Partition de PAS – Parcours Audio Sensible N°16, Calligraphies sonores

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Lieux : Partout

Temporalités : Pas de contraintes, de jour comme de nuit

Public : Groupe de 2 à 20 personnes, ou parcours libre en autonomie…

Actions : Ponctuer des parcours d’écoute, des lieux, des villes, des sites spécifiques, par des calligraphies proposant des pistes d’écoute, des points d’ouïe, incitant à expérimenter des postures d’écoute, via un affichage en espace public. Travailler avec des graphistes sur des propositions/partitions originales. (Voir des exemples visuels ci-après).

Remarque : chaque parcours audio-calligraphié est contextualisé dans ses rapports au lieu.

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Extraits de calligraphies Desartsonnants, en partenariat avec la plasticienne Nathalie Bou

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible N°15, s’allonger dans les sons

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Hamac d’écoute, parcours sonore Jardin des Allivoz, Le Gand Parc de Miribel Jonage

Lieux : Partout

Temporalités : Pas de contraintes, de jour comme de nuit

Public : Groupe de 2 à 20 personnes

Actions : Parcourir une ville, une forêt, un parc… De temps à autre, selon les points d’ouïe, scènes sonores, s’allonger sur le sol, écouter, se laisser totalement immerger, yeux fermés… Jalonner son parcours d’écoutes allongées, les comparer, les commenter….

Remarque : Pour votre confort, prévoir un tapis de sol si possible imperméable

Centre de découverte du son à Cavan

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible N°14 – Sonner écouter sentir les sols

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Lieux : Partout

Temporalités : Pas de contraintes, de jour comme de nuit

Public : Groupe de 2 à 20 personnes

Actions : Marcher sur différents sols de textures très différentes – herbes, sous-bois, graviers, sablé, dalles, pierres, planches, eau, sable…

Écouter ses pas sonner, faire sonner, sentir la matière sous ses pieds, la résistance du sol, la kinesthésie des PAS, collectionner, cartographier des matières/PAS.

Remarque : En hommage à Pauline Oliveros « Deep Listening – Listening to th ground » “Sometimes we walk on the ground, sometimes on sidewalks or asphalt, or other surfaces. Can we find ground to walk on and can we listen for the sound or sounds of ground? Are we losing ground? Can we find new ground by listening for it?”—Pauline Oliveros (1932-2016)

Partition de PAS – Parcours Audio Sensibles N°13 – Hauteurs et Points d’ouïe panoramiques

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Lieux : Ville, espaces naturels avec collines, belvédères, falaises, escaliers…

Temporalités : Pas de contraintes ni durées

Public : De 1 à 20 personnes

Actions : Choisir un point haut, culminant, dominant un site, une ville, une vallée, une place… Écoutez la rumeur du bas, d’un point d’ouïe panoramique, les émergences, bruits de fond…

Variantes : Faire un parcours de Points d’ouïe panoramiques, enregistrer les rumeurs, les décrire, les comparer, construire des PAS des hauteurs…

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible n° 12 – Itérations

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Lieu : Une place publique, un parc, une forêt, une rue…

Temporalité : N’importe quand, 15/20 minutes, voire moins, ou plus.

Public : 1 à5 personnes

Action : Effectuer le même parcours 5 à 6 fois, voir plus, ou moins. Durant les pauses, discuter des ambiances traversées, des constances, de ce qui bouge, apparait, disparait, se modifie, évolue…

Traces : Écrire, enregistrer, dessiner, raconter, refaire, faire (re)vivre…

Remarque : Cette partition est née suite à une contrainte sanitaire qui nous a conduit à subdiviser en 12 groupes une promotion d’une centaine d’élèves en architecture, et donc de réitérer dans une même journée 12 fois une écoute arpentage d’une même place lyonnaise.

Point d’ouïe, traces d’écoute imagée entre chiens et loups

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Un jeudi soir, temps pluvieux, ciel joliment menaçant, du vent en rafale racle les feuilles mortes au sol.

Marcheur immobile, pause à l’affut de la ville.

Oreilles et regard entremêlés.

L’obscurité s’avance.

Les sons persistent et résistent.

L’espace et le temps ralentissent

Les voitures non, toujours pressées

et si empêchés retardées klaxonnantes

les gens se pausent et parlent

Et je reste discret observant écoutant

noyé dans la ville mouvante

qui s’assombrit doucement

en même temps qu’elle s’allume

ça crisse

grince

ferraille

rit

chuinte

s’enfonce dans la nuit

sans portant s’endormir

l’automne se pointe

raccourcissant les jours

sans rien faire taire pour l’instant

Instant suspendu

bascule sensible

Sons et lumières complices

offerts à qui veut bien s’en saisir

sans toutefois les asservir

tout juste une plongée urbaine

comme un spectacle de l’intime

tranche de ville

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible n° 11

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible n° 11 « Rejouer/détourner le parcours »

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Lieu :  Partout où il existe déjà un, des parcours sonores géolocalisés (applis)

Temporalité :  A votre choix
, selon les circuits choisis

Participant (s): Seul ou en groupe

Spécificité : Un détournement d’usage d’un appli audio-guidée, un jeu sous forme de variation

Actions Téléchargez une application, un parcours d’écoute au casque, un circuit géolocalisé, type GPS.

Faite le parcours en suivant les consignes données, en écoutant les sons écrits pour le circuit.

Refaite le parcours différemment.

Cette fois-ci, ne chaussez pas le casque, gardez les oreilles au vent.

Suivez visuellement le déplacement du parcours proposé, s’arrêter si l’appli le propose.

Substituez, naturellement, les sons du parcours par ceux des espaces traversés, voyez si cela résonne (autrement), crée des décalages, des frottements, des espaces imprévus, entendus plus ou moins différemment du parcours initialement proposé.

Remarques
Il ne s’agit absolument pas de dénigrer, de contester, de déformer les parcours existants, mais simplement d’en re-jouer une version ludique, frottant deux écoutes, ou formes d’écoutes d’un même lieu.

Point d’ouïe, connaitre et s’y re-connaitre

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Plus de 20 ans à habiter dans ce même quartier, malgré d’incessants déplacements, y revenir toujours, s’ y ancrer en quelque sorte, comme dans un port où il fait bon mouiller pour s’y ressourcer.
Forcément, le temps marque un territoire, forcément, le temps fait territoire.
Territoire de vie, d’activité, de loisirs, de rencontres, d’habitudes, d’habitus. Territoire vu sans être vu parfois, ni entendu vraiment.
Par manque d’exotisme et de dépaysement ?
Et pourtant mille détails le construisent au quotidien. Se stratifient en mémoire vive.
Et parmi eux des sonorités à foison.
Je m’entends finalement bien avec ce coin de la place de Paris à Lyon 9e.
J’y connais et reconnais tant de choses repères, balises, marqueurs…
Les cloches voisines.
Les voix de mes voisins.
De certains passants.
Des commerçants.
Des camelots et primeurs des marchés.
Des clients du bar en bas.
Des trains ferraillant sur le pont.
Des marchés qui s’installent, et se plient.
Des surprenants échos sous le pont Schuman.
Un haut-parleur qui crachote depuis des années dans le hall de la station de métro.
La sirène des premiers mercredis du mois à midi, sur le toit du théâtre.
Les cliquetis du volet roulant du bar en face
Et même la Saône silencieuse.

Toujours trouver un terrain d’entente.
Même s’il semble instable.
Surtout s’il semble instable.
Et avec ta ville, ton quartier, comment tu t’entends ?

PAS – Parcours Audio Sensible, art(s) dans la rue ?

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Le titre, volontairement ambigu, pose la question du positionnement des pratiques auditives et déambulatoires, façon Desartsonnants, notamment face et dans l’espace public.

J’ai rencontré les arts de la rue, théâtre de rue à l ‘époque, arts en espace public aujourd’hui, il y a de nombreuses années, alors que celui-ci était tout jeune et en plein essor, à Chalon sur Saône, où je travaillais sur le paysage sonore, déjà.

J’ai été très vite surpris, conquis, parfois emballé par ces créations souvent impertinentes, inattendues, parfois tout feu tout flammes, parfois très intimistes.

J’ai croisé beaucoup de personnages remarquables, dont certains questionnaient la chose sonore, ou l’utilisaient avec beaucoup de talent et d’inventivité, ce qui n’a pas manqué de questionner, et parfois sans doute d’influencer mon regard, mon écoute, mes approches de l’espace public, et du ou des publics eux-même.

J’ai vu et vois encore évoluer ces pratiques artistiques au fil du temps, de l’installation de ces formes dans des réseaux de création, de l’évolution du public qui est devenu de plus en plus averti, des contraintes économiques, sécuritaires, et aujourd’hui sanitaires… Contraintes qui d’ailleurs ne semblent pas avoir pas bridé ni affaibli la vivacité de ce vivier d’expérimentations, qui a toujours su s’adapter, se renouveler et se ré-inventer, malgré des périodes pour le moins compliquées telle celle que nous vivons actuellement.

De fait, mes parcours sonores croisent ces pratiques artistiques, pour lesquelles vous l’aurez sans doute compris, j’ai beaucoup d’estime et d’admiration, sans toutefois rentrer vraiment dans cette grande famille.

On m’a dit à différentes reprises que mes parcours, lents et silencieux, étaient une forme de performance, dans le sens de performance artistique j’entends, liée à des partages d’expériences auriculaires dans l’espace public, mettant le corps plus que le dispositif au cœur d’immersion dans des paysages sonores en devenir. Ce que j’accepte bien volontiers, sans toutefois là encore me considérer comme entrant vraiment dans le champs de l’art performance.

Je reste sur des seuils, des lisières, des entre-deux, des interstices, ce qui n’est pas pour moi contre-productif, mais au contraire plutôt inspirant.

L’hybridation est pour ma part une façon de résister aux multiples contraintes, et à rester dans un état mouvant, façon de penser mes interventions à l’aune de multiples synergies et modes d’écritures que propose et contraint le terrain et ses aléas de tous genres.

Pour la petite histoire, ce texte à été écrit sur les marches d’une scène nationale voisine, et sur la première page d’un tout nouveau carnet de notes, objet presque sacré pour moi, qui symbolise une rentrée où le mot d’adaptation est plus que jamais d’actualité.

Points d’ouïe et maillage

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Je relie de plus en plus les lieux et les moments d’écoute, non pas comme une somme d’identités plus ou moins indépendantes et singulières, mais comme une sorte de récit globalement cartographié, mis en son et en mots. A la façon de Gilles Clément, dont le Tiers-paysage est tissé d’une multitudes de friches, de dents creuses, par des parcelles de non emprise, dans un éco-système global et cohérent, je pense de multiples points d’ouïe, spots auriculaires appréhendés par l’écoute, comme la fabrique, le façonnage, d’un paysage sonore aussi diversifié que quasiment universel.

Certes je n’ai pas posé, loin de là, mes oreilles partout, il me reste tant de zones que j’aimerais tant entendre, mais j’ai sans doute suffisamment posté mes écoutes me me tisser, métisser, un large récit auriculaire à portée d’oreilles.

Des villes et des pays – Lyon, Mons, Cagliari Victoriaville, Tananarive, Saint-Pétersbourg, Kaliningrad, Vienne, Paris, Sabugueiro…  endroits singuliers où j’ai installé, souvent se façon récurrente, diverses écoutes, parcours, solitaires ou collectifs, ont fortement maillé une géographie auriculaire qui se fait progressivement cohérente. Partout de l’inouï, partout du déjà entendu…

Et des entre-deux, comme des interstices où l’oreille cherche les seuils, les limites, les lisières et les passages…

Au fil des arpentages, collectages, rencontres, expériences de terrain, se construit un territoire sonore sensible et mouvant, mais néanmoins de plus en plus descriptible dans une forme d’entité perceptible.

Si chaque projet, dans sa contextualité spatio-temporelle, est écrit et cousu main, ou cousu-oreille, il apporte néanmoins à chaque expérience, une pièce supplémentaire à une sorte de carte-puzzle, un jeu dont les règles ne cessent de se ré-écrire, de s’adapter au milieu et aux personnes croisés.

Entre deux villages, voire deux hameaux, à quelques kilomètres ou centaines de mètres, comme entre deux métropoles distantes de milliers de kilomètres, le fil d’écoute est déroulé virtuellement, comme celui d’une pelote de laine vagabonde – un « fil qui chante » transmetteur, qui dessine un voyage au creux de l’oreille. Oreille collective dans le meilleur des cas.

Un voyage où l’image est aussi sonore que visuelle, si ce n’est plus.

Un voyage où les sensations kinesthésiques, haptiques, invitent le corps entier, y compris à gouter et à savourer les saveurs du monde. Le son d’une cuisine qui mijote, associé à sa tenace et jouissive persistance odoriférante, gustative est souvent un moment d‘exception, d’altérité amène. Les épices de la vie passent par et dans tous les sens.

Des voyages donc dans tous les sens, même sans presque bouger…

Lobe-trotters est le surnom que m’a donné un collègue, Michel Risse pour ne pas le citer, lui aussi voyageur et voyagiste de la chose sonore. J’avoue apprécier cette perspective d’une écoute nomade, assez librement déployée partout où un lieu se met à sonner à sa façon, c’est à dire vraiment partout !

Une belle offrande au promeneur écoutant insatiable dans sa quête d’un paysage sonore partagé par de multiples récits et expériences.

Lieux ouïs, lieux dits

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Je me pose à différents endroits de la ville, souvent sur un banc, des marches d’escaliers, une pierre d’angle d’un porche… Je regarde, j’écoute, je laisse dériver mes sens dans un flux de stimuli chaotiques. Je cherche à déceler ce que me racontent ces lieux, leurs évidences, sans doute parfois trompeuses, leurs apparences, les choses plus fugaces, quasi secrètes, que seule une immersion prolongée, itérative, fera émerger. Sans compter ce que je construis de purement fictif, d’imaginaire, d’onirique, en toute subjectivité, parfaitement assumée. J’imagine comment les aborder, ces lieux. Comment les parcourir, les écrire ou les ré-écrire à ma ou à mes façons. Façons qui fassent sons, façons qui fassent sens. J’échafaude des scénari pour installer une, voire quantité d’écoutes collectives, expériences singulières, si simples fussent-elles, dans des dispositifs quasi imperceptibles pour qui n’est pas dans le geste concerté, si ce n’est concertant. Parfois déconcertant…

Mais dans la cité, le jeu en vaut le chant d’elle.
Jeu de l’ouïe je dis.

Tentative de mode d’emploi d’épuisements d’espaces

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Un auteur
Trois livres
Une généreuse source d’inspiration(s)

Georges Pérec est pour moi une véritable mine d’or pour inspirer et stimuler des projets. Une œuvre vers laquelle je reviens régulièrement, comme vers un ressourcement généreux.

Espèces d’espaces
Envisager une multitude d’espaces différents, entremêles, inhabitables, superposés, juxtaposés, du plus intime au plus vertigineux, nous offrant un champ d’action, de voyage, quasi infini.

La Vie mode d’emploi
Quatre vingt dix-neuf récits de vie en mode puzzle. Des interactivités spatio-socio-temporelles tissent une histoire sociale ramifiée, architecturale, vivifiante et inépuisable.

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien
L’observation obstinée, itérative, d’un lieu a priori trivial et banal, construit un champ narratif qui fait de la vie quotidienne une ressource foisonnante. Question de point de vue.

Si je transpose ces réflexions et expériences dans l’objectif d’écouter tout autour de moi, de mieux entendre et de mieux m’entendre, de comprendre un peu plus finement l’écoute, les postures et les motivations de l’écoutant, s’ouvrent à moi un champ d’action on ne peut plus dynamique.

Comme je dis et redis très souvent à des étudiants, lisez et relisez Georges Pérec, il élargira vos façons de voir, d’entendre et de comprendre et sans doute d’envisager les choses.

Éloignement et terrain

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Banc d’écoute et « bureau de plein-air » – Résidence d’écriture « Paisagem sonora » Juillet 2019 à Sabugeiro (Portugal) – Festival DME et Hostel Criativo do Sabugueiro

 

L’essentiel de mon travail, en tous cas dans les phases de maturation de projets, se passe dehors. Je veux dire en dehors de chez moi. Assis sur un banc, des marches d’escalier, en arpentant la ville, un hall de gare, d’aéroport (avant…). Carnet de notes en main, rempli de notes (parfois très difficiles à relire), signes, croquis, idées, projets à la volée, ou avec un magnéto… Puis retour au bercail, devant l’ordi, les idées se posent, s’enregistrent, se trient, se construisent, se peaufinent, se développent, se documentent, s’argumentent, s’organisent… Puis retour au dehors, à l’air libre, ou presque, pour tester, mettre en pratique, adapter aux lieux et aux moments, partager, encore améliorer, trouver des variantes, des espaces de jeux fonctionnels… Ces dernières phases qui, durant quelques mois, m’ont fait cruellement défaut, m’ont beaucoup manqué, m’ont laissé amèrement frustré, dans ces temps de crise qui nous éloignent sans ménagement du terrain, de l’espace public, et surtout de la « vraie » vie sociale…

Point d’ouïe, une gestuelle auriculaire de l’intime

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Inauguration d’un point d’ouïe – Prieuré de Vausse – CRANE Lab –  Festival Ex VoO – @photo Yuko Katori

L’oreille (tout) contre

Il existe d’innombrables façons d’écouter, de tendre l’oreille, des plus intimes, celles qui nous intéressent ici, jusqu’aux plus ostentatoires.
Parmi ces façons, nous trouvons une posture physique que j’adore, coller l’oreille à, coller l’oreille contre, que j’ai d’ailleurs déjà mise en scène, dans une partition de PAS – Parcours Audio Sensible N°5.

Je colle mon oreille
Au cœur ou au corps d’un ou ou d’une amie
Aux feuilles d’arbres frissonnantes dans le vent
Au sol vibrant de pas
Contre une porte, de l’extérieur vers l’intérieur, ou inversement
Contre le tronc de l’arbre enlacé
A la rambarde d’un pont frémissant
Sur la peau de tambour caressée
Sur le chéneau qui s’égoutte après la pluie
Contre une gaine de ventilation vibrante
Contre un pylône électrique vrombissant
Contre « un fil qui chante »
Contre une bâche qui claque au vent
Contre les piliers d’un échafaudage grinçant
Contre une tôle légèrement secouée, grattée, une sculpture résonante
Au portillon métallique qui grince…
Contre des centaines de matières/objets vibrants croisés par hasard, ou non…

Ici, la vibration est reine, de matière à matière, pas de transports aériens, distanciés, du touche-touche, de matière à Tympan.
C’est une façon de réduire la distance, d’entendre l’infiniment petit, le presque inaudible, de faire corps avec le sonore, d’établir une relation fusionnelle, par un contact physique, charnel on ne peut plus proche.
C’est une posture parfois étrange, décalée, un peu fofolle, regardée du coin de l’œil par les passants dubitatifs et moqueurs dans l’espace public.
C’est un geste de l’intime, de l’auscultation au plus proche des choses et des sons.

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible, partition n°10 « Penser, dire, lire »

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Lecture

Lieu :  En ville, en campagne, ailleurs


Temporalité :  A votre choix


Participant (s): En petit groupe


Spécificité : Une marchécoute dans la pensée d’auteurs

Actions
Préparez un parcours, ou partez à l’aventure
Déambulez en silence, pour laisser s’installer l’écoute
Dans votre sac, des textes, des livres, des citations, parlant de la marche, de l’écoute, de l’écologie… Textes de philosophes, écrivains, aménageurs…
Adaptez le choix des textes aux participants, surtout s’il y a de jeunes enfants
Au cours de haltes, un instant d’écoute immobile puis, des lectures, contextualisées ou non
Faits des lectures sur différents points d’ouïe
Ménagez un temps de libre expression au terme du parcours

Remarques
Il s’agit de frotter la parole, l’idée, la pensée, au lieu, à la déambulation, au groupe.
Chaque trajet d’un point à un autre est marqué d’une pensée qui va animer, stimuler la marche de réflexions multiples, donner aux espaces-temps traversés une coloration mentale singulière.

Quelques auteurs pressentis (non exhaustif)
Jean-Jacques Rousseau, Henry-David Thoreau, Francesco Careri, Walter Benjamin, Leslie Stephen, Philippe Robert, Pierre Sansot, Guy Debord, Thierry Paquot…

Variante                                                                                                                                     
Demandez aux participants d’amener des textes, voire proposez leurs de les lire publiquement

Partitions de PAS – Parcours Audio Sensibles

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Bouger Écouter, Partitions de PAS – Parcours Audio Sensibles, pour marchécouter autrement

Move Listen, Scores for Soundwalks, walk the difference

N°1 https://desartsonnantsbis.com/…/point-douie-partition-de-p…/

PAS – Parcours Audio Sensible pour la World listening Day 2020

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Samedi 18 juillet, jour de la World Listening Day, premier parcours d’écoute de puis le mois de février. Public réduit, trois personnes, mais très belles écoutes.
Un immense parc urbain que connaissent bien tous les lyonnais, et touristes, le Parc de la Tête d’or, 117 ha offrant des zones vertes, un lac, un zoo, une très belle roseraie.
Un lieu idéal pour déconfiner l’oreille au grand air tout en gardant de sages distances.
Et pour trouver une vie acoustique entre joyeuse animation et espaces très apaisés.

Séquences
Partir d’une entrée principale très animée et, rapidement, entendre un grand decrescendo en traversant une pelouse. Les sons de la circulation et voix s’estompent, la marche comme un potentiomètre en fade out…
Longer le lac. Voix d’enfants, canards, pédalo, vélos…
Traverser une petite forêt. Retour au calme, crissement des pas sur des branchages et feuilles sèches.
Une petite ile avec un kiosque et un piano au bord du lac. Quelqu’un y joue maladroitement un air du parrain. Instant magique, hommage à Morricone.
L’entrée d’un passage souterrain permettant d’accéder à une autre ile est fermé. Dommage, c’est un couloir très réverbérant. Nous nous contenterons de le faire sonner en criant depuis la grille.
Traversée de la roseraie, plutôt calme. Les fontaines et ruisseaux sont à sec, des sources de fraicheur manquent à l’oreille.
Un train passe au loin, marquant les du parc en le longeant.
Une allée en sous-bois, de joggers rythment les lieux, martelant le sol sablé. Un bus passe à notre droite, en haut d’un talus.
Dans une clairière, une vingtaine personnes dansent sur un air oriental, guidées par une professeur à l’énergie communicative. Belle séquence surprenante.
Retour à la pelouse et à la grand porte, le petite train touristique dit le Lézard, faisant visiter le parc, arrive avec ses sifflets caractéristique. Un flot de voyageurs en, descend, un autre y monte. Le pilote donne ses dernières consignes au micro. Une ambiance qui me rappelle des souvenirs d’enfance…
Nous rompons le silence et trouvons un banc pour deviser autour de nos ressentis, de l’écoute, des sons ambiants, de la crise sanitaire, des rapports sons et images, de l’écologie, de la marche, de nos activités respectives… Comme à l’habitude, une heure de silence collectif favorise et stimule les échanges qui s’en suivent. Ils en seront d’autant plus riches et sympathiques et participent intrinsèquement, au fil du temps et des déambulations, à la construction d’un rituel marchécouté.

Et après quatre mois sans PAS publics, cela fait vraiment un bien fou de retrouver ces moments de sociabilités auriculaires !

En résonance avec le Festival des Humanités

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Point d’ouïe, auprès de mon arbre

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« Auprès de mon arbre je vivais heureux… » Georges Brassens

Plaisirs arborés

Depuis longtemps, je côtoie la gente sylvestre. Mes parents y marchaient longuement, cabanes et champignons. Mes grands-parents avaient une ferme au milieu des bois. Je suis né dans une région où l’exploitation forestière est une activité centrale, deux de mes oncles étaient bûcherons. J’ai fait des études d’horticulteur paysagiste. Et plus que jamais, je promène mes oreilles au gré des troncs et branchages, posant une oreille bienveillante sur les forêts rafraichissantes et les vieux arbres séculaires, dont ceux qui résistent encore à l’urbanisation bétonnante.

Bref, je parlerai ici de paysages sonores arborés, ou bien des arbres sonores, sonnants, auscultés…

« Auprès de mon arbre j’écoutais, et j’écoute heureux… ». Dans ce monde bruitaliste, l’adaptation de cette phrase, citée en exergue, et surtout sa mise en œuvre, peut nous faire le plus grand bien.

« Comme un arbre dans la ville » Maxime Le Forestier 1972

 

Dans un souffle, ou une tempête

Tout commence par une brise légère, un doux zéphyr qui caresse les branches et fait frissonner les feuillages. Ça bruisse, comme des chuchotements aériens. Parfois, ça grince, bois contre bois. Écoutez le peuplier tremble (Populus trémula) le bien nommé, qui chante sous le vent. Mais aussi le saule ou le roseau. Et plein d‘espèces dont le frisson diffère selon les vents et essences. L’arbre est parfois le révélateur du vent, celui qui lui donne corps en lui opposant une résistance audible. Parfois, sous un coup d’orage capricieux et imprévisible, les arbres se crispent, ploient, gémissent, résistent quittent à y laisser des plumes vertes, et parfois hélas, ils s‘écroulent terrassés dans de tristes fracas.

Parfois c’est de la main de l’homme, qu’ils sont abattus sans ménagement, dans le cris de tronçonneuses hurlantes ou de gigantesques machines aux bras coupants. Fracas toujours.

Verts ressourcements

Mais ils leurs arrivent de finir leur histoire séculaire après des siècles, voire des millénaires pour certains, ayant abrité de leur ombre bienveillante, et bercé de leurs murmures boisés moult promeneurs ou travailleurs fatigués. Ressourcement végétal.

Langage(s)

Prendre langue avec un arbre n’est pas langue de bois, tant s’en faut.

Si l’arbre pouvait parler (notre langage et d’autres encore) combien d’histoires fabuleuses nous raconterait-il, à fleur de nos tiges vertes étonnées. Mais on peut toujours les imaginer. Untel a vu de grandes révoltes, des hommes qui firent (ou défirent) l’histoire, l’arrivée des automobiles, de la ville qui les entoure maintenant, du temps qui passe, pour le meilleur et pour le pire…

Arbres à palabres, là où on se rassemble, où la société fait corps, où la parole circule, des histoires, des mythes, des contes, et de la vie politique du village. Un gros brin de sagesse fertile qui puise sa sève vive dans le terroir des vies, des hommes, des animaux, de la terre et du ciel… Et n’empêche pas hélas, les guerres tribales, ou autres.

Oasis et vertes allées soniques

Un parc, un bosquet ou une forêt urbaine, rien de tel pour se mettre au vert (physiquement) et se rafraichir les écoutilles, dites aussi les feuilles. Tout d’abord, la gente avicole s’y complait, et vient y faire ses vocalises perchées, ce qui est toujours plus agréable que le brouhaha des voitures toussantes et pétaradantes. Plantez des sorbiers des oiseaux (Sorbus aucuparia), eux-aussi bien nommés, et vous ne tarderez pas à voir et à entendre moult oiseaux faire une halte sur ce bel arbre, tout en légèreté qui plus est, ce qui ne gâche rien.

Toutes les allées de grands parcs, avec leurs alignements solennels d’arbres – le platane y règne souvent en maitre, parfois conduisant à de fastueuses demeures, sont des abris à sons oiseleurs, et non pas oiseaux-leurres.

Je pense ici à une forme d’installation sonore acoustique, végétale, pour le peu véritablement écologique. De quoi à garder l’oreille verte, voire même l’oreille ouverte.

Dans les aménagements urbains, ont pourrait parler d’écran acoustiques, phoniques autant que fauniques.

Et puis les arbres et grands arbustes constituent aussi ce que je nomme des oasis sonores. Espaces intimes, à l’écart des voitures, espaces de fraicheur, ilots de quiétude, où l’on peut converser sans hausser la voix, sans s’égosiller pour passer au-dessus de la rumeur urbaine. On en trouve aujourd’hui dans les parcs urbains, même de tailles modestes, et dans l’aménagement de trames vertes, parfois suivant les rives d‘une rivière ou d’un fleuve. Certaines places végétalisées offrent des belvédères (littéralement belles vues) en promontoires, qui déroulent la ville tel un plan-maquette sous notre regard, et qui peuvent aussi se révéler de beaux points d’ouïe. Quand la vue et l’audition sont privilégiées, et que la végétation nous fait échapper aux ardeurs du soleil, du reste de plus en plus ardent, ne boudons pas notre plaisir, et profitons en de tous les sens convoqués.

Ausculter, vers le cœur des arbres

Lorsque nous faisons plus qu’écouter le vent et les oiseaux dans les arbres, et que nous approchons notre oreille plus près, très près, jusqu’à la coller au tronc, à l’écorce. Geste empathique, intime s’il en fut. Et bien, grande déception, nous n’entendons rien. Point de battements du cœur des arbres, ni de circulation de sève… Sauf parfois, sur des bouleaux à l’écorce aussi fine qu’une feuille de papier, au printemps, dans un environnement calme, et sur des sujets pas trop volumineux, nous permet effectivement d’entendre les flux de sève au cœur de l’arbre. Et mieux encore si on est équipé d’un stéthoscope médical, objet loupe amplifiant les sons entendus, qu du reste j’utilise très souvent dans mes PAS – Parcours Audio Sensibles. Comme l’écoute de la sève est finalement compliquée et requiers une série de conditions très rarement réunies, je vais orienter autrement une écoute intime avec l’arbre, ses branchages, son feuillage, comme un geste actif, consistant à caresser lentement les matières végétales de la membrane d’un stéthoscope, pour en créer une musique assez surprenante. Des craquellements, petites percussions, frôlements, raclements… Il est en fait assez difficile de décrire ces expérimentations sonores, qui varient selon les matières explorées et les gestes auscultatoires des écoutants manipulateurs. Le lien de la vidéo ci-après donne un aperçu, même s’il y a, pour les besoin de l’installation dans un centre d‘arts, quelques effets rajoutés.

https://www.youtube.com/watch?v=5_SB8pyp5SE

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PAS – Parcours Audio Sensible desartsonnants – Grand Parc de Miribel Jonage – Armée du Salut de Lyon

Les amis artistes de Scénocosmes ont conçu une belle installation sonore, discrète, intimiste, mais très poétique, où ils proposent de coller notre oreille au tronc d’un arbre pour en écouter le cœur battre. Pulsations, c’est le nom de cette installation provoque un effet magique, apaisant comme le ronronnement d’un chat sur nos genoux, et qui nous met physiquement en contact avec l’arbre.

Qui n’a jamais éprouvé le besoin d’enlacer un tronc, d’en puiser l’énergie de sa sève circulante, ou de partager la force tranquille de ces colonnes végétales parfois séculaires.

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@Scénocosme

 

Murmures de micro-forêts

L’artiste plasticienne, et sonore, Cécile Beau nous propose de tendre l’oreille vers une micro-forêt, maquette et condensé végétal qui bruissonne doucement. Cette installation sylvestre, au doux nom de Suma, nous fait tendre le regard et l’oreille vers ces espaces recomposés, comme par la main d’un paysagiste qui nous tendrait une loupe pour entrer dans la forêt par le petit bout de la lorgnette, et de l’oreillette, dans un monde à l’échelle décalé et poétique. Peut-être y verra t-on aussi une métaphore de la main-mise humaine, via des asservissements végétaux façon bonsaïs.

https://www.cecilebeau.com/suma/

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Sonner et faire chanter les arbres

Du plus simple geste, caresser le feuillage d’un arbre contre son oreille pour en écouter le chant intime, jusqu’à l’appareillage hyper technique, l’arbre se prête, notamment par sa morphologie accueillante, à moult expériences sonores et auditives.

Au-delà de ces bruissements sous les caresses d’Éole, on peut lui suspendre quelques objets, eux-aussi qualifiés d’éoliens, justement parce qu’il font chanter, sonner, carillonner, tintinnabuler, brises et zéphyrs, tramontane ou vent d’autan. J’aime d’ailleurs beaucoup suspendre, de façon éphémère pour ne pas abuser des sons, quelques carillons éoliens, souvent artisanaux, ici ou là, au branchage de géants verts, qui semblent apprécier ces sons cristallins. Pointillisme ou guide sonore dans un chemin d’écoute, en priant Dieu qu’il fit du vent (emprunt à Georges Brassens «L’eau de la claire fontaine»), même, et surtout un vent très léger.

L’arbre et le vent sont de vieux complices en ce qui concerne la musique des lieux.

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Carillons éoliens, Parcours sonores à Lausanne (Ch) Journées des Alternatives urbaines 2015

Autres façons de faire sonner une clairières, ou des arbres soulignant le tracé d’une allée ombragée, se servir des végétaux comme support d’installation sonore, tout en gardant un propos contextuel, voire en étroite relation avec le site, son histoire…

Je pendrai ici deux exemples auxquels j’ai activement participé.

Le premier concerne une installation sonore collaborative à la Saline Royale d’Arc-et-Senans, magnifique site architectural de claude Nicolas Ledoux. Cinq artistes, Aurélien Bertini, Ben Farey, Corsin Vogel, Pierre-Laurent Cassière et Gilles Malatray, aka Desartsonnants, auteur de ces lignes, se sont rassemblés à l’invitation de Lionel Viard, pour faire chanter une allée de tilleuls à l’arrière des jardins. Notons que l’installation a été dédié en hommage à l’artiste Étienne Bultingaire, disparu prématurément alors qu’il devait faire partie de l’équipe. Un Dispositif de diffusion sonore multicanal de 36 haut-parleurs nichés dans les arbres, sur une longueur de 200m a été créé de toutes pièces pour l’occasion, par le collectif 3615 Senor. Les Échos de la Saline, nom du projet puise essentiellement les sources sonores dans les ambiances environnantes, pour les retravailler, collaborativement ou individuellement, dans différents modes de diffusions. Ce dispositif fait voyager les sons tout au long de l’allée, dans une ambiance immersive, intime très mobile, pensée à l’échelle du lieu. Ce projet qui devait s’installer de façon pérenne dans le site, pour notamment accueillir des artistes dans des résidences d’écriture sonore, a été hélas, pour différents raisons, abandonné sans connaitre vraiment le développement escompté.

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Le deuxième exemple est un autre installation sonore perchée dans les arbres, d’où son nom de Canopée. Elle a mêlé sons et graphismes, avec l’artiste plasticienne et graphiste Sterenn Marchand-Plantec, dans une clairière du parc du château Buffon à Montbard (21).

La partie sonore était composée de chants d’oiseaux imaginaires, sons tricotés à partir de vraies sonorités avicoles triturées, où l’oreille pouvait parfois hésiter entre le réel et l’imaginaire. Hommage sonore à Buffon dessinateur naturaliste, mais aussi à Daubenton, autre célèbre naturaliste spécialiste de la dissection avec qui Buffon œuvra.

Durant presque quatre mois, jours et nuits, ces oiseaux-leurres chantèrent, perchés dans des arbres, avec une diffusion en mode aléatoire à partir de décalages de boucles sonores asynchrones. Les sonorités étaient très douces, perceptibles uniquement dans la clairière, sous des systèmes de douches. Elles incitaient à tendre l’oreille vers des oiseaux factices, mais en même temps sur l’environnement global et sur les vrais oiseaux qui cohabitèrent d’ailleurs joyeusement avec ces miroirs sonores installés. Comme souvent, une façon d’engager un dialogue avec la fragilité des espaces naturels, et ce que l’oreille nous en raconte, avec message en sous-jacent, la nécessité de protéger des espaces naturels, boisés, et habités d’une faune de plus en plus menacée.

Parallèlement, des PAS – Parcours Audio Sensibles furent organisés, ainsi que l’inauguration officielle de deux Points d‘ouïe.

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Canopée, Par Buffon à Monbard, Desartsonnnants et Steren Marchand Plantec – Musée Buffon, Ville de Montbard, CRANE-Lab

Les arbres qui chantent

Les Arbrassons de l’ami José le Piez sont, pour ceux qui les découvrent pour la première fois, une très belle surprise, tant pour les yeux que pour les oreilles, et les mains. José est un esthète, un artiste perceptuel qui met le corps en relation directe, sensible, avec son environnement. Élagueur, cueilleur de graines, sculpteur de sons et d’arbres, les deux étant ici indissociables, musicien plasticien, l’artiste installe des sculptures instruments taillées dans des tronc d’arbres. Arbres morts ou abattus pour d’autres raisons que pour la sculpture bien sûr. Il manie la tronçonneuse comme le burin, taille, polit, strie, encoche, et ses Arbrassons ainsi façonnés chantent de la plus belle des façons sous la caresse de nos mains humides. Une mélodie sylvestre envoûtante, entre douce plainte et chant de sirènes que l’on fait naitre de nos caresses, belle communication entre l’arbre et l’humain qui prolonge la vie végétal en lui donnant de la voix, dans un contact physique très sensoriel, intime, affectif. L’artiste sculpte, installe, donne des concerts avec d’autres amis musiciens, dont Benat Achiary, merveilleux chanteur improvisateur basque, lui aussi un très belle personnalité. Vous l’aurez sans doute compris, je suis un grand admirateur du travail de José, et apprécie beaucoup la profonde humanité de cet ami que j’ai à chaque fois un grand plaisir à croiser, généralement en forêt.

https://www.youtube.com/watch?v=bTcmDvVmqYk

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Retour aux arbres

Je parlerai ici d’une rencontre forestière qui me tient tout particulièrement à cœur, que je suis, et à laquelle participe, depuis sa toute première édition bisontine. Il s’agit de Back To The Trees, rassemblement autour de l’arbre d’artistes, qu’ils soient gens du son, de l’image, du théâtre, des arts plastiques, graphiques, de la danse, du conte, mais aussi philosophes, forestiers, chercheurs et autres passionnés par la sylve. Beaucoup auront sans doute reconnu l’origine de ce titre, référence explicite au célèbre roman « Pourquoi j’ai mangé mon père » de Roy Lewis, fable préhistorique et déjà prônant, avec un humour ravageur, l’esprit de la décroissance – revivre comme des singes.

Bref, né dans des forêt du Doubs, sous l’impulsion de Lionel Viard, Back To The Trees rassemble chaque année, sauf hélas celle où j’écris ces lignes, crise sanitaire oblige, de 18 heures à 00h00, un bon nombre d’artistes, tout champs confondus, qui vont installer, performer, conter en forêt, autour et dans les arbres. Une large partie se déroulera entre chiens et loups et en nocturne, avec des ambiances qui décalent joliment nos sensations, au gré d’un cheminement qui mènera le promeneur de surprise en surprise. Pour beaucoup d’entre nous, participants, organisateurs, public, c’est une très sympathique façon de nous retrouver en fêtant l’arbre, dans une forme de rituel coloré, tout en sons, en lumières, en formes éphémères, en corps dansant, au cœur de la forêt bienveillante.

http://www.backtothetrees.net/fr/

BTTT nidÉc(h)ographisme – Performance sonore et visuelle de Gilles Malatray (France) et David Bartholoméo (France) présentée à Back To The Trees le 30 juin 2018 à Saint-Vit (France, Doubs) @photo David Bartholomeo

 

 

Pour en conclure avec les arbres, provisoirement.

Il y aurait encore tant à dire.

Il y a encore tant à faire.

Il nous faut choyer les arbres.

Les écouter longuement.

Les inviter de plus en plus jusqu’au cœur de la ville.

Les protéger de notre mieux.

S’inspirer de leur calme séculaire comme d’une sagesse à partager.

Se promener sous leurs ramures.

S’y abriter de chaleurs écrasantes.

Se frayer des sentiers forestiers, pour sortir des sentiers battus.

Les laisser accueillir mout oiseaux, écureuils et autres faune y trouvant refuge.

Se battre contre les monocultures mortifères, les déforestations massives, les abattages sauvages…

Les écouter encore…

Lyon, Juillet 2020

 

PAS armée salutPAS – Parcours Audio Sensible en sous bois – Grand Parc de Miribel Jonage – Armée du Salut , Lyon

 

Quelques autres pistes boisées à suivre

Forêts et villes durables (revue)

Des arbres et des hommes (émissions radiophoniques France Culture)

D’écrire les arbres (projet Desartsonnants)

Points d’ouïe, l’entendu des choses et autres rêves et projets

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@photo Yuko Katori – Inauguration d’un Point d’ouïe à Drée – Festival Ex-VoO – CRANE – Lab

Marcher au débotté, lentement, sans se presser, sans rien presser
courir la ville, toujours dans la lenteur, et battre la campagne, sans violences aucunes
écouter de concert la symphonie du monde, dissonances comprises
inventer des jeux de rôles et des jeux drôles, jouer dans tous les sens
cartographier, partitionner et rejouer encore, en corps et en chœur, de tout cœur avec
mettre l’oreille au vert, mettre l’oreille ouverte
faire sonner à l’envi, mais en restant dans de modestes échelles, celles du respect d’autrui et celles du lieu en l’occurrence
entrer dans la résonance, vibrer de tous ses pores, se baigner dans les acoustiques enveloppantes
chercher les havres de paix, les oasis sonores, les aménités urbaines, et celles paysagères
aller de point d’ouïe en point d’ouïe, s’y arrêter, y contempler les sons,  prendre le temps,   laissons les sons sonner, au besoin les y aider
pratiquer les bancs d’écoute, les longues pauses en immersion, mettre à profit des échanges assises
choisir un point d’ouïe et oser l’inaugurer, officiellement
écrire ce qui nous passe par la tête, ce qui nous passe par les oreilles, ce qui nous passe par tout le corps accueillant
profiter de l’inattendu, de l’inentendu, de l’inouï, de l’in ouïe, le contexte faisant foi, le contexte faisant loi, ne la respectons pas
profiter de l’air du temps, de l’aire du vent, de l’air de fête
se construire un musée urbain, ou pas, à ciel ouvert, à 360°, où seront exposées des ambiances et émergences sonores hautes en couleurs
se fabriquer des chemins pour mieux s’en éloigner, dé-router, dé-localiser, oser se perdre, en soi et en dehors
errer hors-champs, hors-temps, hors-lieu, errer et rêver de
lutter contre l’enfermement et la pensée unique en ouvrant les écoutilles
regarder et écouter des théâtres de boulevards hors les murs
profiter des instants de bascule, de l’aube à vesprée, entre chiens et loups, lorsque les sens flottent entre deux mondes, lors d’un instant T mouvant
s’immerger dans l’heure bleue, comme un nouveau départ toujours recommencé, croire aux promesses de l’aube
mixer la ville en DJ – Déambulateur Joyeux – platiniste urbain, juste entre les deux oreilles sillonnantes
faire campagne pour une politique de l’auricularité partagée
penser et chercher le beau son, chercher la belle écoute, pour dé-stresser le monde
recueillir la parole, celle en laquelle nous croyons, en faire mémoire, en faire témoin, en faire force vive
être toujours surpris, se garder une marge d’incertitude, ne pas tout mesurer, apprécier les flous interstitiels, questionner à tout va
maintenir une oreille bienveillante sur le monde pour y rester à flots …

Point d’ouïe, l’oiseau au cœur de l’écoute

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« Les oiseaux sont responsables de trois au moins des grandes malédictions qui pèsent sur l’homme. Ils lui ont donné le désir de grimper aux arbres, celui de voler, et celui de chanter…
Alors, quand on pense à l’Everest, aux fusées et au prolongement naturel de ses suggestions habilement introduites dans la cervelle de quelques primitifs par le bec pointu d’un archéopteryx gloussant, on s’en prend un peu aux oiseaux, et l’on voudrait qu’il soit presque muets, qu’ils ne quittent pas le sol et qu’ils nichent sous les pierres. (Chose désespérante, la nature à pensé à tout. Il en est qu’il remplissent ses conditions. Ce sont des oiseaux d’une espèce un peu particulière : les crapauds.) »
Boris Vian « En avant la zizique » Pauvert 1958

Après ce préambule teinté de l’humour pataphysique de Boris Vian, je focalise aujourd’hui sur la gente ornithologique, ses chants, et surtout sa place incontournable dans un paysage sonore qui, au sortir du déconfinement, s’est retrouvé, notamment en ville, à nouveau chahuté, voir chaotique. Retour à la normale et quelque part à l’anormal.

Notons qu’à la même époque que celle du texte de Vian, Charles Trenet chantait « Les oiseaux me réveillent par leurs chants et leurs cris. Ils font bien plus de bruit que les autos, les oiseaux. » Il n’est pas sûr que l’on puisse en dire autant aujourd’hui…

Vinciane Despret à  consacré récemment à ces chanteurs volatiles, entendez ce mot dans le sens qu’il vous plaira, comme un nom ou un adjectif, ou polysémiquement comme les deux, un ouvrage de plus intéressants « Habiter en oiseaux »(1)(2), approches philosophiques, éthologiques, au croisement de pensées vivifiantes.

Ces animaux volants sont pourvus, à la différence de nombreux vertébrés, de syrinx siffleurs de douces mélodies. Quoi qu’entre un rossignol virtuose, un merle moqueur et chanteur, un corbeau coasseur et une pie jacassante, tous n’ont pas, à mon avis, le même degré de raffinement dans leurs chants et cris respectifs. Esthétiquement parlant. Mais n’étant ni ornithologue, ni audionaturaliste, ni grand connaisseur de chants d’oiseaux (respect posthume Mr Messiaen), ni philosophe éthologue, je me contenterai de parler des oiseaux comme des acteurs, que j’espère incontournables, dans la construction de paysages sonores.

A priori chantres des forêts, icône sonore égayant nos déambulations sylvestres, cible très prisé des preneurs de sons animaliers, le genre ailée n’en est pas moins bien présent en ville, souvent beaucoup plus que l’on ne croit.
Bien sûr, certaines espèces sont particulièrement visibles, et/ou audibles, selon les époques et les lieux.

Pour ce qui est des oiseaux en forêt, sa présence est essentiellement acoustique, voire acousmatique (écoute dont on ne voit pas la source) car, dans les forêts les plus densément boisées, on ne voit en fait que très peu d’oiseaux chanteurs. Par contre on peut en entendre beaucoup, si cependant la forêt n’a pas trop été abimée. Ici commence le règne des ornithologues et des identifications des espèces par l’oreille. Redoutable et ludique exercice. Ces chants, marqueurs sonores de biocosmes, de microcosmes forestiers, sont aussi des alertes, entre autre de la disparition progressive d’espèces, pour différentes raisons (monoculture, déforestation, incendies, changements climatiques…). Chaque chant qui ne se fait plus entendre, chaque syrinx qui se tait, a hélas de fortes chances de signaler la disparition, ou au mieux la migration d’une espèce, ou de plusieurs espèces.

Par exemple, les nuées d’étourneaux grappilleurs automnaux, qui viennent se reposer dans les grands platanes urbains, après une journée de piratage viticole, qui « enfientent »les voitures d’une belle couleur lie de vin, et même les passants téméraires s’aventurant sous les arbres, tout cela dans un incroyable nuage acoustique qui parfois se déplace dans l’espace avec une vélocité remarquable.

Citons aussi les combats de pies et de corbeaux qui se poursuivent d’arbre en arbre avec des cris guerriers, affaire de territoires, querelles qui n’appartient pas seulement à l’homme… Bon ce ne sont pas là les exemples les plus flatteurs en terme d’espaces sonores, quoique…. ni en terme sanitaire, avec le risque de se faire crotter le chapeau, au meilleur des cas si vous en portez.

Et que dire des parfois exaspérants roucoulements monotones des envahissants pigeons et tourterelles…

Le craquètement des cigognes qui jouent, sans chant ni cri de syrinx, des claquettes avec leurs becs, est assez surprenant pour qui l’entend pour la première fois, en Alsace ou ailleurs.

Certains soirs orageux, les martinets, réputés pour rester des jours en vol, voire y dormir, plongent très bas chasser les insectes en vol, dans de grandes flèches sonores assez stridentes, mais qui dessinent des espaces et des mouvements auriculaires des plus spectaculaires.

Le merle noir, migrateur, chanteur virtuose de ville, adore chanter haut et fort, au fait d’une toiture ou juché sur une cheminée. Un vrai phare auditif qui surveille la ville tout en sifflets, moqueurs, dit-on.

Dans certains sites architecturaux très minéraux, ce sont des chouettes et autres hiboux qui élisent domicile au creux des pierres et murailles, hululant à qui mieux mieux dés la nuit tombée. Je me souviens entre autre de beaux concerts nocturnes lors de résidences dans de superbes lieux tels l’Abbaye de Cluny et la Saline Royale d’Arc-et-Senans, toutes deux en Région Bourgogne Franche Comté.

Des éperviers habitent les tours des cathédrales et chassent en pleine ville, redoutables rapaces silencieux en hiver, et poussant de brefs « kiou kiou kiou » à l’époque de la nidification.

Et on pourrait encore longuement parler de ces oiseaux concertants, parfois déconcertants dans leurs rapports aux villes, à leur prédateurs, et aux hommes mais là, je sortirais de mon domaine de compétence.

Profitant du confinement des hommes lors de la crise du Covid, et surtout de celui de leurs polluantes automobiles, l’oiseau urbain s’est fait entendre à qui mieux mieux. Non pas qu’il est été plus nombreux, ni même qu’il ait piaillé plus fort, mais tout simplement parce qu’il n’avait plus la concurrence déloyale des sources sonores motorisées. L’émergence, ou plutôt la ré-émergence de ces sonorités avicoles en ont surpris, voire ravi plus d’un.e, redécouvrant une face cachée de leur environnement sonore quotidien et faisant de l’oiseau une nouvelle star chantante de la ville apaisée. Nombre d’articles, de commentaires, d’interviews l’ont démontré et en attestent au plus fort du confinement.
Pourtant, tout écouteur attentif, praticien de la ville comme une entité sonique, entendait, avant l’installation du méchant virus, chanter moult oiseaux urbains, ou de passage, dans les périodes de calme ou au cœur de lieux plus protégés, voire même au cœur des cités, sans forcément tendre l’oreille. d’autant plus que le spectre acoustique des oiseaux se situe dans un champ (chant) beaucoup plus élevé plus aigu dirait-on, que celui des transports. Il constitue donc constitue ce que l’on appelle justement une émergence sonore, se détachant nettement de la rumeur, du bruit de fond ambiant.

En fait, si on l’entend bien, c’est à dire en écoutant bien, le chant des oiseaux donne aux lieu une spatialisation qui en définit des contours, des champs, des mouvements toniques.
Prenons une place arborée ou un parc urbain, focalisons l’écoute sur les volatiles chantants, écoutons les dialogues, réponses, leurs déplacements sonores, froissements d’ailes compris. On a très souvent, surtout dans les matinées et les fins de journées printanières et estivales, un véritable pointillisme sonore, très précisément situable dans l’espace, qui vient d’ailleurs rompre avec les nappes épaisses et brouillonnes des circulations automobiles. Il peut s’agir pour nous de repères auriculaires donnant géographiquement l’échelle du lieu, et aussi un forme d’échelle sonore dans les fréquences comme dans les intensités.
C’est sans doute là un effet de filtrage acoustique qui peut nous permettre d’échapper à des formes sonores chaotiques fatigantes, en se accrochant à des éléments plus apaisants, moins agressifs, en principe, comme on peut le faire via des voix d’enfants dans un parc ou une cour d’école.
D’ailleurs, en parlant filtre ou psychoacoustique, pour employer un gros mot, nos protections acoustiques gomment sans doute la présence de voitures, comme celle d’oiseaux, dans une écoute urbaine globale peu consciente, ou peu aiguisée. Si par un réglage de type syntonisation (accord de fréquences en radiophonie), nous nous rebranchons sur la canal oiseau, alors nous constaterons qu’ils sont bien toujours là, et bien toujours perceptibles, voire clairement audibles.

Néanmoins, le bruit constant de la ville semble perturber le sommeil des moineaux, qui de plus, entendent moins, ou n’entendent plus les appels des oisillons qui ont faim, mettant en danger une espèce cohabitant depuis longtemps, de façon familière et sympathique avec les citadins.

Un des jeux de l’écoute paysagère consiste parfois à filtrer notre écoute en la canalisant, en tendant l’oreille vers des sources sonores choisies, animaux, enfants, fontaines, cloches, bruits de pas, vent, et en constatant que nous pouvons mettre en avant, ou quasiment ignorer des éléments auriculaires de notre environnement. Un sympathique jeu de filtrage et de mixage pour aiguiser l’oreille et en affuter ses capacités de discrimination (positive) des sons.

Notons également que des artistes ornithologues, ou passionnés d’oiseaux, trouvent mille richesses à noter, enregistrer, retranscrire sous forme musicale, de Clément Janequin à Olivier Messiaen, mais aussi aujourd’hui Bernard Fort et sa « Grive solitaire » ou encore Sainkho Namtchylak et ses impressionnants Night Birds.

Sans oublier l’immense travail de l’ornithologue Jean Rocher, un des pères de l’audionaturalisme qui a ouvert bien des oreilles à l’incroyable diversité des chants d’oiseaux dans le monde.

Les oiseaux, marqueurs acoustiques très présents dans nos environnement urbains, y compris dans les « mauvais jours », inspirateurs de compositeurs, sont une constituante importante du paysage sonore, et s’ils disparaissent de notre champ d‘écoute, chacun sait, ou devrait savoir, qu’il se passe alors des choses inquiétantes, voire plus, au niveau de nos milieux de vie.

 

1) https://www.actes-sud.fr/catalogue/nature-et-environnement/habiter-en-oiseau
2) https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/profession-philosophe-4974-vinciane-despret-philosophe-des-oiseaux

 

Écouter : Le chardonneret – France Culture –

Réouvrir des chemins d’écoute

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@visuel: Franz – texte GillesMalatray – Résidence d’écriture à Luxor Factory « Écoute voir le Locle » avec Jeanne Schmid – – Octobre 2018 – Le Locle (Suisse)

Le resserrement brutal de mes espaces d’écoute, durant les mois de confinement sanitaire, me fait d’autant plus apprécier aujourd’hui la réouverture de mes terrains d’aventure auriculaire favoris.

Durant une période drastiquement liberticide, certains média, pour moi la radio, ont maintenu l’accès à des paysages sonores, au sens large du terme, dépassant et élargissant les fenêtres de mon appartement, ou le kilomètre alentours, sans toutefois compenser un rétrécissement spatio-temporel pour le moins contraignant. Rétrécissement qui réduisit comme peau de chagrin nombre d’expériences et d’explorations sensibles.

Dans ma pratique au quotidien, dans le cœur-même de mon travail, ces dernières explorations m’étaient en fait devenus si familières que, bien que persuadé de leur bien-fondé, je n’en mesurais plus vraiment l’étendue de leurs richesses intrinsèques.

La levée de certaines mesures, notamment celles limitant les déplacements à un court périmètre, m’ont fait retrouver une sensation de liberté jusqu’alors muselée, entre autre celle de marcher loin dans la ville, de sentir l’air et le soleil caresser ma peau, d’être encore dehors entre chiens et loups, d’écouter les sons vibrer autour de mes oreilles, ceux ces cris d’enfants revenus dans les écoles et des conversations en terrasses de bars réouverts.

Certes, d’aucuns rétorqueront, et sans doute n’auront-ils pas tout à fait tord, qu’ils regrettent les « silences » de la ville et les oiseaux chanteurs stars de la scène sonore urbaine apaisée car dégraissée de son trop-plein automobile.

Néanmoins, réexpérimenter, après une période de sevrage sensoriel à l’air libre, les plaisirs d’arpenter à nouveau des espaces retrouvés, de s’immerger sans trop de contraintes dans des ambiances sonores, il est vrai parfois bien bougeonnes, me procurent, promeneur écoutant invétéré que je suis, une véritable ivresse, au cœur du bouillon (ou brouillon) de ville.

Ville qui aurait retrouvé tout à la fois ses good vibrations comme ses bad vibrations, mais néanmoins en serait redevenue vivante à mes oreilles avides.

Réouvrir des chemins d’écoute*, c’est reprendre, même en partie, même progressivement, et avec moult incertitudes concernant l’avenir proche, et celui plus lointain, des déambulations auditives; c’est remettre mes oreilles en chantier auriculaire, à l’affût de mille traces sonores ré-offertes, comme de simples et pourtant beaux et généreux cadeaux de la vie quotidienne.

* Appelés aussi, dans le langage Desartsonnants PAS – Parcours Audio Sensibles

Appel 2020 | Fenêtres d’écoute (Field recording –

Avatar de DesartsonnantsDesartsonnants

Fenêtres d’écoute/Listening windows 2ème phase #NoLA2020

Déconfinez l’écoute

Dans le cadre de l’action NoLA – No Lockdown Art 2020, lancé par Transcultures et les Pépinières européennes de Création, les 2 partenaires ont été très heureux de s’associer au projet Fenêtres d’écoute, initié au début du confinement par leur complice Gilles Malatray (animateur/fondateur de Desartsonnants) qui a invité à développer des formes de “Points d’ouïe” adaptés aux circonstances contraignantes. Inspiré par les performances chantées et musicales des fenêtres et balcons italiens, mixés à ses propres points d’ouïe et autres bancs d’écoute, Desartsonnants a lancé un appel collaboratif et participatif.

Après cette première phase pendant laquelle ont été collectées des captations sonores de différentes villes, pays, voire continents, témoignages d’écoutes enfermés, confinées… réunis par Gilles Malatray et consultables par tout un chacun sur une plateforme dédiée, l’artiste lance la 2ème phase créative et participative du projet.

Par le biais d’un appel…

Voir l’article original 287 mots de plus

Point d’ouïe, s’assoir et rencontrer le monde

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© photo Jeanne Schmid, banc au Locle, résidence artistique à Luxor Factory

Il y a des marches, des déambulations, des arpentages…
il y a des pauses…
S’assoir, se poser dans la ville, l’écouter, la regarder, rencontrer, échanger…
Un banc, des marches de pierre, un auvent…
Ritualiser le geste, l’action itérée, réitérée.
Rituel d’occupation tranquille des lieux.
Micro performance en toute discrétion.
– Bonjour Monsieur !
– Bonjour !
– Qu’est-ce que vous faites, souvent assis sur ce banc ?
ou bien encore
– Vous lisez beaucoup, qu’est-ce que vous lisez là ?
Réponses en fonction, des entames de conversation.
Échanges sur nos lectures, notre travail, le temps qu’il fait, ou qu’il fera, les sons qui passent, le Covid, le climat, la politique, le tout et le rien, et inversement…
Lorsque je pense à ces moments, quasi quotidiens, je m’aperçois combien j’ai déjà pratiqué, et pratique encore, ce « dispositif d’être et de faire sans le paraitre » doucement, de façon instinctive, dans bien des villes, villages, parcs publics, places…
Un brin d’intimité réconfortante.
Histoire d’apprivoiser les lieux, d’entendre leurs histoires, récits, pures fictions ou non,  de la bouche de ses habitants aussi…
La ville à ouïr ouverte.
La ville à dires ouverts.
Souvenirs, bancs d’écoute à Mons, Lausanne, Le Locle, Victoriaville, Tananarive, Vienne, Sabugeiro, Lisbonne, Paris, Lyon, Saint-Pétersbourg, Malves-en-Minervois, Toulouse, Orléans, Kaliningrad…
Chroniques bancales, et pourtant…
Si le banc n’existait pas il faudrait l’inventer, et surtout l’installer, comme un maillage de points d’ouïe, de points de mire, de points de dire…
Rien n’est plus triste qu’une ville sans bancs.
Prendre le temps…
Et combien par l’entremise de ces assises publiques, de personnes ainsi rencontrées, un fois, ou de nombreuses fois.
Combien d’histoires entendues, discutés, tricotées, inachevées, en chantier…
Combien de conversations entamées, parfois poursuivies au jour le jour, paroles croisées, petits ou grands malheurs et joies échangés, espoirs et désespoirs, états d’âmes, colères ou résignations, aménités curieuses…
La répétition de gestes simples, se poser, ici ou là, lire, écrire, être ouvert au temps qui passe, qui va qui vient, au monde alentour, aux passants et passantes.
Être une présence qui questionne, une présence récurrente, bienveillante, parfois un poil anachronique.
Ce soir, trois personnes connues et deux nouvelles rencontrées…
 
 

 

Points d’ouïe, nouveaux écrits

 

Dernières mises en ligne

Une compilation d’écrits « Chronique d’un promeneur écoutant confiné » autour de la crise sanitaire que nous traversons et de ses ambiances sonores

https://www.academia.edu/43306986/Chronique_dun_promeneur_%C3%A9coutant_confin%C3%A9

 

Un texte « L’écoute à la carte » autour des cartographies sonores

https://www.academia.edu/43307361/L%C3%A9coute_%C3%A0_la_carte

Point d’ouïe, le paysage sonore, une approche transversale

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Je pense, de plus en plus fortement d’ailleurs, que travailler la notion de paysage sonore pour elle-même, de considérer le point d’ouïe de façon autocentrée, n’est pas satisfaisant.
Cela réduit le champ de pensée et d’action à une visée esthétique qui, si elle demeure des plus intéressantes, reste en partie coupée d’une société où les interactions sont de plus en plus nombreuses et complexes, pour le meilleur et pour le pire. L’actualité nous le montre un peu plus chaque jour.

Il ne s’agit pas pour autant de se proclamer artiste spécialiste multi-compétences, pouvant répondre à de nombreux problèmes, possédant des savoir-faire et une super boite à outils universelle, cela relèverait de la plus haute fumisterie.

Il est plutôt question de prendre en compte un paysage sonore à l’aune de différents champs, où différents acteurs viennent croiser leurs compétences pour tenter d’analyser les situations de terrain et d’y apporter quelques réponses des plus pertinentes que possible. Réponses qui seront d’autant plus pertinentes si elles sont frottées à plusieurs enjeux, via différents outils de lecture, dispositifs, processus…

Le champ du paysage sonore est donc une des problématiques soulevées, en regard de questionnements plus globaux concernant des milieux spécifiques, qu’ils soient urbains, péri-urbains, ruraux, en sites naturels ou dans des aménagements touristiques, industriels…

Ainsi, les processus d’aménagement du territoire, l’urbanisme, l’architecture, la gestion paysagère, les questions de mobilités, de santé publique, de loisirs, d’approches artistiques et culturelles… pourront questionner de concert les espaces investis.

Le rôle de l’artiste, que je suis en tant que promeneur écoutant, restant ici dans celui qui propose une approche sensible, notamment par l’écoute, le soundwalking (marche d’écoute) et autres PAS – Parcours Audio Sensibles, comme dans la création sonore paysagère. Ces approches venant décaler les perceptions pour donner à entendre autrement, voire à ré-écouter, pourront compléter des opérations plus techniques, par exemple en terme de métrologie, d’études des comportements…

Paysage géographique, topologique, visuel, sonore, territoire aménagé, espaces sensibles, le terrain est multiple, hétérophonique. Les habitants, les passagers, les visiteurs, les travailleurs… sont à la fois acteurs/producteurs, y compris d’émissions sonores et récepteurs, ou réceptifs, à une grande quantité de stimuli. Parfois tellement grande, avec des phases de saturation, différentes pollutions, qu’il faut s’inquiéter des conditions de vie, de travail, de santé, d’équilibre physique et mental, avant-même de rechercher le bien-être.

On peut travailler conjointement par exemple, la recherche de zones de fraicheur, en prévision de périodes caniculaires, liée à celle de zones calmes, de lieux isolés, ou tout au moins apaisés. Ce qui nous conduit à penser des cheminements piétonniers alliant ombre et calme, où l’aménagement urbanistique, paysager est soumis à différentes contraintes, entre fonctionnalité et plaisir, sécurité et dépaysement sensible…
En cela, l’approche de paysages sonores comme un composante d’un milieu global, qui ne serait pas traités uniquement en terme d’isolation de la pollution sonore, ni comme une seule mise en œuvre esthétique, mais aussi comme une recherche d’espaces de vie ou de loisirs socialement valorisants.

Comment mieux s’entendre, se comprendre, d’un regard et d’une écoute, pouvoir prendre le temps de marcher hors des grandes allées bétonnées, ou des sentiers battus ? Comment s’étonner de l’oiseau ré-entendu, pour rester dans une récente actualité, d’un ruisseau rafraîchissant, de bruits de pas sur différents matériaux, de bruissements végétaux, associés à des couleurs, des odeurs… ? Comment profiter de mobiliers urbains, bancs, abris, pour y faire des pauses, écouter battre le pouls de la cité, jouir de cadres amènes, discuter sereinement… ?

Il nous faut penser des espaces de socialité, où la rencontre est possible, voire privilégiée, comme une nécessité humaine non distanciée, sans trop de contraintes; réfléchir à du mobilier urbain, des aménagements qui soient aussi fonctionnels qu’agréables, non discriminants.

Ce sont pour moi des problématiques récurrentes, qui questionnent ma position de paysagiste sonore, sans tomber dans l’utopie du « tout est beau », mais en restant engagé dans un société où les urgences écologiques sont Oh combien trop négligées, si ce n’est écrasées par des logiques de développement véritablement mortifères.

 

Bruitalité urbaine

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Bruitalité ?
Mot-valise
Barbarisme briutal
barbarisme bruitiste
Bruitalisme…

Comme bruissonnance
indice vie
contre silence demeure
bruitalité frétille oreille
s’ébruite comme gouttes
gouttes sonifères
s’égouttent comme bruits.

Bruitalité briutale
bruitalisme
comme assourdissement
attaque sonique
crue ondes bruitoniques.

Ici je banc d’écoute
écrivant bruitique
voiture déverse torrent musique
festive électro
agressive électro
points d’ouïe…

Flux voitures revenues
voitures revenues
voitures revenues
voitures revenues
voitures revenues
voitures revenues
voitures revenues…

beaucoup  passager unique
si de rien n’était
bruitatalement parlant.

Vroum…

Bruité.

Bruitalité métaphore
monde mal traitance
sous traitance
lobbies bruitalisants
monde oreille peine
corps entier
trouver repos.

Bruitalité ça
et contraire
verre trop plein
trop vide
moitié de tout.

Et…

Scènes villes
non saines villes
épipandémie sonore
proliférante
paupérisation aseptisée
pandémisée
silences étouffés…

Bruitalité multiple
déploiements écoutes
faire entendre
faire entendre meilleur
faire entendre pire
pire meilleur
meilleur pire
sous pires
ex pires
en pires…

Bruitalité oasis
source bruit sonnante…

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Point d’ouïe, jardin sonique, jardin tonique

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Point d’ouïe

19h30 d’un soir déconfiné

un temps estival avant l’heure

un jardin public

un banc

un lieu ivre de vie

un lieu débordant de vie

apéros

pique-niques

sports

anniversaires

jeux d’enfants à force cris

ça sonne

ça bruissonne

ça vibrillonne

tout ça à mes oreille comblées

la vie

dans ses plus vifs flux et reflux

la vie qui me saute aux oreilles

la vie joyeuse

la vie insouciante dans l’instant

et mes oreilles réconfortées

tirées d’enfermements

comme désenfermées

hors de silences anxiogènes

hors de cadres trop cadrés

ainsi la vie abonde

en mille sonorités

comme balles bondissantes

auriculairement pétillantes

la vie toute pétulante

une vivacité acoustique

si exubérante soit-elle

qui jamais ce soir ne m’agresse

qui jamais ce soir ne m’envahit

qui jamais ce soir ne m’oppresse

qui bien au contraire ce soir

est  pur miel pour mes oreilles

précédemment en manque

trop privées d’un substrat audio-sociétale.

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Un paysagiste sonore

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Un paysagiste sonore est un homme à l’oreille curieuse, qui puise dans le paysage de la matière sonore, pour la ré-agencer et la réinstaller parfois, la repenser, souvent dans des gestes collectifs.

Il revisite ainsi de nombreux espaces inouïs, des jardins sonores à parcourir, des formes de musées auriculaires vivants, à ciel ouvert, à 360°, arpentés toutes oreilles dehors.

Il pense toujours à l’échelle acoustique des lieux, avec la voix comme étalon, pour ne pas saturer ou déséquilibrer des espaces auriculaires par essence fragiles et instables.

Il pense esthétique, écologie, sociabilité…

Il est essentiellement acteur du dehors, et il enseigne, transmet, participe à des groupes de travail, séminaires, ateliers…

Il a une vision politique, au sens d’une réflexion sur la place et de la responsabilité du citoyen écouteur/producteur, de l’aménagement du territoire qui prenne en compte les milieux sonores, avec leurs beautés et leurs dysfonctionnements.

Il propose des parcours d’écoutes, des balades sonores, PAS – Parcours Audio Sensibles, pour arpenter des sites auriculaires à découvrir collectivement, au fil de marches sensorielles.

Il aime les espaces-temps nocturnes, écrins à des ambiances spécifiques, et propices à des expériences audio-kinesthésiques sublimées.

Il cherches des postures physiques et mentales ad hoc, pour mieux jouir de moult écoutes, sources, acoustiques…

Il cherche des cadres d’écoute, installe des points d’ouïe, les inaugure parfois, invite le public à s’immerger dans les sons, à les découvrir au fil de grands panoramiques, d’espaces intimes, de points fixes ou en mouvement, de coupures ou de fondus…

Il imagine des scripts, des scénari, des mises en situation contextuelles, des mises en scène d’écoutes in situ, gardant en ligne de mire l’importance du relationnel comme moteur de recherche-action.

Il cogite des paysages sonores à partager, avec leurs singularités et leurs communs, leurs spécificités et leurs récurrences quasi universelles, l’espace d’une écoute, et plus encore, et plus en corps…

Il convoque des champs d’expériences croisées, en textes et images, danse et arts plastiques, abordant l’espace public, naturel ou urbain comme un art du sonore pluriel, qui revisite nos lieux de vie en en privilégiant les aménités.

Il garde, voire fabrique des traces, pour alimenter son travail, sa réflexion, partager la transmission, penser des gestes à venir, construire le récit audiobaladologique de ses expériences d’écoutant.
 
Il tente de combattre certaines formes de surdités au monde, de celles qui ferment l’écoute et les esprits, généralisent la contamination de la pensée unique et empêchent la créativité, la résistance à des emballements catastrophiques. Mais là, il se sent souvent bien impuissant ! Alors, il garde plus que jamais l’oreille aux aguets, ouverte à une altérité bienveillante et sans doute salutaire.

Texte original de 2007, toujours d’actualité, remis à jour.

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PAS – Parcours Audio Sensible nocturne – Transcultures, Festival City Sonic 2017 à Charleroi     @photo Zoé Tabourdiot

La marche urbaine, l’écoute, et les calculs salutaires

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PAS – parcours Audio Sensible – Saillans Drôme – Festival « Et pendant ce temps les avions –  avril 2017

Mon activité de marcheur écoutant, bien que dernièrement drastiquement réduite lors du confinement réducteur de distance, m’a poussé à observer mes co-marcheurs urbains, croisées de chaussées en trottoirs.

Lors de cette crise sanitaire, loin de la meilleure façon de marcher en mettant un pied devant l’autre et en recommençant, nos sourdes anxiétés virales ont très sensiblement transformé nos gestes d’homo-déambulatori.

Tout d’abord, durant la phase de confinement stricte, qui nous a cueilli de façon brutale et assez radicale, l’espace comme la durée, ainsi que les motivations à marcher, y compris pour écouter la ville, se sont drastiquement réduits. Des espaces interdits, confisqués à l’usage du piéton.

Plus question d’aller flâner sur les berges d’un fleuve (fermées) ou de faire du lèche-vitrines de magasins en magasins (fermés). Difficile également de profiter, de jouir d’une décroissance sonore contextuelle. Il fallait agir fonctionnellement et rapidement.

Un kilomètre, une heure, avec une auto-dérogation de sortie en poche pour éviter la verbalisation.

Tout cela à changé radicalement nos habitudes, en tous cas pour ceux qui, comme moi, prenons la cité, et ses abords, comme des espaces d’expérimentations sensibles, où la marche, et pour moi la marche d’écoute, est une forme de jeu exploratoire modulable à l’infini. Et qui plus est, restriction des expérimentations majoritairement collectives, dont la pratique est fortement remise en question par les barrières sanitaires.

On est alors obligé de composer avec ces nouvelles règles, et dés lors de calculer bien plus qu’avant. Il nous faut calibrer notre espaces entre un intérieur très enclos et un extérieur ouvert, mais néanmoins Oh combien rétréci.

Nos calculs porteront sur les distances parcourus, nos périmètres d’arpentages tolérés, attentifs à rester, approximativement, dans les règles, dans les espaces-temps autorisés, surveillés, quadrillés, encadrés… une sorte de nouvelle prison à ciel ouvert. Espace déambulatoire resserré, qui nous pousse parfois à refaire invariablement les mêmes trajets, sécurisants car respectant la proximité imposée, quitte à les user progressivement, sensoriellement compris.

Durant le confinement, et même encore aujourd’hui, alors que celui-ci est sensé être levé, ou assoupli, depuis plus d’une semaine, l’espace public marchable est encore calculé, anticipé, et quelque part rationalisé.

Quand sera t-il opportun de changer de trottoir, de descendre la la chaussée, de se glisser le long d’un mur, pour éviter autant que faire se peut la proximité potentiellement sanitairement dangereuse ? L’ennemi est partout, chez le passant croisé et soigneusement évité.

Comment feinter, sans trop toutefois le montrer, pour ne pas croiser l’autre, danger possible viralement parlant ?

Quels espaces risquant d’être les plus occupés, devraient-on éviter ?

Quelle sera l’heure la plus propice pour faire ses courses, et dans quel commerce se sentira t-on en sécurité, en rencontrant le moins de monde que possible ?

Autant de calculs stratégiques pour éviter, esquiver, ne pas se retrouver nez-à-nez avec l’autre, qui d’ailleurs en fera tout autant.

Des questions, des calculs, des contraintes, qui impacterons non seulement notre façon de marcher, d’écouter, de communiquer, mais notre vie sociale dans sa globalité.

Les stratégies d’esquive et de dérobade, le jeu des masques si je puis dire, loin de favoriser le relationnel, la proximité intime, celle que je recherchais et tâchais d’installer précédemment, de la façon la plus spontanée que possible, dans mes PAS – Parcours Audio Sensibles, se jouent aujourd’hui hélas dans l’évitement et la prise de distance. Une altérité et des sociabilités mises à mal.

Jusqu’à quand ces fameuses barrières sanitaires et sociales nous feront-elles souffrir d’un sentiment d’isolement qui nous réduit à des sortes de particules marchantes et écoutantes individuelles, plus ou moins distanciées et isolées les unes des autres ?`

Ces appréhensions, peurs, du risque encouru au contact d’autrui, au fait de marche et d’écouter ensemble, et parfois-même de se toucher pour mieux s’entendre dureront-elles encore longtemps, créant ainsi progressivement des vides, aussi bien culturels que sociaux ?

Combien nous faudra t-il encore calculer des stratégies de la distance spatiale, sociale, des temporalités, des itinéraires, des contraintes en tous genres, pour retrouver des espaces de sociabilités plus apaisés, plus ouverts ? Et je ne parlerai pas ici, pour ne pas noircir le tableau plus que de raison, des risques climatiques qui fondent sur nous à grande vitesse.

Les réponses ne sont pas des plus évidentes. En attendant, les gestes de marche, d’écoute, de constructions collectives de paysages sonores, tentent de se chercher des failles, des interstices, quitte peut-être à jouer avec les limites, tout en respectant les espaces de libertés de chacun, pour garder un cap préservant de belles écoutes, bienveillantes et constructives.

Lyon le 18 mai 2020

Point d’ouïe, se déconfiner l’écoute

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L’intensité, assumée et recherchée, d’une écoute, notamment celle du du monde environnent, écoute existentielle, nous réveille d’une torpeur inconsciente, et nous soustrait à d’insidieux  glissements vers des acceptations mortifères.

Chaque matin, l’oreille doit être, et rester, avide de cueillir mille sons, comme des plaisirs ou déplaisirs, qui nous relient ou nous séparent, mais nous maintiennent dans une vie agissante et pas trop aliénée.

Entre presque silence et bruitalisation urbaine

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Solitaire sifflant @Blandine Rivière

 

Après la stupeur de l’effondrement, de la ville fantômisée, des espaces démesurément vierges d’activités, passé l’installation d’un calme plus inquiétant que serein, la ville s’ébroue à nouveau.

Elle s’ébruite progressivement.

Pas besoin de la regarder, juste lui tendre une oreille de sa fenêtre ouverte.

Le silence, à défaut d’être rompu, perd du terrain, en même temps que son calme.

Les ouatures cotonneuses se déchirent.

Les voitures rouleuses se déconfinent sans vergogne, redonnant du moteur et du claque qui sonne à tour de roues.

Les gazouillis s’estompent car eux sont aussi masqués, et ce n’est qu’un début.

Et comme l’espace public, ainsi que l’autre, notre co-habitant, sont potentiellement de dangereux ennemis semant la pandémie.

Et comme le transport en commun est aujourd’hui trop en commun, terreau de germes viraux, brouillon de culture insanitaire, espace bardé de contraintes…

L’habitacle carrossé fait effet de refuge inviolable, invirussable.

La sécurité distanciée d’un chez-soi sur pneus.

Et la voiture de reprendre la route, peut-être plus que jamais, ou pire que jamais, ou les deux on ne sait jamais.

A tombeau roulant, bruitalisant la cité, et même urbi et orbi.

Mais le piéton aussi repeuple la cité.

D’abord ombre fugitive esquivant le voisin trop pressant.

Heureusement, les postillons ne roulent plus, le crachat de la poste faisant froid !

Ainsi le passant, masqué, défie croit-il, la reconnaissance faciale, pour un instant, pour un instant seulement.

Piéton redonnant de la voix dans la voie.

D’ailleurs à propos du masque,  c’est à l’origine objet de théâtre, antique.

Il se nomme personna, mon nom est personne, et mon masque le personnage que je joue…

Du verbe latin per-sonare, qui sonne par, à travers, et par extension qui parle à travers, et non pas à tord et à travers. Quoique…

Car le masque d’alors ne cache pas la parole, bien au contraire, artifice acoustique, il l’amplifie, la fait porter, publique.

Pas sûr que cela soit vraiment le cas aujourd’hui.

Un théâtre urbain d’ombres solitaires distanciées n’aide pas l’échange cordial.

C’est un terrain miné, qui musèle brutalement des velléités de révolte, jugées sanitairement bien trop bruyantes !

L’ether nu ment !

Si le silence se déchire par voix et voitures, la société s’est  sensiblement désociabilisée, sans doute via la politique entretenue de la peur généralisée, bâillon plus redoutable que bien des masques, même de fer.

 

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Ombres urbaines @Blandine Rivière

 

Photos Blandine Rivière – Texte Gilles Malatray

Écrit et ouï  de mes fenêtres 06 mai 2020 – https://soundatmyndow.tumblr.com/

Les écrits urbains, ce que la voix ne peut aujourd’hui faire entendre

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Sur fond de crise sanitaire

entre autres crises

la révolte s’étouffe

ou se fait étouffer

taclée d’espaces empêchés

la parole

surtout celle dissidente

se confine

se tait

se fait taire

des rassemblements proscrits

interdits

sanctionnés

réprimés

des voix muselées

parfois éclatées en fenêtres

confinées en silence

confinées au silence

alors

le texte

l’écriteau

la banderole

donnent de la voix

s’affichent publiquement

sur murs support

fenêtres support

mobiliers urbains support

portes support

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ainsi la grogne couve toujours

s’écrit

se placarde

ce que l’on met sous cloche d’un côté

réapparait d’un autre en mots collés

le fait n’est pas nouveau

mais en ces temps de crises

crises multiples et sclérosantes

nourries de silences imposés

de censures généralisées

l’écrit prend du poids

prend un autre poids

en guerilla de mots dits

et parfois

rassérénante ou non

s’installe la poésie.

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@ Photos Blandine Rivièretexte Gilles Malatray

Fenêtres d’écoute/Listening windows : https://soundatmyndow.tumblr.com/

https://soundatmyndow.tumblr.com/archive

Points d’ouïe, le rituel de vingt heures à ma fenêtre

2020-04-1520casserole20et20plumeauc2a9b20riviere@photo – Blandine Rivière – https://blandineriviere.tumblr.com/

Une composition tout à fait personnelle, vidéo sonore, à partir d’enregistrements et photos de ma fenêtre, et de celle d’une voisine d’en face.
Lyon 9e, place de Paris
Contributeur et contributrice :
Gilles Malatray, sons et photos – https://desartsonnantsbis.com/
Blandine Rivière, photos – https://blandineriviere.tumblr.com/

 

 

Fenêtres d’écoute/Listening windows – https://soundatmyndow.tumblr.com/

Point d’ouïe – point de vue, de nos fenêtres, vu et entendu

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@photo – Nicolas Frémiot – http://nicolasfremiot.fr/

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Une vidéo sonore issue d’un projet collectif, contributif, à distance. Chacun de sa fenêtre échange des choses vues, entendues, en période de confinement sanitaire.

Photos de Nicolas Frémiot (Paris) – http://nicolasfremiot.fr

Prise de son de Laurent Jarrige (Paris) – https://laurentjarrige.wordpress.com/

Création sonore de Gilles Malatray (Lyon) – https://desartsonnantsbis.com/

 

Projet Fenêtres d’écoute/Listening windows

https://soundatmyndow.tumblr.com/archive

 

 

 

 

Point d’ouïe à distance

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Quand un virulent virus

met nos vies à distance

met nos écoutes à distance

de rues en fenêtres

et de fenêtres en rues

l’oreille en pavillon sanitaire

l’oreille en pavillon solitaire

celle de la quarantaine

qui entend bien les distanciations

les barrières auriculaires

se parler mais de  loin

s’écouter mais de loin

sans intime proximité

la voix ne sonne plus au creux de l’oreille

le chuchotement devient un geste trop proche

peut-être trop complice

comme un symbole d’infraction sociale

qui mettrait nos paroles hors de portée

dans une une résistance non tracée

d’un Big Brother qui vous écoute.

 

https://soundatmyndow.tumblr.com/

 

 

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible, partition n°9 « variations covid-19 »

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Lieu :  A vos fenêtres, balcons, terrasses
Temporalité :  A votre choix
Participant (s): Solitaire
Milieu : Urbain ou rural
Spécificité : Une écoute bien cadrée et confinée

Actions immobile :
– Choisissez une fenêtre, un bacon, une terrasse, un coin de jardin
– En regardant au dehors, écoutez, imaginez que vous marchécouter
– Suivez des yeux des promeneurs, mettez vous à la place de leurs oreilles
– Réitérez cette expérience à différentes heures, autant de fois que bon vous semble
– Gardez l’expérience dans un coin de votre mémoire.

Variante 1, mobile
Effectuez un PAS – Parcours Audio sensible en mode solitaire, dans la limite d’une heure et du kilomètre réglementaire autour de chez vous, muni votre autorisation dérogatoire de sortie. Si les forces de l’ordre vous interpellent, prétextez la marche comme activité physique (en rapport avec la case cochée) si vous parlez de PAS – Parcours Audio Sensibles, on ne vous comprendra pas et vous vous exposerez à un amende. La marchécoute devient ici clandestine, et acte de résistance !

 

Entre temps, vous pouvez aussi écoutez vers d’autres fenêtres ouvertes, voire contribuer au projet « Fenêtres d’écoute/Listening windows ».

https://soundatmyndow.tumblr.com/

https://soundatmyndow.tumblr.com/archive

Points d’ouïe, une façon d’être au monde

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Confiné par cette crise sanitaire qui n’en finit pas de finir, dans une réflexion qui prend parfois, bon gré mal gré, des allures quasi monacales, la notion de point d’ouïe se pose encore, peut-être pour moi plus nécessaire que jamais.
Je creuse cette idée d’écoute, et de lieu et de posture d’écoute, comme un objet portant et maintenant une attention, voire une tension sur le monde environnant, dans tous ses balbutiements, ses incertitudes, ses tâtonnements et sans doute ses peurs d’un avenir plus incertain que jamais.
Des angles d’approche se dessinent.
Le point d’ouïe géographique, le point d’ouïe touchant à l’image, voire à l’imaginaire, et enfin celui qui se rattache à l’idée, à la pensée active développée par une écoute circonstanciée.

Point d’ouïe, de là où je suis, de là où j’écoute
La première approche, sans doute la plus évidente dans l’énoncé même du point d’ouïe, est pour moi celle d’un point d’écoute localisé, géographié, un Locus Sonus, pour reprendre le nom d’un laboratoire de recherche marseillais autour de la chose sonore et de ses mobilités.
La question est donc d’où est-ce que j’écoute ? Comment j’écoute, de là où j’écoute ? Et comment, de là où j’écoute, je peut parler de ce que j’entends, en terme de point d’ouïe ?
Quelles sont les circonstances, ou facteurs, critères, qui m’ont fait choisir tel lieu plutôt qu’un autre ? Un lieu avec lequel je m’entends bien. Qu’elle est la part d’arbitraire, de non maitrisé, d’hasardeux, en regard d’un choix délibéré, réfléchi, anticipé, dans la localisation d’un poste d’écoute, même temporaire et très bref ?
Sans doute peut-on penser que, selon les circonstances, les projets d’écoute, les lieux définis sciemment et ceux qui s’imposent plus ou moins naturellement, alternent et parfois se superposent même, en des cheminements mi-contrôlés, mi-spontanés.
Si l’on prend le cas d’un PAS – Parcours Audio Sensible, d’une marche d’écoute, les points d’ouïe viendront jalonner, entrecouper la déambulation, soit qu’is aient été repérés préalablement, soit qu’ils se présentent de façon quasi incontournable, par des aléas sonores méritant un arrêt sur image sonore.
En fonction du lieu, de son acoustique, de ses sources sonores, activités du moment, l’espace d’écoute que j’aurai décidé comme tel va donc faire entendre sa propre géographie acoustique, du topos et du tempus, là où, et au moment où.
Le point d’écoute, qu’il soit remarquable, emblématique, ou plutôt indifférencié, nourrit la curiosité auriculaire de l’écoutant. Il lui fournit un cadre, un là où je suis, qui permet peut-être de ne pas trop égarer l’oreille dans les méandres infinies des ambiances acoustiques, et parfois des saturations complexes.
Par exemple, la situation de confinement sanitaire, vécue à l’instant où j’écris ces lignes, impose des cadres assez strictes. Mes fenêtres, et parfois le court trajet de mon domicile au lieu où je vais faire mes courses. La situation est ici inédite, et de plus, dure suffisamment pour en devenir lieu d’itération où se comparent les jours qui passent, avec leur monotonie et leurs variations sans cesse renouvelées.
Une expérience du lieu-cadre comme point de référence, pivot et champs d’expérimentation, géographiquement prédéterminé par notre lieu de résidence, et/ou de confinement, est ici totalement inédite, et en cela inouïe.
Fort heureusement, cette expérience du point d’ouïe confiné, fortement contraint est, en tous cas espérons-le, exceptionnelle. Si elle nous pose, voire impose des cadres d’écoutes singuliers et de nouvelles façons de les penser, sa violence et sa durée ne sont pas choses faciles à vivre.
Lorsque nos oreilles retrouverons la liberté de choisir des lieux d’écoute extérieurs, gageons que nous apprécieront plus que jamais ces espaces retrouvés, sons y compris, même si certains redeviennent vite envahissants.
L’importance du « là où j’écoute », de la géographie embrasée par l’oreille, des ambiances intrinsèques à un lieu donné, des activités qui animent ce dernier, humaines, météorologiques ou animales, mettent l’écoutant au cœur du concert de la vie, qu’il soit selon les moments, harmonieux ou bruitistes, concertants ou déconcertants.
On pourrait se questionner, de façon plus systématique, à chaque poste d’écoute choisi, sur le pourquoi et le comment, les raisons qui ont motivé notre choix, et au final, si c’était ou non « le bon lieu », pertinent dans ses réponses auriculaires. Ces questions soulèvent des problématiques toposoniques qui sont très liées au domaine de l’affect, du subjectif, de l’interprétation de ressentis. elles restent ainsi difficiles à évaluer, d’un individu ou d’un lieu à l’autre par exemple. Elles sont à considérer sans doute comme des formes de récits propres à chaque écoutant, et aux climats locaux dans lesquels ll est plongé au cœur de tels ou tels espaces. Néanmoins, ses récits, ancrés dans des points d’ouïe spécifiques, circonstanciés, mis bout à bout, raconteront sans doute pertinemment une histoire de nos paysages sonores en marche, et par-delà, de notre société, Oh combien chaotique et complexe ces temps-ci.

Point d’ouïe, l’image et l’idée que je m’en fais
Je réécoutais il y a peu, des émissions consacrées à Pierre Schaeffer. Intarissable et cultivé, ce personnage qui a dépoussiéré notre façon d’entendre, et bien au-delà, inventer de nouvelles façons d’écrire avec des sons.
Lors de ces entretiens, il parlait régulièrement d’image sonore, comme l’ont entre autres fait François Bayle, Michel Chion, et bien d’autres.
Ces derniers qualifiaient ce qui sortait du haut-parleur, entre musique et ambiances sonores, d’image-de-son, comme des représentations de l’auditeur, représentations d’objets sonores ou musicaux, ou constructions d’un cinéma pour l’oreille.
La question que je pose ici comme postulat, est d’adopter ces modes perceptifs, représentatifs, en regard, ou plutôt en écoute du paysage sonore, et ce par l’entremise du cadre point d’ouïe.
Après avoir donc choisi un lieu, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, nous sommes donc parés pour l’écouter d’oreille ferme, acceptant ainsi toutes les représentations/images qui pourraient en découler.
Prenons l’exemple d’une posture d’écoute, physique, assez classique, dans des approches pédagogiques comme dans des expériences performatives sensibles, l’écoute en aveugle, yeux fermés, avec éventuellement un bandeau…
Le monde du sonore peut effectivement se priver de la perception visuelle, pour parfois entrer plus avant dans une écoute profonde, attentive, immersive.
Même si j’aime associer et corréler les perceptions visuelles et sonores, avec toutes leurs connivences et leurs décalages de champs/hors-champs, cette écoute en aveugle est souvent riche.
Si on prend comme posture d’écoute un mode blind listening, que ce soit en situation de point d’ouïe fixe ou de marche guidée, c’est notamment pour éprouver un peu plus fortement l’image sonore interne, mentale, qui va se substituer à celle du regard ponctuellement confisqué.
Supposons que je sois guidé, en aveugle, dans un lieu qui m’est inconnu, et que je me poste pour l’écouter, sans le voir.
A quoi vais-je me rattacher ? A des sources connues, reconnues, courantes, peut-être rassurantes?
Ou bien au contraire à des choses spécifiques, singulières, pas nécessairement identifiées, et delà questionnantes, si ce n’est inquiétantes ?
Ou encore à un mélange des objets et ambiances sonores que nous avons déjà cataloguées comme reconnaissables dans notre immense banque de sons, et de celles qui devant encore à l’être, donc ignorées, non identifiables.
Et dans quelles sens ces images audio-mentales, ces représentations acousmatiques seront -elles plus ou moins en phase avec une certaine « réalité » du paysage entendu ?
Notre cerveau, par l’occultation de l’un de ses sens, reconstruira t-il un monde crédible, ou se laissera t-il berné par des trompes-oreilles qu’il aura cru reconnaitre ?
Cherchera t-il une forme de véracité ou au contraire un imaginaire assumé, voire recherché, via peut-être des sensations synesthésiques associant sons, formes couleurs,de façon très symboliques ou plus ou moins abstraites… ?
N’étant pas versé dans les domaines de la neuro-perception, je n’ai pas de réponses, ni d’explications suffisamment étayées et fondées, par une approche scientifique, à ces questions, pas plus que des modèles d’analyse efficients sur les expériences sensorielles vécues.
Néanmoins, je peux décrire nombre d’images sonores, fortes, éprouvées lors de parcours d’écoute vécus.
Certaines semblent irrémédiablement gravées dans ma mémoire. Des perceptions d’espaces, de profondeur, des géographies palpables de l’oreille, qui sont durablement associées à des lieux bien précis, des événements, des moments d’actions collectives…
Lors d’un parcours nocturne, souvent propice à la fabrication d’images mentales, nous nous sommes retrouvés, un groupe d’une vingtaine de personnes, dans un champ herbeux, dominant une vaste combe, à nuit tombée, allongés dans l’herbe, yeux fermés, durant une bonne vingtaine de minutes. Un panorama sonore à la fois sobre et très riche s’offrait à nous. Grillons, oiseaux nocturnes, chiens et vaches au loin, parfois des bribes de musique d’un fête en contrebas… Un paysage sans moteurs, et avec une incroyable mise en espace des sources, des plans acoustiques, des réverbérations lointaines.Tout un monde bruissonnant dans notre tête, créant un théâtre acousmatique, et intrinsèquement des images auriculaires plein les oreilles. C’est en tout cas ce qu’il est ressorti des échanges post promenade, qui elle fut silencieuse, pour être d’autant plus habitée par les sons.
Des exemples comme cela, je pourrais en citer bien d’autres, dans lesquels un imaginaire dopé par une écoute collective se déroule comme un film, dans laquelle, chacun à sa façon sans doute, se déroule ses propres images au gré du point d’ouïe stimulant.
Si je contextualise ces images sonores au prisme des points d’ouïe actuels, et dans un contexte de pandémie qui nous confine et rend notre écoute forcément plus recluse, je vois nettement des changements se profiler.
Par exemple dans ces fameux rituels de vingt heures, où beaucoup de personnes se mettent aux fenêtres et balcons, pour applaudir une profession, huer des politiques, de nombreux champs cadrés et hors-champs viennent créer de nouveaux imaginaires. Je vois les voisins d’en face, et j’en entends beaucoup, à droite, à gauche, au-dessus, que je ne vois pas. J’imagine alors qui sont mes voisins aux casseroles ou applaudissements. Ces spots auditifs, très cadrés dans le temps et dans l’espace, convoquent des images sonores, et visuelles, tendant à remplir une sorte de vide des hors-champs de signifiés audibles.
il y a donc ce que j’entends, le signifiant auriculaire, et l’image et la représentation que je m’en fait, le signifié entendu.
Et le fait de penser un paysage sonore par points d’ouïe permet de réunir et d’activer plusieurs entités structurantes de l’écoute, tel le lieu et le moment comme cadres, les objets écoutés, et les représentations mentales, ou images sonores associées.

Au-delà de l’image que me suggère un point d’ouïe, il y a également le jugement critique que je pourrais porter sur un paysage ambiant au travers cette forme de protocole, ou de scénario de mise en écoute que j’installe par l’intermédiaire du point d’ouïe.
Associé à l’image d’un lieu, des notions d’analyse, de jugement, d’appréciation, émergent de façon inéluctable de ces écoutes installées.
L’idée d’esthétique, que j’ai déjà abordée précédemment entre en jeu. Beau, pas beau, insipide, remarquable… ? Affaire de goût, de culture, et sans doute d’affect du jour et de l’instant. La question du jugement esthétique reste sujette à controverse, d’accord pas d’accord, en parti d’accord… L’urbain peut-il combler les oreilles, ou les agressent t-il a l’envi ? La campagne peut-elle être belle a entendre, ou mortifère, en écoute par exemple de la paupérisation systématique de ses écosystèmes des plaines céréalières dévastées? Je ne rentrerai pas ici dans un débat trop souvent conflictuel. C’est sans doute pour cela que je pose souvent cette question « Et avec ta ville, ton quartier, ta rue, ton village… tu t’entends comment ? Approche certes toujours personnelle, discutable, mais plus ouverte que les dichotomies beau/laid, agréable/désagréable. Les demi-teintes et divergences y sont permises, si ce n’est souhaitées. Le tout restant influencé des affinités sur le vif, quiétude d’un instant, irritation d’un autre, le paysage sonore étant très versatile, les jugements pourront être, d’un moment à l’autre, changeants, contrariés, sans pour autant se contredire.
Mais je reviens ici à l’approche sociale d’un lieu d’écoute, qui elle aussi influera, et de façon très sensible, l’analyse d’une ambiance saisie en point d’ouïe. La posture d’écoute, notamment en espace public, est forcément marquée de la vie sociale ambiante, qui se déroule devant et autour de nos oreilles comme devant nos yeux. Sociale donc politique, au sens premier du terme, en rapport à la chose commune que les sons mettent en scène, parfois en exergue, dans une espace cadré de cité audible.
Cette réflexion prend d’ailleurs un sens tout particulier au cœur de ce confinement sanitaire, qui place les fenêtres ouvertes comme des points d’ouïe privilégiés, sinon obligés.
Donc je me poste, scrute de l’oreille, et sens les tensions, les violences, comme les moments plus apaisés, sinon des instants de quiétude.
Les sirènes, police, pompiers et ambulances, qui sillonnent inlassablement les cités sont des signaux souvent liés à des tensions, dangers, accidents, donc nous font entendre un paysage urbain plutôt stressant.
Dans les périodes de mouvements sociaux, et nous en vivons à répétition ces temps-ci, les cris, slogans, chants et musiques offrent une tonicité frondeuse, mais hélas trop souvent contrariée de heurts, violences, bruits de grenades et autres sonorités aux accents guerriers.
Le son est ici, plus que jamais, un marqueur de soubresauts sociétaux, entre liesses collectives contestataires, généreuses, désir de casser, et répressions, souvent démesurées.
Prendre le temps d’écouter la cité, c’est accepter que la ville politique nous saute aux oreilles, pour le meilleur et pour le pire.
Il ne s’agit plus là d’une image, d’impressions, même si elles sont toujours bien présentes, mais d’une écoute qui nous met en relation directe avec notre monde turbulent, et souvent nous pousse à prendre parti, à accepter, refuser, se retirer, rentrer dans la ronde…
Le point d’ouïe est pour moi étroitement lié au point de vue. Non pas le belvédère d’où je contemple, de loin, un beau panorama, mais celui de l’idée que je défends, parfois à chaud, face aux choses qui ne sont pas que vues, mais aussi entendues.
Un feu d’artifice et une répression à grand renfort de grenades lacrymogènes ne sonnent pas pareil, et surtout, ne s’entendent pas avec la même oreille.
Les points d’ouïe nous font entendre, et comprendre, voire juger un monde parfois emprunt de joie de vivre, mais aussi déchiré de violentes tensions, elles-même signes d’une séries de graves crises et dysfonctionnements parfaitement audibles.
Tendre l’oreille est aussi une façon de rester dans une dynamique d’écoutant actif, tendre l’oreille vers l’autre, et vers tous les signaux à même de nous faire percevoir les menaces multiples de notre époque.
Les points d’ouïe sont pour moi comme des radios ouvertes sur le monde, où via l’oreille l’écoutant à son mot à dire, et la place de se faire entendre.

.

Points d’ouïe, fenêtres d’écoute, de l’extime à l’intime, une résistance

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Cela va faire maintenant presque cinq semaines que, dans mon confinement d’écoutant, j’ai lancé au gré des réseaux l’appel à contributions « Fenêtres d’écoute – Listening windows.
Et il est toujours actif, alimenté, commenté, au jour le jour.
Des sons bien sûr, mais aussi des photos, des textes, des vidéos, des points de vue et points d’ouïe.
Un riche collectage, qui part de la fenêtre de ma voisine d’en face, photographe et joueuse de louche et d’écumoire, mais aussi des quatre coins de la France métropolitaine, de Corse, Allemagne, Danemark, Suisse, Belgique, Tunisie, États-Unis, Québec, Italie…
Des diffusions et relais en Russie et ailleurs.
Des partenariats belges, européens…. (voir en pied d’article)
Bref, des sons qui se promènent, s’échangent, s’écoutent ici et là.
Des contributions uniques, ponctuelles et pour certaines journalières, en mode feuilleton et série.
Un récit qui se déroule, rebondit, s’auto-alimente, croise des géographies auriculaires et visuelles, communes et singulières.
Des rituels, tels les applaudissements de 20h en France, qui nous font mettre des visages des voix sur nos voisins d’en face.
Des envies de collaborations avec des artistes sonores, ou multimédia, ou autres, des idées de dispositifs, d’installations, des expérimentations…

Au-delà du projet en lui-même, ce sont des liens entretenus, ou repris, avec des personnes que j’ai croisées, avec lesquelles j’ai travaillé, échangé, sympathisé, voire avec qui une amitié s’est forgée au fil du temps.
Ce sont également de nouvelles rencontres, de nouveaux échanges, de média comme d’idées, confortant un réseau qui, même à distance, s’agrandit par les sons écoutés de nos fenêtres ouvertes, ceux qui s’en échappent, vers l’espace public, comme ceux qui entrent dans nos sphères privées.
Des échanges, autour du son, mais également concernant des situations compliquées, parfois des craintes, des révoltes, des rêves, des impatiences, des colères, des amertumes, des désarrois, de l’humour ou de la tristesse…
Derrière ces échanges soniques, il y a une bonne dose d’humain.
Plus que je ne l’aurais pensé en lançant ce projet.
Et cela fait du bien dans ces périodes de solitudes confinées, de vies ralenties, d’empêchements à répétition.
Au travers ces échanges, il y a des ressentis, des émotions, qui sont véhiculés en filigrane dans les paysages sonores captés, dans les commentaires, dans les images et autres à-cotés.
Certains de ces extensions, très personnelles, resteront dans la sphère intime du privé des donneurs-receveurs, car dans des temps où nos libertés sont mises à mal, nos vies sous haute et insidieuse surveillance, tout n’est pas forcément à verser dans la sphère publique. Il nous faut garder entre nous des parts de sensible, d’émotionnel, qu’il serait sans doute indécent de partager publiquement, et qui donnent d’ailleurs aux échanges une profondeur accrue par des spontanéités avant tout humaines.

Jamais je n’ai autant ressenti le geste d’écouter comme un besoin d’altérité, mais aussi comme une sorte de filtre résistant à des discours présageant des lendemains pour le moins liberticides..

Vous êtes évidemment les bienvenus, ou re-bienvenus pour écouter, commenter, contribuer…

Partenariats avec Transcultures et les Pépinières européennes de création

Blog « Fenêtres d’écoute – Lisening windows »

Points d’ouïe percutés de vingt heures

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Dégâts collatéraux

quand une louche

une simple louche

une modeste louche

se fait instrument de percussions

battant sur casseroles

heurtoir sur écumoires

dans l’orchestre de vingt heures

à fenêtres ouvertes

elle se poque au fil des soirs

en perd de ses rondeurs

se bossèle bruyamment

s’aplatit nonchalamment

dans ses martèlements véloces

ses envolées trépidantes

volonté d’une main vigoureuse 

à percuter rituellement

les vingts heures bien sonnantes.

@photos Blandine Rivière @texte Gilles Malatray

Fenêtres d’écoute – Listening windows

Point d’ouïe, comme un pesant silence

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Ici 

ma rue

déserte

désertée

abandonnée 

ou presque

quartier fantôme

ville fantôme

trottoirs fantômes

parfois secoués

en quelques minutes vespérales

de liesses passagères

ou d’un camion vrombissant

vomissant ses vivres

et chaque sons grinçants

ferraillant le trottoir

ronronnements de chambre froide

claquements de porte

prennent des proportions décuplées

si bien que même dans la durée

des gestes ralentis

des mouvements confisqués

l’oreille s’étonne encore

de ce quasi silence 

pesant

que nargue l’insolent soleil

et que les cloches perchées

animent sans scrupules

toniques scansions

bouffées d’oxygène auriculaires

ce printemps manque d’air.

 

@photo​ Blandine Rivière @texte Gilles Malatray

 

Fenêtres d’écoute – Listening windows – https://soundatmyndow.tumblr.com/

Des 20 heures à nos fenêtres

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@photo Magali Babin

Chaque jour, nouveaux rituels de 20 heures, à ma fenêtre, ailleurs dans la ville, dans d’autres villes.

Applaudissements, cris, percussions ustensiles de cuisine, instruments, chacun y va de sa partition, se mêlant allègrement au charivari ambiant.

Dans le cadre de l’appel à contribution « Fenêtres d’écoute – listening windows » je recueille chaque jour de nouvelles ambiances.

J’ai décidé ce jour de commettre un petit montage, création sonore dédiée à ces rituels de 20 heures, point d’ouïe multiple brassant allègrement les géographies.

Avec la contribution de : Aurélie Pertusot (Berlin), Jeanne Schmid (Cugy, Suisse), Murielle Julliard (Genève), Karine Maussière (Marseille), David Rivière (Lyon 1er) et Gilles Malatray (Lyon 9e).

 

Points d’ouïe, Place de Paris charivaris

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Des ustensiles charivrisent

casseroles et écumoires

en fenêtres applaudissantes

tintamarres festifs

timbres de cuisines

non plus des ustensiles

mais de vraies percussions

instruments instrumentalisés

depuis longtemps déjà faiseurs de charivaris

dénonciateurs bruyants

montrant du doigt

à l’oreille

jamais il n’est bon de trainer des casseroles

et qui plus est retentissantes

 

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mais il y a aussi de la fête aux fenêtres

dans ses casserolades de 20h

entre mécontentements et soutiens

concerts et chahuts

retrouvailles confinées

on les ré-entend avec plaisir

de soir en soir

travaillant de nouveaux rythmes

se répondant parfois

l’orchestre est encore jeune

mais il gagne en dialogues

au gré des soirs chahutés

les casseroles se frottent à l’improvisation collective

sans même s’en douter

mêlées aux voix et claps concertants

que j’engrange au fil des jours.

 

@Fenêtres d’écoute – Listening windows avril 2020

 

Point d’ouïe, de l’écoute confinée à des formes de protocoles

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Troisième semaine de confinement sanitaire.
L’écoute reste toujours au centre de mes préoccupations, déchiffrant progressivement un paysage sonore ambiant, local pour le peu, cadré, transformé au fil des jours et des captations de ma fenêtre.
Tant et si bien que de nouvelles formes de protocoles se sont progressivement mises en place, s’adaptant à ces conditions pour le peu inhabituelles, avec leurs lots de contraintes, de restrictions, liées à des formes d’enfermements qu’il nous faut néanmoins gérer au jour le jour.

Répétitions et rituels temporaires comme socle de travail
Le fait de travailler dans un seul lieu, celui de son habitation, de ne plus avoir d’autres terrains d’action, d’inter-actions, d’autres contacts professionnels, de visu en tous cas, impose une forme de vie plus ou moins répétitive. On organise un emploi du temps qui tente de conserver des repères spatio temporels, on prend d’autres marques, et les sons qui nous parviennent de l’extérieur rythment ainsi nos journées sédentaires, y compris dans nos activités professionnelles.
Le soir à 20 heures, par exemple, un rituel récurrent devient un élément structurant de la journée, avec ses applaudissements, cris, casserolades de fenêtres en balcons. Rituel de retrouvailles entre voisins également. On s’habitue à des voix, devant, à gauche à droite, dessus… A des instruments bruitistes. On se fait des signes. Une forme de sociabilité se fait jour, grandement portée et exprimée par l ‘expression sonore, donnant une signature acoustique singulière au quartier, à la rue, signée mais jamais la même de soir en soir.
L’occasion pour moi de sortir les micros à heures régulières, et au « long court », en l’occurrence chaque soir depuis plusieurs semaines.
Une façon de collecter par itération, tentative d’épuisement aurait dit Pérec, par séries récurrentes.
Un rituel installé, enregistré, collecté, renseigné, et partagé au quotidien
Jamais je n’avais autant pris conscience de la façon dont la répétition pouvait enrichir l’écoute, quelque part rassurante aussi, car vivante, face à une répétition de chiffres annonçant quotidiennement des morts toujours plus nombreuses.
C’est un véritable socle de travail, qui confère une certaine solidité, voire une profondeur à mon écoute, surtout expérimentée dans la répétition, et dans la durée.
Pour illustrer ces constats, je viens d’ailleurs de me mettre à ma fenêtre, pour capter une fois encore ces ambiances de vingt heures, qui me font entendre les acoustiques de ma rue comme jamais je n’aurais pensé le faire, avec une attention toujours renouvelée, est une bienveillance réconfortante envers mes voisins solidaires.

Cadres d’écoute
Je parlerai ici de cadres d’écoute plutôt géographiques, même si la géographie en question est celle, relativement réduite, de mon appartement lyonnais.
Un cadre topologique, celui auquel je me poste pour écouter, regarder, respirer, sentir, la rue au bas de chez moi.
Un cadre dimensionné par les proportions d’une fenêtre, d’ailleurs assez imposante dans ce très ancien immeuble.
Un cadre orienté, plutôt sud-ouest, très ensoleillé en après-midi, donnant à droite sur une place et une église et à gauche sur un alignement routier conduisant vers la Saône, notre rivière/fleuve locale.
Bref un cadre qui cadre, et de ce fait, qui contraint l’écoutant à des dimensions et placements dans l’espace, lui donnant, bon gré mal gré, des barrières et horizons construits, ouverts et fermés par ces ouvertures en trouées de façades .
C’est ainsi que le protocole prend en compte ces données spatiales quasiment imposées, ou avec des variantes limitées. Non seulement prend en compte, mais qui plus est en joue.
Tout d’abord, j’ai opté pour le côté rue plutôt que celui jardin. Ce qui d’ordinaire n’est pas le cas, je préfère échapper au flux automobile en installant mon bureau tourné côté verdure. Aujourd’hui, devant l’effondrement sonore ambiant, je cherche une scène acoustique où la vie se fasse encore entendre, non pas comme si de rien n’était, ni ostensiblement, mais avec suffisamment de dynamique pour garder l’oreille alerte.
J’ai donc élu une fenêtre d’observation et d’écoute favorite, privilégiée. Elle donne sur des immeubles en face, pas trop loin des cloches de l’église, mais pas trop près non plus pour que, notamment à 20 heures, leurs sonneries n’écrasent pas trop les autres sons ambiants, cris, applaudissements et autres percussions.
Car cette fenêtre est aussi un point d’ouïe stratégique, remplaçant par ailleurs momentanément, mes rituels de banc d’écoute. Le protocole va bien évidemment considérer les points et les moments d’enregistrements combinés. Certains se feront au gré des aléas sonores, d’autres sur une série récurrente évidente, celle de 20 heures, dont j’ai déjà parlé ici. C’est donc la conjonction de l’endroit et du moment, mais aussi du matériel utilisé, et de la photo prise chaque soir, qui vont infléchir une certaine logique auriculaire, en lui donnant des points d’appui, de repère, de comparaison, au fil des jours qui s’allongent peu à peu, dans ce printemps confisqué.

L’ici et l’ailleurs, le dedans et le dehors
Malgré le cadre d’écoute réduit que j’évoquais précédemment, les technologies de réseau et de communication, via notamment l’internet, peuvent sensiblement élargir les champs de perception et d’échange.
En ce qui me concerne, la mise en place, au tout début du confinement, d’un appel à contributions autour de la thématique de l’écoute à la fenêtre – aux balcons- a tissé assez rapidement un réseau d’échange, alimenté par des prises de sons contextuelles venues de nombreux lieux. Des apports sonores, visuels, textuels ont permis de mailler des territoires à l’origine très différents, urbains ou ruraux, bien au-delà parfois du territoire national, contribuant dans un premier temps ouvrir des espaces auriculaires collectifs assez rafraichissants en temps de confinement.
Entendre et voir hors de chez moi, téléporter mon oreille et mon regard parfois loin, parfois tout près, envoyer en retour mes espaces d’écoute vers des géographies ouvertes, n’est finalement pas chose courante.
Les comparaisons s’effectuent à l’écoute, comment sonne une rituel de 20 heures dans plusieurs quartiers de Lyon, mais aussi de Marseille, Grenoble, Ajaccio, Paris ?
Comment chantent les oiseaux dans un jardins danois, français et québécois ?
Comment, chaque jour à 17 heures, un duo de photographe et de musicien auscultent-ils leurs rues parisiennes ?
Comment l’ailleurs se frotte à l ‘ici, s’y confond parfois, dans une sorte de global soundscape qui brasse les similitudes et les singularités ?
Comment tout cela peut prendre corps pour faire récit, récits à voix multiples, de cette période si bouleversée et bouleversante, au sens premier du terme ?
De nouveaux espaces, parfois virtuels, ou distanciés voient le jour. Des partenariats et collaborations s’échafaudent, entre artistes, chercheurs, aménageurs et citoyens, voisins ou non. Des projets post crise également, mais là, on ne peut guère préjuger du quand et du comment.
Les infos et les matières, circulent, se distribuent, sont remises en question, ou proposées comme objets de créations croisées, musées virtuels, espaces de co-constructions online, où se mêlent espoirs, prises de conscience, et inquiétudes, voire peurs sous-jacentes.
Bref, le monde s’adapte comme il peut, tendant des antennes ramenant de l’information, la triturant de différentes façons.
Des questions se posent aujourd’hui, au fil des protocoles adaptés in situ, mettant parfois le doigt là où ça fait mal.
La question de l’enfermement notamment me taraude.
Entendre dehors, entendre dedans, pouvoir passer de l’un à l’autre, sans contraintes, ou avec un minimum, ou bien être, pour différentes raisons, dans la situation de personnes empêchées.
L’écoute que je pose comme une fenêtre ouverte, doit garder, au mieux que possible, la capacité de maintenir, ou de créer du lien, pour échapper à certaines formes d’aliénations potentiellement dangereuses.
Rêves d’évasion entre les deux oreilles…

Lyon le 07 mars 2020

 

https://soundatmyndow.tumblr.com/

 

Un banc, point d’ouïe modifié

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Ceci est un banc

tout près de chez moi

un banc où

très souvent

je m’assois

j’écoute

je regarde

je lis

j’écris

je parle à des habitués

ou à des rencontres fortuites

un lieu de repos

parmi d’autres bancs

un point d’observation urbaine

d’observation curieuse

des choses répétées

des choses singulières

des aléas du moment

un point d’ouïe ittéré

un espace de tentative d’épuisement

comme une terrasse façon Pérec

une forme de rituel urbain

intervention minimaliste

prenant corps dans la durée

les rencontres causeries

ma présence qui s’installe

mais aujourd’hui

confinement sanitaire oblige

je l’ai déserté

lui préférant

dans mes rares sorties

une marche dégourdissante

ma fenêtre est alors devenue

l’erzatz d’un banc

momentanément inoccupé.

 

@Photo Blandine Rivière @texte Gilles Malatray

Façades vivantes

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Façades vivantes

A temps exceptionnels

écoutes exceptionnelles

regards exceptionnels

nos enfermements exacerbent nos sens

portant l’oreille et le regard

sur les murs en vis à vis

les percées des fenêtres

lieux de guet

lieux d’accueil

des sons

des lumières

des odeurs

des vies extérieures

les façades deviennent théâtre du quotidien

on y est acteur et spectateur

façon “La vie mode d‘emploi

on les regarde plus que jamais

on les pratique plus que jamais

côté cour et coté rue

on les écoute aussi

aux vingt heures sonnantes.

@photos Blandine Rivière – @texte Gilles Malatray

Point d’ouïe – Quelque chose qui cloche ?

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A mesdames les cloches

J’ai déjà bien des fois

écrit et dit des choses

sur ces dames d’airain

mais sans doute pas assez

au-delà de leur fonction religieuse

elles sont

instrument musical

installation sonore ancestrale à ciel ouvert

animatrice de paysage

paysage à elles-seules

marqueur du temps qui passe

et ce depuis très longtemps déjà

à une époque et dans des lieux

journal local

des volées saluant naissances et mariages

des glas plus sinistres

des alarmes en tocsin

elles sont marqueur de territoire

phare auditif

signal géographique spatio-temporel

tenant les habitants sous leur bienveillante résonance

signature acoustique du quartier

jusque parfois à l’esprit de clocher

objet de controverse

à cloche-oreille

entre leurs admirateurs et leurs détracteurs

empêcheurs de sonner en rond

près de chez moi elles sont quatre

juchées tout en haut d’une imposante tour de pierre

surmontées de drôles d’angelots dorés

bien visibles dans leur chambre ajourée

elles tintent joliment

et chaque soir à vingt heures

en ces temps confinés

elles élargissent l’espace

en carillonnantes notes égrainées

et leur volée festive

se mêle aux applaudissements,

aux vivats et charivaris en fenêtres

il y a quelque chose qui cloche

mais c’est normal.

@photo Blandine Rivoire – @texte et sons Gilles Malatray

En écoute à 20heures, place de Paris, Lyon 9e

Fenêtres d’écoute – Listening Windows

L’appel à contributions autour des sons à la fenêtre change de nom, et devient « Fenêtres d’écoute – Linstening windows », en meme temps qu’elle s’associe avec les partenaires européens Transcultures – Media Arts Center et les Pépinières européennes de Création
D’autres développements et prolongements autour de créations sonores associés sont en cours – A suivre

https://drive.google.com/file/d/1vVxQjJjjZ1rfBtUe7TPORBFRliegfcNz/view?usp=sharing

Point d’ouïe et crise sanitaire, réentendre et penser le monde, autrement

Soundsatyourwindow @photo contribution Mathias Arrignon – https://mathiasarrignon.tumblr.com/

 

Après deux semaines de confinement, l’oreille plus ou moins coincée dans les murs d’un appartement, si ce n’est quelques fenêtres ouvertes et de rares sorties rapides pour les courses, je n’envisage forcément plus l’écoute comme avant. Avant ce grand chamboulement dans nos modes de vie.

Un premier constat.
Le ralentissement forcé, brutal même, d’une grande partie des activités humaines, surtout visible dans l’espace public, élimine bien des scories sonores indésirables dans nos espaces de vie au quotidien. La voiture en tout premier lieu. De fait, l’écoute, mais aussi l’odorat, et la qualité de l’air que nous respirons s’en trouvent les premiers privilégiés, et ceci pour notre plus grand bien.
On constate un rééquilibrage sensible, gommant notamment des hégémonies sonores intrusives, invasives, hautement polluantes, au profit d’émergences qualitatives, oiseaux, fontaines, cloches…

Néanmoins, cet effondrement acoustique engendre aussi des effets pervers.
Une grande partie de l’activité humaine, confinée, suspendue, déserte ainsi l’espace public, qui en conséquence se paupérise grandement. Les sonorités de la vie quotidienne, de l’énergie humaine, palpable via l’oreille, disparaissent rapidement. Plus de sons de terrasses de bars, de restaurants, de passants flâneurs, de rires, de cris dans les cours d’écoles.
Le Covid vide l’espace de nombre de repères sonores qui irriguent notre vie quotidienne, la font entendre, et finalement rassurent par une forme de continuité acoustique humaine. La vie continue bat son plein, et continue vaille que vaille.
Une sorte de chape de plomb, en silence pesant, voire angoissant, s’installe dans les rues désertées.
Je songe à ces belles et terribles images de Mort à Venise, de Luchino Visconti. Il y a plus réjouissant comme parallèle.
D’un côté un calme retrouvé, d’un autre, une ambiance mortifère, verre à moitié plein ou à moitié vide.

Une autre question pointe aussitôt.
Que deviendra, ou redeviendra la paysage sonore de nos villes et campagnes lorsque la crise sanitaire sera derrière nous ?
quelle résilience, pour le meilleur et pour le pire s’imposera ?
Le trafic routier, avec ses engorgements, ses klaxons intempestifs et agressifs, ses pollutions en série, reprendra t-il son cours, redémarrant son lot effréné de saturations dégradant nos espaces de vie,  à l’échelle de la planète entière ?

Les choses étant ce qu’est le son, tout au moins en partie, nos ambiances sonores sont étroitement liées à l’activité humaine, économique, industrielle, sociale.
Quelles seront les leçons tirées, ou non, d’une expérience douloureuse, sidérante, dans ce grand chambardement qui a très vite et radicalement confiné une bonne partie du monde ?
Quelles seront nos espaces de libertés, certainement réduites, certaines peut-être jugulées, supprimées, pour garantir un minimum de sécurité sanitaire, politique, économique… ?

Il est bien difficile d’y répondre, malgré tous les vœux pieux et espoirs d’un futur plus raisonnable, si ce n’est raisonné.

Autres questions qui jalonnent mon quotidien d’écoutant.
Comment, sans passer le plus clair de son temps confiné à ingurgiter un énorme flot numérique déversé par les réseaux sociaux, pour nous aider à mieux vivre notre confinement, rester à l’écoute du monde, sans se noyer dans un raz-de marée médiatique ?
Rester connecté, mais à quel prix ?
Comment garder une activité d’écoutant impliqué, actif, avec une forme de bienveillance Oh combien nécessaire en ces temps compliqués ?
Comment rester tourné vers l’extérieur, fenêtres d’écoute ouvertes, sous-entendu, ou plutôt bien entendu, vers autrui ?
Pas de réponses absolues, définitives, mais des essais bricolés, pour l’instant au jour le jour.

Je songeais à une récente intervention que j’ai faite à la prison des Baumettes à Marseille.
J’y avais été invité, par Sophie Barbaux, une amie paysagiste, pour parler paysages et parcours sonores, et faire entendre des prises de sons paysagères, commentées et discutées..
Je suis rentré, pour la première fois de ma vie, dans cette imposante architecture carcérale, non sans une certaine appréhension je dois bien l’avouer.
Non pas celle de rencontrer et d’échanger avec des détenus, bien au contraire, mais plutôt face à la façon de présenter le sujet. Comment parler à un public captif, dans le sens premier du terme, de paysages sonores ouverts, de parcours sonores en extérieur… ?
Quelle était la pertinence de cette intervention, cela avait-il du sens ?
Bref des questions purement contextuelles, mais aussi plus généralement éthiques.
Fort heureusement, mes craintes ont été vite balayées par l’écoute active, réactive, la sensibilité, la curiosité de ce groupe mixte d’une vingtaine de personnes.
De belles écoutes, des commentaires et questions pertinentes, sans détour, des souhaits clairement formulés, et même l’idée de prolonger cette question du paysage sonore en utilisant des outils numérique d’un atelier radiophonique.
Rassuré, j’avais donc, en sortant de ce labyrinthe de portes, de murs et de grilles, l’impression d’avoir, très modestement, entrouvert quelques fenêtres d’écoute, vers un ailleurs (un peu) moins carcéral.

Une semaine plus tard, et contre toute attente, je vis une situation de confinement subi qui, sans être aussi rigoureuse et sans doute humainement pesante, résonne comme une suite bien inattendue à cette intervention.
Je repense alors à ces prisonniers et prisonnières, aujourd’hui privés de toute visite en parloir, suspendues pour raison sanitaire, se retrouvant ainsi un peu plus encore coupés du monde, dans un isolement humainement très difficile, avec toutes les sources de tensions que cette situation peut induire.

Je pense également qu’en septembre prochain, je suis invité par l’hôpital psychiatrique du Vinatier à Bron, la FERME, sa structure culturelle et le CFMI voisin (Centre de Formation des Musiciens Intervenants) à conduire un travail autour des paysages sonores de cet établissement, avec des patients, étudiants musiciens et habitants.
Un autre lieu d’enfermement parfois, où les vies sont généralement placées sous haute surveillance.
Comment dresser un portrait sonore, fabriquer des parcours d’écoute, dans ce très grand espace de soin, 37 ha, véritable ville dans la ville ? Peut-être relier intérieurs et extérieurs ?
Portrait sonore en regard des contraintes, des modes de vie, des spécificités du lieu, d’ailleurs actuellement secoué aussi de plein fouet par la crise sanitaire, qui ne facilite pas les relations patients, soignants et exclue sans doute également les visites extérieures.

Certes, il ne faut pas tomber dans un catastrophisme morbide, ni pour autant dans la confiance absolue vers un avenir doré, mais sans doute repenser autrement les relations entre les hommes, au travers de leurs espaces de communication, et bien sûr d’écoutes intrinsèques.
Nous devons réfléchir plus que jamais à la chose sonore comme un lien pétri de sociabilités, y compris au travers des tensions, via des actes et  des gestes de communication, mais aussi de construction esthétique où le politique et le social ne peuvent être ignorés.
Nous sommes invités à appréhender des espaces extérieurs qui nous auront été un temps confisqués, interdits, risques sanitaires obligent, avec une oreille qui, sans aucun doute, n’entendra plus de la même façon l’après que l’avant.
Nous sommes également amenés à imaginer, dans nos isolements respectifs, comment les techniques du numérique, les réseaux de communication, contribuent à construire des espaces d’écoute élargie, partagée, et dans lesquels le plus grand nombre puisse y trouver sa place de co-écoutant et co-fabriquant.
Mais aussi, à la base, comment ces technologies nous permettent tout simplement de maintenir un minimum de continuité, le mot est dans l’air du temps, comme une nécessité vitale pour que tout ne s’écoule pas, qu’elle soit auriculaire ou autre.

Ces perspectives, à la fois inquiétantes et stimulantes, ouvrent de vastes chantiers questionnant des formes d’écologie acoustique, sociale, et une pensée politique faisant son possible pour que, au cœur du projet, des actions, tout écoutant puisse s’exprimer, et surtout être entendu en retour.
Au-delà des créations sonores induites, se pose la question d’une participation active à la construction d’espaces d’écoutes, pluriels et au pluriel, de lieux de vie apaisés, contrebalançant, autant que faire se peut, la fureur et à l’emballement du monde, si ce n’est misant sur l’impérieuse nécessité de réduire cette course chaotique au plus vite.

 

Projet de confinement sonore en réseau :

Des sons à ta fenêtre – Sounds at your window

https://soundatmyndow.tumblr.com/

Rituels sonores, points d’ouïe confinés, de la répétition et des variations

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Depuis longtemps, j’admire Georges Pérec, homme de la description, de la répétition, de l’épuisement… Un immeuble décortiqué dans ses habitus, ses interrelations, la tentation d’épuiser, dit l’auteur, non pas la totalité mais des fragments de vies… mais aussi d’épuiser un lieu parisien de la terrasse d’un café, ou de se jouer des espaces gigognes, d’une feuille de papier à l’univers entier.
Une démarche oulipienne, quasi phénoménologique, fascinante, qui personnellement, m’inspire beaucoup dans mes approches audio paysagères.
Repérer des bancs dans une ville, les tester, en choisir un comme modèle de référence pour s’y poser régulièrement et écouter, réécouter, encore et encore, arpenter des espaces récurrents, des fontaines, des acoustiques réverbérantes, tenter ainsi se comprendre un peu mieux les lieux, lors de résidences artistiques, comme dans nos propres espace de vie. Des espaces pensés en des laboratoires d’écoute(s), en lieux d’expérimentation du sensible…
Bref, jouer sur des répétitions, des séries, des récurrences, de l’infime particule au paysage étalé.
J’adore également des photographes qui déclinent d’innombrables variations thématiques, autour justement du paysage, mais aussi d’objets, de personnages, d’architectures… Des métiers de Paris d’Eugène Atget aux stations services abandonnées, restaurants chinois, caravanes… d’Éric Tabucchi.

A l’heure où j’écris ces lignes, je suis, comme tant d’autres, coronavirus oblige, confiné depuis deux semaines dans mon appartement lyonnais, période peu propice a priori pour expérimenter les séries dons je vous parlais préalablement. Et pourtant…

Tentant, dans des espaces restreints, à la mobilité très réduite vis à vis de mon nomadisme habituel, de garder une écoute, active, questionnante, et partagée, je lance donc, en début du confinement, un appel à contributions « les sons de ta fenêtre – Sounds at your Window » pour recueillir et partager dans un blog dédié, des sons confinés, de nos fenêtres ouvertes, balcons, terrasses, et au mieux, jardin. Sons, photos, vidéos, textes, tout est possible, se rapportant bien sûr à nos univers acoustiques en temps de crise, à leurs profondes modifications, dues notamment à la désertification des villes et villages. Je ne reviendrai pas ici sur la grande atténuation des sons de voitures, au profit de la ré-émergence des chants d’oiseaux, largement constatés et commentés dans les médias.

Entre temps, inspirés des chanteurs et musiciens aux fenêtres italiens, est apparu le rituel de 20H, mêlant applaudissements et vives de soutiens au personnel médical, et charivari de protestation visant plus particulièrement le monde politique face à sa politique de paupérisation du service public, notamment hospitalier.

Ce rituel crée donc les conditions propices à travailler sur des séries récurrentes. Moi-même, tous les soirs, j’enregistre, d’une même fenêtre, ces 20h applaudissant, donnant de la voix et de la casserole. De même que d’autres contributeurs -trices, dans différentes villes, m’envoient sons et vidéos de ces instants sonores et toniques partagés.

D’autres séries vont se mette en place, par le fait d’envois réguliers de sons et d’images, certains mêmes quotidiens, dans des lieux similaires, donnant une sorte de roman feuilleton des ambiances sonores de Paris, Holding au Danemark, et d’ailleurs.

Mon appétence à appréhender le monde sonore par des gestes réguliers, réitérés, des constantes géolocaliséess ou des thématiques à répétitions, alimentées dans une certaine durée se voit donc récompensée, au-delà du fait d’une quasi totale immobilité. Si tu ne vas pas vers les sons, les sons viendront à toi, dans un entonnoir élargis par les tuyaux et réseaux de l’internet.

Revenons aux sons de 20H, ceux que je nommerai ici des rituels covidiens.
Je reprendrai du reste, le cas de mes propres écoutes, et enregistrements journaliers.
En premier lieu, posons le cadre géographique. Une petite rue, assez resserrée, bordée d’immeubles anciens, quatre étages mais assez hauts, avec de larges trottoirs pour accueillir un marché.
Quartier urbain, populaire, anciennement industriel, à l’extrémité nord de Lyon.
Commerces de proximité, bars et restaurants sont assez nombreux, avec des marchés trois fois par semaine, quoique tout cela soit pour l’instant à l’arrêt.
Une grande place divisée en deux, avec des bancs et de vieux et hauts platanes, et une église de style contemporain, après la seconde guerre mondiale, possédant un clocher avec une chambre des cloches ouverte, et un mini carillon de quatre dames d’airiain qui sonnent joliment bien.
Pour l’instant, comme dans l’ensemble de la cité, tout est en grande partie désert, d’un calme pour le moins inhabituel.
Jusqu’à vingt heures en tous cas.
Quotidiennement, environ trois minutes de joyeux chahut réveillent l’espace.
J’y reconnais, au fil des jour, les mêmes voix, casseroles, paroles, et la volée de cloches qui s’en mêle.
A chaque ouvertures de fenêtres, un air de déjà entendu, et sans doute une signature acoustique spatio-temporel propre à cette rue et à ce rituel.
C’est rassurant de sentir une continuité, le mot est aujourd’hui très employé, construite sur des ambiances sonores récurrentes, faite de marqueurs acoustiques stables, identifiables, car répétés de soir en soir.
Cependant au-delà de cette apparence répétition, une qualité de nuances, de varitions, parfois subtiles, parfois très marquées se font entendre.
Variations dans l’évolution dynamique, l’entrée en jeu des « instruments », le crescendo et decrescendo plus ou moins long et soutenu.
Variations dans l’intensité, la durée, les « solistes » qui s’en détachent, les formes de réponses de fenêtre en fenêtre.
A chaque soir son concert, et ses repères, ses accroches, son ambiance locale, mais aussi ses singularités du jour.

Donc pour moi la possibilité d’assister, de participer, de capter et de partager, une forme de récurrence, ajoutée à celles envoyées par les contributeurs, que Pérec n’aurait sans doute pas renier.
Et sans doute une façon d’habiter, de se créer des repères, dans ces espaces-temps parfois assez anxiogènes, aux repères brouillés, difficiles à vivre dans leur enfermement. Une bouffée d’air et d’airs quotidienne pour beaucoup.

Points d’ouïe et questionnements

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@photo Laurent Jarrige

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’entre les périls climatiques s’amplifiant à la vitesse grand V et la pandémie qui nous frappe de plein fouet, cette situation inédite nous questionne, parfois violemment, en grattant là où ça fait mal, en nous montant les terribles dérives financière, sociales, économiques, humaines…
Elle nous ramène surtout à notre modeste, voire misérable condition de vivants (encore), parmi les vivants, dans un espace fini, si grand nous paraisse t-il, et rien de plus.

Ces questions nous assaillent sans ménagement.
Quelle est notre propre part, personnelle et collective, d’inconscience, de responsabilité, de négligence, de déni, d’incapacité, de passivité, de complicité ?
Peut-on encore se ressaisir, faire quelque chose qui, à défaut d’inverser la tendance, mettrait de l’huile dans les rouages, voire infléchirait des décisions politiques jusqu’alors plutôt catastrophiques, dans le vrai sens du terme, évitant si possible une violence croissante et exacerbée ?
Utopie ou brin de sagesse ?
En a t-on vraiment la volonté, la capacité, les moyens ?

je ne me complairais pas pour autant dans un constat nihiliste et irrémédiablement désespéré, bien que…
J’essaie sans doute de ne pas me laisser submerger par ces questionnements, justifiés, mais qui peuvent, in fine, devenir par trop anxiogènes et paralysants.

Par l’écoute, en situation de confinement, mesures sanitaires obligent, je croise les sons, les images, les vidéos, les textes, comme des bribes d’existences, d’expériences sociales au prisme de l’oreille.
Par l’écoute, je me questionne sur les changements radicaux de l’espace public, de ses acoustiques, de ses fréquentations, de ses contraintes actuelles, de ses usages, en grandes parties suspendus.
Comment se rééquilibrent des paysages sonores qui, tout à la fois s’apaisent, laissent ré-émerger notamment des chants d’oiseaux, tout en se paupérisant par la brusque diminution de la vie sociale in situ.
Mais aussi vu de l’intérieur, comment un enfermement assez rigoureux, modifie en profondeur nos modes de vie, jusqu’aux cœur même des cellules familiales, entre exiguïté et séparation.
Tout cela se sent, se ressent, et bien évidemment s’entend.

Il y a quelques semaines, je travaillais encore ferme autour des parcours sonores, des marches d’écoute, du soundwalking, en arpentant la ville et battant la campagne.
Brusquement, une bascule aussi radicale qu’imprévisible a confiné mon écoute vers des intérieurs, où la fenêtre est devenue l’espace échappatoire, le cadre d’écoute quasi imposé, si se n’est de très rares sorties pour des courses.
Les rapports humains se sont physiquement distendus, et de nouveaux, via notamment les réseaux sociaux se sont mis en place, parfois pour le meilleur et pour le pire.
Des rituels, par exemple France les applaudissements et vivats de soutien, mêlés aux huées et charivaris de protestation, apportent, à nos fenêtres, balcons et terrasses, des réconforts, plaisirs partagés d’être encore un peu ensemble, solidaires, et de dire en commun nos reconnaissances et colères.
D’autres échanges, autour de choses entendues, toujours de nos fenêtres, tissent un réseau informel d’écouteurs confinés, panel d’ambiances, de gestes domestiques, de points d’ouïe issus de territoires géographiquement assez larges. Une chaine active d’écoutants reliés. https://desartsonnants.bandcamp.com/album/des-sons-ta-fen-tre-sounds-at-your-window

Mais aussi des photos, des textes, des vidéos, contrepoints de ces écoutes covidiennes.
Et des échanges, projets, via cams, messages, sms…
J’y entends, vois et lis des traces qui expriment parfois l’étonnement, la sidération, l’inquiétude, la solitude, l’espoir, la colère…

Pour ne pas rester que dans l’ordre de l’affect, des projets de recherches croisées s’amorcent entre spécialistes de différents champs, artistes et autres activistes impliqués et désireux de partager leurs pratiques, savoir-faire et réflexions, de les faire se développer dans un pot commun.

Ma pratique repose toujours sur le champ acoustique, auriculaire, et autour des sociabilités acoustiques, considération qui prend de plus en plus de poids dans ces temps compliqués.
Comment, à l’aune de cette crise multiple, collecter, tisser des écoutes, les mettre en commun, les questionner, en faire à la fois des créations esthétiques et/ou es objets d’études, et pourquoi, pour qui ?
Des questionnements se font jour, cette fois-ci un peu plus positifs que ceux que j’évoquais en début de ce texte.
Une façon de rebondir, au cœur des événements, tout en prenant un peu de recul salvateur.
Une opportunité de créer du commun, même si je manie cette expression avec moult pincettes tant elle est parfois galvaudée, si ce n’est politiquement instrumentalisée.

Entre constat d’impuissance et réaction stimulante, je n’irais pas à prétendre, comme certains, à une grande prise de conscience qui changerait (sauverait ?) le monde à jamais, néanmoins, l’écoute portée sur le monde environnant, et sur ceux qui l’habitent, le vivent, le construisent et le défont (moi y compris) n’a jamais été, pour moi en tous cas, si remuée, re-mise en questions avec tous les pluriels que cela implique .

Points d’ouïe, dans nos confinements réunis, des sons à nos fenêtres

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@ photo – Judith Lesur, contributrice
Après un peu plus de trois journées pleines, l’appel à contributions « Des sons à ta fenêtre – Sounds at your window », s’inscrivant dans la crise sanitaire du Covid19, compte presque 30 sons, pour un peu plus de 5h de matière brute.
Sons de fenêtres, de balcons, terrasses, et pour les plus chanceux de jardins.
Sons de villes, de villages, de hameaux, de quartiers…
Sons de France, du nord au sud et d’est en ouest…
Mais aussi de Suisse, du Danemark, d’Allemagne…
Sons et photos, parfois textes, vidéos.
Sons isolés ou en séries quasi quotidiennes.
Sons très brefs, ou qui prennent tout leur temps.
Sons au hasard de l’instant ou sur des événements prévus, anticipés (les 20h, rituels de soutien collectifs aux fenêtres).
Sons, images et textes, voire vidéos, qui marquent des changements progressifs, comme des ruptures, des effondrements, des apaisements, de silencieuses tensions.
Sentiments d’étonnement, d’isolement, de solitude, mais aussi volonté de faire encore, autrement dans nos confinements réunis.
Si l’oreille vous en dit
A suivre
A alimenter encore
In progress
Une cartographie à venir

Points d’ouïe, fenêtres et balcons, une géographie de l’écoute

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Des percées Points d’ouïe, un cadre d’écoute
Aujourd’hui, la fenêtre, le balcon, sont devenus des points d’ouïe privilégiés pour tendre une oreille vers la ville, lui faire prendre l’air, et les sons, rester présent, observateur, actif, malgré notre confinement.
Ces lieux donnent un cadre, dans tous les sens du terme, ils orientent nos points d’ouïe, les limitent parfois, imposent des axes, des horizons, des rapports vision/écoute plus ou moins contraints, des confrontations de chez soi vers des ailleurs percés.

Jonctions

Dedans dehors
Je suis plus ou moins dedans, plus ou moins dehors, et mon écoute se joue de cet entre-deux.

Devant derrière
Derrière, c’est une cuisine, un bureau, une chambre…
Devant c’est un jardin, une cour d’immeuble, un champs, une route.
Et les sons sont en conséquence.

public privé
Ce que je vois, ce que j’entends à portée de vue, relève en général du public, ou de l’espace public, ou des usages publics, des espaces privatifs, ou privatisés.
Mais hors-champs, lorsque je suis tourné vers l’extérieur, c’est chez moi, là où j’habite, de l’endroit où j’écoute.
Et les deux se mêlent ainsi, me faisant axe entre deux mondes orientés via l’oreille. Plus ou moins précisément d’ailleurs.

intime extime
L’intimité de chez soi, je l’entends par des gestes confinés, des présences de proches, des voix et bruits du quotidien, de l’eau qui coule, des couverts rangés, ou la solitude calfeutrée.

L’extime, c’est la vie au-delà de l’intime, au-dehors, voitures, chantiers, oiseaux, et tout ce qui résiste encore en laissant des traces auriculaires…

Seuils
La fenêtre et le balcon font seuils
Ils sont entrée, porte ouverte aux sons du dehors
Ils sont sortie, laissant les sons du quotidien s’échapper vers le dehors
Ils sont passage
Ils sont lisière, marge, croisement, recoupement, interstice, superposition
Ils sont espaces de mixage où se confondent les jonctions auriculaires
Se tenir sur la PAS, accueillant la vie sonore, au lieu de faire un PAS – Parcours Audio Sensible.
Nouvelles contraintes, nouvelles pratiques.

 

Texte écrit dans le cadre du projet  » Des sons à ta fenêtre – Sounds at your window« 

https://desartsonnants.bandcamp.com/album/des-sons-ta-fen-tre-sounds-at-your-window

Points d’ouïe, crise sanitaire et ambiances acoustiques dystopiques

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Amateur de science-fiction, j’ai connu bien des dystopies littéraires, où se raréfiait la foule, l’humain, sous des menaces diverses; plus terribles les unes que les autres. Un peu comme maintenant quoi.
Arpenteur urbain, écouteur public, j’ai traversé nombre d’ambiances sonores chaotiques, parfois jusqu’à l’oppression chronique.
Depuis quelques jours, marcheur urbain confiné en appartement, je regarde et tends l’oreille à ma fenêtre. Je vois et j’entends la cité se déserter, se taire, passe progressivement du joyeux chahut au chuchotement.
Je vois les passants esquisser, des pas de cotés, chorégraphies ‘évitement corporel lorsqu’ils se croisent, à vrai dire assez rarement, sur le trottoir..
Bien sûr, j’en vois d’autres passer de longues heures à siroter des bières sur un banc, néanmoins avec gants et masques… A chacun la façon d’interpréter son confinement
Aujourd’hui, enfermé depuis trois jours, je sors faire des courses, autorisation dérogatoire en bonne et due forme en poche.
Quelques centaines de mètres jusqu’au magasin, une promenade de luxe quoi.
Le soleil, outrageusement généreux ces jours-ci, et l’air sur la peau me font un bien fou. Comme si j’avais subi des lustres de privation de ces éléments qui me paraissent si agréables. Un petit plaisir retrouvé qui en devient un grand
On s’aperçoit ici, très vite, surtout pour quelqu’un qui a l’habitude dans son travail de battre le pavé, que l’enfermement pèse rapidement très très lourd.
On repense l’univers carcéral autrement, peut-être. Surtout qu’étant intervenu récemment à la prison des Baumettes de Marseille, je considère maintenant avec un œil et une oreille interpellés, les notions de dedans/dehors, et de libertés fondamentales.
Sinon, une sorte de sidération sensorielle.
À 17 heures, période généralement qui fait grouiller les trottoirs de passants et les rues d’engins motorisés, presque rien ne bouge.
Ou si peu.
Si peu de voitures, et ça c’est un vrai luxe à tous les niveau, acoustique, piétonnier, respiratoire…
Si peu de gens, dans des espaces fantomatiques un brin inquiétants, presque anxiogènes.
Le regard embrasse la longue alignée d’une rue en générale très passante, et ne voit que peu de véhicules ni de piétons.
On peut traverser tranquillement une trois voies urbaine sans courir.
Beaucoup, ceux qui le peuvent en tous cas, la crise n’est pas la même pour tous, ont quitter la ville pour se mettre au vert.
Les autre évitent, ou sont contraints à bouger le moins que possible.
Je n’aurais jamais penser connaitre ça.
Et si peu de sons en conséquence.
Une sorte d’étouffoir acoustique, de chape de plomb, qui fait ‘ailleurs d’autant plus ressortir les sirènes des ambulances, pompiers, policiers… et nous remet à l’oreille un monde sanitaire malmené, des espaces publics devenus suspects, voire dangereux, plus que d’habitude en tous cas.
Une ville métamorphosée, transfigurée, réduite au presque silence.
Certes pas un silence de mort, mais sans doute de peur oui.
On peut jouir maintenant d’une forme de calme sans doute rarement observé, écouté, au cœur des grandes villes en principe si sonifères.
Un calme que je trouve cependant plus paupérisant qu’apaisant, qui aurait effacé toute l’énergie d’une ville, ou les élans dynamiques seraient bridés, si ce n’est brisés, où l’oreille chercherait des repères perdus, gommés, des voix gouailleuses et des cascades de rires par exemple.
Merci les oiseaux d’entretenir une forme de gaité pépiante.
Merci également, sur le coup des vingts heures, au initiatives citoyennes spontanées, cris, vivats, applaudissements, charivaris, mais aussi colère et protestation, de balcon en balcon, à l’instar des concerts italiens.
Par ces manifestations bruyantes, toniques, vivantes, rassemblantes, il y a aussi des conspuations de politiques privilégiant les chiffres et le rendement plutôt que la santé publique.
Après les places, les rond-points, ls balcons et fenêtres.
Même contraints à quitter l’espace public, l’espoir et les colères se font encore entendre.
Rassurant quelque part !

 

Le charivari de 20 heure à ma fenêtre : https://desartsonnants.bandcamp.com/track/lyon-vaise-le-charivari-de-20-heures

Pour en écouter plus de nos fenêtres : https://desartsonnants.bandcamp.com/album/des-sons-ta-fen-tre-sounds-at-your-window

Participer au projet collaboratif : https://desartsonnantsbis.com/2020/03/17/appel-a-contribution-ouvert-point-douie-quentends-tu-de-ta-fenetre/

 

 

Appel à contribution ouvert – Fenêtres d’écoute – Listening windows

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English below

Cet article est écrit alors que, face à une sérieuse crise sanitaire due au Coronavirus, Covid-19 de son petit nom, des mesures de confinements ont été prises à l’échelle internationale.

Ce qui signifie pour moi, et pour bien d’autres hélas, l’annulation de toute pratique publique, parcours d’écoute, point d’ouïe, atelier, workshop, conférence…. Bref l’oreille confinée, l’écoute en appartement, au mieux à la fenêtre, hormis de rares sorties ravitaillement. Mais l’ampleur de la crise oblige à se montrer très prudent.

Donc, comme beaucoup, je réfléchis comment continuer à pratiquer, non plus des PAS – Parcours Audio Sensibles, l’appartement ne s’y prêtant guère, mais à développer des formes de Points d’ouïe adaptés aux circonstances contraignantes. Je réfléchis aussi à la façon de les partager, de les faire circuler, sans rapprochements physiques, mais en conservant des sociabilités humaines, plus que jamais nécessaires dans ces temps compliqués et anxiogènes.

Inspiré des performances chantées et musicales des fenêtres et balcons italiens, mixés à mes propres points d’ouïe et autres bancs d’écoute, je lance donc un appel collaboratif et participatif à des « Écoutes en fenêtres ».

La forme est simple et assez libre.

Ouvrir sa fenêtre, ou aller à son balcon, à une heure choisie, diurne ou nocturne, écouter le paysage ambiant, l’enregistrer, ou le décrire vocalement, ou par écrit, graphiquement, ou bien encore mixer les genres, inventer nos propres modes de description, de représentation… Le faire autant de fois que bon nous semble…

Créer ainsi une sorte de chaine de Points d’ouïe et d’écoutants, histoire de garder l’oreille tournée vers l’extérieur, et vers l’autre !

M’envoyer tout ça par mail desartsonnants(at)gmail.com (remplacer le (at) par un  @), ou via ma page FB, un wetranfer ou autres média…

Préciser l’heure et le lieu de la captation sonore, et envoyer une photo du Point d’ouïe embrassé.

Les contributions reçues seront inscrites dans sur une carte pour les sons, et un espace numérique sera ouvert pour les documents reçus autres et complémentaires (visuels, multimédia, …).

A noter que dans un second temps, ces captations sonores pourront être matière à (re)composition par des artistes audio et musiciens expérimentaux internationaux qui seront, dans les prochaines semaines, sollicités das un autre appel et que les personnes participant à la première phase de récolte des sons qu’ils ont enregistrés marquent leur accord pour en participant à ce projet collectif.

Merci beaucoup pour votre participation et bonne captation !

Site in progress : https://soundatmyndow.tumblr.com/

Open call for participation – Listening windows

This text is written when, faced with a serious health crisis due to the Coronavirus or Covid-19, containment measures have been taken on a national and international scale.This means for me, and unfortunately for many others, the cancellation of any public practice, listening course, hearing point, workshop, workshop, conference…. In short, a confined ear, listening in and to an apartment, at best by the window, apart from rare outings for supplies. But the scale of the crisis means that you have to be very careful.

So, like many others, I am thinking about how to continue practicing, no longer PAS – Sensitive Audio Courses, the apartment space is not appropriate for that, but to develop forms of hearing points adapted to the constraining circumstances. I am also thinking about how to share them, to circulate them, without physical connections, but while preserving human sociability, more than ever necessary in these complicated and anxiety-provoking times.

Inspired by the sung and musical performances of Italian windows and balconies, mixed at my own hearing points and other listening benches, Desartsonnants have therefore launched, with the support of Transcultures (Centre for digital and sound cultures – Belgium – which has initiated the sound arts festival City Sonic, longtime partner of desartsonnants) along with European Pepinieres of Creation (international network to promoting and developing exchanges in various forms of contemporary arts)  a collaborative and participative call for the ongoing project/online platform Listening windows.

The application form is simple and fairly free.

Open your window, or go to your balcony, at a chosen time, day or night, listen to the surrounding landscape, record it, or describe it vocally, or in writing, graphically, or even mix genres, invent your own modes description, representation … Do it as many times as we want …

Create a kind of Hearing/Listening Points  chain, just to keep your ear turned  towards the outside, and towards the others!

Send it to me by email desartsonnants (at) gmail.com (replace the (at) with an @), or via my FB page, a wetransfer or other media …

Specify the time and place, if you have a picture of the kissing point, it’s great.

I will retransmit the documents on a Soundmap, and an open digital space for other types (visual, multimedia…) of documents .

Please note that in a second step, the gathered sound recordings could be material for (re)compositions/revisitations by international audio artists and experimental musicians who will, in the coming weeks, be invited to submit their artistic proposals via another call, and that the participants in this first phase of this in progress project/platform mark their agreement for this possible creative use of their recordings.

Thanks a lot!

Compil’à sons

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Chronique d’un promeneur écoutant, déambulations et points d’ouïe #4

Tout frais posté chez Academia, une compilations de carnets de notes, expériences, petites phrases et autres réflexions en vrac.

PAS – Parcours Audio Sensibles, écoutes, espaces publics, création sonore outdoor, in situ, écologie et autres espaces sonnants ou dissonants…

Chronique d’un promeneur écoutant, déambulations et points d’ouïe #4

L’oreille, ses gares, mais ne s’y perd pas

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Un de mes topos acousticus préférés, les gares

Des espaces entre-deux, ferraillant, cliquetant, bipant, sifflant, grondant, parlant, vociférant, chuchotant

Une impressionnante collection de sonorités humaines mécaniques, médiatiques

Des flux, et reflux, en veut-tu en voilà

Des acoustiques dedans/dehors, ni vraiment dedans ni vraiment dehors, des entre-deux, ambiances neutres, sèches ou réverbérantes

Des annonces, sonals1, haut-parleurs plus ou moins efficaces, parfois brouillons, façon Jacques Tati, annonces et dés-annonces, messages et contre-messages, et ces temps-ci, consignes pour les mesures de précautions sanitaires anti pandémiques moult fois répétées

Une de mes gare expérientielle à l‘oreille, Vaise, 9e arrondissement lyonnais, terminus de la ligne de métro D, extrémité nord de la ville, petit laboratoire d’écoute appliquée

Un nœud intermodal (métros, trains, bus,voitures, deux-roues, piétons), générant un trafic soutenu, et des afflux en pics ponctuellement répétés

Une position stratégique, un point d’ouïe remarquable bien déterminé

Entre-deux dedans/dehors

Couloir couvert arrêt de bus

Au pied d’un talus juste sous la gare de Vaise SNCF, les trains passent au-dessus de l’écoutant

Vers 18 heures, heure flux assez bouillonnante

Un banc d’écoute

Des bus devant, derrière, un banc entre deux voies de bus, comme sur une ilot central

Des métros en-dessous

Des voyageurs en transition, parfois en conversation

Un grand mixe de moteurs, ponctuels, très spatialisés, des trains en échos aux bus, et inversement, derrière, devant, dessus, de gauche à droite et vice-versa, une belle rythmicité qui reste cependant très lisible à l’oreille

Des signaux sonores émergents, bips des trains, fermetures et ouvertures des portes, annonces de départ

Des passages ferraillants, trainée sonore véloce, déferlante acoustique, rapidement à son paroxysme, et aussi rapidement décrue, puis disparue de notre champ auditif

Des grilles d’aération sur les chaussées des couloirs de bus qui claquent joliment

D’autres aérations, suspendues sous une voûte

Des portes automatiques qui ouvrent et referment des espaces ainsi resserrés ou agrandis, presque à géométries auriculaires variables

Une sorte de symphonie qui nous transporte en commun, juste assis sur un banc stratégiquement choisi.

1Mot valise Son-Signal pour franciser le terme de Jingle. Employé notamment pour les indicatifs sonores des gares, aéroports…

A mon corps marchant, mon oreille écoutante

Nature-Brain

Est-ce l’oreille qui met en branle le pied, le pousse à se mettre en marche, le motive à parcourir, ou bien le pied qui invite l’oreille à mieux entendre, l’oriente, la guide, lui donne des points de fuite, des points d’ouïe ?
En tout cas pour le marcheur écoutant que je suis.

Ou bien encore, plus vraisemblablement, une connivence réciproque, gestes favorisant des espaces-temps de connectivité, décidant pieds et oreilles de faire route ensemble, défrichant des territoires sensoriels entrelacés.

Cependant, cette affirmation me semble encore un peu trop simpliste et un brin réductrice.
Cette dualité complice suffit-elle à mettre en état de marche un promeneur écoutant ?
Le corps entier ne se mobilise t-il pas pour déployer, dans ses espaces d’exploration, toutes sortes d’antennes sensorielles, pour éprouver la résistance et une forme de plasticité du terrain, des choses, des ambiances, et se déplacer comme un réceptacle d’une foule de stimuli sonores, autant que kinesthésiques.
D’ailleurs, le verbe mobiliser a bien, à l’origine, une racine impliquant le mouvement, tout d’abord rendre un immobilier meuble (dans le cas d’un contrat de mariage) puis mettre sur le pied de guerre, et enfin, rassembler, mettre en œuvre, en action… Verbe tonique s’il en fut, pour le meilleur et pour le pire.

Différentes logiques et dynamiques, plus ou moins spontanées, se combinent pour traverser, dans un état d’éveil élargi, ou de veille, au sens premier du terme, des paysages sonores que le promeneur écoutant contribue à modeler, si ce n’est, et c’est souvent ma thèse, de construire a l’envi.
Il trace, dans des cheminements de lignes et des courbes, de repères et d’errances, un entrelacs de parcours possibles, de sentes bruissonnantes, de seuils et de lisières invitant à des marchécoutes sans cesse renouvelées.

Toute une machinerie organique d’interactions stimulantes, sensorielles, corporelles, affectives, nous baignent dans un environnement à la fois complexe, et néanmoins aisément, presque spontanément accessible, à fleur de peau, de tympan.

Ces expériences font émerger des terrains-récits auriculaires, traces/matières à re-composer comme des espaces son-cibles.

Dés lors, le chant d’un oiseau au détour d’un sentier, le grondement d’une cascade qui vient nous cueillir à la sortie d’une courbe minérale, la fontaine glougloutante au fond d’une cour repliée, le volet qui grince et bat au vent d’ouest… seront perçus comme des signaux esthétiques, marqueurs de paysages sonore mouvants, sans cesse en construction.

Ces ponctuations auriculaires, remarquables car émergentes, captées, presqu’isolées par une oreille attentive, influenceront l’écoute, le rythme de la pérégrination, invitant parfois à l’arrêt pour ménager un point d’ouïe, écoute oblige, comme le ferait le regard du haut d’un belvédère.

Les relations étroites nouées au sein d’un corps écoutant prennent ici tous leurs sens, si je puis dire, pieds et oreilles dans un duo sensible.

Le paysage sonore lui-même trouve, dans ces explorations ambulantes, sa propre raison d’être !
Un cheminement parmi tant d’autres, mille-feuilles de strates sensibles, qui nous donnera des repères, teintés d’affects, jalonnés d’indices et d’alertes, dans nos parcours multiples.

Bon pied, bonne oreille !

Paysages (rien que) pour les oreilles ?

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Paysage(s),
représentation
artistique
d’un fragment de nature,
de lieu
de scènes
de mythologies…

Peinture,
paysage-toile,
vue de et par l’homme,
homo artiste,
picturaliste
naturaliste
urbaniste
idées à listes…

Représentation(s),
étalée de couleurs,
agencée sur la toile,
paysage re-présenté,
non naturel,
re-construit,
transmission,
vision,
artefact
inclinaison dominatrice
environnement capturé
entoilé.

Paysage et picturalité,
des écoles,
des genres.

Paysage photographique,
carte postale,
tout est
en partie
affaire de cadrage
ou de décadrage
d’éclairage
ou d’obscuricissement
polysémies lumineuses.

Paysages cinématographiques
le mouvement en plus
kinesthésie à volonté.

Le paysage se montre
dans et par l’espace
délimité,
points de vue,
parti-pris
que le regard choisit
en s’aidant de la main.

Quid d’un paysage sonore ?

Idem,
parcelle d’espace
de temps
d’espace-temps
mis en boîte,
capté
enregistré
conservé.

Traces in-fidèles ?
fossiles d’écoute ?
reliquats acoustiques
résidus acoustiques
échantillonnages de territoires…

Technicité
choix du lieu,
des sources
des sujets
de l’instant
de la durée
des mouvements…

Composition,
re-composition,
de l’espace
plan auditif,
réagencé,
remixé pour l’oreille.

Décision de captation sonore
geste prémédité,
volontaire,
contraint de subjectivité latente.

Le micro,
asservi par l’écoutant,
manipulé,
à l’instar de l’objectif,
à effet loupe
grossissant jusqu’au presqu’ inaudible,
aspirant les sons,
travellings auditifs,
gros plans auriculaires
fabrique d’artifices…

Micro parfois complice de l’oreille,
et parfois dissident

Les sons nettoyés,
certains expurgés,
débarrassés de leur gangue
ou de résidus indésirables,
selon la définition de chacun
sons traités
parfois maltraités;
renforcés
amoindris
mélangés
malaxés,
étirés ou raccourcis dans le temps,
séquencés,
déplacés,
pour de trompeuses histoires.

Paysages en fabriques,
admirés,
dénoncés,
caricaturés,
incarnés,
par ou pour l’oreille.

Nouvelles histoires
à croire ou ne pas croire.

Paysage sonore
volonté politique
une approche sonore écho-citoyenne,
une pensée et des gestes d’écosophie sonore
les utopies s’entendent-elles ?

Le paysage,
sonore,
n’est pas fidèle au réel,
mais sans doute un reflet
un miroir déformant
de l’écoute elle-même,
personnelle,
parcellaire,
modelée
contaminée de culture,
et c’est en cela
que le son se fait paysage,
ou bien inversement.

Sonorités et ambiances urbaines, approche d’une grille de lecture et mots-clés

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La ville peut s’entendre au travers différentes thématiques, angles d’attaque et filtres sémantiques, dans ce que je nomme les audio-urbanités.
A partir d’exemples sonores et d’annotations de leurs auteurs recueillis à ce jour dans le projet des audiourbanités, voici une première approche d’une grille de lecture.
Au delà d’une certaine classification sémantique liée à l’écoute urbaine, se profilent de nouvelles expériences à mettre en place in situ, des outils d’analyses, des pistes de réflexion, de médiations, de quoi à alimenter de nouvelles rencontres entre écouteurs, pédagogues, artistes, chercheurs, décideurs et aménageurs impliqués…

Thématiques Et Approches

Portraits, état des lieux, audio-naturalisme urbain

Glissements oniriques, poésie de l’espace auditif et entre-deux

Émergences sonores, entre « accidents-événement » et bruit de fond

Matières et matériaux, des objets de construction

– J’aime, j’aime pas, critères de jugement et a priori

– Flux, passages, parcours et autres mouvements et circuits 

– Proportions, clarté, densité, question d’équilibre

– Écoute et communication à l’échelle d’un territoire

Événements et festivités, entre animation et intrusion

Cohabitation monde sonore/habitants – rapport production/audition, sociabilité

Symbolique des sonorités urbaines, au-delà de la simple sonorité

– Les sons-cité, vers une politique du sonore ou un sonore politisé

Installation sonore urbaine et environnementale

– Place, postures  et impostures de l’écoutant dans la cité

Géophonie, vers une mise en scène de l’écoute urbaine

– Points de vue, points d’ouïe, des cadres d’écoute

Culture et identité sonore, (re)connaissance, appartenance et partage

Bruits de fond, rumeurs et accidents, l’attendu et l’inattendu d’alternances en superpositions

– Ordre, contrôles et publicités à caractère propagandiste 

Esthétisme, création artistique et pensée écologique, les degré d’un engagement

Rythmicités, séquencage urbain, pulsions citadines, flux et reflux, cellules rythmiques…

Formes et constructions urbaines et sonores, interactions et effets de miroir…

– Trace, mémoire, histoire, témoignages et patrimoine

– Outils de prospection et de modélisation, aménagement

– Approches croisées, tissages et entrelacs d’audio-urbanités plurisensorielles

– Prélèvements, échantillonnage, conservations et médiation

Récit, construire sa ville à travers ses sonorités, utopies et mythologies urbaines sonores

– Réflexion(s), des outils de l’écoute in situ à la théorisation

– Tourisme culturel, construction et valorisation de nouveaux territoires d’écoute

Paysage sonore, construction esthétique et artistique, musique des lieux

– Errance et sérendipité, le fortuit et l’accidentel comme moteurs de l’écoute et de la construction de paysages sonores

Marchandisation, commerce, muzzak, design sensoriel et messages subversifs

Strates sonores pérennes ou temporaires, de nouvelles couches au fil des apports et superpositions…

Territoires sonores, construction sociales et géographiques

 

 

News desartsonnantes

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À la demande de certains de mes suiveurs marcheurs, je remets en place une lettre d’infos (en principe mensuelle), pour savoir où Desartsonnants promène pieds et oreilles, où marchécouter de concert, où venir lui faire un brin de causette, boire un verre…

Pour s’abonner, c’est par ici.

 

Points d’ouïe, Paris 8, genres d’espèces et espaces de genres

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Assez tôt le matin, quartier du Télégraphe dans le XXe parisien, je sors prendre un petit-déjeuner sous une belle averse de neige, et me dis que le parcours d’écoute qui s’annonce ce matin devrait nous rafraichir les oreilles.
En en effet…

Arrivé à Paris 8 Saint-Denis, lieu de l’action, après un bon bain de foule sardinée dans le ligne 13, je retrouve deux enseignantes du LEGS ( Laboratoire d’Étude de Genres et de Sexualité) qui mont invité, et avec qui se déroulera un PAS – Parcours Audio Sensible, ainsi qu’avec des étudiants.

Il s’agit cette fois-ci un PAS d’un genre nouveau, que mes comparses universitaires ont pour l’occasion nommé Cont’errance. Ce jeu de mot-valise n’est pas, loin de là, pour me déplaire, et je préviens la rédactrice du texte de présentation que je l’emprunterai volontiers dans certains de mes parcours causerie à venir.
Le but de cette déambulation expérimentale est d’arpenter pour écouter et parler des espaces traversés, sous le prisme du sonore, mais aussi de l’approche d’espaces genrés (ou non), de la place de chacun, des habitus d’un campus… sans toutefois être dans une véritable conférence marchée, plutôt dans un mode causerie dé-ambulante.

Nous alternerons donc les moments de silences, les expériences sensorielles, les jeux d’écoute, des échanges autour de la vie universitaire, via une approche résolument polyphonique, plutôt flexible dans son déroulé.
La conversation embraye d’ailleurs devant un thé et café, alors que les étudiants arrivent. Musicologie, science de l’éducation, sociologie, littérature et genres, les profils et expériences sont diverses. Se joindra à nous un chargé de mission qui travaille sur une étude des espaces publics de l’université, et qui en profitera pour tendre l’oreille vers des lieux qu’il n’appréhende pas habituellement de cette façon.
Nous avons là un petit groupe d’une dizaine de personnes, mais avec un beau potentiel de croisements sensibles.

Quelques lieux et architectures ont été préalablement repérés, tels la bibliothèque, des halls, cours extérieures, passerelles, maison des étudiants, espaces verts peuplés de moutons éco-brouteurs urbains, qui finalement, garderont obstinément le silence.
Nous jonglerons entre intérieur et extérieur au gré d’averses parfois virulentes et d’un bon petit vent frais.

D’acoustique en acoustique, d’architecture en architecture, nous cherchons tout à la fois les ambiances, les signes, parfois genrés – tags, affiches, sons – observons les mouvements d’étudiants, d’ailleurs assez peu nombreux ce matin entre les mouvements de grève et la météo très ingrate.

La bibliothèque nous livre quelques pistes, disparates, sur papier, des écrits et es penseurs, philosophe, sociologues, anthropologues…. Nous aurions aimé descendre dans les incroyables sous-sols techniques, que nous avions déjà exploré lors d’une rencontre précédente, mais la personne habilitée à nous y conduire n’étant pas présente, nous resterons donc hélas en surface.

Entre deux écoutes, les enseignantes commentent le campus à l’aune de leurs recherches respectives, et de l’actualité un brin surchauffée.
Tout cela se mélange dans un sympathique petit chaos qui emprunte des chemins de traverses, lors d’une déambulation qui bouscule quelque peu les pratiques enseignantes universitaires habituelles, ce qui n’est pas pour me déplaire. Un brin de désordre dans l’institution remet parfois quelques idées en ordre de marche.

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Le auvent d’un restaurant abritera temporairement une installation sonore quadriphonique (à quatre haut-parleurs autonomes), à partir de voix et de chants de femmes de différents pays et continents, mixées et spatialisées. Le tout est composé spécialement pour cette déambulation. Genre oblige.
Nous promènerons d’ailleurs un moment ces voix à travers les couloirs et halls, histoire de faire sonner autrement les lieux dans une intime et bavarde polyphonie mobile, et de surprendre les personnes croisées sur notre passage.

Et comme à l’accoutumée, nous ausculterons un espace extérieur à l’aide de stéthoscopes et autres longues-ouïes, malgré le temps capricieux et particulièrement humide.

Cette forme de PAS mêlant silences, marches, points d’ouïe, jeux de l’ouïe et installations, paroles et commentaires, échange autour de ressources écrites ou sonores, est assez vivifiante, dans les marges qu’elle explore, y compris architecturales, sociales et acoustiques. Elle permet une intervention qui questionne l’espace universitaire et ses pratiques, entre approche sensible, histoire des lieux, usages, aménagements et cohabitations humaines, dans les tensions sociales et politiques du moment, et comme une appréhension spatio-temporelle vivante… tout en restant dans une approche privilégiant le sensible.

Avec certains, en fin de parcours, nous avons longuement continué à échanger, à réfléchir, à nous questionner. Que reste t-il vraiment de l’espace public et des libertés d’action et d’expression qu’il pourrait nous offrir, au travers les tensions qui le traversent et le secouent régulièrement, les emprises institutionnelles et politiques ?
Quelles sont les modes d’interventions, dans des espaces politiques et sociaux complexes, surveillés, encadrés, les désobéissances civiles, militantes, qui résisteraient à une instrumentalisation paupérisante ou à un violente chape de silence ?

Cette journée passée à tendre l’oreille et déployer la parole dans une ambiance universitaire marquée de mouvements sociaux, conforte en moi le fait que travailler sur le paysages et les écosystèmes sonores, au-delà de leurs esthétiques, d’une approche écosophique, ne peut faire l’économie du geste politique, tant s’en faut. Ce qui me questionne à nouveau sur les leviers d’action, de résistance, de militance, pacifistes, à commencer par le niveau dans lequel j’interviens, le monde des sons et de l’écoute, à leurs portées, si modeste soit-elle, et intrinsèquement, à leurs limites.

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PAS – Parcours Audio Sensibles et Points d’ouïe, vers des territoires élargis

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Durant des années, l’écriture et la pratique de PAS – Parcours Audio Sensibles ont été essentiellement liées, en ce qui me concerne, à des approches esthétiques et écologiques, notamment dans la construction de paysages sonores et de points d’ouïe partagés.

Ces marchécoutes collectives s’appuyaient, et d’ailleurs s’appuient encore, sur des notions de paysage/musique et d’écologie sonore, questionnant plus largement le monde de l’écoute, des sociabilités, aménités et sensibilités auriculaires.

Aujourd’hui, au fil des rencontres et des échanges, sans renier ni abandonner les problématiques initiales, les questionnements que soulèvent les PAS élargissent les problématiques vers de nouvelles sociabilités à portée d’oreille.

Je reste évidemment dans un modeste rôle de promeneur écoutant, metteur en situation d’écoute, pratiques dans lesquelles j’ai je pense une certaine expérience et un savoir-faire forgé au fil des expériences, même si mes PAS m’amènent à des hybridations et des croisements où l’écoute in situ se frottent à diverses situations.

M’appuyant sur les actions passées, celles en cours et celles à venir, je citerai de façon non exhaustive quelques domaines élargis, où s’aventurent, généralement collectivement, pieds et oreilles, tels  que :

la santé, physique ou mentale, le bien -être

les espaces publics et les études de genres, la place de chacun dans les espaces piétons

la sécurité, l’insécurité, la surveillance

l’esthétique paysagère

La ville underground, résonances et trivialités

l’architecture sonore,écoutée, l’aménagement du territoire

la qualité d’une belle écoute, les zones acoustiques privilégiées pour la communication orale

la muséographie, ou muséophonie

l’eau, le végétal, bruissonnances

les cartographies et représentations sensibles

l’univers de la nuit

les rapports zones calmes, ilots de fraîcheur

le tourisme culturel, sensible, l’écotourisme

l’écologie sonore, l’écosophie

le patrimoine immatérielle, entre autre sonore

l’écoute et le sacré

les mobiliers et bancs d’écoute

la littérature, la philosophie, la marche

les réseaux d’activistes marcheurs

la création artistique et le projet culturel en espace public

les personnes porteuses de handicaps, publics empêchés (hôpitaux, prisons…)

les populations migrantes…

Je ne prétends absolument pas être un spécialiste, loin de là, de ces multiples questions sociétales, et encore moins apporter des réponses dans des secteurs et pratiques que je ne connais et ne maitrise pas suffisamment. Je tente simplement, par la pratique du Parcours Audio Sensible, de développer une oreille curieuse, des écoutes collectives, vers différents territoires, entre déambulations sensibles, Conf’errances, rencontres croisées avec différents chercheurs-euses, acteurs-trices, arpenteurs-teuses, habitants-es et autres pratiquants-tes de l’espace public.

C’est un terrain tourné vers des formes de recherches-actions, stimulées par une bonne dose d’altérité, des expériences passionnantes, portant l’oreille vers des paysages fluctuants, entrelacés, hybridés, complexes.

C’est une invitation à des PAS de côté, des chemins de traverses, voire ses façons de se perdre pour tenter de mieux se re-trouver, autrement.