PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE À LYON

PAS – Parcours Audio Sensible en duo d’écoute, avec Péroline Barbet

PLACE MONCEY

Mercredi 13 janvier, Place Bahadourian, Lyon 7e, 10H du matin, temps un brin frisquet, mais très ensoleillé. Lumière hivernale superbe.

Départ. Nous somme devant le magasin Bahadourian, lieu emblématique de Lyon, une caverne d’Ali Baba, foisonnante d’épices, de fruits séchés, de boissons, de produits des quatre coins du monde, univers haut en couleurs et en odeurs, et en sons… Un endroit incontournable de ce quartier de la Guillotière, lui aussi incontournable…
Petit tour de place, encore très calme, pour notre plaisir.
Des voix d’enfants attirent nos pas, nous nous dirigeons vers une école toute proche. Des enfants d’une école maternelle jouent. Une véritable fourmilière. Des véhicules à deux à trois et à quatre roues, sillonnent la cour dans une frénésie toute juvénile. Nous espionnons, micro en main, de l’autre coté d’une barrière de béton, lorsqu’une surveillante nos aperçoit et nous donne l’ordre de déguerpir illico presto, d’un ton très agressif, qui ne supporte aucune contestation ni argumentation de notre part. La hantise sécuritaire semble bien installée dans l’espace public.
Nous optempérons donc. Nos pas nous conduiront au travers la ville, en direction de l’hyper-centre de la presqu’ile. Passages successifs de ponts, de grandes rues, de ruelles, plus ou moins agités, bruyants…
Des travaux, toujours, stigmates de la ville en perpétuelle reconstruction. Ceux devant lesquels nous nous trouvons sont assez gigantesques, reconversion de l’ancien hôpital de l’Hôtel-Dieu en un centre hype, tourisme de luxe largement affiché… A chaque passage devant ce lieu, je regrette la magie des anciens espaces, surtout de nuit, dans un dédale de couloirs, passages voûtés, cours intérieures, aux mille sonorités et lumières feutrées… Nostalgie.
En chemin, une autre école. Autre récréation fébrile, autre ambiance, une cour très resserrée sur une rue elle aussi très resserrée, sorte de cage très sonore, pas très accueillante, et pourtant, les enfants s’en donnent à cœur joie et à plein poumon dans leurs jeux. Decrescendo, fin de récré, tout redevient calme, la rue s’apaise, voire s’assoupit, car les cris d’enfants sont plutôt agréablement toniques.
Midi approche. Des restaurants, des sons, odeurs, cartes des menus qui font rêver nos papilles… Lyon, et ses promeneurs, toujours gourmands…
Niveau moins 7 du parking des Célestins. Un passage devenu quasiment habituel dans les déambulations urbaines. Pénombre, résonances, réverbérations, basses grondantes des moteurs amplifiés dans le bas de leur spectre acoustique, crissements de pneus, cliquetis de la sculpture-installation de Buren, lumière réverbérée par le kaléidoscope géant de cet artiste… Nous avons là un univers singulier. Il faut le voire et l’écouter en live pour en saisir cette sorte d’étrange magie qui s’en dégage.
Retour vers la Guillotière, quartier Saxe Gambetta. Le charme de l’endroit, espace de brassage en pleine rénovation, certainement pour le meilleur et pour le pire. Gentrification oblige. Une place triangulaire étrange, ni sauvage ni vraiment aménagée, faux rond point autour duquel tournent des véhicules assez agressifs. Un lieu somme toute inhospitalier, et pourtant dont l’étrangeté nous questionne. Des franges de villes, des implantations florales urbaines, des graphes, des groupes qui devisent, profitant du soleil, des espaces à marcher, à écouter, à voir, comme une collection d’ambiances propre à une ville qui se livre, sans pour autant se dévoiler vraiment. Il faut gratter, ausculter, prendre le temps, arpenter, persévérer, user… Mais à chaque nouveaux PAS, j’ai l’impression de sentir, de ressentir la ville, de m’y ancrer un peu plus profondément, tout en gardant intact l’envie de parcourir d’autres métropoles, villages, d’autres forêts, d’autres paysages… Envie d’y trouver tout à la fois le commun et le singulier, ce qui peut en même temps m’étonner, m’ébahir, et me rassurer.

En écoute ICI

BANC D’ÉCOUTE MULTIMODAL INTÉRIEUR

GARE AUX OREILLES !

Un soir, vers 20H, milieu janvier, Gare de Vaise à Lyon. Temps neigeux.

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Les frimas hivernaux venus, je teste un banc d’écoute intérieur, dans un espace qualifié de multimodal, une gare urbaine en fait.
À ma droite, quelques mètres en dessous, invisible, la fosse d’un métro.
À  ma gauche un couloir de bus, lesquels scandent l’espace aux rythmes de leurs arrêts/départs.
Un peu en dessus, à gauche également, sur un talus, la voix ferrée Lyon/saint-Etienne.
Devant et derrière moi, un long couloir, ponctué de bancs, qui distribue les piétons usagers vers les différents modes de transports.
C’est donc un véritable point stratégique d’écoute, qui se centre au cœur d’un nœud urbain où alternent sans cesse  différents flux motorisés, chacun laissant derrière lui une traine/trace sonore bien spécifique.
Le lieu est baigné, comme il se doit avec ce type d’espace public, d’une musique de fond type « variété française » en tuyau musak. Cette dernière  semble s’interrompre à chaque passage d’une rame de métro, pour ré-émerger de plus belle, inlassablement. Elle est jusque périodiquement masquée.
Des bips incisifs annoncent la fermeture des portes du métro (que je ne vois pas), avant le claquement précédant un départ souligné de sons chuintants, que l’on perd rapidement à l’oreille, happés par le sombre tunnel  métropolitain.
Rythmicités.
Des portes coulissantes fractionnent temporairement l’espace acoustique, interpénétrations dedans/dehors, à la fois de sons, et de courants d’air glacés.
Les lieux sont réverbérants, juste ce qu’il faut pour construire différents espaces et reliefs sonores, où les sensations de profondeurs et de plans permettent à l’écoutant de se positionner au centre d’une scène acoustique riche en volumes spatiaux.
Des cliquetis d’escaliers roulants conversent avec une ventilation persistante,  les clacs et tûts des composteurs de billets, et un ascenseur  tout proche. Mixage.
Des voix, des rires, des cris, multiples, qui s’approchent et s’éloignent sans cesse, brouillées au loin, capturées distinctement dans des bribes de vie intime toutes proches, animant le couloir de d’une volubilité babillarde. La froidure a conduit nombre d’adolescents à transporter leur territoire de jeux et de séduction à l’intérieur.
Tout semble en mouvement, dans une sorte d’orchestration mi-sauvage mi-organisée, et ma foi assez intéressante à entendre.
Il y a des couleurs, des timbres, des dynamiques, des mouvements dans l’espace, des superpositions, des fondues, de brusques coupures… L’oreille y trouve largement son compte, sans pour autant se sentir agressée, noyée, malmenée, ni au contraire esseulée.
Une annonce, par haut-parleurs, prévient parfois que « la prochaine rame ne prendra pas de voyageurs… », avec voix colorée d’un accent méditerranéen un brin exotique dans cette gare lyonnaise.
Le lieu mérite une écoute prolongée. Pour sûr, on ne s’y ennuie pas.
De nouveaux rires fusent, en écho aux stridulations d’une sirène de police dont le véhicule en chasse déboule sur le couloir de bus.
Finalement, tout semble à sa place, dans une cohérence à la fois agitée et tranquille, selon les épisodes, qui donnent au lieu un air de « déjà entendu » et la fois une sorte de rafraîchissement permanent des ambiances sonores. Lesquelles sources me paraissent séquencées par un compositeur qui manierait avec finesse et dextérité les sons urbains.
Gare aux oreilles !

RADICALISATION DOUCE DE L’ÉCOUTE

RADICALISATION DOUCE DE L’ÉCOUTE, paysages à perte d’ouïe

Choisir un lieu

Quel qu’il soit

Choisi comme point d’ouïe

S’y arrêter

S’y asseoir

Y écouter

Longuement

Très longuement

Très très longuement

Voire plus

Si affinité

Seul

Ou en groupe

A perte d’entendement…

Recommencer

Inlassablement

Ici-même ou ailleurs

Ce geste d’entendement

Jusqu’à saisir enfin

A force d’obstination

L’altérité sonore

Des lieux auriculés

N’en garder à l’esprit

Que leur trace éphémère

Collections sonifères

Des écoutes entêtées…

 

Point d’ouïe et glougloutis

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Point d’ouïe, point de fuite sur bancs d’écoute

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Point d’ouïe, dans le calme de la nuit épiée

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PAS – Parcours Audio Sensible autour de l’écologie sonore

PAS - Croix-Rousse - Nomade Land deqartsonnants

 

ET AVEC TA VILLE, COMMENT TU T’ENTENDS ?

 

Samedi 16 janvier, 14H, place Bellevue à Lyon 1er

C’est une nouvelle balade sonore, ou PAS – Parcours Audio Sensible, un samedi de janvier, assez frisquet, que je commente ici, et qui a démarré  place Bellevue, la bien nommée, sur les hauteurs de Lyon Croix-Rousse, pour s’achever un peu plus bas, place des Terreaux.
Cette fois-ci, nous avions une thématique : parler de l’écologie sonore, tout en marchant (Sound ecology and sound walking).
Nous sommes une vingtaine de courageux promeneurs écoutants à avoir bravé les frimas hivernaux, pour nous frotter les oreilles rafraîchies au terrain.
Nous sommes des promeneurs urbanistes, architectes, designers, illustrateurs, et autres écoutants curieux de la ville…
Il s’agit bien sûr de faire écouter une petite parcelle de Lyon, une descente de la colline de la Croix-Rousse, en traboulant*, dans un parcours ponctué d’arrêts écoute, de lectures, d’échanges, d’une installation sonore éphémère, et de jeux d’écoute appareillée en fin de parcours…
Comment sonne la ville ?
Comment l’entendons-nous?
Comment nous entendons-nous avec elle, plus ou moins bien ?
Comment y agissons-nous, plus pu moins consciemment,  en tant qu’être sonores, acteurs ou sonogènes ?
Comment des musiciens comme Murray Shafer et Max Neuhaus, ou d’autres, ont parcouru, écouté, théorisé, partagé le paysage sonore urbain ?
Comment en parler, avec tout un chacun, via l’écoute en marche ?
Quelle motivation à marcher, pour écouter ou plus, de concert ?
Des problématiques initiales, des sujets récurrents, des sujets à creuser en cours de route.
Se posent également des questionnements qui ne trouvent pas forcément des réponses satisfaisantes, mais des interrogations soulevées, mises à l’épreuve du terrain et de l’écoute.

Points d’ouïe

Ici devant un panorama, place surplombante, où la rumeur urbaine prédomine.
Là dans une cour intérieure resserrée et intime. Des sons de proximité.
Ailleurs dans un lieu entre-deux, ni fermé ni ouvert, ni intérieur ni extérieur, ni privé ni public, des sonorités diffuses mais prégnantes…
Une densification auriculaire se fait sentir au fil de la descente.

Lectures et commentaires

Des références, des textes des lectures… Murray Schafer bien sûr. Mais aussi Max Neuhaus, Luigi Russolo, Franscesco Careri, (Stalkers), qui alimentent l’action/réflexion…

Sérendipité

Comme toujours, beaucoup de surprises, beaucoup d’incontrôlé, pour mon grand plaisir, et celui je pense du groupe.
Séquences de pas et de voix dans un escalier, tensions/détentes, rythmiques impromptus, rumeur et détails.
Une église d’ordinaire très calme,sereine, ce jour là très animée par des travaux de nettoyage, aspirateurs  tonitruants et réverbérés… Surprenant décalage.
Les jardins du palais des Beaux-Arts, havre de paix, espace repos, toujours aussi magnifique en écoute, été comme hiver.
Une fanfare festive à l’arrivée, sur la place des Terreaux, qui met un joli point final au parcours.
Et moult sons  et ambiances tout aussi inattendus.

Surprise

Comme souvent, étonnement, regards circonspects, amusés, inquiets, ironiques, des passants observant curieusement, du coin de l’œil, ce groupe d’écoutants immobiles, ou à la marche lente.

Suite(s)

J’ai beau faire cette promenade assez régulièrement, à chaque fois elle se révèle si différente, si captivante au final, dans son infinie diversité au jour le jour.
Nous la referons donc, promis, sous d’autres formes, peut-être, à une autre époque, sur un autre parcours.
En tous cas, les relations humaines sont vraiment, je le constate de façon plus affirmée, au fil des balades, être au centre de ces actions d’écoute déambulatoire.
Questionnements personnels autour de l’art et de l’esthétique relationnels, qui m’interrogent beaucoup ces temps-ci.

Échanges

En fin de parcours, les discussions continuent à chaud,  au chaud, dans un bar…
Pédagogie, ressources, réseaux, projets, croisements  d’idées à l’improviste,  la balade connait de sympathiques extensions, à bâtons rompus.
Je me rends compte que les PAS-Parcours Audio Sensibles constituent pour moi, de plus en plus,  une expérimentation des territoires, en même temps qu’une expérimentation des rencontres (humaines).

*trabouler/traboules : https://fr.wikipedia.org/wiki/Traboule

Liens

Nomade Land

Voir l’album photos Croix-Rousse

POINTS D’OUÏE – OPEN LAB CAFÉ DE LYON/BRON MERMOZ

POINTS D’OUÏE – OPEN LAB CAFÉ DE LYON/BRON MERMOZ

Venez écouter votre quartier !

Samedi 30 janvier 2013 : 15:30 – 18:00
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Dans le cadre de la thématique « Matières, sons et lumières » de janvier/février à l’Open Lab Café, Gilles nous invite pour une balade sonore urbaine.

Une promenade sonore est un parcours effectué à pied, après repérage, en privilégiant l’écoute, en focalisant toute son attention sur les sons ambiants, les ambiances acoustiques des lieux visités.
Elle est est généralement rattachée à différentes approches sensibles du paysage environnant.
Une plutôt écologique, mettant en avant les caractéristiques des sites sonores parcourus, avec leurs beautés, leur fragilité, et parfois leurs dégradations dues à différentes pollutions sonores, liées notamment au développement urbain.
Une autre participant plus à une approche esthétique, inhabituelle, privilégiant le sensoriel et générant de l’émotion en nous immergeant dans la «musique des lieux».
La balade sonore est un moment de partage pour tout un chacun, guidée par un promeneur écoutant, et réservant ici et là quelques surprises. Une autre façon, décalée, poétique, de (re)découvrir la ville, son quartier.
Un moment, atelier d’échange, d’écriture, suit la promenade in situ, permettant de mettre en commun les expériences sensibles, vécues de concert lors de notre PAS – Parcours Audio Sensible.

Gilles Malatray – Desartsonnants
Artiste, formateur, promeneur écoutant

Inscription Facebook

Site Open Lab Café

MARCHER, ÉCOUTER ?

POURQUOI PAS ?

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Marcher, y compris pour écouter, n’est pas satisfaisant en soi. L’important est de savoir, de comprendre, pourquoi et comment je marche, pourquoi et comment j’écoute, qu’est-ce que j’écoute, avec qui et pour qui…. De savoir et qui plus est, in fine, de faire savoir, non pas pour satisfaire un « moi je », mais pour partager tout à la fois les beautés et l’extrème fragilité de notre monde commun. Il me faut donc assumer une place de promeneur écoutant concerné, dans une société de plus en plus complexe et agitée. Il me faut savoir où placer le curseur entre l’écouteur contemplatif et l’acteur militant, qui engage une oreille active, politique, dans un monde plus que jamais en profonde métamorphose.

POINTS D’OUÏE – L’ÉCOLOGIE SONORE À L’ÉCOUTE

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE AUTOUR DE L’ÉCOLOGIE SONORE

Desartsonnants vous propose un PAS – Parcours Audio Sensible, sous forme d’une balade in situ, présentant les concepts de l’écologie sonore, de Murray Schafer à nos jours. Au programme, déambulations ponctuées de points d’écoute, lectures, commentaires, et autres surprises auditives…

POINTS D’OUÏE, SÉQUENCE URBAINE

Séquence de ville rythmique

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Nuit tombée,

dans une rue assez calme,

bordée d’une voie ferrée,

en hauteur…

Passage d’un train,

assez court,

plaintes aiguës de freins,

sur deux tons,

à la quarte,

cliquettements,

martèlements saccadés,

rythmes caractéristiques,

éloignement rapide,

extinction,

un instant de calme,

trois jeunes femmes me croisent,

bottes à talons hauts,

beaux claquements,

ainsi d’autres rythmes,

sur l’asphalte cette fois-ci,

nouvel instant de calme,

quatre voitures passent,

assez lentement,

chuintements sur le sol mouillé,

encore un instant de calme,

puis,

une personne,

avec une valise à roulettes,

petit grondement,

saccadé par la marche,

un klaxon au loin,

comme une ponctuation…

Si je voulais composer, un paysage sonore,

à partir de rythmes urbains,

celui-ci serait parfait !

Rien à retoucher !

Juste,

le saisir sur le vif !

POINTS D’OUÏE – L’ÉCOLOGIE SONORE EN MARCHE

L’ÉCOLOGIE PAR LES OREILLES !

Bellevue-2

SAMEDI 16 JANVIER
14h
Avec Desartsonnants, alias Gilles Malatray, artiste créateur sonore, promeneur écoutant.

Une petite histoire du paysage sonore. Des lectures, des pas, des écoutes, des expériences.
Le paysage urbain considéré comme une installation sonore à 360° ! Une façon de se rafraîchir l’écoute en s’immergeant dans des espaces de la vie quotidienne. La ville à fleur d’oreille.
Cette promenade urbaine propose de comprendre et d’expérimenter l’écologie sonore en marche, depuis sa création avec Murray Schafer.

« L’écologie sonore, est l’étude de la relation entre les organismes vivants et leur environnement sonore. C’est un concept formulé à l’origine par le canadien Raymond Murray Schafer dans son livre de 1977  Le Paysage sonore.  Il s’agit essentiellement d’apprendre à écouter les « paysages sonores » pour  en comprendre les fonctionnements et dysfonctionnements, mais aussi pour jouir , dans une approche sensible, artistique, créative et descriptive, de la « Musique des lieux ».


 

Tarifs: 10 et 8 euros
Inscriptionici
Le lieu de rendez-vous vous sera communiqué deux jours avant la date de la promenade.

 

Sources : http://www.nomade-land.com/

POINTS D’OUÏE – VILLES À MUSER

Ma ville ma muse

Dans la ville je muse

La ville est ma muse

La ville m’amuse

J’y construit mon je

mes modes de jeux

j’y écrits mes écoutes

j’y écrits mes parcours

j’y écrits mes partages

Points d’ouïe

Points de vue

Points de contact

Points de départ…

Des postures,

Panoramiques,

Belvédères

Assis sur un banc

Fenêtres

Au fond d’une impasse

profondeurs

Souterrains urbains

Intimités

Un passage couvert

Trivialité

La rue de tous les jours…

A lire les signes cités

Panneaux d’affichage

Publicités perverses

Messages tapageurs

Insinuations futiles

Détournements

l’écoute affichée !

Ville aux trottoirs écritoires

Ville signée de géophonèmes

Ville archivée de géographèmes

Ville à livre ouvert

Ville d’ailleurs incertains

Ville chanson de geste

De douceurs et de bruits

D’insolence  frondeuse

De pudeur malicieuse.

La cité en jeu

Jeu de l’ouïe

Je décris

Jeux d’écrits

Je de muse

Invitation…

Qui suit le  je ?

Qui suit le Jeu ?

Ma ville s’affiche

Je vous l’offre en écoute…

Zones d’écoutes affichées…

Zone de calme

 

Venez, d'ici...

 

L'écoute s'affiche

 

Ca ne s'entend pas ?

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POINTS D’OUÏE – SOMMES NOUS LIBRES ? -GIVORS (69) – COLLECTIF ABI/ABO

OCCUPATION POÉTIQUE

Pause au salon

Durant un mois environ, un jour ou deux par semaine, nous (Le collectif Abi/Abo) nous installons, un seul artiste, parfois eux, trois ou quatre, sur une place de Givors, face à un lycée. Place dent creuse, délaissé urbain en attente de requalification, entourée d’immeubles, avec des vestiges carrelés d’un ancien immeuble, qui nous sert de « salon » en plein air. Canapés et fauteuils, étrange pèche, lecture et écritures au sol, roses et mausolées, tissages de fil de laine, écoute, dialogues. Les lycéens, des adultes, même des policiers, viennent nous voir. Ils sont tout d’abord intrigués de cette étrange occupation, puis nous parlent de leur quartier, de ses agréments et désagréments, ils font naturellement salon avec nous… En somme, tout ce que l’on recherche dans cette occupation poétique de l’espace public ! Nous parlons, écrivons, photographions, enregistrons… Matière urbaine à (re)composer, traces tranches de ville sensibles, lectures et écritures croisées de territoires en constante mutation… Et sans doute, modestement, un brin de décalage poétique, visiblement apprécié, dans ce monde violent, incertain et inquiet

Des sons

Des images

Territoire givordin

Cliquez pour en voir plus

 

Un texte 

Presque rien…

J’ai appris, progressivement, à aimer des lieux où il ne se passe pas grand choses. Presque rien disait Luc Ferrari. Des lieux anodins, calmes, sans histoires ostensibles, sans aspérités remarquables, sans prises pour, a priori, les saisir quelque part.
Et pourtant, les choses qui se passent dans ces lieux, que l’on pourrait qualifier de banales, voire triviales, qu’elles soient infimes, intimes, ou brusquement saillantes, trouvent tout naturellement leur place dans la généreuse discrétion de ces espaces, échappant aux regards (et aux écoutes) trop pressés de (les) comprendre.
Un train qui déboule sans prévenir, coups de cornes réverbérées sur les collines environnantes, rythmes ferraillés, une déferlante de lycéens aux rires contagieux, un merle qui résiste aux premiers frimas de ses trilles vigoureuses, les crissements de pas, pressés ou indolents, des voix lointaines, brouillonnes dans leur halo réverbérant, des émergences de bribes sonores des fenêtres d’un immeuble, ou d’une voiture dance floor … Autant de pièces d’un puzzle qui, patiemment rassemblées par les sens en alerte, rendent plus tangible le territoire, si anodin soit-il.
Cet assemblage d’images, de sons, de lumières, d’odeurs, le tout nimbé d’un brouillard tenace et un brin visqueux le jour où j’écris ce texte in situ, va bien au-delà de la simple construction d’un paysage intime, en voie de matérialisation. Il nous conduit en fait, progressivement à ressentir une véritable affinité, peut-être une forme d’empathie avec les lieux.
Il suffit parfois de se poser, longuement, ou de déambuler, ou bien encore d’alterner mouvement et stati-cité, et de laisser le temps faire son œuvre immersive. Un plongeon en douceur, ou non, au cœur des lieux et de ses micros événements.
L’expérience aidant, on parvient de plus en plus aisément à entrer dans ces états perceptifs, parfois quasi exacerbés, où les lieux nous parlent alors à livre ouvert.
La difficulté se posera vraiment à partir du moment où l’on voudra partager ces instants privilégiés. Il nous faudra alors inventer des gestes, trouver des mots, des rythmes, des images… pour emmener avec nous des tierces personnes dans des voyages sensoriels, en arpentant des terrains qui ne se livrent pas sans efforts, tant s’en faut.
Mais l’artiste n’est-il pas là pour, tout simplement, donner à voir, et dans mon cas à entendre, les choses autrement.

Texte écrit le 12 Novembre 2015, vers 12 heures, face au lycée Danièle Casanova de Givors (69), dans le cadre des ateliers « Chemins de traverse », avec le collectif Abi/Abo, en partenariat avec le Grand Parc de Miribel Jonage.

 

Géolocalisation sonore
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POINT D’OUÏE – RÉSONANCE LYONNAISE

Entrez dans la résonnance – Tunnel de l’ile du souvenir

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Une improvisation libre, inspirée par le passage dans le tunnel de l’Ile du souvenir, Parc de la Tête d’or à Lyon. Tels des enfants, toujours attirés par la résonance des passsages couverts, Gilles Malatray et Natalie Bou, en repérage ce jour là sur des ambiances aquatiques, jouent à faire sonner. Tout commence inopinément par quelques gouttes d’eau…

J’ai toujours beaucoup aimé cet effet acoustique qu’est la réverbération. Elle nous donne d’emblée l’échelle du lieu, elle nous immerge dans un bain vibratoire parfois jouissif, elle développe mille couleurs sonores, chatoyante, de l’intime à l’ostentatoire.

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Je recherche des aventures acoustiques, en  écoutant avec bonheur sous les piles de larges ponts urbains, aux derniers niveaux inférieurs de parkings souterrains, dans des églises, cathédrales, basiliques, sans musique de fond, dans des rues couvertes…

Lieux sombres, sonorités à fleurs d’oreille…

Entrez dans la résonance d’une ville, de lieux en lieux, comme un parcours sonores jalonné de petites perles sonores qui bruissent. Nos pas, les voix, la moindre petite goutte d’eau, autant d’objets d’écoute anodins qui, plongés dans un bain réverbérant, donnent à l’espace une poésie parfois apaisante, parfois un brin angoissante, mais toujours pour moi excitante.

 

 

ÉCOUTEZ – ENTREZ DANS LA RÉSONANCE – PASSAGE SOUTERAIN DE L’ILE DU SOUVENIR – PÂRC DE LA TÊTE D’OR À LYON

 

 

 

 

INAUGURATION D’UN NOUVEAU POINTS D’OUÏE À MARSEILLE

INAUGURATION DE NOUVEAUX POINTS D’OUÏE
Jardin du Mas Joyeux à Marseille

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Un point d’ouïe, voire deux, sont nés d’une envie commune, avec Sophie Barbaux, paysagiste, de travailler avec des enfants sur le choix de leurs emplacements, leurs fabrications, leurs mises en place, jusqu’à l’inauguration finale. La configuration du jardin du Mas Joyeux, qui a accueilli le projet, se structure en deux parties, l’une étant un lieux de vie des enfants du centre, et l’autre lieux de rencontre, de pratique et d’expérimentation autour d’un jardin partagé intergénérationel (3 maisons de retraite à proximité permettent des activités entre personnes âgées et enfants). Ce qui nous a fait envisager la nécessité de deux points d’ouïe différents, ayant du reste chacun leurs propres spécificités.

Tout d’abord le cadre.
Le Mas Joyeux est une des Maisons d’Enfants à Caractère Social (MECS). Ces lieux éducatifs sont des établissements sociaux ou médico-sociaux, spécialisés dans l’accueil temporaire de mineurs en difficulté. Ils fonctionnent en internat complet ou en foyer ouvert (les enfants sont alors scolarisés ou reçoivent une formation professionnelle à l’extérieur).
Le placement en MECS a notamment lieu dans les cas de violence familiale (physique, sexuelle ou psychologique), de difficultés psychologiques ou psychiatriques des parents, de problème d »alcoolisme, de toxicomanie, de graves conflits familiaux, de carences éducatives, de problèmes comportementaux de l’enfant, de l’isolement en France d’un enfant étranger…
C’est donc dans ce cadre, très particulier que nous avons travaillé, trois jours durant, avec Sophie Barbaux, Nicolas Bailleul, un artiste qui pratique le « design indigent », comme il se définit lui-même, et travaille notamment au Mas Joyeux. Mais nous avons bien sûr œuvré avec des animateurs, éducateurs, et les enfants.
Tout d’abord, un repérage, sans les enfants dans un premier temps. Je visite les lieux, on me les explique, je les regarde, je les écoute, je m’imprègne de cet ilot sur les hauteurs du 10e arrondissement de Marseille, au cœur du quartier village de Saint-Loup.
S’en suivront une série d’ateliers, avec différents groupes d’enfants, de 4 à 12 ans environs.
Un chantier participatif où il s’agit de construire, symboliquement comme physiquement ces deux points d’ouïe
Partir écouter à l’oreille nue. Qu’entends t-on dans les lieux? Comment s’y sent-on ? Où se situerait un Point d’ouïe idéal ?
Auscultations, longue-ouïes, de près, de loin, les arbres, les feuilles, l’eau, nos pas, nos voix… Expérimenter, chercher le calme (relatif). Discuter…
Ajouter, installer, spatialiser des sons « extérieurs ». Univers sonores décalés. Tester différentes configurations, fixes ou en mouvement. Revenir à l’état initial. Comparer.

Des questions. Pourquoi un point d’ouïe ? Pourquoi le symboliser, le matérialiser, le pérenniser ? Où ? Comment l’expliquer à ceux qui n’ont pas participer ? Pourquoi l’inaugurer ? Questions simples. Questions compliquées, car parfois abstraites pour certains.
C’est pour cela que Sophie me précise qu’il est nécessaire le faire exister matériellement, physiquement, de lui donner une existence concrète, d’en faire un « vrai » point où l’on pourra revenir, écouter, discuter, après…
Anecdote, dans le jardin du lieu de vie, le point d’ouïe idéal, celui faisant l’unanimité, y compris pour les adultes, est situé au centre du terrain de football. Difficile d’y planter notre point d’ouïe sans gêner quelque peu les pratiques sportives.
Compromis à trouver. Différents autres points sont envisagés. Après réécoute, négociations, avis partagés, un point est finalement adopté, en dehors de l’aire de jeu, se posant lcomme e plus pertinent que possible à l’oreille.
Ce point sera matérialisé par une signalétique type logo, avec un cône acoustique comme représentation de l’écoute, et les mots Points d’ouïe inscrits tout autour. Ce symbole suggére et propose l’écoute in situ, au pied du panneau. Il est pensé et réalisé par Colas, avec l’aide des enfants, jusque dans son implantation final (voir le diaporama).
Dans le jardin partagé, espace plus fermé, plus intime protégé, réservé à des ateliers, le deuxième Point d’ouïe sera plus « interactif ». Ce sera ici un véritable cône d’écoute, planté au milieu des jardinières, dans une petite clairière, espace choisi à l’abri d’une « fenêtre acoustique » laissant un peu trop, au goût de chacun, rentrer la rumeur de la circulation automobile.
Dans les deux cas, une inauguration festive sera organisée On creuse, enfonce, visse, petits discours, moments d’écoute, musique improvisée à la flute, gâteaux, bonbons et boissons… Il s’agit de faire une vraie manifestation pour marquer officiellement le moment où prendront effectivement vie ces points d’ouïe.
L’inauguration du dimanche, celle du jardin partagé, invite des personnes extérieures, sympathisants, curieux, artistes… Avec les enfants bien entendu !
Au final, de très beaux échanges, des écoutes, une expérience singulière, des moments de partage, ateliers, repas en commun, qui vont, pour moi, bien au-delà de l’écoute-même.

ÉCOUTEZ LA CARTE POSTALE SONORE

Liens

les jardins du Mas Joyeux

Sophie Barbaux

Colas Bailleul

POINT D’OUÏE – PARCOURS AUDIO SENSIBLE À LYON

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE AGERA

Balade sonore en presqu’ile lyonnaise, le 22 octobre 2015

Je vous relate ici une déambulation écoute, un PAS – Parcours Audio Sensible, jalonné de Points d’ouïe, avec une vingtaine d’étudiants de Grandes Ecoles, via l’AGERA (Sciences po Grenoble, ENTPE, ESAM et Ecole d’architecture de Lyon…), et Nomade Land. Ils sont allemands, chinois, croates, espagnols, anglais… et sont là pour découvrir Lyon autrement. Certains ont choisi l’histoire, le patrimoine, la gastronomie, le street art… Ce groupe là a chois! de d’écouter Lyon, en tous cas une partie de sa presqu’ile, centre urbain névralgique.

Le temps est très beau, les lumières d’automne magnifiques. Nous sommes partis pour environ deux heures trente de marche, entre la place Bellecour et celle des Terreaux, via moult chemins de traverses.

Ecouter, regarder, découvrir l’hyper centre de la cité lyonnaise, de façon un brin décalé, constitue donc le programme de cet après-midi.

J’ai décidé de montrer, et autant que possible de faire entendre, à la fois les aménagements et architectures emblématiques, rue de la République, espace piéton haussmanien incontournable, les grandes fontaines, le passage de l’Argue, galerie marchande couverte fin XIXè, le Palais Saint-Pierre, musée des Beaux-arts, l’Hôtel de ville, le musée de l’imprimerie et sa cour intérieure renaissance, l’église des Cordeliers… Le Lyon historique et patrimonial en quelque sorte. Mais j’ai aussi la perspective d’explorer des endroits décalés, insolites. La traversée d’un super marché par le rayon parfumerie (odeurs en sus), le hall d’entrée d’un cinéma, un manège pour enfant, un parking souterrain, des travaux… Un Lyon moins habituel, surtout si l’attention se porte (aussi) sur les sons.

Je joue sur la surprise, la diversité, parfois le jeu, la posture, l’étrangeté des situations, et surtout, les coupures et changements assez rapides qui nous permettent d’appréhender un centre ville, entre intérieurs/extérieurs, grands espaces et lieux resserrés, nobles, monumentaux, historiques ou triviaux, sombres ou lumineux, bruyants ou calmes…

Quelques moments forts.

Un panneau routier qui vibre très longtemps lorsqu’on le frôle, semblant animé d’un quasi mouvement perpétuel, rythmique, sonore, dans une sorte d’impasse visuellement très intéressante de par ses perspectives diverses.

Une belle engueulade des plus sonores sur un chantier.

Le silence et la magnifique acoustique de l’église des Cordeliers.

Le calme et la sérénité architecturale de la cour intérieure du musée de l’imprimerie. Anecdote : ayant installé dans ce lieu quelques sons alentours, ces derniers venant gentiment troubler l’espace acoustique, une première responsable de l’établissement vient me demander ce que nous faisons là. Après avoir tenter de lui expliquer le but de notre promenade, elle me dit que la prochaine fois, il serait bien de demander une autorisation officielle pour ce genre d’intervention. Pour la petite histoire, elle m’a déjà fait la même requête un an auparavant, lors d’une promenade similaire avec l’AGERA. Peut-être me résoudrais-je un jour à faire les choses dans les clous… Une deuxième vient me questionner, trouve la démarche très intéressante et, curieuse, reste un peu avec nous pour écouter son propre lieu de travail. Nul n’est prophète en son pays, oreille comprise.

Autres surprises, une véritable collections de sons aquatiques, les fontaines, petites ou monumentales, se posant comme une série de jalons sonores ruisselantes au travers la ville. Avec l’une d’entre elle, toute petite et toute mignonne, encastrée dans un angle de rue, nous jouons avec des objets d’écoutes divers à ausculter ses glougloutis, mais aussi les espaces environnants.

Puis, c’est l’imposant hall d’accueil, ancien réfectoire des moines, du Palais Saint-pierre, musée des Beaux Arts, et sa superbe acoustique, révélée au fil des pas et des voix des visiteurs. Une halte acoustique et visuelle absolument incontournable, avant que de découvrir son superbe jardin, oasis de fraîcheur et de calme très apprécié des lyonnais comme des touristes.

Nous longeons une école maternelle donc le préau et la cours donnent sur une rue très étroites, très minérales, ceinte de hauts et anciens bâtiments. Les voix des enfants en récréation prennent une joyeuse et tonitruante place !

Bouquet final, le niveau moins 7 du parking des Célestins. Des sons cathédrales, une semi obscurité,l’espace ébranlé de voitures qui tournent longuement au-dessus de nos têtes, dans une rampe hélicoïdale, pour rejoindre l’air libre, et l’imposante sculpture en miroir de Buren qui vient fragmenter les lieux par un magique kaléidoscope. Une alliance de sons et de lumières, d’acoustiques et d’architecture qui clôt joliment notre parcours.

C’est la fin d’une balade assez silencieuse, entre nous en tous cas, très peu de paroles échangées, mais une belle communion sensorielle, un groupe soudé via l’écoute. Objectif atteint !

PS : Un très grand merci à Marylou Petot, qui m’a accompagné lors de ce parcours, pour ses prises de sons et photos !

Diaporama ici

En écoute ici

POINTS D’OUÏE – OPEN LAB À LYON BRON

PAS – Parcours Audio Sensibles

Open Lab – Mermoz Pinel, Lyon-Bron « Chants du quartier »

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Un nouveau parcours Audio Sensible en deux temps, quartier de Mermoz Pinel, dans le cadre du projet Lyon Bron , Mermoz Open Lab. Mermoz Pinel est un quartier en périphérie de Lyon et de Bron, où un habitat assez disparate, entre maisons individuelles, et grandes unités d’habitation, s’entremêlent. Comme point centrail, un grand centre commercial avec galerie marchande donnant sur le vaste parvis d’une station de métro, ainsi qu’un joli parc urbain très boisé;  le décor d’une banlieue somme toute assez caractéristique des franges périurbaines est dressé. Ajoutez à cela un maillage d’importants axes routiers, périphériques, venant découper assez brutalement certaines zones, et un programme de réhabilitation en cours, avec l’extension du super marché et la démolition -reconstruction d’unités d’habitations toutes proches. La quartier offre ainsi une grande diversité, des friches, des zones pavillonnaires, des commerces, des espaces en travaux, des axes très circulés, ou très calmes, jardins d’enfants… bref, tous les ingrédients pour construire un parcours d’écoute intéressant.

Première phase, un repérage, très pluvieux ce matin là. On arpente le quartier à la recherche d’ambiances, de sources sonores originales, ou non, de points d’écoute qui accrochent à la fois l’œil et l’oreille.

Si la pluie peut être un handicap pour une écoute confortable, elle peut aussi nous offrir de très belles séquences auditives. D’emblée, derrière le bâtiment d’où nous partons, un délaissé, arrière-cour, passage entre deux bâtiments commerciaux, propose un premier terrain d’écoute où les glougloutis des caniveaux dialoguent avec les clapotis de gouttes, le tout joliment réverbérés par les murs assez serrés. Bref, notre oreille transforme ce lieu assez anodin, en scène auriculaire mettant en valeur la pluie dans tous ses états. Une excellent façon de se mettre l’oreille en condition.

Un peu plus loin, nous nous engageons dans une ruelle non goudronnée, bordée de petites maisons particulières, et finissant en cul-de-sac. Cette ruelle, sorte de tiers-lieu mi sauvage mi aménagé, ilot de calme enserré entre une zone commerciale et d’importants travaux de démolition, nous amène sur un de ces petits lieux magiques, plate-forme surplombant des travaux et nous offrant un vaste panorama visuel et sonore que nous restons longtemps à écouter/regarder. Dans cette même ruelle, un très gros cône de chantier nous permet de tester un objet loupe acoustique improvisé, on en joue.

En contre-bas, un jardin d’enfants avec un toboggan métallique, lequel est encore prétexte et support pour écouter diverses micro percussions, celles de la pluie en l’occurrence, en collant l’oreille au montant du jeu. rafraîchissant pour l’oreille et assez magique !

Puis, nous nous trouvons face une immense machine dont le bras articulé grignote, rogne, défonce un bâtiment déjà bien éventré, dans d’impressionnants sons de chocs, de gravas qui s’écoulent, de crissements de grincements de heurts sourds et de claquements secs… Un vrai catalogue, inventaire sonore de chantier urbain qui nous retient captivés de longues minutes.

Sur le parvis d’une église contemporaine, 3 cloches en campaniles, à hauteur d’homme, à hauteur de regard également, nous cadrent un paysage assez silencieux, laissant imaginer les tintements qui l’agiteront lors de la sonnerie des dames d’airain.

Une sente dominant une voix expresse, et nous amène à l’entrée d’un grand parc boisé, où les sons de la ville s’estomperont à mesure que nous pénétrerons en son cœur, sans toutefois effacer totalement la rumeur urbaine environnante.

Nous enchainons par la descente dans l’entrée d’un métro, un couloir très large, réverbérant à souhait, où nous installons temporairement, via de petits haut-parleurs autonomes, des sonorités de villes en différents points de l’espace. Nous créons une polyphonie tout à la fois discrète et surprenante où l’ambiance du métro est gentiment perturbée par d’étranges sonorités exogènes.

Le trajet se poursuit par la traversée d’un super marché. Musique d’ambiance, chaleur et lumières, voix et pas faisant bruyamment claquer la plaque métallique de sortie d’un escalier roulant, le changement extérieur/intérieur est assez radical !

Et pour finir en beauté, le parking en toit terrasse du super marché, imosante dalle dominant le quartier, la friche, les travaux d’extension d‘un parking où une grue vient déposer, à quelques mètres au-dessous de nous, des trémis de béton dans de beaux bruits de matière visqueuse s’étalant dans les coffrages. Ici encore, une vue et une écoute surprenante, panoramique, où la spacialisation des sons permet de se rendre compte de la diversité sonore et des subtils mouvements des sources, dans un territoire en pleine mutation. Pour un repérage, ce fut une première riche expérience d’immersion dans les chants du quartiers.

Deuxième étape, la promenade, en nocturne, emmenant des promeneurs écoutants invités à écouter leur quartier.

Celle-ci a été écrite, travaillée par Vincent Rotsap et Josselin Anne, tous deux jeunes résidants du quartier, et passionnés de sons, trouvant là un beau terrain d’expérimentation. La balade alternera des séquences écoutées à oreilles nues, des commentaires des échanges, et d’autres écoutes au casque. En effet, le repérage ayant été effectué en semaine, les travaux en pleine activité, nous somme maintenant un week-end, le soir. Donc un changement assez sensible des ambiances. il n’y a plus de pluie, beaucoup moins de promeneurs, et plus non plus de travaux !

De ces absences, carences sonores, sont en fait nées de belles idées. En effet, Vincent, notre guide du jour, ou plutôt du soir, nous a proposé des ambiances auriculaires concoctées et composées dans et pour les lieux. Ainsi, des lieux assez calmes ce soir là retrouvaient une activité, des circulation automobiles, des voix d’enfants, des pas, des travaux, qui n’existaient que dans nos oreilles. Le paysage regardé était agité de « sons fantômes » créant de subtils décalages entre la vue et l’ouïe, avec une indéniable poésie générée par ces décalages sensoriels, ces détournements paysagers, ces trompe-l’oreille… Ainsi, plusieurs lieux revisités, alternant oreilles nues et écoutes au casque, révélaient le chant, ou plutôt les chants du quartiers, intitulé de cette exploration urbaine, jusqu’au final sur le toit du supermarché, acmée incontournable de cette belle sortie nocturne.

Mais ce quartier multiple nous a tous juste entrouvert les portes de son territoire sonore… Il reste tellement de chants à y découvrir, à y puiser, à expérimenter, à partager, à écrire, à mettre en scène…

Ecoutez l’exploration urbaine « Chants du quartier »

Portfolio

Repérage

Promenade

POINTS D’OUIE ET DE VUE – MIRIBEL JONAGE

POINTS D’OUÏE (ET DE VUE) À MIRIBEL JONAGE

zone d’écritures sensibles

@ Nathalie Bou

Un petit voyage en bus, de Lyon jusqu’aux lacs du Grand Parc de Miribel Jonage, avec l’envie de porter en duo, avec Nathalie Bou, artiste plasticienne et scénographe, l’œil, l’oreille, la main, le corps, vers des paysages ambiants.

Désir de spontanéité territoriale, de gestes qui ne chamboulent rien radicalement, mais secouent un peu la torpeur des lieux.

En préambule déambule.

Petite marche.

Trouver l’espace adéquat, avec des lumières, des sons, des ouvertures visuelles, sans trop de foule.

Constante, l’eau, omniprésente, étale, vivante, qui s’impose comme une matière incontournable, qui éclaire l’espace de mille reflets changeants… Nous n’y échapperons pas, néanmoins, nous sommes venus en connaissance de cause.

Trouvaille en forme de rencontre paysagère.

Au détour d’un sentier sinueux.

Une plage de galets, des arbres, de beaux points de vue, et d’ouïe…

Adopté, nous posons les bagages.

Rumeur d’une ville invisible, des voix réverbérées, de clapotis, des chiens au loin…

Les lumières tremblotantes du soleil sur le miroir d’eau étale.

Deux personnes sur leurs chaises de plage, nous observent curieusement.

Première approche, ne rien faire, en apparence. Se laisser immerger, submerger, envahir.

Garder les yeux et les oreilles aux aguets, marcher, sentir les galets et les racines sous ses pieds.

Faire des gestes simples, lancer des cailloux dans l’eau, désir enfantin, apaisant ressourçant.

Les lancer longtemps, petits, gros, un par un, par poignées, fortement, mollement, au ras de l’eau, en l’air. Ténacité ou agacements, qu’importe.

Ecouter.

Regarder.

Eclaboussements.

Ronds aux mouvances concentriques.

Reflets de soleil secoué dans le miroir de l’eau clapotante…

Enregistrer, au cas ou…

Pendant se temps là, Nathalie étale du bleu, du rouge sang, beaucoup de rouge aujourdhui, majoritaire, sur des racines, des pierres, des herbes, qui n’en demandaient certes pas tant.

Mais dociles, les végétaux, la surface de l’eau se laissent colorer, acceptent des teintes parfois inquiétantes.

@Nathalie Bou

La volonté transparait de s’élever contre des massacres d’animaux, actualité violente, sanglante, cétacés massacrés noyés en masse dans leur sang, l’eau sauvagement rougie, rouge Goya, jusqu’au au bord de cette plage quiète.tranquille.

Troubler le paysage de ses propres écœurements.

Déborder l’actualité, catharsis sans doute.

L’humeur se déteint en couleurs.

Pus sereinement, je dicte quelques mots à mon magnétophone, ressentis phrasés.

J’ajuste un vrai faux paysage dans des rythmes de paroles qui surgissent, sauvages, brouillonnes et espérées tout à la fois.

Encore une trace d’écriture qui prendra peut-être place, ou non, dans une réécriture prochaine, après un temps de maturation, non encore estimé dans sa temporalité.

J’installe une série de petits haut-parleurs dans un grand cercle, sur la plage même, à fleur de galets.

Points sonores à la fois ténus et marqueurs affirmés.

De petits sons importés, délocalisés, anachroniques, anecdotiques, frictions entre l’existant et la fiction doucement imposée.

Écriture par couches.

Le couple nous jette des coups d’œil curieux, mais ni franchement inquiets, ni trop dérangés. Ils écoutent, observent de loin, sans interférer, étonnés et amusés, sans plus.

Les sonorités tournent dans l’espace, voix chuchotantes, cris d’enfants, grincements de portails, gouttes et ruissellements en contrepoints aquatiques, face à une grande étendue d’eau plutôt sereine, et bien réelle celle là.

L’espace acoustique se trouve  momentanément, en léger déséquilibre, dans une discrète instabilité, sans pour autant qu’il soit malmené, ni violenté, tout juste questionné par ces ajouts soniques, pointillistes et capricieux.

@Nathalie Bou

Au final, épuration progressive, on ne gardera qu’une source sonore, nichée dans le creux d’une petite souche, juste un tremblement, un tressaillement localisé, petite balise sonifère.

Brautigam est alors convié.

Nathalie avait envie de lire cet auteur, que j’adore aussi.

Autres contrepoints, au bleus et rouges, aux micros sons distillés, au paysage, des textes courts, incisifs, entre humour, dérision et noirceur,

Encore une trace. Enregistrée.

Et, comme les autres, matière à, ou à ne pas, peut-être, je ne sais comment, trop tôt pour, on verra bien…

Le paysage m’échappe encore, toujours,  en même temps qu’il s’inscrit, en même temps que nous le fabriquons à notre façon, que nous le traçons, incertains, de sons et d’images et de gestes.

Des traces de végétaux encrées, toujours du rouge, parfois du bleu, autres contrepoints aquatiques, nervures imprimées sur des feuilles blanches, fragiles et résistantes.

Les heures ont passé, vite.

Ranger.

Laisser les lieux dans leur état initial.

Leurs laisser le temps d’une résilience tranquille.

Le couple part. Comme je sens qu’ils auraient envie de nous dire un mot, je m’excuse donc de la gène qu’on a pu leur causer, notamment via notre installation sonore impromptue.

Il n’en a rien été nous disent-ils, au contraire, c’était plutôt agréable.

Un petit public qui est resté, sans faire de bruit, curieux de nos agissements.

Nous partons aussi.

Traces dans la mémoire de nos mains, de nos têtes, quelques sons, des idées, en chantier.

Écritures à suivre, ici ou ailleurs, dans un soucis de partage.

Les paysages pour exister doivent s’écrire sans cesse.

@Nathalie Bou

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POINTS D’OUÏE, AUTRES APPROCHES

POINTS D’OUÏE, AUTRES APPROCHES

Une point d’ouïe, comme un point de vue, n’engage a priori, que celui qui le propose, qui le définit, qui le défend, qui le partage…

Néanmoins, un point d’ouïe qui ne serait partagé que par un seul écoutant n’aurait pas grande valeur.

Un point d’ouïe se partage, dans ses approbations comme dans ses contradictions, dans ces acceptations comme dans ses réticences.

Un point de vue n’est pas donné, dans une spontanéité universelle, acquise d’emblée par tout une communauté d’écoutants. Il se conquiert, parfois de haute lutte, parfois avec une ferme ténacité, nécessaire pour travailler dans un long terme.

Un point d’ouïe est rarement uniforme, monobloc et d’emblée saisissable dans une intégrité évidente. Il superpose des couches sonores qui, selon les degrés de perceptions, les cultures, les postures, les disponibilités de l’instant d’écoute, les moments, les lumières, les accidents et aléas divers… constitue une matière sonore en perpétuelle recomposition. C’est une sorte de magma acoustique vivant, à la fois identifiable et sans cesse mouvant – magma qui parfois laisse percevoir une entité semblant  stable, solide, offerte aux oreilles sans trop d’effort, et à d’autres moments qui parait se matérialiser et de dématérialiser  sans cesse, comme une série d’ombres fuyantes, vibrantes, floues et éthérées.

Un point d’ouïe est un lieu de rencontre où regard, écoute et paroles se rejoignent, pour partager des paysages à construire et à vivre en commun, ne serait-qu’un instant d’écoute.

POINTS D’OUÏE – POSITIVER ENTRE MES DEUX OREILLES

AVEC L’OREILLE JE POSITIVE

@anja – Frictions urbaines – Balade sonore nocturne – Vitry/Seine – Gare au théâtre – septembre 2015

En parallèle à l’utopie, il y a le fait de positiver. Positiver n’est pas l’apanage d’une grande enseigne commerciale à la croisée des routes…

La positivation n’est pas non plus pure naïveté, elle ne nous bouche pas les yeux et les oreilles sur les dysfonctionnements, les crises, les tragédies, elle les reconnait, les prend en compte.

Le fait de positiver n’est pas un optimisme forcené, c’est aussi relativiser, sans se fourvoyer dans de grands rêves coupant de toute réalité.

C’est encore éviter de sombrer dans une noirceur terrifiante, paralysante, une fin du monde dans un grand marasme ambiant comme unique pensée, une reniement de toute valeur, de toute beauté, au profit d’une sinistrose suicidaire.

Positiver c’est par exemple croire que le paysage sonore n’est pas qu’un informe chaos, qu’il existe de superbes poches d’écoute au cœur même des plus gigantesques métropoles, que l’écoute peut, ici ou là, nous réserver mille surprises tonifiantes, que la parole, tout comme le vent, ou la musique des lieux, portent une beauté universelle, une part de rêve partagé aux quatre coins du monde, si l’on prend garde de se laisser une fenêtre grande ouverte sur le sensible, et l’autre…

@ Raymond Delepierre – Sentier des Lauzes – Juillet 2015

POINTS D’OUÏE ET NARRATIONS

La balade sonore comme une expérience de narrations audio-paysagères multiples

Chemin faisant, l’écoute se met en marche. Les lieux et toute leur vie intrinsèquement sonore se donnent alors à entendre. Le, ou plutôt les récits se construisent au fil des pas, des déambulations, des points d’ouïe, comme une combinaison quasi infinies de narrations à fleur d’oreille.

Histoire humaines, voix, gestes et activités entendues
Voix perçues, parfois empruntées, voire volées, un brin voyeuriste-écouteur, des bribes de conversations, ou de monologues… le rythme des pas déambulant et des gestes sonores, reflets d’activités journalières captées comme des histoires du quotidien, ou plus exceptionnelles, néanmoins transfigurées par l’attention auditive qui leur est portée…

Faune
Oiseaux pépiant, jacassant, hululant, caquetant, criards ou virtuoses de la vocalise chantante… Gibiers détalant, chats hurlant dans les nuits printanières, concerts de grenouilles coassantes en bord d’étang, brames de cerfs intempestifs et amoureux, frémissements d’insectes vibrants… de villes en espaces naturels, l’histoire naturelle, pour employer un ancien terme écolier se déroule à nos oreilles parfois étonnées d’une telle présence auriculaire.

Media
Sonorisations insidieuses, intempestives voire muzakement polluantes, bribes de musiques échappées d’une fenêtre ouverte, sirènes et autres hululements urbains, Hip-hop affirmé, anachronique, sous les colonnes d’un opéra, déambulations festives, revendicatives, rythmées et soutenus par de puissants sound-systems, harangues et scansions mégaphoniques… Les média s’installent, plus ou moins ponctuellement, avec plus ou moins de présence, dans l’espace public. Celui-ci envahit de même, parfois l’espace privé, ou bien inversement…
Le récit, notamment urbain, s’amplifie acoustiquement, se diffuse, se répend par un enchevêtrement de paroles, musiques, de dispositifs, de canaux…

Ambiances – un début et une fin – une trame, tissages, de passages en ruptures, de transitions en coupures – Une écriture in situ, in progress
Du départ à l’arrivée, le parcours est balisé, testé, validé, nonobstant les aléas, imprévus, accidents, et autres opportunités. Il propose une progression faite d’enchaînements et de ruptures, de fondus et de cassures, de points forts et de modestes trivialités… Il s’appuie sur des ambiances emblématiques, mais aussi des petits riens, un panel des choses à racommoder in situ, des objets poétisés dans le décalage de l’écoute collective, une histoire auriculaire à partager en commun…

Objets et autres choses animées
Une perceuse qui met en résonance et fait vibrer toute une façade de bâtiment, une fontaine qui chuinte, glougloute, une signalétique de feux tricolores pour aveugles qui « bip-bip » ou parle d’une voix synthétique, un engin de chantier qui gronde sourdement… Sans oublier les voitures, omniprésentes parfois, les choses volante… Tous ces objets, machines, mécanismes, viennent animer, révéler et participer à construire le récit un paysage sonore sans cesse renouvelé – Entre invasions, bousculements, bruits de fond et musiques urbaines.

Acoustiques, topologies, topophonies, des espaces qui se racontent
Des ruptures, de de transitions progressives, des effets acoustiques générés par les lieux-même, leurs topologies, les volumes, les formes, les matériaux de construction… Une histoire architecturale, environnementale, où les sons se jouent de l’espace, et vice et versa. Echos, résonances, réverbérations, étouffements, masquage, coupure,colorations, catalogue d’effets… Un vaste espace sonore pétris d’effets !

Champs, hors-champs
Des situations où la vue est directement liée à la chose entendue, où la relation cause à effet est évidente; d’autres où la source sonore est cachée, occultée, non vue, hors-champ. Des situations où l’on n’est pas sûr d’identifier l’origine du son, où le jeu consisterait plutôt à naviguer entre certitude et imaginaire, entre existant et construction purement mentale, onirique, paysagère, selon ses dispositions…

Multisensorialité – synesthésies
Parce qu’un sens ne fonctionne jamais seul, parce que l’activation, la mise en avant de l’un en dynamise d’autres, parce que la vue guide, stimule parfois l’écoute, et vice versa…

Des ambiances sonores colorées, des couleurs vibrantes comme des sons, des odeurs de viandes rôties mêlées, associées aux grésillements d’une rôtissoire, les senteurs de foin et de fleurs d’une prairie au soleil couchant d’une chaude journées estivale, ponctuée du pointillisme d’insectes stridulants… Les parcours d’écoute sont multiples et infiniment variés. Ils nous racontent, avec force sonorités, formes, lumières et couleurs, odeurs, parfums et fines flagrances, des ambiances où les sens se trouvent au cœur d’une immersion paysagère. Ils tissent une expérience sensible, poétique d’un espace sonore volontairement privilégié, sans pour autant être coupé d’autres sensations.

Des mots, des sons, des gestes Écrire les sons, les décrire, les mettre en mots, les coucher sur le papier, les transmettre… Construire ou recontruire, voire déconstruire des histoires sonores, field recording à l’appui,. Eventuellement, les installer, les mettre en scène. Ecrire aussi des parcours du bout des pieds et des oreilles, en les vivant, si possible de concert.

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POINT D’OUÏE – PARCOURS D’ÉCOUTE AU MUSICA KLANKENBOS DE NEERPELT (BE)

La Marche comme une philosophie introspective, une poétique de vivre

Aristote emmenait ses disciples, les péripapéticiens, écouter son enseignement en marchant dans le quartier du Lycée à Athène. Jean-Jacques Rousseau, dans ses Rêveries d’un promeneur solitaire, entamait au sein de ses errances philosophiques une ultime réflexion inachevée. Il y questionnait ses relations avec les hommes, quitte à régler quelques comptes, et se remettait lui-même enquestion. Sa vie, ses passions, la liberté, le bonheur, la contemplation, la nature…. tout cela au gré d’une série de promenades.
Chaque promenade, parfois plus symbolique, métaphysique, que physique, soulevait une ou plusieurs questions philosophiquesexacerbées par une déambulation aux travers des paysages réels ou mentaux. Nombre de grands penseurs, tels Kant, Nietche, Gandhi, De Certeau… ont prôné la marche comme un acte favorisant l’exerciceintellectuel, la méditation, l’introspection, la résistance politique, dans des postures mentales plus ou moins erratiques, mais néanmoinsle plus souvent des plus fertiles.On peut penser à Arthur Rimbaud, « ce marcheur forcené » comme le définissait Marcel Proust, ou l’homme au semelles de vent selon Verlaine qui franchit le Saint – Gothard à pied, dans de très rudes conditions hivernales, écrivant ce faisant une correspondance (la lettrede Gênes) où L’esprit rimbaldien touche à son apogée, avant la grande rupture de l’Orient… « Rien que du blanc à songer, à toucher, àvoir ».
Sur un autre mode poétique plus doux, Jacques Réda, écrivain passionné de musique et de jazz, compose ses rêveries poétiquesurbaines au fil de L’herbe des pavés, en promeneur solitaire contemporain à la pensée inspirée et vivifiée par la déambulation au pas àpas. On pourrait ainsi multiplier les exemples de marcheurs qui, dans la nature ou en ville, exacerbent leurs réflexions intellectuelles, philosophies, poétiques, en mettant, dans tous les sens du terme, leur pensée en marche. C’est en prenant le temps de progresser aurythme de la marche, au pas à pas, que nous nous enrichirons de ces états de rêverie et de réflexion nées lors de nos déambulations pédestres.

Des marches sonores, démarches sonores

Signalétique et consignes d’écoute sur le parcours du Klankebos – Musica à Neerpelt (BE -Limbourg)

La marche sonore ou la promenade écoute est le fait de marcher dans le but d’écouter, de s’imprégner des paysages sonores, d’en jouir,et sans doute de les comprendre un peu plus finement, intimement, dans leurs fonctionnement, et constitue un geste performatif. Ce dernier est aujourd’hui reconnu dans le champ des arts sonores, parfois dans la sous-catégorie Sound Ecology, ou Acoustic Ecology,que l’on pourrait traduire ici en français par écologie sonore, soit une approche sonore environnementale, à la fois scientifique, sensible, esthétique.
 Au-delà des approches écologiques et artistiques, nous nous interrogerons sur des postures d’écoute impliquant des approches intellectuelles qui construisent, au-delà du simple fait d’écouter, des modes de perceptions et de prospections mentales, résultant d’interactions marche/écoute/environnement. La marche sonore induit des postures telles la rêverie, l’errance et la dérive, notamment la dérive inspirée de celle des situationnistes de Guy Debord, mais aussi à l’opposé, les repères sécurisants du trajet, du parcours, de l’itinéraire tracé, physique ou mental. Construire du territoire, de la pensée, des méthodes, des outils d’analyse, des cartes, du plaisir… l’écoute en marche joue par ses stimuli sensoriels un rôle des plus actif.
La marche sonore, instrument d’analyse et de construction du territoire
Outre la jouissance sensorielle, le plaisir lié à l’esthétique du paysage sonore, la marche constitue un outil d’analyse, de prospection, deconstruction, voire de modélisation d’un territoire. En marchant, on peut faire un état des lieux de ses sources sonores, des choses à entendre qui disparaissent au fil des saisons ou des transformation du territoire, de celles qui apparaissent, ou réapparaissent, des modifications subites ou progressives des ambiances auriculaires d’un site. Dans une promenade, on repérera différents lieux avec leurs caractéristiques propres, leurs effets acoustiques, leurs « couleurs » et ambiances.En effectuant différents parcours, urbains ou naturels, on pourra ainsi comparer plusieurs paysages sonores, ceux où l’on se sent bien, ceux où l’on se sent moins bien, voire-même agressé par certains bruits trop fortement omniprésents, hégémoniques. L’exercice répété de ces promenades nous donnera une oreille très sensible aux sons, nous permettant d’écouter attentivement de grands espaces comme des micro-bruits. Cette expérience fournira au promeneur-écoutant une faculté d’analyse accrue d’un paysage àl’oreille. Au-delà des mesures quantitatives, du nombres de décibels enregistrés, on pourra juger des qualités et défauts d’un territoire enanalysant ses environnements sonores spécifiques. Parfois, je me suis associé, comme un promeneur écoutant, à des paysagistes, architectes, urbanistes, pour faire entrer dans les études d’aménagement l’analyse qualitative de l’environnement sonore comme un critère important dans la construction d’un espace public. Penser un espace en chantier comme un territoire que l’on écoute aussi, où le confort de l’oreille, comme celui de la vue doit être envisagé en amont de l’aménagement permettra peut-être d’éviter certains dysfonctionnements paysagers où l’environnement sonore devient source de pollution et non de plaisir comme il devrait l’être. Une oreille avertie, entraînée devrait quasiment systématiquement être associée au regard de l’aménageur pour ne pas, une fois les aménagements réalisés, constater leurs dysfonctionnements sonores. On pourrait ainsi réduire la pose de murs anti-bruit tentant de« soigner » un environnement déséquilibré à l’écoute, si l’on prenait en compte en amont l’exigence d’une qualité de l’écoute comme un véritable facteur esthétique, mais aussi social et culturel.
In – Gilles Malatray – Des Arts Sonnants – Parcours d’écoute Musica Klankenbos – Neerpelt – Décembre 2011

Carte géotaguée des points d’ouïe – Parcours d’écoute au Klankenbos – Musica à Neerpelt (BE Limbourg)

Lire le dossier complet sur Academia (téléchargeable)

POINTS D’OUÏE – MONS 2015

MONS LE SON !

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Revenir chaque année dans la même ville, en y marchant de jour comme de nuit, de haut en bas, de droite à gauche, en y cherchant sans cesse la petite ruelle discrète, en laissant trainer oreilles et micros, c’est un peu plus creuser un sillon de l’écoute au fil du temps.

Prenons par exemple la ville de Mons, je tente toujours d’en prendre le pouls bruissonnant, d’en faire saillir à l’oreille les plaisirs, comme les choses agaçantes, décevantes, voire franchement désagréables. Une galerie marchande couverte qui résonne joliment, avec comme signal la porte d’une librairie qui tinte agréablement depuis des années, des bancs, postes d’écoute au cœur d’ilots retranchés, dans des parcs discretement lovés dans la cité, ou sur des des hauteurs d’où l’on embrasse un panorama sonore intéressant, un beffroi qui ne sonne malheureusement plus que le dimanche, la grande rue, toujours polluée de sa muzac commerciale, le jet d’eau de la grande place qui a perdu, avec sa programmation, qui faisait varier la fréquence, l’alterrnance et la hauteur des jets d’eau, beaucoup de son intérêt, le rythme des ouvertures et fermetures des commerces, avec raclements de chaises et de tables sur les pavés rythmant la vie quotidienne aux beaux jours…

Une ville se dessine aussi par ses mille sonorités, de celles qui font que l’on s’entend plus ou moins bien avec elle. Une chose cependant est sûre, plus j’acoquine mon oreille avec cette ville, plus je m’y reconnais, dans ses travers et plaisirs, en faisant mien moult détails, repères, infimes choses sonores qui me donne peu à peu l’impression de m’approprier un peu plus l’espace, d’y trouver de belles affinités.

Texte écrit dans le cadre du festival d’arts sonores City Sonic et de Mons 2015

POINTS D’OUÏE, JEUX THÈMES ET VARIATIONS

POINTS D’OUÏE, JEUX THÈMES ET VARIATIONS

Définitions

Rappelons ici que nous avons pour principaux objectifs de proposer différentes formes de lectures et d’écritures du paysage sonore in situ, que les projets qui en émanent se déclinent en plusieurs modes d’actions, de réflexions, selon les contextes.

Sans compter ici toutes celles en chantier, ou qui restent encore à inventer au fil des expériences et des rencontres à venir.

Polarités

Le projet se positionne dans une préoccupation esthétique, artistique, celle du ressenti, de l’émotion, de la beauté intrinsèque des paysages sonores, quels qu’ils soient, à écouter et à construire, et également dans un soucis de montrer la fragilité de ces espaces, la nécessité de les protéger, dans une démarche explicitement liée à l’écologie sonore.

Postures

Deux postures émergent d’emblée.

D’une part, la promenade, le parcours, écoute en mouvement, au rythme de la marche, nous allons vers les sons, improvisant ainsi une «musique des lieux» en action, selon les événement et les choix du promeneurs, d’autre part, le point d’ouïe statique, où nous laissons plutôt les sons venir à nous.

Ceci implique en fait une troisième posture qui est celle de coupler marche et arrêts sur sons, toujours en fonction des aléas du terrain.

Déclinaisons, variations

Différentes expérimentations physiques viendront enrichir les possibilités d’écoute, oreille collée à, auditeurs allongés, en aveugles, mains canalisatrices…

http://desartsonnants.tumblr.com/post/127846492966

Les écoutes dites «à oreilles nues», et/ou celles prolongées d’objets et de dispositifs.

Comme son nom l’indique, la première fait appel au seul appareil auditif embarqué par chacun de nous.

D’autres situations d’écoute utiliseront différents objets existants ou non, du stéthoscope à un jeu de «longues-ouïes» imaginées et bricolées pour l’occasion.

http://desartsonnants.tumblr.com/post/127846417806

http://desartsonnants.tumblr.com/post/113638531001

Des calligraphies, consignes, modes de jeu, injonctions poétiques décalées pourront être envisagées pour guider et orienter le parcours vers des représentations et ressentis poétiques, surprenants…

Des installations éphémères, lutherie expérimentale, installations électroacoustiques mobiles, portables et autonomes.

L’installation de cartes postales ou création sonores réalisées sur le terrain, à partir des ambiances glanées, venant frotter des formes d’imaginaires recomposées au terrain initial, ou écoutes délocalisée, de l’extérieur vers l’intérieur, ou dans différentes temporalités…

Des performances musicales (improviser en faisant sonner les lieux), dansées (proposer des postures d’écoute via la danse), des lectures performatives de textes, des écritures spontanées…

Références et inspirations

Pour élargir le projet, des acteurs – penseurs nous font creuser plus avant le sujet.

– Guy Debord et ses expériences de l’errance situationniste, de la psychogéographie

http://www.larevuedesressources.org/theorie-de-la-derive,038.html

– Michel Foucault et sa réflexion autour du concept d’hétérotopie – http://foucault.info/doc/documents/heterotopia/foucault-heterotopia-en-html

– Georges Pérec avec ses écritures, pensées et descriptions d’espaces

http://www.grenoble.archi.fr/cours-en-ligne/tixier/perec/perec.html

Et autres d’autres ressources réflexives apportées par les participants.

Transdisciplinarités

Les approches sont pensées dans des pratiques transdisciplinaires, transmédiales, convoquant à l’envi le jeu, l’écriture ou l’improvisation musicale, la création sonore acoustique et/ou électroacoustique, la danse ou la performance, le chant, la voix, la poésie, la lutherie, le land art, les arts plastiques tels le graphisme, la calligraphie, la sculpture sonore, selon les savoir-faire, les affinités et les contraintes du projet.

L’idéal étant de puiser dans un panel de gestes, d’objets, de dispositifs, pour éprouver le terrain par l’oreille, notamment lors de workshops ou d’ateliers, en résidence, sur une durée de plusieurs jours à plusieurs semaines.

POINTS D’OUÏE – BEAUMONT, UN MATIN ESTIVAL

BEAUMONT MATINAL

Ce post fait suite à celui consacré au Sentier des Lauzes puisqu’il s’agit d’une séquence enregistrée au cours du même séjour.

Il fait écho également à la prise de son de Raymond Delepierre, qui m’accueillait dans ce magnifique site, captation effectuée sans concertation aucune, peu de temps après, entre autre dans la même église.

7 heures du matin, à Beaumont, petit village joliment perché à flanc de collines, au cœur des cévènes  ardèchoises, il fait encore une relative fraîcheur. Le village est endormi, il se repose d’une éprouvante journée aux températures très élevées. Je jette un petit coup d’oreille sur la place centrale du village avec tout d’abord, l’Angelus entendu de ma chambre, puis un petit test acoustique vocal dans l’église pour finir avec une note rafraîchissante du lavoir juste en contrebas de cette même église. Les cigales quand à elles ne sont pas encore réveillées. Sans doute ont-elles trop fait la fête et chanté la veille, dans ces journées caniculaires de juillet. Chose surprenante à la réécoute, la cloche, la voix et la résonance de l’eau dans le lavoir voûté de lauzes sont toutes quasiment accordée sur une même fréquence… Une douce musique des lieux en quelque sorte.

POINTS D’OUÏE – EXPOSITION DE SONS VIVANTS

TOUS LES SONS SONT DES SONS,

ET INVERSEMENT !

Exposition sonore temporaire,

virtuelle,

éphémère,

à l’air libre,

et à 360°…

 

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Une galerie sonore

Une galerie virtuelle, mais néanmoins bien réelle, à même la rue, via un parcours d’œuvres sonores bruissonnantes, à ouïr in situ, et pas ailleurs.

Un commissaire, guide, médiateur, qui emmène un groupe pour la visite d’une exposition originale, constituée des sons vivants, et donc en partie imprévisibles, qui sont en fait les propres sonorités de la ville, données à entendre comme de véritables compositions sonores….

Une collection d’œuvres sonores inédites, inouïes, intangibles, immatérielles, éphémères, aléatoires, originales, mais bien en sons !

Peut-être le préambule d’un (grand) projet à venir le «Musée des sons vivants et des sites auriculaires remarquables», projet visant en partie à dénoncer une trop forte muséification paysagère en même temps que patrimoniale, sclérosante, en revendiquant l’instantanéité sensorielle comme processus artistique dynamique.

Vernissages, inaugurations de cadres d’écoute, de points d’ouïe, urbains, ou non…

Lieu de l’exposition ou des vernissages, inaugurations, ici ou là, dans le centre ville, la banlieue, la campagne, la nature, dans un site architectural, industriel, un jardin, une forêt, un lac…

Durée de l’exposition, le temps de la visite, très longtemps après, voire plus, si affinités.

Installation, accrochage de l’exposition : un repérage préalable, c’est tout ! Aucune assurance des œuvres sonores ni installations fixes ne sont requises.

Scénographie : Lumières, architectures et sons naturellement et intrinsèquement in situ, cadres et d’écoute et sons mobiles, aucune régie technique nécessaire

Vernissage, inauguration de points d’ouïe : en présence des autorités locales compétentes, concernées, et du public (en l’occurrence tout public)

Exemples de sons vivants exposés dans leur contexte typologique, historico social et esthétique…

– Archéologie et patrimoine, les cloches (sonorités historiques et lutherie urbaine)…

– Design sonore et industrie, la voiture, l’engin de chantier, l’ustensile électrique, la ventilation…

– Média, animation commerciale, radio, sonorisation urbaine, musicien de rue…

– Société, les voix, les pas, les gens qui passent, beaucoup de gens…

– Environnement, l’eau, le vent, les arbres, les oiseaux…

– Acoustiques, réverbérations, échos et autres effets sonores…

Quelques titres

Rumeurs urbaines – Muzac festives – Flux mécaniques – Pointillisme avicole – Voix-ci, voix là ! – Bonnes ondes – Ecoute en chantier…

PS : Les œuvres sonores présentées seront généreusement offertes au public en fin de visite, si elles existent encore ! Leur valeur marchande se mesure en TPE (Taux de Plaisir à l’Écoute), valeur mondiale, partageable et échangeable dans le monde entier, sans aucun frais ni formalité. Pas de spéculation auriculaire !

Chargé de projet, commissaire, médiateur et guide : Gilles Malatray/Desartsonnants

Organisation : Coproduction Desartsonnants, structures et partenariats locaux.

* En hommage à John Cage

POINTS D’OUÏE – LA MINOTERIE DU SEUIL DE NAROUZE (Aude – France)

Minoterie de Naurouze

Le bruissement des lieux et La clé des Dormants

Parcours d’écoute entre eaux, vents et pierres
Le bruissement des lieux

Minoterie du Seuil de Narouze (Aude)
sur l’invitation d’Alain Joule et de Pascale Goday 
dans le cadre du Méta-Opéra « La clé des Dormants »

A mon arrivée, de très belles surprises, trois éléments se partageaient la vedette pour donner au lieu une incroyable force physique, esthétique, et dynamique.
Le premier à m’accueillir fut le vent. Un grand vent d’Autan, coutumier de cette région, omniprésent et tempêtueux ce jour là. Ce vent gronde, balaie les feuillages à qui il donne voix, du sourd gémissement aux bruissements des peupliers trembles les bien nommés. Il s’engouffre dans les fous les espaces de la minoterie, par le moindre interstice, la moindre tuile mal ajustée, et donne à chaque pièce, à chaque couloir, une couleur sonore différente. C’est un vent maestro, virtuose, même si dit-on, à forte dose, il rend fou par l’intensité de sa présence et sa pugnacité à secouer le paysage. Durant notre balade, il fut néanmoins un allié de poids qui, loin d’écraser l’écoute, lui donna mille reliefs au gré de ses bourrasques, accalmies, et des sites traversés, plus ou moins protégés ou exposés, naturels ou bâtis.
Le second élément rencontré, incontournable lui aussi sur ce site fut l’eau. La minoterie du Seuil de Narouze a naturellement construit son moulin sur un cours d’eau, et est de plus située sur une ligne de partage des eaux, à quelques centaine de mètres du canal du Midi et d’un lac artificiel, bassin de rétention construit sous le règne de Louix IV. L’eau est donc elle aussi une constituante des plus importante du site. Elle est d’ailleurs ici exploitée de façon très complexe pour la régulation et l’irrigation des plaines agricoles du Lauragais. De nappes tranquilles et silencieuses en des rigoles ou bassins encaissés, d’ou elle surgit par des boyaux rétrécis, avec un grondement imposant des puissantes basses, l’élément aquatique propose une riche palette de sonorités. Ces nombreuses manifestations la rendent acoustiquement présente quasiment partout sur le site, à différents degrés, pour le bonheur du promeneur écoutant. Un espace tout à fait magique est la salle des turbines, sous la minoterie. On y accède par un escalier escarpé qui nous amène au cœur d’une immense salle où se dressent d’énormes machineries, turbines, tuyaux… décor de science-fiction à la Jules Verne noyé dans un tonnerre aquatique véritablement assourdissant. A la fois un émerveillement mais aussi, paradoxalement, un enfer pour les tympans pour qui s’y attarderaient trop longtemps.
Un des gestes les plus intéressants de ce parcours fut le grand nombre possibles de mixages eau/vent, en jouant sur des approches ou des éloignement progressifs des sources aquatiques, fondus enchaînés auriculaires, laissant plus ou moins de place aux éléments dans leurs équilibres, ou déséquilibres, dans leurs maîtrises ou hésitations aléatoires.
Et enfin le troisième élément à m’accueillir dans ses murs fut la pierre. L’imposante masse de la Minoterie désaffectée, de ses différents corps de bâtiments sur deux étages, traversés de cours d’eau aménagés, avec le moulin, les silos, les habitations, la sale de lavage, les espaces de séchage… Déambuler dans un tel lieu, au volume impressionnant, offre un choix de points de vue et de points d’ouïe qu’il faudrait prendre beaucoup du temps pour en explorer toutes les finesses. Néanmoins, après une écoute rapide, ces espaces sonnent chacun de façon différente, avec plus ou moins de porosité avec l’extérieur. Des escaliers en bois craquent joliment, une salle avec un bassin de lavage présente une acoustique tout à fait remarquable, endroit idéal pour installer temporairement des sons décalés via des craquèlements de céramiques mêlés à des chants d’oiseaux malgaches et à l’échauffement vocale de l’artiste Pascale Goday captée quelques heures plus tôt in situ… Une grande cage-Volière dans le hall d’entrée se comporte, explorée au stéthoscope, comme une incroyable harpe métallique, avec des résonances et des harmoniques que l’on excite de la main, et qui chantent différemment selon les caresses, tapotements ou pincements de ses cloisons en fil de fer. Dehors, on explore le grondement d’une chute d’eau du trop plein « la rigole » alimentant anciennement le moulin. Sans parler de tout ce qui a échappé à mon oreille tant le lieu et vaste et riche…
J’avais au départ imaginé, au vue des photos du site, un parcours essentiellement intérieur, architectural en quelque sorte. Mais c’était compter sans la beauté et la richesse de l’écrin extérieur que je ne pouvait plus, arrivé sur place, ignorer. Le parcours joua donc sur des rapports extérieurs – intérieurs, ce qui nous amena à ressentir sensiblement les espaces les volumes, et leurs ambiances spécifiques, et tous les « sas auditifs transitoires » qui les relient.
La question liée aux rapports de l’écoute in situ et à la prise en compte de l’écologie sonore, à noter que nous étions à la date de la « Word Listening day 2014 », amena à un sympathique débat avec les promeneurs écoutants du jour, dont la propriétaire, qui fut ravie de redécouvrir le site et son propre bâtiment à l’aune de ses oreilles.
Ce parcours fut suivi d’un autre parcours Méta-Opéra « La clé des Dormants », écrit parAlain Joule et interprété en duo avec Pascale Goday. Œuvre protéiforme, alternant jeu instrumental, chant, déambulation, actions, peintures, installations plastiques, projections vidéos et sonores… Cette Clé des Dormant place la communication entre les hommes comme sa problématique centrale. En 10 tableaux écrits dans les murs de la Minoterie, s’y référant, les citant, les magnifiant, le duo d’artistes donne 14 fois la représentation de ce spectacle, chaque fois différent, peaufiné, élargi par notamment la magie des lieux et le travail in situ. Moments magiques, synesthésiques, profondément humains…

Gilles Malatray le bruissement des lieux  -Vidéo d’Alain Joule

Merci Alain et Pascale pour ces très belles rencontres.

http://fightersoftenderness.blogspot.fr/

POINT D’OUÏE – LA SALINE ROYALE D’ARC ET SENANS

Des Arcs et sonnances, paysages sonores rayonnants de la Saline Royale

Depuis plusieurs années, je viens régulièrement sur le site de la Saline, à différentes occasions. Je suis chaque fois plus fasciné que jamais par une sorte de résonance, de halo intangible, que je ne pouvais jusqu’alors, au-delà de la beauté physique du lieu et des choses vécues, m’expliquer vraiment.

Dernièrement, après une énième d’écoute rituelle, nocturne, au centre de la grande pelouse, alors que toute activité s’était progressivement apaisée, j’ai commencé à comprendre comment s’opérait la magie des lieux, celle en tout cas qui me captivait tant. Il me semblait tout d’un coup qu’une porte s’ouvrait entre un moi sensible, réceptif, et le lieu, alors que je me fondais dans un ambiance où l’œil comme l’oreille étaient en parfaite accordance. Je me sentais devenir progressivement un élément symbiotique entre un lieu, ses ambiances et l’écoutant posté que je j’étais. La Saline devenait soudain un grand réflecteur amplificateur sonore, me plaçant dans une focale rayonnante, comme au centre d’une bulle d’énergie sensible. L’effet panoptique m’irradiait, immersion intense où sons et images vous rassemblent en même temps qu’ils vous tirent vers des lignes de forces périphériques, des attirances tantôt centripètes, tantôt centrifuges, plaçant l’oreille au centre de l’écoute, exactement ! 

Le panoptique évoqué n’est pas ici envisagé dans une position d’un œil ou d’une écoute dominante, de la position de celui ou de celle qui voit et entend tout, mais comme un espace focal rayonnant, point de jonction, voire de construction endogène, d’un paysage sensible, et entre autre sonore.

La Saline royale pouvait dés lors, pour moi, trouver cette fascinante cohérence que je pressentais depuis déjà quelques années, pour me proposer un site à arpenter comme un vaste territoire d’écoute rayonnante, chambre d’échos multiples, de déambulations, toutes oreilles ouvertes, théâtre potentiel, à ciel ouvert, d’écoutes, de captations et de créations sonores in situ… Un point d’ouïe niché au sein de l’imposante utopie architecturale de Claude Nicolas Ledoux.

Topophonies, hétérotopies, hétérophonies

Il s’agit dés lors de construire un paysage/territoire sonore rayonnant, partant de la grande pelouse irradiante et de ses surprenants échos, reliant tous les éléments d’une architecture en un site acoustique renforcé. D’ici, du centre de la pelouse, visuellement comme acoustiquement, part une multitude de lignes et de chemins qui nous attirent, ou nous poussent vers l’extérieur… Point de passage focal, convergence  quasi obligée, ce point d’écoute central symbolise, voire matérialise une loupe, une écoute rayonnante, qui nous emmènera vers différents ailleurs acoustiques, du panoramique au détail, de l’intime à l’extime, du dedans au dehors, du visible à l’invisible, de la matérialité à l’imaginaire…

Ces lignes sonores nous conduisent ainsi vers,

l’acoustique des grandes bernes,

des autres bâtiments, intérieurs extérieurs…

vers Les jardins,

vers la grande porte, sas, passage  du dedans vers le dehors,

vers le village

Vers la forêt voisine, pourquoi pas…

Une auscultation hétérotopique nous ramène  néanmoins toujours au centre de la Saline, comme un puissant aimant auriculaire fédérateur.

Chronosonie, uchronie

Le site de jour, de nuit, à différents moments, à différents degrés de sérénité, de bruissonnance ou d’effervescence, à des moments de bascules, d’indécisions… Le site et son histoire cachée, enfouie, des réminiscence historiques, salées, tangibles et invisibles…

Le corps écoutant, au centre d’un paysage sonore panoptique

Saisir, de l’oreille et du magnétophone, les différentes strates sonores intrinsèques du lieu, en tirer des fils du centre vers l’extérieur, et vice et versa, implique une approche physique. Il s’agit de marcher, arpenter, errer, passer d’ici à là, lentement, rapidement, flâner, chercher les fondus, les coupures, les masquages, user le lieu à force d’écoutes, s’en imprégner jusqu’à en faire partie intégrante, s’y fondre comme une particule sonore élémentaire…

On envisage ainsi une multitude de balades, parcours sonores, in situ/out situ… Il nous faut creuser le lieu pour en dénicher la moindre parcelle sonore suceptible d’asseoir une architecture pétrie de pierres et de sons.

http://www.salineroyale.com/

POINTS D’OUÏE – LE SENTIER DES LAUZES

POINTS D’OUÏE

LE SENTIER DES LAUZES

1ère journée, la résistance acoustique des Lauzes

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L’immense plaisir de me poster au cœur d’un Oto Data d’Akio Suzuki, pour moi un très grand maître de l’écoute !

Il est un sentier de randonnée, niché au creux des Monts d’Ardèche que je rêvais depuis longtemps de parcourir, tout au moins d’en découvrir de visu, à bout de pieds, quelques parties. Ce sentier, le Sentier des Lauzes pour le nommer, est un itinéraire de randonnée aménagé, ponctué d’œuvres de différents artistes, dont Akio Suzuki, Gilles Clément, Christian Lapie, Domingo Citsernos…

Invité par Raymond Delepierre, nous partîmes donc, sur deux jours, oreilles et regard à l’affut, en exploration de cette incroyablement belle région, où les points de vue offrent de majestueux débouchés sur des vallées encaissées, des collines escarpés à la végétation méridionale, des sentiers qui nous emmènent de surprises en surprises. Ici la pierre grise, la lauze est reine. Elle est travaillée, assemblée avec un art consommé, pour donner corps à de somptueuses maisons lovées à flanc d’escarpements rocheux, sur le lit de rivières temporairement asséchées, ou sur des promontoires aux vues imprenables. La lauze se décline en d’innombrables murets et pavages qui se fondent dans le paysage pétri de matières minérales où de très vieux volcans se décèlent encore. Il est d’ailleurs très difficile de décrire, pour qui n’y est jamais venu, cette région dessinée autour de la sinueuse rivière de la Drobie

Pour ce qui est de la première journée, si la vue offrait sans retenue moult paysages tous plus enchanteurs les uns que les autres, les sonorités du pays, sans être pauvres, présentaient une certaine résistance à l’oreille. En fait, le paysage sonore n’était pas, a priori, en adéquation avec le paysage visuel. Il était beaucoup plus retenu, discret, intime, presque caché pour une oreille non avertie. Bien sûr, quantité de sources sonores étaient bien présentes, cigales ponctuant l’espace de rythmes presque réguliers et pourtant capricieux, oiseaux, bruissement du vent dans les grands feuillus, voix réverbérées qui montaient de gorges encaissées… L’auricularité du lieu n’était pas, loin de là, indigente. Pour autant, dans une idée de partage d’écoute, je pensais que la mise en place d’un parcours ou d’une promenade sonore, dans la partie où nous étions, était difficile à faire nettement ressentir à un promeneur non initié, non habitué à une écoute profonde, active. D’où mon expression de résistance des lieux qui ne s’offraient pas spontanément à qui les parcouraient, sans une attention très soutenue, une ouverture d’esprit, un état de réception sensorielle presque exacerbé. Sinon, le paysage visuel noierait l’espace sonore de son imposante majesté, ce qui n’était peut-être somme toute pas si grave que cela, tous les éléments d’un paysage ne pouvant pas se montrer ou s’entendre dans un parfait équilibre.

Cette première journée m’a également permis de découvrir de près les sculptures de Christian Lapie (Silence des Lauzes), d’Akio Suzuki, un grand maître de l’écoute (Oto Date) de Domingo Cisneros (Paroles de Lauzes) et de Gilles élément (Belvédère des lichens). Que du bonheur !

2e journée, l’ouverture tympanique des Lauzes

La deuxième journée nous amène dans un splendide village, Dompnac, niché au creux d’une vallée encaissée, à la confluence de trois rivières descendant des collines abruptes, contre lesquelles la petite bourgade et adossée.

Ici, à la différence avec la première partie du sentier que nous avons exploré la veille, tout semble soudainement, à l’oreille en tous cas, s’éclairer, devenir limpide, lisible, presque palpable.

Un coq nous fait découvrir de son fier chant de magnifiques et longues réverbérations portées et entretenues par les collines voisines. Bien que très asséchés dans cette période de grande sécheresse, les ruisseaux animent néanmoins le site à hauteur de deux ponts d’où l’on peut jouer à mixer progressivement les rives droites et gauches par des fondus déterminés via de lents allers-retours entre les deux parapets de pierre. La quasi absence de circulation automobile permet de jouer ainsi sans risques.

Deux belles cloches en campanile de lauzes coiffent l’église attendant de réveiller la vallée de leurs tintements d’airain.

Malgré la chaleur étouffante, des voix s’échappent des maisons où l’on se tient sagement à l’ombre.

Un théâtre de verdure aménagé laisse penser que le site a été prévu pour des représentations de plein-air.

Un banc surplombant la vallée fait office de point d’écoute des plus agréable.

Le site sonne délicatement, très équilibré, véritable entonnoir acoustique qui fait que nous avons l’impression de nous trouver au cœur d’une immense oreille de pierre, construite par le village-même et les collines et vallées environnantes.

Certaines époques, au printemps par exemple, après une période pluvieuse, un orage, doivent voir le site s’animer de bouillonnements et de grondements aquatiques beaucoup plus toniques qu’en cet été caniculaire et desséchant.

Tout ceci n’est pas sans donner des idées désarçonnantes. On envisagerait ici un beau PAS (Parcours Audio Sensible). Tout d’abord un séjour pour ausculter le village de fond en comble, en prélever des sons, les agencer pour une composition sonore qui pourrait être diffusée dans le théâtre de verdure, pour clore par exemple une balade écoute publique. Le site serait également un terrain propice à l’élaboration d’un petit parcours où une signalétique nous inviterait à tester des postures d’écoute, et pour asseoir le parcours, on inaugurerait un point d’ouïe à cartographier et à répertorier dans la liste des petites et grandes merveilles auriculaires naturelles. Il est des lieux qui font rêver l’oreille en même temps que les yeux…

3e journée, ouverture panoramique du belvédère de Beaumont

Nous sommes ici hors du sentier des Lauzes, tout en haut de notre camp de base, dans le très beau village de Beaumont, perché comme son nom l’indique sur une colline dominant un imposant panorama de pierres et de verdure entremêlées.

Un agréable sentier de sous-bois nous amène à la table panoramique de la Croix de la Tourasse d’où nous embrassons du regard quasiment 360°, à un arbre près qui nous cache une petite portion du paysage.

Question – l’oreille jouit-elle du même grandiose effet panoramique que la vue?

Réponse, à priori non, le paysage sonore n’est pas tant s’en faut aussi majestueux et attirant que celui qui s’offre au regard;

Pourtant, en y prêtant attention, le panoramique sonore est bel et bien présent, et qui plus est très riche. Il nous faut pour cela faire l’effort de porter l’oreille au loin, de projeter l’écoute vers les fonds de vallées, les villages, les routes, ne pas se contenter du proche espace acoustique, plus facile à cueillir. Alors on découvre une fine spacialisation sonore où des outils électriques, des sautes de vent chahutant les feuillages, quelques rares voitures, des cigales pointillistes, des chiens au loin, construisent un espace d’écoute qui se plaque délicatement sur le panoramique visuel. Comme pour le premier tronçon du sentier, cette scène acoustique ne se livre qu’avec un peu de patience, d’immobilité, d’attention. Lorsqu’on la découvre, nous prenons ainsi possession d’un immense cercle sonore, que nous écoutons en surplomb, dans une attitude proche de celle convoquée par la « Plateforme des lichens » de Gilles Clément. Le regard et l’oreille dominent, tout en allant pêcher au loin des accroches paysagères reconstituant un vaste théâtre auditif panoramique. Si le paysage visuel est imposant, le sonore lui se fait plus discret, mais reste néanmoins bien présent dans un grand arc de cercle nous positionnant à un focus d’écoutant au centre des sons exactement.

Un grand merci à Raymond Delepierre et Catherine pour m’avoir si gentiment  invité à découvrir tous ces superbes paysages sonores et visuels.

Album photos cliquez ici

http://www.surlesentierdeslauzes.fr/

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POINTS SENSIBLES, DE L’OUÏE ET D’AUTRES SENS

POINTS SENSIBLES, DE L’OUÏE ET D’AUTRES SENS

Hier, avec Nathalie Bou, on expérimente un lieu.
Comment le lire ?
Comment l’écrire, le réécrire ?
Comment le partager ?
Du bout des yeux – le regarder, le dessiner, le photographier, se l’imprimer tout au fond de la rétine…
Du bout des doigts – le toucher, le caresser, l’effleurer, en déceler les matières, les rugusités, les douceurs, le conserver au creux de la main…
Du bout des oreilles – L’écouter, l’ausculter, l’entendre, le ranger dans un recoin du colimasson…
Du bout des pieds, le marcher, l’arpenter, le tracer d’orteils en talons…
Et puis, lui surajouter des couches sensibles, des nappes de couleurs, des flagrances sonores, de minuscules reliefs, ou creux, un signe, une intime calligraphie…
Installer un espace, un parcours, une zone décelable bien que pas forcément déterminée, et encore moins figée, travaux en cours, toujours…
Respecter son fragile équilibre, se contenter d’en souligner délicatement des saillances, les absences, des points de vues, ou d’ouïe, dérouter les sens au gré du vent, de l’arbre, de l’eau, du galet…
Partager, ne pas garder pour soi mais fabriquer une multitude de petits trésors, hors coffre, in situ, offerts à tous vents…
Écrire, tenter de retenir, voire de faire naitre, au fil des mots, ce qui pourrait rester trop intangible, éphémère, paysages partagés…

Album

POINT D’OUÏE – DRÉE EN ÉCOUTE

POINT D’OUÏE – DRÉE EN ÉCOUTE

Inauguration du 1er Point d’ouïe mondial dans le cadre de la World Listening Day 2015 à Drée (21), avec Monsieur le maire Paul Robinat. Événement organisé avec CRANE lab et Desartsonnants, dans le cadre du festival ex-voO

‪#‎WLD2015‬

Drée est un magnifique village de l’Auxois (21) niché dans un vallon. Un petit oasis pour l’écoutant dans un site où l’oreille se sent bien, et où l’on s’entend bien avec son environnement. Il a été le premier site à être officiellement inauguré comme « Point d’ouïe »

Cartographie : Le son d’une promenade sonore ici (cliquez sur le point rouge)

Un texte écrit durant l’arpentage repérage

Après 2H 30 d’arpentage du village de Drée (21), magnifique petite bourgade nichée dans un vallon de l’Auxois, traversée de part en part par un ruisseau serpentent en glougloutant entre de belles maisons de pierre, un beau collectage de sons attends désormais son heure… Dés 7 heures du matin, chaleur oblige, plus le fait que le réveil du village offre de belles perpectives d’écoute matinale, magnétophone en main, je prends le pouls sonore du village. Beaucoup d’oiseaux, hirondelles, passereaux de tous genres, buses chassant majestueusement, inévitables tourterelles, des chiens en colère que je vienne déranger leurs territoires, un extraordinaire fil rouge aquatique offrant une belle collection de glougloutis, un grincement de portail bien sympathique, la cloche de l’église qui vient gentiment secouer l’espace, un bel écho à fland de colline, et un écrin acoustique équilibré offert par ce doux vallon… On s’y sent bien on s’y entends bien… Peu de voix , si ce n’est celle d’artistes (Jesse Graves et Nes Poon) en train de mailler le village de leurs délicats ornements, encore moins de voitures, pour le plaisir de nos oreilles. De placettes en ruelles, de sentes forestières en prairies, le paysage prend forme peu à peu à l’oreille. Nous repérons un point d’ouïe intéressant, c’était un des principaux objectifs de ce repérage. Samedi, nous l’officialiserons publiquement, dans le cadre du festival ex-voO, en l’inaugurant avec Monsieur le Maire, comme le premier marquage d’un large territoire sonore, geste symbolique qui n’aura de cesse de nous rappeller combien de scènes d’écoute, naturelles ou urbaines, peuvent êtres aussi belles que fragiles. Un projet « Points d’ouïe » qui débute ici, dans ce vallon de l’Auxois, en attendant de trouver des échos pour révéler moult autres paysages sonores ici et là…

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Savez vous planter les sons ?

INAUGURATIONS DE POINTS D’OUÏE

Inauguration de sites « Points d’ouïe »

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Il existe une reconnaissance une visibilité, un repérage, un inventaire, parfois une labélisation de sites patrimoniaux, architecturaux, voire naturels (UNESCO). De même, nous trouvons également ici ou là des points de vue repérés, des guides et des cartes, des tables d’orientation, des longue-vues permettant d’appréhender un paysage, un panorama remarquable du regard.
Quid du paysage sonore ?
Pourquoi ne pas repérer, signaler, inventorier un site point d’ouïe comme un espace entendu et reconnu comme tel ?
Pour cela, il convient d’officialiser la démarche, d’inaugurer avec des élus locaux des sites d’écoute, de leurs donner une existence concrète en temps que sites auriculaires. Il nous faut alors couper le ruban symbolique, pour ouvrir le paysage à l’écoute, une action qui, au-delà de son caractère anecdotique, singulière, se pose comme une invitation à prendre notre environnement sonore en compte, dans une approche tout à la fois esthétique, sociale et écologique. L’implication d’élus permet, en amont d’une inauguration symbolique, d’entamer une discussion autour du statut du paysage sonore, de sites à protéger, à valoriser, à penser une sensibilisation vers une écoute aiguisée, qualitative, à rechercher une qualité acoustique des lieux de vie… bref, à une approche où l’écoute est posée comme une posture sensible et écologique.
Au-delà de l’inauguration de points d’ouïe, l’inscription de sites dans une cartographie interactive, via des outils et réseaux internet, prolonge le geste en construisant un maillage d’un vaste territoire sonore mondial, entre la singularité du local et l’universalité de l’écoute partagée.

A lire : Une première à Drée (21)