Comme je le dis parfois il y a souvent quelque chose qui cloche dans le paysage en tous cas dans les miens. Installées en vigies des dames d’airain se font entendre d’heure en heures en heurts battant en fêtes carillonnées en joyeux événements ou pas esprit de clocher paysage campanaire des signatures sonores de hautes volées des marqueurs acoustiques résonnants elle se balancent sont tintées teintées acoustiquement couleur sonore d’un village d’un quartier d’un sanctuaire je ne manque jamais de les saluer de l’oreille attendant la bonne heure sonnante d’en goûter les envolées toniques d’en capter les percussions-résonances de défendre leur droit à la sonnerie n’en déplaise au mauvais coucheurs de l’oreille à ceux qui haranguent coqs et cloches préférant sans doute les moteurs à tord ici, dans les montagnes pyrénéennes qui m’accueillent je les laissent venir à ma fenêtre aux des bancs d’écoute de Lourdes à Luz Saint-saveur en passant pas Esquièze Sère à chacun son son de cloche j’en joue faisant frotter leurs sonorités a l’envi à cloche-oreilles parfois.
Petite fiction campanaire Avec la participation de différentes cloches de Lourdes, Luz Saint-sauveur et Esquièze-Sère. Des espaces temps qui se télescopent, font dialoguer des lieux par les cieux, des géographies triturées en mode résonant, de la matière fondue et refondue…
Le paysage sonore est aujourd’hui, dans sa formulation en tous cas, voire dans ses fondements historiques, attaqué, ringardisé, dénigré, par un certain nombre d’acteurs du sonore… Alors que paradoxalement, il réunit plein d’activistes qui voient plus loin que les querelles de clocher en perpétuelles sonneries. Alors qu’il est aussi en capacité de parler au plus grand nombre, au-delà d’une élite bien-pensante et bien écoutante, d’agir in situ, de proposer du vécu, du sensible, des choses en mouvement, du social, de l’esthétique, de l’éthique, des problèmes de terrain, d’actualité.
C’est un projet dont on commence tout juste à entrevoir l’immense potentiel à fédérer des écoutes, des sociabilités, des prises de consciences, notamment écologiques, parce qu’il arrive à un stade où il a véritablement une histoire, avec des gens qui l’on porté, qui l’ont fait vivre. Alors pourquoi vouloir l’enterrer, en finir avec. Il faudrait pour cela avoir des outils aptes à mener une nouvelle réflexion fertile, mais surtout de vraies actions, pour éventuellement le remplacer, si besoin était, ou plus futilement le renommer, ce qui n’est vraiment pas le cas aujourd’hui. Le faire évoluer, le croiser à de nouvelles formes de penser et d’agir, oui, le sacrifier à l’autel de la Tabula rasa sous prétexte d’inventer du neuf à n’importe quel prix, non ! Il existe bel et bien, dans toute sa diversité, et chacun peut y trouver et y créer ce qui lui correspond le mieux, en y apportant sa pierre auriculaire plutôt qu’en œuvrant sourdement en démolisseur.
Donner de la voix, un cadeau, une friandise sonore, un don offert sans contre-partie, juste pour le plaisir d’entendre parler. Pas de message, pas d’explication, pas de contenu sensé, juste une musique, des timbres, des accents, des ambiances, des bribes glanées ici et là la vie quoi. Un marché, une place bordée de bancs, une ruelle, des commerces… une scène acoustique multiple, habitée de voix multiples. Donner de la voix, comme un jeu, un plaisir d’entendre dire, un paysage sonore, une énergie communicative, qui vient réveiller l’espace, dans des temps d’enfermement, dans des temps qui s’ébrouent, dans des temps où la vie sociale à besoin de donner de la voix.
Deux villages accolés. Luz Saint-Sauveur d’un côté de la rivière Le Bastan. Esquièze Sère de l’autre. Des Points d’ouïe. Des bancs d’écoute. Des promenades.
Entendu dans le ciel, le grondement, bourdonnement, vrombissement, d’un hélicoptère. Il tournoie au dessus de la montagne en rapace guetteur toutes pâles tournoyantes il marque des pauses sur-place au surplomb d’une crête. Randonneur en mauvaise passe hélitreuillage sauvetage observation surveillance ? Difficile de savoir.
Un peu plus bas mais dans un rapport au ciel, des oiseaux oiseaux chantant gazouillant pépiant…
Quel rapport entre les deux ? L’un de fer les autres de chair l’un bourdonnant du moteur et sifflant des pâles les autres chantant à plein syrinx ? Des sons évoquant la hauteur ? Le ciel ? L’envol ? La mise en regard d’une puissance mécanique et d’une fragilité oiseleuse? La pure facétie de l’écoutant ? Faire se répondre dans une même zone d’écoute montagnarde objets ferraillant et oiseaux volant L’un, puis l’autre chacun son thème en réponse puis les deux réunis en un contrepoint singulier si ce n’est anachronique d’une machine volante et de vie animale dans des étagements de plans sonores plus qu’improbables mais assumés si ce n’est affirmés contre toute vraisemblance. Le paysage sonore, dans son imaginaire peut se le permettre sans complexe.
Ceci n’est pas la chose sonore ceci n’est qu’un paysage un audible possible parmi mille autres possibles.
Après tout, ce paysage n’est, d’abord et avant tout, qu’un espace de sons racontés entre les deux oreilles exactement.
Résidence audio-paysagère Accueillie par Ramuncho Studioà Luz Saint-SauveuretHANG-ART à Esquièze-Sère Mai 2021
Selon les lieux, les projets, la façon de travailler, de collecter de la matière, de la mettre en forme, sera parfois très différente. Des processus, façons de faire, vont très vite apparaitre comme plus opportuns, adaptés à la situation de l’espace et du moment. Cette semaine, immergé dans une haute vallée pyrénéenne, l’écriture sonore va passer par un collectage et un travail autour de thématiques acoustiques. Selon les opportunités hasardeuses, les périples, les envies, certains jours seront dédiés à une série de sons traitant d’un sujet commun, d’un micro événement, d’une thématique anticipée ou non. Sur d’autres lieux et à d’autres moments, il en ira différemment. L’écriture d’un paysage sonore in situ partira donc ici d’éléments de même nature, ou très proches, traités par petits blocs, avant d’être ré-assemblés, pour aller vers une composition audio-paysagère plus globale. Au départ, des éléments a priori indépendants les uns des autres, dissociés, presque autonomes, pour aller, à l’aune d’une sorte de description phénoménologique, vers un paysage sensible, construit de briques sonores agencées par le montage et le traitement audionumérique. Prenons par exemple quelques thématiques rencontrées lors de mon actuelle résidence montagnarde. Des oiseaux, premier jour et heure bleue, passereaux, rapaces et hirondelles, la gente avicole se fait entendre. Des eaux, rigoles, pluies,fontaines, torrents, cascades… Le paysage est à cette époque printanière ruisselant. Des voix, des timbres, des activités, des accents, des dialectes, les voix synonymes de vie et d’espaces sociaux… Du campanaire, des cloches d’églises et de chapelles, des ensonnaillements de troupeaux, le paysage tinte. Des phénomènes météorologiques, vent/pluie/orage, le ciel printanier est très changeant en montagne. D’autres sonorités plus singulières, telles que celles d’un hélicoptère tournoyant longuement au dessus d’une montagne, élément sonore habituel dans ces contrées. Peut-être à mettre en analogie avec les oiseaux, un sujet potentiel autour des « sons volants ». Tous ces marqueurs sonores, plus ou moins permanents ou plus ou moins éphémères, recomposés entre eux, me permettront de dessiner des ambiances sonores qui, à défaut d’être réalistes, dresseront un portrait auriculaire des lieux. Portrait bien sûr en temps que représentation subjective et personnelle, mais où chacun pourra je l’espère, ici ou là, à un moment ou à un autre, s’y retrouver.
Résidence audio-paysagère à Luz Saint-Sauveur Accueillie par Ramuncho Studio etHANG-ART Mai 2021
En priant Dieu qu’il fit du vent… Et il y en fit ! Une nuit bien ventée tempétueuse même. Éole au meilleur de sa forme. Un vent tout droit venu du sud qui balaie les hautes vallées pyrénéenne (scène de l’action en cours) ça charrie ça gémit ça siffle ça grince ça grogne ça secoue ça ballote ça traine ça remue ça vibre ça s’infiltre ça se calme et se déchaine ça rythme la nuit … Et tendre l’oreille au vent c’est vivifiant paysage mouvementé paysage secoué
Nous entendons du vent plus ce qu’il anime, met en mouvement plus ce qu’il met en vibration notre peau et tympans compris plus ce qu’il fait chanter les obstacle à son flux ceux qui lui résistent, que le vent lui-même Le vent, on le sent à fleur de peau à fleur d’oreille telle une vibrante friction aérienne
Quand il s’engouffre dans la vallée c’est comme un couloir acoustique un tuyau d’instrument une pavillon vibrant.
Et les micros tendus peinent à le saisir dans son humeur de tempête qui collent les membranes saturent les prises de sons jusqu’à l’inaudible alors il faut ruser emmailloter les micros se mettre dans les recoins les anfractuosités derrière des fenêtres à l’abri du grand souffle mais à l’affut de ses courants déchainés.
Doucement, tout se calme le grand souffle retombe laissant un paysage quasi épuisé et ses arpenteurs écoutants également épuisés et repus après ces grands bols d’air.
Et la pluie d’arriver Autre ambiance plus feutrée qui égoutte la vallée tout bascule dans une intimité mouillée.
Écoute au casque de préférence.
Résidence audio-paysagère à Luz Saint-Sauveur Accueillie par Ramuncho Studio etHANG-ART Mai 2021
PAS – Parcours Audio Sensible nocturne en Ardoinais – Gare au théâtre – Vitry sur Seine
Chaque année, je m’installe pour quelques temps dans des lieux dits de résidence, résidence artistique, résidence de création et/ou de recherche, en tous cas d’expérimentation pour moi. A l’origine, la résidence est notre lieu d’habitation, là où l’on réside. Pourtant, pour les artistes nomades, itinérants, qui s’installent temporairement, le temps de de faire naitre ou de maturer une œuvre, de la mettre en scène, en espace, ou bien de travailler aux processus qui le permettront, aux outils, aux expérimentations de terrain, ce n’est pas la cas. La résidence est une étape, quelle que soit l’état, l’avancée du travail en cours. Elle va offrir le cadre, l’accueil, parfois les outils et l’accompagnement, voire des moyen de production. Si je prends le cas d’une résidence audio-paysagère comme j’aime à les nommer, il s’agira de s’installer pour dessiner avec les sons un paysage sonore singulier, non pas ex-nihilo, mais puisant dans l’environnement du lieu qui m’accueille, de ses environs. La résidence est une immersion qui permet de se consacrer, un temps, pleinement à un projet, à faire une focale sur un travail en chantier, à venir chercher de de la ressource parfois dépaysante, inspirante. L’immersion est une étape importante. S’immerger dans l’action, dans les lieux environnants, dans les ambiances, les rencontres, des situations nouvelles… un ressourcement vivifiant qui peut faire rebondir une action stagnante parfois faute d’inspiration neuve. S’immerger pour expérimenter, pour tester, pour contextualiser et frotter son écoute en un lieu et temps donnés, même de façon éphémère. C’est aussi l’occasion, la chance, de rencontrer d’autres artistes, techniciens, opérateurs culturels, élus, structures locales, et de profiter des connaissances du territoire et savoir-faire de chacun, sans parler du côté humain, relationnel de par ces échanges enrichissants. Une résidence est une coupure de l’ordinaire qui va nous stimuler pour arpenter, écrire en fonction de, se frotter à un territoire, ce qui va sans doute ouvrir de nouvelles perspectives, de nouvelles façons d’envisager des modes opératoires comme des mises en situation. Parcours, installation extérieure, intérieure, forme hybride, carnet de notes, une montagne ne sonnera pas comme un port, une forêt comme une ville; les espaces arpentés, écoutés, influeront nos travaux, et peut-être vice et versa. Pour ma part, le dépaysement m’est nécessaire pour avancer. Avancer sans toutefois aller vers une précipitation effrénée et stressante. Prendre le temps, à intervalle régulier, de s’assoir pour écouter la ville, la montagne environnante, les voix et ruisseaux, prendre le pouls auriculaire. Les résidences permettent de trouver des rythmes plus souples, à la fois propices à une écriture soutenue, sans toutefois être hyper contraignants, ce qui pour moi peut devenir très vite contre-productif. Chaque lieu où je me suis posé a amassé une pierre nouvelle dans l’écriture globale, dans la construction d’une forme d’un vaste paysage sonore partagé, quasiment universel et pourtant si singulier selon les lieux.
Résidence Audio Paysagère à Luz Saint-Sauveur, accueillie par Ramuncho Studio et HANG-ART– Mai 2021
Avec toute une bouillonnante, écumante matière sono-aquatique, un paysage se met en place doucement. Il raconte, à sa façon, à ma façon, désartsonnante, un petit périple de Luz Saint-Sauveur à Gavarnie et alentours. Il parle d’une haute vallée montagneuse, celle des Gaves de Pau, qui a bien voulu me laisser capturer des sons de ses nombreux cours d’eau. Torrents et cascades, dans tous leurs états, ou presque. Un corpus de sons assemblés, truiturés, dessinant un lieu imaginaire issu de plusieurs lieux, bien réels eux. Tenter de montrer la diversité. Tenter de montrer la puissance. Tenter de montrer la douceur. Imaginer les reflets ondoyants par des moirages sonores. Imaginer un cheminement aux gré de rives creusées à même la montagne. Imaginer la montagne environnante, puissante. Imaginer la voix des eaux qui écument les vallées, dévale les falaises, s’assoupit dans des creux. Ceci n’est pas une rivière, ni un torrent, ni une cascade, mais ce que j’en entend, ce que j’en écris, ce que j’en invente, ce que j’en raconte.
Suite de mes aventures auriculaires pyrénéennes. Hier, explorations hydrologiques de la vallée du des Gaves et des alentours du Cirque de Gavarnie. De l’eau à foison, des couleurs plein les yeux, du bouillonnement plein les oreilles, et un vent revigorant. Grand merci à Béatrice, ma guide, qui m’a conduit le long de ces voies d’eau. Ce territoire, autour de Luz-Saint-Sauveur est d’une richesse paysagère, sonore y compris, qui met les oreilles et les micros en liesse. Des torrents qui, parfois quasiment étales, parfois impétueux, dont les flux viennent se briser avec fracas sur les écueils de roches, des éboulis chaotiques, ces versants de montagnes qui canalisent torrents et cascades, ne cessent de nous éblouir. Au détour d’un virage, un spectacle aquatique des plus impressionnant qu’il m’ait été donné de voir, et d’entendre. La centrale hydroélectrique de Pranières fait un lâcher d’eau spectaculaire. Une bouche à flanc de montagne crache un volume d’eau incroyable, gigantesque vomissure blanche, écume dantesque, dans un bruit de tempête, qui va s’écraser dans le lit d’un torrent en contrebas. Difficile de décrire la scène, et même d’en enregistrer ce bruit blanc démesuré. Tout au long de notre ascension, nous ferons des haltes, là où les rives permettent de s’approcher des eaux. De torrents en cascades, toute une nuance de bouillonnements, glougloutis, clapotis, grondements, chuintements, du plus discret au plus invasif s’offrent à nos oreilles rafraîchies. De quoi à écrire une nouvelle Histoire d’eau, récit fluant de cette vallée.
Digital Camera
Le cadre visuel vient apporter un contrepoint qui offre des points de vue à la hauteur des points d’ouïe, et vice et versa. Ce voyage au fil de l’eau me laisse épuisé – champ sémantique adéquat – auditivement repu, mais Oh combien heureux de l’expérience sensorielle vécue. Je sens qu’il reste encore à creuser le sujet, que d’autres scènes aquatiques sont à découvrir, explorer, ausculter. Et que le travail d’écoute, de montage, de mise en récit va s’avérer aussi riche que difficile, devant la diversité de matière collectée, sonore et visuelle. L’aventure ne fait que commencer.
Après l’édition 2019/2020 du festival City Sonic, impulsé par Transcultures, une sélection d’artistes ayant participé au festival est en ligne, écoutable sur Bandcamp.
Ce choix de créations audio démontre bien, s’il fut encore nécessaire de le faire, toute la diversité et la richesses des créations sonores contemporaines, activement défendues par City Sonic / Transcutures.
Remarquons au passage, la présence de Desartsonnants qui réécrit une cité sonifère d’après des extractions sonores de jour comme de nuit de Louvain La Neuve.
Cet album en ligne complète la compilation City Sonic Winter Sessions 2019-2020 (CD + download) sortie sur l’alter label Transonic en 2020 avec une autre sélection de pièces sonores réalisées par des artistes-chercheurs sonores d’esthétiques diverses qui ont participé (dans des installations, performances, projections, workshops…) à la seizième édition particulièrement étendue et exceptionnellement hivernale du festival des arts sonores City Sonic (initié par Transcultures – Belgique). Celle-ci s’est déroulée entre novembre 2019 et mars 2020 dans plusieurs villes du Brabant belge (Louvain-la-Neuve, Braine-L’Alleud, Bruxelles, Wavre) et a réuni près d’une centaine d’artistes qui ont proposé des œuvres créées ou réadaptées spécialement pour ce contexte transurbain.
Mais c’est quoi ce son là ? Celui qui colle à mes pas celui qui colle à mes oreilles ? Ce son là ? Mais ce sont les voix de la ville. Le son de la ville qui chante comme de celle qui déchante. Mais si on l’écoute bien, des fois, il enchante. Mais oui, il l’enchante, mais ouïe ! Après, faut coller l’oreille, à la ville. Faut coller l’oreille à l’asphalte chaud qui a peut-être emprisonné le bruit des pas passants pas gravés dans une mémoire du sol gravées en vibrations figées mais re-jouables faut coller l’oreille aux murs transpirants de poussière des fois qu’ils se souviennent faut coller l’oreille aux chantiers ceux qui n’en finissent pas de déconstruire ceux qui n’en finissent pas de reconstruire faut coller l’oreille aux passants ceux qui n’en finissent pas de passer passer en devisant ceux qui n’en finissent pas de passer passer en silence faut coller l’oreille au passé passé enfoui celui qui suinte par les fissures fissures des industries en friche des maisons abandonnées des terrains vagues des vagues terrains aujourd’hui tous barricadés sans cris d’enfants aventuriers des espaces indéfinis ou non finis où se perdre l’oreille rares espaces retenant des couches audibles en strates sonores de celles qui explosent en bulles qui explosent presque muettes faut coller l’oreille aux fontaines aussi celles qui s’ébrouent en flux liquides quitte à noyer ou en perdre le bon entendement faut coller l’oreille aux métros ceux qui font vibrer la ville la ville du dessous j’entends il faut plonger dans le bruit des chaos il faut plonger dans le murmure des oiseaux nocturnes il faut plonger nuitamment dans un parc livré aux auricularités noctambules il faut suivre les vibrations des souffleries essouflantes il fait espérer que la cloche nous maintienne entre trois géographies soniques celle du haut aérienne celle du bas terrienne et celle de l’entre-deux hésitante il nous faut jouer des lieux ceux discrets et ceux tapageurs passer de l’un à l’autre et de l ‘autre à l’un mixer les chemins d’écoute histoire de dérouter l’esgourde de désorienter le pavillon d’émouvoir les écoutilles et pourquoi pas ! Il faut trouver le lieu ad hoc le banc d’écoute où l’oreille peut se déployer où l’oreille peut se tendre où l’oreille peut se détendre Il nous faut marchécouter la cité se fier aux ambulations bordées de sons et s’en défier sans doute praticien de dérives à en perdre le sens de l’Orient à sons quitte à virer de bord sonique instinct…
Hier soir, un peu avant 19.00, une belle et surprenante scène d’écoute, s’est jouée. Je suis assis sur un banc, ce qui chez moi est courant, sur une place où jouent de jeunes enfants sous la surveillance de leurs parents. L’air est frais, mais il fait beau, et de magnifiques lumières inondent le quartier. Le décor est posé, action ! Un jeune est homme est assis sur un banc, pas très loin du mien. Il sort une trompette de son boitier, et joue, de douces phrases bien swinguées, interrompues de moment de silence. Il a un belle technique, des phrasés qui laissent deviner une pratique d’assez bon niveau. C’est donc très agréable à entendre. Les enfants et parents s’arrêtent pour profiter de ce concert inattendu. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. D’une fenêtre d’un immeuble voisin, une autre trompette se fait entendre. Elle égraine des thèmes de Star Wars. Le trompettiste du banc, surpris, regarde qui lui répond de sa fenêtre. Les autres écouteurs en font de même. Surprise, c’est un enfant d’une dizaine d’années qui se prête au jeu. S’installe un dialogue, jam session à distance, de banc à fenêtre, de fenêtre à banc. Les trompettistes jouent à tour de rôle, s’écoutant, laissant des instants de silences, de respiration. Celui au banc reprend les thème lancés par celui à la fenêtre, les faisant swinguer dans de modestes mais fines improvisations. L’échange est surprenant, rafraichissant, revigorant. Les auditeurs de cette fin de soirée applaudissent. Un accordéon, débutant lui aussi apparemment, viendra se joindre, d’une autre fenêtre, à cet ensemble improvisé. Moment étonnant, et qui réchauffe le cœur comme les oreilles, dans cette pénurie ambiante de musique live. Merci à ces protagonistes d’un instant, à ce public bon public, merci au hasard des choses. Je me dis que mince, je n’ai pas d’enregistreur pour pérenniser le moment. Et puis je me dis que, de toute façon, un enregistrement aurait eu bien du mal à faire ressentir la magie de cet instant suspendu; alors tant pis, je vous le raconte, tel que je l’ai vécu.
Installer et partager l’écoute un brin de musique de sonore d’architecture de poésie d’urbanisme de danse de récits de politique d’arts en espace public de parcours d’expérimentation de brassage de théâtre d’images d’hybridation de rencontres de notes de partage de bonne humeur d’écologie d’écosophie d’action de recherche de nomadisme d’amitié (beaucoup) d’imagination d’humilité de transmission de persévérance de militance de rêve de réalisme d’utopie d’ouverture de doute d’opportunité de sérendipité de plaisir de résistance de pas de côté de curiosité d’aménité de tolérance de réseau de bienveillance de folie de sagesse de philosophie de sociabilité d’espoir de révolte d’écritures polymorphes d’incertitude de fête d’attente d’espoir d’engagement d’errance de probabilité d’esthétique de contextualité de relationnel et plus si affinité
Je commence à comprendre, après de nombreuses années d’écoute, ce qui peut construire une signature sonore urbaine, des marqueurs, des repères, des parcours, des rencontres, des mises en situation…
Mais il reste beaucoup à affiner.
Alors affinons.
Par exemple, quels seraient les marqueurs acoustiques d’une ville que j’appréhende via l’oreille ?
Les cloches, carillons des églises, ou des beffrois. Ce qui me vient spontanément et logiquement à l’esprit, et à l’oreille. Les fontaines, même si elles se taisent parfois aux périodes hivernales. Les espaces piétonniers. Les squares et parcs urbains. Les halls de gares, chacun ayant souvent une signature singulière. Les marchés, avec leurs voix, leurs harangueurs, les formules litaniques, qu’on repère de loin. Les acoustiques des ponts (dessous), si ponts il y a, ou des tunnels. Les acoustiques des parkings publics, surtout ceux souterrains et ceux fermés, à plusieurs niveaux. Les rives d’un fleuve, d’une rivière Les espaces de loisir de plein-air La vie nocturne Les climatisations en continuum Les acoustiques des églises, hors cérémonies, leurs souvent belles réverbérations… Et plus encore selon les villes…
Donc capter ces sons, dans une sorte de collection, d’échantillonnage, de carottage urbain. J’aime l’idée de la série. Travailler sur la répétition, le motif, la récurrence, les variations, les déclinaisons… Les séries permettent de donner un sens à l’écoute, de construire des formes de cohérences sensorielles, dans une urbanité parfois brouillonne et surchargée de signes. Séries de cloches, d’acoustiques d’églises, de fontaines, de voix…
Vient le moment du tri. Que conserve t-on et sur quels critères ? Qualité sonore, affinité, émotion, représentativité… ? Trier est une opération qui peut se révéler douloureuse, dans les affres de choix empêtrés d’hésitations. Mais l’écriture s’affine à ce stade incontournable. Éviter la boulimie, aller vers une forme de concision épurante, simplifier, clarifier, comme en cuisine, trouver des textures limpides.
Vient le moment de l’écriture. Quelle forme d’écriture, et surtout pour quelles mises en situation d’écoute ?
Les formes de mise en scène sonore, les façons dont on va jouer, ou faire rejouer des œuvres/ambiances dans des lieux singuliers, dédiés ou non. Des questions clés intrinsèquement liées à la notion de paysage sonore en chantier. J’avoue avoir une attirance pour les lieux non dédiés, de préférence dans l’espace public, ou des bâtiments publics. Des espaces où on ne s’attend pas forcément à rencontrer des pièces sonores, qui questionnent le lieu-même, par résonance, frottement, effet de surprise. Des installations/diffusions à l’échelle acoustique des lieux, qui ne viennent pas les agresser, et par là même nous agresser, mais plutôt les habiter respectueusement, s’y infiltrer, s’y blottir,y compris dans les plus subtils décalages et détournements.
Par exemple Installer des acoustiques de bâtiments religieux dans d’anciens confessionnaux Des sons de ville sous des ponts Des sons qui remplaceraient temporairement la muzak des parkings Des boîtes noires posées dans l’espace public, lieux de diffusions acousmatiques intimes Des sons discrets dans des passages couverts Des sons à écouter l’oreille collée à une palissade, une paroi… Des mises en écoute et des postures d’écoutants proposés en fonction des spécificités urbaines, éminemment contextuelles.
Voilà quelques aventures d’audio-portraits urbains à décliner ici ou là, ou ailleurs. Ce que je ne manque pas d’imaginer, et de faire.
Depuis des années, je questionne la notion de paysage sonore, j’expérimente des approches de terrain, des outils d’écoute et d’analyse. Depuis des années, je tente de me poser des problématiques les plus ouvertes que possible. Depuis des années, je me heurte encore et toujours à la récurrente et envahissante question du bruit, de la pollution, de la nuisance. A consulter les médias, à quelques rares exceptions près, on a l’impression que c’est par le bruit qu’il convient en priorité d’aborder le sujet, au risque d’occulter, ou d’ignorer toute autre approche qui s’appuierait sur des notions plus positives, et en tous cas moins enfermantes. Certes, il n’est pas question ici de remettre en cause les dysfonctionnements acoustiques de nos milieux de vie, entre saturation polluante et paupérisation mortifère, mais d’éviter l’écueil du « tout bruit », qui nous conduit à une vision étriquée et parcellaire, à ce qu’une écologie sonore raisonnée devrait avant tout éviter. Cette approche moins traumatisante passe par l’ouverture d’une réflexion croisée, convoquant différents champs et pratiques, qui limiteraient les analyses mono-spécialistes péremptoires et souvent moralisatrices. Très souvent, on a l’impression que les acousticiens métrologues sont les références incontournables. Bien sûr, leurs savoir-faire et leurs expertises sont nécessaires, indispensables, à l’analyse et à la définition, voire à la création, à l’aménagement de paysages sonores en espace public. Mais sont-elles les seules, les plus importantes, approches à privilégier ? Dans l’idéal, plusieurs compétences pourraient, voire devraient être convoquées pour une approche plus satisfaisante. Associées à celles des acousticiens, l’expertise des résidents, habitants, usagers, est sans doute au départ plus que jamais nécessaire. Se promener avec les autochtones, dialoguer, recueillir leurs ressentis, leurs analyses, via leurs expériences au quotidien est un premier pas des plus importants. Il est une première pierre de l’approche sensible, sensorielle, esthétique, artistique. Comment par exemple, un artiste écouteur arpenteur aura la possibilité de créer des mises en situation, des décalages ludiques, qui pourront faire vivre autrement des espaces d’écoute trop souvent ignorés. Comment un groupe de géographes rompus à la cartographie, y compris sensible, d’artistes sonores, photographes, plasticiens, poètes, danseurs, d’urbanistes, d’élus, d’habitants, d’acousticiens… pourraient questionner de concert un terrain auriculaire, et le mettre en résonance avec d’autres approches techniciennes autour du paysage, avec un grand P ? Comment, avant de s’enfermer dans la nuisance, des parcours expérimentaux, cartographiés, performés, installés, pourraient offrir des plages de lectures et d’écritures sans le couvercle plombant du bruit qu’il fait ? La recherche d’aménités paysagères, versus, ou frottées à la pollution omniprésente peut-elle offrir un cheminement de réflexions qui nous permettrait de sortir des sentiers battus, si ce n’est des impasses; celles qui nous empêchent un brin de folie, de liberté salutaire, pour entendre les choses autrement ? Ainsi, les notions de qualitatif, de richesses auditives, de patrimoine et de signature sonores, de qualité d’écoute, d’aménités paysagères, et d’autres approches positivantes viendront contrebalancer la seule vision bruitiste de l’environnement acoustique. Ainsi nous pourrons trouver des modèles de paysage équilibrés, agréables, qui pourront servir de prototypes à des formes d’aménagements qui ne fassent pas qu’isoler à grands coups de murs ant-bruits et de triples vitrages. Il en coûte moins de prévenir que de guérir, ou de réparer les pots cassés, suite à une méconnaissance, ou une connaissance trop partielle, étriquée, des différentes typologies de paysages sonores, non diluées dans un carcan bruitaliste. Bien sûr, si l’idée d’approches hybrides et croisées peut séduire, si on peut en saisir la richesse des enjeux, la réalité du terrain, entre autre économique, met bien vite des freins à ces croisements potentiellement fructueux. Les contraintes du marché, des commandes publiques, mettent rapidement à mal des expériences sensibles souvent mortes-nées. L’approche sensible, lorsqu’elle elle est seulement envisagée, est très vite réduite à sa portion congrue, voire à néant par les contraintes économiques. Les questions de définitions plurielles d’un paysage sonore, via des rencontres et concertations, avec des modes de représentations singulières, des traces fécondes, des expériences d’aménagements ludiques, restent donc Oh combien difficiles à mettre en place concrètement. Mais doucement, les choses bougent, dans l’idée de donner au paysage sonore un statut qui puisse faire envisager nos territoires en prenant aussi en compte leurs potentiels qualitatifs, y compris acoustiques, afin notamment de créer du mieux vivre, du plaisir d’entendre.
Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est se promener dans un lieu donné, mais plus encore. Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est écouter un lieu donné, mais plus encore. Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est envisager de construire et d’écrire une, des histoires inspirées, autant que possible collectives, via, entre autres, nos oreilles, curieuses et canailles. Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est rencontrer plein de gens, échanger, questionner, savoir ce qu’ils aiment entendre, et où, et quand, et comment, et comprendre ce qu’ils aimeraient entendre, et comprendre ce qu’ils aimeraient ne pas, ne plus entendre. Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est raconter in situ une géographie sonore, parmi bien d’autres géographies. Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est tout d’abord chercher les aménités, celles qui réconfortent, pour néanmoins se frotter inévitablement aux dysfonctionnements auriculaires, qui ne manqueront pas de se dresser en chemin. Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est imaginer des scénari, des mises en écoute, des mises en scène, des processus, des rêves, voire des utopies, qui partiront du terrain, et reviendront au terrain. Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est frotter des sons à des images, des couleurs, des odeurs, des saveurs, des matières, des textures… Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est frotter du sensoriel, du matériel, du social, du politique, du poétique, de l’aménagement, et plus si affinité. Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est accepter que le terrain, et les co-écoutants présents sur le dit terrain, orientent la lecture et l’écriture vers une aventure sonore la plus inouïe que possible, histoire de se dépayser en faisant un (ou plusieurs) PAS de côté. Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est encore bien d’autres choses, qui restent à découvrir, qui restent à expérimenter.
Pour conclure, sans pour autant en avoir fini avec le sujet : Partout où il y a du vivant, il y a des sons. Partout où il y a du vivant et des sons, on peut imaginer écrire des choses collectives autant que singulières, donc très modestement inouïes.
Durant ma semaine marseillaise, les promenades se sont succédées. En duo, en groupe, et parfois, en fin de journée, en solo.
L’une d’elle m’a fait audio-dériver, au sens d’audio-errer sans but, oreilles aux aguets malgré tout, dans le quartier de la place Castelanne.
Fuyant l’agitation de la rue de Rome, je m’enfonce dans une petite rue perpendiculaire, rue Saint Suffren de mémoire.
Rue/ruelle étroite, sinueuse, bordée de petits commerces.
Niveau sonore, on quitte très vite l’ambiance sonique tonique de la rue de Rome pour trouver des espaces beaucoup plus apaisés, où la voix retrouve sa place, et l’oreille un brin de répit-repos.
Prendre le temps d’aller.
Je ne sais pas trop où mais ça m’est égal.
Déboucher sur une place, entourée de commerces, bars restaurants, pour la plupart fermés, covid oblige.
Néanmoins, certains commerces conservent terrasse sur rue.
Quelques chaises, quelques tables, quelques clients.
Suffisamment pour garder un brin de vie sociale.
Ambiance agréable, salutaire, dans ces espaces/temps de (re)confinements à répétition.
Sinon, des parasols pliés, comme des arbres qui resteraient frileusement fermés sur eux-même, attendant des jours meilleurs.
Des empilements de chaises enchainées les unes aux autres.
Une fontaine est endormie.
On imagine facilement qu’en temps normal, hors crise sanitaire, cette place vit, tout autrement.
Qu’elle vit véritablement.
Des bancs sur la place.
Je m’y pose.
Des groupes occupent l’espace, différents espaces à vrai dire.
Adolescentes rieuses ici.
Adolescents footballeurs là.
Isolés lisant ou rêvassant ailleurs…
Chacun dans des espaces qui semblent dédiés, habitués.
Chacun dans des sortes de bulles sonores, ou silencieuses, qui néanmoins se mêlent dans une géographie acoustique assez plaisante.
Un morcellement d’occupations tacites qui s’entend autant qu’il se voit.
Le soleil déclinant, la fraîcheur s’installant, je reprends mon chemin, cessant une écoute scrutatrice pour retrouver la posture du marcheur lambda.
Un apéro dans un jardin, oasis de calme en centre ville.
Des discussions autour des pratiques de chacun, et bien d’autres choses encore.
Un questionnaire rédigé par Caroline Boë, notre hôte, questionnaire inspiré de celui de Stéphane Marin et aussi de Raymond Murray Schafer.
Un coin studio d’enregistrement autonome, au fond du jardin, où chacun viendra répondre aux question, raconter des bouts de balades, ressentis, plaisirs et agacements, souvenirs…
Des mots et des sons…
Des commentaires, textes produits en balade, ou après.
Distributeurs ronronnants, panneaux publicitaires, réverbération underground, voix, machines, voitures, ventilations, moteurs, métro, bruits de roulement, motos, claquements, ambiances, encore des voix, fontaines, oiseaux, vent, bips, portes, chat, musiques, réverbérations… Et plus encore aurait dit Prévert.
Un montage sonore à partir des enregistrements de Caroline et quelques uns de Gilles, montage Desartsonnants.
Cette résidence artistique est née d’une impulsion, d’un appel sur des réseaux sociaux, suite à une série de confinements et autres empêchements dus à des contraintes sanitaires rendant les déplacements, espaces de travail restreints, et productions artistiques publiques quasiment réduites à néant.
Devant cette situation pour le moins compliquée et contraignante, une résidence de forme assez libre voit le jour, par l’invitation spontanée et généreuse de Caroline Boé, artiste sonore et chercheuse autour de la pollution sonore « invisible », due à des micros sonorités envahissant insidieusement nos espaces de vie.
Balades écoute en duo, solitaire, groupe, enregistrements, échanges et conversations autour de nos pratiques, rencontres, écritures multiples, arpentages s’en suivront joyeusement, comme une sorte de workshop un brin free style, ballon d’oxygène jouissif dans ces situations sanitaires tendues.
Premier volet d’une série de rencontres à venir, d’expériences à construire, de récits à croiser ; les oreilles ont besoin d’air, le corps d’espaces et de rencontres…
Remerciements
À Calorine et Jean-Eudes qui m’ont si gentiment accueilli et offert un lieu de travail formidable ; à leurs salades et petits plats riches en couleurs et goûts
À Éléna Biserna, Nicolas Mémain, et Caroline Boé, qui ont œuvré avec moi à l’écriture et à l’exécution polyphonique de 2M2B, une balade sensible pleine de rebondissement sonores
Aux participants, au public qui ont joué le jeu de répondre à nos sollicitations parfois bien surprenantes
A Sophie Barbeau pour la présentation visite de son beau projet de jardin partagé à la cité Castellane
Au bureau des guides pour le sympathique entretien que nous avons eu, ainsi qu’à George Withe
A tous les marseillais, marseillaises croisés ici ou là ; commerçants ou flâneurs.
Au superbe temps ensoleillé, propice à de belles déambulations
À Marseille la pétulante, qui sait offrir le meilleur d’elle-même à qui prend le temps de l’arpenter.
Premier arpentage, ces sons qui nous envahissent
Ma compère Caroline, artiste sonore et chercheuse, travaille actuellement sur une thèse autour de sons envahissants, problématique autour de laquelle elle a construit une méthodologie et des outils de création recherche.
Pour cette dernière, la promenade urbaine, l’enregistrement et la compilation description, sur un site dédié, forment une série d’outils qui vont alimenter le travail de réflexion, et questionner les auditeurs urbains que nous sommes parfois, la présence dans l’espace public ces étranges objets sonores qui peuplent, parfois insidieusement, nos espaces de vie.
Caroline m’entraine donc, dans nos premières balades, écouter ces sons parfois étrangement fascinants lorsqu’on prend le temps de les écouter. Je redécouvre Marseille par le petit bout de l’oreillette, oreille collée, sensible à des drones insistants bien que quasi ignorés, ou inconsciemment filtrés de nos conscience auditive ; effets de gommages psychoacoustiques… Protection inconsciente, sonorités résiduelles peu prises en compte dans l’aménagement urbain… Mais aussi, sans doute paradoxalement, de beaux objets sonores esthétiques pour l’artiste sonore.
Grondements, claquements, voix, bips, ronflements, ronronnements… La vie acoustique marseillaise souterraine. Un univers acoustique somme toute très immersif !
C’est un petit PAS – Parcours Audio Sensible a minima, et aussi une réunion de travail, avec un collègue, lui aussi passionné de paysages sonores, il y en a.
Nous sommes sur les bords de Saône à Lyon.
Sous un pont, le pont Schuman pour être précis, qui enjambe la Saône en reliant le 9e arrondissement au 4e.
IL fait un temps magnifique.
Nous marchons en devisant des choses sonores et de projets en cours et à venir.
C’est un quartier, le mien, que je connais comme ma poche, et sans doute mieux encore, lieu d’expérimentations auriculaires.
Sous le pont, de beaux reflets aquatiques animés font spectacle, sous le tabouret bétonné de cette architecture réfléchissante.
Et en écho, le mot est ici adéquat, un effet sonore singulier et surprenant. L’écho justement.
Sept échos en réponse à nos sollicitations sonores, identiques à ceux rencontrés en paysage de moyenne montagne, le Haut-Jura étant un territoire on ne peu plus sonnant.
Trois puissants, suivis de quatre brutalement estompés, allant decrescendo jusqu’à tendre l’oreille.
On en joue sans compter, à la trompe, à la voix, au mains claquées.
Les passants sont interpellés par nos jeux, les oreilles titillées, amusés, surpris, dubitatifs…
C’est un de mes points d’ouïe fétiche, que je ne me lasse de faire sonner, et de faire découvrir.
C’est un micro spot d’écoute où il pourrait se jouer bien des choses, sans grand dispositif, juste les lieux sonnants et les sonneurs joueurs.
Cela fait maintenant longtemps Longtemps que j’écoute Longtemps que je marche Longtemps que j’enregistre Longtemps que j’installe des sons Longtemps que j’en triture Longtemps que j’en joue Longtemps que j’écris autour du dit paysage sonore. Donc le risque est bien là Celui de s’encroûter De s’endormir De rouiller De s’ennuyer D’ennuyer De tourner en rond Ou en d’autres formes géométriques. Innover n’est pas chose simple Inventer encore moins. Alors l’expérience aidant Peut-être Il faut que j’expérimente Comme échappatoire inconditionnel. Des choses pour moi inhabituelles. Par exemple repérer un parcours d’écoute Et surtout ne pas le suivre Ou le prendre à l’envers, à rebrousse-poils d’oreille À contre-sens Enregistrer des sons Et en utiliser d’autres Utiliser un logiciel qui n’est pas prévu pour ce que je vais en faire Une carte géographique qui n’est pas celle du lieu marchécouté Un micro à contre emploi Des sons que je déteste Des lieux où je me sens mal Des contraintes à la limite du paralysant Faire avec ou tenter de, avec des gens qui ne croient pas au projet Avec des dénigreurs patentés Avec des détracteurs stimulants. Se tracer un cheminement pour mieux s’y perdre. Toujours remettre tout en cause. Penser à des choses improbables, irréalisables Les expérimenter malgré tout Et voir ce que l’on peut en garder au final, même a minima S’écrire des partitions que l’on ne jouera pas, ou de façon aléatoire Avec beaucoup de dissonances, de fausses notes, d’erreurs assumées Trop aléatoire pour qu’il en reste quelque chose de reconnaissable Accueillir tout ce qui peut l’être, sons, ambiances, personnes Changer de rythme, ne plus rechercher l’apaisement, le ralentissement, mais l’emballement, l’accélération Varier les rythmes, alterner tensions et détentes, speed et zen Ne pas focaliser, ne pas porter attention, laisser faire, laisser venir, sans volonté de contrôler quoique ce soit. Privilégier l’informel, le non cadré, le non programmé Chercher le dés-œuvrement, dans toute la polysémie/polyphonie du terme Expérimenter les variations, les distorsions, du micro changement au chamboulement radical Explorer les lieux les plus insolites, les postures physiques les plus saugrenues Réitérer moult fois le même geste, le même parcours, jusqu’à en éprouver l’usure, la dégradation Ne pas se donner de limites, de fenêtres spatio-temporelles, faire où et quand bon nous semble Demander des sons à des cuisiniers, mécaniciens, barmen, et même à des musiciens Ne pas avoir de projet et aller à l’instinct, à l’improviste, aller nulle part et partout à la fois Imaginer et tester tous les brassages possibles, imprévus, inattendus, voire des plus anachroniques si ce n’est contre-nature Faire confiance au hasard, le provoquer si nécessaire, rechercher l’aléas Ne pas fuir l’inconfort Faire comme si tout était inouï, jamais vu, jamais entendu Être en capacité de surprendre, d’être surpris Être en capacité de se surprendre soi-même
Discipline versus indiscipline, ou vers l’indisciplinarité* La discipline est, pour être effective, ou efficace, encadrée de règles, de codes, d’obligations ou de suggestions, bien souvent (trop) stricts. C’est aussi un champ, une spécialité, notamment professionnelle, pouvant généralement être marquée du même défaut que dans l’acception précédente, de par ses cadres trop cadrés. L’indiscipline elle, est entre autre choses une façon de refuser une trop grande soumission, de faire un, ou plusieurs pas de côté, de résister à des carcans étouffants. L’indisciplinarité, c’est être dans une forme d’in-discipline permettant de ne pas s’enfermer dans une discipline trop catégorisante, une spécialité qui nous collerait à la peau en nous contenant dans des pratiques bien balisées, nous laissant peu d’échappatoires.
Du paysage/environnement/territoire au milieu sonore L’approche du paysage sonore induit une prise en compte de constructions esthétiques, artistiques. L’approche de l’environnement sonore induit un axe écologique, écosophique. L’approche de territoires sonores induit la considération des aménagements territoriaux, sociaux, législatifs, géographiques… La problématique posée en termes de milieu sonore plutôt que de paysages environnements et territoires, comme angle d’attaque, permet de ne pas sur-cloisonner les axes pré-cités, de travailler avec différents corps de métier pour indisciplinariser des formes de recherche-action. On appréhende ainsi un lieu comme un système intrinsèquement complexe, tissé d’inter-relations, d’hybridations, de transformations toujours en mouvement. La complexité étant difficile à appréhender via des outils trop cloisonnants, ou des approches trop cloisonnées, l’indisciplinarité offre des ouvertures vers des formes d’inouï.
Mouvements, pauses et mobilités Arpenter un lieu/territoire dans une approche sensible et kinesthésique, fait que le corps va se mesurer (arpentage), se frotter au lieu, s’immerger dans ses ambiances, les ressentir à fleur de pied, de peau, d’oreille.. Parcourir un lieu territoire, ou en écrire des parcours partageables, fait que le corps va s’inscrire dans des itinéraires, des cheminements auriculaires plus ou moins balisés, tracés, ou dans des errances convoquant les aléas des espaces et temporalités. Envisageons les parcours comme des sortes de partitions écrites, griffonnées, jouées, interprétées, en gardant une part d’improvisation, une marge d’inconnu, le risque de l’improviste. Résider, être en résidence, fait que le corps habite, plus ou moins longuement, un lieu/territoire. Il y prend ses marques, ses repères, crée des pensées/actions in situ, des productions matérielles ou immatérielles, toujours avec l’intention de croiser les disciplines, au risque, assumé si ce n’est recherché, de les détricoter. Se poser, c’est prendre le temps d’installer des points d’ouïe, donc d’installer l’écoute, de s’installer dans l’écoute, dans une certaine durée, ce qui participe à la conception d’une rythmologie alternant et entremêlant tensions et détentes, mouvement et immobilité. Voyager, c’est faire en sorte que ce travail puisse se construire au gré d’ateliers nomades, même dans de proches distances, passant de lieux en lieux, de résidences en résidences, écrivant une trame géographique à la fois commune aux milieux sonores arpentés, et nourrie de singularités, d’opportunités, d’aléas. Rencontrer, c’est profiter de l’occasion (kairos) de rencontres multiples, qui seront ici d’autant plus indisciplinées que ces dernières pourront être imprévisibles. Il faut donc se laisser, en plus du temps de faire, la disposition, la latitude, de rester ouvert à toute rencontre, surtout fortuite, surtout les plus improbables, qu’elles soit géographiques, humaines, sensorielles…
Du terrain à la réécriture interprétative, à l’aune de technologies ad hoc Il nous faut commencer par l’écoute, la prenant comme base, comme socle de la perception, de l’immersion, déclencheuse ou enclencheuse d’écritures plurielles. Nous pouvons user de la captation, enregistrer, glaner, collecter, recueillir, sons et ambiances, matières à re-composer, à installer, diffuser, partager, sans trop nous limiter à des choix très sélectifs, très cadrés. Nous bidouillons des dispositifs audionumériques, audiovisuels, quitte à les détourner de leurs fonctions initiales, à en superposer les modes de jeux de façon anachronique, inusuelle. Il s’agit là de jouer, rejouer, sonifier, interpréter, improviser, installer… des paysages sonores improbables. Nous pouvons également avoir recours à des technologies embarquées, glisser du réel au virtuel, du factuel au conceptuel. Au final, nous jonglons, jouons, brassons, décalons, des approches plurielles favorisant l’indiscipline, pour tenter de les rendre plus fécondes dans leurs pas de côté, leurs chemins de travers.
Il ne faut pas cesser de brasser, bidouiller, tricoter, tordre le cou, l’oreille, hybrider…
Il y a des images sonores, celles, mentales, que procurent l’écoute de musiques, de pièces sonores, de reportages radiophoniques, semblables à celles générées par la lecture d’un texte.
Il y a des images sonores, des ambiances, des histoires pour l’oreille, qui peuvent être suggérées par la vision d’une image.
C’est de cette catégorie de représentation dont je vous parle ici.
Par exemple, regardez l’image ci-dessus, laissez aller votre imagination, écoutez le monde sonore qu’elle vous inspire.
Œuvres au programme : Gilles Malatray, Un mythe d’Echo Gilles Malatray, Les communs collectifs, et vis et versaet versa Gilles Malatray, Nuitée Gilles Malatray, City Sonic Soundscape Gilles Malatray, Bestiaire et autres bêbêtes Gilles Malatray, Miroir aux vents Gilles Malatray, 20 heures à nos fenêtres Gilles Malatray, Est-ce que tu me vois ? Gilles Malatray, Arioso Barbaro Gilles Malatray, Terra Sonata Gilles Malatray, Valse le siffleur du jour Gilles Malatray, 20h Lyon vaise le 06 mai 2020 Gilles Malatray, Lever du jour
Présentée sur les ondes de CKRL 89,1 le dimanche à 21 h, La Croche oreille est réalisée et animée par Gaëtan Gosselin.
Lieux : N’importe où, site urbain, périurbain, rural, naturel….
Publics : Tout public, solitaire, en petit groupe
Temporalité : A définir selon l’exploration, le parcours choisi, le temps imparti…
Actions : Choisir un lieu, une ville, un quartier, une forêt, un site spécifique… Avoir de préférence une carte du lieu, matérielle ou numérique, embarquée. Définir un périmètre du PAS, des limites. Choisir une option de déambulation, en ligne droite, est/ouest, nord/sud, ou en cercle, dans le sens des aiguilles d’une montre, ou inversement. Tracer un itinéraire d’après ces choix, de X à Y en ligne droite, en cercle… Le marchécouter en essayant de respecter un maximum le tracé, mais en jouant, par la force des choses, avec les (nombreux) obstacles du terrain.
Jouer des contraintes, aléas, imprévus, obstacles, contournements…
Remarques : Des aménagements ou spécificités typologiques peuvent parfois favoriser l’exécution et le suivi d’un tracé (route, cheminement piéton, rives, périphériques…)
Un lundi matin, ciel assez clair, lumineux, entre trouées de bleu et floconnements de gris.
Températures plutôt douces pour un début février.
La fenêtre du salon est ouverte sur la rue, vers 10 heures du matin, pause thé.
Je m’y tiens, accoudé à la barrière, écoutant en guetteur de sons pour un instant.
Peu de circulation, vacances et Covid associés font entendre une ville plutôt calme.
Quelques voitures néanmoins, sporadiquement, traversent la scène d’écoute, mais sans vraiment la brusquer, avec un certain ménagement.
Et toujours, à toutes saisons, les pigeons roucouleurs, répétant inlassablement, de façon quasi identique, jusqu’à un certain agacement, la même phrase scandées en trois itérations obstinées.
Des passants, deux exactement, devisant, sortent de la boulangerie voisine. On saisit jusqu’au bruissement du papier enveloppant leur pain. Preuve s’il en fut d’une ambiance auriculaire plutôt apaisée.
J’aime laisser entrer des nappes sonores dans la maison, surtout lorsqu’elles se montrent raisonnables, ou raisonnées, comme aujourd’hui.
J’adore les capter les jours de marché, juste au bas de mes fenêtres, sur un long déroulé de trottoir.
Aujourd’hui, pas de marché, juste une ambiance qui ne fait pas de remous, qui ne s’agite pas outre mesure, qui laisse à l’oreille le temps de se poser, et à l’espace de se déployer.
C’est un point d’ouïe parmi d’autres, dans le quotidien du quartier.
Une courte sonnerie de cloches, hissées sur au sommet de leur tour de guet ajourée, à quelques encablures de ma fenêtre, vient secouer la torpeur ambiante. Ce marqueur spatio-temporel qui signe le paysage sonore alentours, je l’apprécie toujours autant, surtout dans ses grandes envolées de midi. Mélodies joyeuses sur quatre notes d’airain.
C’est maintenant un hélicoptère qui vient trouer l’espace sonore, vrombissant de toutes ses pâles, et traversant sans ménagement, est-ouest, le quartier.
Lorsqu’il a quitté ma zone auditive, son émergence laisse place à un retour au calme, comme une échelle-étalon de décibels posée ponctuellement, pour mesurer les dynamiques, les rapports signal/bruit, les fluctuations vibratoires qui se plient et déplient à mes oreilles curieuses.
Sans être jamais silence, ou bien alors silence relatif, le calme reprend le dessus.
Un chariot à commissions fait sonner les aspérités du trottoir. Il les révèle, les sonifie en quelque sorte. Il crée des rythmes en jouant sur les fissures, les micros anfractuosités, les rugosités de l’asphalte. C’est une sorte de lecture d’une carte sonore déroulée à nos pieds, que les roulettes déchiffrent à la volée, en fonction de leurs trajectoires impulsées par le piéton chauffeur. Telle l’aiguille d’un tourne-disque lisant les sillons d’un vinyle pour leurs donner de la voix.
Le passant tireur de chariot à commissions est une sorte de DJ urbain qui s’ignore. J’aime bien penser à cette image décalée, d’une forme d’orchestre éphémère, avec ses solistes et ses chœurs, jouant des partitions à même le trottoir, improvisant des musiques de ville même un brin bruitalistes.
Cela me rappelle une forme de parcours sonore-performance, avec des étudiants d’une école d’architecture et d’urbanisme de Mons (Be). Durant celui-ci, nous avions fait sonner la ville via les antiques pavés de son centre historique, en tirant des valises à roulettes entourant un public de marcheurs. Nous nous arrêtions brusquement, immobiles, pour jouer d’un effet de coupure assez radical, qui faisait alors se redéployer les sons momentanément masqués par les grondements de nos caisses de résonance mobiles improvisées. Nous écrivions et interprétions ainsi , in situ, un rythme de ville au gré des sols et des pas, arrêts compris.
Mais revenons à ma fenêtre.
Les grands absents du moment sont les bars, les deux débits de boissons tout près de chez moi, muets depuis quelque temps déjà, empêchés par les mesures sanitaires en vigueur. Un seul son vous manque et tout est dépeuplé. Et ce n’est pas ici une simple figure de style, mais un constat personnel de carences. La socialité urbaine, écoutable dans des ambiances conviviales, est fortement bridée par la fermeture de lieux de retrouvailles. Ce qui laisse un creux, sinon un vide, parfaitement décelable à l’oreille. En attendant un hypothétique retour à la normal.
Le calme n’est pas toujours havre de paix, il peut également marquer l’engourdissement, le musellement social, la privation de libertés dont on avait inconsciemment perdu la valeur intrinsèque, et que l’écoute nous rappelle.
Des enfants jouent sur la place voisine. Ballons, trottinettes, cris et autres et rires. Cette place, au cœur du quartier, couvre-feu aidant, n’a jamais été si peuplée d’enfants et de leurs parents, retrouvant par la force des choses une fonction sociale vitale. Si certains sons montrent une paupérisation sociétale, d’autres tendent à rééquilibrer l’ambiance et la vie au quotidien. Et là encore, l’oreille est bonne informatrice pour qui sait prendre le temps de l’écoute, et capter le pouls auriculaire d’un espace, y compris de nos lieux de vie qui nous racontent tant de choses.
La pause que je me suis accordée tirant à sa fin, mais était-ce vraiment une pause ou l’installation d’une énième écoute, d’un des innombrables points d’ouïe venant alimenter mon travail, je referme la fenêtre, mettant fin à cette écoute réflexive, qui a alimenté ce texte à la volée. Comme des cloches tintinnabulantes.
Lieux : Tous les lieux, intérieur, extérieur, durée variable selon le parcours
Temporalité : Toute période, au cours d’un parcours, ou en spot
Public : Groupe de 2 à 20 personnes
Action : Le guide emmène les promeneurs en silence, parfois, il s’arrête, pose une enceinte amplifiée au sol, des musiques viennent se superposer, se frotter aux environnements sonores ambiants; à chaque halte, une musique, une ambiance différente est écoutée, créant différents climats, décalages, atmosphères aléatoires.
Travaillant depuis de nombreuses années sur la question du paysage/territoire sonore, dans des approches esthétiques, environnementales, sociétales, écosophiques… je partage des expériences de terrain, comme des réflexions en chantier lors de séminaires, ateliers, groupes de travail, festivals, résidences…
Je questionne actuellement tout particulièrement la notion de « Point d’ouïe ». Point d’ouïe comme jalons de parcours sensibles, outil d’inventaire, postures performatives et sensibles d’écoute in situ, constituant essentiel à la construction de paysages sonores; à la valorisation de territoires sensibles… Je creuse ces approches en frottant la création sonore, sous diverses formes, à des recherches, notamment autour de l’aménagement du territoire à l’aune des bouleversements et risques climatiques.
Vous l’aurez sans doute compris, je cherche des relais, partenariats, lieux d’intervention, pour avancer et échanger, développer des actions autour de ces problématiques.
Si l’oreille vous en dit !
Quelques partenaires et lieux d’intervention :
PNR du Haut-Jura, Transcultures/City Sonic (Be), Pépinière Européenne de Création, Université Lyon 2, Paris 8, Paris 1, Grenoble-Alpes, Chambéry, Clermont-Ferrand-Auvergne… Agences d’Urbanisme de Corse et Bordeaux-Aquitaine, Santé Environnement Auvergne Rhône-Alpes, École Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon, Aciréne, École d’Arts de Chalon/Saône, Orléans, GMVL, École Supérieure de Design La Martinière-Diderot de Lyon, Centre culturel La ferme du Vinatier et CFMI de Lyon, France Culture et France Musique, RFI, BNF de Paris, Institut Français de Saint-Pétersbourg, Sousse, Tananarive, Bobo Dioulasso, Château de Goutelas, Festival DME à Seia (Portugal); Amichi de la Musica di Cagliari (Sardaigne), Alte Schmiede Kunsterverein (Wien, Autriche), Lieu Unique à Nantes, Gare au théâtre de Vitry/Seine, fondation de France, Centre d’Information du Bruit, Centre d’art GRAVE à Victoriaville et UQTR à Trois Rivière (Québec), Centre pénitentiaire des Baumettes et les Rudologistes Associés à Marseille, CRANE-Lab, Sonus Locus/IMERA de Marseille, CDMC et Cité de la Musique à Paris La Villette, Centre National de la Danse et CNR à Pantin, Saline Royale d’Arc-et-Senans, Festival Back To The Trees …
Écoutes in situ et concerts de paysages improvisés, processus
– Arpenter le terrain, l’écouter, s’y immerger, emmener des promeneurs faire des PAS – Parcours Audio Sensibles – Enregistrer, cueillir des sons, capter les singularités, les ambiances, les imprévus – Photographier, recueillir de la matière visuelle, écrire, faire trace encore – Triturer les images en sons, les sons en images, via des applications souvent détournées de leurs fonctions initiales – Donner à ré-entendre, à re-voir, les territoires arpentés, écrire de nouveaux paysages sonores en concert, en live, les improviser pour ouvrir l’imaginaire à de nouvelles utopies acoustiques – Si possible, retourner sur le terrain pour le frotter aux constructions de ces traces paysagères éphémères et dé-concertantes
Je recherche des lieux de résidence où travailler cette démarche, des complicités, avis aux intéressé-es potentiel-les
Un banc dans une gare routière de Lyon, quartier de Vaise, 9e arrondissement.
Environ 18H30.
Une petite heure de pause sur un banc habituel, dont environ 12 minutes d’enregistrement.
Prise de son brute, field recording sans aucunes retouches.
Voix, moteurs, bips, langues, enfant rechignant à apprendre sa leçon en attendant le bus, valises à roulette, portes… La vie qui passe devant mes micros…
Lieux : Près de chez vous, ou loin, ou très loin, en ville…
Temporalité : Quand l’envie vous en prend, pour une durée indéterminée, ou déterminée
Publics : En solitaire ou en groupe
Actions : Se procurer une carte de la ville, ou suivre un itinéraire géolocalisé sur son smartphone Se noter, au préalable, une liste de contraintes, ou de règles du jeu. Exemple : Compter six rues à droite (ou à gauche), à l’intersection de la 6e, faites une arrêt écoute de 3 minutes (ou plus, ou moins), installez un point d’ouïe donc; puis prendre la rue à droite (ou à gauche) réitérez l’opération autant de fois que vous le souhaitez. Arrêtez vous à tous les numéros de rue se terminant par le chiffre 6 (ou un autre de votre choix) écoutez, repartez… Arrêtez vous à chaque croisement dont le nom de la rue de droite fait référence à un lieu, ville, région… (Rue de Paris, de Brest, de Provence, d’Italie…) Postez votre oreille. Suivre une ligne de métro, ou de bus, arrêtez vous à chaque station pour effectuer un point d’ouïe de la durée de votre choix. Inventez d’autres consignes de jeux, vous pouvez, à certains moments, les tirer au sort ou les faire choisir à l’aveugle par des membres du groupe.
Variantes : en forêt, comptez le 6e (ou un autre ième) arbre sur la gauche du chemin… Inventez des variantes selon la géographie locale.
Dans ces temps bien empêchés, j’accroche des pans d’écoute ici et là, comme des repères qui scandent un travail en manque de terrain, en manque de mouvement.
La récurrence des séries apporte du grain à moudre pour offrir un espace sonore, et plus globalement sensible, qui le sortirait d’un territoire aujourd’hui à mon goût trop circonscrit.
J’imagine donc des stratégies d’itérations, des points d’ouïe récurrents, catalyseurs d’actions in situ.
Parmi eux
Des réverbérations des ponts, églises, parkings souterrains
Des cloches alentours
Des marchés
Des pas et les réponses acoustiques des sols arpentés
Des voix d’enfants, ou d’autres-
Des cliquetis d’escaliers roulants
Des signaux d’alerte et autres bips
Des valises à roulettes
Des itinéraires journaliers, répétés au mètre près
Des parcs publics et leurs bancs
Des rives de fleuves ou de rivières… J’en imagine tant et plus, en regardant et écoutant autour de moi, comme un collectionneur qui hésiterait à choisir, à se focaliser sur une série d’objets (d’écoute) spécifiques.
Et puis je choisis un lieu, ici un couloir de gare routière voisine, un banc en particulier, s’il est libre, vers 18 heures J’appuie sur le REC de mon enregistreur et vérifie les niveaux d’entrée. Je capture environ quatre minutes de flux, de passages, au gré des arrivées et départs, voix, talons, moteurs, roulettes, avec en toile de fond une boulangerie.
Je verrai où cela me mènera, vers quelle construction audio-paysagère, vers quelle tentative d’épuisement, vers quel improbable récit…
Le champ d’action rétréci de cette époque sous contraintes me pousse à imaginer des stratégies de proximité, où la répétition de gestes est stimulante pour garder en chantier la fabrique de paysages sonores, avec leurs questionnements intrinsèques.
Actions : Visiter de l’oreille un quartier en rénovation, ou possédant des friches industrielles, des zones habitations, ou industrielles, ou les deux…
Le « guide d’écoutes imaginaires » emmène le groupe vers des lieux préalablement choisis, ou non, et propose à chaque étape, à chaque point d’ouïe, une mise en situation pour stimuler des imaginaires audio-sensibles.
Le but est d’imaginer les ambiances sonores d’usines désaffectées, du quartier il y a très longtemps, ou dans un futur plus ou moins proche, ce qui peut se dérouler, invisible, derrière les murs de maisons… Faire entendre ce qui est inaudible, au-delà des sons « réels »… Travailler un imaginaire auriculaire, fabriquer des auditions virtuelles, sans autre technologie que notre propre imagination.
Échanger, en fin de parcours, sur ses propres expériences, confrontées à celle du groupe, à celle d’autres écoutants.
Remarques : L’enregistreur étant ici totalement inefficace, en tant qu’écouteur de l’instant vécu, pourra être utilisé pour recueillir les récits oraux de ressentis-traces. L’écrit sera très également opportun pour formaliser et construire un récit post expériences.
Mon repas de la Saint-Sylvestre s’étant terminé à 21H00 tapantes, suivi d’un Fellini, vers lequel je reviens régulièrement, j’ai re-tendu ce soir mes micros aux fenêtres. Ça ne m’était plus arrivé depuis le premier confinement. J’ai tenté de capter la montée jourdelanesque jusqu’à minuit sonnant, même un peu avant, voire un peu après, sur fond de pluie. Presque sans aucune voitures, ambiance inhabituelle en ces circonstances où ordinairement, les klaxons font partie de la liesse. Les pétards étaient bien là, eux. Étrange ambiance festive, où les fenêtres se sont ouvertes, bonne année, d’un bout à l’autre de la rue, sur fond de pluie. Promis, je vous ferai entendre, sur fond de pluie.
En fait, voici les sons que j’ai maintenant fixés, et quelques mots les contextualisant.
Fellini sur mon ordi annonce peut-être la fête, mais une bien étrange fête, aux accents de Cabiria, entre joie et désespoir, noirceur et espérance, magnifique film que je viens de re-revoir. Avec l’ambiance installée par les sublimes musiques de Nino Rota. Mais revenons à notre fête à nous, la Saint Sylvestre, à Lyon, à ma fenêtre, ce soir, entre le 31 décembre 2020 et le 1er Janvier 2021.
À l’arrière de chez moi, dans un cœur d’ilot, des voix, chants, des musiques, bribes fêtes lointaines, mais néanmoins fêtes, dons les traces audibles s’échappent des fenêtres.
L’heure approche, je passe à l’avant, côté rue. La pluie se fait maintenant nettement entendre, drue sur l’asphalte. Minuit, passage-changement, une année s’en va, chaotique, une autre lui succède, incertaine elle aussi. Peu à peu, des fenêtres s’ouvrent, des voix, des vœux, à distance, mais personne dehors. Des pétarades, au loin, scandent la fête, font sonner les reliefs, les collines entourant le quartier par des échos réverbérés qui balisent l’espace de notre scène d’écoute. Puis, tout va progressivement s’apaiser. Un SDF poussant un chariot bringuebalant et capricieux passe, monologuant avec lui-même, seule présence physique à être outdoor. Il souligne un peu plus l’étrangeté de cette fête distanciée. Pas de rassemblements publics, chaque groupe communique par fenêtre interposée.
Cette scène à ma fenêtre, sous couvre-feu, vient compléter logiquement les rituels de 20h00 du premier confinement, faisant suite à cette trace auriculaire de crise sanitaire qui n’en finit pas de finir.
Actions : Promenade immobile; Écoute au long cours, choisir un lieu d’écoute; s’y installer (confortablement); écouter, sur une longue durée, minimum une heure, une demi-journée, une journée, plus…; s’installer dans une écoute performance immersive, collective, prendre le temps d’installer un geste d’écoute.
Publics: De une à… personnes
Remarques : Prévoyez des postures pouvant alterner les stations assises, debout, voire allongées, en marchant très lentement, dans un faible périmètre si nécessaire.
Possibilité de faire des relais pour une écoute marathon ancrée dans la durée
Le titre est une référence hommage à une pièce de Georges Aperghis et une installation éponyme d’Aciréne « Le pavillon des guetteurs de sons »
C’est une gare j’adore les gares réverbérantes des pas des voix des flux des lumières une vraie installation sonore et visuelle que je m’installe sans rien installer si ce n’est l’écoute un banc d’écoute je vous laisse entendre à votre guise.
Depuis de nombreuses années, je me bats avec la notion de paysage sonore. Qu’est-il ? Que n’est-il pas ? Est-il vraiment ? Pendant longtemps, je l’ai approché comme un objet esthétique, un objet qui serait en quelque sorte digne d’intérêt, donc digne d’écoute. Je l’ai également considéré comme un marqueur environnemental, écologique, qui nous alerterait sur des problèmes de saturations, de pollution, de déséquilibres acoustiques, comme de paupérisation et de disparition. Aujourd’hui, son approche sociétale a tendance à prendre le pas dans ma démarche, sans toutefois renoncer aux premières problématiques. Mon projet questionne de plus en plus la façon d’installer l’écoute, plus que le son lui-même. Comment l’écoute du paysage sonore, son appréhension, son écriture, contribuent t-elles à nous relier un peu plus au monde, à une chose politique, au sens de repenser la cité, l’espace public, la Res publica, à l’aune de leurs milieux auriculaires ? Comment cette écoute s’adresse, même modestement, aux écoutants et écoutantes de bonne volonté, quels qu’ils ou elles soient ? Comment le paysage sonore peut-il s’alimenter, trouver ses sources, dans le terreau d’une série d’écoutes installées, y compris dans leur mobilité, partagées et engagées ?
Un atelier autour paysage sonore au Vinatier, immense hôpital psychiatrique de Lyon Bron. Des balades, des sons, des voix. Mon guide N. me raconte ses relations au lieu. Tranches de ville, tranches de vie.
Temporalités : Pas de contraintes, de jour comme de nuit, avec une préférence pour la nuit.
Public : Groupe de 2 à 20 personnes, ou parcours libre en autonomie…
Actions : Parcourir une ville en y repérant et explorant les lieux étranges, triviaux, délaissées, obscurs, inattendus… Par exemple des passages couverts, halls, passages souterrains, rues couvertes, parkings, travaux, zones industrielles, bâtiments désaffectés… Une forme d’audio-urbex ?
Mettre l’étrangeté du visuel, des ambiances, lumières, en adéquation avec une écoute décalée, des espaces acoustiquement résonants, vides, ou saturés…
Remarque : Ces expériences d’audio-paysages underground gagnent à être vécues en nocturne, pour renforcer le côté onirique et parfois sensoriellement déstabilisant des immersions.
Le fait d’élaborer cette playlist désartsonnante m’a donné l’occasion, une de plus, de repenser une thématique que j’axais, tout naturellement, ou presque, autour du paysage sonore, voire du soundwalk. C’était un vœu pieux, que je ne respecterai pas au pied de la lettre, comme souvent. Certes, les sons convoquent le paysage, des voyages, des balades et autres expériences field recordinnisantes, auxquelles je peux difficilement échapper. Cependant, le fait d’aller fouiller des sources audio, dont certaines que je croyais disparues corps et bien, a infléchi la playlist au jour le jour, et l’a poussé à emprunter des chemins de traverses plus tortueux que je ne l’aurais pensé de prime abord. Madagascar, la pluie, des espaces bruicolés, percutés, radiophonisés, vocalisés, socialisés… Une empreinte de sérendipité aidant, c’est un parcours coup de cœur, que moi-même je ne suis pas sûr de vraiment maîtriser, et qui évolue capricieusement, d’un jour à l’autre. Mais là, il faut bien le fixer à un moment donné, et tant pis si demain je l’aurais fait tout autre… C’est aussi cela les chemins écoute !
– Arioso Barbaro 2’42 – Bestiaire et papillons 5’32 – Bruicollage historié 2’54 – C’est juste un moment 6’44 – Glissendo pogressif 3’09 – Moi j’men fisch(e) 2’18 – Malagasy soundscape 10’28 – Ménage en récurrences 2’44 – Nuitance onirique 7’38 – Paysages virtuellement radiophoniques 6’28 – Percussives 7’23 – Soir de pluie 8’06 – City Sonic Soundscape 8,19 – Valilah Song 4’45 – Voxa Tana 5’10
Installer des sons, si esthétiques et agencés soient-ils, n’est pas au final un geste satisfaisant.
Ni même composer avec.
Ce qui importe, c’est d’imaginer, d’écrire, et qui plus est d’expérimenter, des ambiances sonores que l’on aimerait vivre, où l’on aimerait vivre, dans lesquelles on se sentirait bien, ou au moins à une bonne place, au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes personnes, les bonnes motivations…
Installer des sons relève sans doute d’une douce utopie, mais de celle qui fait naitre et alimente les projets en chantier ou à venir.
Certainement une raison d’être ce que l’on est, fragilement, ou ce que l’on souhaiterait être, tout aussi fragilement.
C’est pourquoi que je préfère installer l’écoute plutôt que les sons, parce que l’écoute peut encore nous réunir autour des sons, autour de nous-même.
Jean Cristofol (ESAAix, PRISM AMU/CNRS), Elena Biserna (ESAAix, PRISM AMU/CNRS), Christine Esclapez (AMU, PRISM AMU/CNRS), Peter Sinclair (ESAAix, PRISM AMU/CNRS)
Thématique du séminaire
Le séminaire intitulé « Pratiques de l’écoute, écoute des pratiques » définit clairement son projet dans l’énoncé de son titre : il s’agit d’abord de s’intéresser à l’écoute et aux pratiques de l’écoute, c’est à dire aux pratiques qui à la fois supposent, engagent et déterminent des formes d’écoute.
Ces pratiques sont nombreuses et très différentes les unes des autres. Elles appartiennent à des domaines de la connaissance infiniment variés. Toutes supposent une relation au son ou au moins à des phénomènes ondulatoires qui sont de l’ordre du sonore – même s’ils défient les limites de la perception humaine et qu’ils impliquent la mise en œuvre de technologies qui étendent, déplacent et transposent les potentialités du sensible. Toutes aussi impliquent de mettre en place une logique dans laquelle la réception, la sensibilité et l’attention sont mobilisées comme des formes essentielles de l’expérience et de la connaissance, comme des moments qui déterminent et structurent notre relation à notre environnement, comme des vecteurs de notre capacité d’action, de représentation et d’invention.
Bien sûr, la musique et plus généralement les pratiques sonores en art sont essentielles à notre réflexion et nous nous sentons héritiers du tournant qui a consisté, par exemple avec John Cage, à placer l’écoute au cœur d’une pensée de l’esthétique comme expérience. Mais bien au-delà de la musique ou des arts du son et de l’audio, il existe de nombreuses pratiques, qu’elles soient
empiriques ou expérimentales et rationnellement formalisées, qui mettent en jeu de façon déterminante la question de l’écoute.
L’acoustique est évidemment la première d’entre elles et elle se trouve chaque fois impliquée d’une façon ou d’une autre. Mais notre énoncé suggère aussi que l’écoute n’existe vraiment que dans et par une pratique. De ce point de vue là, l’écoute s’apprend, se développe, s’affine et s’oriente dans la relation à un ensemble organique où l’expérience et la théorie doivent trouver les modalités de leur dialectique. Toute écoute prend sens dans le contexte d’une situation qui engage la relation entre des acteurs et le milieu mouvant dans lequel ils évoluent. Elle contribue à donner sens à ce milieu et elle présuppose l’orientation d’une perception qui ne reçoit que parce qu’elle attend et s’interroge. L’écoute est éveil, exercice, pensée, mouvement, relation aux autres et au monde. Elle mobilise du savoir et le met à l’épreuve d’une situation signifiante. Elle s’inscrit dans une histoire qui est aussi l’histoire des disciplines qui la mettent en œuvre.
L’écoute est donc une notion à la fois transversale et toujours inscrite dans des pratiques spécifiques, qu’elles soient scientifiques ou artistiques, formalisées ou empiriques. Si elle engage des pratiques déterminées et multiples, elle ouvre aussi un espace de discussion, de partage et d’échange entre ces pratiques et ces savoirs, entre les arts et les sciences.
Comité d’organisation: Jean Cristofol (ESAAix, PRISM AMU/CNRS), Elena Biserna (ESAAix, PRISM AMU/CNRS), Christine Esclapez (AMU, PRISM AMU/CNRS), Peter Sinclair (ESAAix, PRISM AMU/CNRS)
L’écoute comme pratique sociale et comme comportement
Gilles Malatray, artiste sonore – Lire et écrire le paysage sonore ambiantal. Par la pratique du soundwalking, de la marche d’écoute et de ses nombreuses déclinaisons, l’artiste participe à la lecture, comme à l’écriture, souvent collectives, de paysages sonores sensibles, quels que soient les milieux arpentés, explorés. Dans une approche convoquant différentes formes d’esthétiques paysagères, des lectures écologiques, voire écosophiques, la prise en compte de sociabilités auriculaires, la recherche d’aménités, le partage de sensibilités, le promeneur écoutant* ne cesse de questionner les multiples façons d’écouter ses milieux de vie. S’il s’agit ici de se mettre dans l’ambiance, en empathie, il lui faut également tenter, avec un certain recul, de décrypter, voire de composer des ambiances.
Quelques questions se posent alors. Comment bien s’entendre avec sa ville, son quartier, son village ? Comment créer et partager de nouveaux points d’ouïe, de l’inauguration à l’inventaire ? Comment partager des écoutes qualitatives, parfois chahutées entre des situations de saturation comme de paupérisation ?
Marcher et écouter, (soundwalking) prélever des sonorités (Field recording), composer ou recomposer, faire trace, cartographier, ré-écrire et questionner, convoquent autant de gestes et de postures potentiels pour explorer des démarches audio-paysagères in situ, émminament contextuelles et relationnelles.
*Terminologie empruntée à Michel Chion dans son livre au titre éponyme
– AtmosphèreS, un projet de recherche. « AtmophéreS » est un projet structurant de l’UMR 7061 PRISM (Perception, Représentation, Image, Son, Musique) qui vise à fédérer des chercheurs issus de différentes disciplines. A partir de points de vue différents, il sera question de construire une réflexion générale sur la notion d’AtmosphèreS, notion qui met l’humain au cœur d’un dispositif de représentation du milieu. A la fois fédération de points de vue et « lieu » où les différentes altérités pourront converser, le projet structurant « AtmosphèreS » vise à croiser les regards. Nous aborderons dans un premier temps l’historique qui a donné naissance à ce projet structurant, puis, à partir de trois exemples précis issus de membres du laboratoire d’origine disciplinaires différentes, nous tenterons en voir en quoi ce croisement peut initier de nouvelles recherches, de nouveaux croisements et de nouvelles propositions artistiques.
Photo: Gilles Malatray Soundwalk, festival Around the Sound, Centre d’art contemporain de kaliningrad – Institut Français de Saint-Pérersbourg
Courant d’eau comme un courant d’air mais en plus liquide plus tangible aussi plus canalisé bordé rivé semé d’obstacles qui rendent audibles un flux aquatique qui s’y cogne contourne et ça clapote chuinte glougloute plique et ploque dérive écume mousse s’égoutte bouillonne érode arrose songe à crues rafraichit les écoutilles lave des scories bruyantes se la coule douce en sons rincés en houle mouillée en paysage liquide qui s’écoule dans nos corps inondés.
Les PAS – Parcours Audio Sensibles trouvent un bel écho dans le monde de la radio, où les écoutent de terrain se transportent, par la voix des ondes, jusqu’à de lointains auditeurs qui marcheront avec nous par ce beau média radiophonique.
Voici donc deux émissions de Radio France, France Culture et France Musique, qui ont accueillis des PAS – Parcours Audio Sensibles, dans deux espaces parisiens assez différents.
Sortie lyonnaise momentanément déconfinée et petit banc d’écoute dans le quartier. Parfois, les lumières t(e)intent comme des sons et les sons brillent comme des lumières
Aujourd’hui, en écoutant/ressentant la ville, j’ai perçu une franche bascule automnale.
Le gris profond du ciel est balayé d’un vent capricieux, complice gémissant. Les feuilles se rouillent en grattant et raclant le sol, s’accumulent dans des tapis ramassés en camaïeux ocrés.
Les gouttes de pluie toquent et ploquent sur ces obstacles végétaux, comme des poignées de sable jetées dans une eau étale, micro miroirs urbains.
La nuit tombante se complait de ces ambiances en demi-teintes, voire les débauchent de pénombres chuchotantes.
Les passants se faufilent entre les rafales primesautières et au besoin s’abritent silencieux sous un porche, tout en ombres fugaces.
Les lumières s’étalent en flaques sur un l’asphalte indolent, entourant les feuilles encore frémissantes.
Des sons et lumières restent à l’échelle de l’intime, sans débordements indécents, l’oreille en témoignera.
Il faut aller, il faut sortir, il faut vivre la cité, dans un brèche d’espaces enfermés, ou refermés, mi-clos mi-ouverts.Il faut déguster à l’envi ces ambiances qui ne s’offrent pourtant pas franco.
Il faut aller gratter, fissurer la croute, celle qui nous mène au sensible, vent debout sons debout.
Écouter est un geste volontaire, dans un contexte de faire, d’agir, de fabriquer, comme des écoutants impliqués que nous devrions être.
Écouter est un geste de résistance non violente, qui refuse d’absorber sans réfléchir toute pensée imposée, injonctions et autres commandements péremptoires.
Penser un paysage sonore partageable est une action politique, construite sur la poïétique, le faire, l’action, et l’esthesis, le percevoir, le ressentir. Le son des rues, des voix en colères, des villes exacerbées, ou non, les média toujours plus multi, les injonctions, les actions artistiques hors-les murs, tout cela s’entend, plus ou moins bien, se propage, tisse une rumeur tenace, néanmoins émaillée de stridances, d’émergences saillantes.
Des histoires à portée d’oreilles en quelque sorte.
Tendre l’oreille ne doit pas être un geste innocent, pas non plus une action tiède, soumise à une pensée pré-mâchée, nivelée par les réseaux sociaux et les discours politiques épidermiques.
Porter l’écoute à l’intérieur, dans les hôpitaux, les prisons, les lieux de vie de personnes handicapées… est une chose des plus importantes, pour que la parole, les sons, circulent avec le plus de liberté que possible. Faire sortir le son en dehors des murs, physiques et sociaux, matériels et psychiques, aide à comprendre des modes d’enfermements, l’expression de corps contraints, qui ne demandent qu’à faire savoir ce que peu de gens savent. Faire savoir, sans rechercher la compassion, sans se morfondre, sans chercher des justifications, des approbations, des félicitations, juste faire savoir, ce qui est déjà énorme.
Il faut également faire en sorte que l’écoute puisse être le témoin, et juger des bouleversements écologiques, biosanitaires en cours, qu’elle puisse être l’émulation, sinon le moteur d’une pensée écosophique, engagée, avec des aménageurs, des politiques, des chercheurs, des artistes, des citoyens…
Écouter, et si nécessaire apprendre à écouter, sans se laisser noyer par l’écrasante masse sonore, médiatique, est une nécessité absolue pour ne pas devenir trop sourd au monde qui va bon train, sans doute trop bon train.
Écouter le vivant, humain et non humain compris, la forêt, la rivière, comme des co-habitants.es, voisinant et inter dépendants.es, est une façon de décentrer notre oreille vers des aménités qui nous seront de plus en plus nécessaires, voire vitales.
La poïétique de l’écoute est un moyen de créer de nouvelles formes d’entendre, de s’entendre, de nouveaux gestes sociétaux, de nouveaux chemins d’arpentage, de pensées, de nouvelles postures humaines aussi justes et sincères que possible, car nourries d’interrelations fécondes. On ne peut plus se contenter d’être un écouteur passif, blasé, égocentré sur nos petites créations personnelles, ou trop en distanciel, mais, quels que soient nos terrains d’écoute, il nous faut agir dans des gestes collectifs, même à à des échelles territoriales moindre.
Et de nous rappeler cette maxime de Scarron « Car à bon entendeur salut ! »
Je suis sorti Je suis sorti ce soir Je suis sorti comme tous les soirs Je suis sorti marcher Je suis sorti écouter Je suis sorti dans mon heure autorisée Autorisée à marcher Autorisé à écouter Autorisé à être dehors, dérogation en poche Autorisée à écouter la ville Autorisée à écouter mon quartier, dans son kilomètre circonscrit J’ai choisi, comme souvent, de le faire à mon heure préférée Celle entre chiens et loups Partir à nuit tombante Rentrer à nuit tombée Et dans cette toute petite fenêtre Fenêtre d’une soixantaine de minutes Il s’est passé bien des choses Nous sommes en confinement On devrait le sentir On devrait le ressentir On devrait l’entendre On devrait le percevoir Aux travers des sons étouffés Aux travers leur disparition Aux travers leur absence Et pourtant À l’écoute, je ne l’entends guère À l’écoute, je ne l’entends pas À l’écoute, je ne l’entends même pas du tout À l’écoute, rien ou presque n’a changé À l’écoute, rien à voir, rien à entendre Avec le précédent état d’enfermement D’enfermement logiquement similaire Celui de ce printemps passé Avec sa sidération plombante Avec ses silences associés Ce soir-ci Ce soir-ci, les voitures, sont presqu’aussi prégnantes que de normal Ce soir-ci,comme si de rien n’était, la rue bourdonne Ce soir-ci, des flux piétonniers, aussi normaux Ce soir-ci, des enfants qui jouent sur les places et les trottoirs, aussi normaux… Ce soir-ci, c’est presque rassurant, en apparence. Ce soir-ci, du presque normal, dans l’air du temps. Ce soir-ci, des sons triviaux, sans, comme précédemment, les oiseaux en héros. Ce soir-ci, pas ou peu de décroissance sonique Ce soir-ci, un entre-deux auriculaire Ce soir-ci, une tiède ambiance entre les deux oreilles. Ce soir-ci, qu’est-ce que les sons peuvent bien nous dire Ce soir-ci, qu’est-ce que les sons peuvent nous prédire Ce soir-ci, qu’est-ce que les sons peuvent nous révéler Et pour demain, qu’est-ce que les sons peuvent nous faire comprendre ou non
A l’invitation de l’artiste Christine Goyardprésentant une exposition photos autour de l’eau «De passage» à l’espace d’art contemporain «La théorie des espaces courbes », à Voiron (38), j’ai créé une ambiance sonore composée à partir d’un collectage de sons de différents pays (France, Portugal, Suisse, Russie, Belgique, Madagascar…).
An fil des ans et des ondes, l’eau fait partie des éléments sonores récurrents dans mes parcours, de ceux que je croise régulièrement, et sans doute de ceux que je recherche avec une certain appétit pour ses ambiances liquides, où que je sois.
De plus, nous avons pensé à parcourir la ville, le temps d’une promenade, à l’écoute de l’eau, de fontaines en rivières. Et il se trouve que Voiron, pour le plaisir et le rafraichissement de nos oreilles, est une ville sympathiquement bouillonnante, multipliant au fil des places et des rues, fontaines et points d’écoute sur la Morge, rivière urbaine qui parcours le centre ville.
C’est un des rares PAS – Parcours Audio Sensibles qu’il m’ait été donné de faire depuis mars, crise sanitaire oblige, et en plus, il faisait très beau !
Nous avons surplombé la rivière, visible ou non, mais toujours audible. Nous l’avons longée. Nous l’avons quittée et retrouvée dans divers spots urbains. Nous avons zigzagué de fontaines en fontaines. Nous avons tourné autour. Dans un sens et dans l’autre. Nous avons mixé les sons d’eau à ceux de la ville, des voix, des voitures. Nous en avons ouïe des monumentales, des discrètes, des sereines, des majestueuses, des chuintantes, des tintinnabulantes, des glougloutantes. Nous sommes passés de l’une à l’autre, avec les trames sonores urbaines en toile de fond, ou en émergence, selon la progression.
Une ville irriguée de nombreux points d’eau, donc aussi points d’ouïe, qui tissent une trame bleue et bouillonnante, est une ville tonifiée, dynamisée par la présence aquatique. Les montagnes alentours rendent cette impression de tonicité encore plus vivace, pour le plus grand plaisir des promeneurs écoutants de ce jour.
L’idée initiale est de travaille autour du paysage sonore, ou plutôt des paysages sonores de cet immense territoire.
L’intention
Après une « traversée » printanière singulière, qui a profondément questionné nos rapports à l’espace, au temps, à l’écoute, nous pouvons envisager de parcourir le territoire du Vinatier, ses seuils, ses limites, ses environs extérieurs comme un terrain d’exploration, à redécouvrir par les oreilles.
Questionnons par l’écoute ce vaste espace enclos, ville dans la ville, morcelé en une quantité de sous-espaces de différentes tailles, plus ou moins refermés.
Comment cette organisation géographique, architecturale, fonctionnelle, mais aussi sociale, sociétale, tisse et impacte des lieux de vie, de travail, de loisir, de soin… ?
Posons tout d’abord quelques questions pour tenter de mieux cerner et problématiser notre projet.
Comment percevoir par l’oreille, par l’arpentage des lieux, la marche d’écoute, les relations dedans/dehors, les incidences de l’aménagement de ces espaces gigognes, de la vie qui s’y déroule ?
Quelles sont les signatures sonores, les singularités, trivialités, récurrences, choses communes, qui font sens, voire permettent de construire un paysage sonore, par une série de marqueurs acoustiques ? Repérer des acoustiques, des sources de différents types, des activités, des ambiances…
Quelles sont les interactions, inter-relations entres les usagers, patients, professionnels, visiteurs… et comment se révèlent-elles à l’écoute ?
Quelles sont les barrières et porosités entre les espaces, les dedans/dehors, le Vinatier et la ville, le quartier, les espaces ouverts/fermés, et comment les sons, marqueurs du vivant, circulent-ils, ou non, d’intérieurs en extérieurs ? Notions de passages, de transitions, de superpositions, de fondus, de coupures… que l’on retrouve dans la vie quotidienne comme, par une pensée métaphorique, dans l‘écriture sonore et la composition musicale.
Quelles formes de contraintes, de limites, de restrictions de liberté, plus ou moins associées à des lieux d’enfermement, peuvent se ressentir, se percevoir, voire s’entendre ?
Les rendus projetés
Deux formes de restitutions sont envisagées pour rendre compte du travail mené in situ.
Une d‘entre elle consiste à glaner, ici où là, à l’intérieur du centre hospitalier, des sources/échantillons sonores qui pourraient à terme, caractériser le lieu, ses espaces et fonctions spécifiques (soins, loisirs, culture, nature, enseignement…).
Ces sons captés seront ensuite retravaillés, mixés, agencés, via un logiciel de traitement audionumérique, pour composer différents paysages sonores. Le Vinatier vu, perçu, parfois imaginé, à travers les oreilles d’étudiants et de publics qui travaillent concert. Les espaces, interstices, limites, seuils, dedans-dehors, reconstruits en différents « tableaux » auriculaires qui seront présentés publiquement en fin de parcours lors d’un concert électroacoustique.
L’autre forme est d’écrire littéralement, de tracer un parcours d’écoute physique, matériel, qui embarquera un public en l’invitant à écouter in situ les ambiances du site, à les plonger dans une posture d’écoutants, à l’affut des ambiances et scènes sonores du parc, avant que de les amener dans un autre espaces d’écoute, recomposé celui-ci comme un concert de musique des lieux. Donc vers la première forme que j’ai présentée ci-avant.
Les premiers PAS, déambulation(s) à oreilles nues
Une première séance a consisté, comme à mon habitude, à nous promener dans l’enceinte de l’établissement, parcourant sous-bois, lisières, chemins et routes, entrant dans la chapelle, cherchant les limites, les passages, les transitions, à grand renfort d‘écoutes.
Participants, 7 étudiants, deux participants publics de la Ferme, l’animateur de l’atelier, une chargée de projets artistiques de la Ferme.
Nous avons testé moult postures de groupe ou individuelles, yeux fermés, immobiles, en mouvement, discuté des ressentis, des effets acoustiques, d’un vocabulaire commun concernant l’écoute et le paysage, des notions d’esthétique et d’écologie, de sociabilité, de marqueurs sonores… Bref un cheminement autour d‘expériences physiques associées à un vocabulaire, en même temps qu’une première reconnaissance des lieux et de leurs ambiances acoustiques.
L’immersion nécessaire pour saisir les spécificités d’un lieu passe par un arpentage, touts oreilles ouvertes, sinon agrandies.
Ainsi c’est dessiné une première ébauche sonore, faite de multiples sources, ambiances, scènes, objets, textures et matières, qui, mis bout à bout, construisent un paysage sonore naissant.
Pas dans les graviers,
dans l’herbe,
vent dans les feuillages,
frontière entre parc et rue circulante à l’extérieur,
portail grinçant
trams aux sonorités sifflantes en extérieur,
voix croisées,
voix du groupe,
véhicules de service,
réverbération de la chapelle et jeux vocaux,
portail de l’entrée principale,
cône de chantier porte-voix
tondeuse,
oiseaux,
chèvres, muettes
froissements de vêtements,
consignes sanitaires Covid,
arbre grotte boite à vent (immense hêtre pleureur)…
Inventaire à la Prévert non exhaustif.
Ambiances et saillances, rumeurs et détails, le Vinatier se dévoile peu à peu à nos oreilles étonnées.
Devant son étendue, l’immensité du site, 122 hectares, nous choisirons une zone, suffisamment grande et riche en diversités de tous genres (bâtiments, végétations, abords et lisières, activités…) mais géographiquement circonscrite pour ne pas trop se perdre et risquer de noyer les actions dans un espace trop conséquent à maîtriser durant le temps dont nous disposons.
Les PAS suivants, à la cueillette des sons
La deuxième séance est à nouveau une déambulation, mais cette fois-ci l’enregistreur et ses micros viendront relayer nos oreilles, même si, bien sûr, ces dernières resteront les « captureuses » primordiales des ambiances et que ce sont elles qui guideront de prime abord les captations. Me concernant, il est évident que la technologie, si pointue et efficace soit-elle, reste au service du collectage sonore dans le cas présent, et surtout de la sensibilité, du discours, de celui qui cogite et agit sur le terrain.
Petite explication sur les modalités de la prise de sons, des trucs et astuces, le fonctionnement des enregistreurs numériques, les choix de sonorités…
Et nous voila donc repartis sur le terrain, cette fois-ci en petits groupes de deux étudiants et de publics de la Ferme.
Ayant encore dans la tête les ambiances de la semaine précédente, nous tendons les micros en même que les oreilles sur les ambiances, les acoustiques, les événements imprévus, faisons sonner et résonner la chapelle, captons des paroles… Bref, construisons un premier aperçu du territoire par les oreilles, une ébauche de parcours, jalonné de spécificités acoustiques locales, de signature sonores, et d’ambiances génériques.
L’idée étant de comprendre comment un paysage sonore se construit, se représente, se partage…
De retour en salle, nous effectuons quelques écoutes critiques de nos collectages.
Qu’est-ce qui marche bien, moins bien, ou dysfonctionne… ?
Qu’est-ce qui est utilisable, les choix et le dérushage, perfectible ?
Quelles premières pistes, axes de travail, peuvent donner ces prises de sons, idées de scénari… ?
On a déjà une sympathique cueillette sonore comme matière à retravailler, à composer…
La semaine suivante aurait du être consacrée à des écoutes critiques sur la thématique du paysage sonore. Paysages sonores plus ou moins « naturels », figuratifs, mais aussi sages ou folles extrapolations d’artistes sonores, compositeurs, jusqu’aux approches « expérimentales » vers des « abstractions paysagères.
Las, Dame Covid vient casser la dynamique en nous ré-enfermant at home, et en re-distanciant l’enseignement supérieur.
Dimanche J+3 – Coronasérie Saison 2 – Bis repetita (ou presque)
On va ou bien on a rentré ou sorti les terrasses sorti et rentré le chien, ou inversement heureusement j’en ai pas joggé en solitaire, pas moi téléchargé les dérogations rempli les dérogations marché un kilomètre marché une heure en même temps comparé nos enfermements avec des ami.es hors territoire reporté les projets en cours reporté les projets à venir reporté les projets en projet allongé les nuits privilégié pyjamas et pantoufles fait provision de livres pétitionné pour nos libraires pétitionné pour nos colères écouté Anne van Reeth bricolé quelques sons bricolé quelques textes bricolé quelques idées lavé ou jeté des masques vérifié le gel hydromachin lavé les mains à les rendre transparentes téléphoné à des proches téléphoné à des parents évité les sur-stocks de la psycho-manque rangé le bureau (chantier en cours depuis mars dernier) aéré la chambre aéré d’autres pièces changé des ampoules ou pensé à le faire peaufiné le ménage, enfin confirmé des reports acté des annulations parlé de ce qui pourrait en découlé, ou non tenté de chercher à positiver tenté de chercher à relativiser questionné le bien-fondé questionné les logiques questionné les questions questionné les espaces possibles de résistance questionné les espaces sensés de résistance évité les pourcentages, statistiques et autres chiffres angoissants posté quelques blagues facebookiennes pensé à des cours en distanciel retrouvé Zoom en focale récurrente retrouvé notre ordi comme principal bureau et lieu de réunion regardé par la fenêtre écouté par la fenêtre écouté ce qui ne bouge plus écouté ce qui bouge moins écouté ce qui n’a pas bougé pris grand plaisir à faire le marché cette fois-ci autorisé assoupli notre emploi du temps, quoique… restreint drastiquement les errances réduit tout autant les bancs d’écoute cuisiné sans se presser cuisiné du local retrouvé les pas pesants du voisin du dessous maudit le trop bleu du ciel maudit le trop doux du soleil tiré des plans sur la Covid…
Aller
on va crapahuter la ville
sans se presser
on va s’y détendre l’oreille
on va y marcher sirènement
à l’appel d’un grand large urbanique
hola, doucement j’ai dit
plus lentement
bien plus lentement
qui va lento va sono
ou plutôt qui va lento va audio
alors moins vite STP
elle nous va attendre la ville
et puis on s’en fout si on rate des choses
il s’en passera toujours bien d’autres
on prend le temps de faire
on prends le temps de défaire
on prends le temps de parfaire
on prends le temps de refaire
un ou des théâtres sonores in progress
chantier d’écoute en cours
on s’ébroue dans la lente heure
on s’ébruite comme dans un flux continuum
on s’étire l’oreille gentiment augmentée par notre seule attention
care audio ou audio care
doucement les basses
molo les aigus
du calme les médiums
on joue sur tous les tons
ou presque
tessiture étendue et néanmoins apaisée
on joue dans les heures creuses
côtoyant le calme à fleur de pied
en le recherchant si besoin est
en le privilégiant quiètement
on joue dans les recoins que le vacarme ignore
on joue dans les ilots que la rumeur évite
on joue dans les oasis où tinte l’eau gouttante
on joue dans les refuges camouflés et étanches au tintamarre
on se planque à l’affut du moindre bruit qui coure
on cherche la surprise du presque rien roi du silence
on avance à l’oreille-boussole audio-aimantée
quitte à se perdre pour une ouïe pour un non
hypothèses de vespéralités et d’heures bleues
d’aubades en sérénades surannées
dans une ville qui nous susurre
de ses mille anfractuosités sonnantes
des chuchotements ou des cris derrière ses murs
de l’intimité volée en voyécouteur
des frémissements végétaux
qui plissent et déplissent l’espace acoustique
des fontaines qui pleurent comme il se doit
mais je n’insisterai pas encore ici
sur les pesanteurs morbides et plombantes
d’un silence par trop silence
préférant glaner des friandises sonores
les extraire de leur gangue potentiellement bruyante
si ce n’est assourdissante
les poser comme un souffle tout contre l’oreille
notre oreille
nos oreilles
tout contre ton oreille aussi
je t’offre des sonorités toutes fraiches si tu veux
tirées de gisements et d’extractions audiorifères
celles que l’on creuse et où l’on recueille sans rien excaver
sans meurtrir le milieu en bruitalités stressantes
sans laisser de violentes cicatrices soniques
comme ceux qui strient et défigurent parfois la ville de pièges à sons
juste en accueillant dans nos pavillons sidérés et bienveillants
des bribes de mondes en délicates boules de sons
que l’on pétrira de mille sonorités amènes
pour s’en faire une histoire à portée d’oreilles
une histoire que je pense à remodeler sans cesse
dans une polysonie complexement contrapuntique
modulations à tue-tête ou chuchotements mezzo voce
et dans toutes les nuances et subtilités entre-deux
un concert déconcertant par sa trivialité pourtant tissée d’in-entendu
qui fait de nous des ravis béats auditeurs auditant
alors allons y tout doucement
très doucement si tu veux
adagio adagietto rallentendo
ralentissons encore cette marche de concert
presque jusqu’à l’immobilité du point d’ouïe
qui nous livre la bande passante de la ville ébruitée
quitte à la recomposer sans cesse
à la recomposer de toute pièce
mais ne sommes-nous pas là pour ça
compositeurs d’audio-urbanités
agenceurs de slow listenings
et au final de paysages sonores pour qui
dans l’idéal
rien ne presserait
ou presque
sauf l’urgence d’en préserver les aménités
et d’en inventer d’autres.
Le 29/10/2020 à Lyon Sans avoir anticiper le confinement #2
Dans l’un de mes chantiers actuels, les partitions de PAS – Parcours Audio Sensibles, ces dernières ne sont pas une fin en soit, même si l’idée de construire un sorte de collection a , de prime abord, un côté assez jouissif.
Ces partitions vont plutôt dans le sens d’une joyeuse stimulation, conduisant à des déclinaisons où les postures d’écoute(s) sont des moteurs très actifs. Ces déclinaisons, ou variations pour rester dans une métaphore d’écriture musicale, décentrent, ou recentrent, selon les points d’ouïe adoptés, l’objet-même de l’écoute, voire l’objet-même qu’est l’écoute.
L’écoute, envisagée comme pratique expérimentale, peut être ainsi décalée, parfois via la recherche de postures inouïes, même très simples, mais également affirmée comme un geste infléchissant sensiblement la perception d’ambiances auriculaires spatio-temporelles.
Il s’agit ici de remettre en question les gestes d’écoute, frottés aux lieux, mais aussi à leurs occupants et activistes divers.
On peut alors se positionner comme un acteur qui n’est jamais sûr de se trouver au bon endroit, au bon moment, ou dans le bon geste, mais qui questionne sans relâche sa position, la ou les postures de l’écoutant, de l’objet écouté, dans des espaces eux aussi en écoute.
Les interactions, inter-relations, synergies, hybridations, alimentent un jeu, ou plutôt des modes de jeux, qui seront partitionnés en vue d’être joués, re-joués, interprétés, offerts et soumis aux aléas de la variation, elle-même soumise aux contingences du moment.
Il est donc essentiellement question de jouer, de mettre en mouvement des situations ludiques, de construire des jeux comme autant de mises en situation in situ. Le verbe anglais « to perform », prend ici tout son – ses sens, celui d’exécuter (musicalement), d’interpréter, mais aussi de réaliser, de produire, même immatériellement, et qui plus est, si on le croise avec l’idée polysémique de performance dans notre langue, de frotter notre propre corps à l’expérience, parfois éphémère, fugace, de l’espace sonore, du groupe. La partition/consignes, d’ailleurs plus suggestion que véritable consigne injonctive, nous donne des pistes à explorer de l’oreille et du corps. Jeux de déambulations, de postures physiques et mentales, de rapports à l’espace, au groupe, à la vibration des lieux, qui puisent dans des « scores »* pouvant s’écrire, se composer, se jouer en même temps parfois que le geste improvisé, celui en réponse à des stimuli souvent inattendus, sinon inouïs.
Un multitudes de situations, de sensations sont envisageables, possibles, de la plus écrite jusqu’à la plus spontanée, entre trame/canevas et improvisation, partition et expression libre.
« Paysages inouïs écouter | résonner | habiter » du 8 au 10 avril 2021 à Blois
Le 10e symposium international FKL (Klanglandschaft Forum – Forum pour le paysage sonore) est organisé avec l’Ecole de la nature et du paysage (INSA Centre Val de Loire), AAU-CRESSON et le Réseau International Ambiances. Ce partenariat inédit s’inscrit dans une démarche prospective pour imaginer de nouvelles façons de considérer l’apport de la question sonore dans nos existences. Les situations expérimentales seront privilégier.
Pourquoi Paysages inouïs ?
La métaphore ouvre un champ libre pour l’imagination, l’impensé ou l’inconnu, mais aussi pour le passé et le futur, pour des scénarios sonores encore inexplorés. Cette image touche aussi au domaine multiforme de la perception auditive. Par l’intermédiaire des qualités auditives, des phénomènes acoustiques, des pratiques de conception spatiale, des créations artistiques et des expériences d’écoute, le son constitue une entrée transversale inspirante sur les paysages et les ambiances.
L’appel à communication pour ce 10e symposium international FKL est construit autour de cinq thématiques :
Dans quels paysages sonores aimerions-nous vivre ?
Que pouvons-nous apprendre en écoutant le monde à venir ?
Utopique / dystopique / hétérotopique ;
Des écoutes différentes à travers les formes et les rythmes de la vie ;
Quelles voies pour les actions collectives ?
Les auteurs, musiciens, scientifiques, artistes, étudiants, pourront envoyer des propositions scientifiques ou des compositions sonores, qui peuvent être soit des enregistrements audio, soit des compositions instrumentales écrites, soit des installations sonores, ou encore des propositions vidéo. Parmi les propositions créatives il y a aussi la possibilité d’inventer et de proposer des jeux qui comportent, dans les modalités de déroulement ou comme objet même, une référence au son et à l’écoute. Des photos, des cartes, des enregistrements des lieux prévus pour les installations seront disponibles en ligne à partir du 30 septembre 2020.
Date limite de soumission des propositions : 30 novembre 2020
Un soir d’automne avancée, après une journée plutôt bureau-ordi, j’éprouvais, comme souvent à la nuit tombante, l’envie de faire ma promenade urbaine quasi quotidienne. Après un bon quart d’heure de marche, je constatais une ambiance très étrange, qui transformait sensiblement l’atmosphère de la ville, sans que je n’ai pu déceler de quoi il s’agissait vraiment.
Puis, la nuit tout à fait installée sur la ville, je remarquais que c’était en fait au niveau des lumières que l’ambiance était devenue singulière. Tout l’éclairage public, sur un très large secteur géographique était éteint, ou plus exactement ne s’était pas allumé. Les rues et places n’étaient éclairées que par les feux tricolores, les phares des voitures, et l’éclairage des enseignes et vitrines des commerces. Commerces qui d’ailleurs, vers 19H, fermaient pour la plupart leurs portes, ce qui contribuait encore à un assombrissement progressif et général du quartier. Pour autant, celui-ci n’était pas plongé dans un black-out total, car en fait, surtout dans les rues les plus passantes, subsistaient de nombreux points lumineux, de la luciole à la tâche éclaboussante selon leurs importances, maintenant la présence d’ambiances lumineuses suffisantes pour se déplacer sans problème. Ces lumières conféraient aux lieux un côté parfois assez fantomatique, avec des reliefs tellement différents de ceux vus et perçus habituellement, qu’une certaine poésie subjuguante imprégnait le quartier. Je décidais alors de profiter de cet obscur glissement assez sensible de la ville pour explorer de nouveaux « univers », en passant de rues très peuplées à de toutes petites ruelles et placettes, où peu de voitures ne circulaient et peu de boutiques avaient pignon sur rue.
Et là l’obscurité s’intensifiait de façon très marquée, quasi inquiétante. Les rares passants que je croisais, loin de partager mon plaisir de la ville d’ombres, semblaient plutôt inquiets et peu rassurés…
Ces allers-retours entre points assez lumineux et zones d’ombres, en transitions fondues ou rapides m’occupaient une bonne heure durant, jusqu’au moment où les lampadaires arrosèrent de nouveaux les trottoirs et chaussées de leur flux de lumière. Le charme était rompu, la ville redevenait espace de lumières, parfois dans une débauche exacerbée par ce retour brutal à la « normale ».
Une autre chose me frappa ce soir là. Je n’entendais plus du tout la ville de la même façon. Plus l’obscurité s’accentuait, plu les sons se faisaient présents, ciselés, perceptibles, discernables jusque dans leurs infimes détails, par une forme de synesthésie sensorielle qui fait qu’un élément sensitif semble vouloir occuper l’absence, ou la diminution d’un autre, dans une sorte rééquilibrage psychosensoriel. De même, je suis persuadé que le comportement-même des piétons se modifiait au fil de l’obscurité croissante, dans une crainte à la fois de perturber cette « marée noire » ou peut-être de trop attirer l’attention sur soi, un sentiment d’insécurité naissant, parfois puissant, dans ses circonstances. Les lumières revenues, les sons semblèrent s’estomper, comme un brin noyés dans une polyphonie retrouvée.
En tout cas, cette atténuation et exacerbation concomitantes me donnaient à voir et à entendre la ville d’une bien belle façon, en souhaitant presque que le phénomène, ou simple panne, se reproduisit de temps à autre pour poursuivre cette expérience sensorielle urbaine.