Bastia, Zone Libre et sonore, au PAS !


 
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Depuis quelques années, Desartsonnants revient, au mois de février, dans la belle ville de Bastia, lors du festival d’arts sonores Zone Libre.


Il y retrouve et découvre des compères activistes et  des œuvres sonores, des espaces d’échanges; et aussi des paysages à portée d’oreilles où, cette année, le bleu du ciel et de la mer offraient un bel écrin aux sonorité de la ville, du haut de sa Citadelle, au pied des montagne, jusqu’au port et bords de mer.


Cette année, le partenariat des amis de Transcultures et des Pépinières Européennes de Création étoffait encore un programme riche dans la diversité des genres accueillis.

Premiers PAS en pré-ambule

Digital Camera

Sous le soleil la vieille ville nous attire, comme un aimant sensoriel irrésistible.
A peine les valises posées, l’envie d’arpenter la cité, perchée entre mer et montagne, est plus forte que tout, et c’est avec un immense plaisir que nous y cédons sans retenues.


De ruelles en places fortifiées, de remparts en jardins, d’escaliers en piétonniers, je retrouve avec joie les sonorités bastiaises, l’accent chantant du Sud, les ambiances acoustiques qui modulent l’espace au gré de la promenade…
Et les succulents canistrellis de chez Raymonde…


Les cités et villes retrouvées, revisitées régulièrement, deviennent de petits laboratoires d’écoutes, où petit à petit, d’années en années, se creusent des pratiques, des réflexions, s’affinent des expériences, s’écrivent des histoires.
Leurs paysages sonores se construisent, se matérialisent en prenant de l’épaisseur, du sens, dans une histoire auriculaire, partageable avec qui veut bien l’entendre.

Repérage

Comme pour tout PAS qui se respecte, le repérage est une phase clé dans l’écriture du parcours.


Savoir où l’on va, où l’on met les oreilles.


Anticiper les acoustiques que l’on traversera, les relations Points d’ouïe/Points de vue, les activités (espaces portuaires, commerçants, sites spécifiques…), ambiances des lieux, quelques marqueurs (fontaines, clochers…), des événements ponctuels (travaux, marchés, festivités…), envisager des temporalités (diurnes, nocturnes, à certains moments de la journée, selon la saison…).


imaginer laisser place aux aléas, rencontres fortuites, événements imprévus…
Doser le maîtrisé prévu, anticipé, et les moments où l’improvisation sera de mise en fonction des objets et ambiances sonores de l’instant.


Sentir les « envies » des promeneurs écoutants que l’on accompagne pour rester autant que faire se peut dans une forme de complicité tacite. Une belle scène acoustique pourra faire que l’on s’arrachera difficilement à tel espace/temps, où l’oreille aura envie de faire une pause pour prendre le temps de l’écoute, sans que l’on vienne la forcer à quitter prématurément une harmonieuse place d’écoute.


Un autre critère ici était pour moi d’éviter les rues trop circulantes, trop bruyamment motorisées, en empruntant des espaces plutôt piétonniers, entre citadelle, jardins et traversées de la ville commerçante.


Bref, un jour et demi de repérage, pas mal de kilomètres parcourus, et de belles dénivelées en prime. Une belle écoute se mérite !

Franchir le PAS

Le jour j, à 14 heures, devant la cathédrale Sainte-Marie de la Citadelle, au cœur de la cité historique..

Un groupe de promeneurs écoutant se retrouve, pour partir à l’affût des sonorités bastiaises, sous un beau soleil printanier malgré l’époque hivernale.

Quelques consignes, suggestions, mises en condition; installer le silence, puis l’écoute; l’un invitant l’autre, et nous partons, du pas lent de l’écoutant.
Nous sommes ici dans une expérience audio immersive. il s’agit de recevoir, d’accueillir les sons, de s’y baigner. Sans doute ne faut-il pas résister aux affects, voire émotions qui peuvent surgir en nous, fussent-ils et elles dérangeant.es;

Un premier spot intérieur, plutôt serein, pour se mettre les oreilles en condition, sans les brusquer. Entrée en matière tout en douceur;
Le calme de la cathédrale, sa pénombre intime, ses espaces réverbérants, sa faible porosité avec l’extérieur, l’amplification des pas, des micro-bruits, jusqu’à notre propre respiration….
Un cadre est posé.

Nous poursuivrons par une petite déambulation dans les rues piétonnes de la Citadelle, au cœur historique de la cité.
Calme serein.
Quelques voix ici et là.
De belle percées lumineuses vers la mer, silencieuse.
Débouché sur la place du musée, et là, une très belle scène acoustique.
Un chantier de ravalement de façade.
Des voix du sud de de l’Italie.
On se hèle du haut en bas de l’échafaudage.
On chante.
Une poulie manœuvrée pour monter des seaux de crépis cliquette joyeusement.
Le tout dans une superbe réverbération minérale.
Un régal pour les oreilles !

Nous empruntons ensuite les sentes et escaliers du jardin Romieu, qui nous mènent vers la ville basse, le port, la mer.
Nous perdons en quelques pas la circulation de la route voisine;
A nouveau un espace calme, mais très différent de la vieille cité, ouvert sur le bleu de la mer à l’horizon.
Espace végétal où les oiseaux s’éveillent à la douceur en pépiant.
Les rumeurs du port nous parviennent feutrées.
Un Ferry embarque lentement vers le large dans un doux ronronnement.
Nous le suivrons des yeux et des oreilles, assis sur des bancs surplombants.
Nous finirons la descente dans une large fenêtre qui encadre le ferry prenant le large.
Traversée du port de plaisance.
Nos pas résonnent sur un large caillebotis.
quelques gréements tintinnabulent sous un vent mollasson.
Des coques grincent en se frottant aux passerelles.
Des voix croisées de promeneurs nonchalants.
Ambiances toujours apaisées d’un Bastia encore à l’heure hivernale.

Pénétrante dans la ville par des petites ruelles.
Des commerces et quelques terrasses, voix devisantes.
une très grande place minérale où des scouts jouent, yeux bandés, à des exercices de repérage en aveugle, se dirigeant vers les collègues qui les guident vers eux. un jeu d’écoute de circonstance dans notre exploration auriculaire.
Passages de ruelles en escaliers, de terrasses en parvis, nous gravissons la ville en serpentant.


Ouvertures et fermetures des espaces acoustiques; Toujours les voix comme une sorte d’étalon référentiel.


Quelques passages tonitruants de motos ou scooters qui viennent déchirer les zones tranquilles mais disparaissent rapidement, laissant les espaces s’ébrouer dans une résilience auriculaire.

Passage dans un parking à flanc de colline;
J’adore encanailler l’oreille dans ces lieux a priori mal famés pour l’oreille.
Et pourtant les réverbérations s’y déploient magnifiques.Grincemenst de roues.
Claquements de portières.
Cliquetis de barrières.
Passages de véhicules dessus, dessous, loin, prêts…
Tour est superbement mis en espace.

Dernier tronçon de ville pour revenir à la citadelle et boucler notre boucle d’écoute.

Une promeneuse écoutante de notre groupe nous invite à prendre un verre.
Terrasse qui accueille nos retours et ressentis.


Nous faisons connaissance.


Parlons bioacoustique, spécialité de certains d’entre nous.
Écologie sonore, paysage collectionnés, voyages effectués ou à venir.
Et mille autres choses encore pour clore en douceur ce PAS – Parcours Audio Sensible, sous la belle lumière méditerranéenne déclinante.


L’un d’entre nous, preneur de sons passionné, à capturé l’ensemble du parcours.


Traces à monter, en attente de faire récit, de fixer un brin de mémoire, de raconter l’aventure d’un instant d’écoute partagée.

S’il il a des lieux et des contextes favorables à l’accueil de PAS, la cité bastiaise, sa Citadelle historique et le festival des arts sonores Zone Libre sont assurément de ceux là !

Point d’ouïe, face à la mer, Jardin Romieu, dominant le port de Bastia

En écoute, des travaux comme une belle musique des lieux, place du Musée, Citadelle de Bastia 

point d’ouïe, mettre l’oreille en condition

Cathédrale Sainte-Marie, calme, sérénité et belles réverbérations

Face à la mer, les oreilles aux larges

Écoutes portuaires


Vidéo de Philippe Franck – Transcultures

 

En écoute, prise de son Gilles de Bastia

Voix douces en voie douce

Repérage marchécouté – une ancienne voie de chemin de fer, sur un tronçon Privas-Chomérac, vallée de la Payre, en Ardèche. Balade en duo pour construire un prochain PAS- Parcours Audio Sensible en groupe.

Organisé par le CAUE d’Ardèche, dans le cadre du programme « Paysages mobilisés« 

Ponts dessous – Scansions paysagères, lignes de fuite cassées, ou recadrées, jeux acoustiques dessous, de voûte à voûte, réflexions, réverbération, courbures minérales en parloirs, et dialogues en dos tournés, postures ludiques !

Ponts dessus – Franchissements de nombreux cours d’eau, de différentes tailles; oreille plongeante, glougloutis à droite, à gauche, rumeur indécise au centre, mixage stéréopheaunic d’un bord à l’autre…

Revêtement – Un long ruban goudronné, assez lisse, peu sonore; il faut faire un pas de côté, sur les bas-côtés, pour entendre bruisser nos pieds foulant le gravier et les feuilles mortes, textures écrasées, et en jouer…

Ouvertures et fermetures – chemin bordé de hauts talus avec une seule perspective devant, ou bien des ouvertures latérales vers des vallées, collines, hameaux, débouchés proches ou lointains, espaces larges ou resserrés, intimes ou non, de chaque côté, rythmes de fenêtres visuelles et sonores, coupures, sons lointains et écrans acoustiques isolants… Plans, paysages au loin, ou tout près…

Passages et flux – Croisements ponctuels de marcheurs et cyclistes, assez rares en ce jour pourtant ensoleillé. Certains d’entre eux, sur deux roues, agacés par la lenteur des bipèdes flâneurs, jouent de la sonnette autoritaire, d’autres sourient, s’annoncent plus amènes… Cohabitations de mobilités parfois contrariées…

Liaisons – D’une vallée ou vallon à l’autre, d’une ville/village à l’autre… succession d’ambiances, progressivement, dans le flux de la marche, des fondues.

Zoophonie avicole – Des oiseaux, beaucoup d’oiseaux. Ils nous font des haies sonores, phoniques, ponctuent l’espace de chants et cris, nous saluent, ou non, sans doute nous ignorant, tout à leurs histoires de territoires. Nous sentons les avant postes du printemps s’avancer, le désir de s’extirper des frimas hivernaux, de bouger enfin, au grand air…

Lumières et couleurs – Douces, égayées de soleil, pré-printanières, un bleu soutenu pour le ciel, des ocres hivernaux, des verts renaissants pour une nature encline à croitre.

Dialogues – Échanges autour de ce bout d’Ardèche qui déboule vers le Rhône, grand ruban bleu, frontière, flux irriguant, nourricier, structurant, invisible d’ici, néanmoins incontournable.

Villes et villages – Ci et là, adossées aux collines, en fond de vallées, les urbanités, petites et moins petites, se font entendre discrètement, assourdies par l’éloignement, et pourtant bien présentes.

Rubans et flux – Des routes en vallées, ou prenant de la hauteur en serpentant, une rumeur assourdie, quelques émergences, jamais envahissantes ouïes de notre sente.

Travaux – Un engin fouisseur remue une terre fraiche, des herbes gorgées, au croisement d’une route, une puissante odeur d’humus qui remue des souvenirs pourtant bien enfouis.

Tranches et séquences – Deux boucles arpentées dans la journée, marchécoutées, des ambiances, quelques douces saillances, de nombreuses similitudes.

Perspectives et lignes de fuite – Un long ruban asphalté, parfois interminable coup de sabre filant au loin, propre à démoraliser le flâneur, parfois sinué de courbes généreuses, ménageant la surprise, des sons à l’avenant, souvent plus imprévisibles que la topographie ambiante.

Hors-piste – Un sentier canaille, sente sauvage, nous extrait de notre voie douce, sur le côté, en échappée belle, jusqu’à un pont enjambant un ruisseau murmurant en contre-bas, engoncé de verdure, qui nous permettra un retour progressif à la civilisation.

Fin de parcours – Les jambes, yeux et oreilles repus, un bol d’air et de calme pour sortir de l’hiver en douceur, des idées de lectures audio-paysagères en attendant d’amener le public à nous emboiter le PAS.

Vendredi 04 mars 2022 – Privas

Indisciplinarité et continuité stimulantes

Forum des paysagistes sonores, Lyon, Le Périscope

« L’indiscipline s’attaque à la paroi qui veut séparer la recherche de l’action, ainsi qu’à celle qui prétend étanchéifier la pensée et l’isoler de la création. » (Myriam Suchet)


Dans les trois derniers projets développés en tout début d’année 2022, une certaine continuité, voire une complémentarité stimulante, néanmoins nourries d’indisciplinarité, se dessinent incontestablement, pour mon plus grand plaisir..


Le premier, via un Forum des paysagistes sonores, impulsé par PePaSon (Pédagogie des Paysages Sonores) se déroule à Lyon, dans le cadre de la Semaine du son de Unesco. Il invite une dizaine de participants, artistes, chercheurs, pédagogues.. à venir présenter leurs pratiques lors d’une rencontre publique. L’objectif est ici de montrer la diversité et la richesse des acteurs, preneurs de sons, créateurs sonores, bioacousticiens, concepteurs de parcours d’écoute, pédagogues… qui œuvrent à penser le monde par les deux oreilles, voire à l’aménager en prenant en compte les ambiances sonores, tant celles existantes que celles à imaginer. Ce forum est aussi un espace de débat, incontournable pour qui veut impulser une pédagogie active et participative.

PAS – Parcours Audio Sensible – Festival Zone Libre à Bastia


Le second projet m’emmène à Bastia, tout au nord de la belle ile Corse, lors d’un festival des arts sonores « Zone libre« . j’y organiserai et guiderai un PAS – Parcours Audio Sensible, à la découverte au pas à pas des ambiances sonores du vieux Bastia, et participerai activement à un autre forum, fomenté avec plusieurs partenaires, dont nos amis belges de Transcultures, autour de la « Création sonore en espace urbain« . La ville inspiratrice et théâtre d’événements artistiques où le son, dans tous ces états, est privilégié, la ville espace de parcours d’écoute; sont abordés également la cité politique et l’engagement d’artistes vers une écologie sonore plus que jamais d’actualité, les dispositifs faisant sonner la ville, la mettant en écoute… des sujets où la création sonore est ici questionnée via ses multiples formes d’installations urbaines.

Arts, sociabilité et urbanité nous conduisent à des approches indisciplinaires qui me sont de plus en plus chères.

Workshop École Polytechique d’architecture de Sousse


Le troisième projet, dans la foulée chronologique des deux précédents, se déroule à l’École Polytechnique d’Architecture de Sousse, en Tunisie. Il va donc être à nouveau question, avec des étudiants et enseignants, d’urbanité, d’aménagement, mais aussi de patrimoine, puisque des parcours/relevés sonores s’effectueront au cœur de la médina historique, classée Patrimoine mondiale de l’humanité par l’Unesco. Arpenter, écouter, capter, composer de petites cartes postales sonores, argumentées, illustrées de croquis, maquettes, cartes sensibles, imaginer de nouveaux espaces où la sensorialité est convoquée… Une approche expérimentale, expérientielle, d’une ville à portée d’oreilles, pensée (aussi) par des sons.


Cette entame de l’année, toutes oreilles ouvertes, met donc le promeneur écoutant, paysagiste sonore de surcroît, dans une dynamique oh combien stimulante ! Trois approches qui, dans des lieux et avec des dispositifs spécifiques, me donnent du grain à moudre par leurs singularités, géographiques, thématiques, mais aussi par le fait de creuser leurs communs universaux, l’écoute en tout premier lieu !

 Six bonnes raisons pour (se) construire des paysages sonores

PAS – Parcours Audio Sensible – Kaliningrad (Ru)

Du plaisir avant tout 

Dans une société où les tensions anxiogènes ne manquent pas, avoir du plaisir, à faire, à entendre, à écouter, est une chose plus que bénéfique, sinon vitale.

Bien sûr, le monde est complexe, brouillon, bouillonnant, parfois au bord de la saturation, et tout n’y est pas, tant s’en faut, réjouissant, y compris dans les scènes et ambiances sonores au quotidien.

L’oreille ne peut, par un coup de baguette magique, gommer les dysfonctionnements, ignorer les choses qui nous agressent le tympan, envahissent nos nuits.

Néanmoins tout n’est pas que bruit et déplaisir, y compris au cœur des grands complexes urbains.

A nous de rechercher, voire de construire, de préserver, des espaces où le monde sonne bien à nos oreilles, où la parole est intelligible, claire, non obligée de « passer par dessus ».

A nous de profiter de belles scènes acoustiques et autres points d’ouïe, une place où jouent des enfants, un marché volubile, une volée de cloches, les clapotements du fleuve…

Le plaisir est sensoriel, parfois sensuel, multiple, dans nos ressentis environnementaux, nos bains de sons. Il passe par la contemplation d’un coucher de soleil rougeoyant, l’odeur des croissants chauds au détour d’une rue, l’écorce d’un arbre que l’on caresse au passage, nos pieds foulant le sol, l’air frais du matin, la lumière qui nimbe la colline nappée de brouillards ténus, le soleil de printemps qui nous réchauffe enfin, les gazouillis qui se répondent dans le parc voisin…

Scènes de la vie quotidienne.

Tout cela peut nous paraître anodin, futile, peu digne d’intérêt. Et pourtant nous avons besoin de ces stimuli, de ces ambiances et repères entre autres auriculaires , qui vont rendre nos lieux de vie agréables, sinon vivables.

S’imaginer un monde gris, atone, sans relief, aseptisé, relève du cauchemar inspirant les pires dystopies science-fictionesques.

L’écoute procure, si on la laisse s’installer, de véritables émotions stimulantes, que l’on arpente la ville où qu’on l’entende de son banc, poste d’écoute et  point d’ouïe.

Et tout cela se construit, se favorise, se ménage et s’aménage, les postures d’accueil, l’ouverture sensoriel, le choix des lieux et des rencontres amènes… Nous ne sommes pas forcément dans des gestes de méditation, de transe, ni même de spleen ou de contemplation, simplement dans une réceptivité à fleur d’oreilles, de celles qui nous relient au monde.

Partager le plaisir 

Prendre du plaisir personnel, quasi hédoniste, est une bonne chose pour nous maintenir à flot. Le partager est encore plus riche.

L’écoute, dans un cadre d’action collective est donc, dans l’idée de construction relationnelle, au cœur du processus.

Marcher ensemble.

Écouter ensemble.

Faire ensemble…

Bien sûr, l’écoute collective ne sera pas la même pour chacune et chacun, même si les espaces et temporalités se superposent.

C’est même ce qui en fait sa force et sa richesse, le fait de pouvoir échanger sur nos ressentis propres, de partager nos émotions, parfois intimes, nos moments apaisés ou non, nos ralentissements dans une marche immersive, nos façons de nous entendre, plus ou moins bien, avec le monde, avec ses sonorités, avec ses écoutants…

Écouter de concert, c’est puiser dans un silence partagé, installé comme un rituel, une énergie, une synergie, que le groupe amplifie, comme une bulle qui favorise l’expression de nos affects.

Si l’après d’une déambulation auriculaire collective n’est plus comme son avant, une porte est alors ouverte sur de nouvelles expériences à venir, que les moments vécus ensemble auront sans aucun doute inspirés.

Que les déambulations s’appuient sur des perceptions esthétiques, écologiques, sociétales, urbaines, ou mieux, sur un mixe d’approches croisées, plus ou moins indisciplinaires, le partage d’expériences reste une manière de faire corps en restant ouvert à différentes sensibilités. l’échange, même non verbal de  savoir-faire est un terreau enrichissant nos inter-relations.

Façons plurielles de décupler le plaisir d’installer une écoute partagée.

Chercher à comprendre 

Si la curiosité est, dit-on, un vilain défaut, chercher à comprendre comment fonctionne notre environnement sonore, comment s’associent les sons, se génèrent les ambiances, évoluent nos bande-son au fil du temps, des événements, des aléas au quotidien, nous renseigne sur la façon dont, écouteurs-producteurs, nous vivons avec les sons.

De nombreuses approches investissant les domaines de l’écoute, physique, psychoacoustique, questionnent nos rapport au monde sonore, de ses modes de perceptions, d’analyse, mais aussi d’acteurs participants que nous somment à modeler, à fabriquer des scènes sonores, pour le meilleur et pour le pire.

Des outils de sensibilisation, des approches pédagogiques, des processus de description, de modélisation, croisant différents domaines des arts, des sciences, des problématiques éthiques, philosophiques nous aiderons à mieux comprendre les enjeux du sonore, notamment dans l’aménagement.

Être sensibilisé à ces problématiques participe à ce que nous soyons plus attentifs, non seulement au monde sonore lui-même, dans toute sa complexité, son côté éphémère et instable, mais aussi à nos propres gestes impactant le milieu et ses habitants, humains ou non. Questions de cohabitation oblige.

Depuis le travail de feu Murray Schafer les environnements sonores n’ont cessé d’évoluer, parfois dans le sens de raréfactions, disparitions, souvent dans un état d’accroissement, d’extension, de saturation, en tous cas pour ce qui est des grandes cités.

il est donc nécessaire d’accroître notre vigilance, de porter attention aux dysfonctionnements chroniques, aux pollutions parfois insidieuses qui nous rendent la vie difficile, faute d’espaces de calme où reposer nos oreilles et nos corps écoutants, parfois contre leur gré.

Malgré tout les dispositifs de filtres cognitifs, neuro-perceptifs, qui nous permettent d’effacer, d’atténuer ce que l’on pourrait qualifier ici de gêne, de choses plutôt négatives, brouillant souvent nos entendements, de paroles, de signaux et plus généralement de la lecture globale de nos milieux, nous sommes fortement impactés, voire perturbés par les sons ambiants.

Il est clair que l’on agira d’autant plus efficacement que l’on maîtrise le sujet, ici celui de notre cohabitation active avec les milieux acoustiques.

Il n’est pas cependant besoin d’étudier la physique vibratoire ni les neurosciences, il s’agit déjà, à la base, de rester à l’écoute et d’entraîner celle-ci à une lecture où plaisir et curiosité œuvrent de concert.

Défendre 

Si le fait de chercher à (mieux) comprendre  nos milieux sonores, à apprendre comment ils fonctionnent et évoluent, nous pousse à développer des sensibilités, et  peut-être des savoir-faire, cette curiosité activiste peut aussi faire de nous des militants de la belle écoute.

Nous touchons là le domaine de l’écologie sonore, prônée et développée par Murray Schafer, et plus que jamais d’actualité. Être sensible, sensibiliser, protéger, améliorer, construire, dans une idée écosophique, ou l’environnemental, le sociétal et le mental, sont portés par une éthique, une philosophie et une volonté d’agir plus que de parler, nous fait prendre la défense de ces milieux si fragiles que sont les espaces acoustiques.

Artistes, scientifiques, pédagogues, aménageurs, décideurs politiques… chacun à sa place, avec ses compétences, ses réseaux d’influence et terrains d’action, et si possible en interaction, peut se faire défenseur de paysages sonores, les plus accueillants et vivables que possible.

l’Éducation Nationale, l’Éducation populaire, l’enseignement supérieur et la recherche, les centres culturels, les festivals, les associations de terrain, les collectivités publiques,  autant de structures, de lieux, d’institutions, publics ou privés, où peuvent, voire doivent s’exercer des actions militantes.

L’apprentissage de l’écoute sous toute ses formes restant au centre de nos préoccupations d’écoutants impliqués, comme un levier  pédagogique incontournable.

De la « simple » promenade écoute, PAS – Parcours Audio Sensible, en passant par des actes performatifs, des créations sonores, installations interactives, des groupes de travail, séminaires, conférences, débats publics, interventions scolaires, publications, des études autour de la bioacoustique, de l’éco-acoustique… beaucoup de moyens d’interventions, d’actions de terrain peuvent être mis en place pour faire entendre la voix des défenseurs sonophiles.

C’est encore par le partage du plaisir de faire ensemble, et au départ d’écouter, de s’écouter, que se puisera sans  nul doute l’énergie militante.

Être sur le terrain, croiser les chemins de nombreuses personnes, mobiliser des énergies, expérimenter de façon transversale, quitte à emprunter les chemins de traverses, tout un champ d’action ne demande qu’à être activer.

Et c’est sans doute, au delà de tout discours, par l’expérimentation de terrain que passeront les actions les plus engagées et efficaces.

Expérimenter 

Plutôt agir que parler, même si la parole est source d’enseignement, d’échanges et de transmission, d’invention même, l’action de terrain reste la meilleure façon de faire vivre et évoluer des idées, des projets. Et donc ici, de construire des paysages sonores dignes de ce nom. Écoutables.

L’expérimentation, ou l’expérienciation, le fait d’acquérir des connaissances par l’expérience personnelle, sont donc moteurs dans ces constructions audio-paysagères.

Si je dis par exemple que le paysage sonore est particulier, spécifique, voire reconnaissable pour chaque lieu géographique, mon affirmation ne sera valide que si je l’appuie par des exemples concrets, si je prouve en quelque sorte sa véracité, son fondement.

Il faudra alors aller sur le terrain, tester plusieurs protocole d’écoute, temporalités, moyens techniques, façons de rapporter les résultats, de les comparer, de tester ces expériences sur différents lieux, à différents moments, avec différentes personnes, de diffuser l’information…

L’expérience joue ici un rôle déterminant. Tout d’abord pour mettre en place un processus efficient. On déclinera ainsi plusieurs variations dans les modes d’actions possibles, pour que la notion de paysage sonore prenne vie, peut-être sous forme de différents modèles, typologies.

Expériences humaines, relationnelles également, quels groupes, comme travailler en équipe, à combien, croiser des expériences… Comment se répartir les tâches, croiser nos savoir-faire, et surtout, vibre en ensemble une expérience auriculaire riche pour chaque membre du groupe ?

Expérimentations de matériel, d’outils, de méthodes.

A chaque visée, à chaque lieu, des façons de faire, de penser, de récolter, d’analyser, de construire… Il m’est difficile, sinon impossible, de concevoir une méthode clé en main, transposable à l’identique d’un endroit à l’autre, sans que l’expérimentation de terrain n’implique la mise en place de gestes et de stratégies appropriés.

Expériences de transmission, de diffusions, de traces tangibles.

Rapporter les faits et gestes, décrire, analyser, tirer des conclusions, ouvrir de nouvelles investigations, diffuser, vulgariser… L’expérimentation va là aussi nous aider à trouver des supports ad hoc, des réseaux, des relais, partenariats, sans se cantonner dans l’utilisation de modèles clé en main, figés, mais vers des solutions plus adaptatives en regard du terrain;

L’expérience de terrain est, dans toutes les phases, primordiale. Le terrain est laboratoire. On part de l’expérience in situ pour se forger, au fil du temps, une expérience globale. L’expérience professionnelle comme on dit. Celle qui nous permet de réagir à terme, assez rapidement, selon les contraintes des projets, à la mise en place d’outils répondant au besoins, ou à leurs adaptations, si ce n’est à l »invention » de nouveaux outils.

Avoir fait une belle expérience, c’est avoir vécu et qui plus est entendu de fort belles choses, qui resterons gravées en mémoire, qui jalonneront notre parcours, chacune  apportant une petite pierre à l’édifice sonore en continuelle évolution.

D’ailleurs, dans le mot expérience, il y a expert, ou expertise. Par l’expérience, et l’expérimentation, on devient « expert », expert en perpétuelle construction  certes.

Cent fois sur ton métier tu remets ton ouvrage, c’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est en écoutant qu’on devient écouteur, c’est parce qu’il y a des écoutants qu’il y a des paysages sonores… Suite de maximes avérées.Et croyez moi, j’en parle d’expérience.

Confronter  

Confronter, se confronter à, littéralement en face à face, de front à front, proche d’ailleurs du fait de s’affronter…

Mais ici, évacuons la notion belliqueuse, ne montons pas au front, prenons la confrontation dans son sens plus positif, celui d’espaces de comparaison, de frottements, de rencontres et d’échanges. Et c’est dans le sens de la rencontre, non pas guerrière, mais plutôt en la pensant féconde en échanges que la confrontation s’opère ici.

Confronter des paysages.

Imaginons.

Plusieurs parcours, plusieurs points d’ouïe, plusieurs moments, plusieurs contextes…

Chacun singulier, dans ses événements, son déroulé, les enchaînements,  les itérations, les superpositions d’ambiances, de sources…

Les comparer, en tirer de chacun la substantifique moelle, les faire de croiser, s’entre-écrire, se fictionnaliser, de façon à proposer une série d’expériences parfois improbables mais Oh combien stimulantes.

Confronter les participants

Imaginons.

Acteurs sur différentes actions, acteurs de différents champs, confrontons nos vécus sur un projet commun, ou pourquoi pas, sur l’ensemble de nos activités. Ne pas garder pour soit mais avoir l’envie de créoliser, d’hybrider, de malaxer une pâte aux ingrédients multiples, penser et pratiquer une ouverture sur de multiples possibles offerts à la rencontre.

Confronter les moyens

Imaginons.

Comme des coopératives qui mettraient en commun(s) des savoir-faire théoriques, techniques, opérationnels, allons plutôt vers le partage que le pré carré aux « secrets » jalousement gardés.

Concoctons ensembles des dispositifs, outils pédagogiques, ressources open sources, développons des passerelles participatives, des portails et autres outils qui confrontent, sans esprit de concurrence, et croisent nos projets.

Ces confrontations positives, bénéfiques, sont parfois inscrites dans des réalités de terrain, mises en œuvre, expérimentées, et parfois restent en formes de vœux pieux,  de choses potentiellement faisables à plus ou moins long terme, voire de parfaites utopies dans des tiroirs oubliés.

Osons néanmoins confronter idées et  réalisations, acteurs et savoir-faire.

Osons faire en sorte de sortir de notre petite niche confortable, pour que les raisons et les motivations de construire des paysages sonore écoutables et vivables restent plus que jamais une priorité d’actualité.

Et comme je le répète régulièrement, les choses étant ce qu’est le son.

Paysages sonores singuliers, des ambiances

L’écho des falaises
la quiétude des cimetières
les réverbérations et signaux des gares
la gouaille des marchés
le bouillonnement des ruisseaux
la rumeur des belvédères urbains
le silence habité des églises
le bourdonnement des avions
l’électricité grondante des orages
l’onirisme de la nuit
le grondement des boulevards
l’apaisement des jardins
le ressac de l’océan
le tintement des cloches
les chuchotis des bibliothèques
le fracas des cascades
le feulement du vent
la vie qui s’écoule
la vie qui s’écoute

Immersion, l’oreille paysagère

Festival ElectroPixel à Nantes – Apo33 – 2013

L’immersion dans sa définition première, désigne « quelque chose, quelqu’un qui, plongé dans un liquide, subit un mouvement descendant »1.

Il y a donc une notion de bain, d’être entouré de, qui peut être agréable, mais aussi, dans la descente, une sensation nettement moins positive. Être trop immergé, peut risquer la noyade, dans le sens physique comme symbolique. Une forme de Muzac envahissante par exemple, qui noierait notre discernement, annihilerait la notion de goûter pleinement et volontairement à quelque chose d’audible.

Mais nous laisserons ici l’approche négative, voire dangereuse de l’immersion, pour la penser comme « le fait de plonger ou d’être plongé dans une atmosphère quelconque »2, qui est sa deuxième définition; ici plongé dans un bain sonore et/ou musicale.

Prendre un bain de son, être entouré de sons, sentir les sons nous envelopper, se laisser porter, transporter.

L’immersion est donc ici une posture sensible, produite par un geste artistique, en l’occurence par une œuvre audio proposée aux écoutants, eux-même placés de façon à ressentir l’espace sonore se déployer autour d’eux, dans des mouvements qui les placent au centre de la scène acoustique, et non pas dans une configuration frontale, comme dans beaucoup de concerts.

Ces dispositifs immersifs et de diffusions via notamment le multicanal, ne sont certes pas nouveaux. Dés le début des années 70, l’Acousmonium, tel que l’a nommé François Bayle, ou orchestre de hauts-parleurs, permet aux compositeurs d’écrire et de diffuser dans des espaces acoustiques multi-directionnels. De la musique concrète à la musique électroacoustique, puis acousmatique, l’auditeur est au centre de l’écoute, avec néanmoins toutes les limites de se trouver au plus près du sweet spot, point d’écoute idéal et central, géographiquement parlant.

Les technologies évoluant, le multicanal emprunte différents dispositifs, de la diffusion WSF – Synthèse d’hologrammes sonores de l’IRCAM aux diffusions ambiphoniques, sous des dômes équipés de très nombreux haut-parleurs, en passant par des casques VR, des diffusions spatialisées par des HP mobiles hyper-directifs… Les procédés d’immersions continuent de placer l’auditeur dans un bain sonore parfois assez impressionnant.

Reste à sortir d’une forme d’esbrouffe technologique pour composer des œuvres qui, par leurs qualités intrinsèques, fassent justement oublier le dispositif, pour que ne reste plus que le geste créatif, l’œuvre, qui va embarquer l’écoutant sans mettre le dispositif en avant.

Mais au-delà des dispositifs, petits ou grands, modestes ou impressionnants, l’immersion peut-elle se faire sans machinerie technologique spécifique, sans appareillage de l’oreille, à oreille nue ? Peut-on se sentir entouré de sons, voire de certaines formes de musiques, sans avoir recours à des modes de diffusions électroacoustiques, ni même instrumentales ?

Bien sûr, si je pose ainsi ces questions, c’est que je vais certainement répondre que oui. Question orientée.

Dans ma pratique liée au paysage sonore, le Soundwalking, la balade sonore, et ce que je nomme les PAS – Parcours Audio Sensibles, sont de fait des gestes qui proposent aux « marchécoutants » des situations naturellement immersives.

Se plonger dans les sons des centres villes comme dans ceux de forêts, de montagnes, de bords de mer, sentir les sons bouger autour de nous, nous envelopper, nous dessiner tout un paysage auriculaire lorsque nous fermons les yeux (cinéma pour l’oreille) sont des façon de se trouver dans un bain sonore sans cesse en mouvement, en transformation.

Je penserai ici aux « Listen » de Max Neuhaus.

De même, la notion de point d’ouïe, d’arrêt sur son, de poste d’écoute, nous proposent de mettre notre écoute au cœur des ambiances acoustiques, paysagères, que nos marches ponctuées d’arrêts nous font pénétrer de plain-pied, de pleine oreille oserais-je dire.

Cette immersion paysagère est donc esthétique, mais aussi écologique, voire écosophique. Poser une oreille attentive aux ambiances environnantes nous apprend à écouter, à nous entendre, à mieux, à bien nous entendre, peut-être à nous ré-entendre avec nos milieux, vivant et non vivant compris. On pourra y percevoir les aménités qui nous feront apprécier les musiques des lieux, tout comme les désagréments, les frictions, les dysfonctionnements, entre saturation et paupérisation.

Plus l’immersion sera profonde, plus la conscience d’un milieu acoustique superposant et alternant moult ambiances nous réjouira, nous inquiétera, peut-être nous alarmera.

Le geste artistique, y compris celui de l’écoute, n’est pas que fabriquer du beau bien pensant, du divertissement et du rêve. S’il peut aspirer à des formes de sublimation du monde, il peut aussi déranger nos bonnes consciences, montrer ce qui va dans le mur, et pas que dans le mur du son. L’artiste n’est pas exclus, bien au contraire, de prendre une position politique, au sens premier du terme, de s’impliquer dans l’espace public.

L’écoute paysagère immersive, être au cœur des choses, prend ici partie de montrer ce qui fonctionne comme ce qui dysfonctionne (Low-Fi et Hi-Fi de Murray Schafer) et de nous mettre l’oreille devant des dégradations écologiques, sonores comprises, dont l’accélération, si ce n’est l’emballement, doivent urgemment nous alerter.

A bon entendeur salut ! Disait Scarron.

1Définition CNTLR

2Définition CNTLR

Texte rédigé pour les Rencontres Acousmatiques 2021 « Imaginer l’immersivité » 2 et 3 juillet 2021 – CRANE Lab« 

A lire : Actes des rencontres, tous les textes

Emboitez le(s) PAS – Parcours Audio Sensibles !

@Photo Michel Risse, Décor sonore, Symposium FLK, « Paysages inouïs »École Supérieure de la nature et du Paysage de Blois – Octobre 2021

Bonjour, à la demande ce certain.es, concernant les dates arrêtées à ce jour, il y aura des PAS aux dates et dans les lieux ci-dessous (Saison 2022, 1er semestre) :

le 25 janvier à Paris, pour les Assises Nationale de la Qualité de l’Environnement Sonore,

le 04 février, à Bastia (Forum des Arts Sonores)

Février, Sousse, workshop architecture et création sonore

le 19 mars dans le PNR d’Ardèche,

le 20 avril à Pantin, CRR classe d’électroacoustique

le 20 mai à Lyon (en nocturne), invité par Nomade Land

le 24 mai à Grenoble, rencontres autour de la Rhytmologie entre Flux et cadences

le 25 juin à Saint-Vit (Jura), Festival Back To The Trees

le 02 juillet à Milllery (Côte d’or), rencontres acousmatiques

le 07 juillet aux Adrets (Savoie), Festival les Arpenteurs

le 18 juillet (World Listening Day), lieu à fixer…

Plus d’autres dates en cours de négociation, à fixer, voire celles où vous inviterez Desartsonnant à PASrtager des écoutes audio-arpenteuses…

Symposium « Paysages inouïs » à Blois, quelques sons, causeries et ambiances

Premiers retours sonores du Symposium international FKL « Paysage inouïs »,
Des causeries impromptues, des ambiances d’installations sonores et performances vocales…

En écoute ici

Bonne écoute !

En attendant d’autres sons, textes, et images…

Pic de Brionnet, quelque chose qui cloche !

Pour suivre ma pérégrination sonore

le projet d’installer l’écoute

dans l’immersion des volcans d’Auvergne

un pic escarpé

adossé à une formation verticale d’orgues basaltiques

coiffé d’une chapelle romane

qui scrute le paysage à 360°

un paysage volcanique

de puys de sucs et de pics

de vallées encaissées

de rivières enchassées de verdure

les ombres d’un jour déclinant qui s’y jouent aujourd’hui

elles s’accrochent aux reliefs

s’étirent à flancs de coteaux

le soleil chauffe agréablement

pas un brin de vent

chose rare sur un pic émergeant à plus de 900 mètres

un temps où tout s’immobilise, ou presque

dans un calme accueillant

immersion quand tu nous tiens

des milliers d’insectes dessinent d’improbables ballets

dans une généreuse lumière du soir

un inouï espace de rêverie

des clarines au bas sonnent, lointaines

stéréophonie montagnarde entre mes deux oreilles, exactement

on reste, finalement assez longtemps, sans bouger ni parler

le paysage à nos pieds

et à nos yeux

jusqu’à de lointains horizons montagneux

et puis la chapelle

avec une cloche accrochée, à clocher

en haut de tout

et une corde pour la sonner

invitation

je me fait sonner la cloche

et elle sonne, tinte bien

vraiment bien

joliment bien

jusque dans ses résonances rémanences

du haut de son promontoire

elle nous invite à activer l’espace

à le faire vibrer à l’échelle du lieu

à l’imaginer plus ample, plus loin

elle invite à recomposer l’écoute

à l’imaginer autre, autrement,

ce que je ne manquerai de faire.

la dernière résonance éteinte

le lieu retrouve son presque rien

habité de mille bruissemements microsoniques.

En écoute
Album photos : https://photos.app.goo.gl/5bXDsbNXj63Jxk6u9

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Installer l’écoute, expériences ludo-forestières

Forêt trouée

d’échappées vers le ciel

bleu

limipde

accueillant

allongé dans l’herbe

des branchages vibrillonnent

sur écran haut d’azur

frémissant

complicité du vent

tout bouge

doucement

tout s’agite

sereinement

froufroutis

froissements

chuintements

les sens tournés vers le haut

des herbes folles

bruissonnent aussi

la forêt se donne à entendre

sans forcer le jeu

l’écoute est installée

entre nous, et elle

à même le sol

contact terre à terre

ça fait sens

la marche reprend

changement d’axe

verticalité

nouveau point de vue, d’ouïe

l’oreille prend de la hauteur

de même le regard

pour scruter le sol

couleurs et bruissonnances

qui  rythment des pas

ou l’inverse

avancée capricieuse

danse qui ne se dit pas

pour mieux chanter les lieux

mille choses sous nos pieds

des froissements colorés

des voix émergent

scansions

saluts

l’avancement est ludique

l’oreille à la fête

tant de choses et d’espaces à jouer.

Forêt trouée

d’échappées vers le ciel

bleu

limipde

accueillant

allongé dans l’herbe

des branchages vibrillonnent

sur écran haut d’azur

frémissant

complicité du vent

tout bouge

doucement

tout s’agite

sereinement

froufroutis

froissements

chuintements

les sens tournés vers le haut

des herbes folles

bruissonnent aussi

la forêt se donne à entendre

sans forcer le jeu

l’écoute est installée

entre nous, et elle

à même le sol

contact terre à terre

ça fait sens

la marche reprend

changement d’axe

verticalité

nouveau point de vue, d’ouïe

l’oreille prend de la hauteur

de même le regard

pour scruter le sol

couleurs et bruissonnances

qui  rythment des pas

ou l’inverse

avancée capricieuse

danse qui ne se dit pas

pour mieux chanter les lieux

mille choses sous nos pieds

des froissements colorés

des voix émergent

scansions

saluts

l’avancement est ludique

l’oreille à la fête

tant de choses et d’espaces à jouer.

Vidéo Pauline Marty – Montage Gilles Malatray – Desartsonnants

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « »Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Faire trace pour faire exister, pour tracer de nouveaux chemins

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

Au neuvième jours de ma résidence audio-paysagère auvergnate « Installer l’écoute – Points d’ouïe », la matière sonore, visuelle, textuelle, commence à s’accumuler, à prendre corps, et surtout à progressivement faire sens.

Dans une démarche qui n’a en soi rien de très originale, j’applique ma petite méthodologie de terrain, en immersion, baigné, entouré de paysages aux vertes collines, de forêts multicolores, de rivières chantantes, de lumières automnales délicates, sans oublier les sonorités plutôt apaisées.

Et de quelques tracteurs grondants et ferraillants.

Se promener, arpenter, repérer

Écouter, donner à entendre, partager les points d’ouïe, les chemins d’écoute

Capter, cueillir, enregistrer des ambiances sonores de tous crins, écrire, photographier

Classer, trier, organiser, revisiter, construire les traces

Réécrire, recomposer, raconter…

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

En espérant avoir saisi un peu de l’essence paysagère, du monde sensible in situ, et de les restituer à ma façon, pour ainsi de les partager à qui veut bien entendre.

L’écoute, tout comme le paysage sonore en résultant, étant pour le moins immatériels, fluctuants, fluants, les traces comme outils d’écritures plurielles tenteront de lui donner vie, incarnation sensible, consistance, a posteriori de l’action, et espérons-le dans un certain prolongement temporel.

Traces sonores

Le vécu, l’écoute in situ

Le souvenir, la rémanence

Le capté, l’enregistré

Le montage audionumérique, l’écriture, la création, la composition

La restitution, les installations, les supports de diffusion

Traces écrites

Carnets de notes, relevés, approches descriptives, phénoménologiques…

Essais poétiques, politiques, écologiques, sociaux…

Traces visuelles

La photo in situ, le croquis, la vidéo, le graphisme, la carte mentale, ou sensible…

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers
Fiche d’écoute PePaSon (Pédagogie au Paysage Sonore)
Traces plastiques

L’objet évocateur, sonnant, instrument, installé, interactif (éolien), le site aménagé (point d’ouïe acoustique)

Traces kinesthésiques

La marche, mouvement, danse…

Mémoire du corps, mémoire proprioceptive

Écritures corps et graphiques

Traces géographiques

Sentiers et parcours sensibles

Cartes, relevés

Expériences augmentées , virtuelles, in situ ou déterritorialisées 

Traces transmédiales

Installations multimédiatiques (sons/objets/graphismes/photos/vidéos/expériences corporelles/textes…)

Traces indisciplinaires, ou indisciplinarisées

Approches tracées, mêlant, croisant, faisant interagir différentes disciplines ou « spécialités » (arts, sciences dures et sociales, aménagement du territoire, santé, pédagogie, design, politique) 

Dans le meilleur des cas, on imagine un travail réunissant, sans doute encore un brin utopique, musiciens, artistes sonores, géographes, sociologues, architectes, urbanistes, designers, plasticiens, vidéastes, danseurs, écrivains, poètes (et autres écrivants), photographes, graphistes, acousticiens, paysagistes, politiques, soignants, habitants et promeneurs du quotidien, et bien d’autres champs d’actions/performances in situ.

Faisons en sorte que tous ces acteurs puissent co-écrire, via des expériences en chantier, un paysage sonore pluriel, multiple, comme il l’est du reste intrinsèquement.

@photo France Le Gall –Danser l’espace – Sous les pommiers

Dans cette visée, installer l’écoute est une chose pour moi importante, mais à condition de le faire dans un contexte donné, en privilégiant une approche relationnelle des plus ouvertes que possible.

Le croisement, l’hybridation, la créolisation de gestes, de savoir-faire, d’expériences, d’envies, est au cœur, toutes traces aidant, de l’écriture, et qui plus est de l’aménagement d’un territoire, avec toutes ses potentialités, ses faiblesses, et ses fragilités inérentes.

C’est dans cette optique que la construction avec et par les traces, par le ré-agencement d’objets sensibles, témoins, recueillis pour construire un processus narratif et constructif, prendra tout son sens.

Cependant, notons que sur le terrain, la tâche n’est pas si simple. Les barrières restent nombreuses, les freins multiples.

Entre contraintes financières, soucis de rentabilité à tout prix, manque de temps alloués, tendance à l’entre-soi culturel, incompréhension, plus ou moins volontaire, de la démarche, isolement et méfiance du monde rural, comme du milieu urbain, les obstacles, dont certains pas des moindres, contraignent les projets souvent dans des résultats en deçà de nos attentes et espérances.

Fort heureusement, certaines structures, institutions, lieux alternatifs, osent courir le risque de faire un pas de côté.

En espérant que cela fasse trace(s), et qui plus est trace de nouveaux chemins d’écoute, et d’actions en tous genres.

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Eau-Sculptation

Fontaines de Tourzel @Desartsonnants

Celles et ceux qui ont l’habitude de suivre mes audio pérégrinations savent qu’il y a, dans mes écoutes et leurs mises en récits, en sons, des récurrences, des itérations, des repères quasi incontournables, marqueurs acoustiques indéniables des lieux arpentés.

L’eau fait incontestablement partie de ces éléments rémanents qui contribuent, par ses innombrables manières de fluer, de rythmer l’espace, à composer un paysage sonore, qu’il soit urbain, villageois, ou naturel.

De rivières en torrents, de cascades en fontaines, nous nous rafraîchissons l’oreille, tout en signant des ambiances spécifiques.

Ça tintinnabule

glougloutte

ruisselle

coule

chuinte

clapote

gronde

s’écoule

s’étale

fuit

déborde

masque

barbotte

plonge

abreuve

écume

se déverse

gargouille 

asperge

plique-ploque

gicle

s’égoutte

noie

éclabousse

pleut

bouillonne…

Ruisseau du Gripet – Tourzel @Desartsonnants

Une palette sonore aux mille nuances, intensités, fluences, des coulées  ou trame bleues, des points d’ouïe jalonnant l’espace…

A Tourzel Ronzières, qu’auscultent mes oreilles à ce jour, trois ou quatre fontaines/lavoirs, anciennes, de tailles imposantes, avec plusieurs bassins qui se déversent les uns dans les autres. Deux sont en activité.

Et en contrebas, le ruisseau du Gripet, qui chuinte joliment d’une eau courante serpentant entre une abondante végétation.

Tout cela rythme le village, irrigué de nombreuses sources descendant des collines pentues, ce qui ne va pas d’ailleurs sans poser problème au bâti local dont les murs sont assez malmenés par cette présence aquatique, ajouté à cela la rigueur du climat.

Pour l’oreille, de belles ambiances que l’écoutant que je suis ne peut manquer de vous narrer, et qui plus est de vous faire entendre, et voir, à ma façon.

Ecoute : Eau-sculptation

Photos

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Marcher – marché – écouter

Petite extension du domaine d’écoute.

Quittant momentanément les alentours de Tourzel-Ronzières, mon lieu de résidence et d’écoute habituel, j’emmène oreilles et micros sur un marché voisin, celui d’Issoire.

Issoire, belle petite ville tout près de Clermont-Ferrand, entourée de collines et monts volcaniques, avec une architecture utilisant les coloris des roches locales, notamment des sombres et beaux basaltes.

Ce matin, jour de marché.

Et quel marché ! Un des plus beaux de France a priori, et ce n’est pas ma longue déambulation qui me fera pas dire le contraire.

Un marché qui se tient sur un grand périmètre du centre ville.

Un marché riche en couleurs, en odeurs, et en sons.

Les marchés sont souvent pour moi de l’occasion de capter de belles scènes auriculaires, présentant une grande variété de sources, d’ambiances, d’acoustiques, au détour d’une ruelle ou d’une place.

Et ici, les ruelles sont nombreuses, assez resserrées, ponctuées de places de divers tailles. 

La voix y tient naturellement le rôle principal, dans un marché espace de rencontres, de sociabilités, de retrouvailles, de discussions en tous genres, de timbres, parfois d’une pointe d’accent du cru.

Pour mettre mon oreille en mouvement, rien de telle que l’acoustique de superbe abbatiale Saint-Austremoine, à la polychromie extérieure ocre, noire et blanche, typique de la région et aux riches ornements intérieurs.

Des réverbérations magiques, magnifiant des murmures, des sons qui se promènent de travées en travées, à la fois discrets et amplifiés par la caisse de résonance du bâtiment minéral et d’imposantes proportions.

Sitôt sorti, ouverture sur un tout autre monde où tout bruissonne.

Tout bruissonne mais, dans un espace piétonnier dédié, où la voiture est absente, rien ne vient donc agresser l’oreille côté mécanique envahissante.

Une multiplicité de sons à une échelle parfaitement mesurée, où la vox humaine reste le mètre étalon et se développe dans une ambiance immersive très vivace, dynamique, tonique même, mais sans jamais être saturée. Pas d’hégémonie sonore, chaque son étant et restant  à sa place en laissant de l’espace aux autres. Un paysage hi-fi aurait dit feu Murray Schafer.

Rires

sons d’étal

de verres choqués

de sacs frétillants

de cuissons mijotées

de harangues saluantes

de cadis tressautants

sonneries de cloches

haut-parleur diffusant ponctuellement la voix d’un animateur intervieweur  mobile

fontaines

enfants courants

chiens se saluant

talons claquants

musiques ambiantes…

Puis un son remarquable. Une forge à soufflet sur un charriot; un jeune forgeron tout en muscles martelant, jouant de ses outils métalliques, actionnant la forge, sons d’inspire expire, de souffles un poil grinçants, de feux attisés… Tout une ambiance que l’on ne s’attend pas à trouver ici. Une scène impromptue, joliment surprenante.

Mes micros sont là; aux aguets, ils s’approchent pour capturer du mieux que possible cette ambiance, sous l’œil amusé et complice du forgeron.

Marcher et marchés, chacun différent, bien que quasiment universel, du son plein les oreilles, et quelques bonnes victuailles locales, fromages et charcuterie dans le sac.

Une mine vous dis-je !

Des sons à suivre…

Résidence d’écriture(s) audiopaysagère

En écoute : L’oreille nous fait marché !

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Chemins d’écoutes, et d’autres découvertes

Invitation !

A la deuxième journée de ma résidence auvergnate, et après une première escapade forestière, je commence à découvrir, un peu plus le maillage très serré des sentiers de randonnées, du passage d’un des chemins de Compostelle jusqu’à de multiples GR locaux.

Une aubaine !

D’ailleurs, il y a de nombreuses années que les éditions Chamina, de Chamalières, ont entamé un travail de cartographie et de guides de promenades et randonnées locales,  tout à fait remarquable.

Le bon chemin, écoute que coûte !

Il ne me reste donc plus qu’à profiter, à explorer ces richesses à portée de pieds et d’oreilles, de sentes en chemins, de forêts en prairies, d’oppidums en vallons.

En cet automne naissant, encore gorgé d’eau, où les chants d’oiseaux se modifient, parfois se raréfient, profitons-en encore, où de nombreuses traces giboyeuses laissent deviner une vie nocturne animée, où les couleurs visuelles comme sonores se parent de nouveaux attraits, les chemins m’invitent à la flânerie contemplative. J’endosse une nouvelle fois mon costume de promeneur écoutant à la recherche d’immersions sensorielles, d’expériences d’un territoire que je connais assez peu, sinon pas, et où je vais pouvoir jouer les ravis audio-émerveillés.

Sentiez vous bien !
Camina minet miné… Attention à la marche…

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère – Installer l’écoute, Points d’ouïe

Danser l’espace – Sous les pommiers

Tourzel-Ronzières, paysage (sonore) en approche

Approche . La petite liaison ferroviaire Clermont-Ferrand/Issoire me mets en appétit, sensoriellement parlant.

Collines, vallons, forêts, rivières, sucs* se succèdent sous mes yeux, avant que les oreilles n’entrent vraiment en jeu.

Le train est décidément une très belle fenêtre pour contempler les paysages alentours, fuyants, en mode rêveur.

Et l’arrivée sur site, dans le petit village de Tourzel-Ronzières tient toutes ses promesses !

Une première boucle d’environ trois kilomètres, pour se mettre en jambe et en oreille.

Parcours sur un superbe sentier en sous-bois, avec des murets et constructions de pierres sèches, des prés ouverts, d’autres parquant des ânes qui nous regardent passer, sans un seul braiment, le vent qui anime la forêt, des oiseaux, par épisodes, une rivière bouillonnante, un panoramique visuel et sonore devant une belle église romane, qui nous fait entendre les sons de la vallées, des collines environnantes…

Prendre l’air des lieux…

Premières rencontres humaines, fugaces mais sympathiques, des saluts, quelques paroles échangées, le temps qu’il fait, courir les chemins, ne pas se presser…

Des ambiances plutôt apaisées pour un premier contact tout en douceur.

Et un nid douillet comme habitat, une belle roulotte nichée dans un écrin de verdure. 

Un atelier de danse comme studio atelier, dominant le terrain, un plateau intérieur-extérieur, avec son ouverture sur une terrasse caillebotis, les forêts juste en face. Un superbe lieu pour « Danser l’espace« , qui m’accueille en résidence dateliers-écritures « Installer l’écoute, Points d’ouïe », projet soutenu par la DRAC Auvergne-Rhône Alpes, le Département du Puy de Dôme, la Commune de Tourzel Ronzières et sa bibliohèque.

Ne reste plus qu’à laisser courir l’oreille, les micros, les pas, entre explorations et balades ateliers d’écoute.

* Un suc est un mini volcan; une petite (petite) montagne en forme de cône ou de dôme due aux éruptions phonolitiques, propres aux paysages volcaniques auvergnats.

De ma fenêtre de résidence, je vois des arbres, j’endends la rivière au bas, les oiseaux alentours…

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Point d’ouïe spectaculaire autant que ferroviaireGare aux oreilles !

Attention, cette expérience décoiffante est à déconseillée aux oreilles sensibles et aux tympans fragiles !
Il s’agit d’un événement, ou plutôt d’une suite de micros événements, aussi brefs qu’intenses, où l’écoute est placée sur des rails extrêmement dynamiques, où la vitesse est perçue comme une sorte de héros post russolien*, nous happant dans des sillons sonores vertigineux.

Le contexte, une toute petite gare, à quelques encablures de Lyon, direction Roanne, ou Mâcon. Petite gare comme beaucoup fermée, inoccupée, juste des distributeurs automatiques et autres composteurs.
Petite gare où il passe de nombreux trains, TER, TGV, gros porteurs de marchandises, engins de travaux…
Petite gare où néanmoins peu de trains s’arrêtent, beaucoup la traversant à vive allure.
Un aspect délaissé, des quais vieillots, enherbés, peu aménagés, un passage souterrain glauque et humide, presque un lieu fantôme.
Entre deux quais assez étroits, deux bancs, posés sur une petite ile étroite, enclose de sillons métalliques.

Ce jour là, j’effectue un changement de train dans cette gare, avec un arrêt d’une vingtaine de minutes avant de reprendre ma correspondance. Chose assez fréquente pour moi lorsque je rends visite à mes parents.

Ce jours là, des travaux sur les quais et le long des voies. De nombreux ouvriers, tout de jaune vêtus, s’affairent à des marquages de couleurs, sans doute en vue de quelque réhabilitations à venir.
Ils s’étendent sur une assez grande distance, sur la voie en face de moi, à droite comme à gauche.

Régulièrement, quatre à cinq fois ce matin là, des guetteurs actionnent des trompes avertisseurs, cornes de brume à gaz, qui réveillent toniquement la gare. Des vagues de klaxonnent se répondent, partant à la fois vers la droite et vers la gauche, s’éloignant progressivement. L’effet de spatialisation est vraiment remarquable. Avec pour effet immédiat de faire remonter des ouvriers des voies vers les quais, et à d’autres de s’en éloigner.
Peu de temps après, surgit une machine grondante qui va traverser la gare dans un grand chambarlement de ferraillement, sifflements, turbulences d’air brassé dans tous les sens… assis à quelques mètres des voies, nous sommes pris dans une puissante tourmente qui secoue puissamment notre environnement sensoriel, ballotte notre corps comme un fétu de paille dans ce déchainement acoustique tonitruant.
Certains convois passe devant moi, très près en fait, quelques mètres, d’autres derrière moi, en mode acousmatique assez impressionnante, alternant les sens de l’écoute, spatialement parlant, comme une désorientation qui, les yeux fermés, nous laisse dans une forme de flottement, d’indétermination kinesthésique.

L’ensemble de la scène, en quelques minutes de temps, propose à l’oreille une véritable cohérence qui pourrait être compositionnelle, musicalement parlant. Elle évoque un geste qui serait comme une écriture dynamique parfaitement maitrisée dans le temps et dans l’espace, avec sa montée en puissance, son acmé frénétique, et son decrescendo dans un sillon d’air qui semble vouloir nous aspirer encore. On peut comprendre ici pourquoi les grosses mécaniques, dont les trains, la vitesse et parfois la violence liée ont inspiré des compositeurs, de la performance bruitiste a ceux des musiques concrètes, électro-acoustiques, acousmatiques… Il y a là quelque chose de violemment fascinant, qui nous agresse autant qu’elle nous transporte. Une griserie du chaos qui peine à se retranscrire, et qu’il faut vivre dans ces tourbillons vibratoires sauvages pour l’appréhender pleinement.
De plus, la réitération de ces scènes acoustiques pour le moins remarquables, avec toutes les variations intrinsèques selon les trains, longueurs des convois, crée une belle scansion rythmique, entre tensions et détentes alternées. La résilience audio-paysagère nous fait retrouver un calme d’autant plus présent, marquant, presque imposant, qu’il laisse à nouveau la place aux voix dans le lointain, cloches, chants d’oiseaux…

Cette expérience acoustique vient s’ajouter tout d’abord à une « petite histoire des bancs d’écoute », ou des bancs d’expérimentations sensorielles. Elle s’ajoute également aussi à une compilation de scène sonores remarquables. Celles-ci, tissées par un principe narration continue, participent à faire vivre un paysage sonore d’autant plus vivant qu’il est littéralement mouvementé. Paysage en mouvement et mis en mouvement, paysage perçu et vécu dans ses multiples trames dynamiques toute à la fois concordantes et discordantes.

Luigi Russolo (1855-1947), compositeur artiste futuriste, auteur de « L’art des bruits »

Les bancs d’ouïe des grands chemins, et des petites placettes intimes…

J’ai déjà, à plusieures reprises, parlé des bancs, ces mobiliers qui me sont chers, mais aussi des marches d’escaliers et autres murets, assises bienséantes rencontrées à l’aune d’explorations déambulatoires dans l’espace public.
Ces espaces de pause, urbains ou ruraux, en forêt ou le long d’une rivière, le long d’une plage ou d’une promenade publique, sont pour moi multifonctionnels.
Lieux de repos certes, de rêverie, méditation, d’écoute souvent, de travail, d’écriture, d’échange, dans une forme de co-working de plein-air, mobile et adaptable; une façon de co-habiter le monde, mon quartier, les lieux de résidences artistiques, de déplacements tous azimuts.

Je pensais hier, justement posé sur un banc, nuit tombée, aux choix de ceux-ci, que ce soit ici, dans mon quartier, ou ailleurs, dans beaucoup d’endroits forts différents.
Ces choix de s’assoir ici plutôt qu’ailleurs ne sont pas innocents, liés parfois à des contraintes du moment, et parfois à des options plus stratégiques.

S’il fait très chaud, ce sera un banc à l’ombre, dans un lieu aéré, (relativement) frais…
S’il fait un fort vent, ce sera un banc abrité, ou au contraire très exposé, pour profiter au maximum des caprices d’Éole.
Si je cherche la rencontre, l’échange, ce sera un banc situé sur un espace très passant, avec souvent des séquences réitérées, parfois dans un lieu habituel, près de chez moi…
Si je recherche l’isolement, la quiétude, ce sera dans un espace intime, en retrait.
S’il fait très froid, ce pourra être dans un espace fermé, ou semi fermé, un hall de gare, une galerie marchande…
Si je recherche une belle ambiance sonore, ce sera dans un espace où l’écoute est agréable, entre sources permanentes (fontaines), ponctuelles (cloches), acoustiques remarquables (passages réverbérants), présence de faune, de vie anthropophonique…
S’il pleut ce sera dans un espace abrité, sous un auvent…
Si je recherche un parcours déambulatoire, ce sera une suite de bancs qui guideront et ponctueront mes pas et points d’ouïe.
S’il fait nuit et que je désire lire, écrire, ce sera un banc sous un lampadaire. J’adore la nuit !
Si je recherche, outre un point d’ouïe, un point de vue, un lieu agréable à regarder, ce sera devant un panorama naturel, une place d’un centre historique…

Tout ceci m’entraine donc d’avenues en ruelles, de parcs en places publiques, de sentiers en promontoires, m’en faisant voir et entendre de toutes les couleurs.

Bref, jonglant avec les aléas climatiques, et les intentions et envies du moment, je me suis défini, l’expérience aidant, toute une typologie de bancs, dont certains autour de chez moi, comme lieux expérientiels, d’autres dans des lieux connus, déjà arpentés, écoutés, d’autres encore à découvrir dans de nouveaux espaces à investir. Se constitue ainsi un véritable inventaire pour promeneur écoutant, arpenteur de tous crins, une géographie bancale, des ressources assises à fréquenter selon les cas, les besoins, les nécessités, les adaptabilités du projet en cours.
Des villes me posent parfois problème, dans des choix délibérés d’aménager des espaces sans assises, pour des raisons tendancieusement sécuritaires et dans des volontés malsaines de cleaner l’espace public.
Néanmoins je trouve en général toujours de quoi à satisfaire mes postes d’observation, ou tout simplement de jouissance quiète du monde environnant.

Point d’ouïe – Et pourquoi PAS ?

Et pourquoi PAS* ?

Pour marcher la ville et battre (gentiment) la campagne

pour installer respectueusement l’écoute

pour construire de nouveaux paysages sonores

pour surprendre et ouvrir toutes grandes nos écoutilles

pour découvrir des Points d’ouïe inouïs, ou presque

pour rendre nos oreilles plus éc(h)o ou-vertes

pour créer et raconter des histoires tympanesques

pour tracer et faire ensemble un bout de chemin auriculaire

pour s’encanailler l’esgourde dans les interstices et délaissés bruissonnants

pour que nos corps entiers soient caisses de résonances à fleur de peau

pour accueillir des aménités audio-paysagères

pour profiter d’oasis acoustiques bienveillants

pour écrire une géographie sonore, une géosonie en mouvement

pour porter attention, prendre soin des sites acoustiques, et de leurs écoutants 

pour imaginer des terrains propices à de belles écoutes partagées

pour le plaisir d’être immergé dans la matière sonore

pour le plaisir, tout simplement…

*Parcours-Audio Sensibles

@Marche déposée Desartsonnants

PAS – Parcours Audio Sensible, où l’oreille nous mène en bateau

Digital Camera

Lyon Vaise est un quartier historiquement emblématique du 9e arrondissement de Lyon.

Qui plus est, celui où j’habite, depuis plus de 20 ans.

Donc celui où je me promène très souvent, oreilles à l’affût, ou non.

Celui aussi où je teste des choses, parcours, postures, matériels, dispositifs, rencontres…

Hier, avec Greg, un activiste sonore avec qui nous partageons beaucoup de points d’ouïe communs, nous déambulions dans un parcours que j’apprécie pour sa diversité auriculaire; gare dehors/dedans, parkings résonnants, stade immersif, pont à échos multiples, promenade aménagée en rives de Saône…

Bref, un petit panorama, ou sonorama urbain.

Mais hier, un inédit auriculaire pour moi, et une belle surprise au final.

Celui ci se passa sous le pont Schumann, que je qualifie de pont à échos, générateur de multiples et superbes effets en audio-miroirs, qui me rappellent ceux excités dans le Haut-Jura. Bref, un incontournable site auriculaire remarquable de mon quartier, de ceux que je nomme volontiers Point d’ouïe, un vrai !

Comme à l’accoutumée, nous jouons longuement, sous le tablier du pont, avec ses magnifiques réponses,  ou bribes de réponse en écho. ÉHO, ÉCHOS, HOOOOO, HÉEEEEE, et des claquements de mains et autres jeux audio interactifs dont on ne se lasse pas… Nous jouons comme les enfants le font spontanément en passant sut une  voûte, un tunnel, ou tout autre endroit résonant.

Notre jeu tirant à sa fin, alors que nous apprêtons à repartir, arrive une imposante péniche descendant la rivière en direction du Rhône.

Une de ces immenses barges transportant du sable, propulsée par une cabine juchée sur un énorme moteur diesel aux teufs-teufs lents, puissants, rythmant l’espace de graves entêtés.

Nous entendons clairement la trajectoire de la péniche, arrivant de notre droite, puis s’engageant lentement sous le pont. Arrive le moment où la cabine moteur, tout à l’arrière du bâtiment, se trouve progressivement au centre du pont, face à nous. Et là, la puissance sonore et rythmique du moteur est incroyablement amplifié, remplit l’espace,  nous immerge dans une vague sonore irrésistible.

Mais plus surprenant encore, à un moment donné, alors que nous voyons la péniche passer devant nous, nous l’entendons clairement, dans un effet de bascule, derrière nous, contre le mur du pont, auquel nous tournons le dos. Si ce phénomène acoustique est assez courant dans certains passages voûtés, il est ici magnifié par l’échelle du lieu, par la puissance des sonorités du moteur, de quoi à perdre, un instant durant, tout repère auditif. Lorsque la péniche s’éloigne du pont, nous l’entendons à nouveau, logiquement, à notre gauche, là où elle se trouve vraiment, hors de l’illusion acoustique qui a berné un instant nos oreilles.

Pour faire suite à cette mini symphonie fluviale, un phénomène de batillage vient clore cette scène auriculaire d’un bel effet de stéréophonie ping-pong. Des remous, vaguelettes, et presque vagues, provoquées en son sillage par le passage de cette énorme péniche viennent battre les rives. Le mot batillage est d’ailleurs joliment expressif à l’oreille. Clapotis, bruissements, éclaboussements, écumes, tout un jeu de bruits blancs, humides, mouvants. Tout d’abord à droite du pont, sur des avancées immergées, puis à gauche, puis retour à droite, puis gauche… L’oreille ballotée par une stéréophonie dans une forme d’échos latéral cette fois-ci, changement dépaysant de l’axe d’écoute.

Décidément, ce dessous de pont que je pensais bien connaître de l’oreille, n’a pas finit de me révéler ses singularités acoustiques pour le moins étonnantes.

Je tente de vous décrire cette scène sans support audio, n’ayant pas, une fois de plus, d’enregistreur à portée de main. Je doute cependant que les micros, même les meilleurs binauraux, aient pu reconstituer l’effet d’inversion sonore au passage de la péniche, ou alors en trichant un brin via une diffusion quadriphonique, en bougeant les sons vers les haut-parleurs arrières pour reconstituer cette sensation de trompe-l’oreille. Les jeux de la technologie peuvent parfois nous en faire entendre de toutes les couleurs sonores, des plus crédibles aux plus improbables, même si ces dernières existent bel et bien.

Frustré de ne pas avoir de trace audibles, je me suis promis de revenir avec un enregistreur, et un siège pliant, pour capter différentes sources de bateaux en tous genres, petits ou gros, et en saisir les probables différents effets acoustiques sous ce pont à échos. Reste à savoir comment les faire entendre dans leur facultés immersives et dans leurs mouvements capricieusement spatialisés.

Point d’ouïe – Un paysage sonore ?

Tout d’abord,
à l’origine,
un paysage sonore,
ça n’existe pas,
et puis,
ça s’entend,
comme une musique,
ça s’arpente,
ça s’écoute,
ça se partage,
ça se raconte,
ça se construit,
ça s’installe,
et finalement,
ça existe bel et bien,
à chaque oreille tendue,
à chaque chose entendue 

Point d’ouïe, installer l’écoute – Résidence artistique sous les pommiers

Atelier « Points d’ouïe et paysages en écoute »

Public : Tout public à partir de 12 ans – 15 personnes maximum

Objectifs : Activer une écoute sensible sur le paysage via la marche et la recherche de postures d’écoute in situ.

Partager une expérience contextuelle et relationnelle, entre esthétique sociabilité et écologie sonore.

Lieux : Site  « Sous les pommiers Ba », verger, chemins environnants, village…

Déroulé :

Matinée « Installer l’écoute » (3 heures)

– Présentation en marche des PAS – Parcours Audio Sensibles (les origines, les acteurs, quelques mots sur l’écologie sonore, les pratiques du field recording, entre captation et création sonore, notions de ponts d’ouïe

– Arpentage des lieux, écoutes silencieuses, en mobilité et en points d’ouïe. Recherches de postures d’écoute mentales et physiques, faire sonner les lieux, kinesthésie et géographie sonore.

– Écrire un parcours, repérer des points d’ouïe

Après-midi (3 heures) installer un paysage sonore

– Écoute de quelques paysages sonores commentés

– Enregistrement in situ, réécoute collective, exemples de traitements sonores en direct

– Retour au terrain, dernière immersion sonore en résonance avec les ateliers d’écoute précédents.

Matériel : Les participants qui le peuvent sont invités à amener un enregistreur, smartphone enregistreur…

Remarques : Prévoir de bonnes chaussures et une tenue « tout terrain », voire un vêtement de pluie…

Artiste encadrant : Gilles Malatray aka Desartsonnants, paysagiste sonore et promeneur écoutant

Gilles Malatray, artiste Français né en 1959, vit à Lyon (Fr).

Promeneur écoutant et pédagogue, il travaille depuis de nombreuses années autour du paysage sonore. Dans une posture associant des approches esthétiques, culturelles, artistiques et écologiques, l’écriture et la composition de paysages sonores sont fortement liées aux territoires investis, qu’ils soient ville, périurbain, milieu rural, espace naturel, site architectural… Ces problématiques occupent une position centrale dans la pratique Désartsonnante via la curation, la recherche, les écritures transmédiales, la formation et les interventions artistiques in situ. L’écoute environnementale, reste ainsi, quelle que soit la forme d’intervention convoquée, au centre de toute investigation et création sonore.

https://souslespommiersba.wixsite.com/63320/agenda

Le lieu

Association Danser l’espace – France Legall

Contact :

              France Le Gall

              Chemin des Horts

              63320 Tourzel-Ronzières

              Tél :(33) 06 20 10 79 97

                      (33) 04 73 56 12 74

              Mail : souslespommiersba@gmail.com

Points d’ouïe, les Z’incroyables Z’inouïs

Où Desartsonnants vous invite à jeter une paire d’oreilles Z‘ubaines hors des chantiers battus, à oser l’inécoutable, le mal entendu, la triviale poursuite sonore, les dessous, marges et franges de la ville où l’oreille s’encanaille, l’audiorbex tympanique…

https://www.academia.edu/51026860/les_Zincroyables_Zinoui_s

L’écologie sonore, encore et toujours

L’écologie sonore, développée par feu Raymond Murray Schafer dans les années 70, est bien plus qu’un concept.
C’est un approche esthétique recherchant une meilleure, voire une belle écoute de nos éc(h)osystèmes, et de ses habitants, usagers…
C’est une façon de poser une écoute critique in situ, vigilante aux dysfonctionnements de nos milieux auriculaires, entre saturations, paupérisations et disparitions, mais aussi vers des aménités paysagères.
C’est un façon d’introduire la notion de paysage sonore comme une constituante, non seulement sonométrique, quantitative, mais aussi esthétique, patrimoniale, sociétale, dans des groupes de recherches, des équipes d’aménageurs, artistes, décideurs politiques…
C’est un inventaire des lieux fragiles, ou des espaces oasis acoustiques, à préserver et à modéliser/adapter pour des aménagements urbains ou non.
C’est une action de tous les jours et de chacun.es, quelle que soit son échelle.

Point d‘ouïe – Traversée n° 6 – Paysages sonores contextuels, écoutes contextualisées

Point d’ouïe Bastia – Zone Libre – Festival des Arts sonores

Tout acte, tout geste, toute pensée, sortis de leurs contextes, n’ont plus guère de sens. On constate même que la décontextualisation, parfois utilisée de façon biaisée pour interpréter un texte par exemple, est un outil de désinformation pernicieux.

Le contexte, fût-il celui d’un paysage sonore, via le geste d’écoute qui le fera exister, est aussi bien spatial, de là où j’écoute, que temporel, du moment où j’écoute, mais aussi liée à une foule d’interactions – ce qui se trouve dans mon champ d’écoute, ce qui s’y passe, les acteurs qui y agissent, le temps qu’il fait, les circonstances géopolitiques du moment…

Autant dire qu’on n’échappe pas à la relation contextuelle qui influe nos pensées, actions, dans un lieu et à un moment donné, voire en amont et en aval.

Ce serait à mon avis un peu présomptueux, voire un brin dangereusement inconscient. Une forme de déni démiurgique qui quelque part, nous couperait du monde, de ses turpitudes comme de ses aménités.

Faut-il pour autant prendre cela comme une chose acquise, et faire « comme si de rien était », voire comme si on était parfaitement maitre de toute création sonore, qui serait un objet indépendant et imperméable au milieu qui la voit naitre ?

Mieux vaut s’en doute examiner de près le contexte, pour faire en sorte que la création, par exemple en espace public, se joue de se dernier, se fondant aux lieux, questionnant l’instant, frottant les usages et les choses croisées in situ, quitte à proposer des situations ludiques décalant nos sens du contexte habituel et « prévisible ». Sans doute me direz-vous, nous sommes des messieurs Jourdain en puissance, recontextualisant sans cesse nos moindre faits et gestes sans le savoir, ou sans en mesurer la portée. Dans ce cas, un homme, et qui plus est un artiste avertit en vaut deux dit-on.

Mais justement, recontextualisons ce texte, en recadrant ce qui nous préoccupe ici, à savoir le paysage sonore et l’écoute, ou vice et versa.

Si je prends des pratiques qui me sont chères, telles le parcours d’écoute sous forme de PAS – parcours audio Sensibles, la captation d’ambiances environnementales, dite en termes techniques le field recording, ou phonographie, la création sonore issue de ces pratiques, dédiées à des espaces spécifiques… la contextualité des projets parait évidente.

Encore faut-il savoir de quoi relève ces évidentes évidences.

Choisir un lieu et un moment pour écrire et faire vivre un parcours d’écoute, c’est tenir compte de ses propres singularités.

Est-il une réserve ornithologique, un espace maritime où se tiennent des marées de grandes amplitudes, un parc urbain accueillant différentes manifestations culturelles et artistiques, une zone portuaire… A chaque cas, nous poserons pieds oreilles et micros de façon circonstanciée, avec des rythmes d’approches permettant de saisir au maximum les signatures acoustiques, un matériel de captation ad hoc, un moment de la journée ou de la nuit favorable à de belles écoutes.

Si cela peut nous paraître évident, pour autant, faute d’arpentages, de lectures, de rencontres, qui n’a jamais un jour eu le sentiment d’avoir raté le bon rendez-vous, d’avoir fait choux blanc, ou d’avoir eu l’impression de passer à côté de quelque chose, peut-être de l’esprit-même du lieu ?

Arriver en forêt trop tard pour jouir de l’heure bleue, ne pas être là où se déroulent les événements sonores recherchés, autant de déconvenues liées à de mauvaises contextualités, de notre fait ou non, la chose sonore escomptée n’étant pas toujours fidèle au rendez-vous, là et quand on l’attend.

Une pluie diluvienne, une crise sanitaire, une panne technique, peuvent remettre en cause tout un plan d’action pourtant soigneusement échafaudé, préparé, à la virgule près.

Plusieurs choix alors, renoncer et réitérer notre action quand les circonstances et le contexte seront plus favorables, si possible, ou changer notre fusil, ou enregistreur d’épaule, nous adaptant à des circonstances a priori négatives, pour les transformer en un contexte fertile dans sa forme inattendue, inentendue. Sérendipité aidant.

De même pour un PAS. Les réactions du groupe, ce qui va se produire d’inhabituel, les conditions climatiques, et bien d’autres aléas contextuels, vont infléchir notre façon d’écouter, de marcher, de proposer telle ou telle posture collective, bref, d’écrire spontanément le parcours en fonction de ce qui compose le paysage, et des événements qui le modifient sans prévenir.

Un artiste marcheur écoutant plus ou moins aguerri, ayant préparé son parcours en prenant en compte un maximum de données contextuelles plus ou moins « stables » – la topologie, les aménagements territoriaux, le climat saisonnier « moyen », le contexte historique des lieux, les usages et fonctions de des derniers… saura, à défaut de maitriser l’ensemble des paramètres, jouer entre les caractéristiques locales, et les imprévisibles toujours possibles.

Contextualiser un projet, un événement, n’est pas envisager toutes les variations et perturbations possibles, ni encore moins l’enfermer dans une trame immuable, quoiqu’il advienne.

C’est au contraire connaître suffisamment le contexte, les sources auriculaires, les acoustiques, les rythmes de modes de vie, les récurrences festives ou sociales… pour pouvoir se laisser des marges de manœuvres qui apporteront la fraicheur et une certaine inventivité du spontané.

Le contexte et tous ses imprévus sont nos alliés, dans l’arpentage jusque dans la création sonore qui s’en suit, son installation, sa médiation.

L’ignorer, ne pas suffisamment le mesurer, en calquant par exemple des modèles d’interventions ne prenant pas en comptes le contexte dans ses côtés spatio-temporels, sociétaux , c’est s’exposer à passer à côté de plein de choses, à paupériser grandement nos objectifs initiaux, y compris dans les relations humaines intrinsèques.

La contextualisation d’une écoute partagée, d’un territoire sonore in progress, n’est pas (qu’) une série de contraintes, mais aussi la possibilité stimulante de jouer avec le(s) potentiel(s), y compris le(s)pus improbable(s), d’un lieu et d’un moment.

PAS _ Parcours Audio Sensible à Saillans (Drôme)
BZA – Festival « Et pendant ce temps là les avions »

Point d’ouïe – Traversée n° 5 – Écoute et relationnel, écoute relationnelle

PAS – Desartsonnants – CRANE LAb « L’INdescente  » Collectif La Méandre – Chalon/Saône, Port Nord

Que vaut l’écoute si elle n’est pas, à un moment donné, et le plus souvent que possible, partagée ?

Que vaut l’écoute si elle n’est pas pratiquée de concert, commentée, mutualisée, construite en une chose commune, qui appartient à tout un chacun dans l’expérience collective ?

Sans doute peu de chose. Une expérience qui ne s’enrichit pas de l’autre reste pour moi un geste partiellement inabouti, frustrant, une action en cours qui n’aurait pas été jusqu’où elle aurait pu et dû être menée.

Le geste d’écoute, ni même la chose écoutée, ne sont pas forcément une finalité en soit. C’est plutôt la façon dont ces actions sont construites, collectivement, qui fait finalité, ou tout au moins une finalité.

L’important pour moi, est de considérer, de comprendre, comment l’écoute partagée place le relationnel au cœur du projet, de sa réalisation, de son accomplissement.

Un paysage sonore écouté en groupe, en un lieu et un instant, est certes vécu par une somme d’individus ayant chacun leurs propres sensibilités, expériences, façons d’entendre les choses, de s’entendre ou de se mésentendre avec elles, ou avec les gens, mais à n’en pas douter, il gagne du poids, de l’épaisseur, dans une action collective.

Je prends souvent l’exemple d’écouter un concert ou de regarder un film en solitaire, ou de le faire en groupe. Bien sûr, nous pourront, individuellement, en éprouver un certain plaisir. Néanmoins, le fait de sentir autour de soi des personnes qui nous accompagnent dans ces spectacles, amène incontestablement un plus relationnel qui, même sans échanger la moindre parole, le moindre regard, se ressentira fortement.

Assister à un concert ou spectacle avec des amis, c’est sentir une synergie d’écoutants qui accomplissent une action concertée, délibérée, même si chacun appréciera, ou non, dans sa propre différence, les œuvres entendues, ou ressentira à sa façon des sentiments parfois fort différents d’un individu à l’autre.

Cela relève du plaisir de partager nos émotions, nos joies, nos déceptions peut-être, après avoir vécu l’expérience collective d’un partage sensoriel, ou d’un partage tout court.

La notion de partage est intrinsèquement au cœur de l’expérience relationnelle, elle le nourrit, lui fournit un terreau fertile où l’oreille et le corps entier vont se trouver dans un réseau, un nœud de vibrations humaines. Cette sensation, cet état, ne seront pas toujours faciles à expliquer rationnellement, mais tout écoutant ayant expérimenté ces postures de co-écoute s’y retrouvera et comprendra aisément de quoi l’on parle ici

Le relationnel n’exige pas forcément un groupe d’écoutants important. Deux personnes, assises en silence sur un banc, ou marchant en devisant sur ce qu’elles entendent, et cela suffit à créer un contexte d’échange où le relationnel trouve naturellement toute sa place. Place qui serait celle de faire ensemble, ici d’écouter ensemble, y compris a priori des choses triviales et anodines.

Pour prendre un exemple qui m’est cher, je parlerai ici des PAS – Parcours Audio Sensibles façon Desartsonnants, appartenant à la grande famille des soundwalks, balades et autres parcours d’écoute.

Dés la première phase, le repérage, le premier arpentage pour prendre le pouls auriculaire d’un lieu, j’aime inviter des autochtones à m’accompagner. En effet, ils et elles connaissent mieux que quiconque, et en tous cas mieux que moi, ce qui pourrait faire de certains espaces des expériences d’écoute singulières.

Mais d’autre part, c’est déjà engager une relation avec des personnes, discuter de l’histoire, grande ou petite du site, de ses caractéristiques paysagères, géologiques, de ses aménagements, de sa vie au quotidien. Ces moments là sont précieux, tant dans la connaissance des sites arpentés, que dans une sympathique connivence, les personnes qui m’aident se faisant une joie de parler de leurs territoires, d’en partager les qualités comme parfois les dysfonctionnements.

Le moment venu du parcours public, c’est encore une histoire de partage qui fera sa force.

Présenter le PAS, ses finalités, ses modes de déambulations, suggérer des mises en écoute, mettre les auditeurs en condition, unir un groupe d’écoutants, tout se joue dés les premiers contacts, les premiers mots, les premiers regards.

Puis s’ébranler, sentir le groupe derrière soit, son énergie qui rayonne dans le dos, comme un chef d’orchestre qui sent l’attention du public suspendue à ses gestes, ses postures, ses respirations au gré de la musique, son échange avec les musiciens, encore une histoire d’énergie partagée… Et je parle en connaissance de cause.

La PAS s’achevant, il nous faudra rompre le silence, celui qui, paradoxalement, à la fois a plonger les écoutants dans une bulle acoustique intime, et a contribué à souder la communauté éphémère de marchécoutants, unis dans un silence fédérateur car en fait inhabituellement installé et partagé. L’expérience n’en est que plus forte.

Il faut donc rompre ce silence sans violentes cassures, revenir à un état où la parole se libère lentement, en prenant le temps de réémerger à son rythme, de sortir d’un état qui a pu être vécu comme une forme de douce méditation sonore.

Un autre relationnel, ou une autre relation communautaire vont alors s’instaurer. Des échangent qui vont exprimer les ressentis, les choses vécues, les ambiances perçues, les moments de plaisirs, les frustrations, le silence peut en être une, les inconforts parfois…

D’autres sujets vont ainsi régulièrement pointer dans les échanges.

La prédominance parfois de la voiture, selon les lieux traversés, les présences animales fragiles, fugaces, ou exubérantes, liées à des questions écologiques de disparition, de raréfaction.

Le rapport sociétal via une écoute qui prend le temps de ralentir, de réunir un ensemble de personnes dans un espace/temps commun ; la nécessité d’échapper à des situations stressantes, à des accélérations contraignantes, ou à des brusques frein, sanitaires par exemple, qui apparaissent comme des questionnements où la convivialité et le relationnel sont au corps du bien, ou mieux vivre.

L’écoute partagée est sans contexte une façon de construire des valeurs communes et bienveillantes plus que jamais nécessaires, voire vitales.

PAS – Parcours Audio Sensible Kaliningrad (Ru) – Festival « Around The sound » Institut français de Saint-Pétersbourg

Point d’ouïe – Traversée N° 4 – Postures, de la tête au pied, et réciproquement

L’écoute est affaire de posture(s).

L’écoute est posture in corpore audio .

L’écoute sans le corps n’existe pas.

Le corps sans l’écoute est privé d’un sens qui participe grandement à nous relier à la vie.

Posture physique, se tenir toute ouïe, devant, dans, autour, au sein, se tenir avec, contre, tout près, au loin, aller vers, s’éloigner… Se tenir dans une posture laissant l’écoute naitre, émerger, se développer, s’épanouir, jusqu’à s’éteindre.

Le corps écoutant est un réceptacle avide de ce qui bruisse, sonne résonne, vibre, comme une caisse de résonance amplifiant toute onde vibratoire, potentiellement sonore.

Assis, adossé, couché, l’oreille collée, dos à dos, nous trouvons des positions pour plonger dans les sonorités ambiantes. Nous cherchons les plus appropriées, ou les plus surprenantes, les plus décalées ou les plus rassurantes.

Toutes les cavités, les creux, les vides, les matières, viscères, peaux, membranes, de notre corps, sont comme des antennes internes, résonateurs sensibles qui tentent de nous synthoniser avec les champs de résonances nous entourant, nous traversant, nous mettant en sympathie avec la matière sonore vivante, et éventuellement ceux/celles qui la produisent.

Il nous faut accepter la posture d’être écoutant, donc d’être vibrant, voire la rechercher, pour en jouir plus pleinement.

La posture est aussi mentale.

Elle est ce que nous accepterons, rechercherons, développerons comme état d’esprit favorable à une immersion audio-sensible, à une expérimentation auriculaire partagée, parfois des plus excitantes.

Laisser se développer des images mentales propices à une écoute profonde1 qui nous reliera avec le vent chantant, l’oiseau pépiant, l’eau clapotante, le feu crépitant, le tonnerre roulant au loin, jusqu’à l’inaudible ressenti à fleur de peau.

La posture est également collective. C’est la façon dont un groupe communique non verbalement, par des gestes, regards, sourires, frôlements, danses, rituels pour communier d’une joie d’écouter ensemble. Écouter en groupe, c’est sublimer une scène sonore, couchés dans l’herbe nuit tombante, assis sur un banc dos à dos à ressentir la peau de l’autre vibrer contre la notre au gré des sons, le dos tourné aux sources acoustiques, les yeux fermés, main dans la main…

La posture peut donc être suggérée sans aucune paroles, par une proposition d’un corps écoutant et guidant, les mains en cônes derrière les oreilles, le regard visant un point sonore, l’index sur la bouche, invitant au silence, le regard dirigé vers, un arrêt soudain, statufié… Le non verbal développe un silence éloquent, peuplé de gestes comme autant d’invitations.

La posture s’en trouve parfois théâtralisée, jouée, comme un spectacle de rue qui ferait de chaque écoutant un acteur mettant l’écoute en scène, ou créant des scènes d’écoute. Les écoutants se mettent en scène d’écoutants, interpellant ainsi, dans l’espace public, des passants non avertis, posant la question d’une étrange oreille collective en action. Gestes étranges et singuliers, marcher en silence, très lentement, s’arrêter sans rien dire, garder une immobilité surprenante, sans même se regarder, repartir de concert, au gré des sons… venir gentiment perturber des espaces de vie quotidienne, par un corporalité tournée vers un bruitisme inattendu, car souvent inentendu.

Et ce jusque dans la posture de nos pieds, eux aussi antennes reliées au sol, au tellurique, aux courants souterrains invisibles mais tangibles, aux vibrations urbaines des mouvements et circulations underground. Une relation entre la terre, le solide, à l’aérien.

Des pieds qui nous mettront en mouvements vers une écoute en marche, qui imprimeront une vitesse, des cadences, qui infléchiront la posture de promeneur écoutant, invité à parcourir des espaces sonores infinis.

La posture peut être de se tenir poster, à l’affût du moindre bruit qui courre, non pas pour le capturer, ou l’éliminer, mais pour le percevoir dans une chaine d’éléments sonores où chaque bruissonance fait paysage. Laisser venir à soit les mille et une sonorités du monde dans une attitude curieuse et amène.

La posture est souvent dictée par le contexte et les aléas du moment. Elle nait de rencontres entre les corps et l’espace, les corps entre eux, l’espace et les sons, le corps et les sons. Elle peut naitre d’un simple toucher vibratile. Elle paraît s’imposer naturellement dans des circonstances qui poussent inconsciemment le corps à se fabriquer des jeux d’écoute, des situations ludiques qui répondront aux sollicitations de l’instant, et sans doute ouvriront de nouvelles perspectives.

Les ambiances sonores, mais aussi lumineuses, chaleureuses, les climats, les ressentis, influeront sur nos comportements d’écoutants, en développant des gestes qui mettront nos corps et nos esprits en situation symbiotique d’ouverture sensorielle, ou de fermeture, nous protégeant ainsi d’agressions stressantes, voire traumatiques.

La recherche de postures, si importante soit elle, n’est sans doute pas, pour moi, pour l’instant, un concept ou un processus théorisable, ou réduisible à un catalogue de gestes et d’attitudes possibles, boite à outils corporelle et mentale susceptible de répondre à des situations sensorielles subtiles et complexes.

C’est souvent une geste, une série de gestes, de connivences, d’interactions, de réflexes épidermiques, naturels, spontanées, plus ou moins, liés à des formes d’improvisations dans des parcours d’écoute dont nous ne maitrisons pas, loin de là, tous les accidents potentiels.

Il nous faut laisser émerger la posture comme un état corporel et mental stimulant, enrichissant, sans la forcer, pour ne pas tomber dans l’im-posture d’un corps qui jouerait faux. Et d’une écoute qui forcément, en pâtirait.

1Hommage à la Deep Listening de Pauline Oliveros

point d’ouïe – Traversée n° 3 – Rythmes et cadences, ralentissements, arrêts et progressions

point d’ouïe – Flux aquatique – Cirque de Gavarnie, Hautes Pyrénées
Résidence Audio Paysagère Hang Art

La traversée n°3 sera rythmée, cadencée, ponctuée, tout en mouvements et en pauses, en arrêts et en départs, en mobilité et en immobilité.

Le monde sonore n’est pas, tant s’en faut, un flux régulier, prévisible, un espace temps qui se déroule uniforme, continuum sans surprises.

Le monde sonore suit son train, qui peut être chahuté, et/ou nous suivons le sien, avec toujours la possibilité/probabilité d’accélérer, de ralentir, de suivre des cycles, ou non.

Le flux temporel écouté nous fait mesurer l’incertitude du son dans le courant du temps qui passe, de la chose sonore qui apparaît ici, disparaît là, dans les caprices d’espaces métriques capricieux.

Bien sur, il est des repères que le temps nous indique, nous assène, des découpages rythmant une journée, une semaine, un mois, de façon quasi rassurante…

La cloche de l’église, lorsqu’elle sonne encore, de quart d’heure en quart d’heure, d’heure en heure, ponctue nos espaces de vie en graduant inlassablement le temps fuyant. Une façon rassurante ou anxiogène de nous situer dans un chronos auquel nous n’échappons pas. Notre vie s’écoule en un sablier tenace qui se fait entendre ans ménagement.

Les tic-tacs métronomiques habitent des espaces d’écoute découpée, pour le meilleur et pour le pire.

Parfois l’accidentel ponctue la scène auditive, un mariage qui passe, un coup de tonnerre inattendu, une altercation au coin de la rue… Un brin de chaos que nos oreilles agrippent, y compris contre leur gré.

Les sons font parfois habitude, voire rituel, dans leur itération, même les plus triviales. Le rideau de fer de la librairie d’en face, la sonnerie d’une cour d’école, la présence d’un marché quelques jours par semaine, la sirène des premiers mercredis du mois à midi… Des marqueurs temporels que l’on pourrait croire immuables si la finitude ne les guettait. Des jalons que l’on apprend à déchiffrer au fil du temps. Carte/partition du temps qui fait et défait.

Et puis il y a la façon de progresser dans les milieux sonores, de les arpenter par exemple.

Le rythme d’une promenade, sa cadence, sa précipitation ou sa lenteur, ses inflexions, infléchiront la façon d’écouter, d’entendre, et sur la chose écoutée elle-même.

Avancer vers des sons plus ou moins rapidement, accélérer par curiosité, ralentir par prudence, s’arrêter là où quelque chose se passe, où la musique jaillit, où la cloche sonne, où le rire fuse, où mugit la sirène…

Les sonorités sans cesse en mouvement, ponctuelles pour beaucoup, dans les flux soumis à moult aléas, influent, parfois subrepticement, nos rythmes de vie, de faire, de penser, tout comme nos faits et gestes, réciproquement, peuvent écrire des rythmicités au quotidien.

Le mouvement de réciprocité, les interactions, les gestes sonores scandant des situations audibles (le marteau d’un forgeron, la frappe du percussionniste), comme les sons déclenchant des gestes ou des mouvements (le sifflet de départ, l’ordre crié) viennent se frotter dans des mouvements que l’oreille perçoit plus ou moins clairement.

La voix de Chronos, père et personnification du temps, dieu ailé porteur de sablier, nous fait entendre notre vie s’écoulant, comme celle de Kaïros parfois, le moment opportun.

Le ralentissement est-il propice à une meilleure écoute, à une entente plus profonde. Sans doute oui. Surtout dans le contexte d’une société où l’oisiveté est non seulement mal vue, mais sacrifiée à l’autel d’un productivisme forcené. Russolo décrivait déjà une cité de bruits où puissance vociférante et guerre sont au final de vieilles compagnes.

Prendre le temps de faire des arrêts sur sons, des pauses écoutes, des points d’ouïe, résister à la course du toujours plus, qui jette dans les espaces publics des torrents de voitures ne laissant guère de place au repos de l’oreille, et de fait de l’écoutant malgré lui… Ralentir, douce utopie ou rythme salutaire à rechercher avant tout ?

Retrouver, à l’aune d’un Thoreau, une oreille qui vivrait au rythme des saisons. Paysages printaniers où, dans une sorte d’idéal enchanté, tout chante et bruissonne, un été plombé de soleil et d’une torpeur écrasante secouée par l’orage, un automne où la vie ralentit au rythme des pluies, un hiver engourdi que la neige ouate dans des quasi silences…

Images d’Épinal où le son est partie prenante, répondant aux ambiances attendues, présupposées, voire participant à les forger à nos visions clichés d’un chronos saisonnier.

Nous progressons dans un monde sonore qui ne répond pas toujours à nos représentations, à nos attentes, trop lent ou trop emballé, trop frénétique ou trop engourdi.

Chaque individu, lorsqu’on le regarde agir, a sa propre dynamique temporelle, selon les contextes, les moments, les événements… Et d’innombrables temporalités se font entendre dans des espaces auriculaires, espaces publics notamment, qui ne sont pas toujours aisément partageables.

Chacun semble avoir sa propre partition, ses propres tempi, ses propres variations rythmiques qui font qu’il n’est pas toujours facile d’accorder nos violons, de se régler sur la même heure, et de jouer de concert une œuvre collective, comme un orchestre parfaitement synchrone. Risque de vacarme résiduel, car non orchestré ?

Ces discordances de tempi se font entendre à qui sait écouter les flux de la vie qui passe, comme deux cloches qui ne sonneraient pas, par un désynchronisme chronique, dans une même temporalité.

Mais néanmoins, nous nous forçons d’adapter la longueur comme la vitesse de nos pas, de caler des moments de rencontres où nos paroles prennent le temps de s’échanger, ou nos métronomes font entendre des pulsations accordées, qui permettent à une vie sociale d’exister, de perdurer, malgré toutes les incontournables arythmies possibles.

A condition comme le chantait Georges Moustaki, de prendre le temps à minima le temps de vivre, et d’écouter la vie qui passe.

Point d’ouïe – Écoute installée pour paysage et duo d’écoutants – Prendre le temps de pause.

Point d’ouïe, traversées de paysages sonores in progress

Emprunter les chemins traversant des paysages sonores, via donc une écoute ambulante, pédestre, me fait les entendre au fil d’expériences qui, géographiques, environnementales, sociales, esthétiques, symboliques, tendent à construire une approche croisée autour de parcours parfois plus complexes qu’ils n’y paraissent de prime abord.

D’autant plus complexes, lorsqu’on les creuse de l’oreille, qu’ils superposent des couches d’écoutes que l’on pourrait qualifier d’hétérotopiques, comme d’ailleurs tout territoires arpentés qui se respecte.

Bref, traverser des paysages auriculaires, s’y frayer des chemins de traverse, de travers, des arpentages, des plus sauvages, erratiques, aux plus balisées, itinérarisées, c’est se garder sous le coude, si ce n’est sous l’oreille, une série d’outils, d’approches, de point de vue, de façons, ou possibilités de faire. C’est ce qui nous permettra sans doute de décaler les points d’ouïe, tout en conservant une approche sensible, et qui plus est sensorielle.

Cette approche, entre expérimentations de terrains, chantiers in situ, une approche du Faire, côtoie les processus descriptifs, l’élaboration de processus d’écritures contextuelles, de modèles conceptuels, de réflexions introspectives…

Le Faire et le Penser s’auto-alimentent dans des aller-retours féconds, qui font traverser le paysage auriculaire en empruntant moult voies, parfois clairement tracées, parfois incertaines, erratiques, superposées, mixées, dans leurs enchevêtrements complexes.

De quoi à ne jamais être sûr de son chemin, ce qui garantit de nouvelles traversées, toujours renouvelées, développées, dans leurs conceptions comme dans leurs mises en situation.

Cette réflexion en cours va se concrétiser par une série de traversées sonores thématiques, prenant vie pour l’instant à partir des textes rédigés pour la circonstance.

On peut envisager par la suite des pièces sonores venant dialoguer avec ces textes, en contrepoint, pas forcément illustratifs, mais amenant une façon de voir par l’oreille certaines traversées et leurs potentiels modes et processus exploratoires.

On peut également envisager une série de PAS-Parcours Audio Sensibles, autour des traversées, expérimentations concrètes, collectives, sur le terrain, qui amènera une couche de pratique et de sociabilité, chose pour moi primordiale à tout projet de recherche.

Action !

Voyons ici quelques façons, non exhaustives et non hiérarchisées, de traverser les paysages sonores sans trop s’y perdre, quoiqu’en osant les explorations favorisant les pas de côté.

Les traversées, des modes et processus exploratoires

Traversée n° 1 – Les seuils, frontières et espaces intersticiels

Être à la limite, être aux limites, voire les dépasser, y compris de l’oreille.

Où les chercher, car ces dernières ne sont pas forcément clairement marquées, identifiées comme telles.

Comme des frontières plus ou moins matérielles, plus ou moins immatérielles, parfois indécises.

Où rentre t-on dans la ville, ou ailleurs, par l’oreille ?

Où en sort-on, et le cas échéant comment ?

Existe t-il des seuils par où passer du dehors au dedans, et inversement, d’un plan sonore à un autre, ou d’une scène acoustique à une autre ?

Des seuils où se tenir en attente, attente d’une invitation à pénétrer dans un paysage sonore, invitation à le quitter ?

Les lieux interstices où les sons fondent, se confondent, en des espaces mouvants.

Se tenir ici et entendre au-delà, ou inversement.

Être au croisement de champs acoustiques qui se télescopent, agrandissent ou resserrent leurs bulles, notre audio-bulle, nous questionnent sur la place à tenir, comme écoutant, plus ou moins actif, ou non…

Les espaces intersticiels sèment le doute dans une géolocalisation auriculaire. Suis-je encore ici, ou déjà là, ou temporairement ici et là ? L’entre-deux fluctue dans ses flux-mêmes.

Les interstices sont aussi espaces de jeu, faire de l’incertitude, du flou audio-géographique, de l’entre-espace, des terrain d’explorations, de transitions, des zones tampons, par exemple dans un parcours friand de surprises, qu’il nous faut, sérendipité oblige, laisser venir.

La notion de passage se noie t-elle dans l’écoute, ou l’écoute dans le passage ?

Le passage, en terme de parcours devient un jeu de mixage d’une ambiance à une autre, le promeneur un DJ se jouant en marchant des frontières poreuses mais néanmoins tangibles, audibles. Les pieds et les oreilles comme une table de mixage à 360°, et en mouvement. L’instabilité intrinsèque du son rajoute une dose de piment stimulant la traversée d’espaces dont on ne peut jamais savoir exactement ce qui se passera lorsqu’on l’arpentera.

Les seuils et frontières acoustiques sont par essence mouvants, au gré des vents, des écoutants, des perceptions, des déplacements…

Lorsque l’on entend deux clochers de deux villages ou quartiers différents, chacun interpénétrant le territoire de l’autre en bonne entente, sans velléité conquérante, la notion d’espace élargi, de repères spatio-temporaires partagés est alors bienveillante.

La notion de porosité acoustique doit être pensée comme un facteur déterminant. On peut enfermer une lumière entre quatre murs aveugles, pas forcément épais, mais il est plus difficile de contraindre une onde acoustique qui met les matériaux eux-mêmes en vibration. Les espaces intérieurs et extérieurs, sauf traitements complexes, mêlent leurs ambiances acoustiques, pour le meilleur – sentiment d’ouverture, de non enfermement; et pour le pire – sentiment d’intrusion, voire d’invasion, dans des espaces parfois intimes.

Dans des lieux d’enfermement, la prison en étant un par excellence, la communication sonore, est très impressionnante lorsqu’on la découvre pour la première fois. Un vacarme organisé, qui tente de faire exploser les murs, de garder a minima un contact humain, car décloisonné, autant que faire se peut.

Dans la scénographie sonore muséale, peut-être que cette notion de porosité acoustique nous pousse à penser des ambiances globales plutôt que cloisonnées, ce qui d’ailleurs fonctionne rarement correctement ou tend le visiteur à chausser des casques audio l’isolant du milieu ambiant.

Dans l’aménagement du territoire, ces porosités capricieuses devraient nous faire réfléchir à des cohabitations plus vivables, amènes, pour des habitants/usagers, dans leurs déplacements, activités, leurs besoins des zones apaisées, oasis acoustiques non pas coupées du monde, mais simplement protégées de ses sur-tensions sonores, ou autres. Des lieux ou parler reste chose facile sans crier…

Construire un mur anti-bruit est mettre une frontière sonique entre deux espaces, dont l’un doit généralement être protégé d’un vacarme invasif, intrusif, si ce n’est hégémonique.

La tentative de segmentation d’espaces acoustiques, supposons l’un calme et l’autre non, fait naitre des expériences de zonages acoustiques, recherchant des bulles de confort, pas forcément pertinentes, voire insoutenables, socialement parlant.

Se couper des bruits en s’enfermant derrière des doubles vitrages et des murs acoustiques peut vite virer à une forme d’autisme sclérosant, enfermant, isolant, dans le pire sens du terme.

Mieux vaut réfléchir en amont aux problèmes de cohabitations sonores potentiels, et prévenir que guérir, ou réparer partiellement les dégâts d’un territoire sonore non pensé.

Les limites et les seuils ne doivent pas être envisagés comme des espaces géographiques excluants, clivants, mais comme des interstices féconds, où un brassage dynamique favorise les bonnes ententes.

La belle écoute doit rester un objectif articulant le plus harmonieusement que possible les espaces et milieux sonores toujours très fragiles. Trop ou trop peu de frontières est un écueil à prendre en compte.

Et pluie voila ! Eaux vives

Ces temps-ci sont souvent ponctués d’averses, parfois toniques.

On peut s’en désoler.

On peut s’en réjouir.

La campagne alentour, et même la ville en son cœur, je ne les ai pas vues si vertes depuis longtemps déjà.

Il me semble que les arbres respirent, que le vivant, oiseaux, hommes et autres échappent, pour l’instant, à des chappes estivales de chaleur étouffantes.

Je respire, même, et sans doute mieux sous la pluie.

J’apprécie de marcher sous/dans, au cœur, de la pluie, d’y plonger corps et bien et oreilles inondables. Se mouiller pour savourer la liberté d’aller là où ça (nous) chante, quitte à sacrifier du confort bien au sec.

Non, la pluie ne rend pas triste, les oiseaux chantent de plus belle, les grands saules s’ébrouent, les enfants sautent dans les flaques, et j’ose en faire de même, et avec grand plaisir.

Le paysage sonore ruisselle de sons toniques.

Walking in the rain, singing in the rain, listening in the rain.

Pendant que j’écris ces mots, une averse est arrivée, orageuse et drue. Je vais courir à sa rencontre.

En écoute – Il y a quelques années, une marche nocturne dans mon quartier sous la pluie.

Écouter chanter

Et bien maintenant,

il faut que ça chante les arbres

il faut que ça chante les rivières

il faut que ça chante les gens

il faut que ça chante les villes

il faut que ça chante les cloches

il faut que ça chante les oiseaux

il faut que ça chante les fêtes

il faut que ça chante les repas

il faut que ça chante en chœur

il faut que ça chante encore

Mais encore faut-il quelqu’un pour écouter.

Sacrés sons !

Excursion sonique à Lourdes.
Une petite ville nichée au cœur des Hautes-Pyrénées, arrosée par les méandres du Gave du Pau, et surtout mondialement connue comme un des plus hauts lieux de pèlerinage, avec son immense sanctuaire, sa grotte aux apparitions, ses milliers de touristes, de pèlerins…
Mais ce n’est pas ici sa religieuse histoire qui m’intéresse, même si mes micros n’ont pas pu échappé à cette réalité de terrain.
Et encore que, Covid aidant, toutes les boutiques de la ville basse étaient encore fermées le jour de mon passage, sans compter un temps des plus capricieux. L’immense esplanade du sanctuaire, la basilique et même les alentours de la grotte étaient encore bien calmes.
Ce qui m’a intéressé dans cet espace pour le moins atypique, c’est de capter certaines acoustiques, dans différents lieux de la ville, aux fonctions très différentes pour deux d’entre eux, et néanmoins avec des résonances sympathiques comme on dit en acoustique.
Un premier et bref son de cloche m’accueille sur le parvis de la basilique. J’aurais aimé avoir une plus longue volée mais l’orage et la pluie battante qui sont arrivés peu après ce jour là m’en ont empêché.
Intérieur de la basilique et ses magnifiques réverbérations.
Presque du silence où chaque son se révèle, ciselé dans l’espace.
Au-delà de toute croyance religieuse, je me sens toujours bien à tendre l’oreille vers ces imposants espaces immersifs, dans une forme de quiétude auriculaire qui laisse le temps se déplier sans à-coups, comme un refuge contre les bruits urbains extérieurs, parfois à la limite de la saturation.
Au dehors, adossée à la basilique, la fameuse grotte aux apparitions, miracles…
Un prêtre africain égraine, en anglais, une litanie, ponctuée de réponses par deux religieuses en chœur.
Nous sommes ici dans une forme de répétition que n’auraient pas dénié les minimalistes et répétitifs américains.
Ces itérations sonores sont je dois dire, dans leur lancinant entêtement, dans leurs phrasés, dans leurs scansions, musicalités, ritualités, assez envoûtantes à entendre. Mais c’est bien là un des effets du rituel, que de plonger à la base le participant, l’auditeur, dans une suite de règles collectives à suivre irrésistiblement. Et Dieu sait, c’est le cas de le dire ici, si les sons, de la danse tribale à la prière en passant par la techno, en connaissent un rayon en la matière.
La journée va toucher à sa fin, je remonte les rues de la ville, très calmes, vers la gare.
L’acoustique de cette dernière, excitée par une voix de femme très présente, et chantante à sa façon, me font ressortir mes micros.
Il y a là une sorte d’écho entre les ambiances de la basilique, de la gare, les voix des religieux et celles de la femme dans ce hall d’attente, qui va naturellement influencer le montage de la petite pièce sonore retraçant mon passage lourdais.
Toujours le frottement des lieux et des moments, des affinités et des discordances, des choses de terrain et de la fiction narrative.
Sacré son quand tu nous tiens !

Résidence audio paysagère accueillie par

Le Hang-Art à Esquièze Sère

Le Ramuncho Studio à Luz Saint-Sauveur

Pour des paysages qui sonnent !

Faites vous Bells !

Comme je le dis parfois
il y a souvent quelque chose qui cloche dans le paysage
en tous cas dans les miens.
Installées en vigies
des dames d’airain se font entendre
d’heure en heures
en heurts battant
en fêtes carillonnées
en joyeux événements
ou pas
esprit de clocher
paysage campanaire
des signatures sonores de hautes volées
des marqueurs acoustiques résonnants
elle se balancent
sont tintées
teintées acoustiquement
couleur sonore d’un village
d’un quartier
d’un sanctuaire
je ne manque jamais de les saluer de l’oreille
attendant la bonne heure sonnante
d’en goûter les envolées toniques
d’en capter les percussions-résonances
de défendre leur droit à la sonnerie
n’en déplaise au mauvais coucheurs de l’oreille
à ceux qui haranguent coqs et cloches
préférant sans doute les moteurs à tord
ici, dans les montagnes pyrénéennes qui m’accueillent
je les laissent venir
à ma fenêtre
aux des bancs d’écoute
de Lourdes à Luz Saint-saveur
en passant pas Esquièze Sère
à chacun son son de cloche
j’en joue
faisant frotter leurs sonorités a l’envi
à cloche-oreilles parfois.

Petite fiction campanaire
Avec la participation de différentes cloches de Lourdes, Luz Saint-sauveur et Esquièze-Sère.
Des espaces temps qui se télescopent, font dialoguer des lieux par les cieux, des géographies triturées en mode résonant, de la matière fondue et refondue…

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Le Hang-Art à Esquièze Sère

Le Ramuncho Studio à Luz Saint-Sauveur

Pour ne pas en finir avec le paysage sonore !

Le paysage sonore est aujourd’hui, dans sa formulation en tous cas, voire dans ses fondements historiques, attaqué, ringardisé, dénigré, par un certain nombre d’acteurs du sonore… Alors que paradoxalement, il réunit plein d’activistes qui voient plus loin que les querelles de clocher en perpétuelles sonneries. Alors qu’il est aussi en capacité de parler au plus grand nombre, au-delà d’une élite bien-pensante et bien écoutante, d’agir in situ, de proposer du vécu, du sensible, des choses en mouvement, du social, de l’esthétique, de l’éthique, des problèmes de terrain, d’actualité.

C’est un projet dont on commence tout juste à entrevoir l’immense potentiel à fédérer des écoutes, des sociabilités, des prises de consciences, notamment écologiques, parce qu’il arrive à un stade où il a véritablement une histoire, avec des gens qui l’on porté, qui l’ont fait vivre. Alors pourquoi vouloir l’enterrer, en finir avec. Il faudrait pour cela avoir des outils aptes à mener une nouvelle réflexion fertile, mais surtout de vraies actions, pour éventuellement le remplacer, si besoin était, ou plus futilement le renommer, ce qui n’est vraiment pas le cas aujourd’hui. Le faire évoluer, le croiser à de nouvelles formes de penser et d’agir, oui, le sacrifier à l’autel de la Tabula rasa sous prétexte d’inventer du neuf à n’importe quel prix, non ! Il existe bel et bien, dans toute sa diversité, et chacun peut y trouver et y créer ce qui lui correspond le mieux, en y apportant sa pierre auriculaire plutôt qu’en œuvrant sourdement en démolisseur.

Point d’ouïe, donner de la voix

Donner de la voix,
un cadeau,
une friandise sonore,
un don offert sans contre-partie,
juste pour le plaisir d’entendre parler.
Pas de message,
pas d’explication,
pas de contenu sensé,
juste une musique,
des timbres,
des accents,
des ambiances,
des bribes glanées ici et là
la vie quoi.
Un marché,
une place bordée de bancs,
une ruelle,
des commerces…
une scène acoustique multiple,
habitée de voix multiples.
Donner de la voix,
comme un jeu,
un plaisir d’entendre dire,
un paysage sonore,
une énergie communicative,
qui vient réveiller l’espace,
dans des temps d’enfermement,
dans des temps qui s’ébrouent,
dans des temps où la vie sociale à besoin de donner de la voix.

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Le Hang-Art à Esquièze Sère

Le Ramuncho Studio à Luz Saint-Sauveur

Carte de points d’ouïe

Deux villages accolés.
Luz Saint-Sauveur d’un côté de la rivière Le Bastan.
Esquièze Sère de l’autre.
Des Points d’ouïe.
Des bancs d’écoute.
Des promenades.

Cliquez sur la carte, quelques points d’ouïe

Puis cliquez sur les points pour en savoir plus

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Le Hang-Art à Esquièze Sère

Le Ramuncho Studio à Luz Saint-Sauveur

Oiseau de fer, oiseaux de chair

Entendu dans le ciel,
le grondement, bourdonnement, vrombissement, d’un hélicoptère.
Il tournoie au dessus de la montagne
en rapace guetteur
toutes pâles tournoyantes
il marque des pauses sur-place au surplomb d’une crête.
Randonneur en mauvaise passe
hélitreuillage sauvetage
observation surveillance ?
Difficile de savoir.

Un peu plus bas
mais dans un rapport au ciel,
des oiseaux
oiseaux chantant
gazouillant
pépiant…

Quel rapport entre les deux ?
L’un de fer les autres de chair
l’un bourdonnant du moteur et sifflant des pâles
les autres chantant à plein syrinx ?
Des sons évoquant la hauteur ?
Le ciel ?
L’envol ?
La mise en regard d’une puissance mécanique
et d’une fragilité oiseleuse?
La pure facétie de l’écoutant ?
Faire se répondre dans une même zone d’écoute montagnarde
objets ferraillant et oiseaux volant
L’un,
puis l’autre
chacun son thème en réponse
puis les deux
réunis en un contrepoint singulier
si ce n’est anachronique
d’une machine volante et de vie animale
dans des étagements de plans sonores plus qu’improbables
mais assumés
si ce n’est affirmés
contre toute vraisemblance.
Le paysage sonore, dans son imaginaire
peut se le permettre sans complexe.


Ceci n’est pas la chose sonore
ceci n’est qu’un paysage
un audible possible parmi mille autres possibles.

Après tout, ce paysage n’est,
d’abord et avant tout,
qu’un espace de sons racontés
entre les deux oreilles exactement.

Résidence audio-paysagère
Accueillie par Ramuncho Studio à Luz Saint-Sauveur
et HANG-ART à Esquièze-Sère
Mai 2021

Des séries thématiques vers un paysage sonore global

Selon les lieux, les projets, la façon de travailler, de collecter de la matière, de la mettre en forme, sera parfois très différente.
Des processus, façons de faire, vont très vite apparaitre comme plus opportuns, adaptés à la situation de l’espace et du moment.
Cette semaine, immergé dans une haute vallée pyrénéenne, l’écriture sonore va passer par un collectage et un travail autour de thématiques acoustiques. Selon les opportunités hasardeuses, les périples, les envies, certains jours seront dédiés à une série de sons traitant d’un sujet commun, d’un micro événement, d’une thématique anticipée ou non.
Sur d’autres lieux et à d’autres moments, il en ira différemment.
L’écriture d’un paysage sonore in situ partira donc ici d’éléments de même nature, ou très proches, traités par petits blocs, avant d’être ré-assemblés, pour aller vers une composition audio-paysagère plus globale.
Au départ, des éléments a priori indépendants les uns des autres, dissociés, presque autonomes, pour aller, à l’aune d’une sorte de description phénoménologique, vers un paysage sensible, construit de briques sonores agencées par le montage et le traitement audionumérique.
Prenons par exemple quelques thématiques rencontrées lors de mon actuelle résidence montagnarde.
Des oiseaux, premier jour et heure bleue, passereaux, rapaces et hirondelles, la gente avicole se fait entendre.
Des eaux, rigoles, pluies,fontaines, torrents, cascades… Le paysage est à cette époque printanière ruisselant.
Des voix, des timbres, des activités, des accents, des dialectes, les voix synonymes de vie et d’espaces sociaux…
Du campanaire, des cloches d’églises et de chapelles, des ensonnaillements de troupeaux, le paysage tinte.
Des phénomènes météorologiques, vent/pluie/orage, le ciel printanier est très changeant en montagne.
D’autres sonorités plus singulières, telles que celles d’un hélicoptère tournoyant longuement au dessus d’une montagne, élément sonore habituel dans ces contrées. Peut-être à mettre en analogie avec les oiseaux, un sujet potentiel autour des « sons volants ».
Tous ces marqueurs sonores, plus ou moins permanents ou plus ou moins éphémères, recomposés entre eux, me permettront de dessiner des ambiances sonores qui, à défaut d’être réalistes, dresseront un portrait auriculaire des lieux. Portrait bien sûr en temps que représentation subjective et personnelle, mais où chacun pourra je l’espère, ici ou là, à un moment ou à un autre, s’y retrouver.

Résidence audio-paysagère à Luz Saint-Sauveur
Accueillie par Ramuncho Studio et HANG-ART
Mai 2021

Point d’ouïe, j’ai eu vent de…

En priant Dieu qu’il fit du vent…
Et il y en fit !
Une nuit bien ventée
tempétueuse même.
Éole au meilleur de sa forme.
Un vent tout droit venu du sud
qui balaie les hautes vallées pyrénéenne (scène de l’action en cours)
ça charrie
ça gémit
ça siffle
ça grince
ça grogne
ça secoue
ça ballote
ça traine
ça remue
ça vibre
ça s’infiltre
ça se calme
et se déchaine
ça rythme la nuit

Et tendre l’oreille au vent
c’est vivifiant
paysage mouvementé
paysage secoué

Nous entendons du vent
plus ce qu’il anime, met en mouvement
plus ce qu’il met en vibration
notre peau et tympans compris
plus ce qu’il fait chanter
les obstacle à son flux
ceux qui lui résistent,
que le vent lui-même
Le vent, on le sent à fleur de peau
à fleur d’oreille
telle une vibrante friction aérienne

Quand il s’engouffre dans la vallée
c’est comme un couloir acoustique
un tuyau d’instrument
une pavillon vibrant.

Et les micros tendus peinent à le saisir
dans son humeur de tempête
qui collent les membranes
saturent les prises de sons
jusqu’à l’inaudible
alors il faut ruser
emmailloter les micros
se mettre dans les recoins
les anfractuosités
derrière des fenêtres
à l’abri du grand souffle
mais à l’affut de ses courants déchainés.

Doucement, tout se calme
le grand souffle retombe
laissant un paysage quasi épuisé
et ses arpenteurs écoutants
également épuisés
et repus
après ces grands bols d’air.

Et la pluie d’arriver
Autre ambiance plus feutrée
qui égoutte la vallée
tout bascule dans une intimité mouillée.

Écoute au casque de préférence.

Résidence audio-paysagère à Luz Saint-Sauveur
Accueillie par Ramuncho Studio et HANG-ART
Mai 2021

Eaux-Niriques, extension du domaine de l’écoute

Après avoir promené oreilles et micros au fil des ondes pyrénéennes, construit un premier paysage sonore aquatique en sons et en mots,

https://desartsonnantsbis.com/2021/05/08/points-douie-points-deau/

Points d’ouïe, des torrents de sons en cascades

voici maintenant quelques autres méandres plus imaginaires.

Écoute au casque conseillée

Résidence audio paysagère accueillie Par Ramuncho Studio et Hang-Art à Luz-Saint-Sauveur (65)

Desartsonnants en résidence audio-paysagère

PAS – Parcours Audio Sensible nocturne en Ardoinais – Gare au théâtre – Vitry sur Seine

Chaque année, je m’installe pour quelques temps dans des lieux dits de résidence, résidence artistique, résidence de création et/ou de recherche, en tous cas d’expérimentation pour moi.
A l’origine, la résidence est notre lieu d’habitation, là où l’on réside. Pourtant, pour les artistes nomades, itinérants, qui s’installent temporairement, le temps de de faire naitre ou de maturer une œuvre, de la mettre en scène, en espace, ou bien de travailler aux processus qui le permettront, aux outils, aux expérimentations de terrain, ce n’est pas la cas.
La résidence est une étape, quelle que soit l’état, l’avancée du travail en cours.
Elle va offrir le cadre, l’accueil, parfois les outils et l’accompagnement, voire des moyen de production.
Si je prends le cas d’une résidence audio-paysagère comme j’aime à les nommer, il s’agira de s’installer pour dessiner avec les sons un paysage sonore singulier, non pas ex-nihilo, mais puisant dans l’environnement du lieu qui m’accueille, de ses environs.
La résidence est une immersion qui permet de se consacrer, un temps, pleinement à un projet, à faire une focale sur un travail en chantier, à venir chercher de de la ressource parfois dépaysante, inspirante.
L’immersion est une étape importante. S’immerger dans l’action, dans les lieux environnants, dans les ambiances, les rencontres, des situations nouvelles… un ressourcement vivifiant qui peut faire rebondir une action stagnante parfois faute d’inspiration neuve.
S’immerger pour expérimenter, pour tester, pour contextualiser et frotter son écoute en un lieu et temps donnés, même de façon éphémère.
C’est aussi l’occasion, la chance, de rencontrer d’autres artistes, techniciens, opérateurs culturels, élus, structures locales, et de profiter des connaissances du territoire et savoir-faire de chacun, sans parler du côté humain, relationnel de par ces échanges enrichissants.
Une résidence est une coupure de l’ordinaire qui va nous stimuler pour arpenter, écrire en fonction de, se frotter à un territoire, ce qui va sans doute ouvrir de nouvelles perspectives, de nouvelles façons d’envisager des modes opératoires comme des mises en situation.
Parcours, installation extérieure, intérieure, forme hybride, carnet de notes, une montagne ne sonnera pas comme un port, une forêt comme une ville; les espaces arpentés, écoutés, influeront nos travaux, et peut-être vice et versa.
Pour ma part, le dépaysement m’est nécessaire pour avancer. Avancer sans toutefois aller vers une précipitation effrénée et stressante. Prendre le temps, à intervalle régulier, de s’assoir pour écouter la ville, la montagne environnante, les voix et ruisseaux, prendre le pouls auriculaire. Les résidences permettent de trouver des rythmes plus souples, à la fois propices à une écriture soutenue, sans toutefois être hyper contraignants, ce qui pour moi peut devenir très vite contre-productif.
Chaque lieu où je me suis posé a amassé une pierre nouvelle dans l’écriture globale, dans la construction d’une forme d’un vaste paysage sonore partagé, quasiment universel et pourtant si singulier selon les lieux.

Résidence Audio Paysagère à Luz Saint-Sauveur, accueillie par Ramuncho Studio et HANG-ART– Mai 2021

Points d’ouïe, Points d’eau

Digital Camera

Au fil des ondes luzéennes

Récit de résidence audio Paysagère pyérénéenne.

Avec toute une bouillonnante, écumante matière sono-aquatique, un paysage se met en place doucement.
Il raconte, à sa façon, à ma façon, désartsonnante, un petit périple de Luz Saint-Sauveur à Gavarnie et alentours.
Il parle d’une haute vallée montagneuse, celle des Gaves de Pau, qui a bien voulu me laisser capturer des sons de ses nombreux cours d’eau.
Torrents et cascades, dans tous leurs états, ou presque.
Un corpus de sons assemblés, truiturés, dessinant un lieu imaginaire issu de plusieurs lieux, bien réels eux.
Tenter de montrer la diversité.
Tenter de montrer la puissance.
Tenter de montrer la douceur.
Imaginer les reflets ondoyants par des moirages sonores.
Imaginer un cheminement aux gré de rives creusées à même la montagne.
Imaginer la montagne environnante, puissante.
Imaginer la voix des eaux qui écument les vallées, dévale les falaises, s’assoupit dans des creux.
Ceci n’est pas une rivière, ni un torrent, ni une cascade, mais ce que j’en entend, ce que j’en écris, ce que j’en invente, ce que j’en raconte.

Onirisme compris.

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Écoute au casque conseillée

Album Photos

https://photos.app.goo.gl/xZvzTzmTRRugVDQf6

Résidence audio paysagère accueillie Par Ramuncho Studio et Hang-Art à Luz-Saint-Sauveur (65)

Merci à Béatrice Darmagnac de m’avoir si gentiment guidé vers ces écoutes bouillonnantes

Points d’ouïe, des torrents de sons en cascades

Digital Camera

Suite de mes aventures auriculaires pyrénéennes.
Hier, explorations hydrologiques de la vallée du des Gaves et des alentours du Cirque de Gavarnie.
De l’eau à foison, des couleurs plein les yeux, du bouillonnement plein les oreilles, et un vent revigorant.
Grand merci à Béatrice, ma guide, qui m’a conduit le long de ces voies d’eau.
Ce territoire, autour de Luz-Saint-Sauveur est d’une richesse paysagère, sonore y compris, qui met les oreilles et les micros en liesse.
Des torrents qui, parfois quasiment étales, parfois impétueux, dont les flux viennent se briser avec fracas sur les écueils de roches, des éboulis chaotiques, ces versants de montagnes qui canalisent torrents et cascades, ne cessent de nous éblouir.
Au détour d’un virage, un spectacle aquatique des plus impressionnant qu’il m’ait été donné de voir, et d’entendre. La centrale hydroélectrique de Pranières fait un lâcher d’eau spectaculaire. Une bouche à flanc de montagne crache un volume d’eau incroyable, gigantesque vomissure blanche, écume dantesque, dans un bruit de tempête, qui va s’écraser dans le lit d’un torrent en contrebas. Difficile de décrire la scène, et même d’en enregistrer ce bruit blanc démesuré.
Tout au long de notre ascension, nous ferons des haltes, là où les rives permettent de s’approcher des eaux.
De torrents en cascades, toute une nuance de bouillonnements, glougloutis, clapotis, grondements, chuintements, du plus discret au plus invasif s’offrent à nos oreilles rafraîchies. De quoi à écrire une nouvelle Histoire d’eau, récit fluant de cette vallée.

Digital Camera


Le cadre visuel vient  apporter un contrepoint qui offre des points de vue à la hauteur des points d’ouïe, et vice et versa.
Ce voyage au fil de l’eau me laisse épuisé – champ sémantique adéquat – auditivement repu, mais Oh combien heureux de l’expérience sensorielle vécue.
Je sens qu’il reste encore à creuser le sujet, que d’autres scènes aquatiques sont à découvrir, explorer, ausculter.
Et que le travail d’écoute, de montage, de mise en récit va s’avérer aussi riche que difficile, devant la diversité de matière collectée, sonore et visuelle.
L’aventure ne fait que commencer.

Digital Camera

After City Sonic 2019​-​20 | Winter Sessions

Après l’édition 2019/2020 du festival City Sonic, impulsé par Transcultures, une sélection d’artistes ayant participé au festival est en ligne, écoutable sur Bandcamp.

Ce choix de créations audio démontre bien, s’il fut encore nécessaire de le faire, toute la diversité et la richesses des créations sonores contemporaines, activement défendues par City Sonic / Transcutures.

Remarquons au passage, la présence de Desartsonnants qui réécrit une cité sonifère d’après des extractions sonores de jour comme de nuit de Louvain La Neuve.

Cet album en ligne complète la compilation City Sonic Winter Sessions 2019-2020 (CD + download) sortie sur l’alter label Transonic en 2020 avec une autre sélection de pièces sonores réalisées par des artistes-chercheurs sonores d’esthétiques diverses qui ont participé (dans des installations, performances, projections, workshops…) à la seizième édition particulièrement étendue et exceptionnellement hivernale du festival des arts sonores City Sonic (initié par Transcultures – Belgique). Celle-ci s’est déroulée entre novembre 2019 et mars 2020 dans plusieurs villes du Brabant belge (Louvain-la-Neuve, Braine-L’Alleud, Bruxelles, Wavre) et a réuni près d’une centaine d’artistes qui ont proposé des œuvres créées ou réadaptées spécialement pour ce contexte transurbain.

Bonne écoute !

https://transonic-records.bandcamp.com/album/after-city-sonic-2019-20-winter-sessions?fbclid=IwAR1RTYhBMaW2yP2GG4quIyvtPqSn1p-IM8NkkYBsVjK7PpCCYvbRHz9BsNE

Un brin d’écoute

Installer et partager l’écoute
un brin de musique
de sonore
d’architecture
de poésie
d’urbanisme
de danse
de récits
de politique
d’arts en espace public
de parcours
d’expérimentation
de brassage
de théâtre
d’images
d’hybridation
de rencontres
de notes
de partage
de bonne humeur
d’écologie
d’écosophie
d’action
de recherche
de nomadisme
d’amitié (beaucoup)
d’imagination
d’humilité
de transmission
de persévérance
de militance
de rêve
de réalisme
d’utopie
d’ouverture
de doute
d’opportunité
de sérendipité
de plaisir
de résistance
de pas de côté
de curiosité
d’aménité
de tolérance
de réseau
de bienveillance
de folie
de sagesse
de philosophie
de sociabilité
d’espoir
de révolte
d’écritures polymorphes
d’incertitude
de fête
d’attente
d’espoir
d’engagement
d’errance
de probabilité
d’esthétique
de contextualité
de relationnel
et plus si affinité

Paysages sonores, comment ne pas tomber dans la routine écoutante ?

Cela fait maintenant longtemps
Longtemps que j’écoute
Longtemps que je marche
Longtemps que j’enregistre
Longtemps que j’installe des sons
Longtemps que j’en triture
Longtemps que j’en joue
Longtemps que j’écris autour du dit paysage sonore.
Donc le risque est bien là
Celui de s’encroûter
De s’endormir
De rouiller
De s’ennuyer
D’ennuyer
De tourner en rond
Ou en d’autres formes géométriques.
Innover n’est pas chose simple
Inventer encore moins.
Alors l’expérience aidant
Peut-être
Il faut que j’expérimente
Comme échappatoire inconditionnel.
Des choses pour moi inhabituelles.
Par exemple repérer un parcours d’écoute
Et surtout ne pas le suivre
Ou le prendre à l’envers, à rebrousse-poils d’oreille
À contre-sens
Enregistrer des sons
Et en utiliser d’autres
Utiliser un logiciel qui n’est pas prévu pour ce que je vais en faire
Une carte géographique qui n’est pas celle du lieu marchécouté
Un micro à contre emploi
Des sons que je déteste
Des lieux où je me sens mal
Des contraintes à la limite du paralysant
Faire avec ou tenter de, avec des gens qui ne croient pas au projet
Avec des dénigreurs patentés
Avec des détracteurs stimulants.
Se tracer un cheminement pour mieux s’y perdre.
Toujours remettre tout en cause.
Penser à des choses improbables, irréalisables
Les expérimenter malgré tout
Et voir ce que l’on peut en garder au final, même a minima
S’écrire des partitions que l’on ne jouera pas, ou de façon aléatoire
Avec beaucoup de dissonances, de fausses notes, d’erreurs assumées
Trop aléatoire pour qu’il en reste quelque chose de reconnaissable
Accueillir tout ce qui peut l’être, sons, ambiances, personnes
Changer de rythme, ne plus rechercher l’apaisement, le ralentissement, mais l’emballement, l’accélération
Varier les rythmes, alterner tensions et détentes, speed et zen
Ne pas focaliser, ne pas porter attention, laisser faire, laisser venir, sans volonté de contrôler quoique ce soit.
Privilégier l’informel, le non cadré, le non programmé
Chercher le dés-œuvrement, dans toute la polysémie/polyphonie du terme
Expérimenter les variations, les distorsions, du micro changement au chamboulement radical
Explorer les lieux les plus insolites, les postures physiques les plus saugrenues
Réitérer moult fois le même geste, le même parcours, jusqu’à en éprouver l’usure, la dégradation
Ne pas se donner de limites, de fenêtres spatio-temporelles, faire où et quand bon nous semble
Demander des sons à des cuisiniers, mécaniciens, barmen, et même à des musiciens
Ne pas avoir de projet et aller à l’instinct, à l’improviste, aller nulle part et partout à la fois
Imaginer et tester tous les brassages possibles, imprévus, inattendus, voire des plus anachroniques si ce n’est contre-nature
Faire confiance au hasard, le provoquer si nécessaire, rechercher l’aléas
Ne pas fuir l’inconfort
Faire comme si tout était inouï, jamais vu, jamais entendu
Être en capacité de surprendre, d’être surpris
Être en capacité de se surprendre soi-même

Rumeurs du jour, point d’ouïe de ma fenêtre

Un lundi matin, ciel assez clair, lumineux, entre trouées de bleu et floconnements de gris.

Températures plutôt douces pour un début février.

La fenêtre du salon est ouverte sur la rue, vers 10 heures du matin, pause thé.

Je m’y tiens, accoudé à la barrière, écoutant en guetteur de sons pour un instant.

Peu de circulation, vacances et Covid associés font entendre une ville plutôt calme.

Quelques voitures néanmoins, sporadiquement, traversent la scène d’écoute, mais sans vraiment la brusquer, avec un certain ménagement.

Et toujours, à toutes saisons, les pigeons roucouleurs, répétant inlassablement, de façon quasi identique, jusqu’à un certain agacement, la même phrase scandées en trois itérations obstinées.

Des passants, deux exactement, devisant, sortent de la boulangerie voisine. On saisit jusqu’au bruissement du papier enveloppant leur pain. Preuve s’il en fut d’une ambiance auriculaire plutôt apaisée.

J’aime laisser entrer des nappes sonores dans la maison, surtout lorsqu’elles se montrent raisonnables, ou raisonnées, comme aujourd’hui.

J’adore les capter les jours de marché, juste au bas de mes fenêtres, sur un long déroulé de trottoir.

Aujourd’hui, pas de marché, juste une ambiance qui ne fait pas de remous, qui ne s’agite pas outre mesure, qui laisse à l’oreille le temps de se poser, et à l’espace de se déployer.

C’est un point d’ouïe parmi d’autres, dans le quotidien du quartier.

Une courte sonnerie de cloches, hissées sur au sommet de leur tour de guet ajourée, à quelques encablures de ma fenêtre, vient secouer la torpeur ambiante. Ce marqueur spatio-temporel qui signe le paysage sonore alentours, je l’apprécie toujours autant, surtout dans ses grandes envolées de midi. Mélodies joyeuses sur quatre notes d’airain.

C’est maintenant un hélicoptère qui vient trouer l’espace sonore, vrombissant de toutes ses pâles, et traversant sans ménagement, est-ouest, le quartier.

Lorsqu’il a quitté ma zone auditive, son émergence laisse place à un retour au calme, comme une échelle-étalon de décibels posée ponctuellement, pour mesurer les dynamiques, les rapports signal/bruit, les fluctuations vibratoires qui se plient et déplient à mes oreilles curieuses.

Sans être jamais silence, ou bien alors silence relatif, le calme reprend le dessus.

Un chariot à commissions fait sonner les aspérités du trottoir. Il les révèle, les sonifie en quelque sorte. Il crée des rythmes en jouant sur les fissures, les micros anfractuosités, les rugosités de l’asphalte. C’est une sorte de lecture d’une carte sonore déroulée à nos pieds, que les roulettes déchiffrent à la volée, en fonction de leurs trajectoires impulsées par le piéton chauffeur. Telle l’aiguille d’un tourne-disque lisant les sillons d’un vinyle pour leurs donner de la voix.

Le passant tireur de chariot à commissions est une sorte de DJ urbain qui s’ignore. J’aime bien penser à cette image décalée, d’une forme d’orchestre éphémère, avec ses solistes et ses chœurs, jouant des partitions à même le trottoir, improvisant des musiques de ville même un brin bruitalistes.

Cela me rappelle une forme de parcours sonore-performance, avec des étudiants d’une école d’architecture et d’urbanisme de Mons (Be). Durant celui-ci, nous avions fait sonner la ville via les antiques pavés de son centre historique, en tirant des valises à roulettes entourant un public de marcheurs. Nous nous arrêtions brusquement, immobiles, pour jouer d’un effet de coupure assez radical, qui faisait alors se redéployer les sons momentanément masqués par les grondements de nos caisses de résonance mobiles improvisées. Nous écrivions et interprétions ainsi , in situ, un rythme de ville au gré des sols et des pas, arrêts compris.

Mais revenons à ma fenêtre.

Les grands absents du moment sont les bars, les deux débits de boissons tout près de chez moi, muets depuis quelque temps déjà, empêchés par les mesures sanitaires en vigueur. Un seul son vous manque et tout est dépeuplé. Et ce n’est pas ici une simple figure de style, mais un constat personnel de carences. La socialité urbaine, écoutable dans des ambiances conviviales, est fortement bridée par la fermeture de lieux de retrouvailles. Ce qui laisse un creux, sinon un vide, parfaitement décelable à l’oreille. En attendant un hypothétique retour à la normal.

Le calme n’est pas toujours havre de paix, il peut également marquer l’engourdissement, le musellement social, la privation de libertés dont on avait inconsciemment perdu la valeur intrinsèque, et que l’écoute nous rappelle.

Des enfants jouent sur la place voisine. Ballons, trottinettes, cris et autres et rires. Cette place, au cœur du quartier, couvre-feu aidant, n’a jamais été si peuplée d’enfants et de leurs parents, retrouvant par la force des choses une fonction sociale vitale. Si certains sons montrent une paupérisation sociétale, d’autres tendent à rééquilibrer l’ambiance et la vie au quotidien. Et là encore, l’oreille est bonne informatrice pour qui sait prendre le temps de l’écoute, et capter le pouls auriculaire d’un espace, y compris de nos lieux de vie qui nous racontent tant de choses.

La pause que je me suis accordée tirant à sa fin, mais était-ce vraiment une pause ou l’installation d’une énième écoute, d’un des innombrables points d’ouïe venant alimenter mon travail, je referme la fenêtre, mettant fin à cette écoute réflexive, qui a alimenté ce texte à la volée. Comme des cloches tintinnabulantes.

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible N°21 « ambiances et frottements »

Lieux : Tous les lieux, intérieur, extérieur, durée variable selon le parcours

Temporalité : Toute période, au cours d’un parcours, ou en spot

Public : Groupe de 2 à 20 personnes

Action : Le guide emmène les promeneurs en silence, parfois, il s’arrête, pose une enceinte amplifiée au sol, des musiques viennent se superposer, se frotter aux environnements sonores ambiants; à chaque halte, une musique, une ambiance différente est écoutée, créant différents climats, décalages, atmosphères aléatoires.

Paysages sonores, Points d’ouïe, recherche de lieux d’accueil et partenariats

Travaillant depuis de nombreuses années sur la question du paysage/territoire sonore, dans des approches esthétiques, environnementales, sociétales, écosophiques… je partage des expériences de terrain, comme des réflexions en chantier lors de séminaires, ateliers, groupes de travail, festivals, résidences…

Je questionne actuellement tout particulièrement la notion de « Point d’ouïe ». Point d’ouïe comme jalons de parcours sensibles, outil d’inventaire, postures performatives et sensibles d’écoute in situ, constituant essentiel à la construction de paysages sonores; à la valorisation de territoires sensibles… Je creuse ces approches en frottant la création sonore, sous diverses formes, à des recherches, notamment autour de l’aménagement du territoire à l’aune des bouleversements et risques climatiques.

Vous l’aurez sans doute compris, je cherche des relais, partenariats, lieux d’intervention, pour avancer et échanger, développer des actions autour de ces problématiques.

Si l’oreille vous en dit !

Quelques partenaires et lieux d’intervention :

PNR du Haut-Jura, Transcultures/City Sonic (Be), Pépinière Européenne de Création, Université Lyon 2, Paris 8, Paris 1, Grenoble-Alpes, Chambéry, Clermont-Ferrand-Auvergne… Agences d’Urbanisme de Corse et Bordeaux-Aquitaine, Santé Environnement Auvergne Rhône-Alpes, École Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon, Aciréne, École d’Arts de Chalon/Saône, Orléans, GMVL, École Supérieure de Design La Martinière-Diderot de Lyon, Centre culturel La ferme du Vinatier et CFMI de Lyon, France Culture et France Musique, RFI, BNF de Paris, Institut Français de Saint-Pétersbourg, Sousse, Tananarive, Bobo Dioulasso, Château de Goutelas, Festival DME à Seia (Portugal); Amichi de la Musica di Cagliari (Sardaigne), Alte Schmiede Kunsterverein (Wien, Autriche), Lieu Unique à Nantes, Gare au théâtre de Vitry/Seine, fondation de France, Centre d’Information du Bruit, Centre d’art GRAVE à Victoriaville et UQTR à Trois Rivière (Québec), Centre pénitentiaire des Baumettes et les Rudologistes Associés à Marseille, CRANE-Lab, Sonus Locus/IMERA de Marseille, CDMC et Cité de la Musique à Paris La Villette, Centre National de la Danse et CNR à Pantin, Saline Royale d’Arc-et-Senans, Festival Back To The Trees …

Écoutes in situ et concerts de paysages improvisés

Écoutes in situ et concerts de paysages improvisés, processus

– Arpenter le terrain, l’écouter, s’y immerger, emmener des promeneurs faire des PAS – Parcours Audio Sensibles
– Enregistrer, cueillir des sons, capter les singularités, les ambiances, les imprévus
– Photographier, recueillir de la matière visuelle, écrire, faire trace encore
– Triturer les images en sons, les sons en images, via des applications souvent détournées de leurs fonctions initiales
– Donner à ré-entendre, à re-voir, les territoires arpentés, écrire de nouveaux paysages sonores en concert, en live, les improviser pour ouvrir l’imaginaire à de nouvelles utopies acoustiques
– Si possible, retourner sur le terrain pour le frotter aux constructions de ces traces paysagères éphémères et dé-concertantes

Je recherche des lieux de résidence où travailler cette démarche, des complicités, avis aux intéressé-es potentiel-les

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible N°20 « géographie sonore oulipienne »

Lieux : Près de chez vous, ou loin, ou très loin, en ville…

Temporalité : Quand l’envie vous en prend, pour une durée indéterminée, ou déterminée

Publics : En solitaire ou en groupe

Actions : Se procurer une carte de la ville, ou suivre un itinéraire géolocalisé sur son smartphone
Se noter, au préalable, une liste de contraintes, ou de règles du jeu.
Exemple : Compter six rues à droite (ou à gauche), à l’intersection de la 6e, faites une arrêt écoute de 3 minutes (ou plus, ou moins), installez un point d’ouïe donc; puis prendre la rue à droite (ou à gauche) réitérez l’opération autant de fois que vous le souhaitez.
Arrêtez vous à tous les numéros de rue se terminant par le chiffre 6 (ou un autre de votre choix) écoutez, repartez…
Arrêtez vous à chaque croisement dont le nom de la rue de droite fait référence à un lieu, ville, région… (Rue de Paris, de Brest, de Provence, d’Italie…) Postez votre oreille.
Suivre une ligne de métro, ou de bus, arrêtez vous à chaque station pour effectuer un point d’ouïe de la durée de votre choix.
Inventez d’autres consignes de jeux, vous pouvez, à certains moments, les tirer au sort ou les faire choisir à l’aveugle par des membres du groupe.

Variantes : en forêt, comptez le 6e (ou un autre ième) arbre sur la gauche du chemin…
Inventez des variantes selon la géographie locale.

Bonne année de ma fenêtre

Passage en 2021, sous couvre-feu sanitaire.

Mon repas de la Saint-Sylvestre s’étant terminé à 21H00 tapantes, suivi d’un Fellini, vers lequel je reviens régulièrement, j’ai re-tendu ce soir mes micros aux fenêtres. Ça ne m’était plus arrivé depuis le premier confinement. J’ai tenté de capter la montée jourdelanesque jusqu’à minuit sonnant, même un peu avant, voire un peu après, sur fond de pluie. Presque sans aucune voitures, ambiance inhabituelle en ces circonstances où ordinairement, les klaxons font partie de la liesse. Les pétards étaient bien là, eux. Étrange ambiance festive, où les fenêtres se sont ouvertes, bonne année, d’un bout à l’autre de la rue, sur fond de pluie. Promis, je vous ferai entendre, sur fond de pluie.

En fait, voici les sons que j’ai maintenant fixés, et quelques mots les contextualisant.

Fellini sur mon ordi annonce peut-être la fête, mais une bien étrange fête, aux accents de Cabiria, entre joie et désespoir, noirceur et espérance, magnifique film que je viens de re-revoir. Avec l’ambiance installée par les sublimes musiques de Nino Rota. Mais revenons à notre fête à nous, la Saint Sylvestre, à Lyon, à ma fenêtre, ce soir, entre le 31 décembre 2020 et le 1er Janvier 2021.

À l’arrière de chez moi, dans un cœur d’ilot, des voix, chants, des musiques, bribes fêtes lointaines, mais néanmoins fêtes, dons les traces audibles s’échappent des fenêtres.

L’heure approche, je passe à l’avant, côté rue. La pluie se fait maintenant nettement entendre, drue sur l’asphalte. Minuit, passage-changement, une année s’en va, chaotique, une autre lui succède, incertaine elle aussi. Peu à peu, des fenêtres s’ouvrent, des voix, des vœux, à distance, mais personne dehors. Des pétarades, au loin, scandent la fête, font sonner les reliefs, les collines entourant le quartier par des échos réverbérés qui balisent l’espace de notre scène d’écoute. Puis, tout va progressivement s’apaiser. Un SDF poussant un chariot bringuebalant et capricieux passe, monologuant avec lui-même, seule présence physique à être outdoor. Il souligne un peu plus l’étrangeté de cette fête distanciée. Pas de rassemblements publics, chaque groupe communique par fenêtre interposée.

Cette scène à ma fenêtre, sous couvre-feu, vient compléter logiquement les rituels de 20h00 du premier confinement, faisant suite à cette trace auriculaire de crise sanitaire qui n’en finit pas de finir.

https://archive.org/details/fav-desartsonnants

Et il pleut toujours.

Une année s’égoutte, ce soir, à ma fenêtre, et un iota de celle-ci s’écoute, et s’en va à vau-l’eau.

2021 balbutiant en écoute

Paysage sonore qui est-tu ?

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Depuis de nombreuses années, je me bats avec la notion de paysage sonore. Qu’est-il ? Que n’est-il pas ? Est-il vraiment ? Pendant longtemps, je l’ai approché comme un objet esthétique, un objet qui serait en quelque sorte digne d’intérêt, donc digne d’écoute. Je l’ai également considéré comme un marqueur environnemental, écologique, qui nous alerterait sur des problèmes de saturations, de pollution, de déséquilibres acoustiques, comme de paupérisation et de disparition. Aujourd’hui, son approche sociétale a tendance à prendre le pas dans ma démarche, sans toutefois renoncer aux premières problématiques. Mon projet questionne de plus en plus la façon d’installer l’écoute, plus que le son lui-même. Comment l’écoute du paysage sonore, son appréhension, son écriture, contribuent t-elles à nous relier un peu plus au monde, à une chose politique, au sens de repenser la cité, l’espace public, la Res publica, à l’aune de leurs milieux auriculaires ? Comment cette écoute s’adresse, même modestement, aux écoutants et écoutantes de bonne volonté, quels qu’ils ou elles soient ? Comment le paysage sonore peut-il s’alimenter, trouver ses sources, dans le terreau d’une série d’écoutes installées, y compris dans leur mobilité, partagées et engagées ?

PAS – Parcours Audio Sensible au Vinatier

Un atelier autour paysage sonore au Vinatier, immense hôpital psychiatrique de Lyon Bron.
Des balades, des sons, des voix. Mon guide N. me raconte ses relations au lieu.
Tranches de ville, tranches de vie.

Projet mixte avec :
Raphael Cordray Microphone Porter la parole https://lnkd.in/dkcpEmK
Le centre culturel la Ferme du Vinatier https://lnkd.in/dhctyGU
Le CFMI de Lyon https://lnkd.in/d8s_-eC
Le centre hospitalier du Vinatier https://lnkd.in/ddFybev

En écoute

Points d’ouïe aquatiques à Voiron

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A l’invitation de l’artiste Christine Goyard présentant une exposition photos autour de l’eau «De passage »  à l’espace d’art contemporain « La théorie des espaces courbes », à Voiron (38), j’ai créé une ambiance sonore composée à partir d’un collectage de sons de différents pays (France, Portugal, Suisse, Russie, Belgique, Madagascar…).

An fil des ans et des ondes, l’eau fait partie des éléments sonores récurrents dans mes parcours, de ceux que je croise régulièrement, et sans doute de ceux que je recherche avec une certain appétit pour ses ambiances liquides, où que je sois.

De plus, nous avons pensé à parcourir la ville, le temps d’une promenade, à l’écoute de l’eau, de fontaines en rivières.
Et il se trouve que Voiron, pour le plaisir et le rafraichissement de nos oreilles, est une ville sympathiquement bouillonnante, multipliant au fil des places et des rues, fontaines et points d’écoute sur la Morge, rivière urbaine qui parcours le centre ville.

C’est un des rares PAS – Parcours Audio Sensibles qu’il m’ait été donné de faire depuis mars, crise sanitaire oblige, et en plus, il faisait très beau !

Nous avons surplombé la rivière, visible ou non, mais toujours audible.
Nous l’avons longée.
Nous l’avons quittée et retrouvée dans divers spots urbains.
Nous avons zigzagué de fontaines en fontaines.
Nous avons tourné autour.
Dans un sens et dans l’autre.
Nous avons mixé les sons d’eau à ceux de la ville, des voix, des voitures.
Nous en avons ouïe des monumentales, des discrètes, des sereines, des majestueuses, des chuintantes, des tintinnabulantes, des glougloutantes.
Nous sommes passés de l’une à l’autre, avec les trames sonores urbaines en toile de fond, ou en émergence, selon la progression.

Une ville irriguée de nombreux points d’eau, donc aussi points d’ouïe, qui tissent une trame bleue et bouillonnante, est une ville tonifiée, dynamisée par la présence aquatique.
Les montagnes alentours rendent cette impression de tonicité encore plus vivace, pour le plus grand plaisir des promeneurs écoutants de ce jour.

@crédit photos Christine Goyard

Les sons de l’expo

Points d’ouïe et paysages sonores du Vinatier

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Paysage sonore à portée d’oreilles

Centre hospitalier psychiatrique de Lyon Bron

PAS – Parcours Audio Sensibles, points d‘ouïe et field recordings

Nous avons entamé récemment, avec Microphone, Porter la parole, un travail croisé entre le CFMI de Lyon, avec Masters PMTDL (Pratiques Musicales, Transmission et Développement Local) et des publics de la Ferme du Vinatier, structure culturelle du centre psychiatrique au sein duquel sont hébergées ces deux organismes.

L’idée initiale est de travaille autour du paysage sonore, ou plutôt des paysages sonores de cet immense territoire.

L’intention

Après une « traversée » printanière singulière, qui a profondément questionné nos rapports à l’espace, au temps, à l’écoute, nous pouvons envisager de parcourir le territoire du Vinatier, ses seuils, ses limites, ses environs extérieurs comme un terrain d’exploration, à redécouvrir par les oreilles.

Questionnons par l’écoute ce vaste espace enclos, ville dans la ville, morcelé en une quantité de sous-espaces de différentes tailles, plus ou moins refermés.

Comment cette organisation géographique, architecturale, fonctionnelle, mais aussi sociale, sociétale, tisse et impacte des lieux de vie, de travail, de loisir, de soin… ?

Posons tout d’abord quelques questions pour tenter de mieux cerner et problématiser notre projet.

Comment percevoir par l’oreille, par l’arpentage des lieux, la marche d’écoute, les relations dedans/dehors, les incidences de l’aménagement de ces espaces gigognes, de la vie qui s’y déroule ?

Quelles sont les signatures sonores, les singularités, trivialités, récurrences, choses communes, qui font sens, voire permettent de construire un paysage sonore, par une série de marqueurs acoustiques ? Repérer des acoustiques, des sources de différents types, des activités, des ambiances…

Quelles sont les interactions, inter-relations entres les usagers, patients, professionnels, visiteurs… et comment se révèlent-elles à l’écoute ?

Quelles sont les barrières et porosités entre les espaces, les dedans/dehors, le Vinatier et la ville, le quartier, les espaces ouverts/fermés, et comment les sons, marqueurs du vivant, circulent-ils, ou non, d’intérieurs en extérieurs ? Notions de passages, de transitions, de superpositions, de fondus, de coupures… que l’on retrouve dans la vie quotidienne comme, par une pensée métaphorique, dans l‘écriture sonore et la composition musicale.

Quelles formes de contraintes, de limites, de restrictions de liberté, plus ou moins associées à des lieux d’enfermement, peuvent se ressentir, se percevoir, voire s’entendre ?

Les rendus projetés

Deux formes de restitutions sont envisagées pour rendre compte du travail mené in situ.

Une d‘entre elle consiste à glaner, ici où là, à l’intérieur du centre hospitalier, des sources/échantillons sonores qui pourraient à terme, caractériser le lieu, ses espaces et fonctions spécifiques (soins, loisirs, culture, nature, enseignement…).

Ces sons captés seront ensuite retravaillés, mixés, agencés, via un logiciel de traitement audionumérique, pour composer différents paysages sonores. Le Vinatier vu, perçu, parfois imaginé, à travers les oreilles d’étudiants et de publics qui travaillent concert. Les espaces, interstices, limites, seuils, dedans-dehors, reconstruits en différents « tableaux » auriculaires qui seront présentés publiquement en fin de parcours lors d’un concert électroacoustique.

L’autre forme est d’écrire littéralement, de tracer un parcours d’écoute physique, matériel, qui embarquera un public en l’invitant à écouter in situ les ambiances du site, à les plonger dans une posture d’écoutants, à l’affut des ambiances et scènes sonores du parc, avant que de les amener dans un autre espaces d’écoute, recomposé celui-ci comme un concert de musique des lieux. Donc vers la première forme que j’ai présentée ci-avant.

Les premiers PAS, déambulation(s) à oreilles nues

Une première séance a consisté, comme à mon habitude, à nous promener dans l’enceinte de l’établissement, parcourant sous-bois, lisières, chemins et routes, entrant dans la chapelle, cherchant les limites, les passages, les transitions, à grand renfort d‘écoutes.

Participants, 7 étudiants, deux participants publics de la Ferme, l’animateur de l’atelier, une chargée de projets artistiques de la Ferme.

Nous avons testé moult postures de groupe ou individuelles, yeux fermés, immobiles, en mouvement, discuté des ressentis, des effets acoustiques, d’un vocabulaire commun concernant l’écoute et le paysage, des notions d’esthétique et d’écologie, de sociabilité, de marqueurs sonores… Bref un cheminement autour d‘expériences physiques associées à un vocabulaire, en même temps qu’une première reconnaissance des lieux et de leurs ambiances acoustiques.

L’immersion nécessaire pour saisir les spécificités d’un lieu passe par un arpentage, touts oreilles ouvertes, sinon agrandies.

Ainsi c’est dessiné une première ébauche sonore, faite de multiples sources, ambiances, scènes, objets, textures et matières, qui, mis bout à bout, construisent un paysage sonore naissant.

Pas dans les graviers,

dans l’herbe,

vent dans les feuillages,

frontière entre parc et rue circulante à l’extérieur,

portail grinçant

trams aux sonorités sifflantes en extérieur,

voix croisées,

voix du groupe,

véhicules de service,

réverbération de la chapelle et jeux vocaux,

portail de l’entrée principale,

cône de chantier porte-voix

tondeuse,

oiseaux,

chèvres, muettes

froissements de vêtements,

consignes sanitaires Covid,

arbre grotte boite à vent (immense hêtre pleureur)…

Inventaire à la Prévert non exhaustif.

Ambiances et saillances, rumeurs et détails, le Vinatier se dévoile peu à peu à nos oreilles étonnées.

Devant son étendue, l’immensité du site, 122 hectares, nous choisirons une zone, suffisamment grande et riche en diversités de tous genres (bâtiments, végétations, abords et lisières, activités…) mais géographiquement circonscrite pour ne pas trop se perdre et risquer de noyer les actions dans un espace trop conséquent à maîtriser durant le temps dont nous disposons.

Les PAS suivants, à la cueillette des sons

La deuxième séance est à nouveau une déambulation, mais cette fois-ci l’enregistreur et ses micros viendront relayer nos oreilles, même si, bien sûr, ces dernières resteront les « captureuses » primordiales des ambiances et que ce sont elles qui guideront de prime abord les captations. Me concernant, il est évident que la technologie, si pointue et efficace soit-elle, reste au service du collectage sonore dans le cas présent, et surtout de la sensibilité, du discours, de celui qui cogite et agit sur le terrain.

Petite explication sur les modalités de la prise de sons, des trucs et astuces, le fonctionnement des enregistreurs numériques, les choix de sonorités…

Et nous voila donc repartis sur le terrain, cette fois-ci en petits groupes de deux étudiants et de publics de la Ferme.

Ayant encore dans la tête les ambiances de la semaine précédente, nous tendons les micros en même que les oreilles sur les ambiances, les acoustiques, les événements imprévus, faisons sonner et résonner la chapelle, captons des paroles… Bref, construisons un premier aperçu du territoire par les oreilles, une ébauche de parcours, jalonné de spécificités acoustiques locales, de signature sonores, et d’ambiances génériques.

L’idée étant de comprendre comment un paysage sonore se construit, se représente, se partage…

De retour en salle, nous effectuons quelques écoutes critiques de nos collectages.

Qu’est-ce qui marche bien, moins bien, ou dysfonctionne… ?

Qu’est-ce qui est utilisable, les choix et le dérushage, perfectible ?

Quelles premières pistes, axes de travail, peuvent donner ces prises de sons, idées de scénari… ?

On a déjà une sympathique cueillette sonore comme matière à retravailler, à composer…

La semaine suivante aurait du être consacrée à des écoutes critiques sur la thématique du paysage sonore. Paysages sonores plus ou moins « naturels », figuratifs, mais aussi sages ou folles extrapolations d’artistes sonores, compositeurs, jusqu’aux approches « expérimentales » vers des « abstractions paysagères.

Las, Dame Covid vient casser la dynamique en nous ré-enfermant at home, et en re-distanciant l’enseignement supérieur.

Affaire à suivre, plus tard, selon…

Écouter

Lien album photos : ICI

Rien ne presse, ou presque

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Aller
on va crapahuter la ville
sans se presser
on va s’y détendre l’oreille
on va y marcher sirènement
à l’appel d’un grand large urbanique
hola, doucement j’ai dit
plus lentement
bien plus lentement
qui va lento va sono
ou plutôt qui va lento va audio
alors moins vite STP
elle nous va attendre la ville
et puis on s’en fout si on rate des choses
il s’en passera toujours bien d’autres
on prend le temps de faire
on prends le temps de défaire
on prends le temps de parfaire
on prends le temps de refaire
un ou des théâtres sonores in progress
chantier d’écoute en cours
on s’ébroue dans la lente heure
on s’ébruite comme dans un flux continuum
on s’étire l’oreille gentiment augmentée par notre seule attention
care audio ou audio care
doucement les basses
molo les aigus
du calme les médiums
on joue sur tous les tons
ou presque
tessiture étendue et néanmoins apaisée
on joue dans les heures creuses
côtoyant le calme à fleur de pied
en le recherchant si besoin est
en le privilégiant quiètement
on joue dans les recoins que le vacarme ignore
on joue dans les ilots que la rumeur évite
on joue dans les oasis où tinte l’eau gouttante
on joue dans les refuges camouflés et étanches au tintamarre
on se planque à l’affut du moindre bruit qui coure
on cherche la surprise du presque rien roi du silence
on avance à l’oreille-boussole audio-aimantée
quitte à se perdre pour une ouïe pour un non
hypothèses de vespéralités et d’heures bleues
d’aubades en sérénades surannées
dans une ville qui nous susurre
de ses mille anfractuosités sonnantes
des chuchotements ou des cris derrière ses murs
de l’intimité volée en voyécouteur
des frémissements végétaux
qui plissent et déplissent l’espace acoustique
des fontaines qui pleurent comme il se doit
mais je n’insisterai pas encore ici
sur les pesanteurs morbides et plombantes
d’un silence par trop silence
préférant glaner des friandises sonores
les extraire de leur gangue potentiellement bruyante
si ce n’est assourdissante
les poser comme un souffle tout contre l’oreille
notre oreille
nos oreilles
tout contre ton oreille aussi
je t’offre des sonorités toutes fraiches si tu veux
tirées de gisements et d’extractions audiorifères
celles que l’on creuse et où l’on recueille sans rien excaver
sans meurtrir le milieu en bruitalités stressantes
sans laisser de violentes cicatrices soniques
comme ceux qui strient et défigurent parfois la ville de pièges à sons
juste en accueillant dans nos pavillons sidérés et bienveillants
des bribes de mondes en délicates boules de sons
que l’on pétrira de mille sonorités amènes
pour s’en faire une histoire à portée d’oreilles
une histoire que je pense à remodeler sans cesse
dans une polysonie complexement contrapuntique
modulations à tue-tête ou chuchotements mezzo voce
et dans toutes les nuances et subtilités entre-deux
un concert déconcertant par sa trivialité pourtant tissée d’in-entendu
qui fait de nous des ravis béats auditeurs auditant
alors allons y tout doucement
très doucement si tu veux
adagio adagietto rallentendo
ralentissons encore cette marche de concert
presque jusqu’à l’immobilité du point d’ouïe
qui nous livre la bande passante de la ville ébruitée
quitte à la recomposer sans cesse
à la recomposer de toute pièce
mais ne sommes-nous pas là pour ça
compositeurs d’audio-urbanités
agenceurs de slow listenings
et au final de paysages sonores pour qui
dans l’idéal
rien ne presserait
ou presque
sauf l’urgence d’en préserver les aménités
et d’en inventer d’autres.

Le 29/10/2020 à Lyon
Sans avoir anticiper le confinement #2

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible, partition n°10 « Penser, dire, lire »

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Lecture

Lieu :  En ville, en campagne, ailleurs


Temporalité :  A votre choix


Participant (s): En petit groupe


Spécificité : Une marchécoute dans la pensée d’auteurs

Actions
Préparez un parcours, ou partez à l’aventure
Déambulez en silence, pour laisser s’installer l’écoute
Dans votre sac, des textes, des livres, des citations, parlant de la marche, de l’écoute, de l’écologie… Textes de philosophes, écrivains, aménageurs…
Adaptez le choix des textes aux participants, surtout s’il y a de jeunes enfants
Au cours de haltes, un instant d’écoute immobile puis, des lectures, contextualisées ou non
Faits des lectures sur différents points d’ouïe
Ménagez un temps de libre expression au terme du parcours

Remarques
Il s’agit de frotter la parole, l’idée, la pensée, au lieu, à la déambulation, au groupe.
Chaque trajet d’un point à un autre est marqué d’une pensée qui va animer, stimuler la marche de réflexions multiples, donner aux espaces-temps traversés une coloration mentale singulière.

Quelques auteurs pressentis (non exhaustif)
Jean-Jacques Rousseau, Henry-David Thoreau, Francesco Careri, Walter Benjamin, Leslie Stephen, Philippe Robert, Pierre Sansot, Guy Debord, Thierry Paquot…

Variante                                                                                                                                     
Demandez aux participants d’amener des textes, voire proposez leurs de les lire publiquement

Point d’ouïe, auprès de mon arbre

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« Auprès de mon arbre je vivais heureux… » Georges Brassens

Plaisirs arborés

Depuis longtemps, je côtoie la gente sylvestre. Mes parents y marchaient longuement, cabanes et champignons. Mes grands-parents avaient une ferme au milieu des bois. Je suis né dans une région où l’exploitation forestière est une activité centrale, deux de mes oncles étaient bûcherons. J’ai fait des études d’horticulteur paysagiste. Et plus que jamais, je promène mes oreilles au gré des troncs et branchages, posant une oreille bienveillante sur les forêts rafraichissantes et les vieux arbres séculaires, dont ceux qui résistent encore à l’urbanisation bétonnante.

Bref, je parlerai ici de paysages sonores arborés, ou bien des arbres sonores, sonnants, auscultés…

« Auprès de mon arbre j’écoutais, et j’écoute heureux… ». Dans ce monde bruitaliste, l’adaptation de cette phrase, citée en exergue, et surtout sa mise en œuvre, peut nous faire le plus grand bien.

« Comme un arbre dans la ville » Maxime Le Forestier 1972

 

Dans un souffle, ou une tempête

Tout commence par une brise légère, un doux zéphyr qui caresse les branches et fait frissonner les feuillages. Ça bruisse, comme des chuchotements aériens. Parfois, ça grince, bois contre bois. Écoutez le peuplier tremble (Populus trémula) le bien nommé, qui chante sous le vent. Mais aussi le saule ou le roseau. Et plein d‘espèces dont le frisson diffère selon les vents et essences. L’arbre est parfois le révélateur du vent, celui qui lui donne corps en lui opposant une résistance audible. Parfois, sous un coup d’orage capricieux et imprévisible, les arbres se crispent, ploient, gémissent, résistent quittent à y laisser des plumes vertes, et parfois hélas, ils s‘écroulent terrassés dans de tristes fracas.

Parfois c’est de la main de l’homme, qu’ils sont abattus sans ménagement, dans le cris de tronçonneuses hurlantes ou de gigantesques machines aux bras coupants. Fracas toujours.

Verts ressourcements

Mais ils leurs arrivent de finir leur histoire séculaire après des siècles, voire des millénaires pour certains, ayant abrité de leur ombre bienveillante, et bercé de leurs murmures boisés moult promeneurs ou travailleurs fatigués. Ressourcement végétal.

Langage(s)

Prendre langue avec un arbre n’est pas langue de bois, tant s’en faut.

Si l’arbre pouvait parler (notre langage et d’autres encore) combien d’histoires fabuleuses nous raconterait-il, à fleur de nos tiges vertes étonnées. Mais on peut toujours les imaginer. Untel a vu de grandes révoltes, des hommes qui firent (ou défirent) l’histoire, l’arrivée des automobiles, de la ville qui les entoure maintenant, du temps qui passe, pour le meilleur et pour le pire…

Arbres à palabres, là où on se rassemble, où la société fait corps, où la parole circule, des histoires, des mythes, des contes, et de la vie politique du village. Un gros brin de sagesse fertile qui puise sa sève vive dans le terroir des vies, des hommes, des animaux, de la terre et du ciel… Et n’empêche pas hélas, les guerres tribales, ou autres.

Oasis et vertes allées soniques

Un parc, un bosquet ou une forêt urbaine, rien de tel pour se mettre au vert (physiquement) et se rafraichir les écoutilles, dites aussi les feuilles. Tout d’abord, la gente avicole s’y complait, et vient y faire ses vocalises perchées, ce qui est toujours plus agréable que le brouhaha des voitures toussantes et pétaradantes. Plantez des sorbiers des oiseaux (Sorbus aucuparia), eux-aussi bien nommés, et vous ne tarderez pas à voir et à entendre moult oiseaux faire une halte sur ce bel arbre, tout en légèreté qui plus est, ce qui ne gâche rien.

Toutes les allées de grands parcs, avec leurs alignements solennels d’arbres – le platane y règne souvent en maitre, parfois conduisant à de fastueuses demeures, sont des abris à sons oiseleurs, et non pas oiseaux-leurres.

Je pense ici à une forme d’installation sonore acoustique, végétale, pour le peu véritablement écologique. De quoi à garder l’oreille verte, voire même l’oreille ouverte.

Dans les aménagements urbains, ont pourrait parler d’écran acoustiques, phoniques autant que fauniques.

Et puis les arbres et grands arbustes constituent aussi ce que je nomme des oasis sonores. Espaces intimes, à l’écart des voitures, espaces de fraicheur, ilots de quiétude, où l’on peut converser sans hausser la voix, sans s’égosiller pour passer au-dessus de la rumeur urbaine. On en trouve aujourd’hui dans les parcs urbains, même de tailles modestes, et dans l’aménagement de trames vertes, parfois suivant les rives d‘une rivière ou d’un fleuve. Certaines places végétalisées offrent des belvédères (littéralement belles vues) en promontoires, qui déroulent la ville tel un plan-maquette sous notre regard, et qui peuvent aussi se révéler de beaux points d’ouïe. Quand la vue et l’audition sont privilégiées, et que la végétation nous fait échapper aux ardeurs du soleil, du reste de plus en plus ardent, ne boudons pas notre plaisir, et profitons en de tous les sens convoqués.

Ausculter, vers le cœur des arbres

Lorsque nous faisons plus qu’écouter le vent et les oiseaux dans les arbres, et que nous approchons notre oreille plus près, très près, jusqu’à la coller au tronc, à l’écorce. Geste empathique, intime s’il en fut. Et bien, grande déception, nous n’entendons rien. Point de battements du cœur des arbres, ni de circulation de sève… Sauf parfois, sur des bouleaux à l’écorce aussi fine qu’une feuille de papier, au printemps, dans un environnement calme, et sur des sujets pas trop volumineux, nous permet effectivement d’entendre les flux de sève au cœur de l’arbre. Et mieux encore si on est équipé d’un stéthoscope médical, objet loupe amplifiant les sons entendus, qu du reste j’utilise très souvent dans mes PAS – Parcours Audio Sensibles. Comme l’écoute de la sève est finalement compliquée et requiers une série de conditions très rarement réunies, je vais orienter autrement une écoute intime avec l’arbre, ses branchages, son feuillage, comme un geste actif, consistant à caresser lentement les matières végétales de la membrane d’un stéthoscope, pour en créer une musique assez surprenante. Des craquellements, petites percussions, frôlements, raclements… Il est en fait assez difficile de décrire ces expérimentations sonores, qui varient selon les matières explorées et les gestes auscultatoires des écoutants manipulateurs. Le lien de la vidéo ci-après donne un aperçu, même s’il y a, pour les besoin de l’installation dans un centre d‘arts, quelques effets rajoutés.

https://www.youtube.com/watch?v=5_SB8pyp5SE

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PAS – Parcours Audio Sensible desartsonnants – Grand Parc de Miribel Jonage – Armée du Salut de Lyon

Les amis artistes de Scénocosmes ont conçu une belle installation sonore, discrète, intimiste, mais très poétique, où ils proposent de coller notre oreille au tronc d’un arbre pour en écouter le cœur battre. Pulsations, c’est le nom de cette installation provoque un effet magique, apaisant comme le ronronnement d’un chat sur nos genoux, et qui nous met physiquement en contact avec l’arbre.

Qui n’a jamais éprouvé le besoin d’enlacer un tronc, d’en puiser l’énergie de sa sève circulante, ou de partager la force tranquille de ces colonnes végétales parfois séculaires.

kalé

@Scénocosme

 

Murmures de micro-forêts

L’artiste plasticienne, et sonore, Cécile Beau nous propose de tendre l’oreille vers une micro-forêt, maquette et condensé végétal qui bruissonne doucement. Cette installation sylvestre, au doux nom de Suma, nous fait tendre le regard et l’oreille vers ces espaces recomposés, comme par la main d’un paysagiste qui nous tendrait une loupe pour entrer dans la forêt par le petit bout de la lorgnette, et de l’oreillette, dans un monde à l’échelle décalé et poétique. Peut-être y verra t-on aussi une métaphore de la main-mise humaine, via des asservissements végétaux façon bonsaïs.

https://www.cecilebeau.com/suma/

micro f

 

Sonner et faire chanter les arbres

Du plus simple geste, caresser le feuillage d’un arbre contre son oreille pour en écouter le chant intime, jusqu’à l’appareillage hyper technique, l’arbre se prête, notamment par sa morphologie accueillante, à moult expériences sonores et auditives.

Au-delà de ces bruissements sous les caresses d’Éole, on peut lui suspendre quelques objets, eux-aussi qualifiés d’éoliens, justement parce qu’il font chanter, sonner, carillonner, tintinnabuler, brises et zéphyrs, tramontane ou vent d’autan. J’aime d’ailleurs beaucoup suspendre, de façon éphémère pour ne pas abuser des sons, quelques carillons éoliens, souvent artisanaux, ici ou là, au branchage de géants verts, qui semblent apprécier ces sons cristallins. Pointillisme ou guide sonore dans un chemin d’écoute, en priant Dieu qu’il fit du vent (emprunt à Georges Brassens «L’eau de la claire fontaine»), même, et surtout un vent très léger.

L’arbre et le vent sont de vieux complices en ce qui concerne la musique des lieux.

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Carillons éoliens, Parcours sonores à Lausanne (Ch) Journées des Alternatives urbaines 2015

Autres façons de faire sonner une clairières, ou des arbres soulignant le tracé d’une allée ombragée, se servir des végétaux comme support d’installation sonore, tout en gardant un propos contextuel, voire en étroite relation avec le site, son histoire…

Je pendrai ici deux exemples auxquels j’ai activement participé.

Le premier concerne une installation sonore collaborative à la Saline Royale d’Arc-et-Senans, magnifique site architectural de claude Nicolas Ledoux. Cinq artistes, Aurélien Bertini, Ben Farey, Corsin Vogel, Pierre-Laurent Cassière et Gilles Malatray, aka Desartsonnants, auteur de ces lignes, se sont rassemblés à l’invitation de Lionel Viard, pour faire chanter une allée de tilleuls à l’arrière des jardins. Notons que l’installation a été dédié en hommage à l’artiste Étienne Bultingaire, disparu prématurément alors qu’il devait faire partie de l’équipe. Un Dispositif de diffusion sonore multicanal de 36 haut-parleurs nichés dans les arbres, sur une longueur de 200m a été créé de toutes pièces pour l’occasion, par le collectif 3615 Senor. Les Échos de la Saline, nom du projet puise essentiellement les sources sonores dans les ambiances environnantes, pour les retravailler, collaborativement ou individuellement, dans différents modes de diffusions. Ce dispositif fait voyager les sons tout au long de l’allée, dans une ambiance immersive, intime très mobile, pensée à l’échelle du lieu. Ce projet qui devait s’installer de façon pérenne dans le site, pour notamment accueillir des artistes dans des résidences d’écriture sonore, a été hélas, pour différents raisons, abandonné sans connaitre vraiment le développement escompté.

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Le deuxième exemple est un autre installation sonore perchée dans les arbres, d’où son nom de Canopée. Elle a mêlé sons et graphismes, avec l’artiste plasticienne et graphiste Sterenn Marchand-Plantec, dans une clairière du parc du château Buffon à Montbard (21).

La partie sonore était composée de chants d’oiseaux imaginaires, sons tricotés à partir de vraies sonorités avicoles triturées, où l’oreille pouvait parfois hésiter entre le réel et l’imaginaire. Hommage sonore à Buffon dessinateur naturaliste, mais aussi à Daubenton, autre célèbre naturaliste spécialiste de la dissection avec qui Buffon œuvra.

Durant presque quatre mois, jours et nuits, ces oiseaux-leurres chantèrent, perchés dans des arbres, avec une diffusion en mode aléatoire à partir de décalages de boucles sonores asynchrones. Les sonorités étaient très douces, perceptibles uniquement dans la clairière, sous des systèmes de douches. Elles incitaient à tendre l’oreille vers des oiseaux factices, mais en même temps sur l’environnement global et sur les vrais oiseaux qui cohabitèrent d’ailleurs joyeusement avec ces miroirs sonores installés. Comme souvent, une façon d’engager un dialogue avec la fragilité des espaces naturels, et ce que l’oreille nous en raconte, avec message en sous-jacent, la nécessité de protéger des espaces naturels, boisés, et habités d’une faune de plus en plus menacée.

Parallèlement, des PAS – Parcours Audio Sensibles furent organisés, ainsi que l’inauguration officielle de deux Points d‘ouïe.

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Canopée, Par Buffon à Monbard, Desartsonnnants et Steren Marchand Plantec – Musée Buffon, Ville de Montbard, CRANE-Lab

Les arbres qui chantent

Les Arbrassons de l’ami José le Piez sont, pour ceux qui les découvrent pour la première fois, une très belle surprise, tant pour les yeux que pour les oreilles, et les mains. José est un esthète, un artiste perceptuel qui met le corps en relation directe, sensible, avec son environnement. Élagueur, cueilleur de graines, sculpteur de sons et d’arbres, les deux étant ici indissociables, musicien plasticien, l’artiste installe des sculptures instruments taillées dans des tronc d’arbres. Arbres morts ou abattus pour d’autres raisons que pour la sculpture bien sûr. Il manie la tronçonneuse comme le burin, taille, polit, strie, encoche, et ses Arbrassons ainsi façonnés chantent de la plus belle des façons sous la caresse de nos mains humides. Une mélodie sylvestre envoûtante, entre douce plainte et chant de sirènes que l’on fait naitre de nos caresses, belle communication entre l’arbre et l’humain qui prolonge la vie végétal en lui donnant de la voix, dans un contact physique très sensoriel, intime, affectif. L’artiste sculpte, installe, donne des concerts avec d’autres amis musiciens, dont Benat Achiary, merveilleux chanteur improvisateur basque, lui aussi un très belle personnalité. Vous l’aurez sans doute compris, je suis un grand admirateur du travail de José, et apprécie beaucoup la profonde humanité de cet ami que j’ai à chaque fois un grand plaisir à croiser, généralement en forêt.

https://www.youtube.com/watch?v=bTcmDvVmqYk

josé

 

Retour aux arbres

Je parlerai ici d’une rencontre forestière qui me tient tout particulièrement à cœur, que je suis, et à laquelle participe, depuis sa toute première édition bisontine. Il s’agit de Back To The Trees, rassemblement autour de l’arbre d’artistes, qu’ils soient gens du son, de l’image, du théâtre, des arts plastiques, graphiques, de la danse, du conte, mais aussi philosophes, forestiers, chercheurs et autres passionnés par la sylve. Beaucoup auront sans doute reconnu l’origine de ce titre, référence explicite au célèbre roman « Pourquoi j’ai mangé mon père » de Roy Lewis, fable préhistorique et déjà prônant, avec un humour ravageur, l’esprit de la décroissance – revivre comme des singes.

Bref, né dans des forêt du Doubs, sous l’impulsion de Lionel Viard, Back To The Trees rassemble chaque année, sauf hélas celle où j’écris ces lignes, crise sanitaire oblige, de 18 heures à 00h00, un bon nombre d’artistes, tout champs confondus, qui vont installer, performer, conter en forêt, autour et dans les arbres. Une large partie se déroulera entre chiens et loups et en nocturne, avec des ambiances qui décalent joliment nos sensations, au gré d’un cheminement qui mènera le promeneur de surprise en surprise. Pour beaucoup d’entre nous, participants, organisateurs, public, c’est une très sympathique façon de nous retrouver en fêtant l’arbre, dans une forme de rituel coloré, tout en sons, en lumières, en formes éphémères, en corps dansant, au cœur de la forêt bienveillante.

http://www.backtothetrees.net/fr/

BTTT nidÉc(h)ographisme – Performance sonore et visuelle de Gilles Malatray (France) et David Bartholoméo (France) présentée à Back To The Trees le 30 juin 2018 à Saint-Vit (France, Doubs) @photo David Bartholomeo

 

 

Pour en conclure avec les arbres, provisoirement.

Il y aurait encore tant à dire.

Il y a encore tant à faire.

Il nous faut choyer les arbres.

Les écouter longuement.

Les inviter de plus en plus jusqu’au cœur de la ville.

Les protéger de notre mieux.

S’inspirer de leur calme séculaire comme d’une sagesse à partager.

Se promener sous leurs ramures.

S’y abriter de chaleurs écrasantes.

Se frayer des sentiers forestiers, pour sortir des sentiers battus.

Les laisser accueillir mout oiseaux, écureuils et autres faune y trouvant refuge.

Se battre contre les monocultures mortifères, les déforestations massives, les abattages sauvages…

Les écouter encore…

Lyon, Juillet 2020

 

PAS armée salutPAS – Parcours Audio Sensible en sous bois – Grand Parc de Miribel Jonage – Armée du Salut , Lyon

 

Quelques autres pistes boisées à suivre

Forêts et villes durables (revue)

Des arbres et des hommes (émissions radiophoniques France Culture)

D’écrire les arbres (projet Desartsonnants)