation autour de nos pratiques, un autre petit cercle d’écoutants se reforme.
Un nouveau départ, cette fois-ci vers la rue de Belleville, à l’opposé de ce matin, qui débute par une séquence plus dense acoustiquement. Nous nous dirigeons maintenant vers le parc de Belleville, très différent, à tous points de vue, et d’ouïe, de celui des Buttes-Chaumont. Nous retrouvons, par la pénétration dans le parc, la même sensation d’apaisement, une sorte d’oasis sonore urbain. Des lieux à respecter, à défendre, à sauvegarder, à développer, à installer… Messieurs les aménageurs s’il vous plait !

img_6814

Autour du parc, c’est (pour moi) un dédale de petites rues pentues, pittoresques, d’escaliers, échoppes, petits bistrots (encore) populaires ou grandes brasseries qui  dénotent d’une gentrification progressive et indéniable de ce Belleville initialement plus encanaillé. Une galerie d’art au centre de la rue des cascades. Surprenant ! Et qui plus est qui présente une installation sonore et plastique. Causerie avec le galériste. Nous poursuivons l’escapade jusqu’au quartier du Télégraphe, point culminant de Paris, et donc de notre balade. Place des Fêtes, une étrange ambiance tant visuelle qu’auriculaire, voire même sociale – un entre-deux entre différents univers urbains, qui ne manque pas de charme au découvreur que je suis. Fin du repérage, avec le retour sur ce qui est notre noyau d’attraction, le tonitruant métro Jourdain.
Je suis repu de marche, de sons, d’odeurs, d’urbanités, mais très heureux de cette journée tissées au fil des pas, des rencontres, des discussions, de tout ce que j’aime en fait.
Entre ces deux circuits, côté Buttes-Chaumont ou côté Belleville, mon cœur, et mon oreille balancent, rien ne me semblant faire pencher mon choix vers l’un ou l’autre, si ce n’est vers un mixage des deux. La nuit étant sensée porter conseil, j’attendrai demain, j’écouterai sur l’instant, et l’oreille choisira son versant.
Jour J, en amont du PAS, une sympathique discussion avec Clément Lebrun, instigateur du « Cri du Patchwork », émission musicale et sonore fourmillante, très ouverte sur moult pratiques, expériences, esthétiques, sur les ondes de France Musique.
Là encore, nous discutons de choses et d’autres, surtout sono-musicales, d’expériences, de connaissances communes, de projets, et bien sûr de la trame de l’émission que nous allons bientôt enregistrer.
Comme prévu, après avoir rejoint l’équipe d’enregistrement, nous commençons à l’intérieur de l’église, où le premier aléa sonore ne tarde pas à venir contrarier nos plans.
Une dame passe un bruyant aspirateur dans le chœur de l’église. Le vrombissement de son engin avaleur de poussière aspire également toute les micro sonorités réverbérantes de l’architecture. Néanmoins, sérendipité oblige, le réalisateur et le preneur de son décident de capturer cette ambiance pour une future émission, tout n’est pas perdu !
D’ailleurs, la dame à l’aspirateur nous concède très gentiment un instant-espace de silence (celui de son engin), qui nous permet de débuter comme prévu l’émission. Les portes – sas de l’église franchies vers l’extérieur, nous passons sans transition d’un cocon feutré, filtrant la bruyante urbanité, à un flot de décibels qui nous bouscule sans ménagement – effet saisissant !
De belles voix attirent mon écoute vers la droite. Nous nous engouffrons donc à leur poursuite, dans une ruelle longeant l’église. Le choix s’est donc opéré tout naturellement à l’oreille, et il nous guidera ainsi, de sonorités en sonorités, vers les Buttes-Chaumont.
Toujours cet effet apaisant de decrescendo.
Des travaux perturbent joliment notre marche, se jouant des réverbérations minérales alentour.
Une entrée de garage, vers une cour intérieure, nous permet, via un portail donnant sur la rue, de nous construire un cadre de vue et d’écoute, avec en fond, un doux ronronnement de ventilation, venant se superposer , colorer, comme un filtre acoustique, l’ambiance sonore. Situation d’écoute à la fois cadrée et décalée que j’affectionne beaucoup.
Nous alternons marche et Points d’ouïe – arrêts sur sons, ponctués de dialogues sur ce qui se passe entre nos deux oreilles, la façon désartsonnante de le faire vivre, de l’expliquer, ou non, de réagir aux événements, de tenter d’embarquer les futurs auditeurs dans nos PAS, tout en pointant les aménités comme les dysfonctionnements paysagers, écologie sonore oblige.
Une nouvelle belle séquence où, par les portes de différentes petites échoppes ouvertes sur la rue, il fait très beau, de multiples voix aux consonances africaines s’échappent vers l’extérieur – nous somme sur des lisières,  dans un paysage sonore dedans/dehors, privé/public.
Nous arrivons à l’entrée du parc des Buttes-Chaumont où, nouvelle scène imprévue, se déroule un concours de pétanque. Des chocs métalliques rythmiques, roulements, tintements, claquements des boules, voix animées, tout y est ! Le preneur de son, s’étant positionné à l’intérieur même du jeu, voit un cochonnet arriver malencontreusement dans ses pieds. S’ensuit une vive mais sympathique discussion pour savoir si notre technicien, impliqué malgré lui dans la causerie boulistique, a ou non perturbé le cours du jeu, empêchant le cochonnet de « casser ». Pour la petite histoire, il s’avérera au final que non. C’est une heureuse séquence dont il faut savoir profiter au débotté, un de ces plaisirs de l’instant saisi sur le vif, un charme d’une balade où l’improvisation est de rigueur pour garder la surprise intacte et la poésie des lieux vivifiante.
A l’intérieur du parc, plus de taïchi aujourd’hui, mais un calme retrouvé, des joggeurs faisant crisser les graviers et haletant en rythme, des oiseaux, toujours,  des voix spatialisées autour d’une buvette dominant Paris, une belle scène acoustique tout en finesse et en équilibre, un espace idéal pour mettre un terme à ce PAS, riche expérience d’écoute partagée bellevilloise. Cela me donne plus que jamais l’envie de refaire ce genre de repérages collectifs et balades en groupe, explorant de nouveaux quartiers parisiens, ou d’ailleurs. En quelques journées conjointes, mes PAS m’ont fait découvrir de petites villes nichées au cœur de bocages Mayennais puis, sans transition, l’espace plutôt hyper urbain des hauts de Belleville Parisiens.
Toute la richesse de ces expériences auriculaires, géophysiques et humaines dans un temps très resserré.
Mon oreille a finalement la chance de ne jamais s’ennuyer et, par extension, le promeneur écoutant que je suis.
Reste maintenant à attendre de découvrir, sur les ondes de France-Musique, le résultat enregistré de notre périple audio-piétonnier, et qui sera je pense, une autre nouvelle vision/audition, une réécriture radiophonique donnant à entendre quelque chose d’encore bien différents des expériences in situ.  Mais c’est là me semble t-il, que réside la magie des Points d’ouïe, Des Parcours Audio Sensibles, de leurs écritures multiples, et des ressentis, aussi partagés que personnels.

Enregistrer

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLES EN MAYENNE

plan_deau4

Invité par le réseau de lecture public de la Communauté de communes de Lernée, en Mayenne, territoire tapis entre les Pays de Loire, la Bretagne et la Normandie, Desartsonnants découvre de l’oreille, et par d’autres sens, cette belle campagne jalonnée de verts bocages. Deux parcours d’écoute sont inscrits au programme, l’un à Montenay, l’autre à Saint Pierre des Landes.
Comme de coutume, une journée est consacrée à un repérage préalable, pour que l’aventure sonore ne soit pas trop… aventureuse.
Pour ces deux repérages, des habitant(e)s ont été sollicités pour me guider dans les deux petites villes, et me faire profiter de leur connaissance des lieux, entre descriptions, coups de cœur et anecdotes croustillantes autour de la vie locale.
Le premier repérage est accompagné par un résident de longue date de la petite bourgade, qui en a d’ailleurs été élu, et même Monsieur le maire, et connait comme sa poche les lieux et leurs petites et grandes histoires. De l’église aux logements HQE en passant par le plan d’eau, notre guide se révèle intarissable, amoureux de ce coin de terre mayennaise qu’il décrit avec moult éclairs de malice dans le regard et une verve communicative. On écoute, on imagine, on entre dans la vie du terroir, on s’immerge dans une histoire qui se construit sans cesse, tout cela avec un réel bonheur.
Départ de l’église, sa belle acoustique, sa riche histoire, un parc où j’installe quelques sons de forêt décalés, un sentier qui descend vers un plan d’eau, un remarquable écho qui rebondit sur les premières bâtisses du village qui nous domine… Mais aussi, le jour du repérage, une cohorte d’énormes tracteurs qui œuvrent à l’ensilage du maïs, saison oblige, leurs imposantes remorques métalliques dévalant la rue principale dans un déferlement de cliquetis métalliques. Non, la campagne n’est pas toujours ce que l’on croit, acoustiquement parlant !
Fort heureusement, le lendemain, jour du PAS officiel, le plus gros de l’ouvrage semble être achevé, et notre coin de campagne a retrouvé un fond sonore plus apaisé, pour le plus grand plaisir de nos oreilles.
Le parcours public est véritablement inter-générationnel, de jeunes enfants, des parents, des personnes d’un club du troisième âge, chacun à sa façon s’appropriant personnellement l’espace sonore, l’espace tout court, tout en entretenant des relations croisées riches et chaleureuses. Du parcours repéré préalablement, nous n’en feront qu’une petite moitié, les résonances de l’église, les bruissements d’un énorme tas de gravier, et l’auscultation des feuilles et des pierres à l’aide de longue-ouïes et de stéthoscopes ayant imprimé à notre marche un rythme positivement très lent. Il faut savoir profiter des choses sans brusquer ni oreille, ni le corps, ni l’esprit d’une douce déambulation.

Petite parenthèse, le repérage nous amène à faire connaissance avec une figure emblématique des lieux, Philippe, le patron d’un café concert local. Or il se trouve que cet ultra passionné et féru connaisseur de musique rock a accueilli, dans son bar, au cœur d’une petite ville de quelques mille habitants, des groupes tels ACDC, Trust, et j’en passe et non des moindres ! Une rencontre toutes en sons de guitares enflammées, illustrée de vidéos live, tournées dans l’espace de ces incroyables raouts cent pour cent rock.

plan-d-eau_imagelarge

Le deuxième parcours a également été guidé par deux personnes du cru, avec le même enthousiasme, qui fait que ces repérages pré-PAS sont pour moi tout aussi importants que ce qui se jouera en public. Ils font vraiment parti de ces échanges relationnels, soudés par l’écoute des lieux, la déambulation, et favorisant tous ces affleurements sociaux, historiques, humains qui remontent naturellement en surface au gré des balades.
Le parcours réunit une quinzaine de jeunes enfants de maternelle et de primaire, des adultes, des personnes engagées dans de fortes actions culturelles locales, toujours donc de l’inter-générationnel, qui semble privilégié dans des approches culturelles et territoriales très rurales. A noter au passage la belle programmation culturelle* qui irrigue, de façon très itinérante, territoire oblige, ces espaces campagnards, et qui devraient à coup sûr, rendre jaloux des parcelles de départements que je connais bien, notamment ceux où je suis né, situés également en zone rurale, et finalement assez, voire très pauvres culturellement. Parenthèse refermée !
Revenons à Saint Pierre des Landes. Ici, on commence par ausculter un ensemble statuaire contemporain, en métal, et l’exploration se dissémine très vite autour, dans les arbres, sous nos pieds foulant différents sols…
L’église s’impose ensuite, en chahutant ses réverbérations de chants de flute, de corne, et de voix se jouant de l’espace. Petits et grands sont plongés dans un bain sonore qui nous réunit comme une pièce composite d’un objet d’écoute vivant, sans qu’il ne soit besoin d’expliciter quoique ce soit, juste en le proposant, en le vivant.
Dans ce deuxième parcours, nous finiront également par un étang où, dans de miroitants clapotis, s’ébroue tout au bout du chemin, un ruisseau à fleur d’oreille, et à qui les grands saules et peupliers qui le bordent répondent en chuintant dans la caresse du vent.
Ici s’achève, tout en restant fortement gravée en moi, une parenthèse rurale que j’ai beaucoup appréciée, tant par la qualité des paysages (y compris sonores) que par celle de l’accueil et des échanges.

Demain, je poserai pieds et oreilles en plein cœur du bouillonnant quartier de Belleville, à Paris, une façon comme une autre de faire en sorte que l’oreille reste aux éveillée, chahutée, constamment surprise !

* http://www.cc-lernee.fr/culture_la-saison-culturelle.phtml

affiche2

Enregistrer

L’écoute manifeste !

L’écoute est un bien commun !

desartsonnants-semaine-2013-auch-promenade-ec-l-gb7r_a

Depuis 1986, époque où une série de rencontres ont ouvert les oreilles du jeune musicien et horticulteur paysagiste que j’étais  sur l’environnement, le paysage, des choses ont changé, avancé, évolué, d’autres non.
Certains domaines, pratiques, ont reconnu, plus ou moins, la nécessité d’intégrer la chose sonore dans  des actions de sensibilisation, voire, mais encore très rarement, dans des projets d’aménagement du territoire. Je ne parle pas ici des études qui incluent des cartes de bruits, des impacts mesurés essentiellement en terme de volume sonométrique, quantitatifs, des mesures législatives et réglementations diverses qui, si elles sont absolument nécessaires, ne suffisent pas pour autant à a offrir une lecture et un panel d’actions réellement pertinentes.
Certes me répond t-on souvent, le côté esthétique et l’approche sensible sont aussi convoquées. Pourtant, lorsque je rencontres des ingénieurs, techniciens, étudiants, élus, et des habitants de grandes métropoles comme de communes rurales, je me rends bien vite compte à quel point l’environnement, le paysage sonore, au-delà de quelques poncifs, restent de grands inconnus. La majorité des personnes rencontrées ne raisonnent qu’en considérant le son comme source de bruit, pollution, gène, ce qui peut d’ailleurs s’expliquer face à des aménagements parfois radicaux de grandes cités, le développement de couloirs aériens pour le moins intrusifs, la voiture reine… Néanmoins, lorsque l’on promène ses oreilles ici ou là, et que de surcroit on emmène avec soi d’autres paires d’oreilles, lorsqu’on établit de nouvelles règles du jeu, ou de nouveaux modes de jeu, que le dialogue collectif nous permet de laisser de côté des a priori réducteurs, les choses changent. On peut alors envisager nos rapports au paysage sonore sous des aspects plus positifs, et surtout plus ouverts, découvrir des aménités paysagères par l’écoute, s’apercevoir qu’il existe de véritables oasis acoustiques en plein cœur des cités, une diversité sonore beaucoup plus grande qu’on aurait pu l’imaginer de prime abord, des zones de calmes à préserver, à protéger, d’autres restant à construire…
Je déplore souvent que la sensibilisation aux « bruits » ne dépasse guère le stade de l’animation où il s’agira de reconnaître et de nommer les sources sonores écoutées. Bien sûr, je caricature un brin, quoi que… Nous manquons bien souvent d’outils, mais surtout d’imagination, et sans doute du plaisir de faire, et de l’envie de se faire plaisir, et de faire plaisir ! Il faut entrer amoureusement, avec délice, jubilation, dans les arcanes sonores d’un lieu pour entreprendre ensuite des scénarii qui seront vraiment pertinents, en adéquation avec les espaces. On ne peut pas transposer d’un quartier à un autre, de villages en villages, de forêts en forêts, des recettes toutes faites, ne serait-ce qu’une simple balade sonore. Il faut commencer par donner l’envie et le plaisir d’écouter, en se détachant autant que faire ce peut d’un catastrophisme sonore permanent. Rechercher les aménités, c’est déjà considérer qu’il puisse y en avoir, quelque soit le lieu appréhendé, même s’il faut les traquer dans de micros écoutes, des espaces surprenants, des parcours décalés. J’ai appris, à force d’écoutes, d’errances, de repérages, à trouver assez vite  l’oasis (sonore) que cache tout désert, pour reprendre une pensée de Saint-Exupéry. Je réfléchis  beaucoup aujourd’hui, à la façon de transmettre ces joies de traquer de belles ambiances sonores, fussent-elles éphémères et parfois cachées. Je pense que cette quête du plaisir, voire du bonheur d’entendre, de s’entendre avec, est une clé pour ouvrir des approches plus intelligentes, variées, entreprenantes sur l’idée d’un paysage sonore qui pourrait aussi se penser en amont, et non pas tenter de se soigner lorsque le chaos s’installe, et pire encore, est déjà installé entre les deux oreilles.
Le partage d’écoute, au-delà d’un simple exercice pédagogique, est au centre du projet. La relation instaurée entre un groupe de promeneurs écoutants doit être forte, l’expérience vécue intense, quitte à bousculer le train-train d’une l’oreille assoupie, voir refermée, sclérosée par le ronronnement ambiant. Il nous faut savoir plonger dans ce ronronnement pour en découvrir, au-delà d’une apparente uniformité, mille richesses intrinsèques, comme lorsque la loupe vient nous révéler l’extraordinaire complexité, et beauté, d’une simple roche, feuille d’arbre, ou sillons d’une main. C’est avec ce regard/écoute aiguisé, excité, que nous devons nous défaire de jugements par trop approximatifs, ou excessifs. Pour cela, chaque lieu, chaque moment, chaque groupe doivent être envisagés comme une nouvelle expérience, qui nous conduira à rechercher des postures physiques et intellectuelles des plus stimulantes, ouvertes vers l’espace acoustique, mais  aussi vers l’homo-écoutant.
Dés lors, le rapport que l’on pourra avoir avec l’aménageur, l’architecte, le paysagiste, l’urbaniste, l’écologue, le chercheur, l’enseignant, le promeneur, sera sans doute plus riche, plus dynamique, et plus fécond.
Envisager des écosystèmes acoustiques comme des espaces certes fragiles, comme tout écosystème du reste, sous des angles esthétiques, avec une recherche de la « belle écoute », comme des espaces publics où l’oreille a aussi son mot à dire, est un défi à relever, pour moi, au quotidien. Considérer que le son puisse être un véritable patrimoine à gérer, à transmettre, que le son d’uns cloche ne se mesure pas seulement en décibels, mais aussi en terme de phare auditif qualitatif, qui vient lutter contre l’uniformisation de la ville-voitures, que l’implantation d’une fontaine doit être réfléchie en terme de puissance sonore pour ne pas écraser acoustiquement une place, tout cela ne s’impose pas vraiment comme des réflexions et réflexes naturels.
Le fait de reposer une oreille neuve, curieuse, aventureuse, réjouie, de consigner ses écoutes, d’échanger, d’expérimenter mille parcours et postures ad hoc en fonction des lieux, de concevoir des conditions d’écoutes inouïes, même très modestement, et peut-être surtout très modestement, en se contentant de décaler le quotidien, est un programme des plus passionnants, et qui plus est bien loin d’être achevé. Avant tout, même si nous vivons dans un monde qui semble s’emballer, pour le meilleur et pour le pire, il faut faire en sorte que la joie demeure, celle d’écouter, qu’elle se partage, qu’elle nous questionne, qu’elle nous pousse à réagir, à agir, qu’elle nous procure des espaces de bien-être pour affronter de multiples tensions, en faisant d’ailleurs en sorte que l’espace sonore soit plus une musique collective qu’une tension supplémentaire.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

AUDIO SALINA

Lorsque la Saline Royale d’Arc-et-Senans s’éveille

arc-et-senans-saline-royale-monuments_9209

En marge d’une rencontre et de la poursuite d’un projet autour de l’installation sonore « Les échos de la saline »
7H30, le jour achève paresseusement de se lever, dans une belle lumière diaphane, oscillant entre bleu et blanc, jouant avec les façades de la saline qui s’ébroue de lumières.
Cette douce et fraîche ambiance célèbre à sa façon le premier jour d’automne.
Je suis assis sur un banc, sous de vénérables marronniers rougissants, respirant et aspirant la chaleur et les sons encore fragiles de ce majestueux enclos.
L’herbe est encore toute blanchie de rosée, se séchant au jour naissant.
De grandes envolées bavardes, dévalant d’un toit pendu, traversent à grands cris effarouchés la pelouse centrale pour se poser sur le toit opposé.
C’est un incessant ballet de choucas gueulards, décollant dans des bruissements d’ailes frottées, comme des tissus feutrés et sonores, fait entendre des appels de masses qui résonnent dans la quasi absence de bruits matinaux.
Des passereaux, eux aussi réveillés, se font entendre ici et là, à l’orée des jardins, beaucoup plus discrètement.
Deux sèches détonations claquent et résonnent dans la forêt voisine, des chasseurs déjà à pied d’œuvre.
Des premières portes et volets qui s’entrouvrent, claquent, grincent, et des voix encore timides et parsemées, comme engourdies, le site sort progressivement de sa quiète torpeur.
Les voix et les pas crissants se font petit à petit de plus en plus nombreux, égaillant et animant le site, alors que la lumière s’affirme sur les façades de pierres formant un hémicycle rigoureux.
Un camion s’infiltre entre les bâtiments, secouant sans ménagement les restes de tranquillité ambiante.
Suivi d’un tracteur ratissant dans de bruyants allers-et-retours les allées sablées, un brin (trop) imposant pour moi, après le progressif crescendo sonore dans lequel je viens de m’immerger.
Il est temps je pense, de couper les micros et de mettre l’écoute en veille.
Néanmoins, cette Saline dans laquelle je suis régulièrement revenu ces temps-ci, ne m’a pas tout livré de ses sons, tant s’en faut. Elle m’invite de la sorte à revenir. Elle me convie à guetter de nouveau, au lever du jour, ou à nuit tombée, ses secrets auriculaires, ses paysages sonores intimes qui parfois s’ébrouent de murs en murs, d’échos en échos, d’arbres en arbres… Audio Salina.

PS : J’ai effectué à ce moment là un enregistrement audio qui, au final, était si peu représentatif, si décevant, qu’après l’avoir écouté, je l’ai effacé dans la foulée pour ne garder que l’écrit.

Texte écrit suite à un banc d’écoute le jeudi 22 septembre à 07H30, à la Saline Royale d’Arc-et-Senans (25)

Enregistrer

Enregistrer

POINTS D’OUÏE ET DOUCES RÉSISTANCES

POINTS D’OUÏE ET DOUCES RÉSISTANCES

14389788_10153995809898207_1091199073_n

 

La résistance à une vitesse croissante, écoute et marche au ralenti
L’accélération comme un mode de vie n’es pas chose naturelle, ni souhaitable, et encore moins supportable. C’est une contrainte aliénante, regard fixé aux aiguilles d’une horloge, pied au plancher, fuite en avant, sans plus voir ni entendre ni paysage, ni congénères, ni paroles,ni conviction.
Lever le pied, façon marche qui semble perdre son temps et gagne celui de l’écoute, qui s’offre le luxe de décélérer, de ralentir, envers et contre tout, ce qui devient sereinement vital.

La résistance d’un paysage qui n’est plus (que) visuel
Et si l’oreille a droit de citer, de cité, ou ailleurs… Un paysage bâti sur des fragments sonores. Des fragrances vibratiles qui s’étirent jusqu’au creux du colimaçon, réceptacle où se distillent des espaces à ouïr, en toute auricularité, si surprenante soient les paysages.

La résistance de sons décalés, décontextualisés/recontexcontualisés
Transporter ici ce  qui devrait, ou pourrait être là, ailleurs, un bruissement de mer au cœur de la cité, par exemple… Et inversement… Ou plus surprenant… Un jeu de l’ouïe auquel peut s’adonner celui qui sait cueillir, conserver, déplacer, triturer, restituer, des formes éphémères de bouquets  sonores. De l’indigène à l’exogène, une certaine artificialité – constance paysagère en fait, un jeu de construction incontournable. J’extraie, je déplace, je force un peu l’espace, je fabrique de l’existant, qui avant n’existait pas, et très vite disparaîtra, pour un autre excitant, tout aussi fugace, vers une écoute sur mesure, je fabrique…

La résistance d’occuper l’espace public « sauvagement »
S’installer là où je veux, à l’instant que j’ai choisi, en optant pour telle ou telle écoute, posture – solitaire ou collective – pour tel ou tel geste, silencieux ou  non, hackeur respectueux d’espaces auriculaires à déflorer… Occuper un point d’ouïe, que l’on vient tout juste de décréter comme tel, lui donner une consistance du simple fait de le reconnaître ainsi, sans autre préavis – avec en bonus l’offrande vers de multiples oreilles tendues, qui pourront l’accepter, sans même le savoir, sans même s’en apercevoir !

La résistance du rêve et de la douceur, de l’aménité contre une violence latente
J’aspire aussi, par mes oreilles incluses, complices si possible, à un apaisement decrescendo, un fondu au son tranquille, un presque glissement vers un silence non oppressant, une calme dérive au pas à pas, des points d’écoute écoute tout en douceur, celle-ci fût-elle utopique –  oasis sonore où se ressourcer, se rafraîchir, réconcilier l’oreille parfois trop molestée dans un monde tourmenté… Quitte à convoquer l’utopie jusqu’au creux de l’oreille.

La résistance d’une géographie revisitée par l’oreille
Des terrains sonores résolument hétérotopiques – géographies soniques encore in-cartographiées, terrains vierges à imaginer au gré d’océans sonores, d’iles et de langues de terre matrices de chemins sonores in-foulés – dans l’idéal une géographie auriculaire de non-lieux, ou une exploration géomatique via moult cartographies sonores à dessiner en voyageant de l’oreille…

La résistance du non spectaculaire, et la trivialité en exergue
Pour fuir le tape-à-l’œil en même temps que le tape-à -l’oreille – Pour se rabibocher avec son quotidien, ne pas forcément chercher plus loin, trop loin,  toutes les richesses à portée de main, à portée d’oreilles – pour rester accessible à nombre d’écouteurs potentiels que le trop clinquant, ou le trop hermétique repousserait, sans toutefois tomber dans une populiste facilité – il nous faut résister à l’excès du spectaculaire auriculaire sur-affiché.

La résistance du relationnel du faire ensemble dans l’espace public
Pour ne pas faire, terriblement, seul, pour envisager l’altérité comme un salutaire échappatoire  à l’écoute individualiste, pour prôner le partage en valeur incontournable, l’oreille solidaire plutôt que solitaire – pour marcher en croisant les regards et les écoutes en confrontant nos émotions qui naitraient de la musique du vent, des machines et des voix, du monde.

POINTS D’OUÏE À MONS

IN THE MOOD IN MONS – Il y a quelque chose qui cloche ! »

629831777_b976497419z-1_20150910125618_000_guv55j9s9-1-0
Desartsonnants se remet à l’auscultation montoise, durant le festival City Sonic. Terre d’exploration de choix au fil des ans, Mons m’offre de nombreux points d’ouïe intéressants. Trois ont déjà installé ponctuellement mon écoute. Un banc sur le piétonnier, face au Passage du Centre, renommé par l’occasion Passage du son, un sur un banc de la Grand-place, et un dernier sur un banc contre l’église Sainte-Elisabeth. Écoutes en fin de journée, à nuit tombante.
Le premier à donné lieu à un paysage sonore – « IN THE MOOD IN MONS – Il y a quelque chose qui cloche ! »

Enregistrer

POINTS D’OUÏE – PRENDRE DE LA HAUTEUR…

Paysages entendus et vus d’en haut

c2a9nicolas-jacquet-guide-promeneur-lyon-vue-belvedere-larue1

Belvédère rue de l’Abbé-Larue – Jardin des curiosités – Lyon 5e

 

La question des points de vue et d’ouïe confondus, notamment s’ils sont panoramiques m’intéresse énormément. Y frotter le regard comme l’écoute, en mesurant la très grande différence d’appréhension spatiale par le prisme de ces deux sens, mais aussi en constatant leur indéniable complémentarité, leur intrinsèque complicité dirais-je même.
La ville, mais aussi des espaces naturels s’appréhendent d’autant mieux que l’on se place sur un point haut, qu’on les surplombe, en position dominante, d’un belvédère, d’une esplanade, d’une terrasse supérieure, d’un balcon, d’un mont…
Pour le paysage urbain, le panoramique permet visuellement de distinguer les grandes lignes, les structures, les ilots, les traversantes, les « labyrinthes, les grandes places, cours d’eau, coulées ou étendus végétalisées, monuments ou architectures émergents verticalement, ou plus horizontalement… Bref d’avoir une idée assez rapide et précise de ce qu’est la ville à nos pieds, de ces grands contours et quartiers, des époques qui l’on façonnée, et du chantier urbain en cours.
En ce qui concerne l’écoute, souvent (volontairement) concomitante au regard, on saisit l’ambiance, l’atmosphère sonore, le bruit de fond, les flux, les émergences, les plans acoustiques,  de la proximité au lointain, comme autant de signatures spatio-temporelles.
Pour saisir le détail, connaître l’immersion, il nous faudra descendre nous encanailler de plus près, plus intiment, avec la ville, plonger dans l’antre urbain, le bouillonnement environnant, quitte à perdre beaucoup de ses repères sensoriels et géographiques. L’approche y sera moins globale, plus morcellée, parfois façon puzzle, éparpillée en détails disjoints, dans un territoire émietté, à reconstituer.
J’ai souvent pratiqué, expérimenté, apprécié, voire plus, les points de vue/d’ouïe surplombants, des situations paysagères remarquables, étonnamment singulières, spectaculaires, comme mise en scène par des urbanistes ou paysagiste qui seraient, même involontairement épris du grandiose, quitte à friser la belle ostentation.
Paris ces souvenirs d’écoutes panoramiques, l’esplanade Saint-Jean et la place Bellevue ou le belvédère de l’Abbé-Larue, celui des deux Amants, et tant d’autres à Lyon, la terrasse supérieure des Gratte-Ciel à Villeurbanne, celle de la Maison de la Radio à Paris, le haut du parc Güell de Gaudi à Barcelone, quelques superbes échappées sur la ville basse de Tananarive de la colline d’Ankatso, le village balcon d’Isérables, dominant la vallée du Rhône valaisanne, certaines reculées belvédères du parc du Haut-jura, le parc du Beffroi à Mons (be), le panorama du cirque de Navacelle, le belvédère des lichens de Gilles Clément sur le sentier des Lauzes en Ardèche, la terrasse supérieure du parc du château Buffon à Montbard. (où ont été inaugurés des Points d’ouïe)… et tant d’autres encore !
Sur chacun de ces sites, qu’ils dominent une ville ou un vallée rurale, un village, une rivière, ma rétine comme mon oreille , que j’ai systématiquement fait œuvrer de concert, en connivence, ont été fortement impressionnées, et très durablement marquées de ces extraordinaires expériences sensorielles qui m’ont permis, littéralement, de prendre de la hauteur sur le paysage, d’en empoigner une large tranche, et d’en jouir à 360° parfois.
Mais il n’est pas toujours possible  de trouver des points hauts, de s’élever, dans de grandes plaines, des villages aux maisons basses, où il est difficile d’en décoller,   qui nous obligent à rester au plus près du sol, dans une approche de proximité, ce qui du reste n’a rien de catastrophique ni de rédhibitoire, chaque espace et chaque moment devant être abordé dans son jus contextuel, même en apparence plus trivial que la hauteur majestueuse. Le détail et le « normal », le non exceptionnel, à première vue, ou écoute, cachent souvent moult richesses et aménités à découvrir et à partager de l’oreille.
j’avoue cependant, ayant été habitué tout petit à des paysages fortement vallonnés, jalonnés de cols, préférer la dénivelé, l’étagement vers le haut, qui permet de s’échapper un brin de la ville, ou de la plaine, parfois pour moi trop « terre terre », ou « pierre à pierre ». En cela Lyon, ville aux multiples panoramas, me convient tout à fait, avec une sorte de collection de multiples points de vue/points d’ouïe, de ses « collines qui prient » ou ses « collines qui travaillent », et des franges des Mont d’or environnants.

c2a9nicolas-jacquet-guide-promeneur-lyon-vue-place-bellevue

Pace Bellevue – Quartier de la Croix-Rousse – Lyon 4e

LABEL ÉCOUTE

UNE CHARTE, DES LABELS, UNE RECONNAISSANCE POUR LA QUALITÉ SONORE DES VILLES ET DES SITES NATURELS, PATRIMONIAUX…

camping-belvedere

Il existe un classement « villes fleuries », des labels  « villes patrimoniales » ou « d’art et d’histoire » un classement des « plus beaux villages de France » des « stations vertes », des « petites cités de caractère » des « pavillons bleus » pour les plages et même des « villes internet »…

Il exige des sites naturels remarquables, parfois inscrits au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO.

Il existe des labels gastronomiques, des tables de prestiges, des « spécialités traditionnelles garanties » des routes des vins…

Et certainement tant d’autres exemples

Pourquoi n’existerait-il pas des labels « Sites acoustiques remarquables », « Traditions sonores », des chartes « Site éc(h)osystème fragile et acoustiquement protégé », des classements « Qualité sonore urbaine »… ?

Pourquoi protège  t-on et valorise t-on essentiellement le visuel, et le gustatif, délaissant l’écoute (et souvent l’odorat) ?

Pourquoi nos oreilles n’auraient-elles pas droit à une prise en compte esthétique, sensible, qualitative, patrimoniale  de leurs environnements ?

Pourquoi ne garantirait-on pas aux oreilles futures, des lendemains qui chantent (un peu mieux?), au plus juste sens du terme ?

Certes, il existe un trophée national « Décibel d’or« , décerné par le CIDB (Centre d’Information Du Bruit), mais il reste encore très « bruit/nuisances/technologies d’isolation phonique » et  n’aboutit pas vraiment à développer des actions directement liées  à l’aménagement du territoire, y compris ici par le sonore. 

Certes, il existe également aujourd’hui une directive européenne  tentant de définir l’existence et la mise en place de « Zones calmes», mais cette dernière est encore essentiellement axée sur des mesures sonométriques, quantitatives, normatives et législatives (voire les définitions ci-après).

  • « zone calme d’une agglomération » (« une zone délimitée par l’autorité compétente qui, par exemple, n’est pas exposée à une valeur de Lden ou d’un autre indicateur de bruit approprié, supérieure à une certaine valeur déterminée par l’État-membre, quelle que soit la source de bruit considérée »)
  • « zone calme en rase campagne » (« une zone délimitée par l’autorité compétente, qui n’est pas exposée au bruit de la circulation, au bruit industriel ou au bruit résultant d’activité de détente »).

 

Néanmoins, les notions de patrimoine, d’esthétique, de culturel, de valorisation territoriale, de tourisme culturel (voire l’action menée dans le Parc Naturel Régional du Haut-Jura*) sont pratiquement ignorées dans cette approche réglementaire qui, si elle s’avère d’utilité publique, et donc indispensable, n’est pas en soit suffisante.

Label Écoute resterait- elle une notion du domaine de l’utopie auriculaire ?

Ou bien pourrait-il  mettre en branle des idées (et des sites) à valoriser, à défendre, vers des aménités paysagères qui nous éviteraient  une surdité physique autant que sociale ? (Voire le Manifeste Sommes nous tous devenus sourds ?)

 

http://www.saint-claude-haut-jura.com/sites-sonores.html#.V1-0mo6bHp8 – Action proposée et réalisée par l’association Acirène pour et avec le PNR du Haut-Jura

Enregistrer

SOMMES NOUS TOUS DEVENUS SOURDS ?

MANIFESTE POUR UN BON ENTENDEMENT

img-11775402e

Il y a quelques années déjà, disparaissait le projet « Centre du son ».

Ce projet était bâti sur un centre de ressources des domaines du son basé dans le Nord de l’Isère.

Il a notamment organisé les « États Généraux du Son », où se sont croisés  nombres de professionnels, chercheurs, enseignants, artistes, techniciens, élus, gestionnaires de projets culturels… œuvrant dans différentes branches professionnelles.

Le site du Centre du son ayant disparu avec l’association qui le portait, j’ai conservé précieusement ce texte manifeste qui amorçait les États Généraux du Son, et que je vous livre ici dans son intégralité.

 

Sommes nous tous devenus sourds ?

Nous vivons dans un monde sonore du premier cri au dernier souffle
Sommes-nous aveuglément sourds à tout ce qui nous entoure
Tout juste capables de nous indigner du bruit de l’autre le voisin

Par ce manifeste
nous affirmons
le droit de chacun à vivre pleinement la dimension sonore de son existence

tels
la qualité sonore des espaces publics des espaces privés
les sons de nos objets et des outils
la sonorisation des spectacles
la radio créative et créatrice
des sons pour dire une voix pour être
une technique son sensible et imaginative
des initiatives industrielles en faveur du sonore
des mémoires orales encore vives
l’exploration sonore dès l’enfance
l’écoute des paysages
le son à l’image
et tant d’autres

nous constatons
la méconnaissance générale de l’histoire humaine et technique du son
l’ignorance fréquente de la physiologie de l’audition de la phonation
une résignation à la médiocrité

nous refusons
que l’être humain se prive d’une source de satisfaction sensorielle indispensable à son équilibre
nécessaire à la constitution de sa mémoire à la formation de son esprit
à l’enrichissement de son imaginaire à sa vie en société

nous dénonçons
la faible reconnaissance de la dimension sonore dans nos vies professionnelles et au quotidien

nous proposons
une mise en évidence de l’étendue des domaines sonores
une valorisation de ses acteurs organismes recherches créations productions et cætera

nous décidons
de réunir les États généraux du son
pour établir des constats communs
pour définir ensemble des propositions à concrétiser d’urgence

nous lançons ce jour
un appel à doléances
à chacun professionnel ou non
à partir de votre expérience du sonore
vos colères vos désirs vos satisfactions

Faîtes-nous part
de vos constats
de vos propositions

Vos dires construiront les Etats généraux du son

Enregistrer

Enregistrer

DES CORPS SONORES

La peau est si sonore…

corps-sonores-appel-contribution-l-nmd9mm

Parce que l’écoute serait un prétexte.
Un prétexte à métamorphoser le corps.
Un corps qui deviendrait lui-même écoute, membrane vibrante, amplificateur, transducteur d’images mentales, accumulateur de particules sonnantes ou dissonnantes.
Un corps qui serait vivifié par tous les pores d’une peau membrane oreille tendue, pour vibrer au contact de l’espace acoustique qui l’enveloppe, et mieux l’assimiler, en résonance.

Parce que l’écoute serait révélatrice.
Une révélation qui, tel un bain de développement photographique, impressionnerait la pellicule corporelle d’images sonores en vibrations frissonnantes.
Et l’image de s’ancrer dans des corps résonnants.
Et l’image de s’encrer sur une peau toile partition de mots, oscillant entre tumulte et silence.

Parce que l’écoute serait un récit.
Un récit qui se transmettrait, se partagerait, de bouche à oreille, brodé d’infinies variations.
Un récit où le mot se ferait son, et inversement, cherchant parfois la source-même des bruits les plus diffus, ceux qui s’inscrivent presque indiciblement, à peine audibles –
ceux dont il faudrait cherche le sens en les écoutant sans cesse, d’une oreille sans préjugés.

Le paysage pourrait alors se peupler d’une foule de corps entendants, tissant une multitude de fils à démêler sans cesse, car empêtrés dans leurs propres vibrations imprévisibles et capricieuses, et qui de toute façon jamais ne se répéteraient à l’identique.

Et ainsi, l’écoute fermenterait les mots, qui pourraient lire et écrire le texte sonore de chaque lieu, le texte sonore de chacun, à fleur de peau et de tympan.
Le texte de corps sonores en écoute.

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE À NANTES

Balades des arts so Nantes

s02-jon-09-14-016

Desartsonnants est de retour à Nantes, dans cette belle cité où la Loire commence à songer à se perdre dans l’océan, pour quelques nouveaux PAS – Parcours Audio Sensibles, dans le fief des Petits Lu.
Il est pour l’occasion invité par l’association Apo33 dans le cadre du festival Electropixel #6, l’édition de cette année étant basée sur le détournement urbain, ou le Poverhack, dont la balade sonore serait un volet en mode doux.
Repérage un brin humide, météo capricieuse et changeant à l’envi, mais rien d’étonnant dans ces parages océaniques.
J’y retrouve très vite des repères quasi immuables, à l’échelle du temps de la cité en tout cas, et à celle de l’Ile de Nantes plus particulièrement, où je me promène aujourd’hui, et où j’ai déjà, dans précédentes visites créé et animé d’autres parcours auriculaires
Il faut dire que, depuis quelques déjà nombreuses années, cet ancien quartier de docks portuaires a connu, et connait encore, un gigantesque chantier de requalification urbaine, où grands bâtiments publics, écoles supérieures, pôles de compétences divers, lieux culturels et touristiques se côtoient de façon assez intelligente dirais-je. Ce vaste délaissé industriel, et auparavant port aux tristes souvenirs d’une colonisation esclavagiste, se voit offrir un lifting de grande ampleur. Quelques lieux emblématiques y ont trouvé place, telles les Machines de Nantes, où sont conçus des géants, hommes, animaux, machines robots imposantes, fabriqués notamment pour la célèbre épopée du Royal de Luxe, un des fleurons Nantais, voire Français des arts de la rue. Cette activité n’est pas du reste sans colorer un espace public de barrissements, de tintamarres ferraillant d’objets mécaniques et de la joyeuse rumeur du nombreux public qui y afflue. A l’autre bout de l’Ile, le départ d’un autre grand projet culturel et artistique, l’aménagement de l’estuaire reliant Nantes à Saint-Nazaire par l’installation de sculptures monumentales, sorte de land-art périurbain impressionnant, plus calme acoustiquement que les machines mais non moins surprenant.
Entre les deux, un espace de promenades riche et diversifié, composés de paysages urbains contrastés, où la Loire vient assurément jouer un rôle des plus important, un fil rouge, ou plutôt bleu/vert, entourant l’ile de ses bras  frontières, et qui font de cette partie de la ville un « lieu à part » dans la cité.
Au départ, en se faufilant dans la hall agitée les Machines de l’ile, beaucoup de voix, notamment celles d’enfants émerveillés, qui nous suivront, ou que l’on suivra jusqu’au bord de la Loire.
Nous frôlons des gens, des manèges, volant ci et là des bribes de sons et de rires, dans un jeu de mixage par l’oreille en marche.
Une série de passerelles métalliques nous guident le long du fleuve, points de vue et points d’ouïe intéressants, où nos pas font résonner des structures vibrantes sous nos pieds, et où le regard est porté sur l’autre rive, vers un grand axe routier très urbaniquement (trop) agité. Fort heureusement, de ce côté, hormis le pont routier, nous ne percevons que la rumeur, assez atténuée, en contrepoint de nos pas.
Un jeu,  l’oreille collée à une très longue rambarde de passerelle métallique nous fait entendre le chant du métal caressé, doucement percuté… Étrange spectacle pour les passants non avertis, que de voir un groupe, l’oreille collée à une barrière, en souriant ou fermant les yeux, passage assez surréaliste mais que j’adore tout particulièrement dans cette communion d’écoute(s) et d’écoutants.
Lors d’une deuxième balade, les quais de la Loire sont partiellement occupés par une vaste et tonique « sieste goûter sonore » très électro, qui nous martèle et nous assène de sourds et puissants rythmes de basses.  A chaque jour sa promenade ! Les rythmes de basses, même très atténués lorsque nous nous éloignons du site, seront en fait, une sorte de rumeur continuum, presque un étalon sonore nous faisant prendre en compte les champs, profondeurs et distances du paysage sonore, des échelles quasiment cartographiques à l’oreille, du territoire parcouru. Nous faisons le tour de cette fête en plein-air, jouant à s’arrêter là ou l’écho trouble l’audition en répercutant des rythmes sur de vastes façades qui perturbent les localisations, trompent nos oreilles, puis, modifions le circuit préalablement repéré car l’accès aux passerelles métalliques est ce jour interdit, occupées par des régies techniques.
Nous pénétrons au cœur de l’ile. Apaisement soudain. Une ruelle offre un surprenant concert d’un tout autre genre que le précédent, tout en grondements, gémissements, cliquètements, souffles rauques de ventilations, toujours différentes, du reste, et parfois muettes, selon les moments. Une  forme  d’installation sonore sauvage, involontaire et capricieuse, aléatoire, mais pour moi assez réussie, surtout si l’oreille se risque à la considérer avec une curiosité musicale, et c’est bien l’un des enjeux de ces PAS.
Lors d’une promenade, un homme ponce une chaise en bois dans une ruelle. Je trouve la fréquence, et presque le grain du timbre, le rythme, de son outil, grâce à une baguette frottante bricolée, et à la complicité d’un portail métallique résonnant. Un jeu en imitations réponses est alors amorcé. L’homme s’en rend compte et me sourit, surpris de ce dialogue à l’improviste, en s’amusant avec les élément sonores du moment. Je fais de même lors d’un passage d’avion à basse altitude, et il en passe beaucoup sur la ville. Les promeneurs s’en amusent mais cette fois-ci, le pilote dans les airs ne peut pas rentrer dans le jeu, ou bien fort  involontairement… hasard et sérendipité très appréciés lors de ces PAS.
Un mail piéton, planté d’arbres en bac, retour à une sorte de sérénité urbaine, avec peu de monde durant ces vacances, les touristes ne s’aventurent guère en dehors des sentiers touristiques bien balisés, et où ils trouveront des choses plus spectaculaires et sans doute rassurantes.
Dans ce mail, une cour intérieure est animée d’une curieuse fontaine aux sonorités surprenantes, autre repère stable depuis ma dernière visite déambulatoire, il y a maintenant 3 ans. Ici, le jeu consiste à ausculter les glouglouttis de l’eau à l’aide de différentes longue-ouïes, stéthoscopes, dans une approche résolument ludique. J’ai du mal à arracher les écouteurs de cette fontaine et pourtant, l’heure tourne, et j’ai quelques contraintes horaires à respecter, liées à la programmation du festival.
Un parking, classique lieu d’écoute décalée, nous offre un terrain de jeu magnifique, de par ses passerelles métalliques cloisonnant chaque étage. Des voitures ronronnent, grondent, des claquements de portières joliment réverbérées, des rythmes métalliques de grilles sur lesquelles passent les autos, des couloirs sas, à l’acoustique soudainement très sèche, suivies de réouvertures dans de véritables cathédrales de bétons, animent la déambulation dans ce lieu surprenant à l’oreille. Clou du spectacle, une pause sous une passerelle ajourée sur laquelle passent les voitures avec forces sons, quelques centimètres au dessus de nos têtes, créant dans un premier temps une surprise un brin apeurée, puis le plaisir de cette étrange situation acoustiquenet visuelle. Autre lieu emblématique de ce même parking, le dernier niveau inférieur, plus sombre, encore plus réverbérant, où s’éparpillent de sourdes et presque inquiétantes sonorités… Cet espace est prétexte à une installation éphémère à l’aide d’une dizaine de micros haut-parleurs autonomes, placés de façon à entourer les promeneurs, en profitant de l’acoustique pour les immerger dans d’exogènes sonorités aquatiques et forestières, franchement décalées dans cet univers minéral, et d’ordinaire plutôt dédié aux voitures. Ce même dispositif aura été, lors d’une précédente promenade, disposé dans la cour minérale d’un immeuble, lui-même animée d’une belle  et discrète installation sonore en extérieur. Les sonorités sont dissimulé dans de beaux bardages métalliques, et  conçues par le célèbre artiste sonore Rolf Julius. Après avoir frottée nos oreilles à cette belle œuvre, l’irrévérencieux Desartsonnants ose superposer ses propres sons à ceux de Julius, clin d’oreille néanmoins très respectueux et admiratif pour le du travail  de ce maître.
Avant de quitter les antres du parking, je joue à faire entendre les longues réverbérations à l’aide d’une trompe vuvuzela. Le site me répond bien, en prolongeant avec une réelle complicité mes sons de klaxons souterrains. Il  s’agit simplement de savoir parler eau lieux, et de bien s’entendre avec les espaces traversés.
Au détour d’une rue, nous descendons et nous blottissons dans une large cavité menant à l’entrée d’un parking sous un immeuble. Du fond de cette fenêtre bétonnée, s’élargissant vers l’extérieur, nous regardons et écoutons comme au fond d’ure oreille, dans un cadre visuel et auditif dirigeant nos sens vers le fond de la rue-scène sonore, comme une sorte d’amplificateur haut-parleur dans lequel nous serions réfugiés pour mieux ressentir l’environnement – mise en scène d’écoute via les aléas et ressources terrain et de l’architecture.
Retour progressif à l’agitation humaine et mécanique de la hall des Machines de Nantes, la boucle es bouclée, de pieds et d’oreilles fermes, apparemment pour le grand plaisir des auditeurs d’un jour, qui spontanément questionnent et commentent la balade. Nous aurons, une fois de plus, effectué un parcours totalement  silencieux, pas un mot échangé, des propositions corporelles, des gestes invitant, des regards guidant, le tout nourri de mille sons environnants. Pour clôturer l’expérience, des retours sur des ressentis spontanés, des envies d’écouter plus, autrement, ou mieux, le renvoi dans une sorte d’investissement ludique, qui n’est pas pour certains, sans rappeler une enfance curieuse, qui sait s’émouvoir, s’émerveiller, s’embarquer dans d’autres mondes en jouant de et avec des « presque riens »*.

 

*Hommage au compositeur « paysagiste » Luc Ferrarihttps://www.youtube.com/watch?v=aKq-LRYv1Q4

 

Enregistrer

INSTALLER DE L’ECOUTE

13769478_10153779061984856_8296010975499282897_n

@Crédit Photo Yuko Katori

Je m’installe devant, dans un paysage, je l’écoute, je le regarde, je l’arpente, et il me dit ce que je peux y faire, et ne pas y faire. C’est lui qui s’installe alors devant, autour de moi. C’est lui qui guide, voire dicte mes gestes, mes actions, mes projets.
Il se pose, à un moment donné, suite à une forme d’apprivoisement mutuel, en contraintes déchiffrées, en évidences décelées. Il me saute aux yeux, et aux oreilles. Il s’offre comme je m’offre à lui, dans une respectueuse synergie.
Il me faut pour cela une certaine lenteur, une prise de temps à ménager, un non stress me protégeant d’agir dans l’urgence, dans le superficiel, tout ce qui met à mal la connivence.
Alors s’installe l’écoute.
Alors s’installe l’écoutant.
Alors peut s’installer le partage.
Cette connivence artiste paysage établie, pour moi aussi via le canal auditif, je pourrai dés lors, en toute honnêteté, inviter à écouter ensemble.
Certaines fois, les connections sensibles s’opèrent rapidement, logiquement, avec aisance et facilité.
D’autres fois, le territoire résiste, moins spectaculaire peut-être, ou plus réservé, plus taiseux, plus secret.
Il faut alors user de patience, varier les angles d’écoute, gratter les interstices, coller l’oreille à la matière-même pour chercher le presque indicible, afin de bien m’entendre avec les lieux.
Il me faut également chercher les manières de partager intimement ce qui ne s’offre pas spontanément à l’oreille. Le paysage alors se mérite, il nous demande des efforts pour en jouir enfin.
L’écoute se déploie alors, s’installe comme une oeuvre collective, relationnelle, fusionnelle, émotionnelle, à 360°.

1779847_877684532241943_1600903346730806620_n

@crédit photo Maxime Jardry

Points d’ouïe, postures et images sonores

PAS – Parcours Audio Sensibles, Points d’ouïe, postures et images sonores

cropped-listen2

Se balader, toutes oreilles ouvertes, pour :
– S’immerger dans une grande vague, magma sonore
– Percevoir le quasi inaudible
– Frotter ses oreilles aux feuilles des arbres, les coller aux troncs enlacés
– S’assoir face à la rivière
– Tourner le dos à la ville, face à la muraille
– S’allonger dans l’herbe bruissonante d’insectes
– Sentir les grondements, vibrations, frissons d’un pont métallique au dessus de notre tête
– Se laisser porter par les longues réverbérations d’une église
– Appréhender la rumeur de la ville, accoudés à la rambarde d’un belvédère
– Tourner le dos à la mer, et décrypter ses mille et un chuchotis
– S’allonger dans une forêt par une chaude nuit estivale
– Exciter un bel échos sur la colline qui nous fait face
– Déboucher brusquement, au détour d’un sentier, dans le grondement imposant d’un torrent montagnard
– Sentir les pas de promeneurs écoutants que l’on guide, derrière son dos
– Se figer dans l’éclatement d’une volée d’airin, jusqu’à la dernière, infime et fugace résonance
– Capter ça et là, des bribes de phrases volées dans la foule d’un marché, d’une gare, d’une rue piétonne
– Attendre les passages successifs de trains, de métros sur les caisses de résonance de vieux ponts métalliques
– Apprécier la musique d’un alpage où s’ébattent des troupaux de vaches ensonaillées
– S’éloigner d’une fontaine lentement, jusqu’à la perdre d’écoute
– Passer d’une fontaine à l’autre,lentement, en fondue enchaînée
– Ressentir la puissante énergie collective d’un groupe d’écoutants concentrés
– Jouir de l’heure bleue, des ambiances vespérales et de leurs sons naissants, et d’entre chiens et loups, à l’estompement du jour
– Se diriger vers un musicien de rue, puis vers une table de restaurant, puis encore ailleurs, en jouant à mixer les sources et les ambiances in situ
– Frissonner sous la puissance acoustique d’un feu d’artifice urbain, d’un orage en montagne, d’un bagad trouant la ville d’une fière tonitruance en marche
– Apprécier les rythmes des skate-boards et des rollers se jouant des aspérités du sol, des obstacles minéraux
– Se sentir revigorer par l’explosion de rires estudiantins festifs, à la veille des vacances
– Entendre et tenter de dicerner la musique de moult accents, langues, dans la rue piétonne d’un quartier historique
– Rester un très long moment à l’écoute des pointillismes sonores flutés des crapauds amoureux
– Surprendre une étrange polyphonie instrumentale s’échappant des fenêtres ouvertes d’un conservatoire de musique
– Attendre que la dernière goutellette se soit briser sur la rive, après le grand remue-ménage aquatique d’une péniche remontant un fleuve
– Sentir le crépitement de la pluie sur un poncho de randonneur
– Guetter l’orage qui s’approche inexorablement, jusqu’à son paroxisme de sons et de lumière, puis le laisser filer
– Se tenir sous un peuplier tremble pour jouir du bruissement du vent dans ses feuilles
– Oublier et masquer la ventilation tenace pour aller chercher au loin des voix enjouées
– Se jouer des brusques coupures acoustiques au détour d’une rue, d’une place
– Attendre l’événement, la cloche, le train, ou le plus imprévisible, laisser s’installer la sérendipité
– Apprécier les ronronements rythmés des valises à roulettes faisant chanter les sols des gares et des aéroports comme une invitation au voyage
– Penser que telle place, à tel moment, est unique à l’oreille, et que ce que nous lisons, tel un livre d’images sonores ouvert, ne se reproduira plus
– Profiter de l’énergie acoustique dégagée par une cour de récréation en pleine ébulition
– Faire résonner ses pas, traîner ses guêtres, avec d’autres promeneurs urbains, dans un concert de semelles battant le territoire
– Marcher à contre-courant d’une allée investie par une foule de joggers rythmant l’espace de souffles haletants et de foulées crissantes
– Faire sonner, racler, mettre en vibration, les grilles, les portails, les sculpures métaliques
– S’étourdir de l’inconnu, d’une inquiétante et stridulante première nuit en forêt équatoriale
– Penser son quartier comme un espace exotique à redécouvrir chaque jour
– S’assoupir sur un banc poste d’écoute, bercé des milles et une rumeurs urbaines
– S’inventer au quoitidien une infinité de voyages sonores pour combler et tenir en haleine ses oreilles comblées

soundwalk-1

DU TERRITOIRE AU TERROIR SONORE

PARCE QUE L’ECOUTE ET LA CONSTRUCTION AUDIO-PAYSAGERES NE SONT PAS CHOSES SI SIMPLES

l-alsace-villes-villages-et-vignobles

j’au décidé d’être artiste, écoutant engagé, marcheur arpenteur

une oreille vers les autres, respectueuse

un regard et une oreille vers le paysage, multiple, partagé

d’avoir une concience écologique, voire écosophique assumées

un engagement social, politique

je tente de mettre en Oeuvre, ou espère bien le faire

des communs à stimuler, partager, révéler

des patrimoines à défendre, à protéger, à voloriser, à portée d’oreille(s)

des réseaux à construire, inter-disciplinaires, trans-disciplinaires

de méthodologies et outils à co-concevoir, diffuser

une ou des économies alternatives à intégrer, développer

des croisements de pratiques, de savoirs, de points de vue et de points d’ouïe

des ancrages in situ, territoires et terroirs sonores

des territoires à écouter, aménager

des territoires mille-feuilles, sons compris

une sensibilisation – transmission et un enseignement nécessaires

une recherche impliquée

des expériences de terrain, et terrains d’expériences, collectives

des modes d’écritures croisées

des ressources elles aussi collectives, participatives

un tourisme culturel, intelligent et respectueux

Une pensée locale, en même temps qu’universelle

une modeste mais réelle philosophie de l’écoute, essentiellement paysagère et environnementale

Une approche humaine, au service des autres

des croisements et rencontres, des ouvertures

une intermédialité non exhaustive, non contraignante

une démarche sensible

des passerelles et actions convoquant des projets arts/sciences

des invitations et échanges publics-chercheurs-artistes-pédagogues-élus-aménageurs-techniciens-entreprises, et plus encore si affinités…

des lieux connectés, un maillage d’acteurs, de penseurs, de décideurs, de passionnés

une histoire, des récits, des narrations à écrire, à plusieurs voix

une idée, une pensée, du territoire au terroir sonore

et du plaisir de faire ensemble !

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE EN ARDOINAIS

OREILLES EN SEINE, ET EN ECRITS

PAS-Parcours Audio Sensible en Ardoines

vitry-sur-seine_centrale_photoedf

Vitry sur Seine, quartier des Ardoines, le retour.
Après y avoir effectué une première balade, PAS – Parcours Audio Sensible en nocturne, l’an passé, je ramène mes oreilles, entre industries et bords de Seine, quartier des Ardoines, par de chaudes journées estivales.
Ces parcours d’écoutes s’inscrivent dans la programmation de « Gare au théâtre« , structure culturelle vitriote initiatrice entre autre des Balades en Ardoinais.
Entre repérage et parcours d’écoute collectif, tout de même une trentaine de personnes en ce mois d’août, des sons me reviennent aux oreilles, et j’en découvre quantité d’autres, sur un itinéraire parfaitement identique à celui de l’an passé.
Identique en tout cas au niveau du trajet, car pour ce qui est des ambiances, vraiment très différent.
Aussi différent que le jour et la nuit, car le précédent partait à 21H, entre chiens et loups, et ce dernier à 14H.
Villes en répétitions…
Des RER qui rythment le paysage, nous partons en effet d’une gare à l’autre (Les Ardoines – Gare de Vitry).
RER feulant, grondant, ferraillant, cliquetant, dans le vacarme de la proximité, ou dans l’étouffement du lointain, ou dans un entre-deux… selon les endroits.
Une scène que j’adore, nous somme tous accoudés sur un pont surplombant les voies du RER, un immense tuyau nous occulte la vue au loin, le paysage, nous laissant apercevoir en contre-bas, juste une très étroite portion de rails.
Attente… Assez courte du reste… Les rails se mettent à chanter, à vibrer, à gémir, et soudain, un, puis deux RER passent en trombe, prenant nos sens par surprise, surtout la vue. Effet acousmatique, cinétique, surprise…
Glissements.
Des rails impétueuses aux usines relativement calmes, en passant par de courtes séquences habitées, et puis bien sûr, la Seine q’on longera un moment donné, assez longtemps, passage inévitable.

centrale-vitry-alimentation

Transitions de ville en franges de ville.
Des rythmes différents, des rumeurs différentes, des ronronnements, des chuintements furtifs, des ambiances diffuses, et industrieuses.
Assez peu d’humains, bien que…
Etranges atmosphères.
La ville-travail à l’oreille, qui persiste et résiste, jusqu’au mois d’août.
Un lourd portail métallique se met en branle, nous venons y tendre l’oreille de près. Il s’ouvre dans une séries de grincements-gémissements, lentement, laissant s’échapper au dehors les résonances d’un vaste hangar, et se referme de même. Fin de la séquence.
Visions sonores.
Les yeux participent à l’écoute. Ils fabriquent eux aussi, parfois, du non entendu.
Ils nous font imaginer, vivre, recréer, des ambiances virtuelles, mentales.
On entend ainsi les discours, dialogues, les grondements des tyuaux, des cheminées, des engins, engins forcément mécaniques, des matériaux chahutés, puis des grues immobilisées, le tout visuellement sonifère.
Et puis nous voilà, une rue rapidement traversée, presque sans crier gare, sans qu’on s’y attende vraiment, au bord de l’eau.
La veille, j’avais déjà été promener mes oreilles en bord de Seine, dans une portion de Paris Plage, profitant de la douceur pour me prélasser sur un confortable transat. L’écoute fut rythmée de fréquents passages de bateaux
mouches, desquels s’échappait une bouillie vocale amplifiée, paroles yaourtes des guides, s’extirpant de mauvais hauts-parleurs, non sans rappeler les annonces de gare entendues de loin, façon Tati.
La méandreuse Seine structure la capitale dans un dépoiement de paysages propres aux fleuves se coulant sans complexes au sein-même de l’urbanité.
Mais revenons à notre balade.
La Seine s’étale devant nous, exactement, aquatiquement rafraîchissante.
Et tout change, se transforme à nouveau.
Estompement assez rapide des voitures.
La Seine se prélasse, séparant gentiment mais nettement vitry d’Alforville, chacune se regardant tout en se mirant dans les ondes traversantes.
Pour écouter le fleuve, il faut tendre l’oreille, s’y pencher, aller dénicher les glouglouttis, surtout aux abords des pontons et installations portuaires, imposantes machines à roues, bassins desservant la centrale thermique voisine. Autre silouhette emblématique du quartier que cette centrale, avec ses deux énormes cheminées phares totémiques blanches et rouges.
La Seine est donc peu audible, sauf quand passe une péniche qui vient réveiller la tranquilité de ses eaux estivales  allanguies.
Dans le sillage des bateaux, des vagues viennent s’écraser à nos pieds, clappotements qui vont en s’estompant progressivement, jusqu’au prochain passage.
La traine des bateaux déchaine également, superposées aux ronronnements des moteurs, de sourdes et grondantes bulles sonores, jolis et étranges chants qui se résolvent en petites explosions mouillées de graves écumes.
Les chemins de berges sont rythmés de pas rapides de moult joggers, qui font crisser le gravier des sentes, tout en soufflant rythmiquement – cheu/cheu..Cheu/cheu..Cheu/cheu… Puis des vélos discrets, et de simples marcheurs
conversant…
Sous une imposante trèmis, j’installe momentannément des sons aquatiques justement, et acousmatiques, autour du public, profitant des réverbérations locales – Petites séquence musicale décalée, qui fait son effet en venant réveiller l’oreille, la tirer vers d’autres ambiances à mi-parcours. l’expérience durant deux bonnes heures, il convient de varier les postures, les surprises, pour redynamiser de temps à autre, notre potentiel de promeneur écoutant.
Plus loin, ce sera la structure métallique d’une grue portuaire que nous ferons chanter à l’aide de baguettes frottantes, l’oreille des promeneurs collée à même la matière, qui nous offrira une série d’harmoniques amplifiées assez incroyables. L’expérience d’écoute à »oreille collée » avait déjà été faite sur un large portail et des grilles métalliques. Micro-musique des matières… Aller vers le détail habituellement inouï, passer de macro à de micro paysages auditifs.
Une clairière herbeuse accueil une fête, un rassemblement de motards. La musique amplifiée va rebondir sur les berges et les bâtiments d’en face, dans un effet d’écho/résonance des plus spectaculaires, pour notre grand plaisir d’écoutants.
Le matin, lors de l’ultime repérage, c’est un saxophoniste solitaire qui travaillait dans ce même endroit, des traits d’une musique résolument be-bop.
Nous passons sous un large pont en travaux. Ces derniers généraient lors du repérage matinal, d’incroyables cliquettis qu’hélas, je ne retrouverai plus cet après-midi. Mais c’est le quotidien de ces PAS, et j’en ai depuis longtemps pris mon parti. D’autres surprises viennent compenser.
Au terme de ce trajet riverain, une chute gronde sourdement, coupant radicalement la Seine tandis qu’une écluse permet aux embarcations de l’éviter.
Replongée dans les usines et entrepôts qui, en ce samedi après-midi, se sont en grande partie vidés, désertés, immergeant les lieux dans une torpeur, un assoupissement reforcé par une chaleur prégnante.
Nous longeons, via un étrange sentier, les voix des RER, que nous retrouvons et suivons cette fois-ci de très près, à l’approche de la gare de Vitry, notre point de chute. Notre marche est alors régulièrement scandée perturbée de passages de trains, à assez grande vitesse, qui nous assaillent dans une tempête de bruit zébrant l’espace d’éclairs d’acier. Nous ressentons une certaine insécurité, ou fragilité, face à ces monstres tonitruants, mais une expérience somme toute, et paradoxalement assez euphorisante.
En contrepoint à ces sonorités agressives, certains d’entre nous portent, et s’échangent des petits haut-parleurs qui distillent tout au long du groupe une douce méloppée, venant reconstruire une entité acoustique dans notre « procession sonore » qui arrive à son terme.
Rendus au théâtre, nous appréçions des rafraîchissements bien mérités. Je dis quelques mots sur les principes de l’écologie sonore, comme au terme de beaucoup de mes PAS. Après cette expérience de partage d’écoute, et les nombreuses scènes et ambiances acoustiques traversées, l’oreille saisit et entend généralement bien le message.
Cherchons ensemble, envers et contre tout, la belle écoute.

012-syl_6201

NB : Le quartier des Ardoines à Vitry connait actuellement une vaste restructuration urbaine, classée Opération d’intérêt national (OIN), et inscrite dans des projets d’envergure du Grand Paris. Les balades urbaines en Ardoinais, y compris sonores, qui y sont menées, permettent de se mesurer au terrain sensoriellement, et de vivre ses transformations in situ.

Desartsonnants aime tout particulièrement placer l’écoute à l’intérieur de projets liés tant à de nouvelles formes de tourisme culturel, qu’à des problématiques d’aménagement du territioire.

Inauguration d’un Point d’ouïe au Prieuré de Vausse

Le Prieuré de Vausse en écoute

Le 18 juillet 2016 à 18H30, lors de la Word Listening Day – Partenariat CRANE Lab Vausse AnimationsLe festival Ex-voO -Desartsonnants

27851473253_769d05d842_k

@Crédit photo  Yuko Katori

J-1, repérage
Après un petit périple dans la magnifique campagne de l’Auxois, que j’apprécie de plus en plus au fil de mes venues, nous arrivons, en bordure de forêt, aux portes du Prieuré, entouré, protégé même, me semble t-il, par une nature joliment accueillante.
Nous effectuons, guidé par l’un des propriétaires du lieu, un repérage des différents espaces du Prieuré. La cours de la ferme, l’ancienne église, aujourd’hui salle d’exposition et de concert, la magnifique bibliothèque, hélas fermée au public, le cloître, et lui attenant le surprenant «Jardin des sensibles », pour finir par l’ancien et imposant four de la faïencerie locale, avant que de revenir vers le cloître.
Il se dégage de ses différents espaces un sentiment  de calme, de quiétude, d’apaisement qui, dans des époques un brin agitées, nous offrent un havre de paix oh combien appréciable, mais j’y reviendrai en vous contant notre belle écoute du lendemain.
Le point d’ouïe est assez vite choisi, je vous le détaillerai également le moment venu.

28184378430_00c83e0506_k_d

Entrer une légende

@Crédit photo Yuko Katori

Jour J – Un PAS et l’inauguration

18H30, le public est présent, assez nombreux en ce lundi estival, certaines personnes ayant même décidé de participer aux deux inaugurations de la journée, à Montbard, et ici, sur la commune de Chatel-Gérard.
Comme à l’accoutumé, une courte présentation de la World Listening Day, de l’écologie sonore qu’elle défend en donnant à entendre ce jour de multiples paysages, et enfin de ce que signifie et représente pour moi le fait d’inaugurer un point d’ouïe.
Nous commencerons notre Parcours à l’extérieur de l’enceinte du Prieuré, face à un vaste champ, fermé à l’horizon, d’une barrière de collines boisées. J’ai pour habitude de préssentir les espaces acoustiques à échos, et de les tester en les faisant sonner de ma trompe, pour vérifier mon pressentiment. Ce que je fais donc ici. Et, à ma grande déception, rien ne se passe a priori. Mais voila que quelques micro secondes plus tard, dans le lointain, assez loin à vrai dire, trois échos me répondent. De beaux échos ! Je réitère donc plusieurs fois l’excitation des échos, avec succès. Le paysage au loin, complice, nous répond. Une belle entame pour explorer de l’oreille le Prieuré dans lequel nous pouvons rentrer maintenant.
L’oreille resserre son écoute dans la cour du Prieuré ou des enfants jouent, ponctuant l’espace de leurs frais rires et cris.
Nous passons dans le prieuré même, avec un arrêt à l’entrée, sous les voûtes du déambulatoire entourant le jardin central du cloître.
Une nuée d’hirondelles nous y accueillent en tissant de volubiles traits sonores qui irisent l’espace dans une dynamique qui nous ravit l’oreille.
Une sculpture de métal sonne joliment dans la réverbération des lieux, lorsqu’on l’excite de baguettes caoutchoutées.
Le centre du jardin ré-ouvre notre écoute, notamment vers une nouvelles nuée d’hirondelles et de moineaux piaillant en se partageant l’espace.
J’installe temporairement une installation sonore mobile se jouant des lieux en lui greffant momentanément des sons tout à fait exogènes, qui leurs confèrent une étrange ambiance peuplée de cris d’animaux, auxquels répondent en contrepoint les feulements de la sculpture centrale caressée.
Nous passons dans le « jardins des sensibles ».
A chaque passage d’un lieu vers un autre, les ambiances changent sensiblement, avec des espaces aux plans sonores plus ou moins resserrés, aux ambiances nettement différenciées, néanmoins tout en restant dans une harmonie homogène, baignée d’une sérénité propre à ce genre de lieu. Les pierres et les végétaux semblent entretenir ici une belle connivence pour protéger la quiétude ambiante, sonore y compris.
Le passage, assez long dans le jardin, sera un moment fort, instant de grâce, où la synergie du groupe d’écoutants soudera une écoute collective pour le moins intense. Des moments d’une rare intensité émotionnelle, un partage sensoriel en acmé, comme l’instant le plus fort d’un orchestre transporté par la musique même qu’il interprète. Ici, la musique est celle des lieux, et les musiciens des abeilles, le vent dans les arbres, des voix d’enfants au lointain, et moult bruissonnements ambiants.
Chaque écoutant se poste là où il veut, s’immobilise, s’assoit, s’allonge, immergé dans une ambiance acoustique vivifiante. Plusieurs nids d’abeilles font frémir un coin de mur d’une onde doucement vrombissante. Chaque point du jardin résonne d’une vie propre, mais qui tisse un tableau sonore joliment unifié. Nous auscultons les arbres et les plantes du bout de longue-ouïes.
Difficile de s’extirper de cette ambiance pour revenir au cloître, lieu élu au final pour l’inauguration du nouveau Point d’ouïe.
Dernière phase d’écoute, celle-ci pour inaugurer officiellement le point d’ouïe, et les oiseaux sont plus que jamais de la partie dans ce silence incroyablement habité.
Il me semble, et je le dirai pour clôturer la cérémonie d’écoute, que nous retrouvons collectivement une partie du silence monacal que les pierres auraient conservé, presque magnifié au fil des siècles, pour s’offrir encore aujourd’hui à qui sait aller les dénicher du bout de l’oreille.
Ce nouveau Point d’ouïe, qui sera également signalisé in situ et géolocalisé via internet, sur une cartographie spécifique.
Cette journée de la World Listening Day fut très riche de sons et d’actions d’écoute partagés, dans deux sites magnifiques, avec le parc du Château Buffon à Montbard, et tellement différents acoustiquement.
La beauté visuelle des sites résonne directement avec leur beauté sonore, même si cette dernière est beaucoup moins perçue au quotidien que la première. Ces journées sont notamment là pour révéler ces sites auriculaire remarquables.

28435120926_c4e088593d_k_d

@photo Yuko Katori – CRANE Lab

Prieuré de Vausse

Vausse Animations

Cartographie des points d’ouïe inaugurés

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

INAUGURATION D’UN POINT D’OUÏE À MONTBARD

MONTBARD, DOUBLE POINT D’OUÏE ET LIGNE D’ÉCOUTE

Parc du château Buffon de Montbard, le lundi 18 juillet à 16H, pour la World Listening Day

28435036656_5bf8bbb260_n1Crédit photo @Yuko Katori

Jour J-1, 17 juillet vers 12H, repérage
Nous avons envisagé cette inauguration sur le site du Parc du château Buffon, car sa position dominante sur la vallée, ses différentes terrasses, chemins, falaises et escaliers donnent l’occasion d’effectuer un PAS-Parcours Audio Sensible préalable, riche en diversités acoustiques. C’est une façon de se mettre l’oreille en appétit avant la cérémonie d’inauguration elle-même.
Je découvre à cette occasion, merci à l’ami Jean Voguet qui m’accompagne dans l’écoute et me guide pour cette préparation, un chemin-escalier escarpé et sinueux, qui longe une enceintes extérieure du parc Buffon, et fera une belle entame de promenade écoute.
Lors du repérage, nous arrivons au sommet du sentier-escalier à midi tout juste, au pied de l’église du château, dont la cloche nous gratifie à point nommé d’une belle volée, pour l’angélus de la mi-journée. Un arrêt s’impose pour profiter de cet appel d’airain, juste sur nos têtes, car je sais pertinemment que nous ne l’entendrons pas demain. Cette longue volée n’en finit pas de s’éteindre, espaçant progressivement ses coups, nous faisant croire que c’est le dernier, avant que de repartir sur son inertie du mouvement balancier. C’est un beau decrescendo, un ralentissement capricieux, qui nous fait entendre, dans les derniers silences de plus en plus longs, l’étrange bourdonnement, un brin « faux », ou en tout cas inharmonique, comme diraient les acousticiens, de la cloche battante.
Ces derniers battements éteints, un chant nous parvient, ponctué de paroles dans une résonance très accentuée. Il s’agit de la sortie de la messe dominicale, qui s’échappent des fenêtrons de l’église et par la porte principale ouverte. L’orgue s’’y joint, véloce et magistral, remarquablement bien joué du reste… Un enchainement d’une belle séquence sonore que nous n’aurons pas non plus demain, pour le parcours officiel. Tel est la vie  toujours changeante d’un paysage sonore, au jour le jour. Demain sera tout autre à l’oreille !
Arrivé sur la terrasse haute du parc, nous pensons à deux points d’ouïe possibles, que nous avons préalablement déjà écoutés, lors de la préparation et de l’installation plastique et sonore Canopée.
Un choix cornélien qui nous fait prendre une décision pour trouver un nouveau modèle de points d’ouïe, inédit et donc inouïe. Il sera cette fois-ci double, relié par  une ligne d’ouïe, une ligne d’écoute, permettant le passage auriculaire, en marchant d’un point à l’autre. Explication au chapitre suivant.

28467646675_528889590a_kCrédit photo @Yuko Katori

Jour J – 18 juillet à 16 – PAS et inauguration
Rendez vous dans la cours du Musée Buffon, en présence de Madame le Maire, le Directeur culturel du musée, et un groupe d’oreilles curieuses, intriguées par l’étrange idée d’inaugurer un Point d’ouïe.
Temps chaud, très chaud, voire caniculaire.
Un petit moment d’explication autour de la World Listening Day, des principes d’écologie sonore que défend cette journée, de la notion de PAS* ou de son histoire aux regards des soundwalks Canadiens et Nord-Américains.
Nous nous ébranlons, dans cette marche d’écoute collective, que je guide une fois de plus, avec ce sentiment de bien-être, de joie même, lié à ces moments de partage où l’on sent une énergie, celle de l’écoute partagée, qui émane de notre petite communauté du moment. Je répète souvent cela, mais c’est tellement énergisant dans un monde parfois timoré, où la communication se fait très (trop) souvent à coup de mails, de chats et de SMS. J’arrête là cette digression sociale pour reprendre le fil de la marche, et de l’écoute.
Nous gravissons progressivement de très anciens escaliers, entre deux murs épais, longeant le parc du château. Une toute petite partie de la ville se montre, cernée, cadrée, encadrée dirais-je, par une fenêtre visuelle et auditive, tranche verticale de ville qui dessine derrière nous. Nous nous retournons, lui faisons face de temps à autre, au fil des paliers, pour la regarder/écouter. A un moment, bel impromptu, presque à croire qu’il était programmé, une mobylette passe, gaz à fond, dans cette partie escarpée. Elle s’affiche brièvement dans l’encadrement en contre-bas. On l’entend arriver, sans la voir, dans un premier temps, dans un crescendo bourdonnant. Puis elle franchit très vite notre espace-fenêtre, le son subitement perçu très fort, disparait assez vite, laissant se réinstaller une calme et ténue rumeur urbaine. J’adore ces instants où l’on découpe l’écoute en fenêtres spatio-temporelles, très fréquentes dans l’espace urbain, effets garantis, et qui sont visiblement fort appréciés des promeneurs.
Un peu plus haut, dans le même chemin, je décide de décaler l’écoute en installant, via de mini haut-parleurs autonomes, huit sources sonores forestières et aquatiques, micros bulles sonores spatialisées, qui se répondent et s’installent de façon presque incongrue dans ce lieu minéral. Instant d’écoute acousmatique, après lequel nous laisserons à nouveau se réinstaller les sons « naturels » de l’espace.
En haut de l’escalier, plusieurs virages à angles droits viennent nous couper de la ville, nous sommes enserrés par les murs et les sons urbains étouffés par ces derniers, seule la gente avicole permet une sorte de continuité, notamment avec un beau chant d’oiseau. C’est un merle virtuose, fier et impétueux, qui semble nous suivre, et nous guider vers le haut.
Débouché sur la terrasse supérieure, qui domine Montbard sur deux versants Est et Ouest. Nous écoutons tout d’abord le centre du parc, où des sonorités assez indéfinies émergent des deux vallées, avant que de longer la muraille Ouest, donnant une vue sur le versant plus rural de la ville. Au bas, de grands arbres qui bruissonnent sous les caresses du vent. En contre-bas, des usines, des aciéries, muettes à cette période estivale, mais qui, aux dires des promeneurs, rythment la vie de la ville par leurs sons des « tubes » manipulés, barres métalliques fabriquées ici, et signature acoustique locale incontournable. On peut d’ailleurs jouer aux sons-fantômes, à les entendre dans sa tête, surtout que nombre d’entre nous les connaissent pour les avoir déjà entendus, et peut-être même écoutés, qui sait.
Quelques oiseaux rythment notre marche, mais la chaleur étant assez prégnante, beaucoup moins que ce que nous avons connus précédemment, lors de l’installation de Canopée, où choucas, corbeaux et passereaux se partageaient les arbres avec forces cris, surtout choucas et corbeaux ! Ici, ce sont plutôt des chants isolés, ciselés, discrets par rapport à certaines périodes d’écoute dans ce même parc.
Arrivés contre la tour située à l’extrémité de la terrasse supérieure, nous profitons du surplomb pour écouter, en contre-bas, l’installation sonore et avicole d’un certain Desartsonnants, vue et entendue du haut, effet canopée oblige. Des sons d’oiseaux, un brin remaniés il est vrai, émergent ici et là, se mêlant aux « vrais» oiseaux, semant parfois le doute sur le qui est qui, qui est rapporté et qui est indigène, qui est un véritable syrinx emplumé et qui se cache derrière un micro-haut parleur suspendu sous la frondaison sylvestre.
Puis nous revenons vers le centre du parc, pour préciser notre choix sur le, ou plutôt les points d’ouïe. en effet, cette terrasse haute du parc domine deux versants très différents de la vallée, côté Ouest et côté Est, avec des couleurs sonores, ambiances, sources, effets acoustiques somme toute très différents. Côté  Ouest, une rumeur tranquille, des arbres bruissonnants, la rocade au loin… Côté Est, la ville très proche  à nos pieds, des voitures, des voix, des sons plus émergents, plus diversifiés et plus denses sans doute, selon les heures et les saisons.
Cruel dilemme, choix cornélien, quel point d’ouïe élire pour l’inauguration ?
Réponse adaptée à ce cas de figure particulier : les deux – un à l’ouest, l’autre à l’Est, quasiment en vis à vis. Nous décidons de tracer entre les deux, pour les réunir, une ligne d’ouïe immatérielle, empruntant un chemin qui mène l’écoutant d’un site auriculaire à l’autre. Il nous faut le parcourir lentement, pour apprécier, dans un long fondu-enchainé, la transition d’une ambiance à l’autre, la transformation progressive du paysage sonore d’un versant à l’autre. Bel exercice d’écoute entre ces deux espaces panoramique, et un lieu rêvé en fait.
Point Est, nous inaugurons officiellement le Point d’ouïe. Madame le Maire, dans son discours inaugural, nous parle avec beaucoup d’à propos et de finesse, d’écoute, de paysages, de vie sociale, de territoire à  entendre, de signatures sonores locales…
Nous inaugurons officiellement ce lieu d’écoute par quelques minutes, non pas de silence, mais d’écoute justement.
Quelques jeux acoustiques, des longue-ouïes pour porter une oreille sur la vallée, et le fait de faire entendre comment, en reculant de quelques pas du mur d’enceinte vers l’intérieur du parc, les sons de la ville s’estompent très rapidement pour laisser place à ceux du parc, et vice versa en avançant vers le mur.
Nous parlons avec la municipalité de la matérialisation, de la localisation et de la pérennisations des points d’écoute, par de petits panels – consignes, qui expliquent in situ, en quelques mots la finalité de ce « portée d’oreilles ». Reste à voir les formes possibles, le parc étant sur un site classé aux Monuments Historiques et donc protégé. Si l’écoute y est totalement libre, l’affichage d’informations pérennes reste soumis à la validation des architectes des bâtiments de France.
Nous finissons par une dernière visite écoute de l’installation Canopée, en empruntant un bel « escalier noir « , à l’acoustique très intime, avant de déboucher sur la terrasse inférieure, vers de toutes autres ambiances visuelles et sonores, au pied d’une falaise sur laquelle se dresse le château Buffon.
Nous nous disons une dernière fois que ce très beau parc constitue un terrain et un écrin d’écoute vraiment privilégié et presque incontournable.
Nous y reviendrons d’ailleurs pour d’autres PAS lors des Journées du Patrimoine, en septembre 2016.
Grâce aux partenariats avec la ville de Montbard, CRANE-Lab, le musée Buffon, Desartsonnants, le festival Ex-voO, Montbard est devenu cette année un lieu d’écoute remarquable et je l’espère remarqué.
Départ pour le deuxième site point d’ouïe à inaugurer dans cette journée, le Prieuré de Vausse, à Châtel-Gérard toujours dans cette belle région de l’auxois. A suivre donc !

Cartographie : ICI

* Parcours Audio Sensibles – @Desartsonnants

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

ÉVOLUTIVE ÉCOUTE

28435036656_5bf8bbb260_n

Au début, j’écoutais pour écouter, par jeu, par plaisir, ce qui était déjà je pense, un bon début.
Puis, j’ai chercher à m’expliquer, et à expliquer à d’autres, ce que j’écoutais, avant que de tenter de définir ce qu’était, pour moi l’écoute, les fonctions, les actions, les rituels, les expériences, les recherches, les aboutissements, les choses restant à explorer, et il en reste tant et tant…
Aujourd’hui, je n’ai pas vraiment modifier ma trajectoire, si ce n’est que j’ai progressivement placé le partage de l’écoute comme une priorité absolue, jusqu’à en faire une base fondamentale, vitale, de mon travail, sans laquelle tout le reste n’aurait guère d’intérêt, voire serait totalement dénué de sens.

Enregistrer

POINTS DE VUE, POINTS D’OUÏE ET ORIENTATION

PAYSAGES ORIENTÉS – BELVÉDÈRES – BELLES-ÉCOUTES

 

41_mfarcypaysagesorientesweb018@Mathieu Farcy – Paysages orientés

La notion de l’orientation, de tables d’orientation, de panoramas, de belvédères – littéralement belle vue – me questionne régulièrement par rapport à l’écoute.

Un point de vue remarquable est-il (toujours) en adéquation, en résonance avec un point d’ouïe, qui serait lui aussi remarquable ?

Peut-on orienter l’écoute ? Et si oui comment ?

Quelle est la part de manipulation sensorielle qui pourrait insidieusement inscrire le regard (et/ou l’écoute), dans une catégorisation restreinte du beau, ou d’un beau commun totalement préfabriqué ?

Et ce questionnement m’amène juste à la délicate question d’une certaine quête identitaire, que se pose également l’artiste photographe Mathieu Farcy, dans le travail autour du « Paysage orienté ».

Ce sont quelques questions, dont certaines récurrentes dans mon travail, qui jalonnent et construisent une réflexion, ici alimentée et en tous cas fortement réactivée par la découverte de ce magnifique travail photographique de Mathieu Farcy.

http://www.mathieu-farcy.fr/portfolio/-belvederes/

 

41_mfarcypaysagesorientesweb024

 

 

Enregistrer

POINT D’OUÏE SUR LE SILENCE

OBSERVER LE SILENCE (ET CE QUI LE COMPOSE)

 

silence-2

En lisant le très beau livre d’Alain Corbin*, consacré au silence, que l’intéressante polysémie de l’expression « observer le silence » me frappait soudain. Ayant pour habitude de ne pas trop dissocier, lors de mes PAS -Parcours Audio Sensibles,  la vue de l’ouïe, je trouvais là une entrée symboliquement  très intéressante pour me re-pencher sur le couple Yeux/oreilles.

En fait, lorsque l’on observe le silence, on fait silence ! Nous créons dés lors, un nouvel espace de silence, le matérialisons en quelque sorte, en le rendant presque tangible. Il est évident que ce silence, fabriqué de toutes pièces, ne peut pas s’imposer à tout l’espace environnant. Tout au plus,  faire silence implique, pour un groupe d’hommes, de se taire, d’éviter de « faire trop de bruit » à un moment et dans un espace donné. C’est un phénomène circonscrit, une action locale. Cérémonie avec minute de silence commémorative, lieu d’enseignement, de culte, de spectacle, on fait silence pour différentes raisons, alors qu’autour de nous la vie suit son cours, avec les voitures, les oiseaux, les avions, l’orage, qui n’ont cure de nos injonctions…
Dans cette fabrication d’une sorte d’attention sociétale, parfois rituelle, pouvant relever du cérémonial, nous pouvons donc observer le silence, même de façon très brève, je reviens ici à la célèbre minute de silence.
Or, par glissement sémantique, lorsque nous observons minutieusement le silence, comme un naturaliste observe de près une fleur, nous commençons à discerner de quoi il est constitué.
Dès lors, observer le silence revient à admettre qu’un silence, si profond et pur soit-il, est toujours peuplé, voire paradoxalement constitué de sons, même infimes . Je peux citer ici ’expérience de la chambre anéchoïde (ou chambre sourde) où John Cage vérifiait la véracité d’un silence illusoire, voire d’un « non silence* ». Ce qui lui faisait finalement dire, dans son livre justement intitulé Silence « « Le silence n’existe pas, il se passe toujours quelque chose qui produit un son. »**

Le silence n’est donc pas, physiquement, une absence totale de bruits, mais plutôt un espace où ceux-ci auraient tendance à s’amenuiser, à laisser place à une poche de calme, plus ou moins riche, plus ou moins calme, générant une certaine quiétude, mais parfois, comme un silence de mort, une véritable inquiétude, voire une peur de ce silence par trop…silencieux.
Observer le silence, c’est donc, ou en l’occurrence cela pourrait être, pris au pied de la lettre, une posture qui nous met en retrait de la scène acoustique, nous dé-immerge, pour que notre oreille puisse prendre du recul vis à vis de notre environnement sonore, et que nous ayons les moyens de le  comprendre, de le qualifier , de l’analyser sans doute plus objectivement.
Observer le silence nous ramène à la posture d’un sociologue, pour qui l’observation de terrain est une façon de construire de la « connaissance ordinaire »,  qui donnerait lieu ici un étude sociale du paysage sonore, même réduit à sa portion congrue sous le prisme du silence.
Entre observer pour construire, construire paradoxalement du « moins », et observer pour comprendre, pour savoir, l’écoutant que je suis peux ainsi naviguer entre la pratique partagée d’un geste presque silencieux, apaisant, et l’envie de comprendre un peu mieux comment fonctionnent nos relations avec l’environnement sonore, en tant qu’écouteurs producteurs.
Observer le silence c’est être acteur, avec la volonté de défendre des scènes acoustiques qualitatives, en tentant de faire la part des choses entre esthétisme, vie sociale, et une forme réfléchie d’écosophie du sonore.
Il y a peu, Max Horde me disait au fil d’une conversation »… toi, le musicien du silence… » formule qui m’a je dois dire amusé autant que touché, tant ce beau raccourcis correspond à mes aspirations présentes.

ecoutez-voir-le-remplacant-avec-sylvie-testud|x240-md1

*http://www.albin-michel.fr/ouvrages/histoire-du-silence-9782226323781

** « … La personne qui est entrée dans une chambre anéchoïde, pièce technologiquement rendue aussi silencieuse que possible, a pu y entendre deux sons, un aigu, un grave – l’aigu, le système nerveux de l’auditeur en activité, le grave la circulation de son sang. Ce sont là, manifestement, des sons à entendre et, à jamais, des oreilles pour entendre. »  J. Cage, entretien avec Jean-Yves Bosseur autour de 4’33 » Ed Minerve

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLES, VERS DES GLISSEMENTS ET BASCULES SPATIO – TEMPORELS

D’un moment à l’autre, d’un lieu à l’autre, dans l’entre-deux

Ce que je trouve très souvent le plus intéressant, notamment dans la pratique de mes PAS – Parcours Audio Sensibles, ce sont les espaces transitionnels, où l’on passe, plus ou moins progressivement, d’un état à un autre, où nos sens perdent parfois leurs repères, pour en retrouver d’autres, au gré de passages en glissements spatio-temporels.

15-09-05-Balade_en_Ardoinais-Anja003PAS – Parcours Audio Sensible en ardouainais (2015) – Desartsonnants – @crédit photo, Ville de Vitry/seine, services culturels

Glissements d’un espace géographique vers un autre

Qui, promeneur urbain, n’a déjà parcouru des trajectoires d’un centre ville vers des quartiers moins denses, des banlieues, des périphéries, voire vers des espaces naturels  péri-urbains, ou le cheminement à l’envers, avec des sensations d’apaisement, de dé-densification, ou le contraire. Ces passages, glissements immersifs,  contribuent à maintenir en alerte nos sens, titillés par les changements progressifs d’ambiances, les modifications de la perception, tous sens confondus d’ailleurs.

Glissements temporels, entre chien et loups, de l’aube à vesprée

Voyage aux bons de la nuit. Ici aussi, le passage de la lumière à la pénombre, jusqu’à, selon le lieu où l’on se trouve, l’obscurité plus ou moins épaisse, ou inversement, agit comme un catalyseur sensoriel où tout devient parfois incertain, ou donc où beaucoup de choses deviennent possibles. Entre chiens et loups, c’est heure à laquelle l’homme a du mal à distinguer les deux, où le chien peut se faire loup, où il ne faut faire confiance à personne, surtout pas à nos sens, souvent trompés pas l’obscurité croissante. La vue perd de son efficience, l’audition se réactive, comme par un rééquilibrage sensoriel déjouant les pièges nocturnes, tout en jouissant de ses atmosphères plus feutrées, plus mystérieuses, sans doute plus poétiques.

Espaces et moments de bascule

C’est au croisements de ces changements, à ces instants/lieux de bascule, où on n’est ni tout à fait là, ni tout à fait ailleurs, que l’aventure se révèle la plus pimentée, exaltante. Dans ces zones d’incertitude, de doute, l’imaginaire, entre peur et exaltation se révèle fécond, chaque sons ou ombres pouvant être une multitude de choses à la fois. Ces glissements nous entrainent parfois au cœur des hétérotopies façon Foucault, où un espace, un territoire peut en contenir d’autres, entre cité et vie « sauvage », ombre et lumière, vacarme et presque silence…

Enregistrer

Enregistrer

CARNET DE NOTES AURICULAIRES MÉDITÉRANNÉENNES

CARNET DE NOTES AURICULAIRES, PIÉTONNIÈRES, AUTANT QUE MÉDITERRANÉENNES

Loupian
C’est un petit village pittoresque, blotti dans la garrigue, tout près de l’étang de Thau.
C’est une halte régulière, depuis quelques années, pour y retrouver des amis, les créateurs et programmateurs l’espace 0rJJ25, cette année à l’occasion des 10 ans du lieu, et d’autre artistes.
Dans ce village, Desartsonnants, pour y avoir promené les oreilles à différentes reprises, retrouve à l’écoute des points de repères, passages voûtés, placettes ceinturées d’épais murs, grande rue, place centrale  et terrasses de cafés, bancs adossés aux murailles médiévales, magnifique acoustique de la chapelle Saint-Hippolyte… des lieux testés lors de précédents PAS – Parcours Audio Sensibles.
Cette année, ambiance festive, une série de performances et de concerts, d’expositions, viennent animer le centre du village pour l’anniversaire de l’0rJJ25.
Desartsonnants, invité à la fête, décide d’intervenir de façon légère, mobile, à l’improviste, autour de trois postures d’écoute en duo, enchaînées, ou non, à la carte.
Première phase, nous nous asseyons côte à côte, sur des chaise posées ici ou ailleurs. Je propose à mon co-écoutant de chausser une paire de lunettes au travers desquelles on ne voit absolument rien. Posture d’écoute en aveugle. Immersion auriculaire durant quelques minutes, on s’imprègne des ambiances environnantes, on habitue l’oreille à être quasiment seule maître à bord.
Puis doucement, je commence à approcher des oreilles de mon co-écoutant de douces sonorités exogènes, pour un massages sonores spatialisant autour de l’écoutant des sons issus de matières récupérées ici ou là – papiers, bois, boite à musique, billes, pailles de fer,  petits objets divers qui viennent bruisser tout près des oreilles, sans les toucher pour autant, s’approchant, s’éloignant, tournant autour…  C’est une sorte de musique acousmatique, sans dispositif amplifié, sans haut-parleurs, un espace intime au creux de l’oreille, laquelle est mise en appétit pour un PAS – Parcours Audio Sensible en duo, et toujours en aveugle.
Troisième phase optionnelle, néanmoins très demandée, nous partons, main dans la main, effectuer le PAS, une boucle au travers les ruelles et les placette du vieux Loupian. Les sonorités de la fête s’estompent lentement, decrescendo, qui ramènent à l’oreille des sons discrets, ventilation au loin, oiseaux, bruits d’intérieur s’échappant des fenêtres ouvertes en cette belle fin de soirée. Le village se livre, l’écoutant guidé perd ses repères visuels, en retrouve d’autre, l’ouïe bien sûr, la sensation du sol, des micro reliefs sous les pieds, les courants d’air fluctuant au gré des espaces, les sensations d’ombres et de lumière, de chaleur et de fraîcheur… C’est un parcours sensoriel bâti sur la confiance de celui qui guide, sur l’intime, les relations entre des écoutes communes, les lieux parcourus, les sons du moment…
Final crescendo, retour progressif vers la place centrale où les sons de la fête reprennent progressivement le devant de la scène.
On retrouve l’usage de ses yeux, on commente les émotions, l’expérience vécue le temps de ces trois postures d’écoute enchaînées.
Presque 4 heures de parcours enchainés. Une riche et dense expérience à creuser dans d’autres lieux, d’autres ambiances, avec d’autres écoutants, complices d’un instant.

Sète
Deuxième halte sudiste, sous le soleil exactement, dans la ville de Sète.
Ici aussi, des sonorités qui me sont petit à petit devenues familières, au fil de mes passages.
Le port, gréements, mouettes, remous, clapotis, bateaux, vent, un passage commerçant couvert, des halles bourdonnantes, avec de sublimes odeurs et couleurs, des invectives aux accents méditerranéens, et d’autres accents, ou langues, car ce sont, en ce début juillet, les  premières transhumances touristiques…
Les quais sont acoustiquement saturés par une circulation très, très, trop, dense.
Ce week-end, c’est la fête des marins. Défilés de fanfares aux clairons et trompettes un brin désaccordés, ambiances festives, quasi militaires, celles que Brassens, un des héros des lieux, raillait et vilipendait en son temps.
Puis, je monte vers le Quartier du Haut.
Alors, le paysage sonore s’éclaircit, se décante, s’apaise, se désépaissit. Le détail auriculaire reprend droit de cité.
Tout au bout de la corniche, une magnifique vue panoramique, les rumeurs de la ville, mouettes et goélands criards, toujours présents, presque carte postale sonore…
Le cimetière marin, Paul Valéry, des histoires fortement ancrées, si j’ose dire, dans le paysage sètois.
Au bas, la Criée, un nom qui veut bien dire ce qu’il veut dire, une sorte de rituel marchand, assez ésotérique pour le non initié, qu’il faut avoir vu et entendu au moins une fois dans sa vie.
Fin de journée, dans un atelier d’artistes, la Laiterie. Installation in vivo, non prévue initialement à cet endroit, d’une pièce sonore écrite il y a peu, pour et dans une forêt francomtoise. Transposition, délocalisation, un frottement d’univers, des décalages, images anachroniques. Une forêt atypique, au cœur des pentes Sètoise, le son nous joue détours.

85918345

Marseille
Massalia, 10e arrondissement, dans le Jardin du Mas Joyeux
Retour sur un lieu jardin, joliment niché sur les hauteurs du Xe Arrondissements, créé et animé par les amis des Rudologistes associés Sophie Barbeaux, paysagiste et Colin Bailleul, designer. Cet espace est une sorte d’oasis paisible, coupé de la « grande ville » toute proche, où Desartsonnants avait, avec des enfants du centre d’accueil attenant, installé il y a quelques mois un, voire deux Point d’Ouïe  inaugurés et signalisés.
Donc retour à ce point d’écoute, dans ce jardin caché au pied de la garrigue,avec des  discussions autour du son, du paysage, des jardins, de la cuisine, et de moult autres projets ou douces utopies.
Découverte du village des Goudes de nuit, calanque lunaire, étrange bout du monde, fin de ville surprenante, où l’on a envie de partir arpenter ces sites majestueux, où le blanc des rochers illumine un  paysage qui appelle le promeneur écoutant. A suivre…

goudes-1-1024x685

Marseille, l’urbanité toute crue, à pied
L’art de faire de l’anti tourisme urbain en marchant !
Choisir un jour à la météo assez chaude, voire très chaude.
Partir à l’heure zénithale.
Parcourir une assez grande distance, des dénivelés, des grands carrefours – par exemple du haut du quartier Saint-Loup jusqu’à Saint-Charles, via Castellanne, à Marseille bien entendu.
Suivre les avenues et rues les plus circulantes, bruyantes et autres « antes ».
Et s’apercevoir au final que tout cela n’est pas dénué d’intérêt, voire génère un certain plaisir, si si, celui entre autre de se frotter à la vraie ville, sur la durée, sur la distance, et ne pas être qu’un passant qui toiserait la cité de haut, ou de loin…

6573-01-52629117-a

Autre balade piétonnière à Marseille
Départ le vieux port, sous les fameux grands miroirs, trace de Marseille 2013 Capitale culturelle européenne. Rendez-vous avec un ami du MIM de Marseille, jean-Pierre Moreau, pour faire une promenade causerie urbaine à l’improviste. Durant cette déambulation, nous avons parlé, à bâtons rompus, Unité Sémiotiques Temporelles, écoute, parcours sonores, philosophie,  société, économie, formation, pédagogie, arts, acousmatique, politique, projets personnels, récit, narration, composition… Nous sommes montés jusqu’au pied de Notre Dame de la Garde, la Bonne Mère, et il y faisait très très chaud, avant que de redescendre tranquillement vers la mer. Depuis le vieux port jusqu’aux hauteurs, les sons de Marseille se sont progressivement apaisés, amenuisé, au fil de la montée, de petites rues en escaliers, avant qu’ils ne redeviennent plus denses  au terme de notre boucle urbaine.

Causerie en duo, écoute, balade, une façon qui m’est finalement devenue habituelle et très agréable, pour faire connaissance simultanément avec les gens, et les lieux…

L’autre pratique que je développe avec une certaine constance depuis quelques années, est celle de la chronique, qui vient parfois en appui, en contrepoint à mon vieil ami le magnétophone, mais souvent se suffit à elle-même. La chronique, entre description, ressenti, réflexion, coup de cœur voir coup de gueule, et une arme de description massive. Et bien au-delà de la pure description, le mot transcrit, engendre, crée du paysage, notamment sonore, mais plus largement sensible.

marseille-668737_960_720

Retour sur Lyon
C’est là que, paradoxalement, j’ai entendu le plus de cigales… Les temps changent.

Enregistrer

TERRITOIRES SONORES ET TOURISME ÉC(H)OLOGIQUE

POUR UN TOURISME ÉC(H)OLOGIQUE

19665498850_42df664693_k@Crédit photo Yuko Katori

Il me semble aujourd’hui important de développer un tourisme local, respectueux des lieux et des gens, construit sur de vraies relations humaines, et découvrant ou redécouvrant des patrimoines auriculaires parfois fragilisés par une société misant trop souvent sur un « commerce bulldozer »…

En cela, je croit que la notion de territoires sonores partagés peut participer à élaborer de nouvelles formes de tourisme, prônant une véritable éthique écologique, s’appuyant sur une écoute équitable, non énergivore, et la volonté de garder la relation humaine au centre-même du paysage, via une oreille ouverte sur le monde.

Les savoir-faire des maîtres saintiers, des campanistes, des ensonnailleurs de troupeaux, les belles acoustiques des sites naturels, des églises, les musiciens, chanteurs qui savent faire sonner les lieux, ainsi que ceux qui font chanter la pierre, le bois, les échos et réverbérations liés aux topologies, l’écoute des torrents et ruisseaux, du vent, les audionaturalistes qui nous embarquent dans de fabuleux voyages, les preneurs de sons qui jouent du paysage, les compositeurs paysagers, les plasticiens qui nous aménagent de surprenantes écoutes installées, les danseurs qui traquent la belle posture d’écoute, les conteurs, crieurs publics et slameurs qui donnent de la voix dans les espaces publics, les artistes marcheurs, les aménageurs du sensible, les chercheurs de silence, ou de calme… Autant de pratiques à développer, de réseaux, de domaines, d’explorations acoustiques, profondément voire intrinsèquement liés aux territoires, qui restent à explorer, voire à fabriquer.

Il est aujourd’hui possible d’entreprendre la lecture et l’écriture d’un ou de vastes paysages sonores en mouvement, de le revisiter et de les envisager de moult façons. Ces paysages ne demandent d’ailleurs qu’à se faire entendre, dans leurs belles harmonies comme dans leurs dérangeantes dissonances…

Pour qui sait justement entendre, ou donner à entendre, ces paysages-objets sonnants, à priori singuliers, ou surprenants, ils sont en fait à portée d’oreilles de tout un chacun. Leurs rencontres exigent néanmoins  le fait de savoir les débusquer, les révéler, parfois les protéger, ou tenter de les améliorer, et qui plus est en faire choses communes.

C’est pour cela qu’au fil du temps,  je suis devenu promeneur écoutant, paysagiste sonore, écouteur public, partageur de sons, traceur guide de PAS – Parcours Audio Sensibles, initiateur d’une forme de tourisme que je pense et veux éc(h)ologique…

Enregistrer

Enregistrer

CONFÉRENCE – SOUNDWALKING

 

LE SOUNDWALKING

« L’ÉCOUTE EN MARCHE »

24979509949_993be0bbb5_z

CONFÉRENCE DONNÉE À L’ÉCOLE D’ARCHITECTURE ET D’URBANISME DE MONS

Avec Transcultures et l’UMons, dans le cadre du cycle « Territoires numériques augmentés » – Le 25 février 2016

 

Vidéo de Zoé Tabourdiot

 

https://transcultures.be/2016/02/10/conference-cycle-territoires-augmentes-gilles-malatray-soundwalking/

La suite en février 2017, où Desartsonnants encadrera une semaine de workshop au sein de l’école d’architecture et d’urbanisme de Mons, avec les mêmes partenaires. Une façon de passer à la pratique de terrain, de la promenade écoute à l’écriture et mise en scène de paysages sonores urbains, des parcours d’architectures sonores partagées.

Merci à Lydia Bollen, Philippe Franck, Lucie knockaert,  de leur accueil permettant à Desartsonnants de développer des Sonic projets  et de belles rencontres.

Enregistrer

BACK TO THE TREES – CHRONIQUE D’UN PROMENEUR ÉCOUTANT FORESTIER

Back To The Trees, de Saline en forêt, nuit de boue, nuit debout !

13537568_10154305815246804_1646899237904816269_n
CHUTTT, Installation de Marie-Cécile Casier - Photo Magali Babin

 

De la Saline Royale d’Arc-et-Senans à la forêt de Chaux, ou plutôt l’inverse, le pas est vite franchi, la logique historique expliquant cette étroite relation depuis Louis XV.
De l’eau, du sel, du bois et du feu pour extraire par évaporation le précieux or blanc, les rapports du site industrie royale à la forêt productrice de ressources sont évidents.
Aujourd’hui, l’aventure du sel étant terminé dans cette région, restent les bâtiments, superbement  restaurés, et l’imposante forêt environnante.
A chaque retour dans la Saline, mon oreille se recolle au lieu via des sonorités et ambiances propres. Crissement des graviers, choucas, chouettes nocturnes, vents entre les bâtiments, réverbération des bernes, passereaux, grenouilles et grillons, tout particulièrement en été, multiples voix des touristes en journée, étranges échos dus à la symétrie et vis à vis de grands bâtiments de pierre…
Le jour, la Saline est animée, tout en restant, aux vues de ces imposants volumes, d’une grande finesse d’un bel équilibre acoustique. Des trains la jouxtant semblent entrer périodiquement dans l’enceinte-même du site, des voix de jeunes écoliers tout proches égaillent l’espace, la cloche dominant le village, résonne au loin, par vent favorable, l’activité des ateliers attenants, des travaux agricoles et horticoles intérieurs et extérieurs, forment un panorama assez typé pour en ressentir le cachet. Ces sons sont fortement liés à la géographie, à l’architecture des lieux, où résonances, filtrages, colorations, échos, réverbérations, tissent un paysage singulier et au final très attachant, d’autant plus qu’il est pour moi rattaché contextuellement à de riches périodes de création et qui plus est, à de belles rencontres.
Sans parler du plaisir que j’approuve à regarder, à admirer ce site, plaisir à chaque fois renouvelé, peut-être même grandissant, l’œil et le regard d’ailleurs éminemment complices.
Ce nouveau séjour à la Saline était cette fois-ci motivé par la rencontre Back To The Trees, où 80 artistes, plasticiens, musiciens, conteurs, manipulateurs de sons et de matières, d’images et de mots, se retrouvaient, sous l’égide de la Saline Royale et de l’Institut Supérieur des Beaux-arts de Besançon, pour une folle et magique nuit forestière, la deuxième en ce lieu.
Folle, cette nuit le fut vraiment, et pas seulement par sa programmation artistique !
La journée de la manifestation, ainsi que la nuit précédente furent, comment dire, copieusement arrosées. Des déluges d’eau tombée d’un ciel noir charbon se sont déversées, transformant les chemins en ruisseaux, voire en rivières, et toute la forêt glaiseuse en une gigantesque éponge moite, chuintante sous nos pieds, glissante à souhait, bref, un parcours d’aventure totalement imprévu.
Après moult hésitations et découragements, face aux recommandations préfectorales, aux remaniements nécessaires d’un parcours en partie inondé et peu accessible, à l’incertitude-même que le public ose venir patauger dans une forêt à la moiteur tropicale et francomtoise à la fois…
La décision arrive. l’alerte météo est levée, avec la décision de maintenir l’événement, les artistes sur place, un brin crottés plus déterminés et motivés que jamais, quitte à se concocter un programme interne, entre nous, si le public ne venait pas, grande incertitude persistante.
Et puis une sorte de miracle. Dés l’ouverture, le public arrive, des familles, des amis, des curieux…
Environ 1000 personnes au temps fort, qui ont osé braver l’immense marécage de la forêt de Chaux, contre vents et marées si j’ose dire, certains en mocassins de villes, d’autres en poussettes…
Incroyable déambulation de visiteurs glissant çà et là, naviguant entre flaques et ruisseaux, esquivant des zones inondées en coupant à travers bois, mais venant avec un grand sourire rencontrer les artistes, parler avec eux, s’embouer de concert.
Soulagement et joie mêlés.
Plus l’heure avance, nuit tombée, plus la déambulation se fait sportive, les pas des visiteurs ayant transformé les chemins en une coulée boueuse maronnasse d’une bonne épaisseur. Qu’importe, les acteurs jouent, racontent, les musiciens font sonner leurs instruments, chantent, les plasticiens tissent des espaces de lumière, des décalages poétiques, les installations sonores bruitent doucement la forêt ruisselante, des architectures de bois, des figurines shamaniques, des villages miniatures, des vêtements lumineux, des contes, des photos et miroirs transfigurant les lieux… La magie s’opère dans cette forêt, plus initiatique que jamais.
Les sonorités sont belles. Voix au loin, effet église avec la réverbération propre aux forêts de feuillus, puis voix soudainement très roches, au carrefour de plusieurs chemins, rires, exclamations, interpellations dans l’obscurité, de multiples voix parfois enjouées, parfois chuchotantes, qui animent sereinement l’espace.
Des bribes de musiques, au loin, ou proches, persistantes ou éphémères, des pointillés d’animaux fictifs, des récits amérindiens tapis dans des cabanes, des attablées festives et poétiques, des histoires de graines, d’Antigone, de canopée, des corps, des arbres, de l’eau, beaucoup, de multiples bruissements, grondements, qui traversent l’espace, se répondent, composent une mélodie sylvestre qui habille la nuit tombante, jusqu’à l’obscurité d’une nuit ponctuée de lumignons.
Et puis, comme un  tenace ostinato rythmique, le son de la boue piétinée, chuintante, nuit debout, nuit de boue, mais oh combien exaltante…
Retour à la Saline, exténué mais heureux, les yeux et les oreilles remplis de belles images, le cœur gonflé d’échanges et de rencontres, l’esprit se projetant vers de nouveaux projets évoqués ici et là. Saline lieux d’utopie s’il en fut, sachant qu’une part des utopies reste souvent réalisable, et au final, de réalise.

13521912_10154305817141804_1778682743313103601_n
Wooden Megaphones - Installation de Birgit OIGUS - Photos Magali Babin

La page de BTTT : https://www.facebook.com/Back-to-the-Trees-968421629875085/

Article Desartsonnants – SonosFaire : https://desartsonnants.wordpress.com/2016/06/18/rencontres-plastico-sonores-et-sylvestres-back-to-the-trees3/

PS : Pour la petite histoire, Desartsonnants a installé « Aqua ça cerfs », une pièce sonore composée en grande partie de sons aquatiques et de brames de cerfs… Pour l’aquatique, c’était sans doute un brin prémonitoire…

:

Enregistrer

Enregistrer

POINTS D’OUÏE – ZEN : ZONES D’ÉCOUTE NATURELLES

ZEN – Zones d’Écoute Naturelles

Si les Points d’ouïe n’existent pas sans l’écoutant, encore faut-il lui installer des conditions d’écoute…

Et si possible, de belles et surprenantes situations, pour mettre des oreilles en émoi, en vibration, en sympathie, avec le Monde.

C’est à la fois très simple et cela requiert une disponibilité  qui pourrait mettre en branle une écoute attentive, partagée, sur un Monde que nous n’écoutons hélas plus beaucoup, plus suffisamment.

Il s’agit de dépasser la fureur et le bruit, de (re)trouver une forme d’accordage entre nous, dame nature, la ville, et nos voisins avec qui nous partageons le même sol terrestre.

Il s’agit de reposer l’oreille sur des territoires partagés, ou à partager, de découvrir, guetter, voire construire de beaux silences habités, de chercher une forme d’apaisement militant, où l’écoute  rassemble les hommes de bonne volonté.

Toutes les chaises, encore vides, ci-après, nous invite à cela.

Si jamais vous souhaitez vivre des expériences ZEN (Zones d’Écoute Naturelles), PAS – parcours Audio Sensibles, parlez en à Desartsonnants, qui reste tout ouïe.

desartsonnants@gmail.com

ZEN – Zones d’Écoutes Naturelles – Des assises et autres Points d’ouïe « installés »

tumblr_msoypcP5U61r7emvho1_1280

tumblr_mdbfy07o6J1r7emvho1_1280

tumblr_mc5kr1W1sQ1r7emvho1_1280

2434868940_129e1f550d_b

4089386917_dc9eabeb21_b

4919383244_272064531f_b

517767834_60c64d1d03_b

5303968742_80b2aa10b0_b

5657944443_af61bcce29_b

7980061213_76fcb4534f_o

262184_585424544801278_1514331665_n8013404938_e082e9d6d1_k

GIVORS BANC

Gilles Malatray Desartsonnants

casa-munras-hotel-spa

CHAISES ÉCOUTE

AAEAAQAAAAAAAAb5AAAAJDM5NjY2YTQzLTk4MWYtNDEyMi05ZGY2LTU4Yjg2Njg4MTNmZQ

10394469_800059553337775_4682349832112226472_n

12063659_1075531602457234_294173307775118979_n

10425078_847448948598835_2492915813000726613_n

10660095_847449711932092_9190762952213334244_n

00

681_1122649701078757_2547301016570689846_n

544392_564125500264516_688697015_n

10606347_847453971931666_3896924599817667710_n

10653396_847456401931423_4607522757846799105_n

BAILLY

01

10610685_847453235265073_5001757498943157698_n

12190036_1088434041166990_8370567446677356366_n

6a00d8341c630a53ef0133f2d953c1970b

10983353_965152116828517_5121559582083903575_n

9d8a200a72aad0ea0d498cb55a9788b4

63d43ecc10be7f83ab11d93fb4335a5c

yza_0692

escapade-lyon-croixrousse-094

L’ÉCOUTE D’UN JARDIN SONORE PLANÉTAIRE

bas-cascade

« …Le Jardin Planétaire est une manière de considérer l’écologie en intégrant l’homme – le jardinier- dans le moindre de ses espaces. La philosophie qui le dirige emprunte directement au Jardin en Mouvement : « Faire le plus possible avec, le moins possible contre ». La finalité du Jardin Planétaire consiste à chercher comment exploiter la diversité sans la détruire. Comment continuer à faire fonctionner la « machine » planète, faire vivre le jardin, donc le jardinier… » Gilles Clément
Ces mots résonnent très fortement avec l’idée que je défends du promeneur écoutant, et des paysages sonores partagés.
Le son est un des marqueurs social, environnemental, écologique, pétri des musiques des lieux, souvent belles autant que fragiles. Entre acordances et discordances, harmonies et dysharmonies…
C’est un façon de chercher une forme d’écoute planétaire, sans que celle-ci ne devienne pensée unique, bien aux contraire, en cultivant la diversité, une forme d’entente universelle, certes utopique, ou bien d’accordage du Monde, pour reprendre une formule de Murray Schafer, accordage fortement teinté d’humanisme.
Il nous faut jardiner des sons, de préférence ceux déjà existants, les partager, prôner une biodiversité acoustique pour toute oreille de bonne volonté…
« …Il y avait un jardin qu’on appelait la Terre… » chantait Georges Moustaki, faisons en sorte que…

 
 
 

Rituels d’écoute(s)

RITUELS D’ÉCOUTES OU ÉCOUTES RITUELLES

Gilles Malatray Desartsonnants

Un rituel est un ensemble de rites destinés, à l’origine, à des célébrations religieuses. Depuis, ces rites se sont beaucoup élargis vers des mises en scène donnant une certaine importance à des faits et gestes, non forcément religieux. Louis XIV par exemple mettait en scène son pouvoir, par la mise en  place des rituels autour de sa propre vie, non seulement des fêtes et grandes chasses, mais aussi levers, couchers et repas du roi, avec musique et cérémonies ad hoc. Il orchestrait en fêtes, la vision de son propre pouvoir, sa vie de monarque. Aujourd’hui encore, du stade à la vie politique en passant par l’école, des rituels s’installent, mettant en scène des gestes et actions communes, consolidant des communautés, des pensées collectives, pour le meilleur et pour le pire, mais sans doute faisant aussi office de garde-fous sociaux, parfois rassurants dans leurs répétitions. Ils s’inscrivent notamment dans des formes de cérémonies et autres protocoles, qui mettent en exergue des  « choses sociales » présentant de prime abord des intérêts collectifs au sein de la société, ou tout au moins d’une partie de cette dernière.
Sans vouloir entrer dans des cadres trop cérémonieux ni, bien au contraire, enfermer l’écoute dans une rigueur ritualisée et mortifère, je me pose néanmoins la question du rituel dans ma démarche de promeneur écoutant.

Le rituel de la marche d’écoute, les PAS – Parcours Audio Sensibles solitaires, en duo ou en groupe
Se mettre en marche, après avoir, par quelques mots choisis, installé une ambiance, conforté une communauté d’écoutants, fédéré un groupe dans une sorte de projet commun, collectif, suggéré un état d’esprit, et au final discrètement distillé quelques conseils consignes…
Nous sommes bien dans le rituel, que le maître de cérémonie, le guide promeneur écoutant, acteur, acteur de terrain, dans toute la polysémie du terme, maitrise, ou est sensé maitriser.
Le cadre est posé, et on agira à l’intérieur. On agira avec certains codes, par exemple  le silence, les rythmes de la marche, la confiance dans le « maitre de cérémonie », l’idée d’adhérer, ou  on, à une communauté éphémère, et de poursuivre, le temps de la marche, un objectif commun. Sans pour autant enfermer la marche dans un carcan trop rigide, bien au contraire, nous conservons et privilégions les possibilités d’agir, voire d’improviser selon les événements sonores, les aléas du parcours, en restant fort heureusement très ouverts, le rituel contribue je pense à donner une certaine importance, quasi cérémonieuse, aux gestes d’écoute, à le rendre en fait plus crédible, ou en tous cas assimilable. Le rituel nous fait passer d’une forme de jeu, à une chose presque sacrée, tout en restant dans un esprit ludique. J’assume tout à fait les paradoxes.

Le rituel des Points d’ouïe
En contre-point, si j’ose dire, de la balade sonore, ou du PAS, les Points d’ouïes sont des pauses, arrêts sur son, ponctuant une marche, et venant focaliser l’écoute sur un élément/lieux/gestes singuliers, rencontrés sur les territoires explorés. Ce sont de nouvelles mises en scène acoustiques, ritualisées elles aussi, se posant comme de petits points de rupture dans la marche, des ponctuations. Ces points d’ouïe convoquent inéluctablement des postures physiques e/out intellectuelles, des scénophonies, des parti-pris, des approches spécifiques, que le principe de ritualisation se chargera d’instituer comme des passages obligés, incontournables, pour qui veut saisir une partie de la substantifique moelle du paysage sonore. Enfin j’espère qu’il pourrait en être ainsi.

Le rituel des Bancs d’écoute
Autres pauses dans les PAS, un rituel assis cette fois-ci. Il s’agit d’utiliser de simples bancs publics, mobiliers urbains des plus courant s’il en fût, comme des postes d’écoute, des affûts, des jalons marquant un balisage urbain, comme repères et haltes auditives. Le rituel est aussi, et peut-être surtout ici, dans la posture. S’assoir, solitaire, à deux, écouter, laisser venir à nous les sons, le banc comme centre d’écoute, comme objet d’immersion. Le rituel s’inscrit également dans une certaine durée. Il ne faut pas seulement effleurer de l’oreille le paysage, il faut prendre le temps, le laisser se construire autour de nous, prendre corps, audio corpus. Il convient pour autant de ne pas refuser, ou fuir la rencontre, sous prétexte d’écoute. Se poser régulièrement sur un banc, voire même très ponctuellement crée souvent des liens inattendus, humains, des conversations, parfois anodines, parfois intimes, parfois surprenantes, voire dérangeantes, la vie quoi !  Dans ces rites d’écoute, s’inscrivent aussi des voix, des paroles, des contacts, enjoués ou en grande détresse. Je me vois confrontés à des solitudes que je sens terriblement pesantes, des paysages sonores internes, de véritables naufrages, qu’il est souvent impossible de reporter tant ils sont intimes, personnels, mais auxquels je prête une oreille et une parole que je tente de faite la plus humaine que possible, sans autre prétention. Paysages esthétiques certes, mais paysages sociaux, des échos parfois très sombres, de violents désespoirs,que le rituel du banc d’écoute me ramène à fleur d’oreille.

Le rituel des Inaugurations de Points d’ouïe
Ici, nous avons affaire à un rituel des plus ritualisé, cérémonial, dans le juste sens du terme. Au terme d’un PAS, nous avons repéré et choisi un endroit précis, voire une orientation, un axe d’écoute, que nous élirons, pour la qualité de ses sources, de son acoustique, comme point d’ouïe remarquable. Le statut conféré à ces nouveaux Points d’ouïe passera par une inauguration tout ce qu’il y a de plus officielle, avec le discours d’un maire ou d’un élu, quelques minutes de silence, silence en écoute, un geste symbolique coupant le ruban auriculaire, une signalétique ou objet signalant, et l’inscription de ce point d’ouïe commenté sur une cartographie spécifique géolocalisée. C’est donc le rituel le plus voyant, et écoutant, officiel, cérémonialisé, de la démarche désartsonnante. Un prétexte à prendre langue, et oreille, avec des habitants, visiteurs, et surtout élus, sur la beauté fragile des paysages sonores ambiants, et les questions d’écologie acoustique inhérentes.

La terminologie de l’écoutant comme une façon d’assoir des rituels
PAS*, Points d’ouïe, Bancs d’écoute, Inaugurations de points d’ouïe, Écoute à oreilles nues, Sonographies, Calligraphies sonores… le ou les  rituels d’écoute sont balisés textuellement par toute une terminologie, tissée de mots-valises et de néologismes, complétant le champs, et le chant, de l’auriculaire. Souvent faussement savants, plutôt ludiques dans l’esprit, mais néanmoins pensés pour faire naître des images, images de marque y compris parfois, des sensations qui « donnent envie », ces termes sont très liés au contexte, à l’action, à l’esprit des écoutes et des lieux, et somme toute à l’esprit Desartsonnants. Cette lexicologie, qui se veut inscrite dans un corpus bien sonnant, corpus d’actions, de sons, d’images et de textes, vient participer à une part de la mise en place du rituel, comme, inversement, le rituel contribuera à assoir et à développer des termes adéquats, des images sono-paysagères ad hoc. Le rituel s’appuie sur des actions, comme sur des discours, qu’ils soient officiels, ou discourant autour d’une pensée plus personnelle,qui essaierait de maîtriser l’apparente et complexe simplicité du geste d’écoute, à la fois esthétique, social, environnemental…

* PAS – Parcours Audio Sensibles

Enregistrer

Enregistrer

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE N°10

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE EN DUO D’ÉCOUTE N°10
Raphaël Cordray

Copyright (2015 ) Daniel F Valot

Copyright (2015 ) Daniel F Valot

Vaise, 7H30-9H30 – Place de Paris – Quais de Saône

Nous partons d’un marché.
Il s’installe, il réveille le quartier, il se réveille…
Quais de Saône, ventés, hantise du preneur de sons, justifiée…
Nous devisons, commentons, testons, marchons…
Sous un pont, un pont assez imposant et très récent, le pont Schuman. Nous déplorons son acoustique assez fade, sans réverbération vis à vis des anciens ponts de pierre, lorsque, presque par hasard, nous excitons des échos d’une incroyable qualité – dignes des plus beaux sites acoustiques jurassien. LA découverte acoustique de cette promenade, à deux pas de chez moi. A coup sûr, j’y reviendrai, l’écouter, l’enregistrer, le donner en exemples à d’autres paires d’oreilles.
Précision : la prise de sons avec ses incroyables échos est garantie sans trucage aucun, y compris le chien qui vient donner de l’aboiement à mes cotés.
Polyphonie.
Zones calmes, zones trépidantes, zones tampons… La ville dans toute sa diversité, en quelques pas, en quelques mètres.
Passages.
Des transitions, des fondues, des coupures, nos oreilles s’acclimatent, s’adaptent vont chercher le détail, prennent du recul sur les flux, cherchent à rester en contact.
Les sons d’ici nous renvoient à de sons d’ailleurs, à d‘autres ambiances, par analogie, au fil de nos écoutes, de nos pensées…
Paysages.
On arrive même à s’émerveiller d’un flux de voitures entendues à hauteur d’oreilles, sous un pont, ou à jouer avec des gaines métalliques…
Rythmes
Descentes de tuiles tonitruantes dans une goulottes de chantier, en plastique.
Les voix s’approchent ou s’éloignent des micros, rien n’est retouché, si ce n’est un léger gommage du vent.
Tout cela nous renvoie au statut-même de l’écoutant, du preneur de sons, de sa, ou de ses positions vis à vis des « autres », des regardeurs…
Passage dans un parc urbain,  oasis sonore, oiseaux, calme, sons ciselés, voix, portail chantant… Tout y est pour nous ravir l’oreille. Bon, il y a bien une souffleuse de feuilles…
Des échanges autour d’artistes sonores qui jouent aussi avec l’espace, les sons, l’environnement…
Anecdotes.
Retour sur le marché, des voix cette fois-ci, nombreuses. Le marché s’est réveillé, en rythme de croisière.
Une revendication impromptue, saisie à la volée.
Passage culinaire…
Grillades, sons et odeurs…
Gros plans multisensoriels.
Une belle joute verbale, en clôture…
J’écris ce texte au regard, ou plutôt à l’écoute de notre balade, sur le vif, en contrepoint.

ÉCOUTEZ LE PAS ICI

lyon-vaise

Le site de Raphaël Corday – Microphone – Porter la parole – https://vimeo.com/user9864324

 

 

 

AUDIO – APHORISMES

oundwalk –

APHORISMES

23237181252_974e2af6c7_o

Soundwalk – Avertissement
Attention à la marche, les sons vous jouent détours…

Écoute en mode des mots
L’écouteur public était en mode des mots… Tant pis, il écrit malgré tout ses écoutes !

Plaisanterie grenouillesque (quoique)
La décoassance, c’est la disparition progressive des grenouilles, même en mode persillé, et donc de leurs chants !

Artiste sonore
Un artiste sonore sentant sa faim venir… Creusons, abreuvons nos sillons, ce sont les sons qui manquent le moins !

Artiste sonore bis
Un artiste sonore est-il un artiste qui gling-gling, crac boum hue… quand on le secoue

Question en marche
Promeneur écoutant, une posture artistique qui suppose une (dé)marche ?

Paysages sonores ? (Série d’aphorismes litaniques)
J’ai voulu travailler un paysage sonore de corons, mais on m’a dit que le son avait mauvaise mine !
J’ai voulu travailler un paysage sonore du journalisme, mais on m’a dit que le son avait mauvaise presse!
J’ai voulu travailler un paysage sonore de vignobles, mais on m’a dit de ne pas travailler en vin !
J’ai voulu travailler un paysage sonore du corps, mais on m’a dit que le son faisait tabou (la rasa ?)!
J’ai voulu travailler un paysage sonore de la guerre, mais on m’a dit que le son par trop désarmait !
J’ai voulu travailler un paysage sonore de l’église, mais on m’a dit que le son était de mauvaise foi !
J’ai voulu travailler un paysage sonore de la justice, mais on m’a dit que le son n’avait jamais connu de lois ! Idem pour le paysage sonore de la justice !
J’ai voulu travailler un paysage sonore de la cuisine, mais on m’a dit que le son avait trop mauvais goût !
J’ai voulu travailler un paysage sonore de l’écologie, mais on m’a dit que le son n’avait forcément l’oreille verte !
J’ai voulu travailler un paysage sonore, mais on m’a dit que…

Et bien tant pis, envers et contre tout, je vais travailler le son au corps !

 Sonité
Je te salue ma ville pleine de traces,
que ta sonité soit fête !

Sonité bis
Dans les villes de grande solitude,
Toi l’écoutant bien assourdi…

 Métier
C’est en écoutant que l’on devient… écoutant !

Installation sonore
L’une des plus belle, c’est sans doute celle où l’on ne rajoute rien… que l’envie d’écouter alentours les mille bruissements du monde.

PAS – Parcours – Audio Sensibles
Des oreilles au bout des pieds, ou les pieds dans l’pavillon ?

Enregistrer

Enregistrer

PRÉLUDES ET SUITES D’ÉCOUTES

PRÉLUDE, DÉAMBULATIONS, PARTAGES ET SUITE D’ÉCOUTES

23237181252_974e2af6c7_o

Il fut un temps, déjà reculé aujourd’hui, où Élie Tête*, hélas disparu, m’emmena écouter quelques sites de Bourgogne et du Haut-Jura**. Cette rencontre et ces expériences transformèrent radicalement ma vie, de par notamment la façon d’appréhender la chose sonore, le paysage, mes relations avec ce dernier, avec les gens qui prennent le temps de le parcourir, ou de le vivre, tout simplement.

Il fut un temps où je découvris l’incroyable vivier pédagogique, esthétique, social, patrimonial, écologique… et l’immense plaisir sensoriel et artistique que constitue le fait de se promener, immergé dans des espaces sonores choisis, ou découverts au hasard d’un chemin, d’une forêt.

Il fut un temps où je découvrais le paysage sonore, qui ne m’a et que je n’ai jamais quitté depuis.

Empreinte généreusement et merveilleusement indélébile

Et bien des années plus tard, malgré le fait que l’on m’ait parfois affirmé que l’on avait définitivement fait le tour des balades sonores, qu’il ne fallait plus rien en attendre, je continue d’expérimenter, à oreilles nues, avec des dispositifs légers, mobiles, autonomes, des parcours d’écoute partagés en chemins de traverse.

Je me sens de plus en plus l’oreille curieuse, autant qu’inassouvie.

Je persiste plus que jamais à échanger, à communiquer autours de mes nombreuses écoutes personnelles, mais surtout collectives.

Je m’obstine à inviter des artistes, musiciens, plasticiens, danseurs, diseurs ou manipulateurs de mots, d’images, de formes, des aménageurs, des marcheurs, pour que nous tentions ensemble d’écrire un bout de partition polyphonique, à plusieurs voix, à plusieurs regards, à plusieurs oreilles.

Je poursuis sans cesse cette expérience, qui consiste pour moi, à écrire et à composer de concert, dans, avec et autour de nouveaux territoires sonores.

J’ai appris au fil du temps, et apprends encore de jour en jour, de site en site, à repérer des parcours singuliers, des lieux et des espaces surprenants, inouïs, des postures décalées, ad hoc, des modes d’écriture/improvisation/action in situ…

Je me sens aujourd’hui plus à même d’expliquer aux promeneurs écoutants, complices, exemples vécus à l’appui, en quoi ces balades écoutes, ces Parcours Audio Sensibles*** ouvrent de belles et riches perspectives, et ce dans bien des domaines.

J’ai envie, en proposant à ceux qui acceptent de me suivre, des postures d’écoute hyper réceptives, en leur donnant l’opportunité de prêter l’oreille à l’environnement, ne serait-ce que le temps d’une promenade, de les pousser à devenir acteurs de leurs propres territoires, ne fusse qu’en prenant un petit temps pour l’entendre… Juste le temps de mieux s’entendre avec…

Je ressens, en marchant, des sortes de vibrations acoustiques intrinsèques aux lieux, mais également des vibrations humaines, stimulantes, énergiques et synergiques, qui dynamisent très fortement les partages d’écoutes, voire les partages tout court.

Les points d’ouïe se conjuguent avec les points de vue, ou avec des senteurs diffuses, pour composer ensemble des paysages sensoriels sans cesse renouvelés.

Souvent je me dis que le geste commun, la construction de communs qu’il convoque, la relation instaurée, valent bien plus que toute œuvre, matérielle ou non.

Parce que le Monde appartient aussi à ceux qui l’écoutent, mais surtout à toute âme sensible, disait Romain Roland****, il mérite une écoute attentive, respectueuse, pour échapper à un chaos grandissant où nul ne s’entendrait plus.

Au-delà des violences, des souffrances, des assourdissants vacarmes qu’elles engendrent, il faut se raccrocher à des aménités salvatrices, celles qui nous maintiendront debout, ouïsseurs universels, et toujours à l’écoute.

Ainsi, dans différentes villes, pays, avec des publics avertis, ou non, je promène avec un immense plaisir, que j’espère partagé, des groupes de baladeurs, écoutant de concert, et échangeant autour de l’inépuisable et Oh combien fragile « chant de la terre ».

* ACIRENE – http://www.acirene.com/

** Haut-Jura terre sonore – http://www.saint-claude-haut-jura.com/sites-sonores.html#.V1-0mo6bHp8

*** PAS – Parcours Audio Sensibles – https://fr.scribd.com/collections/4313163/DESARTSONNANTS

**** Jean-Christophe – Romain Roland – 1904/1912

22303246823_2eabda1015_k

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

À CROIRE QUE – AUDIO UTOPIA

SOUNDWALKS ET PARCOURS AUDIO SENSIBLES, DES UTOPIES BIEN-SONNANTES ?

31336884-business-people-walking-on-a-city-scape-stock-photo-crowd

AUDIO-UTOPIA
Croire que l’on va épuiser le paysage de par son écoute, si passionnée et engagée fût-elle
Croire que l’on va trouver derechef la beauté du monde entre les deux oreilles, et que l’on ne la perdra plus
Croire que l’on va tout comprendre de la société, via des récits tissés de sons
Croire que l’on va attirer dans ses traces auditives une foule de promeneurs écoutants par avance conquis
Croire que l’on va peser, même un tant soit peu, sur un système social, économique, politique… par de petites gestes artistiques, en parti-pris d’écoute
Croire que l’on va irrémédiablement magnifier la ville, le paysage, d’un coup d’oreille magique
Croire que l’on va faire que tout et tous s’entendent parfaitement, dans une harmonie sans dissonance ni discordance aucune
Croire que l’on va fabriquer du beau, du bien sonnant à tour de bras, à tour d’oreille…

Croyons ferme cependant, que parmi ce qui peut ressembler à des utopies, petites ou grandes, il y a toujours quelques bribes qui s’en échapperont, qui s’accrocheront au terrain, et qui résisteront à l’air (pollué) du temps.

 

13487328055_d97cc08156_o_d

PAS – GARE AUX OREILLES

PAS – Parcours Audio Sensible, des mots et des sons !

Gare aux oreilles…

Promenade écoute en duo autour de gare de la Part Dieu à Lyon

Contexte :

Deux promeneurs écoutants.

Une heure de déambulation silencieuse, dans le quartier de la gare de la Part-Dieu – Intérieurs extérieurs compris…

Entre chiens et loups, tombée de la nuit progressive, la majorité de la promenade s’est effectuée en nocturne.

Vendredi soir, 17H30, période de grande fréquentation.

Temps hivernal et humide, très changeant.

Pour un rendu, je décide d’écrire des impressions, des images, à partir de mots clés qui me viennent à l’esprit, de ressentis in situ et de la conversation qui suivit le parcours d’écoute.

Des mots et des sons

Rythmes : Souffles-respirations de trains, sifflets, bruits d’escalateurs, paroles, roulements de valises quasi omniprésents mais très variés, sur les pavés du parvis, les dalles de la gare, les tapis roulants… Que de rythmes ! Presque une musique, si ce n’en est déjà une. Juste une question d’écoute, pour franchir le pas…

Flux : Tensions, détentes, hautes densités, calme, ou presque, une alternance de flux et de reflux, des nuées humaines compactes et de fluidités plus apaisées, des va-et-vient en constantes variations plus ou moins stressantes ou (re)posées, des entre-deux dans un implaquable continuum sonore…

Passages : De grandes places en allées serrées, de quais en escaliers, de ruelles en commerces, nous ne cessons de transiter, de passer d’un lieu à l’autre, d’intérieurs en extérieurs… Passages en fondus ou coupures brutales, sans transition, le parcours n’en finit pas de se créer des méandres, des plis et des replis, de prendre des chemins de traverse, d’une ambiance à l’autre.

5681273

Espaces : Les quais de gares comme de beaux plans-résonances sonores, démultipliés, difficilement saisissables… Du proche, du lointain, des intermédiaires, des mouvements travellings ou zooms, cinéma pour l’oreille, des réverbérations soulignant les profondeurs de champ… La vue et l’oreille se perdent, se confondent en perspectives qui évoquent le voyage, intrinsèquement et viscéralement lié au lieu.

Impromptus et heureux accidents : Un enfant testant avec assurance et persévérance des sons, du médium au grave, ceux d’un piano placé dans un recoin de gare, et mis à disposition, pour le meilleur et pour le pire… Puis achevant son jeu par une série de galipettes et de vigoureux clusters, pour le peu très musicaux, un  intéressant mixage avec les voix ambiantes…

Un haut-parleur défectueux, qui filtre et hache bizarrement, de façon très drôle, nasillarde, la voix des annonces SNCF… J’espère qu’il ne sera pas réparé trop vite, je l’enregistrerais volontiers à un prochain passage.

L’absence d’un immense jet d’eau intérieur, rendu muet et occulté par une scène de spectacle provisoire, et les sons du lieu qui enfin se révèlent, se déploient dans l’espace, comme rarement on les entend ici, libérés de l’hégémonie aquatique qui les étouffe habituellement…

Un bruit assez indéfinissable, au départ, issu d’une manipulation à l’arrière d’un kiosque venant de fermer. Nettoyage tonique d’une machine à jus de fruits… A-coups de moteur puissants, très puissants, alternatifs, envahissants, surprenants !

 

Vitesse, allure et résistance : Aller lentement, ne pas presser le pas, transgresser involontairement le speed ambiant, s’infiltrer dans les courses poursuite des usagers partant frénétiquement en week-end, leurs faire obstacle parfois, jusqu’à s’en faire régulièrement bousculer… mais résister à la vitesse du flux, aller tout simplement au rythme de l’écoute, coûte que coûte, écoute qu’écoute…

Tonalités : De sourds grondements caverneux de moteurs, de souffleries, des bips et des sifflets haut perchés, des voix dans le médium, un ambitus sonore digne des plus beaux orchestres symphoniques, qui aurait certainement beaucoup plu à Russolo.

Volume : Des micros-sons captés de très près, l’incessant et quasi obnubilant défilé des valises à roulettes, de puissants vrombissements et des voix ténues, un spectre dynamique conséquent, aux variations souvent imprévisibles. Intensité calculée de 48 à 90 db, environ… Creux, nappes et pics sonores selon les endroits et les moments. Des crescendos à l’arrivée de convois, et inversement à leur éloignement.

Couleurs et lumières : Il semble y avoir une certaine connivence entre sons, couleurs et lumières… Une ruelle piétonne, délicatement éclairée, luisante de pluie, enrobe de douces sonorités dans un cocon nocturne, alors qu’un couloir violemment illuminé et rutilant d’enseignes commerciales, force le niveau des voix sur un fond d’insipide musique d’ambiance, Muzac outrageusement invasive. Mais peut-être ne s’agit-il ici que d’une perception synesthésique qui m’est très personnelle.

Ouvertures, fermetures, portes et fenêtres acoustiques : Se tenir dans un sas, espace de passage, de transit, entrée/sortie de centre commercial… Les portes s’ouvrent et se ferment dans un ballet désordonné, à la Tati dira très justement l’ami écoutant qui m’accompagne… Des sons divers, rythmés, alternances où le dedans et le dehors se rencontrent, se télescopent, s’interpénètrent, se confondent… Les sonorités de la rue entrent, ou sont bloquées à l’extérieur, au rythme des ouvertures/fermetures, le froid extérieur, la moiteur intérieure, des températures qui s’infiltrent par les portes collent de près aux flux sonores… Séquences toujours assez séduisantes.

Improvisation, écriture in situ: Comme dans tous parcours, les aléas appellent le mouvement, ou l’immobilité, selon. Des points de vue incitent à l’écoute, et vice et versa. D’heureux accidents retiennent l’attention, délimitant des fenêtres temporelles d’écoute dans leur début et leur fin. Chaque trajet, fut-il au même endroit, le même jour, aux mêmes heures, reste et restera unique, dans ses événements et dans les trajectoires impulsées, dans les ressentis et la trace mémorielle imprimée. C’est une alchimie où le mélange d’ambiances immuables, d’impromptus et de sérendipité assumée, influent l’écriture du parcours, dans un constant renouvellement. De quoi à entretenir pour longtemps encore un doux étonnement au fil des PAS.

Urbains et humains : La gare, les commerces alentours, les lieux de passages, d’attente, de transit, où l’humain reste souvent au centre de la scène. Des gestes, voix et mouvements, ponctuent l’espace, jusque parfois à des promiscuités oppressantes dans la densité des flux. On se sent appartenir à un territoire sonore forcément partagé, que nous construisons au fil de nos actions, pour le meilleur et pour le pire. Mais ce soir, nous en avons extrait le meilleur, celui qui sonne à nos oreilles comme une une musique dont l’homme en serait, sans vraiment le savoir, le musicien animant, avec beaucoup d’autres, collectivement, l’espace public.

Conclusion : J’adore les gares car l’écoute y va bon train !

PAS – Parcours Audio Sensibles, des narrations paysagères

La balade sonore comme une expérience de narrations audio-paysagères multiples

14813669399_e6be7830fb_o

Calligraphie sonore – Desartsonnants/ Nathalie Bou – @photo Nathalie Bou

Chemin faisant, l’écoute se met en marche, au pas à pas. Les lieux et toute leur vie, intrinsèquement sonore, se donnent alors à entendre, à qui prête l’oreille. Le, ou plutôt les récits auriculaires se construisent alors, au fil des pas, des déambulations, des points d’ouïe, comme une combinaison quasi infinies de narrations à fleur d’oreille.

 

Des mots

 

Activités humaines, voix, gestes et choses entendues


Voix perçues, parfois empruntées, voire volées, un brin voyeuriste-écouteur, des bribes de conversations, ou de monologues… le rythme des pas déambulant, talons claquant et  gestes sonores, des reflets d’activités journalières captées comme des histoires du quotidien, du trivial ou du plus exceptionnel, le tout néanmoins transfiguré par l’attention auditive qui leur est portée…

 

Faune
 

Oiseaux pépiant, jacassant, hululant, caquetant, criards ou virtuoses, syrynx aguerris de la vocalise chantante… Gibiers détalant, chats hurlant dans les nuits printanières, concerts de grenouilles coassantes en bord d’étang, brames de cerfs intempestifs autant qu’amoureux, frémissements d’insectes vibrants… De villes en espaces naturels, des éc(h)osystèmes se déroulent à nos oreilles, parfois elles-même étonnées d’une telle présence auriculairement  animale.

 

Media 
- Sonorisations

Intrusions insidieuses, intempestives, voire muzakement polluantes, bribes de musiques échappées d’une fenêtre ouverte, sirènes et autres hululements urbains, Hip-hop affirmé sous les colonnes d’un opéra, déambulations festives, revendicatives, rythmées et soutenues par de puissants sound-systems, harangues et scansions haute-parlantes et mégaphoniques… Les média s’installent ponctuellement, avec plus ou moins de présence, d’impertinence, de violence dans l’espace public. Ceux-ci envahissent intrusivement parfois l’espace privé, ou bien inversement…
 Le récit, médiatiquement urbain, s’amplifie électro-acoustiquement, se diffuse, se répand par un enchevêtrement de paroles rhyzomatiques renforcées, de musiques, de canaux, de membranes, de dispositifs électroniques…

 

Ambiances

Un début et une fin – des transitions – une trame, tissages, de passages en ruptures, de fondus en coupures – Une écriture in situ, in progress, in auditu…
 Du départ à l’arrivée, le parcours est balisé, testé, validé, nonobstant les aléas, imprévus, accidents, et autres opportunités. Il propose une progression faite d’enchaînements et de ruptures, de fondus et de cassures, de points forts et de modestes trivialités… Il s’appuie sur des ambiances emblématiques, mais aussi sur des petits riens, un panel des choses à raccommoder in situ, des objets poétisés dans et via le décalage de l’écoute collective, une histoire auriculaire à partager en commun… Des ambiances quoi !

Objets et autres choses animées


Une perceuse qui met en résonance et fait vibrer, met en résonance, toute une façade de bâtiment, une fontaine qui chuinte, glougloute, s’écoule en une nappe de bruit blanc, une signalétique de feux tricolores pour aveugles qui « bip-bip » ou parle d’une voix synthétique, un engin de chantier qui gronde sourdement… Tous ces objets, machines, mécanismes, viennent animer, secouer, révéler, et participer à construire la trame d’un paysage sonore sans cesse renouvelé – Entre monstruosités acoustiques et musiques urbaines.

 

Acoustiques, Topologies, topophonies

Des espaces qui se racontent. 
Des ruptures, des transitions progressives, des effets acoustiques générés par les lieux-même, leurs topologies, les volumes, les formes, les matériaux de construction… Une histoire architecturale, environnementale, où les sons se jouent de l’espace, et vice et versa.
Topophonies, géophonies, hétérosonies, multiphonies, l’écoute des milieux sonores se met en place au cœur des lieux soniques, construits et déconstruits de l’oreille…
 Un, voire une multitude d’espaces sonores à découvrir, en quelque sorte !

Champs, hors-champs
, contrechants

Des situations où la vue est directement liée à la chose entendue, où la relation cause à effet est évidente. Presque trop ! D’autres où la source sonore est cachée, camouflée, masquée, occultée, non vue, hors-champ… Polyphonie, polysonie contrapuntiques… Des situations où l’on n’est pas vraiment sûr d’identifier l’origine du son, où le jeu consisterait plutôt à naviguer entre certitude, incertitude et imaginaire, entre existant et construction purement mentale, onirique, paysagère, selon ses dispositions du moment…

 

Multisensorialité – synesthésies


Parce qu’un sens ne fonctionne jamais seul, parce que l’activation, la mise en avant de l’un en dynamise, en galvanise d’autres, parce que la vue guide, stimule parfois l’écoute, et vice et versa…

Des ambiances sonores colorées, des couleurs vibrantes comme des sons, des odeurs de viandes rôties mêlées, associées aux grésillements d’une rôtissoire embaumant le trottoir, les senteurs de foin et de fleurs d’une prairie au soleil couchant d’une chaude journée estivale, ponctuée du pointillisme d’une nuée d’insectes stridulants… Les parcours d’écoute sont multiples et infiniment variés. Ils nous racontent, avec force sonorités, formes, lumières et couleurs, odeurs, parfums et fines fragances, des ambiances où les sens se trouvent au cœur d’une immersion paysagère amène, ou dérangeante. Ils tissent une expérience sensible, poétique d’un espace sonore volontairement privilégié, voire exacerbé, pétri de sensations et de ressentis, de contemplations comme de fuites.

 

Écrits, mots

Mes mots, couchés sur le papier ou dits à haute voix, qui aiment parfois énoncer ce que le magnétophone peine à faire, ou est purement incapable de relater, face à une posture/scène/situation d’écoute, surprenante, inouïe ou anodine.

Révéler le sensible sous-jacent, le décalage provoqué et/ou ressenti, la perception parfois, souvent très loin d’être objective, ou encore simplement, partager l’émotion, le plaisir d’avoir construit un bout de chemin/paysage d’écoute à plusieurs…

25228911362_09898c092e_z

ALÉATOIRE ET À TRAVERS

caminando_-_walking_-_en_suiza_-_13082006006

Marcher,


Marcher encore,


Marcher toujours,


Si possible,


Emmener,


D’autres marcheurs,


Grossir les rangs,


Partager,


Ou non,


Parcours,


S’immerger,


Dans la ville,


Dans les rues,


Le long des quais,


Dans la proximité d’un territoire à trouver,


Dans les interstices,


Dans la trivialité d’un moment,


De jour,


De nuit,


Entre chiens et loups,


A l’aube,


Dans nulle part,


Ou ailleurs,


Marcher,


S’user,


Urbaniquement parlant,


Déambulation,


Se fondre dans la pierre,


Le bitume,


Dans les sons,


Dans la lumière,


Dans la pénombre,


Dans l’obscurité,


Se confondre avec des gens,


S’en extraire,


Les fuir,


Les retrouver


S’imprégner des odeurs,


S’arrêter,


Parfois,


À l’envi,


Marcher,


Ecouter,


Regarder,


S’isoler,


Péripler,


Pas à pas,


Y perdre son entendement,


Ou l’aiguiser,


Qui sait,


Errance,


Ne pas résister,


Se couler,


Dans un flux,


Ou plusieurs,


Dans le courant,


A contre-courant,


Oublier,


S’oublier,


Marcher,


Solitaire,


De concert,


Flânerie,


Frôler,


Se glisser,


S’immiscer,


Trouver les failles,


Les aspérités,


Le lisse,


Le rugueux,


La foule,


Le silence,


Le chaos,


Ou un semblant de chaos,


Le vide,


Le plein,


L’entre-deux,


Le vu,

L’invu,

Avancement,


Etre stoppé,


Découvrir l’obstacle,


Trouver l’allure,


Ou non,


Emmener,


Sur ses traces,


Dans l’éphémère,


Faire durer,


Perdurer
,

Inviter,


Sans forcément savoir à quoi,


Se poser,


Se laisser submerger,


Envahir,


Déborder,


Céder,


S’aider,


Ne pas calculer,


Sensations,


Ne pas préméditer,


Frissons,


Ne rien lâcher,


Ou lâcher prise,


Eprouver,


le végétal,


Le minéral,

l’humain,


la pluie,


le vent,


L’inconscience,


Aller vers la musique,


Le brouhaha,


Le tintamarre,


Le chuchotement,


Le non entendre,


Laisser venir,

Ou s’en éloigner,


Echanger,


Un regard,


Un sourire,


Une complicité fragile,


Une incompréhension latente,


Une parcelle d’invisible,


Marcher,


Aller vers,


Aller contre,


Aller avec,


Aller sans,


Aller,

Encore
Souvenirs,


Ou paysage ouvert à l’incertitude,


Association,


Ou rupture,


Perdre ses repères,


En trouver d’autres,


Peut-être,


Avancer,


Point de chute,


Détours,


Impasses,


Passages,


Reliefs,


Platitudes,


Accentuations,


Rondeurs,


Affadissements,

Traversées,


Un semblant d’initiatique,


Une terne réalité,


Des pans de rêves cités,


Les mots s’étirent,


L’esprit se noie,


Top de sensations sauvages,

Ou pas assez,


Zig-Zag,


Chemins de traverse,

Au coin de la rue,


Au pied de l’escalier,


A la porte de je ne sais où,


De ruelles en collines, 


Se régénérer,


Se défiler,

Filer,


Transcender,


Dans la marche,

erratique,

ou écrite

Ou à venir…

98cf37dec8b4450f6698b189da3943f6

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE NOCTURNE

PAS – Parcours Audio Sensible nocturne, Festival Les Temps d’Art est levé, Saint-Martin-en-Haut (69)

dsc00114

Participation à un festival-rencontres autour d’une formation culturelle « Métiers des Arts et de la Culture », ou plutôt de sa dissolution, dans un centre de vacances rural, sur les monts du Lyonnais. Deux heures de promenade entre chiens et loups, et en nocturne, pour un groupe d’une vingtaine de personnes. Le cadre est champêtre, magnifique, avec un grand étang entouré de forêts. Je travaille avec Nathalie Bou, une plasticienne, scénographe, car les balades sonores proposées ici seront accompagnées d’une installation environnementale destinée à nous mettre l’oreille en condition. L’installation est libre d’accès, les deux balades nocturnes quand à elles sont accompagnées.

L’installation, scénographie d’écoute, est délimitée par une petite prairie en pente très douce, ceinte d’un côté par un ruisseau et une rangée d’arbres, et de l’autre par un bois assez abrupt. Ce petit espace en forme de clairière-amphithéâtre de verdure naturel, s’achevant sur l’extrémité d’un étang, se prête parfaitement à la mise en scène des jeux d’écoute.

Des nattes de différentes couleurs ont été posées à même le sol, tournées vers l’étang, pour inciter le promeneur à s’allonger et à écouter.

Des objets, trompes et longues-ouïes, stéthoscopes trafiqués sont posés ça et là pour ausculter les sons environnants tout à loisir.

Tout autour de la clairière, des mobiles de céramiques, d’onyx et d’écailles tintent délicatement, dans un pointillisme sonore délimitant de fugitives frontières auriculaires.

Des écrits, aphorismes autour de l’écoute sont disséminés sur la prairie, sur des plaques translucides et multicolores.

Tout autour du plan, d’eau, six cadres d’écoute, simples cadres de bois, invitent le promeneur à viser avec ses yeux et ses oreilles, un endroit précis.

Sur une table de pierre, sont posées de petites sculptures en grillage, des boules tintinnabulantes, des boîtes à musique, des stéthoscopes, et autres objets pour explorer le monde des micro-sons.

C’est de cette clairière que partiront, nuit tombante, deux promenades écoute, sur deux soirs consécutifs, avec des circuits identiques.

Ces promenades nous feront progressivement quitter le monde festif du festival, où voix et musiques tissent un bruit de fond assez dense, pour gagner progressivement les hauteurs d’un village. Lentement, l’ambiance sonore s’amenuise, jusqu’à ne laisser place à nos seuls bruits de pas, chuchotements et bruissements dans des fourrées de quelques nocturnes dérangés par notre approche. En même temps que les sons se font plus ténus, la lumière a elle aussi considérablement diminué, jusqu’à la presque obscurité de la forêt environnante. Cet atténuation progressive des ambiances lumineuses et sonores aiguisent notre perception de l’environnement. Chaque points lumineux ou micro-bruit prend une place importante, le silence s’est naturellement imposé dans le groupe, la nuit et ses sons mystérieux, parfois inquiétants emmènent notre écoute dans des territoires d’ordinaire assez peu fréquentés, à la fois bien réels et oniriques.

Après une montée sur un chemin entouré de bois assez touffus, qui nous enferment dans une sorte de vase clos végétal, nous débouchons subitement sur une immense prairie, ample balme de verdure aux courbes douces, que viennent terminer au loin d’assez hautes collines boisées. C’est un immense amphithéâtre verdoyant, qui donne tout à coup à nos oreilles un grand « bol d’air », une sensation de respiration profonde et paisible au sortir de la forêt. On sent physiquement l’espace plus aéré, l’air moins pesant, et une pression acoustique tangible et allégée. Au niveau sonore, nous avons droit à un incroyable concert de grillons et sauterelles stimulés par la chaleur que le sol a emmagasiné durant la journée, pour nous distiller une délicate sérénade nocturne. On s’allonge dans l’herbe et l’on écoute, un bonne de quinzaine de minutes, en silence, cet incroyable pointillisme qui anime l’espace de part en part. Instant de quiétude absolument magique, loin de tout !Quelques sons de bovins et de chiens venant d’une ferme assez lointaine émergent, les sons portant sur de grandes distances dans cette tolopogie réverbérante, alors que le vrombissement grave d’un avion se fait entendre en contre-point, sans aucunement déranger, paradoxalement, cette symphonie rustique. Nous somme quelque part très loin de la fête que nous avons laissé quelques centaines de mètres en contrebas, et que nous n’entendons plus du tout, protégés par cette cuvette enceinte naturelle qui amplifie les micros bruits, en nous isolant quasiment du reste du monde. Un sentiment d’être sur une planète, à part, dans un immense théâtre de verdure nocturne et bruissonnant, conçu rien que pour nous.

La redescente vers le village s’effectue avec l’effet crescendo inverse, de quitter progressivement un univers de calme pour revenir à le fête, ses voix et musiques. Mais pour autant, la transition n’est pas désagréable,nos oreilles étant maintenant un peu plus affinées, réceptives à ces transitions sonores, à ces musiques des lieux tellement signées qu’on les eut crues fabriquées pour la circonstance. Et pourtant… Notre écoute a bel et bien construit de toute pièce, une musique bucolique, harmonie des lieux, une douce symbiose au sein de notre communauté éphémère d’écoutants qui auront vécu l’espace d’un instant/balade, l’unique version de ce concert sonifié d’un soir d’été.

88755862_o

DE L’AIR ENTRE LES DEUX OREILLES

De l’air !

15-09-05-Balade_en_Ardoinais-Anja019@Anja – Vitry/Seine

Mes oreilles ont besoin d’air, d’espace, de diversité, de vie !
Envie de les frotter à la place du marché, aux quais de longs fleuves intranquilles, aux terrasses les plus élevées d’un immeuble, ou à celles d’un café, façon Pérec, aux ruelles étroites, aux gares saturées de transit, aux ports et à l’appel au large, aux aéroports interminablement froids, aux dérives infra urbaines, façon Debord, aux dédales des parkings souterrains, aux résonances des forêts et aux miroirs des lacs, aux grands boulevards et aux passages couverts, aux friches industrielles et aux ruines monumentales, ou plus modestes, aux sentiers de montagne et aux bancs publics, aux escaliers et aux parvis surplombant la ville, aux campagnes vallonnées, aux villes tentaculaires, aux jardins endormis ou bruissonnants, aux sources pétillantes, à la pluie finissante, aux nuits feutrées, aux nuits enfiévrées, aux voix entremêlées, aux voix du monde brassé, aux musiques de rue, aux ressacs obstinés, aux foules fourmis, aux grottes et autres cavernes, aux galeries marchandes, aux usines tonitruantes, aux fenêtres ouvertes sur la rue, sur l’arrière-cour, sur la prairie, aux combes et aux reculées, aux tunnels et aux chemins couverts, aux crissements de la neige gelée, aux bords de mer sereins, aux fêtes populaires endiablées… de nuit comme de jour, immobile ou en marchant, j’ai besoin des sons vivants !

REGARDEZ COMME ÇA SONNE BIEN !

 

PAS – Parcours Audio Sensibles

Interventions artistiques, marchées, et écologiques

autour du paysage sonore partagé

15023385172_2037b27f9c_o

Regardez comme ça sonne bien !

PAS – Parcours Audio Sensibles

POINTS D’OUÏE ET PAYSAGES SONORES PARTAGÉS

Un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est une balade sonore collective, pour déchiffrer, défricher, écrire et se régaler des paysages sonores partagés. Il s’agit de se promener dans nos lieux de vie, ou ailleurs, l’oreille en chantier, l’oreille enchantée, pour les écouter de concert, tout simplement. Mettons nos pavillons aux aguets, participant temporairement à une joyeuse communauté d’écoutants.

Ici et là, nous marchons, nous nous posons. Notre guide promeneur-écoutant joue avec les acoustiques, les sons ambiants, fait parfois sonner les lieux, ou raconte une petite histoire d’écoute, installe et désinstalle de mini sonorités, repart, s’arrête à nouveau, au gré des sons, et des envies… Nous construisons ensemble un parcours sonore, semi écrit, semi improvisé, en fonction de ce qui se passe, des événements ou accidents sonores…

En fin de promenade, nous échangeons des ressentis, partageons des paroles, du vécu in situ…

En pratique :

Nombre d’interventions : (à voir selon le projet)

Durée : Entre 40 et 60mn, voire plus si affinités

Matériel : Fourni et embarqué par l’artiste

Lieu : Extérieur – possibilité d’installation paysagère, conférences en intérieur

Jauge public : 20/25 personnes maximum – Tout public, enfants, scolaires, étudiants, professionnels…

Préparation in situ : Repérage de circuits 1 jours avant.

 

EXTENSION(S) OUÏSSIBLES POSSIBLE(S)

Inauguration officielle, en présence d’élus, d’un Points d’ouïe cartographié.

https://desartsonnantsbis.com/partenaires/points-douie-paysages-en-ecoute/

Rencontres/conférences/ateliers autour des pratiques des balades sonores, si l’oreille vous en dit, et en demande encore…

Gilles Malatray aka Desartsonnants

Promeneur écoutant

Desartsonnants en quelques mots

Gilles Malatray, artiste créateur sonore, promeneur écoutant, travaille depuis de nombreuses années autour du paysage sonore. Dans une posture associant des approches esthétiques, artistiques et écologiques, l’écriture, la composition de paysages sonores sont fortement liées aux territoires investis, sites, villes, quartiers, espaces naturels, architectures, et occupent une position centrale dans la pratique désartsonnante. Formation et interventions artistiques in situ constituent la base de ce travail où l’écoute reste au centre de toute création et construction, notamment via des PAS – Parcours Audio Sensibles, marches d’écoute collectives.

Des collaborations et interventions 

Collectif ABI/ABO, friche RVI (Lyon), CIDB Paris, Parisonic, Fondation de France, Réseau Écologie Sonore, Aciréne, ‘École d’art fructidor de Chalon sur Saône, Transcultures/City Sonic (Mons/Bruxelles), le Musée des moulages (Lyon), l’UniversitéLyon2 Lumière, Festival Les Nuits Sonores (Lyon), SOS-Art (Paris), Ville de Saint-Étienne, Lac des Sapins à Cublize, Parc d’installations sonores de Neerpelt (Belgique),CNR et CNSMD de Lyon, Nathalie Bou/Ateliers 500, Centre Hospitalier de Chambéry, Festival Sonor/Le Lieu Unique (Nantes), CDMC (Paris), École d’architecture à Nantes, Rencontre Architecture, Musique et Environnement à Saillan (Suisse), , GMVL à Lyon,Tempo Real à Florence (Italie), Alte Schmiede à Vienne (Autriche), Festival Kontacts sonoreS à Chalon/Saône, RES Réseau Environnement Sonore, CIDB à Paris, CAUE du Rhône, GMVL Lyon, Centre de découverte du son (Cavan), Rencontre du film court de Madagascar à Tananarive, Friche artistique Lamartine (Lyon), École Supérieure de Design La Martinière Diderot à Lyon, École Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon à Vaulx-en-Velin, Médiathèque d’Auch, Festival Aude Numétique (Carcassonne), Festival Émergence (Toulouse), Festival Electropixel (Nantes), Le bruit de la neige( Annecy), CRANE LAB (Chevigny), GRAVE (Victoriaville, Canada), ParaKomand’art (Liège, Belgique), École Supérieure d’Arts et de Design d’Orléans, festival Electrochoc (Bourgoin-Jallieu), Assises Nationales de la qualité de l’environnement sonore (CIDB/Lyon/Paris), Education Nationale, IESA Lyon (Institut Supérieur des Arts) ESPE (IUFM) Paris, Centre culturel du Brabant wallon (Belgique), La Minauterie de Narouze, Un autre chameau (Villefranche de Lauragais), Jardins ethnobotanique de la Gardie Rousson (Alès), JAU de Lausanne (CH), Université d’Architecture de MONS (BE), École supérieure des arts – Arts2 de Mons (BE), Yaoundé (Cameroun), o25rjj (Loupian), la Fab-Ka (Saint-Étienne)…

Et très bientôt chez vous !

10313831_936787416331654_5255821813633046462_n

Pour en savoir plus
PRÉSENTATION

https://readymag.com/desartsonnants/Pointsdouie/

POINTS D’OUÏE

https://desartsonnantsbis.com/

EN ÉCOUTE

https://www.mixcloud.com/desartssonnants/

EN IMAGES

http://desartsonnants.tumblr.com/archive

EN VIDÉOS

https://vimeo.com/user5600299

EN TEXTES

https://fr.scribd.com/collections/4313163/DESARTS

4FUo3xmMgDyX16R_NCXQiDl72eJkfbmt4t8yenImKBVvK0kTmF0xjctABnaLJIm9

Contacts

Friche artistique Lamartine – 28, rue Lamartine

69003 LYON

Téléphone : +33 (0)9 53 39 86 41

 Portable : +33 (0)7 80 06 14 65

Courriel : mailto:desartsonnants@gmail.com

Sites internet : https://desartsonnantsbis.com/

https://desartsonnants.wordpress.com/

  Images SONORES

1240162_417422981697218_274752840_n

casa-munras-hotel-spa

1011277_874737112536685_8002520870946447345_n

AAEAAQAAAAAAAAb5AAAAJDM5NjY2YTQzLTk4MWYtNDEyMi05ZGY2LTU4Yjg2Njg4MTNmZQ

904389_694132547263810_836298549_o

10955690_940599545950441_9012074656022797174_n

25254143281_b19414d135_c

16-04-2015_19.43.58_P1230050_cb

IMG_9465

01

14729185947_944331ed94_h

aaeaaqaaaaaaaaxtaaaajgy1nwy5mzzlltq2nwqtnge1mi1howjhltdizjkwnwm4owq1yq

12063659_1075531602457234_294173307775118979_n

4FUo3xmMgDyX16R_NCXQiDl72eJkfbmt4t8yenImKBVvK0kTmF0xjctABnaLJIm9

ECOUTE

10610685_847453235265073_5001757498943157698_n

ob_5c3506_10174824-782212408455823-7671149165075

Gilles Malatray Desartsonnants

tumblr_nl7supwwon1tgpca3o1_500

310449_10150307590527507_1249254704_n

10606347_847453971931666_3896924599817667710_n

15020675381_aef4ea1eb4_z

10653396_847456401931423_4607522757846799105_n

ecoute-de-falaise-e1431533953104

16-04-2015_19.32.38_P1230013_cb

 

Environnement, écologie et arts sonores. Faire entendre mes tissages, métissage.

Environnement, écologie et arts sonores. Faire entendre mes tissages, métissage

ECOUTE

Faire entendre, donner à entendre

Une question, a priori simple,voire un brin bêtasse me revient régulièrement l’esprit: mais que fais-je donc, avec mes postures, auto-proclamées, de promeneur écoutant, et parfois de paysagiste sonore ?
Une réponse, sans doute simpliste : je tente de faire entendre, ou de donner à entendre, avec une forme de générosité intrinsèque indiquée par le  don.
Mais donner à entendre quoi ?
Donner à entendre l’existant, le quotidien, ce qui est « à l’état (presque) naturel », l’environnement sonore en quelque sorte.
Donner à entendre les constructions, les fabrications, les compositions musicales et sonores qui contribuent à modeler l’espace, les scènes d’écoute. Y compris les agencements nés d’une simple écoute musicalisée. Et si l’espace manque de ce genre de musiques, ne pas hésiter à les composer, dans le respect des lieux de leurs tailles, dans la recherche d’un équilibre ne donnant pas prise à l’envahissement de la rumeur. De la musique des lieux aux arts sonores, si tant est que la première n’en soit pas fondamentalement un.
Donner à entendre ce qui semble paraître beau, ou non, avec toutes les pincettes et  et les précautions d’usage liées aux approches culturelles, au contexte, à l’humain, aux mille et une perceptions… Chercher les aménités paysagères au travers l’écoute. Une construction esthétique du sonore, ou une construction sonore de l’esthétique paysagère…
Donner entendre les stabilités, les fragilités, ce qui semble ou est menacé, parfois dégradé, dysfonctionnant… Donner à prendre conscience. Le son comme un révélateur de choses en voie de disparition, d’une forme d’antropocène plus avancé qu’on ne pourrait le penser. Vous avez dit écologie sonore ?
Les frontières, les limites de ces positions sont minces, fluctuantes, poreuses, voire parfois inexistantes, ou construites in auditu. Construites pour structurer une analyse, un discours, un récit, pour avoir un peu plus de prise sur l’intangibilité et l’évanescence des matières sonores. Construites pour rassurer l’écoutant , son auditoire, devant la complexité (grandissante ?) du monde sonore.
Une autre problématique se profile, concernant le faire, ou le donner à entendre, des paysages pluriels, recomposés, revisités, entre autre par les prismes de l’esthéthétisation, de l’artialisation sono-paysagère. On s’aperçoit alors que les écritures convoquées replacent néanmoins, pour moi en tous cas, la chose sonore dans un questionnement multiple, social, culturel, relationnel, mais aussi écologique. Nos y revenons donc.
Donner à entendre, faire entendre, faire ensemble, faire s’entendre, ou tenter de le faire….
Il faut battre les faires pendant qu’ils sont chauds, et sans doute avant qu’ils ne ne révèlent des choses bien  trop brûlantes, si temps est qu’il soit encore temps.

PAYSAGES ET AMBIANCES DES VILLES, APPROCHE SENSIBLE ET ARCHITECTURALE

PAYSAGES ET AMBIANCES (SONORES) DES VILLES

Module d’enseignement destiné à des étudiants de master de l’ENSAL (École Supérieure d’Architecture de Lyon)

ECOLE D ARCHITECTURE A VX EN VELIN

Il s’agit par cette approche toute à la fois analytique et sensible, de donner aux étudiants des outils de lecture et d’écriture croisés pour appréhender la ville au travers différents média, outils, axes de recherches.
Plusieurs TD et cours magistraux viennent apporter des ressources et méthodes, répartis sur une durée de deux à trois mois.

En préalable, des interventions théoriques seront menées, introduction au paysage, outils de cartographie sensible, écouter et enregistrer la ville pour en restituer une carte postale sonore et enfin, une approche/observation en marchant du quartier de la Guillotière à Lyon7.
La plupart de ces approches s’effectue en binôme, avec un architecte/urbaniste/cartographe, et un « spécialiste » de la chose sonore.

En ce qui concerne mes interventions, l’approche historique du paysage sonore, notamment via Murray Schafer et l’écologie sonore est présentée, illustrée de nombreuses écoutes de field recording, ainsi que différentes recherches contemporaines et approches artistique liées à la création sonore environnementale.

Une cession en TD autour du montage audionumérique via le logiciel Reaper est organisée.

La sortie sur le terrain sera une première expérimentation pratique pour voir-écouter-commenter un quartier urbain, encadrée et  argumentée par un binôme aménageur/écoutant. Une carte sensible sera à cette occasion demandée aux étudiants, qui devront, au travers la représentation d’un parcours, garder trace de leurs ressentis, d’une approche personnelle pouvant mêler différents média et modes de représentation où les ambiances visuelles et sonores (entre autres) seront notifiées.

Par la suite, de petits groupe d’étudiants se verront attribuer un espace donné, rue, place, cours intérieures. Ils devront en fournir une analyse urbaine reprenant l’essentiel de ce qui a été abordé en TD et lors de la promenade.
Recueillir des données historiques, sociologiques, aller sur le terrain, plusieurs fois, à différents moments, pour l’écouter, le regarder vivre… Noter, photographier, dessiner, cartographier, enregistrer, constituer une réserves de récits et de matières, de paroles et d’écrits…

En ce qui concerne la carte postale sonore proprement dite, il s’agit de représenter, en 3 à 4 minutes, un espace urbain, en lien avec le lieu analysé. Le fait de n’utiliser que le son pour cet exercice interroge certains étudiants quelque peu desarçonnés par l’approche, le fait d’envisager le seul son comme une constituante urbaine (autrement qu’en terme de nuisance et d’isolation normées) n’étant pas franchement habituel chez des aménageurs.
Il convient bien ici d’envisager l’approche auriculaire comme un prolongement, naturellement intégré dans l’analyse urbaine globale, et non pas comme une sorte d’annexe anecdotique et déconnectée.

Au-delà d’une recherche esthétique, la construction de la carte postale sonore devra donc intégrer une problématique liée au terrain, à ses usages, à ses populations, événements, aménagements.

monde-guillotiere

Le fait de travailler sur une large rue, ou sur des petites îlots intérieurs, sur une place ou des rives de fleuve conditionnera donc grandement un axe d’approche, tout en soulevant une problématique singulière.
L’analyse urbaine, sons y compris, ne pourra se contenter d’une simple description où seraient amassés ou juxtaposés différents renseignements, textes, photos, sons…
Il va falloir en cerner une approche questionnante, problématisante, un axe d’attaque qui tirera et tricotera des fils selon une logique donnant au rendu un réel intérêt prospectif. C’est en tout cas ce que tente de convoquer cette UE, qui se déroule maintenant depuis plusieurs années.

Pour le son par exemple, il s’agira, en écoutant/regardant, avant-même d’avoir tendu le moindre micro, par quelle biais, quelle approche se construira notre carte postale. Et bien évidemment, le questionnement choisi conditionnera les sources sonores collectées, et la manière formelle et esthétique qui sera structurera le rendu final.
Pa exemple, choisir de parler de mixité ou de gentrification, de s’appuyer sur des travaux de requalification, ou réhabilitation, sur les commerces ou la structuration d’une rue via un tramway, sur le réaménagement piétonnier des rives d’un fleuve, les fêtes, les marchés ou les sports urbains, sur l’acoustique des ilots et des cours intérieures… ou bien d’autres approches, impliquera des choix de de matériaux et de montage spécifiques.
Enregistrera t-on en point fixe, en marchant, sur quels trajets, ou  via un montage de différents spots combinés ou non… Quelles ambiances panoramiques ou zooms sur des micro événements, quelles place(s) à la voix,  à quels moments du jour ou de la nuit, quel parti pris montrer pour avoir une approche singulière tout en restant en adéquation avec le discours général… ?
Bien souvent, l’arpentage systématique du terrain, souvent hélas réduit par négligence, ou périodes de charrettes, est en mesure de donner des réponses pertinentes, ou en tous cas des questionnements, et de fournir matière à (re)composer.
Formellement, cette carte postale sonore sera contrainte par le choix des matériaux des ambiances…
Comment trier les sons, effectuer un dérushage pertinent pour ne garder que « la substantifique moelle » sonore ?
Comment introduire la séquence, la faire évoluer par une construction assumée qui pourra comparer des lieux, des ambiances, proposer des transitions en fondues, des cassures, des phénomène d’amplification, ou d’apaisement, des tensions, des points forts, des  effets de surprises, une fin « logique »… ?  
Comment marquer des transitions, l’affirmation et l’évolution d’un discours, même en trois minutes de sons, en gardant l’attention et la curiosité de l’auditeur en éveil ?
Bref, comme les partis pris graphiques, ceux liés au sons devront rendre compte d’une approche personnelle, d’une analyse de terrain plausible, même si l’imaginaire, le rêve, le décalage, les distorsions ou amplifications subjectives ont tout à fait le « droit à la parole », voire sont les bienvenues pour échapper à une froide description.

carte-population-guilliotiere

Globalement, ces approches sensibles donnent lieu à d’assez intéressants rendus, même si parfois disparates dans les investissements et la qualité des réflexions et mises en forme.

Une présentation publique est organisée en fin de parcours, dans la grande rue centrale de l’école, où documents visuels, photographiques, cartes, maquettes, écrits et sons, sont mis en scène par lieux, comme une sorte de patchwork combinant différentes approches sensibles et analyses du quartier de la Guillotière.

Quelques projets singuliers et pertinents émergent. La ville, voire plus, vue/entendue en coupe du haut en bas, jusqu’à l’intérieur de la matière – la cité au rythme d’objets glanés, mis en espace, en scène et en rythmes – une vraie fausse approche via un guide touristique décalé, d’une ville en façades décors et de ses arrières « sauvages » – un travail de parcours très fouillé, méthodique, sur 12 places triangulaires et leurs rapports au quartier…

On s’aperçoit, en suivant les démarches des étudiants, leurs tâtonnements, errements, fausses routes, impasses, idées lumineuses… que la problématisation des projets, souvent tardive et parfois très floue, ou fluctuante, vient grandement freiner l’avancée, voire la pertinence des travaux.
On met parfois la charrue avant les bœufs, en allant prendre sur le terrain sons et photos, puis en s’apercevant que ces derniers ne servent pas le propos, le récit, la problématique, qui se sont progressivement mis en place, et qu’il faut retourner in situ pour agrandir, compléter ou revoir complètement sa bibliothèque multimédia, ses collectages de matières sensibles.

Néanmoins il s’agit d’un enseignement pour moi très riche, qui m’apporte beaucoup dans la perceptions d’espaces sensibles, et pas seulement sonores, leurs usages, leurs fonctionnements, ou dysfonctionnements, leurs appropriations (ou non), leurs difficultés, ou leurs aménités, les approches croisées d’aménageurs, urbanistes cartographes, architectes…

Mon regret : ce module, datant maintenant de 5 à 6 ans je crois, qui avait progressivement évolué, s’était structuré dans sa méthodologie, ses outils, ses ressources, ses exigences, ne sera pas reconduit l’an prochain, victime d’une refonte générale du projet éducatif de l’école.

amaranthe

RITUEL DU BANC D’ÉCOUTE

STATUTS, PASSAGES ET RITUELS

Bancs roquette

Comment un simple jeu, celui des bancs d’écoute, s’instaure t-il progressivement comme une habitude, un geste récurrent, une sorte d’exercice, d’entrainement, de gammes pour l’oreille, pour finalement se ritualiser en une fête cérémonie structurante de l’écoute, du paysage en point d’ouïe, et de l’écoutant.

 

LES LISTES NOURRICIÈRES

LE POUVOIR DES LISTES
Ou la construction de paysages sonores par des procédés langagiers énumératifs

x510_ombre_luc_kerleo-pagespeed-ic-ssghbkzngo

J’ai toujours aimé les listes, les suites logiques, même si personnellement j’ai une logique assez distendue et capricieuse, les inventaires, les accumulations, les énumérations…
Rabelais et ses litanies, Prévert et ses inventaires, Anne-James Chaton et ses listes de courses, Eco et ses listes linguistiques et littéraires, Perec et ses tentatives d’épuisement ou ses variations, les listes me fascinent.
Lorsque le mot, l’image, ne suffisent plus, il faut les étendre, les augmenter, les traverser  par d’autres, vers d’autres. Et cela selon une certaine logique, ou non – Listes/classements alphabétiques, numériques, ordonnées, ou désordonnées, cadavres exquis, associations d’idées, même singulières et anachroniques, voire loufoques, associations de sonorités, de rimes… La liste semble s’auto-entretenir pour construire son propre monde. Cherche t-elle une forme d’épuisement, de finitude, de variations en redondances, via des saturations, des sauts et des passages sans fin ?
Par la liste, c’est ainsi, parfois, souvent, que j’appréhende certaines méthodologies, ou rendus, via l’écriture in situ, et certains paysages sonores qui en émanent.
Je liste, j’énumère, j’amalgame, je brasse, je confronte, je juxtapose, je mets bout à bout, pour tenter de donner  vie, pour justifier une partie de l’existant, pour espérer trouver un brin de logique génitrice.
Pour cela, je convoque des accumulations de sources sonores.
Voix, moteurs, oiseaux, pas, valises à roulettes, téléphones, vent dans les branchages, autoradios, skate-board, cornes de trains, claquements de portières, balayeuse, ambulances…
C’est ce que je viens de noter ici, à l’instant, sur mon banc test d’écoute.
J’évoque des actions, par verbes interposés
Bruire, résonner, pépiller, claquer, pétarader, vrombir, souffler, chuinter, corner, gémir, gronder, gazouiller, crier, racler…
Des actions toujours prises sur le vif du banc d’écoute.
J’évoque des ressentis, des ambiances, des sensations – Saturation, apaisement, sérénité, décalages, vivacité, tristesse, dynamisme, fragilité, redondance, monotonie, pression, bienveillance…
Je convoque de l’espace, du mouvement.
Devant, sur le côté, derrière, à droite, fond sonore, à gauche, pointillisme, traversée, background, émergence, immersion, de droite à gauche, l’inverse…
Je convoque des dynamiques, des volumes sonores.
Prégnance, micro-sons, tintamarre, silence, calme, envahissement, bruissements, pollution, decrescendo, chuchotements, vacarme, amplification, disparition, apaisement, tonitruance, crescendo…
C’est en croisant ces prémices, ces ébauches de listes, d’énumérations, très, trop vite ici notées, à la volée, que le paysage se matérialise un peu plus, se nourrit, jusqu’à une forme de satiété, de rassasiement, quand ce n’est pas à la limite de la saturation, d’un excès langagier tissé de proliférations propres à une liste, qui aurait son propre feedback. Saturation néanmoins, me semble t-il, salutaire, un trop plein, susceptible d’être épuré, valant souvent mieux qu’un grand vide.
C’est en tous cas par l’usage de ces procédés littéraires énumératifs, et la conscience de leur capacité à donner vie, à incarner, que je construit en partie mes écoutes, leurs traces, les paysages qui en découlent, et surtout leurs partages.