Paysages auriculaires, vers une écosophie écoutable

Aujourd’hui, on parle aisément de paysages remarquables, voire fascinants, de sites spectaculaires, protégés, labellisés UNESCO, de classements, d’inventaires photographiques… Quid du paysage sonore ?

Pour avoir tendu mes oreilles et arpenté des médinas, de grandes cathédrales, des cirques montagneux surplombant une vallée, des cours intérieures urbaines, des cloitres, de grands ports maritimes, des forêts, des ruelles, suivi des torrents et des fleuves… les ambiances sonores se déploient comme des livres ouverts à nos oreilles. Des scènes auriculaires qui proposent une multitude d’ambiances et de récits entendables, pour qui sait en débusquer les richesses, en apprécier la diversité souvent dépaysante, par un simple décalage sensoriel, un simple « prêter attention », par le fait de tendre l’oreille. Accepter d’être surpris, voire bouleversé par la construction sensible d’un paysage sonore singulier, à la fois collectif et intimement personnel, au rythme de ses pas, des silences et d’une lenteur assumée, c’est entrer dans le monde de l’écoute de façon respectueuse. Une posture qui nous immerge sensoriellement sans modifier radicalement les caractéristiques paysagères, ni asservir les milieux traversés à nos envies d’une main-mise autoritaire, tendant à un tourisme vendeur et profitable. Gageons ici que les paysages auriculaires seront préservés de la surenchère touristique maltraitante envers des paysages visuels et leurs habitants, par le simple fait de leur immatérialité et d’une certaine instabilité les rendant plus difficiles à cerner et donc à appréhender. Sans compter la prédominance « naturelle » du visuel dans nos cultures européennes.

L’aménagement global du territoire, la métropolisation galopante, le développement des moyens de transport, l’extraction massive de ressources naturelles, sont autant de facteurs, parmi d’autres, qui menacent l’équilibre de nos paysages auriculaires. Il convient donc d’en repérer les richesses, d’en préserver certains, un maximum, des intrusions assourdissantes, de ménager des espaces calmes, où il fait bon entendre, et s’entendre. Au-delà du plaisir esthétique, affectif, une vision, ou plutôt une audition écologique, voire écosophique, dans ses approches éthiques, est nécessaire pour échapper au grand fracas tonitruant. Nous en revenons donc à la nécessité de prendre en compte les paysages auriculaires, en même temps que ceux visuels, en les frottant les uns aux autres comme des ambiances étroitement entrelacées. Je ne parlerais pas ici, par inexpérience, des paysages olfactifs, gustatifs, haptiques, et de tout ce qui contribue à faire sens, dans toute la polysémie du terme, dans nos cheminements et cohabitations au quotidien. Nos corps interagissants doivent être regardants, touchants, mais aussi écoutants, avec un travail à effectuer pour prendre conscience des richesses, mais aussi des fragilités, voire périls, de nos milieux de vie. Prendre conscience également du potentiel dont nous disposons physiquement et mentalement, pour ressentir plus profondément tous les stimuli qui nous font « être au monde », dans tous les sens du terme. Le paysage auriculaire nous montre souvent les paupérisations, parmi d’autres indices révélateurs et inquiétants de notre précarité environnementale. Les paysages à portée d’oreille font patrimoine, richesses, mais aussi contribuent à maintenir des cadres de vie soutenables. Les arpenter en les écoutant, corps et oreilles engagées, les repérer comme espaces de vie sociale partageables, si ce n’est confortables, sont des engagements à mon avis nécessaires autant qu’urgents.

Les projets culturels de territoire, l’éducation populaire, culturelle et artistique, l’enseignement dans son intégralité, le travail croisé entre artistes, institutions, collectivités territoriales, chercheurs et spécialistes de l’acoustique environnementale, de la bio et écoacoustique, du tourisme, du développement économique, des aménageurs architectes, urbanistes, paysagistes… sont des leviers certes compliqués à mettre en place, mais opérationnels dans leurs collaborations à moyen et long terme. A bon entendeur, salut, ou tout au moins des perspectives de préserver des milieux de vie qui ne soient pas que bruit et fureur.

Paysage(s) à portée d’oreille(s), les choses étant ce qu’est le son !

Desartsonnants est un artiste marcheur, paysagiste sonore, arpenteur écoutant.
Il travaille autour du paysage sonore, notamment via des parcours d’écoute (PAS-Parcours Audio Sensibles), des installations mobiles et concerts environnementaux…
Le projet PIC (Paysages Improvisations Concerts), les inaugurations (officielles) de points d’ouïe, les parcours sonores, font partie de sa démarche, entre esthétique, sociabilité auriculaire et écologie/écosophie.

Tout cela pour tenter de répondre à une simple question : Et avec ta ville, ton village, ta forêt, ta rivière… comment tu t’entends ?

PIC Concert de paysages (working progress)

Inaugurations de Points d’ouïe

Desartsonnants Portfolio

Desartsonnants projet artistique et culturel


Porteurs, porteuses et chercheurs, chercheuses de projets de territoires originaux, voire inouïs, si l’oreille vous en dit !

PIC sonore – Paysage Improvisation Concert

PIC – Paysage Improvisation Concert – Juin 2019 – Cathédrale de Kalininberg (Ru) Institut Français de Saint – Pétersbourg

Je ré-ouvre un chantier d’écoute-action, le PIC – Paysage Improvisation Concert, expérimenté en 2019, à Kaliningrad, en Russie, à la demande du festival « Around the Sound », invité par l’Institut Français de Saint-Pétersbourg. J’ai pu retesté cette formule sous une une forme collective, ce printemps avec OTO, l’Ouvroir des Territoires de l’Ouïe à Montbron, entre Charente et Aquitaine.

Première phase, arpentage à oreille nue du terrain, de la ville, de des périphéries, d’espaces « naturels »…

Deuxième phase, prises de son, field recording (enregistrements de terrain), première approche du paysage sonore local.

Troisième phase, Marche écoutante collective, PAS – Parcours Audio Sensible autour des site visités et enregistrés.

Quatrième phase, improvisation publique, (dé)concertante, performative, électroacoustique, à partir des les sons et ambiances captés sur le terrain. Ceci à l’aide de différents logiciels libres, détournés de leurs fonctions initiales, c’est comme cela que je les adore, assemblés comme une boite à outils modulable, pour fabriquer du paysage sonore sans filets.

Cinquième phase, trace/mémoire audio, cartographique et géolocalisées sur internet.

Projet contextuel dont la trame est susceptible d’être adaptée en fonction des lieux et cadres d’accueil.

PS : Une fiche projet est en cours de rédaction

Histoires de points d’ouïe mis en œuvre

Faire œuvre, ce n’est pas forcément installer une trace tangible, durable, parfois spectaculaire…


C’est aussi marcher, se poser, écouter, raconter, partager des perceptions fugaces, immatérielles, sensibles, fortement ancrées dans la mémoire du geste, du corps, de l’espace, des lieux de rencontres, de partage…

C’est construire des traces où l’imaginaire s’invite pour essaimer sobrement des histoires amènes, à la fois situées et vagabondes, intemporelles et actuelles, singulières et universelles, intimes et collectives.


Les écoutes installées, points d’ouïe et paysages auriculaires révélés, nous invitent à partager des gestes simples, éphémères, nomades, quiets, nous reliant tant aux cités mégapoles qu’aux forêts profondes.

Bassins versants, Méli-mêle eau

Des grenouilles amplepuisiennes, des eaux du Sobant et de la Loue (25), et des corneilles de la Saline Royale d’Arc-et-Senans.
Ça coasse, graille et ruisselle.
Top’eaulogie sonore improbable, entre Rhône et Doubs.

Projet « Bassins versants, l’oreille fluante » Juin 2024 – Festival Back To The Trees et résidence création Saline Royale d’Arc-et-Senans

Auricularités attentives

Je propose de faire entendre l’environnement, les écosystèmes, d’écouter et mieux comprendre par l’oreille, nos milieux de vie, leurs beautés, leurs fragilités, ressources, paupérisations, saturations…
Écouter l’eau, la forêt, la ville, ses périphéries, en marchant, faire paysage.
Installer l’écoute, la lenteur, le silence, par des marches écoutantes collectives, des rencontres, débats citoyens situés, conférences, musiques des lieux, repérages, cartographie et inaugurations de points d’ouïe…
Co-construire une écosophie sonore attentive, des pédagogies indisciplinées…

Si l’oreille vous en dit,
Gilles Malatray
Paysagiste sonore
Promeneur écoutant
Installateur d’écoutes partagées

Le site Desartsonnants
https://desartsonnantsbis.com/
Un portfolio
https://urls.fr/X00jTW

Point d’ouïe, fabrique de paysages sonores en commun à oTo, Ouvroir des Territoires de l’Ouïe

@Photos Arnaud Laurens, oTo

De retour de résidence artistique, de nouvelles expériences de paysages sonores au fil de l’eau, de la mat!ère sonore, textuelle, imagée, à trier, agencer, à construire comme objets de traces récits immersifs.
Tout cela irrigué de belles rencontres, des échanges, la découverte de sites magnifiques, des eaux généreuses, des discussions où écoute et cuisine travaillent à de subtiles réductions, des expériences collectives pour agencer, improviser en live des paysages sonores singuliers…


Au fil des résidence, le paysage sonore dans tous ses états prends du poids, de la consistance, de l’hétérogénéité en même temps que de la cohérence.
Il permet la rencontre, la remise en question de nos rapports au monde, la recherche de beautés tant esthétiques qu’humaines, qui nous feront, dans l’idéal et écoute aidant, mieux vivre ensemble. Écouter est un geste de partage, où il nous faut assumer notre modeste place dans des espaces habitables, sociétaux, de plus en plus fragiles et menacés.
Construire des paysages sonores comme des communs écosophiques, humanistes, est une façon de défendre des valeurs humaines qui nous font trop souvent cruellement défaut.

@Photos Arnaud Laurens, oTo

Projet intinérant « Bassins versants, l’oreille fluante« 

Résidence création accueillie pas oTo – Ouvroir des Territoires de l’Ouïe à Montbron (16)

Merci à cette belle équipe, et tout particulièrement à Arnaud Laurens et Jean-Michel Ponty, à la municipalité de Montbron et à sa Médiathèque, au public aux écoutes attentives et échanges stimulants, pour cette riche ouverture culturelle à portée d’oreille.

D’autres textes, sons, images, récits, suivront…

Point d’ouïe, et avec ta rivière, comment tu t’entends ?

En arpentant et en auscultant la Tardoire, à Montbron, je réfléchis aux façon dont un cours d’eau relie les hommes au territoire, à la nature, aux écosystèmes, aux animaux… Et inversement.


Paysages, moulins, pêche, sport, géologie, préhistoire, arts et culture, histoire, architecture et aménagements, tourisme, crues et tarissements, industries, patrimoine, écologie, faune et flore,mémoire(s), agriculture, gestion des eaux, hydrologie et bassins versants, identités sonores… comment le paysage auriculaire aquatique nous connecte t-il , ou non, et surtout nous implique t-il, parfois non sans heurts et sans dommages, à nos habitats partagés, à nos milieux de vie ?


Et avec ta rivière, comment tu t’entends ?

Projet Desartsonnants en chantier « Bassins versants, l’oreille fluante »

Dans le cadre d’une résidence création accueillie par oTo – Ouvroir des Territoires de l’ouïe – Field recording aqua-sonique, rencontre publique autour de l’écoute paysagère, PAS – Parcours Audio Sensible « L’eau traversante », concert-performance- improvisation en trio (instruments, électroniques et son paysagers), écriture sonore et multimédia…

Point d’ouïe en nuit transfigurée

Je pensais, il y a peu
Regagnant tardivement
Ma petite et quiète ville
Toutes lumières éteintes
Vers un minuit sonnant
Que le noir nocturne
Est Oh combien sonore
J’avançais prudemment
Mes pas à l’aveuglette
Sous un ciel très couvert
Un dôme ténébreux
Point de lune éclairante
Je redécouvrais ainsi
Un paysage en strates noircies
Plus épaisses dans la nuit
L’obscurité totale
Immersion fascinante
Et je lance l’écoute
Dans cette intime noir
Un presque rien nocturne
Une non voyance exacerbée
L’obscurité bruissante
Mes pas
Ma respiration
Quelques nocturnes voletant
Des voix, très lointaines
Pas de rumeur ici
De timides émergences
Et c’est très beau
Et j’en écoute encore
En marchant lentement
Puis me pose sur un muret
Les sons se raréfient
Prennent de l’importance
Dans un espace lisible
Comme un grand tableau noir
Un espace acoustique habitable
De mon muret d’écoute
Enveloppé de profondeurs
Sons inscrits dans le noir
Précisant d’obscurs contours
Ceux de la nuit justement
Celle qui porte conseil
A l’oreille noctambule
J’aimerais inviter des gens
Ceux et celles noctambules
Mais les autres eux aussi
A vivre un rituel
D’un espace nocturne
Juste pour écouter
Juste pour faire silence
Entendre les sonnances
D’une nuit chuchotante
Histoire enveloppante
Ambiances ouatée
De nature lascive
Rien ne dort vraiment
Dans d’infimes obscurs
On perçoit moult souffles
Des énergies fluantes
L’invisible ruisseau
Ses coulures si proches
Vibrations ondulantes
La vie qui bat son cours
Envers et contre tout
Ça ouvre des possibles
A l’oreille intrépide
Et à la nuit féconde.

Mars 2024, Amplepuis, écoute installée, aux alentours de minuit

Ode aux sons tant aimés de la vie 

J’aime tant à entendre

le presque silence de la nuit

Les rires d’enfants joueurs

Les tintements et carillons des cloches

Le grondement et clapotis des eaux

Les réverbérations des églises, cathédrales et tunnels

Le réveil des oiseaux

Les cris des fêtes foraines

L’endormissent du soir

L’écho des combes jurassiennes

Les fanfares festives, cuivres, bagads et bandas

Le vent qui fait claquer et grincer tout ce qui lui résiste

La pluie qui tambourine

Les rideaux métalliques qui s’ouvrent et qui se ferment

Les musiciens de rue

Les cornes des bateaux

Les crapauds accoucheurs et grillons d’un soir d’été

Les chuchotements amoureux

Les piétinements d’un bal folk

Le grésillement de plats rissolés

Le frissonnement des pages qu’on tourne

Les grands airs d’opéra

Un troupeau montagnard et ses clarines tintinnabulantes

Un feu d’artifice grésillant et pétaradant

Les voix fragiles de mes parents, et d’autres en mémoire

Les talons faisant sonner l’asphalte ou l’escalier de bois

Les stades aux holas enflammées

Le vent dans les haubans d’un pont sifflant

La poésie déclamée, récitée, hurlée

La cuillère touillant un thé chaud dans un bol de cristal

Les gouttes d’eau après la pluie

Les cris vociférants d’une manifestation

Les pas crissant sur la neige gelée

Le hululement des chouettes noctambules

Les vagues déferlantes et les graviers roulés

Les harangueurs de marchés

Les chants festifs de fin de repas

Des portes claquantes au bout de longs couloirs

Le tintement de verres entrechoqués

Les claquements de skates véloces

Le brouhaha des foules

Les musiques qui swinguent

Les chuchotis secrets

Le ferraillement des trains

Les claquements de drapeaux par grand vent

Les craquements de la glace qui dégèle sur un lac figé

Les crépitements d’un feu

La rumeur de la ville

Les radios par les fenêtres ouvertes

Le grondement du tonnerre en montagne

Les trots et galops des chevaux frénétiques

Les sifflets sur les quai d’une gare

Les séracs qui s’effondrent en fracas

Les fontaines glougloutantes

Les feuilles mortes raclant le sol

Le cliquetis d’un escalier roulant

Le glougloutement d’une fontaine

Les grondements sous le tablier d’un pont métallique

Des talons hauts sur un caillebotis

Le balancement de l’horloge comtoise

La pétaradance d’un bateau de pêche rentrant au port

Les étourneaux stridents dans leurs vols virtuoses

Et tout ce qui sonne en mémoire vive

Les avez-vous entendus ?

Je suis friand des ambiances acoustiques

Amoureux des mille sons qui les révèlent et les font vivre

Captivé par leurs présences fugaces et mouvantes

Faisant entendre la vie qui va…

 Paysages et territoires sonores, approches et écoutes imbriquées 

Plus j’avance dans les expériences de terrain et les réflexions, plus j’éprouve la nécessité de mêler, de frotter, d’hybrider, des pratiques, des champs sociaux, des domaines de compétences, des structures agissantes, des passions et des espoirs.

Au départ, il me semblait évident que certains domaines se croisaient notamment autour du paysage sonore, en œuvrant de concert. Pour ces derniers, les champs de l’esthétique, de l’acoustique et de l’aménagement des territoires paraissaient des alliés incontournables. Sur le terrain, les collaborations entre ces champs, et qui plus est la difficulté à trouver les espaces pour agir ensemble n’étaient, et ne sont toujours pas, pas si évidentes, si faciles à mettre en place. Cependant quelques timides expérience, art-science, art-action, art-territoire, voient le jour ici et là.

Aujourd’hui, dans un monde de plus en plus complexe, frénétique, incertain, il me semble qu’il faut élargir encore les espaces de croisements, les interstices, les lieux aux possibilités hybridantes…

Je prends ici quelques exemples liés à mes activités en chantier.

Il y a quelques années, j’ai intégré un groupe de travail autour des thématiques Éducation Santé Environnement, où se retrouvent des professionnels de la santé, des activistes militants autour  de projets environnementaux, écologiques, des acteurs de l’enseignement et de l’éducation populaires, des techniciens des domaines de l’air, l’eau, le bruit,… Aujourd’hui, je me rends compte, via ce réseau,  à quel point le mouvement « One Heath » (une seule santé), prenant en compte les rapports entre humains, animaux, écosystèmes… présente des ouvertures vitales pour tenter de maintenir en bonne santé, à l’écoute, tout un monde en mal de rencontres, de respect, de bienveillance.

De même, mes approches, déjà anciennes, autour des PAS-Parcours audio Sensibles, m’ amènent à marcher avec des protagonistes des mobilités douces, à l’heure où il n’est pas toujours facile de traverser une ville à pied, et même une forêt! La marche dans tous ses états, y compris écoutants, est un levier pour arpenter et se frotter collectivement à un territoire de proximité. Mettre en branle des imaginaires en mouvement par la flânerie, l’errance parfois, est une approche philosophique et éthique, situationniste, qui donne du sens à la vie.

Un autre groupe de travail autour des rythmologies me montre que, dans beaucoup de domaines, entre flux et scansions, les modes de vie, les aménagements, la climatologie, les sciences de la terre, la réflexion entre arts, territoires, sociologie, philosophie… questionnent nos rythmes de vie. On constate des phénomènes d’accélérations croissantes, chroniques, en même temps que des besoins de ralentissements, d’apaisement, le tout impactant la qualité de vie au quotidien…

Un actuel projet autour de la présence acoustique des eaux dans les territoires, pointe les aménités, comme les fragilités, voire les périls liés des eaux nourricières, et pourtant si malmenées. La question politique de la gestion, et parfois de l’appropriation des eaux , problématique hautement conflictuelle, met en garde contre des risques majeurs de plus en plus probables. Écouter les eaux courantes ou dormantes, nous montre là encore les fragiles équilibres, parfois les points de bascule irréversibles.

Le croisement régulier avec des architectes, urbanistes, paysagistes, géographes, donne des lectures transversales, indisciplinées, de territoires (acoustiques) soumis à de nombreuses évolutions, contraintes, dans des écosystèmes, ensembles urbains fort différents.

Les paysages sonores, envisagés comme des communs parmi d’autres, sont pensés et vécus à l’aune de rencontres stimulantes. Je pourrais ainsi continuer d’énoncer les espaces/temps où les échanges et expériences interdisciplinaires, malgré toute la difficulté de leurs mises en place, donnent des formes d’ouvertures dynamisantes, dans un monde parfois désespérant, qui semble s’acheminer inéluctablement vers un redoutable cul-de-sac.

 Eurythmie et indisciplinarité 

En réfléchissant sur des orientations possibles, issues d’un séminaire autour des « Rythmologies« , je repensais à cette phrase inscrite dans un texte d’intention : Réfléchir à « l’eurythmie », « beauté harmonieuse résultant d’un agencement heureux et équilibré, de lignes, de formes, de gestes ou de sons » définition CNRTL.

Mais aussi à celle-ci  « … y compris pour un séminaire Rythmologies, entre flux et scansions, arts, sciences et philosophie… »

Construire des formes esthétiquement, socialement, éthiquement, équilibrées, notamment via des gestes et des sons. Des gestes liés au monde sonore, des gestes d’écoute, par lesquels les constructions s’amorceront à mon échelle, via des recherches et expérimentations d’un paysagiste sonore, musicien et promeneur écoutant.

Mettre une oreille exercée, aguerrie à l’écoute, au service d’un projet tissé d’interdisciplinarités, est un chantier stimulant.

Arpenter les territoires, les ausculter, en convoquant des approches croisées, des méthodes et processus décloisonnés, c’est faire du terrain, de l’in situ, un laboratoire à l’épreuve   du pragmatisme in discipliné.

J’ai déjà, dans un précédent article, tenter de lister quelques axes de l’indisciplinaire, liés au(x) geste(s) d’écoute(s) et à l’action de marches écoutantes, aux expériences de terrain.

Ils me sont apparus comme évidents. J’en  rappellerai ici quelques uns :

Artistique, esthétique, capturer, écrire, composer, installer, diffuser, donner à entendre des paysages sonores inouïs, inspirants, apaisés

Sociabilités, bien s’entendre, mieux s’entendre, développer une écoute participative, humaniste et relationnelle, des paysages sonores Dedans/dehors avec des publics empêchés, des liens entre les écoutants et leurs éc(h)osystèmes

Pédagogie, transmettre, militer et réfléchir, par des conférences, ateliers, formations, tables rondes, groupes de travail

Mobilités douces, marcher collectivement sur des sentiers d’écoute urbains, périurbains, campagnards et ailleurs, écrire et tracer des parcours auriculaires sensibles, partagés, accessibles à tous

Écologie, écosophie, croiser des actions audio environnementales, sociales, économiques, philosophiques, éthiques

Tourisme culturel, valoriser les cultures auriculaires de proximité, les paysages sonores et points d’ouïe remarquables, patrimoniaux, une culture de la belle écoute paysagère. Préserver des territoires d’un tourisme de masse .

Urbanisme, aménagement du territoire, construire et aménager avec les sons, architectures sonores, une géographie sensible et des ambiances acoustiques

Droits, réglementation et législation, s’inscrire dans le principe des droits culturels, combiner approches législatives, réglementaires et approches qualitatives, sensibles

Temporalités, rythmicités, jouer des alternances jour/nuit, du rythme des saisons, des activités périodiques, événementielles, récurrentes, ponctuelles, des continuum et cassures, flux, fondues et scansions

Économie, conjuguer différentes formes d’ économies, tant financières que dans la sobriété et l’intelligence des moyens et dispositifs mis en place

Écritures plurielles, faire trace et élaborer des outils via des carnets d’écoute, des approches transmédiales, documents descriptifs, témoignages, médiation, préconisations

Recherche, travailler sur des ambiances urbaines, ou non, la rythmologie, les arts sonores environnementaux, des pédagogies innovantes, la mémoire et le patrimoine sonores, les sociabilités auriculaires, les croisements quantitatifs/qualitatifs, normatifs/sensibles…

Pluridisciplinarité, indisciplinarité, développer des Sound Studies, les projets arts/sciences, arts/action/création, penser les territoires via une culture sonore à la fois commune et singulière, faire se rencontrer différents champs de recherches appliquées, de recherches action

Hybridation, favoriser le croisement de toutes ces approches, le tissage de pratiques, des connaissances, des pensées et savoir-faire…

Ces approches, ces axes, n’étant bien évidemment pas exhaustifs, ni hiérarchisés en termes de de priorité ou d’efficacité. Nombre d’autres eux peuvent se dessiner, s’expérimenter, s’affiner, au fil des écoutes, de leurs formats, objectifs, dispositifs, mobilités, contextes, rythmes et temporalités…

Pour revenir à une recherche eurythmique, qui porte en elle un désir d’équilibre, de stabilité, de beauté, d’harmonie, en réponse à un monde incertain et parfois anxiogène, je remets en question le statut-même  de l’écoute, de la marche écoutante, comme des façons d’être connecté et réactif au monde, aux territoires (co)habités.

L’eurythmie, comme la protopie*, sont des réponses plus positives que celles des utopies ou des dystopies, face à des situations si complexes, qu’elles en sont parfois démotivantes.

Devant ces complexités inquiétantes, il nous faut croiser les savoir-faire, les compétences, les idéaux peut-être, pour ne pas se sentir trop isolé, impuissant, une forme de résistance à construire et consolider sur le terrain.

Marcher, écouter, prendre le temps de faire, dépasse la rêverie d’un Eden potentiel, d’un âge d’or à retrouver, c’est prendre la mesure d’enjeux vitaux, avec leurs possibles comme leurs limites, leurs aménités et leurs difficultés.

Je prendrai ici un exemple pour moi d’actualité. Je m’appuierai ici sur le fait d’écouter le flux et les tourbillons d’un fleuve ou d’un ru, qui me questionne autant sur des équilibres esthétiques, nourriciers, que sur une mémoire toujours en chantier, une existence fragile, frottée à des accélérations de tous bords. Croiser sur ces cheminements aquatiques, liquides, mouvants, des hydrologues, navigateurs, pêcheurs, marcheurs écoutants, riverains, poètes, danseurs… c’est penser une eurythmie portant attention et soin à des territoires fragiles, à des habitants et passants de tous genres.

L’approche rythmologique indisciplinée, eurythmique, autant que faire ce peut, n’apporte pas de réponses parfaites, pas de solutions clé en main. Cependant, elle permet de mutualiser des compétences, affinités, voire militances. Voyons là des projets partagés, qui se renforceront en se frottant les uns aux autres, aux réalités du terrain, comme à celles de l’imaginaire collectif.

*https://usbeketrica.com/fr/article/la-protopie-un-futur-plus-desirable-que-l-utopie-et-la-dystopie-reunies

Relier et construire les paysages par l’oreille

PAS – Parcours Audio Sensibles – Journées des Alternatives Urbaines – 2015 – Lausanne (Suisse) Quartier du Vallon – Co-réalisation avec la plasticienne Jeanne Schmidt

Poser une oreille curieuse et impliquée sur le monde, sur nos lieux de vie, pour construire de nouveaux espaces d’écoute(s), découvrir les points d’ouïe singuliers, développer les interconnections et sociabilités auriculaires, c’est avant tout travailler sur les transdisciplinarités, voire indisciplinarités de nos territoires, y compris auditifs.

Les arts sonores, aux croisements de multiples genres et pratiques, musiques et sons, installations plastiques multimédia, arts-performances, univers numériques et mondes virtuels… nous ont appris à poser de nouvelles écoutes, fabriquant des espaces-temps inouïs, où la notion de paysage (sonore) prend toute sa place.
Les postures d’écoute, l’immersion (physique, mentale, technologique…), les processus nomades, les matériaux sonores in situ, les récits croisant différents dispositifs et mises en situation, font que les arts sonores sont aujourd’hui des moyens de paysager des espaces de sociabilité écoutante inédits, pour ne pas dire inouïs.
Entre festivals, centres culturels, régulièrement, si ce n’est principalement hors-les-murs, les créations, des plus Hi-Tech aux plus sobres, se frottent aux villes, forêts, espaces aquatiques, architecturaux… pour jouer avec des acoustiques révélées, parfois chahutées, ou magnifiées.
Nous (re)découvrons des lieux mille fois traversés, par des formes d’arpentages sensibles, où le corps entier se fait écoutant, résonnant, plongé dans des espaces sonores à la fois familiers et dépaysants.
L’écologie, si ce n’est l’écosophie se croisent activement, partagent leurs utopies, dystopies, protopies, et autres récits en construction, au niveau des territoires écoutés, et des arpenteurs écoutants.

L’ aménagement du territoire, avec l’urbanisation, la gestion des espaces ruraux, « naturels », les contraintes économiques, sociales, écologiques, les bassins d’activités et les populations y résidant, y travaillant… sont questionnés par de nouvelles pratiques auriculaires, évoquées précédemment.
Aux lectures de paysages, plans d’urbanisation, projets architecturaux, approches de tourismes culturels raisonnés… le croisement, les hybridations arts./cultures/aménagements, ont tout intérêt à être pensés et mis en œuvre en amont de projets territoriaux.
Les parcours sonores, créations issues de field recording (enregistrements sonores de terrain) et autres formes hybrides, invitent à (re)penser des espaces où le son n’est pas que nuisance, ni objets esthétiques hors-sol. Il participe à une façon de travailler les contraintes du territoire, en prenant en compte les critères quantitatifs, qualitatifs, les approches techniciennes, humaines, le normatif et le sensible…

Le politique, le chercheur, l’aménageur, l’artiste, le citoyen résidant, travaillant, se divertissant… doivent se concerter pour envisager, si ce n’est mettre en place des actions en vue de préserver et d ‘aménager des espaces vivables, habitables, en toute bonne entente.
Zones calmes et ilots de fraicheur conjugués, mobilités douce, espaces apaisés et conviviaux, pensés via des offres culturelles et artistiques, au sein de projets de construction, de réhabilitation, sont autant d’outils et de créations prometteurs. Certes, ces approches ne résoudront pas tous les problèmes, mais ils contribueront à créer des endroits où mieux vivre, mieux s’entendre, mieux échanger, en résistance à toutes les tensions sociétales, climatiques, politiques, environnementales…

Aujourd’hui, j’ai la chance de participer à des projets, certes encore marginaux, où le son, l’écoute, sont considérés comme des éléments à prendre en compte pour le mieux-vivre, où une « belle écoute » est convoquée comme une forme de commun auriculaire partageable.
Entre les arts du son, du temps et de l’espace, ma pratique d’écoutant paysagiste sonore, et les gestes d’aménageurs, des espaces de croisements sont possibles, si ce n’est nécessaires, et ce malgré toutes les contraintes administratives, économiques, politiques…

Il nous faut encore et toujours provoquer les rencontres indisciplinées, installer des débats, mettre en commun les réflexions et savoir-faire de chacun, que ce soit sur un événement artistique, projet culturel, concertation autour d’aménagements urbains, ou milieux ruraux…

Il nous faut encore penser et construire ensemble, artistes, aménageurs, résidents… des aménités auriculaires, des poches de résistances apaisées, des oasis sensoriels, des espaces reliants, y compris par l’oreille.

 Qu’il est beau le Rhône par grand vent ! 

Un PAS – Parcours Audio Sensible avec un master FLE (Français Langues Étrangères » et un programme ALISE (Arts Littérature Images Scène Espace).

Nous commençons par une belle cour intérieure de l’Université Lyon 2, Campus des berges du Rhône, où les voix , les rires, le vent dans une haie de lauriers, le claquement d’une affiche à demie décollée, animent joliment un espace réverbérant à souhait. La courette est entourée de passages couverts, arborée en son centre, et ressemble fort à un cloître, acoustique comprise.

Un deuxième spot auriculaire se présente comme une sorte de sas intérieur, lieu fermé, minéral, sombre, d’où partent plusieurs escaliers, avec une porte donnant sur l’extérieur. Des voix résonnent au loin, quelque part dans les étages supérieurs du bâtiment.

Un étudiant traverse l’espace, ouvre la porte vers l’extérieur, ce qui nous fait entendre la rue avoisinante, ses tramways… Transition acoustique dedans/dehors. La porte se referme très très lentement, opérant un fondu sonore du plus bel effet, un étouffement , descrescendo progressif, avant que la scène soit close par un claquement résonnant. Un instant très audio-cinétique que l’on aurait pu composer. Nous concluons notre écoute par quelques bribes de chant diphonique, histoire de révéler un peu plus encore l’acoustique réverbérée, et de  faire sonner ce beau lieu intime.

Nous sortons de l’enceinte de  la fac. Des tramways, des étudiants, des usagers de l’hôpital voisin, la rue est animée. Nous la traversons pour nous diriger vers le Rhône et descendons sur les bas-quais. Le vent souffle fort et le ciel est d’un noir qui présage une pluie imminente.

Une traversée de quelques centaines de mètres, entre deux ponts, routier et SNCF, nous permet de nous plonger l’oreille dans les paysages aquatiques fluviaux. Et aujourd’hui, ils sont particulièrement riches et singuliers !

Peu, voire pas de touristes et autres festoyeurs coutumiers des lieux sont présents à cette époque de l’année, la pluie se faisant menaçante de surcroît.

Néanmoins, de nombreux joggers et joggeuses font leur exercice sportif, les rythmes de leurs courses et de leurs respirations scandent les quais de claquements et halètements.

Des vélos, trottinettes, rollers, planches à roulettes, se partagent, parfois difficilement l »espace, entre eux, et avec les piétons, personne ne respectant vraiment les couloirs sensés leurs être attribués. On entend ainsi nombre de coups de sonnettes énervées, sans compter les klaxons électriques, harangues verbales… Ambiances de cohabitations mobiles parfois pas vraiment sympathiques.

Chose agréable, la circulation, plutôt soutenue sur les quais du haut, ne s’entend quasiment pas, à quelques émergences près, protégés que nous sommes par l’effet fossé qui nous isole du flux sonore sur nos têtes.

Par contre, les quais sur la rive opposée, pourtant très éloignés de nous, le Rhône étant très large à cet endroit, ramène à nos oreilles une rumeur constante, sans doute amplifiée par l’effet miroir de l’eau,  qui plus est très haute ces temps-ci.

Deux ponts servent de points d’ouïe résonnants assez spectaculaires. Nous nous arrêtons dessous. Le premier, routier, nous fait entendre de sourds claquement assortis de grondements, limite infrasonores. Le tramway entre autres, le fait joliment sonner.

Le second, ferroviaire celui-ci, et beaucoup plus ancien (1851), prolonge la gare de Perrache. Au passage d’un train, c’est un surprenant ferraillement très rythmique, qui se déroule sur nos têtes. Surtout s’il s’agit d’un long convoi de marchandises.

Et sur l’eau, de grosses péniches sont amarrées. La première est une salle de spectacle flottante qui, acoustiquement, ne présente rien de vraiment remarquable.

La seconde est un bateau de formation aux secours en mer et en fleuve. Deux assez longues passerelles métalliques permettent l’accès à son bord. Elles reposent sur des boudins plastiques roulants, pour permettre les passerelles d’accompagner les mouvements des eaux du Rhône. Et comme ce jour là, le vent est très fort, les passerelles bougent beaucoup, en émettant une série de « cris », gémissements, tout à fait surprenants. Le son que l’on ne peut manquer sur ces rives ! Grand regret pour moi, ne pas avoir un enregistreur à portée de main. Un autre jour venteux peut-être…

Une imposante péniche chargée de sable passe en ronronnant faisant entendre des remous clapotants, dits de batillage.

Pour finir cette petite description, le Rhône lui-même est agité de vagues bouillonnantes, qui le font chanter sous le vent. Il est vrai que les eaux basses de ces dernières années, surtout par temps calme, font que le fleuve, si majestueux soit-il visuellement, ne se fait quasiment pas entendre, à quelques remous et clapotis près.

Cette longue déambulation sur les rives rhodaniennes, très belle dans toute sa diversité auditive, me conforte à l’idée de faire entendre la voix des eaux, souvent noyée dans le paysage, surtout en milieu urbain. Un flux, celui de la circulation, en masque un autre, aquatique, que l’on référerait sans doute au premier.

Lorsque les beaux jours seront revenus, les rives redeviendront très animées, très festives, avec son alignement d’embarcations restaurants, salles de concert et de danse, ses terrasses et afters de fêtes »sauvages » sur les quais, parfois au grand dam des riverains.

Toujours ce difficile compromis pour les politiques urbaines de maintenir une ville animée, festive, et de ne pas se mettre à dos tous les riverains, parfois il est vrai totalement intolérants.

Cette traversée  auriculaire a été une belle façon d’alimenter mon chantier d’écoute en cours, celui de « Bassins versants, l’oreille fluante »

En tous cas, le Rhône est un bien beau fleuve sonore, surtout par jour de grand vent !

Écoute, écoutes

Les deux derniers week-ends, j’ai participé à l’élaboration et à l’expérimentation de mises en situation d’écoute fort différentes, et au final très intéressantes.


La première à Lyon, lors de la Semaine du son. Le samedi soir, nous avons accueilli des personnes en appartement, jauge limitée, pour écouter des pièces sonores paysagères, en discuter, imaginer quelques projets et prolongements à venir.
Une petite exposition « Photographier l’écoute », autour de clichés pris lors de promenades écoutantes, s’est glissée dans le décor de nos hôtes, et a donné prétexte à l’échange autour des pratiques déambulatoires et postures d’écoute en marche, ou en point d’ouïe.
Le lendemain, nous nous sommes retrouvés sur les quais de Saône pour un point d’ouïe matinal. Puis nous avons cheminé vers l’appartement, où nous attendait une violoncelliste performeuse qui a fait sonner l’espace de belle manière, par des improvisations cello/voix. Des écoutes sur le thème du dedans/dehors, des espaces acoustiques publics/privés, des ouvertures/fermetures, de quai en appartement en passant par les huit étages transitoires d’un escalier… Et toujours des échanges sur les façons d’ouïr le monde, et d’en partager des pratiques en mouvement. Une collaboration ACIRENE, PePaSon, et Desartsonnants.


La semaine suivante, avec un Tiers-Lieu amplepuisien, nous avons donné à entendre des courts témoignages enregistrés, de personnes parlant de leurs sons préférés, ou haïs, des souvenirs et ressentis, des commentaires sur le statut donné à ces sonorités… Intimité, jeux, madeleines proustiennes, de belles écoutes, souvent émouvantes, ont rythmé la soirée.
Le public a lui aussi été invité à commenter, échanger, et pour finir voter pour leur son favori.
Une troupe de théâtre d’improvisation a fait plusieurs interventions ponctuelles, en s’appuyant sur des thématiques issues des séries de sons écoutés (sons du quotidien, imaginaire et création, instrument, cuisine, signaux et annonces…).
L’expérience de différentes mises en écoutes, média, interactions, s’est révélée très riche, et stimulante pour imaginer d’autres processus ludiques et participatifs à venir.

Une prochaine journée du son est d’ores et déjà en cogitation avec l’Atelier-Tiers-Lieu d’Amplepuis, autour du silence, printemps 2024. Outdoor, et certainement façon nocturne en forêt. A suivre…

Ces deux formes de « théâtre sonore », bien que très différentes dans leurs mises en scène et en espace, trouvent chez moi un écho stimulant pour réfléchir à des propositions qui fassent faire un pas de côté à nos oreilles. Des formats légers, souples, adaptables, qui privilégient la relation humaine, via le partage d’expériences auriculaires et les échanges en découlant.

Paysages/sons et Sons/paysages

Le paysage est aussi sonore, en tout cas fondamentalement multisensoriel. iI s’écoute autant qu’il se regarde, se touche, se sent, se ressent…
Le sonore est aussi paysage, au sens large du terme, comme territoire sensible, espace de représentation, d’aménagements, de sociabilité…
Il s’entend et se construit (aussi) par et pour les oreilles, individuellement et collectivement.
Le sonore est une résultante physique, acoustique, perceptible, de différentes façons à à différentes échelles, selon les « écoutants ». Ces perceptions acoustiques sont relatives, souvent conséquentielles au vivant, mais également au non vivant.
Le paysage sonore polymorphe peut être porteur de mémoires, de patrimoines, matériels et immatériels…
On peut donc l’appréhender sous différents axes, de façon transdisciplinaire, si ce est indisciplinaire.
L’expérience du paysage se fait par le corps confronté aux ambiances sonores, corps sensible, plurisensoriel, voire corps sentient.
Sans écoute, le paysage sonore n’existe pas, en tout cas pas en terme de paysage.

Territoire sonore au goutte à goutte

Desartsonnants décline, de variations en variations, ses écoutes et écritures de territoires liquides.

Goutte à goutte

Espaces eau-dit-eau

Dessus – dessous hydrophoniques

Émergence – immersion – résurgence

Mots et sons humides

Tensions-détentes, aller-retours marées

Flux et scansions, fonds et émergences

Paysages ondoyants

Fragilités aquatiques

matière aqua-sonifère

Care sous perfusion

Égouttements auriculaires

Écoute à gouttes

A écouter de préférence au casque ou avec de bonnes enceintes

Avec l’aimable participation des eaux de port en pluies de Cagliari, Sardaigne – Projet Erasmus « Le paysage sonore dans lequel nous vivons »

Dans le cadre du chantier d’écoute et d’écriture des territoires liquides

« Bassins Versants, l’oreille fluante« 

L’oreille en marche et la marche écoutante

Pour moi, marcher, c’est un peu comme écouter.
Et inversement, écouter, c’est un peu comme marcher.
Mettre les oreilles et les pieds en branle, en phase, chacun et chacune reliés, de haut en bas, de bas en haut.
Connectés par des gestes concomitants autant que résonants.
Là où l’oreille se tend, se dirigent les pas.
Là où les pas s’aventurent, se tendent les oreilles.
Parfois, la marche devançant l’écoute, parfois l’écoute guidant la déambulation.
Deux complices qui, sans forcément se concerter, mais néanmoins de concert, vont explorer les reliefs des sols bien tangibles, et ceux du monde sonore éthéré.
Lesquels des pieds et des oreilles prendront l’initiative ?
Sans doute les deux, parfois en alternance, parfois copains copines, parfois en discordance.
Les trames sonores se suivent, au pas à pas, comme des coulées attirant nos écoutilles toutes ouïe.
L’oreille en colimaçon, comme des chemins de ronde spiralés, s’enroulant et se déroulant.
Ces gestes et postures, à l’affut de sensations à fleur de pieds et de tympans, sont garant d’explorations toniques et multiples.
On cherche la surprise au détour du chemin bruissonnant, ou du belvédère surplombant en point d’ouïe, la ville basse.
On ose se perdre, autant par les foulées vagabondes, que par les oreilles libertaires.
On s’indiscipline au gré des marches écoutantes, comme via des écoutes déambulantes.
De la plante du pied foulant le gravier crissant, à la membrane vibrante du tympan, qui réceptionne mille infos auriculo-sensorielles, se jouent des immersions ludiques.
Le corps vertical, d’oreille en pied, nous fait ouïr curieusement le monde.
L’écoute marchée embrasse large, en vastes panoramas acoustiques, ou en focales micro-soniques, du bruissement d’une brindille à la tourmente orageuse.
La marche écoutante est un terrain de jeu aussi physique que sensoriel, à corps ouvert, vers tous les sons ambiants.
Et le plaisir de « marchécouter » s’affirme au fil des chantiers et expériences auriculaires.
Entendre, c’est un peu mieux comprendre, et ce chemin faisant, au gré des signaux sonores nous racontant des histoires au creux de l’oreille.
L’interaction de pied en cap nous ouvre des horizons où les récits seront tissées de sons.
Le monde à portée d’oreille, arpenté sans relâche, écouté tout autant, donne du sens à la vie.
Ou peut-être, plus modestement, la rend un peu plus désirable, plus écoutable.
Le bon entendement nous relie à la complexité du monde.

Réflexion autour d’un PAS – Parcours audio sensible Desartsonnants

Ruissellements ondoyants

Création sonore à partir de prises de sons aquatiques in situ

Eaux dessus-dessous,

Flux ruissellants,

Goutte à goutte murmurant

Gardons-les en écoute et veillons sur e(a)ux


Avec la participation des eaux de Sardaigne (Cagliari, Réserve Naturelle di Monte Arcosu), France (Rançonnais, Loire, Saône), Portugal (Sabugueiro), Russie (Kronstadt)…

A écouter de préférence au casque ou sur des enceintes de bonne qualité

Dans le cadre du chantier en cours (d’eau) « Bassins versants, l’oreille fluante« 

Lames sensibles, une approche auriculaire des bords de mers  et autres plages sonores 

Je me pose sur une plage déserte…

Bordée de sable à perte de vue.

Mer au loin, temps de basse marée.

Les mouettes, toujours elles, ricanent bruyamment en picorant d’invisibles insectes.

Des sternes piaillent aussi à qui mieux mieux.

Retour progressif de la mer, marée montante.

L’eau s’étale en faisant crisser le sable.

Temps calme et légèrement bruissonnant.

Un autre jour, ailleurs, sur une jetée.

Le vent s’en donne à cœur joie, sans jamais s’essouffler.

Les vagues fouettent les murs de pierre, s’y enroulent, retombent, et recommencent, inlassables.

Le fracas ambiant couvre toute tentative de paroles, ou bien il faut hurler.

Le spectacle est impressionnant, fatiguant à l’écoute, un trop puissant bruit blanc nous réduit au silence.Les éléments nous montent nos propres limites

Autre part, autre moment, autre topographie.

Cette fois-ci, une très haute falaise vient empêcher les vagues.

Rageuses, elle l’érodent sans relâche, bouillonnantes et entêtées.

Et le monstre-falaise s’écroule petit à petit, reculant sans cesse devant l’assaut des lames répétées. Bruits d’avalanches pierreuses, la craie s’éboule inexorablement, jusqu’à menacer des bâtiments qui se reculent prudemment.

En temps calme, les petits galets roulés chantent comme des lithophones aquatiques.

La falaise se fait mur amplificateur, gardant les sons au plus proche de l’écoute excitée

Je ne me lasse pas de ces délicats entrechocs cristallins.

Celles et ceux qui ont déjà prêté l’oreille à ces bruissements itératifs sauront de quoi je parle.

Les mots parfois sont patinés de sons résurgents. Il suffit de dire pour donner à entendre. Raconter une ambiance marine, si ténue soit-elle, comme un récit au fil de l’eau.

Retour aux rivages.

De gros bateaux naviguent au loin, images silencieuses.

Une embarcation de pêcheurs rentre à bon port, pétaradante.

Des chaînes qu’on jette, arrimage joyeux, des caisses de poissons jetées à quai, des cliquettements de gréments tangués, la vie se déroule à portée d’oreille, habituelle pour certains, dépaysante pour d’autres, pour moi en tous cas.…

J’arpente les quais pour avoir l’oreille marine, l’immersion est ici intrinsèque.

Je foule les plages où le pied fait chanter les galets.

J’ouvre une fenêtre pour entendre la rumeur entêtante d’une mer venteuse.

L’oreille m’entraine au large. L’imaginaire joue le jeu des esprits marins convoqués.

Les vagues toujours, s’enroulent et se déroulent, plus ou moins furieuses sous les rafales.

Parfois même, la mer murmure.Lames sensibles…

Texte écrit dans le cadre du projet « Bassins versants, l’oreille fluante« 

Souvenirs sonores jurassiens et communs auriculaires

Lors de repérages de sites auriculaires remarquables, 1989/90, avec Acirene, passage au lac D’Antre, à Villards – d’Héria, PNR du Haut-Jura. Un lac miroir qui, avec sa falaise rocher,, réfléchit et amplifie les sons de façon très spectaculaire d’une rive à l’autre.

Le rocher d’Antre, le surplombant d’un faut d’une falaise abrupte, nous offre une écoute et une vue panoramique tout aussi remarquables.

Il existe nombre de sites acoustiques remarquables qui ne demandent qu’à être écoutés, parfois sonnés, à leur échelle, mais aussi parfois protégés en en taisant les richesses. C’est du ressort de promeneurs écoutants impliqués dans une écosophie de l’écoute, considérant qu’une forme de patrimoine auriculaire qualitatif est un bien commun à défendre.

Errer, naviguer, au fil de l’onde

Installation sonore Miribel Jonage

Errer, naviguer

Errer au fil des eaux

Tendre l’oreille aux paysages liquides

Aux méandre sinueuses

Aux ports ouverts au monde

À leurs cosmopolitisme sonore

L’échappée bleue comme horizon

Revenir vers les rus

Pénétrer la campagne

Où les eaux se ruissellent

Traverser la forêt

Avec ses mares au diable

Naviguer les marais

Dans de labyrinthiques voies d’eau

Retrouver la Vouivre et le Tarasque

Le Drac et les Naïades

Ophélie et les Sirènes

Entendre les moulins

Même ceux immobiles et muets

Clapoter les pieds dans l’onde

Longer les rives chahutées

Errer, naviguer

De trames bleues bouillonnantes

En nappes étales dites dormantes

Marcher les chemins de halage

Et traverser des ponts

Sauter sur les pierres d’un gué

Prendre un bac traversant

Contempler la marée

Entendre les ressacs

Et les cailloux roulés

Et les cailloux jetés

Surprendre les grenouilles

Plongeant à notre approche

Après de sauvages coassements

Écouter les branches d’un saule

Titiller les eaux sous le vent

Les harangues de canards barbotant

Les vrombissements de zodiacs bondissants

Les rires de jeunes baigneurs

Le déversoir d’une digue trop pleine

Un délestage d’une centrale électrique

Sur un torrent montagnard

Les flic-flic spongieux

D’une tourbière ancestrale

La réverbération miroir

D’un large fleuve roulant

Des arbres charriés après la pluie d’orage

Le sifflement de cannes à pêche au lancer

Le rembobinage de moulinets véloces

Le ploc de bouchons colorés

Les eaux fendues par l’étrave

Leș vaguelettes inondant la berge

Après le passage d’une imposante barge

Les voix festives une soir d’été

Au bord d’une rivière accueillante

Errer, naviguer

Des ruisseaux familiers

Des rivières inconnues

Des torrents surprenants

Percevoir les rares clapotis

D’un cour d’eau asséché

Par un été trop chaud

Tourner au tour de la fontaine

L’oreille collée à ses ruissellements

Lancer des galets dans l’étang

Voir et entendre leurs ondes de choc

Et les ronds harmoniques

Jouer aux ricochets

Les compter à l’écoute

S’abrutir de bruits blancs

De vagues itératives

De houles déferlantes

Et reprendre son souffle

Au creux humides et sombres

Des étangs forestiers

Errer, naviguer

Fendre les flots indolents

Défaire les barrages brutaux

Laisser l’écoute s’immerger

Courir les berges sans quais

Entendre les chants de l’eau

Les complaintes et mélopées fluentes

Les nappes ondoyantes

Les respirations profondes

Les ondées tambourinantes

L’apaisement d’un fleuve

Les échos des abers

Envahis par la mer

Se laisser irriguer

Par des ondes porteuses

Des flots nourriciers

Des sons désaltérants

Se laisser conter

Les légendes des eaux

Et ses mille récits

Ses monstres immergés

Au creux des sombres puits

Et des sources magiques

Des profondeurs fluviales

Des résurgences en eaux vives

Des fêtes archaïques

D’un Neptune souverain

D’Océan le Titan

De Thétis la Déesse des eaux

Abreuvant nos imaginaires

Débordant de récits en crues

Hors les lits enchâssés

Jusqu’à briser les digues

Mais parfois se tarissent

Les cours et les contes

Dans des flots abimés

Où meurent les poissons

Les coraux et éponges

Asphyxiés de plastiques

Et de mille déchets

De souillures étouffantes

Qui font taire les flots

Les rendent inhabitables

L.es font Inconsommables

Les font mourrir d’assèchements

Les têtards agonisants

Les grenouilles muettes

Comme des eaux de morte Terre

Comme des eaux de morte Mer

Alors promenons nous au fil des eaux

Nos oreilles assoiffées

Installons nos écoutes dérivantes

Réjouissons nous d’entendre encore

Les eaux courantes et fragiles

Et prenons en grand soin

Car lorsqu’elles se tairons

Nous nous tairons aussi.

Osons l’oreille nue !

Osons l’oreille nue !

Embarquer un public pour un parcours d’écoute « à oreilles nues », à l’ère de la techno-monstration et du tape-à-l’oreille, n’est pas sans risques.

En effet, il faut avoir confiance en la capacité des écoutants à se laisser charmer par l’infra-ordinaire, façon Georges Perec, le presque rien, aurait dit Luc Ferrari.

Il faut également faire confiance aux multiples richesses sonores des lieux arpentés, qui se révéleront si on leur prête attention, oreilles aux aguets.

Un PAS – Parcours Audio Sensible se met en scène comme une installation d’écoute performative à l’air libre, via un travail sur les postures, les silences, la lenteur, les rythmes, le partage d’attention…

Parfois rituel, parfois fête improvisée, le PAS ne sera jamais identique, ni reproductible, d’un espace-temps à l’autre.

C’est une performance unique, performance dans le sens de jeu, d’interprétation, où le ludique et le décalage font faire un pas, ou une écoute, de côté.

Les lieux, leurs acoustiques et les sons qui les animent sont les héros du cheminement auriculaire, il suffit de les révéler.

Encore faut-il dénicher les espaces bien-sonnants, les points d’ouïe remarquables, les effets acoustiques à exciter pour les rendre audibles et « jouables »…

Sans compter sur l’improviste, l’inattendu, l’improbable parfois. Il nous faut prendre en compte l’événement impromptu, « l’accident », le contretemps, qu’il conviendra d’intégrer, de mettre en écoute, pour écrire de concert un paysage sonore inouï. Une part d’improvisation en l’écoute.

Des paysage sonores qui ne se reproduira plus jamais dans leurs singularités et dans la magie du moment, des ambiances mises en exergue.

Un travail de longue haleine qui, dans son apparente simplicité, sobriété, économie de moyens, nous conduit vers des explorations sensibles, des expérimentations à fleur de tympan, et je l’espère, à une forme d’ouverture au monde élargie.

Ces déambulations écoutantes nous révèlent, sans grands dispositifs audio-augmentés, des beautés auriculaires éphémères, ignorées autant que fragiles.

Pour en jouir sans les altérer, osons installer le silence, l’écoute partagée, et mettre l’oreille à nue !

Ondes porteuses, bassins versants, oreilles fluantes

Porter attention aux fleuves, rivières, rus, et à toutes les eaux sonnantes.

Prendre soin des eaux irriguantes, nourricières, façonneuses de paysages sonores liquides, fragiles, apaisantes, menacées…

Arpenter des rives, suivre des cours, écrire des histoires pour être au courant des choses, rêver d’ondes porteuses…

Desartsonnants est sur le versant Eauriculaire.

Il le suit comme un long fleuve in-tranquille.

L’écoute comme une rivière qui fait déborder la vase.

L’entend commun torrent.

Prête l’oreille aux eaux dormantes.

Il cherche des points de chute !

Qui l’eut crue.


En chantier, « Bassins Versants, l’oreille fluante« 

Bassin versant, le parcours des eaux sonnantes

La Loire tentaculaire

Une géographie plurielle

Un bassin versant est un territoire défini par la circulation des flux aquatiques de surface, affluant vers un même cours d’eau ou nappe souterraine.
Des lignes de partage des eaux délimitent les bassins versants, souvent en crêtes, frontières naturelles dues aux reliefs, d’où partent généralement les sources, les crêtes de bassins.
En surface, un cheminement, parfois très long pour les grands fleuves aboutit à la Mer Méditerranée où à l’Océan Atlantique, pour ce qui est de la France.
Lorsqu’on regarde des cartes de bassins versants, on est impressionné par la densité et la beauté des dessins ciselés des flux, qui ne sont pas sans rappeler des vaisseaux sanguins irriguant un corps humain. Dans les deux cas, on a affaire à un système nourricier, irriguant, source de vie.
Chaque bassin versant est unique,. Il est chargé de l’histoire, ou plutôt des histoires des eaux traversant des territoires très différents. Les approches géographiques, hydrologiques topologiques, historiques, industrielles, botaniques, biologiques, mais aussi sociales, de nombreuses activités humaines étant fortement liées, voire dépendantes des cours d’eau, font écrire l’épopée de chaque bassin versant de façon très singulière.
Les reliefs creusés, sillonnant les paysages de gorges, creusant et érodant plaines et vallées, en inondant d’autres, créent des paysages dynamiques, toujours en mouvement, en tous cas jusqu’au moment où le cours d’eau se tarit, est détourné, enterré…
Les bassins versants sont des entités dotées d’un vie propre, où l’histoire d ‘un région, d’un village, d’une grande traversée, se reflète et se construit tout à la fois.
On a bâti des villes, acheminé des marchandises, voyagé vers d’autres lieux, lavé son linge, alimenté moulins et usines, jouté, planté des arbres, au fil de l’eau.
Mais aussi on s’est baigné, reposé, on a rêvassé, fasciné par des courants fluants ou des surfaces étales.
Des histoires, contes, légendes et monstres en tous genres sont sortis des flots, des sources sacrées, tels des Hydres, Vouivres et autres Tarasques, reflétant tant des fascinations que des peurs ancestrales.

La Saône étale

Une géographie auriculaire

Les bassins versants définissent aussi des territoires acoustiques non négligeables, de la goutte d’eau au torrent rugissant.
L’eau se révèle dans un espace géographique donné, comme elle révèle se dernier, participant à lui donner corps, à lui donner vie, à l’incarner.
Cet aspect auriculaire, entre paroles, mémoires, et marqueurs sonores, acoustiques, territoriaux, de la densité urbaine aux grandes vallées sauvages, est peu ou pas exploré.
Ce que l’eau raconte d’un territoire, d’une minuscule rive à l’étendue d’un océan, est source d’inspiration, mais aussi nous avertit sur les dangers de laisser cette matière vitale exposée à toutes les dérives d’aménagements contre-nature, de pollutions mortifères.
Lorsqu’une rivière d’ordinaire bouillonnante est de plus en plus asséchée en été, que l’oreille ne la perçoit presque plus, lorsque les flots charrient des écumes colorées qui n’ont rien d’esthétiques, lorsque le silence se fait, non seulement le système hydrologique est menacé, mais toutes espèces humaines, animales, la végétation, le sont tout autant.
Ce qui dynamise un territoire peut aussi, par sa dégradation, sa disparition, sa non gestion ou ses accaparements inconsidérés, le paupériser de façon durable et pour le peu dommageable.
Beaucoup de sources auriculaires ont disparue. Les lavoirs n’accueillent plus les lavandières, beaucoup de ports fluviaux urbains ont été désertés par la batellerie, les baignades dans les cours d’eau urbains sont en générale proscrites, on a progressivement, dans les cités, tourné le dos aux fleuves et rivières. On ne les entend plus vraiment vivre, même si, ces dernières années, des villes ont revalorisé leurs cours d’eau, en y enlevant les voitures envahissantes et réaménageant des espaces piétonniers riverains.
Écouter l’eau, arpenter ses territoires, est un premier geste d’attention.
Considérer que, outre les fonctionnalités purement aquatiques, la première étant de nous maintenir en vie, l’esthétique paysagère est grandement embellie par une multitude de cours d’eau, que chaque bassin versant sonne comme un marqueur territorial, un signe de vie, n’est pas si futile qu’il puisse y paraître de prime abord.
L’eau est apaisante, que ce soit dans l’écoute de ses remous qui se brisent sur les piles des ponts, ses frémissements sous la caresse du vent, comme dans les espaces de calme préservés des vacarmes urbains. Espaces où l’on entend les traces audibles d’une biodiversité bien présente, qu’un cours d’eau ménage dans sa traversée, mais aussi une vie sociale où paroles et chants résonnent dans des lieux où il fait bon se retrouver.
L’eau doit toujours couler de source dans une écoute paysagère impliquée.

Eaux dites

« Bassins Versants, l’oreille fluante », je fais actuellement une focale sur les milieux bouillonnants, aquatiques, les eaux courantes, dormantes, submersives, taries, murmurantes…

Ce n’est pourtant pas une lubie soudaine, un reflux, une résurgence capricieuse, un courant bleu dans l’air du temps, mais plutôt une source qui n’arrête pas de sourdre au fil des paysages « arpentécoutés », de refaire surface ici et là, comme une manne nourricière incontournable.

Fascinante dans sa fragilité, cette composante paysagère, de fontaines en rus, de torrents en cascades, de lacs en océans, ne manque jamais de titiller l’oreille du promeneur écoutant que je suis.

Source d’inspiration, de récits, de paysages racontés de rives en rives, il ne s’agit pas seulement de faire entendre ces flux multiples, mais de conter des histoires toujours renouvelées, au gré des reliefs et des territoires habités.

Conter pour faire exister, dans bien des situations, apaisées ou conflictuelles, complexes, dans des tensions écosophiques hydrologiques, qui nous montrent des lendemains plus qu’incertains,.

Eaux mémoire, énergie, ressource, sculptrice de surprenants reliefs, de paysage creusés dans ses flots, oasis espérés, génératrice d’ambiances sonores irriguées, élément climatique capricieux…

Combien de cours d’eau, minuscules ou spectaculaires, ai-je suivi, emmenant avec moi moult paires d’oreilles assoiffées.

J’ai fabriqué et marché bien des histoires fluantes, des pentes de la Sierra d’Estrella portugaises, de la vallée des Gaves du Pau Pyrénéenne, des rizières malgaches, des contreforts de collines auvergnates, du Jura côté France et versant suisse, des rivages baltes à la Neva à Saint – Pétersbourg, de Trois -Rivières la bien nommée québécoise, d’une source-lavoir gersoise, de la Drôme noyée de soleil, d’entre Rhône et Saône des Gônes, jusqu’au pied de chez moi…

Aujourd’hui, sans vouloir canaliser de façon trop rigide tous ces superbes flux hydrauliques, je leur donne une scène mouvante, qui nous invite à écouter les innombrables voies d’eau, voix d’eau, à leurs prêter attention, à en prendre soin, plus que jamais.

Je file modestement la trame bleu comme un commun universel qui nous maintient en vie.

Je suis partagé entre mes émerveillements devant les eaux tumultueuses et mes angoisses devant les fleuves asséchés.

Je voudrais vous emmener marcher au fil de l’onde, toutes oreilles aux aguets, et vous raconter encore, et vous entendre dire, mille méandres rafraichissante.

https://drive.google.com/file/d/1ZlAf1VGBiboj9zLioX8-4T8DsZrKMVb6/view?fbclid=IwAR3gz0AER_yyXu6cvMz6OvgakUsdLjEbjSEEJ1uf-x4vlRA0c1LcQhym8Bk

https://drive.google.com/…/1ZlAf1VGBiboj9zLioX8…/view…

Bassins versants, Rançonnet mon voisin d’enfance

Le Rançonnet est une petite rivière qui a bercé mon enfance en coulant au pied de la maison familiale. Nous sommes dans la petite ville d’Amplepuis, nichée au cœur du Haut-Beaujolais, pays de sapins et de prairies de moyenne montagne aux reliefs assez pentus..

Le tronçon proposé ici court le long du quartier dit de l’Industrie, au bas de la ville, appelé localement « le fond du bourg « 

Détourné en bief pour alimenter la chaudière de la grande usine textile voisine, le Rançonnet traversait le quartier, en partie recouvert par la chaussée du carrefour du quartier de l’Industrie.

Le ruisseau sillonne aussi, en amont, le quartier dit de la Viderie, rivière affluent du Rançonnet aussi dénommé la Jonchée. Que de jolis noms ruisselants.
Il se jette ensuite dans le Reins, lui-même alimentant autrefois deux autres usines textiles aujourd’hui plus en activité, avant que celui-ci n’aille confluer vers la plaine de Dame Loire. Celle-ci coulera par monts et par vaux vers le Grand Ouest Nantais. Un bien beau et long périple en perspective.


Au sortir de la bourgade, le cours d’eau serpente le longs de prairies paisibles vers le versant ligérien.


Au pied de chez moi, le bief était bordé d’une végétation assez touffue, où vivaient salamandres et tritons qui parfois s’aventuraient jusque dans la fraicheur du couloir d’entrée de notre maison.
Plutôt silencieuse, la petite rivière se manifestait indirectement par de longs lâchers de vapeur via la chaudière de l’usine qu’elle alimentait, faisant rugir de longs sifflements, bruits blancs puissants qui ne manquaient pas de m’inquiéter les premières fois que je l’entendis lorsque j’étais enfant.
Aujourd’hui, l’usine a disparu, s’est tu, rasée pour laisser la place à un sympathique parc urbain, avec une halle couverte pour accueillir un marché hebdomadaire et des fêtes locales. Autre époque, autres sonorités.


Le Rançonnet a quasiment retrouvé son cours naturel, longeant tranquillement le parc, plus ou moins présent à l’oreille selon les saisons et les pluies. Des seuils ont été arasés afin que le ruisseau réintègre son cheminement d’origine.
Parfois quasiment inaudible, tout juste quelques clapotements lorsqu’on se penche dessus, surtout vers un glacis pierreux canalisant son cours vers l’ex usine, il peut se faire entendre plus généreusement au fil des averses, des orages, des périodes humides. Jamais toutefois il n’aura l’audace acoustique d’un torrent montagnard dévalant des hautes vallées. Il restera un ruisseau assez sage qui néanmoins égaie tranquillement le quartier.


J’aime écouter sa présence estivale discrète, rafraichissante, presque rassurante, en lisant sur un banc ombragé qui le surplombe, une petite trame bleue qui fait partie, au fil du temps de l’âme du quartier, le façonnant acoustiquement.
La disparition des usines qu’il alimentait lui a apparemment redonné une pureté aux écosystèmes riches, où chabots, truites fario et écrevisses à pattes blanches sont à leur aise, et où de belles libellules bleutées folâtrent parmi les renoncules des rivières.


Cette petite incartade auriculaire, aquatique, dans le quartier qui m’a vu grandir, et où, après de nombreuses années plus urbaines, je me suis récemment réinstallé, est marqué de souvenirs, de transformations, démolitions, réaménagements, au fil de la disparition du tissu industriel local. Des affects un brin mélancoliques qui s’écoulent dans les flux et reflux mémoriels
Retour aux sources pourrait-on dire littéralement.

Données hydromorphologiques

https://onde.eaufrance.fr/acces-aux-donnees/station/K0943031

Cliquer pour accéder à 820031385.pdf

Les sons du Rançonnet enregistrés ici ont été captés sur une petite dizaine de points d’ouïe, puis remixés pour suivre une progression vers une petite chute en glacis. Cette dernière divisait la rivière en deux branches, en orientant une vers l’usine via un bief aménagé à cet effet, et une autre contournant les bâtiments.
Le cheminement de cette petite trame bleue s’effectue sur un court trajet, quelques deux cent mètres au maximum.


La captation a été réalisée via un enregistreur numérique équipé de microphones système MS, pour rendre plus pertinentes les variations aquatiques allant crescendo..
De gros orages ayant éclaté sur la ville et ses alentours les jours précédents, le courant est assez fort pour un milieu juillet, donnant à l’oreille l’impression d’un cours d’eau beaucoup plus important qu’il n’est.
Ambiance qui peut cependant très vite changer si un épisode plus sec et chaud s’installe.

Les heures d’écoute attentives et de douces rêverie passées à ausculter le petit tronçon du Rançonnet n’étant pas retranscriptibles dans la durée, elles ont été ramenées à quelques 60 minutes d’enregistrement, et au final à 8 minutes de montage audio assorti d’images et de mots. Une « vision » synthétique qui tente de condenser l’espace-temps poétique d’un fragment de cours d’eau dans son plus long cheminement. Un bout d’histoire sonore fluante qui invite l’oreille vers de multiples autres rives. Un échantillon comme prélude à un projet « Bassins Versants, l’oreille fluante » qui arpentera bien d’autres rives et dérives.

En écoute

En images

https://photos.google.com/album/AF1QipM3kWKP4oZA06a3vmEu4xNqoJILZgdd7FUYBQ1h

Cette publication s’inscrit dans le projet « Bassins Versants, l’oreille fluante« 

Glissement vers la nuit « S’enforester les esgourdes » Festival Back To The Trees 2023

Il est 21H30.
Après une courte montée caillouteuse et bien pendue, nous nous retrouvons en forêt. Enfin, dans une autre partie de la forêt, celle qui s’échappe, vers les hauteurs, des chemins balisés d’un festival.
Une forêt franc-comtoise dense, peuplée de feuillus élancés et entremêlés.
Au bas, le festival Back to The Trees bat son plein, ses rumeurs se font encore entendre.
Je le quitte progressivement, momentanément, entrainant à ma suite une bonne vingtaine de personnes, en silence, telle est la règle.
Jusqu’à nous retrouver dans une ambiance purement forestière, quasi silencieuse, à nuit tombante.
C’est un moment de glissement, de bascule, de transition, de fondu, moment interstitiel toujours magique pour moi.
Un glissement entre la lumière et l’obscurité, entre les chants d’oiseaux diurnes et ceux nocturnes, entre une vie qui s’estompe peu à peu et une autre qui s’active, sans rien bousculer, bien au contraire.
Un appel à l’écoute dans tous ses états, où le corps entier est invité à vibrer aux sons de la forêt qui s’endort et se réveille tout à la fois.
Nous marchons avec le plus de discrétion que possible, pour ne pas troubler la quiétude des bois alentours, et surtout de leurs habitants.
De petites histoires boisées, disséminées dans une clairière, viendront néanmoins animer ponctuellement, discrètement, le parcours. Des sons d’une autre forêt, lointaine, bordelaise, avec les voix d’enfants contant des haïkus sylvestres, créés sur place. Un décalage d’une forêt à l’autre, transposition spatio-temporelle, ludique et facétieuse.
Avant que tout rentre dans l’ordre, doucement, sans que rien n’ait été brusqué, tout juste une petite incartade discrète entre bordelais et Franche Comté.
La nuit s’avance, les formes s’estompent, la scène sonore devient de plus en plus ténue, intime, laissant aux oreilles un espace très aéré, où le moindre son trouve sa place dans une ambiance apaisée, loin des turbulences sonores.
Auscultation des troncs, des mousses, des branchages, des rochers, on amène l’écoute vers la matière, au plus proche du toucher auditif, de la granulation sonore, de la micro aspérité. La nuit donne à l’oreille une joyeuse complicité ludique.
Avant de redescendre vers la civilisation, plus sonore, où les voix viendront à nouveau ponctuer les lieux, mais néanmoins sans grands éclats, la forêt suggérant aux festivaliers de ne pas brutaliser les lieux, d’en respecter ses zones protégées, loin des grandes rumeurs urbaines.
Le glissement dans la nuit nous ramène vers le bas, sans doute un peu plus à l’écoute de tout ce qui bruisse autour de nous, c’est en tous cas un des objectifs recherchés.

Notes suite à un PAS – Parcours Audio Sensible pour le Festival Back To The Trees 2023
Forêt d’Ambre à Saint-Vit (25)
Samedi 02 juillet 2023

Lien album photos @Lorraine Moliard – Back To The trees
https://photos.app.goo.gl/yb8Lyo5FexfNJpVZ6

Arpenter, écouter, aux rythmes de la lenteur

PAS – Parcours Audio Sensible nocturne – Loupian (34) Centre culturel O34rjj

Parce que l’écoute demande de la disponibilité, et que la disponibilité demande du temps.

Le temps de l’arpentage en l’occurrence, celui qui nous mesure à l’espace, physique et acoustique, matériel et sensoriel, topologique et symbolique, celui qui nous incite à y trouver notre place, sans rien précipiter. 

Il nous faut nous glisser discrètement à notre place d’écoutant, celui qui désire se plonger dans les ambiances sonores, sans les brusquer, tout doucement, sans faire de bruit, ou très peu.

Nous nous sentirons notre place en prenant le temps de nous glisser entre, et dans les sons, de les laisser nous entourer, avec plus ou moins de douceur, et parfois de brusquerie, il faut en avoir conscience.

La lenteur est aussi dans la façon de marcher, donc d’arpenter, sans presser le pas, voire en le ralentissant de plus en plus, jusqu’à s’immobiliser (situation de point d’ouïe).

Les sons quant à eux, ne s’arrêteront pas pour autant, ils continueront leur ronde environnante, vivante et incessante.

Parfois cependant, il sembleront ralentir, comme dans le murmure d’un ruisseau courant, sans heurt, ni ressac, ni crescendo. Un flux reposant.

Dans une écoute attentive, le rythme est intrinsèquement empreint de lenteur, et si il ne l’est pas, il faudra la rechercher, la fabriquer même, en ralentissant franchement, contre vents et marées.

La nuit par exemple, est un moment propice à plus de lenteur, à des rythmes apaisés, enveloppés d’ obscurité, de demi-teintes, lumineuses et sonores. L’écoutant peut ainsi partir à la recherche d’espaces nocturnes, ceux peu habités, peu fréquentés, aux heures creuses, qui compenseront ses journées trépidantes.

Il peut aussi se frotter à des forêts profondes, là où marcher tranquillement, loin des routes aux flux énervés.

Dans l’idéal il peut également aspirer à une cité épurée de ses innombrables déchets sonores, de ses pollutions qui mettent l’oreille et le corps entier à mal.

La lenteur est, avec le silence, un amplificateur d’écoute, accueillie comme une respiration bienfaisante.

Exemple vécu, lors d’un PAS – Parcours Audio Sensible nocturne, dans un trajet de la place de la Croix-Rousse jusqu’à la place de l’Opéra, via les pentes et les traboules lyonnaises.

Distance : environ 1 km, zigzags compris.

Durée : deux bonnes heures.

Conditions : silence du groupe

Vitesse de déambulation : à peine 0,5 km/h, arrêts compris.

Taux de satisfaction des promeneurs écoutants : 100 %

La vitesse est sans doute, un vecteur d’inhabitabilité chronique, dans un monde qui file à grands pas vers l’insoutenable, en produisant un chaos lui-même de plus en plus inécoutable.

Il faut casser les rythmes trop effrénés, trop agressifs, pour réécouter, et au-delà, vivre et survivre au tumulte menaçant.

Il nous faut encore et toujours ralentir pour mieux entendre, nous entendre, pour tenter de mieux comprendre, pour que les paroles circulent sereinement, pour qu’on puisse en saisir la teneur, pour réduire les maltraitances de décisions et d’actions violentes et arbitraires.

La lenteur est un facteur qui conforte une pensée et une action collective pacifiée, ici celle de l’écoute, comme un acte écologique a priori anodin, néanmoins nécessaire au quotidien, en l’occurrence vers une écologie auriculaire et sociétale.

Le monde, y compris sonore, pour qu’il soit vivable, doit être pensé via une recherche d’apaisements, de ralentissements, d’économies de gestes et de réflexions, hors des réseaux épidermiques, frénétiques, générant des actions irréfléchies, à l’emporte-pièce. La recherche de paysages sonores vivables ne peut faire l’économie d’une éthique écoutante, fondamentalement relationnelle. Le plaisir de faire ensemble, de résister collectivement à un emballement sclérosant nos relations sociales, n’en sera que plus fort.

Pour conclure, les PAS – Parcours Audio Sensibles, offrent des arpentages de territoires, au fil d’expérimentations sensorielles, où la lenteur et de mise, jusque dans une certaine radicalité performative, néanmoins tout en douceur.

L’absence de tout dispositif technique, scénique, la simplicité du geste, son inscription dans un espace-temps non précipité, à la recherche de zones apaisées, militent pour une approche sensible, non invasive, non stressante, respectueuse des lieux arpentés comme des acteurs arpenteurs.

L’écoute au grand frais

Un immense super-marché revisité de l’oreille en périphérie de la ville d’Istres
Un groupe de promeneurs.euses écoutants.es
Une tournée nationale de balades sonores via PePason
Une artiste chercheuse doctorante, Caroline Boé
Une recherche-action en chantier
Des bruits envahissants
Ceux que l’on écoute pas, ou plus
Ceux qui pourtant sont omniprésents
Insidieusement perturbants
Un terrain d’aventure et d’exploration
Le rayon hyper Grand Frais
Des alignées impressionnantes de banques réfrigérées
Des allées de frigos à casiers
Des victuailles à perte de vue
Un temple de la consommation de masse
Des viandes, glaces, plats cuisinés, légumes emballés
Le tout à satiété
Débauche de couleurs dégoulinantes
Et surtout pour nous
Traqueurs de micros sons
Une incroyable collection de sonorités réfrigérantes
Ronronnements, vrombissements, cliquetis, souffles et soupirs
Le vocabulaire peine à circonscrire le panel bruitiste
Une variété d’objets sonores
Qui seraient presque objets musicaux
Si l’oreille les extrait du global
Les scrute en mode rapproché
Les examine en curieuse
Parfois des ambiances organiques
Ça respire sous les vitrines
Ça gémit dans les casiers
Ça ronronne au cœur des frigos
L’expérience est pour le peu inouïe
Performance dans un univers hyper marchandisé
De charriots à gaver
De tentations perfides
Même la Muzak surpermaketisée est ici en partie gommée
De mille souffles refroidissants
Jusqu’au creux de l’oreille.
Du grand Frais dans les esgourdes
Mais pas vraiment l’air du large.

Texte Gilles – Malatray – Desartsonnants – PePaSon – Le 18/03/2023

Balades PePaSon à Istres/Étang de Berre

Revisiter le paysage sonore ?

Depuis les années 60, l’émergence de l’écologie sonore, celle des arts sonores, investissant, via notamment le field recording, différents champs d’esthétiques audio-paysagères, le paysage sonore ne cesse de questionner nos rapports à l’écoute, au sens large du terme.

Néanmoins, certaines problématiques et hypothèses mériteraient d’être remises en question, ou tout au moins requestionnées, dans un contexte socio-politique et environnemental en pleine mutation, en pleine crise, c’est le moins qu’on puisse dire.

Des postures dichotomiques, tranchées, clivantes, entre le low-fi et le hi-fi (notions de Murray Schafer), le beau ou l’inesthétique, pour ne pas dire le laid, le bruit et le non bruit, le quantitatif et le qualitatif, le normatif et le sensible, l’artistique et la recherche…malgré toute les avancées techniques et intellectuelles, ont encore la vie dure.
La notion de paysage sonore est régulièrement remise en question, jusque dans la reconnaissance du terme, et au-delà, des pratiques qui lui sont liées, refusant ainsi de considérer le dit paysage dans toute sa complexité. Cette complexité qui en fait non seulement son grand intérêt, mais justifie une recherche-action potentiellement fructueuse à bien des niveaux.
Les cloisonnements entre l’artistique, la recherche, l’aménagement, les approches sociétales, malgré de nombreuses tentatives d’ouverture, restent entravées de querelles de clochers, de contraintes voire des barrières économiques, des critères de non « rentabilité », du scepticisme, des lourdeurs administratives, par la peur de « l’aventure »…
Les outils de lecture et d’écriture, tels le soudwalking (marche écoutante), le field recording (enregistrement de terrain) sont peu considérés, et guère envisagés dans des approches transdisciplinaires, voire indisciplinées, susceptibles de produire tant des créations esthétiques, que des leviers d’action sur le terrain.
Le questionnement écologique reste empêtré dans des approches environnementales, coincé dans une écologie sonore moralisatrice et punitive, qui ne tricote pas les aspects esthétiques, économiques, territoriaux, sociétaux, patrimoniaux.. La pensée décloisonnée, plus proche d’une écosophie guatarienne, d’une écologie de l’écoute, de l’écoutant, et des milieux écoutés, fait souvent cruellement défaut.
Entre une vision esthétiquement édulcorée et une approche techniquement aseptisée, reste à trouver des espaces de dialogue où les différences trouveront un terrain d’entente fertile.

Plus de trente ans de questionnement et d’expérimentation sur le terrain, de transmission, de « bidouillage » pédagogique, de rencontres et de chemins de traverse, entre festivals, collectivités territoriales, groupes de travail, écoles et universités… pour en arriver à un constat a priori si négatif.
Et pourtant, le fait que tant de voix hybrides restent à explorer, à expérimenter, que tant de cloisons restent à abattre, de bien-être à défendre, de communs à partager, font que, plus que jamais, dans des temps agités, le paysage sonore reste une entrée à privilégier pour un bon, ou un meilleur entendement.

Écouter le monde – Paroles de poètes – Souffles

Comment les sons de la vie quotidienne résonnent-ils dans les paroles des poètes ? Comment les poètes écoutent-ils le monde ? Guetteurs d’inaperçus, ils suggèrent bien souvent des manières inattendues et profondes d’y prêter l’oreille. « Écoute plus souvent les Choses que les Êtres… », écrit le poète sénégalais Birago Diop dans Souffles. Éclats de voix d’un poème aimé et remémoré.

Cet épisode a été enregistré lors d’un atelier d’improvisation et interprétation dirigé par Monica Fantini dans le cadre d’une résidence d’artiste à l’Alliance française de Ziguinchor, au Sénégal, en mars 2023. Merci aux participants en résidence : le poète Chehem Watta, la dramaturge et comédienne Danielle Lyse Itoumba Mbeng et l’écrivain et metteur en scène Luc Alanda Koubidina.

Pascale Evrard

ÉCOUTER LE MONDE, EN BREF

Tout à la fois émission de radio diffusée chaque dimanche dans le journal d’information de RFI et plateforme participative, Écouter le monde donne à entendre les cultures, les langues et les imaginaires du monde à travers des sons d’Afrique, d’Amérique, d’Asie, d’Europe ou d’Océanie. Des centaines d’émissions sont à écouter en podcast sur ce site, tandis que la plateforme participative et évolutive propose des cartes postales sonores et des enregistrements. À ce jour, 245 captations sonores sont disponibles en libre accès.   Auteure et coordinatrice d’Écouter le monde, Monica Fantini écoute, enregistre et compose des pièces sonores à partir de sons du quotidien : claquement des portillons du métro parisien, harangues des vendeurs au marché de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, craquement des glaciers en Patagonie, roulement des calèches dakaroises ou encore cloches de la place Saint-Marc à minuit à Venise, voix de poètes… Autant d’éclats de vie avec lesquels elle tisse des récits pour raconter le monde, créer des liens et partager des savoirs.  

De leur collecte à la création d’œuvres sonores et à leur diffusion, Monica Fantini sollicite la collaboration d’artistes, de chercheurs, compositeurs, journalistes et écrivains, afin de fédérer une large communauté et de mettre en commun expériences et savoirs dans différentes approches du son. Avec l’ambition de développer la pratique, le sens et le plaisir de l’écoute, elle dirige aussi des ateliers sonores s’adressant à tous les publics : enseignants, enfants, étudiants, migrants, détenus, poètes, musiciens… Enfin, les créations sonores d’Écouter le monde font régulièrement l’objet de présentations publiques dans le cadre de festivals, d’expositions, de colloques et d’événements culturels dédiés, imaginés par les auteurs de la plateforme. Tous les ans, la Bibliothèque nationale de France laisse ainsi carte blanche à Monica Fantini autour d’Écouter le monde. 

Podcast en écoute ici

Point d’ouïe, Strasbourg en écoute, une vraie fausse histoire auriculaire

Tout commence par une foule, nombreuse, joyeuse, bavarde, mouvante.
Des voix, beaucoup de voix, captées de près, en mouvement, sur la grande place historique de la cathédrale.
Une fête des structures culturelles et artistiques, autour et tout près de là cathédrale.
Des rythmes voisées, des déplacements, des captations discrètes, une ambiance festive.
Au loin une musique, percussions en contrepoint.


Et puis, sans qu’on y prenne garde, arrivent crescendo, de loin, puis de plus en plus présentes, les cloches de la cathédrale.
Une volée majestueuse qui envahit progressivement la place, fait contrepoint avec les voix ,puis finit par les couvrir, majestueuses.


S’ensuit une petite déambulation jusqu’à un manège d’enfants.


Des étudiants croisent la route des micros, ou sont-ce ces derniers qui vont à la rencontre des étudiants.
Un chant traditionnel, matinée de grivoiseries potaches. Un joyeux bizutage en chansons, car c’est l’époque.


Ces scansions chantées vont faire écho à un autre rythme, plus étrange, mécanique, énigmatique pour qui n’en connait pas la source.
Un contrepoids battant de portail métallique, dont le mouvement semble être une sorte de balancier perpétuel n’en finit pas d’osciller, et de s’éteindre
Clic clac, des gémissements, grincements…


Avant un retour fugace aux cloches dont la volée finissante fait échos aux battements du portail. Deux mouvements a priori très différents, mais qui ont en commun de s’entretenir longtemps en balancements, dans une longue extinction décélérante.

Cette histoire auriculaire, retranscrite par un montage audio écoutante ci-dessous, s’appuie sur des « vrais » sons et ambiances, bruts dans leur captation, véritablement strasbourgeois. Et pourtant rien n’est véritablement vrai dans leur déroulé. Les espaces géographiques, périodicités acoustiques, les temporalités, sont complètement remaniées pour une question de rythme du récit, et de dynamique de la narration, tout est reconstruit de toutes pièces .
L’histoire eut-été bien fade, ennuyeuse, dans une restitution phonographique « réaliste », si l’auteur, en l’occurence Desartsonnants, n’avait pris la liberté de raconter, par le biais des impressions, des ressentis, et de rythmes recomposés, un récit singulier, une fiction bien sonnante.
S’il y a ici un tricotage spatio-temporel où l’imaginaire trouve largement sa places il n’y a pas pour autant trahison de la part de la part de l’écoutant transcripteur compositeur, qui va donner à entendre sa propre image sonore, sincère, même si très subjective.
Les ambiances sont respectées, dans leurs dynamismes, leurs atmosphères enjouées, pou étranges, leurs diversités, et parfois complexité. Tout est à la fois bien réel in situ, et complètement remanié, pour que l’oreille y trouve son compte, prenne du plaisir d’entendre, et pour que les locaux puissent se reconnaitre, au sens propre et au sens figuré, dans cette vraie/fausse histoire strasbourgeoise.
Raconter un paysage par et pour les oreilles, c’est partager des expériences d’écoute. C’est aussi construire une scénophonie, une mise en son et en situation d’écoute contextuelle, dans un récit où le fictionnel est assumé, voire revendiqué.

Points d’ouïe strasbourgeois, invité, avec Pauline Desgrandchamp, par Studio Labut , Yerri Gaspar Hummel, pour une émission radiophonique Arrêt média (cliquez sur le lien pour écouter), un PAS – Parcours Audio sensible, et des échanges avec le public autour des paysages sonores partagés.
Août 2022

Écoutez

https://desartsonnants.bandcamp.com/track/strasbourg-loreille

Parcours sonores engagés

Lorsqu’avec l’association PePason, nous avons initié la Tournée des balades sonores, je préfère d’ailleurs l’intitulé balades écoutantes, terminologie pour moi plus activiste, nous pensions, fort justement, que cette pratique était aujourd’hui un formidable outil pédagogique.

A ce jour, après trois opus polyphoniques, généralement guidés par des duos d’activistes marcheurs écoutants, je m’aperçois combien cette idée est non seulement fondée, mais permet une approche du paysage sonore plus riche encore que je ne l’imaginais a priori
Le fait de croiser des pratiques, de les expérimenter in situ, collectivement, de le décrire, commenter, analyser, documenter, nous fournit une ressource tissée d’expériences multiples d’une grande richesse.
Ainsi, s’ébauche, se dessine, une histoire vivante de paysages sonores en mouvement, dont nous pouvons énoncer d’emblée quelques axes structurants, bien que non exhaustifs.

La balade écoutante comme :
– Un espace-temps sensible déambulatoire, esthétique, partagé, catalyseur d’affects et d’émotions
– Une lecture paysagère tout à la fois sensible et analytique du territoire arpenté
– Une écriture située de parcours, de cheminements, où la kinesthésie trace des chemins auriculaires
– Un terrain d’expériences, de jeux, au gré de consignes, de suggestions, de protocoles, d’aventures impromptues…
– Un espace de rencontres, de sociabilités, un tissu de relations intimes, qui se révèle, s’amplifie, et s’enrichit, lors de la marche et des échanges inhérents
– Une trace mémorielle, qui pourra influer et réorienter sensiblement nos approches environnementales
– Un levier de militance active, au cœur de combats où l’écologie écoutante, sociale, économique, fera résistance, autant que faire se puisse, à un capitalisme mortifère.
– Un axe de recherche-action, mettant en place des outils participant à un mieux écouter, un mieux vivre ensemble.

Notons que, pour ma part, la dimension politique tend à s’accentuer au fil des marches, tout en restant sur un terrain poétique, ou poétisé, par la mise en situations d’écoutes singulières et partagées.

Chroniques écoutantes #5

Dernière livraison Desartsonnante Opus* 5

« Paroles d’écoutants, chroniques auriculaires »

Une nouvelle compilation de récits d’écoutes, de parcours sonores, expériences de terrains, formations, réflexions et autres textes auriculaires impromptus…

* Ouvroir Potentiel d’Utopies Sonores (réalisables)

Liens de lecture et/ou téléchargement

https://drive.google.com/file/d/1QacryV4Ajp05PErhWjfCIfhusSWF1Hvn/view?usp=sharing

https://www.academia.edu/93388316/Paroles_de_coutant_chromiques_auriculaires?fbclid=IwAR2cnNKyYOsLgPPPao-8AwqJdDnBfYoxt6Sj9ky1sP-nfbH_s9fLFF7UcOc

Un PAS – Parcours Audio Sensible manceaux

PAS – Parcours Audio Sensibles manceaux
Les 24 heures du son

Premiers pas et repérages

Diurne
Arrivé relativement tôt au Mans, le premier trajet sera, pour prendre le pouls de la ville, de la gare jusqu’à l’école d’art du TALM, qui m’invite à venir travailler avec des étudiants en design sonore autour de la notion de parcours sonores.
Une fois encore, j’ai une image très imprécise de la ville, voire totalement fausse. Je m’imaginais en effet une cité relativement plate, sans grand relief, or il n’en est rien. Il y a bien une ville basse, arrosée par la Sarthe, et une ville haute, jusqu’à la cathédrale et les fortifications, via le quartier historique de Plantagenêt.
La première traversée, suivant les voies du tram, traversant le centre ville, est assez « classique », un axe très circulant, bordé de commerces divers, ponctué de places publiques de différentes tailles.
Halte à l’école d’art, où je dépose avec plaisir ma grosse valise.
Départ pour le repérage d’un autre tronçon urbain, vers la ville haute, empruntant les dédales de la vieille cité médiévale.
Trajets sinueux, arrêts sur points d’ouïe potentiels, plongeons dans quelques acoustiques réverbérantes, endroits protégés… En ce début d’automne, dans des espaces plutôt resserres, les ambiances sont assez calmes, hormis la redescende, au pied des fortifications, via un marché très sympathique et animé.
Le parcours offre un panel d’écoutes très intéressant, dénivelés et pavés à l’appui.

Nocturne
Autour de la grande place centrale dite de La République.
Le fond de l’air est doux, très agréable.
Un banc d’écoute m’offre un point d’ouïe très agréable.
Beaucoup de promeneurs, flâneurs et autres passants rentrant du travail faisant les courses du soir.
Beaucoup de jeunes étudiants s’égayant joyeusement dans l’espace public.
Un espace acoustique là encore agréable à visiter de l’oreille.

Une première journée de repérage en solo, bien remplie, d’ailleurs assez physique au regard de la topologie urbaine mandéenne.

Rencontres avec les étudiants

Je présente à un groupe assez nombreux dans un premier temps, mon travail illustré d’expériences de terrain, ainsi que quelques autres activistes du paysage sonore de différentes générations, et de leurs recherches, créations et travaux respectifs. L’objectif restant de travailler autour du ou des parcours d’écoute, comme objet de création. Suite à cela, nous engageons de premiers échanges où les notions de paysage, écologie, aménagement et créations sonores sont abordées.
Dans un deuxième temps, des échanges ont lieu avec un groupe ARC (Atelier Recherche et Création) beaucoup plus restreint, avec lequel nous travaillerons sur la construction et la mise en pratique de parcours sonores.
Nous focaliseront les propositions autour de la ville (Le Mans) auscultée, parcourue, mise en écoute, au regard d’expériences desartsonnantes et autres praticiens, artistes marcheurs écoutants.

PAS – Parcours Audio Sensibles collectif

A la suite de ces échanges, et au regard de mon repérage de la veille, j’embarquerai le groupe ARC dans une assez longue et lente déambulation écoutante, dans une périphérie autour de l’école, jalonnée de plusieurs points d’ouïe, et autres d’expériences autour de postures et d’objets, dont certains improvisés au fil du parcours.
Comme de coutume, silence et lenteur seront convoqués pour nous immerger, essentiellement à oreilles nues, dans ce PAS au cœur de paysages sonores manceaux.

Immersion en cité du Plantagenêt

Juste derrière et au-dessus de l’école, le quartier historique du Mans, médiéval et Renaissance, s’accroche à une butte pavée et pentue, jusqu’à l’imposante cathédrale. Cité dans la cité, ceinte d’anciennes fortifications gallo-romaines, ce micro territoire constituera un excellent terrain d’écoute pour débuter notre promenade écoutante.
Espace acoustique piéton privilégié, de ruelles en placettes minérales resserrées, ponctuée de commerces, c’est une belle façon de rentrer dans l’écoute.
On y installe tout à la fois le silence et l’écoute, dans un espace apaisé, croisant parfois quelques passants devisant, souvent signalé par la percussion de leurs pas avant-même qu’ils n’entrent dans notre champ de vision.
Point d’ouïe, scène d’écoute ténue et subtile, à une croisée de ruelles. Les fenêtres ouvertes de la cuisine d’un restaurant nous font entendre de discrets tintements de verres et de couverts, petit concert de percussions, intime et délicat. Tendre l’oreille vers le presque rien, l’infra-ordinaire qui font la beauté des lieux.
Un son de sonnailles, incongru en ce lieu, se fait entendre. Il s’agit d’un présentoir métallique, où sont suspendues de multiples casseroles en acier, qui tintent en s’entrechoquant lorsque cet étrange présentoir est sorti de l’échoppe. Nous ne manquerons pas d’en percuter quelques unes au passage.

Il y a de l’orage dans la pierre

Je choisis une ruelle très étroite, en retrait de la rue principale, pour y installer quelques sonorités exogènes de mon cru. Quatre mini enceintes portables, autonomes, sont disposées en mode couloir, profitant des murs resserrés et de la minéralité des espaces, pavés compris, de façon à faire circuler des sons d’orages revisités. Ces derniers sont empruntés à une autre installation sonore lyonnaise. Une ambiance orageuse, mâtinée d’éclairs électroniques, sous un ciel d’un bleu azuréen. Magritte n’aurait pas dénié ce paradoxe sensoriel.
Une couche sonore en frottement.
L’installation progressive, qui vient réécrire une architecture acoustique remaniée, aux limites incertaines, suivie d’une désinstallation elle aussi progressive; glissement vers un retour à la normale résilient, où un certain silence reprend ses droits.
Anecdote, une passante et son chien, qui s’avèrent habiter dans une maison de la ruelle sonifiée, restent à l’entrée de la ruelle, visiblement inquiets et pas très rassurés de ce rassemblement silencieux et de ces sons pour le moins déroutants. L’un de nous leurs explique cette expérience étudiante. Nos riverains finiront finalement par rentrer chez eux, en se glissant timidement entre entre les grondements et écoutants. La perturbation de l’espace public par la modification de ses paysages normalement attendus, fait aussi partie du jeu.

Tranchée et percée d’écoute, zoom et fenêtre panoramique

Nous arrivons sur le haut de la ville. Un pont, très haut, enjambe une route en contrebas. La vue domine une sorte de grande percée fortement encaissée à nos pied, coup de sabre brutal dans le paysage.
Un flux irrégulier de voitures passent sur la chaussée que nous dominant, et quelques piétons dont les voix nous parviennent, réverbérée par des parois de pierre. Une situation d’écoute panoramique assez originale en son genre, où l’oreille est guidée pas une ligne radicalement creusée par l’aménagement urbain. Une rumeur montant du bas, néanmoins assez canalisée par une fracture urbaine nettement marquée.
Et il se trouve que deux cônes de chantier sont posés là, sur la petite esplanade point d’ouïe idéale. Ils y étaient déjà là la veille, lors de mon repérage, et j’avais alors espéré qu’ils y restent jusqu’aujourd’hui, pour notre parcours collectif. Vœu exaucé !
Nous jouerons donc, et le verbe jouer prend ici tout sons sens, par les gestes ludiques qu’induisent ces cônes « longue ouïe » – écouter , amplifier, colorer, viser, parler, crier, chuchoter, stéréophoniser, mettre en scène…
Les étudiants, et encadrants prennent un plaisir manifeste à détourner de leur fonction initiale de balise de travaux, à se mettre en scène comme des écoutants et joueurs d’espaces, bien marqué dans cette position géographique de surplomb urbain. Ce n’est certes pas la première fois que nous rencontrons et testons, lors de promenades écoutantes, ces cônes de chantier comme objets d’écoute et porte-voix, mais non seulement le plaisir du jeu est toujours renouvelé, qui plus est dans un panorama auriculaire singulier comme ce surplomb d’une brèche urbaine.

Immersion résonante, les effets cathédrale

Arrivée à la cathédrale, imposante, dominant la ville avec le château voisin, nous ne pouvions passez près de l’édifice sans explorer son acoustique, type réverbération cathédrale, emblématique.
J’y avais déjà fait une longue halte la veille, lors du repérage, et effectué un enregistrement audio venant compléter ma collection en chantier d’espaces résonants.
Une immersion s’impose; Prendre le temps de savourer cette acoustique où le moindre son est magnifié. Des voix chuchotées, des pas, des portes, et les sons de l’extérieur joliment filtrés. Tout une ambiance que seul ce type de bâtiments, par son gigantisme minéral, sait créer. C’est un espace d’écoute privilégié, pour accoutumer l’oreille aux micro sonorités, découvrir les mille et un secrets de la réverbération, entendre les sons se déplacer dans l’espace, nous environner.
Assis vers le centre, nous sommes au sweet-spot d’une superbe immersion.
Debout, nous multiplions les points d’ouïe, les espaces transitoires entre grandes travées et chapelles latérale. Un petit territoire où je pourrais passer des heures à l’explorer, tester, parfois faire sonner, de la voix… Le chant dyphonique s’y prête à merveille, je le teste. Les longues notes vocalisées aussi, une chanteuse du groupe s’y essaie.
Deux espaces, non sonores et pourtant Oh combien évocateurs sont remarquables. Dans une chapelle, un fantastique plafond peint aux anges musiciens. On peut imaginer les entendre jouer, paysage sonore archéophonique.
Sur une aile, d’imposantes orgues romantiques, muettes lors de notre passage, mais on imagine aisément la puissance sonore que ce majestueux instrument peut développer dans un tel lieu.

Auscultations ferraillantes

Juste à l’extérieur de la cathédrale, à coté de son parvis, un espace pavé est délimité par des lourdes chaines métalliques tendues entre des potelets. Un terrain de jeu tout trouvé pour ausculter la matière. Objets d’écoute, stéthoscopes, on tapote, agite, secoue… Ça vibre, résonne, ferraille, cliquette, frotte, claque… Des sons amplifiés et colorés par des objets « longue-ouïe » bricolés pour tendre l’oreille vers les micros sons. Des jeux de loupes et de zooms, de focale et d’improvisations du bout des doigts.

Bancs d’écoute et espace acousmatique

Nous quittons le quartier historique. Au pied de la cathédrale, un petit jardin assez intime se niche au flanc des murailles fortifiées.
Des bancs nous invitent à une écoute posée, posture que j’affectionne tout particulièrement. Point d’ouïe en bancs d’écoute, ne pas marcher vers les sons, mais les laisser venir à nous, les laisser nous environner.
Nous entendons des travaux de l’autre côté des murs, au-dessus, sans en voir les sources. Une écoute acoustique en bonne et due forme, qui laisse place à l’imagination.
Les végétaux se prêtent à leur tour à une auscultation, ainsi qu’une sculpture métallique, les graviers du sol…
De très imposants platanes frissonnent sous le vent, dans un chuintement végétal, bruit blanc de feuilles qui commencent à se racornir en cet automne encore très doux.
Une belle écoute où l’on prend le temps de poser l’oreille, même si elle commence à être repue de toutes des scènes auditives enchainées.

Fontaine, je boirai de ton son

Dernier arrêt vers une petite fontaine contemporaine, tout près de l’école, qui n’était pas forcément prévu, mais que les étudiants avaient visiblement envie de faire.
Autre bruit blanc, celui de l’eau qui vient masquer peu à peu le flux routier que nous avons rejoint progressivement. Outre le fait de nettoyer la sculpture centrale d’une canette de bière pas vraiment à sa place, nous auscultons une nouvelle matière sonore, aquatique cette fois-ci, avec ses glougloutements rafraichissants.

L’itinéraire initial, en tout cas celui pensé lors du repérage, avait prévu un passage par la grande place centrale pour clore ce PAS.
Le temps filant, et l’oreille commençant à fatiguer, l’attention se dissiper après deux heures de pérégrination écoutante, nous rentrerons directement à l’école pour un débriefing final.

Discussion, projets de parcours à venir

Les derniers échanges se feront autour de l’expérience vécue précédemment.
Ressentis, curiosité, autres lieux intéressants à visiter de l’oreille, autres façons d’envisager ce genre de parcours, quelques ressources suplémentaires pour fouiller le terrain du soundwalking.
Dans un deuxième temps, il sera question de la suite, une prochaine journée à venir sur cette même thématique.
Cette fois-ci, ce sont les étudiants eux-même qui auront la charge d’écrire le parcours, d’en imaginer les mises en situations, les postures, objets ou dispositifs… Bref, de devenir concepteurs et guides de nouveauxs parcours d’écoute manceaux.
Nous testerons donc prochainement, in situ, leurs propres premières écritures audio-déambulantes.
Le projet final étant de proposer, dans le cadre de la prochaine édition du festival Le Mans sonore, début 2024, un ou plusieurs parcours d’écoute emmenant cette fois-ci du public à la découverte de paysages sonores locaux. Et ceux toujours suite au travail des étudiants en design sonore. Belles perspectives !

Sons de cathédrale

Prise de son immersive brute

Vidéo-parcours

Diaporama

https://photos.app.goo.gl/gB9jzZPP298Q5UmEA

@Crédit photo TALM Rodolphe Alexis

Ronronnement, chronique audio libournaise

Jeudi 13 octobre

Départ de Lyon
Ronronnement
7 heures de bus
Ronronnement
Ça berce
On l’oublie
Òn somnole
De beaux paysages
Ronronnement

Arrivée
Promenade sur le port fluvial
Nocturne
Petite pluie intermittente, vent,
Crépitement
Marche, un grand besoin après cette traversée assise

Ronronnement
Un méga truc flottant
illuminé
Amarré
Un truc flottant pour touristes fluviaux
flottés
Aventuriers peinards de la rivière Dordogne
Ronronnement
Les moteurs alimentent les lumières à bord
Ronronnement
Et celles du dehors
Le port n’a pas assez de ressources électriques pour cela
Ronronnement
Donc les moteurs tournent
Tournent
Tournent
La nuit durant
Ronronnement
C’est agaçant, voire plus, quand on sait
Ronronnement
Heureusement, la pluie plique et ploque
Sur le vieux Pont de pierre
La Dordogne au dessous
Plic ploc
Ça fait du bien
Tout Ronronnement cessant
Ça fait du bien.

Max Neuhaus, modifier la perception des lieux plus que les lieux eux-même  

  

L’exemple de Max Neuhaus  

  installer imposer ? 

Tout geste de création sonore s’inscrivant dans un espace public modifie généralement ce dernier en lui ajoutant une couche audible supplémentaire. L’artiste utilise ainsi tout un panel de système ou de dispositifs, amplifications électroacoustiques, installations acoustique ou non, interactions numériques, pour installer des sons destinés à être entendus par un (large) public. Que ces sons soient composés in situ ou non, plus ou moins en relation avec l’espace investi, ou totalement déconnectés du terrain, l’auditeur se verra proposer une scène acoustique qui modifiera généralement très sensiblement  l’espace d’écoute, jusqu’à parfois le phagocyter en imposant on hégémonie qui recouvrira l’essentiel de l’ambiance préexistante.

Les lieux sont ainsi grandement chamboulés, et parfois relativement malmenés, ainsi d’ailleurs que l’oreille des visiteurs par effet boule de neige.

Ce choix artistique peut cependant, dans une ponctualité événementielle, être assumé et pertinent, s’il ne s’impose pas sur des durées déraisonnable, voire nuisibles pour l’environnement et surtout ses propres habitants, humains ou non.

 Le choix du ménagement des lieux 

Si les lieux sont souvent sujets d’aménagement, y compris parfois sonore, pour le meilleur et pour le pire, nous parlerons ici de ménagement de l’espace public. Ménager un lieu, c’est tout d’abord en respecter ses qualités intrinsèques, ses équilibres, ou toutefois ne pas les amplifier, voire en ajouter de nouvelles. Dans le meilleur des cas, il faut également le garder relativement protégé de toute invasion acoustique trop prégnante, en tentent de rester dans des situations où l’écoute ne devienne pas trop fatiguante, où la parole et le dialogue puissent s’exercer sans trop hausser le ton, ou les surenchères pour se faire entendre malgré tout n’amènent pas un trop grand brouhaha urbain.

Le ménagement c’est le respect du site, mais sans doute surtout de ses résidents. Cette posture ne voulant pas pour autant dire qu’il faille tomber dans un immobilisme sclérosant, ou le territoire serait plus figé qu’un muséum d’histoire naturelle (à l’ancienne), sous prétexte de la garder dans son intégrité sécurisante et sans relief. On peut penser pour cela une façon de percevoir différemment le terrain, ses ambiances, de décaler ou d’amplifier les expériences sensorielles, plutôt que de chercher à  modifier ou à asservir le territoire via des expériences sonores trop présentes en puissance et en durée.

 Modifier les perceptions des lieux, façon Max Neuhaus 

Je reprendrai ici trois exemple d ‘interventions sonores plutôt douces de l’artiste Max Neuhaus dont je pense que les actions autant que les propos illustrent la posture respectueuse qu’avait l’artiste, à la fois des sites et des  écoutants potentiels.

Le premier exemple, sans doute pour moi un des plus emblématiques, est celui des soundwalks, ou promenades sonores, auxquelles il avait donné en sont temps nommées du nom évocateur de « Listen ». Rappelons que, dans l’esprit de John Cage qu’il admirait profondément, Max Neuhaus avait parmi ces objectifs artistiques, de faire sortir la musique des sacro-saints lieux de concert, pour aller l’offrir à un maximum de public. L’espace public, la ville, les rues se posaient donc comme un théâtre sonore des plus pertinents pour ce faire, à une époque où la chose n’était pas encore si courante que cela. Donc, au lieu de ramener dans les lieux de nouvelles sonorités, fussent-elles musicales, pourquoi ne pas envisager les ambiances sonores urbaines comme LA ou LES Musiques des lieux, qui se suffiraient donc à elles-mêmes comme installation in situ, à condition de les révéler comme telles. Sitôt dit sitôt fait, Un groupe de promeneurs écoutants était emmené au travers des lieux judicieusement choisis pour la diversité des sources sonore et des acoustiques ambiantes, comme un parcours qui offrait un concert de sons « naturels », sans autre adjonction de sonorités exogènes. Pour renforcer l’immersion, ou garder les visiteurs dans un état d’attention optimum, le mot « Listen » était tamponné sur leurs mains, leurs rappelant ainsi tout au long du parcours la motivation de cette déambulation. Max Neuhaus a ainsi proposé su plusieurs années à partir de 1966,  de nombreuses marches, d’usines en parcs, de places en gares, dans le but de partager dans sons sans forcément chercher à en établir une hiérarchie dans leur valeur esthétique, avec un public le plus nombreux que possible, et de préférence non averti, et tout en respectant l’intégrité territoriale puisque c’est juste son écoute qui installait des des sons in situ. Une façon d’axer l’attention sur la perception auditives sans modifier l’environnement initial qui fonctionne encore parfaitement un demi -siècle plus tard !

La deuxième œuvre de Max Neuhaus à laquelle je ferai référence ici est son fameux Time Square, installé à l’embranchement d’une grand carrefour de New York, à proximité de Broadway en 1977. Toujours dans l’idée de toucher un maximum d’auditeurs hors lieux dédiés à l’art, l’artiste utilise une « chambre  acoustique » constituée par un espace d’aération souterrain du métro, recouvert d’une grille donnant sur un passage piéton. Utilisant les fréquences de résonances du lieux, et se servant de cette cavité comme une chambre de réverbération, Max Neuhaus fera entendre  son installation dont le son s’échappera par la grille d’aération, en jouant sur des sonorités qui se distingueront de l’acoustique ambiante sans pour autant s’impose dans le le lieu, ou s’y frotter de façon véhémente. Les piétons, confrontés de façon inopinée  à l’œuvre, sentent qu’il se passe quelque chose, que l’ambiance n’est plus tout à fait la même que l’ordinaire, sans toutefois parvenir à dire en quoi consiste ce changement. Ils ne se doutent pas un instant qu’ils sont en fait postés sur une installation artistique. C’est bien encore une fois dans le décalage de la perception plutôt que dans une transformation radicale de l’espace de diffusion que se crée un nouveau paysage sonore qui se déploie très discrètement à l’oreilles des promeneurs, sans faire violence à l’espace public, mais plutôt en le questionnant délicatement. Il s’agit là de jouer sur un effet de surprise en colorant légèrement l’espace pour désorienter l’oreille du passant qui va se demander pourquoi il n’entend plus le lieu comme d’habitude, qu’est ce qui a vraiment changé. Jeu autour de la perception et de la psycho-acoustique. Et si le passant n’est pas un habitué des lieu, sans doute se demandera t-il pourquoi l’ambiance acoustique est si étrange en cet endroit précis, ambiance que l’on ne retrouvera pas sur d’autres grilles ‘aération du métro new-yorkais.

Je prendrai un troisième et dernier exemple, toujours tiré de l’importante production artistique de Max Neuhaus, pour continuer d’argumenter ces recherches perceptives, qui touchent au final plus le contexte paysager que l’œuvre elle-même, lesquelles œuvre se matérialisant comme une installation et diffusion de compositions sonores dans des espaces donnés. Ici, max Neuhaus ira encore cueillir le public dans un lieu inhabituel pour des installations artistiques : Les piscines. Lorsque l’on parle d’immersion, ou de bain sonore, quoi de plus naturel que de le proposer à des écoutants plongés dans des masses d’eau. Précisons ici que ce travail, réalisé lui aussi sur une série de lieux différents et sur plusieurs années, a été réalisé bien en amont de celui des concerts aquatiques de Michel Redolfi, tout début des années 70. En fonction des bassins de piscine, lMax Neuhaus installait des sifflets immergés, donc uniquement écoutables sous l’eau, les Water Whistle Series. Toujours dans cette volonté de modifier la perception des lieux, ici dans un milieu aquatique inhabituel, sans forcément faire subir à ces derniers d’importantes et radicales transformations.

Ces trois types lieux, une ville où l’on déambule, un square au centre de New-York et des piscines sont ont été des terrains d’expérimentations sonores  tout indiquées pour que Max Neuhaus puisse exercer son art, tout en finesse, sans même imposer l’œuvre d’art comme une œuvre d’art à proprement parler, je veux dire en tous cas dans la perception qu’en avait le public. Nus sommes ii dans une approche qui non seulement ménage les lieux, mais où le statut même de l’artiste omniscient s’efface pur laisser la part belle au seul paysage sonore. Il faut ici faire en sorte que le visiteur involontaire soit interpelé par une anomalie, plutôt esthétique, sans qu’il sache vraiment qui en est l’auteur, même si un cartel vient au final le renseigner sur le dispositif et son auteur.

Dans une société de plus en plus urbanisée, et dans des villes de plus en plus densifiées, Max Neuhaus prône une modération qui donne à entendre, sans rentrer dans un jeu de surenchère à qui parlera le plus fort, le paysage sonore lui-même, et c’est sans doute un des aspects des plus remarquables dans ces jeux de perceptions décalées.

Desartsonnants 2022-2023

Points d’ouïe et Paysages sonores à portée d’oreilles

« Le silence est dehors »

Franchir un nouveau PAS

Installer le silence
pour installer l’écoute
pour installer le paysage sonore

Le silence est habité
partageable
révélateur
fédérateur
ouïssible

La parole disparait
le geste invite
le corps joue, performatif
la lenteur s’installe

Le paysage alors se fait entendre


« Dedans dehors et entre »

Projet décloisonnant in/out

Dedans/Dehors, cet axe, ce mouvement est induit par son propre énoncé.
C’est la volonté de faire bouger des sonorités, des paysages, des ambiances, entre les murs, entre les personnes, à l’extérieur et à l’intérieur d’espaces a priori Oh combien cloisonnés.

C’est le désir de faire naviguer des ambiances auriculaires, via des passages aller-retours, des fenêtres ouvertes, des passe-murailles symboliques. Et ce au travers la construction de paysages sonores, substrats incontournables de mon travail, ceux-là même qui contribuent à ouvrir des espaces relativement, voire très fermés.

Cliquez pour lire le texte intégral

@photo Nicolas Frémiot


« Bancs d’écoute »

Événements bien assis

Considérer les bancs publics comme des installations urbaines qui nous permettent d’écouter la ville, ou ailleurs, autrement.
D’effectuer des parcours d’écoute en solitaire, en duo, à plusieurs…
Des bancs comme un cheminement tramé in situ, un maillage cartographié de Points d’ouïe, d’affûts proposant des postures en focales, en arrêts sur sons…
Des lieux où se poser, rencontrer, se frotter à des endroits parfois surprenants, pour ne pas dire Desartsonnants.


« Inaugurations de Points d’ouïe »

Cérémonies officielles autant que sonores


« Akoustiks trans-posées »

Acoustiques auriculaires

Enregistrer, comme des signatures sonores, des acoustiques architecturales remarquables, notamment par leurs réverbérations (églises, passages couverts, usines désaffectées…)
Les (ré)installer hors leurs murs, avec des dispositifs ad hoc, dans d’autres espaces, leux de monstration et d’audition.
Agrandir les lieux par des perceptions sonores, décaler des écoutes en jouant sur des écritures ambiantales, via les Akoustiks Trans-Posées.
Désorienter les relations entre les choses vues et les choses entendues…
Jouer avec des espèces d’espaces, sonores, les frontières sensibles…

Et bien d’autres actions sur mesures, cousues mains, autour de partitions marchécoutées, de paysages sonores nocturnes, d’écosophie écoutante, de résidences d’écritures audio-paysagères, workshops et groupes de travail…

Desartsonnants cherche lieux d’accueil sonophiles, sonifères, sonophages, festivals curieux de la feuille et autres terrains de bonnes ententes.

Si l’oreille vous en dit !

Extinctions de voies

Écrire avec des sons
Une plume de roseau
vibrante au vent
Roseaux penchants
Roseaux pensant
Et puis sifflotant
Un filet d’air extirpé du vent
Juste assez ténu
Pour caresser les frondaisons
Que l’on croyait inatteignables
Les frémir au le vent
Pour prendre du large
Écumer les bouillonnements
Surfer sur les crêtes moussues
Jusqu’au sable des dunes érodées
Crissements doux
Matière qui glisse
Et coule sous les pieds instables
Quand le ressac sape
Creusant jusqu’à notre équilibre
Plus fragile que prévu
Ressac effaçant les potentiels signes plagiaires
Messages aux cœurs noyés
Châteaux effondrés presque sans bruit
Les grains roulent néanmoins
Abrasifs et crissants
Sans marées perceptibles
Et puis des rires plongeant
Des volatiles moqueurs
Braillards jusqu’à l’agacement
De tous leurs cris sans relâche
Tchekhov l’avait senti
La liberté n’est pas toujours là où on pense l’entendre
Les rieuses ont fui la guerre
Les canons par dessus mer
Tonnent trop violents
Le silence de l’amer
Se tait sans faire de vagues
Sans même agiter le roseau
Comme une grande mouette muette
Le bec cerclé de barbelés
L’air n’y entrera plus
Silence demeure
Les sons peinent à s’y écrire
Ou bien ils se récrient englués
Sous des chapes d’où plus rien ne s’échappe
Sourds écroulements sans pitié
Garder l’oreille par-dessus
Chercher l’air salvateur
La bouffée nourricière
Le filet de vent frais
Qui, sans attiser les feux
frissonnera les grands trembles
Élancements fragiles au pied des rives
Leurs branchages montant pourtant
Vers les trouées de ciel aspirant
Là où respire encore le vent
Quoiqu’il charroye de remugles
De cris inentendus
D’agonies inaudibles
Les sons s’éteignent
Faute de les écrire
Ou pire encore
Faute de les dire
Ou pire encore
Faute de les les entendre.

Extinctions de voies

Points d’ouïe et audio-récits, Médinas et alentours

Paysages sonores partagés

Workshop Desartsonnants, autour des relations architecture/paysage sonore, accueilli par GFI Universty, École Polytechnique Supérieure d’Architecture de Sousse.

Février 2022

Lieux d’exploration, la Médina de Sousse et ses alentours, ainsi que celle de Kairouan

Nous arpentons, avec les enseignants et les étudiants, la Médina de Sousse. Tout d’abord à oreilles nues, puis micros en main.

On m’accompagne également dans une visite de la médina de Kairouan. Deux sites, des atmosphères, des ambiances auriculaires, sensorielles, singulières.

Les étudiants, utilisant les sons captés in situ, mais aussi des modes d’expression relatifs à leur formation architecturale (cartes mentales, relevés axionomiques, croquis, maquettes, textes…), réalisent une carte postale sonore thématique. Il s’agit de narrer, en quelques minutes, via une création sonore accompagnée de documents annexes réalisés pour la circonstance, un moment, un espace de vie, des activités, des ressentis… Professions, parcours, acoustiques, voix, les thématiques et fils rouges narratifs sont aussi nombreux que peuvent l’être les modes de rendus, de représentations.

Pour ma part, je décide de me plier aussi au jeu.

Pensant de prime abord composer deux petites séquences sonores, plutôt du type field recording (enregistrement de terrain) figuratifs, l’une de Sousse et l’autre de Kairouan, j’opterai au final pour une pièce unique, mixant les ambiances des deux médinas et de leurs alentours.

Fiction donc, même si les sons restent plutôt bruts, le montage fait naitre un improbable récit, une narration empruntant à deux espaces-temps, remodelés via mon imaginaire. 

Il ne faut jamais croire ce que nous content les faiseurs d’ambiances, fussent-elles sonores. Comme de nombreux paysages, au sens large du terme, le réel, ou supposé tel, joue avec l’écriture fictionnelle, dans des jeux de trompe-l’oreille assumés. Ici, deux médinas composent un espace hybride, à la fois plus réel et plus imaginaire qu’il n’y parait de prime écoute.

Des escaliers, ruelles, méandres labyrinthiques

des passages couverts, semi-ouverts, fermés

une collection de réverbérations et d’espaces acoustiques

des tintements, martèlements, claquements

des paroles enjouées, cris et rires

des scooters et autres deux roues pétaradants dans les ruelles sinueuses

une pompe électrique qui grésille derrière une fenêtre

la mer grondante au loin

les appels à la prière et lectures coraniques collectives

les oiseaux en cages, suspendues au-dessus des échoppes

des métiers à tisser à mains et leurs rythmes claquants

des odeurs aussi, cuirs, tissus, métaux travaillés, fruits, épices, poissons…

Des ambiances pour moi jouissives dans leur joyeux dépaysement…

Autant de matières à tisser, comme un tapis à motifs colorés et entremêlés, formes métaphoriques modestement empruntées au savoir-faire local.

Médinas et hors-les murs, façon patchwork, prolongeant ma mémoire, souvent capricieuse et infidèle,  toujours prête à inventer, boucher des trous. Une manière parmi d’autres pour faire un micro-récit de ce voyage haut en couleurs sonores, sous le généreux soleil méditerranéen.

En écoute

Médinas en écoute (écoute au casque conseillée)

Merci à tous les enseignants et personnel de l’Université, à mon très sympathique guide chauffeur, aux étudiants et étudiantes pour leur curiosité et engagements dans des chemins inhabituels, à mon amie Souad Mani pour cette belle promenade nocturne, ces riches échanges, et à toutes les personnes croisées ici et là, au détour d’une parole ou d’un sourire…  

Périphériques

Des marches périphériques

Contexte

Il se trouve que, par le plus grand des hasards, deux jours d’affilée, j’ai participé, à différents titres, à des marches nous conduisant, ou longeant de grands périphériques urbains. 

La première de ces marches était même dédiée au périphérique lui-même, objet d’étude, d’arpentage, d’expérimentation collective, de création.

Entre écoutes, regards, et approches kinesthésiques, au pas à pas, se sont dessinés des similitudes, des croisements, des échos, résonances… Ce qui alimentera ici un texte s’appuyant au final sur une série de mots-clés communs aux deux pérégrinations; voire les reliant, faisant contrepoint

Une première action, écrite et guidée par l’artiste et ami genevois Cyril Bron, accueillie par l’institut d’Art contemporain de villeurbanne, nous fera, en deux étapes journalières, suivre le périphérique urbain à hauteur de Villeurbanne. Marches parfois assez physiques, dans des terrains plus ou moins accidentés, voire turbulents.

Je ne ferai que la première étape et la rencontre débriefing, étant retenu le deuxième jour par une autre marche intervention que cette fois-ci, j’encadrerai. Ce qui participera à construire en miroir ces deux approches pédo-périphériques entremêlées.

La deuxième, le lendemain, plus courte, plus urbaine, que j’encadrerai, se fera dans le cadre d’une masterclass avec un groupe d’étudiants en musique électroacoustique du Conservatoire de Pantin. Cette déambulation servira d’échauffement pour l’oreille, avant de présenter mon travail autour des notions de paysages sonores partagés. Comme une suite à la précédente, au départ non pensée comme telle, elle nous fera longer des espaces périphériques de la ville de Pantin, présentant fortuitement d’assez fortes résonances avec celle de la veille.

Les topologies, aménagements, ambiances, rythmes et actions collectives, contribueront sans aucun doute à tisser des liens sensibles, sensoriels, physiques, entre ces deux parcours, géographiquement éloignés, que rien ne semblait au départ vouloir mettre en relation.

Lisières et périphéries

La périphérie, initialement, est une ligne circulaire définissant les contours, les  limites, les lisières d’un périmètre, d’un territoire. Ici d’une ville ou d’une communauté urbaine.

Marcher le périphérique, le suivre, c’est se tenir au bord, aux bords ou aux abords de la ville, parfois, souvent, loin de son centre.

La lisière coud deux espaces, les rassemble, ou tente de le faire, marque la sortie ou l’entrée d’une forêt; imaginons la traversée initiatique, façon roman médiéval, comme de mythiques portes et barrières , des passages

Nous sommes des marcheurs excentrés, à Pantin ou Villeurbanne, loin des rues piétonnes et commerçantes, des espaces et zones d’activités maîtrisées par un aménagement ad hoc.

Nous sommes des marcheurs longeant un territoire plutôt dévolu aux voitures, camions, parfois trains… 

Nous sommes en transit dans des lieux improbables 

Nous sommes en lisière(s), ce qui nous permet parfois de passer au dehors, ou d’être dans des emprises, espaces-tampons dedans/dehors, hors des limites clairement marquées.

Nous sommes dans des espaces interstitiels, des entre-deux, des zones délaissées, presque non-lieux, mais bien existants physiquement.

L’appel des lisières peut être celui qui refuse l’enfermement jusqu’à (outre)passer les frontières de ce qui contrôle, contraint,  la marche dans les murs-limites du politiquement correct

Hésitations entre l’entrer et le sortir, ou bien le zigzaguer en inter-zones, dont celle du dehors dirait Damasio, une façon de quitter ou de résister, symboliquement e/ou physiquement, à un ordre urbanistique bien établi, tout tracé.

Une façon peut-être de braver l’interdit, en marchant dans une succession de pas de côté. 

Aventure et dépaysement

Et c’est là que survient l’aventure.

Celle qui nous emmène vers l’imprévu, ou nous amène de l’imprévu, hors de la normalité protégeant les marcheurs de trottoirs bien balisés.

L’aventure au bout du chemin, et même pendant. 

Soudain, une grille nous empêche de passer.

Franchissement si c’est possible, ou contournement, détour, changement de trajectoire.

Partir à l’aventure, le périphérique comme une marge – marche ponctué d’incertitudes.

Un sentier qui sort de ceux battus, qui nous emmène dans un ailleurs, tout proche, bien que rarement emprunté.

Et puis il y a le dépaysement.

Ce qui nous fait littéralement changer de pays, au sens figuré du terme, qui nous met horde, qui nous met hors de…

Sentier qui nous invite ailleurs, exotisme à portée de pieds. On découvre des espaces ignorés, avec tout l’étonnement de se trouver là; là où les sens sont revigorés par des espaces sauvages, qu’il nous faut dompter pour les traverser, sans vraiment les apprivoiser. Espaces qui résistent au marcheur, au groupe.

On se faufile dans l’infraordinaire, façon Pérec

Et c’est le fait de porter attention à cet infraordinaire, à cette joyeuse trivialité buissonnante, qui justement nous dépayse.Le dépaysement, voyage en France, tel que le dépeint Jean-christophe Bailly, nous l’avons là, dans ces enchevêtrements végétaux, ces arrières-cours d’usines, ces lotissements à peine traversés, contournés, ces ponts qui grondent sur nos têtes, ces murs et barrières de 

sécurité longées…

Il nous faut accepter la ville comme espace non conforme à ce que nous pratiquons habituellement,  jouer de l’encanaillement dans des périurbanités frichardes, formes d’urbex en plein-air.

Inconfort et attention

Toute marche risque de nous placer en situation inconfortable.

Et nous acceptons implicitement, tacitement, ce risque.

Sur la durée, l’inconfort s’invite de façon quasi inévitable à la randonnée, ce qui d’ailleurs nous fait d’autant plus apprécier les moments confortables, réconfortants, qui s’ensuivront.

Longueur, dénivelés, obstacles, terrains parsemé de racines invisibles, jonchés d’objets incongrus, broussailles épineuses, espaces bruyants, pollués, et parfois météos capricieuses, heureusement clémentes dans les marches citées, autant de cailloux dans la chaussure qui font pester le marcheur. 

Le périphérique n’y fait pas exception, tant s’en faut.

Quitter le macadam et les chemins bien aplanis, bien marchant, nous fait sortir de notre zone de confort, pour employer une expression consacrée.

Il faut adapter notre avancée, accepter les aléas d’un terrain, au départ non dédié à la”promenade” d’un groupe, avec des personnes qui le déchiffrent, et non pas défrichent, à l’avenant.

La ville buissonière offre son lot de petits désagréments qui, paradoxalement, rendent le cheminement plus attrayant, moins attendu sans doute.

Quitter le confortable est excitant, voire jouissif.

De plus, dans des passages plus ou moins difficiles, le groupe se soude. Il convoque et active une solidarité qui nous fera tendre la main vers l’autre, l’aider à grimper ou à descendre un passage pentu, écarter les ronces, signaler les obstacles, trous… 

Les marcheurs portent dès lors attention à leurs voisins, s’entraident, partagent leurs inconforts respectifs pour mieux les endurer ensemble.

Bien sûr il faut ici relativiser ces inconforts, volontairement subis, acceptés, en toute sécurité dirais-je, comme faisant partie du jeu. 

Nous sommes ici loin d’inconforts, et le mot est faible, de grandes détresses liées à des marches forcées, migrations, exils, expatriations, fuites…

Ce constat me permet d’ailleurs de faire une transition vers des marginalités excluantes, croisées dans ces déambulations périphériques.

Marginalités, exclusions, violences

Arpenter un périphérique n’est pas vraiment bisounours. 

On rencontre des personnes que le centre ville rejette, ne voudrait pas voir dans certains quartiers, des exclus des systèmes sociaux, des hors les clous.

SDF, réfugiés, migrants, sans papier, trafiquants, prostitution, toute une frange sociale qui, pour différentes raisons, vive, survit, voire travaillent aux marges de la cité.

Des matelas et abris de fortune, solitaires ou en campements bidonvilles, sous des ponts obscurs, humides, bruyants, des réchauds et chaises éventrées, barbecues non festifs, autant de traces et de présences Oh combien précaires et fragiles.

Une mendicité dans une atmosphère archi polluée, des conditions sanitaires effroyables, des territoires de prostitutions et deal se cotoient, le marcheur périurbain se trouve confronté à des réalités sociales et sanitaires extrêmes…

Le périphérique est souvent l’envers d’un décor urbain socialement correct, policé, enfin presque.

Parler de conditions inhospitalières, à villeurbanne, à Pantin, et dans beaucoup de villes du monde, est un faible mot, un doux euphémisme qui cache des conditions de vie pour le moins insalubres, des milieux que gangrènent violences et insécurités.

Lorsque Pérec parle d’espaces inhabitables, on est ici dans ce qui devrait l’être, et qui pourtant sert de refuge de fortune à des “habitants” en grande détresse. Des espaces délaissés, occupés tant bien que mal, et plutôt mal, de débrouille en débrouille, par des personnes elles aussi délaissées, en rupture, en fuite, en exil…

Parcourir un périphérique c’est,  loin des jolis petits oiseaux, des vertes prairies et fleurettes printanières, à l’opposé de clichés édulcorés,  se frotter à ces rencontres, à ces situations hélas quasi incontournables, dans beaucoup de pays, même des plus a priori nantis, qui nous mettent pour le moins mal à l’aise,  en tous cas en ce qui me concerne

Les périphs’ ne sont pas que terrain de jeux prétextes et contextes à des encanaillements ludiques,  ils nous jettent à la gueule ce que les centres villes, et en amont ce que le système politique et social, à bien du mal à accepter, dans sa bien pensance 

Nos expériences traversantes peuvent alors nous paraître puériles, voire indécentes, si ce n’est le fait qu’elles nous frottent à ce que nous ne voulons nous-même pas toujours regarder en face.

Murs, ponts, béton, l’urbanisme périphérique

Le gris béton contraste avec les espaces végétaux en friches verdoyantes.

Il y a là une esthétique paradoxale du sauvage, et le règne de la fonctionnalité bétonnée et goudronnée, espaces qui s’interpénètrent sans vergogne.

Il convient de se déplacer vite, contourner, protéger du regard, du bruit, entrer, sortir, relier, dans toutes les contraintes fonctionnelles des villes lisières traversées…

Et pourtant cette austérité a sa propre esthétique, une froideur aseptisée, qui néanmoins peut attirer l’œil du marcheur, du photographe, austérité rigoureuse, post Corbu, en béton banché…

Il y a des géométries, des lignes dynamiques, des modules, des rythmes, des motifs et des répétitions verticales et horizontales, des volumes récurrents, des couleurs grises béton… Des signatures spatiales.

 Et ce, de pays en pays, de villes en villes, de périphs en périphs. Antananarivo, Tunis, Saint-Pétersbourg, Kaliningrad, Lyon, Paris, Pantin, Charleroi, Lisbonne, Montréal… Partout je les ai rencontrées, longées, marchées parfois, ces omniprésentes ambiances périurbaines, cette architecture minérale, ces paysages fonctionnels, ces boulevards de ceinture et autres rings.

A tel point que l’on peut imaginer un envahissement mondial, sans doute dans un chantier déjà grandement avancé, une métastase tentaculaire, des villes exponentiellement monstrueuses, sillonnées de serpents bétonnés aux mille ramifications;.. Une dystopie de périphéries mangées par les centres, et inversement.

Des fosses aux voitures rugissantes encadrées et canalisées dans des couloirs-guides, parsemés d’entrées et de sorties permettant de quitter ou de rejoindre ces terrains de batailles motorisées. 

Des alternances de cloisonnements aveugles, et des ouvertures ouvrant des fenêtres sur villes, des échappées sur zones industrielles, des murs de protection d’où s’ouvrent des brèches paysagères, respirations pour le regard qui s’échappe. 

Il y a des kilomètres de murs anti-bruit, à l’efficacité plus que douteuse, déroulés en frontières, bonne conscience des aménageurs.

Le périphérique est une forme d’esthétique froidement et urbanistiquement signée, ponts au-dessus, fosses au-dessous, murs, clôtures et barrières sur les côtés; une géométrie du cloisonnement qui parfois ne manque pas de charme, avec des murs surfaces/supports pour grapheurs excentrés.  

Des terrains d’explorations nous font découvrir des envers du décor urbain bien policé… En terrains bien peu lissés.

Des espaces rhizomes et pylônes, où les horizontalités et verticalités font rythmes. 

L’herbe des talus de Jacques Réda, celle qui pousse dans les interstices du béton et du macadam, comme un récit fleurissant, celle qui raconte la ville dans ses extrémités, et surtout ses marges, ses franges, sans concession, mais non dénuées de poésie déroutante.

Être dérouté, c’est bien ici quitter les routes “normales”, fréquentables, pour emprunter, sans pour autant être à l’abri d’un habitacle motorisé, des cheminements où le béton côtoie le végétal, l’animal, et parfois l’humain, pour le meilleur et pour le pire. Des architectures de lignes et de courbes chaotiques, et justement déroutantes, en tous cas pour le piéton qui s’y aventure. 

Bruit de fond, émergences et effets de masque 

Les deux derniers chapitres, dont celui-ci, nous ramèneront vers des paysages plutôt sonores, ceux habituels à Desartsonnants, ceux traversés de l’oreille, aux endroits et moments où les ambiances auriculaires reviennent sur le devant de la scène.

Bien entendu, si je puis dire, les périphéries étant surtout pensées et aménagées pour la voiture (et ses chauffeurs), les rumeurs obsédantes, drones, bruits de fond et autres soniques nappes y sont hyper présents. 

Bien trop au goût de beaucoup.

On se trouve là au cœur de magmas acoustiquement informels, d’où n’émergent que peu d’informations, de repères, de marqueurs spatio-temporels, pour le promeneur noyé de bruits ambiants, atmosphère trop immersive pour le peu.

Espace de saturation audio indéterminé, dépotoir acoustique où sont rejetées à l’extérieur des centres villes toutes les pollutions sonores trop nuisibles, physiquement comme psychologiquement, nous ne sommes pas dans des zones de confort auditif.

L’oreille s’y perd, s’y engloutit, et en souffre bien souvent.

Ceci dit, on ne peut ignorer en amont, ces zones d’inconfort, voire de malaise, en s’aventurant dans de tels terrains. 

Je dirais même que celà fait partie du jeu, et qu’il faut accepter et assumer ces territoires auriculairement turbulents, en toute connaissance de cause, avec même la jouissance d’une performance déstabilisante.

Le moteur à explosion, malgré l’apparition de la progressive motorisation électrique, règne de façon hégémonique, écrasant de son rouleau compresseur la plupart des “petits” sons alentours, en incapacité de lutter avec lui.

Dans les deux promenades prises en exemples ici, j’ai bien noté, et les dires de participants me l’ont confirmé, les gènes, stress, parfois angoisses, vécus par certains marcheurs dans des endroits particulièrement saturés.

Même si par moments, nous retrouvions des espaces plus protégés, presque apaisés, avec la possibilité de se parler sans trop hausser la voix, et de ré-entendre de fines émergences sonores, notamment des oiseaux, bienvenus à ces endroits-là.

De ces zones de marasme acoustique, émergent en effet des sons venant briser le continuum, sirènes, pépiements, voix… Tout est affaire d’échelle, de plan, d’effets acoustiques, mais aussi de focalisation de l’écoute, de l’écoutant, sur tel ou tel objet sonore.

Si, dans ces flux/flots, l’oreille, qui dit-on, n’a pas de paupières, peut être malmenée, dans des zones d’inconfort pour reprendre des constats déjà énoncés, elle n’est pourtant pas que passivement asservie et résignée.

Outre le fait qu’elle puisse modifier, de façon inconsciente, très rapidement, des propriétés  physiques, telles que des tensions ou relâchements des tympans pour amplifier ou amortir la puissance de certaines vibrations, de produire plus de cérumen pour protéger sa mécanique interne, notre cerveau convoque une série de filtres auditifs, neuro-perceptifs, ad hoc. 

On masque, on gomme, on atténue, on transforme, on tend l’oreille vers, on se détourne, selon les circonstances, les situations, les stimuli, et nos états de sensibilité, de fatigue, mais aussi de curiosité du moment

Les lieux saturés de background bruyant se prêtent tout particulièrement à de nombreuses adaptations psycho-sensorielles, comme des boucliers filtrants, ou des entonnoirs amplificateurs.

L’imagination, la feinte du détournement, sont parmi de ces processus protecteurs. 

Dans la traversée villeurbannaise, une marcheuse, habituée aux périples forestiers dans des atmosphères plutôt apaisées, nous raconte la gène, le stress, éprouvés lors du début de la marche, placée dans une situation très inhabituelle pour elle. Puis elle relate comment, dans sa tête, ce grand flux automobile, cette marée sonore intrusive s’est progressivement transformée  en une mer chuintante, de fait beaucoup plus amène.

D’acceptations en rejets, les promeneurs et les promeneuses, qu’ils ou elles soient adeptes des rave party tonitruantes ou des espaces naturels calmes, acceptent souvent un dépaysement recherché, en marche, avec une forme de radicalité performative…

C’est en partant d’espaces souvent discontinus, ponctués de flux et de coupures, que nous allons pouvoir envisager dans la dernière partie de ce texte, les notions de rythmique périphérique.

Rythmes, entre flux, cadences et scansions

Marcher un, ou des périphériques, c’est se faire happer par et dans un flux spatio-temporel. C’est se frotter à celui de la marche, et en même temps suivre celui du périphérique lui-même, matérialisé notamment par la circulation des voitures le sillonnant.

Aller d’un point à un autre, explorer, avancer, convoquent des gestes fluants, traçant dans l’espace une zone/trajet en forme de continuum.

C’est ce qu’écrit la persistance de la marche, l’avancement pas à pas, envers et contre tout.

L’action déambulante rassemble un groupe de marcheurs ré-unis par cette trame, qui pour autant n’est ni linéaire, ni rythmiquement stable. 

Nous sommes loin de la scansion métronomique du pas militaire, cadencé, mesuré à 120 à la noire, le pas redoublé dit-on.

il y a des allures, différentes et changeantes. 

Des vitesses contraintes par des tas de facteurs que le terrain et le groupe imposent. 

Sols accidentés, broussailleux, encombrés, passages délicats, pentes et talus, conditions météos, allures et formes physiques des participants.Il faut  attendre les flâneurs ou les plus lents, s’entraider, contourner… bref, autant de variations de tempi, parfois d’improvisations nécessaires au cheminement et à ses aléas.

Dans ce néanmoins flux, entre les scansions régulières d’un pas sur un trottoir permettant une marche aisée, quasi mérique, et les hésitations non métronomiques d’enjambées entravées d’obstacles, les cadences s’adaptent.

La marche est faite de variations, voire d’improvisations qui lui confèrent un statut “musical”, dans l’écriture et la lecture de durées, de sons et de silences, de progressions et de coupures.

Il y a des breaks, cassures façon jazz qui permettent d’aller parfois ailleurs, ou autrement, Un ou des pas de côté de plus.

Il y a des cadences dans l’écriture musicale “classique”, à la fois harmoniques et rythmiques, qui sont tour à tour suspensives, en pauses, ou conclusives, marquant la fin d’une “action sonore”, dans son écriture comme dans son interprétation. 

Pour filer une métaphore musicale, le paysage marché, comme une histoire en déroulé sonore, rythmique en tous cas, se ponctue, par choix ou contraintes aléatoires, de pauses, ralentissements, accélérations, des formes de points d’orgue (point de vue ou point d’ouïe).

Et ce n’est pas un long fleuve tranquille.

On peut également penser  ici  la déambulation périurbaine sous l’angle du Rhuthmos grec. La considérer en mesure temporelle, à l’éclairage de la rythmologie inspirée entre autres de la Rythmanalyse de Lefebvre

Dans cette posture, nous vivons et expérimentons  le terrain périphérique comme des corps méditatifs, philosophiques et poétiques, mais aussi sociales et politiques, tentant de mieux comprendre, de mieux se plonger dans des espaces urbains, aux marges de ce que l’on arpente habituellement.

Cette dernière approche, audio-rythmologique, pourrait faire l’objet d’un développement beaucoup plus profond et argumenté, qui n’est pas de mise ici, mais qui questionne quotidiennement le promeneur écoutant que je suis.

Conclusion en forme d’entre-deux

Ces marches, aux lisières de la cité, avec les différentes approches et postures qu’elles m’ont inspirées, sont souvent en balancement vers des pôles entre-deux. 

Confort et inconfort, sécurité et aventure, exotisme et trivialité, itinéraires et détours, avancées et blocages, esthétiques et “laideurs”, socialités et exclusions, calme et tintamarre, doux rêve et cruelle réalité…

On pourrait encore allonger encore et encore une liste-énumération rabelaisienne de ces dualités. 

Dualités non pas antinomiques, mais plutôt aux polarités mouvantes, et aux positions d’entre-d’eux fluctuantes.

Les positionnements, les réponses, ne sont pas, tant s’en faut, toujours claires et définitives, A l’image de territoires aux frontières et ambiances incertaines.

Être à la fois dans une sorte de terrain de jeu et dans des espaces où sociabilités, écologie, aménagements, vivabilités, sont souvent chahutées, dans des lectures hétérotopies foucaldiennes, fonctionnelles et symboliques, restent une expérience des plus questionnantes et enrichissantes.

 

Merci à Cyril Bron pour la proposition et l’organisation marchée du périphérique villeurbannais,

à l’équipe de l’institut d’Art contemporain de villeurbanne qui à accueilli cette démarche et organisé des espaces de rencontres et de dialogue entre les différents participants

à Marco Marini et l’équipe du conservatoire de Pantin, aux étudiants musiciens qui ont portée sur le terrain une oreille aussi musicale que sociale.

@ photos Claire Daudin et Cyril Bron

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Se mouvoir et s’émouvoir, écouter

@Photo Sophie Barbaux – le Jardin Joyeux – Marseille

 

En pré-ambule

Marcher en écoutant la ville ou écouter la ville en marchant…

Ces actions transitives s’invitent comme une approche kinesthésique, oreilles et corps en mouvement, convoquant des postures sensibles, des perceptions affectives, une expérience esthétique, celle notamment d’entendre et de composer une potentielle musique des lieux…


 Et sans doute aussi, comme un geste prônant une écologie auriculaire, sociétale, dans la façon de considérer les sons, les ambiances sonores, mais aussi de vivre et de construire avec ces derniers.


 Le PAS-Parcours Audio Sensible, se pense et se vit comme une inscription dans une poétique de la ville, ou d’espaces périurbains, voire non urbains, à portée d’oreilles.


 Cette approche poétique pourra se traduire par exemple par une aspiration au ralentissement, un besoin de prendre le temps de faire, de marcher, d’écouter, de ressentir et peut-être de s’émouvoir.


 C’est également le repérage et l’agencement de points d’ouïe immersifs, comme une manière de laisser venir et être au cœur de l’écoute, dans une écriture performative, celle notamment de jouer avec les espaces sonores, de jouer la ville en la faisant sonner.


 Se construisent aussi des états perceptifs, descriptifs, comme des tentatives d’épuisement, des mondes tissés d’infra-ordinaire (Georges Pérec). Des micros événements qu’il nous faudra percevoir comme essentiels pour mieux être en phase avec nos milieux sans cesse chamboulés… Prendre le monde par le petit bout de l’oreillette, l’environnement proche, la série de détails qui, mis bout à bout, feront sens, remuant parfois nos affects les plus intimes.


 Bref, tout un réservoir de gestes et de postures pour performer la ville, cité sonore, via des jeux de l’ouïe et autres expériences décalées.


 On peut y trouver prétexte et occasion pour un « faire surgir », dans le mouvement, y compris et sans doute surtout dans une lecture sociétale et politique, au sens premier du terme, comme le sont les marches urbaines de Francis Alÿs… Parmi tant d’autres situations expérientielles possibles in situ.


 Le PAS-Parcours Audio Sensible, est ainsi un geste de lecture/écriture audio-paysagère, appuyé d’un un partage d’écoute, une esthétique contextuelle et relationnelle, (Nicolas Bourriaud), où le ressenti  peut pallier la difficulté de fixer ou d’expliquer des situations d’écoutes immatérielles, mouvantes, éphémères, néanmoins toujours subjectivement signées.


La marche d’écoute s’entend alors comme une forme d’œuvre intimiste, au final désœuvrée dans son immédiateté situationnelle, dans son immatérialité performative, ainsi que dans son (apparente ) improductivité. (Max Neuhaus et les Listen).


 Nous touchons là une approche sensible transdisciplinaire, voire indisciplinaire, telle que la prône Myriam Suchet, pouvant convoquer l’aménagement du territoire, la géographie, les arts, la sociologie et l’anthropologie, la philosophie, les sciences de l’acoustique et de la psychoacoustique, des neuroperceptions… et surtout ne cloisonnant pas, voire hybridant l’expérience, l’étude, la création esthétique… Un réservoir d’émotions potentielles !


 Ces parcours sensibles favorisent une écriture plurielle, faisant un pas de côté en arpentant les matières sonores bruissonnières, composées et traduites en textes, images fixes et animées, chorégraphies, graphismes et autres transmédialités…


Ce sont des récits de rencontres, entre des écoutants et des paysages-espaces-mouvements, appréhendés sous le prisme de sociabilités sonores amènes, où tendre une oreille (tendre) relie des actions et réflexions communes, au travers l’écoute médiatrice.


 L’émotion peut surgir au détour d’une rue, d’une ambiance sonore, de nouvelles signatures auriculaires surprenantes, des paysages auriculaires inouïs, d’événements perturbateurs ou réconfortants… Autant de moteurs pour des ressentis à fleur de tympans, des situations immersives, expérientielles, des dispositifs interagissant, stimulant les affects, transformant parfois radicalement, et à long terme, nos façons de faire, d’entendre.


L’émotion est indissociable de l’action de terrain, intrinsèquement ici dans la marche d’écoute, dans des perceptions sensibles, entre le bien-être et le mal-être, la jubilation et le stress, la lassitude et l’énergie, et tous les états intermédiaires.


 Elle l’est pour le meilleur, comme l’activation d’une écologie perceptive, amène, porteuse d’espoir, et pour le pire, le constat d’un effondrement bruyant, tout autant que silencieux.


 L’émotion suscite ici un balancement stimulant, entre deux pôles, positifs et négatifs, et leurs inter-réactions. Le fait de se mouvoir et de s’émouvoir, par le regard, comme par écoute, permet de mieux comprendre les dysfonctionnements et dangers multiples, saturations et disparitions, de périls plus que jamais cruciaux, tout en gardant la volonté de construire une Belle Écoute collective.


 L’émotion, y compris celle procurée par l’écouter, est une réaction qui nous aide à tenir le cap dans une époque semée d’embûches et de chausse-trappes.

 Six bonnes raisons pour (se) construire des paysages sonores

PAS – Parcours Audio Sensible – Kaliningrad (Ru)

Du plaisir avant tout 

Dans une société où les tensions anxiogènes ne manquent pas, avoir du plaisir, à faire, à entendre, à écouter, est une chose plus que bénéfique, sinon vitale.

Bien sûr, le monde est complexe, brouillon, bouillonnant, parfois au bord de la saturation, et tout n’y est pas, tant s’en faut, réjouissant, y compris dans les scènes et ambiances sonores au quotidien.

L’oreille ne peut, par un coup de baguette magique, gommer les dysfonctionnements, ignorer les choses qui nous agressent le tympan, envahissent nos nuits.

Néanmoins tout n’est pas que bruit et déplaisir, y compris au cœur des grands complexes urbains.

A nous de rechercher, voire de construire, de préserver, des espaces où le monde sonne bien à nos oreilles, où la parole est intelligible, claire, non obligée de « passer par dessus ».

A nous de profiter de belles scènes acoustiques et autres points d’ouïe, une place où jouent des enfants, un marché volubile, une volée de cloches, les clapotements du fleuve…

Le plaisir est sensoriel, parfois sensuel, multiple, dans nos ressentis environnementaux, nos bains de sons. Il passe par la contemplation d’un coucher de soleil rougeoyant, l’odeur des croissants chauds au détour d’une rue, l’écorce d’un arbre que l’on caresse au passage, nos pieds foulant le sol, l’air frais du matin, la lumière qui nimbe la colline nappée de brouillards ténus, le soleil de printemps qui nous réchauffe enfin, les gazouillis qui se répondent dans le parc voisin…

Scènes de la vie quotidienne.

Tout cela peut nous paraître anodin, futile, peu digne d’intérêt. Et pourtant nous avons besoin de ces stimuli, de ces ambiances et repères entre autres auriculaires , qui vont rendre nos lieux de vie agréables, sinon vivables.

S’imaginer un monde gris, atone, sans relief, aseptisé, relève du cauchemar inspirant les pires dystopies science-fictionesques.

L’écoute procure, si on la laisse s’installer, de véritables émotions stimulantes, que l’on arpente la ville où qu’on l’entende de son banc, poste d’écoute et  point d’ouïe.

Et tout cela se construit, se favorise, se ménage et s’aménage, les postures d’accueil, l’ouverture sensoriel, le choix des lieux et des rencontres amènes… Nous ne sommes pas forcément dans des gestes de méditation, de transe, ni même de spleen ou de contemplation, simplement dans une réceptivité à fleur d’oreilles, de celles qui nous relient au monde.

Partager le plaisir 

Prendre du plaisir personnel, quasi hédoniste, est une bonne chose pour nous maintenir à flot. Le partager est encore plus riche.

L’écoute, dans un cadre d’action collective est donc, dans l’idée de construction relationnelle, au cœur du processus.

Marcher ensemble.

Écouter ensemble.

Faire ensemble…

Bien sûr, l’écoute collective ne sera pas la même pour chacune et chacun, même si les espaces et temporalités se superposent.

C’est même ce qui en fait sa force et sa richesse, le fait de pouvoir échanger sur nos ressentis propres, de partager nos émotions, parfois intimes, nos moments apaisés ou non, nos ralentissements dans une marche immersive, nos façons de nous entendre, plus ou moins bien, avec le monde, avec ses sonorités, avec ses écoutants…

Écouter de concert, c’est puiser dans un silence partagé, installé comme un rituel, une énergie, une synergie, que le groupe amplifie, comme une bulle qui favorise l’expression de nos affects.

Si l’après d’une déambulation auriculaire collective n’est plus comme son avant, une porte est alors ouverte sur de nouvelles expériences à venir, que les moments vécus ensemble auront sans aucun doute inspirés.

Que les déambulations s’appuient sur des perceptions esthétiques, écologiques, sociétales, urbaines, ou mieux, sur un mixe d’approches croisées, plus ou moins indisciplinaires, le partage d’expériences reste une manière de faire corps en restant ouvert à différentes sensibilités. l’échange, même non verbal de  savoir-faire est un terreau enrichissant nos inter-relations.

Façons plurielles de décupler le plaisir d’installer une écoute partagée.

Chercher à comprendre 

Si la curiosité est, dit-on, un vilain défaut, chercher à comprendre comment fonctionne notre environnement sonore, comment s’associent les sons, se génèrent les ambiances, évoluent nos bande-son au fil du temps, des événements, des aléas au quotidien, nous renseigne sur la façon dont, écouteurs-producteurs, nous vivons avec les sons.

De nombreuses approches investissant les domaines de l’écoute, physique, psychoacoustique, questionnent nos rapport au monde sonore, de ses modes de perceptions, d’analyse, mais aussi d’acteurs participants que nous somment à modeler, à fabriquer des scènes sonores, pour le meilleur et pour le pire.

Des outils de sensibilisation, des approches pédagogiques, des processus de description, de modélisation, croisant différents domaines des arts, des sciences, des problématiques éthiques, philosophiques nous aiderons à mieux comprendre les enjeux du sonore, notamment dans l’aménagement.

Être sensibilisé à ces problématiques participe à ce que nous soyons plus attentifs, non seulement au monde sonore lui-même, dans toute sa complexité, son côté éphémère et instable, mais aussi à nos propres gestes impactant le milieu et ses habitants, humains ou non. Questions de cohabitation oblige.

Depuis le travail de feu Murray Schafer les environnements sonores n’ont cessé d’évoluer, parfois dans le sens de raréfactions, disparitions, souvent dans un état d’accroissement, d’extension, de saturation, en tous cas pour ce qui est des grandes cités.

il est donc nécessaire d’accroître notre vigilance, de porter attention aux dysfonctionnements chroniques, aux pollutions parfois insidieuses qui nous rendent la vie difficile, faute d’espaces de calme où reposer nos oreilles et nos corps écoutants, parfois contre leur gré.

Malgré tout les dispositifs de filtres cognitifs, neuro-perceptifs, qui nous permettent d’effacer, d’atténuer ce que l’on pourrait qualifier ici de gêne, de choses plutôt négatives, brouillant souvent nos entendements, de paroles, de signaux et plus généralement de la lecture globale de nos milieux, nous sommes fortement impactés, voire perturbés par les sons ambiants.

Il est clair que l’on agira d’autant plus efficacement que l’on maîtrise le sujet, ici celui de notre cohabitation active avec les milieux acoustiques.

Il n’est pas cependant besoin d’étudier la physique vibratoire ni les neurosciences, il s’agit déjà, à la base, de rester à l’écoute et d’entraîner celle-ci à une lecture où plaisir et curiosité œuvrent de concert.

Défendre 

Si le fait de chercher à (mieux) comprendre  nos milieux sonores, à apprendre comment ils fonctionnent et évoluent, nous pousse à développer des sensibilités, et  peut-être des savoir-faire, cette curiosité activiste peut aussi faire de nous des militants de la belle écoute.

Nous touchons là le domaine de l’écologie sonore, prônée et développée par Murray Schafer, et plus que jamais d’actualité. Être sensible, sensibiliser, protéger, améliorer, construire, dans une idée écosophique, ou l’environnemental, le sociétal et le mental, sont portés par une éthique, une philosophie et une volonté d’agir plus que de parler, nous fait prendre la défense de ces milieux si fragiles que sont les espaces acoustiques.

Artistes, scientifiques, pédagogues, aménageurs, décideurs politiques… chacun à sa place, avec ses compétences, ses réseaux d’influence et terrains d’action, et si possible en interaction, peut se faire défenseur de paysages sonores, les plus accueillants et vivables que possible.

l’Éducation Nationale, l’Éducation populaire, l’enseignement supérieur et la recherche, les centres culturels, les festivals, les associations de terrain, les collectivités publiques,  autant de structures, de lieux, d’institutions, publics ou privés, où peuvent, voire doivent s’exercer des actions militantes.

L’apprentissage de l’écoute sous toute ses formes restant au centre de nos préoccupations d’écoutants impliqués, comme un levier  pédagogique incontournable.

De la « simple » promenade écoute, PAS – Parcours Audio Sensible, en passant par des actes performatifs, des créations sonores, installations interactives, des groupes de travail, séminaires, conférences, débats publics, interventions scolaires, publications, des études autour de la bioacoustique, de l’éco-acoustique… beaucoup de moyens d’interventions, d’actions de terrain peuvent être mis en place pour faire entendre la voix des défenseurs sonophiles.

C’est encore par le partage du plaisir de faire ensemble, et au départ d’écouter, de s’écouter, que se puisera sans  nul doute l’énergie militante.

Être sur le terrain, croiser les chemins de nombreuses personnes, mobiliser des énergies, expérimenter de façon transversale, quitte à emprunter les chemins de traverses, tout un champ d’action ne demande qu’à être activer.

Et c’est sans doute, au delà de tout discours, par l’expérimentation de terrain que passeront les actions les plus engagées et efficaces.

Expérimenter 

Plutôt agir que parler, même si la parole est source d’enseignement, d’échanges et de transmission, d’invention même, l’action de terrain reste la meilleure façon de faire vivre et évoluer des idées, des projets. Et donc ici, de construire des paysages sonores dignes de ce nom. Écoutables.

L’expérimentation, ou l’expérienciation, le fait d’acquérir des connaissances par l’expérience personnelle, sont donc moteurs dans ces constructions audio-paysagères.

Si je dis par exemple que le paysage sonore est particulier, spécifique, voire reconnaissable pour chaque lieu géographique, mon affirmation ne sera valide que si je l’appuie par des exemples concrets, si je prouve en quelque sorte sa véracité, son fondement.

Il faudra alors aller sur le terrain, tester plusieurs protocole d’écoute, temporalités, moyens techniques, façons de rapporter les résultats, de les comparer, de tester ces expériences sur différents lieux, à différents moments, avec différentes personnes, de diffuser l’information…

L’expérience joue ici un rôle déterminant. Tout d’abord pour mettre en place un processus efficient. On déclinera ainsi plusieurs variations dans les modes d’actions possibles, pour que la notion de paysage sonore prenne vie, peut-être sous forme de différents modèles, typologies.

Expériences humaines, relationnelles également, quels groupes, comme travailler en équipe, à combien, croiser des expériences… Comment se répartir les tâches, croiser nos savoir-faire, et surtout, vibre en ensemble une expérience auriculaire riche pour chaque membre du groupe ?

Expérimentations de matériel, d’outils, de méthodes.

A chaque visée, à chaque lieu, des façons de faire, de penser, de récolter, d’analyser, de construire… Il m’est difficile, sinon impossible, de concevoir une méthode clé en main, transposable à l’identique d’un endroit à l’autre, sans que l’expérimentation de terrain n’implique la mise en place de gestes et de stratégies appropriés.

Expériences de transmission, de diffusions, de traces tangibles.

Rapporter les faits et gestes, décrire, analyser, tirer des conclusions, ouvrir de nouvelles investigations, diffuser, vulgariser… L’expérimentation va là aussi nous aider à trouver des supports ad hoc, des réseaux, des relais, partenariats, sans se cantonner dans l’utilisation de modèles clé en main, figés, mais vers des solutions plus adaptatives en regard du terrain;

L’expérience de terrain est, dans toutes les phases, primordiale. Le terrain est laboratoire. On part de l’expérience in situ pour se forger, au fil du temps, une expérience globale. L’expérience professionnelle comme on dit. Celle qui nous permet de réagir à terme, assez rapidement, selon les contraintes des projets, à la mise en place d’outils répondant au besoins, ou à leurs adaptations, si ce n’est à l »invention » de nouveaux outils.

Avoir fait une belle expérience, c’est avoir vécu et qui plus est entendu de fort belles choses, qui resterons gravées en mémoire, qui jalonneront notre parcours, chacune  apportant une petite pierre à l’édifice sonore en continuelle évolution.

D’ailleurs, dans le mot expérience, il y a expert, ou expertise. Par l’expérience, et l’expérimentation, on devient « expert », expert en perpétuelle construction  certes.

Cent fois sur ton métier tu remets ton ouvrage, c’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est en écoutant qu’on devient écouteur, c’est parce qu’il y a des écoutants qu’il y a des paysages sonores… Suite de maximes avérées.Et croyez moi, j’en parle d’expérience.

Confronter  

Confronter, se confronter à, littéralement en face à face, de front à front, proche d’ailleurs du fait de s’affronter…

Mais ici, évacuons la notion belliqueuse, ne montons pas au front, prenons la confrontation dans son sens plus positif, celui d’espaces de comparaison, de frottements, de rencontres et d’échanges. Et c’est dans le sens de la rencontre, non pas guerrière, mais plutôt en la pensant féconde en échanges que la confrontation s’opère ici.

Confronter des paysages.

Imaginons.

Plusieurs parcours, plusieurs points d’ouïe, plusieurs moments, plusieurs contextes…

Chacun singulier, dans ses événements, son déroulé, les enchaînements,  les itérations, les superpositions d’ambiances, de sources…

Les comparer, en tirer de chacun la substantifique moelle, les faire de croiser, s’entre-écrire, se fictionnaliser, de façon à proposer une série d’expériences parfois improbables mais Oh combien stimulantes.

Confronter les participants

Imaginons.

Acteurs sur différentes actions, acteurs de différents champs, confrontons nos vécus sur un projet commun, ou pourquoi pas, sur l’ensemble de nos activités. Ne pas garder pour soit mais avoir l’envie de créoliser, d’hybrider, de malaxer une pâte aux ingrédients multiples, penser et pratiquer une ouverture sur de multiples possibles offerts à la rencontre.

Confronter les moyens

Imaginons.

Comme des coopératives qui mettraient en commun(s) des savoir-faire théoriques, techniques, opérationnels, allons plutôt vers le partage que le pré carré aux « secrets » jalousement gardés.

Concoctons ensembles des dispositifs, outils pédagogiques, ressources open sources, développons des passerelles participatives, des portails et autres outils qui confrontent, sans esprit de concurrence, et croisent nos projets.

Ces confrontations positives, bénéfiques, sont parfois inscrites dans des réalités de terrain, mises en œuvre, expérimentées, et parfois restent en formes de vœux pieux,  de choses potentiellement faisables à plus ou moins long terme, voire de parfaites utopies dans des tiroirs oubliés.

Osons néanmoins confronter idées et  réalisations, acteurs et savoir-faire.

Osons faire en sorte de sortir de notre petite niche confortable, pour que les raisons et les motivations de construire des paysages sonore écoutables et vivables restent plus que jamais une priorité d’actualité.

Et comme je le répète régulièrement, les choses étant ce qu’est le son.

Paysages sonores singuliers, des ambiances

L’écho des falaises
la quiétude des cimetières
les réverbérations et signaux des gares
la gouaille des marchés
le bouillonnement des ruisseaux
la rumeur des belvédères urbains
le silence habité des églises
le bourdonnement des avions
l’électricité grondante des orages
l’onirisme de la nuit
le grondement des boulevards
l’apaisement des jardins
le ressac de l’océan
le tintement des cloches
les chuchotis des bibliothèques
le fracas des cascades
le feulement du vent
la vie qui s’écoule
la vie qui s’écoute

PAS – Parcours Audio Sensible à Blois, Symposium FKL « Inouïs paysages »

Départ du PAS – @FKL

Contexte, Blois, École Nationale Supérieure de la nature et du paysage, Symposium international FLK « Inouïs paysages », Le CRESSON, le 29 octobre 2021 à 18h00.
Je suis invité, de façon quasi inaugurale, à proposer un PAS – Parcours Audio sensible, façon de mettre nos oreilles à l’épreuve du terrain.
Il faut donc, et j’arrive une journée avant l’entame des rencontres, que je sache où aller, que dire, quelles ambiances faire entendre, comment et où mettre en scène une petite histoire sonore de Blois à l’oreille, parmi tant d’autres.

A noter que je n’ai jamais mis les pieds, ni les oreilles, dans cette ville, que j’ai donc découverte pour l’occasion, de haut en bas, si je puis dire. En effet, ayant déjà traversé d’autre villes du Val de Loire, je m’imaginais une cité avec une topologie plutôt plate, sans grands reliefs. Ma première journée de repérage et les différents trajets que je ferai dans Blois, me montreront à quel point je m’étais trompé, mes mollets ayant été mis à rude épreuve dés le premier arpentage. Ceci dit, les villes pentues ont cela d’intéressant qu’elles offrent moult points d’ouïe, dont de belle situations d’écoute panoramique, de là où saisir la rumeur de la ville et ses émergences parfois singulières.

Tout commence donc, comme à l’accoutumée, par un repérage préalable.
Naturellement, partant du quartier de la gare, en hauteur, là où se tiendra notre camp de base pour quelques jours, mes pas me conduisent vers la vieille ville, vers la Loire. Comme beaucoup de cités lovées sur les rives de la Loire, on déambule entre châteaux et belles demeures historiques, dans de petits centres villes cossus, où les pierres transpirent un passé s’affichant à chaque coin de rues. Et comme beaucoup de ces villes un brin monuments, la piétonisation de certains quartiers attire le passant flâneur, encore assez présent en journée, en cet fin d’octobre aux températures plutôt clémentes.

D’escaliers en ruelles, de places en terrasses, la déambulation est assez agréable.
Néanmoins, je ne trouve pas vraiment les ambiances sonores, ni le dépaysement trivial, voire un brin canaille dont j’aurais envie ce jour là. Envie de sortir des sentiers battus un poil carte postale, où la vue a tendance à éclipser l’écoute, et où de plus, la voiture est très présente.
Je remonte sur les hauteurs, l’oreille dubitative, et me perds, ce qui est fréquent chez moi, pensant revenir vers la gare en partant à l’opposé. Jusqu’a ce que je demande mon chemin, façon pour moi beaucoup plus conviviale de me retrouver sans l’aide d’un GPS smartphone, que du reste je n’ai pas.

Et c’est là, par cette errance improvisée, que je découvre le fil rouge de mon parcours en gestation, via un petit chemin longeant un cimetière, et surplombant les voies ferrées en sortie de gare. Mais nous en reparlerons plus tard.

En ouverture des rencontres, le PAS – Parcours Audio Sensible Desartsonnants va donc être mis en chemin d’écoute. On présente son auteur en le qualifiant de « sound lover », ce qui ne peut que réjouir ce dernier, la formule lui convenant tout à fait, après que l’ami Michel Risse, de Décor Sonore, d’ailleurs présent à ce parcours, l’ayant qualifié un jour de « Lobe Trotter » !

Quelques mots en introduction, pour mettre en condition d’écoute, sans toutefois théoriser ni conceptualiser à outrance le parcours à venir, juste pour le mettre en situation. Nous évoquons une invitation à l’écoute de l’infra-ordinaire, posture sensible énoncée par Georges Pérec, pour faire du quotidien, de ce que ni les médias, ni même les acteurs locaux ne regardent ni n’écoutent à force d’habitude. L’immersion inconsciente dans des espaces publics a priori anodins rend en partie sourds et aveugles les usagers et passants de tous crins. Il nous faut donc, oreilles en veille, corps réceptacle, nous rebrancher sur ce déjà (trop) vu et entendu. Pour être dans le sujet des rencontre, il nous faut retrouver, voire fabriquer de inouï en partant du quotidien, de l’in-entendu qui deviendrait pour l’occasion inattendu, du trivial qui se ferait événement sensible, esthétique, tout cela dans une posture collective.
Dans cette idée qui, au fil des années, s’affine et se fait incontournable; il s’agit, avant que d’installer des sons, d’installer l’écoute, comme on ferait une sorte de scénographie sonore. Installation dynamique et collective en marche, rythmée de points d’ouïe. Installation sonore à 360°, prenant la ville, ou une partie de ville comme cadre, théâtre de monstration. Installation présentant bon nombre d’aléas, et aussi d’interactions écoutants sonorités ambiances lieux arpentés. Gestes collectifs… Installation qui prône une non invasion sonique de l’espace public, s’appuyant d’abord et avant tout sur l’existant, le déjà en place, le prêt à ouïr. Installation en mode écho logique.

Cependant, sans que tout cela ne soit annoncé de façon trop péremptoire, installer l’écoute implique, pour laisser la place aux sons, d’installer le silence. Non pas silence des lieux et de leurs acteurs le partageant au quotidien, mais silence partagé du groupe. Un silence qui, paradoxalement peut mettre un collectif d’écoutants dans une bulle d’écoute intime, personnelle, mais aussi souder un groupe dans un premier geste commun qui serait de faire silence, action active comme l’indique sa tournure grammaticale, pour mieux entendre, pour mieux s’entendre. Et avec ta ville, comment tu t’entends ? La question est posée de façon polysémique.

C’est donc dans cette idée que s’ébranle un long, très long cortège, en regard des jauges habituelles. Ce qui ne va pas sans inquiéter un brin notre guide écoutant, peu habitué à emmener une cinquantaine de personnes, et se demandant si, entre la tête de fil et la queue de cortège, l’écoute silencieuse restera bien un fil conducteur efficace. A priori oui, d’après les ressentis du guide et les retours post parcours. Le public embarqué, déjà il faut le dire, dans sa grande majorité sensibilisé à des propositions d’écoute, est bien entré en immersion dans les espaces soniques proposés, jouant le jeu de l’ouïe proposé comme postulat initial à ce geste de déambulation sensible.

Cette longue colonne silencieuse, traversant la ville à pas très lents, s’arrêtant parfois sans mots dire, sans forcément de raisons apparentes, dans des espaces pourtant peu spectaculaires, pour le passant lambda en tous cas, a signé une trajectoire singulière. Singulière en tous cas à la vue d’autres passants, non avertis, croisant notre route. Une mise en scène pour le peu visible, d’une écoute collective, qui est venue interroger les personnes croisées, et sans doute modifier les ambiances, y comprises sonores. Une façon de jouer avec l’espace public par la simple présence, plus ou moins coordonnée, d’écoutants mutiques, ou tout au moins silencieux.

L’allure plus que modérée de la marche, tempo lento, est elle-même une sorte de jeu de ralentissement, en général apprécié des participants. Prendre le temps de, le temps de faire, le temps de marcher et d’écouter de concert, et pour reprendre l’expression d’un célèbre chanteur, le temps de vivre. Le temps de vivre ne serait-ce qu’un instant où se déploie une sensorialité collective que l’on cherche à exacerber, sans pour autant brusquer les choses, bien au contraire.

En avant donc pour notre PAS blésois, une heure environ de déambulation auriculaire !
Comme je l’ai mentionné en début de ce texte, la rencontre fortuite d’un cheminement un brin sauvage, sur les hauteurs de la ville a orienté le parcours autour de la gare, ce qui, en y réfléchissant bien, n’est pas vraiment surprenant.
Desartsonnants, guide en chef pour ce jour, a toujours aimé les gares, et les apprécie sans doute plus que jamais de jour en jour.
Espaces acoustiques réverbérés à souhait et variés, entre halls, couloirs, passages, quais, passerelles, commerces…
Des ambiances et des sons multiples, sans cesse changeants. Voix, pas, sifflets, grondements, ferraillements, souffles, bips, annonces publiques… Une incroyable gamme sonore, un véritable catalogue de sons tous azimuts, aux couleurs ferroviaires, un corpus auriculaire signé.
Une spatialisation à l’échelle du lieu, des réponses géographiquement situées, dignes parfois d’un concert acousmatique.
Une polyphonie mécanique, humaine, architecturale, qui offre à l’oreille de belles séquences immersives.
Et puis, symboliquement, l’attirance du voyage, des départs et retours, de la découverte de nouvelles terres d’écoute, de nouvelles rencontres, de nouvelles expériences contextuelles…
Il se trouve que le guide écoutant adore les trains ! Regarder un paysage défiler sous nos yeux, les arrières-cours cachées des villes, les chemins discrets, les paysages larges ou enserrés… Rêvasser, somnoler, lire, écrire, discuter, voyager bercé par des rythmes parfois lancinants, qui ont d’ailleurs inspirés des compositeurs à jouer des itérations ferroviaires comme des matériaux sonores dynamiques…
Invitation au voyage, y compris dans ce qu’il a de plus sonore.

Mais revenons les pieds sur terre, et les oreilles à l’affût. Gare à l’écoute !

Nous partons de l’École du paysage en direction justement de la gare toute proche.
Une halte impromptue nous fait pénétrer dans une vaste cour intérieure d’un foyer de résidence étudiante.
Le portail grince et claque de nombreuse fois au passage du groupe qui se rassemble petit à petit, et s’immobilise dans la cour.
Un espace a priori protégé acoustiquement du « bruit de la ville ». Et il l’est en partie. En partie seulement, car une de ces incontournables souffleries de ventilation vient envahir l’espace, drone tenace et bien, trop, présent, comme une signature urbaine dont on se passerait volontiers. Psychoacoustique oblige, certains l’entendent, plus ou moins, d’autres non, gommant a l’envi les perturbations acoustiques pour aller poser l’écoute hors nuisance. Effet salutaire, ou pernicieux.

Après ce premier point d’ouïe, nous ressortons, toujours au rythme du portail qui marque la fin d’un plan-séquence auditif. En fait, les PAS sont très souvent constitués en plans séquences, des fenêtres d’écoute spatio temporelles, ambiances cadrées par des mouvements, changements de lieux, sas et passages, ou événements sonores délimitant des moments auriculaires… Nous les mixons et agençons sur le terrain, en fonction de ce qui s’y passe. Sons directs, travaillés dans et par le mouvement, façon Nouvelle Vague (cinématographie).

La deuxième scène sera donc la traversée, point d’ouïe compris, de la grande place-parvis devant la gare. Espace en travaux, très minéral, aménagement fonctionnel oblige, rythmé de voix, pas, et surtout des incontournables valises à roulettes striant l’espace de leurs grognements entêtés. En quelques années, l’apparition de ces objets roulants très identifiés, a marqué le paysage sonore urbain, comme strié de mille roulements chaotiques. L’approche et la traversée des gares et aéroports amplifiant ces présences qui, parfois dans de grands flux d’arrivée, prennent une place limite assourdissante dans des espaces généralement généreusement réverbérants.

Passage intérieur.
Une cinquantaine de personnes envahissant le hall de gare, immobiles, toujours muets, tout cela ne passe pas inaperçu.
Les usagers passent discrètement au travers du groupe, portant ici et là des regards inquiets ou amusés, le contournent, s’arrêtent de téléphoner, de parler, cerné par une petite foule bien étrange… Toujours une mise en scène de l’écoute, qui se montre, en train d’écouter justement

Retour au parvis, l’espace se ré-ouvre à l’oreille. Les valises sont toujours là.

Un passage en hauteur, surplomb de la gare, les oreilles un brin panoramiquées.
Une tour métallique, nous conduit par un escalier en spirale vers une longue passerelle, elle aussi métallique, enjambant l’ensemble des voies ferrées, pour nous conduire sur « l’autre rive ». Durant cette traversée, nous avons droit à toute une série de sonorités propres aux lieux. Passage de trains rapides, vieille locomotives ronronnantes, annonces, klaxons, sifflets, bips de portes qui se ferment… Un cinéma ferroviaire pour l’oreille, digne du meilleur design sonore ambiantal, où tout semble à sa juste place. Et par la force des choses, l’est vraiment. Il ne reste à l’écoutant qu’à capter cette ambiance à la fois caractéristique et singulière, tout en jouant avec les déplacements, les arrêt sur la passerelle lorsqu’un train passe sous nos pieds, devant derrière, droite gauche, selon notre position. A l’extrémmité de la passerelle, les vibrations de nos pas sur le parapet métallique font tinter les haubans, on peu y jouer…

De l’autre côté, nous perdons assez rapidement les ambiances de la gare de l’oreille.

On se dirige vers un assez grand cimetière, histoire de le traverser en silence, en cette veille du week-end de Toussaint, pour décaler notre écoute dans le silences circonstanciés des tombes. Histoires d’ambiances. Les cimetières sont souvent des lieux d’écoute comme des bulles oasis acoustiques assez apaisées, entourés de hauts murs coupe-son. J’ai souvenir de traversées du Père Lachaise à Paris, ou de la Loyasse à Lyon, espaces vastes, monumentaux, où chaque son prend une place singulière.
Ici cela ne sera hélas pas le cas, le cimetière étant déjà fermé à l’heure de notre passage. le repéreur avait omis de noter les heures de fermeture lors de son premier passage…

Nous emprunterons dons une sente le longeant, celle que nous aurions dû prendre au retour.
Ce sentier cours le long du haut mur du cimetière à notre gauche. Il est tout d’abord encaissé entre deux murs, puis s’ouvre à droite au dessus des voix ferrées, que nous retrouvons donc, avec leurs sons cette fois-ci plus diffus, plus en contrebas, plus lointains. Une rumeur ferroviaire toujours entrecoupées d’émergences; un autre point d’ouïe; une approche plus panoramique, moins immersive, mais néanmoins restant dans un même champ d’une lexicalité auriculaire ferroviaire, comme une variation d’un déjà entendu qu’au final, nous ne quitterons jamais vraiment. Un fil rouge de notre parcours où les sons vont bon train, dirait Desartsonnants.

Nous débouchons sur une sorte de prairie, espace intersticiel entre les bordures de la ville et de sa périphérie, le relief gommant les ambiances de la gare. Un lieu difficile à définir acoustiquement, ni vraiment agréable ni vraiment désagréable, ni centre ville ni banlieue… Espace indéterminé, au regard comme à l’oreille.

A défaut de la boucle initialement envisagée durant le repérage, le retour se fait donc par le même sentier emprunté à l’aller.
Ce qui est intéressant, c’est que les sonorités ferroviaires en contrebas restent similaires à notre premier passage, mais transposées de l’oreille gauche à l’oreille droite. Façon inattendue de rééquilibrer une écoute où la stéréo serait temporellement et paradoxalement scindée. Peut-être le souvenir sera t-il sollicité pour recréer après coup une stéréophonie en kit, mais pas sûr du tout, si ce n’est dans l’imagination facétieuse de celui qui écrit ces lignes.

Retour à la passerelle métallique et à une certaine proximité sonore de la gare.
L’heure plus tardive, correspondant à une fin de journée, fait que l’ambiance est plus animée qu’à l’aller. Façon de constater, si on en doutait encore, comment un même lieu, à différentes heures, peu sensiblement offrir une écoute singulière, de par la densité des sources sonores et ses scansions rythmiques notamment, et la modification globale de ses ambiances.

Variante, la tour métallique que nous avions rapidement gravie via un escalier à vis, nous la descendrons cette fois-ci par un long plan incliné spiralant jusqu’au parvis. C’est encore un jeu droite gauche que nous offrons à l’écoute, nos oreilles tournant lentement entre le côté intérieur des quais de gare et l’extérieur du parvis. Une stéréo mouvante, au gré des pas, avant le retour à l’école du paysage. Nous poursuivrons cette soirée d’ouverture par un hommage à Raymond Murray Schafer, récemment disparu, et à qui ce parcours d’écoute était également et naturellement dédié.

Ce PAS se terminera par un retour à l’École du paysage où se poursuivra donc la soirée inaugurale. Le programme ne permettra pas le débriefing collectif habituel, néanmoins, quelques promeneurs viendront, à chaud, me faire part de leurs ressentis. De plus, l’ensemble des participants restant durant les trois ou quatre jours des rencontres, j’aurai régulièrement des retours spontanés.
Surprise, plaisir de prendre le temps, étonnement de la diversité auditive, plaisir de « faire silence », ruptures et enchainements d’ambiances, esthétique du paysage, expérience décalée, ouverture de l’écoute au quotidien, mise en scène d’espaces sonores et de postures d’écoute, cortège quasi religieux… Des réflexions qui confirment des formes multiples de signatures d’écoutes, pour reprendre un terme de Peter Szendy, où chacun et chacune entends son propre paysage.

Il y aurait sans doute tout un travail à effectuer pour tenter de jauger, d’analyser et de creuser l’aspect émotionnel dans la pratique des PAS. Comment les ressentis personnels déclenchent ou amplifient des formes d’empathies, directement liées à l’écoute d’un territoire. Ou bien au contraire une insensibilité pouvant tendre à une forme de mésentente, si ce n’est de désentente latente, ou avérée ? Nous ne garderons ici que les côtés positifs, ceux qui en tous cas ont été exprimés suite au parcours. Pour le reste il faudrait entreprendre des entretiens plus profonds avec des publics lus larges et des méthodes d’approche ad hoc, ce qui serait sans doute fort instructif.

Concernant les traces de ce parcours, elles sont ici de trois ordres.
Les traces auditives mémorielles, celles que je conserve, et que d’autres participants garderont en mémoire. Sans doute pour moi les plus intéressantes, même si fragiles, fugaces, subjectives, incertaines… mais celles qui, avec la prégnance visuelle, participeront le plus à faire de ce moment une expérience sensible pouvant ouvrir de nouvelles portes auriculaires, donner envie de reproduire cette approche expérientielle, ici ou là, maintenant ou plus tard, seul ou en groupe…

Les traces photographiques, qui questionnent les rapports vue/audition. Qu’est ce qui, dans le geste du photographe de fixer, à l’instar de la prise de son, tel moment plutôt que tel autre, motive la prise de vue ? Le paysage singulier par ce qu’il donne à voir, ou par ce qu’il donne à entendre ? L’alliance, la concordance ou la discordance, la complémentarité, l‘antinomie… entre la chose vue et celle entendue ?
Un mélange de tout cela ?
Qu’est ce que l’image seule, décontextualisée, pourrait nous suggérer d’un possible et hypothétique paysage sonore, selon l’imaginaire et le vécu de chacun, de quelqu’un qui commenterait une photo sans avoir participé au PAS?
Ou quelles images surgiraient d’une écoute, elle aussi décontextualisée ?
Les rapports images/sons sont très intéressants dans une possible complémentarité qui vient renforcer l’idée d’une écoute polyphonique, où l’expérience, la mémoire, la trace, viennent se frotter pour faire paysage.Partons du postulat que lequel n’existerait pour ainsi dire pas initialement, avant notre, nos fabriques tant collectives qu’individuelles.

Dans ce parcours, nous avons également, et c’est assez rare, un enregistrement de sa totalité par un promeneur écoutant, JuL, chercheur médiaticien au laboratoire CRESSON de Grenoble.
C’est assez rare parce que le guide ne peut, sans se couper de l’immersion, de ses sensations, de ses inspirations, emmener et enregistrer toute à la fois un PAS. Il lui faut « être dedans », selon l’expression consacrée, sans se laisser distraire par des gestes techniques que requiert la prise de son.
Mais ici, nous avons un preneur de son, avec sa propre écoute, car toute prise de son comme d’images sera motivée, plus ou moins consciemment, par les aléas du moment, les affinités propres, les coups de cœur, ou d’oreille…
Ce qui est intéressant dans ce cas, c’est de disposer de plusieurs traces, comme des calques de lectures superposables, hétérotopiques.
Le repérage, en tout cas pour le guide, qui vous l’aurez compris est le rédacteur de ce texte, l’expérience de terrain lors du PAS public, personnelle et collective, les photographies, et enfin une trace sonore d’un autre point d’ouïe, qui forcément, n’étend pas toujours près du guide. Ce dernier suivant ses propres inspirations, donnera à entendre un point d’ouïe autre.
Et la réécoute après coup de ce long enregistrement vient corroborer certaines impressions, en élargir d’autres, sous le filtre de couleurs auditives inattendues, voire révéler des sources, ambiances ou événements, estompés par le temps, ou bien, pour différentes raisons, inentendues in situ…

Merci donc à cet écoutant preneur de son, de fournir un matériau riche, permettant de nouvelles lectures, et écritures, de ce parcours dont nous tentons ici de partager les richesses intrinsèques.

Après avoir hésité à remonter la prise se son, à la resserrer pour n’en garder qu’une « substantifique moelle », l’esprit, les moment forts, ou significatifs, c’est en fait l’intégralité du parcours qui est écoutable ci-après !
Un montage, ou plutôt une réinterprétation verront peut-être le jour, plus tard, dans d’autres contextes créatifs…

Pour profiter au mieux de cette prise de son binaurale, à hauteur d’oreilles, et en avoir une écoute optimale, en ressentir les effets immersifs, l’écoute au casque est très fortement recommandée.

En écoute

Album photos

@photos Michel Risse – Décor sonore

Immersion, l’oreille paysagère

Festival ElectroPixel à Nantes – Apo33 – 2013

L’immersion dans sa définition première, désigne « quelque chose, quelqu’un qui, plongé dans un liquide, subit un mouvement descendant »1.

Il y a donc une notion de bain, d’être entouré de, qui peut être agréable, mais aussi, dans la descente, une sensation nettement moins positive. Être trop immergé, peut risquer la noyade, dans le sens physique comme symbolique. Une forme de Muzac envahissante par exemple, qui noierait notre discernement, annihilerait la notion de goûter pleinement et volontairement à quelque chose d’audible.

Mais nous laisserons ici l’approche négative, voire dangereuse de l’immersion, pour la penser comme « le fait de plonger ou d’être plongé dans une atmosphère quelconque »2, qui est sa deuxième définition; ici plongé dans un bain sonore et/ou musicale.

Prendre un bain de son, être entouré de sons, sentir les sons nous envelopper, se laisser porter, transporter.

L’immersion est donc ici une posture sensible, produite par un geste artistique, en l’occurence par une œuvre audio proposée aux écoutants, eux-même placés de façon à ressentir l’espace sonore se déployer autour d’eux, dans des mouvements qui les placent au centre de la scène acoustique, et non pas dans une configuration frontale, comme dans beaucoup de concerts.

Ces dispositifs immersifs et de diffusions via notamment le multicanal, ne sont certes pas nouveaux. Dés le début des années 70, l’Acousmonium, tel que l’a nommé François Bayle, ou orchestre de hauts-parleurs, permet aux compositeurs d’écrire et de diffuser dans des espaces acoustiques multi-directionnels. De la musique concrète à la musique électroacoustique, puis acousmatique, l’auditeur est au centre de l’écoute, avec néanmoins toutes les limites de se trouver au plus près du sweet spot, point d’écoute idéal et central, géographiquement parlant.

Les technologies évoluant, le multicanal emprunte différents dispositifs, de la diffusion WSF – Synthèse d’hologrammes sonores de l’IRCAM aux diffusions ambiphoniques, sous des dômes équipés de très nombreux haut-parleurs, en passant par des casques VR, des diffusions spatialisées par des HP mobiles hyper-directifs… Les procédés d’immersions continuent de placer l’auditeur dans un bain sonore parfois assez impressionnant.

Reste à sortir d’une forme d’esbrouffe technologique pour composer des œuvres qui, par leurs qualités intrinsèques, fassent justement oublier le dispositif, pour que ne reste plus que le geste créatif, l’œuvre, qui va embarquer l’écoutant sans mettre le dispositif en avant.

Mais au-delà des dispositifs, petits ou grands, modestes ou impressionnants, l’immersion peut-elle se faire sans machinerie technologique spécifique, sans appareillage de l’oreille, à oreille nue ? Peut-on se sentir entouré de sons, voire de certaines formes de musiques, sans avoir recours à des modes de diffusions électroacoustiques, ni même instrumentales ?

Bien sûr, si je pose ainsi ces questions, c’est que je vais certainement répondre que oui. Question orientée.

Dans ma pratique liée au paysage sonore, le Soundwalking, la balade sonore, et ce que je nomme les PAS – Parcours Audio Sensibles, sont de fait des gestes qui proposent aux « marchécoutants » des situations naturellement immersives.

Se plonger dans les sons des centres villes comme dans ceux de forêts, de montagnes, de bords de mer, sentir les sons bouger autour de nous, nous envelopper, nous dessiner tout un paysage auriculaire lorsque nous fermons les yeux (cinéma pour l’oreille) sont des façon de se trouver dans un bain sonore sans cesse en mouvement, en transformation.

Je penserai ici aux « Listen » de Max Neuhaus.

De même, la notion de point d’ouïe, d’arrêt sur son, de poste d’écoute, nous proposent de mettre notre écoute au cœur des ambiances acoustiques, paysagères, que nos marches ponctuées d’arrêts nous font pénétrer de plain-pied, de pleine oreille oserais-je dire.

Cette immersion paysagère est donc esthétique, mais aussi écologique, voire écosophique. Poser une oreille attentive aux ambiances environnantes nous apprend à écouter, à nous entendre, à mieux, à bien nous entendre, peut-être à nous ré-entendre avec nos milieux, vivant et non vivant compris. On pourra y percevoir les aménités qui nous feront apprécier les musiques des lieux, tout comme les désagréments, les frictions, les dysfonctionnements, entre saturation et paupérisation.

Plus l’immersion sera profonde, plus la conscience d’un milieu acoustique superposant et alternant moult ambiances nous réjouira, nous inquiétera, peut-être nous alarmera.

Le geste artistique, y compris celui de l’écoute, n’est pas que fabriquer du beau bien pensant, du divertissement et du rêve. S’il peut aspirer à des formes de sublimation du monde, il peut aussi déranger nos bonnes consciences, montrer ce qui va dans le mur, et pas que dans le mur du son. L’artiste n’est pas exclus, bien au contraire, de prendre une position politique, au sens premier du terme, de s’impliquer dans l’espace public.

L’écoute paysagère immersive, être au cœur des choses, prend ici partie de montrer ce qui fonctionne comme ce qui dysfonctionne (Low-Fi et Hi-Fi de Murray Schafer) et de nous mettre l’oreille devant des dégradations écologiques, sonores comprises, dont l’accélération, si ce n’est l’emballement, doivent urgemment nous alerter.

A bon entendeur salut ! Disait Scarron.

1Définition CNTLR

2Définition CNTLR

Texte rédigé pour les Rencontres Acousmatiques 2021 « Imaginer l’immersivité » 2 et 3 juillet 2021 – CRANE Lab« 

A lire : Actes des rencontres, tous les textes

Paysages sonores improbables

L’improbabilité même d’un paysage tient sans doute du fait que ce dernier est essentiellement né d’une série de représentations, de constructions, avec tous les aléas intrinsèques, du ressenti émotif, subjectivé, aux éléments contextuels plus ou moins maitrisés.

Suite à une série de déambulations auriculaires, à des enregistrements et montages audionumériques de terrain, et pour conclure une résidence d’écritures audio-paysagères, différentes créations, s’éloignant des modèles du field recording « classique », plutôt figuratif, vont nous amener vers des représentations sinon plus abstraites, en tous cas beaucoup moins descriptives.

Ce sont là ce que je nome des paysages improbables. Improbables car revisités, triturés, voire creusant des écarts significatifs entre l’entendu in situ, le ressenti, et le pur imaginaire, et souvant en naviguant entre les frontières du vécu et du rêvé, tricotant des espaces fictionnels, frictionnels, nourris néanmoins des ambiances puisées sur le terrain.

Prendre le paysage à contre-pied, si ce n’est à contre-oreille, c’est par exemple partir d’un photo prise lors d’un point d’ouïe, sur le Pic de Brionnet, promontoire basaltique, de son église et de sa cloche, pour sonifier cette représentation visuelle. De l’image transcrite, transcodée, transmédialisée vers un son dérivé, par l’utilisation d’un logiciel de sonification, ce qui donnera un résultat relevant plus de l’abstraction que de la représentation, où le sens même, celui initial, disparaitra tout ou partie.

Voici par exemple l’image de départ

Et le résultat audible de sa sonification

Et cette autre interprétation puisant dans différentes sources, mélangeant lieux et moments, des rushs audio inutilisés dans les précédents montages de spots parlés, autour de l’idée de paysages entre fluides et flux inspirés du contexte local – rivière, sources, fontaines, cloches, mais aussi véhicules traversant le village, impression rythmologique de « temps qui passe »…
Et puis encore, approche intermédiaire, un mixe de paysage sonifié via l’image d’un banc d’écoute et sa représentation audionumérique de choses entendues, mariage improbable de sons et d’images interlacées. 
Ces quelques exemples esthéthiques de tranformations de paysages plus ou moins dé-naturés, montrent à quel point l’expérience vécue peut être prétexte, inspiratrice et vectrice de re-créations, récits fictionnels oscillant entre traces plus ou moins identifiables et abstractions nous emmenant vers d’autres mondes connexes, inter-reliés, transmédialisés, ré-installés. De l’écoute in situ au paysage en découlant, il y a parfois tout un monde, tissé de relations de cause à effet, connections bien réelles, même si elles sont parfois quasi indécelables.

 

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

 

Tourzel Ronzières, un autre PAS – Parcours audio sensible

Après un premier PAS en forêt, un autre, qui va explorer, ausculter le cœur du village-même.

Nouveaux points de vue, points d’ouïe, nouvelles acoustiques, nouvelles scènes sonores…

Un spot chiens, écoute acousmatique, car nous ne voyons pas les bêtes, parquées derrière une haute clôture métallique, mais qui par contre se font entendre bruyamment à notre passage.

Éléments rythmiques intéressants de la promenade, timbres rauques et puissants, tensions, nuisance sonore pour un écoutant; les chiens sont en effet très présents dans le village; quel statut donner à ces sons et à quel moment, dans quelles dispositions d’écoute, dans quelle visée ?

Une fontaine, voire deux fontaines, très différentes, avec chacune leur propre signature acoustique.

Des jeux d’auscultation où l’oreille se mouille, où l’écoute se rafraîchit, où le ludique est de la partie, stéthoscopes et longue-ouïes en immersion, dans le vrai sens du terme.

Un sympathique théâtre de verdure, plus ou moins laissé à l’abandon. Des bancs de pierre en arrondi, une scène, un mur fond de scène, un espace entre sol gravillonné et entourage boisé.

Des sons festifs qui nous parviennent du haut du village.

D’autres cadres er prétextes à des jeux d’écoutes, ludiques, vocalisés, marchés, inspirés par le lieu…

Une église désacralisée, vide de tout mobilier, ce qui renforce la réverbération type romane du bâtiment.

Ici, je vais réinstaller des improvisations sonores  enregistrées la semaine précédente, d’un autre parcours, d’une autre église, sur la colline de Ronzières, surplombant celle où nous nous trouvons.

Des sons en décalages spatio-temporels, en frottements, d’une église à l’autre, transportés, audio-délocalisés, d’un moment et d’un lieu à un autre, en résonance, en discordance peut-être.

Jeux autour de perceptions décalées. Installer et faire bouger les sons, s’installer entre, chercher les postures, habiter fugacement l’espace…

Passage par une autre fontaine, avant que de profiter d’un dernier soleil couchant, et d’échanger sur nos expériences réciproques.

D’autres trames/traces sonores à mettre en récit, à historier.

Ausculter encore.

@ photos France Le Gall « Danser l’Espace – Sous les pommiers ba »

En écoute
Album photos : https://photos.app.goo.gl/1AkC3DWi5mHhUxGQ9

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Pic de Brionnet, quelque chose qui cloche !

Pour suivre ma pérégrination sonore

le projet d’installer l’écoute

dans l’immersion des volcans d’Auvergne

un pic escarpé

adossé à une formation verticale d’orgues basaltiques

coiffé d’une chapelle romane

qui scrute le paysage à 360°

un paysage volcanique

de puys de sucs et de pics

de vallées encaissées

de rivières enchassées de verdure

les ombres d’un jour déclinant qui s’y jouent aujourd’hui

elles s’accrochent aux reliefs

s’étirent à flancs de coteaux

le soleil chauffe agréablement

pas un brin de vent

chose rare sur un pic émergeant à plus de 900 mètres

un temps où tout s’immobilise, ou presque

dans un calme accueillant

immersion quand tu nous tiens

des milliers d’insectes dessinent d’improbables ballets

dans une généreuse lumière du soir

un inouï espace de rêverie

des clarines au bas sonnent, lointaines

stéréophonie montagnarde entre mes deux oreilles, exactement

on reste, finalement assez longtemps, sans bouger ni parler

le paysage à nos pieds

et à nos yeux

jusqu’à de lointains horizons montagneux

et puis la chapelle

avec une cloche accrochée, à clocher

en haut de tout

et une corde pour la sonner

invitation

je me fait sonner la cloche

et elle sonne, tinte bien

vraiment bien

joliment bien

jusque dans ses résonances rémanences

du haut de son promontoire

elle nous invite à activer l’espace

à le faire vibrer à l’échelle du lieu

à l’imaginer plus ample, plus loin

elle invite à recomposer l’écoute

à l’imaginer autre, autrement,

ce que je ne manquerai de faire.

la dernière résonance éteinte

le lieu retrouve son presque rien

habité de mille bruissemements microsoniques.

En écoute
Album photos : https://photos.app.goo.gl/5bXDsbNXj63Jxk6u9

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Une église, une écoute, des histoires

Je pose mes oreilles et micros dans l’église, désacralisée, de Tourzel.

Un lieu donc, bâtiment roman, vide de tout mobilier, à l’acoustique très réverbérante.

Pierrette, la très accueillante voisine gardienne des clés, me conte quelques légendes locales.

Je joue, comme il se doit, avec l’acoustique des lieux.

J’imagine mon prochain passage, lors d’un PAS – Parcours Audio Sensible, avec un groupe d’écoutants.

Je saisis les porosités dedans-dehors, des véhicules, d’une conversation proche, et tisse une improbable histoire sonore.

En écoute

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Écrire l’écoute, de nouvelles traces

Du proche au lointain, je me rapproche, il s’éloigne, son d’ici ou d’ailleurs.

Près tout près, au plus près, ce sont les battements de mon coeur, le froissement des feuilles, le craquement des brindilles.

Le bourdon de la rivière, entêtant, envahissant….effet coktail!

Petits sons émergent des sous bois, assourdissants bruits de moteurs agressent mon espace sonore. Filtrer pour mieux écouter, choisir le son, l’accompagner et le laisser repartir.

Bulle sonore construit l’espace, délimite, tisse une toile.

Questions-réponses impromptues, insolites, sons s’emmêlent et organisent le vide.

Toile sonore.

Texte, Johana Fargeon

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Installer l’écoute, expériences ludo-forestières

Forêt trouée

d’échappées vers le ciel

bleu

limipde

accueillant

allongé dans l’herbe

des branchages vibrillonnent

sur écran haut d’azur

frémissant

complicité du vent

tout bouge

doucement

tout s’agite

sereinement

froufroutis

froissements

chuintements

les sens tournés vers le haut

des herbes folles

bruissonnent aussi

la forêt se donne à entendre

sans forcer le jeu

l’écoute est installée

entre nous, et elle

à même le sol

contact terre à terre

ça fait sens

la marche reprend

changement d’axe

verticalité

nouveau point de vue, d’ouïe

l’oreille prend de la hauteur

de même le regard

pour scruter le sol

couleurs et bruissonnances

qui  rythment des pas

ou l’inverse

avancée capricieuse

danse qui ne se dit pas

pour mieux chanter les lieux

mille choses sous nos pieds

des froissements colorés

des voix émergent

scansions

saluts

l’avancement est ludique

l’oreille à la fête

tant de choses et d’espaces à jouer.

Forêt trouée

d’échappées vers le ciel

bleu

limipde

accueillant

allongé dans l’herbe

des branchages vibrillonnent

sur écran haut d’azur

frémissant

complicité du vent

tout bouge

doucement

tout s’agite

sereinement

froufroutis

froissements

chuintements

les sens tournés vers le haut

des herbes folles

bruissonnent aussi

la forêt se donne à entendre

sans forcer le jeu

l’écoute est installée

entre nous, et elle

à même le sol

contact terre à terre

ça fait sens

la marche reprend

changement d’axe

verticalité

nouveau point de vue, d’ouïe

l’oreille prend de la hauteur

de même le regard

pour scruter le sol

couleurs et bruissonnances

qui  rythment des pas

ou l’inverse

avancée capricieuse

danse qui ne se dit pas

pour mieux chanter les lieux

mille choses sous nos pieds

des froissements colorés

des voix émergent

scansions

saluts

l’avancement est ludique

l’oreille à la fête

tant de choses et d’espaces à jouer.

Vidéo Pauline Marty – Montage Gilles Malatray – Desartsonnants

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « »Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Faire trace(s), suite…

Pour faire suite au texte précédant

D’une humeur silencieuse, je parle peu. 

Les quelques paroles prononcées

 me sembles désincarnées, 

vides de sens, de ma sensibilité. 

Mais je fais de ce silence, 

en réalité grouillis de bruits, agitation de mes pensées,

l’occasion de me concentrer ailleurs.

Écouter : sons, voix, gestes, paroles articulées.

Fatiguée,

chaque petits sons m’apportent des vacances.

Je me laisse bercer, pars en voyage.

Ruissellement de l’eau,

que mes oreilles,

orientées de mes mains,

choisissent l’entrée,

ou de fermer les écoutilles.

Laissant l’eau ronronnante

dans des sonorités saturées,

j’écoute les pas :

silencieux,

sourds,

lourds,

spontanés,

contrôlés.

Contact des pieds sur la terre.

Contact des pieds sur les feuilles.

Branches qui craquellent.

Rythme lent, accéléré.

Les ronces qui accrochent.

Les mûres qui croustillent.

Les bogues, au son du stéthoscope,

qui grattent, grésillent,

titillent vers le grave

une sorte de petite bille dans la cavité,

caverne au merveille de mon oreille.

Sonorité d’une pierre

sa majesté qui retentit

dans le sous-bois.

Des mains qui s’approchent

pour caresser, masser,

en cassant doucement

de petites brindilles.

Un crac bref

mais qui perdure,

résonne,

chaque cellules sonnent.

A quelques mètres,

je suis la dernière,

des sonorités venues d’ailleurs.

Je m’approche d’elles,

elles s’approchent de moi,

je m’amuse de cet espace

où je ne sais plus qui,

 d’elles ou de moi,

crée la rencontre.

Un espace plus loin,

des espaces entre les arbres.

Je me faufile,

et laisse se profiler

un concert

d’oiseaux, de cris, de paroles,

de pas,

actrice ou pas.

Pas lourds.

Pieds qui traînent.

Souffle court.

Ça monte.

Une petite feuille semble,

accrochée à son tremble,

claquer à contre courant,

participant

pourtant à l’ensemble,

du spectacle musical.

Un portail qui grince.

Des gendarmes qui passent

ne laissant aucune trace.

Silence de mort

n’existe pas vraiment

dans le cimetière,

à moins que les morts

vivent sous nos pas.

Et soudain,

voix puissante, masculine,

retentit suivie

par des cordes vocales,

diverses,

vibrantes,

des sons métalliques, boisés, clapotis de bénitier,

dessinant ensemble un nouvel espace :

une église qui chante.

Textes de Pauline Marty écrits suite au PAS Parcours Audio Sensible à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Faire trace pour faire exister, pour tracer de nouveaux chemins

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

Au neuvième jours de ma résidence audio-paysagère auvergnate « Installer l’écoute – Points d’ouïe », la matière sonore, visuelle, textuelle, commence à s’accumuler, à prendre corps, et surtout à progressivement faire sens.

Dans une démarche qui n’a en soi rien de très originale, j’applique ma petite méthodologie de terrain, en immersion, baigné, entouré de paysages aux vertes collines, de forêts multicolores, de rivières chantantes, de lumières automnales délicates, sans oublier les sonorités plutôt apaisées.

Et de quelques tracteurs grondants et ferraillants.

Se promener, arpenter, repérer

Écouter, donner à entendre, partager les points d’ouïe, les chemins d’écoute

Capter, cueillir, enregistrer des ambiances sonores de tous crins, écrire, photographier

Classer, trier, organiser, revisiter, construire les traces

Réécrire, recomposer, raconter…

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

En espérant avoir saisi un peu de l’essence paysagère, du monde sensible in situ, et de les restituer à ma façon, pour ainsi de les partager à qui veut bien entendre.

L’écoute, tout comme le paysage sonore en résultant, étant pour le moins immatériels, fluctuants, fluants, les traces comme outils d’écritures plurielles tenteront de lui donner vie, incarnation sensible, consistance, a posteriori de l’action, et espérons-le dans un certain prolongement temporel.

Traces sonores

Le vécu, l’écoute in situ

Le souvenir, la rémanence

Le capté, l’enregistré

Le montage audionumérique, l’écriture, la création, la composition

La restitution, les installations, les supports de diffusion

Traces écrites

Carnets de notes, relevés, approches descriptives, phénoménologiques…

Essais poétiques, politiques, écologiques, sociaux…

Traces visuelles

La photo in situ, le croquis, la vidéo, le graphisme, la carte mentale, ou sensible…

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers
Fiche d’écoute PePaSon (Pédagogie au Paysage Sonore)
Traces plastiques

L’objet évocateur, sonnant, instrument, installé, interactif (éolien), le site aménagé (point d’ouïe acoustique)

Traces kinesthésiques

La marche, mouvement, danse…

Mémoire du corps, mémoire proprioceptive

Écritures corps et graphiques

Traces géographiques

Sentiers et parcours sensibles

Cartes, relevés

Expériences augmentées , virtuelles, in situ ou déterritorialisées 

Traces transmédiales

Installations multimédiatiques (sons/objets/graphismes/photos/vidéos/expériences corporelles/textes…)

Traces indisciplinaires, ou indisciplinarisées

Approches tracées, mêlant, croisant, faisant interagir différentes disciplines ou « spécialités » (arts, sciences dures et sociales, aménagement du territoire, santé, pédagogie, design, politique) 

Dans le meilleur des cas, on imagine un travail réunissant, sans doute encore un brin utopique, musiciens, artistes sonores, géographes, sociologues, architectes, urbanistes, designers, plasticiens, vidéastes, danseurs, écrivains, poètes (et autres écrivants), photographes, graphistes, acousticiens, paysagistes, politiques, soignants, habitants et promeneurs du quotidien, et bien d’autres champs d’actions/performances in situ.

Faisons en sorte que tous ces acteurs puissent co-écrire, via des expériences en chantier, un paysage sonore pluriel, multiple, comme il l’est du reste intrinsèquement.

@photo France Le Gall –Danser l’espace – Sous les pommiers

Dans cette visée, installer l’écoute est une chose pour moi importante, mais à condition de le faire dans un contexte donné, en privilégiant une approche relationnelle des plus ouvertes que possible.

Le croisement, l’hybridation, la créolisation de gestes, de savoir-faire, d’expériences, d’envies, est au cœur, toutes traces aidant, de l’écriture, et qui plus est de l’aménagement d’un territoire, avec toutes ses potentialités, ses faiblesses, et ses fragilités inérentes.

C’est dans cette optique que la construction avec et par les traces, par le ré-agencement d’objets sensibles, témoins, recueillis pour construire un processus narratif et constructif, prendra tout son sens.

Cependant, notons que sur le terrain, la tâche n’est pas si simple. Les barrières restent nombreuses, les freins multiples.

Entre contraintes financières, soucis de rentabilité à tout prix, manque de temps alloués, tendance à l’entre-soi culturel, incompréhension, plus ou moins volontaire, de la démarche, isolement et méfiance du monde rural, comme du milieu urbain, les obstacles, dont certains pas des moindres, contraignent les projets souvent dans des résultats en deçà de nos attentes et espérances.

Fort heureusement, certaines structures, institutions, lieux alternatifs, osent courir le risque de faire un pas de côté.

En espérant que cela fasse trace(s), et qui plus est trace de nouveaux chemins d’écoute, et d’actions en tous genres.

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Eau-Sculptation

Fontaines de Tourzel @Desartsonnants

Celles et ceux qui ont l’habitude de suivre mes audio pérégrinations savent qu’il y a, dans mes écoutes et leurs mises en récits, en sons, des récurrences, des itérations, des repères quasi incontournables, marqueurs acoustiques indéniables des lieux arpentés.

L’eau fait incontestablement partie de ces éléments rémanents qui contribuent, par ses innombrables manières de fluer, de rythmer l’espace, à composer un paysage sonore, qu’il soit urbain, villageois, ou naturel.

De rivières en torrents, de cascades en fontaines, nous nous rafraîchissons l’oreille, tout en signant des ambiances spécifiques.

Ça tintinnabule

glougloutte

ruisselle

coule

chuinte

clapote

gronde

s’écoule

s’étale

fuit

déborde

masque

barbotte

plonge

abreuve

écume

se déverse

gargouille 

asperge

plique-ploque

gicle

s’égoutte

noie

éclabousse

pleut

bouillonne…

Ruisseau du Gripet – Tourzel @Desartsonnants

Une palette sonore aux mille nuances, intensités, fluences, des coulées  ou trame bleues, des points d’ouïe jalonnant l’espace…

A Tourzel Ronzières, qu’auscultent mes oreilles à ce jour, trois ou quatre fontaines/lavoirs, anciennes, de tailles imposantes, avec plusieurs bassins qui se déversent les uns dans les autres. Deux sont en activité.

Et en contrebas, le ruisseau du Gripet, qui chuinte joliment d’une eau courante serpentant entre une abondante végétation.

Tout cela rythme le village, irrigué de nombreuses sources descendant des collines pentues, ce qui ne va pas d’ailleurs sans poser problème au bâti local dont les murs sont assez malmenés par cette présence aquatique, ajouté à cela la rigueur du climat.

Pour l’oreille, de belles ambiances que l’écoutant que je suis ne peut manquer de vous narrer, et qui plus est de vous faire entendre, et voir, à ma façon.

Ecoute : Eau-sculptation

Photos

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Points d’ouïe – Installer l’écoute, de l’expérience aux récits

@photo France Le Gall – Danser l’Espace

Premier PAS – Parcours Audio Sensible public de ma résidence auvergnate « Installer l’écoute – Points d’ouïe »

Il s’agit de mettre en pratique l’intitulé de la résidence, en arpentant, oreille aux aguets, corps réceptacle sonore, et aussi bien entendu producteur, acteur, joueur, improvisateur selon les moments.

Un groupe d’écoutants de diverses pratiques, éducation, graphisme, danse, architecture, pour la plupart déjà rompus à l’exercice de la marche sensible.

Et des sentiers, prairies, une église, des sites préalablement repérés, et déjà marchés/dansés par plusieurs.

Faire corps avec les sons, expérimenter et installer l’écoute, en faire récit, trois visées principales de cet atelier.

Premières mises en oreilles, calibrage tympanesque, quelques gestes, des directions d’écoute, des visées auriculaires, et nous partons grand chemin petits sentier vers de soniques aventures.

Partir en silence, installer le silence de même que l’écoute, et nous le garderons sur une grande partie du trajet. une communauté éphémère, silencieuse, en tous cas par la parole communiquante. 

Traversée d’une rivière. Sur le pont, nous essayons quelques postures d’écoute pré-testées, pour faire entendre le fil de l’eau ondoyante sous toutes ses coutures, ou presque.

Un sentier en sous-bois, vent, oiseaux, rivière en contre-bas, qui s’éloigne, passe de gauche à droite, et se rapproche selon les détours caminés; quelques motos et quads, pas vraiment les bienvenus, heureusement, ils ne monteront pas vers nous et se feront très rares au fil de la journée.

Nous investissons un beau petit pré ouvert, chacun y trouve sa place, son point d’ouïe, un positionnement de corps écoutants qui maille l’espace instinctivement mais joliment.

@photo France Le Gall – Danser l’Espace

Des pierres qui sonnent, percutées, nous sommes dans la régions des phonolites qui, comme le nom l’indique, sont bien sonnantes, toutes désignés à musicaliser le chemin de percussions minérales.

Un autre espace de jeu s’ouvre à nous, au dessus de la rivière qui gronde par une percée, vers un contrebas aquatique.

Sthétoscopes ou stéthophones, longue-ouïe, on gratte, effleure, tapote, vise, improvisons chacun son concert intime, au creux de l’oreille. Les gestes exploratoires sont beaux à regarder, comme une sorte de ballet lent et silencieux, dans l’esprit de la structure qui m’accueille « Danser l’espace ». 

Espace danse au gré des sons, parfois dense, parfois moins, parfois peu, très aéré, fugace.

Des troués de vent, d’autres d’oiseaux, des guetteurs rapaces criards tournoient plus haut, des scènes au détour du sentier qu’il nous suffit de capter pour nourrir ce qui fait du paysage écouté, une véritable installation sonore à ciel ouvert.

Un triangle de verdure, espace idéal pour ajouter quelques sons parfaitement exogènes, urbains, venant titiller, décaler la scène acoustique. Un transport d’une ville vers cette forêt, surprise de ce facétieux chamboulement, cependant éphémère et discret, à l’échelle des oreilles écoutantes.

Une cupule sanctuaire ornée d’ex voto, dont nous respecterons le calme.

Passage de cyclistes et saluts.

Des voix chuchotantes, ou parlantes, les nôtres, qui se jouent des lieux en distillant onomatopées et bribes de phrases, mots parsemés, éclatés, impromptus.

Passage pentu, rocheux, le son de la respiration se fait plus présent.

Débouché sur un oppidum surmontant le village. Point haut. La vue s’ouvre. Une assez grande clairière herbeuse, un tilleul ancestral, majestueux, un petit cimetière dans l’enclos d’une église fortifiée. 

Le cadre inspirant de nouvelles expériences à portée d’oreilles, et de corps.

Pique-nique, le lieu s’y prête à merveille, entre sustentations et échanges nourris de l’expérience de chacun.

Reprise exploratoire, le cimetière et des lectures épithaphiques improvisées.

L’église romane et sa remarquable acoustique, idéale pour des jeux vocaux et percussifs. nous n ‘y manquerons pas.

On tuile, entrechoque, joue des grincements, souffles, cris et autres productions qui s’entremêlent dans un liant architectural  très réverbéré. 

@photo France Le Gall – Danser l’Espace

On écoute aussi.

Aller-retours oreille, voix, gestes, dans un écrin sonore qui donne envie de jouer encore et en corps avec les sons les plus impromptus. Et de ce côté là, les promeneurs.euses du jour ne manquent ni de ressources, ni d’imagination.

Extérieur.

Jeux de marche, gravier, escaliers, recoins…

Devant nous, un belvédère, point de vue et d’ouïe panoramique par excellence, la vue et l’écoute à 180°.

Une ferme en contrebas, percussions métalliques de réparations agricoles.

Un tracteur au loin, dont on perçoit distinctement des cliquetis de sa herse, beaucoup plus que le moteur, qui le rendent bel objet musical.

Postures en surplomb, la vue parfois en désaccord avec les sons, parfois en concordance.

@photo France Le Gall – Danser l’Espace

Là encore, une invitation à s’attarder, se laisser happer par le soleil, généreux, les ambiances  lascives.

Le descente libère la parole.

Échanges sur le statut des sons selon les écoutes, ce qui fait groupe dans cette marche, ou ailleurs, les sons, le silence interne, la marche comme écriture œuvrée,  les synesthésies partagées…

De retour sur une terrasse toujours ensoleillée, quelques butins, délicats végétaux, exposés, et à nouveaux auscultés, dont en vedette, une bogue bien piquante de châtaigne… 

La petite magie des sthétophones qui courent sur les surfaces les plus variés, des cheveux, et aussi à la recherches des cœur battants, littéralement.

Une dernière séance d’écoute, en intérieur. 

Qu’est ce qui, dans les traces enregistrées, cueillies, fait paysage sonore, du plus figuratif, carte postale, au plus abstrait, où la matière sonore s’est diluée dans d’improbables manipulations, triturages, ou l’impression prime sur l’image ? 

Et ce que l’on a recueilli du jour, comment réécrire un paysage post marché, post écouté, post vécu ?

Des dessins, graphismes, fiches, cartes mentales commentées, ou plutôt racontées.

Des textes nés in situ et lus, parmi d’autres récits.

Des questions sur le faire ou le défaire paysagers, entre expériences esthétiques, militances écologiques, et sociabilités en écoute, celles du prêter attention, du prendre soin, du mieux être.

Une belle journée d’expérientiel s’achève.

A suivre…

Installer l’écoute…

@photo France Le Gall – Danser l’Espace
En écoute : Installer l’écoute – Expériences audio-paysagères
En écoute : Installer l’écoute, récits

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Voir : Album photos @Photos France Le gall

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Brumes

Ce matin

paysage brumeux

laiteux

comme étouffé

emmitouflé

les horizons rapprochés

gommés

les collines coiffées

et même les sonorités

les sonorités semblant amorties

dans une ambiance ouatée

versus wattée

la brume floute

dans un apaisement humide

où les sens flottent

entre des états incertains

des contours fuyants

joliment fuyants

des lumières tamisées

des oiseaux peu réveillés

des humains encore calfeutrés

jusqu’au déchirement

au soleil émergeant

où les choses vont bouger

autrement

s’ébrouer

s’éclairer

élargir les espaces

les horizons agrandis

l’oreille titillée

par des états audio-météorologiques mouvants.

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Marcher – marché – écouter

Petite extension du domaine d’écoute.

Quittant momentanément les alentours de Tourzel-Ronzières, mon lieu de résidence et d’écoute habituel, j’emmène oreilles et micros sur un marché voisin, celui d’Issoire.

Issoire, belle petite ville tout près de Clermont-Ferrand, entourée de collines et monts volcaniques, avec une architecture utilisant les coloris des roches locales, notamment des sombres et beaux basaltes.

Ce matin, jour de marché.

Et quel marché ! Un des plus beaux de France a priori, et ce n’est pas ma longue déambulation qui me fera pas dire le contraire.

Un marché qui se tient sur un grand périmètre du centre ville.

Un marché riche en couleurs, en odeurs, et en sons.

Les marchés sont souvent pour moi de l’occasion de capter de belles scènes auriculaires, présentant une grande variété de sources, d’ambiances, d’acoustiques, au détour d’une ruelle ou d’une place.

Et ici, les ruelles sont nombreuses, assez resserrées, ponctuées de places de divers tailles. 

La voix y tient naturellement le rôle principal, dans un marché espace de rencontres, de sociabilités, de retrouvailles, de discussions en tous genres, de timbres, parfois d’une pointe d’accent du cru.

Pour mettre mon oreille en mouvement, rien de telle que l’acoustique de superbe abbatiale Saint-Austremoine, à la polychromie extérieure ocre, noire et blanche, typique de la région et aux riches ornements intérieurs.

Des réverbérations magiques, magnifiant des murmures, des sons qui se promènent de travées en travées, à la fois discrets et amplifiés par la caisse de résonance du bâtiment minéral et d’imposantes proportions.

Sitôt sorti, ouverture sur un tout autre monde où tout bruissonne.

Tout bruissonne mais, dans un espace piétonnier dédié, où la voiture est absente, rien ne vient donc agresser l’oreille côté mécanique envahissante.

Une multiplicité de sons à une échelle parfaitement mesurée, où la vox humaine reste le mètre étalon et se développe dans une ambiance immersive très vivace, dynamique, tonique même, mais sans jamais être saturée. Pas d’hégémonie sonore, chaque son étant et restant  à sa place en laissant de l’espace aux autres. Un paysage hi-fi aurait dit feu Murray Schafer.

Rires

sons d’étal

de verres choqués

de sacs frétillants

de cuissons mijotées

de harangues saluantes

de cadis tressautants

sonneries de cloches

haut-parleur diffusant ponctuellement la voix d’un animateur intervieweur  mobile

fontaines

enfants courants

chiens se saluant

talons claquants

musiques ambiantes…

Puis un son remarquable. Une forge à soufflet sur un charriot; un jeune forgeron tout en muscles martelant, jouant de ses outils métalliques, actionnant la forge, sons d’inspire expire, de souffles un poil grinçants, de feux attisés… Tout une ambiance que l’on ne s’attend pas à trouver ici. Une scène impromptue, joliment surprenante.

Mes micros sont là; aux aguets, ils s’approchent pour capturer du mieux que possible cette ambiance, sous l’œil amusé et complice du forgeron.

Marcher et marchés, chacun différent, bien que quasiment universel, du son plein les oreilles, et quelques bonnes victuailles locales, fromages et charcuterie dans le sac.

Une mine vous dis-je !

Des sons à suivre…

Résidence d’écriture(s) audiopaysagère

En écoute : L’oreille nous fait marché !

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Tourzel-Ronzières, paysage (sonore) en approche

Approche . La petite liaison ferroviaire Clermont-Ferrand/Issoire me mets en appétit, sensoriellement parlant.

Collines, vallons, forêts, rivières, sucs* se succèdent sous mes yeux, avant que les oreilles n’entrent vraiment en jeu.

Le train est décidément une très belle fenêtre pour contempler les paysages alentours, fuyants, en mode rêveur.

Et l’arrivée sur site, dans le petit village de Tourzel-Ronzières tient toutes ses promesses !

Une première boucle d’environ trois kilomètres, pour se mettre en jambe et en oreille.

Parcours sur un superbe sentier en sous-bois, avec des murets et constructions de pierres sèches, des prés ouverts, d’autres parquant des ânes qui nous regardent passer, sans un seul braiment, le vent qui anime la forêt, des oiseaux, par épisodes, une rivière bouillonnante, un panoramique visuel et sonore devant une belle église romane, qui nous fait entendre les sons de la vallées, des collines environnantes…

Prendre l’air des lieux…

Premières rencontres humaines, fugaces mais sympathiques, des saluts, quelques paroles échangées, le temps qu’il fait, courir les chemins, ne pas se presser…

Des ambiances plutôt apaisées pour un premier contact tout en douceur.

Et un nid douillet comme habitat, une belle roulotte nichée dans un écrin de verdure. 

Un atelier de danse comme studio atelier, dominant le terrain, un plateau intérieur-extérieur, avec son ouverture sur une terrasse caillebotis, les forêts juste en face. Un superbe lieu pour « Danser l’espace« , qui m’accueille en résidence dateliers-écritures « Installer l’écoute, Points d’ouïe », projet soutenu par la DRAC Auvergne-Rhône Alpes, le Département du Puy de Dôme, la Commune de Tourzel Ronzières et sa bibliohèque.

Ne reste plus qu’à laisser courir l’oreille, les micros, les pas, entre explorations et balades ateliers d’écoute.

* Un suc est un mini volcan; une petite (petite) montagne en forme de cône ou de dôme due aux éruptions phonolitiques, propres aux paysages volcaniques auvergnats.

De ma fenêtre de résidence, je vois des arbres, j’endends la rivière au bas, les oiseaux alentours…

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes