Paysages sonores, comment ne pas tomber dans la routine écoutante ?

Cela fait maintenant longtemps
Longtemps que j’écoute
Longtemps que je marche
Longtemps que j’enregistre
Longtemps que j’installe des sons
Longtemps que j’en triture
Longtemps que j’en joue
Longtemps que j’écris autour du dit paysage sonore.
Donc le risque est bien là
Celui de s’encroûter
De s’endormir
De rouiller
De s’ennuyer
D’ennuyer
De tourner en rond
Ou en d’autres formes géométriques.
Innover n’est pas chose simple
Inventer encore moins.
Alors l’expérience aidant
Peut-être
Il faut que j’expérimente
Comme échappatoire inconditionnel.
Des choses pour moi inhabituelles.
Par exemple repérer un parcours d’écoute
Et surtout ne pas le suivre
Ou le prendre à l’envers, à rebrousse-poils d’oreille
À contre-sens
Enregistrer des sons
Et en utiliser d’autres
Utiliser un logiciel qui n’est pas prévu pour ce que je vais en faire
Une carte géographique qui n’est pas celle du lieu marchécouté
Un micro à contre emploi
Des sons que je déteste
Des lieux où je me sens mal
Des contraintes à la limite du paralysant
Faire avec ou tenter de, avec des gens qui ne croient pas au projet
Avec des dénigreurs patentés
Avec des détracteurs stimulants.
Se tracer un cheminement pour mieux s’y perdre.
Toujours remettre tout en cause.
Penser à des choses improbables, irréalisables
Les expérimenter malgré tout
Et voir ce que l’on peut en garder au final, même a minima
S’écrire des partitions que l’on ne jouera pas, ou de façon aléatoire
Avec beaucoup de dissonances, de fausses notes, d’erreurs assumées
Trop aléatoire pour qu’il en reste quelque chose de reconnaissable
Accueillir tout ce qui peut l’être, sons, ambiances, personnes
Changer de rythme, ne plus rechercher l’apaisement, le ralentissement, mais l’emballement, l’accélération
Varier les rythmes, alterner tensions et détentes, speed et zen
Ne pas focaliser, ne pas porter attention, laisser faire, laisser venir, sans volonté de contrôler quoique ce soit.
Privilégier l’informel, le non cadré, le non programmé
Chercher le dés-œuvrement, dans toute la polysémie/polyphonie du terme
Expérimenter les variations, les distorsions, du micro changement au chamboulement radical
Explorer les lieux les plus insolites, les postures physiques les plus saugrenues
Réitérer moult fois le même geste, le même parcours, jusqu’à en éprouver l’usure, la dégradation
Ne pas se donner de limites, de fenêtres spatio-temporelles, faire où et quand bon nous semble
Demander des sons à des cuisiniers, mécaniciens, barmen, et même à des musiciens
Ne pas avoir de projet et aller à l’instinct, à l’improviste, aller nulle part et partout à la fois
Imaginer et tester tous les brassages possibles, imprévus, inattendus, voire des plus anachroniques si ce n’est contre-nature
Faire confiance au hasard, le provoquer si nécessaire, rechercher l’aléas
Ne pas fuir l’inconfort
Faire comme si tout était inouï, jamais vu, jamais entendu
Être en capacité de surprendre, d’être surpris
Être en capacité de se surprendre soi-même

Auteur : Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier

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