Bassins versants, l’oreille fluante se coule encore dans des paysages liquides multiples. Une façon de les réécrire au fil de l’eau et des déambulations riveraines. Après Lyon, le Sud-ouest, la région grenobloise, le Hainaut Belge, mes oreilles se rafraichissent, dans tous les sens du terme, en Franche-Comté.
Tout d’abord, un arrêt au Bois d’Ambre, à Saint-Vit (25), pour le superbe festival forestier Back To The trees. Une édition riche, même si occasionnellement humide et très boueuse ! Desartsonnants installe un « Goutte à goutte », de circonstance, au bord du ruisseau du Sobant, qui est cette année tellement gonflé qu’il gronde et déborde joyeusement dans les bois et chemins, les rendant parfois sportifs à emprunter. Quelques prises de sons gargouillantes et hydrophoniques au passage d’un pont pris d’assaut par les flots qui s’y cognent bruyamment. Assurément le paysage au fil de l’eau est ces temps-ci d’une verticalité pluviale aussi dynamique que récurrente, et l’oreille s’en réjouit.
Le sel de l’écoute S’ensuit l’entame d’un séjour résidence artistique d’écriture sonore, et ans doute textuelle, à la Saline Royale d’Arc-et-Senans, ce lieu que j’aime tant, et ai déjà exploré à différentes reprises, niché dans les collines et forêts franc-comtoises. Sitôt arrivé, une rencontre surprise, inopinée, avec le paysagiste, écrivain Gilles Clément, au détour d’une allée ! Petite conversation autour des nouveaux jardins de la Saline (le cercle immense), concoctés avec des écoles de paysages et d’horticulture, et du bruit feutré de la faux traçant des allées au travers la grande pelouse centrale. Toujours un immense plaisir de rencontrer au débotté ce grand penseur d’espaces- tiers- paysages, débordant d’énergie, de créativité, et d’humanité !
Je m’assois sur un banc de bois adossé à la grande berne est, dans un espace visuel embrassant la partie du demi-cercle « historique » de cette architecture utopique. Il me faut prendre le temps de réinvestir ce lieu gigantesque, aux étranges motifs architecturaux néo-classiques, les formes de fausses concrétions salines dégoulinant des murs colossaux, entre grotte et fabrique archaïque. L’espace acoustique de la Saline est toujours magnifique, avec ses micros échos et réverbérations, dus a la disposition des bâtiments se faisant face en arc-de-cercle. L’autre extension paysagère récente, fermant le grand cercle initialement prévu par Claude-Nicolas Ledoux, me reste à découvrir au-delà du mur d’enceinte. Une semaine à venir pour me replonger avec délectation, dans et hors-les-murs, et surtout vagabonder oreilles tendues et micros en main vers et la Loue voisine. Ne doutons pas qu’elle aussi déborde littéralement d’activité fluante.
Lorsque j’ai démarré le projet « Bassins versants l’oreille fluante », le champs lexical tout droit venu des terres aquatiques m’a sauté à l’oreille.
Je me suis senti submergé de joie, et aussi de travail. J’ai pensé et agi en amont et en aval, tout en dérivant parfois. J’ai été abordé, parfois accosté. J’ai tenté de ne pas trop avoir la tête sous l’eau, d’émerger, de. ne pas avoir trop de flottement dans les idées. J’ai du trouver des points d’ancrages solides. Je suis parti parfois à la dérive. Je me suis fait embarquer dans de drôles d’histoires. Et j’ai débarqué sans trop comprendre. J’ai tenté d’avoir des projets au long cours. Je me suis calé sur le bon canal. Je me suis battu contre vents et marées. J’ai pêché des informations ici et là. Dans des situations difficiles, j’ai été repêché. J’ai fait escale dans des lieux en vogue. Je suis arrivé à bon port, ou pas. J’ai tenté de ne pas me noyer dans les informations. Pour l’instant, peu de choses sont tombées à l’eau. J’ai évité bien des écueils, et me suis échoué sur d’autres. J’ai navigué en père peinard. J’ai ouvert la réunion par un brise-glace. J’ai tout liquidé, et largué les amarres. J’ai connu des figures de proues. J’ai été à fond de câle. Je suis resté sur le quai. J’ai tourné à sec, puis ai jeté l’ancre. J’ai mis les voiles, ou ai pris le large. J’ai souvent été sur le pont. Je me suis fait mener en bateau. J’ai et le vent en poupe. J’ai fait avec les moyens du bord. J’ai choisi un bon navigateurs internet. J’ai été au creux de la vague, dans une mauvaise passe. Je suis resté au milieu du gué. J’ai veillé au grain, pour ne pas être un marin d’eau douce, plutôt un vieux loup de mer. Mon site a été piraté. J’ai eu de grosses avaries. J’ai navigué entre deux eaux, parfois en eaux troubles Je suis resté à flot, écoute au goute à goutte. J’ai mis le cap sur de nouvelles terres. J’ai évoté de faire trop de vague, pourtant, ce n’est pas la mer à boire. J’ai agi à contre-courant, navigué en eaux troubles. C’est la goutte qui à fait déborder le (la) vase. J’ai viré de bord. Je suis passé au large. J’ai navigué à vue, et à l’ouïe. J’ai eu une démarche chaloupée. J’ai été toutes voiles dehors. J’ai été inondé de bonheur, et de doutes. Et vogue le navire. J’ai fait des rencontres où la parole a coulé à flots. Connu de belles personnes intarissables La vie n’est pas un long fleuve tranquille Je dit bon vent à toutes et à tous !
Projet « Bassins versants, l’oreille fluante » Mai 2024 Grenoble
De retour de résidence artistique, de nouvelles expériences de paysages sonores au fil de l’eau, de la mat!ère sonore, textuelle, imagée, à trier, agencer, à construire comme objets de traces récits immersifs. Tout cela irrigué de belles rencontres, des échanges, la découverte de sites magnifiques, des eaux généreuses, des discussions où écoute et cuisine travaillent à de subtiles réductions, des expériences collectives pour agencer, improviser en live des paysages sonores singuliers…
Au fil des résidence, le paysage sonore dans tous ses états prends du poids, de la consistance, de l’hétérogénéité en même temps que de la cohérence. Il permet la rencontre, la remise en question de nos rapports au monde, la recherche de beautés tant esthétiques qu’humaines, qui nous feront, dans l’idéal et écoute aidant, mieux vivre ensemble. Écouter est un geste de partage, où il nous faut assumer notre modeste place dans des espaces habitables, sociétaux, de plus en plus fragiles et menacés. Construire des paysages sonores comme des communs écosophiques, humanistes, est une façon de défendre des valeurs humaines qui nous font trop souvent cruellement défaut.
Merci à cette belle équipe, et tout particulièrement à Arnaud Laurens et Jean-Michel Ponty, à la municipalité de Montbron et à sa Médiathèque, au public aux écoutes attentives et échanges stimulants, pour cette riche ouverture culturelle à portée d’oreille.
@Photo Michel Risse, Décor sonore, Symposium FLK, « Paysages inouïs »École Supérieure de la nature et du Paysage de Blois – Octobre 2021
Bonjour, à la demande ce certain.es, concernant les dates arrêtées à ce jour, il y aura des PAS aux dates et dans les lieux ci-dessous (Saison 2022, 1er semestre) :
le 25 janvier à Paris, pour les Assises Nationale de la Qualité de l’Environnement Sonore,
le 04 février, à Bastia (Forum des Arts Sonores)
Février, Sousse, workshop architecture et création sonore
le 19 mars dans le PNR d’Ardèche,
le 20 avril à Pantin, CRR classe d’électroacoustique
le 20 mai à Lyon (en nocturne), invité par Nomade Land
le 24 mai à Grenoble, rencontres autour de la Rhytmologie entre Flux et cadences
le 25 juin à Saint-Vit (Jura), Festival Back To The Trees
le 02 juillet à Milllery (Côte d’or), rencontres acousmatiques
le 07 juillet aux Adrets (Savoie), Festival les Arpenteurs
le 18 juillet (World Listening Day), lieu à fixer…
Plus d’autres dates en cours de négociation, à fixer, voire celles où vous inviterez Desartsonnant à PASrtager des écoutes audio-arpenteuses…
@photo, France Le Gall « Danser l’Espace – Sous les pommiers ba «
De retour depuis un peu plus d’une semaine à Lyon.
Je me suis arraché, non sans quelques regrets je l’avoue, au cocon fécond de la roulotte sous les pommiers, havre de paix propice à l’écoute, à l’écriture, à la cogitation de parcours et gestes d’écoute.
Arraché à cette belle région auvergnate où les villages, des vallées, des sites en pics basaltiques perchés, offrent mille points d’ouïe, dont certains explorés, joués, transposés, seul ou à plusieurs, durant la résidence.
Aujourd’hui, des sons comme des images courent dans ma mémoire, surtout lorsque je travaille à organiser les traces de mon séjour, en chantier d’écriture, en sons, images et textes.
Il me faut encore laisser décanter, murir tout cela.
Quelques saillances se font jour, se précisent, se prêtent à de nouvelles interrogations.
Installer l’écoute, et par la même des points d’ouïe, titre/objectif de ma résidence, reste bien entendu un fil rouge, élément clé. Cette petite phrase qui pose la question du comment faire, en fonction du lieu, du contexte, des espaces visités, des personnes croisées, de la reconstruction a posteriori…
Selon les jours, les espaces, les choses tentées lors de PAS – Parcours Audio Sensibles en groupe, et en solo, les expériences furent riches et variées, des réflexions se creusant sur le statut des objets écoutés, la façon de les mettre en écoute, corporellement, de les tracer, de les historier…
Un regret néanmoins, que nous partageons avec mon hôte, la difficulté de rencontrer, d’échanger, de faire vraiment avec les gens du village, de recueillir leurs ressentis, écoutes, petites et grandes histoires des lieux…
La trace, ou plutôt les traces sont un maillon clé, celles qui restent en mémoire, qui servent et serviront à réécrire, à partager des histoires, autant pour ceux/celles qui les ont vécues que vers ceux/celles qui les vivront par procuration, par le récit tissé après coup; les traces sont au centre de cette résidence, comme souvent.
Les PAS-Parcours Audio Sensibles restent ainsi une expérience esthétique active, qui sous-tendent l’écoute, de laquelle émergent un ou des paysages sonores.
Dans l’inspiration de Perec, l’expérience de l’Infra-ordinaire, ici de l’Infra-auriculaire, agit comme un ensemble de stimuli nous connectant à des espaces inouïs car trop souvent in-entendus ou non-entendus dans leur triviale quotidienneté.
Inouïs aussi parce que jamais l’expérience d’écoute vécue à un instant T ne se renouvellera à l’identique.
L’expérience corporelle, physique, audio-immersive, celle du corps interfacé aux milieux traversés, lesquels nous traversent réciproquement sensoriellement, sont vécues sans autre formes de dispositifs-prothèses augmentants. Le corps se place ici comme unique récepteur/émetteur, interagissant, prenant conscience de ses proprioceptions, rayonnant, jouant, performant les espaces ambiants…
Expérience de la trace, mémorielle, physique, kinesthésique…
Mais aussi de la trace objet, au sens large,(re)construite de sons, d’images, de mots, et autres hybridations, transmédialités, transmises via des écritures plurielles, post-terrain, comme des récits à partager.
Expérience hybridante donc, entre arts sonores, environnementaux, relationnels, contextuels…
Expérience contextuelle à revivre chaque fois différemment dans de nouvelles résidences, ici où là, partout où le monde sonne à nos oreilles. Et en terme de problématiques comme de géographie, le champ est large !
L’improbabilité même d’un paysage tient sans doute du fait que ce dernier est essentiellement né d’une série de représentations, de constructions, avec tous les aléas intrinsèques, du ressenti émotif, subjectivé, aux éléments contextuels plus ou moins maitrisés.
Suite à une série de déambulations auriculaires, à des enregistrements et montages audionumériques de terrain, et pour conclure une résidence d’écritures audio-paysagères, différentes créations, s’éloignant des modèles du field recording « classique », plutôt figuratif, vont nous amener vers des représentations sinon plus abstraites, en tous cas beaucoup moins descriptives.
Ce sont là ce que je nome des paysages improbables. Improbables car revisités, triturés, voire creusant des écarts significatifs entre l’entendu in situ, le ressenti, et le pur imaginaire, et souvant en naviguant entre les frontières du vécu et du rêvé, tricotant des espaces fictionnels, frictionnels, nourris néanmoins des ambiances puisées sur le terrain.
Prendre le paysage à contre-pied, si ce n’est à contre-oreille, c’est par exemple partir d’un photo prise lors d’un point d’ouïe, sur le Pic de Brionnet, promontoire basaltique, de son église et de sa cloche, pour sonifier cette représentation visuelle. De l’image transcrite, transcodée, transmédialisée vers un son dérivé, par l’utilisation d’un logiciel de sonification, ce qui donnera un résultat relevant plus de l’abstraction que de la représentation, où le sens même, celui initial, disparaitra tout ou partie.
Voici par exemple l’image de départ
Et le résultat audible de sa sonification
Et cette autre interprétation puisant dans différentes sources, mélangeant lieux et moments, des rushs audio inutilisés dans les précédents montages de spots parlés, autour de l’idée de paysages entre fluides et flux inspirés du contexte local – rivière, sources, fontaines, cloches, mais aussi véhicules traversant le village, impression rythmologique de « temps qui passe »… Et puis encore, approche intermédiaire, un mixe de paysage sonifié via l’image d’un banc d’écoute et sa représentation audionumérique de choses entendues, mariage improbable de sons et d’images interlacées. Ces quelques exemples esthéthiques de tranformations de paysages plus ou moins dé-naturés, montrent à quel point l’expérience vécue peut être prétexte, inspiratrice et vectrice de re-créations, récits fictionnels oscillant entre traces plus ou moins identifiables et abstractions nous emmenant vers d’autres mondes connexes, inter-reliés, transmédialisés, ré-installés. De l’écoute in situ au paysage en découlant, il y a parfois tout un monde, tissé de relations de cause à effet, connections bien réelles, même si elles sont parfois quasi indécelables.
Un spot chiens, écoute acousmatique, car nous ne voyons pas les bêtes, parquées derrière une haute clôture métallique, mais qui par contre se font entendre bruyamment à notre passage.
Éléments rythmiques intéressants de la promenade, timbres rauques et puissants, tensions, nuisance sonore pour un écoutant; les chiens sont en effet très présents dans le village; quel statut donner à ces sons et à quel moment, dans quelles dispositions d’écoute, dans quelle visée ?
Une fontaine, voire deux fontaines, très différentes, avec chacune leur propre signature acoustique.
Des jeux d’auscultation où l’oreille se mouille, où l’écoute se rafraîchit, où le ludique est de la partie, stéthoscopes et longue-ouïes en immersion, dans le vrai sens du terme.
Un sympathique théâtre de verdure, plus ou moins laissé à l’abandon. Des bancs de pierre en arrondi, une scène, un mur fond de scène, un espace entre sol gravillonné et entourage boisé.
Des sons festifs qui nous parviennent du haut du village.
D’autres cadres er prétextes à des jeux d’écoutes, ludiques, vocalisés, marchés, inspirés par le lieu…
Une église désacralisée, vide de tout mobilier, ce qui renforce la réverbération type romane du bâtiment.
Ici, je vais réinstaller des improvisations sonores enregistrées la semaine précédente, d’un autre parcours, d’une autre église, sur la colline de Ronzières, surplombant celle où nous nous trouvons.
Des sons en décalages spatio-temporels, en frottements, d’une église à l’autre, transportés, audio-délocalisés, d’un moment et d’un lieu à un autre, en résonance, en discordance peut-être.
Jeux autour de perceptions décalées. Installer et faire bouger les sons, s’installer entre, chercher les postures, habiter fugacement l’espace…
Passage par une autre fontaine, avant que de profiter d’un dernier soleil couchant, et d’échanger sur nos expériences réciproques.
D’autres trames/traces sonores à mettre en récit, à historier.
Du proche au lointain, je me rapproche, il s’éloigne, son d’ici ou d’ailleurs.
Près tout près, au plus près, ce sont les battements de mon coeur, le froissement des feuilles, le craquement des brindilles.
Le bourdon de la rivière, entêtant, envahissant….effet coktail!
Petits sons émergent des sous bois, assourdissants bruits de moteurs agressent mon espace sonore. Filtrer pour mieux écouter, choisir le son, l’accompagner et le laisser repartir.
Bulle sonore construit l’espace, délimite, tisse une toile.
Questions-réponses impromptues, insolites, sons s’emmêlent et organisent le vide.
Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « »Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la la DRAC Auvergne Rhône-Alpes
qu’elles elles sont intangibles, fugaces, volatiles, changeantes, parfois totalement imprévisibles.
Elles s’accrochent aux reliefs, aux aspérités, aux anfractuosités,
comme les sons se jouent des typologies, des matériaux, des obstacles.
Elles caressent les paysages qu’elles contribuent à faire vivre, les noient, les submergent, les façonnent.
Elles accompagnent les jours et les nuits, drapées de plus ou moins de consistance, de présence, d’opacité ou de transparence.
Tout comme les sons, voire même avec eux, elles font sensations,
elles ambiantisent,
elles font paysages.
Tout ceci de concert, en résonance, en friction, en dissonance, en harmonie.
Digital Camera
Du gravier magmatique au bloc basaltique, de la goutte de rosée à la rivière dévalante, les effleurements, les caresses audio-luminescentes colorent le monde, l’irisent, jusqu’à le rendre insaisissable.
Complices compères, l’entendu et le vu, le son et la lumière, aujourd’hui, dans les collines auvergnates que j’habite, que j’ausculte, que je scrute, pour un temps,
sont des formes perceptives qui me font corps antenne,
Au neuvième jours de ma résidence audio-paysagère auvergnate « Installer l’écoute – Points d’ouïe », la matière sonore, visuelle, textuelle, commence à s’accumuler, à prendre corps, et surtout à progressivement faire sens.
Dans une démarche qui n’a en soi rien de très originale, j’applique ma petite méthodologie de terrain, en immersion, baigné, entouré de paysages aux vertes collines, de forêts multicolores, de rivières chantantes, de lumières automnales délicates, sans oublier les sonorités plutôt apaisées.
Et de quelques tracteurs grondants et ferraillants.
Se promener, arpenter, repérer
Écouter, donner à entendre, partager les points d’ouïe, les chemins d’écoute
Capter, cueillir, enregistrer des ambiances sonores de tous crins, écrire, photographier
Classer, trier, organiser, revisiter, construire les traces
En espérant avoir saisi un peu de l’essence paysagère, du monde sensible in situ, et de les restituer à ma façon, pour ainsi de les partager à qui veut bien entendre.
L’écoute, tout comme le paysage sonore en résultant, étant pour le moins immatériels, fluctuants, fluants, les traces comme outils d’écritures plurielles tenteront de lui donner vie, incarnation sensible, consistance, a posteriori de l’action, et espérons-le dans un certain prolongement temporel.
Traces sonores
Le vécu, l’écoute in situ
Le souvenir, la rémanence
Le capté, l’enregistré
Le montage audionumérique, l’écriture, la création, la composition
La restitution, les installations, les supports de diffusion
Traces écrites
Carnets de notes, relevés, approches descriptives, phénoménologiques…
Approches tracées, mêlant, croisant, faisant interagir différentes disciplines ou « spécialités » (arts, sciences dures et sociales, aménagement du territoire, santé, pédagogie, design, politique)
Dans le meilleur des cas, on imagine un travail réunissant, sans doute encore un brin utopique, musiciens, artistes sonores, géographes, sociologues, architectes, urbanistes, designers, plasticiens, vidéastes, danseurs, écrivains, poètes (et autres écrivants), photographes, graphistes, acousticiens, paysagistes, politiques, soignants, habitants et promeneurs du quotidien, et bien d’autres champs d’actions/performances in situ.
Faisons en sorte que tous ces acteurs puissent co-écrire, via des expériences en chantier, un paysage sonore pluriel, multiple, comme il l’est du reste intrinsèquement.
Dans cette visée, installer l’écoute est une chose pour moi importante, mais à condition de le faire dans un contexte donné, en privilégiant une approche relationnelle des plus ouvertes que possible.
Le croisement, l’hybridation, la créolisation de gestes, de savoir-faire, d’expériences, d’envies, est au cœur, toutes traces aidant, de l’écriture, et qui plus est de l’aménagement d’un territoire, avec toutes ses potentialités, ses faiblesses, et ses fragilités inérentes.
C’est dans cette optique que la construction avec et par les traces, par le ré-agencement d’objets sensibles, témoins, recueillis pour construire un processus narratif et constructif, prendra tout son sens.
Cependant, notons que sur le terrain, la tâche n’est pas si simple. Les barrières restent nombreuses, les freins multiples.
Entre contraintes financières, soucis de rentabilité à tout prix, manque de temps alloués, tendance à l’entre-soi culturel, incompréhension, plus ou moins volontaire, de la démarche, isolement et méfiance du monde rural, comme du milieu urbain, les obstacles, dont certains pas des moindres, contraignent les projets souvent dans des résultats en deçà de nos attentes et espérances.
Fort heureusement, certaines structures, institutions, lieux alternatifs, osent courir le risque de faire un pas de côté.
En espérant que cela fasse trace(s), et qui plus est trace de nouveaux chemins d’écoute, et d’actions en tous genres.
Régulièrement assis sur des bancs, mobiliers que j’utilise comme des points d’ouïe, des affuts d’écoute, des lieux d’échange, je parcours donc Tourzel Ronzières, mon lieu de résidence artistique, pour repérer ces derniers.
Le village, quelques deux cent âmes, est pourvu d’une dizaine de bancs dans le seul centre de Tourzel, ce qui est tout à fait satisfaisant, même si ces jours-ci, la saison estivale terminée et les températures fraîchissant, je suis un des rares à m’y poser.
Peu importe, c’est d’ici que je prends le pouls des lieux, que je m’immerge dans ses ambiances, que je capte les mille petits riens qui font vivre à mes oreilles le site investi, surgir ses paysages sonores du moment.
J’ai ainsi testé plusieurs assises, avant que d’en choisir une, au centre du village, en contrebas d’une fontaine, avec une belle vue sur les contreforts d’Issoire, un saule pleureur qui bruissonne joliment sous le vent, tout à côté. C’est ici que je me pose donc régulièrement, avec livres, carnets de notes et micros.
Considérant l’œuvre de Georges Pérec, si le concept d’Infra-ordinaire inspire mes écoutes et leurs narrations, sa tentative d’épuisement (d’un lieu parisien), descriptif localisé entêté dans l’utopique espoir de cerner un espace, d’en faire le tour, de se l’approprier pleinement, donne également du grain à moudre au projet d’installer l’écoute.
Lorsque dans le titre de cet article, je cite l’Infra-ordinaire, concept pérequien s’il en fut, je trouve cette approche, aux tendances minimalistes, on ne peut plus appropriée au lieu et à mes situations d’écoute, dans une ambiance où les sons sont assez ténus, nonobstant le passage parfois tonitruants de tracteurs et autres machines agricoles.
Et puisque nous en sommes à citer les acteurs et gestes inspirants, je ne saurais ignorer les « Presque rien » de Luc Ferrari, où le paysage sonore composé semble tout autant se construire que se dérober, (re)fluant sans vers d’autres espaces imaginaires.
Revenons à Tourzel et à mon banc d’écoute.
Quelques rares passants, pas et voix.
Le son de la fontaine voisine en continuum.
Des chiens qui se répondent d’un bout à l’autre du viillage.
Des véhicules qui rompent brusquement une forme de torpeur pré-hivernale.
Des oiseaux, par séquences, pigeons et passereaux.
Quelques sons discrets, des portes s’ouvrent et se referment, presque en catimini…
Des feuilles mortes raclant le sol.
Des sons de la vie de tous les jours, non ostentatoires, non spectaculaires, loin de là, mais Oh combien présents, et signifiants dirais-je même.
Un infra ordinaire auriculaire, qui ne s’impose pas, qu’il faut aller chercher, vers lequel il convient de tendre l’oreille pour en saisir les nuances.
Et des nuances, il y en a ! Surtout lorsque nous installons l’écoute, persévérante, prête à pénétrer par l’exercice de la répétition, de la lenteur, de la réitération du geste d’écoute minimaliste, dans une surprenante trivialité, bien plus excitante qu’il n’y parait de prime abord.
Ces mille et un petits sons, habituels mais sans cesse ré-agencés, repositionnés, secrètement redéployés, offrent une scène acoustique au final très dépaysante, voire exotique, dans sa façon de ne pas se dévoiler, se révéler sans efforts.
L’Infra-ordinaire demande de creuser avec une certaine abnégation, les ambiances sonores, y compris les plus ténues, pour entrer dans le flux, l’immersif, le cœur-même du village, jusqu’à y reconnaitre avant qu’ils ne se montrent, des 4X4 bringuebalants, des tracteurs pétaradants, des voix…
Il y a un monde entre les bancs de la place lyonnaise, au bas de chez moi, avec ses bars, commerces, scènes parfois festives, urbaines pour le meilleur et pour le pire, et ce village de montagne isolé, hors des grands axes, que certains trouveraient sans doute bien trop « calme ».
Installer patiemment l’écoute, même si les choses écoutées semblent totalement dénuées d’’intérêt dans leurs apparentes petitesses, est une posture qui permet au paysage d’émerger de ses propres sons, et à l’écoutant de se fondre avec délectation dans les lieux pour en jouir pleinement.
Une forme d’Arte Poverasonore, et au final un profond dépaysement, qui délaisse la grandiloquence (dé)monstrative, ostentatoire, pour ausculter, au sens premier du terme, les petites pépites auditives du quotidien.
Celles et ceux qui ont l’habitude de suivre mes audio pérégrinations savent qu’il y a, dans mes écoutes et leurs mises en récits, en sons, des récurrences, des itérations, des repères quasi incontournables, marqueurs acoustiques indéniables des lieux arpentés.
L’eau fait incontestablement partie de ces éléments rémanents qui contribuent, par ses innombrables manières de fluer, de rythmer l’espace, à composer un paysage sonore, qu’il soit urbain, villageois, ou naturel.
De rivières en torrents, de cascades en fontaines, nous nous rafraîchissons l’oreille, tout en signant des ambiances spécifiques.
Une palette sonore aux mille nuances, intensités, fluences, des coulées ou trame bleues, des points d’ouïe jalonnant l’espace…
A Tourzel Ronzières, qu’auscultent mes oreilles à ce jour, trois ou quatre fontaines/lavoirs, anciennes, de tailles imposantes, avec plusieurs bassins qui se déversent les uns dans les autres. Deux sont en activité.
Et en contrebas, le ruisseau du Gripet, qui chuinte joliment d’une eau courante serpentant entre une abondante végétation.
Tout cela rythme le village, irrigué de nombreuses sources descendant des collines pentues, ce qui ne va pas d’ailleurs sans poser problème au bâti local dont les murs sont assez malmenés par cette présence aquatique, ajouté à cela la rigueur du climat.
Pour l’oreille, de belles ambiances que l’écoutant que je suis ne peut manquer de vous narrer, et qui plus est de vous faire entendre, et voir, à ma façon.
Premier PAS – Parcours Audio Sensible public de ma résidence auvergnate « Installer l’écoute – Points d’ouïe »
Il s’agit de mettre en pratique l’intitulé de la résidence, en arpentant, oreille aux aguets, corps réceptacle sonore, et aussi bien entendu producteur, acteur, joueur, improvisateur selon les moments.
Un groupe d’écoutants de diverses pratiques, éducation, graphisme, danse, architecture, pour la plupart déjà rompus à l’exercice de la marche sensible.
Et des sentiers, prairies, une église, des sites préalablement repérés, et déjà marchés/dansés par plusieurs.
Faire corps avec les sons, expérimenter et installer l’écoute, en faire récit, trois visées principales de cet atelier.
Premières mises en oreilles, calibrage tympanesque, quelques gestes, des directions d’écoute, des visées auriculaires, et nous partons grand chemin petits sentier vers de soniques aventures.
Partir en silence, installer le silence de même que l’écoute, et nous le garderons sur une grande partie du trajet. une communauté éphémère, silencieuse, en tous cas par la parole communiquante.
Traversée d’une rivière. Sur le pont, nous essayons quelques postures d’écoute pré-testées, pour faire entendre le fil de l’eau ondoyante sous toutes ses coutures, ou presque.
Un sentier en sous-bois, vent, oiseaux, rivière en contre-bas, qui s’éloigne, passe de gauche à droite, et se rapproche selon les détours caminés; quelques motos et quads, pas vraiment les bienvenus, heureusement, ils ne monteront pas vers nous et se feront très rares au fil de la journée.
Nous investissons un beau petit pré ouvert, chacun y trouve sa place, son point d’ouïe, un positionnement de corps écoutants qui maille l’espace instinctivement mais joliment.
@photo France Le Gall – Danser l’Espace
Des pierres qui sonnent, percutées, nous sommes dans la régions des phonolites qui, comme le nom l’indique, sont bien sonnantes, toutes désignés à musicaliser le chemin de percussions minérales.
Un autre espace de jeu s’ouvre à nous, au dessus de la rivière qui gronde par une percée, vers un contrebas aquatique.
Sthétoscopes ou stéthophones, longue-ouïe, on gratte, effleure, tapote, vise, improvisons chacun son concert intime, au creux de l’oreille. Les gestes exploratoires sont beaux à regarder, comme une sorte de ballet lent et silencieux, dans l’esprit de la structure qui m’accueille « Danser l’espace ».
Espace danse au gré des sons, parfois dense, parfois moins, parfois peu, très aéré, fugace.
Des troués de vent, d’autres d’oiseaux, des guetteurs rapaces criards tournoient plus haut, des scènes au détour du sentier qu’il nous suffit de capter pour nourrir ce qui fait du paysage écouté, une véritable installation sonore à ciel ouvert.
Un triangle de verdure, espace idéal pour ajouter quelques sons parfaitement exogènes, urbains, venant titiller, décaler la scène acoustique. Un transport d’une ville vers cette forêt, surprise de ce facétieux chamboulement, cependant éphémère et discret, à l’échelle des oreilles écoutantes.
Une cupule sanctuaire ornée d’ex voto, dont nous respecterons le calme.
Passage de cyclistes et saluts.
Des voix chuchotantes, ou parlantes, les nôtres, qui se jouent des lieux en distillant onomatopées et bribes de phrases, mots parsemés, éclatés, impromptus.
Passage pentu, rocheux, le son de la respiration se fait plus présent.
Débouché sur un oppidum surmontant le village. Point haut. La vue s’ouvre. Une assez grande clairière herbeuse, un tilleul ancestral, majestueux, un petit cimetière dans l’enclos d’une église fortifiée.
Le cadre inspirant de nouvelles expériences à portée d’oreilles, et de corps.
Pique-nique, le lieu s’y prête à merveille, entre sustentations et échanges nourris de l’expérience de chacun.
Reprise exploratoire, le cimetière et des lectures épithaphiques improvisées.
L’église romane et sa remarquable acoustique, idéale pour des jeux vocaux et percussifs. nous n ‘y manquerons pas.
On tuile, entrechoque, joue des grincements, souffles, cris et autres productions qui s’entremêlent dans un liant architectural très réverbéré.
@photo France Le Gall – Danser l’Espace
On écoute aussi.
Aller-retours oreille, voix, gestes, dans un écrin sonore qui donne envie de jouer encore et en corps avec les sons les plus impromptus. Et de ce côté là, les promeneurs.euses du jour ne manquent ni de ressources, ni d’imagination.
Extérieur.
Jeux de marche, gravier, escaliers, recoins…
Devant nous, un belvédère, point de vue et d’ouïe panoramique par excellence, la vue et l’écoute à 180°.
Une ferme en contrebas, percussions métalliques de réparations agricoles.
Un tracteur au loin, dont on perçoit distinctement des cliquetis de sa herse, beaucoup plus que le moteur, qui le rendent bel objet musical.
Postures en surplomb, la vue parfois en désaccord avec les sons, parfois en concordance.
@photo France Le Gall – Danser l’Espace
Là encore, une invitation à s’attarder, se laisser happer par le soleil, généreux, les ambiances lascives.
Le descente libère la parole.
Échanges sur le statut des sons selon les écoutes, ce qui fait groupe dans cette marche, ou ailleurs, les sons, le silence interne, la marche comme écriture œuvrée, les synesthésies partagées…
De retour sur une terrasse toujours ensoleillée, quelques butins, délicats végétaux, exposés, et à nouveaux auscultés, dont en vedette, une bogue bien piquante de châtaigne…
La petite magie des sthétophones qui courent sur les surfaces les plus variés, des cheveux, et aussi à la recherches des cœur battants, littéralement.
Une dernière séance d’écoute, en intérieur.
Qu’est ce qui, dans les traces enregistrées, cueillies, fait paysage sonore, du plus figuratif, carte postale, au plus abstrait, où la matière sonore s’est diluée dans d’improbables manipulations, triturages, ou l’impression prime sur l’image ?
Et ce que l’on a recueilli du jour, comment réécrire un paysage post marché, post écouté, post vécu ?
Des dessins, graphismes, fiches, cartes mentales commentées, ou plutôt racontées.
Des textes nés in situ et lus, parmi d’autres récits.
Des questions sur le faire ou le défaire paysagers, entre expériences esthétiques, militances écologiques, et sociabilités en écoute, celles du prêter attention, du prendre soin, du mieux être.
Quittant momentanément les alentours de Tourzel-Ronzières, mon lieu de résidence et d’écoute habituel, j’emmène oreilles et micros sur un marché voisin, celui d’Issoire.
Issoire, belle petite ville tout près de Clermont-Ferrand, entourée de collines et monts volcaniques, avec une architecture utilisant les coloris des roches locales, notamment des sombres et beaux basaltes.
Ce matin, jour de marché.
Et quel marché ! Un des plus beaux de France a priori, et ce n’est pas ma longue déambulation qui me fera pas dire le contraire.
Un marché qui se tient sur un grand périmètre du centre ville.
Un marché riche en couleurs, en odeurs, et en sons.
Les marchés sont souvent pour moi de l’occasion de capter de belles scènes auriculaires, présentant une grande variété de sources, d’ambiances, d’acoustiques, au détour d’une ruelle ou d’une place.
Et ici, les ruelles sont nombreuses, assez resserrées, ponctuées de places de divers tailles.
La voix y tient naturellement le rôle principal, dans un marché espace de rencontres, de sociabilités, de retrouvailles, de discussions en tous genres, de timbres, parfois d’une pointe d’accent du cru.
Pour mettre mon oreille en mouvement, rien de telle que l’acoustique de superbe abbatiale Saint-Austremoine, à la polychromie extérieure ocre, noire et blanche, typique de la région et aux riches ornements intérieurs.
Des réverbérations magiques, magnifiant des murmures, des sons qui se promènent de travées en travées, à la fois discrets et amplifiés par la caisse de résonance du bâtiment minéral et d’imposantes proportions.
Sitôt sorti, ouverture sur un tout autre monde où tout bruissonne.
Tout bruissonne mais, dans un espace piétonnier dédié, où la voiture est absente, rien ne vient donc agresser l’oreille côté mécanique envahissante.
Une multiplicité de sons à une échelle parfaitement mesurée, où la vox humaine reste le mètre étalon et se développe dans une ambiance immersive très vivace, dynamique, tonique même, mais sans jamais être saturée. Pas d’hégémonie sonore, chaque son étant et restant à sa place en laissant de l’espace aux autres. Un paysage hi-fi aurait dit feu Murray Schafer.
Rires
sons d’étal
de verres choqués
de sacs frétillants
de cuissons mijotées
de harangues saluantes
de cadis tressautants
sonneries de cloches
haut-parleur diffusant ponctuellement la voix d’un animateur intervieweur mobile
fontaines
enfants courants
chiens se saluant
talons claquants
musiques ambiantes…
Puis un son remarquable. Une forge à soufflet sur un charriot; un jeune forgeron tout en muscles martelant, jouant de ses outils métalliques, actionnant la forge, sons d’inspire expire, de souffles un poil grinçants, de feux attisés… Tout une ambiance que l’on ne s’attend pas à trouver ici. Une scène impromptue, joliment surprenante.
Mes micros sont là; aux aguets, ils s’approchent pour capturer du mieux que possible cette ambiance, sous l’œil amusé et complice du forgeron.
Marcher et marchés, chacun différent, bien que quasiment universel, du son plein les oreilles, et quelques bonnes victuailles locales, fromages et charcuterie dans le sac.
A la deuxième journée de ma résidence auvergnate, et après une première escapade forestière, je commence à découvrir, un peu plus le maillage très serré des sentiers de randonnées, du passage d’un des chemins de Compostelle jusqu’à de multiples GR locaux.
Une aubaine !
D’ailleurs, il y a de nombreuses années que les éditions Chamina, de Chamalières, ont entamé un travail de cartographie et de guides de promenades et randonnées locales, tout à fait remarquable.
Le bon chemin, écoute que coûte !
Il ne me reste donc plus qu’à profiter, à explorer ces richesses à portée de pieds et d’oreilles, de sentes en chemins, de forêts en prairies, d’oppidums en vallons.
En cet automne naissant, encore gorgé d’eau, où les chants d’oiseaux se modifient, parfois se raréfient, profitons-en encore, où de nombreuses traces giboyeuses laissent deviner une vie nocturne animée, où les couleurs visuelles comme sonores se parent de nouveaux attraits, les chemins m’invitent à la flânerie contemplative. J’endosse une nouvelle fois mon costume de promeneur écoutant à la recherche d’immersions sensorielles, d’expériences d’un territoire que je connais assez peu, sinon pas, et où je vais pouvoir jouer les ravis audio-émerveillés.
Sentiez vous bien !Camina minet miné… Attention à la marche…
Approche . La petite liaison ferroviaire Clermont-Ferrand/Issoire me mets en appétit, sensoriellement parlant.
Collines, vallons, forêts, rivières, sucs* se succèdent sous mes yeux, avant que les oreilles n’entrent vraiment en jeu.
Le train est décidément une très belle fenêtre pour contempler les paysages alentours, fuyants, en mode rêveur.
Et l’arrivée sur site, dans le petit village de Tourzel-Ronzières tient toutes ses promesses !
Une première boucle d’environ trois kilomètres, pour se mettre en jambe et en oreille.
Parcours sur un superbe sentier en sous-bois, avec des murets et constructions de pierres sèches, des prés ouverts, d’autres parquant des ânes qui nous regardent passer, sans un seul braiment, le vent qui anime la forêt, des oiseaux, par épisodes, une rivière bouillonnante, un panoramique visuel et sonore devant une belle église romane, qui nous fait entendre les sons de la vallées, des collines environnantes…
Prendre l’air des lieux…
Premières rencontres humaines, fugaces mais sympathiques, des saluts, quelques paroles échangées, le temps qu’il fait, courir les chemins, ne pas se presser…
Des ambiances plutôt apaisées pour un premier contact tout en douceur.
Et un nid douillet comme habitat, une belle roulotte nichée dans un écrin de verdure.
Un atelier de danse comme studio atelier, dominant le terrain, un plateau intérieur-extérieur, avec son ouverture sur une terrasse caillebotis, les forêts juste en face. Un superbe lieu pour « Danser l’espace« , qui m’accueille en résidence dateliers-écritures « Installer l’écoute, Points d’ouïe », projet soutenu par la DRAC Auvergne-Rhône Alpes, le Département du Puy de Dôme, la Commune de Tourzel Ronzières et sa bibliohèque.
Ne reste plus qu’à laisser courir l’oreille, les micros, les pas, entre explorations et balades ateliers d’écoute.
* Un suc est un mini volcan; une petite (petite) montagne en forme de cône ou de dôme due aux éruptions phonolitiques, propres aux paysages volcaniques auvergnats.
De ma fenêtre de résidence, je vois des arbres, j’endends la rivière au bas, les oiseaux alentours…
Public : Tout public à partir de 12 ans – 15 personnes maximum
Objectifs : Activer une écoute sensible sur le paysage via la marche et la recherche de postures d’écoute in situ.
Partager une expérience contextuelle et relationnelle, entre esthétique sociabilité et écologie sonore.
Lieux : Site « Sous les pommiers Ba », verger, chemins environnants, village…
Déroulé :
Matinée « Installer l’écoute » (3 heures)
– Présentation en marche des PAS – Parcours Audio Sensibles (les origines, les acteurs, quelques mots sur l’écologie sonore, les pratiques du field recording, entre captation et création sonore, notions de ponts d’ouïe
– Arpentage des lieux, écoutes silencieuses, en mobilité et en points d’ouïe. Recherches de postures d’écoute mentales et physiques, faire sonner les lieux, kinesthésie et géographie sonore.
– Écrire un parcours, repérer des points d’ouïe
Après-midi (3 heures) installer un paysage sonore
– Écoute de quelques paysages sonores commentés
– Enregistrement in situ, réécoute collective, exemples de traitements sonores en direct
– Retour au terrain, dernière immersion sonore en résonance avec les ateliers d’écoute précédents.
Matériel : Les participants qui le peuvent sont invités à amener un enregistreur, smartphone enregistreur…
Remarques : Prévoir de bonnes chaussures et une tenue « tout terrain », voire un vêtement de pluie…
Gilles Malatray, artiste Français né en 1959, vit à Lyon (Fr).
Promeneur écoutant et pédagogue, il travaille depuis de nombreuses années autour du paysage sonore. Dans une posture associant des approches esthétiques, culturelles, artistiques et écologiques, l’écriture et la composition de paysages sonores sont fortement liées aux territoires investis, qu’ils soient ville, périurbain, milieu rural, espace naturel, site architectural… Ces problématiques occupent une position centrale dans la pratique Désartsonnante via la curation, la recherche, les écritures transmédiales, la formation et les interventions artistiques in situ. L’écoute environnementale, reste ainsi, quelle que soit la forme d’intervention convoquée, au centre de toute investigation et création sonore.
Excursion sonique à Lourdes. Une petite ville nichée au cœur des Hautes-Pyrénées, arrosée par les méandres du Gave du Pau, et surtout mondialement connue comme un des plus hauts lieux de pèlerinage, avec son immense sanctuaire, sa grotte aux apparitions, ses milliers de touristes, de pèlerins… Mais ce n’est pas ici sa religieuse histoire qui m’intéresse, même si mes micros n’ont pas pu échappé à cette réalité de terrain. Et encore que, Covid aidant, toutes les boutiques de la ville basse étaient encore fermées le jour de mon passage, sans compter un temps des plus capricieux. L’immense esplanade du sanctuaire, la basilique et même les alentours de la grotte étaient encore bien calmes. Ce qui m’a intéressé dans cet espace pour le moins atypique, c’est de capter certaines acoustiques, dans différents lieux de la ville, aux fonctions très différentes pour deux d’entre eux, et néanmoins avec des résonances sympathiques comme on dit en acoustique. Un premier et bref son de cloche m’accueille sur le parvis de la basilique. J’aurais aimé avoir une plus longue volée mais l’orage et la pluie battante qui sont arrivés peu après ce jour là m’en ont empêché. Intérieur de la basilique et ses magnifiques réverbérations. Presque du silence où chaque son se révèle, ciselé dans l’espace. Au-delà de toute croyance religieuse, je me sens toujours bien à tendre l’oreille vers ces imposants espaces immersifs, dans une forme de quiétude auriculaire qui laisse le temps se déplier sans à-coups, comme un refuge contre les bruits urbains extérieurs, parfois à la limite de la saturation. Au dehors, adossée à la basilique, la fameuse grotte aux apparitions, miracles… Un prêtre africain égraine, en anglais, une litanie, ponctuée de réponses par deux religieuses en chœur. Nous sommes ici dans une forme de répétition que n’auraient pas dénié les minimalistes et répétitifs américains. Ces itérations sonores sont je dois dire, dans leur lancinant entêtement, dans leurs phrasés, dans leurs scansions, musicalités, ritualités, assez envoûtantes à entendre. Mais c’est bien là un des effets du rituel, que de plonger à la base le participant, l’auditeur, dans une suite de règles collectives à suivre irrésistiblement. Et Dieu sait, c’est le cas de le dire ici, si les sons, de la danse tribale à la prière en passant par la techno, en connaissent un rayon en la matière. La journée va toucher à sa fin, je remonte les rues de la ville, très calmes, vers la gare. L’acoustique de cette dernière, excitée par une voix de femme très présente, et chantante à sa façon, me font ressortir mes micros. Il y a là une sorte d’écho entre les ambiances de la basilique, de la gare, les voix des religieux et celles de la femme dans ce hall d’attente, qui va naturellement influencer le montage de la petite pièce sonore retraçant mon passage lourdais. Toujours le frottement des lieux et des moments, des affinités et des discordances, des choses de terrain et de la fiction narrative. Sacré son quand tu nous tiens !
Comme je le dis parfois il y a souvent quelque chose qui cloche dans le paysage en tous cas dans les miens. Installées en vigies des dames d’airain se font entendre d’heure en heures en heurts battant en fêtes carillonnées en joyeux événements ou pas esprit de clocher paysage campanaire des signatures sonores de hautes volées des marqueurs acoustiques résonnants elle se balancent sont tintées teintées acoustiquement couleur sonore d’un village d’un quartier d’un sanctuaire je ne manque jamais de les saluer de l’oreille attendant la bonne heure sonnante d’en goûter les envolées toniques d’en capter les percussions-résonances de défendre leur droit à la sonnerie n’en déplaise au mauvais coucheurs de l’oreille à ceux qui haranguent coqs et cloches préférant sans doute les moteurs à tord ici, dans les montagnes pyrénéennes qui m’accueillent je les laissent venir à ma fenêtre aux des bancs d’écoute de Lourdes à Luz Saint-saveur en passant pas Esquièze Sère à chacun son son de cloche j’en joue faisant frotter leurs sonorités a l’envi à cloche-oreilles parfois.
Petite fiction campanaire Avec la participation de différentes cloches de Lourdes, Luz Saint-sauveur et Esquièze-Sère. Des espaces temps qui se télescopent, font dialoguer des lieux par les cieux, des géographies triturées en mode résonant, de la matière fondue et refondue…
Donner de la voix, un cadeau, une friandise sonore, un don offert sans contre-partie, juste pour le plaisir d’entendre parler. Pas de message, pas d’explication, pas de contenu sensé, juste une musique, des timbres, des accents, des ambiances, des bribes glanées ici et là la vie quoi. Un marché, une place bordée de bancs, une ruelle, des commerces… une scène acoustique multiple, habitée de voix multiples. Donner de la voix, comme un jeu, un plaisir d’entendre dire, un paysage sonore, une énergie communicative, qui vient réveiller l’espace, dans des temps d’enfermement, dans des temps qui s’ébrouent, dans des temps où la vie sociale à besoin de donner de la voix.
Deux villages accolés. Luz Saint-Sauveur d’un côté de la rivière Le Bastan. Esquièze Sère de l’autre. Des Points d’ouïe. Des bancs d’écoute. Des promenades.
Entendu dans le ciel, le grondement, bourdonnement, vrombissement, d’un hélicoptère. Il tournoie au dessus de la montagne en rapace guetteur toutes pâles tournoyantes il marque des pauses sur-place au surplomb d’une crête. Randonneur en mauvaise passe hélitreuillage sauvetage observation surveillance ? Difficile de savoir.
Un peu plus bas mais dans un rapport au ciel, des oiseaux oiseaux chantant gazouillant pépiant…
Quel rapport entre les deux ? L’un de fer les autres de chair l’un bourdonnant du moteur et sifflant des pâles les autres chantant à plein syrinx ? Des sons évoquant la hauteur ? Le ciel ? L’envol ? La mise en regard d’une puissance mécanique et d’une fragilité oiseleuse? La pure facétie de l’écoutant ? Faire se répondre dans une même zone d’écoute montagnarde objets ferraillant et oiseaux volant L’un, puis l’autre chacun son thème en réponse puis les deux réunis en un contrepoint singulier si ce n’est anachronique d’une machine volante et de vie animale dans des étagements de plans sonores plus qu’improbables mais assumés si ce n’est affirmés contre toute vraisemblance. Le paysage sonore, dans son imaginaire peut se le permettre sans complexe.
Ceci n’est pas la chose sonore ceci n’est qu’un paysage un audible possible parmi mille autres possibles.
Après tout, ce paysage n’est, d’abord et avant tout, qu’un espace de sons racontés entre les deux oreilles exactement.
Résidence audio-paysagère Accueillie par Ramuncho Studioà Luz Saint-SauveuretHANG-ART à Esquièze-Sère Mai 2021
Selon les lieux, les projets, la façon de travailler, de collecter de la matière, de la mettre en forme, sera parfois très différente. Des processus, façons de faire, vont très vite apparaitre comme plus opportuns, adaptés à la situation de l’espace et du moment. Cette semaine, immergé dans une haute vallée pyrénéenne, l’écriture sonore va passer par un collectage et un travail autour de thématiques acoustiques. Selon les opportunités hasardeuses, les périples, les envies, certains jours seront dédiés à une série de sons traitant d’un sujet commun, d’un micro événement, d’une thématique anticipée ou non. Sur d’autres lieux et à d’autres moments, il en ira différemment. L’écriture d’un paysage sonore in situ partira donc ici d’éléments de même nature, ou très proches, traités par petits blocs, avant d’être ré-assemblés, pour aller vers une composition audio-paysagère plus globale. Au départ, des éléments a priori indépendants les uns des autres, dissociés, presque autonomes, pour aller, à l’aune d’une sorte de description phénoménologique, vers un paysage sensible, construit de briques sonores agencées par le montage et le traitement audionumérique. Prenons par exemple quelques thématiques rencontrées lors de mon actuelle résidence montagnarde. Des oiseaux, premier jour et heure bleue, passereaux, rapaces et hirondelles, la gente avicole se fait entendre. Des eaux, rigoles, pluies,fontaines, torrents, cascades… Le paysage est à cette époque printanière ruisselant. Des voix, des timbres, des activités, des accents, des dialectes, les voix synonymes de vie et d’espaces sociaux… Du campanaire, des cloches d’églises et de chapelles, des ensonnaillements de troupeaux, le paysage tinte. Des phénomènes météorologiques, vent/pluie/orage, le ciel printanier est très changeant en montagne. D’autres sonorités plus singulières, telles que celles d’un hélicoptère tournoyant longuement au dessus d’une montagne, élément sonore habituel dans ces contrées. Peut-être à mettre en analogie avec les oiseaux, un sujet potentiel autour des « sons volants ». Tous ces marqueurs sonores, plus ou moins permanents ou plus ou moins éphémères, recomposés entre eux, me permettront de dessiner des ambiances sonores qui, à défaut d’être réalistes, dresseront un portrait auriculaire des lieux. Portrait bien sûr en temps que représentation subjective et personnelle, mais où chacun pourra je l’espère, ici ou là, à un moment ou à un autre, s’y retrouver.
Résidence audio-paysagère à Luz Saint-Sauveur Accueillie par Ramuncho Studio etHANG-ART Mai 2021
En priant Dieu qu’il fit du vent… Et il y en fit ! Une nuit bien ventée tempétueuse même. Éole au meilleur de sa forme. Un vent tout droit venu du sud qui balaie les hautes vallées pyrénéenne (scène de l’action en cours) ça charrie ça gémit ça siffle ça grince ça grogne ça secoue ça ballote ça traine ça remue ça vibre ça s’infiltre ça se calme et se déchaine ça rythme la nuit … Et tendre l’oreille au vent c’est vivifiant paysage mouvementé paysage secoué
Nous entendons du vent plus ce qu’il anime, met en mouvement plus ce qu’il met en vibration notre peau et tympans compris plus ce qu’il fait chanter les obstacle à son flux ceux qui lui résistent, que le vent lui-même Le vent, on le sent à fleur de peau à fleur d’oreille telle une vibrante friction aérienne
Quand il s’engouffre dans la vallée c’est comme un couloir acoustique un tuyau d’instrument une pavillon vibrant.
Et les micros tendus peinent à le saisir dans son humeur de tempête qui collent les membranes saturent les prises de sons jusqu’à l’inaudible alors il faut ruser emmailloter les micros se mettre dans les recoins les anfractuosités derrière des fenêtres à l’abri du grand souffle mais à l’affut de ses courants déchainés.
Doucement, tout se calme le grand souffle retombe laissant un paysage quasi épuisé et ses arpenteurs écoutants également épuisés et repus après ces grands bols d’air.
Et la pluie d’arriver Autre ambiance plus feutrée qui égoutte la vallée tout bascule dans une intimité mouillée.
Écoute au casque de préférence.
Résidence audio-paysagère à Luz Saint-Sauveur Accueillie par Ramuncho Studio etHANG-ART Mai 2021
PAS – Parcours Audio Sensible nocturne en Ardoinais – Gare au théâtre – Vitry sur Seine
Chaque année, je m’installe pour quelques temps dans des lieux dits de résidence, résidence artistique, résidence de création et/ou de recherche, en tous cas d’expérimentation pour moi. A l’origine, la résidence est notre lieu d’habitation, là où l’on réside. Pourtant, pour les artistes nomades, itinérants, qui s’installent temporairement, le temps de de faire naitre ou de maturer une œuvre, de la mettre en scène, en espace, ou bien de travailler aux processus qui le permettront, aux outils, aux expérimentations de terrain, ce n’est pas la cas. La résidence est une étape, quelle que soit l’état, l’avancée du travail en cours. Elle va offrir le cadre, l’accueil, parfois les outils et l’accompagnement, voire des moyen de production. Si je prends le cas d’une résidence audio-paysagère comme j’aime à les nommer, il s’agira de s’installer pour dessiner avec les sons un paysage sonore singulier, non pas ex-nihilo, mais puisant dans l’environnement du lieu qui m’accueille, de ses environs. La résidence est une immersion qui permet de se consacrer, un temps, pleinement à un projet, à faire une focale sur un travail en chantier, à venir chercher de de la ressource parfois dépaysante, inspirante. L’immersion est une étape importante. S’immerger dans l’action, dans les lieux environnants, dans les ambiances, les rencontres, des situations nouvelles… un ressourcement vivifiant qui peut faire rebondir une action stagnante parfois faute d’inspiration neuve. S’immerger pour expérimenter, pour tester, pour contextualiser et frotter son écoute en un lieu et temps donnés, même de façon éphémère. C’est aussi l’occasion, la chance, de rencontrer d’autres artistes, techniciens, opérateurs culturels, élus, structures locales, et de profiter des connaissances du territoire et savoir-faire de chacun, sans parler du côté humain, relationnel de par ces échanges enrichissants. Une résidence est une coupure de l’ordinaire qui va nous stimuler pour arpenter, écrire en fonction de, se frotter à un territoire, ce qui va sans doute ouvrir de nouvelles perspectives, de nouvelles façons d’envisager des modes opératoires comme des mises en situation. Parcours, installation extérieure, intérieure, forme hybride, carnet de notes, une montagne ne sonnera pas comme un port, une forêt comme une ville; les espaces arpentés, écoutés, influeront nos travaux, et peut-être vice et versa. Pour ma part, le dépaysement m’est nécessaire pour avancer. Avancer sans toutefois aller vers une précipitation effrénée et stressante. Prendre le temps, à intervalle régulier, de s’assoir pour écouter la ville, la montagne environnante, les voix et ruisseaux, prendre le pouls auriculaire. Les résidences permettent de trouver des rythmes plus souples, à la fois propices à une écriture soutenue, sans toutefois être hyper contraignants, ce qui pour moi peut devenir très vite contre-productif. Chaque lieu où je me suis posé a amassé une pierre nouvelle dans l’écriture globale, dans la construction d’une forme d’un vaste paysage sonore partagé, quasiment universel et pourtant si singulier selon les lieux.
Résidence Audio Paysagère à Luz Saint-Sauveur, accueillie par Ramuncho Studio et HANG-ART– Mai 2021
Avec toute une bouillonnante, écumante matière sono-aquatique, un paysage se met en place doucement. Il raconte, à sa façon, à ma façon, désartsonnante, un petit périple de Luz Saint-Sauveur à Gavarnie et alentours. Il parle d’une haute vallée montagneuse, celle des Gaves de Pau, qui a bien voulu me laisser capturer des sons de ses nombreux cours d’eau. Torrents et cascades, dans tous leurs états, ou presque. Un corpus de sons assemblés, truiturés, dessinant un lieu imaginaire issu de plusieurs lieux, bien réels eux. Tenter de montrer la diversité. Tenter de montrer la puissance. Tenter de montrer la douceur. Imaginer les reflets ondoyants par des moirages sonores. Imaginer un cheminement aux gré de rives creusées à même la montagne. Imaginer la montagne environnante, puissante. Imaginer la voix des eaux qui écument les vallées, dévale les falaises, s’assoupit dans des creux. Ceci n’est pas une rivière, ni un torrent, ni une cascade, mais ce que j’en entend, ce que j’en écris, ce que j’en invente, ce que j’en raconte.
Suite de mes aventures auriculaires pyrénéennes. Hier, explorations hydrologiques de la vallée du des Gaves et des alentours du Cirque de Gavarnie. De l’eau à foison, des couleurs plein les yeux, du bouillonnement plein les oreilles, et un vent revigorant. Grand merci à Béatrice, ma guide, qui m’a conduit le long de ces voies d’eau. Ce territoire, autour de Luz-Saint-Sauveur est d’une richesse paysagère, sonore y compris, qui met les oreilles et les micros en liesse. Des torrents qui, parfois quasiment étales, parfois impétueux, dont les flux viennent se briser avec fracas sur les écueils de roches, des éboulis chaotiques, ces versants de montagnes qui canalisent torrents et cascades, ne cessent de nous éblouir. Au détour d’un virage, un spectacle aquatique des plus impressionnant qu’il m’ait été donné de voir, et d’entendre. La centrale hydroélectrique de Pranières fait un lâcher d’eau spectaculaire. Une bouche à flanc de montagne crache un volume d’eau incroyable, gigantesque vomissure blanche, écume dantesque, dans un bruit de tempête, qui va s’écraser dans le lit d’un torrent en contrebas. Difficile de décrire la scène, et même d’en enregistrer ce bruit blanc démesuré. Tout au long de notre ascension, nous ferons des haltes, là où les rives permettent de s’approcher des eaux. De torrents en cascades, toute une nuance de bouillonnements, glougloutis, clapotis, grondements, chuintements, du plus discret au plus invasif s’offrent à nos oreilles rafraîchies. De quoi à écrire une nouvelle Histoire d’eau, récit fluant de cette vallée.
Digital Camera
Le cadre visuel vient apporter un contrepoint qui offre des points de vue à la hauteur des points d’ouïe, et vice et versa. Ce voyage au fil de l’eau me laisse épuisé – champ sémantique adéquat – auditivement repu, mais Oh combien heureux de l’expérience sensorielle vécue. Je sens qu’il reste encore à creuser le sujet, que d’autres scènes aquatiques sont à découvrir, explorer, ausculter. Et que le travail d’écoute, de montage, de mise en récit va s’avérer aussi riche que difficile, devant la diversité de matière collectée, sonore et visuelle. L’aventure ne fait que commencer.
Vers le haut Des odeurs de poussière tournoyante de pierre écrasée de blocs granités crissements des cailloux roulant sous nos pas incertains et puis des eaux moussues gouleyantes des herbes écrasées arbustes desséchés carqueja odorante arbres calcinés car le brulé persiste des sonnailles grêles de troupeaux invisibles fondus dans la pierraille des chiens au loin se jouant des échos le souffle du vent chaud aux commissures des lèvres dans la bouche entrouverte comme à fleur de narines tel un bouillon d’été
vers le bas des voix profondes et joyeuses riantes impétueuses s’hêlant de rues en rues devisant sur un banc une terrasse ombragée où pétille une bière aux contours embués Olà Boa tarde obrigado musique à mes oreilles qui ne décryptent rien Ou bien si peu de choses Un tracteur haletant une moto d’un autre âge sa charrette de paille brinquebalante ferraillante le jardin que l’on bine quelques voitures en prime encore des chiens errant en premier plan cette fois-ci en concert impromptu qui secoue la quiétude du village assoupi une cloche qui tinte marqueur du temps qui passe l’Angélus s’annonce la fontaine qui s’égoutte un lavoir en réponse des bidons sont remplis des sceaux y sont lavés des enfants aux ballons qui font sonner les lieux de rebonds en rebond les pavés cliquetants des portes et des fenêtres qui s’ouvrent et qui se ferment des poubelles qui claquent la fraîcheur qui s’installe la lumière déclinante des lampadaires s’allument et la vie qui s’écoute Sans accrocs apparents comme l’eau des fontaines.
Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DME – Hostel Criativo – Juillet 2019
Rentré à Lyon de résidence Portugaise, je poursuis là , le travail d’écriture autour du paysage sonore, commencé in situ, à Sabugueiro, Serra de Estrela.
Je fais maintenant le point sur différentes zones géographiques spécifiques du village, qui, au cours de mes promenades ou points d’ouïe statiques m’ont permis de mieux comprendre une topologie sonore locale, celle qui m’a guidé, tant pour trouver des lieux d’enregistrement que pour repérer un PAS – Parcours audio sensible publique, le jour de la World Listening Day. Mais également celle qui m’aidera pour le montage audionumérique en chantier, à construire le paysage environnant autour des sons.
J’ai au final relevé quatre zones, périmètres ou parcours d’écoute assez différenciés, tout en restant dans le village de Sabuguerio, ou dans une proximité qui arpente des cheminements piétonniers à partir du centre du village.
Zone 1
Rue des commerces
La première zone est naturellement la rue principale, celle qui traverse le village de bas en haut, ou inversement, selon d’où on arrive. Rue assez pentue, bordée de part et d’autre de commerces touristiques, vendant des produits locaux, des hôtels, bars, restaurants.
Des voitures, mais pas trop invasives
Des voix dans les commerces et bars
Des chiens, des chenils
Une fontaine/lavoir, encore en activité, et de multiples sources le bord de la route.
Zone 2
Le vallon de la rivière Fervença
En contre-bas, tout au pied du village, une petite rivière, Fervença, enchâssée dans un vallon de verdure.
Une aire de pique-nique
Une aire de baignade aménagée
Des sentiers qui relient la rivière au villages
Des jardins accrochés à la colline entre le village et la rivière.
Des sons d’eau courante , des oiseaux, baigneurs, promeneurs, des jardiniers sur le chemin du haut, des chiens dans le lointain, et un poulailler…
Possibilité d’une jolie boucle pédestre, entre jardins et sources, rivière en contrebas.
Zone 3
Le cœur du vieux village historique
A l’écart de la rue principale, un village de pierres granitiques aux rues étroites, pentues et tortueuses.
Des fontaines et lavoirs, une église.
Une belle place ombragée et des bancs, point d’ouïe idéal et aussitôt exploité en tant que tel.
Des voix de l’eau ruisselante, des chiens, encore, mais aussi des chats, une cloche, quelques voitures et motos, motoculteurs, un troupeau de chèvres ensonnaillées, des enfants, toute une vie de village tranquille.
Zone 4
Les montages alentours
Dés que l’on quitte le village, on monte vers un ligne de crêtes, souvent assez abruptes, cernant le village de sommets décharnés et rocailleux, tout en offrant de magnifiques points de vue.
Oiseaux, cigales sur le peu d’arbres ayant échappé aux incendies des dernières années, souvent des rafales de vents bruissonnant dans les taillis, le rythme de pierres roulant sur les chaussures, parfois quelques sonnailles de chèvres souvent invisibles. Sons d’altitude estivale.
Quatre zones qui tentent donc de tracer une géographie globale, en même temps que zoomée prenant comme centre/cible l’écoute, avec des marqueurs sonores spatio-temporels, des spécificités, des ressentis tout à fait subjectifs, des récits parmi tant d’autres, des formes d‘écritures croisées, en chantier.
S’immerger dans une vie sonore, dans ce village de montagne, ou dans d’autres lieux, en prenant le temps de les arpenter, d’en mesurer leurs rythmes d’en saisir le centre et les alentours, tout en restant dans un mode de déplacement pédestre, demeure toujours une expérience, solitaire collective captivante, d’où l’on ne ressort pas indemne, mais fortement marqué par de nouvelles expériences sensorielles, sociales, esthétiques…
Métropoles, villes, villages, espaces naturels, peu importe la taille de ces derniers, à partir du moment où l’oreille nous connecte au lieu, à humain, au(x) monde(s) environnan(s), les géographies sonores deviennent captivantes .
Claire Daudin, artiste plasticienne marcheuse, nous convie, lors d’une sortie de résidence artistique à l’Espace d’Arts Plastiques, à une traversée Nord-Sud de la ville de Vénissieux. Une quinzaine de kilomètre à pied, en mode urbain et périurbain, pour arpenter les seuils de la ville. Seuils que l’artiste à découvert avec la complicité des habitants qui l’on emmené marcher à Venissieux. Ces résidents, avec l’équipe du centre d’art et quelques curieux, lui emboiteront le pas, dans cette sortie de résidence singulière, tout en mouvement. Les seuils sont multiples, nous le constaterons, des plus imposants au plus modeste, minimaux, quasi invisibles, imperceptibles.
Limites de la ville, lisières parfois affirmées et parfois ténues, voire indicibles, pas de porte où l’on échange entre le dedans et le dehors, y compris comme des espaces symboliques ou métaphoriques, lignes de tram, entrées de métro en espaces de télétransportation qui nous emmènent rapidement au centre de Lyon, vieille ville industrielle et post industrielle, immense cité des Minguettesdes années 60, marchés, zones commerciales, écoles, périphériques franchis par dessus et par dessous, chantiers, jusqu’à la petite bordure de trottoir qui vient entraver la circulation d’un fauteuil roulant, les seuils nous montrent une ville qui ne cesse de se redessiner.
Autant de riches sujets d’échange lors de cette marche urbaine, dans une ville d’ailleurs déjà connue pour une longue déambulation historique, celle pour l’égalité et contre le racisme (1983), rebaptisée Marche des beurs.
Je laisserai ici à Claire l’exploration plastique et kinesthésique, et la construction de ses récits des seuils, d’entre-deux, sur lesquels elle a œuvré plusieurs mois durant, et qui lui a permis de rédiger un blog carnet de notes avec textes et photographies à l’appui.
Ce jour là, j’avais pour ma part décidé, en contrepoint au travail de Claire, de tenter de comprendre si un seuil était décelable à l’oreille, et si oui, comment le retranscrire par la captation et le montage sonore. Un seuil est-il (aussi) auriculaire, acoustique, sonore ? Les ambiances écoutées au fil de cette marche tracent-elles des lisières, dessinent-elles des espaces, des passages, des contrastes, des fondus progressifs, des îlots, des porosités, des fermetures, des sas… ? Bien sur, à force de promener mes oreilles urbi et orbi, j’avais déjà une petite idée de la chose. Néanmoins, sur cette longue traversée, pourrais-je, avec les autres marcheurs, construire une trace audible qui confirmerait, infirmerait ou nuancerait l’idée de seuils acoustiques ?
J’allais donc, micros en main, capter non pas l’intégralité de la marche, mais ici et là, de petits espaces-temps qui me semblaient significatifs. La ville quadrillée de ses axes de circulation, où s’infiltrent parfois de façon virulente et intrusive, voitures et autres engins motorisés, y compris sous-terrains. Ville ponctuée de voix, les nôtres, d’autres, de travaux, d’activités diverses, d’oiseaux, même en cette période hivernale, des bruits de pas, des commentaires, de questions… Un patchwork sonore montrant une cité multiple, complexe, parfois bouillonnante, parfois apaisée, parfois dans un entre-deux.
La réécoute des sons enregistrés me confirme qu’ils y a bien des espaces sonores qui font seuils, qui font entre-deux, qui font coupures, qui font transition, donc qui font sens. Émerger d’un chantier, traverser une immense cité d’habitations, la regarder du haut d’un tertre enherbé, y assister au nettoyage d’un imposant marché achevé, se tenir sous un pont au cœur d’une circulation tout autour et au-dessus de nos têtes… des expériences sensorielles parfois déroutantes, mais qui nous font cheminer de l’oreille dans les méandres urbains. On passe parfois très rapidement d’une ambiance à un autres, seuils de coupures où tensions et apaisement se succèdent au fil d’une urbanisation chaotique, incertaine, surprenante.
Comme souvent, j’ai pris le parti ici de ne pas suivre un trame purement chronologique. Le parcours est revisité plutôt comme une forme de partition sonore discontinue qui, si elle reste assez fidèle à l’esprit des lieux, est réagencée pour nous faire sentir des seuils montrant une ville sans cesse en mouvement, à la fois tonique, parfois oppressante et parfois plus intime, où des oasis de calme installent des espaces de vie quiets, des proximités rassérénantes.
Les seuils, pour qui apprend à les déceler, nous font jouer avec les marges. Ils nous autorisent, notamment en marchécoutant, de prendre du plaisir à les appréhender, à les reconstruire, espaces hétérotopiques, urbanistiques, sensibles, esthétiques, sociaux, à fleur de tympan.
Au sommet d’une combe, surplombant la ville, un musée du temps.
Histoire d’une cité horlogère.
En extérieur, une fontaine, monumentale, métallique.
Un long balancier rythme le temps de son mouvement en va et vient lancinants, inlassablement.
Cet assemblage chronométrique se fait également entendre.
Il grince, gémit, ferraille, cliquète, avec parfois de réels désynchronisations semblant contrarier la rigueur du balancier tel qu’on le voit osciller.
De petites contradictions véritablement anachroniques, où le son et le mouvement observés, ne partageraient pas toujours le même espace-temps.
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Au bas de la ville, le remontoir.
Une petite cabine ascenseur-funiculaire qui permet d’avaler rapidement la raide pente menant à la gare, à moindre effort.
Là encore, un mouvement pendulaire, tout autre.
Linéaire, de haut en bas, et vice et versa.
Ce remontoir est très utilisé, parcourant chaque jours d’innombrables trajets.
Dedans-dehors, il a aussi sa façon de souligner à l’oreille ses rotations verticales.
Les poulies et câbles grincent, grondent, les portes chuintent; toute une palette sonore associée auxflux de voyageurs transitant de bas en haut de la cité.
Et si, par un dérèglement, un glissement géographique, l’horloge du musée dialoguait avec le remontoir, créant une ligne sonore, contrepoint imaginaire du bas de la ville jusqu’à une ligne de crêtes ?
Résidence artistique « Écoute voir Le Locle, Point d’ouïe et Points de vue » à Luxor Factory, avec Jeanne Schmid – octobre 2018
Une résidence artistique est un moyen de s’immerger dans un territoire, ville, espace naturel, ou autres lisières et interstices hybrides.
C’est un moyen de gratter les lieux, d’y imprimer le poids de ses pas arpenteurs, de s’y asseoir aussi, écouteur observateur, à la recherche de balises urbaines spacio temporelles.
Par exemple sur cette place publique, presque tous les jours, à certaines heures, se retrouvent des personnages sur des bancs, souvent les mêmes, moi compris.
Couples, ados, marginaux, retraités, cadres…
L’histoire se tisse, se lit, s’écrit, façon Pérec.
Les rythmes se précisent.
Et de ce fait les espaces.
Sortie d’écoles, flux de travailleurs, une acmé, un apaisement avec la nuit qui tombe; des cycles qui au final ne varient que par de menus événements.
Les sons et lumières entretiennent de réelles accointances.
Les ambiances se précisent aussi, au rythme des jours et de la saison.
La résidence nous offre de nouveaux repères, qu’ils nous faut aller chercher, des rituels, des ailleurs à se construire, des surprises à accueillir.
L’ailleurs stimule la sérendipité qui nous ouvre des portes inattendues.
Ici, des évidences, des récurrences, quasi universelles, des voix, du vent, de l’eau, des flux.
Ici des singularités, des accents, des expressions, des codes couleurs qui changent, des signalétiques du cru, des architectures singulières, anachroniquement entremêlées.
Ici, nous nous re-créons nos propres symboles, dans un lieu où nous n’avons pas (encore) d’espaces qui puissent nous situer fortement dans l’ancrage d’une géographie sensible.
Une résidence, c’est un moment, plus ou moins long, où le temps et l’espace s’offrent autrement. Ils nous permettent à la fois de développer des gestes, des postures, des dispositifs d’écritures nomades, et de nous créer une nouvelle palette de jeux, ou tout au moins de l’élargir, de l’adapter aux contextes, aux ambiances in situ.
L’hétérotopie de Foucault y prend souvent tout son sens, strates de territoires géographiques, esthétiques, politiques, sociaux…
Mon oreille par exemple, procède par une forme de syntonisation, ocsillant entre le paysage intérieur de mes souvenirs, de mes expériences, et le paysage extérieur plus ou moins inconnu, que j’appréhende peu à peu, me mettant autant que faire se peut au diapason des lieux.
Mon œil sans aucun doute en fait-il de même.
Mon corps entier cherche une syntonie où accorder un maximum de fréquences, internes et externes, tendant à vibrer et résonner de concert.
Le dépaysement est pour cela un stimulateur sans pareil.
Une résidence, c’est augmenter une collection de parcours et de sites liés à des expériences sensibles, ici des Points d’ouïe, Points de vue, des parcours sensibles, entre autres choses.
C’est aussi se frotter à d’autres personnes, autochtones ou non, à d’autres pratiques, d’autres connaissances, hybridations.
Un moyen de travailler l’altérité, de pourfendre l’a priori.
De résidence, non assignée, à résistance, quelques pas, sans plus.
Quitte à déstabiliser notre confort bâti sur une série de repères (trop) bien identifiés.
Une résidence, ou plutôt l’enchainement de différentes résidences, nous fait nous sentir appartenir à un monde multiple, complexe, mouvant, si possible accueillant, sans enraciner nos pensées et gestes dans un cocon terreau trop sédentarisant.
Gilles Malatray – Texte en résidence à LuXor Factory (Jura Suisse), avec L’artiste plasticienne Jeanne Schmid
Presque tous les jours, on se dit que milieu novembre, à 1000m d’altitude, dans le Jura Suisse, cet été indien qui n’en finit pas de perdurer a, malgré la douceur ambiante, quelque chose d’inquiétant, en ces temps anthropocéniques.
Néanmoins, nous commençons notre PAS. Une exception puisque, si les conditions restent les mêmes, un compagnon guidant et moi, enregistreur guidé, nous ne sommes pluscette fois-ci à Lyon. Une première internationale extra Lugdunum !
Deuxième exception, des petites parties seront filmées, autres traces de ma comparse plasticienne Jeanne Schmid.
Commençons par une longue volée de marches pour descendre vers le cœur de la ville.
Celle-ci, nichée dans une combe allongée, verdoyante, est entourée de deux balmes escarpées, donc les cheminements se révèlent très souvent pentus, ce qui nous réservent de beaux points d’ouïe et de vue.
La ville est apaisée, les badauds et consommateurs en terrasses, intrigués par nos harnachements audio-visuels, nous regardent en souriant, et nous saluent.
Les passants comme les automobilistes sont d’une grande courtoisie, certains chauffeurs attendant que nous ayons enregistré et filmé au milieu d’une chaussée pour passer, sans même un coup de klaxon !
Le jour tombe progressivement, et nous montons sur les hauteurs de la ville, tout en devisant, commentant, examinant, écoutant…
Plus nous prenons de la hauteur, plus les lumières s’adoucissent, avec la nuit tombante, de même que les sons se font plus doux, plus épars. De splendides lumières, la rumeur de la ville à nos pieds valent bien quelques volées de marches raides.
Nous ferons ainsi une boucle urbaine, de collines en collines, qui nous ramènera à notre point de départ, la terrasse de notre lieu de résidence, en attendant le prochain PAS.