Parcours Audio Sensibles nocturnes, nuits sur écoute

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@photo GMVL – Le paysage sonore dans lequel nous vivons – Projet Européen Erasmus+

En préambule, donner à entendre, la nuit

Entendre, la nuit.

Écouter est une activité qui peut nous sembler naturelle, plus ou moins consciente, presque vitale dans certaines circonstances, ou tout au moins des plus importantes dans des relations sociales au quotidien.

Écouter son environnement, au-delà des situations de crise, d’agression et de pollution sonore, est un geste moins habituel qu’on pourrait le penser de prime abord.

Mieux comprendre comment fonctionnent des écosystèmes, territoires acoustiques, à l’aune de notre écoute, et les apprécier d’autant plus qu’ils nous sont ou deviennent familiers, décryptables, est encore une étape supplémentaire, une forme de (re)connaissance sensible, élargie, de son milieu.

Ce qui ne doit pas pour autant occulter la magie de l’écoute instinctive, intuitive, spontanée, liée au seul plaisir d’entendre, ou de bien s’entendre.

Le territoire, ou paysage sonore, diurne ou nocturne, est bien souvent ignoré, passant généralement au second plan de la chose vue, et restant semble-t-il plus difficile à cerner du fait de sa non visibilité, de son côté sans cesse mouvant, instable, souvent imprévisible, et de son immatérialité avérée.

Pourtant il existe bel et bien des constantes, des agencements récurrents, tout comme des singularités signant un espace sonore, qui de fait, devient plus identifiable, et dissociable d’un autre, et où l’on peut plus facilement trouver sa place en temps que résidant auditeur. Qui plus est la nuit

Un centre-ville n’est pas une zone portuaire, une montagne ne sonne pas comme une plaine, une forêt ne résonne pas comme une place publique minérale, les langues et dialectes, accents et expressions locales consolident des formes d’appartenance, les cloches et les fontaines ont de vraies personnalités, et s’ancrent dans les espaces acoustiques qui les transforment autant que ces dernières colorent et façonnent leurs environnements. Réciprocité acoustique.

La nuit, bien évidemment, ne sonne pas comme le jour.

Comment, via un PAS – Parcours Audio sensible, nous pourront marcher, arpenter, pour mieux entendre, écouter, mettre en place un processus de partage d’expériences sensibles ?

Comment faire pour que ces marchécoutes, en l’occurrence nocturnes, contribuent à faire émerger la conscience de paysages sonores, à la fois quasiment universels et pourtant Oh combien singuliers.

Nous nous attacherons ainsi à l’écoute d’ambiances urbaines nocturnes.

 

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@photo Séverine Bailly – PAS Parcours Audio Sensible nocturne à Crest (26)

L’instant du paysage sonore nocturne

En règle générale, la nuit amplifie les ressentis, sonores y compris.

Je citerai ici, pour illustrer le propos, le beau titre d’une œuvre musicale d’Arnold schœnberg « La nuit transfigurée ».

Pourrait-on parler ici de nuit transonifiée?

Une nuit écrin de l’audible, support du sonore, scène acoustique à ciel ouvert, à 360°, espace propice à des sources sonores qui agenceraient les sons urbains sous nos pas, lors d’un parcours d’écoute, pour nous donner une forme de sérénade singulière, dédiée tout particulièrement aux promeneurs écoutants noctambules.

L’apaisement sonore que connaissent certains lieux, surtout lorsque la voiture tend à déserter la cité, l’obscurité tombante et la transformation, l’installation d’ambiances lumineuses, donnent de nouvelles colorations à la ville, jusque dans ses atmosphères auriculaires.

Tout marcheur urbain connaît le plaisir de la bascule sensorielle, progressive, celle qui s’effectue entre chiens et loups, jusqu’au moment où l’oreille, et les autres sens, entrent pleinement dans l’univers nocturne.

Un sentiment d’immersion sensorielle, acousmatique1 pourrait-on dire, nous imprègne dés lors, faisant émerger de nouvelles sensations.

Expérimentons ici l’inouï, au sens littéral du terme, celui nimbé de pénombre.

Parcourons des espaces parfois plus feutrés, plus intimes, laissant la place à de douces émergences, à des ambiances acoustiques sereines.

Jusqu’à ce que parfois, un son anodin, le claquement des pas sur le pavé, d’un briquet, réverbéré pas la minéralité urbaine, puissent prendre une connotation inquiétante, sinon anxiogène, différente en tous cas qu’elle ne l’aurait été en journée.

La nuit porte conseil dit-on, elle porte aussi, et fait porter les sons dans de plus vastes espaces laissés libres, ou rendus plus disponibles, par la disparition, ou l’estompage de nombreuses sonorités diurnes.

Une forme de désaturation acoustique se fait sentir, ce qui ne peut que nous profiter, dans une société prônant la vitesse et la démultiplication galopante des média.

Il nous est parfois nécessaire de vivre un desépaississement urbain, y compris par l’oreille et la lenteur de la marche.

Le temps de la nuit est sans doute un instant privilégié pour cela.

Dans l’idée d’une certaine poésie liée au climat nocturne, si on prend le temps d’en rechercher les aménités paysagères, l’oreille n’est certainement pas en reste.

Bien sûr, tout n’est pas si simple.

L’apaisement du jour tombant faisant mieux ressentir, voire entendre les émergences sonores, la fraicheur invitant le badaud noctambule à converser dans l’espace public, voire à y fêter quelques esprits de la nuit, font que certains conflits d’usage peuvent naitre et perturber la vision, et en l’occurrence l’audition, d’une douce nuit enchanteresse.

Mais prenons ici le parti de rechercher, d’explorer, d’expérimenter, à travers une marchécoute nocturne et collective, un PAS – Parcours Audio Sensible, le partage de sensibilités et d’aménités audio-paysagères, à fleur de tympan, plutôt que les espaces pouvant être perçus comme négatifs.

1Nom donné aux disciples de Pythagore qui, pendant 5 années, écoutaient ses leçons, cachés derrière un voile, sans le voir.

Se dit d’un bruit que l’on entend sans voir les causes dont il provient.

 

1Nom donné aux disciples de Pythagore qui, pendant 5 années, écoutaient ses leçons, cachés derrière un voile, sans le voir.
Se dit d’un bruit que l’on entend sans voir les causes dont il provient.

Invitation à des  Conf’errances et PAS – Parcours audio Sensibles

Une Conf’errance, entre silence(s) partagé(s) et échange(s).

Un PAS – Parcours Sonore Audio Sensible nocturne dans une ville, un quartier, un site spécifique, d’après repérage.

Un parcours en fonction de ce qui se passe, des sons qui se déroulent en chemin, des accidents et aléas auriculaires.

Une heure de marche silencieuse, ponctuée de Points d’ouïe (pauses, lectures, objets et postures d’écoute), suivie d’un échange autour des partages de ressentis, notions de paysages sonores et d’écologie acoustique…

Jauge public : Dans l’idéal, 20 à 30 personnes maximum.

Possibilité de faire plusieurs marches sur différents jours, dont une diurne pour comparer les ambiances nuit/jour.

 

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@photo Ienka Kastelein – Night Soundwalk – Made of Walking 2018– La Romieu (Gers)

Liens – Carnets de notes et de sons autour de PAS nocturnes

Charleroi by night

De rives en rives, Walk Dating Nocturne

« Les Temps d’Arts » est levé, deux nocturnes

Loupian et les chants de la nuit

PAS – Parcours Audio Sensible nocturne à Lyon Vaise

Oasis sonores et traversées nocturnes

Point d‘ouïe nocturne bastiais, les oreilles au vent !

Victoriaville, souffles et chuintements nocturnes

Points d’ouïe nocturnes

Nocturne montoise (sons)

Une petite Nuit de bout à Lyon (sons)

Mons le son, nuit centrale (Sons)

Nuitées (sons)

Soir de pluie (Sons)

Promenade nocturne dans les couloirs et jardin de l’Hôpital de l’Hôtel-Dieu à Lyon (Sons)

Parc Roquette nocturne (Sons)

Sources et ressources vives d’inspirations pour un promeneur écoutant

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Liste non exhaustive, intergénérationnelle non triée, non hiérarchisée, en chantier

 

Jean-Jacques Rousseau (promenades, philosophie)

Raymond Murray Schafer (Paysages sonore, écologie sonore)

Max Neuhaus (Soundwalking, Listen, installations sonores « environnementales )

Guy Debord (Dérives, situationnisme, psychogéographie)

Michel de Certeau (L’invention du quotidien, L’acte de marcher )

Henry David Thoreau (Walden, Walking )

Hildegard Westerkamp (Soundwalking )

Claude Merleau-Ponty (Phénoménologie de la perception)

Gilles DeleuzeFélix Guattari (Écosophie, les 3 écologies)

Michel Foulcaut (Hétérotopie)

Henri Lefebvre (Rythmanalyse, poétique urbaine)

Pierre Sansot (Poétique de la ville, du bon usage de la lenteur, approche sensible)

Alain Corbin (Silence, histoire du sensible)

Jacques Réda (Poésie et marches urbaines)

Élie Tête (Conception d’environnements sonores)

Stalkers (Walkscape, vides urbains)

Richard Long (Land Art, Lign Made by Walking)

John Cage (Silence, aléatoire, écoute)

Myriam Lefkowitz (Marche – Danse, Walk Hands, Eyes a city)

Luc Gwiazdzinski (Géographie, hybridation, nuit)

Mathias Poisson (cartographie sensible, marche blanche)

Hendrik Sturm (Artiste marcheur, penser avec ses pieds)

Jean-Christophe Bailly (Dépaysement, poétique de l’espace)

George Pérec (Espèces d’espaces, tentative d’épuisement d’espace)

Nicolas Bouvier (voyage, usage du monde et altérité)

Gilles Clément (Tiers paysage, Jardin planétaire)

Nicolas Bourriod (Esthétique relationnelle)

Nicolas Mémain (Conférences marchées, GR13)

René Dumont (Écologie)

Ingrid Saumur (Cartographie sensible, paysage)

Myriam Suchet (L’indiscipline, recherche action, penser hors-cadre)

Arne Nass (Écologie profonde, communauté et style de vie)

Pierre Schaffer (Musique concrète, solfège de l’objet musical)

Michel Chion (Acoulogie, Promeneur écoutant)

Francis Alÿs (Marche performance)

Batiste Lanaspèze (Wild Project Editions, GR13)

John Dewey (L’art comme expérience)

Jean-Marc Besse (Cartographie et Cheminements)

Augustin Berque (Géographie, mésologie, écoumène, milieux)

Peter Szendy (Philosophie, écoute)

Pierre Rabhi (Agroécologie, Colibris)

Gilles A Thibergien (Arts et paysages)

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J’ai, à un moment ou à un autre, croisé ces auteurs-trices, artistes, chercheur-euses activistes de toutes générations, œuvrant dans différentes pratiques, champs d’activités, quelquefois physiquement, d’autres fois, selon les époques ou les aléas de la vie, uniquement par leurs écrits ou productions, factuelles ou intellectuelles.

Il a parfois suffit d’une phrase, de quelques paroles, d’une fragment d’œuvre, d’un récit, d’une image ou d’un son, pour qu’ils/elles m’embarquent dans un univers qui allait, à plus ou moins long terme, infléchir mes travaux, et certainement ma façon de penser, d’écouter, de vivre.

Tant d’autres pourraient y trouver place, cette liste n’étant pas exhaustive loin de là, laissant ainsi toutes les opportunités, envies, aléas, de croiser bien d’autres penseurs activistes.

Je livre cette ressource en l’état, c’est à dire en chantier, forcément inachevée, ce qui peut permettre à ceux et celles qui en ressentent le besoin de la compléter ou retailler à leur façon.

Puisse t-elle ouvrir quelques désirs de cheminer aux grès des pensées et actions, voire de s’en inspirer pour creuser les sillons de la marche, de l’écoute, de l’écologie, quitte à oser des hybridations quasi contre-nature, ou des chemins de traverses hasardeux.

Gilles Malatray aka Desartsonnants

 

NB : Les liens ci-dessus renvoient soit à des sites personnels, biographiques, soit à des textes en ligne, en rapport direct avec la marche, l’écoute, l’écologie…

 

Points d’ouïe sur l’écoute

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Point d’ouïe, PAS-Parcours Audio Sensible à Saint Pétersbourg- Institut français de Russie – Rencontres Paysages sonores –  Juin 2019

Écouter de concert, c’est repérer et s’approprier des marqueurs paysagés.
 
 C’est partager une expérience sensible, relationnelle.
 
 C’est agir pour défendre des causes sociales, chercher du bien -être,
des partages de sensibilités, d’aménités…
 
 C’est construire, avec des artistes, chercheurs, pédagogues, aménageurs, politiques, écoutants au quotidien… une recherche-action contextualisée, in situ.
 
 C’est mieux s’entendre avec…
 
 
 L’écoute se déploie dans une multitude de paysages, ou de pratiques, liées à :
l’esthétique/L’artistique
le patrimoine
l’écologie/l’écosophie
la citoyenneté
la communication
le travail
la santé/le handicap/le bien-être
l’étude de genres
l’aménagement du territoire…

Installer une écoute en mouvement

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Installer une écoute en mouvement

Installer une écoute en mouvement

 

Pro-page à sons

Ce texte est une écriture cheminante, celle qui ne serait pas la narration d’un parcours bien tracé, mais plutôt d’une Escriptura camina, prenant des chemins de traverse, sans plan nettement défini, et encore moins arrêté. Ou arrêts ponctuels.

Une forme d’errance bien plus que d’itinéraire.

Néanmoins le projet est guidé par l’idée que le son, ou plutôt l’écoute, peut s’installer au gré des pas. Que nos mises en situations peuvent installer des paysages sonores fluctuant dans leur impatience de se transformer, de muter d’un état à un autre, et qu’il faudra saisir sur l’instant, sur le vif.

Installer l’écoute en mouvement, c’est prendre le risque d’une stratégie fragile; mais aussi se laisser une marge de liberté, façon « L’Usage du monde entre nos deux oreilles », référence explicite aux merveilleux récits de voyage de Nicolas Bouvier, pour emprunter les espaces sonores de travers.

Les mots-clés, qui ne verrouillent pas mais au contraire ouvrent de nouveaux champs, des phrases et des textes en mouvement, seront bien souvent des guides qui pourront motiver des envies de faire, et de refaire encore, des cheminements joliment capricieux.

Tout comme nos gestes, intuitifs ou réfléchis, convoqueront des mots et des pensées pour en fixer quelques bribes d’expériences en chantier, voire les stimuler.

PAS – Parcours Audio Sensible

Pour embrayer ce parcours auriculaire, je dirais que la marche d’écoute, que je nomme souvent PAS – Parcours Audio Sensible, est sans doute un des moyens des plus engageants, physiquement et mentalement, voire même spirituellement, pour se frotter à son, à ses milieux de vie, de traversées, de résidences, furent-elle brèves et ponctuelles.

Milieux construits, naturels, si tant est qu’il en reste beaucoup, humains, sociaux, complexes

Milieux dont nous ne sommes pas le centre, dans une persistance humaniste, mais juste partie prenante, partie faisante, et c’est déjà beaucoup, si ce n’est parfois beaucoup trop.

Alors la marche, lente, parcours ou errance, excite nos sens à fleur de peau, de nez, de regard, d’oreille, de pied…

Arpentage

J’aime le geste d’arpentage, celui répétitif, itératif, un brin obstiné, qui mesure et nous fait nous mesurer à…

Qui nous fait également rester à notre place, dans un paysage habitat souvent trop façonné, si ce n’est mal-façonné.

Alors l’oreille se déploie, plus ou moins vivement, dans les méandres et strates hétérotopiques de forêts et de villes, de rues en rives…

Les sons viennent à nous, creuset auriculaire, ou bien nous allons vers eux, ou bien on ne sait plus qui bouge, mais tout bouge, assurément, parfois malgré nous.

Nous sommes vibrations, parmi l’infinité de vibrations qui maintient le monde en vie, en mouvement, celui que nous habitons, co-habitons physiquement.

Les sons, tout comme les lumières, les couleurs, les odeurs, les matières, participent à cette immense et perpétuelle auto-construction vibrillonnante.

La marche les installe, les dispose autour de nous, des autres, ou bien nous installe dans un paysage donnant l’échelle acoustique d’un lieu à celui qui y déambule.

Son rythme lent, mesuré, encore une référence à une forme d’arpentage étalon, convoque une sorte d’état de transe.

Transcendance.

Transit aussi, d’un point – géographique – à un autre, mais également d’un état à un autre.

Transport et plaisir

Être transporté, ailleurs, au-delà du quotidien, de l’habituel, du rassurant, ensemble, dans une communion sensorielle, avec le groupe, l’environnement, l’intérieur/extérieur entremêlés.

Une notion une plaisir se dégage, un transport quasi amoureux.

Ne jamais renoncer au plaisir. Plutôt le rechercher. Comme une évidence qui parfois semble nous échapper, ou que nous oublions de convoquer.

Plaisir de faire, de ressentir, de dire, de penser, par les pieds, les oreilles, le corps, le groupe, le vent, les acoustiques, les autres

Pauses

Sans omettre de se ménager des pauses, encore des plaisirs, même infimes, entrecouper la marche, comme l’écoute, de répits, cassures, éléments rythmiques nécessaires à un équilibre entre mobilité et l’immobilité.

Recherche de stabilité, d’équilibre. D’ailleurs l’oreille interne, lorsqu’elle dysfonctionne, est la cause de bien des déséquilibres et autres vertiges. Gare à la chute.

Points d’ouïe

Envisageons les points d’ouïe, nés de ces haltes, ou même les constituant.

Punctum, le point, ponctuation, jalonnement et repère, nécessaires, si ce n’est vital dans un jeu de paysages auriculaires complexes.

Ponctuer le PAS – Parcours Audio Sensible façon Desartsonnants, par des points d’ouïe, choisis, autant que faire ce peut, pour leurs qualités auriculaires, comme de vrais oasis sonores, où se détendre l’oreille, ou non.

Tendre l’oreille est souvent nécessaire, la détendre bien autant, si ce n’est plus. Histoire d’équilibre.

Mais tendre, à entendre, à s’entendre, toutefois en évitant les tensions nocives, les sur-tensions ; encore une question d’équilibre entre le trop et le pas assez, le confort ou l’inconfort, le saturé et l’absence, les sons en creux, et un trop plein de silence, sorte de vide mortifère.

Poser des points contre point.

La ponctuation itérée, répétée, peut se faire pointillisme.

Une écoute ou chacun des micro-sons, juxtaposés, telles des touches de couleur, dans un paysage post-impressionniste, seraient proche d’une écriture par assemblage, en pointillé, post schaéfferienne1 et son idée de la matière composée…

Encore et toujours des points. Point e trève, on avance.

Faire le point, où en suis-je dans mon parcours d’écoutant, mes approches audio-paysagères, où et comment et pourquoi, avec qui, poser une oreille bienveillante ?

Mise au point, affiner l’écoute, à l’image d’une prise de vue qui règlerait des nettetés, des plans à privilégier, des façons d’inciter l’œil et l’oreille à regarder l’ensemble, dans une globalité nette et précise, ou un point émergent sur un background savamment flouté, par une habile focalisation. Sons et images e concert.

Focalisation de l’écoute sur un moment/lieu, l’œil écoute et l’oreille regarde.

Partage d’aménités

Poursuivant la notion de points d‘ouïe comme une recherche de lieux auriculaires remarquables, accueillants, j’ai discuté il y a quelques temps avec un enseignant en géographie, lequel bâtissait ses projets pédagogique autour des aménités paysagères.

Cela m’a interpelé et j’ai été voir, ou entendre, de plus près, ce que cette notion impliquait.

Historiquement et littéralement ce mot provient de Locus amoenus, ou l’agrément d’un lieu, d’un lieu par définition amène. Ce sont donc des aménités paysagères qui ont prévalu, avant-mêmes les aménités humaines.

Un paysage accueillant, voir paradisiaque à certaines époques, chose de plus en plus rare aujourd’hui. Pure utopie ?

Des aménités auriculaires, à l’instar de ce que Raymond Murray Schafer2 nome un paysage Hi-Fi, haute -fidélité, où l’oreille se régale, où l’écoute pourrait être jouissive.

Chercher des aménités pour, toujours en marchant, écoutant, se posant, contrebalancer un environnement de plus en plus chaotique, sans toutefois nier l’évidence d’un, ou d’une somme de déséquilibres croissants.

Chercher le refuge amène, bienveillant, tant dans le lieu que dans la relation humaine entre, par exemple marcheurs écoutants. Une communauté souvent éphémère mais soudées par la choses sonore entendue, écoutée de concert.

Croire encore à des poches de résistance, des ZAD (Zones Auriculaires à Défendre), ZEP (Zones d’Écoute Prioritaire, ou Partagée) des oasis de calme où échanger sans hurler ni tendre l’oreille, et qui plus est dans une bonne entente… Encore une utopie à cultiver dans le grand vacarme des temps présents, et à venir ?

Partage de sensibilités

Un autre enseignant chercheur me parlait lui de partage de sensibilités.

Avant que de les partager, il faut bien sûr les construire, les vivre, les expérimenter.

Gardons cela dans un coin de l’oreille, sensible pour le peu, voire hypersensible parfois.

Nous pouvons revenir vers une notion de plaisir, si la sensibilité ne côtoie pas les phases d’une hyper exacerbation, pouvant être humainement, physiquement, dévastatrice.

Comme souvent, je reviens à la racine, à la souche source.

« Le sensible est une propriété de la matière vivante de réagir de façon spécifique à l’action de certains agents internes ou externes »3.

On est sensible à la lumière, certaines matières ou êtres, photosensibles, les végétaux vivent et croissent de leur propre photosynthèse, les hommes également qui sans la lumière du jour, pâlissent, s’étiolent et perdent beaucoup de tonus. On est sensible au chaud, au froid, à la douleur, mais aussi à l’émotion, aux affects, aux sentiments, à l’altérité. Sensible quand tu nous tiens !

La sensibilité, ou les sens en action, réagissent aux stimuli d’’environnements divers. Certains équilibrés, d’autres non. Être sensible à un beau chant d’oiseau n’est pas la même chose que réagir sensiblement à une agression bruyante, s’en protéger.

Entre sensibilité physique et le fait de ressentir des sensations, ces ressentis contribuent à nous informer sans cesse sur les états et les modifications de nos milieux ambiants. ces réactions nous protègent ainsi de nombre de périls au quotidien, qui vont de ne pas traverser lune rue lorsqu’on entend un véhicule s’approcher, jusqu’à mettre un manteau plus épais lorsque l’on ressent un froid plus intense, mais aussi de nous protéger émotionnellement de traumatismes psychiques en prenant parfois du recul salutaire. Tant que faire se peut.

Décrypter le monde de nos sensibilités, par nos sensibilité. Nous côtoyons la phénoménologie ici de Merleau-Ponty.

Nous fabriquons donc du sensible, des sensibilités à longueur de temps.

La marche, l’écoute, pour revenir à nos sujets de préoccupations, sont bien évidemment des vecteurs, des catalyseurs de sensibilités, tout autant que des gestes et et des situations privilégiées pour les partager.

Relationnel

Lorsque Nicolas Bourriaud parle d’esthétique relationnelle, de l’importance de la façon de faire ensemble, plus que de celle de produire, de faire œuvre, nous sommes bien dans ces intentionnalités constructives, positives même.

Mettre nos écoute en commun, lors d’une soundwalk4, procède de ce désir de partage qui enrichit indéniablement l’expérience, même si celle du promeneur solitaire n’est pas ans attrait.

Alors, c’est un pas de l’aménité à la sensibilité, et vis et versa.

Il nous faut participer, animer, rassembler un grand cœur d’écoutants, de marcheurs, de cueilleurs d’ambiances sonores, et autres, d’amplificateurs de rêves apaisants. Il est parfois bon de rêver à des fabriques de joies simples, sans grandes machineries, dispositifs, techniques, qui ne demandent qu’un peu (beaucoup) d’attention à notre monde et à ceux , tout ceux, qui le co-habitent.

Géographie sonore

Une géographie du sonore commence à de dessiner au fil des PAS. Décrire-écrire, modestement, le monde, les territoires, les milieux, y compris par le son, avec des oreilles géomaticiennes et cartographes pour la circonstance.

Y a t-il une géographie sonore ?

Certes oui, sinon pourquoi poser la question !

De la géographie du bruit à la géographie sonore, question d’angle d’attaque, de point d’ouïe, d’approches orientées entre différentes sciences sociales. On peu de référer en autre à l’article de Frédéric Roulier « Pour une géographie des milieux sonores »5

Décrivons, ou tentons la description, à travers les ambiances qui feraient territoire, espace singulier, ou non. Un port, une forêt, une zone commerciale, une chaine montagneuse, un parc urbain, le lit d’un torrent… Tokyo, Le Caire, Rio de Janeiro… ne sonnent vraisemblablement pas de la même façon. L’oreille s’y reconnaitra bien vite, si elle possède néanmoins a minima, une culture de l’écoute. Nous nous y reconnaitrons, dans des espace apprivoisés où des repères spatio-temporels – la cloche, la fontaine – nous permettrons d’écrire/décrire notre territoire acoustique, et pourquoi pas, cela se fait régulièrement aujourd’hui, de le cartographier. Sentiment rassurant d’appartenance, en se méfiant de trop d’identitarisme sonore cocardier.

Carte des bruits urbains, cartes mentales de Soundwalking, carte de lieux auriculaires remarquables, inventaires cartographiés… Les sons se mettent à la carte, en carte, pour rendre compte d’espaces acoustiquement animés, multiples dans leurs phonographies, leurs audio-graphies.

Géographie d’appartenance pourrait-on dire aussi. Je me sens chez moi, y compris et surtout avec le volet du voisin qui grince, son coq qui chante, la cloche matinale, la saison des foins, ou celle du tourisme… C’est aussi une géographie sentimentale, intime, des ressentis… De la carte du Tendre à la carte de l’entendre il n’y a qu’un PAS – Parcours Audio Sensible sauce Desartsonnante, ou pas de côté avec une oreille bruissonnière. Et nous revenons à la notion de plaisirs, d’aménités, de jouir d’un bel espace acoustique, de se sentir rassuré sous une sorte de toit sonore d’une cloche qui trace des espaces, des volumes, une géographie sensible autant que physique, sans néanmoins entretenir, j’y reviens, l’esprit de clocher. Penser la géographie comme une description de paysages et de territoires sonores est une façon d’installer l’écoute. Un écoute, des écoutes, et par-delà, de faire exister ce paysage sonore aujourd’hui tant décrié, et pourtant Oh combien présent, pertinent dans ses différentes approches ouvertes, non chapellisées.

Installation

Il nous faut installer l’écoute comme une valeur essentielle, qui ne souffre pas (trop) de contestation, ou de remise en question, ce que pourtant ne manquent pas de faire des systèmes politiques qui appuient leur pouvoir sur des messages biaisées, une écoute normalisée, sans recul aucun.

Installer, encore un terme aux origines curieuses.

Littéralement, c’est mettre en stalles, dans le terme le plus religieux qui soit « Mettre solennellement en possession de sa charge (et du lieu où il est appelé à l’exercer), par une cérémonie canonique »6

Installer était au départ une prise de fonction ostentatoire, aux yeux de tous, qui affirmait un pouvoir religieux, celui sui serait dorénavant exercé par un représentant de l’Église.

On s’est ensuite installer dans des professions, plus forcément religieuses, mais qui mettait toujours en avant la fonction exercée, l’art pratiqué, la boutique ou l’atelier avec pignon sur rue.

Dans ces boutiques, on y a installés des objets, nourritures, marchandises sur des étals, bien en vue, commerce oblige.

Toujours une façon de montrer.

Aujourd’hui, les arts contemporains installent des œuvres en situation, faisant éclater le cadre des formes visuelles, sonores, invitant le spectateur souvent au cœur même du dispositif, quand il n’en est pas acteur, co-œuvrant. Principe au terme un brin barbare de monstration.

Alors pourquoi et comment installer une écoute, si tant est que l’on puisse raisonnablement employer ce verbe pour cette matière intangible et immatérielle. Ce n’est plus ici un corps professionnel, une activité ou des objets et denrées que l’on va montrer, mais une sensorialité par définition in-montrable car in-visible.

Et qui plus est, c’est une installation qui se ferait en marchant, bien loin de celle qui se pose au regard comme un agencement plutôt statique, même arpenté.

Ceci étant, on installe bien du silence, ou en tous cas on laisse s’installer le silence, avant par exemple que de prendre la parole ou de faire entendre la musique.

Alors si le silence s’installe, parfois religieusement, on y revient, l’écoute peut bien elle aussi s’installer. Installer sans imposer, chercher là encore les limites de l’équilibre entre le bien-être recherché, accepté et le subi fuit car stressant, si ce n’est traumatisant

Installer l’écoute pour entendre ce qui peuple le silence, une hypothèse, une posture parmi d’autres.

Mise en situation d’écoute.

Créer le contexte, le cadre, l’envie, les conditions ad hoc…

Jouer sur l’effet de groupe, les aménités, encore, ou les discordances, dissonances paysagères, les événements et aléas convoquant une fertile sérendipité, titillant les sensibilités, pour prolonger nos précédentes réflexions.

Tel John Cage qui, dans 4’337, installait une musique de silence(s), faisant entendre les comme amplifiés les bruits alentours, au départ ceux des auditeurs mécontents, mais aussi ceux de l’extérieur si, comme il le proposait, on laissait les portes ouvertes.

Ou bien encore max Neuhaus qui, dans ses Listens8, performance inaugurant tout une génération à venir de Soundwalking, invitait les auditeurs à parcourir en silence, des territoires urbains surprenants, inouïs. Inouïs car abordés par le prisme d’approches expérimentales sensorielles, esthétiques, détournées des schémas d’écoute musicale « classique », frontale, assise, en salle de concert.

L’écoute est donc bien installée, si je puis dire, autour de situations généralement décalées, de sortes de happenings invitant le public à des immersions collectives sensori-motricielles.

L’installation de ces écoutes demande donc une appropriation d’espaces-temps dans des pratiques in situ, en acceptant le fait les « accidents », puissent être du spectacle, que des zones d’inconfort ne sont pas exclues, même si l’idée initiale reste de chercher plutôt l’apaisement amène. Pour moi en tous cas.

Faire récit

Nous voila donc arrivés, ou revenus, vers ces fameux récits ! Ces histoires rapportées, orales, écrites, triturées au fil des voyages, aujourd’hui de plus en plus visuelles, sonores, de plus en plus mixed média.

Le récit, par définition, relate des faits, réels ou imaginaires. La littérature puise abondamment dans le réel pour produire de l’imaginaire, du fictionnel, du presque réel teinté de la vision de l’auteur, comme de l’interprétation des lecteurs. Ces versions, interprétations, broderies, variations sont riches en métaphores et autres effets de styles nous conduisant à accepter les décalages, dérives, les glissements du « vrai » au remanié, comme des sources de curiosités savamment entretenues du reste par le ou les récitants.

La part, plus ou moins grande, de fiction dans récit, amène des évasions, vers des ailleurs, des échappées belles, des échappées pas toujours idylliques du reste, quand elles ne sont pas tragiquement sans issue.

Mais n’envisageons pas ici le récit du pire, prenons parti de le teinter d’un optimisme vivable.

Une des force du récit, qu’il soit Homérique, mythologique, biblique ou qu’il narre des situations contemporaines plausibles, triviales, c’est certainement sa capacité à se démultiplier, à se réinventer au fil des versions racontées.

Gardons cette propriété en ligne de mire, faire le récit d’un fait, d’un paysage, d’une ambiance, d’un territoire sonore c’est toujours ménager des espaces de libertés, des marges et des lisières mouvantes, à l’image-même du son, si je puis dire.

Si on demande à différents écouteurs placés dans des espaces spatio-temporels similaires, de nous raconter leurs expériences auriculaires, gageons, sans prendre trop de risques, que les narrations seront fort différentes, chacune singulière. Certaines plus ancrées dans une description « fidèle », d’autres plus portées par des retours d’expériences affectives, émotives, d’autres passant d’un registre à l’autre, entremêlant les points de vue et points d’ouïe, le réel et l’imaginaire.

Une ambiance sonore qui sera ressentie comme saturée, agressive, stressante par un auditeur, lors d’une promenade par exemple, sera toute autre pour une tierce personne qui n’aura pas éprouvé les mêmes sentiments de mal-être, voire même qui se sera complu dans le même milieu acoustique arpenté.

Sans compter sur la réception singulière de celui à qui s’adresse le récit, ou qui va en profiter via différents média, de l’oralité au texte en passage par la création sonore. Selon son attention du moment, sa culture sonore, les aspects phatiques qui ne seront forcément pas perçus de la même façon d’un individu à un autre, feront du récit initial un conte polymorphe, à chaque fois lu et reçu différemment, même s’il s’agissait d’un mythe fondateur avéré, ou d’un récit collectif partageant des bases sociétales.

Le récit contribue lui aussi à installer une écoute sans cesse renouvelée, entre transmissions d’expériences factuelles, et entrelacs imaginaires, qui font prendre la véracité du récit non pas comme argent comptant, mais comme l’évocation, la composition de nouveaux lieux de possibles, jusqu’à peut-être l’utopie d’un monde sonore rêvé.

Que raconter de ce qu’on entend ?

Quels sont les média les plus appropriés ?

Le texte n’est-il pas aussi pertinent que le son enregistré et retravaillé ?

Un paysage sonore se raconte t-il ?

Est-il soluble dans le récit ?

Fait-il récit, tout ou partie ?

Gageons que l’on pourrait encore poser moult questions, soulever bien des problématiques sans pour autant en épuiser le sujet.

Mais le récit, à l’instar du conte, est intarissable, dans les paysages des milles et un sons.

Voyager dans, par, ou faire voyager les sources

L’écoute marchée est forcément une écoute mobile aurait dit monsieur de Lapallisse. Elle implique des gestes en mouvement, des perceptions et ressentis dynamiques, qui tiennent comptent d’un ensemble de transitoires spatio-temporelles, voire qui jouent avec, jusqu’à fabriquer in situ e nouvelles formes de mobilités.

Peut-on imaginer une installation du sonore, donc de l’écoute, qui irait plus loin dans l’espace pour conquérir d’autres lieux jusqu’aux antipodes de la source. Bien sûr, la radio est déjà un vecteur diffusant et installant des écoutes, souvent en temps réel, et qui viennent se poser dans un salon, une salle de bain, une cuisine, l’autre bout du monde. Les nouvelles, des formes de création, de narration, images sonores audio-cosmopolites choisies ou en flux non maitrisés arrivent à nos oreilles depuis déjà bien longtemps. Orson Wells à défrayé l’histoire radiophonique, à défaut du mouvement de panique Oh combien amplifié, relayé par la presse outrageusement exagératrice de l’époque, en invitant des martiens belliqueux9 sur notre Terre. Il a construit et conté un malicieux récit fiction radiophonique presque plus vrai que nature. Le pouvoir des sons invisibles intègre bien la représentation mentale, le cinéma pour l’oreille qui nous ouvre des perceptions très subjectivement personnelles ? C’est un peu comme les sons/images et des voix perçus de l’intérieur, à la lecture d’un roman ou d’u poème. Aujourd’hui, avec les baladodiffusions10 et autres streamings, les robinets à sons se démultiplient vers des écoutes à la cartes, des playlists à l’infini, de riches brassages de styles, dans le meilleur de cas, ou une écoute paupérisée et mondialisée dans le pire. Nous installons notre propre écoute, souvent le casque vissé sur les oreilles, en courant, prenant le métro, cuisinant… Écoute mobile, archi mobile, qui, pourrait-on dire, peine à s’installer quelque part tant elle s’installe partout. Et si elle le fait, c’est souvent de façon très fragmentée, instable, volatile, se faisant certainement archi-consommatrice de débits constants. Ou bien alors dans l’hégémonie envahissante de grands vagues de Muzzac aseptisée. On est bien loin des fidèles rendez-vous autour de la grosse radio d’antan, pleine de lumières et de belles boiseries, devant laquelle se rassemblait la famille à l’heure du feuilleton radiophonique, ou de l’émission de variété à l’actualité yéyé. On est bien loin aussi du « silence radio », tant on installe une écoute de flux, parfois parasitaire dans son envahissement permanent, néanmoins souvent assumé et recherché. Une forme d’autisme fuyant la vitesse du monde, où le regard de l’autre dans les espaces confinés des transports en commun devient une violation de sa bulle personnelle, et un sourire ou une parole une agression à notre sacro-sainte tranquillité, intimité rempart prônant l’isolement par le son (et l’image). Si je noirci le tableau, c’est néanmoins la sensation que j’éprouve, aussi bien dans les transports en communs que dans un jardin public. Des écoutants appareillés de prothèses déversant des flots de sons à jet continu au cœur de nos oreilles asservies. Ces dernières se feront-elles, par une mutation audiomorphique récepteurs-haut-parleurs internes branchés sur un monde playlisté que nous commanderont à des distributeurs sonores en gros (ils existent déjà bel et bien), moyennant un abonnement à vie. Une dystopie sonore, façon de nous installer une écoute calibrée, pour ne pas dire contrôlée sur mesure. La société de contrôle que dénonçait Deleuze passe aussi par le contrôle de paysages sonores sciemment installés.

Cartographies

Ceci étant, pour rester sur une idée plus positive, d’écoute installée sur de longues distances, la cartographie, que l’essor de l’informatique a considérablement boosté via les réseaux online, permet de franchir un pas de plus vers une mondialisation de l’écoute. Toujours ici pour le meilleur et pour le pire. Ainsi des spaces contributifs ont pu voir le jour et ainsi se faire entendre aux yeux du monde.

Prenons par exemple la LocusMap11, de Locus Sonus, une carte qui ouvre des fenêtres d’écoutes streamées un peu partout sur la planète.

Il suffit d’aller sur la carte, de cliquer sur l’icône d’un microphone et d’écouter, en temps réel, ce qui se passe ici ou là, micros soundcams. C’est la magie des technologies numériques de nous installer dans des paysages audio instantanées, de prendre l’air du temps auriculaire à l’autre bout du monde, d’Aix-en-Provence à Chicago en passant par Nagano et autres lieux où promener nos oreilles ébaudies. Le récit sonore du monde se fait par micros ouverts aux travers un réseau sans cesse tissé des sons vivants du monde. Nous pouvons ouvrir des fenêtres auriculaires de notre fauteuil, et nous baigner dans une ambiances acoustique en temps réel, même à des milliers de kilomètres de notre points d’écoute. Point d’ouïe vertigineux.

Autre exemple de cartographie sonore, non plus en temps réel cette fois-ci, mais plutôt bâtie sur un projet de compilation de field recordings12 collaboratifs, via le célèbre site Aporee13. Cette carte est une véritable mine d’or pour les oreilles, les écoutants curieux, les voyageurs immobiles, par le nombre de documents sonores, leur qualité et diversité, leur actualisation, et la vélocité du moteur de recherche qui nous permet de naviguer dans un océan de sons14, pour emprunter une référence à David Toop15.

Les cartes sont des modes de représentations multiples, qui nous guident ou aujourd’hui nous perdent dans les méandres des datas proliférants, big data, SIG, mais où on peut, de façon post encyclopédique, se perdre avec plaisir. La délectation du pèlerin écoutant de l’hyperlien.

On pourrait passer des heures et des heures à naviguer au gré des sons maritimes, festifs, des cloches, des bruits de machines, un panel sonore qui dresse un véritable paysage complexe et fascinant dans son incroyable diversité… Nous sommes ici devant une installation rhizomatique, prolifique et nomade dans ses sources, même encartées, si tant est qu’une installation nomade ne soit pas en elle-même un joyeux paradoxe spatiotemporel.

Matérialité et dispositifs

L’artiste va imaginer, pour installer des écoutes parfois décalées, tout au moins dans leurs approches et postures, moult situations, dispositifs, appareillages, technicités…

Dispositifs immersifs, interactifs, participatifs, relationnels, la chose sonore, qu’elle soit préexistante – un paysage acoustique – ou entièrement fabriquée – une composition sonore électronique – peut ainsi prendre corps dans nos espaces auriculaires de bien des façons.

L’installation se fait alors conceptuelle, voulue, recherchée, même dans des gestes priori les plus simples, prendre un cône acoustique pour amplifier et ou orienter notre écoute par exemple, jusque dans des dispositifs convoquant d’imposantes machineries ou l’écriture de programmes informatiques ad hoc complexes.

Les postures proposées à l’écoutant joueront également un rôle important. Déambuler, suivre un parcours, se laisser guider, écouter en aveugle, s’assoir, s’allonger, toucher pour déclencher, modifier, faire activement partie partie de l’œuvre, jusqu’à ce qu’elle n’existe que par notre seule présence, autant d’approches installées, sans compter une foultitude d’autres dispositifs hybrides, inclassables, ou restant à concevoir.

Ici, l’installation marque le pas, fait une pause pour mieux poser ses sons, les confronter à un espace donné, tout comme aux oreilles des auditeurs. Ces derniers seront d’ailleurs très souvent invités à parcourir l’espace audio qui leur est proposé. Changer de point d’ouïe, d’axe, de rapprocher, s’éloigner, zoomer, l’oreille guidera les pas qui guideront eux-même l’oreille. Interaction encore. Jusque parfois à perte d’écoute.

Le jeu pour l’artiste étant de proposer une situation d’écoute qui décale, en principe, notre perception de l’espace (sonore), de ses sources, jouant des accidents, des effets acoustiques, des procédés narratifs, scénographiques, pour mieux le questionner.

Quelle est notre place d’écoutant dans un lieu où parfois, comme disait Maurice Lemaitre, le film est peut-être déjà commencé, les sonorités installées, superposant l’ambiance « habituelle » aux rajouts, juxtapositions, triturages audio ?

Comment infléchissons nous, plus ou moins consciemment, un paysage sonore installé, bon gré mal gré ?

Comment nos mouvements, parcours, approches, dans le sens physique du terme, celui qu’explorait notamment Max Neuhaus, reconstruisent t-ils, ou déconstruisent t-ils des œuvres sonores dont nous sommes régulièrement les acteurs invités ?

Comment les dispositifs et mises en situations usités nous proposent-ils différents formes de mobilités sensibles, d’appréhensions d’espaces auriculaires singuliers car propres à notre façon d’écouter et de bouger ? En corps tendre l’oreille.

Ces question n’ont pas forcément de réponses définitives, et c’est heureux, car il nous reste encore un beau champ d’investigations concernant l’installation d’écoutes, situations où la corporalité est convoquée dans toute sa mobilité intrinsèque, où que porte notre écoute.

Stabile et/ou mobile, mon oreille balance

L’écoute est donc, dans ma pratiques construites sur des situations généralement en mouvement, elles-mêmes oscillant entre marches et arrêts, avancements et pauses, marches d’écoute et Points d‘ouïe fixes.

Être toujours en mouvement est certes un gage de dynamisme, mais il convient aussi de savoir se poser. Se re-poser.

Poser l’oreille en plan fixe, en laissant venir à nous les sons, sans forcément les traquer, ou aller sans cesse vers eux.

Prendre l’air du temps, air au sens polysémique, musical de la chose, est important, par exemple s’offrir un banc d’écoute, partagé ou solitaire, un repos après une longue pérégrination audio urbaine

Stabile/mobile, c’est comme être dans une alternance de tensions/détentes, de postures actives et passives, les deux ont leurs mots à dire à certains moments du projet.

Des postures qui se répondent, se complètent, s’installent à tour de rôle.

L’écoute en mouvement ne doit pas être forcenée, au risque de devenir aliénante et sclérosante, par manque de ruptures, de cassures, de trêves ; les musiciens, jazzmen en l’occurrence, savent très bien au cours d’une longue phrase musicale déroulée, « faire le break », casser le rythme pour amener une respiration, avant que de repartir de plus belle dans une envolée swinguante.

La marche est par ailleurs l’espace où le mouvement est déséquilibre. Je lève un pied qu’il me faut reposer assez vite pour que l’autre emboite le pas si je puis dire, dans une synchronisme qui me fait conserver mon centre de gravité pour rester debout. Au moindre dysfonctionnement de cet enchainement physique, je chute. Et l’enfant en fait bien des chutes avant de maitriser l’art de la marche. Entre stabile – équilibre au repos, et mobile – équilibre en mouvement, quitte à risquer la chute, mon corps écoutant marche de tensions en détentes, de repos en actions, installant ainsi des formes d’écoutes dynamiques, dans les contraintes d’espaces arpentés, de moments écoutés, de parcours pétries d’improvisations comme autant de réactions aux stimuli ambiants.

Pourquoi pas

Un pas en avant

un grand pas en avant

faire le premier pas

un pas de côté

pas redoublé

revenir sur ses pas

marcher sur les pas de l’autre

faire un faux pas

faut pas

pas cadencé

pas qu’à danser

un pas vers le bonheur

pas de quoi

au pas de l’oie

avancez d’un pas

reculer d’un pas

un grand pas pour

franchir le pas

rouler au pas

pas à pas

d’un pas ferme

se mettre au pas

se remettre au pas

marquer le pas

à un pas de la réussite

regretter ses pas

d’ici à là, il n’y a qu’un pas

ébaucher un pas de danse

pas de deux

emboiter le pas

à pas de géants

faire les cent pas

céder le pas

se tirer d’un mauvais pas

à pas comptés

compter ses pas

allonger le pas

ralentir le pas

avoir le pas sûr

pas sûr…

Mettre l’écoute au pas

ou le pas à l’écoute !

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Rêver !

Un bureau nomade

Un désir d’espace

Une installation à ciel ouvert

Une invitation à l’écoute

Une pause dans la marche d’écoute

Une école bruissonnière…

Dream !

A nomadic office

A desire for space

An open-air installation

An invitation to listen

A break from soundwalking

An acoustic bushy school …

Notes

1Qui relèverait de l’expérimentation et de la théorie de Pierre Schaeffer concernant la musique concrète

2In «The Tuning of the World » Raymond Murrau Schafer – 1977 – « En Français, Le paysage sonore » – réedité par Wild Project » Marseille – https://www.wildproject.org/schafer-table

3Définition du CNRTL « Centre National de Ressources Textuelle et Lexicale »

4 Terminologie anglaise désignant la marche d’écoute, ou balade sonore dans des pratiques artistiques, mais aussi écologiques et sociales

6Définition du CNRTL « Centre National de Ressources Textuelle et Lexicale »

9La guerre des Monde, fiction radiophonique d’Orson Wells 1938 – https://www.franceculture.fr/histoire/la-guerre-des-mondes-histoire-dun-canular-radiophonique

10Traduction qhébecoise et francophone de podcasting

Point d’ouïe bastiais, les oreilles au vent !

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Atterrissage un brin agité, venté, à l’aéroport de Bastia Poretta en fin d’après-midi pour rejoindre la belle cité bastiaise. Au menu, des rencontres autour des paysages sonores urbains. Tout un programme !

Le premier soir, après un excellent diner où les poissons locaux ravissent nos palais, je décide, comme à mon habitude, de faire une promenade en nocturne. C’est ma troisième venue dans cette ville nichée au pied du Cap Corse, face à la mer, et j’aime toujours autant, et sans doute de plus en plus, l’ayant un brin apprivoisée lors de mes précédentes déambulations, y trabouler, selon l’expression  lyonnaise. Ce terme convient d’ailleurs bien à cette ville pentue, agrippée à la montagne, où l’on peut se glisser de petites rues en placettes, via des escaliers serpentant à flanc de collines.

Ce soir, la météo est capricieuse, très capricieuse même,  en cette fin de janvier. A la fois un ciel dégagé, des températures  clémentes pour l’époque et une alternance de moments calmes, presque endormis, et de sautes de vents tempétueux, dans le vrai sens du terme.

Alors, tout siffle, gémit, craque, claque, gronde… De grosses poubelles en sacs plastiques traversent la rue dans un bruit de friture amplifiée, parfois accompagnées d’une chaise de bar grinçant métalliquement sur la chaussée. La nuit se déchaine dans une série de flux tonitruants, qui rafraichissent soudainement l’atmosphère et déclenchent des tempêtes soniques, balayant et griffant l’espace auriculaire sans ménagement.

Puis, aussi soudainement que ces séquences venteuse sont apparues, tout se calme. Durant quelques instants, la ville semble s’ébrouer en silence, remettant un peu d’ordre dans un espace apaisé, pour un temps durant lequel l’oreille reprend des repères plus sereins. Avant que tout ne reparte de plus belle, dans une sorte de désordre plus frénétique que jamais, les vents d’Ouest étant Oh combien capricieux !

Ces enchainements de tensions et de détentes ravissent au final mes oreilles rafraichies. J’ai choisi de faire halte sur un banc, en évitant toutefois ceux placés sous d’imposants platanes ancestraux, sait-on jamais… Je me délecte alors, solitaire, de ces concerts éoliens aux sonorités si changeantes, si joliment capricieuses. Le vent semble contester l’ordre des choses trop bien établies, ou mettre en garde, en apportant un brin de révolte urbaine incontrôlable et rebelle. Sans doute là une vision très personnelle, métaphore météorologique d’une société traversée de soubresauts sociaux, politiques, autant que climatiques.

Je suis apparemment un des seuls à apprécier ces sautes d’humeur atmosphériques, la ville étant désertée, y compris des automobiles, les rares passants marchant vite, tête baissée, cache-cols remontés sur les oreilles, insensibles à ces tourbillonnements d’air toniques, voire les fuyant au plus vite pour s’en mettre à l’abri.

Le lendemain, le vent est totalement tombé, le soleil brille, la vie et la ville ont repris leurs rythmes de croisière, les terrasses se déploient, les passants et voitures sont de retour. Une journée plus paisible s’amorce, presque radieuse, avant que d’autres déchainements impromptus ne viennent secouer la quiétude ambiante, notamment d’un paysage sonore aux multiples facettes.

Bastia, le 30 janvier 2020, Forum des arts sonores, Semaine du son, accueilli par Zones Libres

https://www.zonelibres.com/

https://www.lasemaineduson.org/

Points d’ouïe – Cartographie auriculaire de Lyon Vaise

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Lyon Vaise, extrémité nord de la métropole lyonnaise, 9e arrondissement, quartier gare de Vaise/Gare d’eau/Industrie et quais de Saône.

Mon quartier, où je réside depuis une vingtaine d’année.

Un quartier que je connais bien, voire très bien, où je flâne, fait mes courses, marche vers des rendez-vous, teste mes points d’ouïe, bancs d’écoute, PAS en solitaire, en duo, en groupe, note, enregistre…

Un quartier laboratoire d’écoute et de machécoute.

Cartographie en chantier  :  radio aporee ::: maps – 23 Quai du Commerce, 69009 Lyon, France

 

Point d’ouïe – L’expérience du vécu, un laboratoire d’écoute ambulante

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La marche, associée à l’écoute, le Soundwalking, le PAS – Parcours Audio Sensible made in Desartsonnants, sont à la fois des gestes, des actions, des plongées immersives, des modes d’écritures in situ, des outils de recherches et de conceptions de parcours… Et plus si affinités.

Marcher, c’est vivre une expérience, personnelle, collective, et en règle générale les deux.
Le fait d’arpenter les paysages, si ce n’est de les fabriquer en les marchant, tout en les écoutant, s’appuie intrinsèquement sur l’expérience du vécu.

L’expérience du vécu est un axe structurant, moteur, par des formes d’approches qui nous confrontent à notre propre corps, corporalité, face à et dans des espaces, intérieurs extérieurs, dans différentes acceptations du terme, où les sons, lumières, chaleurs, odeurs, nous enveloppent littéralement. Le vécu, l’expérience d’espaces divers imbibent notre corps-éponge de mille effets, sensations, comme autant de caresses kinesthésiques, qui peuvent parfois avoir la rugosité d’un gant de crin.
L’expérience, c’est un geste par définition inédit, souvent volontaire, faire l’expérience de. C’est en cela quelque chose de non encore réalisé personnellement, d’in-abordé, ou de toute autre façon. L’expérience n’a pas besoin d’être démesurée, grandiose, bouleversante, un simple chant d’oiseau près d’un ruisseau peut nous transporter dans des espaces encore jamais entendus, ou jamais de cette façon, moment où le sensible règne en maitre. Vivre une expérience, la convoquer, la provoquer, est par définition un fait vécu qui nous confronte avec le monde, ou une parcelle de monde, autrui compris, et où les sens, la mémoire, les ressentis, nous apprennent forcément quelque chose, de nous-même et d’extérieur, même infime. L’apprentissage permanent est de vivre au plus près du terrain en restant à l’écoute du monde.

Chaque lieu arpenté de l’oreille est en fait unique dans son appréhension du moment, de son espace spatio-temporel. Chaque marche sera donc elle aussi unique, expérientielle, lieux d’apprentissage sans cesse renouvelé.
Le vécu relève, pléonasme s’il en fut, du vivant, du vivre, du vivre avec, ensemble, impliquant des aventures auriculaires, des scénari où des géographies, des architectures sonores se mettent en place au pas à pas, structurent notre pensée, aiguisent nos perceptions, enrichissent nos rapports au monde.

Le parcours d’écoute est une expérience qui met en mouvement notre corps, frotté à des milieux parfois amènes, parfois déstabilisants, voire agressifs et anxiogènes. Mais le plaisir de rechercher des situations inédites, en l’occurrence inouïes, nous fait emprunter avec passion, vivre, moult cheminements tortueux. Ces parcours sont de véritables bibliothèques vivantes, bibliothèques du vivant, collections de matières, matérielles ou éthérées, tangibles ou impalpables, dans un vaste laboratoire multi-sensoriel à ciel ouvert.

La rencontre avec autrui, co-marcheur, co-écoutant, co-acteur, est aussi une expérience, en terme notamment de sociabilité, parfois très forte, jusque dans le silence de l’écoute vécue comme une expérimentation commune.

Dans les milieux traversés, auscultés, la pratique de l’expérience corporelle, du corps réceptacle, auditeur sensible, avec ses filtres et ses proprioceptions, ses approches phénoménologiques, est déterminante pour nous trouver, écosophiquement parlant, une place raisonnable à l’échelle du monde.

Workshop Points d’ouïe lyonnais 2019

FireShot Capture 144 - Points d'ouïe 2019 – Google My Maps - www.google.com

 

Workshop « Points d’ouïe » avec des masters 1 de L’ENSAL – École Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon – Épistémologie des ambiances

Au départ, une approche théorique – Qu’est-ce qu’un point d’ouïe ? Quelques définitions ? Des écoutes audio commentées, une approche technique de la prise de son, du montage audionumérique.

Les étudiants forment des groupes, par 4 ou 5, choisissent un lieu « point d’ouïe » dans la métropole lyonnaise, justifient ce choix, documents à l’appui (descriptifs, scénari envisagés, photos, cartes sensibles..)

Ils partent sur le terrain, l’arpentent, l’écoutent, le photographient, l’enregistrent

S’ensuit une série d’écoutes critiques en studio (qualité de la prise de son, adéquation des sons à la problématique, singularité du propos, technique de montage…).

Deux à trois minutes de rendu sont demandées, en format vidéo, s’appuyant sur des images ou graphismes types plans-fixes et une bande-son (montée à partir des prises in situ) en contrepoint, le tout prenant le partie de montrer très subjectivement un lieu. Deux « états des lieux » peuvent être montrés, donnés à entendre, interprétés, l’un actuel, l’autre, prospectif, imaginaire, dans un futur plus ou moins lointain.

Une cartographie interactive, géolocalisée, permet de visionner les vidéos sonores.

 

Carte en ligne : https://www.google.com/maps/d/u/0/viewer?mid=1LfRMbj6UMTfkcZBIIzTvxaQuql_43_Us&hl=fr&ll=45.77227274075625%2C4.866849832502339&z=12

Responsable Cécile Regnault
Enseignants intervenants :
Julie Bernard
Gilles Pathé
Gilles Malatray

PAS – Parcours Audio Sensibles pour écoutants en parkings – Soundwalk for parkings listeners

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Mêle audio en sous-sol – Audio mix in the basement

J’ai toujours aimé, que dis-je, adoré, presque vénéré, les parkings
Surtout leurs niveaux les plus profonds, les plus enfouis, -7, -8, -10…
Ceux qui ont suivi mes pérégrinations urbaines le savent, je les recherche, je les traque, je les arpente avec la constance d’un écoutant underground avide de leur trivialité organique.
La semi obscurité, la froideur des sols et des murs béton brut, les couleurs criardes, les recoins maculés de tâches d’huile, la muzzak omniprésente, tout un univers ambigu…
Et surtout l’acoustique ! Les réverbérations à n’en plus finir, tellement jouissives à l’oreille.
Celles qui donnent envie de crier, voire font crier, chanter, hurler, chuchoter, tel un enfant passant sous un pont, et qui se mesure à un espace pour lui disproportionné, en l’apprivoisant de sa voix.
Celles où le moindre claquement de portière devient déflagration, où les talons claquants rivalisent avec les percutants sticks d’une caisse claire, où les voix sont brouillées et malaxées à souhait.
Les parkings ont souvent une acoustique cathédrale, mais avec en plus la liberté, auto-accordée, d’en jouir sans craindre de profaner le silence, de déranger l’esprit sacré des lieux.
Nous sommes dans des sanctuaires urbains païens, d’un post-modernisme bétonné, architecturalement primitif, comme des avortons corbuséens inachevés.
Ces caves/grottes urbaines, temples de la voiture mise en cases, en rayons, sont également des lieux de prise de son rêvés pour des field recordings obscurs, canailles, souterrains, fouillant des micros les entrailles des villes bétonnées jusqu’aux tripes.
Nous sommes dans des espaces d’expérimentations sonores privilégiés, pour moi en tous cas, semi-publics, et donc sous la haute et généreuse surveillance d’un faisceau de caméras espionnant nos ébats. Nous sommes loin de Dame nature, chère aux audionaturalistes et bioacousticiens émérites. Aux antipodes de l’écologie sonore, quoique…

I always liked, what do I say, adored, almost revered, the parking lots
Especially their deepest, most buried levels, -7, -8, -10…
Those who have followed my urban wanderings know this, I search for them, I track them down, I survey them with the constancy of a listening underground eager for their organic triviality.
The semi-darkness, the coldness of the floors and walls of raw concrete, the garish colors, the corners smeared with oil stains, the omnipresent muzzak, a whole ambiguous universe …
And especially the acoustics! The endless reverberations, so pleasing to the ear.
Those who make you want to shout, or even make them shout, sing, scream, whisper, like a child passing under a bridge, and who measure themselves in a disproportionate space for him, taming him with his voice.
Those where the slightest slamming of the door becomes deflagration, where the slamming heels compete with the hard-hitting sticks of a snare drum, where the voices are blurred and kneaded at will.
Car parks often have cathedral acoustics, but with the additional freedom, self-granted, to enjoy them without fear of profaning the silence, disturbing the sacred spirit of the place.
We are in pagan urban sanctuaries, of a concrete, architecturally primitive post-modernism, like unfinished Corbusian runaways.
These urban caves / caves, temples of the car put in boxes, on shelves, are also places of sound capture dreamed for obscure field records, rascals, underground, rummaging microphones in the bowels of concrete cities up to the guts.
We are in spaces of privileged sound experiments, for me anyway, semi-public, and therefore under the high and generous surveillance of a beam of cameras spying on our antics. We are far from Mother Nature, dear to experienced audio-visualists and bioacousticians. The opposite of sound ecology, though …

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Dans celui-ci, je ne ferai que passer, m’y arrêter, y tendre l’oreille.
Dans cet autre, je jouerai de ma voix, d’instruments divers, ferai claquer et grincer des portes, révèlerai des acoustiques qui au final, ne demandent que cela.
Plus loin, j’installerai ponctuellement des sons, jouant sur les recoins, piliers, angles, parallélismes…
Ailleurs, nous entonnerons chants cris, une improvisation sauvage, des alternances vociférations/silences.
J’imagine une collection de parkings à sonner a l’envi.
J’imagine l’écriture d’un PAS dans un parking de haut en bas, ou inversement.
J’imagine une traversée urbaine reliée de parking en parking, avec des musiciens, des danseurs, des auditeurs acteurs, des échos et silences, des salles de concerts déconcertantes…

In this one, I will only pass, stop there, listen to it.
In this other, I will play my voice, various instruments, slam and creak doors, reveal acoustics which in the end only ask for that.
Further on, I will install occasional sounds, playing on the nooks, pillars, angles, parallelisms …
Elsewhere, we will sing Cree songs, wild improvisation, alternations of vociferations / silences.
I imagine a collection of parking lots to ring out.
I imagine writing a PAS in a parking lot from top to bottom, or vice versa.
I imagine an urban crossing linked from car park to car park, with musicians, dancers, actor listeners, echoes and silences, disconcerting concert halls …

 

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2020 échorésonances 2020

20202020
2000 vins
chercher les ivresses
celles amènes
à venir
à construire
séparer le bon grain (acoustique)
de l’ivraie-son
mettre de l’ordre dans ses pas
ses écoutes
ou pas
ou chercher le dé-sordre
erratique
en chantier
risquer l’impasse
et l’autre non
la perdurance
la zigzagance
l’arpentance
la synthonance
mobile body ears appli
l’audioaltéritance
des ZAD
Zones d’Écoutes Prioritaires
de cités en forêts
et vice et versa.
marchécoutécrire
pluriels
le bruit qui coure
le son de choses
oreille en coin
en colimaçon
en partance
audiomorphosance
la voix de son mètre
échelles et talons
walking in the sounds
with the sounds
by the sounds
for the sounds
via the sounds
listen to
tout
on sonne tout
instrumenter le monde
le musiquer
le sonner
résonner
vibrer
vibrionner
sans excès
juste mesure
juste tempi
justance
modérance
empathance
ralentissance
se garder des rumeurs
des on-dit
des on-dit pas
des non-dis
des poncifs
dits sonnants
des sonterrances
desartsonnances en cours
tendre l’oreille
l’oreille tendre
la prêter
l’apprêter
écoutance
écoussonnance
projeter en des-marches
mettre l’oreille au pas
ou l’inverse
sans contraindre
ouïssance
jouissance
jouissonnance
consonance
points d’ouïe
arrêts sur sons
sweet spots
focalissonance
paysager l’auricularité
auriculariser le paysage
façons d’écouter
objets d’écoute
soundmapper
soundmappance
calligraphissonance
espaces acoustiques qu’on signe
taguer l’acoustinance
griffer les murs-murs
graphissonance
récitance
écouter
bruissonnance
2020

Marchécoutérésister

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Parfois, marcher me fait écouter, autrement.
Parfois, écouter me fait marcher, autrement.
Souvent, les deux vont de pair, comme compères.

L’écologie/écosophie s’en mêlent, ou s’emmêlent, ou s’entremêlent, un brin lucides et conscientes de mes tiraillements internes, factuels autant qu’éthiques.

La, ou plutôt « le » politique, est intrinsèquement convoqué, comme une conscience, de sociabilités en luttes, en mouvement, en mutation, donc d’autant plus fragiles;
comme un potentiel creuset des gestes et d’idées tentant de dépasser les clivages aux visées dangereusement partisanes, celles enfermées dans des logiques égocentriques qui construisent des murs de non-dialogues, des frontières, y compris celles de doctrines cultivant de violents clivages sciemment exacerbés.

Marchécouter, c’est aussi, au-delà d’une approche sensible, positive, d’un esthétisme jouissif, agir pour une prise de conscience en devenir, qui titillerait l’oreille comme autant d’alarmes sonores sociétales et environnementales, si tant est qu’elles soient dissociables.

Marchécouter, c’est avoir à l’esprit, et/ou construire des mises en garde tentant de déchiffrer les discours pernicieux, les idéologies fabriquant en masse de la pensée unique mortifère, entretenant des fossés sociaux pour éroder, voire éradiquer toute contestation au jour le jour, quand ce n’est pas dénier des urgences bien réelles. En mode écoute active, engagée, impliquée.

Marchécouter c’est bâtir une résistance au fil des PAS, y compris au collapséime ambiant, une résistance même infime et parcellaire, en mode pacifique, mais pour autant non passive et attentiste, tant s’en faut.

À l’approche de 2020, si je persisterai à rechercher encore et encore les aménités, les oasis d’écoute, les actions participatives, relationnelles, bienveillantes, les croisements transdisciplinaires, transmédia. Mon oreille et mes pieds tenterons de tracer, autant que faire se peut, des zones de résistances auriculaires, tant intellectuelles, sensibles, sociales, que factuelles, et surtout je l’espère, humaines.

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Point d’ouïe – Pratiquer le Zone’Art

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Démarche essentiellement urbaine, en ce qui me concerne, pratiquer le Zone’Art, voire être Zone’Art.

Zone’Art pentage
Souvent entre chiens et loups, nuit tombante, voire plus tard, si ce n’est bien plus tard. Errances, déambulations au hasard des rues, des quartiers, parcs, places, escaliers, impasses, parcours d’instinct, au fil des choses croisées, vues, entendues, entr’aperçues… Post debordage. Dans des villes connues, celle où je vis par exemple, celles parcourues régulièrement, pleines de balises apprivoisées, ou en cités abordées de prime abord, ou depuis peu. Espaces peuplés d’inconnu(s) et réservoir de surprises sensorielles, lieux d’excitantes perditions géographiques, fabriques de repères en chantiers, parfois catalyseurs de dépaysements exosoniques, exotoniques. Pensées vagabondes, souvent fugaces, fugitives, recouvertes par d’autres, au fil des pas. Zone’Arthétérotopique.

Puis le besoin de pause se fait sentir.

Zone’Art soyez vous donc
Un banc, un recoin de muret, d’escaliers… Pause. Ne plus aller vers les choses, les gens, les laisser venir à moi, ou pas. Immersion, être au cœur d’une ville, même dans sa périphérie, ses lisières, plongée dans ses sons, lumières, mouvements, rythmes, ambiances, météo comprise, palpitations plus ou moins ténues, effrénées, mi-figue, mi-raisin… Regarder, écouter, lire, noter, rêvasser, échafauder des scénari, des plans d’actions, plus ou moins réalistes, laisser murir l’idée, celle qui parait pertinente, avoir des velléités d’écriture, désirs d’actions, de rencontres, creuser les choses, différemment… Croiser le chemin de passants, connus ou inconnus. Renseigner sur une direction, échanger sur la pluie et le beau temps, sur le roman qu’on lit, sur l’anecdote, le front social grondant, la galère quotidienne de celui qui a juste envie de s’épancher, et qu’on l’écoute un peu. Banc d’écoute, j’y reviens. Bureau nomade avec ses points habituels, ponctuels, ponctuant, et ses nouveaux spots Zone’Artendus. Parfois, voire souvent Art du presque rien. Zone’Artborés, bordés, ceux de la vie à ciel ouvert, du prendre place à 360°, assises hors-les-murs, espaces du fragile et du solide concomitant. Zone’ Artifices, sans cesse réécrits, pour le meilleur et pour le pire.

Zone’Artchitecture, urbaine, urbanique, lieux publics où vivent et parfois survivent certains, qui auraient pu presque être citoyens. Lieux qui peuvent se donner à entendre si on leurs prête l’oreille. Donner du grain à moudre à mes oreilles, perpétuelles insatisfaites, mais réjouies aussi.

 

PAS – Parcours Audio Sensible Approche kinesthésique et sensible d’un territoire à l’aune du duo photographie/phonographie

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« Le veilleur retient son souffle… jusqu’à entendre le jour se lever » Marc Dugardin, Fragments du jour (Rougerie, 2004)

Un projet en chantier

Tracer, en marchant, un paysage sensible via les interactions du regard et de l’écoute, entre similitudes et dissemblances. Un travail en duo avec un phonographe et un photographe, ou l’inverse

Polysémie de la trace

– Traces et tracés indiciels, chasser, pister, chercher des traces, repérer ce qui peut nous mettre sur la voie, suivre la piste, suivre à la trace, épier, placer des signe, jeux de piste…
– Traces et tracés conceptuels, dessiner, esquisser, brosser à grand traits, portraiturer, crobarder, mettre en plan, en carte, composer avec des images, avec des sons, avec les deux, faire contrepoint…
– Traces et tracés mémoriels, garder, sauvegarder, mettre en forme des traces, archiver, mémoriser, patrimonialiser, collecter, organiser des traces matériaux et supports d’écritures croisées…

Questionnements

Comment faire paysage par l’image et le son comme média contrapuntiques ?
Comment faire intéragir les traces (audiovisuelles) dans une approche hétérotopique ?
Comment trouver les points de convergences tout en conservant les singularités, jouer dans les interstices du semblable et du dissemblable, du différent et du similaire ?
Comment ces jeux de frottements transmédia, intermédia, favorisent-ils des modes de perception, d’interprétation et de représentation singulières ?

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Desartsonnants@gmail.com
https://desartsonnantsbis.com/

PS :  Si un, une photographe est intéressé-e pour réfléchagir et croiser des expériences sur ces problématiques

PEEP #16 Ambiances – Natacha Cyrulnik & Gilles Malatray

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Séminaire Pratiques de l’écoute, écoute des pratiques

Ambiances

Mercredi 18 décembre 2019 de 09:30 à 12:30

IMéRA, Maison des Astronomes 2 Place Le verrier 13004 Marseille Entrée libre

L’ambiance a une longue histoire dans les pratiques d’écoute. Commençons par exemple, avec la musique d’ameublement de Éric Satie. Avec l’arrivée de l’écologie sonore, le « World Soundscape Project » et en France CRESSON, l’ambiance devient également sujet de recherches et de pratiques artistiques. Aujourd’hui, le terme nous évoque un champ d’investigation interdisciplinaire autour de l’humain, l’habitat et l’écologie prise dans au sens large. Les intervenants de la séance nous offrirent deux approches, foncièrement diffèrent, mais néanmoins complémentaires de cette interdiscipline.

Comité d’organisation: Jean Cristofol (ESAAix, PRISM AMU/CNRS), Elena Biserna (ESAAix, PRISM AMU/CNRS), Christine Esclapez (AMU, PRISM AMU/CNRS), Peter Sinclair (ESAAix, PRISM AMU/CNRS)

Paysages sensibles, entre expérimentations et recherche

Gilles Malatray, artiste sonore

PAS – Parcours Audio Sensibles
Lire et écrire le paysage sonore ambiantal

Par la pratique du soundwalking, de la marche d’écoute et de ses nombreuses déclinaisons, l’artiste participe à la lecture, comme à l’écriture, souvent collectives, de paysages sonores sensibles, quels que soient les milieux arpentés, explorés.
Dans une approche convoquant différentes formes d’esthétiques paysagères, des lectures écologiques, voire écosophiques, la prise en compte de sociabilités auriculaires, la recherche d’aménités, le partage de sensibilités, le promeneur écoutant* ne cesse de questionner les multiples façons d’écouter ses milieux de vie. S’il s’agit ici de se mettre dans l’ambiance, en empathie, il lui faut également tenter, avec un certain recul, de décrypter, voire de composer des ambiances.
Quelques questions se posent alors.
Comment bien s’entendre avec sa ville, son quartier, son village ?
Comment créer et partager de nouveaux points d’ouïe, de l’inauguration à l’inventaire ?
Comment partager des écoutes qualitatives, parfois chahutées entre des situations de saturation comme de paupérisation ?

Marcher et écouter, (soundwalking) prélever des sonorités (Field recording), composer ou recomposer, faire trace, cartographier, ré-écrire et questionner, convoquent autant de gestes et de postures potentiels pour explorer des démarches audio-paysagères in situ, éminemment contextuelles et relationnelles.

*Terminologie empruntée à Michel Chion dans son livre au titre éponyme

 

Natacha Cyrulnik, réalisatrice, chercheuse, (PRISM, AMU/CNRS)

AtmosphèreS, un projet de recherche.

« AtmophéreS » est un projet structurant de l’UMR 7061 PRISM (Perception, Représentation, Image, Son, Musique) qui vise à fédérer des chercheurs issus de différentes disciplines.

A partir de points de vue différents, il sera question de construire une réflexion générale sur la notion d’AtmosphèreS, notion qui met l’humain au cœur d’un dispositif de représentation du milieu. A la fois fédération de points de vue et « lieu » où les différentes altérités pourront converser, le projet structurant « AtmosphèreS » vise à croiser les regards.

Nous aborderons dans un premier temps l’historique qui a donné naissance à ce projet structurant, puis, à partir de trois exemples précis issus de membres du laboratoire d’origine disciplinaires différentes, nous tenterons en voir en quoi ce croisement peut initier de nouvelles recherches, de nouveaux croisements et de nouvelles propositions artistiques.

ESAAix, PRISM, Locus Sonus

Auricularités paysagères kinesthésiques

Gilles Malatray ( desartsonnants)

PAS – Parcours Audio Sensible – Soundwalk « Titre à venir Centre d’Art Contemporain de Lacoux (Fr 01)

 

Faire avancer un travail, c’est sans cesse le requestionner, le remettre dans un champ de problématiques qui évoluent au fil du temps, et des expériences.

Quelques questions récurrentes, dont je me suis fais miennes, m’aident à garder une dynamique évolutive, à ce que je nommerai ici un projet d’auricularités paysagères kinesthésiques.

L’écoute, comment ça marche ?

Comment avance t-elle entre ses mobiles et ses mobilités ?

Et avec ta ville, comment tu t’entends ?

 

RUSSIA

PAS – Parcours Audio Sensible – Soundwalk – Festival « Around Sound 2019 » Kaliningrad Russia

 

To advance a work is to constantly requeste it, to put it back in a field of problems that evolve over time and experiences.

Some questions, which I have made myself, help me to keep an evolutionary dynamic, what I will call a project of kinesthetic landscape auricularity.

Listening, how does it work, and walk?

How is she moving between her motives and her mobility?

And with your city, how do you get along, or listen ?

City Sonic 2019 -Voirmarchécouter Louvain la Neuve

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Parcours entre chiens et loups

L’obscurité gagne du terrain
entre-deux
le fond de l’air est frais
humide
je parcours la cité
un circuit festivalier
bien connu de mes pieds
et de mon corps marchant
depuis plusieurs semaines en zigzag
ou en lignes traversantes
aujourd’hui sans micros.
à oreilles nues dirais-je
cette fois-ci avec un appareil photo
celui de mon GSM (appellation locale)
très low-etc
comme enregistreur de nuit tombante
ce qui m’amuse beaucoup
piètre photographe que je suis
alors la trace est visuelle
instinctive

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espaces imprécis
détails improbables
mais si l’on tend bien l’oreille
on peut sentir les vibrations urbaines
les sonorités sous-jacentes
l’ambiance en arrière-plan
hors-champs peut être
parfois
superpositions baveuses
propres à déconstruire
plus qu’à reconstruire
traces de ville
d’arpentage

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dessus-dessous
clair-obscur
balance diurne/nocturne
marché de Noël en chantier
réminiscences made in Duchamp
sons odeurs lumières
parcours détours
traversée de travers
assoupissement urbain
la nuit est tombée…

 

Cliquez sur l’image ci-dessous

pour visionner toutes les photos

Louvain la Neuve

Workshop – MarchÉcouteR – Installer l’écoute (et l’écoutant) dans la Ville

Installer l’écoute (et l’écoutant) dans la Ville

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Quelques pistes pour bien (mieux) s’entendre avec la ville :
Poser une oreille curieuse, ouverte, sensible, au gré des pas, dans des approches esthétiques, écologiques et sociales.
Laisser ses préjugés au vestiaire (beaux sons ou vilains bruits considérés avec le même statut d’objet d’écoute)
Capter des sons (enregistrés), les renseigner, annoter, commenter, faire commenter, constituer un corpus sonore, des objets à re-composer, installer, improviser…
Marchécouter, arpentécouter la ville, seul et/ou en groupe, de jour, de nuit, entre chiens et loups…
Repérer, localiser, cartographier, décrire et écrire des Points d’ouïe; Quelles définitions, quels critères de sélection ?
Imaginer, construire un parcours sonore urbain, via et entre les Points d‘ouïe.
Chercher des postures d’écoute en fonction des lieux, des ambiances, des mobiliers urbains, des événements, des envies de décaler l’écoute, la perception d’une ville entre les deux oreilles…
Inventorier des zones calmes, des oasis sonores, des ZEP (Zones d’Écoutes Prioritaires), des aménités auriculaires, imaginer comment les favoriser, ausculter, protéger.
Inaugurer, officiellement, des Points d’ouïe remarquables, ou non. Des cérémonies tympanaires.
Utiliser les bancs publics comme des affûts auriculaires, bricoler des objets d’écoute, des longue-ouïe pour ausculter la cité.
Imaginer, construire, aménager des lieux d’écoute, y installer des sonorités éphémères.
Diffuser un PAS – Parcours audio Sensible (signalétique, guide, cartographie, géolocalisation, applications embarquées…)
Favoriser les échange entre écoutants, habitants, passants, recueillir des paroles, de ressentis, des sentiments, des souvenirs, des envies, fabriquer des audio-utopies collectives, rêver la ville auditorium, installation sonore à ciel ouvert, à 360°, promouvoir la belle écoute urbaine…
Conserver et valoriser des traces multimédia, construire et partager des récits croisés de ville à portée d’oreilles…

Voir : Gestes, postures, sensorialités
Voir : Directions d’écoute(s)

 

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@photo Zoé Tabourdiot

Gilles Malatray – Desartsonnants

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34 rue Roger Salengro
69009 LYON

Skype : desartsonnants
Portable : +00 33 (0)7 80 06 14 65
Courriel : desartsonnants@gmail.com

Pour en savoir plus

POINTS D’OUÏE ET PAYSAGES SONORES PARTAGÉS

DESARTSONNANTS PROFIL ET PROJETS SUR LINKEDIN

EN ÉCOUTE
EN IMAGES Flickr
EN IMAGES Instagram
EN VIDÉOS
EN TEXTES Scribd
EN TEXTES Academia

Radiophonie

France Culture On Air « Un promeneur écoutant »
France Inter – Le cri du patchwork « Écouter l’environnement »

 

Les choses étant ce qu’est le son !

Directions écoute(s)

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Inventaire
Épuisement
Observatoire
Arpentage
Errance
Sensible
Hétérotopie
Arpentage
Ambiance
Sociabilité
Point d’ouïe
Parcours
Paysage
Phénoménologie
Écologie
Esthétique
Écosophie
Éthique
Politique
Milieu
Écosystème
Mobilité
Réseau
Écriture
Mémoire
Territoire
Échange
Acoustique
Postures
Trace
Philosophie
Altérité
Contexte
Concept
Aménités
Relationnel
Narration…

Screenshot_2019-12-04 Gilles Malatray ( desartsonnants) • Photos et vidéos Instagram

Inventory
Exhaustion
Observatory
Survey (march)
wandering
Sensitive
Hétérotopie
Survey
ambience
Sociability
Point of hearing
course
Landscape
Phenomenology
Ecology
Aesthetic
ecosophy
Ethics
Policy
Middle
Ecosystem
Mobility
Network
Writing
Memory
Territory
Exchange
Acoustic
postures
Trace
Philosophy
Otherness
Context
Concept
Aménités
Relational
Narration…

PAS – Parcours Audio Sensible, Soundwalking

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(English below)

Marcher
Les pied accordés au sol
à l’humus nourricier
humus et humilité ont une même racine
écouter le sol
l’air
le vivant
donc le Tout
les oreilles accordées aux vibrations sonores
dans une écologie où la sociabilité est au centre du projet
un process écho-logique où la bienveillante est essentielle
l’expérience collective est avant la connaissance
être ouvert à l’immédiateté du mouvement
de la perception
du ressenti
déployer des antennes sensibles
traverser les sons et lumières
en être traversé
partager les traversées
accumuler les marches d’écoute
pour un récit tissé de mémoires des lieux
les raconter
même enjolivées
extrapolées
réécrites par la parole
le mot
le son
Sentir le monde sous ses pieds
sous nos pieds
entre ses deux oreilles
et par celles des autres
par tous les pores de son corps membrane
chercher l’accordage du monde*

* « The Tuning of the World » Raymond Murray Schafer

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Walk
Foot granted to the ground
to the nourishing humus
humus and humility have a same root
listen to the ground
the air
the living
so the All
ears tuned to sound vibrations
in an ecology where sociability is at the center of the project
an echo-logical process where the benevolent is essential
collective experience is before knowledge
be open to the immediacy of the movement
of perception
feeling
deploy human sensitive antennas
to cross the sounds and lights
to be crossed
share the crossings
accumulate the listening steps
for a story woven of memories of places
tell them
even embellished
extrapolated
rewritten by speech
word
the sound
Feel the world under his feet
under our feet
between his two ears
and by those of others
by all the pores of his membrane body
seek the tuning of the world *

* « The Tuning of the World » Raymond Murray Schafer

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Point d’ouïe, accordage des lieux swingants

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Parvis Saint-Gilles à Bruxelles

Réflexes musico-motri-sensoriels.
J’arrive dans une ville, un quartier inconnu, ou peu connu, par moi en tous cas.
Exemple personnel cette semaine, le quartier Saint-Gilles à Bruxelles.
En soirée, nuit tombée.
En début de week-end.
Presque en hiver, mais avec un temps frais et clément.
Réflexe, le parcourir pour l’entendre, mieux l’entendre, tendre à mieux s’y entendre.
Se laisser guider par l’instinct, les lieux, les mouvements, les gens, les imprévus, le sons, et encore les sons…
Marchécouter, marcharpenter.
Repérer des lieux où se poser, ou poser ses oreilles, son écoute, un banc de pierre, des marches d’escalier…
Prendre le pouls de la ville, du lieu, en sentir les pulsations, autrement dit, musicalement parlant peut-être.
Ville groove.
Ici, c’est encore le temps où Bruxelles chante, si l’on veut bien, autrement, en capter les rythmes et mélodies, parfois cadencées dans une frénésie expansive.
Si l’orchestre urbain, son installation sonore ambiante, semblent s’emballer, l’oreille doit rester indulgente, patiente; elle doit lâcher prise pour s’ouvrir un peu plus, ou totalement, à une composition sonore qu’elle ré-orchestre elle-même, posture post Russolienne, au cœur, au corps de la ville-sons.
Ville scène ouverte, où Schafer, Russolo, Neuhaus, parmis d’autres, l’avaient bien senti, ville qui ouvre des champs de possibles audibilités dont on ne fait qu’effleurer les sonopotentiels.
Tuning of the World, disait Murray Schafer, l’accord(age) du monde, comme une musique trublionne, canaille, indisciplinée, ionisée, façon Varèse.
Accorder ses sens à, vers, dans, pour la ville, ou accorder la ville à ses sens, dans une syntonisation réciproque, en perpétuel ré-accordage.
Sentir la pulse, ou l’impulser.
Construire, composer une écoute groovante, qui emprunterait au Jungle Ellingtonien, au swing made in Basie, à un lyrisme de Gershwin, comme à la rêverie de Yves ou aux paysages de Ferrari, dans un brassage melting-pot que j’aime à imaginer sauce Bruxelloise.
Filer la métaphore de la ville swing.
Penser le beat, les lieux qui groovent, qui swinguent, ou qui s’étirent dans des balades hyper slow, qui sembleraient faire marcher la cité à reculons.
Traquer les breaks, les cassures, ruptures de tempi, ponts/transitions, modulations, dissonances, impros et chorus…
Une ville à vaux-jazz, que je perçois ce soir, sur le Parvis Saint-Gilles, dans une grille d’accords qui laissent une large place à l’improviste, et à l’humain, bien présent.
Des trames sonores qui se déroulent comme des thèmes, des t’aimes, in the mood…

Résidence City Sonic Winter Sessions
23 novembre 2019
Parvis Saint-Gilles à Bruxelles

City Sonic 2019,Louvain dessus/dessous

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Grosse journée sonore à City Sonic #16 Winter Sessions l Opening Louvain-La-Neuve. Après de belles rencontres avec de jeunes artistes, et une exploration de la ville surface, agréable à l’œil et à l’oreille, une plongée dans les sous-sols plus underground. Voitures souterraines grondantes, parkings archi réverbérants et à la muzzak improbable, quais en sous-sols jonchés de détritus et de fientes de pigeons, nombreuses ventilations tonitruantes… J’ai adoré ces ambiances à la trivialité peu rassurante ! L’énorme décalage entre le calme d’une ville conviviale et de ses entrailles peu, voire pas du tout avenantes. Au final, une manne pour un PAS – Parcours Audio Sensible bien décalé, qui montre deux facettes Oh combien dissonantes d’une même ville. Jouer avec ces paradoxes.

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City sonic 2019, Arrivée à Louvain la Neuve, un bien-être auriculaire

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Je suis arrivé en fin de soirée, vers 19H30 à Louvain La neuve, LLN comme on dit dans ce terroir belge. Cette « ville nouvelle » était à l’origine un campus universitaire géant, qui s’est progressivement développé vers une ville « normale », ouverte à une population plus large.
J’arpenterai cette cité durant trois semaines environ, pour mon pèlerinage sonore qu’est devenu, au fil des ans, le festival international des arts sonores  City Sonic.
Comme à chaque édition, je tendrai oreilles et micros vers les artistes, comme vers les paysages ambiants, pour alimenter notamment, avec ma comparse Zoé Tabourdiot, la web Sonic Radio. De beaux moments d’échanges en perspectives !

Après pas mal d’années à Mons, ville pour moi laboratoire dans laquelle j’ai testé nombre de parcours, rencontré et sympathisé avec beaucoup de personnalités fascinantes, activistes du monde sonore, puisé moult ambiances pour les re-composer en pièces sonores paysagères, puis un rapide passage à Charleroi, me voici fraichement débarqué à Louvain la Neuve.

Les affaires posées dans mon lieu d’hébergement, je sors immédiatement arpenter ce territoire encore inconnu pour moi, premier repérage, errance au gré de mes envies, des sons, des ambiances. Je me frotte toujours avec un réel plaisir aux lieux que je découvre, pour les apprivoiser sensoriellement.
Nous sommes samedi soir, il fait beau, même si la température est assez hivernale, mais donne un peu d’agréable piquant à ma promenade.

Je connaissais, avant s’y arriver, une des caractéristiques de la bourgade, à savoir l’absence totale de voiture dans tout le centre ville.
J’y étais passé rapidement et avait déjà constaté ce fait assez rare pour être remarquable.
Néanmoins, ce premier soir de promenade, je prends conscience de cette singularité, surtout au niveau acoustique. L’absence des bruits de moteurs en centre ville, où même la rumeur des périphériques voisins ne pénètre pas est un confort incroyable. Un plaisir que moi, naviguant bien urbain, j’avais quasiment oublié, hormis dans de profondes forêts jurassiennes, et encore…
Ce samedi, dans le centre parsemé de nombreux bars, restaurants, au gré de larges places assez minérales, réverbérantes à souhait, nombre de badauds, d’étudiants en goguette, déambulent joyeusement.
Les voix, beaucoup de voix, pour la plupart jeunes, les cris, les rires habitent l’espace, créent l’espace, acoustiquement parlant. Elles y ont tout l’espace vierge de voitures pour s’y ébattre. C’est un ressenti jouissif, un plaisir indéniable.
Les voix donnent des repères spatiaux, marquent des champs de profondeurs, du plus proche au plus lointains, dessinant des trajectoires, des mouvements, se répondent d’un bout à l’autre de larges places… Un festival avant l’heure, une installation sonore impromptue, à ciel ouvert.

Pour moi qui, dans quelques jours, emmènerai dans un PAS – Parcours Audio Sensible, ou Soundwalk pour les puristes, des promeneurs écoutants, c’est un véritable aubaine, un cadre rêvé. L’enjeu sera dés lors de leurs faire sentir comme ce ce confort, ce bien-être d’écoute est assez rare pour en profiter, en jouir, et sans doute, pour les architectes et urbanistes, de chercher à multiplier ce modèle de ville apaisée. Pour moi qui fait un travail autour des points d’ouïe, des oasis sonores, des espaces sereins, LLN est un terrain d’aventure qui s’avère d’emblée privilégié.

En fin de cette première déambulation, je trouverai un banc d’écoute qui me convienne, en haut d’une large place passante, un peu retiré, mais en position panoramique Un poste d’observation sonore qui me permet d’épier, d’embrasser un champ auriculaire, à la fois large et profond. Je mets mes oreilles en état de réceptivité maximum, jusqu’au moment où je me laisserai porter par un douce rêverie où les voix chantent joliment. Toute une panoplie d’intensités, de timbres, de mouvements, font entendre une musique des lieux épurée de surenchères, d’hégémonies, d’exagérations soniques. C’est un exemple de ce que Murray Schafer appelle des paysage Hi-Fi, équilibrés, riches en sonorités, agréables, sinon très plaisants à entendre.
Cette première approche nocturne me donne envie de creuser le sujet d’espaces amènes, où l’homme retrouve une place dans laquelle la communication orale se fait naturellement, sans effort, sans tendre sans arrêt l’oreille vers l’autre pour saisir ses propos.
Je pars dés lors à travers le ville, de jour cette fois-ci, magnétophone et micros dans le sac à dos.

A suivre.

PIC – Paysage, Improvisation, Concert

Paysage

Improvisation

Concert

PIC
Les choses étant ce qu’est le son

 

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Intention

Je suis parfois insatisfait de morceler, de diviser, une démarche qui convoque à la fois des approches liées à l’écoute, la musique, ou la création sonore, le paysage, l’écologie voire l’écosophie et des formes de sociabilités sonores.

Comment trouver une cohérence qui puisse servir un propos alliant le faire et la réflexion, avec un large public, non forcément initié ?

Alors je construis un projet , un processus, un démarche qui pourrait tomber à PIC (Paysage Improvisation Concert).

Marcher, écouter, repérer, enregistrer, improviser des paysages en live, à partir des captations sonores captées in situ, faire ré-entendre, en parler... Un projet contextuel, de quelques jours à quelques semaines, que j’ai expérimenté et pratiqué lors de mes dernières résidences artistiques en Russie et au Portugal… Un dispositif à la fois bien cerné pour être efficace, et assez souple pour se confronter à de multiples espaces géographiques.

Des PICs en chantier qui, bien évidemment, ne demande qu’à s’exporter…

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Paysage Improvisation Concert

Le projet:

Un promeneur écoutant preneur de son, un travail autour du field recording, du soundwalking, de la lecture/écriture de paysages sonores.

Phase 1

Se promener, magnétophone en main, oreilles aux aguets.

Capter des ambiances, des échantillons sonores, l’esprit auriculaire des lieux.

Les restituer lors d’un PIC (Paysage, Improvisation Concert).

Phase 2

Improviser, lors d’un concert, d’une performance live, à partir des échantillons sonores, non mixés, récoltés in situ.

Possibilité de précéder le PIC d’un PAS – Parcours Audio Sensible (Soundwalk) et de le poursuivre par une conférence/causerie autour des notions de paysages/parcours sonores et points d’ouïe, des rapports esthétique/écologie/sociabilité sonores.

Timing

Cycle court : 2 à 3 jours d’enregistrement, repérage, écoute, dérushage.

Un jour de répétition, concert.

Résidence sur plusieurs semaines, à définir selon le projet

Dispositif

Enregistreur numérique et logiciels audio amenés par l’artiste.

Sur place, un système son stéréo pour la diffusion improvisation.

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Photos PIC Saint-Pétersbourg/Kaliningrad – Institut Français de Russie Festival Sound Around 2019

 

Desartsonnants


POINTS D’OUÏE ET PAYSAGES SONORES PARTAGÉS

SONOS//FAIRE

DESARTSONNANTS PROFIL ET PROJETS SUR LINKEDIN

34 rue Roger Salengro

69009 LYON

Skype : desartsonnants
Portable : +00 33 (0)7 80 06 14 65
desartsonnants@gmail.com

Pour en savoir plus

EN ÉCOUTE

EN IMAGES

EN VIDÉOS

EN TEXTES

 

PAS – Parcours audio sensible en duo d’écoute avec Isabelle Favre – La croix Rousse de haut en bas

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Une fois n’est pas coutume, partant de la place Croix-Paquet, au pied des pentes de ce quartier emblématique, toujours à Lyon, nous empruntons le Métro à crémaillère pour rejoindre la place de la Croix-Rousse, sur le plateau.

Histoire d’entendre la machine et ses voyageurs, dans une rame très peuplée à cette heure-ci, vers les 9H30 du matin.

Un temps très couvert, limite de la pluie, un peu frisquet, et avec du vent, l’ennemi des micros, dont nous nous protégerons en choisissant parfois les endroits plus protégés.

Et comme à notre habitude dans ces parcours en duo, nous écoutons, regardons, commentons, digressons de concert, à l’improviste, en suivant le chemin proposé par Isabelle Favre, qui se livre à nouveau à cet exercice, après une précédente exploration de Fourvière. Nous enchainons,un parcours sur la « colline qui prie » à un autre sur la « colline qui travaille », selon des expressions typiquement lyonnaises

Au fil des traversées, des récits inventés in situ, des paysage sonores, ce seizième PAS en duo nous livre de nouvelles tranches de ville, avec des petites ou grandes histoires, anecdotes ou micro-événements, ressentis, commentaires. L’ensemble de ces flâneries sonores commence, avec ses plus de trente heures cumulées d’audio-parcours, à dessiner une ville kaléidoscopique, singulière, parfois imaginaire ou plutôt imaginée, d’espaces imposants ou intimes, de descriptions personnelles, qui l’écrivent à micros ouverts.

Dans ce quartier croix-roussien, pétri d’histoires de soyeux, de canuts, de révoltes et de traditions, de tissage sur des métiers Jacquard, d’esprit festif et de gentrification, chaque recoin urbain se prête à la narration d’une ville multiple. On ne peut pas ignorer ce bout de ville, où être un gone des pentes est un peu différent d’être un « simple » Lyonnais

Commerces, passants, aménagements, ambiances, reliefs, événements, points de vue et points d’ouïe, un puzzle s’assemble, au gré des rues et des places, de leur typonymies, des escaliers et des passages couverts, et sous les mots racontant.

 

 

https://www.linkedin.com/in/isabelle-favre-013920103/

PAS – Parcours Audio Sensible et Points d’ouïe en Roannais

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Samedi 05 octobre 2019, je suis invité par la Médiathèque de Roanne Agglomération, pour effectuer un PAS – Parcours Audio Sensible, lors d’une rencontre que la structure de lecture publique a judicieusement nommé Point d’Ouïe.

La journée se divisera en deux temps. Le matin 3H30/4H00 de repérage dans le quartier de la médiathèque.
L’après-midi, un PAS collectif suivi d’une petite causerie.

Malgré un temps incertain, un ciel noir roulant de lourds nuages, quelques gouttes éparses durant midi, et un vent frais le matin, je me mets en marche d’écoute.
Si certains quartiers semblent évidents à l’oreille (et au regard), d’autres le sont moins. Les accroches auriculaire et ambiances visuelles ne sautent pas aux oreilles, ni aux yeux.
Le quartier que j’explore est de ceux-là. De grands boulevards tirés au cordeau, des alignées de bâtiments sagement disposés, pas de relief pour prendre un peu de hauteur.
Il faut aller creuser le terrain, le passage, l’interstice, la ruelle, le délaissé, bref, un brin encanaillé l’oreille, le pied et le regard, pour décaler une perception d’un lieu où chercher les aspérités sensibles, les petites surprises urbaines.

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Je commence a avoir, modestement, une certaine expérience en ce domaine, naviguant de l’oreille et de l’œil pour dénicher là où installer des écoutes, expérimenter des auscultations intimes, questionner les promeneurs écoutants sur la place su son…

En fin de repérage, je choisis un banc et une table dans un petit parc public, pour m’adonner à un petit jeu d’écriture descriptive en temps réel, c’est à dire celui de la fenêtre temporelle de l’écoute.

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Angle de plusieurs rues, face à une place, la place du Champ de foire
Assis sur banc d’écoute et table de pic-nique, dans un petit jardin public, square urbain, point d’ouïe/arrêt sur sons.

Des oiseaux piaillent, différents, discrets, mais néanmoins bien présents.

Des voitures, beaucoup de voitures parfois, de toutes sortes, plus ou moins audibles, vrombissantes ou feutrées, selon les flux et les cassures des aux feux tricolores, le vent.

Des piétons, adultes passant rapidement, presque furtivement, peu nombreux, souvent solitaires, donc peu bavards; des bruits de pas qui réveillent l’espace à gauche, puis à droite, en étalons de l’espace acoustique ambiant.

Champ de foire

Un bus s’arrête à quelques mètres, à la station « Champ de foire », ligne 3, direction de Mably. Il ronronne, souffle parfois, une annonce vocale st très audible lors de son redémarrage.

Bruits de balai à droite, dans un couloir à la porte ouverte qui fait caisse de résonance.

Du vent, petites rafales fraiches, qui froissent les feuilles jaunissantes d’un catalpa et trainent au sol différents objets de plastic râlant la terre du square; des traces audibles du souffle d’Éole.

Un moto de petite cylindrée rugit en montant nerveusement ses régimes de vitesse, alors que d’autres scooters bourdonnent plus mollement.

Un instant de presque rien. De calme soudain, seule un rumeur ténue autant que tenace subsiste au loin.

La ville paraît un brin endormie à l’oreille, ce samedi midi, les Universités voisines étant fermées.

Un homme sur le trottoir d’en face, marche, silencieux, en tout cas de mon banc, trop d’interférences s’interposent entre lui et son oreille.

Une musique rythmée, ponctuée de basses rageuses, s’échappent d’une voiture discothèque.

Une petite mouche marche sur la table, à quelques centimètres de mon calepin, elle aussi comme un symbole d’un infime silence en mouvement.

Un coup de klaxon bref et isolé fait sursauter l’espace alentours. Un autre est amoindri par l’angle d’un bâtiment, un troisième, plus volontaire, pestant pour que le flux automobile redémarre. Ce qu’il ne tarde pas à faire.

Les voitures ébranlées, des passereaux reprennent le dessus du concert urbain, dans des tranches de calmes relatifs, réapparaissant à l’oreille en pointillés, figures sur fond.

Le vent est tombé, expression étrange, dans une atmosphère se traduisant par une impression de calme renforcé, les arbres se sont tus, le ciel c’est noirci, pourvu que…

Une portière claque à gauche. Petite voiture me semble t-il à l’oreille.

Un jeune homme passe en téléphonant, une pie semble lui répondre, perchée sur un érable lacinié.

Des talons, presque imperceptibles, mais en tendant l’oreille, je zoome pour les garder en ligne de mire (sonore).

Je commence à me refroidir, immobile sur mon banc d’écoute, je vais donc quitter cette posture d’énumération/portrait ponctuel, sorte de petite carte postale auditive instantanée.

C’est un exercice que j’affectionne, c’est comme faire des gammes pour les oreilles. Hier encore, je conseillais à des étudiants de l’école d’architecture de Lyon Vaulx-en-Velin, avec qui nous travaillons sur la notion de Point d’ouïe, de s’y adonner, pour développer leur ses de l’écoute, mais aussi la sensibilité et le plaisir auriculaire lié aux lieux arpentés.

Et encore un immense merci à Georges Pérec, dont certains auront peut-être reconnu ici les influences de sa « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien »; œuvre qui ne cesse de m’inspirer, comme un outil de perception élargie, de rendu et de matière à créations, écrit incontournable.

Après une petite pause restauration, je reprends le chemin de la médiathèque pour attendre mes promeneurs écoutants. Ils sont une vingtaine d’inscrits et seront tous présents rendez-vous. Groupe intergénérationnel, d’une dizaine d’années pour deux enfants, jusqu’à plusieurs dizaines d’années pour d’autres.

Nous partons un peu à l’écart de la médiathèque pour échapper aux automobiles.
Comme à l’accoutumée, quelques mots sur les origines, les pratiques et les desseins des PAS, ou Soundwalks.

Nous mettons nos oreilles en situation, jouant à focaliser, à orienter l’écoute par un jeu de mains plus ou moins ouvertes ou fermées autour de nos pavillons. Petite gymnastique auriculaire douce, exploitable à l’envi le long du parcours.

Le silence est installé, nous partons lentement.

Le silence sera vraiment un acteur du groupe, une composante, une forme de réceptacle sonore, et aussi de lien, ou liant notre communauté écoutante d’un instant.

Nous testerons l’angle d’une architecture orientant l’écoute,
une passerelle bordée de buissons et d’herbacées caressés par le vent,
le dessous d’arbres aux feuilles bruissonnantes,
un parking désert où j’installerai, de façon éphémère, de vrais faux chants d’oiseaux,
des ruelles calmes,
une cour intérieure en friche où nous ausculterons minéraux et végétaux,
un passage étrange entouré de barrières et poteaux métalliques que nous ferons sonner, et sur lesquels nous colleront oreilles et stéthoscopes, improvisant de petites musiques inaudibles à oreille nue…
Des cassures, ruptures, enchainements, passages intimes cherchant à échapper à l’uniformité des grands axes, espaces décalés où expérimenter des postures d’écoutes collectives… Le parcours se boucle par un retour à l’université voisine.

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Nous ferons une dernière étape/arrêt autour de bancs et de tables, dans le jardin du campus, pour libérer la parole, et les échanges qui, en général, ne manquent pas, après plus d’une heure de déambulation silencieuse.

Les deux jeunes enfants, qui ont fait preuve d’une remarquable attention, d’un silence amusé, complice, ont joué avec tous les objets et postures d’écoute que j’ai proposé, ouvrent le feu. Ils sont ravis, et parlent de tout ces petits bruits glanés ça-et-là. Pour eux un terrain de jeux sonores.
Les adultes ne sont pas en reste.
On commence par parler de l ‘expérience vécue, des perceptions, décalages sensoriels, plaisir de faire lentement, en silence, en groupe… Mais aussi de la place importante du moteur en ville, de la recherche de calme que cela inclue, des gommages que notre cerveaux s’échine à faire pour lui échapper au mieux que faire se peut.
Les échanges élargissent progressivement l’expérience vers des problématiques liées à l’écologie sonore, la place des technologies, de l’architecture, de ce que l’artiste, ou tout au moins l’écoutant sensible peut infuser dans des approches qualitatives, esthétiques, sensorielles.
Puis le débat s’élargit encore vers des problèmes écologiques actuels plus globaux, les dysfonctionnements, et le terme est gentil, les solutions, l’éthique et la responsabilité de chacun, les questions de sociabilité face à des situations parfois exacerbées…
Bref, nous refaisons le monde, ou une partie, par le biais d’une écoute qui vient réactiver la parole.
Nous causerons ainsi une heure.
Via ces partages d’expériences « marchécoutées », ces mini agoras parfois, comme ici, très informelles, constituent des moments que j’apprécie tout particulièrement, qui font intrinsèquement partie de la marche, voire de la dé-marche d’écoute.

Émergences et constructions d’éco-sociabilités, ou éco-auricularités, via le soundwalking

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Arpenter un territoire auriculaire, ou entendu comme tel, doit soulever quelques questionnements, pointer des problématiques inhérentes aux lieux investis, pour donner du grain à moudre à notre oreille bien pensante, ou en tous cas impliquée.

Par exemple :
Entend t-on, perçoit-on, dans l’espace public notamment, des positions de domination, de soumission, de résignation ? Si oui quelles sont-elles (sociales, économiques, politiques…), comment se manifestent-elles notre écoute ?
Notre oreille décèle t-elle des appropriations genrées, des formes d’écoutes et de perceptions singulières, liées à des cohabitations dans des espaces où la mixité n’est pas toujours un modèle d’équilibre ?
Comment se révèlent des violences de quartier, via les coups de klaxons rageurs, harangues alcoolisées, bris de canettes pulvérisées… ?
Ou à l’inverse, se révèlent des aménités bienveillantes, rires d’enfants, fêtes populaires, marchés animés… ?
Les parcours d’écoute peuvent-ils favoriser des partages de sensibilités, d’aménités, de communs, la conscience de participer à une vie sociale intrinsèquement liée à des paysages sonores partagés ?
Comment ces situations spatio-temporelles, auriculaires, voire ces mises en situation orchestrées par des artistes, chercheurs en sciences sociales et humaines, aménageurs… contribuent-elles à modifier, voir à construire un paysage sonore, via de nouvelles formes d’éco-sociabilités, d’éco-auricularités, objets esthétiques, écosophiques, sociaux, que l’on commence tout juste à entrevoir, à entrécouter.

L’artiste n’est bien sûr pas en capacité à aborder avec toutes les compétences requises de tels sujets sociétaux. Par contre, il sait, notamment via la mise en situation de mobilités sensibles, parcours d’écoutes ici, stimuler des perceptions auditives, déployer des sortes d’antennes vivantes autour de nos oreilles rendues plus curieuses, et donc plus actives, si ce n’est activistes.
Le sociologue, anthropologue, historien, géographe, architecte, urbaniste… viendra co-tisser le récit sensible, construire et affiner des objets d’études où l’écoute et la marche restent des pivots au centre du processus d’éco-auricularités.

Travail en chantier.

Acronymes et rituels d’écoute Desartsonnants

IPO – Inaugurations de points d’ouïe

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ZEP – Zone d’écoute prioritaire

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ZAD – Zone acoustique à Défendre

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PAS – Parcours Audio Sensible (collectif)

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PDE – Parcours en duo d’écoute

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RADIO – Rencontre Audiobalodologique d’Images Ouïssibles

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MER – Marche d’Écoute Ralentie

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AME – Atelier de Marche Écoutante

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À tester in situ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PAS – Parcours Audio Sensible, des marches auriculaires thématiques

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English below

Sensorialité, sociabilité, l’oreille partage des PAS et des écoutes…

PAS – Parcours Audio Sensible, étrangeté urbaine
Où l’on recherche les lieux les plus insolites, surprenants, parfois dérangeants, pour en écouter les triviales beautés. L’instant idéal, entre chiens et loups et nuit tombée.

PAS – Parcours Audio Sensible, ligne de flottaison
Où l’on suit le cours d’un fleuve, d’une rivière, d’un ruisseau, un parcours de fontaines… Comment se rafraichir l’écoute au fil des ondes bruissonnantes.

PAS – Parcours Audio Sensible, auscultation, sonification
Ausculter les matières, les mobiliers, végétaux, bâtiments… Amplifier les micro-sons, composer une intime musique des lieux, tester des objets d’écoutes insolites, donner de la voix aux choses…

PAS – Parcours Audio Sensible, gare aux oreilles !
Une gare, ses ambiances, acoustiques, annonces, flux humains et mécaniques. L’oreille va bon train…

PAS – Parcours Audio Sensible, l’oreille verte, l’oreille ouverte
De jardins en parcs, de coulées vertes en délaissés, vers la sagesse des arbres murmurants, un parcours d’écoute pour mettre notre oreille au vert.

PAS – Parcours Audio Sensible, postures des marches
Chercher la posture ad hoc, physique, mentale, commune, singulière… Ce qui nous relie au lieu, à l’autre, celle de l’oreille kinesthésique.
Possibilité de travailler avec un(e) artiste danseur.euse.

PAS – Parcours Audio Sensible, points d’ouïe en oasis sonores
Des zones calmes, espaces apaisés, où l’écoute et la parole se déploient sans forcer. Des oasis auriculaires urbains où il fait bon écouter et vivre.

PAS – Parcours Audio Sensible et écologie sonore
Comment sonne la cité ? Et avec ta ville, comment tu t’entends ? Un parcours, des lectures, autour de l’écologie sonore sur les concepts de Raymond Murray Schafer, Félix Guattari, Henry David Thoreau…

PAS – Parcours Audio Sensible, entrez dans la résonance
La ville et ses effets acoustiques, réverbérations… Des lieux qui sonnent, intérieurs extérieurs, des espaces architecturaux où l’oreille prend la mesure des lieux…

PAS – Parcours Audio Sensible, Inauguration d’un point d’ouïe
Après des balades repérages collectives, on choisit un point s’ouïe pour ses spécificités et aménités paysagères et sensibles. On l’inaugure officiellement par une cérémonie avec des discours, minutes de silence-écoute, signalétique…. S’ensuit une géolocalisation cartographique, des traces sonores, visuelles et écrites…

PAS – Parcours Audio Sensible, écritures et guidages de parcours d’écoute pour un lieu donné
Construction d’un parcours d’écoute in situ, selon des thématiques locales (site minier, portuaire, industriel, architectural, ville d’art, parc naturel ou urbain, forêt…) L’écoute contextualise le territoire arpenté et se joue de ses ambiances. Possibilité de travailler avec des structures culturelles, associations, artistes locaux pour co-écrire/construire à plusieurs oreilles, mains, pieds, regards…

 

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English

PAS – Parcours Audio Sensible, thematic Soundwalks; Sensoriality, sociability, the ear shares PAS and listenings …

PAS – Parcours Audio Sensible, urban strangeness
We research the most unusual places, surprising, sometimes disturbing, to listen to the trivial beauties. The perfect moment is between Dogs and Wolves and in the night.

PAS – Parcours Audio Sensible, Waterlines
We follow the course of a river, a river, a stream, a walk about fountains … Refresh the listening over the waves rustling…

PAS – Parcours Audio Sensible, auscultation, sonification
Auscultate materials, furniture, plants, buildings … Amplify the micro-sound, compose an intimate music places, test unusual listening objects, give voice to things …

PAS – Parcours Audio Sensible, beware of the ears !
A Railway station, its atmospheres, acoustic, announcements, human and mechanical flows. The ear is going well …

PAS – Parcours Audio Sensible, green-ear, open ear
From gardens to parks, from green castings to abandoned spaces, the wisdom of whispering trees, this a soundwalk for to put our green-ears.

PAS – Parcours Audio Sensible, Walking ans listening postures
Seeking the ad hoc walking and listening posture, physical, mental, common, singular …
What connects us to the place, to the other, to the kinesthetic ear.
Possibility to work with a dancer artist.

PAS – Parcours Audio Sensible, hearing points in sound oases
Quiet areas, soothed spaces, where listening and speech unfold without forcing. We’re looking for the Urban ear oases.

PAS – Parcours Audio Sensible and Acoustical Ecology
How does the city ring? And with your city, how do you get along?
A course, readings texts around Acoustical ecology about the concepts of Raymond Murray Schafer, Felix Guattari, Henry David Thoreau …

PAS – Parcours Audio Sensible, enter the resonance !
Listen to the city and its acoustic effects, reverberations, echoes …
Listen to places that sound, exterior interiors, architectural spaces where the ear takes the measure of places …

PAS – Parcours Audio Sensible, Inauguration of a hearing point
After collective sounwalks, we choose a « point d’ouïe » for its specificities and landscaping and sensitive amenities. It is officially inaugurated by a ceremony with speeches, minutes of silence-listening, signage ….
Then follows a cartographic geolocation, sound traces, visual and written…

PAS – Parcours Audio Sensible, writing and route guidance for a specific location
Construction of a listening path in situ, according to local themes (mine site, port, industrial, architectural, historic city, natural or urban park, forest …
The listening contextualizes the surveyed territory and plays with its atmospheres.

 

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Document PDF téléchargeable ici : https://www.academia.edu/40315529/Du_PAS_-Parcours_Audio_Sensible_au_Point_dou%C3%AFe?fbclid=IwAR2o5HFrkiJUODMF_IQ9PGaLgKrxQubWlPKuUk9stBhJiDwylvBy8UwkEJc

Point d’ouïe et figuralité

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Lorsque j’écoute, je marche, un lieu, et les deux actions vont souvent de paire dans mon travail, j’en extrais, plus ou moins consciemment, des singularités, de aspérités, des ambiances particulières…
Je commence à me construire une série de repères pour approcher de l’oreille un environnement fugace.
Je me ménage des points d’ouïe durant mes déambulations, qui parfois s’arrêteront sur des marqueurs sonores, comme on les nomme dans notre jargon, de la fontaine à la cloche…
Ces repères vont petit à petit s’organiser, au fil des marches et écoutes, pour agencer, voire ré-agencer une forme de paysage sensible, qui va prendre sa cohérence, sa consistance, via les écoutes accumulées.

C’est alors que je me sens prêt à enregistrer les sons des lieux, à en capter des bribes, fragments, échantillons, ambiances, comme si je carottais une matière déjà visitée, et quelque part déjà malaxée de l’oreille.
Autant de fragments représentatifs, en tous cas pour moi, d’un territoire sensible que je vais organiser, à ma façon, selon ma propre audio-vision des lieux investis.
Je reprends ici à mon compte le terme de figural, forgé par Jean-François Lyotard dans Discours, Figure, et repris par Gilles Deleuze, qui explique que le figural n’est pas le figuré.
Le figural se voit, et ici s’entend, se comprend, et pourtant échappe à la rigueur descriptive du langage. Quelle que soit d’ailleurs la forme du langage.
Il s’agirait donc de donner une certaine lisibilité à l’audible, par une forme de pensée du sonore, qui ne soit pas forcément ni descriptive, au sens premier du terme, ni figurative, comme certains field recordings peuvent l’être.
Le figural est, au delà d’une forme de représentation, une expression intimement, étroitement, liée au ressenti, à la sensation. Nous revenons donc à la représentation d’espaces sensibles.
Francis Bacon disait, parlant des impressionnistes, qu’ils ne peignaient pas le paysage, mais plutôt ce qu’ils ressentaient en le regardant.
De même, une composition audio-paysagère, telle que je la conçois aujourd’hui, est plus figuraliste que figurative.
Si elle s’appuie bien sur des fragments/échantillons sonores prélevés sur le terrain, d’abord via mes oreilles, puis mes micros, la composition est essentiellement nourries de multiples ressentis, associés aux expérience de soundwalking (marche d’écoute).
Faire entendre un paysage brut, sans tenter d’en donner les émotions, aboutit souvent à un objet triste, très neutre, car coupé des sentiments éprouvés in situ. Il en devient à mon sens, parfaitement inintéressant, à moins que d’effectuer un collectage ethnologique, ce qui est une toute autre démarche.
En ce qui me concerne, tout est donc re-configuré, resserré, souvent, remixé, l’espace, le temps, les ambiances, les sources, les événements… L’écriture sonore est donc une forme de récit à la subjectivité assumée, né des expériences sensibles, des rencontres, des coups de cœur…

Et c’est à cet endroit que se fabrique un paysage sonore qui n’existait pas de prime abord, si ce n’est, modestement, par l’action d’écoutes figuralistes de promeneurs enregistreurs écoutants, qui vont mettre en récit auriculaire un territoire ordonné et agencé selon leur sensibilité propre.
De plus, ce qui restera pour moi comme une expérience forte, c’est l’invitation et l’expérience que j’aurai faites et vécues, entrainant d’autres promeneurs écoutants, quels qu’ils soient, dans cette expérience de lecture figurale, entre silences et sons, plaisirs et inconforts. Cette expérience nous fait penser le monde par des formes d’esthétique du sonore, mais aussi par les problématiques écologiques et sociétales, de ces potentiels paysages sonores, au final fabriqués de toute pièce. Mais n’est-ce pas là un des sens du mot paysage ?

En tous cas, il s’agit, par ces approches d’une figuralité qui ferait sens, au pluriel, de toucher de l’oreille la très grande fragilité de nos écosystèmes, y compris dans leur dimension acoustique, en les faisant ressentir plus qu’en les décrivant, quitte à prendre le risque de ré-écritures qui ne trouveront certainement pas le même écho selon les auditeurs potentiels.

 

Gilles Malatray – Desartsonnants

Lyon, le 10 septembre 2019

Chroniques Desartsonnantes

PAS – Parcours en duo d’écoute avec Isabelle Favre – Fourvière de Haut en bas

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Comme à leur habitude, les PAS en duo d’écoute poursuivent ces formes libres de marches conversations, écoutes… le tout enregistré sur le vif, sans retouches ou presque.

Le guidant m’invite à le suivre, dans les lieux et moments de ses choix.

Nous déambulons, parlons, enregistrons.

Celui-ci est le quinzième PAS en duo dans Lyon intra-muros, plus un banc d’écoute et un PAS Suisse.

Plus de trente heures de sons qui abordent certes les paysages sonores, mais tout autre sujet, aménagement, projets culturels, politique locales, ressentis in situ, douce rêveries ou ronchonnades bien senties, lectures de textes et poèmes, description du terrain, de son histoire, des choses croisées… Dans l’esprit d’une tentative d’épuisement d’un lieu, façon Pérec, mais en marchant…

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Ici nous descendons, en mouvements pendulaires, la colline de Fourvière à Lyon, en passant par le quartier Saint-Just, les jardins, rues et ruelles, pour achever notre parcours à Saint Jean. Entre basilique et cathédrales, panoramiques et points bas, deux lieux hyper touristiques de la Cité.

Le temps doux et ensoleillé, les belles lumières de l’été déclinant se prêtent à la flânerie.

Nous mettrons donc  environ deux heures pour effectués une distance au finale assez courte, vagabondage et paroles sans contraintes, sans compter de longues conversations en amont et en aval, hors micros, bavards invétérés et curieux que nous sommes.

 

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PAS – Parcours Audio Sensible – Workshop à l’ENSBA Bourges, Post diplôme création sonore

L’oreille met un pied devant l’autre
les pieds n’en font pas qu’à leur tête
ils déploient des orteils tympans
choient le colimaçon vibrant
les pieds sont des moteurs d’écoute
l’écoute jusqu’à la pointe du talon
jusque sous la plante sensible
jusqu’à la membrane tympanique
et tout vibre de concert
concert parfois déconcertant
oreille projetée dans la ville
pieds qui cherchent la pulsion sollidienne
de croûtes terrestres trop souvent étouffées
sous des couches d’asphalte et de béton
le corps déploie ses antennes frissonnantes
les sons à fleur de vibrante peau
chaque pores en tressaillement écoutant
body parabolique réceptacle
capteurs des magmas bien urbains
de rumeurs montagnardes
de bruissements forestiers
et d’autres sonitudes du monde
entre vacarme et chuchotement
tension étouffante et quiet relâchement
marchécouter au corps de la ville
plonger dans des bruyances soniques
des ondes pernicieusement invisibles
traversant la matière de chair éponge
marchécouter comme un appel au silence
non pas silence mortuaire
mais celui qui supporte les sons
gardien d’un temple par trop prolixe
intimes espaces en creux de scansion
villes de grandes sonitudes
où se justifient et contrarient le co-vivant
jusque dans ses folles résonances
comme dans ses aménités rassurantes
marchécouter pour rester debout
en état de comprendre un peu
ne pas se noyer inconscient
dans les rumeurs manipulées
les trucages des média trop en verve
le flot des beaux parleurs
le torrent des masses subjuguées
marchécouter pour préserver des bulles acoustiques
espaces protégés des excès vibrillonnants
espaces où la parole n’a pas à lutter contre les chaos ambiants
où la muzzac ne coule pas à flots
où l’écoute à prise sur la scène acoustique
où le marchécoutant peut s’entendre sans tendre l’oreille
et s’offrir une pause comme une friandise auriculaire.

Dépaysement auriculaire

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Du tour, des tours, de mon quartier, à pied, itinéraires micro-itinérances triviales pour faire les courses, prendre un transport en commun, ou bien errer, en désœuvrance…

Jusqu’aux bords de la mer baltique, et autres océans, de la forêt malgache, jurassienne, des plaines québecoises, des montagnes portugaises, sardes, suisses… Entre autres lieux arpentés et à venir…

Dès que j’enclenche l’écoute, l’écoute bien entendante, impliquée, sensible, mon oreille part en voyage, au quart de tour (du monde ?) et sitôt se déploie, déplie, dépayse, auriculairement.

Mais l’oreille est insatiable, et je cherche sans cesse de nouveaux lieux, de nouvelles hétérotopies, hétérosonies, sonotopies, topophonies, sociauphonies, géophonies, scriptosonies… En connaitriez-vous ?

 

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Soundwalk, promenade sonore, balade sonore… pour poétiser, ou poïetiser l’espace

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SOUNDWALK, PROMENADE SONORE, BALADE SONORE POUR POÉTISEZ, OU POÏÉTISER L'ESPACE

Écouter en marchant, ou marcher en écoutant, sont deux actions qui se posent comme des gestes complémentaires et finalement indissociables dans le fait, gestes acoustico-déambulatoires que des artistes anglo-saxons nomment la soundwalk.

La marche ayant la propension à stimuler l’expérience sensorielle, si l’on axe sa déambulation autour d’un sens en particulier, l’écoute par exemple, ce dernier verra sa sensibilité ainsi décuplée.

Les espaces traversés prennent alors à l’oreille une importance qu’ils n’ont pas dans une déambulation au quotidien, acquérant, par le biais d’un décalage esthétique, voire artistique, une indéniable dimension poétique.

Au delà du constat d’une certaine jouissance sensorielle, la promenade est pensée, agencée et proposée comme une fabrication de parcours, la mise en place d’itinéraires, des propositions favorisant une immersion sensorielle via par exemple une parole conditionnante, des postures intellectuelles et physiques suggérées, sans parler de toutes les variations possibles, installées, performées… Tous ces processus participent à une construction…

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Soundwalking Groupe

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Un tout nouveau groupe Facebook autour du Soundwalking et autres parcours sonores.

https://www.facebook.com/groups/470506840200246/

 
Soundwalking
Groupe Public · 84 membres

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Soundwalk, audiowalk, parcours sonores, listening, soundscape, paysages sonores…
 

PAS – Parcours Audio Sensible et World Listening Day, Sabugueiro Opus 6

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Le 18 juillet, chaque année, la World Listening Day, association réseau internationale pour l’écologie sonore (Acoustical Ecology), fête la Journée Mondiale de l’Écoute, qu’elle a du reste créer.
Ainsi, écoutants, militants, marcheurs, partout dans le monde, peuvent inscrire un événement, de la simple soundwalk (marche d’écoute) à des rencontres plus ambitieuses, pour faire vivre et défendre ce mouvement à la recherche d’une belle écoute mondialement partagée . Et Dieu sait sil y a du travail pour y parvenir !

Depuis déjà quelques années, Desartsonnants agit donc en conséquence, où qu’il se trouve, en impulsant des marches d’écoutes suivies de petites causeries autour de cette problématique auriculaire autant qu’écologique.

2019, Je me trouve dons, le 18 juillet, en pleine résidence audio-paysagère dans les montagnes de Sabugueiro, l’occasion ou jamais de fêter ce rendez-vous avec es promeneurs écoutants locaux. D’autant plus que j’ai déjà arpenté le territoire durant plus d’une semaine, micros et oreilles ouverts.

Le parcours s’est d’ailleurs rapidement et logiquement imposé à moi, construit autour de l’eau, sources, rivières, lavoirs, fontaines…

15H30, Rendez-vous sur la place de l’église par un bel après-midi ensoleillé. Des curieux, des membres d’une associations culturelle, des étudiants et professeurs d’un conservatoire de musique de Seia, ville voisine.

Un débriefing rapide sur les origines des Soundwalks et de l’écologie sonore, quelques consignes habituelles, notamment le fait de respecter un silence favorisant une écoute profonde, un premier Point d’ouïe sur la place, et nous nous mettons très lentement en marche.

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Nous passons par de minuscules ruelles très calmes, très minérales, où les sons ambiants sont comme étouffés.
L’une d’elle nous aux deux murs parallèles et très rapprochés nous révèle un bel effet de d’écho Flutter, une sorte de réverbération en échos très rapides, aux sonorités à la fois cristallines et métalliques, que les claquements de mains excitent facilement.

Nous débouchons sur un vallon en contrebas, celui de la rivière Fervença, au bord de laquelle nous descendrons lentement, par un très étroit sentier verdoyant. Les sons se sont soudainement déployés dans l’espace avec l’ouverture, l’élargissement rapide du paysage. Oiseaux, chiens, voix, murmures de micros sources, les espaces acoustiques se dessinent, avec le continuum de la rivière à notre droite en contrebas.

Nous longerons ce cours d’eau rafraîchissant l’écoute, après avoir ponctuellement installé via de petits haut-parleurs autonomes, les sons d’un troupeau de chèvres enregistré, traversant le village quelques jours avant.
Nous profiterons de ce point d’ouïe pour ausculter la végétation et les sols alentours, équipés de mes stéthoscopes et longue-ouïes bricolées pour la circonstance.

Des baigneurs viennent animer le paysage. Quelques véhicules sur la route du haut soulignent les reliefs, des chiens, toujours très présents dans le village, se répondent de loin en loin. Des ouvriers maçons pavent le chemin pentu que nous reprenons pour remonter dans le centre du village.

Nous nous arrêterons pour ausculter la fontaine de la petite place centrale, puis le superbe lavoir tout près de l’église, en lui superposant temporairement les tintements d’un mobile de chimes, petites cloches tubulaires en carillon, venant rappeler de façon anecdotique les chèvres ensonaillées des montagnes alentours.

S’en suivra un échange sur les ressentis, les impressions, la perception de ce paysage en écoute, globalement perçu comme un moment d’évasion tranquille.

Après une pause finale, je retrouverai un peu plus bas dans le village, deux personnes assises à l’ombre d’un porche, qui me disent avoir eu envie de prolonger ce moment d’écoute, et que je laisserai donc profiter de cette extension auriculaire post PAS.

Avoir donner envie de poursuivre ces gestes d’écoute collectifs est pour moi une des plus belles récompense à ces parcours sensibles.

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel Criativo – Juillet 2019

Sabugueiro, impressions estivales

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Vers le haut
Des odeurs de poussière tournoyante
de pierre écrasée
de blocs granités
crissements des cailloux roulant
sous nos pas incertains
et puis des eaux moussues
gouleyantes
des herbes écrasées
arbustes desséchés
carqueja odorante
arbres calcinés
car le brulé persiste
des sonnailles grêles
de troupeaux invisibles
fondus dans la pierraille
des chiens au loin
se jouant des échos
le souffle du vent chaud
aux commissures des lèvres
dans la bouche entrouverte
comme à fleur de narines
tel un bouillon d’été

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vers le bas
des voix
profondes et joyeuses
riantes impétueuses
s’hêlant de rues en rues
devisant sur un banc
une terrasse ombragée
où pétille une bière
aux contours embués
Olà Boa tarde obrigado
musique à mes oreilles
qui ne décryptent rien
Ou bien si peu de choses
Un tracteur haletant
une moto d’un autre âge
sa charrette de paille
brinquebalante
ferraillante
le jardin que l’on bine
quelques voitures en prime
encore des chiens errant
en premier plan cette fois-ci
en concert impromptu
qui secoue la quiétude
du village assoupi
une cloche qui tinte
marqueur du temps qui passe
l’Angélus s’annonce
la fontaine qui s’égoutte
un lavoir en réponse
des bidons sont remplis
des sceaux y sont lavés
des enfants aux ballons
qui font sonner les lieux
de rebonds en rebond
les pavés cliquetants
des portes et des fenêtres
qui s’ouvrent et qui se ferment
des poubelles qui claquent
la fraîcheur qui s’installe
la lumière déclinante
des lampadaires s’allument
et la vie qui s’écoute
Sans accrocs apparents
comme l’eau des fontaines.

 

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel Criativo – Juillet 2019

Des géographies sonores, Sabugueiro opus 5

Rentré à Lyon de résidence Portugaise, je poursuis là , le travail d’écriture autour du paysage sonore, commencé in situ, à Sabugueiro, Serra de Estrela.

Je fais maintenant le point sur différentes zones géographiques spécifiques du village, qui, au cours de mes promenades ou points d’ouïe statiques m’ont permis de mieux comprendre une topologie sonore locale, celle qui m’a guidé, tant pour trouver des lieux d’enregistrement que pour repérer un PAS – Parcours audio sensible publique, le jour de la World Listening Day. Mais également celle qui m’aidera pour le montage audionumérique en chantier, à construire le paysage environnant autour des sons.

J’ai au final relevé quatre zones, périmètres ou parcours d’écoute assez différenciés, tout en restant dans le village de Sabuguerio, ou dans une proximité qui arpente des cheminements piétonniers à partir du centre du village.

Zone 1

Rue des commerces

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La première zone est naturellement la rue principale, celle qui traverse le village de bas en haut, ou inversement, selon d’où on arrive. Rue assez pentue, bordée de part et d’autre de commerces touristiques, vendant des produits locaux, des hôtels, bars, restaurants.

Grande rue

Des voitures, mais pas trop invasives

Des voix dans les commerces et bars

Des chiens, des chenils

Une fontaine/lavoir, encore en activité, et de multiples sources le bord de la route.

Zone 2

Le vallon de la rivière Fervença

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En contre-bas, tout au pied du village, une petite rivière, Fervença, enchâssée dans un vallon de verdure.

Une aire de pique-nique

Une aire de baignade aménagée

Des sentiers qui relient la rivière au villages

Des jardins accrochés à la colline entre le village et la rivière.

Rivière

Des sons d’eau courante , des oiseaux, baigneurs, promeneurs, des jardiniers sur le chemin du haut, des chiens dans le lointain, et un poulailler…

Possibilité d’une jolie boucle pédestre, entre jardins et sources, rivière en contrebas.

Zone 3

Le cœur du vieux village historique

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A l’écart de la rue principale, un village de pierres granitiques aux rues étroites, pentues et tortueuses.

Des fontaines et lavoirs, une église.

Une belle place ombragée et des bancs, point d’ouïe idéal et aussitôt exploité en tant que tel.

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Des voix de l’eau ruisselante, des chiens, encore, mais aussi des chats, une cloche, quelques voitures et motos, motoculteurs, un troupeau de chèvres ensonnaillées, des enfants, toute une vie de village tranquille.

Zone 4

Les montages alentours

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Dés que l’on quitte le village, on monte vers un ligne de crêtes, souvent assez abruptes, cernant le village de sommets décharnés et rocailleux, tout en offrant de magnifiques points de vue.

Montagnes

Oiseaux, cigales sur le peu d’arbres ayant échappé aux incendies des dernières années, souvent des rafales de vents bruissonnant dans les taillis, le rythme de pierres roulant sur les chaussures, parfois quelques sonnailles de chèvres souvent invisibles. Sons d’altitude estivale.

Quatre zones qui tentent donc de tracer une géographie globale, en même temps que zoomée prenant comme centre/cible l’écoute, avec des marqueurs sonores spatio-temporels, des spécificités, des ressentis tout à fait subjectifs, des récits parmi tant d’autres, des formes d‘écritures croisées, en chantier.

S’immerger dans une vie sonore, dans ce village de montagne, ou dans d’autres lieux, en prenant le temps de les arpenter, d’en mesurer leurs rythmes d’en saisir le centre et les alentours, tout en restant dans un mode de déplacement pédestre, demeure toujours une expérience, solitaire collective captivante, d’où l’on ne ressort pas indemne, mais fortement marqué par de nouvelles expériences sensorielles, sociales, esthétiques…

Métropoles, villes, villages, espaces naturels, peu importe la taille de ces derniers, à partir du moment où l’oreille nous connecte au lieu, à humain, au(x) monde(s) environnan(s), les géographies sonores deviennent captivantes .

En écoute

Sound walking et field recording, un art vert, un brin d’humanité?

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Longtemps, la notion d’art environnemental est restée associée aux pratiques du Land Art, né dans les année 60, avec entre autres comme chefs de fil des artistes tels Richard Long et Robert Smithson.
Arts de la construction in situ, Earthworks (Terrassements), traces de marches, constructions in situ, usage de matériaux naturels, recherche de grands espaces, le Land Art privilégie une relation forte aux milieux investis, à l’environnement qui l’accueille et le nourrit.

Depuis quelques années, les relations artistes environnement ont pris une autre tournure, avec d’autres modes de revendications, parfois plus politiques, ou autrement politiques, la COP21 aidant, où la coloration verte de nuages d’incinérateurs ou du Grand Canal de Venise, attire l’attention sur des urgences climatiques de plus en plus brûlantes.

Du symbolisme poétique des grands espaces, des rituels post Amérindiens, des éco-artistes de ces dernières mettent le doigt sur des dérives écologiques, réinvestissent la ville mégalopole, les grands…

Voir l’article original 1 088 mots de plus

Paysages sonores, arts sonores…

Le champ contemporain des arts sonores présente certaines pratiques qui ont progressivement émergé pour constituer des courants qui, a défaut d’être de véritables écoles, mais peut-on parler encore d’école à une époque où s’hybrident allègrement les genres, mettent en lumière des spécificités, territoires, façon de voir, ou d’entendre le monde.

Parmi ces pratiques, notons celle du paysage sonore, souvent très étroitement liée au fil recording, enregistrement in situ et à des mouvements militant pour l’écologie, dont bien sûr l’écologie sonore, issue de l’Acoustical Ecologie que prône Raymond Murray Schafer, la biophonie de Bernie Krause, les pratiques audionaturalistes et le Soundwalking, la marche d’écoute ou balade sonore.

Le but de cet article n’est pas ici de réécrire une énième définition, de proposer un historique en bonne et due forme, ni même un nouveau chantier d’analyse de ces courants, mais plus simplement de référencer quelques sites web dont l’intérêt me semble propre à jalonner ces approches audio-paysagères.

Cette sélection n’est évidemment pas exhaustive, tant s’en faut, et présente un choix tout à fait personnel, que tout un chacun peu compléter, ou parmi ces liens naviguer librement.

 

https://soundslikenoise.org/– Field recording and soundscape

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World Listening project– Écologie sonore, World Listen

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http://klanglandschaften.ch/fr/explorer/– Paysage sonore

 

https://www.leonardo.info/isast/spec.projects/acousticecologybib.html– Biographie autour de l’écologie sonore

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https://www.sfu.ca/sonic-studio-webdav/WSP/index.html– Barry Truax écologie sonore

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https://www.franceculture.fr/environnement/bernie-krause-contre-l-appauvrissement-des-sons-du-monde– Bernie Krause – biophonie

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https://www.greenroom.fr/99128-a-la-decouverte-du-field-recording/ – Field Recording

 

https://lemotetlereste.com/musiques/fieldrecording/– L’usage sonore du monde en 100 albums (livre)

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https://www.cairn.info/revue-multitudes-2015-3-page-101.htm– Field recording, hypothèses critique – David Christoffel

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https://www.poptronics.fr/Field-recording-un-art-ecolo– Field recording, un art écolo ?

 

http://www.bernardfort.com/bernard_fort/bernard_fort.html– Bernard Fort, Field recording, ornithologie et musique acousmatique

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http://www.franciscolopez.net/field.html – Franscisco Lopez – Field recording

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https://chriswatson.net/– Field recordinfg, Sound Art

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https://www.sfu.ca/~westerka/writings%20page/articles%20pages/soundwalking.html – Soundwalking

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http://www.soundstudieslab.org/experiencing-soundwalking/– Soundwalking

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https://desartsonnantsbis.com/– PAS – Parcours Audio Sensible

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https://aporee.org/maps/ – Soundmap

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http://www.kalerne.net/yannickdauby/ – Field recording, sound art, Yannick Dauby

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https://www.espaces-sonores.com/ – Paysages sonore, soundwalking, field recording

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Une écoute apaisée, Sabugeiro opus 4

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Le 16 juillet, Sabugueiro, Serra da Estrela, Portugal.

Il est parfois bon de s’isoler dans une forme de résidence où, dans un petit village de montagne, dont on ne comprend ni ne parle la langues des habitants, on se retranche dans une forme de douce solitude, somme toute très inhabituelle, pour moi en tous cas.
Peu de gens croisés en journée, peu d paroles échangées, mais beaucoup d’instant d’écoute profonde, Deep Listing, disait Pauline Oliveros.

On se lave ainsi, en partie, du surplus d’agitation urbaine, qui nous entraine parfois, à nos corps défendant, dans un tumulte remuant que Montaigne en son temps qualifiait déjà de grande branloire du Monde.

L’écoute nous relie sans doute plus profondément, dans des havres de paix à un Monde plus apaisé, dans une sorte de contemplation, de médiation sur une toile de fond sonore tout en douceur.
L’œil et le regard font de lents va-et-vient, balanciers horizontaux, du sommet des montagnes aux blocs basaltiques chaotiques, aux arbres calcinés, vers le creux du vallon verdoyant, avec sa rivière vivifiante, blottie dans un creux discret repli du paysage.

Je m’offre ici, tout en travaillant sur l’écoute, les parcours auriculaires, la prise de son et le montage de paysages sonores, le carnet de notes et les écritures multiples, une retraite loin de la fureur du monde. J’ignore pour un temps les actualités, les informations déprimantes, les drames et le catastrophisme ambiants, distillés par des médias vitupérant, exacerbant des violences latentes dont ils se repaissent insatiables, voracement.
Il n’est pourtant pas question de fuir les réalités d’une société au rythme par trop emballé, dans sa course folle, mais de ménager une pause temporairement plus sereine. De profiter de cet oasis sensoriel qui détend peu à peu les tensions et les nœuds qui bien souvent nous oppressent.

Les oiseaux et les voix, les sonorités les plus insignifiantes a priori, reprennent ici une place dont j’avais presque oublié les dimensions intimes possibles. Je me revois à 10 ans, dans le petit village de moyenne montagne de mes grands-parents, oncles et tantes, où le paysage sonore restait à une place mesurée, où la vie ne s’écoulait pas de façon si trépidante, même avec les saisons parfois rudes qui guidaient les travaux agricoles selon les urgences de l’instant.

Ici, la cloche rythme la vie, annonce la fin de soirée, accompagne l’obscurité grandissante qui noie progressivement la place et le banc sur lequel je me délecte de cet instant paisible. Un bain sonore sans gros à-coups, qui s’étire en ne brusquant rien, ou si peu, bien au contraire, en invitant à une quiète déprise, à une somnolente rêverie.
Des instants que mon magnétophone peinerait tant à saisir, à rendre, que les mots prennent naturellement le relai.

Au moment-même où j’écris ces lignes, un petit troupeau de chèvres égraine les tintinnabulements cristallins de leurs sonnailles. elles passent presque tous les jours, traversant la route, guidées par leur berger, faisant écho à la cloche de l’église, autre marqueur spatio-temporel rassurant dans sa ténacité à scander le temps qui passe.

J’ai peu à peu l’impression de me fondre un peu plus chaque jour dans le paysage. les commerçants et les passants me saluent d’un Ola souriant, souvent sur mon banc/bureau QGEE (Quartier Général d’Écoute Extérieure). Les chiens, qui au début m’évitaient, passaient au loin me jetant des regards suspicieux, viennent maintenant quémander des caresses, avant que de repartir d’un pas lent, adapté me semble t-il au rythme du village.

Je vis un véritable ralentissement qui, en marchant sur les chemins caillouteux ou en arpentant les ruelles pavées de granit, me transporte vers d’agréables solitudes, dans lesquelles Thoreau et Rousseau se seraient sans doute complus.

Le retour à la ville sera certainement une autre cassure, un emballement dans un mouvement contraire, a priori contre-nature. Et pourtant, je l’aime aussi, cette ville, avec et malgré tous ses excès.

 

Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

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Des Points d’ouïe, l’exemple de Sabugueiro, opus 3

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La notion de point d’ouïe n’est pas neuve. Elle a parfois été explicitée, discutée, mise et remise en question, et sujet à controverse.
Peut importe, je la fait ici mienne, partant de mon expérience propre, et d’une des définitions que j’ai forgé au fil du temps, tout en acceptant la polysémie du terme, les différents sens et applications que tout un chacun puisse lui accoler.
M’étant déjà expliqué sur la définition que j’applique aux Points d’ouïe, je ne m’étendrai pas sur le sujet, si ce n’est pour rappeler que je suis proche de l’idée anglo-saxonne de Sweet spot, l’endroit où il faut être pour bénéficier de la meilleure écoute. Et dans le cas d’une écoute paysagère, je dirais l’endroit et le moment, me rapprochant ainsi de l’instant du déclic photographique. Être là juste au bon endroit, et quand il faut. Une part d’instinct, de repérage, d’opportunité, une part de hasard et de chance.
Il y a pour cela des lieux qui se prêtent à ce genre de situations. Des endroits que je sens propices à me fournir de la belle matière auriculaire, visuelle, qui viendra confirmer, à certains moments, que je suis bien sur un Point d’ouïe, ce lieu qui pourra mes donner du grain à moudre, où je reviendrai régulièrement, me poster dans l’attente d’une scène sonore intéressante, belle, construisant un paysage auriculaire intéressant.

Ces Points d’ouïe peuvent constituer, dans des parcours d’écoute, des haltes, des pauses, des façons de zoomer sur une ambiances, de se concentrer sur un objet sonore, une scène, d’en profiter dans toute sa durée, ou tout au moins sur un long temps, le temps de s’en imprégner. Ils jalonnent une marche, constituent des repères spatio-temporels, des points d’ancrage qui quadrillent et dessinent un territoire sonore.
Ce sont très souvent pour moi des bancs publics, mobiliers placés à différents endroits de la ville, du village, d’un sentier, sur un site panoramique… Je me sens d’ailleurs très bien assis sur un banc, regardécoutant ce qui se passe autour de moi, quitte à construire un parcours autour de ces assises favorisant la pause perception sensorielle, et souvent la rencontre inopinée, lorsque l’on pratique un même banc de façon régulière, sur un certain long terme.

Ils peuvent donc être uniques, fixes et servir d’affûts, points d’ouïe d’un territoire de proximité, circonscrits à un échelle spatiale relativement restreinte.
Mais également être multiples, jalonnant voire constituant un parcours d’écoute, un itinéraire pédestre, où la marche alterne avec des pauses auriculaires préalablement repérées.

Nous en répertorierons donc de ces deux natures différentes. Ceux précisément situés géographiquement comme des espaces bien définis, fixes, quasiment incontournables. Des lieux donc bien repérés dans leur dimension géographique et spatiale. Les objets et aménagements sonnants, tels les fontaines, rivières, cascades, cloches, ainsi que les acoustiques, lieux réverbérants, à échos, ou autres effets acoustiques remarquables constitueront des critères de choix pour les choisir et les localiser..
Nous trouveront également ceux, plus aléatoires, improbables, fugaces, éphémères, non repérés en amont, étant plutôt issus de l’instant, du moment, de ce qui se passe à l’instant T, de l’événement inscrit dans une temporalité et non dans une spatialité déterminante. Une volée de cloches, un musicien de rue, un troupeau ensonnaillé, et bien d’autres « accidents » sonores feront que nous établirons, pour une durée en générale indéfinie, car intrinsèquement liée à la chose sonore, un point d’ouïe temporel, qui ne s’appuiera pas sur une géographie acoustique préalablement repérée.

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Prenons un exemple concret, géographique, un cas pratique, dans le cadre d’une résidence artistique que je suis en train, au moment où j’écris ces ligne, de vivre.

Je me trouve, milieu juillet, dans un petit village Portugais, à Sabugueiro, littéralement le Sureau noir, au cœur de la montagne Serra da Estrela, dans un magnifique Parc Naturel.
Le petit village de Sabugueiro, le plus haut en altitude du pays, s’étire en longueur, traversé par une route sinueuse et pentue, au bord de laquelle s’enchainent des magasin de produits locaux, nourriture et peaux, des, chambre d’hôtes et d’hôtels, des restaurants.
A chaque extrémité, des points culminants, cols rocailleux, où la majorité des arbres ont été calcinés par de récents et violents incendies. L’aspect de ces montagnes jonchés d’énormes blocs de pierre est à la fois fascinant et un brin austère.
Au bas du village, une rivière creuse un profond sillon aquatique verdoyant. De nombreuses sources alimentent le cours d’eau Alva, espace rafraîchissant et joliment glougloutant.
En haut de la rue commerçante principale, se tient le vieux village, site historique très pittoresque, dont les habitations, église, fontaines, sont construites dans un beau granit gris bleuté. Village minéral, pavé à l’ancienne, et dont les bâtisses se parent de grandes plaques granitiques du plus bel effet.
Peu de touristes, qui restent généralement vers ls commerces de produits locaux et de peaux, le cœur de Sabugueiro reste dans son jus, espace rural préservé, lieu calme et retiré.

Dans ce cadre géographique rapidement brossé, je vais donc mettre en place mes deux types de points d’ouïe, après l’arpentage repérage qui me permettra de rentrer dans l’intimité sonore des lieux, lieux dans lesquels je resterai deux semaines environ.

Le premier repérage sera celui de points d’ouïe répartis sur un petit circuit, en contrebas du village, que j’appellerai ici le « chemin de l’eau ». Vous aurez sans doute compris que la trame dominante de ce parcours sera bel et bien l’eau, dans tous ses états.
Lavoirs et fontaines au cœur du village, multiples sources le long d’une étroite sente très verdoyante et l’Alva, rivière en fond de vallon, où se trouve aménagée une aire de baignade.
Un panel de sons aquatiques, des filets d’eau de différents débits, de petits cuvettes naturelles réverbérantes, entourées de fougères, le bruissement régulier de la rivière, parfois entrecoupé de petites variations selon les rochers qui jalonnent et brisent jalonnant le cours. C’est un sentier qui ménage moult variations auditives, des transitions, des coupures où l’on adapte la vitesse de son pas, la fréquence et longueur des arrêts selon nos envies, au fil de l’eau.
Il est d’ailleurs assez rare de pouvoir parcourir de l’oreille un cheminement si cohérent, sans jamais perdre de l’écoute les scènes aquatiques, mais sans que celles-ci, dans leurs grandes diversités, ne deviennent pour autant trop omniprésentes, voire oppressantes. Un bel exemple d’équilibre acoustique.

Le deuxième point d’ouïe sera unique, localisé au centre du bourg historique, sur la place de l’église de Sabugueiro. L’environnement visuel et acoustique m’a très rapidement conduit à choisir ce site. Un environnement très calme, éloigné de la route principale, avec très peu de voitures.
Une acoustique légèrement réverbérante et des plans sonores multiples, dans des espaces plein de recoins, de cassures, qui spatialisent agréablement les sources sonores.
La présence d’une cloche, d’une fontaine, d’un lavoir, vient ajouter des éléments acoustiques à la fois ponctuels et d’autres stables, des signaux émergents sur un continuum aquatique discret.
La présence de confortables bancs de bois, comme postes d’écoute vient compléter cette scène acoustique très agréable.
Peu de touristes s’aventurent dans ces rues étroites, minérales et pentues, dommage pour eux, et tant mieux pour la tranquillité de ce centre bourg.
Des scènes sonores viennent parfois secouer la place dans sa douce torpeur. Le passage d’une très ancienne moto pétaradante, un concert de chiens, deux enfants qui jouent avec un chien, ou au ballon, une fête qui se prépare un peu plus haut, l’incroyable passage d’un troupeaux de chèvres ensonnaillées, la conversation d’un couple qui prend l’apéritif sur un banc… Petites événements ponctuels. Puis très vite, tout s’estompe, le calme revient.
Espace propice à enregistrer, pour fixer cette ambiance amène.
C’est un lieu à longues pauses, à nuit tombante, un espace contemplatif, où il faut jouir de ce calme, de cette sérénité apaisante, de ce sentiment d’être dans un monde à part, protégé, à la fois bien vivant et échappant au stress et à la grande branloir du monde, comme disait Montaigne. Assurément un des plus agréable Point d’ouïe que j’ai connu depuis longtemps, lieu d’aucultation serein du temps qui passe devant mes oreilles ravies.

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

Point d’ouïe, Sabugueiro Opus 2

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En route pour des prises de sons !
Journée très chaude.
Je décide de grimper tout en haut du village, et même un plus haut.
La chaleur m’en dissuade, le paysage semble se liquéfier, et moi aussi.
Je redescends donc vers le bas.

Eau
Ma première impression, lorsque je suis arrivé Sabugueiro en voiture, par le haut du village, fut celle d’arriver dans une montagne très sèche, très aride.
La présence de plusieurs fontaines dans le village atténua vite cette impression.
Ma visite, magnétophone en main, du bas du village me fit changer complètement d’avis.
De l’eau partout.
Des dizaines de petites sources résurgentes le long d’un chemin très verdoyant.
Une rivière en contrebas avec un débit très soutenu pour la saison, et un espace de baignade aménagé .
A chaque mètre, de nouveaux sons aquatiques.
Une véritable collection, de quoi à penser à une forme de catalogue sonore d’un paysage liquide.
Ces dernières mois, Kaliningrad, Rabastens, Cublize et ici, l’eau poursuit décidément mes projets, les hante presque, ou les rafraichit parfois.
Je n’échapperai pas ici aux aux récurrences des eaux, pour mon grand plaisir.

 

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Cloche
J’arrive juste à temps sur la place centrale pour capturer quelques tintements de ce signal sonore pour moi incontournable.
Si j’avais à dessiner un paysage sonore en choisissant de faire entendre quelques sources emblématiques, je prendrais certainement les voix, les cloches, les fontaines, lavoirs, rivières, et des acoustiques réverbérantes, voire à échos.
De quoi à croquer un paysage à la fois habituel, et pris dans la spécificité acoustique de chacun de ses éléments, paysage singulier, avec de vraies signatures sonores.

Banc
Je teste un banc (d’écoute) sur une très jolie petite placette, dans le village historique. Des murs avec d’immenses dalles de granit, l’église, un lavoir, une fontaine, des arbres, des gens qui passent, qui devisent tranquillement, très peu de voitures…
J’ai l’impression d’avoir trouver ici un poste d’écoute ad hoc, une base, un épicentre, une halte ressourçante, un lieu d’écriture et de lecture sans doute, et qui sait de rencontres ou de croisement inopinés.
Et surtout, à nuit tombante, une sensation de tranquillité, de paix intérieure, de calme m’envahit. Le bonheur d’être dans un lieu beau et apaisé, loin des rumeurs, parfois fureurs, de la ville, au cœur d’une montagne accueillante.

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Voix
Juste à côté de mon banc. Des jeunes filles jouent, à quelque mètres de moi, avec un vielle chienne, Nina, harassée de chaleur, et qui, malgré l’insistance des fillettes, ne veut ni donner sa patte, et encore moins aller se promener.
Belle scène assurément, qui fait partie de ces instants magiques autant qu’imprévus, qu’un promeneur écoutant preneur de sons apprécie d’autant plus.

Chiens
Les chiens sont très nombreux dans le village.
Jeunes ou vieux, petits ou gros, ils se promènent tranquillement dans les rues, s’y allongent sans gêne aucune, généralement silencieux.
Parfois, on ne sait pourquoi, l’un d’un jappe virulemment après un de ses congénères. Affaire de territoire, vielle rancœur ?
Alors, tous semblent prendre partie, et un concert canin, aux aboiements épars venant de différents lieux, construisent un espace acoustique où les plans sonores se dessinent au gré des maîtres jappeurs.
Assez vite, tout se calme, et la torpeur ensoleillée nous engourdit à nouveau d’une douceur bienveillante.

Écriture/paysage
Les éléments du paysage se mettent en place progressivement, comme des offrandes auriculaires très appréciées, des matières généreuses à goûter, cueillir, retravailler.
Les premiers sons enregistrés, les premiers dérushages arrivent, tri des sons présentant un intérêt de par leur contenu, leur esthétique, et élimination impitoyable des autres, pour ne pas se laisser submerger par la matière, noyer dans une masse sonore trop abondante. Le numérique poussant parfois à une surenchère maladive, il s’agit de ne capter et de garder que ce qui a vraiment un intérêt, susceptible de raconter ce territoire de la Serra da Estrela en lui construisant un paysage sonore sensible, évidemment subjectif, et avant tout à portée d’oreille.

 

Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

 

Cartes des sons, Sabugueiro à première ouïe

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Une géographie sonore à construire, nomade, incertaine, racontée et fabriquée.
Arrivée in situ, pays inconnu, ou très peu. Je parle évidemment de mon expérience propre.
Prenons par exemple le Portugal.
Et même une région précise.
La Serra da Estrela.
Des montages, pas très élevées, mais bien montagnes quand même.
Des sommets arides, pierreux, un brin chaotiques, mais beaux, oui vraiment.
Des sommets ravagés, tondus par le feu vorace de récents incendies tout aussi voraces.
Un petit village pentu, niché en creux de montagne. Sabugueiro pour le nommer
Le plus haut du Portugal, pour lui donner une singularité géographique, entre 1000 et 2000 mètres d’altitude (Ile des Acores non comprise).

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J’y arrive un chaud après-midi.
Je m’y installe pour deux semaines.
Pour arpenter son paysage, sonore surtout, mais aussi ses paysages, dans toutes leurs diversités.
Pour en capter des bribes, et des ressentis, des ambiances et des singularités, ou non.
Peu de voitures, un petit oasis.
Première petite déambulation en fin d’après-midi.
Quelques points retiennent d’emblée mon attention, des « classiques ».
Une cloche sur un campanile à ciel ouvert, dotant une petite église de belles pierres grises, comme tout le centre historique du village, d’un chant un brin enroué.
Une fontaine qui glougloute joliment.
Une source entendue en contrebas.
Je n’approche rien de tout cela, gardant impression globale à creuser par la suite, détails à faire sourdre, microscopie sonore à zoommer.
Chaque chose en son temps.

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Un bar, au bas du village, avec terrasse ombragée et des clients locaux.
Premier point d’écoute, discrète.
Les hommes sont halés, colorés d’un soleil que l’on sent bien présent, sinon plus.
Ils parlent à voix fortes, avec des intonations qui ne sont pas sans me rappeler, toutes proportions gardées, celles que j’ai trouvées il y a peu le long de la côte Balte Russe.
De belles intonations, généreuses, un registre étendu, une dynamique gouailleuse, qui fait parfois passer, pour l’écoutant novice que je suis ici, une simple conversation pour une violente altercation.
Des rires tonitruants, enjoués, de multiples rires.
Encore une musique des lieux pour le non comprenant, linguistiquement parlant,que je suis également.
Une piste pour creuser mon projet « Prendre langue », ou comment faire paysage sonore des langues, accents, dialectes, du cru ou non.
Une première approche prometteuse pour lire et écrire, du pied et de l’oreille, du magnétophone et du crayon, un paysage sonore façon Desartsonnants.
A suivre…

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

PAS – Parcours Audio Sensible à Rabastens, l’oreille libertaire

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Il y a quelques mois, j’ai découvert un article sur les réseaux sociaux, lançant un appel à participation pour la 2e CIGAL Conférence Internationale des Géographes Anarchistes et Libertaires qui se tiendrait à Rabastens, dans le Tarn.
N’étant ni géographe ni vraiment libertaire, bien que beaucoup des pensées politiques soulevées par ces mouvements me questionnent régulièrement, je décidais de me renseigner auprès d’une organisatrice pour savoir quels étaient les critères pour y participer, après lui avoir décrit sommairement mes champs d’actions. Cette dernière me répondit que je pourrais proposer au comité organisateur un parcours sonore, ce que je fis. Ce dernier fut retenu dans la programmation finale.
Je me décidai alors de réserver une semaine entière à ces rencontres pour profiter un maximum des débats et ateliers, et ainsi mieux saisir les enjeux et les actions de ces géographes résistants, et des partisans activistes du « ni Dieu ni maitre », de l’ordre sans pouvoir, des gestions horizontales et autres mutualistes et communautarismes Zadiens. Notons d’ailleurs que Rabastens est tout près de l’ex ZAD de Civens, dont elle fut une base arrière militante. Cette militance a d’ailleurs survécu en partie à la ZAD, et demeure encore bien visible dans la petite ville, au travers notamment le très sympathique Banc sonore, un café restaurant culturel et en gestion coopérative et la radio Octopus qui siège au dessus.

Notons aussi la qualité de l’accueil, du magnifique Tiers-Lieu le « Pré vert » et de son jardin qui nous a permis d’entamer ou de poursuivre de beaux échanges; ainsi que la sympathique équipe de la friche industrielle transformé en lieu culturel la Fourmilière à Couffouleux, ville voisine de Rabastens, jusque de l’autre côté du pont enjambant le Tarn.

 

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Entre participation à des tables rondes, ateliers, conférences et promenades repérages pour préparer mon PAS, l’emploi du temps fut assez dense, et à la fois dans une relative tranquillité, plutôt apaisée, liée aux lieu comme sans doute aux nombreuses rencontres et discussions à l’esprit à la fois très engagé et somme toute bienveillant.

Concernant la programmation, assez fournie, il me fallut parfois faire des choix cornéliens pour décider de l’endroit où aller et surtout du sujet à choisir, devant la simultanéité de certaines interventions…

J’ai ainsi assister à un atelier autour de la philosophie du paysage, où différentes approches ont été mises en avant et discutées, nous sans quelques prises de paroles un brin virulentes et quelques débats que je qualifierais d’épidermiques. La notion de paysage, ce n’est pas la première fois que je le constate, n’est pas toujours, tant s’en faut, un sujet unificateur apaisant. Ses approches, voire appropriations enclenchent parfois des débats passionnées, s’ils ne sont pas houleux et polémiques. Le propre du débat n’étant pas de rester dans une douceur consensuelle, cet atelier au moins a montré des engagements, des passions, des contradictions et des ruptures dans lesquelles il faut néanmoins extraire les éléments positifs. Le paysage ne doit pas être, ou représenter un territoire de pouvoir accentuant les hiérarchies verticales. Il doit, ou devrait être un commun partagé, et non pas une aire de combat morcelée et éclatée par la toute puissance de la propriété à tous prix. Facile à dire !

Un atelier collectif nous a incité à réfléchir ce que pourrait être un lieu d’ expérimentation libertaire aujourd’hui. Les participants étant très nombreux, des groupes de travail ont creusé le sujet, montrant la diversité des approches, des attentes, des expériences. Mutualisation, collectivisme, gestion horizontale et partagée, lieux de résistance, de lutte, sociabilité et partage, utopies et actions in situ… les questions politiques, sociales, climatiques, démographiques questionnent plus que jamais les mouvements libertaires, et bien d’autres encore j’espère.

Autre présentation passionnante, celle d’un quartier Bruxellois, la Baraque, où se met en place depuis quelques années déjà une expérience d’habitat léger. Peut-on, pour des questions économiques, éthiques ou autres, vivre en toute légalité dans une roulotte, une caravane, yourte, cabane… Quelles règles de construction, législations ? Comment un groupe de militants activistes, chercheurs, infléchissent-ils les décisions politiques jusqu’à inscrit une ligne sur le code d’habitat Wallon reconnaissant des alternatives architecturales liées à l’habitat léger ? Des questions passionnantes et on ne peut plus d’actualité !

Beaucoup de sujets ont donc été abordés, débattus, économie solidaires, écologie, ZAD, actions participatives, fabrique des communs, gestion horizontale… tant dans les plénières, les ateliers, que dans les interstices informels, temps de pause, de repas. De quoi à questionner et remettre en cause bien des choses dans notre vie courante.

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Pour ma part, ma contribution était un PAS – Parcours audio Sensible, dont voici le texte de présentation initial.
« Cet atelier nous invite à effectuer un parcours d’écoute collective, intime, prônant un ralentissement positif et créatif, dans l’idée d’une décroissance sensorielle, d’un ré-équilibrage nous gardant connectés à nos paysages ambiants. Il nous convie à une déambulation lente, à privilégier des instants de silence, des zones de calme où l’on peut imaginer des ZEP ou Zones d’Écoute Prioritaires, des ZAD ou Zones Acoustiques à Défendre. Nous serons des écouteurs – acteurs, voire activistes en mode doux, n’imposant aucune suprématie sonore, voire la contestant, la combattant même. Ce parcours participe à l’installation d’une écoute partagée, à la recherche d’une esthétique
minumentale (versus monumentale), non invasive. Le PAS est une façon de s’immerger au coeur des sons, à la fois dans une expérience esthétique, mais peut-être également dans une forme de diagnostique montrant, ou plutôt faisant entendre, ce qui « sonne bien» et ce qui « dissonne ». Il convoque des prises de consciences, des positions vers des postures écologiques et sociétales. Le projet de mise en situation d’écoute, la proposition d’un statut ponctuel de promeneur écoutant, sont avant tout essentiellement contextuels (le lieu arpenté, les ambiances, les événements sonores, le groupe…) et relationnels, car mettant l’humain, plus qu’une quelconque construction esthétique, au centre de l’action. Rechercher par l’expérience sensible partagée, dans une écoute bienveillante, des aménités paysagères, des oasis sonores où l’écoute nous relie au monde, à l’autre, se sentir acteur engagé dans une dynamique de construction paysagère auriculaire, partageant une belle écoute, respectueuse, figurent parmi les principaux objectifs de cet atelier. »

Comme avant tous PAS, j’ai donc erré dans Rabastens, de haut en bas, de la vieille ville jusqu’aux rives du Tarn. En quelques mots, Rabastens est ville d’eau; le Tarn à ses pieds, d’incroyables lavoirs enterrés, des sources et encore des sources jaillissant jusque dans les sous-sols des maisons, des sons rafraichissants, parfois à la limite de l’envahissant, sans compter quelques belles averses… C’est également une ville de passages intimes. Une promenade arborée nous en fait parcourir le centre en boucle, et au travers de cet anneau, une multitude de ruelles étroites, chemins de traverse… Une belle configuration architecturale à marcher. Des sons qui se faufilent, sortent des fenêtres entrouvertes, parfois de façon assez comique et décalée. Et puis les lavoirs enterrés ! De toute beauté, visuellement comme acoustiquement. Des grottes sonores où l’eau, dans tous ses états, nous plonge dans un univers aquatique incroyable. Des réverbérations mettant en avant la simple gouttelette comme la source perçant impétueusement les parois d’une ville liquide, tonique, aux flux jaillissants, eaux libertaires elles aussi…
Notre groupe silencieux, comme à l’accoutumée, se faufile de ruelle en ruelle, pour finir dans les entrailles d’un lavoir à ausculter, avant que de marcher sous une averse elle aussi bien rafraîchissante, et de trouver refuge sous le barnum de libraires libertaires. Allitération oblige ! Le silence rompu, retour sur le parcours, moment de ralentissement, prendre son temps, écoute dans un geste collectif, partage d’ambiances, apaisement, retour aux sources, faire paysage dans l’auricularité, vivre les espaces sensibles à l’oreille, résister à la vitesse… Ces postures minumentales, bousculant le monumental pourtant bien présent dans la cité, trouvent dans le cadre de ces rencontres une place où je me sens naturellement en phase.

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PAS – Parcours Audio Sensibles made in Russia

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Pour une dizaine de jours, Desartsonnants est invité, dans le cadre d’un programme « Paysage sonore » par l’Institut Français de Saint-Pétersbourg à poser ses oreilles à Saint-Pétersbourg, Kronstadt, une ile voisine et Kaliningrad, dans un circuit auriculaire en bord de la mer Baltique.

Quatre PAS, de nombreuses visites/repérages, une conférence autour du Soundwalking et un concert jalonneront ce périple Russe.

Ma première surprise sera visuelle. Après quelques mésaventures aéronautiques et aéroportuaires, changement d’une roue d’avion juste avant le décollage et disparition de ma valise à l’atterrissage, nous arrivons à Saint-Pétersbourg en milieu de nuit, entre deux et trois heures du matin. Et c’est là que je découvre ces fameuses nuits blanches. Des journées de plus de 18 heures de jour, qui laissent place, non pas à une nuit noire, voire sombre, mais à un superbe entre-deux où on ne sait pas si le jour tombe ou se lève. Des couleurs blanches, rosées, des ambiances qui me rappellent ces célèbres contrastes surréalistes de ville nocturnes sous un ciel diurne, telle « l’Empire des lumières » de René Magritte. Premier beau dépaysement !

Je m’apercevrai d’ailleurs que ces longues nuits, qui plus est chaudes à l’heure de mon séjour, ne sont sans doute pas sans conséquences quand aux ambiances sonores nocturnes dans la bouillonnante cité.

Premier jour, un départ pour l’ile de Kronstadt, toute proche de Saint-Pétersbourg.

Une ile sur la mer Baltique, en Russie, Kronstadt, est rattachée à Saint-Pétersbourg. C’est une histoire, presque une épopée de marins, de marine, de bateaux, d’explorations, de conquêtes ou de défenses, de conflits, de mer, d’architectures militaires, et/ou sacrées, de technologies guerrières, des mines, des torpilles, des sous-marins, d’arsenaux de révolution… Des parcs, friches militaires, port, une incroyable cathédrale maritime dans le style Byzantin, façon Sainte Sophie, rutilante et monumentale d’extérieur en intérieur, et puis des rues plus ou moins fréquentées, cette ville/ile ne se laisse pas appréhender si facilement qu’il n’y parait… Écouter cette cité, c’est aussi écouter le vent de la mer, omniprésent, tonique, qui semble chargé de récits épiques sous un ciel contrasté et changeant.

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Nous commencerons par une visite guidée qui permettra de situer ce contexte géopolitique si particulier de ce bout de terre, lui-même entouré d’un chapelet d’iles fortifiées, et ayant connu, entre 1917 et 1921, les premières grosses secousses de la Révolution d’octobre contre le régime Bolchevique, qui seront finalement écrasées par l’armée rouge. Une ile où s’armaient et se réparaient de gros bateaux, se fondaient des canons, puis se fabriquaient des torpilles, et où l’on croise toujours beaucoup de marins. Si l’on imaginait les sons de ce territoire bien en amont de notre exploration, les ambiances devaient y être radicalement différentes.

Le lendemain, nouvelle visite libre, accompagnée d’Irina, une bénévole de l’Institut Français qui, outre son talent d’interprète, m’expliquera très gentiment mille détails sur les territoires arpentés, qu’elle apprécie et connaît vraisemblablement très bien.

Je ferai quelques prises de sons, difficiles avec un vent tenace. Entre autre une percussion routière, où une grille de fonte aux motifs ajourés, posée sur la chaussée d’ un petit pont, fera que chaque passage de véhicule, selon sa vitesse, sera une véritable musique de claquements, réverbérés par le pont lui-même. Un objet sonore incroyable et rare dont le PAS public ne fera pas l’économie, mais bien au contraire, établira ici un point d’ouïe incontournable et surprenant.

Je capterai également, discrètement pour ne pas perturber la sérénité des lieux et les cérémonies religieuses, à l’intérieur de la cathédrale de la Marine, des chants Orthodoxes magnifiques, rythmés des cliquetis d’énormes encensoirs. Et, pour confirmer l’ambiance, une magnifique volée de cloches secouant l’ile d’une joyeuse cascade d’airain.

Le PAS sur cette ile fut suivi par une quarantaine de personnes de tous âges, jauge pour moi, qui ne promène généralement que 15 à 20 personnes, tout à fait inhabituelle, Et pourtant le groupe se montra très attentif, très réceptif, au cours de cette bonne heure et demi de voyage sonore.

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Des sons, il n’en manqua point. Des proches et des lointains, discrets ou prégnants, ponctuels ou continus, tel le vent grondant ce jour là. Pour moi, plus que pour les écoutants embarqués, la langue Russe, dont je ne comprends pas un mot, hormis spasiba, est une musique qui chante joliment à mes oreilles, et contribue à être partie prenante dans la construction mentale du paysage sonore in situ. La traversée de parcs nous permit d’aller ausculter végétaux et autres objets habituellement muets, mais que les gestes de parcourir, frotter, gratter à l’aide de stéthoscopes et autres longue-ouïes sonifient et j’oserais dire musicalisent en quelque sorte.

Un événement marquant, surprenant, totalement impromptu, survint lors de ce parcours. Nous nous arrêtons sous une voûte menant à une cour intérieure. J’adore les effets acoustiques que j’appelle « effet tunnel ». L’écoute très canalisée par un passage étroit qui oriente, filtre et dirige l’oreille vers deux fenêtres visuelles et acoustiques assez réduites. Alors que nous sommes arrêtés sur, ou plutôt dans ce point d’ouïe immersif, une automobile, une Traban pour être précis, démarre dans une incroyable pétarade, et s’arrête brusquement en coupant le moteur, à quelques mètres de nous, dans ce qui semble alors un étonnant silence. La scène, si inattendue, fait éclater de rire les enfants, et amuse également les adultes. Plusieurs personnes m’ont confié avoir cru que j’avais orchestré cette mise en son quasiment surréaliste. Je leurs ai assuré que cette apparition sonore était dû au plus pur des hasards, ce qui fut le cas. Les PAS ont bien souvent l’art de ménager des surprises où l’imprévu nous joue de beaux tours.

Ce premier PAS s’acheva par un très sympathique picnic où artistes invités et public purent échanger de vive voix, après le silence de la marche d’écoute, jusqu’à ce que la pluie ne se mêle de la partie, fort heureusement en toute fin de journée.

À Saint-Pétersbourg, étant logé dans le centre historique, je pus profiter des chaudes et lumineuses soirées pour arpenter le cœur de la ville, trouver un banc d’observation/écoute à ma convenance, dans le parc faisant face au Théâtre Alexandrini.

Une ville tonique, sillonnée de nombreux étudiants aux rires enjoués, avec ici et là de nombreux musiciens de rue où l’on peut entendre du gros rock, de la chanson traditionnelle et même, à plusieurs reprises des chansons réalistes Françaises. Les courtes nuits qui n’en sont pas vraiment et la chaleur estivale ces jours là contribuèrent certainement à cette joyeuse agitation.

Autre fait marquant, à l’oreille, le passage de bolides, à deux ou à quatre roues, plein gaz, sur la perspective Nevski, grande artère très circulante et passante du centre ville historique. Ce sont de véritables explosions sonores, à des vitesses plus que soutenues pour un centre ville, qui provoquent d’incroyables déflagrations acoustiques, que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion d’enregistrer. Et c’est là un fait courant qui se répète régulièrement, en journée comme en soiré, mais qui semble s’accentuer lorsque l’heure avance à nuit (presque) tombée.

Le centre de Saint-Pétersbourg, quadrillé d’avenues tirées au cordeau est donc tonique à l’écoute, si ce n’est parfois un peu plus, pour ne pas dire bruyant à certaines heures et dans certains lieux, son tramway parfois assez ancien en rajoutant épisodiquement une couche . Quelques grands parcs joliment arborés permettent néanmoins de trouver des zones plus calmes.

C’est finalement sur une autre ile, la Nouvelle Hollande, construite entre rivières et canaux, tout d’abord base militaire navale propriété de l’Amirauté, lieu du stockage de bois pour la construction des bateaux, et aujourd’hui, cédée à la ville de Saint-Pétersbourg, en plein réhabilitation, après plusieurs ambitieux projets urbanistiques. Elle est finalement aménagée puis ouverte au public, qui trouve là une sorte de poumon vert, non sans rappeler par ses aménagement attractifs le Parc de la Villette à Paris, ou certains quartiers de l’Ile de Nantes.

C’est donc dans un lieu non circulé, en tous cas par les automobiles que le guiderai deux PAS, l’un pour des étudiants en arts média, l’autre pour un groupe d’adolescent de 14/16 ans.

Comme à l‘accoutumée, un repérage précède les PAS publics. Une visite guidée tout d’abord, avec l’histoire de l’ile de sa « construction » à nos jours, toujours très instructive pour s’imprégner de l’ambiance des lieux, même si les sonorités d’aujourd’hui n’ont vraisemblablement plus guère de ressemblances avec ceux d’aujourd’hui. Puis un deuxième repérage libre, où je fixerai, approximativement, selon ce qui s’y passera, le parcours final.

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Le parcours est marqué de voix. Voix de tous âges selon les espaces traversés, promenades, aires de jeux, pelouses, espaces commerciaux. Nous trouvons sur cette ile une grand diversité d’ambiances, de scènes et de couleurs sonores, globalement assez gaies, et surtout échappant aux flux de la circulation urbaine. Les deux circuits, que ce soit avec des étudiants en arts média ou des adolescents se dérouleront très sympathiquement, sans même un casque de smartphone sur les oreilles !

En ce qui concerne la conférence, donnée dans une salle du théâtre d’Alexandrini, je présentai, devant un nombreux public, des exemples de parcours où les approches esthétiques et écologiques croisent très souvent leurs pratiques et propos. De nombreux échanges suivirent mon exposé, ce qui, pour un conférencier est toujours un exercice des plus agréables.

Je fis connaissance, lors de mon séjour, avec le preneur et ingénieur du son Xavier Jacquot, spécialiste de la mise en son pour le théâtre, avec qui nous eûmes de sympathiques échanges. Et je retrouvai également ma voisine Lyonnaise, l’artiste plasticienne Matt Coco, venue avec le centre National de création sonore GRAME, pour une exposition autour de l’art sonore. Le monde est décidément bien petit, en tous cas celui de la création sonore.

Mes hôtes de l’Institut Français m’avaient également organisé une rencontre avec Dmitry Shubin, dans son musée des instruments, au sein d’une surprenante friche artistique, bien cachée dans le centre de Saint-Pétersbourg. Une salle de concert, lieu d’improvisation, de musique expérimentale, abrite de nombreuses lutheries, instruments, objets sculptures, aux définitions fluctuantes, que je peux tester librement. Dmitri est un artiste à la fois très posé et bouillonnant d’idée et de projets. Il dirige un orchestre d’improvisation, travaille également dans le champ des musiques électroniques, électroacoustiques, du field recording. Il a notamment en vue d’enregistrer tous les ponts à mécanismes de la ville de Saint-Pétersbourg, ceux qui se lèvent pour laisser passer des bâtiments de gros tonnages, et ils sont nombreux ces ponts. Nous évoquons l’idée de faire un échange entre ceux de Lyon, non mécanisés, et ceux de Saint-Pétersbourg. Affaire à suivre.

Autre étape de mon périple, Kaliningrad, toujours en bordure de la mer baltique, mais quelques mille kilomètres au sud. En regard de Saint-Pétersbourg, cette ville est Oh combien différente ! Ex Königsberg, la cité est une enclave entre la Pologne et la Lituanie, sur les côtes de la Baltique.

Deux fois quatre heures de marches repérage sous une chaleur plombante, et à tombée de nuit, voire nuit tombée. Je découvre une ville enclavée, lovée au bord de la mer Balte, qui visiblement peine à se reconstruire de son anéantissement durant la dernière guerre mondiale. Elle a connu une reconstruction très hâtive, une population fuyante, questionnant encore aujourd’hui son devenir, ses fragilités, mais aussi l’enjeu de sa ré-urbanisation. Ville surprenante à bien des égards, et qui néanmoins propose de nombreux lieux étonnants, dans le bon sens du terme. Des lieux en déconstruction/reconstruction, espaces entre-deux, ni véritablement abandonnés ni pleinement reconstruits, se jouant dans certaines marges de l’indéfini. Des lieux étranges, mais d’une réelle beauté, pour moi, beauté sauvage du non tout à fait maîtrisé, d’une emprise urbanistique hésitante, en chantier. J’adore ces endroits mi figue-mi raisin, ces espaces entrecoupés de friches végétales ou bâties, entre maitrise urbaine et une certaine sauvagerie qui n’est pas sans me rappeler d’autres villes, notamment celles ayant connu un rapide et brutal déclin, voire effondrement économique ! Demain soir, un PAS public, où je suivrai certainement des chemins de traverse dans des ambiances phono-visuelles que j’espère un brin déroutantes.

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À Kaliningrad, était organisé cette année, comme les précédentes du reste, le festival « Sound Around » consacré aux arts sonores. La thématique de cette édition était assez proche de la création en espace public, avec des rencontres, un parcours sonore et un concert dans l’imposante cathédrale du centre ville.

Je croisai à cette occasion les artistes Audrius Simkunas, Forian Tuercke , Petra Dubach et Mario van Horik, et toute la sympathique équipe du festival emmené par Danil Akimov.

Les repérages effectués, le PAS va pouvoir emmener son public. Et là encore, une quarantaine de personnes m’emboiteront le pas, si je puis dire. Soit le double d’une jauge habituellement haute ! Néanmoins, au-delà de mes craintes initiales devant ce public très nombreux pour ce genre d’exercice, le groupe restera très soudé dans l’écoute.

J’ai choisi non pas la ville des canaux, cathédrale, et centre « historique », mais plutôt la ville où d’’immenses bâtisses, parfois à demi désertées, ménageant des zones de jardins sauvages, d’entre-deux en friche, de passages méandreux, d’espaces surprenants. Une zone globalement assez calme, où les sons prennent, comme souvent dans ce genre d’espaces, une place très marquée, précise, évidente dirais-je. Notre long cortège silencieux ne pas pas inaperçu, c’est le moins que l’on puisse dire ; mais cette fois, je n’entendrai pas, ou plutôt ne comprendrai pas les commentaires qui accompagnent les sourires ou mines étonnées, dubitatives, des passants croisés. Le parcours se révèle riche dans ses ambiances sonores où la voix et certaines activités sportives prennent une tournure esthétique des plus intéressantes. Après une assez longue boucle, je laisse, comme à mon habitude, les paroles se libérer, les questions fuser. Et l’échange final sera très intéressant de par les questions posées. Notons qu’ici, pour l’introduction comme pour le dialogue, une traductrice très sympathique et efficace me permet cette interface humaine sans quoi la communication et l’échange seraient assez difficiles. Durant tout mon séjour, différents traductrices, toutes plus compétentes les une que les autres m’ont grandement faciliter les choses, et je voudrais ici remercier tous les professionnelles de la traduction, croisées ici ou là, en Russie ou ailleurs, pour leur gentillesse et leur talent.

La dernière prestation de ma petite tournée Russe fut un concert dans la monumentale cathédrale de Kaliningrad. Pour ce dernier, j’avais préparé une série de séquences sonores de type field recording, essentiellement avec des sons captés sur l’ile de Kronstat. Un déplacement spatio-temporel en quelque sorte, des sons extirpés d’un lieu et rejoués dans un autre, quelques mille kilomètres plus au Sud, ce qui ceci dit, n’est pas une énorme distance à l’échelle du Pays.

j’utilisais pour triturer les séquences audio, dans une improvisation live d’une trentaine de minutes, un seul et unique logiciel, un multiplayer libre du GRM, d’une efficacité redoutable pour manier boucles et effets de granulation. Le superbe système de diffusion et l’acoustique des lieux feront le reste. On pouvait ici jouer, dans le bel et grand espace de la cathédrale, du presque inaudible jusqu’à une déferlante sonore littéralement décoiffante.

Et c’est après ce concert et une dernière soirée Russe avec les artistes, que je reprendrai le chemin de Lyon, après avoir goûté et joué avec les ambiances sonores de cette tranche Balte d’une Russie qui, dans ma mémoire, reste joliment sonore et accueillante.

Album photos

 

Carte postale sonore en écoute

Point d’ouïe, au Crest de l’oreille

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Crest est une petite ville Drômoise, le tout début du Sud comme on dit parfois dans notre région, surveillée de haut par une imposante tour médiévale, donjon imposant protégeant la cité, la vallée et les Préalpes provençales.
Crest est, dans son centre historique, architecturé en entrelacs de minuscules ruelles pavées, de passages couverts, d’escaliers pentus, accrochés à une raide colline. Bref un beau terrain d’écoute comme vous pouvez l’imaginer.
La cité est bordée par la Drôme, rivière que l’on imagine capricieuse au gré des saisons, des fontes de neige des plateaux du Vercors, aux vues de son lit caillouteux et torturé. Elle longe Crest sans vraiment intégrer la bourgade, séparée du centre par une route très circulante longeant la vallée. Ce cours d’eau reste néanmoins un lieu de promenade très fréquenté que je ne manquerai pas d’explorer.

Rhizome, c’est la structure d’une amie qui m’invite et m’accueille. Une jardinerie urbaine « …qui s’invente autour du végétal dans tous ses états et ses dérives… », nouvellement installée à Usine vivante, sympathique tiers-lieu local.
Un rhizome est une racine nourricière souterraine qui assure le développement le développement, en mode horizontal, de certaines plantes vivaces, en participant au décompactage des sols et à leur enrichissement en matière organique. C’est donc un système racinaire à tout point de vue enrichissant, même si, dans ses excès de fertilité, il favorise le développement parfois invasif de certaines espèces.
Le philosophe Michel Foucault à bâti sa « théorie du rhizome » comme un système, une structure évoluant en permanence, dans toutes les directions horizontales, et dénuée de niveaux. Elle vise notamment à s’opposer à la hiérarchie pyramidal « classique ». On comprend parfaitement ici les références métaphoriques à une pensée politique, sociale, au développement vivace, et qui surtout prône une horizontalité qui lutterait contre les pouvoirs trop pyramidaux, trop inégalitaires donc.

Quand à moi, j’aime à penser ici à une écoute rhizomatique, une arborescence auditive se ramifiant, parfois un brin sauvagement, étendant ses oreilles dans la cité, au bord de l’eau, dans les collines voisines, vers les gens, pour à la fois s’enrichir de ces terreaux sonores, et à la fois tenter d’y amener une écoute nourricière, où la bonne entente s’inspirerait du végétal dans une symbiose fertile.

D’ailleurs en parlant de rhizome/réseaux, mon hôte me fera rencontrer de nombreuses et sympathiques personnes, artistes, jardiniers, fablabteurs, commerçants, et autres engagés dans des associations et tiers-lieux. Prendre le pouls d’une ville, c’est aussi écouter les personnes qui y vivent et animent les lieux.

Il y a d’ailleurs un Crest intime. Celui du centre ville notamment. Un Crest très minéral, pavé de galets et enserré de murs imposants, resserrés sur eux-mêmes. Une tranche de ville un brin secrète, parfois tracée de longues rue droites, parfois, en faisant des pas de côté, sillonnée de rues capricieuses, avec des coudes et des détours surprenants. Villes idéale à la pratique de dérives, pour reprendre un mot cher à « Rhizome ». Cette espace là, arpenté de long en large et en travers, pour ne pas dire parfois en hauteur, donnera lieu à une première PAS – Parcours Audio Sensible, centré sur la ville intime et minérale. Intime certes, mais pas toujours si sage qu’elle en à l’air de prime abord. Parfois même loin de la vision un brin fantasmée, vue de l’extérieure, avec son soleil, ses richesses architecturales, ses multiples artistes et activistes… Si cette vision n’est pas complètement erronée, une semaine d’arpentage, oreilles tendues, vient écorner l’image de ce petit paradis, en grattant la surface pour regarder et écouter la ville de plus près. On y découvre aussi ses misères sociales, ses violences même, ces réseaux où circulent beaucoup de « produits » pour le moins stupéfiants. Je ne voudrais pas ici noircir le tableau, mais juste le rendre plus proche d’une réalité qui peut très vite nous échapper lorsqu’on traverse cette petite bourgade, pouvant se révéler moins quiète lorsqu’on l’arpente à l’envi.

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Le minéral creusera donc un premier cheminement, que nous explorerons publiquement en fin de semaine, entre chiens et loups. Départ de jour puis, progressivement, glissement vers une obscurité qui donnera un peu plus d’intimité à notre périple urbain. Ici, des voix, lointaines, proches, riantes, chantantes même, pour adoucir la vision plus négative évoquée auparavant. Au détour d’un passage improbable, entre deux « tunnels » de pierres, deux hommes ont dressé une table pour y prendre un apéro, et nous saluent avec bonhommie. Plus loin, une dame assise sur une placette déserte, en silence, entourée de chats. Ailleurs encore, des amis ont sorti leurs instruments pour égrener tout un répertoire de chansons Françaises. Nous les croiserons à différentes reprises, les écoutant dans différentes postures, dont une, en aveugle, très proches, sous un porche voisin. Bel effet acoustique, voire acousmatique (écouter sans voir les sources). Les voix, même fugaces, fantomatiques, mobiles, seront une trame sonore s’accrochant ou rebondissant sur des espaces minéraux, que feront résonner discrètement le bruit de nos pas à la lenteur assumée. Ces espaces/temps nocturnes favorisent une écoute renforcée par la connivence d’un riche silence partagé. Une bonne heure durant, il sera fort, presque tangible, comme un lien entre nos oreilles complices. Des moments que j’apprécie toujours à la leur juste valeur, celle notamment d’écoutants vivant une expérience sensible et avant tout humaine, sans autre artifice que nos corps-antennes exacerbés, dans le bon sens du terme.

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Deuxième exploration, elle aussi finalisée par un PAS collectif, diurne celui-ci, Crest entendu côté Drôme.
Nous partirons d’un jardin, le beau jardin pédagogique de Jean-Guy. Ce dernier s’active, plantoirs en main, sourire aux lèvres, à initier de jeunes jardiniers en herbe si je puis dire. Encore de la transmission, du rhizomatique, du végétal à portée de main et d’oreilles.
Après un petite mise en condition, de nos oreilles justement, nous nous ébranlons, toujours lentement, toujours en silence, sous un chaud soleil, vers un parc, première transition vers la rivière Drôme.
Un vent assez soutenu fait bruisser sur nos têtes les peupliers trembles (Populus tremula), les bien nommés , sous lesquels nous nous arrêterons pour profiter de leur doux frémissement. Mouvement subtile qui donne au vent une véritable concrétude auriculaire.
La traversée d’une aire de jeux pour jeunes enfants vient égayer le paysage de rires et de cris.
De points d’ouïe en point d’ouïe, nous gagnons les rives.
Les galets roulent et bruissent sous nous pas.
Des saules arbustifs nous guideront, traçant des cheminement erratiques, vers des passages longeant le cours d’eau. Eau omniprésente, acoustiquement, même si parfois on la perd de vue. Le bruit du vent à d’ailleurs, par une fondue progressive, céder la place au chuintement aquatique, courant dévalant, ou tout au moins s’y est joint au point de parfois ne plus savoir qui dit quoi.
Il y a là une belle collection de clapotis, chuintements, bruits blancs, et autres soupirs d’espaces où l’eau se fait plus étale. On s’essaie à différents jeux sonores, petites sonorités rapportées, oreilles dirigées du creux des mains en pavillons, auscultations et longue-ouïes…
Retour aux sources, celles de l’Usine qui nous accueille ce jours.

Après ces deux PAS, tellement différents, le silence rompu, les langues se délient.
Ce qui nous a interpellé, touché, questionné, surpris, charmé, dérangé, amusé… Cette bascule de l’expérience vécue vers sa verbalisation, pour ceux qui le souhaitent, rien n’est imposé, ni même proposé, se passe ce qui doit se passer, en réactions intuitives. Souvent, les écoutants expriment le désir de recommencer, de poursuivre, d’explorer plus avant les lieux de l’oreilles, de se construire de nouveaux territoires d’écoute… Et comme c’est justement l’un des but du jeu…

Je repartirai de Crest avec de nouveaux sons en tête, rhizomatiques, minéraux, végétaux, aquatiques, éoliens, humains, avec de nouveaux épisodes audiobaladologiques, des sons captés, des notes prises, personnes rencontrées, nouveaux récits donc.
Et déjà la tête dans les PAS qui arrivent, de Saint-Pétersbourg à Rabastens, dans le Tarn, puis dans la Sierra des Estrella, sur les hauteurs de Coïmbra.
Une carte postale sonore, en chantier, viendra illustrer, voire peut-être contredire ces premières impressions couchées sur la papier.

Un grand merci à Séverine de Rhizome et à Ludo son compagne, à l’Usine vivante et Radio Saint Féréol, de m’avoir invité et accueilli dans ces nouveaux PAS.

 

Album photos Rhizome – Crest centre nocturne : https://photos.app.goo.gl/fWjyHtKpmEskpiiM8

Album photos Rhizome – Crest Drôme diurne : https://photos.google.com/album/AF1QipP-pyqDt92pTdx2ml0YGU_3dFX8RjaTwrJbKFrj

 

 

En écoute

De la continuité dans les PAS

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Fin des années 80, tout début des années 90, lorsqu’ avec l’association ACIRENE, je commençais à marcher pour écouter le Haut-Jura, à repérer les lieux qui sonnent, partager ces écoutes paysagères avec nombres d’écoliers, d’enseignants, je ne me doutais pas que, trente ans plus tard, cette pratique serait plus que jamais au cœur de mon travail.

Depuis, j’ai testé moult chemins de par le monde, parcours, postures, objets, tout cela en centre ville comme en périphérie et en rase campagne, dans de modestes comme de monumentaux espaces.

J’ai rencontré et rencontre encore nombre de marcheurs activistes, écoutants, regardants, aménageurs, artistes ou écologistes, philosophes ou chercheurs de sacré, de spiritualité, de retour sur soi, de l’altérité, marcheurs prônant la revendication, ou la simple beauté du geste de mettre un pied devant l’autre.

J’ai confronté la vue et l’ouïe, voire tous les sens en alerte, en éveil, odeurs, matières, poids de mon propre corps, sensations kinesthésiques, pluri-sensorielles, parfois synesthésiques.

J’ai arpenté des territoires singuliers, seul ou accompagné, de jour comme de nuit, essayant d’en faire un récit, parfois à plusieurs voix, via les sons, les gestes, les mots, l’image, ou toute autre représentation selon les projets et rencontres.

J’ai lu des pages et des pages autour du paysage sonore, de l’écologie sonore, du soundwalking, balades écoutes, qui ont progressivement donné naissance à mes propres PAS – Parcours Audio Sensibles, les ont nourris, épaissit, assurés.

J’ai consulté et suivi nombre de travaux, expériences d’artistes activistes marcheurs, créateurs sonores de tous bords, et eu très souvent avec eux de riches échanges, souvent en mobilité.

J’ai organisé ou participé à l’organisation de petits ou plus grands événements sur ces sujets, ai encadré beaucoup de workshops, donné des conférences, participé à des rencontres, forums, journées de travail, dans de multiples lieux, institutions, espaces associatifs, culturels, souvent en plein air

J’ai accumulé et commencé de trier des milliers de pages, des adresses de sites, mémoires, thèses articles, cartographies…

J’ai enregistré des heures et des heures, retravaillant parfois ces collectages en créations sonores, radiophoniques, installations environnementales, concerts/performances live…

J’ai tenté de croiser des approches esthétiques, environnementales, sociales, des questions autour de l’urbanisme, l’architecture, l’aménagement urbain, l’espace public, l’écoute partagée

J’ai inauguré des points d’ouïe, raconté ou lu des histoires en marchant, donné la cadence et rythmé les déambulations sensibles, ses pauses, à nombre d’oreilles curieuses et souvent surprises.

J’ai cherché tant le dépaysement, les lisières, les décalages, les singularités, que des formes d’universalités, des communs partageables ici et là, avec un maximum de personnes, dans un langage je l’espère accessible au plus grand nombre, et parfois-même dans le plus profond silence !

Après avoir testé bien des technologies, processus, dispositifs, plus ou moins hi-tech, je suis revenu essentiellement à l’essence de la « marchécoute » à oreilles nues, ce qui ne m’empêche pas de temps à autre, une incursion ponctuelle vers des systèmes plus « branchés ».

J’ai tenté de mettre en place de modestes outils pour engager des recherches-actions, entre art, science et sociabilité auriculaire, en privilégiant souvent l’aménité stimulante contre la tragédie sclérosante, sans pour autant dénier les dangers environnementaux ambiants et Oh combien contemporains.

Je me suis appuyé sur des formes de rituels auriculaires, de cérémonies d’écoute.

Je me suis beaucoup inspiré de philosophes pour creuser l’idée de la marche, de l’écoute, du paysage, de Foucault à Merleau-Ponthy en passant par Montaigne, Husserl, Adorno, De Certeau, Guattari, Deleuze, Thoreau, Benjamin… histoire de prendre un brin de recul sur mes spontanéités in situ, de relier des choses, des pensés et des gestes, des gens et des expériences…

Mais aussi de m’inspirer de l’écriture de Georges Pérec, Will Self, Jacques London, Jacques Réda…

Entre le contextuel et le relationnel, la conscience écologique et sociale, j’ai essayé de garder une certaine éthique dans des approches, où la rencontre est, plus que le « produit », au centre de mes préoccupations, la façon de faire ensemble primant sur la réalisation finale.

Malgré l’emploi de l’imparfait, ici celui du récit, faisant traces d’un parcours jalonné d’écoutes toujours renouvelées, j’écris par ce temps conjuguant le passé, mais étant avant tout le témoin d’actions à long terme, toujours en cours, d’un chantier sans cesse en recherche de nouveaux développements.

Bref après un cheminement qui commence à constituer une entreprise assez conséquence, et pour moi intellectuellement fertile, à défaut de l’être économiquement, j’ai l’impression que tant de choses restent à penser, à marcher, écouter, raconter, partager, construire, hybrider…

Des points d’ouïe et les oreilles à l’air !

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Mes oreilles ont besoin d’air, d’espaces, de diversité, de vie !

Envie de les frotter à la place du marché, aux quais de Saône, ou d’ailleurs, aux terrasses les plus élevées d’un immeuble, ou à celles d’un café, façon Pérec, aux ruelles étroites, aux gares, aux ports et autres aéroports, façon Debord, aux dédales des parkings souterrains, aux résonances des forêts et aux miroirs des lacs, aux grands boulevards et aux passages couverts, aux friches industrielles et aux ruines monumentales, ou plus modestes, aux sentiers de montagne et aux bancs publics, aux escaliers et aux parvis surplombant la ville, aux grottes et autres cavernes, aux galeries marchandes et aux usines de tous genres, aux fenêtres ouvertes, aux combes et aux reculées, aux tunnels et aux chemins couverts, aux crissement de la neige gelée, aux bords de mer et aux fêtes populaires… de nuit comme de jour, immobile ou en marchant, j’ai besoin des sons vivants !

Chemins d’écoute – La pratique du soundwalk (promenade sonore) en écrits

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Comme vous l’avez sans doute constaté, Desartsonnants aime l’écoute en marche, au sens littéral du terme. Il la pratique régulièrement, l’explore, en cherche des déclinaisons, des modes de contextualisation. Il expérimente différentes formes de déambulations auriculaires avec d’autres artistes plasticiens, écrivains, conteurs, danseurs…, des aménageurs, des chercheurs, des écoutants de tous crins. Il use de ces chemins d’écoute sans cesse réécrits au fil des pas, pour réfléchir à nos propres postures d’écoute au quotidien, mais aussi à celles, plus extraordinaires, qui nous offrent un décalage sensoriel propre à jouir de perceptions environnementales élargies. Il questionne nos relations avec l’espace, le son, nos co-habitants/co-écoutants, la construction de paysages voire de territoires sonores partagés.

Au-delà de la (dé)marche d’écouteur public, via des approches esthétiques qui ne perdent jamais de vue une forme de militance pour la belle écoute liée à l’écologie sonore, celle que nous a fait découvrir Murray Schaeffer, une réflexion…

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Corps Espaces Corps

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Promeneur écoutant, auditeur nomade, en partie libre en partie contraint, fabriqueur et arpenteur de paysages sonores en devenir, mon corps-oreille, mon oreille-réceptacle, mon corps-espace, mon espace-corps, inscrits parfois malgré eux dans un jeu d’espaces inextricables, constatent que ma place-posture n’est pas toujours clairement ni définie, ni établie. Elle n’est pas toujours décryptable, qualifiable, descriptible, ni même suffisamment stable pour l’être. Est-ce bien ainsi ? Une zone de questionnements, d’inconfort, ou un terreau fertile à l’éclosion de nouveaux corps-espaces qui ne seraient pas trop sur-définis, échappant ainsi à un cloisonnement d’emblée sclérosant.
Entre une matérialité, physiquement assumée, et une ligne de flottaison sonore fluctuante, alternativement productrice et auditrice, et vice versa, quand ce n’est pas les deux postures concomitantes, se pose le statut de mon corps écoutant. Celui s’incarnant dans des traversées performatives, bruyamment silencieuses, des méditations ponctuées d’errances et d’immobilités, des micro gestes aux macro perceptions, et les myriades de nuances sonores à peine entrécoutées et déjà disparues.
Donner à voir et à entendre dans les espaces du promeneur écoutant potentiel.
Se donner à voir et à entendre dans les espaces scénographiés par le, les corps.
Se noyer dans des espaces acoustiques tout à la fois communs et singuliers.
Se distinguer dans des espaces auriculaires aussi imbriqués que dissolus.
Hésiter entre le mouvement et l’immobilité, la résistance et la fuite, la sage contemplation et l’imprudente et légère distraction.
Chercher les moyens de passer d’un état à un autre, sans cesse, vivant échappatoire.
Corps-espaces-corps, allers-retours entre dedans-dehors, ici-ailleurs, dans une construction tout à la fois apollinienne et une ivresse dionysiaque, l’espace me joue des tours que le corps ne déjoue pas forcément; le corps me joue des espaces dans lesquels lui-même s’entremêle les sens, signifiants comme signifiés, des espaces compris les vides, le corps comme l’esprit duals, hésitants, jamais sûr du bon chemin, du bon geste… Entre-deux chaotique mais rassurant quelque part. Ne jamais être vraiment sûr de rien.
Des écarts qui laissent la place à un pure jouissance, ou à un souffrance teintée d’indécisions ?
Écarts qui peuvent emprisonner, comme libérer, le corps dans ses contradictions, l’étendre dans l’espace de ses non-lieux, lui faire explorer le geste dans ses in-aboutissements.

Le paysage, y compris sonore, frotté à l’usure de l’impermanence

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IMPERMANENCE, subst. fém.
Caractère de ce qui n’est pas permanent, de ce qui ne dure pas. (CNRTL)

Il y a quelque temps déjà, lors d’une résidence artistique dans une petite ville Suisse, Le locle, nous avons, avec ma comparse Jeanne Schmid, aiguisé nos yeux et oreilles par le prisme de l’impermanence. Croisons l’image et le son, la relecture « Écoute voir Le Locle ! » en binôme, de cette cité horlogère et montagnarde, nous a très vite suggéré de nous attacher aux côtés éphémères du site, mais aussi, en contre-partie à ses résistances. De l’érosion spatio-temporelle à la résilience, il n ‘y a qu’un pas, ou en tous cas une distance franchissable à l’aune de l’observation sensible, processus phénoménologique qui a déjà fait ses preuves.

La première impermanence que nous constatèrent fut celle de l’eau. Élément structurant du paysage, avec près de 30 fontaines, des ruisseaux, une chute/cascade souterraine géante qui actionne d’anciens moulins, l’aquatique fabriquait un paysage rafraichissant et vivifiant, via le regard, l’écoute le goût et le toucher, des rythmes, des flux, des séquences… Tout au moins au début de notre séjour puisqu’à mi-parcours, toutes les fontaines furent mises à sec, en prévision de la saison froide arrivant. Et toute une partie de la cité retomba dans une sorte d’engourdissement sonore pré-hivernal. Qu’une seule onde vous manque et beaucoup de choses (sonores) sont dépeuplés. Une mosaïque de jalons, de repères auditifs, quadrillant la cité, faisant parcours, devenait alors, pour un temps de surprise, plus présents dans leurs subits silences. Un effet frigo, celui de l’oreille qui se rend d’autant plus compte de sa présence lorsque son moteur s’arrête brusquement, laissant dans la mémoire et dans l’espace comme une rémanence auriculaire. Et cela à l’échelle de la ville. Fort heureusement, nous avions instinctivement capté sons et images avant cette extinction ponctuelle. Impermanence en coupures ponctuelles.
Pour ce qui est du ruisseau, le Bied, qui traversait la ville de part en part, dans toute sa longueur, une forme d’impertinence l’affectait également. Non pas celle d’un tarissement de ses flots dû à une période de sécheresse, se qui pourrait arriver, mais plutôt générée par une coupure, une rupture de son lit, du fait du recouvrement de ce dernier lorsqu’il traverse le centre ville. il disparait ainsi de notre vue, comme de notre écoute, de notre perception sensible, perdant contact avec une ville qu’il arrosait jadis à l’air libre, devenant un flux souterrain qui le fait disparaitre du paysage pour ressurgir en sortie de bourgade. Ce qui nous le verrons n’est pas sans incidences.
Donc sur le paysage aquatique plusieurs formes, instables par définition, d’impermanences, de disparitions par coupures temporelles, tarissements, recouvrements géographiques, enfouissements…

La deuxième forme d’impermanence que nous constatâmes dans un même temps, fût temporelle. Dans le sens chronométrique du terme, celui de la mesure, du fractionnement, de l’étalonnage, de la marque, de la division du temps. Les années, mois, heures secondes sont au Locle prétexte à un économie, à un savoir-faire historique, celui de l’horlogerie, et qui lus est de l’horlogerie de luxe et de précision. Cette spécificité artisanale es associée à la conception et à la production de tous les mécanismes de mécanismes, machines chronométriques, de la montre à l’horloge monumentale, qui façonna Le Locle, jusque dans ses incroyables architectures de fabriques horlogères, aujourd’hui classées au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Une ville tic-tac, bien que le son soit plus dans la virtualité de nos tête que dans l’espace sonore « réel ». Si ce n’est que de pénétrer dans un atelier de décolletage pour se frotter aux sons des machines ciselant le métal.
S’il est un symbole de l’impermanence c’est bien la fuite inexorable du temps, celle qui nous entrainant tous vers une disparition programmée, et nous la rappelle régulièrement. Et là je parle bien de l’individu, et non pas d’une humanité prise dans les courants vertigineux de l’Anthropocène. Ce qui est une autre problématique éminemment contemporaine. Notre entourage, avec ou sans montre, notre physique, le rythme des saisons d’endormissements en réveils, marquent de façon indélébile l’usure du temps, fussions nous à l’aube d’un quelconque transhumanisme, ne nous épargne pas.
Ici, marques du temps si je puis dire, plus géographiquement prégnantes avec l’arrivée du numérique. En effet, beaucoup de ces belles fabriques de mécanismes de précision fermèrent. Aujourd’hui friches industrielles, ou en voie de reconversion. Gageons que le paysage sonore, celui vers lequel je tourne le plus souvent mon attention, mon oreille, dut également être sensiblement modifié par la disparition de certaines grosses entreprises, ou leur restructuration, par la modification de lux humains, résultante des rythmes de travail, et ceux des flux automobiles saturant la vallée, en emmenant une cohorte d’ouvriers travailler hors la ville.
Toujours au final des questions de rythmes, de flux, et d’incontournables temporalités.

Une troisième forme d’impermanence fut décelée au travers l’effondrement d’une partie des bâtiments du centre ville, dans sont axe longitudinal, avec des demeures très lézardées, fragilisées, jusqu’à leur écroulement possible, voire parfois provoqué par mesure de sécurité. La cité, construite sur une vallée marécageuse, gorgée d’eau en surface et dans ses entrailles, et un ruisseau recouvert, celui que j’ai évoqué plus haut, bougeait sur ses assises. Ces tressaillements géologiques, accentués par les phénomènes karstiques des hauts plateaux jurassiques, et le « gruyère » souterrains de grottes et de failles, malmenaient d’imposants bâtiments de pierre qui pourtant semblaient vouloir, de par leur monumentalité minérale, défier le temps, justement. Des sous-sols mouvants mettaient en péril un axe architectural central de la cité. Les travaux de consolidation se sont révélés énormes, nécessitant la mise en place de pieux s’enfonçant jusqu’à la roche mère pour assurer la stabilité des bâtiments. Ces travaux-même du reste faisaient entendre au cœur de la cité des efforts de résistances, de résilience pour des reconstructions qui fassent front aux dégradations ambiantes. Un alliance du temps et de l’eau, qui érodait une partie de la ville, et quand j’emploie ici cet imparfait du récit lié à notre résidence, je pourrais tout aussi bien employer un présent qui relate un état de fait toujours d’actualité.

Cette seule petite ville de quelques dix milles âmes nous semblait finalement un condensé d’impermanences paysagères, industrielles, architecturales, sociales, qui donnaient du reste du grain à moudre à notre récit… Même si, bien sûr, l’écriture sensible, esthétique de nos regards et écoutes croisées peuvent donner impression de forcer le trait, ou tout au moins d’en accentuer ou d’en révéler singulièrement des saillances émergentes.

 

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Dans un deuxième contexte, le travail que je mène désormais autours des jardins sonifères, espaces verts re-naturés, paysages paysagers, comme des espaces oasis acoustiques, surtout en milieu urbain, me permets également d’appréhender, ou plutôt d retrouver de nouvelles impermanences. Ces états fragiles participant très nettement à la construction-même de paysages, qu’ils soient paysages jardins ou paysages sonores, ou bien au final les deux, dans une acception hétérotopiquement foucaldienne de l’espace.

Le jardin lui-même, celui agencé via des topographies remaniées, la distribution de circulations piétonnes, la plantation de végétaux, la pose de clôtures, des aménagements aquatiques, des jeux d’enfants, ouvrages d’art et autres fabriques, architectures exotiques, folies… est un espace en perpétuel évolution. Tout jardinier qui se respecte sait agencer des formes et des couleurs végétales qui évolueront sans cesse, au fil des saisons, des feuillages caduques ou non, passant d’une multitude de verts à des ocres infinis, jusqu’à joncher le sol de tapis crissants sous nos pas. Des floraisons alternées, de la vigueur printanière à la sécheresse des tiges fanées, toujours entre naissance, croissance et déclin, voire joyeuses renaissances post-hivernales pour les vivaces. Faut-il y voir ici une sorte de métaphore à destination des civilisations, plus fragiles qu’elle n’y paraissent, car nombre de jardins et d’arbres leurs ont survécus, quand ces derniers n’ayant pas enfoui et effacé leurs traces, y compris les plus monumentales.
A un niveau plus modeste, plus terre à terre, dans le jardin, un coup de vent suffit à faire chanter joliment les peupliers trembles (Populus Tremula) les bien-nommés, comme les roseaux bruissants sous la caresse d’Éole.
Une petite cascade que quelques empierrements contribueront à construire, viendra perturber un cours d’eau glougloutant, qui pourra d’ailleurs se tarir et de fait se taire au plus fort de l’été.
Une glycine, outre son parfum enivrant, bourdonnera de mille insectes butineurs, avant que de rendormir dans un discret silence… Un sorbier attirant les passereaux qui raffolent de ses fruits engazouillera ses alentours de joyeux pépiements… Des compositions qu’un jardinier sait agencer pour ces effets sensoriels, même s’il n’en maitrise fort heureusement pas tous les paramètres.
Souhaitons en tous cas que ces image, y compris sonores, ces paysages sensibles, persistent encore dans un long terme.
Nous pouvons rajouter ici où là, empruntant à des traditions ancestrales, des mobiles éoliens, harpes éoliennes elles aussi, et pourquoi pas quelques Shishi-odoshi, marquant une sorte de scansion rythmique dans un flux temporel incessant, comme s’il tentait par ce micro mouvement perpétuel, de balancier percutant, de lutter contre l’impertinence ambiante. Des pointillistes sonore éphémères.
Bref, le jardin botanique, paysager autant que sonifère sera, quelque soient ses forme, ses courants esthétiques, ses usages, plus ou moins naturellement, contraint aux changements du temps, des saisons, des caprices de l’homme, à se pourvoir ou départir de couleurs, senteurs, choses à caresser, à goûter, à écouter. Contraint à une joueuse et naturelle impermanence que celle-là.
Comme toute nature vivante, fût-elle ici la plus artificielle, la plus artialisée disait Montaigne, le jardin est une forme impermanante par excellence, une instabilité chronique à demi apprivoisée, ce qui en fait du reste son immense charme. A l’instar d’une peinture figeant le regard du peintre sur un paysage immobilisé, presque fossilisé, le jardin, de sa conception à sa friche éventuelle, connait et entretien une vie bouillonnante, et la partage à nos yeux et nos oreilles, voire à tous nos sens comblés. Et plus grande est parfois l’absence de gestes trop paysagers, la déprise des tiers-paysage chère à Gilles Clément, plus grande est la biodiversité résultante d’espaces dé-laissés en friches fertiles.

Comparée à l’impermanence sociétale, voir d’une humanité qui semble proche d’un certain chaos climatique, social, politique, vue sous un angle collapsologique, celle du jardin paysage semble plutôt rassurante, voir même vivifiante et stimulante. Si la situation sociale et climatique ont de quoi, à juste titre, à nous inquiéter, le jardin qui ne cesse de se transformer, quelque part de se régénérer, quand il n’est pas nourricier, peut nous apporter des formes d’aménités apaisantes. En centre ville, poumon vert, oasis acoustique nous coupant, ou atténuant le flot incessant des moteurs, espaces où la communication orale est aisée, agréable, lieu de détente, de repos, de rencontres, d’activités physiques, de douces méditations, sur un banc ou une pelouse, à l’ombre bienveillante d’un chêne séculaire, le jardin paysager nous offre un point de répit, havre de paix, ou tout au moins d’apaisement. Face à une impermanence déstabilisante, et parfois anxiogène de la cité, de mégalopoles titanesques, les îlots de verdures et leurs douces impermanences nous offrent de généreux contrepoints sensibles, remparts aux tensions d’hyper architectures impersonnelles et de dégradations climatiques et sociales de plus en plus flagrantes.

Si le paysage, au sens large du terme, est voué, à plus ou moins long terme, comme du reste ses résidents et la planète entière, à une forme d’érosion, d’enfrichement, d’effondrement inéluctable, mais n’est-ce pas là un retour à une « saine sauvagerie initiale », certains espaces proposent encore, dans leurs constantes variations sensibles, des lieux protégés où peuvent se ressourcer nos yeux, nos oreilles, notre corps fatigué, notre pensée aux aguets. Charge à nous d’entretenir et d’exploiter leur potentiel ressourçant, ballottés aux centres d’impermanences grondant en sourdine l’annonce un chaos en chantier.

PAS – Parcours en duo d’écoute n°14 avec Isabelle Gessen

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Lundi 22 avril 2019, jour de Pâques, départ du 14e PAS en duo Lyonnais, de la gare Saint-Paul vers les hauteurs de Fourvière.

La visite est cette fois-ci emmenée par Isabelle Gessen.

Des escaliers, des écoles, couvents reconvertis, des parcs, un parcours en Acro-branches, des points de vue panoramiques, un cimetière, hélas fermé à cette heure, et des points d’ouïe aussi, sur le parvis d’une basilique, à l’intérieur et dans la crypte de celle-ci, d’autres parcs, une fin dans les ruines gallo-romaines, pour finir une redescente hors-micros.

Près de trois heures de marches, dont plus de deux enregistrées non-stop, sans retouches aucunes. Des dialogues, des lectures, certaines inédites, circonstanciées, beaucoup de dénivelés, et des espaces somme toute assez apaisés. Une nouvelle tranche de ville Lyonnaise à portée d’oreille s’offre à nous.

Au-delà des choses écoutées, c’est notre petite fabrique de paysages sonores qui est toujours au cœur du processus. C’est la façon dont nous le vivons, racontons, faisons vivre par notre récit croisé, in situ, en grande partie imprévisible, selon ce qui se passe, les sensibilités de chacuns -unes…

Je ne m’en lasse pas.

 

En écoute

 

 

Les sons de l’EmoSonne

Parcs et jardins, paysages en écoute, Points d’ouïe pour l’oreille (ou)verte

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"Revenir à l'essence du son, les espaces sonifères, 
les oasis acoustiques..."

 

Sans doute de par mes premières amours et études, mêlant le paysage (au sens d’aménagements paysagers, ou du paysagisme), et la musique, les sons, je traverse aujourd’hui, dans mes explorations urbaines, mais aussi hors cités, de nombreux parcs et jardins. Lieux que j’apprécie énormément, comme espaces de calme, de biodiversité, de promenades, d’explorations sensibles, de ressourcements, de rencontres, d’expérimentations sonores…

Souvent, ce sont de petits, ou grands oasis urbains, au niveau acoustique en tous cas, terrains privilégiant des échanges où la parole et l’écoute peuvent se déployer sans efforts, lieux de ressourcements apaisants, contrepoints à une densité urbaine parfois frénétique. Des lieux que je qualifie parfois de ZADs (Zones Acoustiques à Défendre).

 

""Le jardin est un territoire mental d'espérance". Gilles Clément

 

Je réfléchis, depuis déjà quelques années, à bâtir une thématique liée aux paysages sonores, dans un sens géographique et sensible du terme, s’appuyant essentiellement sur l’arpentage auriculaire, mais aussi sur les approches pluri-sensorielles. Parcourir des parcs, jardins, promenades urbaines, coulées vertes, qu’ils soient jardins botaniques, de curés, potagers, romantiques, à la Française, Zen, villages de charbonniers, Parcs culturels, historiques, jardins partagés, sites agricoles…

Si l’écoute reste le pivot centrale de mes propositions, il n’en demeure pas moins qu’un jardin, objet paysagé et quelque part architectural, reste naturellement multisensoriel et peut donc s’entendre par et dans tous les sens.
La vue – des couleurs, des formes, des perspectives des plans, des sculptures, folies, fabriques, rocailles, architectures métissées et autres ornementations ou picturalités.
L’odorat – des essences odoriférantes, des parfums, senteurs, des odeurs de terre mouillée, d’humus, d’herbe fraichement coupée, sèche… Le toucher – effleurements et caresses de matières ligneuses, fibreuses, granuleuses, textures des sols… Le goût – déguster des fruits, légumes, herbes aromatiques, de la cueillette à la cuisine… L’ouïe, ici privilégiée – eau ruisselante, vent dans les branchages, crissements des pas, voix des promeneurs, jeux d’enfants, bruissonnements de la faune…

Pour ce qui est du sonore, field recordings, PAS – Parcours Audio sensibles, compositions musicales et/ou sonores, inaugurations de Points d’ouïe, installations éphémères, résidences artistiques autour du paysage sonore,  parcours d’écoutes avec points d’ouïe acoustiques signalisés, croisements photographies/sonographies, arts sonores et écologie, botanique et acoustique… le chantier promet d’être très riche en croisements, hybridations, pour filer une métaphore horticole, et en rencontres ! Un véritable substrat ou terreau, nourrissant le végétal comme le sensoriel, sans oublier les sociabilités, envisagées comme des pépinières de bien vivre ensemble, des espaces où ensemencer et faire germer des cultures communes.

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Parcours d’écoute – Points d’ouïe signalisés – Neerpelt (Belgique)

Par le biais d’approches hybridant esthétique et sociabilité, c’est au travers une forme d’Écosophie, telle que l’ont pensée Arne Næss, puis Félix Guattari, ou bien via la poésie déambulante et pré-écologique d’un Thoreau, ou encore les concepts de Tiers-Paysage et Jardin planétaire de Gilles Clément, en passant par « l’insurrection des consciences » de Pierre Rabhi, les Paysages sonores partagés et sonographies de Yannick Dauby… que j’ai envie de revisiter de l’oreille, les parcs et jardins, des grandes prairies ostentatoires jusqu’aux aux bosquets intimes. De l’oreille, et de concert, une approche naturellement Desartsonnant(e)s…

La seule Métropole Lyonnaise, mon port d’attache, possède nombre de ces jardins, mouchoirs de poche ou immenses parcs, couloirs verts ou réserves naturelles. Mais aussi partout en France, en Europe et dans le Monde ! Un vrai jardin planétaire, pour reprendre l’expression de Gilles Clément, et joliment sonifère comme une oreille rhizomatique sur le Monde, une trame sonore verte maillant des territoires par une sorte d’inventaire d’acoustiques paysagères, et des espaces propices à des parcours  et créations sonores à l’air libre.

De quoi à se mettre l’oreille au vert, et cultiver une écoute (ou)verte !

 

Je m'en allais dans les bois parce que je voulais vivre sans hâte. 
Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie ! 
Mettre en déroute tout ce qui n'était pas la vie, 
pour ne pas découvrir, à l'heure de ma mort, que je n'avais pas vécu.
Henry David Thoreau - Pensées sauvages

 

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Parc Blandan à Lyon 7e

 

Des lieux visités, écoutés, et des expériences Audiobaladologiques

Lyon et alentours : Parc Montel, Parc Roquette, Jardin de l’ENSGrand Parc de Miribel Jonage, Parc de GerlandParc de la Feyssine, Parc des hauteurs, Jardin Sutter, Tête d’or, Parc Blandan

Ailleurs en France: Jardins du Prieuré de Vausse Jardin du Mas Joyeux à Marseille, Jardin des sons à Cavan, Parcs des Buttes-Chaumond et de Belleville  La Villette, à Paris, La Roche Jagu en Bretagne, Le jardin Romieu à Bastia, Jardin des deux rives à Strasbourg, Baraques du 14 de la forêt de chaux, « Parcours sonore Échos de la Saline » Jardins de la Saline Royale d’Arc et Senans, Domaine du château de Goutelas et La Batie d’Urfée en Forez Domaine de la Minoterie de Naurouze, Parc Buffon à Montbard – projet Canopée, jardins du château de Sassenage, jardins ethnobotaniques à la Gardie

Italie  : Le jardin de fontaines de la Villa D’Este

Autriche : Jardin botanique de l’université de Vienne

Espagne : Parc Güell à Barcelone

Angleterre : Hyde Park à Londres

Belgique : Parc du Domel, Klankenbos  Neerpelt,  Parc du Beffroi de Mons

Et bien d’autres lieux encore, dont beaucoup en chantier, et à venir.

Écoutez voir, contrepoint n°1

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Entre chiens et loups
un moment que j’affectionne tout particulièrement
un instant de bascule
un fondu presque au noir amenant à la nuit
un apaisement discret
des choses qui font place à d’autres
des lumières déclinantes
puis à nouveaux des multiples soleils encagés
l’oreille s’adapte
règle ses focales
l’œil en fait de même
tout s’épaissit
ou s’éclaircit
c’est selon
une fenêtre s’ouvre sur le bas de la ville
une fenêtre visuelle
le lointain en perspective
la ville basse à nos pieds
une percée vers la vallée du Gers
barrée au loin des contreforts des Pyrénéens
la cloche
en bourdon imposant
de la cathédrale dominante
vient d’arroser la cité d’un claironnant Angelus
une fenêtre auditive
une percée sur la rumeur de la ville
les murailles trouées d’escaliers abruptes
des couloirs sonores
l’oreille vise le son
l’œil les décrypte
bien qu’on ne sache plus trop qui fait quoi au final
les horizons se brouillent
des voix proches
des piétinements cliquetant le pavés
une poussette grinçante hors-champ
la nuit tombée diffuse
des traines de couleurs d’un ciel chargé
au sortir de l’hiver
des traines de sons
s’accrochant aux murailles
ricochant sur des parois séculaires
une grue tournoyante ferraille joliment
hors-champ elle aussi
une musique en chantier
et pourtant tout est calme
chaque son à sa place
pas d’envahissements frénétiques
les sonorités et les lumières décroissent de concert
un decrescendo glissant tout en quiétude
le groupe d’écoutants jouit de l’instant
dans un silence peuplé de mille bruissements
regardécoutant la ville d’un posture panoramique
orientée par la trouée d’une ruelle pentue
peu de choses filtrent du bas
des rumeurs contenues
par d’inextricables chemins de pierres
un piège à sons
le temps est à l’écoute
comme il est au regard
des polyphonies de lueurs sonores
comme de sons colorés
le point de vue titille l’oreille
et sans conteste réciproquement
la ville paysage s’accroche sensoriellement
nous charme d’aménités offertes à qui sait être là
pour les cueillir fragiles dans l’instant.

 

La stratégie du banc

Au départ, point de stratégie, pas de plan préconçu, ni la moindre idée d’une action en cours, à venir…
Tout juste le fait de s’assoir sur un banc, presque toujours le même, le soir, en fin de journée, souvent entre chiens et loups, puis nuit tombée, parfois tardivement.
D’assez longues pauses en fait.
Souvent plusieurs heures.
Un poste-observatoire au long cours.
J’y prends l’air du temps.
Le temps de ne – presque – rien faire, un vrai luxe.
Mais ne rien faire n’est pas forcément ne faire rien.
Je peux écouter, regarder, rêvasser, et beaucoup lire.
Des moments non programmés, ou prémédités.
La répétition m’inscrit dans un paysage urbain, à quelques encablures de chez moi, ou à quelques milliers de kilomètres.
En fait s’ancrer une vieille habitude, d’appréhender une ville en marchant, mais en s’asseyant sur des bancs publics (quand il y en a…)
Cette inscription itérative dans des espaces-temps récurrents m’installe, pour des passants eux aussi récurrents, comme un sorte de repère urbain, qui parfois les questionne.
Surtout que je peux m’y assoir par des températures assez fraiches, humides.
Certains s’en inquiètent.
– Avez-vous besoin de quelque chose ?
– A boire, à manger, une couverture, de l’aide… ?
– Et bien non merci, c’est très gentil de votre part, j’habite à deux pas, ou je suis à l’hôtel, selon les cas…
– Excusez moi, je ne voulais pas…
– Mais ce n’est pas grave vous savez, plutôt sympathique de votre part…
– Que faites-vous donc ?

– Mais rien, je prends l’air, je lis, j’écoute, je regarde, je discute…
– Que lisez-vous ?
– Ah oui, moi j’aime bien… Et puis aussi…
– Je vous en apporterai un…
Et deux ou trois personnes avec qui nous avons parlé littérature, philosophie, me donnent des livres, je leur en donne aussi parfois.
J’ai instauré sans le vouloir une forme de Give Box, avec un peu plus d’humain en supplément.
La stratégie commence à s’élaborer, comme des gestes simples, une micro performance involontaire, une intervention a minima, relevant du “minumental”…
Et la conscience que quelque chose de passionnant se joue à ces endroits…
Avec également d’autres personnes, parfois en grande détresse, en quête d’écoute, tout simplement.
SDF, marginaux récemment sortis de prisons, personne seule menacée d’expulsion, jeune réfugiée Albanaise, je prends leurs désarrois, leurs fragilités, leurs révoltes, leurs abattements en pleine figure.
Je les écoute.
Je les écoute modestement.
Par inexpérience, par crainte, je ne sais guère leur donner de conseils face à la diversité et la violence sociale de leurs situations.
Alors, je les écoute, longuement, ce qui est déjà pour eux un geste bienveillant, leur prodiguant souvent un simple “bon courage” lorsqu’ils s’en vont.
Je ne m’étais pas imaginé que s’assoir régulièrement sur un banc me plongerait, sans le vouloir, au cœur d’une Comédie humaine souvent sombre et Oh combien violente.
Une arrière-cuisine d’une société désabusée, clivante, et a priori peu portée à la bienveillance.
Ici, pas de notes, pas de sons, je respecte leur intimité, leur parole.
Ces instants ne sont pas propices à profiter quiètement du lieu.
D’autres épisodes sont heureusement plus joyeux.
De jeunes étudiants, étudiantes, en fête, qui passent régulièrement en me saluant gaiement, me racontent une blague potache.
Certains se contentent d’un signe de la tête, voire d’un sourire timide.
La situation à répétition me fait croiser des personnes, commerçants locaux, voisins, qui viennent tailler la bavette.
Un voisin collègue, travaillant sur le son, la parole rapportée, patrimoniale, habite quelques mètres de “mon” banc.
Le sujet de conversation est donc tout trouvé, nous échangeons autour de nos projets, expériences…
Je lis beaucoup sur ce banc
Revues techniques, philosophiques, romans de tous genres…
J’y écris également, des réflexions, des amorces de projets, des jeux de mots, avant qu’ils n’échappent à ma mémoire fugace…
Un banc-bureau en plein-air, dans une scène urbaine à ciel ouvert, à 360°.
Un bureau toujours ouvert au public,  open space.
J’aime assez cette idée.
Bureau un brin nomade, l’expérience pouvant se répéter ailleurs, presque partout, entre deux marches.
Pas de prétention esthétique dans un premier temps.
Pas encore.
Juste des instants de sociabilité, qui convoquent beaucoup, énormément, l’écoute, les écoutants.
Les écoutes…
Parfois j’ai tenté de figer des bribes du lieu en l’enregistrant.
Ou en m’enregistrant, comme narrateur improvisateur.
Selon ce qui s’y passe, ou pas.
Parfois je l’ai partiellement écrit sur un bloc-notes, enregistré, commenté de vive voix.
Les traces, doucement, s’accumulent, prennent de l’épaisseur, font vivre un paysage qui devient de plus en plus tangible, solide.
Même s’il reste fragile, comme tout paysage.
L’idée de construire, avec ou sans l’aide des passants, de me mettre en scène, de faire partie consciemment d’un espace en écriture, se fait progressivement jour.
Je tire de la répétition de ces postures, des idées de projets visant à investir subrepticement un espace public inspirant.
Sans rien imposer.
Plutôt suggérer.
Dialoguer.
Faire entendre.
S’entendre avec.
À la fois furtivement et pourtant ostensiblement.
Ce que j’ai nommé des bancs d’écoute.
Mais où l’écoute est très élargie.
Des mobiliers urbains qui deviennent d’autant plus pertinents que lorsqu’une forme de rituel s’installe, dans le temps, dans la durée, dans la répétition, dans une forme d’habitude instable.
Je m’aperçois d’ailleurs que j’ai déjà exploré ces situations dans d’autres lieux, d’autres villes en l’occurrence.
Pendant une dizaine d’années, et durant une quinzaine de jours, sur les hauteurs de Mons (Be), juste en dessous d’un beffroi, et juste au-dessus de la Grand Place.
Espaces sonores assez magiques, tout en rumeurs et tintements, chuchotements et rires, passages acoustiques interstitiels de la ville alentours.
Là aussi des rencontres récurrentes.

Une longue station assise, collective, improvisée, lors d’une résidence au centre d’art contemporain de Lacoux, dans un champ camping sauvage, à nuit tombante et tombée. Silence. Changement de couleur, de température, d’ambiances. Apaisement. Lenteur/longueur. Sons lointains. État d’apesanteur. Quiétude. Paysage. Fondue au noir, au bleu, aux étoiles…

Au Locle, lors d’une résidence artistique Suisse, en duo avec l’artiste plasticienne Jeanne Schmid, sur un banc de la place de l’Hôtel de Ville.
Et ici encore d’autres rencontres.
Mais dans ce dernier lieu, à l’aune des expériences précédentes, j’avais conscience de m’installer dans un espace urbain, d’être repéré, presque assimilé, dans cette petite ville de quelque 10 000 âmes.
Il me fallait garder la fraîcheur de la posture nonchalante et “naturelle” d’un lecteur-observateur, face à la stratégie de jouer de ma présence, comme une forme d’interrogation sociale.
Réfléchir à la manière de poursuivre ces stations immersives et quelque part interactives, bien que sans dispositifs, en tout cas techniques ou multimédia.
Réfléchir à la manière d’en tirer des formes de récits.
Réfléchir à la manière d’en imaginer des prolongements, des postures, des mises en situations, des stratégies à venir.
Sans doute penser la façon, ou des façons, d’instaurer ces actions dans une continuité, une suite d’actions structurantes, dans une forme de rituel nomade.
Ici sur un banc, ailleurs sur un autre, et ailleurs encore.
Processus d’infiltration douce.
De dissémination discrète, contextuelle et relationnelle.
Rien n’est encore tout à fait joué, mais l’idée germe de poser la stratégie du banc, entre deux PAS – Parcours Audio Sensibles, comme une posture me permettant de m’inscrire plus fortement comme un écoutant-écouteur sociable, dans des processus où la ville se lit en même tant qu’elle s’écrit.
Avec la précieuse aide des passants bienveillants, et de la ville généreuse.

Le Mans, Lyon, Cagliari, Saint-Pétersbourg, Sousse, Victoriaville,  Marseille, Brest, Tananarive… Autant de lieux singuliers, de bancs de pierre, de fer, de bois, d’ambiances, d’écriture, de postures, d’aventures immobiles…