POINTS D’OUÏE – LE CEGEP DE VICTORIAVILLE EN ÉCOUTE

Point d’ouïe – Balades sonores estudiantines québécoises

CEGEP* de Victoriaville – Section arts et lettres

Je tente de retracer ici la encontre avec une vingtaine d’étudiants, et d’un professeur à l’enthousiasme aussi bouillonnant que communicatif.

Nous n’avons pas un grand temps d’intervention, il s’agit de montrer et de faire vivre une expérience liée à la notion de paysages sonores à un public qui n’est pas forcément versé dans le champ des arts sonores, mais qui au final se montrera vraiment très réceptif, voire enjoué. Des oreilles conquises, pour mon grand bonheur.

Après quelques brèves explications sur les origines des soundwalks, ou balade sonore,  et quelques mises en condition pour vite s’imprégner des ambiances, nous partons, par une radieuse et fraîche matinée automnale, à la découverte de paysages sonores ambiants du CEGEP.

Premier arrêt, l’immense hall d’entrée, encore à l’intérieur du bâtiment. Hall boisé, vitré, d’imposante taille, tout ce qu’il faut pour faire  entendre de magnifiques réverbérations. Des voix, des pas crissants, des portes qui s’ouvrent et se ferment sur des espaces intérieurs, sur la cour extérieure, une spacialisation digne du meilleur dispositif de diffusion électroacoustique multicannale, voire très largement supérieure. Dès ce premier point d’ouïe, les oreilles sont en alerte, ouvertes à la rencontre sonore, à l’imprévu acoustique, aux petites comme aux grandes modulations du paysage. La première approche s’avère très souvent décisive pour souder une communauté temporaire d’écoutants, il faut judicieusement préparer, mettre en scène ce moment, pour embarquer déréchef le groupe dans un voyage d’écoute qui les prendra dès le premier instant, et les maintiendra, sous l’emprise des sons jusqu’au moment où l’on décidera de repasser en « mode  normal ».

Cet effet cathédrale du hall ayant parfaitement joué son rôle de catalyseur d’écoute, nous pouvons alors sortir frotter nos oreilles aux espaces extérieurs.

La porte, par un effet de sas, élargit d’un coup d’un seul le champ auditif vers des horizons plus lointains. Nous ressentons physiquement une pression acoustique plus détendue, un changement très net dans les perceptions de plans sonores différemment étagés.

Deuxième halte, juste quelques mètres plus loin, après le franchissement de ce seuil transitionnel. L’audition se porte vers des sons ténus mais bien identifiés et localisés dans l’espace, porte grinçant à droite, oiseaux à gauche, voix et rires devant, au loin, voitures en fond… L’espace acoustique se met progressivement en place, avec ses repères, ses sonorités intrinsèques, ses mouvements, l’échos des bâtiments qui obturent ou réfléchissent…

Nous passons ensuite derrière un bâtiment, encore une rupture rapide et surprenante. Des sons brusquement disparaissent, sont étouffés, noyés, d’autres apparaissent, se superposent. Entre autre, un ronflement de ventilation qui émerge du sol par une large bouche grillagée, ouverte sur le flanc d’un mur. Nous nous regroupons tout autour. Étrange scène d’écoute, un brin surréaliste, lieu improbable, posture inhabituelle, sons des plus surprenants, triviaux, voire laids, surtout à choisir comme ressource de « concert ». Or c’est justement l’incongruité de ce moment qui fait naître une véritable magie.

Autour  de cette action volontairement décalée, va pouvoir se construire une nouvelle scène, de nouveaux gestes, une modification sensible du paysage. Subrepticement, j’installe autour de ce point d’ouïe pour le moins trivial, des sources sonores discrètes, avec des micros HP autonomes. Des voix, des gouttes d’eau, des grincements, des tintements anachroniques, se spécialisent dans la pelouse, les arbres, les rebords de fenêtres environnantes. L’écoute se déporte, se décale, se dirige vers, physiquement ou non. On est entré dans un nouveau territoire sonore « renaturé », la surprise est là, le geste réactivé, l’oreille ré-alertée… Nous restons dans cette nouvelle posture un moment suffisamment long pour nous imprégner de l’étrangeté de l’ambiance, jusqu’à en oublier , ou en accepter cette bizarrerie comme un état quasi naturel.

L’ambiance bien installée, je propose d’autres formes d’écoutes  à l’aides d’objets exploratoires, auscultatoires, longue-ouïes, casques filtrants, stéthoscopes… Sans un mot. Juste des gestes, postures proposése, suggérées. Puis des objets abandonnés à d’autres mains, à d’autres oreilles, à discrétion.

Une autre phase s’amorce. D’autres mondes sonores se profilent, d’autres gestes, postures, situations…. On ausculte le mur, les feuilles et le tronc d’un érable, on dirige les cônes acoustiques vers  telles ou telle source, on écoute, on s’écoute, on rit, on s’étonne, on s’isole pour expérimenter, ou on se rassemble, le groupe se retrouve dans cette expérience ludique, spontanée, collective. Le temps passe, et il est difficile d’extirper les étudiants de cette petite aventure sonique.

Rentré à l’intérieur, des sons plein les oreilles, je montre aux étudiants quelques exemples d’interventions, qu’elles soient plastiques, physiques, acoustiques, liés à l’environnement, au sens très large d ferme.

La rencontre fut riche, entre professeur, « étudiants, et paysages, même si ces derniers ne dépassèrent pas, géographiquement,  le cadre habituel et quelque peu « banal »de l’établissement. Une façon de ré-enchanter des espaces parfois tellement usés sensoriellement par leur trop grande fréquentation…

* CEGEP

POINTS D’OUÏE – OPEN LAB À LYON BRON

PAS – Parcours Audio Sensibles

Open Lab – Mermoz Pinel, Lyon-Bron « Chants du quartier »

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Un nouveau parcours Audio Sensible en deux temps, quartier de Mermoz Pinel, dans le cadre du projet Lyon Bron , Mermoz Open Lab. Mermoz Pinel est un quartier en périphérie de Lyon et de Bron, où un habitat assez disparate, entre maisons individuelles, et grandes unités d’habitation, s’entremêlent. Comme point centrail, un grand centre commercial avec galerie marchande donnant sur le vaste parvis d’une station de métro, ainsi qu’un joli parc urbain très boisé;  le décor d’une banlieue somme toute assez caractéristique des franges périurbaines est dressé. Ajoutez à cela un maillage d’importants axes routiers, périphériques, venant découper assez brutalement certaines zones, et un programme de réhabilitation en cours, avec l’extension du super marché et la démolition -reconstruction d’unités d’habitations toutes proches. La quartier offre ainsi une grande diversité, des friches, des zones pavillonnaires, des commerces, des espaces en travaux, des axes très circulés, ou très calmes, jardins d’enfants… bref, tous les ingrédients pour construire un parcours d’écoute intéressant.

Première phase, un repérage, très pluvieux ce matin là. On arpente le quartier à la recherche d’ambiances, de sources sonores originales, ou non, de points d’écoute qui accrochent à la fois l’œil et l’oreille.

Si la pluie peut être un handicap pour une écoute confortable, elle peut aussi nous offrir de très belles séquences auditives. D’emblée, derrière le bâtiment d’où nous partons, un délaissé, arrière-cour, passage entre deux bâtiments commerciaux, propose un premier terrain d’écoute où les glougloutis des caniveaux dialoguent avec les clapotis de gouttes, le tout joliment réverbérés par les murs assez serrés. Bref, notre oreille transforme ce lieu assez anodin, en scène auriculaire mettant en valeur la pluie dans tous ses états. Une excellent façon de se mettre l’oreille en condition.

Un peu plus loin, nous nous engageons dans une ruelle non goudronnée, bordée de petites maisons particulières, et finissant en cul-de-sac. Cette ruelle, sorte de tiers-lieu mi sauvage mi aménagé, ilot de calme enserré entre une zone commerciale et d’importants travaux de démolition, nous amène sur un de ces petits lieux magiques, plate-forme surplombant des travaux et nous offrant un vaste panorama visuel et sonore que nous restons longtemps à écouter/regarder. Dans cette même ruelle, un très gros cône de chantier nous permet de tester un objet loupe acoustique improvisé, on en joue.

En contre-bas, un jardin d’enfants avec un toboggan métallique, lequel est encore prétexte et support pour écouter diverses micro percussions, celles de la pluie en l’occurrence, en collant l’oreille au montant du jeu. rafraîchissant pour l’oreille et assez magique !

Puis, nous nous trouvons face une immense machine dont le bras articulé grignote, rogne, défonce un bâtiment déjà bien éventré, dans d’impressionnants sons de chocs, de gravas qui s’écoulent, de crissements de grincements de heurts sourds et de claquements secs… Un vrai catalogue, inventaire sonore de chantier urbain qui nous retient captivés de longues minutes.

Sur le parvis d’une église contemporaine, 3 cloches en campaniles, à hauteur d’homme, à hauteur de regard également, nous cadrent un paysage assez silencieux, laissant imaginer les tintements qui l’agiteront lors de la sonnerie des dames d’airain.

Une sente dominant une voix expresse, et nous amène à l’entrée d’un grand parc boisé, où les sons de la ville s’estomperont à mesure que nous pénétrerons en son cœur, sans toutefois effacer totalement la rumeur urbaine environnante.

Nous enchainons par la descente dans l’entrée d’un métro, un couloir très large, réverbérant à souhait, où nous installons temporairement, via de petits haut-parleurs autonomes, des sonorités de villes en différents points de l’espace. Nous créons une polyphonie tout à la fois discrète et surprenante où l’ambiance du métro est gentiment perturbée par d’étranges sonorités exogènes.

Le trajet se poursuit par la traversée d’un super marché. Musique d’ambiance, chaleur et lumières, voix et pas faisant bruyamment claquer la plaque métallique de sortie d’un escalier roulant, le changement extérieur/intérieur est assez radical !

Et pour finir en beauté, le parking en toit terrasse du super marché, imosante dalle dominant le quartier, la friche, les travaux d’extension d‘un parking où une grue vient déposer, à quelques mètres au-dessous de nous, des trémis de béton dans de beaux bruits de matière visqueuse s’étalant dans les coffrages. Ici encore, une vue et une écoute surprenante, panoramique, où la spacialisation des sons permet de se rendre compte de la diversité sonore et des subtils mouvements des sources, dans un territoire en pleine mutation. Pour un repérage, ce fut une première riche expérience d’immersion dans les chants du quartiers.

Deuxième étape, la promenade, en nocturne, emmenant des promeneurs écoutants invités à écouter leur quartier.

Celle-ci a été écrite, travaillée par Vincent Rotsap et Josselin Anne, tous deux jeunes résidants du quartier, et passionnés de sons, trouvant là un beau terrain d’expérimentation. La balade alternera des séquences écoutées à oreilles nues, des commentaires des échanges, et d’autres écoutes au casque. En effet, le repérage ayant été effectué en semaine, les travaux en pleine activité, nous somme maintenant un week-end, le soir. Donc un changement assez sensible des ambiances. il n’y a plus de pluie, beaucoup moins de promeneurs, et plus non plus de travaux !

De ces absences, carences sonores, sont en fait nées de belles idées. En effet, Vincent, notre guide du jour, ou plutôt du soir, nous a proposé des ambiances auriculaires concoctées et composées dans et pour les lieux. Ainsi, des lieux assez calmes ce soir là retrouvaient une activité, des circulation automobiles, des voix d’enfants, des pas, des travaux, qui n’existaient que dans nos oreilles. Le paysage regardé était agité de « sons fantômes » créant de subtils décalages entre la vue et l’ouïe, avec une indéniable poésie générée par ces décalages sensoriels, ces détournements paysagers, ces trompe-l’oreille… Ainsi, plusieurs lieux revisités, alternant oreilles nues et écoutes au casque, révélaient le chant, ou plutôt les chants du quartiers, intitulé de cette exploration urbaine, jusqu’au final sur le toit du supermarché, acmée incontournable de cette belle sortie nocturne.

Mais ce quartier multiple nous a tous juste entrouvert les portes de son territoire sonore… Il reste tellement de chants à y découvrir, à y puiser, à expérimenter, à partager, à écrire, à mettre en scène…

Ecoutez l’exploration urbaine « Chants du quartier »

Portfolio

Repérage

Promenade

POINTS D’OUIE ET DE VUE – MIRIBEL JONAGE

POINTS D’OUÏE (ET DE VUE) À MIRIBEL JONAGE

zone d’écritures sensibles

@ Nathalie Bou

Un petit voyage en bus, de Lyon jusqu’aux lacs du Grand Parc de Miribel Jonage, avec l’envie de porter en duo, avec Nathalie Bou, artiste plasticienne et scénographe, l’œil, l’oreille, la main, le corps, vers des paysages ambiants.

Désir de spontanéité territoriale, de gestes qui ne chamboulent rien radicalement, mais secouent un peu la torpeur des lieux.

En préambule déambule.

Petite marche.

Trouver l’espace adéquat, avec des lumières, des sons, des ouvertures visuelles, sans trop de foule.

Constante, l’eau, omniprésente, étale, vivante, qui s’impose comme une matière incontournable, qui éclaire l’espace de mille reflets changeants… Nous n’y échapperons pas, néanmoins, nous sommes venus en connaissance de cause.

Trouvaille en forme de rencontre paysagère.

Au détour d’un sentier sinueux.

Une plage de galets, des arbres, de beaux points de vue, et d’ouïe…

Adopté, nous posons les bagages.

Rumeur d’une ville invisible, des voix réverbérées, de clapotis, des chiens au loin…

Les lumières tremblotantes du soleil sur le miroir d’eau étale.

Deux personnes sur leurs chaises de plage, nous observent curieusement.

Première approche, ne rien faire, en apparence. Se laisser immerger, submerger, envahir.

Garder les yeux et les oreilles aux aguets, marcher, sentir les galets et les racines sous ses pieds.

Faire des gestes simples, lancer des cailloux dans l’eau, désir enfantin, apaisant ressourçant.

Les lancer longtemps, petits, gros, un par un, par poignées, fortement, mollement, au ras de l’eau, en l’air. Ténacité ou agacements, qu’importe.

Ecouter.

Regarder.

Eclaboussements.

Ronds aux mouvances concentriques.

Reflets de soleil secoué dans le miroir de l’eau clapotante…

Enregistrer, au cas ou…

Pendant se temps là, Nathalie étale du bleu, du rouge sang, beaucoup de rouge aujourdhui, majoritaire, sur des racines, des pierres, des herbes, qui n’en demandaient certes pas tant.

Mais dociles, les végétaux, la surface de l’eau se laissent colorer, acceptent des teintes parfois inquiétantes.

@Nathalie Bou

La volonté transparait de s’élever contre des massacres d’animaux, actualité violente, sanglante, cétacés massacrés noyés en masse dans leur sang, l’eau sauvagement rougie, rouge Goya, jusqu’au au bord de cette plage quiète.tranquille.

Troubler le paysage de ses propres écœurements.

Déborder l’actualité, catharsis sans doute.

L’humeur se déteint en couleurs.

Pus sereinement, je dicte quelques mots à mon magnétophone, ressentis phrasés.

J’ajuste un vrai faux paysage dans des rythmes de paroles qui surgissent, sauvages, brouillonnes et espérées tout à la fois.

Encore une trace d’écriture qui prendra peut-être place, ou non, dans une réécriture prochaine, après un temps de maturation, non encore estimé dans sa temporalité.

J’installe une série de petits haut-parleurs dans un grand cercle, sur la plage même, à fleur de galets.

Points sonores à la fois ténus et marqueurs affirmés.

De petits sons importés, délocalisés, anachroniques, anecdotiques, frictions entre l’existant et la fiction doucement imposée.

Écriture par couches.

Le couple nous jette des coups d’œil curieux, mais ni franchement inquiets, ni trop dérangés. Ils écoutent, observent de loin, sans interférer, étonnés et amusés, sans plus.

Les sonorités tournent dans l’espace, voix chuchotantes, cris d’enfants, grincements de portails, gouttes et ruissellements en contrepoints aquatiques, face à une grande étendue d’eau plutôt sereine, et bien réelle celle là.

L’espace acoustique se trouve  momentanément, en léger déséquilibre, dans une discrète instabilité, sans pour autant qu’il soit malmené, ni violenté, tout juste questionné par ces ajouts soniques, pointillistes et capricieux.

@Nathalie Bou

Au final, épuration progressive, on ne gardera qu’une source sonore, nichée dans le creux d’une petite souche, juste un tremblement, un tressaillement localisé, petite balise sonifère.

Brautigam est alors convié.

Nathalie avait envie de lire cet auteur, que j’adore aussi.

Autres contrepoints, au bleus et rouges, aux micros sons distillés, au paysage, des textes courts, incisifs, entre humour, dérision et noirceur,

Encore une trace. Enregistrée.

Et, comme les autres, matière à, ou à ne pas, peut-être, je ne sais comment, trop tôt pour, on verra bien…

Le paysage m’échappe encore, toujours,  en même temps qu’il s’inscrit, en même temps que nous le fabriquons à notre façon, que nous le traçons, incertains, de sons et d’images et de gestes.

Des traces de végétaux encrées, toujours du rouge, parfois du bleu, autres contrepoints aquatiques, nervures imprimées sur des feuilles blanches, fragiles et résistantes.

Les heures ont passé, vite.

Ranger.

Laisser les lieux dans leur état initial.

Leurs laisser le temps d’une résilience tranquille.

Le couple part. Comme je sens qu’ils auraient envie de nous dire un mot, je m’excuse donc de la gène qu’on a pu leur causer, notamment via notre installation sonore impromptue.

Il n’en a rien été nous disent-ils, au contraire, c’était plutôt agréable.

Un petit public qui est resté, sans faire de bruit, curieux de nos agissements.

Nous partons aussi.

Traces dans la mémoire de nos mains, de nos têtes, quelques sons, des idées, en chantier.

Écritures à suivre, ici ou ailleurs, dans un soucis de partage.

Les paysages pour exister doivent s’écrire sans cesse.

@Nathalie Bou

EN ÉCOUTE ICI

ALBUM PHOTOS ICI

POINTS D’OUÏE ET JEUX DE L’OUÏE

JEUX DE L’OUÏE

@Anja - Vitry sur Seine - Gare au théâtre - Frictions urbaines - septembre 2015

OYEZ !

Jeux de l’ouïe, osselets compris…
Prenons l’espace public comme terrain de jeu, nos oreilles comme un dispositif sensible autant que performant, et l’écoute, avec ses innombrables variantes, comme une série de règles à réécrire sans cesse…
Nous y sommes, le monde sonne…
(écrit au moment même où le clocher sur la place voisine égrène une belle volée d’airain)

POINTS D’OUÏE ET POINTS DE VUE CROISÉS

L’œil écoute et l’écoute regard

ListenToYourEyes

Un point d’ouïe seul

jamais ne se suffira

je recherche à l’envi

une synchronie de l’œil

et de l’ouïe brassés

rencontres transmédiales

d’un lieu et d’un moment

d’idées et de personnes

où les sens conversent

où les sens convergent

où les sens divergent

où l’essence persiste

j’espère émoustiller

dans des duos sensibles

un espace partiel

ou bien intersticel

paysages partagés

dialogues concertants

aussi déconcertants

contrepoints tricotant

du voir et de l’entendre

représentations croisées

du sonore multiple

contaminé de lumière

d’images rémanentes

et de formes mêlées

symphonies syntones

d’accords en vibrations

en couleurs et en sons

représentations fragiles

de singuliers ressentis

arpentage à la marge

de territoires piétonniers

synesthésies convoquées

expériences du réel

mâtinées d’écritures

qui s’aventurent hardies

sur des terres d’échanges

erratiques complicités

ou itinéraires concertés

duos d’écoutes rétiniennes

duos de visions sonifiées

duos d’écoutants regardants

duos de regardants écoutants

il me faudrait sans compter

combattre l’hégémonie

d’un absolu sens unique

d’une pensée sens unique

d’une écriture sens unique

ne pas m’enfermer marri

dans de tristes tours dorées

chercher en périples humains

en des marches urbaniques

le regard de l’autre

comme force d’écrire

comme force de vivre.

POINTS D’OUÏE ET CARTOGRAPHIE SONORE

POINTS D’OUÏE – DES SONS À LA CARTE

Les cartographies sonores, parfois associées à des cartographie dites sensibles, mentales, sont aujourd’hui rentrées dans des pratiques courantes.  Ellles visent à apporter une couche de définition territoriale (supplémentaire) ou un supplément d’informations, notamment géographiques, géomantiques, le tout visant à construire et à définir un, ou une série de territoires sonores singuliers.

Différentes des cartes de bruits urbains, procédures aujourd’hui imposées par des directives européennes à bon nombre d’agglomérations (http://www.bruit.fr/boite-a-outils-des-acteurs-du-bruit/cartes-de-bruit-et-ppbe/), sont actuellement dressées.

Je laisserai ici de côté ces cartes, certes utiles, mais pour moi un brin trop normatives, pour aborder celles traitant plutôt des notions de paysages sonores, dans leurs approches esthétiques, sensibles, même si une préoccupation écologique n’est pas évacuée pour autant, tant s’en faut.

Sans vouloir faire ici un inventaire de l’existant, cat il y aurait matière trop  abondante à traiter, je donnerai néanmoins quelques exemples de cartographies, avant d’aborder le sujet par un angle plus spécifiquement et personnellement« Points d’ouïe ».

Nous trouvons ainsi différents modèles de cartes, servant souvent à différentes préoccupations, de la banque de données en passant par des projets plus artistiques , esthétiques, et nombre de variantes difficiles à enfermer dans une catégorie précise.

Les technologies numériques, notamment avec les géotags, la géolocalisation, jusqu’aux SIG  (Systèmes d’information géographiques) contemporains, ont assez rapidement ouvert des champs d’exploration et de diffusion touchant, via le réseau internet,un large public, professionnel ou non.

Voici donc, pour illustrer le sujet, quelques exemples, sans soucis de hiérarchisation, ni d’analyse, et encore moins de prétendre à une quelconque exhaustivité.

Aporee, une mine de sons participative, le monde en écoute

http://aporee.org/maps/

Stanza, The Sound Cities, entre traces et esthétiques

http://www.soundcities.com/

Écouter Paris, c’est capitale, à l’oreille

http://www.ecouterparis.net/

Locustream Soundmap, des micros (websoundcam) ouverts sur le monde

http://locusonus.org/soundmap/051/

Cartographie sonore de Montréal, territoire en écoute

http://www.montrealsoundmap.com/?lang=fr

Il existe bien sûr quantité d’autres projets, formes, présentations… Je n’en donne ici qu’un bref aperçu non représentatif de ce vaste champ.

Le projet Points d’ouïe est donc très intéressé par ces développements cartographiques. Si l’action de terrain constitue la base, l’essence-même de la démarche, celle de se frotter les oreilles in situ, de vivre une expérience physique, partagée, sensible, la carte n’en offre pas moins d’intéressantes perspectives à explorer.

La trace

Il est évident que lorsqu’on travaille sur des matières intangibles, le son par exemple, ou vers des productions immatérielles et éphémères, tels le parcours, la balade, on se pose la question de la trace.

Faut-il forcément donner une matérialité à l’immatériel, le rendre plus tangible, explicable peut-être ? L’instant vécu suffit-il à faire œuvre ?

Faut-il toucher plus de personnes, y compris celles qui n’ont pas participer à la déambulation ?

Faut-il conserver une mémoire de la chose passée, achevée, pour raviver, voire entretenir des souvenirs inhérents à des instants de plaisirs, ou de déplaisir ?

Faut-il développer par la trace, le rendu, pensés comme des objets de communication, des ressources/actions, qui donneront envie de se frotter physiquement au paysage sonore ?

Ou bien cette trace, multiple, constitue t-elle, bon gré mal gré, un condensé cherchant à répondre, même partiellement,  à ces divers questionnements ?

Pour  ma part, je pencherais volontiers pour cette dernière hypothèse, nonobstant le fait qu’elle elle n’est pas en soi pleinement satisfaisante, comme toute réponse à un faisceau de questions , d’ailleurs. constamment renouvelé

L’autonomie du promeneur écoutant

La carte à elle seule, qu’elle soit format papier, guide, ou application mobile, via son portable, sa tablette, permet de proposer un parcours sans la présence d’un guide physique. On peut ainsi partir seul, ou en groupe, sur les traces de ce qui a déjà été préalablement repéré, testé, et en quelque sorte balisé, même par des marqueurs numériques embarqués. Cette autonomie selon moi, ou en tout cas dans le cas du projet Points d’ouïe, ne reflète qu’une partie de la proposition, et me semble ne pas pouvoir communiquer la synergie, ainsi que le décalage qui font que le parcours « événement » reste un temps fort difficilement proposable en autonomie, sans une certaine atrophie de l’action.

Une nouvelle couche de lecture, production singulière

Au-delà de la trace mémorielle, du guide, une cartographie peut également constituer une couche  originale d’information, mais aussi une extension, sous la forme d’une représentation esthétique, sensible, artistique, venant se superposer au geste accompli in situ. Il peut s’agir dans ce cas d’une carte offrant la possibilité d’agglomérer différentes formes de représentations, comprenant des photographies, du texte, des images, et sse posant ainsi comme une ré-interprétation du parcours, en contrepoint de la promenade « classique », plus physique. L’objet carte sera donc singulier, sans pour autant trahir ou déformer le parcours initial, avec de multiples déclinaisons envisageables, jouant sur l’hybridation, le mixmédia et l’œuvre modulable à l’envi.

Points d’ouïe et balades sonores, Du Mont Saint-Hilaire à Victoriaville, vers une géographie du sensible

Une bribe de Québec façon Desartsonnants

Première étape, Mont Saint-Hilaire – Victoriaville

Une fois n’est pas coutume, je vais englober, dans ces premiers parcours d’écoute, plusieurs déambulations, en solitaire, en duo, trio, dans trois balades écrites, reliées par un fil géographique sensoriel, sans véritable liaisons temporelles. La géographie du sensible me semble ici une notion pertinente pour donner une cohérence aux sites visités de l’oreille et partager ces chemins.

Tout d’abord, le Mont Saint-Hilaire, près de Montréal, ou tout au moins dans le village au pied, le long de la belle rivière Richelieu. Balade en trio, Au Milieu d’une vaste plaine céréalière, une haute colline s’impose, semblant émerger de nulle part, parée à l’heure de ma visite de toute les couleurs automnales des érables et des pommiers, du jaune au rouge vif, en passant par moult nuances ocrées. Dans la petite ville, un très grand quartier résidentiel, assez récent, alternant petits immeubles et maisons individuelles. Dans ce quartier, une zone « sauvage » surprenante, avec une végétation foisonnante et très variée, et tous les animaux qui l’habitent, traversable par un sentier discret. C’est une coupure assez franche, visuellement et auriculairement, avec les espaces lotis  qui bordent ce coin de prolifération végétale.

La coupure acoustique et aussi prégnante que la coupure visuelle, une zone urbaine, écosystème protégé, site oh combien privilégié et surprenant.

Tout près de Victoriaville, un ami m’emmène visiter on chalet, en pleine nature. Nature écrin, où le vert des prairies aux herbes encore vivaces, et tous les tons chatoyants et automnaux des érables font résonner une véritable symphonie colorée. Nous mangeons dehors, alors qu’un un grillon nous salue, dernier chanteur actif avant les proches frimas à venir. C’est pour toi me dit mon ami. J’en remercie l’insecte qui nous prolonge au creux de l’oreille une persistance, une résistance estivale, de ses stridulations chaleureuses.

A quelques pas, la prairie s’abaisse progressivement vers une rivière sinueuse. Un petit espace merveilleux, doucement agité de clapotis, de glougloutis, de milles frémissements d’une eau miroitante et capricieuse, venant buter sur des arbres et rochers. Les  profondes traces en saillies laissées sur les berges, laissent imaginer la force tumultueuse qui doit animer cette rivière à la fonte des neiges.

Nous restons là un long moment, sous un beau soleil d’automne, à respirer des yeux et des oreilles cette nature si généreusement offerte à tous nos sens comblés.

Il nous faut faire un gros effort pour s’arracher, le mot est ici assez juste, à ce site petit coin de paradis, et repartir travailler vers la ville.

Vocto nicolet

Puis Victoriaville, en solitaire, et en nocturne. Première halte de cette petite ville aux accents victoriens, sur un banc, tournant le dos à un super marché, et faisant face à une église, et la mairie. L’air est doux, soirée d’été indien. Le banc est positionné le long d’une très longue promenade piétonne et cycliste, menant vers des chutes sur la rivière Nicolet, à l’extrémité de la ville. Espace calme, détendu, bien que fréquenté par de nombreux piétons en familles, dont je capte les voix et l’accent du cru, qui ravit de leurs musiques les oreilles du tout nouveau arrivant que je suis. De nombreux véhicules électriques pour personnes âgées ponctuent également cette promenade de doux glissements discrets.

Départ à pied vers les chutes du Nicolet, à quelques centaines de mètres de là. Une série de petites cascades constituent les seules vestiges d’anciens moulins à scie. L’approche sonore de ces chutes se fait progressivement, un chuintement de plus en plus prégnant, acousmatique, car on ne découvrira les chutes visuellement qu’une fois franchi un pont de bois qu’une épaisse végétation longe, nous cachant la rivière en contre-bas. Ce chuintement aquatique se métamorphose progressivement en prenant progressivement de l’amplitude, morphing acoustique, se transformant en grondement avec toute une palette de bruits blancs, où aigus et graves se confondent. Je les perçois différemment, juste en tournant la tête, lentement, dans un sens ou dans l’autre, pour activer une série de filtres acoustiques, liés à la directivité de nos oreilles. Cette aquaphonie fait écho, et interfère avec les bruits de roulement de la circulation d’une large avenue en contre-bas. La nuit tombée renforce l’impression de baigner dans une ambiance aquatique, dans une atmosphère liquide, propre à nous faire sentir une profonde immersion sensible, dans ce paysage où nature et ville se confondent et s’interpénètrent assez joliment. Sans doute une des caractéristiques du Québec.

Je poursuis la promenade, retour vers la grande rue principale de Victoriaville, toujours en nocturne. Les promeneurs sont maintenant presque tous rentrés, les rues ont très calmes, quasi désertes en ce lundi soir. Je décide d’emprunter les chemins de traverses urbains, naviguant de droite à gauche, de gauche à droite, entre ruelles, passages, arrières de boutiques, parkings, impasses et cours intérieures… Bref, la ville que l’on explore rarement, intime et triviale, loin des clichés esthétiques, où un touriste lambda ne s’aventure guère, qui plus est de nuit.

Mais c’est pourtant ici que chantent les ventilations, les aérations, les climatisations, égrenant des graves, des aigus, des souffles continus, hoquetants, cliquetants, hachés, vrombissant ou hululant… Lorsque je parle du chant des ventilations, je pourrais faire frémir, voire hurler quelques riverains de ces machines soufflantes jour et nuit, et ans doute à juste titre. Cependant, je les écoute avec le décalage d’une oreille sensible aux rythmes, aux drones, offrant moult variations sur un continuo soufflant qui fait assez naturellement contrepoint avec les quelques véhicules circulant à cette heure-ci. Sons de ville que je capte de mon magnétophone, pour les remixer à ma façon, dans un mélange de sons aquatiques des chutes du Nicolet, à l’autre extrémité de la ville, de chuintements de pneus et de ventilations, comme des respirations et souffles urbains que la nuit pare d’une étrange ambiance très organique. Ville sensible, géographie sonore anthropomorphique…

Victo

A venir :

Victorialle – Drummonville avec des étudiants

Montréal, de ruelles en marchés

POINTS D’OUÏE, UNE EXPÉRIENCE LIÉE À L’ART RELATIONNEL ?

INTERACTIONS ET PRATIQUES RELATIONNELLES  ?

Durant une série de promenades, formations, rencontres, dans la belle province de Québec, nous avons récemment, avec Jocelyn Fiset, un ami artiste et directeur d’un centre d’art autogéré, le GRAVE , à Victoriaville, discuté de ma pratique sonore à l’aune de ce que l’on nomme parfois l’art relationnel.

Nicolas Bouriaud a d’ailleurs longuement développé le concept d’esthétique relationnelle.

Je questionne ici le projet Points d’ouïe pour tenter, sans doute en partie, de mieux définir, ou redéfinir, les spécificités et finalités de l’action, à l’aune donc d’une approche relationnelle.

Points d’ouïe a t-il du sens sans ses actions in situ, partagées de concert avec un public invité ou embarqué ?

Il me semble bien que non. Une des raisons d’être du projet réside dans le geste, l’action, le fait de confronter son écoute, son corps, ses pratiques, à un territoire donné, et de le partager avec d’autres écoutants.  Le faire est ici primordiale, il amène à de nouveaux plaisirs, mais aussi à de nouvelles consciences, celles de l’espace, de pratiques sociales, vers de nouvelles réflexions sur des problématiques en prise directe avec le terrain et ses usagers, passagers, résidents… Le faire ensemble est beaucoup plus pertinent que l’action isolée. Il soude une expérience partagée entre des participants, les aide à développer une énergie communicative, à se mettre en synergie les uns les autres, il contribue à embarquer vers de nouveaux territoires auriculaires.

Points d’ouïe existe t-il encore sans une proposer une réelle interactivité, une sorte d’espace exploratoire ludique, confrontant public et territoires/paysages sonores ?

La question est, avouons le, orientée pour  répondre par la négative. Il faut que l’artiste, tout comme les écoutants embarqués, déclenchent, par leurs gestes, leurs postures, leurs pensées, des réponses paysagères singulières. Il faut que ces réponses-mêmes induisent d’autres gestes et que ces gestes à leur tour enclenchent… L’interactivité n’est pas ici appuyer sur un bouton, passer sous le champ d’un capteur pour déclencher quelque chose. L’interaction, ce sont les nombreux et incessants dialogues et échos qui nous relient à un site, à des ambiances, à une superposition de couches paysagères, acoustiques, hétérotopiques. On ne peut pas se couper de ces réalités, décalages, frottements, de ces aller-retours entre hommes et lieux, provoqués notamment par la marche. Marcher, c’est provoquer des symbioses, des résistances, synthoniser ses sens en les excitant dans d’incessants réajustements, face à l’imprévu du territoire. La sérendipité convoque une interaction qui nous fait écrire des parcours sans cesse renouvelés, chemins de travers, bifurcations, impasses parfois, nouveaux départs… Bref, une interactivité qui enrichit fortement le projet, voire le maintient tout simplement crédible et vivant .

Points d’ouïe contribue t-il a tisser des relations interpersonnelles, à poser une réflexion concernant et impliquant une communauté d’écoutants, via ses relations avec différents espaces sonores ?

Là encore, une évidence s’impose. Ce qui est recherché, au-delà d’un plaisir immédiat, d’une sensibilisation à des problématiques esthétiques, écologiques, sociales, c’est bien aussi une émulation issue de ce qui va se passer entre les participants eux-même, avec l’artiste compris, qui va lui, tenter de catalyser ces énergies. Des énergies d’écoutes, des propositions qui ne viennent pas que de l’artiste, mais aussi d’individus réunis par une marche, un désir de partager un moment singulier, inhabituel, fabriqué de concert. Ce sont les regards, les sourires, des instruments ou objets qui passent de mains en mains, un dialogue qui clôt l’action en permettant d’évoquer ses ressentis, ses frustrations, ses gènes, ses plaisirs.

Le relationnel est au cœur de l’action, et l’artiste, en tout cas celui que je suis, fait tout pour qu’il en soit ainsi ! Un parcours n’est pas une chose inanimée, écrite de façon définitive et sans retour. Un geste d’écoute, une pensée, sont influencés par le terrain, mais aussi par les réactions contagieuses, rhizomatiques, d’un groupe, qui va se construire ses propres connivences, ses propres codes, même fragiles et éphémères, au fil des déambulations, des auscultations, des conversations… Points d’ouïe est un espace d’échange interconnecté entre le lieu, les sons et les écoutants, les artistes et tous ceux qui se laissent embarquer dans l’aventure. Points d’ouïe n’existe que par ses relations tissées de connivences et de partages. Le couper de ses bases relationnelles fait de lui une coquille vide, dénuée de sens, et qui somme toute n’a plus de raison d’être. Le Monde appartient à ceux qui l’écoutent, de concert bien sûr.

POINTS D’OUÏE À VICTORIAVILLE

SOUFFLES ET CHUINTEMENTS DE VILLES NOCTURNES

Old Air Conditioner

La nuit tombée, j’ausculte en marchant Victoriaville, petite bourgade québecoise…

Je capte ici et là, des chuitements aquatiques, automobiles, souflles cliquetants de ventilations…

Bruits blancs sur fondus au noir d’une nuit québecoise, la ville sans fard, souvent inécoutée…

La ville souffle, ici, souffler est bien jouer.

Elle s’éssouffle parfois, soupire, égraine ses respirations au fil de la rivière et des rues à demi endormies.

Des instants que j’affectionne tout particulièrement pour jouer au promeneur écoutant solitairte et noctambule.

ÉCOUTEZ ICI

POINTS D’OUÏE – UNE GÉOGRAPHIE DE L’OREILLE ET DU PIED

POINTS D’OUÏE – UNE GÉOGRAPHIE DE L’OREILLE ET DU PIED

Le fait de déambuler de centres ville, en villes centres, de chemins de traverse en GR balisés, m’amène progressivement à me fabriquer une géographie personnelle, tracée à la force du mollet et à la curiosité de l’oreille.

J’ai dans la tête des sortes de cartes mixmédia où s’entremêlent couleurs, volumes, odeurs et sons.

Je conserve, rangés dans un coin de l’esprit, mais aussi en notes griffonnées, en sons réagencés, moult circuits parcourus en groupe ou solitaire.

Tout cela contribue à tramer un réseau reliant Lyon, Paris, Vienne, Tananarive, Toulouse, Victoriaville, Mons, Lausanne, Bruxelles, Florence… dans un parcours global organique, nourrit de points de vue et de points d’ouïe, incrustés dans une trame géographique qui n’en finit pas de s’expandre.

Je peux, à l’aune des chemins parcourus, de jour comme de nuit, construire une géographie du promeneur écoutant, ponctuée de points d’ouïe, haltes offertes à l’expérience, à la surprise, à la contemplation, à l’espace temps partagé…

Cette trace mémorielle, sonore, matérialisée car tissée de mots, jalonnée de cartes postales sonores, est une invitation à poursuivre encore et encore le chemin d’écoute, si sinueux et imprévisible soit-il.

Il faut, au détour d’un pâté de maisons, d’un bosquet, d’une rivière, trouver des postures, des modes de narration, qui seront en adéquation avec l’espace, le moment vécu, les ambiances, l’intimité, la synergie du groupe.

Il convient de ne pas reproduire des gestes telles des géographies types, comme un calque que l’on superposerait à différents lieux, quels qu’ils soient, trame rassurante sans doute, mais aussi carcan de reproductions anachroniques, sclérosantes et asphyxiantes.

Chaque marche, chaque rencontre, chaque projet, devient terrain de jeu où l’écriture, parfois sauvage, doit nous surprendre et nous ravir.

Sérendipité invitée, acceptée, recherchée.

Aujourd’hui encore, sur un chemin menant à une rivière discrète, le pont de bois la surmontant offrant des rythmes de basses fréquences au belles couleurs chatoyantes, avec un groupe d’étudiants en technique du son d’une université québécoise, nous jouons de concert à écouter. Nous nous essayons à faire sonner. Nous jouissons d’un retour à des gestes simples, gratter, tendre l’oreille, s’assoir, placer un minuscule son sur une pierre, un autre dans un arbre, faire chanter intimement le lieu, s’offrir un instant de plaisir qui restera gravé dans notre intime géographie sonique, à chacun la sienne.

Ce extrait de promenade s’imprime dans ma collection de vécus in situ, en même tant qu’il imprime une extension, une couche sensible et cartographique, tissant un paysage sonore quasi universel dans son geste d’écoute.

Chaque nouvelle expérience excite mon appétit à traquer les infimes, ou toniques singularités d’une ville, ses souffleries, ses grésillements, ses musiques envahissantes, ses accents, ses tintements de cloches…

Il me faut ensuite les conter, les transcrire, les rendre partageables, les inscrire dans un carnet informel qui les fixeront comme des traces dans lesquelles je pourrai venir  à l’envi, puiser des ressources, pour poursuivre et enrichir mon chemin d’écoute.

Ce sont ses déambulations sonantes qui me font réfléchir et agir, affiner une géographie en marche, au gré des lieux, des gens, des expériences à fleur de tympan, des parcours, ceux qui provoquent la rencontre, l’échange, la joie de faire à portée d’oreilles. Au fil des pas, se dessine une géographie intime, personelle, sensible, mais surtout vitale pour aller de l’avant.

POINTS D’OUÏE, AUTRES APPROCHES

POINTS D’OUÏE, AUTRES APPROCHES

Une point d’ouïe, comme un point de vue, n’engage a priori, que celui qui le propose, qui le définit, qui le défend, qui le partage…

Néanmoins, un point d’ouïe qui ne serait partagé que par un seul écoutant n’aurait pas grande valeur.

Un point d’ouïe se partage, dans ses approbations comme dans ses contradictions, dans ces acceptations comme dans ses réticences.

Un point de vue n’est pas donné, dans une spontanéité universelle, acquise d’emblée par tout une communauté d’écoutants. Il se conquiert, parfois de haute lutte, parfois avec une ferme ténacité, nécessaire pour travailler dans un long terme.

Un point d’ouïe est rarement uniforme, monobloc et d’emblée saisissable dans une intégrité évidente. Il superpose des couches sonores qui, selon les degrés de perceptions, les cultures, les postures, les disponibilités de l’instant d’écoute, les moments, les lumières, les accidents et aléas divers… constitue une matière sonore en perpétuelle recomposition. C’est une sorte de magma acoustique vivant, à la fois identifiable et sans cesse mouvant – magma qui parfois laisse percevoir une entité semblant  stable, solide, offerte aux oreilles sans trop d’effort, et à d’autres moments qui parait se matérialiser et de dématérialiser  sans cesse, comme une série d’ombres fuyantes, vibrantes, floues et éthérées.

Un point d’ouïe est un lieu de rencontre où regard, écoute et paroles se rejoignent, pour partager des paysages à construire et à vivre en commun, ne serait-qu’un instant d’écoute.

POINT D’OUÏE , DU LOCAL SINGULIER À L’UNIVERSEL PARTAGÉ

Ecoute, ici et là

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Je me pose sur un banc
encore et toujours
Pour un long moment
Pour un moment incalculé
Pour un moment instinctif
Se poser au cœur de la place
Où la vie bat son plein
Ecoutant
Tout simplement
Se poser comme un voleur de sons
Se poser comme un voyeur de sons
Mais ce ne sont là que d’innocents larcins
dénués de toutes mauvaises intentions
juste capturer
Pour jouir via l’oreille
de la vie
Envie de saisir les infimes et intimes singularités des lieux,
Mais aussi envie de se sentir
Très proches des hommes
Qui écoutent à ce même instant
ailleurs
D’autres choses inconcertées

D’autres choses partageables
Dans une grande cité criarde
Ou dans un hameau niché
Aux creux de montagnes paisibles
Envie de se sentir humain
Relié par une fenêtre acoustique ouverte
pavillon déployé de l’oreille
Comme un acteur écouteur universel
Pris dans l’inextricable enchevètrement
De cacophonies et d’harmonies conjuguées
Dans un monde bruisssonnant
Parfois même un brin trop bruissonnant

POINTS D’OUÏE – POSITIVER ENTRE MES DEUX OREILLES

AVEC L’OREILLE JE POSITIVE

@anja – Frictions urbaines – Balade sonore nocturne – Vitry/Seine – Gare au théâtre – septembre 2015

En parallèle à l’utopie, il y a le fait de positiver. Positiver n’est pas l’apanage d’une grande enseigne commerciale à la croisée des routes…

La positivation n’est pas non plus pure naïveté, elle ne nous bouche pas les yeux et les oreilles sur les dysfonctionnements, les crises, les tragédies, elle les reconnait, les prend en compte.

Le fait de positiver n’est pas un optimisme forcené, c’est aussi relativiser, sans se fourvoyer dans de grands rêves coupant de toute réalité.

C’est encore éviter de sombrer dans une noirceur terrifiante, paralysante, une fin du monde dans un grand marasme ambiant comme unique pensée, une reniement de toute valeur, de toute beauté, au profit d’une sinistrose suicidaire.

Positiver c’est par exemple croire que le paysage sonore n’est pas qu’un informe chaos, qu’il existe de superbes poches d’écoute au cœur même des plus gigantesques métropoles, que l’écoute peut, ici ou là, nous réserver mille surprises tonifiantes, que la parole, tout comme le vent, ou la musique des lieux, portent une beauté universelle, une part de rêve partagé aux quatre coins du monde, si l’on prend garde de se laisser une fenêtre grande ouverte sur le sensible, et l’autre…

@ Raymond Delepierre – Sentier des Lauzes – Juillet 2015

POINTS D’OUÏE ET NARRATIONS

La balade sonore comme une expérience de narrations audio-paysagères multiples

Chemin faisant, l’écoute se met en marche. Les lieux et toute leur vie intrinsèquement sonore se donnent alors à entendre. Le, ou plutôt les récits se construisent au fil des pas, des déambulations, des points d’ouïe, comme une combinaison quasi infinies de narrations à fleur d’oreille.

Histoire humaines, voix, gestes et activités entendues
Voix perçues, parfois empruntées, voire volées, un brin voyeuriste-écouteur, des bribes de conversations, ou de monologues… le rythme des pas déambulant et des gestes sonores, reflets d’activités journalières captées comme des histoires du quotidien, ou plus exceptionnelles, néanmoins transfigurées par l’attention auditive qui leur est portée…

Faune
Oiseaux pépiant, jacassant, hululant, caquetant, criards ou virtuoses de la vocalise chantante… Gibiers détalant, chats hurlant dans les nuits printanières, concerts de grenouilles coassantes en bord d’étang, brames de cerfs intempestifs et amoureux, frémissements d’insectes vibrants… de villes en espaces naturels, l’histoire naturelle, pour employer un ancien terme écolier se déroule à nos oreilles parfois étonnées d’une telle présence auriculaire.

Media
Sonorisations insidieuses, intempestives voire muzakement polluantes, bribes de musiques échappées d’une fenêtre ouverte, sirènes et autres hululements urbains, Hip-hop affirmé, anachronique, sous les colonnes d’un opéra, déambulations festives, revendicatives, rythmées et soutenus par de puissants sound-systems, harangues et scansions mégaphoniques… Les média s’installent, plus ou moins ponctuellement, avec plus ou moins de présence, dans l’espace public. Celui-ci envahit de même, parfois l’espace privé, ou bien inversement…
Le récit, notamment urbain, s’amplifie acoustiquement, se diffuse, se répend par un enchevêtrement de paroles, musiques, de dispositifs, de canaux…

Ambiances – un début et une fin – une trame, tissages, de passages en ruptures, de transitions en coupures – Une écriture in situ, in progress
Du départ à l’arrivée, le parcours est balisé, testé, validé, nonobstant les aléas, imprévus, accidents, et autres opportunités. Il propose une progression faite d’enchaînements et de ruptures, de fondus et de cassures, de points forts et de modestes trivialités… Il s’appuie sur des ambiances emblématiques, mais aussi des petits riens, un panel des choses à racommoder in situ, des objets poétisés dans le décalage de l’écoute collective, une histoire auriculaire à partager en commun…

Objets et autres choses animées
Une perceuse qui met en résonance et fait vibrer toute une façade de bâtiment, une fontaine qui chuinte, glougloute, une signalétique de feux tricolores pour aveugles qui « bip-bip » ou parle d’une voix synthétique, un engin de chantier qui gronde sourdement… Sans oublier les voitures, omniprésentes parfois, les choses volante… Tous ces objets, machines, mécanismes, viennent animer, révéler et participer à construire le récit un paysage sonore sans cesse renouvelé – Entre invasions, bousculements, bruits de fond et musiques urbaines.

Acoustiques, topologies, topophonies, des espaces qui se racontent
Des ruptures, de de transitions progressives, des effets acoustiques générés par les lieux-même, leurs topologies, les volumes, les formes, les matériaux de construction… Une histoire architecturale, environnementale, où les sons se jouent de l’espace, et vice et versa. Echos, résonances, réverbérations, étouffements, masquage, coupure,colorations, catalogue d’effets… Un vaste espace sonore pétris d’effets !

Champs, hors-champs
Des situations où la vue est directement liée à la chose entendue, où la relation cause à effet est évidente; d’autres où la source sonore est cachée, occultée, non vue, hors-champ. Des situations où l’on n’est pas sûr d’identifier l’origine du son, où le jeu consisterait plutôt à naviguer entre certitude et imaginaire, entre existant et construction purement mentale, onirique, paysagère, selon ses dispositions…

Multisensorialité – synesthésies
Parce qu’un sens ne fonctionne jamais seul, parce que l’activation, la mise en avant de l’un en dynamise d’autres, parce que la vue guide, stimule parfois l’écoute, et vice versa…

Des ambiances sonores colorées, des couleurs vibrantes comme des sons, des odeurs de viandes rôties mêlées, associées aux grésillements d’une rôtissoire, les senteurs de foin et de fleurs d’une prairie au soleil couchant d’une chaude journées estivale, ponctuée du pointillisme d’insectes stridulants… Les parcours d’écoute sont multiples et infiniment variés. Ils nous racontent, avec force sonorités, formes, lumières et couleurs, odeurs, parfums et fines flagrances, des ambiances où les sens se trouvent au cœur d’une immersion paysagère. Ils tissent une expérience sensible, poétique d’un espace sonore volontairement privilégié, sans pour autant être coupé d’autres sensations.

Des mots, des sons, des gestes Écrire les sons, les décrire, les mettre en mots, les coucher sur le papier, les transmettre… Construire ou recontruire, voire déconstruire des histoires sonores, field recording à l’appui,. Eventuellement, les installer, les mettre en scène. Ecrire aussi des parcours du bout des pieds et des oreilles, en les vivant, si possible de concert.

POINTS D’OUÏE – ÉTRANGES ÉCOUTANTS !

Un groupe d’écoutants Oh combien déconcertant en espace public

Prenez un groupe de 10 à 20 personnes.

Partez de concert pour un parcours d’écoute urbain.

Arrêtez vous quelques minutes ici ou là, sur des points d’ouïe intéressants, préalablement repérés, ou bien scène d’écoute singulière à l’instant T.

Ne dites rien, ne bougez pas, ne commentez pas, écoutez, tout simplement.

Regardez comme les passants vous scrutent, intrigués, voire inquiets, face à cette bande de conspirateurs silencieux, qui se regroupent et restent là, immobiles, sans rien faire, en apparence… Puis repartent, très lentement, avant que de recommencer leur étrange rituel un peu plus loin…

On nous épie du coin de l’œil, on nous évite, on ricane, on chuchotte sur notre compte, on n’ose pas vraiment traverser cet espace urbain, cette scène d’écoute, où sévit une étrange  secte se livrant à un cérémonial mystérieux, regard perdu mais oreille actives,  bien qu’invisiblement actives…

Le silence qui règne au sein d’un groupe, groupe que l’on repère bien comme menant une action commune, concertée, étonne de prime  abord et questionne le passant externe, le non initié.

Quelle étrange  visite guidée au cours de laquelle ne s’échange pas un mot.

Ici, le silence questionne plus que le cri ou le geste collectif. C’est une posture méditative, finalement peu courante sur la place publique, une ambiance quiète et oh combien inhabituelle, voire déconcertante pour le regard extérieur, dans  un espace public partagé plutôt soumis à une trépidance ambiante…

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POINT D’OUÏE – PARCOURS D’ÉCOUTE AU MUSICA KLANKENBOS DE NEERPELT (BE)

La Marche comme une philosophie introspective, une poétique de vivre

Aristote emmenait ses disciples, les péripapéticiens, écouter son enseignement en marchant dans le quartier du Lycée à Athène. Jean-Jacques Rousseau, dans ses Rêveries d’un promeneur solitaire, entamait au sein de ses errances philosophiques une ultime réflexion inachevée. Il y questionnait ses relations avec les hommes, quitte à régler quelques comptes, et se remettait lui-même enquestion. Sa vie, ses passions, la liberté, le bonheur, la contemplation, la nature…. tout cela au gré d’une série de promenades.
Chaque promenade, parfois plus symbolique, métaphysique, que physique, soulevait une ou plusieurs questions philosophiquesexacerbées par une déambulation aux travers des paysages réels ou mentaux. Nombre de grands penseurs, tels Kant, Nietche, Gandhi, De Certeau… ont prôné la marche comme un acte favorisant l’exerciceintellectuel, la méditation, l’introspection, la résistance politique, dans des postures mentales plus ou moins erratiques, mais néanmoinsle plus souvent des plus fertiles.On peut penser à Arthur Rimbaud, « ce marcheur forcené » comme le définissait Marcel Proust, ou l’homme au semelles de vent selon Verlaine qui franchit le Saint – Gothard à pied, dans de très rudes conditions hivernales, écrivant ce faisant une correspondance (la lettrede Gênes) où L’esprit rimbaldien touche à son apogée, avant la grande rupture de l’Orient… « Rien que du blanc à songer, à toucher, àvoir ».
Sur un autre mode poétique plus doux, Jacques Réda, écrivain passionné de musique et de jazz, compose ses rêveries poétiquesurbaines au fil de L’herbe des pavés, en promeneur solitaire contemporain à la pensée inspirée et vivifiée par la déambulation au pas àpas. On pourrait ainsi multiplier les exemples de marcheurs qui, dans la nature ou en ville, exacerbent leurs réflexions intellectuelles, philosophies, poétiques, en mettant, dans tous les sens du terme, leur pensée en marche. C’est en prenant le temps de progresser aurythme de la marche, au pas à pas, que nous nous enrichirons de ces états de rêverie et de réflexion nées lors de nos déambulations pédestres.

Des marches sonores, démarches sonores

Signalétique et consignes d’écoute sur le parcours du Klankebos – Musica à Neerpelt (BE -Limbourg)

La marche sonore ou la promenade écoute est le fait de marcher dans le but d’écouter, de s’imprégner des paysages sonores, d’en jouir,et sans doute de les comprendre un peu plus finement, intimement, dans leurs fonctionnement, et constitue un geste performatif. Ce dernier est aujourd’hui reconnu dans le champ des arts sonores, parfois dans la sous-catégorie Sound Ecology, ou Acoustic Ecology,que l’on pourrait traduire ici en français par écologie sonore, soit une approche sonore environnementale, à la fois scientifique, sensible, esthétique.
 Au-delà des approches écologiques et artistiques, nous nous interrogerons sur des postures d’écoute impliquant des approches intellectuelles qui construisent, au-delà du simple fait d’écouter, des modes de perceptions et de prospections mentales, résultant d’interactions marche/écoute/environnement. La marche sonore induit des postures telles la rêverie, l’errance et la dérive, notamment la dérive inspirée de celle des situationnistes de Guy Debord, mais aussi à l’opposé, les repères sécurisants du trajet, du parcours, de l’itinéraire tracé, physique ou mental. Construire du territoire, de la pensée, des méthodes, des outils d’analyse, des cartes, du plaisir… l’écoute en marche joue par ses stimuli sensoriels un rôle des plus actif.
La marche sonore, instrument d’analyse et de construction du territoire
Outre la jouissance sensorielle, le plaisir lié à l’esthétique du paysage sonore, la marche constitue un outil d’analyse, de prospection, deconstruction, voire de modélisation d’un territoire. En marchant, on peut faire un état des lieux de ses sources sonores, des choses à entendre qui disparaissent au fil des saisons ou des transformation du territoire, de celles qui apparaissent, ou réapparaissent, des modifications subites ou progressives des ambiances auriculaires d’un site. Dans une promenade, on repérera différents lieux avec leurs caractéristiques propres, leurs effets acoustiques, leurs « couleurs » et ambiances.En effectuant différents parcours, urbains ou naturels, on pourra ainsi comparer plusieurs paysages sonores, ceux où l’on se sent bien, ceux où l’on se sent moins bien, voire-même agressé par certains bruits trop fortement omniprésents, hégémoniques. L’exercice répété de ces promenades nous donnera une oreille très sensible aux sons, nous permettant d’écouter attentivement de grands espaces comme des micro-bruits. Cette expérience fournira au promeneur-écoutant une faculté d’analyse accrue d’un paysage àl’oreille. Au-delà des mesures quantitatives, du nombres de décibels enregistrés, on pourra juger des qualités et défauts d’un territoire enanalysant ses environnements sonores spécifiques. Parfois, je me suis associé, comme un promeneur écoutant, à des paysagistes, architectes, urbanistes, pour faire entrer dans les études d’aménagement l’analyse qualitative de l’environnement sonore comme un critère important dans la construction d’un espace public. Penser un espace en chantier comme un territoire que l’on écoute aussi, où le confort de l’oreille, comme celui de la vue doit être envisagé en amont de l’aménagement permettra peut-être d’éviter certains dysfonctionnements paysagers où l’environnement sonore devient source de pollution et non de plaisir comme il devrait l’être. Une oreille avertie, entraînée devrait quasiment systématiquement être associée au regard de l’aménageur pour ne pas, une fois les aménagements réalisés, constater leurs dysfonctionnements sonores. On pourrait ainsi réduire la pose de murs anti-bruit tentant de« soigner » un environnement déséquilibré à l’écoute, si l’on prenait en compte en amont l’exigence d’une qualité de l’écoute comme un véritable facteur esthétique, mais aussi social et culturel.
In – Gilles Malatray – Des Arts Sonnants – Parcours d’écoute Musica Klankenbos – Neerpelt – Décembre 2011

Carte géotaguée des points d’ouïe – Parcours d’écoute au Klankenbos – Musica à Neerpelt (BE Limbourg)

Lire le dossier complet sur Academia (téléchargeable)

POINTS D’OUÏE – TRAVAILLER LES PAYSAGES SONORES

Travailler les paysages sonores ?

J’ai voulu travailler un paysage sonore de corons, mais on m’a dit que le son avait mauvaise mine !

J’ai voulu travailler un paysage sonore du journalisme, mais on m’a dit que le son avait mauvaise presse!

J’ai voulu travailler un paysage sonore de vignobles, mais on m’a dit de ne pas travailler en vin !

J’ai voulu travailler un paysage sonore du corps, mais on m’a dit que le son faisait tabou (la rasa ?)!

J’ai voulu travailler un paysage sonore de la guerre, mais on m’a dit que le son par trop désarmait !

J’ai voulu travailler un paysage sonore de l’église, mais on m’a dit que le son était de mauvaise foi !

J’ai voulu travailler un paysage sonore de la justice, mais on m’a dit que le son n’avait jamais connu de lois ! Idem pour le paysage sonore de la justice !

J’ai voulu travailler un paysage sonore de la cuisine, mais on m’a dit que le son avait trop mauvais goût !

J’ai voulu travailler un paysage sonore de l’écologie, mais on m’a dit que le son n’avait pas l’oreille verte !

J’ai voulu travailler un paysage sonore, mais on m’a dit que…

Alors, devant ces résistances, je me suis dit que le son avait vraiment quelque chose à dire, et qu’il fallait bien, à un moment ou à un autre, lui donner enfin la parole.

POINTS D’OUÏE – ECOUTE ET PARTAGÉ – UNIVERSALITÉ

POINT D’OUÏE – ÉCOUTE ET PARTAGÉ

@anja - PAS -Parcours audio Sensible à Vitry/Seine, quartier ds Ardoines - Desartsonnants/Gare au théâtre

@anja – PAS -Parcours audio Sensible à Vitry/Seine, quartier ds Ardoines – Desartsonnants/Gare au théâtre

De la chose écoutée

sa beauté supposée

l’écoutant retourné

des postures proposées

l’appel sonicité

auricularité

du lieu revisité

de ses reflets sonnés

points d’ouïe sonifiés

points d’ouïe signifiés

silence complicité

entente alltérité

dans la cité marchée

et de l’idée germée

le geste est assumé

celui de partager

qui semble s’imposer

au bout de l’écouté

comme seule vérité

POINTS D’OUÏE – MONS 2015

MONS LE SON !

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Revenir chaque année dans la même ville, en y marchant de jour comme de nuit, de haut en bas, de droite à gauche, en y cherchant sans cesse la petite ruelle discrète, en laissant trainer oreilles et micros, c’est un peu plus creuser un sillon de l’écoute au fil du temps.

Prenons par exemple la ville de Mons, je tente toujours d’en prendre le pouls bruissonnant, d’en faire saillir à l’oreille les plaisirs, comme les choses agaçantes, décevantes, voire franchement désagréables. Une galerie marchande couverte qui résonne joliment, avec comme signal la porte d’une librairie qui tinte agréablement depuis des années, des bancs, postes d’écoute au cœur d’ilots retranchés, dans des parcs discretement lovés dans la cité, ou sur des des hauteurs d’où l’on embrasse un panorama sonore intéressant, un beffroi qui ne sonne malheureusement plus que le dimanche, la grande rue, toujours polluée de sa muzac commerciale, le jet d’eau de la grande place qui a perdu, avec sa programmation, qui faisait varier la fréquence, l’alterrnance et la hauteur des jets d’eau, beaucoup de son intérêt, le rythme des ouvertures et fermetures des commerces, avec raclements de chaises et de tables sur les pavés rythmant la vie quotidienne aux beaux jours…

Une ville se dessine aussi par ses mille sonorités, de celles qui font que l’on s’entend plus ou moins bien avec elle. Une chose cependant est sûre, plus j’acoquine mon oreille avec cette ville, plus je m’y reconnais, dans ses travers et plaisirs, en faisant mien moult détails, repères, infimes choses sonores qui me donne peu à peu l’impression de m’approprier un peu plus l’espace, d’y trouver de belles affinités.

Texte écrit dans le cadre du festival d’arts sonores City Sonic et de Mons 2015

POINTS D’OUIE – VITRY SUR SEINE

BALADES EN ARDOINAIS

Vitry-Sur-Seine, zone industrielle des Ardoines, le jour, la nuit. quatre bonnes heures de marches, d’arrêts, épuisé mais repu de belles ambiances sonores… Une salle de karting, de nuit. Ambiance étrange, par des fenêtre aux vitres cassées, on entend un engin tourner sur une piste que l’on devine sans la voir. Réverbération de machine sur fond de ventilation assez puissante… Puis soudain, tout s’arrête, karting et ventilation, busquement. Une sorte de torpeur étonnée s’installe subitement sur la petite gare des Ardoines. Les RER, omniprésents, de près, tonituants, de loin, plutôt un feulement. Des rythmes de rails, de voitures traversant encore des rails, ça claque bien ! Un foyer malien. 3000 personnes… Des voix chantantes, des maïs grillés sur le trottoir, du linge multicolore, marché sauvage, des voitures bricolées, une vie mode fourmillière haute en couleur. Une barre metallique trouvée sur le parcours, elle sonne bien si on la fait rouler sur l’asphalte, réveille les zones calmes de tintements glissants. Elle permet aussi un jeu de percussions amusant sur les muliples grilles et portails métalliques des usines. Certains sonnent comme de véritables jeux de cloches, d’autres sont décevants. Deux cheminées géantes et silencieuses signalent une ancienne centrale thermique de chauffage urbain. Deux totems blancs et rouges, muets de sons et de fumées, que l’on voit sur quasiment tout le parcours. Un signal ardoinnais pour les habitants et les promeneurs noctambules. Des voitures, assez nombreuses en journée, et rares le soir, deux ambiances entre excitation et plénitude, lumière et obscurité. La nuit restera cependant en demi-teinte, ville innondée de lueurs oblige… La Seine, magnifique, auréolée des lumières de Maison-Alfort. Un dancing qui égrenne une étrange musique décalée, venue de nulle part dans cette forêt d’usines et d’entrepôts… Des vélos, des pêcheurs, des voix chuchottantes, au cœur de la nuit, feutrées. Une incroyable séquence sonore, sous des silos enjambant le chemin du rivage. En journée, deux péniches viennent de passer. L’eau s’engouffre progressivement, crescendo, dans de petits réservoirs de chaque côté du chemin, un mini tsunami provoqué par les bateux, à contre-coup, de plus en plus fort. Ça gronde, ça écume, ça ruisselle, ça gicle, ça étincelle de sons de chaque côté d’un pont de pierre. Des trous, sur ce même pont, font entendre l’eau qui s’agite sous nos pieds, à droite, à gauche, l’aquatique glougloute et noie nos oreilles de folles gerbes moussue. Ici, les mots connaissent leurs limites, quasi impuissants… Une multitude de paysages, de lumières, de sons, étranges et poétiques, de nuit.

ECOUTEZ – Carte postale sonore façon Desartsonnants

Reste à emmener ce soir des promeneurs écoutants, pour entendre et voir, sans doute tout autre chose…

Dans le cadre d’un travail entamé avec Gare au Théâtre de Vitry/Seine (Frictions urbaines/Balades en ardouanais) et son fondateur et directeur artistique Mustapha Aouar.

D’autres images ICI

POINTS D’OUÏE, ET DE VUE LA VILLE SONORE

Points d’ouïe – En ville et contre tout !

Lorsque nous avons commencé à m’intéressé aux problèmes liés à l’environnement sonore, avec l’association  ACIRENE, fin des années 80, nos étions esentiellement interpellés par des problématiques concernant des sites naturels, ruraux, tels les parcs nationaux. Certes, la ville, et surtout ses périurbanités se questionnait, et nous questionnait déjà sur les pollutions sonores, les nuisances, liées en grande partie aux flux de circulation routière, mais aussi à la cohabitation parfois tendue de certains groupes de population, dans des architectures tentaculaires de banlieue, typiques des années 60.

Bref, il semblait avoir deux faces du miroir bien distinctes, assez dichotomiques. L’une, plutôt rurale, associée à une certaine qualité de vie, l’autre urbaine, ou périurbaine, plutôt connotée comme difficile à vivre. Bien sûr, ces visions tranchées, même si fondées sur des constats avérés, ne sont pas, dans leurs approches en bloc, aussi représentatives de la réalité du terrain. La solitude rurale peut être, par exemple, toute aussi insupportable que la solitude des « grandes villes », et la paupérisation désertique des grandes plaines céréalières au niveau sonore, une véritable catastrophe. Le trop comme le pas assez sont aussi difficiles à vivre.

Pour en revenir à la chose sonore urbaine, la cité, au sens original du terme, cherchait donc, voire cherche encore, à se protéger, à s’isoler de ce qu’Elie Tête appelait « la grande bataille des sons ». Murs anti-bruits, triples vitrages, les bruits dehors et la tranquillité chez soi, quitte à fabriquer une forme d’autisme qui n’oserait plus ouvrir ses fenêtre sur le Monde.

Constat pessimiste, sans doute exagéré, parfois, qui fait que la ville tente d’exorciser le démon Bruit, et dans certains cas à le minimiser, sans pour autant remettre en cause les erreurs d’un urbanisme concentrationnaire voué à l’échec, et le fait que les problèmes de bruits ne sont souvent que l’infime partie visible de l’iceberg. Lorsque l’on gratte un peu le discours, on s’aperçoit que ce que l’on qualifiait de nuisances sonores révéle en fait bien d’autres peurs cachées. Peurs de l’autre, des rassemblements dans l’espace public, des deals, voitures incendiées et autres incivilités ou frictions urbaines.

Le danger d’intervenir sur les problématiques liées au son des villes est bel et bien le risque d’instrumentalisation politique, comme dans beaucoup d’actions culturelles relatives aux contrats de ville par exemple. Et ici le risque devient souvent réalité.

DAS - Bonne entente ?

Aujourd’hui, l’approche a quelque peu, fort heureusement dirais-je, changé. Certes, les conflits de voisinages et autres méfaits du bruit, proximité de grandes voies routières, aériennes, et bruits de voisinage, intérieurs/extérieurs, subsistent, mais il me semble que la prise en compte de l’environnement sonore urbain tend à se dégager des carcans de la pollution, du nuisible, de l’oppression, qui a prévalu depuis les années 80. Sans dénigrer les dysfonctionnements, les intervenants, tels les artistes travaillant sur le terrain, évitent de tomber, enfin je l’espère, dans un négativisme radical, une noirceur sonométrique, une impasse où seule les appareils de protection auditive s’offrent comme solution de repli, et c’est ici le cas de le dire, de repli sur soi…

La notion de paysage sonore, se superposant à celle d’environnement sonore, a fait émerger des idées plus sereines, sensibles, apaisées, laissant une place pour le rêve urbain, sans renoncer parfois, voire même en renforçant la volonté de défendre la qualité d’écoute, via une approche de l’écologie sonore post Murray Schafer.

DAS - Résistance tympanesque

Les arts de la rue, les arts urbains dit-on aujourd’hui, mais aussi d’autres expérimentations plastiques, performatives, ont conduit des artistes et collectifs à jeter une oreille plus ouverte, curieuse, décalée, sur une ville de plus en plus dense et complexe. Des balades et parcours sonores  non plus seulement pédagogiques, mais sensorielles, artistiques ont été, et sont développées dans un imaginaire assez fécond. Je citerai par exemple Décor sonore, le Collectif Mu, Ici-même Grenoble, Espaces Sonores, parmi d’autres. Le sons est aussi montré pour ses qualités intrinsèques, ses beautés, n’ayons pas peur du mot, ses surprises… On redécouvre, façon Max Neuhaus au cours de ses Listen, de belles plages de « musiques urbaines », des échos et des réverbérations qui colorent les sonorités de la ville, des ambiances parfois beaucoup plus riches que ce que l’on pourrait penser a priori. On laisse ainsi quelques idées bien arrêtées au vestiaires, telles : La campagne c’est beau, la ville c’est laid (à entendre). L’artiste se risque même à parler au politique en terme d’esthétique, dépassant la sacrosainte cohésion sociale… Et il ose aussi, qui plus est, aborder les aménageurs, urbanistes, architectes, paysagistes, écologues, pour discuter de sa vision, ou plutôt de son audition des choses. Enfin avec ceux qui juge un artiste suffisamment sérieux pour accepter de l’écouter, et de dialoguer de concert… Installer du son dans l’espace public n’est pas une mince affaire, surtout si l’on entreprend une action pérenne, ou tout au moins sur un long terme. Il faut savoir ne pas rajouter une couche de bruit, c’est à dire de dérangement, à l’existant. Pourtant, je reviens à Max Neuhaus, certains artistes ont parfaitement réussi le pari, d’amener un signal qualitatif dans un espace paupérisé par le trop plein de moteurs, ou au contraire un vide mortifère. Le simple fait, qui n’est d’ailleurs pas si simple que cela, de porter l’oreille de promeneurs écoutants (expression empruntée à Michel Chion) potentiels sur leurs lieux de vie, en insufflant dans ce geste une part de poésie, de rêve, d’émerveillement, constitue déjà un pas vers une écoute moins partiale, voire radicale, vis à vis de certaines approches politico-sociales dans lesquelles le discours sur le sonore est d’emblée biaisé.

Ceci dit, il reste un énorme travail pour creuser la piste des paysages sonores, tant avec les politiques, les aménageurs, les chercheurs, les artistes, que les habitants des cités, pour renforcer les rencontres transdiciplinaire.

DAS - Brouhaha et désordre Urbain

PAS – Parcours Audio Sensible, avec Geneviève Girod

Tour du lac d’Emprunt au Grand Parc de Miribel  Jonage

C’est Geneviève Girod, conseillère en management environnemental qui, outre le choix du lieu, guidera la marche.

Dix sept heures, fin août, la température est très douce, chaude même, le soleil luit tout ce qu’il peut, nous nous mettons en marche pour un tour de lac d’Emprunt.

L’endroit présente un entre-deux composé de sauvage et d’aménagé, comme un site naturel mais où la proximité urbaine se fait nettement sentir, ne serait-de qu’à l’oreille.

Le lac est de taille très modeste, le premier tour piétonnier, effectué en solitaire, m’a pris environ quinze minutes, quelques centaines de mètres de pourtour.

Il est niché au sein d’un immense parc métropolitain de 2200 ha, pas moins, site accueillant de grands et de petits lacs, issus pour la plupart d’anciennes carrières réaménagées. Réserve naturelle labelisée Natura 2000, avec une omniprésente de l’élément aquatique, c’est un espace protégé, dans lequel  nous trouvons une incroyable biodiversité de paysages, de plantes et d’animaux, que le citadin lyonnais peut venir apprécier facilement de par sa proximité avec Lyon.

C’est à coup sûr une grande richesse et une immense chance  que de pouvoir profiter de tels espaces à portée de ville.

Pour revenir à notre promenade, la quiétude du lieu impose quasiment une conversation à l’échelle de l’ambiance sonore, calme, sereine, pleine de respirations.

Nous nous fondons, plus ou moins consciemment, dans l’atmosphère du site, en respectant ses presque silences.

Il s’agit pourtant d’en parler, de raconter ce moment de déambulation, sans contrainte, en toute liberté.

La question de la narration, de sa forme, se pose donc, sous-jacente.

Beaucoup de sonorités, de lumières, d’ouvertures et de fermetures visuelles, nous donnent matière à conter, même si elles sont parfois difficiles à retranscrire par les mots. On y entend des voix, des aboiements de chiens réverbérés par la forêt et les nappes d’eau, des pas décrivant à l’oreille la texture des sols très variée tout au long du parcours, des éléments discrets mais bien présents, relevant de l’aquatique…

Le lac présente un écran lisse qui portent les voix et autres sons d’une rive à l’autre, miroir amplificateur acoustique toujours efficace..

Le monde animal est à la fois discret, acoustiquement ténu, mais bien présent, assez logiquement dans ce type d’espace.

De mémoire, il est parfois beaucoup plus présent, selon les heures,les saisons et les conditions météorologiques.

Dans notre conversation,  ne pas avoir peur du vide, des vides sonores, des blancs dit on en radio, en tout cas dans cette promenade.

Nous parlons du visible, de l’audible, de l’odorant, du sensible,  mais également des histoires connues et plus pittoresques du parc, de ses « mythes » et de ses usages, de l’agriculture péri-urbaine, des pratiques classiques ou plus exotiques, étranges, qui abondent sur un si vaste lieu.

Après un tour à un rythme plutôt apaisé, nous regagnons progressivement la ville finalement toute proche, et approchons de la route principale, très circulante.

Les sonorités deviennent progressivement plus denses, et, en comparaison du moment de quietude précédemment vécu, nous paraissent logiquement beaucoup plus agressives.

La problématique de la narration sonore, ou de la narration liée au paysage sonore, reste un questionnement en suspend. Que raconter et comment, via  ce mélange de parcours physique, de regard, d’écoute, de commentaires in situ, forcément partiales et fragiles dans leur improvisation du moment, à la merci de ce qui se passe, du lieu et du moment ?

ECOUTEZ LE PARCOURS

POINTS D’OUÏE, JEUX THÈMES ET VARIATIONS

POINTS D’OUÏE, JEUX THÈMES ET VARIATIONS

Définitions

Rappelons ici que nous avons pour principaux objectifs de proposer différentes formes de lectures et d’écritures du paysage sonore in situ, que les projets qui en émanent se déclinent en plusieurs modes d’actions, de réflexions, selon les contextes.

Sans compter ici toutes celles en chantier, ou qui restent encore à inventer au fil des expériences et des rencontres à venir.

Polarités

Le projet se positionne dans une préoccupation esthétique, artistique, celle du ressenti, de l’émotion, de la beauté intrinsèque des paysages sonores, quels qu’ils soient, à écouter et à construire, et également dans un soucis de montrer la fragilité de ces espaces, la nécessité de les protéger, dans une démarche explicitement liée à l’écologie sonore.

Postures

Deux postures émergent d’emblée.

D’une part, la promenade, le parcours, écoute en mouvement, au rythme de la marche, nous allons vers les sons, improvisant ainsi une «musique des lieux» en action, selon les événement et les choix du promeneurs, d’autre part, le point d’ouïe statique, où nous laissons plutôt les sons venir à nous.

Ceci implique en fait une troisième posture qui est celle de coupler marche et arrêts sur sons, toujours en fonction des aléas du terrain.

Déclinaisons, variations

Différentes expérimentations physiques viendront enrichir les possibilités d’écoute, oreille collée à, auditeurs allongés, en aveugles, mains canalisatrices…

http://desartsonnants.tumblr.com/post/127846492966

Les écoutes dites «à oreilles nues», et/ou celles prolongées d’objets et de dispositifs.

Comme son nom l’indique, la première fait appel au seul appareil auditif embarqué par chacun de nous.

D’autres situations d’écoute utiliseront différents objets existants ou non, du stéthoscope à un jeu de «longues-ouïes» imaginées et bricolées pour l’occasion.

http://desartsonnants.tumblr.com/post/127846417806

http://desartsonnants.tumblr.com/post/113638531001

Des calligraphies, consignes, modes de jeu, injonctions poétiques décalées pourront être envisagées pour guider et orienter le parcours vers des représentations et ressentis poétiques, surprenants…

Des installations éphémères, lutherie expérimentale, installations électroacoustiques mobiles, portables et autonomes.

L’installation de cartes postales ou création sonores réalisées sur le terrain, à partir des ambiances glanées, venant frotter des formes d’imaginaires recomposées au terrain initial, ou écoutes délocalisée, de l’extérieur vers l’intérieur, ou dans différentes temporalités…

Des performances musicales (improviser en faisant sonner les lieux), dansées (proposer des postures d’écoute via la danse), des lectures performatives de textes, des écritures spontanées…

Références et inspirations

Pour élargir le projet, des acteurs – penseurs nous font creuser plus avant le sujet.

– Guy Debord et ses expériences de l’errance situationniste, de la psychogéographie

http://www.larevuedesressources.org/theorie-de-la-derive,038.html

– Michel Foucault et sa réflexion autour du concept d’hétérotopie – http://foucault.info/doc/documents/heterotopia/foucault-heterotopia-en-html

– Georges Pérec avec ses écritures, pensées et descriptions d’espaces

http://www.grenoble.archi.fr/cours-en-ligne/tixier/perec/perec.html

Et autres d’autres ressources réflexives apportées par les participants.

Transdisciplinarités

Les approches sont pensées dans des pratiques transdisciplinaires, transmédiales, convoquant à l’envi le jeu, l’écriture ou l’improvisation musicale, la création sonore acoustique et/ou électroacoustique, la danse ou la performance, le chant, la voix, la poésie, la lutherie, le land art, les arts plastiques tels le graphisme, la calligraphie, la sculpture sonore, selon les savoir-faire, les affinités et les contraintes du projet.

L’idéal étant de puiser dans un panel de gestes, d’objets, de dispositifs, pour éprouver le terrain par l’oreille, notamment lors de workshops ou d’ateliers, en résidence, sur une durée de plusieurs jours à plusieurs semaines.

POINTS D’OUÏE – MARCHER POUR MIEUX S’ENTENDRE

ALÉATOIRE ET À TRAVERS

Marcher,
Marcher encore,
Marcher toujours,
Si possible,
Emmener,
D’autres marcheurs,
Grossir les rangs,
Partager,
Ou non,
Parcours,
S’immerger,
Dans la ville,
Dans les rues,
Le long des quais,
Dans la proximité d’un territoire à trouver,
Dans les interstices,
Dans la trivialité d’un moment,
De jour,
De nuit,
Entre chiens et loups,
A l’aube,
Dans nulle part,
Ou ailleurs,
Marcher,
S’user,
Urbaniquement parlant,
Déambulation,
Se fondre dans la pierre,
Le bitume,
Dans les sons,
Dans la lumière,
Dans la pénombre,
Dans l’obscurité,
Se confondre avec des gens,
S’en extraire,
Les fuir,
Les retrouver
S’imprégner des odeurs,
S’arrêter,
Parfois,
à l’envi,
Marcher,
Ecouter,
Regarder,
S’isoler,
Péripler,
Pas à pas,
A perdre son entendement,
Ou l’aiguiser,
Qui sait,
Errance,
Ne pas résister,
Se couler,
Dans un flux,
Ou plusieurs,
ans le courant,
A contre-courant,
Oublier,
S’oublier,
Marcher,
Solitaire,
De concert,
Flânerie,
Frôler,
Se glisser,
S’immiscer,
Trouver les failles,
Les aspérités,
Le lisse,
Le rugueux,
La foule,
Le silence,
Le chaos,
Ou un semblant de chaos,
Le vide,
Le plein,
L’entre-deux,
Avancement,
Etre stoppé,
Découvrir l’obstacle,
Trouver l’allure,
Ou non,
Emmener,
Sur ses traces,
Dans l’éphémère,
Faire durer,
Perdurer
Inviter,
Sans forcément savoir à quoi,
Se poser,
Se laisser submerger,
Envahir,
Déborder,
Céder,
S’aider,
Ne pas calculer,
Sensations,
Ne pas préméditer,
Frissons,
Ne rien lâcher,
Ou lâcher prise,
Eprouver,
Le végétal,
L’humain,
La pluie,
Le vent,
L’inconscience,
Aller vers la musique,
Le brouhaha,
Le tintamarre,
Le chuchotement,
Le non entendre,
Ou s’en éloigner,
Echanger,
Un regard,
Un sourire,
Une complicité fragile,
Une incompréhension latente,
Une parcelle d’invisible,
Marcher,
Aller vers,
Aller contre,
Aller avec,
Aller sans,
Aller, encore
Souvenirs,
Du paysage ouvert à l’incertitude,
Association,
Ou rupture,
Perdre ses repères,
En trouver d’autres,
Peut-être,
Avancer,
Point de chute,
Détours,
Impasses,
Passages,
Reliefs,
Platitudes,
Accentuations,
Rondeurs,
Traversées,
Un semblant d’initiatique,
Une terne réalité,
Des pans de rêves cités,
Les mots s’étirent,
L’esprit se noie,
Trop de sensations sauvages,
Zig-Zag,
Du coin de la rue,
Du pied de l’escalier,
A la porte de je ne sais où,
De ruelles en collines,
Se régénérer,
Se défiler,
Filer,

Ecouter

Transcender,

Dans la marche, erratique, ou écrite…

Texte en écoute, lecture croisée avec Valérie Champigny

POINT D’OUÏE – DEUX PROMENADES SONORES AVEC HOËLLE CORVEST

ÉCOUTER SAILLON 

Une fois n’est pas coutume, je vous présente aujourd’hui une balade sonore intégrale, non pas impulsée par Desartsonnants, mais par Hoëlle Corvest.

9 heure du matin. lors du 2e Congrès mondial d’écologie sonore, Hoëlle Corvest, membre du Colllectif Environnement Sonore, aveugle, chargée de l’accessibilité pour le public déficient visuel à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris, nous emmène faire une promenade écoute quotidienne. Hoëlle possède une capacité à faire entendre et à débattre de l’espace sonore qui fait de ses promenades de merveilleuses expériences sensibles.

Nous sommes dans un petit village du valais Suisse, à Saillon, en aoüt 2012.

En écoute, deux journées, deux promenades, deux paysages sonores. Prenez le temps d’écouter, fermez les yeux…

1ère promenade, prise de son Laurent Choquel

2e promenade, prise de son Desartsonnants

POINT D’OUÏE À VITRY SUR SEINE

CARTES SUR TABLE À VITRY-SUR-SEINE

Ce jour là, j’étais passé à Vitry pour discuter avec Mustafa, le directeur de Gare au théâtre de projets en cours, mais également pour me promener dans Vitry et m’en imprégner de l’ambiance. Une grande fête de quartier battait son plein, avec braderie, danses, et un personnage que j’avais envie de croiser sur l’un de ses ateliers urbains.

Dans le cadre de cetr atelier, une grande carte étalée sur une table, avec Nicolas Fonty, architecte, urbaniste cartographe, qui questionnait, animait moult conversations sur la vie du quartier (les Ardoines), et proposait un jeu débat autour des espaces encartés.

Le fait de proposer une grande carte en libre accès incitait les gens à venir spontanément autour. Tout d’abord, repérer où on habite, sa rue, sa maison, son immeuble, l’école de ses enfants, le stade, la gare. Puis commenter, ce qu’on y voit, ce qu’on y vit, les plaisirs et les petites misères, l’avenir du quartier en restructuration…

Les dialogues se nouent naturellement – On est ici – Non, la carte est dorientée ainsi on est là – Et ces travaux qui n’en finissent pas !… Rien de telle qu’une carte pour établir des contacts, faire que les passants se parlent. Dialogues confus parfois, beaucoup de voix superposées, mais néanmoins très riche.

J’avais prévu ce jour là de tendre mes micros plutôt dans le quartier, aux bords de Seine, sur la brocante…

Cependant, la richesse des échanges m’ont fait changer mes micros d’épaule et finalement passer une bonne partie de l’après-midi autour de cette table carte de discussion.

Tranches de ville à Vitry-sur-Seine, lors d’une fête de quartier.

Par Gare au théâtre, dans le cadre de frictions urbaines.

POINT D’OUÏE LYONNAIS, FAÇON PÉREC

TENTATIVE D’ÉPUISEMENT D’UN POINT D’OUÏE LYONNAIS , FAÇON PÉREC

Hier, mardi 18 août, aux alentours de 21H, assis sur les marche du Théâtre Nouvelle Génération, rue de Bourgogne à Lyon, 9e arrondissement.
Une légère pluie vient tout juste de cesser, l’air est agréable, presque frais. La nuit est maintenant tombée.

Lorsque le magnétophone connait ses limites, les mots s’y substituent…

Devant moi, une intersection avec des feux tricolores, des voitures de tous genres passent, s’arrêtent, passent, s’arrêtent, passent, s’arrêtent… Voitures, camions, motos, à chacun sa façon de vrombir…
Un bar ouvert, le patron rentre tables et chaises en causant fort avec des clients à l’intérieur.
Une jeune femme passe tout près, d’un pas pressé. Ses tongues claquent sur l’asphalte mouillé.
Une voiture anime la rue des puissants cliquetis de la grosse remorque métallique qu’elle tracte. On l’entend venir bien avant de la voir et partir bien après l’avoir perdu de vue. Hors champ.
Un vélo traverse le scène, en silence.
Un bus en colère klaxonne rageusement après une voiture qui lui a joliment grillé la priorité.
Un train de marchandise, sur la droite, hors-champ, n’en finit pas de secouer le paysage de ses rythmes saccadés, réverbérés par les constructions adjacentes et les deux ponts de pierres qu’il enjambe.
Le clocher de l’église de l’Annonciation, que l’on voit émerger des toits, égrène ses neuf coups, avec de surprenants échos qui feraient croire que deux clochers se répondent très rapidement.
Un groupe de promeneurs déambulent en parlant de vive voix d’un spectacle apparemment très apprécié.
Des gens fouillent les poubelles d’une supérette, on entend les froissements des sacs en plastique et les fermetures des couvercles.
Une moto, monocylindre, (Harley peut-être?) démarre du feu avec un tintamarre à la fois beau et à la limite de ce que le paysage urbain, et ses habitants, puissent supporter.
Un père de famille portant sur ses épaules une fillette, lui fredonne une chansonnette que l’enfant a l’air de fort apprécier.
Deux personnes regardent à leur fenêtre, en silence.
Un autre train, plus discret et plus court celui-ci.
Le bar ferme ses portes dans un bref mais énergique roulis métallique.
La supérette ferme également ses portes sans particulièrement se signaler à l’oreille, seule l’extinction de ses lumières atteste de sa fermeture. Le quartier, petit à petit, presque en catimini, se blottit un peu plus profondément dans la nuit.
Un jeune homme africain arrive en chantant, me demande du feu avec une voix joviale. Come je lui répond que je n’en ai pas, du fait que j’ai cessé de fumer, il me répond dans un grand rire que j’ai bien de la chance, et s’en va en m’adressant un sympathique signe de la main.
Les voitures se raréfient progressivement, jusqu’à laisser de temps à autre, de vraies plages de silence, durant quelques secondes en tout cas… Surprenant et apaisant.
Un jeune homme chevauchant un Vélov (bicyclette urbaine en libre location) tente de venir arrimer sa monture à la station se trouvant à quelques mètres de moi. Comme il n’y a pas d’espaces libres, il repart en grommelant.
Nouveaux tintements des dames d’airain dans leur tour de pierre, qui semblent rassurer le quartier. Dormez tranquilles braves gens, nous veillons sur vous…
Des adolescents, garçons et filles, arrivent en parlant haut et fort, en chantant et en faisant tintinnabuler leur réserve de bouteilles qu’ils portent dans de grands sacs. Le calme reprend peu à peu le dessus lorsqu’ils s’éloignent. La rentrée étudiante s’approche.
La fenêtre d’où observait le couple s’est refermée, sans bruit.
Un autre train se fait entendre, toujours invisible, de voyageurs celui-ci.
L’heure avançant, les événements deviennent moins denses, le quartier s’apaise, je décide alors de rentrer.

Ainsi va la ville, ou tout au moins une tranche de ville, lorsqu’on lui prête l’oreille

POINTS D’OUÏE ET PAS DE DEUX – PARCOURS AUDIO SENSIBLES EN DUO

PAS – Parcours Audio Sensible en duo d’écoute

PAS – avec Céline Grisoni – départ de la gare Saint-Paul

Un lieu donné, espace urbain, site naturel, architectural…
Desartsonnants, invite un résident, à partager une promenade de concert.
Un rendez-vous est pris.
L’invité choisit le lieu de départ, la durée, le parcours, le moment…
Un dialogue s’établit autour des choses vues et entendues, des ressentis, des impressions, images mentales, spontanées…
Ce parcours est enregistré dans son intégralité, comme une mémoire, trace sonore, carte audio .
La matière sonore captée in situ pourra être, par la suite, retravaillée; éventuellement associée à des photos, écrits, et ensuite installée ici ou là, en prolongement du parcours, enrichi d’expériences de terrain en duo…
Une œuvre participative, à plusieurs voix, déambulatoire, contextualisée, se construira ainsi, au gré des rencontres et des promenades.

Vous êtes intéressés pour proposer un nouveau PAS en duo d’écoute ? desartsonnants@gmail.com

PAS en duo avec Patrick Mathon – Lyon pentes de la Croix Rousse

Des traces de PAS en duo d’écoute

Maxime Jardry – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-duo-d%C3%A9coute-avec-maxime-jardry/

Patrick Mathon – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-duo-d%C3%A9coute-avec-patrick-mathon/

Yannis Kosmas – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-duo-d%C3%A9coute-avec-yannis-cosmas/

Marjolaine Pont – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-duo-d%C3%A9coute-opus-4-avec-marjolaine-pont/

Céline Grisoni – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-duo-f%C3%A9coute-avec-c%C3%A9line-grisoni/

Geneviève Girod – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-duo-d%C3%A9coute-avec-genevive-girod/

Quentin Thirionnet – PAS (Parcours Audio Sensible) Duo d’écoute à Confluence avec Quentin Thirionet by Desarts Sonnants | Mixcloud.html

Péroline Barbet – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-avec-p%C3%A9roline/

POINTS D’OUÏE, L’INVITATION À L’ÉCOUTE

AU FINAL, SE CONFRONTER AU TERRAIN

Œuvrer à un catalogage de sites auriculaires remarquables, à un état des lieu des paysages sonores, à un répertoire de points d’ouïe me parait au final une vaste utopie, et en tout cas une volonté somme toute assez prétentieuse.

Pourtant, raconter par des mots, des sons, des images, un territoire sonore, l’enregistrer quelque part en l’écrivant sur quelques pages d’un livre, ou sur un des innombrables recoins de la toile n’est pas un geste vain, tant s’en faut.

Cette trace, inscrite et partagée, prend alors tout son sens lorsqu’elle incite le lecteur à aller se frotter au terrain, lorsqu’elle lui donne envie de s’émoustiller les sens en les confrontant à un chemin sauvage, un arbre, un ruisseau, une rue, une ville…

C’est là la véritable force de la trace répertoire, non pas de dresser un tableau représentatif de paysages sonores, mais de faire rêver de potentiels promeneurs écoutants, de les inviter à un voyage d’écoute, physique, de leurs montrer les beautés intrinsèques en même temps que la fragilité de certains lieux, et la nécessité d’en préserver leurs richesses.

Le projet Points d’ouïe convie à une expérience esthétique in situ, qui n’a d’autre volonté que de changer votre regard/écoute de sites choisis, en vous invitant à vous y frotter physiquement. Pas moins que cela !

POINTS D’OUÏE – BEAUMONT, UN MATIN ESTIVAL

BEAUMONT MATINAL

Ce post fait suite à celui consacré au Sentier des Lauzes puisqu’il s’agit d’une séquence enregistrée au cours du même séjour.

Il fait écho également à la prise de son de Raymond Delepierre, qui m’accueillait dans ce magnifique site, captation effectuée sans concertation aucune, peu de temps après, entre autre dans la même église.

7 heures du matin, à Beaumont, petit village joliment perché à flanc de collines, au cœur des cévènes  ardèchoises, il fait encore une relative fraîcheur. Le village est endormi, il se repose d’une éprouvante journée aux températures très élevées. Je jette un petit coup d’oreille sur la place centrale du village avec tout d’abord, l’Angelus entendu de ma chambre, puis un petit test acoustique vocal dans l’église pour finir avec une note rafraîchissante du lavoir juste en contrebas de cette même église. Les cigales quand à elles ne sont pas encore réveillées. Sans doute ont-elles trop fait la fête et chanté la veille, dans ces journées caniculaires de juillet. Chose surprenante à la réécoute, la cloche, la voix et la résonance de l’eau dans le lavoir voûté de lauzes sont toutes quasiment accordée sur une même fréquence… Une douce musique des lieux en quelque sorte.

POINTS D’OUÏE – MALVES EN MINERVOIS EN ÉCOUTE

MALVES EN MINERVOIS  EN ÉCOUTE

PARCOURS D’ÉCOUTE ET INSTALLATION SONORE

Invité dans le cadre du festival « Mai numérique » à Malves en Minervois, je m’installe une semaine dans ce beau vilage entouré de vignes, logé dans un chateau s’il vous plait. J’arpente le village et ses alentours de nuit comme de jours. j’en tire une carte postale sonore qui sera installée dans une salle voûtée obscure, et retraitée en temps réelle de façon plus ou moins aléatoire. Cette installation sonore servira de point d’arrivée à des promenades écoute.

REPÉRAGE

Exploration Nocturne

« Je rentre tout juste d’une première promenade écoute nocturne à Malves en Roussillon. Petit village niché à flanc de coteau, au milieu des vignes, des champs et des forêts; l’écoute y est de l’ordre du « Presque rien », pour paraphraser Luc Ferrari. Mais c’est justement ce qui fait tout. Pas de pollution automobile (deux ou 3 autos croisées en 1H30 environ), chaque son, glougloutis de fontaine, chiens aux loin, cloches, murmures derrière les volets; oiseaux nocturnes, pas résonnant dans les étroites ruelles, grésillement de transformateur… contribuent à ciseler un espace d’écoute joliment bruissonnant. Le magnétophone à d’ailleurs du mal à transcrire ce fourmillement synesthésique nocturne ou sons, vents, odeurs et lumière émoustillent les sens en alerte. La suite avec une exploration diurne…

Exploration diurne

« Chaque lieu exploré à l’oreille, chaque séjour dans un espace sonore, urbain, rural ou naturel, nous invite à construire un récit tissé d’images sonores. Hier, à Malves en Minervois, une exploration auriculaire diurne, pour faire suite à celle nocturne de la veille. Et toujours ce sentiment de calmé posé, où chaque son prend sa place sans qu’aucun ne vienne s’imposer. Un doux récit emprunt d’une certaine sérénité, construit par le pointillisme d’une multitudes de bribes sonores fugaces.

 » Une brèche sonore plus imposante excite cependant le bas du village, par la porte ouverte d’un atelier de menuiserie ébénisterie. A la sympathique invitation de l’artisan maître des lieu, j’y entre et capte les hurlements et stridulations aigus des scies circulaires et raboteuses. En ressortant, par effet de contraste le village ne m’en paraît que plus calme. 10H30, l’école déverse dans la cours de récréation un flot de jeunes enfants. Leurs voix égaient soudainement le centre du village. 11H, la cloche haute perchée sur son campanile leur répond en contrepoint bien sonnant. Chaque élément se met en place en même temps qu’il construit ce récit topophonique, paysage sonore Minervois. Charge à moi maintenant de le réécrire, à ma façon, mais sans en trahir la sonorifique moelle. »

http://desartsonnants.tumblr.com/post/91667557936/balade-sonore-malves-en-minervois-festivalMai Numérique : http://www.graph-cmi.org/

Annexe : Bancs d’écoute à Malves

POINTS D’OUÏE – A EN PERDRE L’ENTENDEMENT, VOIRE L’ENTENDEUR !

Ne suivez pas forcément le Dieu Guide !

Si j’avais à écrire des audioguides, ce que du reste je ne fais pas, je ne chercherais surtout pas à guider les utilisateurs. – Paradoxe ? – Je m’emploierais à les perdre. A leurs donner une sorte de mode d’emploi piégé de la dé-route. Un guide du détournement. Des conseils pour sortir des sentiers battus, pour abuser des chemins de traverses, ou de ceux des écoliers, ou tout autre fantasque itinéraire qui de fait n’en serait plus un – Brouillage – Je leur donnerais le goût de l’impasse intime, de l’escalier trivial, de la friche résistante, de la cour désuète, de la banlieue inassouvie, des usines menaçantes, de la ville encanaillée… Et mille autres urbanités bien rangées à l’abri du regard, et de l’oreille.

Je proposerais aux promeneurs potentiels de lire un plan à l’envers, de le découper en carrés puis de le recoller sans logique géograhique, de surajouter leurs propres lignes de pensées, ou de direction, des symboles d’espaces capricieux, des échelles dé-mesurées…

Je conseillerais de déambuler avec « Espèces d’espaces » de Pérec et le texte « Hétérotopies » de Foucault en poche.

Si j’avais à écrire des audioguides, j’y perdrais tout sens de l’orientation, si tant est que je l’eusse, j’irais jusqu’à perdre mon quartier latin, si tant est qu’il m’appartint.

POINTS D’OUÏE – LE QUARTIER DU VALLON À LAUZANNE

PAS – Parcours Audio Sensibles et résistance

Le quartier du Vallon à Lausanne

http://desartsonnants.tumblr.com/post/107503206911/%C3%A9couterep%C3%A9rage-avec-jeanne-schmidt-quartier-du

Ce premier texte de 2015, j’ai décidé de l’orienter très personnellement, aux vues des événements tragiques qui ont endeuillé cette année naissante, vers la question de la résistance. Résistance liée aux gestes et aux réflexions d’un promeneur écoutant, aux habitants, aux politiques, aux acteurs locaux, au terrain même. Cette approche, subjective et assumée en tant que telle, s’appuie sur de très récentes promenades écoute à Lausanne, avec Jeanne Schmid, artiste plasticienne suisse, et l’association préparant les JAU 2015 (Journées des Alternatives urbaines).

Le projet de ces rencontres, pour lesquelles j’ai été invité à prêter l’oreille, s’est implanté dans un quartier en voie de requalification urbaine. Quartier discret, niché dans ses collines abruptes, presque à demi caché, voire un tantinet méprisé par le reste de l’agglomération aux dires de certains. Il s’agit du quartier du Vallon, à deux pas du centre historique de Lausanne. Dans ce dernier, nous avons longuement devisé, en le parcourant de long en large, de choses et d’autres, essentiellement liées aux lieux traversés à pied. Qu’est-ce qui fait que, au-delà des projets d’aménagement, l’on puisse s’intéresser à ce territoire en particulier ? La diversité de sa population, de ses couches sociales, de ses ethnies, de ses topologies, de ses paysages multiples, de choses qui relèvent du ressenti, difficiles à formaliser, à partager ? La variété des ambiances sonores et visuelles qui, vues sous des angles plus ou moins décalés, peuvent nous surprendre dans leurs poésies révélées…?

C’est en arpentant longuement, lentement, le Vallon, escalier par escalier, de places en forêts, de zones industrielles en lieux culturels alternatifs, que petit à petit, nous mesurons combien ce dernier, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, résiste à la fois à notre analyse de prime abord, et aux cases dans lesquelles nous serions à même de le contraindre. La première des résistances viendrait donc du lieu lui-même, qui ne se laisse pas apprivoiser, comprendre dans toutes sa diversité, aussi facilement que cela. Les scènes qu’il nous offre ne sont pas celle d’une ville suisse propre, nette et sans aspérités. Notons bien que je parle là comme un français qui constate que les clichés et a priori ont la vie dure. Entre poubelles éventrées, déchets jonchant le sol de certains passages et décharges publiques junkies peu ragoûtantes dans des sentes forestières à deux pas d’un centre hospitalier, la vision proprette d’une ville suisse « en prend un coup». Ce quartier héberge également des friches artistiques et des théâtres ouverts à des expériences collaboratives, lieux alternatifs, ou intermédiaires dirait-on aujourd’hui, lieux de résistance invitant à des rencontres et autres projets citoyens. Il héberge également plusieurs lieux sociaux, foyers d’accueil, que vraisemblablement le centre historique ou les rives du Léman ne souhaiteraient pas forcément accueillir.

Abritant une population plutôt modeste, le Vallon semble donc résister, sans doute bien malgré lui, à l’ambiance plus lisse d’une ville aisée, calme, tournée vers le lac Léman, en contrebas, somme toute assez éloigné. Il constitue une sorte de dent creuse, un brin sauvage, à deux pas du centre ville, destinée à être redessinée, dans un futur proche, à l’aune d’une profonde réhabilitation. La question, la problématique qui se pose aux aménageurs en charge du programme, est d’ouvrir ce quartier sur la ville, et sans doute de « l’assainir », d’en étendre ses possibilités de logement, tout en conservant cette mixité sociale et culturelle, cette sorte d’exotisme urbain qui, au final, paraît cimenter et forger son âme actuelle. Peut-être un grand écart, ou en tout cas un pari qui fera que cet espace encore « rebelle » subira, ou non, une plus ou moins forte gentrification, liée intrinsèquement aux valeurs immobilières, à la cohabitation de logements sociaux et de plus grand standing. Bref, un problème assez récurrent pour ce genre de quartier, cible entre autre de promoteurs avisés, objet de communication des politiques urbaines, comme dans de nombreuses autres villes.

Le Vallon, toujours lui, est  ardemment défendu par un comité d’habitants très motivé, notamment via un engagement dans des propositions d’aménagement de ses espaces publics. Non seulement des propositions, mais des réalisations effectives, collaboratives, in situ – par exemple celle d’un bâtiment d’accueil pour des adultes marginalisés bâti à plusieurs mains. Construire de genre de lieu est indéniablement une forme de résistance, de coup de pouce social, d’action de terrain et pour le terrain et ses résidants les plus défavorisés.

Les différents paysages qui le composent, nous emmenant d’une zone très habitée jusqu’à la lisière de la ville, entre forêts sauvages et escarpées, bâtiments industriels et architectures assez disparates, confèrent au final à ce quartier une unité et un charme incroyablement attirant. Quand aux sonorités qui le font vivre à l’oreille, elles sont très variées, mises en valeur par une topologie de creux et de bosses (très prononcées), ou les échos et réverbérations se jouent joliment de l’espace. On passe très rapidement d’une scène acoustique à l’autre, sans que l’oreille n’aie le temps de s’ennuyer un seul instant, de jour comme de nuit. Le bourdon de la cathédrale en contre-bas, nous arrive comme une source diffuse, à la fois très présente et discrète, incroyablement réverbérée par les vallonnements de la ville et les nombreux recoins architecturaux du quartier. Les voix sont assez présentes, sonnent claires, sans envahir l’espace qui reste assez aéré acoustiquement. Entendue d’une colline à l’autre, l’activité de dépôts municipaux, de nuit, prend une couleur toute particulière, en sons joliment et presque étrangement réverbérés, musicaux dans leur rythme, tonalité, spatialisation…Bref, du bonheur à partager pour des promeneurs écoutants de tous crins.

Pour nous, écouter le Vallon attentivement, sans a priori, avec respect, le regarder, le scruter, l’ausculter dans ses moindres recoins, est une façon de construire des approches, des postures, qui tenteront de ne pas s’enfermer dans une vision trop réductrice, ne négligeant ni des attraits ni les dysfonctionnements du quartier. Une façon de lui donner aussi une parole vive. Parole d’experts qui le parcourent, l’analysent, le (re)pensent, paroles d’habitants et de résidents, quels qu’ils soient,  qu’il ne faut surtout pas oublier, et encore moins négliger, parole qui devrait, qui doit être ouverte, au-delà de toutes conditions sociales, religions, obédiences politiques, aujourd’hui plus que jamais. Il faut rester très vigilant et critique, pour résister aux pressions singulières de tous bords, tout comme aux pensées uniques tissées de mille a priori et préconçus.

Au-delà de ce premier arpentage/repérage, l’idée est de proposer, lors des prochaines JAU (Journées des Alternatives Urbaines), en mai prochain, en collaboration avec différents acteurs locaux, plusieurs parcours sensibles imbriqués donnant à voir et à entendre le quartier, dans ses choses évidentes, triviales, comme dans ses parcelles les plus secrètes. Un des axes étant de faire ressurgir en mémoire des éléments aujourd’hui disparus (funiculaire abandonné, dont on voit encore la gare de départ et certaines traces d’ouvrages d’art enfouis dans la nature, rivière souterraine, le Flon entièrement recouverte…). Remettre à jour des vestiges visuels, architecturaux, y compris sonores, donner à entendre des sons fantômes, depuis longtemps disparus, pour certains d’entre eux, est une façon de conjuguer l’histoire et le présent, en gardant un œil sur l’avenir, voire de faire en sorte que la mémoire résiste à un trop grand effacement du passé. Il ne s’agit pas de prôner une nostalgie du « c’était mieux avant ». On peut au contraire, partir d’un état des lieux, d’une mémoire enfouie, pour aller vers une démarche prospective, mais sans pour autant faire table rase de toute une histoire sociale, de l’évolution d’un quartier au fil du temps.

Parcourir ce quartier, c’est donc pour nous résister, pour peut-être prévenir le risque d’une urbanisation galopante, massive et trop unificatrice qui  ferait perdre son âme au lieu. Résister c’est tâcher de préserver une mémoire de territoire éclectique, socialement brassée, avant que la réhabilitation ne lui fasse une peau neuve peut-être trop lisse. Résister c’est faire en sorte que l’expérience sensible des parcours urbains, via l’oreille et le regard, soit le théâtre de découvertes inouïes, révélant un territoire caché, hétérotopique dans le sens où le définissait Foucault. Résister, c’est prendre et donner la parole, mettre en place des projets d’installations, de mises en scènes éphémères, d’ateliers partagés, faire prendre conscience des beautés intrinsèques des lieux, qui ne se révèlent pas de prime abord, sans que l’on ai creusé un tant soit peu son territoire en le parcourant, en rencontrant ses résidents.

En ce début d’année marquée du sceau d’une violence et d’une intolérance insoutenable, la résistance est aussi celle de prendre le temps d’aller à la rencontre des lieux, des gens, de prendre du recul pour que ces Parcours Audio Sensibles, ou Sensibles tout court, placent l’humain au cœur du projet, entre silences respectueux, éloquents, paroles partagées et images plus ou moins fugitives.

Ecoutez la carte postale sonore

Une petite carte postale sonore des Journées des Alternatives urbaines à Lausanne, les 08, 09 et 10 mai 2015, quartier du Vallon

Très occupé et concentré sur l’accompagnement de balades sensibles, et autres petites installationsson ores, avec l’artiste Jeanne Schmid, je n’ai pas réalisé beaucoup d’enregistrements in situ durant ces JAU, ni hélas pu réellement assisté à la belle et foisonnante programmation concoctée pour l’événement.

Néanmoins, quelques traces sonores ont toutefois été puisées dans le vivier de ces rencontes oh combien toniques.

Tout d’abord, de la préparation, tables, chaises, chapiteaux, repas participatifs, des organisateurs et bénévoles (en principes avec les deux statuts cumulés…) sans qui rien n’aurait été aussi riche.

Le retour d’une première balade avec un groupe de migrants primo arrivants de 5 à 6 nationalités, accompagnés de leur professeur de français ,durant un stage intensif. Un retour sur expérience d’une grande chaleur humaine, sensible, comme d’ailleurs l’ensemble des balades.

Désartsonnants se promène sur le site, dialogue avec des rencontres impromptues, à micros ouverts.

Un jeu collectif avec des instruments d’écoute au cours d’une balade, expériences d’écoute et de production sonores, on « se téléphone », on ausculte les arbres, l’herbe, la pierre, on vise les sons…

Retour au théâtre, dehors, les rencontres se tissent, autour de la cuisine, du bar, des tables dressées pour l’occasion… Dedans, une conteuse nous en fait entendre de toutes les couleurs, bruit de l’Amazonie à portée d’oreilles et de voix…

Encore une balade, et la rencontre avec un tuyau extraordinaire. Il s’enfonce très profond sous terre, et lorsque l’on y crie, ou l’excite avec une trompe, comme ici, on entend presque 10 secondes d’une magnifique réverbération. La prise de son est garantie naturelle, sans adjonction d’aucune réverbération ni d’aucun autre effet audionumérique !

Pour finir, une cour intérieure, très haute, vitrée à son sommet. Des fenêtres s’ouvrent sur 3 ou 4 étages. Un groupe de chanteuses s’y postent,  racontant dans une belle sérénité l’histoire de cette « maison ouvrière moderne », écrite et mise en musique pour l’occasion par la compositrice lausannoise Joséphine Maillefer. Ce final fait superbement sonner l’acoustique du lieu dans une douce poésie apaisante. Des bulles de savons tombent doucement des étages, comme portant les sons délicats jusqu’au creux  de l’oreille des auditeurs.

Et tant d’autres beaux moments, expériences sensibles, échanges, discussions, partages qui, à défaut d’avoir été fixés sur l’enregistrement restent gravés dans ma mémoire.

De grands mercis

A  Jeanne qui m’a invité à cette belle aventure humaine et bruissonnante, et avec qui j’ai travaillé de longs moments, à distance et in situ, dans une réelle et belle entente, comme il se devait pour ce genre de projet…)

à toute l’équipe des JAU pour leur gentillesse et leur engagement, tout particulièrement à Jérémy et Régis, maîtres d’œuvre, mais aussi à l’équipe (Aurore, Michel, Annick, Marie, Elise, Gian Paolo…) pour hébergement, la cuisine (à la cuisine !!!) et tout le reste…

à Yannick pour ses bons et sympathiques coups de main, en balade, et en hauteur…

à Claude pour tout le temps passé, caméra, et magnétophone en main, et pour tous ces échanges autour de la chose sonore, de l’écoute, de la radio

à Pascal et à toute son équipe pour son dynamisme, et grâce à qui, avec Marie un financement pour l’impression du guide « Balades sensibles » a été trouvé.

au groupe de Parkour lausannois qui ont véritablement fait danser les murs

à Joséphine Maillefer pour avoir composer une musique vocale et « tintine à bulles » originale, et à ses chanteuse pour avoir enchanter la cour d’un immeuble moderne de leurs belles voix

A Julien Sansonnens pour avoir complété nos balades par une déambulation féniculairante

à Pierre Corajoud pour ses sympathiques et précieux renseignements,

A tous les bénévoles qui nous ont prêter main et oreille fortes dans l’accompagnement de nos balades

Au staff du théâtre 2.21 pour leur disponibilité et leur efficacité

Au généreux prêteurs d’appartement qui nous ont hébergé dans de belles confortables conditions…

Et à toutes celles et ceux que je pourrais oublier, avec qui j’ai pu échanger…

http://alternativesurbaines.ch/

https://jeanneschmid.wordpress.com/

POINTS D’OUÏE – EXPOSITION DE SONS VIVANTS

TOUS LES SONS SONT DES SONS,

ET INVERSEMENT !

Exposition sonore temporaire,

virtuelle,

éphémère,

à l’air libre,

et à 360°…

 

IMG_1731

Une galerie sonore

Une galerie virtuelle, mais néanmoins bien réelle, à même la rue, via un parcours d’œuvres sonores bruissonnantes, à ouïr in situ, et pas ailleurs.

Un commissaire, guide, médiateur, qui emmène un groupe pour la visite d’une exposition originale, constituée des sons vivants, et donc en partie imprévisibles, qui sont en fait les propres sonorités de la ville, données à entendre comme de véritables compositions sonores….

Une collection d’œuvres sonores inédites, inouïes, intangibles, immatérielles, éphémères, aléatoires, originales, mais bien en sons !

Peut-être le préambule d’un (grand) projet à venir le «Musée des sons vivants et des sites auriculaires remarquables», projet visant en partie à dénoncer une trop forte muséification paysagère en même temps que patrimoniale, sclérosante, en revendiquant l’instantanéité sensorielle comme processus artistique dynamique.

Vernissages, inaugurations de cadres d’écoute, de points d’ouïe, urbains, ou non…

Lieu de l’exposition ou des vernissages, inaugurations, ici ou là, dans le centre ville, la banlieue, la campagne, la nature, dans un site architectural, industriel, un jardin, une forêt, un lac…

Durée de l’exposition, le temps de la visite, très longtemps après, voire plus, si affinités.

Installation, accrochage de l’exposition : un repérage préalable, c’est tout ! Aucune assurance des œuvres sonores ni installations fixes ne sont requises.

Scénographie : Lumières, architectures et sons naturellement et intrinsèquement in situ, cadres et d’écoute et sons mobiles, aucune régie technique nécessaire

Vernissage, inauguration de points d’ouïe : en présence des autorités locales compétentes, concernées, et du public (en l’occurrence tout public)

Exemples de sons vivants exposés dans leur contexte typologique, historico social et esthétique…

– Archéologie et patrimoine, les cloches (sonorités historiques et lutherie urbaine)…

– Design sonore et industrie, la voiture, l’engin de chantier, l’ustensile électrique, la ventilation…

– Média, animation commerciale, radio, sonorisation urbaine, musicien de rue…

– Société, les voix, les pas, les gens qui passent, beaucoup de gens…

– Environnement, l’eau, le vent, les arbres, les oiseaux…

– Acoustiques, réverbérations, échos et autres effets sonores…

Quelques titres

Rumeurs urbaines – Muzac festives – Flux mécaniques – Pointillisme avicole – Voix-ci, voix là ! – Bonnes ondes – Ecoute en chantier…

PS : Les œuvres sonores présentées seront généreusement offertes au public en fin de visite, si elles existent encore ! Leur valeur marchande se mesure en TPE (Taux de Plaisir à l’Écoute), valeur mondiale, partageable et échangeable dans le monde entier, sans aucun frais ni formalité. Pas de spéculation auriculaire !

Chargé de projet, commissaire, médiateur et guide : Gilles Malatray/Desartsonnants

Organisation : Coproduction Desartsonnants, structures et partenariats locaux.

* En hommage à John Cage

QUESTIONS DE POINTS D’OUÏE

Points d’ouïe  ?

Sam Merrill Trail to Echo Mounta

Comment aborder un site, sensoriellement, en saisir ses grandes lignes, comme ses subtilités, en décrire/écrire le(s) paysage(s), y compris avec les oreilles, partager des découvertes in et out situ, les connaissances et émotions liées à ces expériences ?
Comment dépasser l’événement, le superficiel, l’annecdotique, le tape à l’œil (et à l’oreille)?
Comment enclencher une démarche durable, des échanges multiples, des réseaux actifs, la mise en place de ressources partagées à long terme… ?
Comment élargir le geste artistique, esthétique, vers une éthique à défendre via notament l’écologie sonore, voire l’écologie tout court ?
Comment la marche, le parcours, peuvent-ils être à la fois outils d’exploration et des productions artistiques ancrés dans un territoire donné ?
Comment l’occupation du terrain, via une résidence, une auscultation active, sur une certaine durée, peut permettre de creuser les sillons d’écoute qui feront sonner les espaces, sans surtout rien en bouleverser, juste en mettant en valeur les beautés intrinsèques d’un bel existant ?
Comment jouer sur un partage d’amours pour les paysages, les sites, les territoires explorés ? L’amour n’est pas un état suranné ni galvaudé, il faut revenir à aimer véritablement des choses a priori simples, partagables et fragiles. Le paysage (sonore) en est une.
Comment faire que cette démarche, sans doute ambitieuse, se construise dans un terreau fertile, se ramifie tout en s’enrichissant de moult lieux et rencontres, ici ou là, voire plus loin, ou ailleurs ?

CICAPES – Centre Internationnal de Création Artistique pour le paysage et l’Environnement Sonore

LE CICAPES QU’EST-CE ?

Desartsonnants

Parcours Audio Sensible (PAS) à Lausanne (CH) Journées des Alternatives Ubaines 21015 http://alternativesurbaines.ch/le-quartier-du-vallon/

Desartsonnants se déclare comme le fondateur et administrateur du 1er CICAPES (Centre International de Création Artistique du Paysage et de l’Environnement Sonore) connu à ce jour. N’étant soutenu par aucune institution ni autre organisme, il s’offre en toute liberté ce petit plaisir. Parfaitement nomade, il peut venir chez vous si vous l’invitez. Assurément indépendant, il accepte toute aide pour développer ses créations in situ, médiations et recherches (voire la page d’accueil https://desartsonnants.wordpress.com/)… A bon entendeurs salut !

POINTS D’OUÏE – LA MINOTERIE DU SEUIL DE NAROUZE (Aude – France)

Minoterie de Naurouze

Le bruissement des lieux et La clé des Dormants

Parcours d’écoute entre eaux, vents et pierres
Le bruissement des lieux

Minoterie du Seuil de Narouze (Aude)
sur l’invitation d’Alain Joule et de Pascale Goday 
dans le cadre du Méta-Opéra « La clé des Dormants »

A mon arrivée, de très belles surprises, trois éléments se partageaient la vedette pour donner au lieu une incroyable force physique, esthétique, et dynamique.
Le premier à m’accueillir fut le vent. Un grand vent d’Autan, coutumier de cette région, omniprésent et tempêtueux ce jour là. Ce vent gronde, balaie les feuillages à qui il donne voix, du sourd gémissement aux bruissements des peupliers trembles les bien nommés. Il s’engouffre dans les fous les espaces de la minoterie, par le moindre interstice, la moindre tuile mal ajustée, et donne à chaque pièce, à chaque couloir, une couleur sonore différente. C’est un vent maestro, virtuose, même si dit-on, à forte dose, il rend fou par l’intensité de sa présence et sa pugnacité à secouer le paysage. Durant notre balade, il fut néanmoins un allié de poids qui, loin d’écraser l’écoute, lui donna mille reliefs au gré de ses bourrasques, accalmies, et des sites traversés, plus ou moins protégés ou exposés, naturels ou bâtis.
Le second élément rencontré, incontournable lui aussi sur ce site fut l’eau. La minoterie du Seuil de Narouze a naturellement construit son moulin sur un cours d’eau, et est de plus située sur une ligne de partage des eaux, à quelques centaine de mètres du canal du Midi et d’un lac artificiel, bassin de rétention construit sous le règne de Louix IV. L’eau est donc elle aussi une constituante des plus importante du site. Elle est d’ailleurs ici exploitée de façon très complexe pour la régulation et l’irrigation des plaines agricoles du Lauragais. De nappes tranquilles et silencieuses en des rigoles ou bassins encaissés, d’ou elle surgit par des boyaux rétrécis, avec un grondement imposant des puissantes basses, l’élément aquatique propose une riche palette de sonorités. Ces nombreuses manifestations la rendent acoustiquement présente quasiment partout sur le site, à différents degrés, pour le bonheur du promeneur écoutant. Un espace tout à fait magique est la salle des turbines, sous la minoterie. On y accède par un escalier escarpé qui nous amène au cœur d’une immense salle où se dressent d’énormes machineries, turbines, tuyaux… décor de science-fiction à la Jules Verne noyé dans un tonnerre aquatique véritablement assourdissant. A la fois un émerveillement mais aussi, paradoxalement, un enfer pour les tympans pour qui s’y attarderaient trop longtemps.
Un des gestes les plus intéressants de ce parcours fut le grand nombre possibles de mixages eau/vent, en jouant sur des approches ou des éloignement progressifs des sources aquatiques, fondus enchaînés auriculaires, laissant plus ou moins de place aux éléments dans leurs équilibres, ou déséquilibres, dans leurs maîtrises ou hésitations aléatoires.
Et enfin le troisième élément à m’accueillir dans ses murs fut la pierre. L’imposante masse de la Minoterie désaffectée, de ses différents corps de bâtiments sur deux étages, traversés de cours d’eau aménagés, avec le moulin, les silos, les habitations, la sale de lavage, les espaces de séchage… Déambuler dans un tel lieu, au volume impressionnant, offre un choix de points de vue et de points d’ouïe qu’il faudrait prendre beaucoup du temps pour en explorer toutes les finesses. Néanmoins, après une écoute rapide, ces espaces sonnent chacun de façon différente, avec plus ou moins de porosité avec l’extérieur. Des escaliers en bois craquent joliment, une salle avec un bassin de lavage présente une acoustique tout à fait remarquable, endroit idéal pour installer temporairement des sons décalés via des craquèlements de céramiques mêlés à des chants d’oiseaux malgaches et à l’échauffement vocale de l’artiste Pascale Goday captée quelques heures plus tôt in situ… Une grande cage-Volière dans le hall d’entrée se comporte, explorée au stéthoscope, comme une incroyable harpe métallique, avec des résonances et des harmoniques que l’on excite de la main, et qui chantent différemment selon les caresses, tapotements ou pincements de ses cloisons en fil de fer. Dehors, on explore le grondement d’une chute d’eau du trop plein « la rigole » alimentant anciennement le moulin. Sans parler de tout ce qui a échappé à mon oreille tant le lieu et vaste et riche…
J’avais au départ imaginé, au vue des photos du site, un parcours essentiellement intérieur, architectural en quelque sorte. Mais c’était compter sans la beauté et la richesse de l’écrin extérieur que je ne pouvait plus, arrivé sur place, ignorer. Le parcours joua donc sur des rapports extérieurs – intérieurs, ce qui nous amena à ressentir sensiblement les espaces les volumes, et leurs ambiances spécifiques, et tous les « sas auditifs transitoires » qui les relient.
La question liée aux rapports de l’écoute in situ et à la prise en compte de l’écologie sonore, à noter que nous étions à la date de la « Word Listening day 2014 », amena à un sympathique débat avec les promeneurs écoutants du jour, dont la propriétaire, qui fut ravie de redécouvrir le site et son propre bâtiment à l’aune de ses oreilles.
Ce parcours fut suivi d’un autre parcours Méta-Opéra « La clé des Dormants », écrit parAlain Joule et interprété en duo avec Pascale Goday. Œuvre protéiforme, alternant jeu instrumental, chant, déambulation, actions, peintures, installations plastiques, projections vidéos et sonores… Cette Clé des Dormant place la communication entre les hommes comme sa problématique centrale. En 10 tableaux écrits dans les murs de la Minoterie, s’y référant, les citant, les magnifiant, le duo d’artistes donne 14 fois la représentation de ce spectacle, chaque fois différent, peaufiné, élargi par notamment la magie des lieux et le travail in situ. Moments magiques, synesthésiques, profondément humains…

Gilles Malatray le bruissement des lieux  -Vidéo d’Alain Joule

Merci Alain et Pascale pour ces très belles rencontres.

http://fightersoftenderness.blogspot.fr/

POINT D’OUÏE – LA SALINE ROYALE D’ARC ET SENANS

Des Arcs et sonnances, paysages sonores rayonnants de la Saline Royale

Depuis plusieurs années, je viens régulièrement sur le site de la Saline, à différentes occasions. Je suis chaque fois plus fasciné que jamais par une sorte de résonance, de halo intangible, que je ne pouvais jusqu’alors, au-delà de la beauté physique du lieu et des choses vécues, m’expliquer vraiment.

Dernièrement, après une énième d’écoute rituelle, nocturne, au centre de la grande pelouse, alors que toute activité s’était progressivement apaisée, j’ai commencé à comprendre comment s’opérait la magie des lieux, celle en tout cas qui me captivait tant. Il me semblait tout d’un coup qu’une porte s’ouvrait entre un moi sensible, réceptif, et le lieu, alors que je me fondais dans un ambiance où l’œil comme l’oreille étaient en parfaite accordance. Je me sentais devenir progressivement un élément symbiotique entre un lieu, ses ambiances et l’écoutant posté que je j’étais. La Saline devenait soudain un grand réflecteur amplificateur sonore, me plaçant dans une focale rayonnante, comme au centre d’une bulle d’énergie sensible. L’effet panoptique m’irradiait, immersion intense où sons et images vous rassemblent en même temps qu’ils vous tirent vers des lignes de forces périphériques, des attirances tantôt centripètes, tantôt centrifuges, plaçant l’oreille au centre de l’écoute, exactement ! 

Le panoptique évoqué n’est pas ici envisagé dans une position d’un œil ou d’une écoute dominante, de la position de celui ou de celle qui voit et entend tout, mais comme un espace focal rayonnant, point de jonction, voire de construction endogène, d’un paysage sensible, et entre autre sonore.

La Saline royale pouvait dés lors, pour moi, trouver cette fascinante cohérence que je pressentais depuis déjà quelques années, pour me proposer un site à arpenter comme un vaste territoire d’écoute rayonnante, chambre d’échos multiples, de déambulations, toutes oreilles ouvertes, théâtre potentiel, à ciel ouvert, d’écoutes, de captations et de créations sonores in situ… Un point d’ouïe niché au sein de l’imposante utopie architecturale de Claude Nicolas Ledoux.

Topophonies, hétérotopies, hétérophonies

Il s’agit dés lors de construire un paysage/territoire sonore rayonnant, partant de la grande pelouse irradiante et de ses surprenants échos, reliant tous les éléments d’une architecture en un site acoustique renforcé. D’ici, du centre de la pelouse, visuellement comme acoustiquement, part une multitude de lignes et de chemins qui nous attirent, ou nous poussent vers l’extérieur… Point de passage focal, convergence  quasi obligée, ce point d’écoute central symbolise, voire matérialise une loupe, une écoute rayonnante, qui nous emmènera vers différents ailleurs acoustiques, du panoramique au détail, de l’intime à l’extime, du dedans au dehors, du visible à l’invisible, de la matérialité à l’imaginaire…

Ces lignes sonores nous conduisent ainsi vers,

l’acoustique des grandes bernes,

des autres bâtiments, intérieurs extérieurs…

vers Les jardins,

vers la grande porte, sas, passage  du dedans vers le dehors,

vers le village

Vers la forêt voisine, pourquoi pas…

Une auscultation hétérotopique nous ramène  néanmoins toujours au centre de la Saline, comme un puissant aimant auriculaire fédérateur.

Chronosonie, uchronie

Le site de jour, de nuit, à différents moments, à différents degrés de sérénité, de bruissonnance ou d’effervescence, à des moments de bascules, d’indécisions… Le site et son histoire cachée, enfouie, des réminiscence historiques, salées, tangibles et invisibles…

Le corps écoutant, au centre d’un paysage sonore panoptique

Saisir, de l’oreille et du magnétophone, les différentes strates sonores intrinsèques du lieu, en tirer des fils du centre vers l’extérieur, et vice et versa, implique une approche physique. Il s’agit de marcher, arpenter, errer, passer d’ici à là, lentement, rapidement, flâner, chercher les fondus, les coupures, les masquages, user le lieu à force d’écoutes, s’en imprégner jusqu’à en faire partie intégrante, s’y fondre comme une particule sonore élémentaire…

On envisage ainsi une multitude de balades, parcours sonores, in situ/out situ… Il nous faut creuser le lieu pour en dénicher la moindre parcelle sonore suceptible d’asseoir une architecture pétrie de pierres et de sons.

http://www.salineroyale.com/

POINTS D’OUÏE – LE SENTIER DES LAUZES

POINTS D’OUÏE

LE SENTIER DES LAUZES

1ère journée, la résistance acoustique des Lauzes

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L’immense plaisir de me poster au cœur d’un Oto Data d’Akio Suzuki, pour moi un très grand maître de l’écoute !

Il est un sentier de randonnée, niché au creux des Monts d’Ardèche que je rêvais depuis longtemps de parcourir, tout au moins d’en découvrir de visu, à bout de pieds, quelques parties. Ce sentier, le Sentier des Lauzes pour le nommer, est un itinéraire de randonnée aménagé, ponctué d’œuvres de différents artistes, dont Akio Suzuki, Gilles Clément, Christian Lapie, Domingo Citsernos…

Invité par Raymond Delepierre, nous partîmes donc, sur deux jours, oreilles et regard à l’affut, en exploration de cette incroyablement belle région, où les points de vue offrent de majestueux débouchés sur des vallées encaissées, des collines escarpés à la végétation méridionale, des sentiers qui nous emmènent de surprises en surprises. Ici la pierre grise, la lauze est reine. Elle est travaillée, assemblée avec un art consommé, pour donner corps à de somptueuses maisons lovées à flanc d’escarpements rocheux, sur le lit de rivières temporairement asséchées, ou sur des promontoires aux vues imprenables. La lauze se décline en d’innombrables murets et pavages qui se fondent dans le paysage pétri de matières minérales où de très vieux volcans se décèlent encore. Il est d’ailleurs très difficile de décrire, pour qui n’y est jamais venu, cette région dessinée autour de la sinueuse rivière de la Drobie

Pour ce qui est de la première journée, si la vue offrait sans retenue moult paysages tous plus enchanteurs les uns que les autres, les sonorités du pays, sans être pauvres, présentaient une certaine résistance à l’oreille. En fait, le paysage sonore n’était pas, a priori, en adéquation avec le paysage visuel. Il était beaucoup plus retenu, discret, intime, presque caché pour une oreille non avertie. Bien sûr, quantité de sources sonores étaient bien présentes, cigales ponctuant l’espace de rythmes presque réguliers et pourtant capricieux, oiseaux, bruissement du vent dans les grands feuillus, voix réverbérées qui montaient de gorges encaissées… L’auricularité du lieu n’était pas, loin de là, indigente. Pour autant, dans une idée de partage d’écoute, je pensais que la mise en place d’un parcours ou d’une promenade sonore, dans la partie où nous étions, était difficile à faire nettement ressentir à un promeneur non initié, non habitué à une écoute profonde, active. D’où mon expression de résistance des lieux qui ne s’offraient pas spontanément à qui les parcouraient, sans une attention très soutenue, une ouverture d’esprit, un état de réception sensorielle presque exacerbé. Sinon, le paysage visuel noierait l’espace sonore de son imposante majesté, ce qui n’était peut-être somme toute pas si grave que cela, tous les éléments d’un paysage ne pouvant pas se montrer ou s’entendre dans un parfait équilibre.

Cette première journée m’a également permis de découvrir de près les sculptures de Christian Lapie (Silence des Lauzes), d’Akio Suzuki, un grand maître de l’écoute (Oto Date) de Domingo Cisneros (Paroles de Lauzes) et de Gilles élément (Belvédère des lichens). Que du bonheur !

2e journée, l’ouverture tympanique des Lauzes

La deuxième journée nous amène dans un splendide village, Dompnac, niché au creux d’une vallée encaissée, à la confluence de trois rivières descendant des collines abruptes, contre lesquelles la petite bourgade et adossée.

Ici, à la différence avec la première partie du sentier que nous avons exploré la veille, tout semble soudainement, à l’oreille en tous cas, s’éclairer, devenir limpide, lisible, presque palpable.

Un coq nous fait découvrir de son fier chant de magnifiques et longues réverbérations portées et entretenues par les collines voisines. Bien que très asséchés dans cette période de grande sécheresse, les ruisseaux animent néanmoins le site à hauteur de deux ponts d’où l’on peut jouer à mixer progressivement les rives droites et gauches par des fondus déterminés via de lents allers-retours entre les deux parapets de pierre. La quasi absence de circulation automobile permet de jouer ainsi sans risques.

Deux belles cloches en campanile de lauzes coiffent l’église attendant de réveiller la vallée de leurs tintements d’airain.

Malgré la chaleur étouffante, des voix s’échappent des maisons où l’on se tient sagement à l’ombre.

Un théâtre de verdure aménagé laisse penser que le site a été prévu pour des représentations de plein-air.

Un banc surplombant la vallée fait office de point d’écoute des plus agréable.

Le site sonne délicatement, très équilibré, véritable entonnoir acoustique qui fait que nous avons l’impression de nous trouver au cœur d’une immense oreille de pierre, construite par le village-même et les collines et vallées environnantes.

Certaines époques, au printemps par exemple, après une période pluvieuse, un orage, doivent voir le site s’animer de bouillonnements et de grondements aquatiques beaucoup plus toniques qu’en cet été caniculaire et desséchant.

Tout ceci n’est pas sans donner des idées désarçonnantes. On envisagerait ici un beau PAS (Parcours Audio Sensible). Tout d’abord un séjour pour ausculter le village de fond en comble, en prélever des sons, les agencer pour une composition sonore qui pourrait être diffusée dans le théâtre de verdure, pour clore par exemple une balade écoute publique. Le site serait également un terrain propice à l’élaboration d’un petit parcours où une signalétique nous inviterait à tester des postures d’écoute, et pour asseoir le parcours, on inaugurerait un point d’ouïe à cartographier et à répertorier dans la liste des petites et grandes merveilles auriculaires naturelles. Il est des lieux qui font rêver l’oreille en même temps que les yeux…

3e journée, ouverture panoramique du belvédère de Beaumont

Nous sommes ici hors du sentier des Lauzes, tout en haut de notre camp de base, dans le très beau village de Beaumont, perché comme son nom l’indique sur une colline dominant un imposant panorama de pierres et de verdure entremêlées.

Un agréable sentier de sous-bois nous amène à la table panoramique de la Croix de la Tourasse d’où nous embrassons du regard quasiment 360°, à un arbre près qui nous cache une petite portion du paysage.

Question – l’oreille jouit-elle du même grandiose effet panoramique que la vue?

Réponse, à priori non, le paysage sonore n’est pas tant s’en faut aussi majestueux et attirant que celui qui s’offre au regard;

Pourtant, en y prêtant attention, le panoramique sonore est bel et bien présent, et qui plus est très riche. Il nous faut pour cela faire l’effort de porter l’oreille au loin, de projeter l’écoute vers les fonds de vallées, les villages, les routes, ne pas se contenter du proche espace acoustique, plus facile à cueillir. Alors on découvre une fine spacialisation sonore où des outils électriques, des sautes de vent chahutant les feuillages, quelques rares voitures, des cigales pointillistes, des chiens au loin, construisent un espace d’écoute qui se plaque délicatement sur le panoramique visuel. Comme pour le premier tronçon du sentier, cette scène acoustique ne se livre qu’avec un peu de patience, d’immobilité, d’attention. Lorsqu’on la découvre, nous prenons ainsi possession d’un immense cercle sonore, que nous écoutons en surplomb, dans une attitude proche de celle convoquée par la « Plateforme des lichens » de Gilles Clément. Le regard et l’oreille dominent, tout en allant pêcher au loin des accroches paysagères reconstituant un vaste théâtre auditif panoramique. Si le paysage visuel est imposant, le sonore lui se fait plus discret, mais reste néanmoins bien présent dans un grand arc de cercle nous positionnant à un focus d’écoutant au centre des sons exactement.

Un grand merci à Raymond Delepierre et Catherine pour m’avoir si gentiment  invité à découvrir tous ces superbes paysages sonores et visuels.

Album photos cliquez ici

http://www.surlesentierdeslauzes.fr/

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APPEL À CONTRIBUTION OHCETECHO

OHCETECHO

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Signalétique point d’ouïe à écho, haut-Jura parcours sonore 1991 – Acirene, Parc du Haut Jura

Vous connaissez un bel écho, un écho multiple, un écho qui a de belles couleurs acoustique, en montagne, en ville, ailleurs… ?
Vous pouvez le situez précisément, éventuellement sur une carte géotagée, vous pouvez en donner la direction ?
Vous pouvez le décrire en quelques mots ?
Et si vous pouvez l’enregistrer : Cerise sur le gateau !

Je suis preneur…
Via Facebook, en MP
Ou via un courriel : desartsonnants@gmail.com
Contacts au bas de la page d’accueil.

merci !

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POINTS SENSIBLES, DE L’OUÏE ET D’AUTRES SENS

POINTS SENSIBLES, DE L’OUÏE ET D’AUTRES SENS

Hier, avec Nathalie Bou, on expérimente un lieu.
Comment le lire ?
Comment l’écrire, le réécrire ?
Comment le partager ?
Du bout des yeux – le regarder, le dessiner, le photographier, se l’imprimer tout au fond de la rétine…
Du bout des doigts – le toucher, le caresser, l’effleurer, en déceler les matières, les rugusités, les douceurs, le conserver au creux de la main…
Du bout des oreilles – L’écouter, l’ausculter, l’entendre, le ranger dans un recoin du colimasson…
Du bout des pieds, le marcher, l’arpenter, le tracer d’orteils en talons…
Et puis, lui surajouter des couches sensibles, des nappes de couleurs, des flagrances sonores, de minuscules reliefs, ou creux, un signe, une intime calligraphie…
Installer un espace, un parcours, une zone décelable bien que pas forcément déterminée, et encore moins figée, travaux en cours, toujours…
Respecter son fragile équilibre, se contenter d’en souligner délicatement des saillances, les absences, des points de vues, ou d’ouïe, dérouter les sens au gré du vent, de l’arbre, de l’eau, du galet…
Partager, ne pas garder pour soi mais fabriquer une multitude de petits trésors, hors coffre, in situ, offerts à tous vents…
Écrire, tenter de retenir, voire de faire naitre, au fil des mots, ce qui pourrait rester trop intangible, éphémère, paysages partagés…

Album

POINTS D’OUÏE, RÉFLEXION SUR UN PROJET EN CHANTIER

POINTS D’OUÏE

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On tire des fils sonores, on tente de les démêler, ou parfois de les emmêler, de les tresser, de les tisser, ou de les détisser.
Chaque territoire, chaque lieu, chaque site, quartier, ruelle, place, impasse, forêt, lac… est un entrelacis d’une infinité de fils sonores qui n’ont de cesse que de moduler un paysage fuyant. L’espace sonore ne se résoudra jamais à être contenu dans une immobilité figée. L’arrêt sur son serait une parfaite ineptie. Il faut une oreille mobile, un écoutant mobile, pour tenter de construire à la fois une lecture et une écriture des paysages sonores en mouvement. Le concept de points d’ouïe, espace délimité comme un lieu emblématique, fixe, en résonance, en rayonnement avec d’autres points, offre une stabilité nécessaire à l’écoutant, une base repère, un point de référence. A partir de là peuvent se tisser moult trajets, fils d’écoute, reliant éventuellement d’autres points, qui commenceront à asseoir un paysage auriculaire. Le projet points d’ouïe joue sur le paradoxe du resserement en même temps que de l’extension. Resserement dans le lieu, parfois inauguré comme point d’ouïe, resserement dans la démarche, dans la définition de certains outils, activités et concepts, en fonction des lieux. Et en même temps, extension des possibles, des approches, des fils à tirer, à mettre en vibration, comme des cordes invisibles et impalpables tendues sur un territoire d’écoute. Resserement et extension à partir des points d’ouïe, avec effets sonores à la fois centrifuges et centripètes pour l’écoutant, attiré ou poussé vers… Entre points d’ouïe et trajectoires, resserements et extensions, la scène acoustique peut se construire, à chaque lieu et à chaque instant différente, à chaque fois un peu plus riche dans son instabilité chronique. Il y a parfois, sur un nouveau lieu, un découragement ou un émerveillement, sans doute les deux, avant que de trouver, entre le trop peu et la surabondance, un équilibre précaire mais rassurant, lorsque la musique des lieux se met en place, sans aucun effort. Il faut parfois, comme le peintre qui guetterait LA bonne lumière, faire preuve de patience, de modestie et de ténacité face à l’inexorable continuum sonore, savoir entendre le doux chant du ruisseau, du vent dans les peupliers, la buse qui chasse au dessus des collines, la cloche dans la vallée qui rythme l’écoute…. Et c’est ici que le point d’ouïe prend toute son importance.

POINT D’OUÏE – DRÉE EN ÉCOUTE

POINT D’OUÏE – DRÉE EN ÉCOUTE

Inauguration du 1er Point d’ouïe mondial dans le cadre de la World Listening Day 2015 à Drée (21), avec Monsieur le maire Paul Robinat. Événement organisé avec CRANE lab et Desartsonnants, dans le cadre du festival ex-voO

‪#‎WLD2015‬

Drée est un magnifique village de l’Auxois (21) niché dans un vallon. Un petit oasis pour l’écoutant dans un site où l’oreille se sent bien, et où l’on s’entend bien avec son environnement. Il a été le premier site à être officiellement inauguré comme « Point d’ouïe »

Cartographie : Le son d’une promenade sonore ici (cliquez sur le point rouge)

Un texte écrit durant l’arpentage repérage

Après 2H 30 d’arpentage du village de Drée (21), magnifique petite bourgade nichée dans un vallon de l’Auxois, traversée de part en part par un ruisseau serpentent en glougloutant entre de belles maisons de pierre, un beau collectage de sons attends désormais son heure… Dés 7 heures du matin, chaleur oblige, plus le fait que le réveil du village offre de belles perpectives d’écoute matinale, magnétophone en main, je prends le pouls sonore du village. Beaucoup d’oiseaux, hirondelles, passereaux de tous genres, buses chassant majestueusement, inévitables tourterelles, des chiens en colère que je vienne déranger leurs territoires, un extraordinaire fil rouge aquatique offrant une belle collection de glougloutis, un grincement de portail bien sympathique, la cloche de l’église qui vient gentiment secouer l’espace, un bel écho à fland de colline, et un écrin acoustique équilibré offert par ce doux vallon… On s’y sent bien on s’y entends bien… Peu de voix , si ce n’est celle d’artistes (Jesse Graves et Nes Poon) en train de mailler le village de leurs délicats ornements, encore moins de voitures, pour le plaisir de nos oreilles. De placettes en ruelles, de sentes forestières en prairies, le paysage prend forme peu à peu à l’oreille. Nous repérons un point d’ouïe intéressant, c’était un des principaux objectifs de ce repérage. Samedi, nous l’officialiserons publiquement, dans le cadre du festival ex-voO, en l’inaugurant avec Monsieur le Maire, comme le premier marquage d’un large territoire sonore, geste symbolique qui n’aura de cesse de nous rappeller combien de scènes d’écoute, naturelles ou urbaines, peuvent êtres aussi belles que fragiles. Un projet « Points d’ouïe » qui débute ici, dans ce vallon de l’Auxois, en attendant de trouver des échos pour révéler moult autres paysages sonores ici et là…

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Savez vous planter les sons ?

INAUGURATIONS DE POINTS D’OUÏE

Inauguration de sites « Points d’ouïe »

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Il existe une reconnaissance une visibilité, un repérage, un inventaire, parfois une labélisation de sites patrimoniaux, architecturaux, voire naturels (UNESCO). De même, nous trouvons également ici ou là des points de vue repérés, des guides et des cartes, des tables d’orientation, des longue-vues permettant d’appréhender un paysage, un panorama remarquable du regard.
Quid du paysage sonore ?
Pourquoi ne pas repérer, signaler, inventorier un site point d’ouïe comme un espace entendu et reconnu comme tel ?
Pour cela, il convient d’officialiser la démarche, d’inaugurer avec des élus locaux des sites d’écoute, de leurs donner une existence concrète en temps que sites auriculaires. Il nous faut alors couper le ruban symbolique, pour ouvrir le paysage à l’écoute, une action qui, au-delà de son caractère anecdotique, singulière, se pose comme une invitation à prendre notre environnement sonore en compte, dans une approche tout à la fois esthétique, sociale et écologique. L’implication d’élus permet, en amont d’une inauguration symbolique, d’entamer une discussion autour du statut du paysage sonore, de sites à protéger, à valoriser, à penser une sensibilisation vers une écoute aiguisée, qualitative, à rechercher une qualité acoustique des lieux de vie… bref, à une approche où l’écoute est posée comme une posture sensible et écologique.
Au-delà de l’inauguration de points d’ouïe, l’inscription de sites dans une cartographie interactive, via des outils et réseaux internet, prolonge le geste en construisant un maillage d’un vaste territoire sonore mondial, entre la singularité du local et l’universalité de l’écoute partagée.

A lire : Une première à Drée (21)