Des marches …

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PAS forcément savoir…
Si l’expérience au long cours consolide des savoirs, des acquis, elle remet aussi régulièrement en question, et ébranle fort heureusement nos sclérosantes et mortifères certitudes.

D’ailleurs, parfois, je ne sais plus vraiment où je mets les pieds…
Serait-ce dans
une marche
balade
déambulation
parcours
errance
randonnée
dérive
promenade
flânerie
procession
treck
Soundwalk
ambulation
trajet
performance
cortège
fuite
itinéraire
pas
cheminement
exploration…

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PAS plus que je ne sais toujours bien si cette marche/mouvement est
sensible
artistique
écologique
psychogéographique
revendicative
militante
sociale
relationnelle
conceptuelle
contextuelle
performative
méditative
éducative
métaphysique
environnementale
esthétique
militante
informative
festive
patrimoniale
culturelle
politique
spirituelle
rituelle
décroissante
pédagogique
analytique
hybride…

C’est sans doute le risque de paupérisation lié à une classification, à un répertoriage trop enfermants, qui questionne le sens de la marche, en tous cas telle que je l’entends aujourd’hui.
Des terrains, des moments, des humains, des oreilles, des contaminations, des hybridations, des marches…

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Peut-être marcher ?

 

Tout comme s’ébranler, des deux pieds

et du corps consentant

En fait, se mettre en marche

Inertie d’un corps sans doute encore transi

d’une fraîcheur  comme froid hivernature

Résistante  à la  la lenteur

Et bien plus encore à la contemplation statique

Tout comme se mettre, ou se remettre en marche

Ou et en état de marche

faufilant les obstacles

Trottoirs encrottés

Sentes par trop pierreuses

Voila l’inertie vaincue

Ou tout au moins contrecarrée

Un corps agilité maintenant

Du réchauffement pédestrement fécond

La marche peut s’animer

Herbe rase steppe by steppe

Juste une image au jeu de mots

Terre crissonnante sous les pieds

Écoulements  caillouteux

Juste avant l’imprévisible torrent

Qui surprend de sa bruitalité

Au détour d’une pourtant anodine courbe

La nuit tombe encore déambulante

Estompage

Ou augmentation

Glissement obscurcissant des sens

Aiguisés à fleur d’oreille

Le noir stimulant

Les cailloux plus présents

Kinesthésie plantaire

Une montée en marche approche

Des forêts Oh combien sombres

Avant la clarté lunaire

Sur des alpages dominants

Au-dessous de la ville-vallée lumière

Panoramique

Comme une maquette endormie du bas

Paysage en strates verticales vus

Plus haut encore de la glace

Cheminement froidement piégé

Ébahissement scintillant

Rêve miroitant

Une multitude de failles crevasses

Des pointes de fer agrippant et mordant un miroir vertigineux

La ville enfin revenue

Chemins de pierre entre les pierres

Des ascensions aussi

Sans communes mesures

Ponctuée d’escaliers casse-jambes

Marches obstacles dans la marche

Il suffit d’avancer

Autant que faire se peut…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Projets de ville en écoute

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Pluie amplifiée sur toboggan acoustique – PAS – Parcours Audio Sensible avec l’Open Lab de Bron/Mermoz à Lyon (2015)

Ce que je fais, et continuerai avec vous, en 2017

J’emmène des gens marcher, pour visiter leur ville, ou d’autres espaces, par le petit bout de l’oreillette, ou le grand. Je leurs demande souvent « Et avec votre ville, comment vous entendez-vous? »

Nous expérimentons de concert des postures d’écoute et des lieux un brin et décalés, des micros installations sonores en marche. Nous privilégions le contextuel, quitte à être un brin déstabilisés, le relationnel, car ça fait du bien par les temps qui courent (trop vite !).

Nous inaugurons, très officiellement et cérémonieusement, des Points d’ouïe. Mais oui, c’est très très sérieux !

Nous testons différents modes de lectures/écritures sonores, graphiques, visuelles, corporelles, transmédiales…

Nous naviguons gaiment entre esthétique – musiques des lieux comme une gigantesque installation sonore à ciel ouvert, à à 360° – et écologie – aménités et fragilités de ces mêmes lieux.

Nous en discutons, ici et là, ou bien ailleurs.

Alors, si l’oreille vous démange, je me tiens à votre écoute pour en discuter in auditu, voire in situ !

Avec mes meilleurs vœux pour une année 2017 joliment bruissonnante.

Gilles Malatray

Promeneur écoutant et paysagiste sonore

 

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Cinglante écoute

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en hivernal sec parcourerue
froidure telle pierromarbre
coupance telle pointelaméfilée
sons cingleventeux
champ scintillé tel longuouïe
chant des gouttes fluoaqueuses
mordense telle cristalogivre
oreilles auriculairement gelée tympanique
bise crument ocrougissante
lobes ourlés rosempourprés
quasi hypodérature cassante
cristaux scintilletintants
fleur d’eau grasse des rives
fleuve tel paresse clappotembourbée
ville indolente bruitemmitouflée
grondements sourdomeurtris
échappements polufumants
carrosseries réfléluisantes
sonitruance telle audiogelure                                                                                                                villes de grandes sonitudes
échomarche telle réchauffe
rythmes saccadacérés
luminopadaires contre sombrétoiles
apprentinomades tel poctuomarcheurs
glacés de tentaculicité
ville telle improbable sociorefuge
extérieuration telle nocturnuitée
quaidérives tels guides aquasoniques
glougloutances telles microbulles mourantes
pas dissonants au temps qu’hasardeux
pavés tels obscurs sonomiroirs
rues telles labyrhintoméandres
marches telles itérépétitions
itinébravance scandée frisqueuse
promeneur tel permanécoutant.

La marche, comme processus de recherche – action autour du paysage sonore

 

Le soundwalking pour travailler à corps le paysage sonore

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© photo Florian Clerc – Balade urbaine avec Patrick Mathon et Isabelle clermont (Lyon 2016)

La, ma recherche – action ?

Je vous propose ici un début de réflexion autour d’un travail que je mène à long terme, et depuis déjà de nombreuses années, sur des territoires très différents.

Il s’agit pour moi d’analyser comment la marche, et plus particulièrement le soundwalking (marche d’écoute ou PAS – Parcours Audio Sensible d’après la terminologie Desartsonnants), peut constituer un processus de recherche-action au service de mon objet d’étude, à savoir le paysage sonore.

Le terme de recherche-action restant ouvert à de nombreuses interprétations, il me faut définir ici ce que j’entends par là, ou tout au moins quelques notions, quelques entrées constituantes, qui me semblent importantes dans mon propre projet.

Tout d’abord, il me faut préciser que les enjeux s’appuient à la fois sur une approche théorique, méthodologique et une expérimentation de terrain, à la fois concomitante et indissociable.

Ces approches ont d’ailleurs tendance à faire sortir la recherche d’une sphère institutionnelle, comme par exemple celle des universités, sans pour autant, bien au contraire, couper les ponts avec ces dernières qui s’avèrent de précieux alliés et partenaires.

Notons également que la ville, l’urbanité, le social, le socioculturel, le politique ont une place importante dans le processus, devant notamment l’urbanisation, le phénomène de métropolisation, voire de mégapolisation galopante, qui fait que de plus en plus d’humains sont des homo-urbanus. Pour autant, là encore, la prospective audio-paysagère n’est pas circonscrite à la seule cité, mais aussi dans ses franges, ainsi que dans le milieu rural et naturel.

Cette recherche-action pourrait d’ailleurs être complétée, pour être plus pertinente, ou plus adaptée, d’expressions telles recherche-expérimentation, atelier de recherche in situ, recherche-intervention, recherche impliquée… Bref, on aurait recours ici à un élargissement sémantique qui affirmera l’importance des croisements, des synergies entre l’objet d’étude, le terrain, les pratiques sociales, les promeneurs invités, associés, les « spécialistes », politiques…

Cette position me permet de ne pas restreindre la notion de paysage sonore au seul champ de l’esthétique, de l’artistique, de l’écologie, du social, du politique, voire de l’économique, mais de tenter de l’appréhender selon différentes entrées, en fonction du projet mis en place.

Je serais dans cette démarche assez proche de la vision écosophique de Deleuze et Guattari, en même temps que des approches hétérotopiques de Michel Foucault.

Je prendrai enfin, comme exemple de travail, trois phases régulièrement pratiquées dans une démarche de soundwalking : le repérage préliminaire, l’expérience du groupe, et la, ou les traces d’actions.

Le repérage

Se repérer, prendre ses repères, ses points de repères, des ancrages, se situer dans l’espace, dans le temps (celui d’une marche), construire un parcours, ne pas (trop) partir à l’aventure, tout en se gardant ne marge de manœuvre, d’improvisation, préparer le terrain pour un groupe de marcheurs écoutants… Autant de visées qui font du repérage un moment pour moi très important, si ce n’est un moment clé pour amorcer une nouvelle déambulation paysagère, et surtout préparer tout ce qui en découlera en réflexions,, ressources, rendus, traces….

Il y a quelques années, j’effectuais en principe ces repérages en solitaire, prenant un plaisir certain de découvrir par moi-même, à l’oreille, de nouvelles parcelles de terres sonores, gardant pour moi secrets des itinéraires auriculaires possibles, ne les révélant que le jour J, celui où l’on partirait marcher et écouter le territoire concerné en groupe.

Aujourd’hui, si je continue de repérer parfois seul, j’invite régulièrement des autochtones à m’accompagner dans ces marches préliminaires, voire à me guider, posture de l’arroseur arrosé, dans leur quartier, village, forêt… D’une part, les résidents connaissent beaucoup mieux que moi, c’est une évidence, le terrain, même s’ils ne l’ont souvent jamais vraiment écouté, d’autre part, cette entrée en matière privilégie d’emblée des relations avec des personnes souvent très engagées dans des associations locales, avec des personnalités, des élus du cru. Autant de partenaires potentiels en même temps qu’une pratique relationnelle dynamisante.

L’expérience de groupe, paysages sonores partagés

Après le repérage, s’ensuit le fait de franchir le  PAS – Parcours Audio Sensible, ce qui emmènera, guidé d’oreille ferme, un groupe de promeneurs écoutants réuni pour la circonstance.

Ce parcours ne sera bien évidemment pas la redite du repérage, ce dernier étant plus une réserve de possibles que pourront, plus ou moins, avec une marge de liberté liée à l’improbabilité, exploiter les balades.

Car bien sûr, entre l’humeur du guide et les aléas du terrain, météo, scènes sonores impromptues, réaction du groupe, il peut se passer mille et une choses venant influer le cours de la marche et donc  des écoutes.

D’autres pédagogies, d’autres discours, mises en situation, modus operandi, dispositifs y seront déployés

Dans certaines conditions, et certains lieux, il m’est arrivé d’emmener une douzaine de groupes, sur une semaine, suivant un parcours (presque) similaire, à quelques variantes prêt. Chaque promenade a été toutefois très différente des autres, et jamais je n’ai ressenti une certaine forme d’usure de l’écoute et du corps marchant, de lassitude ou de morne répétition. Bien au contraire, le fait de creuser le terrain, de le sillonner obstinément, comme une modeste et utopique tentative d’épuisement pérequienne,  a ajouté un réel intérêt à l’expérimentation.

Car bien évidemment, même si le terrain a été repéré, préparé, pensé et  repensé, la marche collective procède bien de l’expérimentation. L’expérience du relationnel toujours renouvelé au fil des groupes, du ou des parcours, des postures sérendipiennes, qui constituent une forme de laboratoire déambulant, d’ateliers en marche comme une suite  de modèles de territoires, bâtis autour d’écoutes collectives.

Ici, la synergie du groupe est prédominante. Savoir trouver les mots et les postures pour embarquer une vingtaine de personnes dans une aventure à la fois silencieuse (entre écoutants) et peuplée de mille sons, est à chaque fois une nouvelle gageure. Le côté performatif de l’expédition, longues marches, silences, postures communes, lieux insolites, expériences corporelles, ambiances nocturnes, regards curieux des autres – spectateurs extérieurs non promeneurs et non avertis -, entraîne le groupe dans une forme de rituel où il faut « rentrer dedans ». Il doit s’installer entre nous une osmose tangible, comme lorsqu’une salle entière peut vibrer de concert devant un grand air d’opéra – toujours et plus que jamais l’importance du relationnel et du contextuel. D’où la notion de paysages sonores partagés

Des traces en rendus, des récits

Abordons maintenant la dernière étape de cette recherche-action, celle qui vient après une production physique, collective, in situ, dans le prolongement d’une une écriture corporelle et mentale d’un parcours à même le terrain. Elle concerne cette fois-ci la production d’outils de réflexion, de synthèse, d’analyse, ou de créations sensibles, qui pourraient être envisagés comme une série de traces, de narrations, de récits. Ces traces, ces rendus, contribuent, au-delà de l’action physique, à faire vivre le projet (urbi et orbi), notamment via sa dissémination, ses effets de contamination, d’infiltration, que permettent aujourd’hui les réseaux sociaux (et autres réseaux). Quels que soient les formes et média employés, ce sont des objets qui vont perdurer, plus ou moins, participant à faire connaître la démarche, à la partager, y compris dans des aspects purement pédagogiques. On peut espérer également favoriser de nouveaux échanges et peut-être impulser de nouvelles dynamiques

Enregistrements sonores bruts (field recordings)  ou montés et remixés, d’ambiances comme de paroles, textes, photographies, vidéos, graphismes, objets, installations, notes techniques, analyses méthodologiques, dispositifs multimédia spécifiques, beaucoup de possibilités nous sont offertes.

Une recherche-action digne de ce nom, avec ses actions sociales intrinsèques, ne peut rester confidentielle. Elle doit au contraire essaimer, servir d’exemple, d’inspiration, fournir des ressources accessibles à tout un chacun, qui pourront à leurs tour se développer,  fructifier dans d’autres territoires, et alimenter à leur tour la réflexion, l’expérimentation.

Lire les récits d’autres ateliers, d’autres laboratoires issus des quatres coins du monde, s’emparer de nouveaux outils pour les contextualiser, les reforger à notre main, à notre oreille, selon notre projet, avant que de les redistribuer, est une chose très enrichissante, très excitante même.

On peut ainsi entreprendre au niveau de nombreux territoires sonores, des corpus de sons, d’images, de textes, où se tisseront des protocoles adaptables, modulables, des espaces d’échanges, de discussions, et sans doute des rencontres tant à distance que de visu (et d’auditu), lors de symposiums.

 

Les trois phases proposées ici ne sont qu’une trame, une esquisse parmi tant d’autres. Bien d’autres modèles existent ou restent à combiner, à construire, si possible par et pour une communauté d’écoutants. Cette dernière devra toujours être soucieuse de partager et de défendre de multiples paysages sonores où l’humain trouvera naturellement sa place, dans un respect mutuel, au sein de territoires d’écoute qui demeurent à ce jour , en grande partie inouïs.

 

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Points d’ouïe, des paysages sonores sociaux et politiques

Le paysage sonore est (aussi) un paysage social et politique !

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@City Sonic 2016 – PAS -Parcours Audio Sensible à Mons

S’il est vrai qu’au travers de mes PAS – Parcours Audio Sensibles, mes Points d’ouïe, je recherche souvent à partager des esthétiques apaisantes, des aménités paysagères, le plaisir d’écouter collectivement le monde environnant, je ne voudrais pas pour autant réduire mon travail à une écologie (acoustique) fleur bleue, qui ignorerait, éviterait, fuirait, ou pire, tendrait à cacher les tensions ambiantes de nos sociétés.
Car le paysage sonore est un véritable marqueur social, avec toutes les frictions que ces territoires peuvent contenir et engendrer, un paysage audiblement politique, où se font entendre les grincements, les violences urbaines, ou rurales, les solitudes également, celles d’espaces délaissés, en friche, quasi abandonnés.
Bien sûr un promeneur écoutant n’est pas forcément armé pour analyser socialement, politiquement l’énorme masse d’informations qui lui tombe sous l’oreille, tel un sociologue pourrait par exemple le faire. Néanmoins, à force d’écoute, la vie s’impose belle et bien l’oreille, avec ses joies et ses misères, parfois oh combien cruelles et tragiques !
Un écoutant aguerri ne peut pas faire abstraction, ne peut pas tout filtrer, se boucher les oreilles devant quelques désordres, sans doute un euphémisme, sociaux et politiques qui marquent régulièrement les paysages sonores traversés.
Se promener dans la rue, arpenter la cité, ne peut laisser l’oreille indifférente aux fractures sociales, à l’emprise du politique, même hors discours.
Si l’oreille perçoit nettement le dynamisme de certains quartiers où existe encore une saine mixité inter-culturelle, un véritable brassage social, qui peuvent rendre des espaces plus « vivants » que d’autres à l’écoute, les tensions sociales, les ségrégations, la gentrification, la ghettoïsation, d’y perçoivent aussi nettement par l’auditeur. arpenteur
Violences langagières, cris, exhortations, bagarres de rues, insultes, harcèlement, discriminations, harangues, scènes de ménage, conflits de voisinage, d’automobilistes à cran, et j’arrêterai là cette liste assez sombre, tissent aussi le quotidien de l’espace public, comme de l’espace privé qui transpire parfois ses rancœurs et violences dans la rue, bafouant  ainsi tout intimité.
J’ai d’ailleurs personnellement assisté, à différentes reprises, promeneur écoutant en repérage, et témoin auriculaire involontaire, à des scènes de ruptures, ou de profondes fractures sentimentales extrêmement violentes, en tous cas dans la douleur exprimée par les mots et les intonations vocales, exacerbées, de celles qui nous glacent, nous atteignent profondément,  nous émeuvent dans ces drames, pourtant à l’origine  intimes.
Des conflits dune « tragédie humaines» révélée à l’écoutant, des cris, pleurs, supplications, qui parfois se mettent en scène via les smartphones où les acteurs hurlent leurs haines et leur vindicte aux oreilles de tous, entre colère surjouée et débordement catharsis, et qui d’ailleurs rajoutent des couches de tensions dans l’espace public. Ces violences quotidiennes s’ajoutent, ou se superposent aux concerts de klaxons exacerbés, et même aux insipides, lénifiantes et insupportables musaks d’ambiances, qui envahissent parfois nos rues, comme des empilements de sons contraignants.
De même, les revendications sociales, mouvements sociaux, grèves, entre harangues et slogans parfois drôle, parfois violents, des cornes, un vacarme social plus ou moins orchestré, portés par des flux, des masses organisées en défilés contestataires, et parfois marches silencieuses en mémoire de, construisent des espaces de contestations éminemment sonores.
D’autre part, l’espace sonore est marqué depuis longtemps par la volonté de montrer une puissance sociale et politique aux yeux et aux oreilles de tous.
Le nombre et la puissance des cloches, à l’époque ou châteaux et églises marchaient de concert, non seulement comme des rythmes marqueurs temporels, journaux d’information dans l’espace public (naissances, baptêmes, mariages, décès…) mais aussi révélateur de la richesse et du poids politique des villes, duchés, comtés…
De même les fanfares d’apparat dans les grandes cours, et celle, plus guerrières, de  troupes avec tambours fifres et clairons en avant-garde des batailles rangées, dont l’importance du nombre et la puissance sonore soulignait la potentielle force militaire qui avançait en chargeant au contact de l’ennemi.
Je ne m’étendrai pas ici sur les sons de guerres et d’actes terroristes, dont parlait déjà Luigi Russolo dans son manifeste « L’art des bruits » et parfois mis en poésie, de Victor Hugo à Guillaume Appolinaire.
Sans compter les discours politiques, commémoratifs, en campagne, parfois déversés par voix de puissants haut-parleurs dans l’espace public, le verbe haut comme force de propagande.
Le paysage sonore, l’espace sonore, le territoire sonore, sont donc bien construits sur des terrains sociaux et politiques parfois radicaux et très violents, et donc inévitables « écoutables » comme des marqueurs nous montrant les soubresauts d’un monde jamais vraiment apaisé.
Si j’ai souvent l’habitude de vous montrer, et de vous inciter à entendre les beautés intrinsèques des paysages sonores, je ne romps pas ici avec mes positions plutôt esthétiques, cherchant un apaisement social, mais je mets simplement au clair ma position d’écouteur public qui n’occulte pas la force obscure  du sonore, en tout cas les révélations parfois violentes et inattendues que l’écoute amène à nos oreilles ouvertes sur le monde, pour le meilleur  et pour le pire.

Points d’ouïe et PAS – Parcours Audio Sensible, exercice d’écoute/écriture en plateforme multimodale

Exercices d’écoute en marche, gare aux oreilles !

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Les frimas sont là, avec une belle humidité stagnant sur la ville.
Pour autant, pas question pour moi de renoncer à mes points d’ouïe et autres PAS – Parcours Audio Sensibles. Ce sont devenus des exercices journaliers, comme faire mes gammes, garder l’oreille vive, entrainée, tester chaque jour de nouveaux espaces, de nouvelles postures…
Les frimas et la pluie rendant parfois l’exercice assez inconfortable, je choisis d’élire temporairement domicile dans un vaste lieu, à deux pas de chez moi, à savoir une gare ou, pour être plus précis, une plateforme multimodale – où se croisent trains, bus, métro, voitures, vélos, piétons. C’est une sorte de grande zone d’aiguillage, sur quatre niveaux, redistribuant les piétons usagers vers différents transports et sorties sur le quartier. Un lieu couvert, qui me permet à la fois de déambuler et de me poster sur des bancs d’écoute, d’explorer, de tester.
Exploration niveau -2 , quai des métros
Exploration niveau  -1, desserte parkings
Exploration niveau 0, hall d’accès, escaliers et ascenseurs de distribution
Exploration niveau  I, couloirs et quai des bus
Exploration niveau 2, quai SNCF
En bref, d’immenses zones à parcourir, ouïr, décrire, écrire. J’ai déjà exploré moult fois ce lieu, seul ou accompagné, et ce soir, je décide d’investir le niveau 1, donnant accès aux bus. C’est un très grand U, couloirs carrelés, baies vitrées, portes coulissantes, fosse donnant sur le métro en contrebas, nombreux bancs métalliques, sans compter les usagers…
Il est 19 heures, nous sommes un vendredi 11 novembre, donc jour férié, ce qui, au niveau de la circulation, réduit le flux habituel à ces heures-là, mais en conserve néanmoins une riche activité, diffuse sur tout le plateau scène d’écoute.
Certaines heures sont plus propices, très tôt le matin, ou tard le soir, de même que certains jours, les dimanches soir notamment, ou jours fériés.
Cette plateforme me donne un terrain de chasse remarquable, avec de longues coursives, des perspectives visuelles et sonores en enfilades, trouées de portes coulissantes qui ponctuent l’espace de chuintements pneumatiques, et des sons pénétrant de l’extérieur.
Les nombreux bancs, dos à dos, me permettent des visées sur de nombreux cadrages, plus ou moins ouverts, abrités, ou non, ilots-affuts dans ce grand bateau de veille sensible.
Des voix et des voies, rires, chuchotements, nombreuses langues d’Afrique ou de l’Est, enfants, ados, adultes, l’homme est au centre de la scène. Il passe par flux, sa présence parfois s’amenuise, puis réapparait de plus belle. Mouvements dans l’espace, les voix comme objets posées ou traits sonores traversant. Les pas, talons hauts, chaussures crissantes, ou silencieuses, un autre marqueur sono-spatial sur les vastes carrelages.
Des voix juste derrière moi, sur un bans accolé dos à dos, à quelques centimètres – une intimité où je suis le confident malgré lui, épémère, d’une personne toute proche à cette instant. Je ne me sens pas forcément audio-voyeur, mais plutôt  un peu plus vivant, dans le sens vivant dans une harmonie fragile et éphémère avec l’autre, avec mes proches de l’instant.
Annonces, un train, un métro qui ne prend pas de voyageur, une personne attendue à l’accueil, les consignes vigipirates « tout bagage abandonné… »
Des signaux sonores, bips des portes d’entrée, des portes des métro en contrebas, parfois tels des chants cristallins proches des crapauds des pierres en été.
Des acoustiques changeantes au détour d’un couloir, plus ou moins réverbérantes, ou sèches.
Grondements, sifflements, chuintements, freins dans des aigus acérés. Les métros en bas, les trains en haut, sur un butte tallutée, comme une hiérarchie verticale, ou deux mondes, celui de l’underground, et celui de la lumière s’étagent à l’oreille.
D’ailleurs, concernant les lumières, elles sont comme les sons, diverses, crues, feutrées, points lumineux, clignotantes, réfléchies en tâches, en halos diffus, irrisantes sur les chaussées mouillées qui se reflètent dans les vitres de la gare…
Je m’absorbe dans ces flux sensoriels, tentant parfois de les démêler, et parfois me laissant subjuguer, en errance dans leurs mouvances, leurs variations, marchant consciemment dans des traces situationnistes, psycho-géographiques.
Tantôt assis, tantôt déambulant, je teste différentes postures, au niveau du corps, de l’état d’esprit, de l’écriture in situ, crayon et papier en main.
Les gares sont des voyages immobiles, ou empreintes d’un mobilité bien circonscrite physiquement, alors qu’elles ouvrent d’immenses champs symboliques, imaginaires, des voyages infinis, ouverture pour moi sur une magnifique hétérotopie, des lieux divers, d’autres lieux, des lieux autres, qu’a si bien formulé Michel Foucault.

Il va d’ailleurs falloir un jour, que je me penche sur ce que sont, ou ne sont pas, les hétérotopies d’un paysage sonore.

http://foucault.info/doc/documents/heterotopia/foucault-heterotopia-en-html.

PAS – Parcours Audio Sensibles en résonances

Passages couverts en résonances

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Ce n’est certes pas la première fois que, en tant qui promeneur écoutant,  j’aborde le sujet.
Néanmoins, j’assume mes propres itérations, mes propres répétitions, qui sont pour moi un moyen d’affirmer mes coups de cœur, mes coups d’oreilles, de les ancrer dans un vécu, une expérience de marcheur.
Au-delà, qui sait, c’est sans doute un moyen de trouver en les partageant des échos chez d’autres marcheurs, ou écoutants, ou les deux.
Comme je le constate souvent, la vue est indissociable de l’oreille et vice et versa, en tous cas dans mes propres parcours.
L’oreille peut guider la vue, l’emmener vers…
La vue peut guider l’oreille, la faire tendre vers…
Ces deux sens se complètent, s’auto-enrichissent, stimulent des états perceptifs qui viennent exacerber nos sensations, plaisirs, ou déplaisirs.
Or il se trouve que : J’aime les passages couverts.
J’aime les couloirs.
J’aime les galeries.
J’aime les tunnels.
Y compris parfois dans les sentiments d’étrangeté, des sensations de froideur, d’humidité, d’obscurité, voire d’insécurité.
J’aime les espaces confinés, aux perspectives resserrées, fuyantes, aux longues réverbérations.
Il me semble qu’il y a dans ces lieux de belles adéquations entre ce que je vois et ce que j’écoute.
Les sonorités  y sont parfois étouffées, parfois amplifiées, réverbérées, portées par des murs minéraux qui les colorent de timbres presque métalliques. Les voix s’ajustent aux lieux, soit intimes, soit au contraire expansives, portées à jouer avec les lieux – tels les enfants criant quasi systématiquement dans les tunnels justement.
A chaque nouveaux PAS – Parcours Audio Sensible, je n’ai de cesse que de rechercher au moins un passage de ce type, allée couverte, pont ou autre boyau acoustique, même de taille modeste.
Ces parcours, ponctués de résonances, ou d’endroits plus mats, plus secs, acoustiquement parlant,  nous procurent des sensations d’ouvertures/fermetures acoustiques, d’élargissements/rétrécissements, où l’espace devient tangible à l’écoute. On y sent les pressions acoustiques se déployer ou se resserrer physiquement, corporellement, comme une enveloppe immersive. On y percoit une certaine compacité élastique de l’air, ce qui d’ailleurs nous fait mesurer l’incroyable acuité de notre système d’écoute, et de notre corps résonant et résonateur.

Écoutez/regardez, imaginez les ambiances…

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Ambiances sonores du tunnel de l’ile du souvenir – Parc de la tête d’Or à Lyon – Balade – expérimentations sensibles par Nathalie Bou et Desartsonnants

ET AVEC TA VILLE, COMMENT TU T’ENTENDS ?

Partages d’écoute(s) en parcours sonores urbains et périurbains

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Des projets visant :

Des quartiers concernés par les actions de la Politique de la ville, notamment les QPV – Quartiers Prioritaires  et les QVA – Quartiers de Veille Active
Pour : entendre la ville, mieux s’entendre avec la ville (et ses habitants, passagers, usagers…), créer du lien par l’écoute collective, désamorcer les notions de bruit permanent, marcher d’un lieu à l’autre en ouvrant les oreilles pour rattacher son quartier, son ilot, à d’autres espaces urbains, voisins ou plus éloignés (le son n’a pas vraiment de frontières physiques)

Des quartiers en rénovation urbaine
Pour, garder des traces, mémoires de grands travaux, comment sonne la ville, la cité, avant, pendant, après les chantiers de rénovation ? Comment s’effectuent (ou non) les transitions architecturales, urbanistiques, sociales, culturelles, avec l’oreille comme témoin et organe de transmission.

Postures et collaborations
Ces propositions peuvent convoquer, selon les approches envisagées, des postures où l’esthétique, l’artistique, l’écologie et le développement durable (l’écosophie), le social… Elles peuvent également, voire souhaitent fortement pour cela associer différentes compétences, s’intégrer dans des équipes…

Propositions de terrain
Des PAS -Parcours Audio Sensibles, écouter, commenter, mieux comprendre sa ville en marchant, écrire et construire des récits de territoire au pas à pas
des enregistrements in situ, ambiances, radio trottoirs, rencontres…
montages radiophoniques, documentaires et/ou fictions
montages audionumériques de paysages sonores, cartes postales sonores, fictions et territoires imaginaires
diffusions, rencontres et écoutes publiques, les sons de mon quartier
installation sonore et visuelles en espace publics, appartements – travail entre photographies et sonographies (documentaires, fictions, cartes postale sonores, formes mixtes)
cartographie de l’écoute
récits d’écoutants via des textes collectés, enregistrés, des graphismes…
Cartographies sensibles, mentales de la vile sonore
Sculptures sonores et installations éphémères, points d’ouïe et écoute scénographiés…

Ces propositions ne restent bien évidemment, en l’état, que des propositions, un champ de possibles. Elles seront définies, choisies, construites en fonction des projets, du terrain, des acteurs locaux (institutions, structures socio-éducatives, conseils de quartiers, associassions, habitants…)

Quelques expériences menées
– Mâcon, quartiers des Blanchettes  (71)« Le bruit de ta ville ? » avec les services sociaux et de santé
– Chalon/Saône quartier Fontaine aux Loup (71), « sons de ton quartier  » Académie, école maternelle
– Chalon/Saône quartier des Charreaux (71), avec le centre social et la ville de chalon
– Besançon centre et périphérie (25) avec des écoles primaires et un sociologue de la ville
– Saint-Étienne (42), quartier Bellevue, avec le conseil de quartier, le service santé et urbanisme
– Bron, Les essarts/Mermoz (69) « Histoire(s) pour les oreilles » avec le service culturel de la ville, une école primaire, dans le cadre du festival RVBN
– Lyon 9, Conseil de quartier Vaise Industrie Rochecardon « Mémoire orale des ouvrières de Vaise » – enregistrements de mémoires orales, CD et livret
– Tananarive, Madagascar – Quartier d’Ankatso, « Sons de Tana », avec « Art’Mada », le Ministère de la culture, l’Université de la francophonie, des artistes locaux…
– Victoriaville – Québec, colloques  rencontres et balades sonores autour de « l’écosophie », approche de l’écologie sonore transatlantique, avec CRANE Lab (France), l’Université de 3 Rivières et GRAVE (Québec)
– Lausanne – Suisse – Quartier du Vallon, Journées des alternatives urbaines autour de la restructuration du quartier, balades sonores et sensibles, avec l’association Écovallon, la ville de Lausanne…

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Points d’ouïe et Paysages sonores partagés
https://desartsonnantsbis.com/
https://fr.linkedin.com/in/gillesmalatray

Contacts
desartsonnants@gmail.com
07 80 06 14 65

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Marcher – Écouter – Résister

Pour un apaisement du Monde au PAS à PAS

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@photo – Florian Clerc

Sans doute vais-je répéter ce qui a déjà mille fois été dit, me répéter moi-même, mais, selon le vieil adage, cela va mieux en le disant, si ce n’est en le re-disant.
La marche, associée à l’écoute, instaure une série de rituels, de spiritualités, de rayonnements, à vivre en groupe comme individuellement, parfois.
Adopter ces états d’esprit comme un apaisement, une Slow Life assumée, une quiète zénitude, nous fait un peu plus profondément jouir des espaces urbains, naturels, humains, intérieurs…
Le rythme de la marche fait, ou devrait faire fi de l’agitation, bien au contraire, il doit résister, à contre-courant du stress et du zapping ambiant.
L’expérience de la durée, une forme de performance de l’écoute en marche, met le corps à l’épreuve du physique, des aléas météorologiques, des accidents topographiques, jusqu’à une fatigue lancinante, qui peut devenir exaltante, catalysante, cristallisante, magnifiante…
Jusque vers une marche hypnotique.
La majesté ou l’intimité des lieux, de monuments en clairières, nous convient à communier avec les lieux, pour peu qu’on leur tende une oreille généreuse, qu’on y prête une attention suffisante et dénuée de trop d’a priori, de préconçus verrouillant d’emblée nos accointances encore ignorées.
Les pauses jalonnant la marche sont souvent inopinées, guidées par l’ouverture, la disponibilité à profiter de l’instant sérendipien,  de ce qui s’y passe, ou non, de l’autre, des absences et des présences, des entre-deux fluctuants.
La ville n’est plus forcément une arène sonore, aux prises à la seule grande bataille des sons.
Pas plus que la campagne, ou la nature, ne seraient que des modèles idylliques, jardins sonores idéaux.
La marche silencieuse recherche et entretient une forme de méditation partagée, soudant, même momentanément, un groupe dans une bienveillance commune.
Et c’est fou ce que l’on entend (mieux) lorsque l’on fait silence, et qui plus est lorsque l’on écoute.
Le frémissement du vent, le glougloutements de l’eau, entre autres, nous font prendre conscience des échelles soniques, et des limites jusqu’où l’on peut vivre et communiquer sereinement. Au-delà…
Écologie toujours, jusqu’aux bouts des sons, et des oreilles.
Les postures d’écoute, mais aussi celles du regard, du toucher (assis, en rond, dos à dos, yeux fermés, oreilles collées à, allongés…) sont prétextes à ressentir  et à générer des vibrations communes, de préférences inouïes.
Le corps est une antenne, un réceptacle sensible, pouvant être profondément touché, pour le meilleur et pour le pire, par les innombrables sonorités dans lesquelles il se meut, et qui le traversent, y rebondissent, s’y lovent…
C’est en même temps un émetteur capable de rayonner vers l’extérieur, vers d’autres corps écoutants, et eux même rayonnants, corps foyer, corps irradié, corps irradiant. Plus le corps est plongé dans une sorte d’éther acoustique, organique, plus il peut être investi à tisser, autant que faire se peut, de bonnes et belles ententes.
Good vibrations.
Les géographies sont également cartographiées sur des territoires traversés de fureurs et de bruits, de murmures et de chuchotements. Le promeneur écoutant que je suis, inscrit des lignes et des courbes, des vides, des pleins et des déliés, d’interminables sentiers et de fourbes impasses, au rythme de ses pas, et de ceux d’autres marcheurs.
Jamais hélas, le Soundwalking, le PAS – Parcours Audio Sensible, n’éradiqueront la violence, mais sans doute contribueront-il, même très modestement, à en adoucir la pression, voire à en désamorcer une certaine partie.

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PAS – Parcours Audio Sensibles, résidence artistique, collectages/écritures/offrandes…

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@photo – Florian Clerc

Au cours d’une résidence artistique avec Isabelle Clermont, artiste interdisciplinaire québecoise, Gilles Malatray (Desartsonnants) et Abi/Abo, après un mois de pérégrinations écritures dedans/dehors, les balades, axe privilégié de ce travail, ont entre autres fourni une riche matière, entre écrits, images, sons, et réflexions sur la ville, l’autre, la marche, la rencontre, le partage, l’absence et la présence…
A ce propos, sans compter les repérages, 17 marches, certaines assez longues, ont été effectuées, en petits groupes ou avec du public. Ce sont donc Cinq PAS à Lyon (avec Patrick Mathon), dix à Nantes ( pour le Festival [sonor]), deux à Besançon (avec Radio campus Besançon et le FRAC de Franche Comté), qui ont entrainé dans leurs sillages plus de 150 personnes, publics écoutants, étudiants, amis, curieux…

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@photo – Florian Clerc

Mais aussi, ces promenades ont été le champ de nombreux collectages, des glanages multiples, au fil des PAS, Nous avons ainsi glané, en même temps d’ailleurs que semé :
Des paysages,
des ambiances,
des instants,
des rencontres,
des sourires,
des images,
des paroles,
des relations parfois complexes,
des photos,
des sons,
des mots et des phrases,
des arômes (sauge, romarin)
d’autres traces diverses, fugaces, parfois intangibles…
Ces collectages ont favorisé la construction de territoires, notamment sonores, entre réel et imaginaire, des fictions ou frictions urbaines, tissées sur trois villes, au bord du Rhône et de la Saône, de la Loire, et du Doubs. Se sont inscrites en filigranes des narrations in situ, lors de balades qui étaient à la fois le théâtre des collectages et des lectures-écritures d’espaces scénographiés, sonographiés  et partagés.
Des formes de cadres d’écoute se sont installées, improvisations performatives, gestes d’écoute, connivences à deux guides promeneurs écoutants, jouant à partager des espaces sonores, entre mots et couleurs, objets et postures…
En toute fin de séjour, lors d’une soirée sortie de résidence, toutes ces bribes de couleurs de formes et de sons, ces images, ces mémoires tricotées (de fils de laine) ont participé à alimenter une nouvelle histoire, transposée à l’intérieur celle-là.

Et cette nouvelle histoire, comme aime à le dire Isabelle, est une offrande, une offrande collective qui plus est.

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@photo – Patrick Mathon

Mais tout cela n’est qu’un début, car déjà, d’autres projets sont en marche !

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Concevoir, construire le paysage sonore comme une œuvre plastique, en marchant

(en marchant)

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En écouter ses contours (même mouvants)
En écouter ses limites (même mouvantes)
En écouter ses plans (sonores)
1e plan, 2e plan, arrière-plans
lointains (diverses rumeurs et bruits de fond)…
Lui donner une existence géographique, topologique, par la marche
pas à pas
soundwalking
balade sonore
Itinéraire d’écoute
parcours d’écoute
sentier d’écoute
traces et traçages
cartographies du promeneur écoutant
rendre le paysage sonore tangible
objet sonores
objets d’écoute
installations sonores délimitant des cadres auditifs
installations sonores interactives
jouer sur les couleurs sonores du paysage
ambiances
filtrages
irisations
gommage
camaïeux
jouer sur des couches ou amas sonores
accumulations
stratifications
magmas
jouer sur des principes compositionnels
géographies trans-soniques (en marchant)
mixages (en marchant)
passages (en marchant)
transitions (en marchant)
atténuations (en marchant)
augmentations (en marchant)
fondus, fade in/fade ou (en marchant)
coupures (en marchant)
paysages sonores hétérotopiques, paysages sonores sensibles
Construire des architectures d’écoute dédiées à la choses sonore
Construire des architectures sonores ou sonnantes
des sculptures éoliennes
des sculptures aquatiques
des sculptures cinétiques
favoriser ou provoquer des synesthésies couleurs/formes/sons…
représenter graphiquement des sons, partitions graphiques de la ville
des textures sonores
des matières sonores
des densités sonores
des granulosités sonores
des mouvements sonores
des dynamiques sonores
considérer la ville, ou ailleurs, comme une installation sonore à ciel ouvert
considérer la ville, ou ailleurs, comme une installation sonore à 360°
considérer la ville, ou ailleurs, comme une ample orchestration des bruits urbains
considérer la ville, ou ailleurs, comme une fenêtre radio ouverte sur le monde
favoriser des esthétiques relationnelles entre écoutants et paysages
et vice et versa
toujours en marchant.

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PAS – Parcours Audio Sensibles à Besançon

La ville lyre , une musique des lieux

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Nous sommes accueillis, avec Isabelle Clermont, dans le cadre du festival « Hors les murs » organisé par Radio Campus Besançon et  le FRAC Franche Comté.
Le chœur de la vielle  cité bisontine est un superbe site enchâssé dans les méandres du Doubs, qui dessinent une lyre autour de cette ville musique.
Besançon se prête à l’écoute.
Se donne à entendre.
Invite à prêter l’oreille.
Se fait belle toute en sons.
Superpose généreusement points de vue et points d’ouïe.
Ses rues resserrée, ses falaises alentours, les miroirs d’eau bordés de vertes promenades, sont autant de micro dépaysements, comme une invitation au PAS.
Départ du FRAC, pour un enfoncement progressif dans une ruelle ne cessant de se rétrécir, jusqu’à ne laisser passer que deux personnes de front.     Une belle intimité qui laisse percevoir un débouché, une échappée en perspective fuyante, fenêtre cadrée sur une rue perpendiculaire. Le calme s’installe rapidement après la déferlante des quais.
Un square  gallo-romain, oasis de verdure ornée d’antiques fontaines, murs, porches  en ruines majestueuses mais sans trop, petit musée à ciel ouvert où notre oreille joue à se faufiler contre des pierres chargées d’histoire. Des auscultations, des micro installations, un groupe d’écoutants joueurs, une écriture collective mi-proposée, mi-improvisée, un micro théâtre auriculaire des plus agréable.
Plus haut, la cathédrale, perchée, regardant, et peut-être protégeant la ville en contrebas, avec ses cloches qui arrosent d’un heaume protecteur la cité séculaire.
A l’intérieur, l’apaisement d’un repli empli de quiétude, d’une spiritualité tangible, de rituels imprégnants, qui semblent baigner chaque recoin. Les sons furtifs ricochent de travées en travées, s’adjoignant au passage une vie prolongée de mille échos additionnés. La déambulation s’attarde naturellement dans ce havre acoustique, occasion de discrètes explorations, pour ne pas troubler le lieu,  d’immersions en aveugle.
Un sas suffit à nous réouvrir sur la ville, l’espace acoustique se trouvant subitement élargi, les plans s’étageant de nouveau en strates donnant de plus vastes échelles des profondeurs urbaines.
Quelques pas pour franchir un escalier en arrière de la cathédrale,suffisent pour que tout change , subrepticement, quasi subitement. Une nouvelle ambiance s’installe, un instant superposée à l’ancienne, comme un jeu de calques marquant les stratifications auditives du quartier.
Un carrefour où des voitures et des piétons cohabitent, au pied de la citadelle dominant Besançon,  alternance de séquences qui dessinent des mouvements sonores devant, derrière, dessus, dessous, à droite, à gauche. Sans compter les mouvements incessants. Beaucoup de situations acousmatiques où l source sonore est d’emblée cachée par les murs ambiants, avant que de s’offrir de visu, au détour d’un virage, et au débotté.
Une enfilade de rues étroites, à flanc de colline, presque silencieuses, néanmoins scandées de voix ou de moteurs, tout cela restant baigné d’un doux équilibre.
Redescende, progressive, vers le centre ville, direction vers la place Gravelle, épicentre de la ville.
Les sons bien évidemment de re-densifient, crescendo vers une nouvelle ambiance qui reste néanmoins très écoutable.
Un mixte très intéressant, nous traversons la place centrale (Granvelle)  habitée ce jour d’un marché européen, et d’une fête foraine. Et là, un mixage s’opère, ou plutôt est opéré, en marchant,  entre voix, musiques des manèges forains, accidents et autres imprévus audibles; un kiosque à musique nous permet de nous poser dans une sorte de système inversé : nous sommes des écoutants dans un lieu qui est initialement prévu pour jouer une musique. Ce qui veut dire que l’’oreille peut aussi s’adapter à, participe bien sûr, en actrice principale, à des formes d’écriture in situ, en marche.
Puis encore des choses à venir, des postures à tester, des rencontres privilégier, des suites à donner… A suivre !

PAS – Parcours Audio Sensibles à Nantes

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Contexte

En compagnie d’Isabelle Clermont, et invités par le festival de création radiophonique « Sonor #9, nous arpenterons 10 fois l’Ile de Nantes en trois jours, emmenant avec nous différents publics au gré de nos sono-pérégrinations.
Raconter 10 balades sonores pouvant se révéler difficile, voire un rien redondant, c’est donc par mot-clés que je relaterai, comme à l’accoutumée d’une façon très subjective, très personnelle, nos duos d’écoute nantais.

Duo
Partager à deux des parcours sonores est une belle expérience, réalisée avec l’artiste interdisciplinaire et performeuse  québécoise Isabelle Clermont. Nous repérons à deux paires d’oreilles et d’yeux. Nous mettons en commun nos synergies. Nous prenons la maîtrise du PAS alternativement, l’un guidant, proposant, improvisant, l’autre répondant, dialoguant, complétant, étirant le champ des possibles, puis relançant à son tour une autre scène. Le scénario s’écrit  naturellement à deux, tout comme le parcours. Regards, clins d’œil, clins d’oreille, le duo fonctionne à la connivence, à l’envie du moment, à la chose ou au lieu interpelant l’un ou l’autre, parfois en contre-point, parfois en alternance, parfois en accumulation, ou en effacement. Le rythme, les directions, les haltes, les propositions sont ainsi toujours renouvelés, d’un parcours à l’autre, dans une forme d’improvisation binomique.

Itinéraires et errements
Là où nous avons repéré préalablement des choses singulières, emblématiques, triviales, intéressantes, surprenantes, déroutantes…
Là où nos pas nous mènent, au hasard d’une marée nous barrant le passage, d’une pluie violente et soudaine, d’un obstacle ou de l’invitation d’un passage discret, ou de celle d’un son sirène, du détour assumé ou imprévisible, de l’envie du moment, du groupe…

Rythmiques et temporalité
Balisage d’un début et d’une fin reliés de séquences, spots plus ou moins longs – Vitesse modulable, changements d’allures, marcher vite vers, avant que quelque chose ne s’estompe, ne disparaissent, ou mixer l’ici d’où l’on part et le là-bas vers lequel on se dirige. Des cassures, ruptures se posent comme des effets de surprises, tout en restant dans une attention et des modes de perceptions plutôt zen, sereins, qui tentent d’échapper à la violence du monde et à son chaos ambiant.

Pédagogie
La première journée est consacrée à l’accueil de lycéens et collégiens. Il faut rebondir vite, entre le ludique et le questionnement, le geste, la posture, parfois désarçonnante pour de jeunes ados qui craignent souvent le regard de l’autre, celui du groupe comme celui des passants – Nous sommes dans l’espace public, donc bien visibles, surtout dans des actions un brin singulières, ne serait-ce que de ne « d’écouter sans rien faire », du moins en apparence. Une fois le groupe embarqué, un lâcher prise installé, la surprise des sons rarement écoutés agit, questionne, même si parfois elle déstabilise.

Corps sonores, rituels et postures d’écoute
La notion de postures, ou de rituel est essentielle.
Parler pour mettre en condition, en réception, pour préparer l’immersion.
La lenteur, une marche apaisée, prenant le temps de faire ensemble, de l’imprégnation, du bain sensoriel, pluri-sensoriel, du ressenti, du contact…
Les postures communes, communions sonores, regarder vers, tourner le dos à, coller l’oreille à, longer, traverser, s’assoir, se mettre dos à dos, être reliés par un fil de laine, ou par la seule écoute, convoquer moult attitudes, gestes, en fonction de ce qui se passe, du groupe…
Le rituel de la marche recommencée, d’un début, d’une progression, d’une fin, d’une forme de pensée sacrale, d’une fête sensorielle, d’un œcuménisme audio-paysager, d’une célébration d’un moment unique, d’un état unique, dans un lieu qui plus jamais ne sera le même, de l’événement à partir duquel rien (surtout l’écoute) ne sera plus comme avant.

Objets sonores, objets d’écoute
Des prolongements, des extensions… Des effets loupes, grossissements/amplifications sonores, auscultations stéthoscopiques à fleur de membranes, des cônes dirigeant, orientant, axant ou désaxant, menant en avant ou obscurcissant, filtrant, colorant, percutant, grattant… Objets d’écoutes, objets d’écoutants, objets écoutants, récupérations, DYI, bricolages pour mettre les oreilles en colimaçon.
Ici c’est un sifflement rajouté
une caresse ou un raclement métallique,
une série de petits haut-parleurs entourant le groupe, emmenés au creux de la main, échangés
une radio déplacée
des graviers lancés
des tiges pour exciter les barrières métalliques…

Jour et nuit, ambiances
Des parcours en journée, des parcours nuit tombée. De l’intime à l’extime, de la clarté à la pénombre, du clair au feutré, de l’agitation à l’évanescence, atténuation nocturne, bouillonnement diurne, les ambiances se fabriquent au fil des heures, dans des densités de sources sonores fluctuante, avec ou sans éléphants barrissants, cris d’enfants et d’adultes, vociférations machinantes ou pas doucement réverbérés sous la grande galerie. Les potentiomètres semblent se placer à des curseurs différents selon le moment, les mixages se font plus progressifs de nuit, même si, à tout moment, peut surgir une brutale émergence…

Pépites sonores
Des clapotis, glougloutements, chuintements, sifflement, une passerelle longeant la Loire, des marées venant agiter l’espace aquatique…
Et de la pluie qui ruisselle, goute, s’écoute à goutes, paysage humide et animé de mille irisations sonores, véhicules semblant glisser sur des nappes chuintantes…
Des voix multiples, réverbérées, disséminées, mouvantes, en groupe, isolées, des rires en éclats.
Des skates et rollers tissant des espaces claquants, des explosions boisées, des striures sonores filantes.
Des claquements métalliques secs, ou réverbérés, dans un parking souterrain, des autos qui grondent sur un couloir de métal ajouré, juste sur nos tête, l’étrange filtrage acoustique de la ville, comme une couche de ouate, dans ce même parking, ses réverbérations, un véritable parcours d’écoute dans le parcours global.
D’étranges sons d’eau aspirée par le trop plein d’une fontaine à l’intérieur d’une cour.
Le grondement fréquent d’avions à très basse altitude, qui peut être selon les cas, de belles et puissantes nappes sonores, comme, il y a de fortes chances, une pollution difficile à vivre pour les riverains exposés.

Rencontres et dialogues
La marche achevée, peut s’engager un espace de dialogue la prolongeant. Ressentis, plaisirs, surprises, images, couleurs, synesthésie, souvenirs, pratiques, questionnements, projets… On tisse une nouvelle écoute, des relations renforcées par l’expérience vécue. Parfois, il faut laisser décanter, prendre du recul, revenir à la surface de soi-même, attendre que nos PAS se recalent dans le quotidien.

Album photos

Marches desartsonnantes - Sonor #9 Nantes

 

En écoute :

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Partager les « Chants de la Terre »

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PAS – Parcours Audio Sensibles, des ateliers à ciel ouvert

Arpenter le terrain-paysage comme un atelier d’écoute à ciel ouvert, une radio diffusant les innombrables musiques du Monde à 360°.

Écrire de multiples chemins d’écoute, trouver les lieux où l’oreille soit au centre-même d’espaces auriculaires magnifiés.

Construire des relations intimes, privilégiées, entre les écoutants, le paysage sonore, chercher les postures communes qui feront d’un groupe d’écoutants une véritable enceinte acoustique vivante, sensible et réactive.

Envisager tout ce qui peut nous relier aux sonorités du monde, notamment en favorisant les interactions – les gestes, les objets, les écrits, les graphismes, les images, les sculptures et architectures, même infiniment fragiles et éphémères.

Rechercher toutes les connivences entre artistes musiciens, danseurs, sculpteurs, architectes, plasticiens, poètes, sculpteurs, aménageurs, pédagogues, chercheurs, marcheurs, écoutants des villes et des campagnes.

Chercher le paysage hétérotopique, multiple, le repérer, tenter d’en trouver les ou des contours, tout en continuant de l’improviser au gré des marches.

Privilégier une forme de tourisme culturel respectueux, privilégiant des approches écosophiques, en s’appuyant sur l’existant plus que sur de nouvelles couches de sons rajoutés.

Transmettre par la parole, l’expérience, le partage de gestes et de postures d’écoute, l’inscription de parcours sensibles tracés de l’oreille à même le chemin.

Desartsonnants dans ses PAS est toujours en quête de belles expériences d’écriture in situ, de rencontres pétries des sons de la Terre.

PAS – Parcours Audio Sensible à Belleville (Paris)

Belleville, un quartier de Paris à l’oreille

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C’est un PAS un peu spécifique que celui-là,puisqu’il s’agit d’enregistrer une émission radiophonique autour des PAS Desartsonnants, justement ! Ce PAS répond donc à l’invitation de Clément Lebrun, dans le cade de l’émission « Le cri du Patchwork », sur les ondes de France-Musique.
A départ, choix on ne peu plus délicat, il m’a fallu choisir un lieu, un quartier parisien, pour effectuer un parcours d’écoute, et Dieu sait si la capitale regorge de ressources auriculaires, d’espaces intéressants acoustiquement pour y balader oreilles et micros, tout en expliquant la démarche, le pourquoi du comment, les manières de faire, les revendications et autres militances… !
Après de nombreuses hésitations, j’ai finalement opté pour les hauts de Belleville, quartier parisien historiquement emblématique, avec ses vues surplombantes, ses visions/auditions panoramiques de la ville, ses fourmillements… Pour autant, rien n’est encore joué, il s’agit maintenant de repérer un ou plusieurs cheminements, dans le foisonnement de topologies sonores. Je décide alors de demander main et oreille forte pour effectuer une journée de repérage avec des écoutants de bonne volonté, alors que beaucoup de choses, dans ce quartier qui me fascine, m’échappent encore. Un appel à une balade écoute participative est donc lancé via les réseaux sociaux. Je reçois rapidement de sympathiques réponses de compositeurs, chorégraphes, dont certains habitent ou ont habité les lieux, tous étant intéressés pour jeter ensemble une oreille, voire deux, sur l’espace sonore des hauts de Belleville. Vers 10H, la rencontre commence autour d’un café, histoire de faire connaissance, de parler de nos projets et travaux respectifs. Olivier, compositeur et chercheur, et Sabine, chorégraphe exerçant dans l’espace public, tous deux aguerris à la chose sonore, à l’espace public, à la marche, m’accompagnent dans un premier tronçon de parcours, où ils me guident vers de nouveaux territoires d’explorations sensoriels.

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Le fait (somme toute assez habituel chez Desartsonnants) de partir de l’intérieur de l’église place Jourdain constitue une façon de se préparer sereinement l’oreille, avant que de nous diriger vers le parc des Buttes-Chaumont. Du métro Jourdain, un rapide decrescendo s’opère, en pénétrant dans de petites rues plus abritées de la cohue motorisée. Des voix, colorées, timbrées, de multiples langues et intonations… Une entrée du parc des Buttes-Chaumont, une fois pénétrés dans l’enclos joliment paysager, s’ajoute une nouvelle couche-filtre d’apaisement, voix et sonorités de proximité en profitent pour émerger un peu plus, se tailler une place plus tranquillement présente.
Scène surprenante, des groupes pratiquent le Taïchi à l’épée et à l’éventail dans un recoin du parc, dans une musique de différents claquements et cliquetis rythmiques.
Les oiseaux sont encore en éveil dans cette automne quasi estivale.
Le parcours est aussi riche que paisible à cet endroit, je le garde en mémoire.
Retour vers la place Jourdain avec un effet inversement proportionnel dans son accumulation progressive de sonorités urbaines.
Sabine nous quitte, pour partir vers d’autres travaux. Nous envisageons de garder contact autour de la marche, de l’écoute, du paysage sonore, ici ou là.
Pause.
Un nouvel arrivant se joint à notre groupe, Dan, compositeur acousmate. Nouveaux dialogues, prise de contact de visu, après les réseaux sociaux, échanges, longue conversation autour de nos pratiques, un autre petit cercle d’écoutants se reforme.
Un nouveau départ, cette fois-ci vers la rue de Belleville, à l’opposé de ce matin, qui débute par une séquence plus dense acoustiquement. Nous nous dirigeons maintenant vers le parc de Belleville, très différent, à tous points de vue, et d’ouïe, de celui des Buttes-Chaumont. Nous retrouvons, par la pénétration dans le parc, la même sensation d’apaisement, une sorte d’oasis sonore urbain. Des lieux à respecter, à défendre, à sauvegarder, à développer, à installer… Messieurs les aménageurs s’il vous plait !

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Autour du parc, c’est (pour moi) un dédale de petites rues pentues, pittoresques, d’escaliers, échoppes, petits bistrots (encore) populaires ou grandes brasseries qui  dénotent d’une gentrification progressive et indéniable de ce Belleville initialement plus encanaillé. Une galerie d’art au centre de la rue des cascades. Surprenant ! Et qui plus est qui présente une installation sonore et plastique. Causerie avec le galériste. Nous poursuivons l’escapade jusqu’au quartier du Télégraphe, point culminant de Paris, et donc de notre balade. Place des Fêtes, une étrange ambiance tant visuelle qu’auriculaire, voire même sociale – un entre-deux entre différents univers urbains, qui ne manque pas de charme au découvreur que je suis. Fin du repérage, avec le retour sur ce qui est notre noyau d’attraction, le tonitruant métro Jourdain.
Je suis repu de marche, de sons, d’odeurs, d’urbanités, mais très heureux de cette journée tissées au fil des pas, des rencontres, des discussions, de tout ce que j’aime en fait.
Entre ces deux circuits, côté Buttes-Chaumont ou côté Belleville, mon cœur, et mon oreille balancent, rien ne me semblant faire pencher mon choix vers l’un ou l’autre, si ce n’est vers un mixage des deux. La nuit étant sensée porter conseil, j’attendrai demain, j’écouterai sur l’instant, et l’oreille choisira son versant.
Jour J, en amont du PAS, une sympathique discussion avec Clément Lebrun, instigateur du « Cri du Patchwork », émission musicale et sonore fourmillante, très ouverte sur moult pratiques, expériences, esthétiques, sur les ondes de France Musique.
Là encore, nous discutons de choses et d’autres, surtout sono-musicales, d’expériences, de connaissances communes, de projets, et bien sûr de la trame de l’émission que nous allons bientôt enregistrer.
Comme prévu, après avoir rejoint l’équipe d’enregistrement, nous commençons à l’intérieur de l’église, où le premier aléa sonore ne tarde pas à venir contrarier nos plans.
Une dame passe un bruyant aspirateur dans le chœur de l’église. Le vrombissement de son engin avaleur de poussière aspire également toute les micro sonorités réverbérantes de l’architecture. Néanmoins, sérendipité oblige, le réalisateur et le preneur de son décident de capturer cette ambiance pour une future émission, tout n’est pas perdu !
D’ailleurs, la dame à l’aspirateur nous concède très gentiment un instant-espace de silence (celui de son engin), qui nous permet de débuter comme prévu l’émission. Les portes – sas de l’église franchies vers l’extérieur, nous passons sans transition d’un cocon feutré, filtrant la bruyante urbanité, à un flot de décibels qui nous bouscule sans ménagement – effet saisissant !
De belles voix attirent mon écoute vers la droite. Nous nous engouffrons donc à leur poursuite, dans une ruelle longeant l’église. Le choix s’est donc opéré tout naturellement à l’oreille, et il nous guidera ainsi, de sonorités en sonorités, vers les Buttes-Chaumont.
Toujours cet effet apaisant de decrescendo.
Des travaux perturbent joliment notre marche, se jouant des réverbérations minérales alentour.
Une entrée de garage, vers une cour intérieure, nous permet, via un portail donnant sur la rue, de nous construire un cadre de vue et d’écoute, avec en fond, un doux ronronnement de ventilation, venant se superposer , colorer, comme un filtre acoustique, l’ambiance sonore. Situation d’écoute à la fois cadrée et décalée que j’affectionne beaucoup.
Nous alternons marche et Points d’ouïe – arrêts sur sons, ponctués de dialogues sur ce qui se passe entre nos deux oreilles, la façon désartsonnante de le faire vivre, de l’expliquer, ou non, de réagir aux événements, de tenter d’embarquer les futurs auditeurs dans nos PAS, tout en pointant les aménités comme les dysfonctionnements paysagers, écologie sonore oblige.
Une nouvelle belle séquence où, par les portes de différentes petites échoppes ouvertes sur la rue, il fait très beau, de multiples voix aux consonances africaines s’échappent vers l’extérieur – nous somme sur des lisières,  dans un paysage sonore dedans/dehors, privé/public.
Nous arrivons à l’entrée du parc des Buttes-Chaumont où, nouvelle scène imprévue, se déroule un concours de pétanque. Des chocs métalliques rythmiques, roulements, tintements, claquements des boules, voix animées, tout y est ! Le preneur de son, s’étant positionné à l’intérieur même du jeu, voit un cochonnet arriver malencontreusement dans ses pieds. S’ensuit une vive mais sympathique discussion pour savoir si notre technicien, impliqué malgré lui dans la causerie boulistique, a ou non perturbé le cours du jeu, empêchant le cochonnet de « casser ». Pour la petite histoire, il s’avérera au final que non. C’est une heureuse séquence dont il faut savoir profiter au débotté, un de ces plaisirs de l’instant saisi sur le vif, un charme d’une balade où l’improvisation est de rigueur pour garder la surprise intacte et la poésie des lieux vivifiante.
A l’intérieur du parc, plus de taïchi aujourd’hui, mais un calme retrouvé, des joggeurs faisant crisser les graviers et haletant en rythme, des oiseaux, toujours,  des voix spatialisées autour d’une buvette dominant Paris, une belle scène acoustique tout en finesse et en équilibre, un espace idéal pour mettre un terme à ce PAS, riche expérience d’écoute partagée bellevilloise. Cela me donne plus que jamais l’envie de refaire ce genre de repérages collectifs et balades en groupe, explorant de nouveaux quartiers parisiens, ou d’ailleurs. En quelques journées conjointes, mes PAS m’ont fait découvrir de petites villes nichées au cœur de bocages Mayennais puis, sans transition, l’espace plutôt hyper urbain des hauts de Belleville Parisiens.
Toute la richesse de ces expériences auriculaires, géophysiques et humaines dans un temps très resserré.
Mon oreille a finalement la chance de ne jamais s’ennuyer et, par extension, le promeneur écoutant que je suis.
Reste maintenant à attendre de découvrir, sur les ondes de France-Musique, le résultat enregistré de notre périple audio-piétonnier, et qui sera je pense, une autre nouvelle vision/audition, une réécriture radiophonique donnant à entendre quelque chose d’encore bien différents des expériences in situ.  Mais c’est là me semble t-il, que réside la magie des Points d’ouïe, Des Parcours Audio Sensibles, de leurs écritures multiples, et des ressentis, aussi partagés que personnels.

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PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE À NANTES

Balades des arts so Nantes

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Desartsonnants est de retour à Nantes, dans cette belle cité où la Loire commence à songer à se perdre dans l’océan, pour quelques nouveaux PAS – Parcours Audio Sensibles, dans le fief des Petits Lu.
Il est pour l’occasion invité par l’association Apo33 dans le cadre du festival Electropixel #6, l’édition de cette année étant basée sur le détournement urbain, ou le Poverhack, dont la balade sonore serait un volet en mode doux.
Repérage un brin humide, météo capricieuse et changeant à l’envi, mais rien d’étonnant dans ces parages océaniques.
J’y retrouve très vite des repères quasi immuables, à l’échelle du temps de la cité en tout cas, et à celle de l’Ile de Nantes plus particulièrement, où je me promène aujourd’hui, et où j’ai déjà, dans précédentes visites créé et animé d’autres parcours auriculaires
Il faut dire que, depuis quelques déjà nombreuses années, cet ancien quartier de docks portuaires a connu, et connait encore, un gigantesque chantier de requalification urbaine, où grands bâtiments publics, écoles supérieures, pôles de compétences divers, lieux culturels et touristiques se côtoient de façon assez intelligente dirais-je. Ce vaste délaissé industriel, et auparavant port aux tristes souvenirs d’une colonisation esclavagiste, se voit offrir un lifting de grande ampleur. Quelques lieux emblématiques y ont trouvé place, telles les Machines de Nantes, où sont conçus des géants, hommes, animaux, machines robots imposantes, fabriqués notamment pour la célèbre épopée du Royal de Luxe, un des fleurons Nantais, voire Français des arts de la rue. Cette activité n’est pas du reste sans colorer un espace public de barrissements, de tintamarres ferraillant d’objets mécaniques et de la joyeuse rumeur du nombreux public qui y afflue. A l’autre bout de l’Ile, le départ d’un autre grand projet culturel et artistique, l’aménagement de l’estuaire reliant Nantes à Saint-Nazaire par l’installation de sculptures monumentales, sorte de land-art périurbain impressionnant, plus calme acoustiquement que les machines mais non moins surprenant.
Entre les deux, un espace de promenades riche et diversifié, composés de paysages urbains contrastés, où la Loire vient assurément jouer un rôle des plus important, un fil rouge, ou plutôt bleu/vert, entourant l’ile de ses bras  frontières, et qui font de cette partie de la ville un « lieu à part » dans la cité.
Au départ, en se faufilant dans la hall agitée les Machines de l’ile, beaucoup de voix, notamment celles d’enfants émerveillés, qui nous suivront, ou que l’on suivra jusqu’au bord de la Loire.
Nous frôlons des gens, des manèges, volant ci et là des bribes de sons et de rires, dans un jeu de mixage par l’oreille en marche.
Une série de passerelles métalliques nous guident le long du fleuve, points de vue et points d’ouïe intéressants, où nos pas font résonner des structures vibrantes sous nos pieds, et où le regard est porté sur l’autre rive, vers un grand axe routier très urbaniquement (trop) agité. Fort heureusement, de ce côté, hormis le pont routier, nous ne percevons que la rumeur, assez atténuée, en contrepoint de nos pas.
Un jeu,  l’oreille collée à une très longue rambarde de passerelle métallique nous fait entendre le chant du métal caressé, doucement percuté… Étrange spectacle pour les passants non avertis, que de voir un groupe, l’oreille collée à une barrière, en souriant ou fermant les yeux, passage assez surréaliste mais que j’adore tout particulièrement dans cette communion d’écoute(s) et d’écoutants.
Lors d’une deuxième balade, les quais de la Loire sont partiellement occupés par une vaste et tonique « sieste goûter sonore » très électro, qui nous martèle et nous assène de sourds et puissants rythmes de basses.  A chaque jour sa promenade ! Les rythmes de basses, même très atténués lorsque nous nous éloignons du site, seront en fait, une sorte de rumeur continuum, presque un étalon sonore nous faisant prendre en compte les champs, profondeurs et distances du paysage sonore, des échelles quasiment cartographiques à l’oreille, du territoire parcouru. Nous faisons le tour de cette fête en plein-air, jouant à s’arrêter là ou l’écho trouble l’audition en répercutant des rythmes sur de vastes façades qui perturbent les localisations, trompent nos oreilles, puis, modifions le circuit préalablement repéré car l’accès aux passerelles métalliques est ce jour interdit, occupées par des régies techniques.
Nous pénétrons au cœur de l’ile. Apaisement soudain. Une ruelle offre un surprenant concert d’un tout autre genre que le précédent, tout en grondements, gémissements, cliquètements, souffles rauques de ventilations, toujours différentes, du reste, et parfois muettes, selon les moments. Une  forme  d’installation sonore sauvage, involontaire et capricieuse, aléatoire, mais pour moi assez réussie, surtout si l’oreille se risque à la considérer avec une curiosité musicale, et c’est bien l’un des enjeux de ces PAS.
Lors d’une promenade, un homme ponce une chaise en bois dans une ruelle. Je trouve la fréquence, et presque le grain du timbre, le rythme, de son outil, grâce à une baguette frottante bricolée, et à la complicité d’un portail métallique résonnant. Un jeu en imitations réponses est alors amorcé. L’homme s’en rend compte et me sourit, surpris de ce dialogue à l’improviste, en s’amusant avec les élément sonores du moment. Je fais de même lors d’un passage d’avion à basse altitude, et il en passe beaucoup sur la ville. Les promeneurs s’en amusent mais cette fois-ci, le pilote dans les airs ne peut pas rentrer dans le jeu, ou bien fort  involontairement… hasard et sérendipité très appréciés lors de ces PAS.
Un mail piéton, planté d’arbres en bac, retour à une sorte de sérénité urbaine, avec peu de monde durant ces vacances, les touristes ne s’aventurent guère en dehors des sentiers touristiques bien balisés, et où ils trouveront des choses plus spectaculaires et sans doute rassurantes.
Dans ce mail, une cour intérieure est animée d’une curieuse fontaine aux sonorités surprenantes, autre repère stable depuis ma dernière visite déambulatoire, il y a maintenant 3 ans. Ici, le jeu consiste à ausculter les glouglouttis de l’eau à l’aide de différentes longue-ouïes, stéthoscopes, dans une approche résolument ludique. J’ai du mal à arracher les écouteurs de cette fontaine et pourtant, l’heure tourne, et j’ai quelques contraintes horaires à respecter, liées à la programmation du festival.
Un parking, classique lieu d’écoute décalée, nous offre un terrain de jeu magnifique, de par ses passerelles métalliques cloisonnant chaque étage. Des voitures ronronnent, grondent, des claquements de portières joliment réverbérées, des rythmes métalliques de grilles sur lesquelles passent les autos, des couloirs sas, à l’acoustique soudainement très sèche, suivies de réouvertures dans de véritables cathédrales de bétons, animent la déambulation dans ce lieu surprenant à l’oreille. Clou du spectacle, une pause sous une passerelle ajourée sur laquelle passent les voitures avec forces sons, quelques centimètres au dessus de nos têtes, créant dans un premier temps une surprise un brin apeurée, puis le plaisir de cette étrange situation acoustiquenet visuelle. Autre lieu emblématique de ce même parking, le dernier niveau inférieur, plus sombre, encore plus réverbérant, où s’éparpillent de sourdes et presque inquiétantes sonorités… Cet espace est prétexte à une installation éphémère à l’aide d’une dizaine de micros haut-parleurs autonomes, placés de façon à entourer les promeneurs, en profitant de l’acoustique pour les immerger dans d’exogènes sonorités aquatiques et forestières, franchement décalées dans cet univers minéral, et d’ordinaire plutôt dédié aux voitures. Ce même dispositif aura été, lors d’une précédente promenade, disposé dans la cour minérale d’un immeuble, lui-même animée d’une belle  et discrète installation sonore en extérieur. Les sonorités sont dissimulé dans de beaux bardages métalliques, et  conçues par le célèbre artiste sonore Rolf Julius. Après avoir frottée nos oreilles à cette belle œuvre, l’irrévérencieux Desartsonnants ose superposer ses propres sons à ceux de Julius, clin d’oreille néanmoins très respectueux et admiratif pour le du travail  de ce maître.
Avant de quitter les antres du parking, je joue à faire entendre les longues réverbérations à l’aide d’une trompe vuvuzela. Le site me répond bien, en prolongeant avec une réelle complicité mes sons de klaxons souterrains. Il  s’agit simplement de savoir parler eau lieux, et de bien s’entendre avec les espaces traversés.
Au détour d’une rue, nous descendons et nous blottissons dans une large cavité menant à l’entrée d’un parking sous un immeuble. Du fond de cette fenêtre bétonnée, s’élargissant vers l’extérieur, nous regardons et écoutons comme au fond d’ure oreille, dans un cadre visuel et auditif dirigeant nos sens vers le fond de la rue-scène sonore, comme une sorte d’amplificateur haut-parleur dans lequel nous serions réfugiés pour mieux ressentir l’environnement – mise en scène d’écoute via les aléas et ressources terrain et de l’architecture.
Retour progressif à l’agitation humaine et mécanique de la hall des Machines de Nantes, la boucle es bouclée, de pieds et d’oreilles fermes, apparemment pour le grand plaisir des auditeurs d’un jour, qui spontanément questionnent et commentent la balade. Nous aurons, une fois de plus, effectué un parcours totalement  silencieux, pas un mot échangé, des propositions corporelles, des gestes invitant, des regards guidant, le tout nourri de mille sons environnants. Pour clôturer l’expérience, des retours sur des ressentis spontanés, des envies d’écouter plus, autrement, ou mieux, le renvoi dans une sorte d’investissement ludique, qui n’est pas pour certains, sans rappeler une enfance curieuse, qui sait s’émouvoir, s’émerveiller, s’embarquer dans d’autres mondes en jouant de et avec des « presque riens »*.

 

*Hommage au compositeur « paysagiste » Luc Ferrarihttps://www.youtube.com/watch?v=aKq-LRYv1Q4

 

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DU TERRITOIRE AU TERROIR SONORE

PARCE QUE L’ECOUTE ET LA CONSTRUCTION AUDIO-PAYSAGERES NE SONT PAS CHOSES SI SIMPLES

l-alsace-villes-villages-et-vignobles

j’au décidé d’être artiste, écoutant engagé, marcheur arpenteur

une oreille vers les autres, respectueuse

un regard et une oreille vers le paysage, multiple, partagé

d’avoir une concience écologique, voire écosophique assumées

un engagement social, politique

je tente de mettre en Oeuvre, ou espère bien le faire

des communs à stimuler, partager, révéler

des patrimoines à défendre, à protéger, à voloriser, à portée d’oreille(s)

des réseaux à construire, inter-disciplinaires, trans-disciplinaires

de méthodologies et outils à co-concevoir, diffuser

une ou des économies alternatives à intégrer, développer

des croisements de pratiques, de savoirs, de points de vue et de points d’ouïe

des ancrages in situ, territoires et terroirs sonores

des territoires à écouter, aménager

des territoires mille-feuilles, sons compris

une sensibilisation – transmission et un enseignement nécessaires

une recherche impliquée

des expériences de terrain, et terrains d’expériences, collectives

des modes d’écritures croisées

des ressources elles aussi collectives, participatives

un tourisme culturel, intelligent et respectueux

Une pensée locale, en même temps qu’universelle

une modeste mais réelle philosophie de l’écoute, essentiellement paysagère et environnementale

Une approche humaine, au service des autres

des croisements et rencontres, des ouvertures

une intermédialité non exhaustive, non contraignante

une démarche sensible

des passerelles et actions convoquant des projets arts/sciences

des invitations et échanges publics-chercheurs-artistes-pédagogues-élus-aménageurs-techniciens-entreprises, et plus encore si affinités…

des lieux connectés, un maillage d’acteurs, de penseurs, de décideurs, de passionnés

une histoire, des récits, des narrations à écrire, à plusieurs voix

une idée, une pensée, du territoire au terroir sonore

et du plaisir de faire ensemble !

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE EN ARDOINAIS

OREILLES EN SEINE, ET EN ECRITS

PAS-Parcours Audio Sensible en Ardoines

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Vitry sur Seine, quartier des Ardoines, le retour.
Après y avoir effectué une première balade, PAS – Parcours Audio Sensible en nocturne, l’an passé, je ramène mes oreilles, entre industries et bords de Seine, quartier des Ardoines, par de chaudes journées estivales.
Ces parcours d’écoutes s’inscrivent dans la programmation de « Gare au théâtre« , structure culturelle vitriote initiatrice entre autre des Balades en Ardoinais.
Entre repérage et parcours d’écoute collectif, tout de même une trentaine de personnes en ce mois d’août, des sons me reviennent aux oreilles, et j’en découvre quantité d’autres, sur un itinéraire parfaitement identique à celui de l’an passé.
Identique en tout cas au niveau du trajet, car pour ce qui est des ambiances, vraiment très différent.
Aussi différent que le jour et la nuit, car le précédent partait à 21H, entre chiens et loups, et ce dernier à 14H.
Villes en répétitions…
Des RER qui rythment le paysage, nous partons en effet d’une gare à l’autre (Les Ardoines – Gare de Vitry).
RER feulant, grondant, ferraillant, cliquetant, dans le vacarme de la proximité, ou dans l’étouffement du lointain, ou dans un entre-deux… selon les endroits.
Une scène que j’adore, nous somme tous accoudés sur un pont surplombant les voies du RER, un immense tuyau nous occulte la vue au loin, le paysage, nous laissant apercevoir en contre-bas, juste une très étroite portion de rails.
Attente… Assez courte du reste… Les rails se mettent à chanter, à vibrer, à gémir, et soudain, un, puis deux RER passent en trombe, prenant nos sens par surprise, surtout la vue. Effet acousmatique, cinétique, surprise…
Glissements.
Des rails impétueuses aux usines relativement calmes, en passant par de courtes séquences habitées, et puis bien sûr, la Seine q’on longera un moment donné, assez longtemps, passage inévitable.

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Transitions de ville en franges de ville.
Des rythmes différents, des rumeurs différentes, des ronronnements, des chuintements furtifs, des ambiances diffuses, et industrieuses.
Assez peu d’humains, bien que…
Etranges atmosphères.
La ville-travail à l’oreille, qui persiste et résiste, jusqu’au mois d’août.
Un lourd portail métallique se met en branle, nous venons y tendre l’oreille de près. Il s’ouvre dans une séries de grincements-gémissements, lentement, laissant s’échapper au dehors les résonances d’un vaste hangar, et se referme de même. Fin de la séquence.
Visions sonores.
Les yeux participent à l’écoute. Ils fabriquent eux aussi, parfois, du non entendu.
Ils nous font imaginer, vivre, recréer, des ambiances virtuelles, mentales.
On entend ainsi les discours, dialogues, les grondements des tyuaux, des cheminées, des engins, engins forcément mécaniques, des matériaux chahutés, puis des grues immobilisées, le tout visuellement sonifère.
Et puis nous voilà, une rue rapidement traversée, presque sans crier gare, sans qu’on s’y attende vraiment, au bord de l’eau.
La veille, j’avais déjà été promener mes oreilles en bord de Seine, dans une portion de Paris Plage, profitant de la douceur pour me prélasser sur un confortable transat. L’écoute fut rythmée de fréquents passages de bateaux
mouches, desquels s’échappait une bouillie vocale amplifiée, paroles yaourtes des guides, s’extirpant de mauvais hauts-parleurs, non sans rappeler les annonces de gare entendues de loin, façon Tati.
La méandreuse Seine structure la capitale dans un dépoiement de paysages propres aux fleuves se coulant sans complexes au sein-même de l’urbanité.
Mais revenons à notre balade.
La Seine s’étale devant nous, exactement, aquatiquement rafraîchissante.
Et tout change, se transforme à nouveau.
Estompement assez rapide des voitures.
La Seine se prélasse, séparant gentiment mais nettement vitry d’Alforville, chacune se regardant tout en se mirant dans les ondes traversantes.
Pour écouter le fleuve, il faut tendre l’oreille, s’y pencher, aller dénicher les glouglouttis, surtout aux abords des pontons et installations portuaires, imposantes machines à roues, bassins desservant la centrale thermique voisine. Autre silouhette emblématique du quartier que cette centrale, avec ses deux énormes cheminées phares totémiques blanches et rouges.
La Seine est donc peu audible, sauf quand passe une péniche qui vient réveiller la tranquilité de ses eaux estivales  allanguies.
Dans le sillage des bateaux, des vagues viennent s’écraser à nos pieds, clappotements qui vont en s’estompant progressivement, jusqu’au prochain passage.
La traine des bateaux déchaine également, superposées aux ronronnements des moteurs, de sourdes et grondantes bulles sonores, jolis et étranges chants qui se résolvent en petites explosions mouillées de graves écumes.
Les chemins de berges sont rythmés de pas rapides de moult joggers, qui font crisser le gravier des sentes, tout en soufflant rythmiquement – cheu/cheu..Cheu/cheu..Cheu/cheu… Puis des vélos discrets, et de simples marcheurs
conversant…
Sous une imposante trèmis, j’installe momentannément des sons aquatiques justement, et acousmatiques, autour du public, profitant des réverbérations locales – Petites séquence musicale décalée, qui fait son effet en venant réveiller l’oreille, la tirer vers d’autres ambiances à mi-parcours. l’expérience durant deux bonnes heures, il convient de varier les postures, les surprises, pour redynamiser de temps à autre, notre potentiel de promeneur écoutant.
Plus loin, ce sera la structure métallique d’une grue portuaire que nous ferons chanter à l’aide de baguettes frottantes, l’oreille des promeneurs collée à même la matière, qui nous offrira une série d’harmoniques amplifiées assez incroyables. L’expérience d’écoute à »oreille collée » avait déjà été faite sur un large portail et des grilles métalliques. Micro-musique des matières… Aller vers le détail habituellement inouï, passer de macro à de micro paysages auditifs.
Une clairière herbeuse accueil une fête, un rassemblement de motards. La musique amplifiée va rebondir sur les berges et les bâtiments d’en face, dans un effet d’écho/résonance des plus spectaculaires, pour notre grand plaisir d’écoutants.
Le matin, lors de l’ultime repérage, c’est un saxophoniste solitaire qui travaillait dans ce même endroit, des traits d’une musique résolument be-bop.
Nous passons sous un large pont en travaux. Ces derniers généraient lors du repérage matinal, d’incroyables cliquettis qu’hélas, je ne retrouverai plus cet après-midi. Mais c’est le quotidien de ces PAS, et j’en ai depuis longtemps pris mon parti. D’autres surprises viennent compenser.
Au terme de ce trajet riverain, une chute gronde sourdement, coupant radicalement la Seine tandis qu’une écluse permet aux embarcations de l’éviter.
Replongée dans les usines et entrepôts qui, en ce samedi après-midi, se sont en grande partie vidés, désertés, immergeant les lieux dans une torpeur, un assoupissement reforcé par une chaleur prégnante.
Nous longeons, via un étrange sentier, les voix des RER, que nous retrouvons et suivons cette fois-ci de très près, à l’approche de la gare de Vitry, notre point de chute. Notre marche est alors régulièrement scandée perturbée de passages de trains, à assez grande vitesse, qui nous assaillent dans une tempête de bruit zébrant l’espace d’éclairs d’acier. Nous ressentons une certaine insécurité, ou fragilité, face à ces monstres tonitruants, mais une expérience somme toute, et paradoxalement assez euphorisante.
En contrepoint à ces sonorités agressives, certains d’entre nous portent, et s’échangent des petits haut-parleurs qui distillent tout au long du groupe une douce méloppée, venant reconstruire une entité acoustique dans notre « procession sonore » qui arrive à son terme.
Rendus au théâtre, nous appréçions des rafraîchissements bien mérités. Je dis quelques mots sur les principes de l’écologie sonore, comme au terme de beaucoup de mes PAS. Après cette expérience de partage d’écoute, et les nombreuses scènes et ambiances acoustiques traversées, l’oreille saisit et entend généralement bien le message.
Cherchons ensemble, envers et contre tout, la belle écoute.

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NB : Le quartier des Ardoines à Vitry connait actuellement une vaste restructuration urbaine, classée Opération d’intérêt national (OIN), et inscrite dans des projets d’envergure du Grand Paris. Les balades urbaines en Ardoinais, y compris sonores, qui y sont menées, permettent de se mesurer au terrain sensoriellement, et de vivre ses transformations in situ.

Desartsonnants aime tout particulièrement placer l’écoute à l’intérieur de projets liés tant à de nouvelles formes de tourisme culturel, qu’à des problématiques d’aménagement du territioire.

INAUGURATION D’UN POINT D’OUÏE À MONTBARD

MONTBARD, DOUBLE POINT D’OUÏE ET LIGNE D’ÉCOUTE

Parc du château Buffon de Montbard, le lundi 18 juillet à 16H, pour la World Listening Day

28435036656_5bf8bbb260_n1Crédit photo @Yuko Katori

Jour J-1, 17 juillet vers 12H, repérage
Nous avons envisagé cette inauguration sur le site du Parc du château Buffon, car sa position dominante sur la vallée, ses différentes terrasses, chemins, falaises et escaliers donnent l’occasion d’effectuer un PAS-Parcours Audio Sensible préalable, riche en diversités acoustiques. C’est une façon de se mettre l’oreille en appétit avant la cérémonie d’inauguration elle-même.
Je découvre à cette occasion, merci à l’ami Jean Voguet qui m’accompagne dans l’écoute et me guide pour cette préparation, un chemin-escalier escarpé et sinueux, qui longe une enceintes extérieure du parc Buffon, et fera une belle entame de promenade écoute.
Lors du repérage, nous arrivons au sommet du sentier-escalier à midi tout juste, au pied de l’église du château, dont la cloche nous gratifie à point nommé d’une belle volée, pour l’angélus de la mi-journée. Un arrêt s’impose pour profiter de cet appel d’airain, juste sur nos têtes, car je sais pertinemment que nous ne l’entendrons pas demain. Cette longue volée n’en finit pas de s’éteindre, espaçant progressivement ses coups, nous faisant croire que c’est le dernier, avant que de repartir sur son inertie du mouvement balancier. C’est un beau decrescendo, un ralentissement capricieux, qui nous fait entendre, dans les derniers silences de plus en plus longs, l’étrange bourdonnement, un brin « faux », ou en tout cas inharmonique, comme diraient les acousticiens, de la cloche battante.
Ces derniers battements éteints, un chant nous parvient, ponctué de paroles dans une résonance très accentuée. Il s’agit de la sortie de la messe dominicale, qui s’échappent des fenêtrons de l’église et par la porte principale ouverte. L’orgue s’’y joint, véloce et magistral, remarquablement bien joué du reste… Un enchainement d’une belle séquence sonore que nous n’aurons pas non plus demain, pour le parcours officiel. Tel est la vie  toujours changeante d’un paysage sonore, au jour le jour. Demain sera tout autre à l’oreille !
Arrivé sur la terrasse haute du parc, nous pensons à deux points d’ouïe possibles, que nous avons préalablement déjà écoutés, lors de la préparation et de l’installation plastique et sonore Canopée.
Un choix cornélien qui nous fait prendre une décision pour trouver un nouveau modèle de points d’ouïe, inédit et donc inouïe. Il sera cette fois-ci double, relié par  une ligne d’ouïe, une ligne d’écoute, permettant le passage auriculaire, en marchant d’un point à l’autre. Explication au chapitre suivant.

28467646675_528889590a_kCrédit photo @Yuko Katori

Jour J – 18 juillet à 16 – PAS et inauguration
Rendez vous dans la cours du Musée Buffon, en présence de Madame le Maire, le Directeur culturel du musée, et un groupe d’oreilles curieuses, intriguées par l’étrange idée d’inaugurer un Point d’ouïe.
Temps chaud, très chaud, voire caniculaire.
Un petit moment d’explication autour de la World Listening Day, des principes d’écologie sonore que défend cette journée, de la notion de PAS* ou de son histoire aux regards des soundwalks Canadiens et Nord-Américains.
Nous nous ébranlons, dans cette marche d’écoute collective, que je guide une fois de plus, avec ce sentiment de bien-être, de joie même, lié à ces moments de partage où l’on sent une énergie, celle de l’écoute partagée, qui émane de notre petite communauté du moment. Je répète souvent cela, mais c’est tellement énergisant dans un monde parfois timoré, où la communication se fait très (trop) souvent à coup de mails, de chats et de SMS. J’arrête là cette digression sociale pour reprendre le fil de la marche, et de l’écoute.
Nous gravissons progressivement de très anciens escaliers, entre deux murs épais, longeant le parc du château. Une toute petite partie de la ville se montre, cernée, cadrée, encadrée dirais-je, par une fenêtre visuelle et auditive, tranche verticale de ville qui dessine derrière nous. Nous nous retournons, lui faisons face de temps à autre, au fil des paliers, pour la regarder/écouter. A un moment, bel impromptu, presque à croire qu’il était programmé, une mobylette passe, gaz à fond, dans cette partie escarpée. Elle s’affiche brièvement dans l’encadrement en contre-bas. On l’entend arriver, sans la voir, dans un premier temps, dans un crescendo bourdonnant. Puis elle franchit très vite notre espace-fenêtre, le son subitement perçu très fort, disparait assez vite, laissant se réinstaller une calme et ténue rumeur urbaine. J’adore ces instants où l’on découpe l’écoute en fenêtres spatio-temporelles, très fréquentes dans l’espace urbain, effets garantis, et qui sont visiblement fort appréciés des promeneurs.
Un peu plus haut, dans le même chemin, je décide de décaler l’écoute en installant, via de mini haut-parleurs autonomes, huit sources sonores forestières et aquatiques, micros bulles sonores spatialisées, qui se répondent et s’installent de façon presque incongrue dans ce lieu minéral. Instant d’écoute acousmatique, après lequel nous laisserons à nouveau se réinstaller les sons « naturels » de l’espace.
En haut de l’escalier, plusieurs virages à angles droits viennent nous couper de la ville, nous sommes enserrés par les murs et les sons urbains étouffés par ces derniers, seule la gente avicole permet une sorte de continuité, notamment avec un beau chant d’oiseau. C’est un merle virtuose, fier et impétueux, qui semble nous suivre, et nous guider vers le haut.
Débouché sur la terrasse supérieure, qui domine Montbard sur deux versants Est et Ouest. Nous écoutons tout d’abord le centre du parc, où des sonorités assez indéfinies émergent des deux vallées, avant que de longer la muraille Ouest, donnant une vue sur le versant plus rural de la ville. Au bas, de grands arbres qui bruissonnent sous les caresses du vent. En contre-bas, des usines, des aciéries, muettes à cette période estivale, mais qui, aux dires des promeneurs, rythment la vie de la ville par leurs sons des « tubes » manipulés, barres métalliques fabriquées ici, et signature acoustique locale incontournable. On peut d’ailleurs jouer aux sons-fantômes, à les entendre dans sa tête, surtout que nombre d’entre nous les connaissent pour les avoir déjà entendus, et peut-être même écoutés, qui sait.
Quelques oiseaux rythment notre marche, mais la chaleur étant assez prégnante, beaucoup moins que ce que nous avons connus précédemment, lors de l’installation de Canopée, où choucas, corbeaux et passereaux se partageaient les arbres avec forces cris, surtout choucas et corbeaux ! Ici, ce sont plutôt des chants isolés, ciselés, discrets par rapport à certaines périodes d’écoute dans ce même parc.
Arrivés contre la tour située à l’extrémité de la terrasse supérieure, nous profitons du surplomb pour écouter, en contre-bas, l’installation sonore et avicole d’un certain Desartsonnants, vue et entendue du haut, effet canopée oblige. Des sons d’oiseaux, un brin remaniés il est vrai, émergent ici et là, se mêlant aux « vrais» oiseaux, semant parfois le doute sur le qui est qui, qui est rapporté et qui est indigène, qui est un véritable syrinx emplumé et qui se cache derrière un micro-haut parleur suspendu sous la frondaison sylvestre.
Puis nous revenons vers le centre du parc, pour préciser notre choix sur le, ou plutôt les points d’ouïe. en effet, cette terrasse haute du parc domine deux versants très différents de la vallée, côté Ouest et côté Est, avec des couleurs sonores, ambiances, sources, effets acoustiques somme toute très différents. Côté  Ouest, une rumeur tranquille, des arbres bruissonnants, la rocade au loin… Côté Est, la ville très proche  à nos pieds, des voitures, des voix, des sons plus émergents, plus diversifiés et plus denses sans doute, selon les heures et les saisons.
Cruel dilemme, choix cornélien, quel point d’ouïe élire pour l’inauguration ?
Réponse adaptée à ce cas de figure particulier : les deux – un à l’ouest, l’autre à l’Est, quasiment en vis à vis. Nous décidons de tracer entre les deux, pour les réunir, une ligne d’ouïe immatérielle, empruntant un chemin qui mène l’écoutant d’un site auriculaire à l’autre. Il nous faut le parcourir lentement, pour apprécier, dans un long fondu-enchainé, la transition d’une ambiance à l’autre, la transformation progressive du paysage sonore d’un versant à l’autre. Bel exercice d’écoute entre ces deux espaces panoramique, et un lieu rêvé en fait.
Point Est, nous inaugurons officiellement le Point d’ouïe. Madame le Maire, dans son discours inaugural, nous parle avec beaucoup d’à propos et de finesse, d’écoute, de paysages, de vie sociale, de territoire à  entendre, de signatures sonores locales…
Nous inaugurons officiellement ce lieu d’écoute par quelques minutes, non pas de silence, mais d’écoute justement.
Quelques jeux acoustiques, des longue-ouïes pour porter une oreille sur la vallée, et le fait de faire entendre comment, en reculant de quelques pas du mur d’enceinte vers l’intérieur du parc, les sons de la ville s’estompent très rapidement pour laisser place à ceux du parc, et vice versa en avançant vers le mur.
Nous parlons avec la municipalité de la matérialisation, de la localisation et de la pérennisations des points d’écoute, par de petits panels – consignes, qui expliquent in situ, en quelques mots la finalité de ce « portée d’oreilles ». Reste à voir les formes possibles, le parc étant sur un site classé aux Monuments Historiques et donc protégé. Si l’écoute y est totalement libre, l’affichage d’informations pérennes reste soumis à la validation des architectes des bâtiments de France.
Nous finissons par une dernière visite écoute de l’installation Canopée, en empruntant un bel « escalier noir « , à l’acoustique très intime, avant de déboucher sur la terrasse inférieure, vers de toutes autres ambiances visuelles et sonores, au pied d’une falaise sur laquelle se dresse le château Buffon.
Nous nous disons une dernière fois que ce très beau parc constitue un terrain et un écrin d’écoute vraiment privilégié et presque incontournable.
Nous y reviendrons d’ailleurs pour d’autres PAS lors des Journées du Patrimoine, en septembre 2016.
Grâce aux partenariats avec la ville de Montbard, CRANE-Lab, le musée Buffon, Desartsonnants, le festival Ex-voO, Montbard est devenu cette année un lieu d’écoute remarquable et je l’espère remarqué.
Départ pour le deuxième site point d’ouïe à inaugurer dans cette journée, le Prieuré de Vausse, à Châtel-Gérard toujours dans cette belle région de l’auxois. A suivre donc !

Cartographie : ICI

* Parcours Audio Sensibles – @Desartsonnants

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ÉVOLUTIVE ÉCOUTE

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Au début, j’écoutais pour écouter, par jeu, par plaisir, ce qui était déjà je pense, un bon début.
Puis, j’ai chercher à m’expliquer, et à expliquer à d’autres, ce que j’écoutais, avant que de tenter de définir ce qu’était, pour moi l’écoute, les fonctions, les actions, les rituels, les expériences, les recherches, les aboutissements, les choses restant à explorer, et il en reste tant et tant…
Aujourd’hui, je n’ai pas vraiment modifier ma trajectoire, si ce n’est que j’ai progressivement placé le partage de l’écoute comme une priorité absolue, jusqu’à en faire une base fondamentale, vitale, de mon travail, sans laquelle tout le reste n’aurait guère d’intérêt, voire serait totalement dénué de sens.

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PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLES, VERS DES GLISSEMENTS ET BASCULES SPATIO – TEMPORELS

D’un moment à l’autre, d’un lieu à l’autre, dans l’entre-deux

Ce que je trouve très souvent le plus intéressant, notamment dans la pratique de mes PAS – Parcours Audio Sensibles, ce sont les espaces transitionnels, où l’on passe, plus ou moins progressivement, d’un état à un autre, où nos sens perdent parfois leurs repères, pour en retrouver d’autres, au gré de passages en glissements spatio-temporels.

15-09-05-Balade_en_Ardoinais-Anja003PAS – Parcours Audio Sensible en ardouainais (2015) – Desartsonnants – @crédit photo, Ville de Vitry/seine, services culturels

Glissements d’un espace géographique vers un autre

Qui, promeneur urbain, n’a déjà parcouru des trajectoires d’un centre ville vers des quartiers moins denses, des banlieues, des périphéries, voire vers des espaces naturels  péri-urbains, ou le cheminement à l’envers, avec des sensations d’apaisement, de dé-densification, ou le contraire. Ces passages, glissements immersifs,  contribuent à maintenir en alerte nos sens, titillés par les changements progressifs d’ambiances, les modifications de la perception, tous sens confondus d’ailleurs.

Glissements temporels, entre chien et loups, de l’aube à vesprée

Voyage aux bons de la nuit. Ici aussi, le passage de la lumière à la pénombre, jusqu’à, selon le lieu où l’on se trouve, l’obscurité plus ou moins épaisse, ou inversement, agit comme un catalyseur sensoriel où tout devient parfois incertain, ou donc où beaucoup de choses deviennent possibles. Entre chiens et loups, c’est heure à laquelle l’homme a du mal à distinguer les deux, où le chien peut se faire loup, où il ne faut faire confiance à personne, surtout pas à nos sens, souvent trompés pas l’obscurité croissante. La vue perd de son efficience, l’audition se réactive, comme par un rééquilibrage sensoriel déjouant les pièges nocturnes, tout en jouissant de ses atmosphères plus feutrées, plus mystérieuses, sans doute plus poétiques.

Espaces et moments de bascule

C’est au croisements de ces changements, à ces instants/lieux de bascule, où on n’est ni tout à fait là, ni tout à fait ailleurs, que l’aventure se révèle la plus pimentée, exaltante. Dans ces zones d’incertitude, de doute, l’imaginaire, entre peur et exaltation se révèle fécond, chaque sons ou ombres pouvant être une multitude de choses à la fois. Ces glissements nous entrainent parfois au cœur des hétérotopies façon Foucault, où un espace, un territoire peut en contenir d’autres, entre cité et vie « sauvage », ombre et lumière, vacarme et presque silence…

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CARNET DE NOTES AURICULAIRES MÉDITÉRANNÉENNES

CARNET DE NOTES AURICULAIRES, PIÉTONNIÈRES, AUTANT QUE MÉDITERRANÉENNES

Loupian
C’est un petit village pittoresque, blotti dans la garrigue, tout près de l’étang de Thau.
C’est une halte régulière, depuis quelques années, pour y retrouver des amis, les créateurs et programmateurs l’espace 0rJJ25, cette année à l’occasion des 10 ans du lieu, et d’autre artistes.
Dans ce village, Desartsonnants, pour y avoir promené les oreilles à différentes reprises, retrouve à l’écoute des points de repères, passages voûtés, placettes ceinturées d’épais murs, grande rue, place centrale  et terrasses de cafés, bancs adossés aux murailles médiévales, magnifique acoustique de la chapelle Saint-Hippolyte… des lieux testés lors de précédents PAS – Parcours Audio Sensibles.
Cette année, ambiance festive, une série de performances et de concerts, d’expositions, viennent animer le centre du village pour l’anniversaire de l’0rJJ25.
Desartsonnants, invité à la fête, décide d’intervenir de façon légère, mobile, à l’improviste, autour de trois postures d’écoute en duo, enchaînées, ou non, à la carte.
Première phase, nous nous asseyons côte à côte, sur des chaise posées ici ou ailleurs. Je propose à mon co-écoutant de chausser une paire de lunettes au travers desquelles on ne voit absolument rien. Posture d’écoute en aveugle. Immersion auriculaire durant quelques minutes, on s’imprègne des ambiances environnantes, on habitue l’oreille à être quasiment seule maître à bord.
Puis doucement, je commence à approcher des oreilles de mon co-écoutant de douces sonorités exogènes, pour un massages sonores spatialisant autour de l’écoutant des sons issus de matières récupérées ici ou là – papiers, bois, boite à musique, billes, pailles de fer,  petits objets divers qui viennent bruisser tout près des oreilles, sans les toucher pour autant, s’approchant, s’éloignant, tournant autour…  C’est une sorte de musique acousmatique, sans dispositif amplifié, sans haut-parleurs, un espace intime au creux de l’oreille, laquelle est mise en appétit pour un PAS – Parcours Audio Sensible en duo, et toujours en aveugle.
Troisième phase optionnelle, néanmoins très demandée, nous partons, main dans la main, effectuer le PAS, une boucle au travers les ruelles et les placette du vieux Loupian. Les sonorités de la fête s’estompent lentement, decrescendo, qui ramènent à l’oreille des sons discrets, ventilation au loin, oiseaux, bruits d’intérieur s’échappant des fenêtres ouvertes en cette belle fin de soirée. Le village se livre, l’écoutant guidé perd ses repères visuels, en retrouve d’autre, l’ouïe bien sûr, la sensation du sol, des micro reliefs sous les pieds, les courants d’air fluctuant au gré des espaces, les sensations d’ombres et de lumière, de chaleur et de fraîcheur… C’est un parcours sensoriel bâti sur la confiance de celui qui guide, sur l’intime, les relations entre des écoutes communes, les lieux parcourus, les sons du moment…
Final crescendo, retour progressif vers la place centrale où les sons de la fête reprennent progressivement le devant de la scène.
On retrouve l’usage de ses yeux, on commente les émotions, l’expérience vécue le temps de ces trois postures d’écoute enchaînées.
Presque 4 heures de parcours enchainés. Une riche et dense expérience à creuser dans d’autres lieux, d’autres ambiances, avec d’autres écoutants, complices d’un instant.

Sète
Deuxième halte sudiste, sous le soleil exactement, dans la ville de Sète.
Ici aussi, des sonorités qui me sont petit à petit devenues familières, au fil de mes passages.
Le port, gréements, mouettes, remous, clapotis, bateaux, vent, un passage commerçant couvert, des halles bourdonnantes, avec de sublimes odeurs et couleurs, des invectives aux accents méditerranéens, et d’autres accents, ou langues, car ce sont, en ce début juillet, les  premières transhumances touristiques…
Les quais sont acoustiquement saturés par une circulation très, très, trop, dense.
Ce week-end, c’est la fête des marins. Défilés de fanfares aux clairons et trompettes un brin désaccordés, ambiances festives, quasi militaires, celles que Brassens, un des héros des lieux, raillait et vilipendait en son temps.
Puis, je monte vers le Quartier du Haut.
Alors, le paysage sonore s’éclaircit, se décante, s’apaise, se désépaissit. Le détail auriculaire reprend droit de cité.
Tout au bout de la corniche, une magnifique vue panoramique, les rumeurs de la ville, mouettes et goélands criards, toujours présents, presque carte postale sonore…
Le cimetière marin, Paul Valéry, des histoires fortement ancrées, si j’ose dire, dans le paysage sètois.
Au bas, la Criée, un nom qui veut bien dire ce qu’il veut dire, une sorte de rituel marchand, assez ésotérique pour le non initié, qu’il faut avoir vu et entendu au moins une fois dans sa vie.
Fin de journée, dans un atelier d’artistes, la Laiterie. Installation in vivo, non prévue initialement à cet endroit, d’une pièce sonore écrite il y a peu, pour et dans une forêt francomtoise. Transposition, délocalisation, un frottement d’univers, des décalages, images anachroniques. Une forêt atypique, au cœur des pentes Sètoise, le son nous joue détours.

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Marseille
Massalia, 10e arrondissement, dans le Jardin du Mas Joyeux
Retour sur un lieu jardin, joliment niché sur les hauteurs du Xe Arrondissements, créé et animé par les amis des Rudologistes associés Sophie Barbeaux, paysagiste et Colin Bailleul, designer. Cet espace est une sorte d’oasis paisible, coupé de la « grande ville » toute proche, où Desartsonnants avait, avec des enfants du centre d’accueil attenant, installé il y a quelques mois un, voire deux Point d’Ouïe  inaugurés et signalisés.
Donc retour à ce point d’écoute, dans ce jardin caché au pied de la garrigue,avec des  discussions autour du son, du paysage, des jardins, de la cuisine, et de moult autres projets ou douces utopies.
Découverte du village des Goudes de nuit, calanque lunaire, étrange bout du monde, fin de ville surprenante, où l’on a envie de partir arpenter ces sites majestueux, où le blanc des rochers illumine un  paysage qui appelle le promeneur écoutant. A suivre…

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Marseille, l’urbanité toute crue, à pied
L’art de faire de l’anti tourisme urbain en marchant !
Choisir un jour à la météo assez chaude, voire très chaude.
Partir à l’heure zénithale.
Parcourir une assez grande distance, des dénivelés, des grands carrefours – par exemple du haut du quartier Saint-Loup jusqu’à Saint-Charles, via Castellanne, à Marseille bien entendu.
Suivre les avenues et rues les plus circulantes, bruyantes et autres « antes ».
Et s’apercevoir au final que tout cela n’est pas dénué d’intérêt, voire génère un certain plaisir, si si, celui entre autre de se frotter à la vraie ville, sur la durée, sur la distance, et ne pas être qu’un passant qui toiserait la cité de haut, ou de loin…

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Autre balade piétonnière à Marseille
Départ le vieux port, sous les fameux grands miroirs, trace de Marseille 2013 Capitale culturelle européenne. Rendez-vous avec un ami du MIM de Marseille, jean-Pierre Moreau, pour faire une promenade causerie urbaine à l’improviste. Durant cette déambulation, nous avons parlé, à bâtons rompus, Unité Sémiotiques Temporelles, écoute, parcours sonores, philosophie,  société, économie, formation, pédagogie, arts, acousmatique, politique, projets personnels, récit, narration, composition… Nous sommes montés jusqu’au pied de Notre Dame de la Garde, la Bonne Mère, et il y faisait très très chaud, avant que de redescendre tranquillement vers la mer. Depuis le vieux port jusqu’aux hauteurs, les sons de Marseille se sont progressivement apaisés, amenuisé, au fil de la montée, de petites rues en escaliers, avant qu’ils ne redeviennent plus denses  au terme de notre boucle urbaine.

Causerie en duo, écoute, balade, une façon qui m’est finalement devenue habituelle et très agréable, pour faire connaissance simultanément avec les gens, et les lieux…

L’autre pratique que je développe avec une certaine constance depuis quelques années, est celle de la chronique, qui vient parfois en appui, en contrepoint à mon vieil ami le magnétophone, mais souvent se suffit à elle-même. La chronique, entre description, ressenti, réflexion, coup de cœur voir coup de gueule, et une arme de description massive. Et bien au-delà de la pure description, le mot transcrit, engendre, crée du paysage, notamment sonore, mais plus largement sensible.

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Retour sur Lyon
C’est là que, paradoxalement, j’ai entendu le plus de cigales… Les temps changent.

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TERRITOIRES SONORES ET TOURISME ÉC(H)OLOGIQUE

POUR UN TOURISME ÉC(H)OLOGIQUE

19665498850_42df664693_k@Crédit photo Yuko Katori

Il me semble aujourd’hui important de développer un tourisme local, respectueux des lieux et des gens, construit sur de vraies relations humaines, et découvrant ou redécouvrant des patrimoines auriculaires parfois fragilisés par une société misant trop souvent sur un « commerce bulldozer »…

En cela, je croit que la notion de territoires sonores partagés peut participer à élaborer de nouvelles formes de tourisme, prônant une véritable éthique écologique, s’appuyant sur une écoute équitable, non énergivore, et la volonté de garder la relation humaine au centre-même du paysage, via une oreille ouverte sur le monde.

Les savoir-faire des maîtres saintiers, des campanistes, des ensonnailleurs de troupeaux, les belles acoustiques des sites naturels, des églises, les musiciens, chanteurs qui savent faire sonner les lieux, ainsi que ceux qui font chanter la pierre, le bois, les échos et réverbérations liés aux topologies, l’écoute des torrents et ruisseaux, du vent, les audionaturalistes qui nous embarquent dans de fabuleux voyages, les preneurs de sons qui jouent du paysage, les compositeurs paysagers, les plasticiens qui nous aménagent de surprenantes écoutes installées, les danseurs qui traquent la belle posture d’écoute, les conteurs, crieurs publics et slameurs qui donnent de la voix dans les espaces publics, les artistes marcheurs, les aménageurs du sensible, les chercheurs de silence, ou de calme… Autant de pratiques à développer, de réseaux, de domaines, d’explorations acoustiques, profondément voire intrinsèquement liés aux territoires, qui restent à explorer, voire à fabriquer.

Il est aujourd’hui possible d’entreprendre la lecture et l’écriture d’un ou de vastes paysages sonores en mouvement, de le revisiter et de les envisager de moult façons. Ces paysages ne demandent d’ailleurs qu’à se faire entendre, dans leurs belles harmonies comme dans leurs dérangeantes dissonances…

Pour qui sait justement entendre, ou donner à entendre, ces paysages-objets sonnants, à priori singuliers, ou surprenants, ils sont en fait à portée d’oreilles de tout un chacun. Leurs rencontres exigent néanmoins  le fait de savoir les débusquer, les révéler, parfois les protéger, ou tenter de les améliorer, et qui plus est en faire choses communes.

C’est pour cela qu’au fil du temps,  je suis devenu promeneur écoutant, paysagiste sonore, écouteur public, partageur de sons, traceur guide de PAS – Parcours Audio Sensibles, initiateur d’une forme de tourisme que je pense et veux éc(h)ologique…

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CONFÉRENCE – SOUNDWALKING

 

LE SOUNDWALKING

« L’ÉCOUTE EN MARCHE »

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CONFÉRENCE DONNÉE À L’ÉCOLE D’ARCHITECTURE ET D’URBANISME DE MONS

Avec Transcultures et l’UMons, dans le cadre du cycle « Territoires numériques augmentés » – Le 25 février 2016

 

Vidéo de Zoé Tabourdiot

 

https://transcultures.be/2016/02/10/conference-cycle-territoires-augmentes-gilles-malatray-soundwalking/

La suite en février 2017, où Desartsonnants encadrera une semaine de workshop au sein de l’école d’architecture et d’urbanisme de Mons, avec les mêmes partenaires. Une façon de passer à la pratique de terrain, de la promenade écoute à l’écriture et mise en scène de paysages sonores urbains, des parcours d’architectures sonores partagées.

Merci à Lydia Bollen, Philippe Franck, Lucie knockaert,  de leur accueil permettant à Desartsonnants de développer des Sonic projets  et de belles rencontres.

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Rituels d’écoute(s)

RITUELS D’ÉCOUTES OU ÉCOUTES RITUELLES

Gilles Malatray Desartsonnants

Un rituel est un ensemble de rites destinés, à l’origine, à des célébrations religieuses. Depuis, ces rites se sont beaucoup élargis vers des mises en scène donnant une certaine importance à des faits et gestes, non forcément religieux. Louis XIV par exemple mettait en scène son pouvoir, par la mise en  place des rituels autour de sa propre vie, non seulement des fêtes et grandes chasses, mais aussi levers, couchers et repas du roi, avec musique et cérémonies ad hoc. Il orchestrait en fêtes, la vision de son propre pouvoir, sa vie de monarque. Aujourd’hui encore, du stade à la vie politique en passant par l’école, des rituels s’installent, mettant en scène des gestes et actions communes, consolidant des communautés, des pensées collectives, pour le meilleur et pour le pire, mais sans doute faisant aussi office de garde-fous sociaux, parfois rassurants dans leurs répétitions. Ils s’inscrivent notamment dans des formes de cérémonies et autres protocoles, qui mettent en exergue des  « choses sociales » présentant de prime abord des intérêts collectifs au sein de la société, ou tout au moins d’une partie de cette dernière.
Sans vouloir entrer dans des cadres trop cérémonieux ni, bien au contraire, enfermer l’écoute dans une rigueur ritualisée et mortifère, je me pose néanmoins la question du rituel dans ma démarche de promeneur écoutant.

Le rituel de la marche d’écoute, les PAS – Parcours Audio Sensibles solitaires, en duo ou en groupe
Se mettre en marche, après avoir, par quelques mots choisis, installé une ambiance, conforté une communauté d’écoutants, fédéré un groupe dans une sorte de projet commun, collectif, suggéré un état d’esprit, et au final discrètement distillé quelques conseils consignes…
Nous sommes bien dans le rituel, que le maître de cérémonie, le guide promeneur écoutant, acteur, acteur de terrain, dans toute la polysémie du terme, maitrise, ou est sensé maitriser.
Le cadre est posé, et on agira à l’intérieur. On agira avec certains codes, par exemple  le silence, les rythmes de la marche, la confiance dans le « maitre de cérémonie », l’idée d’adhérer, ou  on, à une communauté éphémère, et de poursuivre, le temps de la marche, un objectif commun. Sans pour autant enfermer la marche dans un carcan trop rigide, bien au contraire, nous conservons et privilégions les possibilités d’agir, voire d’improviser selon les événements sonores, les aléas du parcours, en restant fort heureusement très ouverts, le rituel contribue je pense à donner une certaine importance, quasi cérémonieuse, aux gestes d’écoute, à le rendre en fait plus crédible, ou en tous cas assimilable. Le rituel nous fait passer d’une forme de jeu, à une chose presque sacrée, tout en restant dans un esprit ludique. J’assume tout à fait les paradoxes.

Le rituel des Points d’ouïe
En contre-point, si j’ose dire, de la balade sonore, ou du PAS, les Points d’ouïes sont des pauses, arrêts sur son, ponctuant une marche, et venant focaliser l’écoute sur un élément/lieux/gestes singuliers, rencontrés sur les territoires explorés. Ce sont de nouvelles mises en scène acoustiques, ritualisées elles aussi, se posant comme de petits points de rupture dans la marche, des ponctuations. Ces points d’ouïe convoquent inéluctablement des postures physiques e/out intellectuelles, des scénophonies, des parti-pris, des approches spécifiques, que le principe de ritualisation se chargera d’instituer comme des passages obligés, incontournables, pour qui veut saisir une partie de la substantifique moelle du paysage sonore. Enfin j’espère qu’il pourrait en être ainsi.

Le rituel des Bancs d’écoute
Autres pauses dans les PAS, un rituel assis cette fois-ci. Il s’agit d’utiliser de simples bancs publics, mobiliers urbains des plus courant s’il en fût, comme des postes d’écoute, des affûts, des jalons marquant un balisage urbain, comme repères et haltes auditives. Le rituel est aussi, et peut-être surtout ici, dans la posture. S’assoir, solitaire, à deux, écouter, laisser venir à nous les sons, le banc comme centre d’écoute, comme objet d’immersion. Le rituel s’inscrit également dans une certaine durée. Il ne faut pas seulement effleurer de l’oreille le paysage, il faut prendre le temps, le laisser se construire autour de nous, prendre corps, audio corpus. Il convient pour autant de ne pas refuser, ou fuir la rencontre, sous prétexte d’écoute. Se poser régulièrement sur un banc, voire même très ponctuellement crée souvent des liens inattendus, humains, des conversations, parfois anodines, parfois intimes, parfois surprenantes, voire dérangeantes, la vie quoi !  Dans ces rites d’écoute, s’inscrivent aussi des voix, des paroles, des contacts, enjoués ou en grande détresse. Je me vois confrontés à des solitudes que je sens terriblement pesantes, des paysages sonores internes, de véritables naufrages, qu’il est souvent impossible de reporter tant ils sont intimes, personnels, mais auxquels je prête une oreille et une parole que je tente de faite la plus humaine que possible, sans autre prétention. Paysages esthétiques certes, mais paysages sociaux, des échos parfois très sombres, de violents désespoirs,que le rituel du banc d’écoute me ramène à fleur d’oreille.

Le rituel des Inaugurations de Points d’ouïe
Ici, nous avons affaire à un rituel des plus ritualisé, cérémonial, dans le juste sens du terme. Au terme d’un PAS, nous avons repéré et choisi un endroit précis, voire une orientation, un axe d’écoute, que nous élirons, pour la qualité de ses sources, de son acoustique, comme point d’ouïe remarquable. Le statut conféré à ces nouveaux Points d’ouïe passera par une inauguration tout ce qu’il y a de plus officielle, avec le discours d’un maire ou d’un élu, quelques minutes de silence, silence en écoute, un geste symbolique coupant le ruban auriculaire, une signalétique ou objet signalant, et l’inscription de ce point d’ouïe commenté sur une cartographie spécifique géolocalisée. C’est donc le rituel le plus voyant, et écoutant, officiel, cérémonialisé, de la démarche désartsonnante. Un prétexte à prendre langue, et oreille, avec des habitants, visiteurs, et surtout élus, sur la beauté fragile des paysages sonores ambiants, et les questions d’écologie acoustique inhérentes.

La terminologie de l’écoutant comme une façon d’assoir des rituels
PAS*, Points d’ouïe, Bancs d’écoute, Inaugurations de points d’ouïe, Écoute à oreilles nues, Sonographies, Calligraphies sonores… le ou les  rituels d’écoute sont balisés textuellement par toute une terminologie, tissée de mots-valises et de néologismes, complétant le champs, et le chant, de l’auriculaire. Souvent faussement savants, plutôt ludiques dans l’esprit, mais néanmoins pensés pour faire naître des images, images de marque y compris parfois, des sensations qui « donnent envie », ces termes sont très liés au contexte, à l’action, à l’esprit des écoutes et des lieux, et somme toute à l’esprit Desartsonnants. Cette lexicologie, qui se veut inscrite dans un corpus bien sonnant, corpus d’actions, de sons, d’images et de textes, vient participer à une part de la mise en place du rituel, comme, inversement, le rituel contribuera à assoir et à développer des termes adéquats, des images sono-paysagères ad hoc. Le rituel s’appuie sur des actions, comme sur des discours, qu’ils soient officiels, ou discourant autour d’une pensée plus personnelle,qui essaierait de maîtriser l’apparente et complexe simplicité du geste d’écoute, à la fois esthétique, social, environnemental…

* PAS – Parcours Audio Sensibles

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PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE N°10

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE EN DUO D’ÉCOUTE N°10
Raphaël Cordray

Copyright (2015 ) Daniel F Valot

Copyright (2015 ) Daniel F Valot

Vaise, 7H30-9H30 – Place de Paris – Quais de Saône

Nous partons d’un marché.
Il s’installe, il réveille le quartier, il se réveille…
Quais de Saône, ventés, hantise du preneur de sons, justifiée…
Nous devisons, commentons, testons, marchons…
Sous un pont, un pont assez imposant et très récent, le pont Schuman. Nous déplorons son acoustique assez fade, sans réverbération vis à vis des anciens ponts de pierre, lorsque, presque par hasard, nous excitons des échos d’une incroyable qualité – dignes des plus beaux sites acoustiques jurassien. LA découverte acoustique de cette promenade, à deux pas de chez moi. A coup sûr, j’y reviendrai, l’écouter, l’enregistrer, le donner en exemples à d’autres paires d’oreilles.
Précision : la prise de sons avec ses incroyables échos est garantie sans trucage aucun, y compris le chien qui vient donner de l’aboiement à mes cotés.
Polyphonie.
Zones calmes, zones trépidantes, zones tampons… La ville dans toute sa diversité, en quelques pas, en quelques mètres.
Passages.
Des transitions, des fondues, des coupures, nos oreilles s’acclimatent, s’adaptent vont chercher le détail, prennent du recul sur les flux, cherchent à rester en contact.
Les sons d’ici nous renvoient à de sons d’ailleurs, à d‘autres ambiances, par analogie, au fil de nos écoutes, de nos pensées…
Paysages.
On arrive même à s’émerveiller d’un flux de voitures entendues à hauteur d’oreilles, sous un pont, ou à jouer avec des gaines métalliques…
Rythmes
Descentes de tuiles tonitruantes dans une goulottes de chantier, en plastique.
Les voix s’approchent ou s’éloignent des micros, rien n’est retouché, si ce n’est un léger gommage du vent.
Tout cela nous renvoie au statut-même de l’écoutant, du preneur de sons, de sa, ou de ses positions vis à vis des « autres », des regardeurs…
Passage dans un parc urbain,  oasis sonore, oiseaux, calme, sons ciselés, voix, portail chantant… Tout y est pour nous ravir l’oreille. Bon, il y a bien une souffleuse de feuilles…
Des échanges autour d’artistes sonores qui jouent aussi avec l’espace, les sons, l’environnement…
Anecdotes.
Retour sur le marché, des voix cette fois-ci, nombreuses. Le marché s’est réveillé, en rythme de croisière.
Une revendication impromptue, saisie à la volée.
Passage culinaire…
Grillades, sons et odeurs…
Gros plans multisensoriels.
Une belle joute verbale, en clôture…
J’écris ce texte au regard, ou plutôt à l’écoute de notre balade, sur le vif, en contrepoint.

ÉCOUTEZ LE PAS ICI

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Le site de Raphaël Corday – Microphone – Porter la parole – https://vimeo.com/user9864324

 

 

 

AUDIO – APHORISMES

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APHORISMES

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Soundwalk – Avertissement
Attention à la marche, les sons vous jouent détours…

Écoute en mode des mots
L’écouteur public était en mode des mots… Tant pis, il écrit malgré tout ses écoutes !

Plaisanterie grenouillesque (quoique)
La décoassance, c’est la disparition progressive des grenouilles, même en mode persillé, et donc de leurs chants !

Artiste sonore
Un artiste sonore sentant sa faim venir… Creusons, abreuvons nos sillons, ce sont les sons qui manquent le moins !

Artiste sonore bis
Un artiste sonore est-il un artiste qui gling-gling, crac boum hue… quand on le secoue

Question en marche
Promeneur écoutant, une posture artistique qui suppose une (dé)marche ?

Paysages sonores ? (Série d’aphorismes litaniques)
J’ai voulu travailler un paysage sonore de corons, mais on m’a dit que le son avait mauvaise mine !
J’ai voulu travailler un paysage sonore du journalisme, mais on m’a dit que le son avait mauvaise presse!
J’ai voulu travailler un paysage sonore de vignobles, mais on m’a dit de ne pas travailler en vin !
J’ai voulu travailler un paysage sonore du corps, mais on m’a dit que le son faisait tabou (la rasa ?)!
J’ai voulu travailler un paysage sonore de la guerre, mais on m’a dit que le son par trop désarmait !
J’ai voulu travailler un paysage sonore de l’église, mais on m’a dit que le son était de mauvaise foi !
J’ai voulu travailler un paysage sonore de la justice, mais on m’a dit que le son n’avait jamais connu de lois ! Idem pour le paysage sonore de la justice !
J’ai voulu travailler un paysage sonore de la cuisine, mais on m’a dit que le son avait trop mauvais goût !
J’ai voulu travailler un paysage sonore de l’écologie, mais on m’a dit que le son n’avait forcément l’oreille verte !
J’ai voulu travailler un paysage sonore, mais on m’a dit que…

Et bien tant pis, envers et contre tout, je vais travailler le son au corps !

 Sonité
Je te salue ma ville pleine de traces,
que ta sonité soit fête !

Sonité bis
Dans les villes de grande solitude,
Toi l’écoutant bien assourdi…

 Métier
C’est en écoutant que l’on devient… écoutant !

Installation sonore
L’une des plus belle, c’est sans doute celle où l’on ne rajoute rien… que l’envie d’écouter alentours les mille bruissements du monde.

PAS – Parcours – Audio Sensibles
Des oreilles au bout des pieds, ou les pieds dans l’pavillon ?

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PRÉLUDES ET SUITES D’ÉCOUTES

PRÉLUDE, DÉAMBULATIONS, PARTAGES ET SUITE D’ÉCOUTES

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Il fut un temps, déjà reculé aujourd’hui, où Élie Tête*, hélas disparu, m’emmena écouter quelques sites de Bourgogne et du Haut-Jura**. Cette rencontre et ces expériences transformèrent radicalement ma vie, de par notamment la façon d’appréhender la chose sonore, le paysage, mes relations avec ce dernier, avec les gens qui prennent le temps de le parcourir, ou de le vivre, tout simplement.

Il fut un temps où je découvris l’incroyable vivier pédagogique, esthétique, social, patrimonial, écologique… et l’immense plaisir sensoriel et artistique que constitue le fait de se promener, immergé dans des espaces sonores choisis, ou découverts au hasard d’un chemin, d’une forêt.

Il fut un temps où je découvrais le paysage sonore, qui ne m’a et que je n’ai jamais quitté depuis.

Empreinte généreusement et merveilleusement indélébile

Et bien des années plus tard, malgré le fait que l’on m’ait parfois affirmé que l’on avait définitivement fait le tour des balades sonores, qu’il ne fallait plus rien en attendre, je continue d’expérimenter, à oreilles nues, avec des dispositifs légers, mobiles, autonomes, des parcours d’écoute partagés en chemins de traverse.

Je me sens de plus en plus l’oreille curieuse, autant qu’inassouvie.

Je persiste plus que jamais à échanger, à communiquer autours de mes nombreuses écoutes personnelles, mais surtout collectives.

Je m’obstine à inviter des artistes, musiciens, plasticiens, danseurs, diseurs ou manipulateurs de mots, d’images, de formes, des aménageurs, des marcheurs, pour que nous tentions ensemble d’écrire un bout de partition polyphonique, à plusieurs voix, à plusieurs regards, à plusieurs oreilles.

Je poursuis sans cesse cette expérience, qui consiste pour moi, à écrire et à composer de concert, dans, avec et autour de nouveaux territoires sonores.

J’ai appris au fil du temps, et apprends encore de jour en jour, de site en site, à repérer des parcours singuliers, des lieux et des espaces surprenants, inouïs, des postures décalées, ad hoc, des modes d’écriture/improvisation/action in situ…

Je me sens aujourd’hui plus à même d’expliquer aux promeneurs écoutants, complices, exemples vécus à l’appui, en quoi ces balades écoutes, ces Parcours Audio Sensibles*** ouvrent de belles et riches perspectives, et ce dans bien des domaines.

J’ai envie, en proposant à ceux qui acceptent de me suivre, des postures d’écoute hyper réceptives, en leur donnant l’opportunité de prêter l’oreille à l’environnement, ne serait-ce que le temps d’une promenade, de les pousser à devenir acteurs de leurs propres territoires, ne fusse qu’en prenant un petit temps pour l’entendre… Juste le temps de mieux s’entendre avec…

Je ressens, en marchant, des sortes de vibrations acoustiques intrinsèques aux lieux, mais également des vibrations humaines, stimulantes, énergiques et synergiques, qui dynamisent très fortement les partages d’écoutes, voire les partages tout court.

Les points d’ouïe se conjuguent avec les points de vue, ou avec des senteurs diffuses, pour composer ensemble des paysages sensoriels sans cesse renouvelés.

Souvent je me dis que le geste commun, la construction de communs qu’il convoque, la relation instaurée, valent bien plus que toute œuvre, matérielle ou non.

Parce que le Monde appartient aussi à ceux qui l’écoutent, mais surtout à toute âme sensible, disait Romain Roland****, il mérite une écoute attentive, respectueuse, pour échapper à un chaos grandissant où nul ne s’entendrait plus.

Au-delà des violences, des souffrances, des assourdissants vacarmes qu’elles engendrent, il faut se raccrocher à des aménités salvatrices, celles qui nous maintiendront debout, ouïsseurs universels, et toujours à l’écoute.

Ainsi, dans différentes villes, pays, avec des publics avertis, ou non, je promène avec un immense plaisir, que j’espère partagé, des groupes de baladeurs, écoutant de concert, et échangeant autour de l’inépuisable et Oh combien fragile « chant de la terre ».

* ACIRENE – http://www.acirene.com/

** Haut-Jura terre sonore – http://www.saint-claude-haut-jura.com/sites-sonores.html#.V1-0mo6bHp8

*** PAS – Parcours Audio Sensibles – https://fr.scribd.com/collections/4313163/DESARTSONNANTS

**** Jean-Christophe – Romain Roland – 1904/1912

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À CROIRE QUE – AUDIO UTOPIA

SOUNDWALKS ET PARCOURS AUDIO SENSIBLES, DES UTOPIES BIEN-SONNANTES ?

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AUDIO-UTOPIA
Croire que l’on va épuiser le paysage de par son écoute, si passionnée et engagée fût-elle
Croire que l’on va trouver derechef la beauté du monde entre les deux oreilles, et que l’on ne la perdra plus
Croire que l’on va tout comprendre de la société, via des récits tissés de sons
Croire que l’on va attirer dans ses traces auditives une foule de promeneurs écoutants par avance conquis
Croire que l’on va peser, même un tant soit peu, sur un système social, économique, politique… par de petites gestes artistiques, en parti-pris d’écoute
Croire que l’on va irrémédiablement magnifier la ville, le paysage, d’un coup d’oreille magique
Croire que l’on va faire que tout et tous s’entendent parfaitement, dans une harmonie sans dissonance ni discordance aucune
Croire que l’on va fabriquer du beau, du bien sonnant à tour de bras, à tour d’oreille…

Croyons ferme cependant, que parmi ce qui peut ressembler à des utopies, petites ou grandes, il y a toujours quelques bribes qui s’en échapperont, qui s’accrocheront au terrain, et qui résisteront à l’air (pollué) du temps.

 

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PAS – GARE AUX OREILLES

PAS – Parcours Audio Sensible, des mots et des sons !

Gare aux oreilles…

Promenade écoute en duo autour de gare de la Part Dieu à Lyon

Contexte :

Deux promeneurs écoutants.

Une heure de déambulation silencieuse, dans le quartier de la gare de la Part-Dieu – Intérieurs extérieurs compris…

Entre chiens et loups, tombée de la nuit progressive, la majorité de la promenade s’est effectuée en nocturne.

Vendredi soir, 17H30, période de grande fréquentation.

Temps hivernal et humide, très changeant.

Pour un rendu, je décide d’écrire des impressions, des images, à partir de mots clés qui me viennent à l’esprit, de ressentis in situ et de la conversation qui suivit le parcours d’écoute.

Des mots et des sons

Rythmes : Souffles-respirations de trains, sifflets, bruits d’escalateurs, paroles, roulements de valises quasi omniprésents mais très variés, sur les pavés du parvis, les dalles de la gare, les tapis roulants… Que de rythmes ! Presque une musique, si ce n’en est déjà une. Juste une question d’écoute, pour franchir le pas…

Flux : Tensions, détentes, hautes densités, calme, ou presque, une alternance de flux et de reflux, des nuées humaines compactes et de fluidités plus apaisées, des va-et-vient en constantes variations plus ou moins stressantes ou (re)posées, des entre-deux dans un implaquable continuum sonore…

Passages : De grandes places en allées serrées, de quais en escaliers, de ruelles en commerces, nous ne cessons de transiter, de passer d’un lieu à l’autre, d’intérieurs en extérieurs… Passages en fondus ou coupures brutales, sans transition, le parcours n’en finit pas de se créer des méandres, des plis et des replis, de prendre des chemins de traverse, d’une ambiance à l’autre.

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Espaces : Les quais de gares comme de beaux plans-résonances sonores, démultipliés, difficilement saisissables… Du proche, du lointain, des intermédiaires, des mouvements travellings ou zooms, cinéma pour l’oreille, des réverbérations soulignant les profondeurs de champ… La vue et l’oreille se perdent, se confondent en perspectives qui évoquent le voyage, intrinsèquement et viscéralement lié au lieu.

Impromptus et heureux accidents : Un enfant testant avec assurance et persévérance des sons, du médium au grave, ceux d’un piano placé dans un recoin de gare, et mis à disposition, pour le meilleur et pour le pire… Puis achevant son jeu par une série de galipettes et de vigoureux clusters, pour le peu très musicaux, un  intéressant mixage avec les voix ambiantes…

Un haut-parleur défectueux, qui filtre et hache bizarrement, de façon très drôle, nasillarde, la voix des annonces SNCF… J’espère qu’il ne sera pas réparé trop vite, je l’enregistrerais volontiers à un prochain passage.

L’absence d’un immense jet d’eau intérieur, rendu muet et occulté par une scène de spectacle provisoire, et les sons du lieu qui enfin se révèlent, se déploient dans l’espace, comme rarement on les entend ici, libérés de l’hégémonie aquatique qui les étouffe habituellement…

Un bruit assez indéfinissable, au départ, issu d’une manipulation à l’arrière d’un kiosque venant de fermer. Nettoyage tonique d’une machine à jus de fruits… A-coups de moteur puissants, très puissants, alternatifs, envahissants, surprenants !

 

Vitesse, allure et résistance : Aller lentement, ne pas presser le pas, transgresser involontairement le speed ambiant, s’infiltrer dans les courses poursuite des usagers partant frénétiquement en week-end, leurs faire obstacle parfois, jusqu’à s’en faire régulièrement bousculer… mais résister à la vitesse du flux, aller tout simplement au rythme de l’écoute, coûte que coûte, écoute qu’écoute…

Tonalités : De sourds grondements caverneux de moteurs, de souffleries, des bips et des sifflets haut perchés, des voix dans le médium, un ambitus sonore digne des plus beaux orchestres symphoniques, qui aurait certainement beaucoup plu à Russolo.

Volume : Des micros-sons captés de très près, l’incessant et quasi obnubilant défilé des valises à roulettes, de puissants vrombissements et des voix ténues, un spectre dynamique conséquent, aux variations souvent imprévisibles. Intensité calculée de 48 à 90 db, environ… Creux, nappes et pics sonores selon les endroits et les moments. Des crescendos à l’arrivée de convois, et inversement à leur éloignement.

Couleurs et lumières : Il semble y avoir une certaine connivence entre sons, couleurs et lumières… Une ruelle piétonne, délicatement éclairée, luisante de pluie, enrobe de douces sonorités dans un cocon nocturne, alors qu’un couloir violemment illuminé et rutilant d’enseignes commerciales, force le niveau des voix sur un fond d’insipide musique d’ambiance, Muzac outrageusement invasive. Mais peut-être ne s’agit-il ici que d’une perception synesthésique qui m’est très personnelle.

Ouvertures, fermetures, portes et fenêtres acoustiques : Se tenir dans un sas, espace de passage, de transit, entrée/sortie de centre commercial… Les portes s’ouvrent et se ferment dans un ballet désordonné, à la Tati dira très justement l’ami écoutant qui m’accompagne… Des sons divers, rythmés, alternances où le dedans et le dehors se rencontrent, se télescopent, s’interpénètrent, se confondent… Les sonorités de la rue entrent, ou sont bloquées à l’extérieur, au rythme des ouvertures/fermetures, le froid extérieur, la moiteur intérieure, des températures qui s’infiltrent par les portes collent de près aux flux sonores… Séquences toujours assez séduisantes.

Improvisation, écriture in situ: Comme dans tous parcours, les aléas appellent le mouvement, ou l’immobilité, selon. Des points de vue incitent à l’écoute, et vice et versa. D’heureux accidents retiennent l’attention, délimitant des fenêtres temporelles d’écoute dans leur début et leur fin. Chaque trajet, fut-il au même endroit, le même jour, aux mêmes heures, reste et restera unique, dans ses événements et dans les trajectoires impulsées, dans les ressentis et la trace mémorielle imprimée. C’est une alchimie où le mélange d’ambiances immuables, d’impromptus et de sérendipité assumée, influent l’écriture du parcours, dans un constant renouvellement. De quoi à entretenir pour longtemps encore un doux étonnement au fil des PAS.

Urbains et humains : La gare, les commerces alentours, les lieux de passages, d’attente, de transit, où l’humain reste souvent au centre de la scène. Des gestes, voix et mouvements, ponctuent l’espace, jusque parfois à des promiscuités oppressantes dans la densité des flux. On se sent appartenir à un territoire sonore forcément partagé, que nous construisons au fil de nos actions, pour le meilleur et pour le pire. Mais ce soir, nous en avons extrait le meilleur, celui qui sonne à nos oreilles comme une une musique dont l’homme en serait, sans vraiment le savoir, le musicien animant, avec beaucoup d’autres, collectivement, l’espace public.

Conclusion : J’adore les gares car l’écoute y va bon train !

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE NOCTURNE

PAS – Parcours Audio Sensible nocturne, Festival Les Temps d’Art est levé, Saint-Martin-en-Haut (69)

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Participation à un festival-rencontres autour d’une formation culturelle « Métiers des Arts et de la Culture », ou plutôt de sa dissolution, dans un centre de vacances rural, sur les monts du Lyonnais. Deux heures de promenade entre chiens et loups, et en nocturne, pour un groupe d’une vingtaine de personnes. Le cadre est champêtre, magnifique, avec un grand étang entouré de forêts. Je travaille avec Nathalie Bou, une plasticienne, scénographe, car les balades sonores proposées ici seront accompagnées d’une installation environnementale destinée à nous mettre l’oreille en condition. L’installation est libre d’accès, les deux balades nocturnes quand à elles sont accompagnées.

L’installation, scénographie d’écoute, est délimitée par une petite prairie en pente très douce, ceinte d’un côté par un ruisseau et une rangée d’arbres, et de l’autre par un bois assez abrupt. Ce petit espace en forme de clairière-amphithéâtre de verdure naturel, s’achevant sur l’extrémité d’un étang, se prête parfaitement à la mise en scène des jeux d’écoute.

Des nattes de différentes couleurs ont été posées à même le sol, tournées vers l’étang, pour inciter le promeneur à s’allonger et à écouter.

Des objets, trompes et longues-ouïes, stéthoscopes trafiqués sont posés ça et là pour ausculter les sons environnants tout à loisir.

Tout autour de la clairière, des mobiles de céramiques, d’onyx et d’écailles tintent délicatement, dans un pointillisme sonore délimitant de fugitives frontières auriculaires.

Des écrits, aphorismes autour de l’écoute sont disséminés sur la prairie, sur des plaques translucides et multicolores.

Tout autour du plan, d’eau, six cadres d’écoute, simples cadres de bois, invitent le promeneur à viser avec ses yeux et ses oreilles, un endroit précis.

Sur une table de pierre, sont posées de petites sculptures en grillage, des boules tintinnabulantes, des boîtes à musique, des stéthoscopes, et autres objets pour explorer le monde des micro-sons.

C’est de cette clairière que partiront, nuit tombante, deux promenades écoute, sur deux soirs consécutifs, avec des circuits identiques.

Ces promenades nous feront progressivement quitter le monde festif du festival, où voix et musiques tissent un bruit de fond assez dense, pour gagner progressivement les hauteurs d’un village. Lentement, l’ambiance sonore s’amenuise, jusqu’à ne laisser place à nos seuls bruits de pas, chuchotements et bruissements dans des fourrées de quelques nocturnes dérangés par notre approche. En même temps que les sons se font plus ténus, la lumière a elle aussi considérablement diminué, jusqu’à la presque obscurité de la forêt environnante. Cet atténuation progressive des ambiances lumineuses et sonores aiguisent notre perception de l’environnement. Chaque points lumineux ou micro-bruit prend une place importante, le silence s’est naturellement imposé dans le groupe, la nuit et ses sons mystérieux, parfois inquiétants emmènent notre écoute dans des territoires d’ordinaire assez peu fréquentés, à la fois bien réels et oniriques.

Après une montée sur un chemin entouré de bois assez touffus, qui nous enferment dans une sorte de vase clos végétal, nous débouchons subitement sur une immense prairie, ample balme de verdure aux courbes douces, que viennent terminer au loin d’assez hautes collines boisées. C’est un immense amphithéâtre verdoyant, qui donne tout à coup à nos oreilles un grand « bol d’air », une sensation de respiration profonde et paisible au sortir de la forêt. On sent physiquement l’espace plus aéré, l’air moins pesant, et une pression acoustique tangible et allégée. Au niveau sonore, nous avons droit à un incroyable concert de grillons et sauterelles stimulés par la chaleur que le sol a emmagasiné durant la journée, pour nous distiller une délicate sérénade nocturne. On s’allonge dans l’herbe et l’on écoute, un bonne de quinzaine de minutes, en silence, cet incroyable pointillisme qui anime l’espace de part en part. Instant de quiétude absolument magique, loin de tout !Quelques sons de bovins et de chiens venant d’une ferme assez lointaine émergent, les sons portant sur de grandes distances dans cette tolopogie réverbérante, alors que le vrombissement grave d’un avion se fait entendre en contre-point, sans aucunement déranger, paradoxalement, cette symphonie rustique. Nous somme quelque part très loin de la fête que nous avons laissé quelques centaines de mètres en contrebas, et que nous n’entendons plus du tout, protégés par cette cuvette enceinte naturelle qui amplifie les micros bruits, en nous isolant quasiment du reste du monde. Un sentiment d’être sur une planète, à part, dans un immense théâtre de verdure nocturne et bruissonnant, conçu rien que pour nous.

La redescente vers le village s’effectue avec l’effet crescendo inverse, de quitter progressivement un univers de calme pour revenir à le fête, ses voix et musiques. Mais pour autant, la transition n’est pas désagréable,nos oreilles étant maintenant un peu plus affinées, réceptives à ces transitions sonores, à ces musiques des lieux tellement signées qu’on les eut crues fabriquées pour la circonstance. Et pourtant… Notre écoute a bel et bien construit de toute pièce, une musique bucolique, harmonie des lieux, une douce symbiose au sein de notre communauté éphémère d’écoutants qui auront vécu l’espace d’un instant/balade, l’unique version de ce concert sonifié d’un soir d’été.

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PAS – Parcours d’écoutants en duo à Vaulx-en-Velin

PAS – Parcours Audio Sensible en duo, avec Pauline Sémon, Vaulx-en-Velin centre

 

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Rendez- vous très matinal, 6H30 devant le planétarium de Vaulx-en-Velin, les oreilles presque sous les étoiles. Le temps est assez humide, l’heure bleue, la nuit cède progressivement la place au jour, fondu au gris troué de belles couleurs roses orangées, sur fond de piaillements d’oiseaux prolixes.
Nous partons lentement vers l’intérieur d’îlots bâtis, à travers allées, parcs, cours et espaces de jeux. Le sablé des allées crisse sous nos pas, rythme de marche apaisée. Peu de monde à cette heure, l’espace est essentiellement occupé par les oiseaux qui s’en donnent à corps joie pour saluer le lever du jour et affirmer, entre cris rauques et vocalises virtuoses, leur territoire urbain. Des grands platanes abritent d’innombrables corbeaux, qui nous saluent en croassant avec énergie. Les arrières du campus de l’école d’architecture et de l’ENTPE sont en fait d’agréables espaces, protégés des grands axes, très verdoyants et aérés, résultat d’une recalcification assez radicale du quartier.
Nous arrivons progressivement sur de grands axes routiers. Le niveau sonore s’amplifie graduellement mais sûrement. La voiture (re)devient omniprésente, écrasant le paysage sonore de ses flux parfois hégémoniques. Le contraste entre les allées et parcs que nous avons parcouru en début de promenade et ces artères tracées au cordeau est saisissant, tant visuellement qu’acoustiquement. Zones calmes où il fait bon flâner derrière, zones assez saturées et agressives devant, à l’oreille j’entends. Le point commun est la rareté du piéton, de l’humain, entre heure indue et temps maussade, plus le fait que nous soyons en période  de vacances scolaires, ce qui diminue fortement les flux d’écoliers, de lycéens et d’étudiants dans le centre ville.
Les lumières sont magnifiques, ciel plombé de noir, troué de gris, de rose, d’orangé, de bleu, hésitant à s’obscurcir ou à s’éclairer, jouant de belles et instables variations colorées.
Au terme d’une boucle autour du campus universitaire et de la rue centrale, l’espace se réveille progressivement. Une manifestation sportive, autour du basket a priori, se met en place. Des voix, de l’activité humaine qui nous ont un brin manqué durant votre périple, s’installent en douceur dans l’espace public, révélant à un moment un magnifique et fugace écho.
Aucun PAS, aucun duo ne ressemble à l’autre, tant les lieux, les sons, les couleurs, les espaces, les odeurs, et les dialoguent qui s’installent entre les deux protagonistes écoutants marcheurs raconteurs sont à chaque fois très différents.
Ce sont toujours des tranches de ville, tranche de vie que j’apprécie tout particulièrement. Prendre le temps de marcher en discutant, et vis et versa, c’est s’offrir le luxe d’un partage au rythme des pas, de beaucoup d’improvisations spontanées, sans hâte, plutôt avec quiétude, de belles pages relationnelles.

Pauline Sémon : http://www.p-sem.com/

En écoute

 

 

DÉTAIL D’UN PARCOURS AUDIO SENSIBLE

L’OREILLE AU PIED DU MUR,  TOUT EN DOUCEUR!

Parce, à un endroit d’une balade sensible,  nous nous trouvons face à de très belles parois, anfractuosités d’ombres et de lumières, veinées d’une riche  palette de gris et d’ocres… Parce quelles nous invitent à nous y arrêter, à les regarder de près, de très près, à les caresser, fraiches, douces, glissantes sous les doigts… Pare qu’on est invité à les respirer à plein nez, à sentir leurs odeurs de roches mouillées, d’humus, entre senteurs organiques et minéralités olfactives.

Et parce qu’enfin, elles ruissellent délicatement. Nuée de gouttelettes plic-plocantes, tintinabulantes, symphonie cristalline, délicate, en micro pointillés, l’oreille tout près des sources, tout près  du bonheur absolu !

 

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Crédit Photo  Jeanne Schmidt

Ballades dans le Vallon Le livret/guide

Journées des alternatives urbaines, Lausanne 2015

MUSICA KLANKENBOS BALADE SONORE ET PARCOURS D’ÉCOUTE

Musica klankenbos, chemin d’écoute

Une promenade alternative

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Il s’agit ici d’une proposition d’un chemin d’écoute, promenade sonore à « oreilles nues » comme une balade alternative venant compléter le parcours d’installations sonores. Nous n’écouterons pas ici les œuvres sonores, ou en tous cas pas en priorité, mais plutôt leur environnement sonore, les passages, allées, les abords… Il s’agit de promener ses oreilles dans le paysage sonore tel qu’il est, sans rien n’y ajouter que notre propre écoute.Cheminer dans différentes ambiances sonores, repérer les sources, trouver des postures d’écoutes dans le parc et dans quelques lieux à proximité du Klankenbos constitue un jeu que tout promeneur peu effectuer, en suivant un itinéraire, ou bien au hasard de ses pas.Les Objectifs pédagogiques d’une promenades sonores sont divers, le principal étant de comprendre comment fonctionne un paysage sonore et pour cela :Écouter les différentes catégories de sources (musicale, animales, humaines, naturelles, mécaniques, médiatiques)– Appréhender les effets acoustiques liés à l’environnement, à la topographie, à l’architecture (réverbérations, filtres, coupures, masque, amortissement…)– Écouter les différents plans sonores, du plus proche la rumeur la plus lointaine…– Aiguiser son écoute au sons naturels.– Apprendre à analyser, à juger, à comparer des paysages sonores, dans un soucis de préservation d’une qualité d’écoute relative à l’écologie sonore.

Publication

POINTS D’OUÏE EN QUÊTE DE LIEUX À INAUGURER

INAUGURATIONS DE POINTS D’OUÏE, RECHERCHE LIEUX ET PARTENAIRES

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De quoi s’agit-il ?
Un promeneur écoutant, artiste militant pour l’écologie sonore et une belle écoute, investit les lieux (ville, quartier, parc, village, site touristique…), il les arpente oreilles grandes ouvertes.
Il en repère les espaces qui sonnent joliment.
Il les enregistre.
Il en crée une carte postale sonore in situ.
Il écrit, décrit ses expériences acoustiques.
Il conçoit une promenade écoute, un PAS – Parcours Audio Sensible.
Il invite habitants, élus, curieux à une écoute déambulatoire collective, paysages sonores partagés de concert.
Au terme de celle-ci, nous procédons à une inauguration officielle d’un site choisi – Discours, minutes d’écoute et cérémonie auriculaire, en présence d’élus et du public.

Possibilité d’ateliers enfants, scolaires, étudiants, tout public au préalable, sur la thématique du paysage sonore.

Le site et toutes les traces multimédia sont enregistrés dans un répertoire en ligne (cartographie et blog).

Ces points d’ouïe inaugurés cherchent d’autres lieux, si l’oreille vous en dit : desartsonnants@gmail.com

DRÉE :
https://desartsonnantsbis.com/2015/07/19/point-douie-dree-en-ecoute/

MARSEILLE :
https://desartsonnantsbis.com/2015/11/18/inauguration-dun-nouveau-points-douie-a-marseille/

Maps/Cartographie : https://www.google.com/maps/d/viewer?hl=fr&authuser=0&mid=zmz5C2T1i7vc.kxZREXCV22oY

 

À venir sur 2016
Montbard (21) (World Listening Day) – 18 Juillet 2016

Pieuré de Vausse (21) (World Listening Day) – 18 Juillet 2016

Mons (BE) – City Sonic – Septembre 2016

 

@ Desartsonnants « Inaugurations de points d’ouïe » – @ Desartsonnants « Inaugurations sweet spots »

LA PLASTICITÉ SONORE DE LA VILLE À L’ÉPREUVE DE LA MARCHE

PAS À PAS,  L’ÉCOUTE COMPOSÉE

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PLASTICITÉ
La ville possède intrinsèquement une plasticité sonore
des reliefs
des dynamiques
des creux
des excès
des fondus
des amortissements
des disparitions
des couleurs
des atténuations
des premiers
seconds
arrière-plans

Symbiose – Le son façonne la ville comme la ville façonne le son

 

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RYTHMICITÉ
La marche comme une répétition hypnotique du paysage urbain
un état de conscience entre stimulation et rêverie.
Le corps arpente
prend la mesure
oreille aiguisée
mais aussi la vue
l’odorat,
le toucher
la marche comme une stimulation trans-sensorielle
le pas qui marque le tempo
transitions en tranches de villes
le détail qui s’épaissit
le détail qui construit un sens
pas sens unique
plutôt plusieurs
entremêlés
à choisir
à s’y perdre
directions indécises
Faisceau
rai de lumière
chuintement végétal
odeur d’humus
la marche en tous les sens
urbanique rythmicité
de micro scènes en micro scènes
jusqu’au paysage
peut-être.

 

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PROMENEUR COMPOSITEUR
Faire son chemin
chemin faisant
écrire
en marchant
faire de la ville un clavier
un instrument à vent
des cordes tendues
une percussion composite
une série de caprices
à l’improviste
droit devant
un pas de côté
une oreille en coin
zigzaguant
sautillant
flânant
explorant
errant
selon un itinéraire
en chemin de traverse
suivre les traces du son
les construire
les assembler
le cours d’un fleuve
parcs traversés
marchés vivants
des impromptus
des fils d’écoute
interactions corps sons
interactions sons corps
aller vers
laisser venir
rajouter si besoin
la ville s’entend
ville danse
ville marche – ville musique
silence parfois
ou presque
ruptures et glissements
performance en mode doux
souterrain résonance
succession d’ambiances
traversées à dessein
ou traversées par hasard
rencontres
des hommes
des sons
une ville
des villes
encore
en corps
des villes
plastiques

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PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLES À MONS

MONS EN ÉCOUTE

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Vendredi 26 février, temps gris et frisquet, Parcours Audio Sensible effectué dans le cadre d’une intervention avec l’école Supérieure d’Arts ARTS2 de Mons,et suite à une conférence au sein de la Faculté d’architecture et d’Urbanisme, invité par Transcultures dans le cadre d’un programme universitaire « Bouquets de sons ».
Cette balade fait suite à de nombreuses déambulations effectuées ces dernières années dans cette même ville, notamment dans le cadre du festival international d’arts sonores City Sonic.
Au fil des explorations pédestres, des choses s’affirment concernant le paysage sonore.
La cité montoise, de par sa typologie, ses reliefs, la diversité de ses bâtis, ses passages, cours intérieurs, escaliers, parcs… est un terrain de choix pour y promener ses oreilles.
Espaces intimes, panoramiques, grandes places et ouvertures de belles perspectives donnent à l’écoute un panel de points d’ouïes, de champs et de hors champs, de couleurs sonores qui maintiennent l’attention et aiguisent les sens.
Quelques signatures acoustiques se font entendre.
La grande majorité des rues sont pavées. Un pavage généralement assez ancien et parfois très irrégulier, bosselé par l’usure du temps et les véhicules qui le maltraitent. La ville gronde souvent par ses bruits de roulements aux fréquences très graves. Si l’on se tient sur le parvis de la Collégiale Sainte Waudru, surplombant une rue en contrebas, « l’effet pavés » est assez saisissant.
D’ailleurs cette imposante collégiale possède une acoustique remarquable, sereine, à ne pas rater pourrait-on dire.
Autre bijou sonore, le carillon du beffroi surmontant la ville au sommet de sa colline. Après presque vingt ans de silence dus à d’interminables et lourds travaux de restauration et de consolidation, ce phare visuel de la ville retrouve de la voix. Il devient de ce fait également un fort beau phare acoustique, égrenant de de douces mélodies ciselées dans l’airain, marquant délicatement les repères temporels de la ville. Il est intéressant de noter que, au détour d’une rue, au fond d’une cour intérieure ou sur la grand place, les tintements campanaires se colorent fort différemment, donnant parfois l’impression que différents carillons jalonnent Mons.
Je ne peux résister à citer Victor Hugo qui, visitant Mons, « écrit ceci dans une lettre à Adèle :
« De temps en temps un carillon ravissant s’éveillait dans la grande tour (la tour des théières) ; ce carillon me faisait l’effet de chanter à cette ville de magots flamands je ne sais quelle chanson chinoise ; puis il se taisait, et l’heure sonnait gravement. Alors, quand les dernières vibrations de l’heure avaient cessé, dans le silence qui revenait à peine, un bruit étrangement doux et mélancolique tombait du haut de la grande tour, c’était le son aérien et affaibli d’une trompe, deux soupirs seulement. Puis le repos de la ville recommençait pour une heure. Cette trompe, c’était la voix du guetteur de nuit. Moi, j’étais là, seul éveillé avec cet homme, ma fenêtre ouverte devant moi, avec tout ce spectacle, c’est-à-dire, tout ce rêve dans les oreilles et dans les yeux. J’ai bien fait de ne pas dormir cette nuit-là, n’est-ce pas ? Jamais le sommeil ne m’aurait donné un songe plus à ma fantaisie. »
Le parc qui entour le beffroi offre sur la ville une splendide vue panoramique à quasiment 360°, et un promontoire, belvédère d’écoute en rapport au champ visuel. On perçoit la ville dans sa rumeur, avec ses innombrables sirènes de polices à l’américaine comme des émergentes assez saillantes. Le vent étant souvent de la partie sur ce point très exposé brouille parfois l’écoute de ses mugissement assez virulents.
Sur la grand place en contre-bas, centre névralgique et historique, où alterne une architecture flamande assez imposante et des reconstruction contemporaine « dans le style de « somme toute très réussie, l’acoustique est également remarquable. Cet immense espace pavé, hyper minéral, très peu circulé, offre à l’oreille de splendides réverbérations, écrins à toutes les sonorités de voix, de talons qui animent la place. De beaux et larges bancs m’offrent régulièrement de splendides points d’ouïe contemplatifs. En été une fontaine que je trouve un brin trop envahissante, bavarde, à tendance à masquer, à gommer un peu trop les finesses auriculaires, de la place, au moins à l’une de ses extrémités. En hiver, cette fontaine hors service laisse toute la place aux bruissements ambiants.
Cette endroit possède également une rythmicité très marquée. Le matin, plus ou moins tôt selon les saisons, elle s’éveille doucement, au sons des terrasses qui s’installent, «été comme hiver, sur quasiment tout le pourtour de la place. Le rythme des chaises et tables raclant ou martelant les pavés s’accélère progressivement dans un crescendo allant de paire avec les voix des passants partant travailler ou se rendant à la gare en contrebas. Autre signal qui s’est fortement accru ces dernières années, le sons des valises à roulettes qui tissent de longues traces sonores, plus ou moins rythmiques, et amplifiées par les pavés et la réverbération ambiante.

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La cité est par ailleurs ponctuée de jolis petits ou grands parcs, tel les jardins du Mayeur ou le parc du Vaulxhall en contrebas, qui préservent de beaux oasis de quiétude por le promeneur urbain
La nuit tombée, les tables et chaises se replient contre les devanture, effet decrescendo, les passant, en ce mois de février se font de plus en plus rares, tout s’apaise, le carillon prend un peu plus de présence, sans toutefois trop violenté l’espace.
Un passage commercial couvert au centre ville propose de belles sonorités, notamment la porte d’une grande et belle libraire qui carillonne joliment de la même façon depuis des années, repère sonore presque rassurant dans son immuabilité.
Bien sûr, Mons n’échappe pas à quelques horreurs acoustiques. Une muzzac très envahissante dans la rue piétonne principale et un « ring », ceinture périphérique hyper circulante en fond partie.
Certaines zones se sont, ou plutôt ont été fortement apaisées. Ainsi, la place du marché aux herbes avec ses bars très étudiants, qui les fins de semaines se transformaient en discothèques à ciel ouvert, des sound systems rivalisant de watts, et les pavés de la place recouvert d’un tapis crissants sous les pas de verre en plastique à été très « nettoyées », au point de paraître aujourd’hui presque une belle endormie
Néanmoins, et je pense que vous l’aurez compris, la cité demeure pour moi une belle scène d’écoute qui se révèle de plus en plus finement au fil de mes venues.

Album photos du PAS montois – Cliquez ici

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 Liens

Transcultures

ARTS2

Mons

 Faculté d’architecture et d’Urbanisme

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLES UNE EXPÉRIENCE DE LA RÉSISTANCE

Marcher, écouter, résister

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Ralentir le pas,
prendre le temps de l’écoute,
du paysage ici et là,
de soi, de lui, de l’autre
instants slow life,
oasis de calme,
résister au speed,
ne pas céder au zapping,
temps d’immersion,
décroissance en mode doux,
écologie sonore,
pour mieux s’entendre,
défense d’une belle écoute,
urbi et orbi,
résister au repli sur soi,
écoutez la différence,
savoir s’étonner,
savoir étonner,
rechercher l’altérité,
ne pas (trop) s’isoler sous casque,
cultiver un art relationnel…
Écouter, c’est résister !

 

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TRACES D’ÉCOUTE ET ÉCOUTES TRACÉES

PAYSAGES SONORES, HISTOIRES DE TRACES, TRACES D’HISTOIRES

 

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Crédit photo – Yuko Katori – CRANE Lab

 

Appréhender un paysage, quel qu’il soit, c’est prendre très vite conscience de l’importance de la trace, de des traces, au sens large du terme. Ces traces plurielles, matérielles ou immatérielles, empreintes, marques ou marqueurs physiques, qui constituent souvent l’essence première de ce qui subsistera en mémoire, sont intrinsèquement liées au paysage, d’autant plus si celui-ci est abordé dans sa composante sonore.
La trace, ou l’ensemble de traces, sont ici comme un corpus documentant et précisant des actions aussi simples que le fait de marcher, d’arpenter, pour ressentir le paysage, notre paysage en l’occurrence. On peut en effet penser que la compréhension, même parcellaire, d’un paysage, se fait pour beaucoup dans une approche perceptive, sensorielle, sensible, propre à chacun, et que l’analyse, la formulation, la théorisation ne viendront qu’après le rencontre physique avec le terrain. Tout au moins peut-on espérer qu’il en soit ainsi.
Promeneur écoutant, je sors mes oreilles prêtes à cueillir, accueillir des sons, des ambiances, des sensations, et prêtes également à les emmagasiner dans un coin de mon esprit, de façon plus ou moins prégnante, ou volatile, selon ce qui sera advenu lors de mon parcours exploratoire.
La trace sera donc ici mémorielle, infiniment personnelle, peut-être totalement et volontairement tue, cachée aux autres, si je ne la relate pas à autrui, oralement, scripturalement. Cependant, si je décide de partager, de vive voix , par des mots, des signes, des écrits, des décrits, des graphismes ou autres signes, de transmettre des expériences vécues sur le terrain d’écoute, je donnerai à la trace mémorielle. j’assoirai une existence tangible, qui pourra se diffuser, s’incarner, prendre corps en donnant plus de consistance, de matérialité, à l’abstraction d’un paysage sonore aussi volatile qu’intangible. Rémanences…
Coucher des mots décrivant des ambiances, des couleurs sonores, des ressentis, même les plus intimes donc les plus subjectifs sera pour moi une autre façon de donner vie à des paysages sonores, et je l’espère de donner envie à d’autres de les visiter, à leurs façons, tout en prêtant une oreille plus respectueuse à l’entour.
Pour d’autres, la trace, le rendu passeront par le graphisme, le dessin, l’image. Créer une image, voire une imagerie sonore, peut s’avérer un projet passionnant, qui favorisera, avec ou par la trace, une approche transmédiale, à la limite de la synesthésie peut-être. Je n’aime pas, pour ma part, trop cloisonner et séparer les médium, hiérarchiser les sens, disant qu’un tel est asservi par un autre, ou sous-exploité, et que tel autre est dominateur, hégémonique… C’est un discours que j’ai certes tenu, voire défendu, à une époque, et dont je me méfie beaucoup aujourd’hui, de par son côté radical et dichotomique. Je préfère maintenant convoquer une forme de trace plutôt œcuménique, dans l’esprit, où le dialogue inter-sensoriel s’appuie d’avantage sur une entente, une synergie, que sur une confrontation.
Pour en revenir aux formes traçables, traçantes, l’enregistrement audio est bien évidemment un outil qui semble incontournable, même si je n’ai pas commencé par citer ce dernier. Il faut savoir qu’au au fil des ans, je suis  devenu quelque peu méfiant et parfois réticent à construire l’essentiel, l’essence d’un paysage sonore, autour du seul, ou principal média qu’est le son. Paradoxe? J’ai en effet été très souvent déçu de ses limites, en tous cas de celles de l’enregistrement, à retranscrire les singularités, les finesses, les changements, les espaces, les beautés, et tout ce que j’avais perçu à l’oreille. Tout d’abord, l’état d’esprit du moment, la disposition, l’humeur pourrait on dire, sont autant de facteurs colorant la perception, influant sur notre ressenti, nos sentiments, in situ, dans l’instant, et restent globalement étrangers à ce que capte, assez froidement, le magnétophone. Mais justement, ne cherche t-on pas une forme de neutralité objective ? Parfois, la réécoute s’avère en différé très décevante. On pensait avoir ramené une petite perle sonore, un moment de ravissement, et on ne retrouve pas du tout la magie du moment. On pensait retrouver des sensations fortes, et on ne les entends plus.
Sans compter les limites intrinsèques de la technique qui, même avec le meilleur matériel, l’usage de techniques binaurales, multicanales, et le savoir-faire du preneur de son, n’arrivent pas encore à retranscrire la fine complexité de l’environnement sonore à portée d’oreilles. Je me montre sans doute un peu trop méchant avec la trace phonographique, car pour autant, le magnétophone reste pour moi un outil incontournable pour collectionner et conserver, archiver, voix, cloches, fontaines et autres sources et ambiances multiples.
Les traces enregistrées peuvent être des constituantes de formes d’échantillonnages, de catalogages, de collections indexées et documentées, d’observatoires, d’inventaires, de données propres à définir des typologies singulières de paysages sonores, selon les travaux d’Aciréne**. Vaste sujet qui devrait faire l’objet d’un article spécifique.
Voir également le formidable projet cartographique Aporee***.
D’autre part, et dans une posture bien différente de l’approche raisonnée et quasi protocolaire précédemment abordée, qui viserait à analyser des formes types de paysages sonores, on peut envisager l’approche d’un paysage qui serait plus proche de « l’idée qu’on en a », de l’impression que l’on a conservé dans un coin de sa tête. Il s’agirait sans doute de penser et retranscrire ce que l’on aimerait entendre, ce que le paysage auriculaire nous inspire, plutôt que de chercher une véracité – mais laquelle et pour qui ? – position qui reste une expérience exaltante, à défaut d’être objective. L’artiste s’offre ainsi le ainsi droit de partager des choses qu’il a revisité, transformé par son écoute, ses gestes, ses postures, ses a priori, ses doutes, ses propositions… Et il en assume le fait en toute subjectivité, tout au moins en ce qui concerne l’auteur de cet article ! Emboîter son pas, suivre ses traces, ce n’est pas assurément rechercher une vérité stricte, encore moins une certitude absolue, mais explorer les traces de multiples paysages gigognes possibles, à défaut d’être tout à fait  prévisibles. Hétérotopies, uchronie ? Le paysage sonore étant ce qu’il est, toujours en recomposition, son après son, couche après couche, il convient de se garder, même dans la trace a priori figée, ou fixée, pour reprendre une expression de Michel Chion*, une marge d’incertitude. Nul chemin d’écoute, nul paysage, même jalonné, reconstruit et mémorisé par de multiples traces, n’est jamais tracé de manière définitive. Chacun promeneur écoutant défriche, ou déchiffre, réécrit, et raconte  sa propre histoire, au gré parfois de sinueux chemins de traverse. Chaque parcours se fera singulier, selon les visiteurs auditeurs qui s’y engouffreront, oreilles ouvertes à l’aventure sonique. La trace participe activement à l’écriture sonore, notamment à l’écriture de paysages sonores. Jeux de l’ouïe pour ne pas tout à fait perdre la trace – Signes de piste et jeux de traces pour ne pas tout à fait perdre l’écoute, ou l’entendement.

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Crédit photo – Yuko Katori – CRANE Lab

 

* L’art des sons fixés – Michel Chion – Metamkine/Nota Bene/Sono-Concept, 104 p.

** Aciréne – http://www.acirene.com/recherche.html#ancretitre2

** Aporee – http://aporee.org/maps/

#desartsonnants

POINTS D’OUÏE ET NOTES D’INTENTIONS EN MARCHE

LES INTENTIONS EN MARCHE

Intentions d’un promeneur écoutant
L’intention est de visiter une œuvre d’art à l’échelle du paysage, de la ville, marquée par l’interaction de notre écoute, notre regard, nos pas.
L’intention est de proposer une action-performance marchée et écoutée, tout en douceur.
L’intention est de porter une oreille curieuse et impliquée, soucieuse de bien, ou de mieux s’entendre avec, de défendre un art de l’écoute partagée.
L’intention est de ralentir, de prendre le temps, d’adopter le rythme d’une marche apaisée, voire contemplative, le plus que possible éloignée de toute violence, qu’elle qu’elle soit.
L’intention est d’aller à la rencontre de lieux et des personnes, et surtout d’échanger de concert.
L’intention est de repenser le paysage visuel, sonore, multisensoriel, comme un ressourcement esthétique et spirituel généreux.
L’intention est de reconsidérer des espaces de biens communs fragiles, des cadres naturels ou architecturaux sans cesse renouvelés, bouleversés et remis en question, y compris par les sons.

GÉOGRAPHIE AURICULAIRE – QUIET SOUNDSCAPE

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Géographie auriculaire et récits de calmes paysages

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Marcher n’est pas une finalité en soit, ni même écouter, serait-ce en marchant.
Un marcheur écoutant sachant marcher et écouter marche t-il toujours en écoutant, ou bien écoute t-il toujours en, marchant ? Question métaphysique, rien n’est moins sûr.
Les soundwalks, ou balades sonore ou PAS – Parcours Audio Sensibles, dans la terminologie desartsonnantes, seraient-elles propices à créer et à entretenir le récit, un récit, des récits, ceux d’univers sonores aussi multiples qu’il existe de lieux, de situations, et sans doute de paires d’oreilles ?
Le récit fait-il vraiment état de l’audible, au même titre que l’audible s’écrirait dans un récit ?
Récits de ville, expériences de terrain, parcours partagés, tranches de ville et de vie, choses entendues, sous-entendues et imaginées, quelque soit le sens, les sens, l’essence de la marche, la chose entendue et racontée me semble  primordiale, même dans son intrinsèque fugacité sonifère.
Avec ou sans parole, la transmission, le partage d’une exploration sensible, paraissent mettre au diapason de l’écoute différentes sensibilités, en même temps qu’ils font émerger des degrés d’analyses plus ou moins consciente, des situations d’immersion existantes, des plongées urbaines, ou non, concertantes et concertées, des menus ou de grands plaisirs, a priori à portée d’oreilles.
Mais à quelles, ou de quelles oreilles parle t-on ? Oreille interne, externe, impliquée, appliquée, novice, habituée, experte… ?
Pour en revenir à a marche versus écoute, elle nous construit en même temps qu’elle participe à construire nos propres environnements, y compris sonores.
La marche, ici envisagée comme une soundwalk, nous stimule dans l’approche d’une géographie auriculaire – auriculaire donc très singulière.
Nous avons affaire à la singularité de l’inouï, de l’in ouïe, du décalage induit par la mise en avant du sonore, qui prend ici la pas sur d’autres modes de perceptions, tout en ne les effaçant pas.
La marche, et en particulier la balade sonore, nous questionnent et peuvent nous aider à :
créer des chemins d’écoute, les nôtres propres, ou ceux qui seront arpentés, voire conçus collectivement
en dresser les profils, les reliefs, les détours, les embûches, les spécificités, les attraits
entrevoir et concevoir des espaces comme de véritables  territoires inouïs, avec leurs espaces spécifiques, leurs volumes, plans, fonctions, usages
Imaginer et fabriquer des représentations, des images, des partitions, des collections, des inventaires, des cartes
trouver des points de repères auditifs structurant de façon spatio-temporelle l’espace, ou s’y perdre, à l’envi
aller de points d’ouïe en points d’ouïe, cheminer, s’inventer des sortes de pèlerinages sonores, se fixer des marqueurs auriculaires nous ancrant dans les paysages familiers ou exotiques, endogènes, ou exogènes
guider, flâner, parcourir, arpenter, se laisser conduire ou bien errer, tout simplement, si tant est que l’errance soit vraiment chose simple
baliser son chemin, le faire itinéraire, parcours repéré, tout en restant ouvert à l’imprévu, aux chemins de traverse, à l’improviste et à une forme d’improvisation en marche
chercher à bien, ou à mieux s’entendre, ou non, avec des lieux, sa ville, son quartier, les écoutants potentiels avec lesquels nous pourrions partager nos écoutes…

Ces propositions s’appuient en fait très largement sur les expériences in situ, à un moment donné, sur des récits personnels, des géographies sensibles, n’étant peut-être qu’hypothèses, tentatives d’échappées, ou rêveries. Sans doute n’influeront-elles que le marcheur qui veut bien y prêter l’oreille.

Ce sont là  des axes de recherches et de réflexion  bâtis sur de l’immatériel, des objets d’écoute et ambiances  intangibles, éphémères, laissant ainsi, fort heureusement, prise à un imaginaire latent. Cet imaginaire pourrait d’ailleurs bien vite brouiller les cartes, dans toutes la polysémie du terme, et ainsi détourner, mettre en difficulté toute orientation, même des écoutants les plus avertis et aguerris.

Géographiquement parlant.
C’est une géographie bâtie sur la fragilité, la versatilité et les caprices du récit, et donc aussi sur les lacunes du récitant, de sa partialité, de sa mémoire subjective, versatile et fragile.
C’est une géographie du sensible qui sera donc décryptée très personnellement, selon les personnes qui voudront bien prendre pied sur les territoires qu’elle tend à dessiner, et en fonction de ce qui s’y passera.
C’est une géographie de l’instant, du moment, susceptible d’être remise en cause par le chamboulement urbanistique d’une métropole, un orage subit, le passage d’un troupeau ensonnaillé, l’envol d’un oiseau, et bien d’autres micro ou macro événements, à court ou à long terme…
C’est une géographie qui trace des contours incertains autant que mouvants, des espaces poreux, des transversalité, des interstices capricieux, des trompe-l’oreille pouvant égarer, souvent avec bonheur, le promeneur écoutant.
C’est une géographie qui n’est pas pressée de se construire, déployant ses cartes au pas à pas, dans le sens de la marche, ou à contre sens, y compris lorsque la déambulation tend à devenir erratique.

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Bref les paysages sonores, dans leurs dimensions spatio-temporelles, qui alimenteront les récits, ce derniers pouvant, par réciprocité, créer les paysages, n’auront de véritables existences qui si nous les entendons, voire les écoutons, et plus encore, les pratiquons. Pratique d’arpentage parfois obstinée qui peut aller jusqu’à une forme d’usure, une érosion du terrain comme de sa représentation, qui mettrait à nu de nouvelles strates soniques.
Il en ira de même pour une géographie sonore, tissée de récits, et/ou tissant des récits, qui n’existera que si des écoutants veulent bien s’engager dans des terrains semés et tissés de sonorités, parfois clairsemées, parfois touffues, où il s’agira de se frayer un chemin d’écoute à travers sons, voire de le débroussailler. Du magma sonore initial à l’apprivoisement de particules auriculaires, vers l’invention du quiet soundscape.

Il convient en tous cas de se garder une marge de manœuvre qui préservera des espaces acoustiques imaginaires, des lieux où l’oreille puisse encore rêver, s’évader, détourner et tordre les paysages quotidiens, pour ré-émerveiller la cité, la forêt, le jardin… La géographie, plus qu’une matière scolaire ou scientifique, nous permettant de situer des lieux, des pays, des villes, m’a toujours fait rêver d’horizons lointains, iles de Robinson ou grand Nord de Jack London, villes du passé ou cités du futur, façon science friction… L’utopie de paysages sonores qui seraient inscrits dans une géographie à la mesure d’un promeneur écoutant, dans sa quiète et longue temporalité, qui résisterait tant que faire ce peut à la folle course/croissance/excroissance, reste un projet collectif. Un projet de terrain, de territoire, une quête d’espaces qualitatifs, auditivement vivables,  jalonnés de « Points d’ouïe », façon Desartsonnants, des sortes de bornes-repères, aussi réels et identifiés qu’immatériels et symboliques, objets d’étude comme espaces oniriques et oasis de calme. Espaces où le promeneur écoutant pourrait faire halte pour y retrouver des équilibres salutaires.

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CRÉATION RADIOPHONIQUE – « UN PROMENEUR ÉCOUTANT »

Un promeneur écoutant

 Jeudi 03 février 2016 à 23H – France-Culture – Création On Air

À la frontière entre acte po-éthique, écologique et spirituel, la marche d’écoute (soundwalk) est une pratique, un acte qui nous relie fortement au monde. Nous emboîtons le pas de Gilles Malatray (aka Desartsonnants) et partons pour quelques promenades d’écoutes buissonnières

Gilles Malatray sur un banc, à l'écoute Gilles Malatray sur un banc, à l’écoute Crédits : Zoé Tabourdiot – Radio France

**Auteur – Metteur en Son : Stéphane Marin

**Réalisation : Marie-Laure Ciboulet et Lionel Quantin

**Technique : Philippe Bredin, Benjamin Thuau

Pour profiter intégralement des espaces sonores binauraux, nous vous invitons à chausser vos casques d’écoutes.

Philippe Bredin & Gilles Malatray en tournage Philippe Bredin & Gilles Malatray en tournage Crédits : Stéphane Marin

À la frontière entre acte po-éthique, écologique et spirituel, la marche d’écoute (soundwalk) est une pratique, un acte qui nous relie fortement au monde. Partir marcher, en écoutant, simplement, dans le plus simple appareil, sans aucune médiation technologique, à oreilles « nues », constitue non seulement une relation privilégiée et im-médiate à notre environnement mais est aussi un acte citoyen fort, une manière, solitaire ou complice, d’arpenter, de faire l’expérience, finalement d’habiter et de partager un espace public transfiguré.

Emboîtons le pas de Gilles Malatray (aka Desartsonnants) à l’occasion de plusieurs promenades d’écoutes buissonnières, formelles ou moins, publiques ou non, familières ou impromptues, hors ou dans les murs, afin de restituer, à travers nos micros les chemin-ement-s de ses écoutes, afin de frotter nos oreilles à sa dé-marches singulière, pas à pas, mots à mots…

Puis recomposons, à la croisée de toutes ces pistes, des paysages sonores, précisément là où l’on entendait préalablement que des bruits… Et finalement, invitons l’auditeur à l’écoute de son propre environnement sonore à travers une écoute active et consciente.

Stéohane Marin & Gilles Malatray
Stéphane Marin & Gilles Malatray Crédits : Stéphane Marin

Textes de : Gilles Malatray et Stéphane Marin

Avec les voix de:

« Le promeneur écoutant »  : Gilles Malatray

« Elle » : Aurélie Charon

« Le Lecteur » : Gilles Bouly

Gilles Malatray au casque anti-bruit
Gilles Malatray au casque anti-bruit Crédits : Stéphane Marin

> Site de Stéphane Marin | Espaces Sonores 

> Site de Gilles Malatray | Desartsonnants

> Site Desartsonnants

Intervenants :

Bibliographie

Le promeneur écoutant
Le promeneur écoutant Plume, 1993- Michel Chion

Le paysage sonore : Le monde comme musique
Le paysage sonore : Le monde comme musique Wildproject Editions, 2010

Walkscapes Actes Sud , 2013

A l'écoute de l'environnement : répertoire des effets sonores
A l’écoute de l’environnement : répertoire des effets sonores Editions Parenthèses, 1995

 

Lien France Culture : http://www.franceculture.fr/emissions/creation-air/un-promeneur-ecoutant

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE À LYON

PAS – Parcours Audio Sensible en duo d’écoute, avec Péroline Barbet

PLACE MONCEY

Mercredi 13 janvier, Place Bahadourian, Lyon 7e, 10H du matin, temps un brin frisquet, mais très ensoleillé. Lumière hivernale superbe.

Départ. Nous somme devant le magasin Bahadourian, lieu emblématique de Lyon, une caverne d’Ali Baba, foisonnante d’épices, de fruits séchés, de boissons, de produits des quatre coins du monde, univers haut en couleurs et en odeurs, et en sons… Un endroit incontournable de ce quartier de la Guillotière, lui aussi incontournable…
Petit tour de place, encore très calme, pour notre plaisir.
Des voix d’enfants attirent nos pas, nous nous dirigeons vers une école toute proche. Des enfants d’une école maternelle jouent. Une véritable fourmilière. Des véhicules à deux à trois et à quatre roues, sillonnent la cour dans une frénésie toute juvénile. Nous espionnons, micro en main, de l’autre coté d’une barrière de béton, lorsqu’une surveillante nos aperçoit et nous donne l’ordre de déguerpir illico presto, d’un ton très agressif, qui ne supporte aucune contestation ni argumentation de notre part. La hantise sécuritaire semble bien installée dans l’espace public.
Nous optempérons donc. Nos pas nous conduiront au travers la ville, en direction de l’hyper-centre de la presqu’ile. Passages successifs de ponts, de grandes rues, de ruelles, plus ou moins agités, bruyants…
Des travaux, toujours, stigmates de la ville en perpétuelle reconstruction. Ceux devant lesquels nous nous trouvons sont assez gigantesques, reconversion de l’ancien hôpital de l’Hôtel-Dieu en un centre hype, tourisme de luxe largement affiché… A chaque passage devant ce lieu, je regrette la magie des anciens espaces, surtout de nuit, dans un dédale de couloirs, passages voûtés, cours intérieures, aux mille sonorités et lumières feutrées… Nostalgie.
En chemin, une autre école. Autre récréation fébrile, autre ambiance, une cour très resserrée sur une rue elle aussi très resserrée, sorte de cage très sonore, pas très accueillante, et pourtant, les enfants s’en donnent à cœur joie et à plein poumon dans leurs jeux. Decrescendo, fin de récré, tout redevient calme, la rue s’apaise, voire s’assoupit, car les cris d’enfants sont plutôt agréablement toniques.
Midi approche. Des restaurants, des sons, odeurs, cartes des menus qui font rêver nos papilles… Lyon, et ses promeneurs, toujours gourmands…
Niveau moins 7 du parking des Célestins. Un passage devenu quasiment habituel dans les déambulations urbaines. Pénombre, résonances, réverbérations, basses grondantes des moteurs amplifiés dans le bas de leur spectre acoustique, crissements de pneus, cliquetis de la sculpture-installation de Buren, lumière réverbérée par le kaléidoscope géant de cet artiste… Nous avons là un univers singulier. Il faut le voire et l’écouter en live pour en saisir cette sorte d’étrange magie qui s’en dégage.
Retour vers la Guillotière, quartier Saxe Gambetta. Le charme de l’endroit, espace de brassage en pleine rénovation, certainement pour le meilleur et pour le pire. Gentrification oblige. Une place triangulaire étrange, ni sauvage ni vraiment aménagée, faux rond point autour duquel tournent des véhicules assez agressifs. Un lieu somme toute inhospitalier, et pourtant dont l’étrangeté nous questionne. Des franges de villes, des implantations florales urbaines, des graphes, des groupes qui devisent, profitant du soleil, des espaces à marcher, à écouter, à voir, comme une collection d’ambiances propre à une ville qui se livre, sans pour autant se dévoiler vraiment. Il faut gratter, ausculter, prendre le temps, arpenter, persévérer, user… Mais à chaque nouveaux PAS, j’ai l’impression de sentir, de ressentir la ville, de m’y ancrer un peu plus profondément, tout en gardant intact l’envie de parcourir d’autres métropoles, villages, d’autres forêts, d’autres paysages… Envie d’y trouver tout à la fois le commun et le singulier, ce qui peut en même temps m’étonner, m’ébahir, et me rassurer.

En écoute ICI

PAS – Parcours Audio Sensible autour de l’écologie sonore

PAS - Croix-Rousse - Nomade Land deqartsonnants

 

ET AVEC TA VILLE, COMMENT TU T’ENTENDS ?

 

Samedi 16 janvier, 14H, place Bellevue à Lyon 1er

C’est une nouvelle balade sonore, ou PAS – Parcours Audio Sensible, un samedi de janvier, assez frisquet, que je commente ici, et qui a démarré  place Bellevue, la bien nommée, sur les hauteurs de Lyon Croix-Rousse, pour s’achever un peu plus bas, place des Terreaux.
Cette fois-ci, nous avions une thématique : parler de l’écologie sonore, tout en marchant (Sound ecology and sound walking).
Nous sommes une vingtaine de courageux promeneurs écoutants à avoir bravé les frimas hivernaux, pour nous frotter les oreilles rafraîchies au terrain.
Nous sommes des promeneurs urbanistes, architectes, designers, illustrateurs, et autres écoutants curieux de la ville…
Il s’agit bien sûr de faire écouter une petite parcelle de Lyon, une descente de la colline de la Croix-Rousse, en traboulant*, dans un parcours ponctué d’arrêts écoute, de lectures, d’échanges, d’une installation sonore éphémère, et de jeux d’écoute appareillée en fin de parcours…
Comment sonne la ville ?
Comment l’entendons-nous?
Comment nous entendons-nous avec elle, plus ou moins bien ?
Comment y agissons-nous, plus pu moins consciemment,  en tant qu’être sonores, acteurs ou sonogènes ?
Comment des musiciens comme Murray Shafer et Max Neuhaus, ou d’autres, ont parcouru, écouté, théorisé, partagé le paysage sonore urbain ?
Comment en parler, avec tout un chacun, via l’écoute en marche ?
Quelle motivation à marcher, pour écouter ou plus, de concert ?
Des problématiques initiales, des sujets récurrents, des sujets à creuser en cours de route.
Se posent également des questionnements qui ne trouvent pas forcément des réponses satisfaisantes, mais des interrogations soulevées, mises à l’épreuve du terrain et de l’écoute.

Points d’ouïe

Ici devant un panorama, place surplombante, où la rumeur urbaine prédomine.
Là dans une cour intérieure resserrée et intime. Des sons de proximité.
Ailleurs dans un lieu entre-deux, ni fermé ni ouvert, ni intérieur ni extérieur, ni privé ni public, des sonorités diffuses mais prégnantes…
Une densification auriculaire se fait sentir au fil de la descente.

Lectures et commentaires

Des références, des textes des lectures… Murray Schafer bien sûr. Mais aussi Max Neuhaus, Luigi Russolo, Franscesco Careri, (Stalkers), qui alimentent l’action/réflexion…

Sérendipité

Comme toujours, beaucoup de surprises, beaucoup d’incontrôlé, pour mon grand plaisir, et celui je pense du groupe.
Séquences de pas et de voix dans un escalier, tensions/détentes, rythmiques impromptus, rumeur et détails.
Une église d’ordinaire très calme,sereine, ce jour là très animée par des travaux de nettoyage, aspirateurs  tonitruants et réverbérés… Surprenant décalage.
Les jardins du palais des Beaux-Arts, havre de paix, espace repos, toujours aussi magnifique en écoute, été comme hiver.
Une fanfare festive à l’arrivée, sur la place des Terreaux, qui met un joli point final au parcours.
Et moult sons  et ambiances tout aussi inattendus.

Surprise

Comme souvent, étonnement, regards circonspects, amusés, inquiets, ironiques, des passants observant curieusement, du coin de l’œil, ce groupe d’écoutants immobiles, ou à la marche lente.

Suite(s)

J’ai beau faire cette promenade assez régulièrement, à chaque fois elle se révèle si différente, si captivante au final, dans son infinie diversité au jour le jour.
Nous la referons donc, promis, sous d’autres formes, peut-être, à une autre époque, sur un autre parcours.
En tous cas, les relations humaines sont vraiment, je le constate de façon plus affirmée, au fil des balades, être au centre de ces actions d’écoute déambulatoire.
Questionnements personnels autour de l’art et de l’esthétique relationnels, qui m’interrogent beaucoup ces temps-ci.

Échanges

En fin de parcours, les discussions continuent à chaud,  au chaud, dans un bar…
Pédagogie, ressources, réseaux, projets, croisements  d’idées à l’improviste,  la balade connait de sympathiques extensions, à bâtons rompus.
Je me rends compte que les PAS-Parcours Audio Sensibles constituent pour moi, de plus en plus,  une expérimentation des territoires, en même temps qu’une expérimentation des rencontres (humaines).

*trabouler/traboules : https://fr.wikipedia.org/wiki/Traboule

Liens

Nomade Land

Voir l’album photos Croix-Rousse

POINTS D’OUÏE – OPEN LAB CAFÉ DE LYON/BRON MERMOZ

POINTS D’OUÏE – OPEN LAB CAFÉ DE LYON/BRON MERMOZ

Venez écouter votre quartier !

Samedi 30 janvier 2013 : 15:30 – 18:00
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Dans le cadre de la thématique « Matières, sons et lumières » de janvier/février à l’Open Lab Café, Gilles nous invite pour une balade sonore urbaine.

Une promenade sonore est un parcours effectué à pied, après repérage, en privilégiant l’écoute, en focalisant toute son attention sur les sons ambiants, les ambiances acoustiques des lieux visités.
Elle est est généralement rattachée à différentes approches sensibles du paysage environnant.
Une plutôt écologique, mettant en avant les caractéristiques des sites sonores parcourus, avec leurs beautés, leur fragilité, et parfois leurs dégradations dues à différentes pollutions sonores, liées notamment au développement urbain.
Une autre participant plus à une approche esthétique, inhabituelle, privilégiant le sensoriel et générant de l’émotion en nous immergeant dans la «musique des lieux».
La balade sonore est un moment de partage pour tout un chacun, guidée par un promeneur écoutant, et réservant ici et là quelques surprises. Une autre façon, décalée, poétique, de (re)découvrir la ville, son quartier.
Un moment, atelier d’échange, d’écriture, suit la promenade in situ, permettant de mettre en commun les expériences sensibles, vécues de concert lors de notre PAS – Parcours Audio Sensible.

Gilles Malatray – Desartsonnants
Artiste, formateur, promeneur écoutant

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Site Open Lab Café

POINTS D’OUÏE – NOMADE LAND + DESARTSONNANTS

FABRIQUE DE PROMENADES (SONORES) URBAINES

PROMENONS NOUS DANS LES SONS !

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NOMADE LAND, fabrique de promenades urbaines et DESARTSONNANTS, promeneur écoutant, vous proposent de marcher de concert… Écologie sonore, sons de la ville et du quartier, autour du chemin de l’école, lycées, universités, manufactures d’écoutes pour les comités d’entreprises, auscultations paysagères pour les centres hospitaliers… Et plus encore, taillé sur mesure pour vos oreilles…

Intéressés ?

C’est par ici : http://www.nomade-land.com/…/01/10/lecologie-par-les-oreil…/

Contact : NOMADE LAND

MARCHER, ÉCOUTER ?

POURQUOI PAS ?

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Marcher, y compris pour écouter, n’est pas satisfaisant en soi. L’important est de savoir, de comprendre, pourquoi et comment je marche, pourquoi et comment j’écoute, qu’est-ce que j’écoute, avec qui et pour qui…. De savoir et qui plus est, in fine, de faire savoir, non pas pour satisfaire un « moi je », mais pour partager tout à la fois les beautés et l’extrème fragilité de notre monde commun. Il me faut donc assumer une place de promeneur écoutant concerné, dans une société de plus en plus complexe et agitée. Il me faut savoir où placer le curseur entre l’écouteur contemplatif et l’acteur militant, qui engage une oreille active, politique, dans un monde plus que jamais en profonde métamorphose.

POINT D’OUÏE – UNE ESTHÉTIQUE DU PAYSAGE SONORE AU PAS À PAS

UNE ESTHÉTIQUE DU PAYSAGE SONORE CONSTRUITE AU PAS À PAS

Réflexion 1
Marcher…
Écouter…
Ressentir…
Comprendre…
Goûter…
Les pas guidés par les oreilles, les oreilles guidées par les pas, aller se frotter aux multiples sources sonores.
Aesthesis, le promeneur écoutant cherche t-il à trouver, ou à retrouver la perception, la sensation, du beau, quitte à le construire de toute pièce dans une sensibilité aiguisée à l’aune de l’écoute, voire du bon entendement.
La promenade qui s’articule autour des sonorités paysagères fait incontestablement naître des émotions.
Sons souvenirs, sons harmonieux, apaisants, évocateurs, musicaux ou musicalisés, de l’allégresse à la douce mélancolie, l’écoute en marche se teinte de ressentis, de sentiments amplifiés.
Pour autant, l’esthétique des ambiances sonores n’est pas toujours des plus sereines. Un marcheur urbain pourra se sentir agressé, stressé, angoissé, à l’écoute des flots parfois assourdissants et chaotiques du vacarme urbain.
L’esthétique du beau peut être également celle du chaos, de la laideur, de la surenchère.
Fait-il d’ailleurs rechercher à tout prix une esthétique dans le couple d’actions concomitantes marche-écoute ?
N’affaiblissons nous pas le beau, à vouloir le trouver partout ?
C’est une question qui peut tarauder un artiste marcheur, un promeneur écoutant, et sans doute bien d’autres, sans forcément trouver une réponse satisfaisante. Autant dans ce cas là, chercher à jouir de plaisirs auditifs, en construisant inlassablement une ou des esthétiques à portée d’oreille.
Platon concevait le beau non seulement comme une chose uniquement sensible, il était d’ailleurs assez hostile à la conception de l’art, mais aussi comme une idée. L’idée du beau, celle qui s’adresse à l’intelligence, à l’intelligible, et nous aide à la compréhension du monde. Le marcheur pourrait, dans les trace de Platon, comprendre un peu mieux le monde en l’écoutant plus attentivement, en s’immergeant dans les sons, en prenant toutefois garde de ne pas s’y noyer totalement, pour garder suffisamment d’entendement dans son expérience d’écouteur acteur.
Kant parlait d’esthétique transcendantale, une science de l’intuition et des concepts relatifs à l’espace et au temps, en tout cas du point de vue de la connaissance. L’esthétique peut approcher une sublimation de l’espace, y compris par le geste d’écoute. Un environnement sans réelles beautés apparentes peut, lorsque la sensibilité de l’écoutant s’y développe, amener vers une forme d’allégresse transcendantale, du plaisir.
Marcher, écouter, sortir de ses routines, emprunter des chemins de traverse, traverser une ville ou une forêt comme des espaces de transfigurations sensorielles, peut-être même comme un rite initiatique post médiéval, qui nous ferait trouver ne serait-ce qu’une infime parcelle de la beauté.
L’artiste marcheur doit sans cesse faire ses gammes pour maîtriser sa pratique, et sans doute entretenir la capacité d’improviser selon les aléas des déambulations.
Chemin faisant, la construction esthétique est, de façon quasi incontournable, tributaire des surprises rencontrées ici et là. Du fait même d’une sorte d’instabilité volatile des ambiances acoustiques, une balade sonore, ou un PAS -Parcours Audio Sensible, comme j’aime à nommer cette action, ne sera jamais écrite aussi précisément qu’un texte couché sur le papier, ou une construction architecturale.
Il faut savoir se ménager la part de l’imprévu, et l’inclure dans le processus de lecture/création.

Séquence 1


Une ville, Lyon, un quartier, Vaise, 9e arrondissement, une heure,minuit.
Marche lente, coupant de grands axes urbains, de petites rues, des zigzags en alternance. Ambiance fraîche, humide, encore poisseuse de la pluie qui vient tout juste de cesser. Vie ralentie, quasiment aucun promeneur, les voitures sont très rares. Lumières omniprésentes, la ville nocturne, ou peut-être ses résidents, semblent avoir très peur du noir. Mes pas bousculent des flaques d’eau dans de petites éclaboussures sonores. J’entends ma propre respiration, ce qui, en ville, n’est pas si fréquent. Un groupe d’adolescents, que je croise au détour d’une ruelle, secoue l’endormissement du quartier de ses rires décomplexés. Le silence, ou le presque silence, revient très vite ensuite. Impression d’un Robinson urbain, égaré dans une ville fantôme, ou tout au moins assoupie. Pas de stress, au contraire, juste un dépaysement somme toute assez serein. Sentiment de nuit ouatée, imbibée d’une humidité tenace qui amortit toute émergence saillante, mais aussi me semble t-il, toute violence. Esthétique noctambule, une sorte de rêve éveillé, entretenu par une marche un brin somnambulique. La traversée est intuitive, erratique, au gré de lumières, ou d’ombres portées. La construction du parcours se fait néanmoins sans heurts, sans hésitation, dans une recherche  esthétique  fluide, liée à la surprise du moment, ou à l’infime et bel accident de gouttes d’eau venant tambouriner un auvent de magasin. Le promeneur que je suis entre dans un état semi-contemplatif, tout en conservant une certaine maîtrise dans l’analyse du paysage traversé. Un entre-deux intello-sensoriel très agréable à vivre dans l’instant.

Réflexion 2
La quête du beau, dans l’exercice d’écoute déambulatoire, devient objet artistique, esthétique. Le geste de marcher dépasse le simple fait du déplacement physique, utilitaire. Couplé aux sens en éveil, en surexcitation parfois, conditionné par des concepts, postulats, réflexions, les PAS sont tout à la fois outils de production esthétique, et eux-même productions esthétiques à part entière. Sans esthétique, il semble que toute proposition, si affutée, travaillée et perfectionniste soit-elle, s’écroule, comme vidée de toute substance, celle qui maintient l’artiste ou le promeneur en état d’ébahissement, de sublime dépaysement.
Cette sensation du beau, de beautés, qui viennent transfigurer l’espace, se construit sur une expérience pluri-sensorielle, où la vue et l’ouïe, mêlées à une action kinesthésique, catalysent les sens du promeneur. Ce dernier devient réceptacle de sensations bienfaisantes, stimulantes, même si parfois déclenchées par des situations inconfortables, des tensions, voire des peurs ou des formes d’agressions psychiques.
La marche est érigée en une construction d’œuvre artistique immatérielle, mais produisant l’écriture de territoires sensibles bien réels, plus ou moins manipulés par l’artiste. Ce dernier, emmenant dans son sillage un groupe d’écoutants, lesquels assisteront à un spectacle de sons, mi-agencés, mi « sauvages », exposition interactive à ciel ouvert.
Une sorte de collection, catalogue de marches, pouvant d’ailleurs être prétexte à construire des traces tangibles, itinéraires, guides, carnets de notes multimédia… contribue à la construction d’une esthétique sonore paysagère singulière. Cette dernière dessine les contours de paysages sonores qui seront  incarnés au fil des marches/écoutes.
L’esthétique dépasse donc le simple ressenti, la sensation du beau, pour se concrétiser dans le geste et la trace du geste de l’artiste et des promeneurs écoutants, embarqués de concert dans des aventures soniques partagées.
Faut-il y voir une volonté d’artistes démiurges voulant à tout prix construire, imposer, un univers, même intangible et sensible, qu’ils tenteraient de dominer, de maîtriser ? Serait-ce aussi, de façon plus ou moins conscience une façon de se rassurer face à un monde qui s’emballe? Ou faut-il, plus modestement, entrevoir une tentative d’élargir notre sphère de perception vers une réenchantement nous permettant d’échapper un tant soit peu aux tragédies du monde, et aux nôtres propres ?
Toujours est-il que le geste et la plongée de l’artiste promeneur écoutant dans un univers sonore complexe, intriguant, parfois envoûtant, forge une tension esthétique sans laquelle les PAS resteraient de simples (dé)marches relativement insipides.

Séquence 2


Un petit lac  enchâssé dans un écrin de verdure, lui-même niché dans un immense parc péri-urbain. Le Grand Parc de Miribel Jonage, tout près de Lyon
Temps chaud, ensoleillé, agréable, estival.
Une marche calme, sur un petit chemin de terre ceinturant le lac.
Passages herbeux, arborés, espace champêtre, bucolique, bien que proche de la ville.
Des groupes pique-niquent ici et là, leurs voix sont réverbérées et portées au loin par la nappe d’eau immobile, miroir acoustique efficace.
Des chiens jouent, poussant de temps à autres de petits glapissements, joyeux aboiements dénués de toute colère.
Des oiseaux chantent à syrinx déployés, pointillismes secouant les branchages de piaillements impatients et d’apparences frivoles.
Nos pas froissent l’herbe, font crisser des feuilles sèches, ou du gravier, selon les textures changeantes du chemin.
Nous ne parlons pas, il nous suffit de profiter de ces douces caresses sonores, sans commentaires inutiles.
Un grondement background  lointain vient rappeler la présence de la ville voisine.
Ambiances plutôt apaisées, propres à une déambulation rêveuse, chauffée d’un soleil bienveillant.
L’eau miroitante, omniprésente au regard, discrète à l’écoute, reflète les paysages arborés, miroirs inversés d’un monde la tête en bas.
Les couleurs sont chatoyantes, changeant au gré des frémissements aquatiques, comme hypnotiques lorsque l’œil s’accroche longtemps à un point de la surface du lac.
L’oreille est attirée par des bruissements furtifs dans les herbes, d’animaux invisibles, détalant à notre approche.
Instant de calme suspendu à l’orée de la métropole grondante.
Instant de méditation nous rapprochant d’un Rousseau marcheur philosophant.
Instant où nos sens se déploient sans efforts, nous plaçant au centre d’une incroyable scène à 360°, qui nous ravit jusqu’à une forme d’extase tranquille.

POINTS D’OUÏE – L’ÉCOLOGIE SONORE À L’ÉCOUTE

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE AUTOUR DE L’ÉCOLOGIE SONORE

Desartsonnants vous propose un PAS – Parcours Audio Sensible, sous forme d’une balade in situ, présentant les concepts de l’écologie sonore, de Murray Schafer à nos jours. Au programme, déambulations ponctuées de points d’écoute, lectures, commentaires, et autres surprises auditives…

POINTS D’OUÏE, DE RUELLES EN SENTIERS…

ARPENTER LES PAYSAGES SONORES, L’IMAGE AURICULAIRE

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Diaporama Passages, ruelles et sentiers – Points d’ouïe

Points d’ouïe, parcours audio sensibles, psychogéographie, eurythmie, rythmanalyse, comment le mouvement, la marche, stimulent la pensée, l’oreille, le regard, les sens ?
Des territoires à explorer, des paysages sonores à construire, à raconter, à vivre, des ambiances immersives, qui nous plongent au cœur des lieux.
La part du rêve, du paysage transfiguré, à la frontière des utopies sensorielles…
Des modes d’écritures croisées où les sons, l’image, le texte, donnent matière à de multiples explorations physiques, mentales, intellectuelles…
La recherche d’actions et de réflexions pour construire du commun autour des lieux de vie, de passage…
Une écosophie en marche.
Une collection inépuisable de parcours sonores, lieux de découverte, de recherche et de partage.
Des écoutes singulières autant qu’universelles…

POINTS D’OUÏE PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE EN DUO D’ÉCOUTE OPUS 7

Confluence d’ écoute(s) avec Quentin Thirionet

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Comme à l’accoutumée, un PAS en duo d’écoute, offre à un promeneur volontaire, la liberté de choisir un lieu, un parcours, un moment, pour deviser en toute liberté, à micros ouverts, sur une approche instinctive, in situ, sensible, autour des paysages traversés.

On y entend, on y voit, on y ressent, on y croise, on a envie de dire, ou non, d’extrapoler, de décrire d’imaginer, de questionner… Format très libre !

Une tranche de ville, ou un site naturel, un instantané brut de montage, sans artifices d’embellissements, assumant ses dérives, longueurs, déséquilibres, bavardages, indécisions ou partis pris.

Quentin, compositeur, vidéaste, metteur en son pour le théâtre, bidouilleur de « machines sonores » et dotée d’une oreille hardie, s’est plié à l’exercice.

10H du matin, place Carnot, beau soleil, température fraîche mais sans plus. Des lumières de fin d’automne qui incitent à la promenade.

Le marché de Noël se réveille, les baraques ouvrent, on installe tranquillement bibelots et nourritures.

Un flux de passagers travailleurs descend de la gare, et traversent l’espace, l’air très affairés.

Des valises à roulettes cliquetantes, ici ou là, signature quasi emblématique d’un espace multimodale.

Des tramways « vers de terre » suivent leurs sillons ferrés, tranquillement, presque débonnaires.

Une gare et ses environs est une véritable collection de sons, d’ambiances, un catalogue offert à l’écoute et au regard.

Traversée de la gare underground, des passages souterrains sombres, humides, réverbérants, parfois presque à l’excès, des pas et des voix croisés, toujours le tram courant d’une halte à l’autre. Ce dernier nous suivra d’ailleurs jusqu’au bout, dans sa ligne trajectoire vers le tout nouveau quartier Confluence.

Sortie à l’air libre, de l’autre côté de l’échangeur multimodale, architecture monstre, coupant brusquement, sans concession, deux territoires urbains.

Places des archives, espace clair, ouvert, offert à la déambulation, ou à la pause casse-croûte ou aux discussions des étudiants de la Faculté catholique, récemment installée.

L’arrivée de cette foule d’étudiants à chambouler le quartier, lui donnant une nouvelle vie agitée de rires et de cris.

Nous  pénétrons dans l’université, micros en main.

Architecture claire, monumentale, lumineuse,de vitres et de pierres.

Un vigile nous interpèle. Nous expliquons brièvement notre projet du moment, sur le paysage urbain. Ce qui semble lui convenir, il n’en sera hélas pas toujours ainsi dans la suite de la balade.

l’intérieur de cette université flambant neuve à conservés en son sein, des murs de l’ancienne prison, joliment intégrés dans l’ensemble architectural. On se demande si, à l’intérieur, subsistent des traces gravées sur les parois, messages, barres de comptage de jours, de mois, d’années…  Sans doute que non. En tout cas, l’acoustique est fort plaisante.

Nous remontons une large avenue, espace de transition entre la gare et le quartier hi-tech des Confluences. Rythmes de tramways, toujours, portes, voix, flux, séquences, glissements urbains…

Pour échapper au flots motorisés, nous empruntons des chemins de traverse, zigzagant en direction du Rhône. Tout s’apaise subitement. Des espace en requalification, chantiers, zone en construction, semblant indécises entre le passé et le devenir.

Une magnifique séquence sonore, un train au loin, circule lentement, sur un pont métallique en sortie de gare, sons de freins aux notes pures, deux sons comme accordés à la quarte, mélodies, rythmes, musique des lieux… Puis, au détour d’un bâtiment, une gosse tondeuse autotractée déboule sans prévenir, grognements, elles disparait vite, le calme revient, résillience acoustique, des pas et des voix qui viennent rééquilibrer les espaces de proximité avec le back gord au lointain.

Nous avançons vers le nouveau quartier. Formes architecturales surprenantes, parfois un brin audacieuses, parures ajourées, multicolores, ostentatoires… Une sorte d’exercice de style architectural qui tient de la démonstration, du catalogue, le tout un brin tape-à-l’œil.

Un calme surprenant.

Peu de mouvement, peu d’activité, presque trop calme pour être urbain, ou donner l’impression rassurante d’un quartier bien vivant.

Nous débouchons sur la « darse », avancée d’eau entre deux rangées de bâtiments, canal  intérieur en forme de petit port, façon méditerranée, qui vient s’échouer en cul-de-sac, face à l’Hôtel de Région. Trois bateaux de plaisance et quelques mouettes s’y sont invitées, pour parfaire le décor.

Soudain, un important groupe de personnes déboule d’on ne sait où, du bout du quai. nous fendons ce flot humain et bavard, le traversons, à contre-sens… Quelques brassards, porte-voix… Une manifestation ? Les bribes de paroles captées dans le flux ne nous en apprendrons pas plus.

Direction le centre commercial Confluence.

Espace haut, large, vitré, et singulièrement désert en cette proximité des fêtes de Noël.

Encore un indice de la difficulté de ce quartier à trouver un rythme de croisière qui l’assimile à un site urbain véritablement actif, accaparé par ses résidents, ses visiteurs…

Musac traditionnelle. Un Renne géant, immense marionnette pantin Père Noël, à la voix grave et tonitruante, apostrophe les visiteurs, leur proposant de venir jouer à une tombola commerciale. Drôle, décalé, kitch à souhait.

A deux pas, une grande fontaine, érigée en murs d’eau ruisselante, glougloute et clapote, au son d’oiseaux exotiques. On a cru bon de rajouter des sons aquatiques amplifiés à la scénographie. Là encore, un bien étrange design sonore, lui aussi très kitch, surtout lorsque la voix du grand renne vient s’en mêler. Tout près, un immense show room d’ordinateurs ornés de pommes. Un brouhaha tamisé, une cohorte de vendeurs de rouge vêtus, des conversations très geeks, un des seuls espaces vraiment vivants de ce complexe commercial.

Et c’est là que les choses se gâtent.

Un vigile vient nous voir en nous disant qu’il est interdit d’enregistrer dans ce lieu. Je lui explique que nous n’enregistrons que des ambiances sonores, ce qui et du reste parfaitement vrai. Il téléphone son PC et finit par acquiescer et s’éloigne.

Nous continuons donc notre écoute, captation. Peu après, il revient à la charge, nous expliquant que la loi nous interdit d’enregistrer sans autorisation dans ce lieu. Deuxième tentative de négociation, Une loi ? Ah bon ! Laquelle ? Nous voila donc partis pour nous expliquer auprès du responsable du PC sécurité. Nouvelles questions, des lois encore, en fait purement inventées pour appliquer des strictes consignes de sécurité post 13 novembre. Nous abdiquons finalement, et sortons, encadrés des vigiles, du centre commercial. De toute façon, nous avons mis en boite ce qui nous paraissait intéressant. La liberté de l’espace public se restreint bel et bien pour le preneur de son, voire pour tous ses usagers. Un brin inquiétant et agaçant, cet usage répressif de l’état d’urgence, ce musèlement dés que quelque chose sort un tant soit peu de l’ordinaire ! Vive les grandes masses dociles et silencieuses, et surtout pas de vagues !

De retour à l’air libre, nous remettons le magnétophone en marche et poursuivons vers la partie du quartier qui est encore en démolition reconstruction. D’anciennes halles et quais subsistent, vestiges d’un immense marché gare, aujourd’hui presque totalement rasé. Des engins de chantier partout, ambiance mécanique et slaloms entre les barrières de chantiers et les tas de gravats. Certains, bâchés de noir, vibrent joliment dans le paysage, comme une imposante installation land art involontaire

Rues désertes, longeant des espaces dents creuses, tiers lieux lépreux, en cours de démolition, des décharges sauvages, des terrains vagues où se posent parfois les cirques de passage. Espaces également accaparés par la prostitution, petit à petit repoussée de plus en plus loin vers l’extérieur de la cité, avec toutes les zones de violences cachées et de non droit que cette politique de nettoyage des centres peut générer.

Arrivés quasiment à l’extrémité de la Confluence, face au monstre métallique, nuage improbable du musée au titre éponyme, nous remontons en longeant la voie du tramway, sorte de ligne rouge mouvante et sonore de notre périple.

Un jardin urbain, avec un petit lac, quelques glougloutais, et beaucoup d’oiseaux. Soudain, une longue sonnerie de sirène, test du premier mercredi du mois ,transperce l’espace de ses hululements stridents. Puis à nouveau, tout se calme, et tout semble encore plus calme en comparaison avec le déferlement sonore qui vient de s’éteindre.

Petit à petit, retour dans des espaces plus habités, qui se densifient progressivement à l’approche de la gare. L’église Sainte Blandine est ouverte, nous y pénétrons. Les églises sont toujours d’agréables oasis de calme, nimbées de réverbérations donnant aux presque silences des lieux, des écoutes  limpides, qui se mêlent aux projections colorées des vitraux, marbrant le sol de lumières chatoyantes.

Pour traverser la gare, toujours par le dessous, nous empruntons cette fois-ci un très long tunnel tout en courbes, où se côtoient piétons, vélos, autos et motos, planches à roulettes, dans un joyeux mais à la longue stressant capharnaüm acoustique. Les ambiances sonores sont largement amplifiées par des voûtes bétonnées. Un groupe de jeunes adolescents exercent leurs expressions vocales dans de bruyantes joutes orales, cris et chants. Ajouter à cela quelques motos bien timbrées dans les fréquences graves, l’ambiance est à la fois quelque part jouissive, et à la limite du supportable.

De nouveau à l’air libre, retour sur la place Carnot, après un périple de deux heures trente environ, comme toujours riches en événements et échanges. En attendant les prochains PAS…

 

En écoute

https://vimeo.com/user13635839https://ephemeride.bandcamp.com/

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POINTS D’OUÏE – L’ÉCOLOGIE SONORE EN MARCHE

L’ÉCOLOGIE PAR LES OREILLES !

Bellevue-2

SAMEDI 16 JANVIER
14h
Avec Desartsonnants, alias Gilles Malatray, artiste créateur sonore, promeneur écoutant.

Une petite histoire du paysage sonore. Des lectures, des pas, des écoutes, des expériences.
Le paysage urbain considéré comme une installation sonore à 360° ! Une façon de se rafraîchir l’écoute en s’immergeant dans des espaces de la vie quotidienne. La ville à fleur d’oreille.
Cette promenade urbaine propose de comprendre et d’expérimenter l’écologie sonore en marche, depuis sa création avec Murray Schafer.

« L’écologie sonore, est l’étude de la relation entre les organismes vivants et leur environnement sonore. C’est un concept formulé à l’origine par le canadien Raymond Murray Schafer dans son livre de 1977  Le Paysage sonore.  Il s’agit essentiellement d’apprendre à écouter les « paysages sonores » pour  en comprendre les fonctionnements et dysfonctionnements, mais aussi pour jouir , dans une approche sensible, artistique, créative et descriptive, de la « Musique des lieux ».


 

Tarifs: 10 et 8 euros
Inscriptionici
Le lieu de rendez-vous vous sera communiqué deux jours avant la date de la promenade.

 

Sources : http://www.nomade-land.com/

INAUGURATION D’UN NOUVEAU POINTS D’OUÏE À MARSEILLE

INAUGURATION DE NOUVEAUX POINTS D’OUÏE
Jardin du Mas Joyeux à Marseille

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Un point d’ouïe, voire deux, sont nés d’une envie commune, avec Sophie Barbaux, paysagiste, de travailler avec des enfants sur le choix de leurs emplacements, leurs fabrications, leurs mises en place, jusqu’à l’inauguration finale. La configuration du jardin du Mas Joyeux, qui a accueilli le projet, se structure en deux parties, l’une étant un lieux de vie des enfants du centre, et l’autre lieux de rencontre, de pratique et d’expérimentation autour d’un jardin partagé intergénérationel (3 maisons de retraite à proximité permettent des activités entre personnes âgées et enfants). Ce qui nous a fait envisager la nécessité de deux points d’ouïe différents, ayant du reste chacun leurs propres spécificités.

Tout d’abord le cadre.
Le Mas Joyeux est une des Maisons d’Enfants à Caractère Social (MECS). Ces lieux éducatifs sont des établissements sociaux ou médico-sociaux, spécialisés dans l’accueil temporaire de mineurs en difficulté. Ils fonctionnent en internat complet ou en foyer ouvert (les enfants sont alors scolarisés ou reçoivent une formation professionnelle à l’extérieur).
Le placement en MECS a notamment lieu dans les cas de violence familiale (physique, sexuelle ou psychologique), de difficultés psychologiques ou psychiatriques des parents, de problème d »alcoolisme, de toxicomanie, de graves conflits familiaux, de carences éducatives, de problèmes comportementaux de l’enfant, de l’isolement en France d’un enfant étranger…
C’est donc dans ce cadre, très particulier que nous avons travaillé, trois jours durant, avec Sophie Barbaux, Nicolas Bailleul, un artiste qui pratique le « design indigent », comme il se définit lui-même, et travaille notamment au Mas Joyeux. Mais nous avons bien sûr œuvré avec des animateurs, éducateurs, et les enfants.
Tout d’abord, un repérage, sans les enfants dans un premier temps. Je visite les lieux, on me les explique, je les regarde, je les écoute, je m’imprègne de cet ilot sur les hauteurs du 10e arrondissement de Marseille, au cœur du quartier village de Saint-Loup.
S’en suivront une série d’ateliers, avec différents groupes d’enfants, de 4 à 12 ans environs.
Un chantier participatif où il s’agit de construire, symboliquement comme physiquement ces deux points d’ouïe
Partir écouter à l’oreille nue. Qu’entends t-on dans les lieux? Comment s’y sent-on ? Où se situerait un Point d’ouïe idéal ?
Auscultations, longue-ouïes, de près, de loin, les arbres, les feuilles, l’eau, nos pas, nos voix… Expérimenter, chercher le calme (relatif). Discuter…
Ajouter, installer, spatialiser des sons « extérieurs ». Univers sonores décalés. Tester différentes configurations, fixes ou en mouvement. Revenir à l’état initial. Comparer.

Des questions. Pourquoi un point d’ouïe ? Pourquoi le symboliser, le matérialiser, le pérenniser ? Où ? Comment l’expliquer à ceux qui n’ont pas participer ? Pourquoi l’inaugurer ? Questions simples. Questions compliquées, car parfois abstraites pour certains.
C’est pour cela que Sophie me précise qu’il est nécessaire le faire exister matériellement, physiquement, de lui donner une existence concrète, d’en faire un « vrai » point où l’on pourra revenir, écouter, discuter, après…
Anecdote, dans le jardin du lieu de vie, le point d’ouïe idéal, celui faisant l’unanimité, y compris pour les adultes, est situé au centre du terrain de football. Difficile d’y planter notre point d’ouïe sans gêner quelque peu les pratiques sportives.
Compromis à trouver. Différents autres points sont envisagés. Après réécoute, négociations, avis partagés, un point est finalement adopté, en dehors de l’aire de jeu, se posant lcomme e plus pertinent que possible à l’oreille.
Ce point sera matérialisé par une signalétique type logo, avec un cône acoustique comme représentation de l’écoute, et les mots Points d’ouïe inscrits tout autour. Ce symbole suggére et propose l’écoute in situ, au pied du panneau. Il est pensé et réalisé par Colas, avec l’aide des enfants, jusque dans son implantation final (voir le diaporama).
Dans le jardin partagé, espace plus fermé, plus intime protégé, réservé à des ateliers, le deuxième Point d’ouïe sera plus « interactif ». Ce sera ici un véritable cône d’écoute, planté au milieu des jardinières, dans une petite clairière, espace choisi à l’abri d’une « fenêtre acoustique » laissant un peu trop, au goût de chacun, rentrer la rumeur de la circulation automobile.
Dans les deux cas, une inauguration festive sera organisée On creuse, enfonce, visse, petits discours, moments d’écoute, musique improvisée à la flute, gâteaux, bonbons et boissons… Il s’agit de faire une vraie manifestation pour marquer officiellement le moment où prendront effectivement vie ces points d’ouïe.
L’inauguration du dimanche, celle du jardin partagé, invite des personnes extérieures, sympathisants, curieux, artistes… Avec les enfants bien entendu !
Au final, de très beaux échanges, des écoutes, une expérience singulière, des moments de partage, ateliers, repas en commun, qui vont, pour moi, bien au-delà de l’écoute-même.

ÉCOUTEZ LA CARTE POSTALE SONORE

Liens

les jardins du Mas Joyeux

Sophie Barbaux

Colas Bailleul

POINT D’OUÏE – PARCOURS AUDIO SENSIBLE À LYON

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE AGERA

Balade sonore en presqu’ile lyonnaise, le 22 octobre 2015

Je vous relate ici une déambulation écoute, un PAS – Parcours Audio Sensible, jalonné de Points d’ouïe, avec une vingtaine d’étudiants de Grandes Ecoles, via l’AGERA (Sciences po Grenoble, ENTPE, ESAM et Ecole d’architecture de Lyon…), et Nomade Land. Ils sont allemands, chinois, croates, espagnols, anglais… et sont là pour découvrir Lyon autrement. Certains ont choisi l’histoire, le patrimoine, la gastronomie, le street art… Ce groupe là a chois! de d’écouter Lyon, en tous cas une partie de sa presqu’ile, centre urbain névralgique.

Le temps est très beau, les lumières d’automne magnifiques. Nous sommes partis pour environ deux heures trente de marche, entre la place Bellecour et celle des Terreaux, via moult chemins de traverses.

Ecouter, regarder, découvrir l’hyper centre de la cité lyonnaise, de façon un brin décalé, constitue donc le programme de cet après-midi.

J’ai décidé de montrer, et autant que possible de faire entendre, à la fois les aménagements et architectures emblématiques, rue de la République, espace piéton haussmanien incontournable, les grandes fontaines, le passage de l’Argue, galerie marchande couverte fin XIXè, le Palais Saint-Pierre, musée des Beaux-arts, l’Hôtel de ville, le musée de l’imprimerie et sa cour intérieure renaissance, l’église des Cordeliers… Le Lyon historique et patrimonial en quelque sorte. Mais j’ai aussi la perspective d’explorer des endroits décalés, insolites. La traversée d’un super marché par le rayon parfumerie (odeurs en sus), le hall d’entrée d’un cinéma, un manège pour enfant, un parking souterrain, des travaux… Un Lyon moins habituel, surtout si l’attention se porte (aussi) sur les sons.

Je joue sur la surprise, la diversité, parfois le jeu, la posture, l’étrangeté des situations, et surtout, les coupures et changements assez rapides qui nous permettent d’appréhender un centre ville, entre intérieurs/extérieurs, grands espaces et lieux resserrés, nobles, monumentaux, historiques ou triviaux, sombres ou lumineux, bruyants ou calmes…

Quelques moments forts.

Un panneau routier qui vibre très longtemps lorsqu’on le frôle, semblant animé d’un quasi mouvement perpétuel, rythmique, sonore, dans une sorte d’impasse visuellement très intéressante de par ses perspectives diverses.

Une belle engueulade des plus sonores sur un chantier.

Le silence et la magnifique acoustique de l’église des Cordeliers.

Le calme et la sérénité architecturale de la cour intérieure du musée de l’imprimerie. Anecdote : ayant installé dans ce lieu quelques sons alentours, ces derniers venant gentiment troubler l’espace acoustique, une première responsable de l’établissement vient me demander ce que nous faisons là. Après avoir tenter de lui expliquer le but de notre promenade, elle me dit que la prochaine fois, il serait bien de demander une autorisation officielle pour ce genre d’intervention. Pour la petite histoire, elle m’a déjà fait la même requête un an auparavant, lors d’une promenade similaire avec l’AGERA. Peut-être me résoudrais-je un jour à faire les choses dans les clous… Une deuxième vient me questionner, trouve la démarche très intéressante et, curieuse, reste un peu avec nous pour écouter son propre lieu de travail. Nul n’est prophète en son pays, oreille comprise.

Autres surprises, une véritable collections de sons aquatiques, les fontaines, petites ou monumentales, se posant comme une série de jalons sonores ruisselantes au travers la ville. Avec l’une d’entre elle, toute petite et toute mignonne, encastrée dans un angle de rue, nous jouons avec des objets d’écoutes divers à ausculter ses glougloutis, mais aussi les espaces environnants.

Puis, c’est l’imposant hall d’accueil, ancien réfectoire des moines, du Palais Saint-pierre, musée des Beaux Arts, et sa superbe acoustique, révélée au fil des pas et des voix des visiteurs. Une halte acoustique et visuelle absolument incontournable, avant que de découvrir son superbe jardin, oasis de fraîcheur et de calme très apprécié des lyonnais comme des touristes.

Nous longeons une école maternelle donc le préau et la cours donnent sur une rue très étroites, très minérales, ceinte de hauts et anciens bâtiments. Les voix des enfants en récréation prennent une joyeuse et tonitruante place !

Bouquet final, le niveau moins 7 du parking des Célestins. Des sons cathédrales, une semi obscurité,l’espace ébranlé de voitures qui tournent longuement au-dessus de nos têtes, dans une rampe hélicoïdale, pour rejoindre l’air libre, et l’imposante sculpture en miroir de Buren qui vient fragmenter les lieux par un magique kaléidoscope. Une alliance de sons et de lumières, d’acoustiques et d’architecture qui clôt joliment notre parcours.

C’est la fin d’une balade assez silencieuse, entre nous en tous cas, très peu de paroles échangées, mais une belle communion sensorielle, un groupe soudé via l’écoute. Objectif atteint !

PS : Un très grand merci à Marylou Petot, qui m’a accompagné lors de ce parcours, pour ses prises de sons et photos !

Diaporama ici

En écoute ici

POINTS D’OUÏE – OPEN LAB À LYON BRON

PAS – Parcours Audio Sensibles

Open Lab – Mermoz Pinel, Lyon-Bron « Chants du quartier »

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Un nouveau parcours Audio Sensible en deux temps, quartier de Mermoz Pinel, dans le cadre du projet Lyon Bron , Mermoz Open Lab. Mermoz Pinel est un quartier en périphérie de Lyon et de Bron, où un habitat assez disparate, entre maisons individuelles, et grandes unités d’habitation, s’entremêlent. Comme point centrail, un grand centre commercial avec galerie marchande donnant sur le vaste parvis d’une station de métro, ainsi qu’un joli parc urbain très boisé;  le décor d’une banlieue somme toute assez caractéristique des franges périurbaines est dressé. Ajoutez à cela un maillage d’importants axes routiers, périphériques, venant découper assez brutalement certaines zones, et un programme de réhabilitation en cours, avec l’extension du super marché et la démolition -reconstruction d’unités d’habitations toutes proches. La quartier offre ainsi une grande diversité, des friches, des zones pavillonnaires, des commerces, des espaces en travaux, des axes très circulés, ou très calmes, jardins d’enfants… bref, tous les ingrédients pour construire un parcours d’écoute intéressant.

Première phase, un repérage, très pluvieux ce matin là. On arpente le quartier à la recherche d’ambiances, de sources sonores originales, ou non, de points d’écoute qui accrochent à la fois l’œil et l’oreille.

Si la pluie peut être un handicap pour une écoute confortable, elle peut aussi nous offrir de très belles séquences auditives. D’emblée, derrière le bâtiment d’où nous partons, un délaissé, arrière-cour, passage entre deux bâtiments commerciaux, propose un premier terrain d’écoute où les glougloutis des caniveaux dialoguent avec les clapotis de gouttes, le tout joliment réverbérés par les murs assez serrés. Bref, notre oreille transforme ce lieu assez anodin, en scène auriculaire mettant en valeur la pluie dans tous ses états. Une excellent façon de se mettre l’oreille en condition.

Un peu plus loin, nous nous engageons dans une ruelle non goudronnée, bordée de petites maisons particulières, et finissant en cul-de-sac. Cette ruelle, sorte de tiers-lieu mi sauvage mi aménagé, ilot de calme enserré entre une zone commerciale et d’importants travaux de démolition, nous amène sur un de ces petits lieux magiques, plate-forme surplombant des travaux et nous offrant un vaste panorama visuel et sonore que nous restons longtemps à écouter/regarder. Dans cette même ruelle, un très gros cône de chantier nous permet de tester un objet loupe acoustique improvisé, on en joue.

En contre-bas, un jardin d’enfants avec un toboggan métallique, lequel est encore prétexte et support pour écouter diverses micro percussions, celles de la pluie en l’occurrence, en collant l’oreille au montant du jeu. rafraîchissant pour l’oreille et assez magique !

Puis, nous nous trouvons face une immense machine dont le bras articulé grignote, rogne, défonce un bâtiment déjà bien éventré, dans d’impressionnants sons de chocs, de gravas qui s’écoulent, de crissements de grincements de heurts sourds et de claquements secs… Un vrai catalogue, inventaire sonore de chantier urbain qui nous retient captivés de longues minutes.

Sur le parvis d’une église contemporaine, 3 cloches en campaniles, à hauteur d’homme, à hauteur de regard également, nous cadrent un paysage assez silencieux, laissant imaginer les tintements qui l’agiteront lors de la sonnerie des dames d’airain.

Une sente dominant une voix expresse, et nous amène à l’entrée d’un grand parc boisé, où les sons de la ville s’estomperont à mesure que nous pénétrerons en son cœur, sans toutefois effacer totalement la rumeur urbaine environnante.

Nous enchainons par la descente dans l’entrée d’un métro, un couloir très large, réverbérant à souhait, où nous installons temporairement, via de petits haut-parleurs autonomes, des sonorités de villes en différents points de l’espace. Nous créons une polyphonie tout à la fois discrète et surprenante où l’ambiance du métro est gentiment perturbée par d’étranges sonorités exogènes.

Le trajet se poursuit par la traversée d’un super marché. Musique d’ambiance, chaleur et lumières, voix et pas faisant bruyamment claquer la plaque métallique de sortie d’un escalier roulant, le changement extérieur/intérieur est assez radical !

Et pour finir en beauté, le parking en toit terrasse du super marché, imosante dalle dominant le quartier, la friche, les travaux d’extension d‘un parking où une grue vient déposer, à quelques mètres au-dessous de nous, des trémis de béton dans de beaux bruits de matière visqueuse s’étalant dans les coffrages. Ici encore, une vue et une écoute surprenante, panoramique, où la spacialisation des sons permet de se rendre compte de la diversité sonore et des subtils mouvements des sources, dans un territoire en pleine mutation. Pour un repérage, ce fut une première riche expérience d’immersion dans les chants du quartiers.

Deuxième étape, la promenade, en nocturne, emmenant des promeneurs écoutants invités à écouter leur quartier.

Celle-ci a été écrite, travaillée par Vincent Rotsap et Josselin Anne, tous deux jeunes résidants du quartier, et passionnés de sons, trouvant là un beau terrain d’expérimentation. La balade alternera des séquences écoutées à oreilles nues, des commentaires des échanges, et d’autres écoutes au casque. En effet, le repérage ayant été effectué en semaine, les travaux en pleine activité, nous somme maintenant un week-end, le soir. Donc un changement assez sensible des ambiances. il n’y a plus de pluie, beaucoup moins de promeneurs, et plus non plus de travaux !

De ces absences, carences sonores, sont en fait nées de belles idées. En effet, Vincent, notre guide du jour, ou plutôt du soir, nous a proposé des ambiances auriculaires concoctées et composées dans et pour les lieux. Ainsi, des lieux assez calmes ce soir là retrouvaient une activité, des circulation automobiles, des voix d’enfants, des pas, des travaux, qui n’existaient que dans nos oreilles. Le paysage regardé était agité de « sons fantômes » créant de subtils décalages entre la vue et l’ouïe, avec une indéniable poésie générée par ces décalages sensoriels, ces détournements paysagers, ces trompe-l’oreille… Ainsi, plusieurs lieux revisités, alternant oreilles nues et écoutes au casque, révélaient le chant, ou plutôt les chants du quartiers, intitulé de cette exploration urbaine, jusqu’au final sur le toit du supermarché, acmée incontournable de cette belle sortie nocturne.

Mais ce quartier multiple nous a tous juste entrouvert les portes de son territoire sonore… Il reste tellement de chants à y découvrir, à y puiser, à expérimenter, à partager, à écrire, à mettre en scène…

Ecoutez l’exploration urbaine « Chants du quartier »

Portfolio

Repérage

Promenade

POINTS D’OUÏE – UNE GÉOGRAPHIE DE L’OREILLE ET DU PIED

POINTS D’OUÏE – UNE GÉOGRAPHIE DE L’OREILLE ET DU PIED

Le fait de déambuler de centres ville, en villes centres, de chemins de traverse en GR balisés, m’amène progressivement à me fabriquer une géographie personnelle, tracée à la force du mollet et à la curiosité de l’oreille.

J’ai dans la tête des sortes de cartes mixmédia où s’entremêlent couleurs, volumes, odeurs et sons.

Je conserve, rangés dans un coin de l’esprit, mais aussi en notes griffonnées, en sons réagencés, moult circuits parcourus en groupe ou solitaire.

Tout cela contribue à tramer un réseau reliant Lyon, Paris, Vienne, Tananarive, Toulouse, Victoriaville, Mons, Lausanne, Bruxelles, Florence… dans un parcours global organique, nourrit de points de vue et de points d’ouïe, incrustés dans une trame géographique qui n’en finit pas de s’expandre.

Je peux, à l’aune des chemins parcourus, de jour comme de nuit, construire une géographie du promeneur écoutant, ponctuée de points d’ouïe, haltes offertes à l’expérience, à la surprise, à la contemplation, à l’espace temps partagé…

Cette trace mémorielle, sonore, matérialisée car tissée de mots, jalonnée de cartes postales sonores, est une invitation à poursuivre encore et encore le chemin d’écoute, si sinueux et imprévisible soit-il.

Il faut, au détour d’un pâté de maisons, d’un bosquet, d’une rivière, trouver des postures, des modes de narration, qui seront en adéquation avec l’espace, le moment vécu, les ambiances, l’intimité, la synergie du groupe.

Il convient de ne pas reproduire des gestes telles des géographies types, comme un calque que l’on superposerait à différents lieux, quels qu’ils soient, trame rassurante sans doute, mais aussi carcan de reproductions anachroniques, sclérosantes et asphyxiantes.

Chaque marche, chaque rencontre, chaque projet, devient terrain de jeu où l’écriture, parfois sauvage, doit nous surprendre et nous ravir.

Sérendipité invitée, acceptée, recherchée.

Aujourd’hui encore, sur un chemin menant à une rivière discrète, le pont de bois la surmontant offrant des rythmes de basses fréquences au belles couleurs chatoyantes, avec un groupe d’étudiants en technique du son d’une université québécoise, nous jouons de concert à écouter. Nous nous essayons à faire sonner. Nous jouissons d’un retour à des gestes simples, gratter, tendre l’oreille, s’assoir, placer un minuscule son sur une pierre, un autre dans un arbre, faire chanter intimement le lieu, s’offrir un instant de plaisir qui restera gravé dans notre intime géographie sonique, à chacun la sienne.

Ce extrait de promenade s’imprime dans ma collection de vécus in situ, en même tant qu’il imprime une extension, une couche sensible et cartographique, tissant un paysage sonore quasi universel dans son geste d’écoute.

Chaque nouvelle expérience excite mon appétit à traquer les infimes, ou toniques singularités d’une ville, ses souffleries, ses grésillements, ses musiques envahissantes, ses accents, ses tintements de cloches…

Il me faut ensuite les conter, les transcrire, les rendre partageables, les inscrire dans un carnet informel qui les fixeront comme des traces dans lesquelles je pourrai venir  à l’envi, puiser des ressources, pour poursuivre et enrichir mon chemin d’écoute.

Ce sont ses déambulations sonantes qui me font réfléchir et agir, affiner une géographie en marche, au gré des lieux, des gens, des expériences à fleur de tympan, des parcours, ceux qui provoquent la rencontre, l’échange, la joie de faire à portée d’oreilles. Au fil des pas, se dessine une géographie intime, personelle, sensible, mais surtout vitale pour aller de l’avant.