A oreilles nues ! Les choses étant ce qu’est le son i
Un PAS – Parcours Audio Sensible, façon Desartsonnant(e)s, se fait en à portée d’oreilles, sans autre extension appareillante, prothésante, protubérante…
C’est le choix d’une forme minimaliste, performative, auscultant un monde auriculaire complexe, grouillant de sons, acoustiquement fascinant.
L’imaginaire, le détournement, le décalage, la création sonore, l’installation éphémère, ne seront pas pour autant négligés, et pourront nous donner à entendre des paysages sonores (re)composés, comme il se doit dans une perspective paysagère.
C’est une façon de se connecter, ou de rester connecté aux écosystèmes sans artifices, sobrement, sans dépense énergétique, si ce n’est celle de notre corps et de notre attention, ce qui est déjà beaucoup.
C’est une façon de créer des paysages sonores sans sons rajoutés, ou de façon très minimale, en accord avec l’acoustique des lieux, prônant un équilibre non invasif, la non agression de ses milieux, du vivant…
C’est une immersion convoquant des postures d’écoute physiques, psycho-sensorielles, invitant l’arpenteur écoutant à s’adapter aux sons et aux ambiances paysagères, à y réagir, y improviser des gestes individuels et/ou collectifs non intrusifs.
C’est une façon d’expérimenter la lenteur et les silences habités, de rechercher des aménités apaisantes.
C’est une approche éc(h)osophique, éthique, une forme de récit permettant de (re)lire des espaces acoustiques fragiles, d’y prêter attention, de les faire délicatement sonner, résonner, de s’y retrouver, d’en prendre soin.
Choisir un banc Selon son emplacement, Ce qu’on y entend, Ce qu’on y voit, À ’instinct S’y installer Ne rien faire Laisser venir S’immerger Prêter attention aux sons Ne pas chercher à trop les comprendre Mettre l’écoute en avant Sans la couper de la vue Ni des autres sens Jouir de l’instant présent Considérer le moment comme une partition déroulée Verticale Horizontale En mouvement Multi-timbrale Toute en nuances Imaginer des signes transcripteurs Imaginer des signe sonifiants Noter les si besoin est Des proposition à interprétations Des pistes d’improvisations Ne pas exclure d’être surpris D’être étonné D’être bousculé D’être malmené Expérimenter différentes séquences A différents moments Laisser jouer le Hasard Prendre conscience des plans Tout près A mi-chemin Lointain Saisir les mouvements A droite A gauche Ascendants Descendants Imaginer être happé par ces mouvements Flotter au fil des sons Des vents Des échos Considérer ces gestes comme des propositions Non obligatoires Pouvant être convoquées à discrétion Juxtaposées Superposées Participer à un mixte capricieux. Mettre l’écoute en arrière-plan Ne plus avoir conscience du geste Recommencer plus loin Sur un autre banc A d’autres moments Diurnes Nocturnes Entre chiens et loups Laisser la mémoire des écoutes s’installer Les strates sensibles s’entremêler Des séquences remonter à la surface Constituer un herbier d’ambiances Une cartographie sonore indécise Flottante Une partition à jouer et rejouer Un paysage fantasque Où tout peut se dissoudre Où tout peut se (re)coller Y puiser si besoin matières à composer Se demander l’endroit, le moment, où on se sent bien Ou pas Celui ou ceux qui nous laissent de marbre Faire de ces expériences des jeux de rôle Les proposer à autrui Les partager in situ Construire, inventer ou adapter des règles communes Ou individuelles Échanger Remettre en jeu Collectivement Ou non Se laisser une marge d’incertitude Mais avant tout Prendre du plaisir Inviter des oreilles les nôtres et d’autres encore complices et joueuses.
Marcher en silence A nuit tombée Arpenter les rives d’un fleuve Puis celles d’une rivière Vers sa confluence inéluctable Écouter Les rumeurs de la ville Exacerbées d’obscurité Le nappage au noir Éclaboussé de lumières Et les sons s’y faufilent S’y installent Et s’entendent à merveille Traversée noctambule Une nuit transfigurée D’auricularité en zones d’ombres Contrastes en clair-obscurs Des fêtes rythment nos arpentages Sauvages ou bien sages La nuit à portée d’oreille Nous invitent à marcher Dans la fraîcheur acoustique D’une cité bavarde Même au cœur des ténèbres Qui savent aussi êtres bienveillantes. Invitation à une exploration bruissonnante Tout en nuances et contrastes L’oreille se réjouit Des traversées nocturnes Où la ville murmure Où la ville s’entend Dans les furtivités canailles D’une nuit bien sonnante.
Aujourd’hui, on parle aisément de paysages remarquables, voire fascinants, de sites spectaculaires, protégés, labellisés UNESCO, de classements, d’inventaires photographiques… Quid du paysage sonore ?
Pour avoir tendu mes oreilles et arpenté des médinas, de grandes cathédrales, des cirques montagneux surplombant une vallée, des cours intérieures urbaines, des cloitres, de grands ports maritimes, des forêts, des ruelles, suivi des torrents et des fleuves… les ambiances sonores se déploient comme des livres ouverts à nos oreilles. Des scènes auriculaires qui proposent une multitude d’ambiances et de récits entendables, pour qui sait en débusquer les richesses, en apprécier la diversité souvent dépaysante, par un simple décalage sensoriel, un simple « prêter attention », par le fait de tendre l’oreille. Accepter d’être surpris, voire bouleversé par la construction sensible d’un paysage sonore singulier, à la fois collectif et intimement personnel, au rythme de ses pas, des silences et d’une lenteur assumée, c’est entrer dans le monde de l’écoute de façon respectueuse. Une posture qui nous immerge sensoriellement sans modifier radicalement les caractéristiques paysagères, ni asservir les milieux traversés à nos envies d’une main-mise autoritaire, tendant à un tourisme vendeur et profitable. Gageons ici que les paysages auriculaires seront préservés de la surenchère touristique maltraitante envers des paysages visuels et leurs habitants, par le simple fait de leur immatérialité et d’une certaine instabilité les rendant plus difficiles à cerner et donc à appréhender. Sans compter la prédominance « naturelle » du visuel dans nos cultures européennes.
L’aménagement global du territoire, la métropolisation galopante, le développement des moyens de transport, l’extraction massive de ressources naturelles, sont autant de facteurs, parmi d’autres, qui menacent l’équilibre de nos paysages auriculaires. Il convient donc d’en repérer les richesses, d’en préserver certains, un maximum, des intrusions assourdissantes, de ménager des espaces calmes, où il fait bon entendre, et s’entendre. Au-delà du plaisir esthétique, affectif, une vision, ou plutôt une audition écologique, voire écosophique, dans ses approches éthiques, est nécessaire pour échapper au grand fracas tonitruant. Nous en revenons donc à la nécessité de prendre en compte les paysages auriculaires, en même temps que ceux visuels, en les frottant les uns aux autres comme des ambiances étroitement entrelacées. Je ne parlerais pas ici, par inexpérience, des paysages olfactifs, gustatifs, haptiques, et de tout ce qui contribue à faire sens, dans toute la polysémie du terme, dans nos cheminements et cohabitations au quotidien. Nos corps interagissants doivent être regardants, touchants, mais aussi écoutants, avec un travail à effectuer pour prendre conscience des richesses, mais aussi des fragilités, voire périls, de nos milieux de vie. Prendre conscience également du potentiel dont nous disposons physiquement et mentalement, pour ressentir plus profondément tous les stimuli qui nous font « être au monde », dans tous les sens du terme. Le paysage auriculaire nous montre souvent les paupérisations, parmi d’autres indices révélateurs et inquiétants de notre précarité environnementale. Les paysages à portée d’oreille font patrimoine, richesses, mais aussi contribuent à maintenir des cadres de vie soutenables. Les arpenter en les écoutant, corps et oreilles engagées, les repérer comme espaces de vie sociale partageables, si ce n’est confortables, sont des engagements à mon avis nécessaires autant qu’urgents.
Les projets culturels de territoire, l’éducation populaire, culturelle et artistique, l’enseignement dans son intégralité, le travail croisé entre artistes, institutions, collectivités territoriales, chercheurs et spécialistes de l’acoustique environnementale, de la bio et écoacoustique, du tourisme, du développement économique, des aménageurs architectes, urbanistes, paysagistes… sont des leviers certes compliqués à mettre en place, mais opérationnels dans leurs collaborations à moyen et long terme. A bon entendeur, salut, ou tout au moins des perspectives de préserver des milieux de vie qui ne soient pas que bruit et fureur.
Desartsonnants est un artiste marcheur, paysagiste sonore, arpenteur écoutant. Il travaille autour du paysage sonore, notamment via des parcours d’écoute (PAS-Parcours Audio Sensibles), des installations mobiles et concerts environnementaux… Le projet PIC (Paysages Improvisations Concerts), les inaugurations (officielles) de points d’ouïe, les parcours sonores, font partie de sa démarche, entre esthétique, sociabilité auriculaire et écologie/écosophie.
Tout cela pour tenter de répondre à une simple question : Et avec ta ville, ton village, ta forêt, ta rivière… comment tu t’entends ?
Ces derniers mois, le projet « Bassins versants l’oreille fluante » m’a fait longer et d’écouter moult cours d’eau, petits et grands, bouillonnants ou étales. Je les ai auscultés de près et de loin, en mouvement ou en mode point d’ouïe, statique. Je les ai enregistrés, annotés, renseignés, mis en mémoire… J’en ai tripatouillé les matières sonores liquides et les ai recomposées, rediffusées et installées ici et là, à ma façon, l’imaginaire compris.
Et au final, ce qui m’intéresse tout particulièrement aujourd’hui, c’est la façon , y compris et surtout physique, dont je les écoute, les entend, les donne à entendre… Entre finalités écoutantes et gestes situés, un chantier d’observation atour d’auricularités partagées se dessine, ou se poursuit, se creuse. Pour amorcer l’action et la réflexion, je parts de mes propres expériences, mais aussi des échanges et observations de groupes d’écoutants et écoutantes, confrontés aux terrains et sites acoustiques investigués.
Comment suis-je arrivé à l’eau, physiquement ? Quels trajets et lieux j’ai choisis ? Seul ou en groupe ? Où me suis-je arrêté, posé ? Les postures d’écoute, assis, allongés, yeux fermés, en marche… ? les temporalités, allures, rythmes et durées ? Qu’en ai-je enregistré, retenu, souligné ? Quelles sources (sonores) m’ont frappées, attentionnées ? La place de l’arpentage in situ ? Quelles ambiances j’ai appréciées, ignorées, ou détestées ? Des écoutes appareillées, à oreilles nues, mixtes ? Quels « silences » ont surgis ? Quels affects, ressentis, émotions ? Pourquoi et comment (vastes questions ) ? Des situations immersives, ou distanciées ? Quelles intentions, envies et projets à venir ? Des approches de terrain en mode recherche-action/création, de l’indiscipline ? Des traces, productions, médiations ? Des outils contextualisés à développer, des médias à mettre en place ? Des réseaux à activer, développer ? Des approches et visées pédagogiques, des supports, des outils d’apprentissages émancipateurs, de la recherche via l’éducation populaire ?
En fait, je tenter de décortiquer et d’appréhender de façon pragmatique, au moins autant, si ce n’est plus, le geste d’écoute, la posture de l’écoutant et de l’écoutante, que la chose écoutée (ici les territoires liquides, les voies et voix d’eaux), sans pour cela en ignorer leurs qualités esthétiques, environnementales, sociétales…
Le chantier est plus vaste et complexe qu’il n’y parait de prime abord, mais c’est ce qui rend ses enjeux et perspectives passionnantes, autant qu’ incertaines…
La recherche documentaire, la médiation autour de pratiques culturelles, artistiques, scientifiques, celle du monde sonore par exemple, la veille informatique… sont des champs d’exploration passionnants, éminemment chronophages et quasi obsessionnels.
On y met un doigt, et la vertigineuse aventure de recherche nous happe corps et bien. On y tisse des relations inouïes, entre musique, son, environnement, architecture, psychologie, sciences sociales, cognition, technologie, langage, philosophie, géopolitique, communication, physiologie, perception, écologie, média, éducation, paysage, géographie… Le temps des encyclopédistes révolu, l’exhaustivité n’étant pas de ce monde Oh combien frénétique, les connaissances se dérobent au fil des découvertes, ce qui rend la frustration presque réjouissante, autant que vertigineuse.
On plonge dans le monde des sound studies où la chose sonore, son écoute, ses ses pratiques, approches indisciplinées, connectent des champs de recherche-action trop souvent cloisonnés. Un quête insatiable qui nous donne sans doute à écouter autre chose, entre les lignes, et au final autrement.
PAS- Parcours Audio Sensible à la Romieu (Fr) – Co-curation des Rencontre Internationales Made of Walking 2017
Dans mon projet d’écoutant, j’ai des envies récurrentes. Parmi celle-ci, figure le fait de révéler les singularités des des ambiances et espaces acoustiques, qu’ils soient urbains ou « naturels », de jouer avec, de les faire sonner, de les partager… Tout ceci en les respectant, sans les bruitaliser, avec bienveillance, et parfois-même en silence.
Parcours Conf’errances, récits, échanges, lectures, mini-installations situées, éphémères, discrètes, jeux instrumentaux, improvisations in situ, inaugurations de points d’ouïe, écritures et croisements indisciplinés…
Si ce projet vous inspire, voyons comment le faire vivre ensemble !
Sans doute, les habitués du macadam auront reconnu dans cette liste un brin inventaire à la Prévert, des artistes et troupes de ce que l’on nommait autrefois théâtre de rue, aujourd’hui arts de la rue et régulièrement arts en espace public. Mais qu’ont donc en commun ces artistes, compagnies, aux styles très différents ? Sans doute aurez-vous pensé que la chose sonore n’est pas étrangère à l’affaire, et vous avez parfaitement raison. Paroles, musiques, créations sonores, mises en écoute, façons de faire sonner l’espace, de donner à entendre des histoires drôles, noires, intimes ou spectaculaires, les arts de la rue ont su trouver des formes de langages ad hoc, dans des lieux bien sonnants, et souvent bien sonnés. Entre parades démesurées, interventions bruitistes post rock, fanfares déjantées, harangues foraines ou récits intimes, de proximité, beaucoup de spectacles ont réchauffé mes oreilles, de places en rues, et disons-le m’ont fait aimer plus que jamais le fait de jouer avec les lieux, hors-les murs, à l’air libre. Il y aurait sans doute encore beaucoup à dire, et à faire, autour de la création sonore en espace public, même si, il y a quelques années déjà, un numéro spécial de Rue de la Folie s’y est penché, ainsi qu’Anne Gonon dans son essai « Tout ouïe ». Des croisements entre des formes hybrides, déambulantes ou non, à voies nues, amplifiées, spatialisées, des réflexions sur les façons de discourir, d’écrire par ou avec les sons, sur leur force émotive sans forcément la barrière scénique, l’héritage des sons de la rue, ou à la rue, est encore à creuser. Lorsque Clément Janequin mettait en musique les cris de Paris, que Molière déplaçait ses tréteaux, et qu’ Oposito débaroule en Transhumance sauvage, à grands sons de tonneaux métalliques frappés et roulés et de rock fiévreux, l’espace public devient un champ d’écoute et d’expérience sonore sans pareil. On y installe des écoutes qui se frottent directement aux espaces de la ville, de la banlieue, et même des forêts profondes, et surtout aux territoires où se jouent parfois des sociabilités complexes. Le fait d’aller au contact des habitants, dont beaucoup n’oseront jamais franchir la porte d’un théâtre, est une richesse qu’ont su développer les arts de la rue, même s’il faut toujours lutter contre les tentatives d’instrumentalisation politique, et aujourd’hui les contraintes sécuritaires de plus en plus liberticides. Porter et partager le son hors-les-murs, quelque soit le discours et les formes, reste une aventure passionnante, même régulièrement en silence en ce qui me concerne.
Faire œuvre, ce n’est pas forcément installer une trace tangible, durable, parfois spectaculaire…
C’est aussi marcher, se poser, écouter, raconter, partager des perceptions fugaces, immatérielles, sensibles, fortement ancrées dans la mémoire du geste, du corps, de l’espace, des lieux de rencontres, de partage…
C’est construire des traces où l’imaginaire s’invite pour essaimer sobrement des histoires amènes, à la fois situées et vagabondes, intemporelles et actuelles, singulières et universelles, intimes et collectives.
Les écoutes installées, points d’ouïe et paysages auriculaires révélés, nous invitent à partager des gestes simples, éphémères, nomades, quiets, nous reliant tant aux cités mégapoles qu’aux forêts profondes.
Existe t-il une forme d’urbex auriculaire, une archéologie excavatrice du sonore, une exploration auditive plus ou moins sauvage, un brin fantastique ?
Qu’est-ce que la nuit nous raconte, nous susurre au creux de l’oreille ?
Pouvons-nous installer des écoutes de lieux fantomatiques, où l’on pourrait entendre, percevoir, des réminiscences acoustiques enfouies dans les strates de l’histoire, de la mémoire, des murs et ruines, des machines abandonnées et autres vestiges architecturaux… ?
Pouvons-nous conter, raconter, broder, les ambiances sonores disparues, ensevelies ?
Pouvons-nous donner à imaginer, sans autre artifice que nos oreilles propres, les sons du passé, ceux qui, envers et contre tout, résistent à l’usure du temps, quitte à se réinventer au gré des abandons, destructions, reconstructions, marches écoutantes … ?
Inspirations:
« Elle longe la gare monumentale fermée depuis plus de vingt ans, sans même un regard pour ce bâtiment fantôme naguère chargé de tant d’ambitions qu’il semble annoncer qu’il restera debout quoi qu’il arrive. Le vent qui s’y engouffre et siffle à l’intérieur ne ressasse plus rien depuis longtemps, il ne transporte ni les adieux, ni les mots d’amour, ni les serments prononcés sur un quai. Il brasse le vide, la violence et les démentis du présent comme du passé. Les mots s’en sont allés avec les gens. » Judith Perrignon, Là où nous dansions (2021)
Ces questions Desartsonnantes sont également irriguées de souvenirs, nocturnes, déambulants, dépaysants… Ceux par exemple d’explorations nocturnes dans le quartier des Ardoines, à Vitry/Seine, longeant une ancienne centrale thermique à charbon, et d’autres arpentages sonores aux abords de Charleroi, dans ses gigantesques friches industrielles… Tous ces tuyaux, turbines, cheminées, obscures machineries tout droit sorties de l’imaginaire de Jules Verne, François Schuiten, semblant soupirer, ronronner, grogner, grincer, gémir… à qui sait les entendre.
@Gare au théâtre, PAS Desartsonnants nocturne en Ardoinais – Frictions urbaines@Zoé Tabourdiot – Transcutures City Sonic – Desartsonnants – Exploration nocturne Charleroi.
De retour de résidence artistique, de nouvelles expériences de paysages sonores au fil de l’eau, de la mat!ère sonore, textuelle, imagée, à trier, agencer, à construire comme objets de traces récits immersifs. Tout cela irrigué de belles rencontres, des échanges, la découverte de sites magnifiques, des eaux généreuses, des discussions où écoute et cuisine travaillent à de subtiles réductions, des expériences collectives pour agencer, improviser en live des paysages sonores singuliers…
Au fil des résidence, le paysage sonore dans tous ses états prends du poids, de la consistance, de l’hétérogénéité en même temps que de la cohérence. Il permet la rencontre, la remise en question de nos rapports au monde, la recherche de beautés tant esthétiques qu’humaines, qui nous feront, dans l’idéal et écoute aidant, mieux vivre ensemble. Écouter est un geste de partage, où il nous faut assumer notre modeste place dans des espaces habitables, sociétaux, de plus en plus fragiles et menacés. Construire des paysages sonores comme des communs écosophiques, humanistes, est une façon de défendre des valeurs humaines qui nous font trop souvent cruellement défaut.
Merci à cette belle équipe, et tout particulièrement à Arnaud Laurens et Jean-Michel Ponty, à la municipalité de Montbron et à sa Médiathèque, au public aux écoutes attentives et échanges stimulants, pour cette riche ouverture culturelle à portée d’oreille.
Ces jours-ci, j’ai promené mes oreilles sur les rives de la Tardoire, belle rivière dans des écrins ripisylvestres verdoyants, au sud de la Charente et aux portes du Périgord.
Le cours d’eau charrie fort, irrigué quasi quotidiennement de vivaces averses printanières.
Il est au meilleur de sa forme, y compris à l’écoute !
Ce dévalement fluant, presque ensauvagé, me fait un bien fou.
Après, et pendant une période agitée, voire parfois compliquée, ce bain de nature ondoyante, liquide, recharge mes batteries, m’apaise, et me fait rentrer de repérages pédestres bien fourbu, mais rassasié, nourri de sonorités toniques.
Ici, la vue, l’oreille, mais aussi le nez, émoustillé d’odeurs d’herbe mouillée, de fleurs naissantes, de terres humides, offrent un univers sensible d’une incroyable richesse, entre puissance et subtilité, contrebalançant un instant la fureur des folies climatiques, sociétales et guerrières.
Les arpentages, à l’affut d’ambiances sonores aquatiques, exacerbent des sensations qui varient subtilement au détour du chemin, à la rencontre d’un bief, des roues à aubes grinçantes d’un moulin, d’un remous sur des pierres-barrières-récifs, toute une histoire fluant à portée d’oreille.
C’est une énergie rassérénante qui m’enveloppe et me porte au fil des ondes, des chemins creux et des rivages enherbés…
Un parcours aqua-sensible, qu’il me tarde de partager par une rencontre avec les habitants, des agencements sonores concertants et un PAS – Parcours Audio sensible en marche écoutante.
D’autres sons, mots, images en découleront en aval.
En arpentant et en auscultant la Tardoire, à Montbron, je réfléchis aux façon dont un cours d’eau relie les hommes au territoire, à la nature, aux écosystèmes, aux animaux… Et inversement.
Paysages, moulins, pêche, sport, géologie, préhistoire, arts et culture, histoire, architecture et aménagements, tourisme, crues et tarissements, industries, patrimoine, écologie, faune et flore,mémoire(s), agriculture, gestion des eaux, hydrologie et bassins versants, identités sonores… comment le paysage auriculaire aquatique nous connecte t-il , ou non, et surtout nous implique t-il, parfois non sans heurts et sans dommages, à nos habitats partagés, à nos milieux de vie ?
Dans le cadre d’une résidence création accueillie par oTo – Ouvroir des Territoires de l’ouïe – Field recording aqua-sonique, rencontre publique autour de l’écoute paysagère, PAS – Parcours Audio Sensible « L’eau traversante », concert-performance- improvisation en trio (instruments, électroniques et son paysagers), écriture sonore et multimédia…
Les voix du Bréda – PAS – Parcours Audio Sensible – Musée d’Allevard (38)
Imaginons que les rivières, les ruisseaux et torrents, aient des oreilles…
Imaginons qu’ils écoutent et gardent en mémoire tout ce qu’ils entendent en traversant de vastes territoires, dévalant les montagnes, lorsqu’ils affluent et confluent…
Imaginons que leurs voix nous racontent mille et un récits irrigués de leurs cheminements in-fluants,…
Imaginons que nous les recueillons, et qu’à notre tour, nous les racontions, au gré de nos imaginaires, de nos déambulations, et de nos rencontres.
Ausculter les eaux – PAS – Parcours Audio Sensible – Grand Parc de Miribel Jonage (69
L’écoute suit son cours, ou plutôt ses cours, elle m’y entraine, irrésistiblement.
Elle draine et galvanise mes envies, mes projets, mes chantiers, mes rêves, accompagne mes désillusions aussi…
Elle m’amène de nuit, dans les nocturnes urbains, forestiers, montagnards, et des ailleurs obscurs,
Elle me fait suivre les cours d’eau, entendre la voix des lacs et des rivières, des mers et des étangs, leurs forces et leurs fragilités.
Elle ausculte les interstices, les lisières du dedans/dehors, les écoutes confinées, celles des prisons, centres d’accueil, hôpitaux, des lieux aux publics empêchés. Elle est celle par qui les sons ouvrent des portes, élargissent des chambres et des cellules étroites…
Elle a toujours envie de me faire raconter ce que l’œil ne saurait dire.
Elle me saisit par l’oreille et me prend aux tripes, en auditeur conquis, et complètement accro.
La radio est pour moi un de ses univers, qui charrie mille histoires audibles, où le son est aussi chargé de sens et d’imaginaire que la plus belle littérature, image, danse…
J’ai fait de l’écoute une amie bienveillante, comme une arme absolue, pour contrecarrer la violence du monde, sans me voiler la face, ni me boucher l’oreille.
Et chaque jour, je replonge mon écoute obstinée, entêtée, dans le bouillon de la vie. Chaque jour, je me construis de nouvelles auricularités, en espérant qu’elles voyagent d’oreille en oreille, qu’elle y trouve des résonances et échos.
L’écoute suit son cours, dans un monde bruissonnant, voire parfois beaucoup plus, voire parfois beaucoup trop.
Elle me plonge dans le chaos du monde, souvent sans concessions.
Et quand elle fait défaut, le risque majeur est que le grondement s’amplifie, que la violence s’installe, qu’elle envahisse tout, m’assourdisse impuissant.
L’écoute me donne à entendre les plus belles comme les plus épouvantables choses. J’essaie de faire en sorte qu’elle désamorce un tant soit peu les secondes, à mon oreille défendante.
En réfléchissant sur des orientations possibles, issues d’un séminaire autour des « Rythmologies« , je repensais à cette phrase inscrite dans un texte d’intention : Réfléchir à « l’eurythmie », « beauté harmonieuse résultant d’un agencement heureux et équilibré, de lignes, de formes, de gestes ou de sons » définition CNRTL.
Mais aussi à celle-ci « … y compris pour un séminaire Rythmologies, entre flux et scansions, arts, sciences et philosophie… »
Construire des formes esthétiquement, socialement, éthiquement, équilibrées, notamment via des gestes et des sons. Des gestes liés au monde sonore, des gestes d’écoute, par lesquels les constructions s’amorceront à mon échelle, via des recherches et expérimentations d’un paysagiste sonore, musicien et promeneur écoutant.
Mettre une oreille exercée, aguerrie à l’écoute, au service d’un projet tissé d’interdisciplinarités, est un chantier stimulant.
Arpenter les territoires, les ausculter, en convoquant des approches croisées, des méthodes et processus décloisonnés, c’est faire du terrain, de l’in situ, un laboratoire à l’épreuve du pragmatisme in discipliné.
J’ai déjà, dans un précédent article, tenter de lister quelques axes de l’indisciplinaire, liés au(x) geste(s) d’écoute(s) et à l’action de marches écoutantes, aux expériences de terrain.
Ils me sont apparus comme évidents. J’en rappellerai ici quelques uns :
Artistique, esthétique, capturer, écrire, composer, installer, diffuser, donner à entendre des paysages sonores inouïs, inspirants, apaisés
Sociabilités, bien s’entendre, mieux s’entendre, développer une écoute participative, humaniste et relationnelle, des paysages sonores Dedans/dehors avec des publics empêchés, des liens entre les écoutants et leurs éc(h)osystèmes
Pédagogie, transmettre, militer et réfléchir, par des conférences, ateliers, formations, tables rondes, groupes de travail
Mobilités douces, marcher collectivement sur des sentiers d’écoute urbains, périurbains, campagnards et ailleurs, écrire et tracer des parcours auriculaires sensibles, partagés, accessibles à tous
Tourisme culturel, valoriser les cultures auriculaires de proximité, les paysages sonores et points d’ouïe remarquables, patrimoniaux, une culture de la belle écoute paysagère. Préserver des territoires d’un tourisme de masse .
Urbanisme, aménagement du territoire, construire et aménager avec les sons, architectures sonores, une géographie sensible et des ambiances acoustiques
Droits, réglementation et législation, s’inscrire dans le principe des droits culturels, combiner approches législatives, réglementaires et approches qualitatives, sensibles
Temporalités, rythmicités, jouer des alternances jour/nuit, du rythme des saisons, des activités périodiques, événementielles, récurrentes, ponctuelles, des continuum et cassures, flux, fondues et scansions
Économie, conjuguer différentes formes d’ économies, tant financières que dans la sobriété et l’intelligence des moyens et dispositifs mis en place
Écritures plurielles, faire trace et élaborer des outils via des carnets d’écoute, des approches transmédiales, documents descriptifs, témoignages, médiation, préconisations
Recherche, travailler sur des ambiances urbaines, ou non, la rythmologie, les arts sonores environnementaux, des pédagogies innovantes, la mémoire et le patrimoine sonores, les sociabilités auriculaires, les croisements quantitatifs/qualitatifs, normatifs/sensibles…
Pluridisciplinarité, indisciplinarité, développer des Sound Studies, les projets arts/sciences, arts/action/création, penser les territoires via une culture sonore à la fois commune et singulière, faire se rencontrer différents champs de recherches appliquées, de recherches action
Hybridation, favoriser le croisement de toutes ces approches, le tissage de pratiques, des connaissances, des pensées et savoir-faire…
Ces approches, ces axes, n’étant bien évidemment pas exhaustifs, ni hiérarchisés en termes de de priorité ou d’efficacité. Nombre d’autres eux peuvent se dessiner, s’expérimenter, s’affiner, au fil des écoutes, de leurs formats, objectifs, dispositifs, mobilités, contextes, rythmes et temporalités…
Pour revenir à une recherche eurythmique, qui porte en elle un désir d’équilibre, de stabilité, de beauté, d’harmonie, en réponse à un monde incertain et parfois anxiogène, je remets en question le statut-même de l’écoute, de la marche écoutante, comme des façons d’être connecté et réactif au monde, aux territoires (co)habités.
L’eurythmie, comme la protopie*, sont des réponses plus positives que celles des utopies ou des dystopies, face à des situations si complexes, qu’elles en sont parfois démotivantes.
Devant ces complexités inquiétantes, il nous faut croiser les savoir-faire, les compétences, les idéaux peut-être, pour ne pas se sentir trop isolé, impuissant, une forme de résistance à construire et consolider sur le terrain.
Marcher, écouter, prendre le temps de faire, dépasse la rêverie d’un Eden potentiel, d’un âge d’or à retrouver, c’est prendre la mesure d’enjeux vitaux, avec leurs possibles comme leurs limites, leurs aménités et leurs difficultés.
Je prendrai ici un exemple pour moi d’actualité. Je m’appuierai ici sur le fait d’écouter le flux et les tourbillons d’un fleuve ou d’un ru, qui me questionne autant sur des équilibres esthétiques, nourriciers, que sur une mémoire toujours en chantier, une existence fragile, frottée à des accélérations de tous bords. Croiser sur ces cheminements aquatiques, liquides, mouvants, des hydrologues, navigateurs, pêcheurs, marcheurs écoutants, riverains, poètes, danseurs… c’est penser une eurythmie portant attention et soin à des territoires fragiles, à des habitants et passants de tous genres.
L’approche rythmologique indisciplinée, eurythmique, autant que faire ce peut, n’apporte pas de réponses parfaites, pas de solutions clé en main. Cependant, elle permet de mutualiser des compétences, affinités, voire militances. Voyons là des projets partagés, qui se renforceront en se frottant les uns aux autres, aux réalités du terrain, comme à celles de l’imaginaire collectif.
Poser une oreille curieuse et impliquée sur le monde, sur nos lieux de vie, pour construire de nouveaux espaces d’écoute(s), découvrir les points d’ouïe singuliers, développer les interconnections et sociabilités auriculaires, c’est avant tout travailler sur les transdisciplinarités, voire indisciplinarités de nos territoires, y compris auditifs.
Les arts sonores, aux croisements de multiples genres et pratiques, musiques et sons, installations plastiques multimédia, arts-performances, univers numériques et mondes virtuels… nous ont appris à poser de nouvelles écoutes, fabriquant des espaces-temps inouïs, où la notion de paysage (sonore) prend toute sa place. Les postures d’écoute, l’immersion (physique, mentale, technologique…), les processus nomades, les matériaux sonores in situ, les récits croisant différents dispositifs et mises en situation, font que les arts sonores sont aujourd’hui des moyens de paysager des espaces de sociabilité écoutante inédits, pour ne pas dire inouïs. Entre festivals, centres culturels, régulièrement, si ce n’est principalement hors-les-murs, les créations, des plus Hi-Tech aux plus sobres, se frottent aux villes, forêts, espaces aquatiques, architecturaux… pour jouer avec des acoustiques révélées, parfois chahutées, ou magnifiées. Nous (re)découvrons des lieux mille fois traversés, par des formes d’arpentages sensibles, où le corps entier se fait écoutant, résonnant, plongé dans des espaces sonores à la fois familiers et dépaysants. L’écologie, si ce n’est l’écosophie se croisent activement, partagent leurs utopies, dystopies, protopies, et autres récits en construction, au niveau des territoires écoutés, et des arpenteurs écoutants.
L’ aménagement du territoire, avec l’urbanisation, la gestion des espaces ruraux, « naturels », les contraintes économiques, sociales, écologiques, les bassins d’activités et les populations y résidant, y travaillant… sont questionnés par de nouvelles pratiques auriculaires, évoquées précédemment. Aux lectures de paysages, plans d’urbanisation, projets architecturaux, approches de tourismes culturels raisonnés… le croisement, les hybridations arts./cultures/aménagements, ont tout intérêt à être pensés et mis en œuvre en amont de projets territoriaux. Les parcours sonores, créations issues de field recording (enregistrements sonores de terrain) et autres formes hybrides, invitent à (re)penser des espaces où le son n’est pas que nuisance, ni objets esthétiques hors-sol. Il participe à une façon de travailler les contraintes du territoire, en prenant en compte les critères quantitatifs, qualitatifs, les approches techniciennes, humaines, le normatif et le sensible…
Le politique, le chercheur, l’aménageur, l’artiste, le citoyen résidant, travaillant, se divertissant… doivent se concerter pour envisager, si ce n’est mettre en place des actions en vue de préserver et d ‘aménager des espaces vivables, habitables, en toute bonne entente. Zones calmes et ilots de fraicheur conjugués, mobilités douce, espaces apaisés et conviviaux, pensés via des offres culturelles et artistiques, au sein de projets de construction, de réhabilitation, sont autant d’outils et de créations prometteurs. Certes, ces approches ne résoudront pas tous les problèmes, mais ils contribueront à créer des endroits où mieux vivre, mieux s’entendre, mieux échanger, en résistance à toutes les tensions sociétales, climatiques, politiques, environnementales…
Aujourd’hui, j’ai la chance de participer à des projets, certes encore marginaux, où le son, l’écoute, sont considérés comme des éléments à prendre en compte pour le mieux-vivre, où une « belle écoute » est convoquée comme une forme de commun auriculaire partageable. Entre les arts du son, du temps et de l’espace, ma pratique d’écoutant paysagiste sonore, et les gestes d’aménageurs, des espaces de croisements sont possibles, si ce n’est nécessaires, et ce malgré toutes les contraintes administratives, économiques, politiques…
Il nous faut encore et toujours provoquer les rencontres indisciplinées, installer des débats, mettre en commun les réflexions et savoir-faire de chacun, que ce soit sur un événement artistique, projet culturel, concertation autour d’aménagements urbains, ou milieux ruraux…
Il nous faut encore penser et construire ensemble, artistes, aménageurs, résidents… des aménités auriculaires, des poches de résistances apaisées, des oasis sensoriels, des espaces reliants, y compris par l’oreille.
ECOLOGIAS DE LA ESCUCHA es un programa organizado desde el area de educación de La Casa Encendida, con talleres presenciales (en Madrid) y talleres-encuentros online a través de zoom que tendrán lugar durante 2024 )))
El ciclo de sesiones online reune las voces de diez artistas, investigadoras y pensadoras desde Argentina, Costa Rica, México, Portugal y España.
Participantes: Gabriela De Mola y Belén Alfaro (Dobra Robota Editora), Eloisa Matheu, Susana Jiménez Carmona, Raquel Castro, Clara de Asís, Luz María Sanchez, Marina Hervás, Carmen Pardo, Susan Campos Fonseca, Juan Carlos Blancas, Sergio Luque, Jesus Jara López, Pablo Sanz
Las actividades funcionan por inscripción directa a través de la web y se pueden reservar individualmente (plazas limitadas).
ÉCOLOGIE DE L’ÉCOUTE est un programme organisé depuis la zone éducative de La Casa Encendda, avec des ateliers en présentiel (à Madrid) et des ateliers-rencontres en ligne via zoom qui auront lieu en 2024.))
Le cycle de sessions en ligne rassemble les voix de dix artistes, chercheurs et penseurs d’Argentine, du Costa Rica, du Mexique, du Portugal et d’Espagne.
Participants : Gabriela De Mola et Belen Alfaro (Dobra Robota Editora), Eloisa Matheu, Susana Jiménez Carmona, Raquel Castro, Clara de Assis, Luz Maria Sanchez, Marina Hervás, Carmen Pardo, Susan Campos Fonseca, Juan Carlos Blancas, Sergio Luque, Jesus Jara López, Pablo Sanz
Les activités fonctionnent par inscription directe via le web et peuvent être réservées individuellement (places limitées).
Une des problématiques qui me questionne régulièrement, c’est le fait de confronter l’écoute, le paysage sonore, surtout dans ses versants écosophiques, à la création audio en règle générale.
Comment l’expérience d’écoute, dans le vaste champs des « arts sonores » soulève t-elle la question écologique, à laquelle je préfère d’ailleurs l’approche écosophique, médiatisant des actions de terrain, voire favorisant, dans une approche indisciplinaire, la recherche de perspectives et de projets alternatifs respectueux et éthiques ?
Et dans un autre sens, comment l’approche paysagère sensible, auriculaire, émule -t-elle une démarche créative, esthétique, soucieuse de préserver et de défendre des territoires sensibles Oh combien fragiles ?
Au final, par quel biais, quelles hybridations,(mé) tissages, la création sonore et les recherches bâties autour d’approches écosophiques, s’auto-alimentent-elles, via des interactions les plus efficientes et fécondes que possible ?
C’est un chantier complexe, qui peine à rassembler des acteurs ayant chacun des intérêts parfois divergents, des pratiques a priori fort différentes, mais qui je pense vaut le coup d’être mis en branle, même à des échelles locales modestes. C’est sans doute pour moi par cette recherche de terrain, que l’approche d’une écosophie de l’écoute, plutôt qu’une écologie sonore essentiellement environnementaliste, prend tout sons sens, y compris dans ses propres incertitudes.
Je reviendrai prochainement sur l’analyse de quelques approches pratiques, in situ, contextualisées (jeux d’écoutes partagées, marches écoutantes, équipes d’aménageurs pluridisciplinaires, observatoires de territoires sonores, médiation dans différents terrains/événements artistiques et socio-culturels, projets éducatifs et artistiques…) qui conforteraient et activeraient cette approche audio-écosophique.
Le paysage est aussi sonore, en tout cas fondamentalement multisensoriel. iI s’écoute autant qu’il se regarde, se touche, se sent, se ressent… Le sonore est aussi paysage, au sens large du terme, comme territoire sensible, espace de représentation, d’aménagements, de sociabilité… Il s’entend et se construit (aussi) par et pour les oreilles, individuellement et collectivement. Le sonore est une résultante physique, acoustique, perceptible, de différentes façons à à différentes échelles, selon les « écoutants ». Ces perceptions acoustiques sont relatives, souvent conséquentielles au vivant, mais également au non vivant. Le paysage sonore polymorphe peut être porteur de mémoires, de patrimoines, matériels et immatériels… On peut donc l’appréhender sous différents axes, de façon transdisciplinaire, si ce est indisciplinaire. L’expérience du paysage se fait par le corps confronté aux ambiances sonores, corps sensible, plurisensoriel, voire corps sentient. Sans écoute, le paysage sonore n’existe pas, en tout cas pas en terme de paysage.
Cartes postales sonores installées dans les arbres. Montage réalisé par Gilles Malatray. Restitution d’unprojet d’éducation artistique et culturelle proposé aux enfants des écoles et centres de loisirs du Libournais qui ont pu mener une traversée sonore, artistique et littéraire du monde sylvestre. Après l’écoute et l’enregistrement des bruits de la forêt de la Double avec Gilles Malatray -paysagiste sonore-, les enfants ont traduit leurs expériences et leurs sensations en poésie, accompagnés par les auteursLaurent Contamin et Eduardo Berti.
Et si votre commune, quartier, ville, village… avait son ou ses propres Points d’ouïe inaugurés, ses SITARs (Sites Auriculaires Remarquables) reconnus et valorisés. Et tout cela à l’issue d’une marche écoutante participative (choix du site sonore remarquable) et d’une cérémonie officielle décoiffant les oreilles ! Discours officiels et minutes d’écoute collective à l’appui
Ne laissez pas passer l’occasion de valoriser un patrimoine auriculaire local unique et inouï !
Les rapports de l’art et de l’environnement, vers l’écologie, voire l’écosophie, écosophie sonore* entre autres, ne sont pas toujours très nets, c’est le moins qu’on puisse dire. Nombre d’articles écrits à ce sujet restent sur des approches assez théoriques, conceptuels, et ne nous permettent pas vraiment de comprendre les intrications, si intrications il y a, entre une création artistique et une pensée/action écologique, si ce n’est écosophique.
L’œuvre qui prend naissance dans un milieu particulier, s’en inspire, le magnifie, le protège, nous alerte sur ses fragilités, nous invite à le regarder, l’écouter autrement, à en admirer ses beautés, ses côtés obscurs, disgracieux, ou à y porter tout simplement attention… En soi un vaste programme.
De la création in situ à la représentation esthétique, symbolique, hors-lieu, en passant par des gestes performatifs, danses, marches, body-art, art action… Les champs créatifs susceptibles de tisser des liens entre des territoires urbains, liquides, montagnards, maritimes, et une écosophie de terrain… sont nombreux et parfois bien difficiles à cerner, à approcher.
Des modes de création conceptuels, qui sont légions, parleront aux férus d’art « contemporain », et laisseront sur la touche un public nombreux, non averti, ou a minima « éduqué ».
Certaines niches culturelles vont explorer, voire exploiter à satiété, des approches écolo-monstratives dans l’air du temps, fût-il de plus en plus pollué, voire vicié.
Le greenwashing est bel et bien l’apanage de nombreuses firmes et institutions, tentant de faire oublier leurs abominables méfaits et écocides en série. Certains « artistes » y adhèrent en parfaite connaissance de cause. A chacun son éthique, et son sens du profit à tout prix.
La patte de l’artiste devrait pourtant aider à élargir nos points de vue, d’ouïe, nos façons de comprendre des lieux, du vivant, des éléments, en sortant des sentiers battus. Mais aujourd’hui, les sentiers sont tellement battus et rebattus, les média nombreux et prolixes, pas toujours très objectifs, que l’écart n’est pas toujours facile. Et qui plus est, tout cela sans perdre le visiteur dans les tarabiscotages d’un verbiage ampoulé, ou la quasi nudité d’espaces de monstration aux concepts plus austères qu’un ouvrage de philologie en grec ancien.
Le message (sonore) écologique doit rester déchiffrable, ce qui est loin d’être toujours le cas. Que l’on parle environnement, éthique, politique, économie, biologie, l’artiste, dans le meilleur des cas en complicité avec un chercheur, un aménageur, un économiste, a un rôle de passeur. Il lui faut être celui ou celle qui trouvera les mots, les sons, les formes, les gestes, les parcours, les plus à même de satisfaire la curiosité des visiteurs auditeurs. Et là encore, la tâche est plus ardue qu’il n’y parait de prime abord.
Il lui faudra être celui ou celle qui parfois fait rêver, opère un pas de côté, parfois met en garde ou pointe le doigt ou l’oreille là où ça frictionne, là où on peut construire de nouveaux récits pro-éthiques.
A l’heure où l’éco-anxiété gagne du terrain, ni le catastrophisme spectaculaire, ni le défaitisme morbide, pas plus que l’utopie triomphante, ne constituent des approches idéales ou même satisfaisantes. Il ne s’agit pas de prêcher une écologie moralisante et accablante, accusatrice et donneuse de leçons, ou pire, de nier la réalité des faits.
L’artiste qui se mesure au moulins des grands lobbys, en Don Quichotte désespéré, doit commencer à trouver sa place, ses chemins, outils, si modestes fussent-ils, pour défricher des chemins de traverse, quitte à accepter certains renoncements, ralentissements, ou se défaire d’illusions glorieuses, remettre en question ses propres pratiques.
Sans viser un grandiose art universel salvateur, les petites gestes mis bout à bout, effet colibri, sont importants, dans l’ensemble des champs artistiques. Il faudrait d’ailleurs avancer « à travers champs », en hybridant, décloisonnant, indisciplinant autant que puisse se faire nos compétences.
En matière de petits gestes, par exemple, travailler sur une cuisine où chacun peut inventer sa façon de manger sainement, sans engraisser les géants de l’agro-alimentaire qui empoisonnent sans vergogne, est une possibilité parmi tant d’autres. Une écosophie nourricière pragmatique et partageable, de proximité. La transmission orale et gestuelle de savoir-faire, les ateliers de terrain, sont ici les leviers d’une écosophie participative et partagée.
De même, les artistes designers rudologistes*** qui explorent des façons de créer, de construire, où le recyclage, le réemploi et le déchet sont roi.
Se promener en forêt, au bord d’un lac, au centre d’une mégalopole, dans des sentiers montagneux, tout en étant attentif aux ambiances sonores, aux mille récits auriculaires d’un lieu, est une autre façon de nous raccorder, ou de nous maintenir en accord avec le monde. Même si là encore, tout n’est pas rose, ni vert du reste, au royaume des sens.
L’art d’une écoute écologique, et qui plus est écosophique n’est pas un simple effet de langage, un vague discours ou une vision conceptuellement abstraite. Il est engagement physique, intellectuel et factuel, concrétisé en actions pragmatiques sur le terrain. Hélas, dans une société libérale où la représentation et le profit priment régulièrement sur l’action éthique, nous en sommes encore bien loin.
Envisager des formes d’actions engagées pour un mieux-vivre, dans une époque turbulente et violente, entre arts sonores et arts environnementaux, écologie et création sonore (y compris silencieuse), me pousse à réfléchir et expérimenter une écologie/écosophie de l’écoute. Cette dernière étant pour moi un embrayeur d’actions des plus pragmatiques et efficientes que possible. Écouter pour sensibiliser, informer, renseigner, apprendre, partager, agir de concert… même modestement, à l’échelle d’un quartier, d’un village, d’une forêt, avec les moyens et les énergies du bord.
Dans le monde du sonore, du paysage à portée d ‘oreille, des ambiances auriculaires abordées par le prisme d’une écosophie sonore, dans la façon d’entendre, d’écouter, d’agir, beaucoup de choses, de postures, de militance, de gestes restent à inventer.
La marche écoutante, le PAS – Parcours Audio Sensible, sont des pratiques pour moi assez courantes, depuis de nombreuses années Dans des lieux très différents, été comme hiver, de jour et de nuit, avec des publics variés, des axes thématiques parfois, nous avons arpenté nombre de sites, tous singuliers dans leurs écoutes. Aujourd’hui, je me pose régulièrement la question de savoir ce que ces pratiques de terrain nous font vivre, ce qu’elles nous racontent, au delà des gestes audio-déambulant ?
Marcher et écouter, et vice versa, c’est expérimenter des espaces-temps d’écoute in situ, et c’est aussi entendre ce que les milieux traversés, arpentés, auscultés, nous racontent, au creux de l’oreille. Histoires qui nous sautent aux oreilles, ou bien en filigranes, ténues, à déchiffrer patiemment. L’expérience est kinesthésique, en mouvement, les pieds et le corps reliés au sol, à l’air ambiant. Le geste de l’écoutant l’immerge dans une scène auriculaire environnante, embrassant un volume audible comme une architecture d’écoute quasi tangible. L’expérience est aussi haptique, on touche au plus près la matière sonore, ou l’objet sonnant, en ressentant physiquement des vibrations à fleur de peau, de tympan. Nous vivons ainsi des traversées peuplées d’une multitude de sons, d’enchevêtrements complexes et mouvants, qui peuvent désarçonner notre écoute, voire notre approche sensible dans sa globalité. Faire un PAS vers, et dans le sonore, nous met en résonance avec un monde vibratoire excitant. Nous sommes dans du vivant, du corporel, du charnel, proche de la danse comme un geste performatif, a minima, connecté au sol, à l’air, aux innombrables vibrations dynamiques, reliés à la terre, l’eau, l’air, le vivant bruissant… Nous traversons des espaces résonants, des volumes sonores habités, des ambiances auriculaires, comme une série de peaux ultra sensibles, tendues pour vibrer sympathiquement, nous faire vibrer au plus profond de nous-même. Le paysage auditif nait de cette confrontation au corps à corps, corps sonore est corps écoutant. Nous sommes une enveloppe corporelle réceptive, baignée d’ondes fluantes autant que fluctuantes. La cloche, le vent, le ressac, le cri enfantin, le cours d’eau voisin, tout nous parle, nous interpelle, pour peu que nous prêtions l’oreille. Un récit se fait jour. Ou plutôt une infinité de récits enchâssés, nous contant des mondes sonores capricieux, instables, furtifs, et pourtant si fascinants. Des récits informatifs qui nous renseignent sur notre présence dans un milieu que nous tentons d’apprivoiser, y compris par l’oreille, dans lequel nous vivons, ou que nous découvrons. Qui nous renseignent aussi sur les milles et unes traces du vivant, au sens large du terme, de notre cohabitation, souvent complexe et difficile, pour ne pas dire plus, avec les éléments, les milieux, le monde. L’aventure est à portée d’oreille, de corps. Elle n’est pas toujours spectaculaire, souvent intime, fragmentaire et fragile.
Le récit peut-être mémoriel, tel celui qui fait ressurgir des scènes auriculaires parfois enfouies dans les profondeurs, les strates de notre mémoire, et qu’un son, ou la vue d’une cheminée d’usine, ravivent avec parfois une intensité troublante. Un récit souvent fictionnel, où les sons peuvent évoquer, inviter, mille monstres, légendes et histoires tapis dans les recoins de notre imaginaire fécond. Un récit également frictionnel, entremêlant le vécu et la fiction, le passé et le présent, comme ce qui pourrait advenir, pour le meilleur et pour le pire. Marcher et écouter, s’est s’exposer de bonne grâce, à une plongée sensori-motrice, dans un territoire aussi physique qu’immatériel, en même temps que de laisser surgir des histoires sonores, parfois plus improbables les unes que les autres.
J’ai récemment pratiqué des parcours d’écoute avec des personnes dans des milieux qui m’ont fait côtoyer des modes de vie contraintes, pour différentes raisons. Handicap psycho-moteurs, maladie, enfermement carcéral, des lieux de vie où les sens, et tout particulièrement l’ouïe, développent des modes d’appréhension de l’environnement que le commun des mortels, dans sa vie quotidienne, est à mille lieux d’imaginer. Des récits en naissent, dépaysants, désarçonnants, qui nous font faire un pas de côté dans le train-train de nos routines. Nouvelles expériences, nouveaux récits, qui font qu’après, rien ne sera plus jamais comme avant pour qui a vécu ces temps forts. Marcher et écouter les coursives d’une prison, puis la montagne, avec des détenus permissionnaires, explorer une forêt avec de jeunes autistes, un hôpital psychiatrique avec des étudiants en musique et des patients, une ville avec des aveugles… Autant d’expériences fortes, qui ouvrent des portes vers de nouveaux gestes, ressentis, et imaginaires.
L’expérience de la « marchécoute » engage aussi une éthique du soutenable, une lenteur et un silence assumés, une volonté de ralentir le geste, de porter une écoute consciente vers les fragilités des espaces acoustiques traversés, de leurs écosystèmes sensibles, à l’équilibre instable et incertain. Elle convoque également une prise de conscience, celle par exemple de la disparition définitive de moult sonorités du vivant, comme des signes flagrants d’effondrements rapides, plus qu’inquiétants. Les expériences, tout comme les récits intrinsèques, superposent et alternent des moments de jouissances sensorielles, de plaisir, à des récits oscillant entre le constat d’une succession de crises que l’oreille peut capter, et une protopie pragmatique. L’entendement d’un monde (plus) désirable se profile, la marche et l’écoute associées pouvant ainsi nous y aider. Espaces sonores introspectifs collés au monde frénétique, tout en le désirant meilleur.
Pour entendre de nouveaux récits porteurs, de ceux qui nous aident à avancer, à rester debout, dans des périodes plus que chahutées, des zones de turbulences à répétition, il nous faut cultiver la curiosité de l’expérience auditive vivace. Non pas d’une expérience forcément compliquée, mais plutôt celle à portée d’oreille de tout un chacun, emprunte de gestes simples. Ouvrir sa fenêtre, ou partir marcher dans son quartier, l’écouter, traverser ce qui nous plait comme ce qui nous dérange, nous agresse, se demander pourquoi, échanger avec son voisin, tenter de se sentir bien, ou mieux, dans des espaces sonores quotidiens, ne pas penser que par le bruit, la nuisance et la pollution, mais aussi chercher les aménités sonores…
Depuis ses origines, le soundwalking mêle le plaisir de l’écoute à la volonté pédagogique de mieux entendre le monde, de mieux s’entendre avec lui, et parfois d’en soigner, ou mieux d’en prévenir les dysfonctionnements qui le rendent inaudible, si ce n’est inentendable.
Dans l’idéal, il nous faut vivre la marche et l’écoute, l’expérience et les récits associés, comme des moteurs stimulants qui nous permettent d’aller de l’avant, de garder un cap soutenable, entendable, l’oreille hardie, envers et contre tout.
Écouter est, ou peut être un geste discret, parfois totalement inaperçu. Sciemment envisagé comme tel, en toute discrétion. Il n’est pas nécessaire de bousculer radicalement des espaces où installer les scènes sonores, l’écoute dans l’espace public, les lieux d’audition potentielles, pour construire un projet quasi infra-sonique pertinent. Bien au contraire ! Il est possible d’ériger l’écoute en jeu, comme un instant ludique, une performence a minima, qui ne se montrerait pas forcément, et qui plus est ne ferait pas de bruit Il est opportun d’écrire une interprétation de paysages le plus que possible à l’abri des regards, mais accessibles aux oreilles, furtive, complice, tel un mode d’intervention discrètement malicieux. Du geste discret de tendre l’oreille à celui de re-composer les sons capturés, toujours en mode doux, sans les emprisonner, juste en en conservant la trace, on construit ainsi tout un parcours aux milles variantes possibles. Exemple : l’écoutant invite d’autres écoutants à lui emboiter le pas, oreilles concertantes, lenteurs partagées, silences aussi. Des gestes partagés simples mais opérants. Tout doucement, sans faire de bruit, ne rien perturber dans la ville, ni la campagne, ni nulle part ailleurs. Ceci pour laisser s’entendre les murmures et rumeurs, intimités décelables, sans ostentations acoustiques. L’artiste écouteur n’est pas forcément sur le devant de l’audio-scène, comme un personnage aux oreilles ostentatoires et postures imposantes. Il peut, voire doit être un discret écouteur-emprunteur de sons, qui ne bouscule rien, ou si peu. S’assoir sur un banc ou arpenter paisiblement le village, oreilles aux aguets, grandes ouvertes, comme fondues dans les ambiances, immergées dans les flux soniques, tout cela reste à l’échelle d’un modeste audio-théâtre de proximité. Nous ne chercherons pas forcément le spectaculaire, l’événementiel auditif grand format, l’audiorama booster d’effets spéciaux, plutôt la balade intime, l’écoute posée, sans jeu grandiloquent, sans dispositifs bluffants. Tout doucement, dans l’allure, les gestes, l’attention portée, le partage, une discrétion intrinsèque, une économie de moyens, semblent s’imposer, ou tout au moins proposer des gestes respectueux et pertinents. Ne pas forcer le trait, ni amplifier à outrance les choses entendues, ou celles potentiellement imaginaires, sonifiées, relève d’une sagesse pragmatique, sans emphase sonique. Trop souvent, la fureur et le bruit s’imposent comme des quotidiens violents. Raison de plus pour ne pas brusquer outre mesure l’écoutant, régulièrement malmené, ballotté dans des tempêtes sonores, traumatisé jusqu’à fleur de tympan, voire au plus profond de son entendement. L’efficacité ne passe pas forcément via l’injonction péremptoire, mais plutôt par des propositions laissant de larges champs exploratoires ouverts, à discrétion, en prenant le temps de faire, d’expérimenter, de partager. Il est contre-productif de rajouter pléthore de sons spectaculaires, comme d’ insipides muzaks, de les imposer à l’ouïe de toutes et tous, mais plutôt profitons modestement, raisonnablement, ethniquement, de l’existent, du trivial quotidien, sans remous. Si parfois la mise ben scène du geste d’écouter dans l’espace public peut être un fait assumé, voire joué et sur-joué devant de nombreux publics, comme une proposition participative, la discrétion est, version micro ou infra écoutante, aussi différente que complémentaire de l’audio-spectaculaire Le paysage sonore se construit ainsi d’une écoute aussi modeste qu’intense. L’écoute non spectaculaire va fouiller les micros-sons, les .ambiances intimes, les ambiances cachées, sans trop déranger la vie qui bat, via une approche où la monstration imposée n’est pas de mise. Imaginons une attitude éthique, qui va creuser l’écoute telle celle d’un traqueur de sons qui, efficacité oblige, doit être le plus discret que possible, ne pas se faire repérer, ne rien perturber dans son proche milieu, de façon à (faire) entendre la vie sonore en toute intimité. Le chasseur de sons est un personnage qui se confond à l’environnement ambiant, de façon à en jouir du plus profondément que possible, sans se montrer conquérant, mais discret écoutant respectueux de l’équilibre sonore préexistant à sa venue. Il s’agit de ne pas user d’une posture conquérante, intrusive, irrespectueuse, mais au contraire de rester dans une humilité d’écouteur accueilli et accepté à la condition de ne pas s’imposer. Rappelons-nous que, en forêt ou ailleurs, l’écoutant est aussi écouté en retour. Contrairement à se qu’affirmait un slogan radiophonique, le monde n’appartient pas à celui qui l’écoute, ce dernier s’offre simplement à lui comme un don du son intrinsèquement généreux. Qu ‘on se le dise !
L’Autre musique et le Projet Bloom s’associent et s’engagent dans la publication d’une nouvelle revue papier consacrée aux arts sonores au sens large dans leurs relations aux autres arts.
Cette nouvelle revue veut combler un manque cuisant dans le champ artistique contemporain : l’absence de textes qui osent poser des questions artistiques, qui prennent des partis pris forts et sans concession, une revue qui se décolonise d’une langue prête-à-porter.
Parce qu’il est proprement insupportable de se laisser envahir par des textes et des discours formatés qui ressemblent à de la mauvaise propagande égotique quand il s’agit de texte proposé par des artistes, ou à des patchworks plus ou moins alambiqués, faits de raccourcis non inspirés et sans fond, quand il s’agit d’articles musicologiques ou de recherche en art ( et souvent sans l’art) :
Documents veut, dans l’esprit de la revue du même nom dont elle s’inspire de manière très lâche, mettre en tension des textes, des images, des représentations, des sons, des partitions. Un rapprochement lointain et juste, une unité disjonctive, qui proposera une pensée critique et sensible dans le sensible.
Des contenus qui poseront, par leurs heurts parfois violents, les symptômes artistiques de notre époque, prendront le risque d’émettre des hypothèses poétiques, et mettront en chantier des manifestes sonores. Nous ne sollicitons, vous l’aurez compris, non pas des articles d’analyses musicologiques, mais des textes et documents qui témoigneraient d’une réflexion artistique critique, sensible, et résolument de son présent. Pas de thèmes donc pour chaque numéro, mais un travail éditorial qui consistera à mettre en tension les propositions reçues ou sollicitées.
Les propositions seront publiées au fil des numéros si des mises en tensions apparaissent possibles. Vous pouvez proposer des partitions (non publiées) que nous souhaitons publier en intégralité, des images ou des séries d’images, des dessins, des schémas, et toutes formes textuelles qui rentrent dans le sensible. Un dictionnaire critique accompagnera chaque numéro de la revue, proposant des points de vue terminologiques personnels et engagés ; il appartiendra à chacun des contributeurs de l’étoffer, au fil des publications.
Document(s) est une nouvelle revue papier consacrée aux arts sonores au sens large dans leurs relations aux autres arts.
Cette nouvelle revue veut combler un manque cuisant dans le champ artistique contemporain : l’absence de textes qui osent poser des questions artistiques, qui prennent des partis pris forts et sans concession, une revue qui se décolonise d’une langue prête-à-porter. Parce qu’il est proprement insupportable de se laisser envahir par des textes et des discours formatés qui ressemblent à de la mauvaise propagande égotique quand il s’agit de texte proposé par des artistes, ou à des patchworks plus ou moins alambiqués, faits de raccourcis non inspirés et sans fond, quand il s’agit d’articles musicologiques ou de recherche en art (et souvent sans l’art) :
Documents veut, dans l’esprit de la revue du même nom dont elle s’inspire de manière très lâche, mettre en tension des textes, des images, des représentations, des sons, des partitions. Un rapprochement lointain et juste, une unité disjonctive, qui proposera une pensée critique et sensible dans le sensible.
Des contenus qui poseront, par leurs heurts parfois violents, les symptômes artistiques de notre époque, prendront le risque d’émettre des hypothèses poétiques, et mettront en chantier des manifestes sonores. Nous ne sollicitons, vous l’aurez compris, non pas des articles d’analyses musicologiques, mais des textes et documents qui témoigneraient d’une réflexion artistique critique, sensible, et résolument de son présent. Pas de thèmes donc pour chaque numéro, mais un travail éditorial qui consistera à mettre en tension les propositions reçues.
Vous pouvez proposer :
Des textes
– Toutes formes d’écriture critique et réflexive qui ont la rigueur des textes académiques, mais qui en questionnent la forme : théâtre, bande dessinée, fiction…
– des articles académiques (anthropologie, sociologie, esthétique…) s’ils s’inscrivent dans la dynamique de la revue ou s’ils sont des articles de recherche-création.
Tout ce à quoi nous n’avons pas pensé, mais qui trouverait largement sa place dans cette revue.
Des œuvres
– des partitions (non publiées) que nous souhaitons publier en intégralité ;
– des images ou des séries d’images, des dessins, des schémas qui rendent comptent d’une œuvre plastique en lien avec le sonore et/ou le musical (ou le contraire) ;
– toutes formes textuelles qui questionnent le sonore et/ou le musical (poésie sonore, poésie visuelle, fiction…).
De plus, un dictionnairecritique accompagnera chaque numéro de la revue, proposant des points de vue terminologiques personnels et engagés, vous pouvez dès à présent nous proposer un mot.
Modalités
Envoyez-nous votre proposition ou un résumé de votre proposition accompagnée de tout ce qui vous paraîtrait utile quant à la compréhension de celle-ci (site, bio, liens vidéo et/ou sonore…) à colin.roche(at)projetbloom(dot)com et frederic.mathevet(at)projetbloom(dot)com
2024 sera bouillonnante Une année au fil des ondes Des territoires liquides Des dérives en rives Eaux courantes Eaux dormantes Eaux étales Eaux profondes Eaux souterraines Terres karstiques De cénotes en dolines Résurgences A fleur de terre Eaux torrentueuses De rus en cascades Puits et fontaines Biefs et lavoirs Canaux et écluses Les flux aquatiques se feront entendre Tendons-leurs l’oreille Écoutons leurs secrets Leurs puissances Leurs discrétions Leurs fragilités Et parfois agonies Remontons les berges De la goutte affleurante au majestueux delta D’embouchures en estuaires Mers et océans Traversons les gués Donnons la paroles aux cours d’eaux Et à ceux et celles qui les côtoient Des sources en estuaires D’affluents en confluents De glaciers moribonds en moraines glissantes Entendons des paysages sonores aquaphoriques Qui tracent et modèlent des paysages audibles Des méandres soniques Façonnées à petits ou grands bruits Entre crachins, pluies et déluges Lisons l’histoire des villes, des industries, des moulins Par le biais de leurs eaux Racontons les à notre façon Au travers les flots d’une mémoire nourricière Les voies d’eaux reliantes Les hydro-énergies déployées Les végétations bordantes Les cours des lits sinuants Entendons les récits Les contes et les légendes Les monstres engloutis Toujours prêts à resurgir Bonhommes ou maléfiques Maillons un territoire extensible De points d’ouïe aquatiques Dressons une cartographie sonore Humide et rhyzomatique Un inventaire de sites audio-aquatiques remarquables Protégeons les comme des communs à portée d’oreille Déchiffrons les textes influents, odes aux ondes rafraichissantes Construisons un réseau auriculaire irriguant Des trames bleues et chemins de halage Des douces mobilités riveraines apaisées Des sentiers nichés dans des vallons modestes Mêlons la vue et l’ouïe au long cours Croisons les arts et les sciences Hydrologiques et humaines La culture scientifique et la création sonore L’histoire et la géographie des flux Celle des riverains mariniers ou marins Meuniers ou sauniers Indisciplinons des approches mouvantes Entre crues et tarissements Débordements et assèchements Prêtons attention au flux salvateurs Prenons en grand soin Affirmons l’urgence de le faire Écoutons pendant qu’il en est encore temps Les milles et unes sonorités liquides Les poésies aux images ondoyantes Et les chants ruisselants des eaux vives.
Cette courte vidéo, en pied d’article, montre quelques postures d’écoute qui peuvent être proposées, sans aucunes consignes verbales préalables, en silence, par des invitations corporelles, à un groupe de promeneurs écoutants.
Ici des étudiants en écoles d’arts média à Saint–Pétersbourg.
Ce fut une belle série d’expériences, soundwalks, conférences, concerts – performances, field recordings, échanges fructueux… à Saint-Pétersbourg, Kronstadt, Kaliningrad…
Je repense très souvent à ces jeunes étudiants, aux opérateurs culturels qui m’ont si généreusement accueilli, aux artistes, enseignants… croisés durant ce voyage. De belles rencontres dans un pays aujourd’hui isolé par une guerre insoutenable, comme toutes.
De jour, de nuit, durée variable, de quelques minutes à quelques heures
Lieu
Ici ou là, en ville ou en milieu naturel, ailleurs…
Actions
Opérez à oreilles nues, non appareillées, non augmentées
Tendre l’oreille vers le son le plus loin, limite inaudible
Tendre l’oreille vers le son le plus faible, limite inaudible
Tendre l’oreille vers le son le plus fugace, le plus furtif, le plus éphémère
S’attacher à l’infra ordinaire (Pérec), à l’infra mince (Duchamp), en faire son miel auriculaire
Remarques et variations Dans un deuxième temps, on peut, à l’occasion, s’équiper de stéthoscopes, pour aller fouiller la matière en surface ou à cœur. On peut de même, s’équiper d’enregistreurs et des casques audio faisant « effet loupe sonore ».
Histoires de dire, de faire, de ressentir, de parler, d’aménager, le sensible est un outil de lecture, d’analyse et d’écriture, participant au processus d’aménagement du territoire.…
Un territoire est donc un espace qui se construit (aussi) via une approche dite sensible.
Parlant du territoire sonore, comment dire un morceau du monde en l’écoutant, en pensant comment il sonne ?
Comment construire une relation écoutant – écouté, la plus féconde et bénéfique que possible au plus proche du terrain ?
Il nous faudra tendre une oreille ouverte, curieuse, qui cherche à proposer de nouvelles façons d’entendre le monde, des ouvertures soniques originales, acoustiques, humaines, de nouveaux champs d’écoute les plus inouïs que possible.
Le sensible peut être ici une sorte de clé de lecture, un angle d’attaque porté par l’expérience, voire l’expérimentation d’écoutes in situ, par l’auscultation du quotidien, y compris celui de l’infra-ordinaire surprenant.
Néanmoins, et malgré tous nos efforts, l’expérience d’écoute ne nous révèle pas que des choses idéalement positives. Loin de là même.
L’expérience d’écoute nous fait parfois, souvent, entendre là où ça fait mal.
Elle peut nous plonger dans des ambiances des plus inconfortables, bousculantes, parfois même traumatisantes, là où ça sature, ça distord, ça grince, ça violente, ça perturbe, ça angoisse, au fil de pollutions aussi sclérosantes que néfastes, nuisibles.
Chercher l’agréable, l’équilibre, le vivable, le soutenable, chemine à travers des espaces-temps inconfortables, si ce n’est douloureux.
Le sensible à fleur de tympan nous place dans des situations oscillant entre l’agréable, le beau, dirons-nous, dans le caractère éminemment subjectif de la chose, la jouissance, comme il verse parfois dans des expériences qui mettent notre corps écoutant à rude épreuve.
Nous traversons des alternances d’aménités et d’agressions, d’entre-deux désagréables, qui bousculent nos sens, notre pensée, et au final notre corps tout entier.
Bien sûr, nous recherchons des espaces apaisées, et souhaitons que nos paysages ne sombrent ni dans le vacarme chaotique, ni dans la paupérisation silencieuse.
Nous tentons d’écrire, de composer, envers et contre tout, des partitions qui font sonner les lieux comme des musiques, recherchant avant tout l’harmonie, même dans des formes potentiellement discordantes.
L’écoute n’est jamais un long fleuve tranquille, elle s’aventure dans des terrains où les bruits peuvent prendre le pas sur les musiques, brouillant ou déformant, couvrant les messages qui se voudraient rassurants, faisant résonner bien trop fort des sons violents, guerriers, haineux, clivants.
Des voix se taisent, disparaissent, d’animaux, d’humains, de ruisseaux, emportés par une succession de crises qui secouent notre monde. Et tout cela s’entend. On ne peut pas y échapper, même en fermant les yeux et en se bouchant les oreilles.
Écouter implique de se frotter, de se confronter, au meilleur comme au pire.
L’essentiel est de ne pas baisser ni les bras ni les oreilles, pour aller chercher les réflexions, les actions, les gestes, les espaces qui sonnent bien, pour construire un commun entendable, qui servirait le mieux-être, l’intérêt général, et proposerait des modèles combattant l’excès comme le manque.
L’approche auriculaire sensible ne doit ni idéaliser, ni fuir des réalités pour le peu des plus difficiles à vivre, ni renoncer à la recherche d’une belle écoute, entre autre chose, celle qui nous aidera à trouver un mieux être, au sein d’un monde ballotté de crises en crises.
Le travail entrepris en collaboration avec PePaSon – Pédagogie des Paysages Sonores, questionne, sur et hors terrain, les approches liées aux parcours d’écoutes, balades sonores, PAS – Parcours Audio Sensibles, et autres marches écoutantes.
Expériences in situ dans l’espace public, en sites urbains, ruraux, naturels, propositions pour des pédagogies actives autour de l’écoute, outils de création sonore, domaines de recherche-action entre les mondes de l’auricularité, les paysages sonores et les questions écosophiques contemporaines, les approches de ces pratiques sont aussi riches que variées, souvent transdisciplinaires si ce n’est indisciplinaires.
En testant différentes formes sur le terrain, et invitant des artistes, chercheurs, praticiens du son, de l’écoute, de l’environnement, de l’aménagement, des acteurs politiques ou scientifiques, à partager, à expérimenter leurs approches audio-déambulantes, un vaste chantier se fait jour.
Se rencontrer, agir in situ, échanger, se former, documenter, relayer, coorganiser, ressourcer, médiatiser, mettre en place des rencontres… constituent autant de gestes collectifs, participatifs, expérimentaux.
De ces mises en situations expérientielles, pragmatiques, situées, une série d’axes dans des champs esthétiques, techniques, environnementaux, sociétaux, se dessinent progressivement.
Les quelques directions données ci-après, sans tri, hiérarchisation, ni formes de développement, pointent des approches, domaines, modes d’action multiples, pouvant se croiser, voire s’hybrider.
Parcours et promenades écoutantes à oreilles nues Points d’ouïe et Inaugurations de Points d’ouïe Dispositifs embarqués, parcours augmentés, réalité virtuelle Technologies multimédia, installations mobiles Objets d’écoute et lutherie auriculaire acoustique et électroacoustique Spectacle vivant, arts en espaces public, musique des lieux Arts performance, postures et installations d’écoutes Paysages, écologie, géographie, aménagement Géolocalisation et cartographie Interactivité espaces sonores – artistes – publics Ressources, mémoire et traces Banques de données, inventaires Sites auriculaires remarquables, observatoires Workshops, conférences, rencontres Organisation d’événements et rencontres autour du Soundwalking
Dans la création audio, un paysage sonore est un objet, une œuvre, hautement polymorphe.
Trace et mémoire, représentation, interprétation, imaginaire, projet prospectif, arts et sciences, rituel et célébration, espace immersif dedans-dehors, recherche-action, recherche-création, interactions performatives et in-corpore, militance écosophique, matérialité et virtualité, contemplation et distanciation, mobilité et point d’ouïe, récits croisés et indisciplinarité, technologie et dénuement minimaliste, politique, véracité et fiction, dans et hors-le-murs, in situ et volatilité, permanence et furtivité éphémère, poétique et poïétique…
Toute une gamme de gestes, de postures, de scénari, de mises en situations, d’installations, de contextuatisations/décontextualisations… permettent d’imaginer, de fabriquer et de donner à entendre d’innombrables potentiels inouïs
Embarquer un public pour un parcours d’écoute « à oreilles nues », à l’ère de la techno-monstration et du tape-à-l’oreille, n’est pas sans risques.
En effet, il faut avoir confiance en la capacité des écoutants à se laisser charmer par l’infra-ordinaire, façon Georges Perec, le presque rien, aurait dit Luc Ferrari.
Il faut également faire confiance aux multiples richesses sonores des lieux arpentés, qui se révéleront si on leur prête attention, oreilles aux aguets.
Un PAS – Parcours Audio Sensible se met en scène comme une installation d’écoute performative à l’air libre, via un travail sur les postures, les silences, la lenteur, les rythmes, le partage d’attention…
Parfois rituel, parfois fête improvisée, le PAS ne sera jamais identique, ni reproductible, d’un espace-temps à l’autre.
C’est une performance unique, performance dans le sens de jeu, d’interprétation, où le ludique et le décalage font faire un pas, ou une écoute, de côté.
Les lieux, leurs acoustiques et les sons qui les animent sont les héros du cheminement auriculaire, il suffit de les révéler.
Encore faut-il dénicher les espaces bien-sonnants, les points d’ouïe remarquables, les effets acoustiques à exciter pour les rendre audibles et « jouables »…
Sans compter sur l’improviste, l’inattendu, l’improbable parfois. Il nous faut prendre en compte l’événement impromptu, « l’accident », le contretemps, qu’il conviendra d’intégrer, de mettre en écoute, pour écrire de concert un paysage sonore inouï. Une part d’improvisation en l’écoute.
Des paysage sonores qui ne se reproduira plus jamais dans leurs singularités et dans la magie du moment, des ambiances mises en exergue.
Un travail de longue haleine qui, dans son apparente simplicité, sobriété, économie de moyens, nous conduit vers des explorations sensibles, des expérimentations à fleur de tympan, et je l’espère, à une forme d’ouverture au monde élargie.
Ces déambulations écoutantes nous révèlent, sans grands dispositifs audio-augmentés, des beautés auriculaires éphémères, ignorées autant que fragiles.
Pour en jouir sans les altérer, osons installer le silence, l’écoute partagée, et mettre l’oreille à nue !
Le Rançonnet est une petite rivière qui a bercé mon enfance en coulant au pied de la maison familiale. Nous sommes dans la petite ville d’Amplepuis, nichée au cœur du Haut-Beaujolais, pays de sapins et de prairies de moyenne montagne aux reliefs assez pentus..
Le tronçon proposé ici court le long du quartier dit de l’Industrie, au bas de la ville, appelé localement « le fond du bourg «
Détourné en bief pour alimenter la chaudière de la grande usine textile voisine, le Rançonnet traversait le quartier, en partie recouvert par la chaussée du carrefour du quartier de l’Industrie.
Le ruisseau sillonne aussi, en amont, le quartier dit de la Viderie, rivière affluent du Rançonnet aussi dénommé la Jonchée. Que de jolis noms ruisselants. Il se jette ensuite dans le Reins, lui-même alimentant autrefois deux autres usines textiles aujourd’hui plus en activité, avant que celui-ci n’aille confluer vers la plaine de Dame Loire. Celle-ci coulera par monts et par vaux vers le Grand Ouest Nantais. Un bien beau et long périple en perspective.
Au sortir de la bourgade, le cours d’eau serpente le longs de prairies paisibles vers le versant ligérien.
Au pied de chez moi, le bief était bordé d’une végétation assez touffue, où vivaient salamandres et tritons qui parfois s’aventuraient jusque dans la fraicheur du couloir d’entrée de notre maison. Plutôt silencieuse, la petite rivière se manifestait indirectement par de longs lâchers de vapeur via la chaudière de l’usine qu’elle alimentait, faisant rugir de longs sifflements, bruits blancs puissants qui ne manquaient pas de m’inquiéter les premières fois que je l’entendis lorsque j’étais enfant. Aujourd’hui, l’usine a disparu, s’est tu, rasée pour laisser la place à un sympathique parc urbain, avec une halle couverte pour accueillir un marché hebdomadaire et des fêtes locales. Autre époque, autres sonorités.
Le Rançonnet a quasiment retrouvé son cours naturel, longeant tranquillement le parc, plus ou moins présent à l’oreille selon les saisons et les pluies. Des seuils ont été arasés afin que le ruisseau réintègre son cheminement d’origine. Parfois quasiment inaudible, tout juste quelques clapotements lorsqu’on se penche dessus, surtout vers un glacis pierreux canalisant son cours vers l’ex usine, il peut se faire entendre plus généreusement au fil des averses, des orages, des périodes humides. Jamais toutefois il n’aura l’audace acoustique d’un torrent montagnard dévalant des hautes vallées. Il restera un ruisseau assez sage qui néanmoins égaie tranquillement le quartier.
J’aime écouter sa présence estivale discrète, rafraichissante, presque rassurante, en lisant sur un banc ombragé qui le surplombe, une petite trame bleue qui fait partie, au fil du temps de l’âme du quartier, le façonnant acoustiquement. La disparition des usines qu’il alimentait lui a apparemment redonné une pureté aux écosystèmes riches, où chabots, truites fario et écrevisses à pattes blanches sont à leur aise, et où de belles libellules bleutées folâtrent parmi les renoncules des rivières.
Cette petite incartade auriculaire, aquatique, dans le quartier qui m’a vu grandir, et où, après de nombreuses années plus urbaines, je me suis récemment réinstallé, est marqué de souvenirs, de transformations, démolitions, réaménagements, au fil de la disparition du tissu industriel local. Des affects un brin mélancoliques qui s’écoulent dans les flux et reflux mémoriels Retour aux sources pourrait-on dire littéralement.
Les sons du Rançonnet enregistrés ici ont été captés sur une petite dizaine de points d’ouïe, puis remixés pour suivre une progression vers une petite chute en glacis. Cette dernière divisait la rivière en deux branches, en orientant une vers l’usine via un bief aménagé à cet effet, et une autre contournant les bâtiments. Le cheminement de cette petite trame bleue s’effectue sur un court trajet, quelques deux cent mètres au maximum.
La captation a été réalisée via un enregistreur numérique équipé de microphones système MS, pour rendre plus pertinentes les variations aquatiques allant crescendo.. De gros orages ayant éclaté sur la ville et ses alentours les jours précédents, le courant est assez fort pour un milieu juillet, donnant à l’oreille l’impression d’un cours d’eau beaucoup plus important qu’il n’est. Ambiance qui peut cependant très vite changer si un épisode plus sec et chaud s’installe.
Les heures d’écoute attentives et de douces rêverie passées à ausculter le petit tronçon du Rançonnet n’étant pas retranscriptibles dans la durée, elles ont été ramenées à quelques 60 minutes d’enregistrement, et au final à 8 minutes de montage audio assorti d’images et de mots. Une « vision » synthétique qui tente de condenser l’espace-temps poétique d’un fragment de cours d’eau dans son plus long cheminement. Un bout d’histoire sonore fluante qui invite l’oreille vers de multiples autres rives. Un échantillon comme prélude à un projet « Bassins Versants, l’oreille fluante » qui arpentera bien d’autres rives et dérives.
Il est 21H30. Après une courte montée caillouteuse et bien pendue, nous nous retrouvons en forêt. Enfin, dans une autre partie de la forêt, celle qui s’échappe, vers les hauteurs, des chemins balisés d’un festival. Une forêt franc-comtoise dense, peuplée de feuillus élancés et entremêlés. Au bas, le festival Back to The Trees bat son plein, ses rumeurs se font encore entendre. Je le quitte progressivement, momentanément, entrainant à ma suite une bonne vingtaine de personnes, en silence, telle est la règle. Jusqu’à nous retrouver dans une ambiance purement forestière, quasi silencieuse, à nuit tombante. C’est un moment de glissement, de bascule, de transition, de fondu, moment interstitiel toujours magique pour moi. Un glissement entre la lumière et l’obscurité, entre les chants d’oiseaux diurnes et ceux nocturnes, entre une vie qui s’estompe peu à peu et une autre qui s’active, sans rien bousculer, bien au contraire. Un appel à l’écoute dans tous ses états, où le corps entier est invité à vibrer aux sons de la forêt qui s’endort et se réveille tout à la fois. Nous marchons avec le plus de discrétion que possible, pour ne pas troubler la quiétude des bois alentours, et surtout de leurs habitants. De petites histoires boisées, disséminées dans une clairière, viendront néanmoins animer ponctuellement, discrètement, le parcours. Des sons d’une autre forêt, lointaine, bordelaise, avec les voix d’enfants contant des haïkus sylvestres, créés sur place. Un décalage d’une forêt à l’autre, transposition spatio-temporelle, ludique et facétieuse. Avant que tout rentre dans l’ordre, doucement, sans que rien n’ait été brusqué, tout juste une petite incartade discrète entre bordelais et Franche Comté. La nuit s’avance, les formes s’estompent, la scène sonore devient de plus en plus ténue, intime, laissant aux oreilles un espace très aéré, où le moindre son trouve sa place dans une ambiance apaisée, loin des turbulences sonores. Auscultation des troncs, des mousses, des branchages, des rochers, on amène l’écoute vers la matière, au plus proche du toucher auditif, de la granulation sonore, de la micro aspérité. La nuit donne à l’oreille une joyeuse complicité ludique. Avant de redescendre vers la civilisation, plus sonore, où les voix viendront à nouveau ponctuer les lieux, mais néanmoins sans grands éclats, la forêt suggérant aux festivaliers de ne pas brutaliser les lieux, d’en respecter ses zones protégées, loin des grandes rumeurs urbaines. Le glissement dans la nuit nous ramène vers le bas, sans doute un peu plus à l’écoute de tout ce qui bruisse autour de nous, c’est en tous cas un des objectifs recherchés.
Notes suite à un PAS – Parcours Audio Sensible pour le Festival Back To The Trees 2023 Forêt d’Ambre à Saint-Vit (25) Samedi 02 juillet 2023
Voyez-vous, si je puis dire, nous rêvions de l’entendre. Et puis un jour… Dites moi mais, quel est donc ce bruit ? Lequel ? Celui qu’on entend, là, qui envahit l’espace, tout en restant furtif ? Est-ce que je sais moi, ce n’est pas celui que nous voulions écouter ? Je ne sais pas, à force de l’attendre, je ne l’ai plus dans l’oreille. Si tant est que je l’eusses déjà eu. Alors comment le reconnaitrons-nous, comment savoir si c’est bien lui ? Aucune idée ! Mais est-ce si important de le reconnaitre, de s’assurer que c’est bien celui dont nous rêvions. En effet pourquoi s’attacher à ce souffle plutôt qu’à ce choc, à ce tintement plutôt qu’à ce vrombissement, à ce cri plutôt qu’à ce murmure… ou bien en espérer la naissance d’un autre ? Surtout qu’ils n’arrêtent pas de bouger, de changer, de se cacher, de s’entremêler, ces foutus sons. Difficile en effet de trouver celui qui nous conviendrait, et peut-être celui qui qui nous ferait défaut, qui serait tout nouveau, à proprement parler inouï. Mais tout n’est-il pas inouï dans le monde plein des sens ? In ouïe ou hors ouïe, intra ou extra auriculaire, c’est la mémoire qui nous joue des tours de sons. Crois tu ? Elle nous fait crôôôââârre dans la mare, glisse en dos, et sa muse gueule en entrée. Et si ce son tinte à mare, l’écoute s’égoutte à goutte, sans qu’on en chasse rien. Glissement calembourdien. Tout ça pour les cris d’un mémoire dit sonnant, qui ne nous dit rien au final, en preste eau. Flux et reflux, sons passons. Alors, difficile de rêver de l’entendre, lui ou un autre, ça frise la phonie douce. L’utopie serait-elle ultra sonique, sons de nulle part, ou de partout, uchronie-usonie ? Qu’en sais-je, écoutant de malheur, qui creuse un puits sans son. Alors puiser dans sa même ouïr et chercher le bruit qui s’est tu, il, nous, vous, mais qu’on ne connait toujours pas. Beaucoup de bruit pour rien ? Qu’en savons-nous, peut-être sommes-nous devenus sourds de trop entendre, de trop attendre, pavillons en berne et coutilles noyées. Mais le bruit continue de courir, même si la rue meurt. Cours-y vite il va s’éteindre ! Silence, on détourne ! L’ingé son, et l’autre pas. Acoustiquement parlant, nous voilà guère avancés ! Heureusement, il y a des non-dits pour combler les lacunes et imaginer l’histoire, entre les silences taiseux. Mais histoire y a t-il s’il nous manque des sons ? Et puis, même si on les trouvait tous, ou simplement celui ou ceux que l’on recherche, ce qui est fort improbable, nous raconteraient-ils quelque chose ? Histoires sons paroles, où le muet trouvera sa voie, au grand dam du mime, qui se taira encore plus. Le son fait son cinéma, pour l’oreille. Et tout cela sans avoir résolu l’e problème, si un son qui manque à l’appel, ce dernier de fait reste sans réponse. Laissons les sons là où ils sont, c’est à dire partout. Croyez-vous ? Ne serait-il pas judicieux d’en chasser quelques uns, d’enchâsser quelques autres, sacro-sons de bruits collages. Mais comment faire le tri, savoir reconnaitre le son sauveur, celui, encore plus improbable, qui ferait paysage, histoire ou symphonie, même fantastique, voire pathétique. C’est une histoire sons dessus dessous, des accords imparfaits, des arts sonnés, des à croches arpégées, ou du bruit de son, tout simplement. Il y aurait de la friture sur la ligne, de la bruiture sur l’écoute, on est jamais à la bruie de rien. Du verbe bruire, bruira bien qui bruira le dernier. Clap de fin, silence ! Mais aussitôt, rompons le silence et revenons à nos sons, à nos mous sons qui pluivent ou pleuvent, en plics et en plocs. En gouttes qui font déborder la vase, y’en à mare ! Et pluie voilà, un jour… Rien ne se passa, en tout cas comme prévu, le silence resta quiet et ne bruissa point. Alors, que se mettre sous l’oreille si le silence demeure, sans requiem aucun. Cela ne dura pas. Et même s’empira tant et si bien, que l’oreille expira, ou bien faillit le faire, le cochléaire furieux, la mastoïdienne rageuse. Les sons dégelèrent en tempête pantagruélique, autant que véhémente. Même la muse Écho n’arrivait plus à répéter les quelques bribes qu’on lui avait laissées. Un monde chaotique et brouhahatique, où l’histoire perdait toute intelligibilité. Mais avait-elle, dans ses bruissement incessants, déjà eu un sens ? Question carolienne s’il en fut. Qu’en savons-nous au final, nous fiant à nos oreilles aussi curieuses qu’imparfaitement brouillonnes ? En quoi nous reconnaissons-nous dans ce paysage acoustique qui n’en finit pas de se dissoudre en ondes a priori désaccordées, pour se reconstruire, tant bien que mal, en discours discordants, mais qui parfois chantent malgré tout. Si la cadence est parfaite, au mieux que cela puisse se faire, on avance de concert. Si elle est rompue, maudits musicologues, on ne sait plus où donner de l’oreille, au risque de bruitaliser le monde. Alors la pause est bienvenue, quitte à soupirer, entre deux sons bruits sonnants. A trop entendre, l’hyperacousie nous guette, où chaque murmure devient hurlement, chaque bruissement cataclysme, à en perdre le sens de toute nuance, à s’en péter les tympans, parfois bien trop frêles pour la fureur du monde. Écoutons malgré tout, nous disons-nous, contre vents et marées, et même dans le vent démarré, car au matin des musiciens, et d’autres écoutants impatients, l’oiseau chante encore au monde qui s’éveille. Et il y aura bien encore, quelques sons que nous rêverions d’entendre beaux.
Problématique : l’écoute et la construction de paysages sonores partagés
Thématiques : paysages sonores, esthétiques, sociabilités et écologie écoutante
Lieux et espaces : de préférence hors-les-murs, partout où le monde bruisse
Publics et partenariats : artistes, enseignants, chercheurs, aménageurs, décideurs, et toute oreille de bonne volonté
Processus et dispositifs : la marché écoutante, l’arpentage et le corps performatif, l’installation de situations d’écoute et de micros sonorités éphémères, les postures, cérémonies et rites d’écoute(s).
Modes opératoires : actions in situ, contextualisées, collectives et participatives, trans, inter et indisciplinaires
@Pascal Lainé – Festival L’arpenteur – Scènes obliques 2022 –
Traces et partages : parcours d’écoute, cartographies, récits polyphoniques, créations sonores et multimedia, enseignement, médiation et ateliers, conception d’outils pédagogiques
Remarques : pratiquer un ralentissement sensible, prendre le temps de faire ensemble, privilégier la sobriété dans la mobilité, les dispositifs et matériels non énergivores, rechercher les échanges pour co-construire avec de nombreux acteurs de terrain…
Balade sonore nocturne exclusive le Mardi 30 Mai 2023 avec l’artiste Boris Shershenkov autour du projet « LightHub » à l’écoute des ondes électromagnétiques omniprésentes dans l’espace urbain. RDV : Place de la République – Sous la statut devant le Lyon (22H)
*** Emmenez tant que possible un casque audio personnel avec prise jack stéréo
*** Une petite participation vous sera demandée à prix libre en liquide sur place pour rémunérer l’artiste. Merci de prévoir en conséquent .
Le mardi 22 mai 2023, à 22h00, place de la République se déroulera la balade sono-lumière Lighthub de l’artiste sonore Boris Shershenkov.
Le projet Lighthub explore l’essence des lumières électriques, qui est fondamentalement différente des sources de lumière naturelle. Les conceptions des flux lumineux technogéniques sont basées sur l’inertie visuelle humaine. Ils véhiculent une quantité importante d’informations cachées à l’œil mais situées dans les limites temporelles de notre perception auditive.Les participants à cette promenade au moyen de convertisseurs phonoptiques sur mesure auront la possibilité d’étudier de manière synesthésique les lumières de la ville telles que les publicités, les phares de voiture et les systèmes d’éclairage public, et de créer une carte lumineuse de la zone enregistrée en son.Au cours de la première partie de la marche sonore, les participants marcheront ensemble et exploreront l’environnement lumineux des zones environnantes. La deuxième partie de la promenade – l’enregistrement de la pièce cartographique « Lighthub Paris : République », au cours de laquelle les participants se déplaceront le long d’itinéraires prédéterminés en fonction de la partition spéciale de la carte.
Boris Shershenkov (né en 1990, Vladivostok, Russie) – artiste et chercheur indépendant, Ph.D. (candidat en sciences techniques), éducateur et concepteur d’instruments de musique. Se concentrant sur des projets qui développent de nouvelles méthodologies dans l’art technologique et sonore, il étudie la relation entre les humains et la technologie en combinant les techniques modernes avec la recherche archéologique des médias. Site web : https://shershenkov.com/
La durée totale de la promenade est de 1h00.
Pour participer à la marche, vous devez avoir :
1. smartphone ou enregistreur audio avec une entrée mini-jack 3,5 mm (micro cravate ou entrée casque) ;
2. une paire d’écouteurs filaires avec un connecteur minijack 3,5 mm.
On Tuesday, May 2023, 10:00 PM, at the Place de la République will take place the Lighthub light-sound walk by the sound artist Boris Shershenkov.The Lighthub project explores the essence of electric lights, which is fundamentally different from natural light sources. The designs of technogenic light streams are based on human visual inertia. They carry a significant amount of information hidden from the eye but located within the temporal limits of our auditory perception.Participants of this walk by means of custom-made phonoptic converters will have the opportunity to synesthetically investigate the city lights such as advertisements, car headlights and street lighting systems, and create a light map of the area saved in sound.During the first part of the soundwalk, participants will walk together and explore the light environment of the surrounding areas. The second part of the walk – the recording of the « Lighthub Paris: République » cartographic piece, during which participants will move along predetermined routes according to the special map score.
Boris Shershenkov (b. 1990, Vladivostok, Russia) – independent artist and researcher, Ph.D. (candidate of technical sciences), educator and musical instrument designer. Focusing on projects that develop new methodologies in technological and sound art, he investigates the relationship between humans and technology combining modern techniques with media archaeological research. Website: https://shershenkov.com/
The overall length of the walk is 1 hours.
To participate in the walk, you must have:1. smartphone or audio recorder with a 3.5 mm minijack input (lavalier microphone or headset input);
2. a pair of wired headphones with a 3.5 mm minijack connector.
PAS – Parcours Audio Sensible nocturne – Loupian (34) Centre culturel O34rjj
Parce que l’écoute demande de la disponibilité, et que la disponibilité demande du temps.
Le temps de l’arpentage en l’occurrence, celui qui nous mesure à l’espace, physique et acoustique, matériel et sensoriel, topologique et symbolique, celui qui nous incite à y trouver notre place, sans rien précipiter.
Il nous faut nous glisser discrètement à notre place d’écoutant, celui qui désire se plonger dans les ambiances sonores, sans les brusquer, tout doucement, sans faire de bruit, ou très peu.
Nous nous sentirons notre place en prenant le temps de nous glisser entre, et dans les sons, de les laisser nous entourer, avec plus ou moins de douceur, et parfois de brusquerie, il faut en avoir conscience.
La lenteur est aussi dans la façon de marcher, donc d’arpenter, sans presser le pas, voire en le ralentissant de plus en plus, jusqu’à s’immobiliser (situation de point d’ouïe).
Les sons quant à eux, ne s’arrêteront pas pour autant, ils continueront leur ronde environnante, vivante et incessante.
Parfois cependant, il sembleront ralentir, comme dans le murmure d’un ruisseau courant, sans heurt, ni ressac, ni crescendo. Un flux reposant.
Dans une écoute attentive, le rythme est intrinsèquement empreint de lenteur, et si il ne l’est pas, il faudra la rechercher, la fabriquer même, en ralentissant franchement, contre vents et marées.
La nuit par exemple, est un moment propice à plus de lenteur, à des rythmes apaisés, enveloppés d’ obscurité, de demi-teintes, lumineuses et sonores. L’écoutant peut ainsi partir à la recherche d’espaces nocturnes, ceux peu habités, peu fréquentés, aux heures creuses, qui compenseront ses journées trépidantes.
Il peut aussi se frotter à des forêts profondes, là où marcher tranquillement, loin des routes aux flux énervés.
Dans l’idéal il peut également aspirer à une cité épurée de ses innombrables déchets sonores, de ses pollutions qui mettent l’oreille et le corps entier à mal.
La lenteur est, avec le silence, un amplificateur d’écoute, accueillie comme une respiration bienfaisante.
Exemple vécu, lors d’un PAS – Parcours Audio Sensible nocturne, dans un trajet de la place de la Croix-Rousse jusqu’à la place de l’Opéra, via les pentes et les traboules lyonnaises.
Distance : environ 1 km, zigzags compris.
Durée : deux bonnes heures.
Conditions : silence du groupe
Vitesse de déambulation : à peine 0,5 km/h, arrêts compris.
Taux de satisfaction des promeneurs écoutants : 100 %
La vitesse est sans doute, un vecteur d’inhabitabilité chronique, dans un monde qui file à grands pas vers l’insoutenable, en produisant un chaos lui-même de plus en plus inécoutable.
Il faut casser les rythmes trop effrénés, trop agressifs, pour réécouter, et au-delà, vivre et survivre au tumulte menaçant.
Il nous faut encore et toujours ralentir pour mieux entendre, nous entendre, pour tenter de mieux comprendre, pour que les paroles circulent sereinement, pour qu’on puisse en saisir la teneur, pour réduire les maltraitances de décisions et d’actions violentes et arbitraires.
La lenteur est un facteur qui conforte une pensée et une action collective pacifiée, ici celle de l’écoute, comme un acte écologique a priori anodin, néanmoins nécessaire au quotidien, en l’occurrence vers une écologie auriculaire et sociétale.
Le monde, y compris sonore, pour qu’il soit vivable, doit être pensé via une recherche d’apaisements, de ralentissements, d’économies de gestes et de réflexions, hors des réseaux épidermiques, frénétiques, générant des actions irréfléchies, à l’emporte-pièce. La recherche de paysages sonores vivables ne peut faire l’économie d’une éthique écoutante, fondamentalement relationnelle. Le plaisir de faire ensemble, de résister collectivement à un emballement sclérosant nos relations sociales, n’en sera que plus fort.
Pour conclure, les PAS – Parcours Audio Sensibles, offrent des arpentages de territoires, au fil d’expérimentations sensorielles, où la lenteur et de mise, jusque dans une certaine radicalité performative, néanmoins tout en douceur.
L’absence de tout dispositif technique, scénique, la simplicité du geste, son inscription dans un espace-temps non précipité, à la recherche de zones apaisées, militent pour une approche sensible, non invasive, non stressante, respectueuse des lieux arpentés comme des acteurs arpenteurs.
Un immense super-marché revisité de l’oreille en périphérie de la ville d’Istres Un groupe de promeneurs.euses écoutants.es Une tournée nationale de balades sonores via PePason Une artiste chercheuse doctorante, Caroline Boé Une recherche-action en chantier Des bruits envahissants Ceux que l’on écoute pas, ou plus Ceux qui pourtant sont omniprésents Insidieusement perturbants Un terrain d’aventure et d’exploration Le rayon hyper Grand Frais Des alignées impressionnantes de banques réfrigérées Des allées de frigos à casiers Des victuailles à perte de vue Un temple de la consommation de masse Des viandes, glaces, plats cuisinés, légumes emballés Le tout à satiété Débauche de couleurs dégoulinantes Et surtout pour nous Traqueurs de micros sons Une incroyable collection de sonorités réfrigérantes Ronronnements, vrombissements, cliquetis, souffles et soupirs Le vocabulaire peine à circonscrire le panel bruitiste Une variété d’objets sonores Qui seraient presque objets musicaux Si l’oreille les extrait du global Les scrute en mode rapproché Les examine en curieuse Parfois des ambiances organiques Ça respire sous les vitrines Ça gémit dans les casiers Ça ronronne au cœur des frigos L’expérience est pour le peu inouïe Performance dans un univers hyper marchandisé De charriots à gaver De tentations perfides Même la Muzak surpermaketisée est ici en partie gommée De mille souffles refroidissants Jusqu’au creux de l’oreille. Du grand Frais dans les esgourdes Mais pas vraiment l’air du large.
Listening After Nature examines the constructions and erasures that haunt field recording practice and discourse. Analyzing archival and contemporary soundworks through a combination of post-colonial, ecological and sound studies scholarship, Mark Peter Wright recodes the Field; troubles conceptions of Nature; expands site-specificity; and unearths hidden technocultures. What exists beyond the signal? How is agency performed and negotiated between humans and nonhumans? What exactly is a field recording and what are its pedagogical potentials?
These questions are operated by a methodology of listening that incorporates the spaces of audition, as well as Wright’s own practice-based reflections. In doing so, Listening After Nature posits a range of novel interventions. One example is the “Noisy-Nonself,” a conceptual figuration with which to comprehend the presence of reticent recordists. “Contact Zones and Elsewhere Fields” offers another unique contribution by reimaging the relationship between the field and studio. In the final chapter, Wright explores the microphone by tracing its critical and creative connections to natural resource extraction and contemporary practice.
Listening After Nature auditions water and waste, infrastructures and animals, technologies and recordists, data and stars. It grapples with the thresholds of sensory perception and anchors itself to the question: what am I not hearing? In doing so, it challenges Western universalisms that code the field whilst offering vibrant practice-based possibilities.
Table of Contents
Acknowledgments Introduction 1. Recoding the Field 2. Constructing Nature 3. Stretching Site 4. Following the Flow Conclusion: Pressing Record & Pressing Play-On Suspicious Listening & Affirmative Ethics Bibliography Index
Author biography
Mark Peter Wright is an artist, researcher, and member of CRiSAP (Creative Research into Sound Arts Practice), University of the Arts, London. His practice intersects sound arts, ecology, and experimental pedagogy across exhibition, performance, and publishing.
Laisser l’oreille gambader ci et là, urbaine ou buissonnière Explorer l’indoor et l’outdoor du sonore fugitif Cueillir et accueillir les sons hors-les murs Les jouer en forêt, au fil d’une rivière, au cœur de la ville Les faire sonner en modes doux, tout juste un discret contrepoint non intrusif Ouvrir des brèches dans les murailles Chanter l’oreille décloisonnée Laisser les sons venir dans les murs, même les plus enfermants, comme des respirations Installer l’écoute au ras du sol nourricier, de l’herbe renaissante, de la sève montante, de l’eau tourbillonnante Prendre le temps d’ouïr, d’être en écoute, d’être écouté Marcher en fabriquant des paysages à portée d’oreilles Partager les moindres bruissements, more deep listening again Jouer des interstices, aux frontières de la ville, du jour déclinant, de l’orée forestière Partager des paroles sans entraves, dans la mesure du possible Faire voyager les sons, hors frontières, sans frontières, Cultiver l’entendre à caractère universel Faire du monde un Écoutoir Potentiel Imaginaire Le peupler de Points d’ouïe nomades et indisciplinées Laisser du jeu dans l’écoute Mettre l’écoute en jeu, plus qu’en je Faire des fêtes où les sons réconfortent, électrisent, protestent, résistent, ouvrent des brèches Penser le paysage sonore dans son immense diversité et complexité, tout simplement Écrire des scènes sonores comme des communs habitables et partageables Ne pas craindre l’utopie, dans le cas où il en subsisterait des bribes d’aménités sonores Ne pas être une éponge écoutante, apprendre à trier et à combattre la parole mensongère Infuser l’écoute active comme une vraie politique humaniste, non partisane Persister à croire que tout ce qui est écrit et dit ci-avant est, au moins en partie, réalisable.
– Début d’un nouveau travail Dedans/Dehors avec la Maison d’arrêt de Chambéry, le SPIP et l’association ASDASS (Association de Soutien et de Développement de l’Action Socio-culturelle et Sportive)
– Travail sur la mobilité, l’ancrage, PAS – Parcours Audio Sensibles et autres créations à venir, avec l’Atelier – Tiers Lieu d’Amplepuis.
Axe rythmologique, Université de Grenoble Alpes, Maison des Sciences humaines, EPFL de Lausanne, École supérieure d’architecture de Toulouse…
– Développement du chantier PePaSon (Pédagogie des Paysages Sonores), résidences, ressources, rencontres, Tournée des balades sonores (la prochaine autour de l’étang de Berre)…
– Écritures sonores « Fictions de la forêt, l’art de grandir » à , installations, parcours en libournais, avec Permanence de la littérature et la CALI (Communauté d’Agglomération du Libournais)
Chantiers d’écritures et d’écoutes indisciplinées, entre ancrage et itinérance…
On pourrait se demander, en exergue à cette réflexion, quels sont les rapports, entre sons, territoires et kinesthésie, entre soundwalk, balade sonore, et autres PAS — Parcours Audio Sensibles. Quels liens unissent ces différentes pratiques et comment, in fine, se rapprochent-elles d’une partition sonore, voire musicale ?
On pourrait se demander, en exergue à cette réflexion, quels sont les rapports, entre sons, territoires et kinesthésie, entre soundwalk, balade sonore, et autres PAS – Parcours Audio Sensibles.
Quels liens unissent ces différentes pratiques et comment, in fine, se rapprochent-elles d’une partition sonore, voire musicale ? Enfin, la question serait de comprendre comment certaines pratiques enseignent et transmettent à des promeneurs-écoutants, ré-interprètes potentiels, tout à la fois des actions, via un système de consignes, inscrivant les signes d’une forte corporalité dans les territoires arpentés.
Sons, territoires, entre écologie et esthétisme
Pour ce qui est des rapports sons/territoires, un paysage sonore se dessine via l’écoute, en fonction des sources auriculaires, de leurs localisations, mouvements, des échelles sonores dynamiques, spectres timbraux, de leur densité… La topologie, les reliefs, la végétation, la nature des sols, les aménagements, contraindront également tant la propagation des sources, des effets sonores associés, que des postures d’écoute soumises aux contingences territoriales. Entre échos et réverbérations, points d’ouïe panoramiques et espaces enserrés, l’écoutant sera confronté à une multitude d’espaces acoustiques, d’autant plus qu’il pratiquera des écoutes en déambulation. Les soundwalks joueront sur la mise en scène, l’écriture d’une succession d’ambiances, tel un mixage sonore paysager en mouvement, propre au promeneur auditeur.
Nous pouvons, pour creuser le sujet, nous rapporter aux travaux du musicien nord-canadien Raymond Murray Schafer, notamment à son ouvrage emblématique The Soundscape, The Tuning of the World. Cette notion d’accordage du monde, sous-titre de l’ouvrage, pose d’emblée le postulat d’une écoute musicale, esthétique, voire d’un geste d’écoute mêlant une conscience écologique, à la recherche esthétique d’aménités paysagères.
La conscience écologique nous fait alors comprendre la fragilité de nos paysages sonores, ballottés entre la saturation chaotique des milieux urbains et la paupérisation des espaces naturels où la biodiversité souffre de multiples disparitions, que l’oreille saisit et analyse du reste mieux que le regard.
Le fait d’arpenter le terrain, toutes oreilles ouvertes, prend quant à lui sa source dans la pratique des soundwalks, que l’artiste new-yorkais Max Neuhaus a érigés en œuvres d’art, actions performatives, collectives, relationnelles autant que perceptuelles. Nous avons ici affaire à la construction d’une « œuvre de concert » en marchant et écoutant, dans les pas de John Cage – qu’admirait beaucoup Max Neuhaus. L’artiste avait d’ailleurs commencé à partitionner ses soundwalks comme des marches reproductibles. Nous y reviendrons ultérieurement.
De l’écriture à la relecture, de l’interprétation à l’improvisation, comment jouer et rejouer en mouvement la « musique des lieux » ?
À travers ces questions, les notions de jeu in situ, de traces et de consignes, tendent à montrer des formes d’écritures audio-kinesthésiques in situ ou ex-situ, singulières, partitions marchées pour promeneurs écoutants interprètes, voire ré-interprètes.
Écrire et lire, voire re-lire le paysage sonore comme une partition musicale
Penser et parcourir des cadres espaces-temps peut être une dé-marche proche de la psychogéographie debordienne. Comment revisiter des villes, quartiers, espaces péri-urbains, en décalant les modes d’appréhension, les temporalités, les grilles de lecture, en défaisant les codes fonctionnels (et politiques) urbains ? L’écoute nous offre ici, associée à la marche, une approche singulière, qu’elle soit individuelle ou collective. Privilégier un sens, dans des parcours sensibles, nous met à la fois dans un déséquilibre pouvant être ressenti comme très déstabilisant, en même temps que cette posture peut nous apporter de nouvelles jouissances quasiment inouïes. Le sentiment de, modestement, refaire la ville à sa façon, à l’oreille.
C’est également, dans une vision post-Debord, une partition politique, tracée notamment sur une conscience écologique, sans doute un brin anthropocènique, voire sur celle de participer, avec des aménageurs par exemple, à un partitionnage de la ville, dans ses travaux et aménagements incessants.
La notion de partition, « Action de partager ce qui forme un tout ou un ensemble ; résultat de cette action, partie d’un ensemble organisé… Division (d’un territoire, d’un pays) en plusieurs États indépendants… »1apparaît alors logiquement, comme un tracé à l’échelle du terrain, et une proposition d’écoute mouvante, tel un magnétophone à la fois traceur et liseur.
Ville à re-composer
Dans l’espace urbain notamment, il nous est permis de jouer. Jouer, dans un sens musical, des rythmes et dynamiques acoustiques, de construire des superpositions, de mettre en place des transitions, des effets dynamiques, des fondues d’ambiances, des coupures, des mouvements/arrêts — points d’ouïe… Bref, nous devenons une sorte de chef d’orchestre imprimant in situ une expérience kinesthésique sensible, dans l’écriture d’un parcours aux limites du rejoué (post repérage) et de l’improvisé, selon les événements-stimuli que nous rencontrerons.
La rue, la place, l’escalier tracent des lignes qui, vues de dessus, font apparaître les formes d’un parcours jalonné au gré des sons, et qu’il est possible de rejouer à l’envi, en se jouant des aléas du moment.
Nous sommes sur des lignes-mouvements, façon Kandinsky, partition graphique, esthétique, physique, dynamique, sonore et kinesthésique. Le corps traceur et mémoire(s) est en jeu d’éc(h)o-interprétation des milieux, dans des marches sensibles et symbiotiques, où le promeneur se fond dans le paysage qu’il écrit en « marchécoutant ». L’écoutant devient lui-même paysage sonore, comme une sorte de réceptacle synecdotique.
Les traces et rendus comme partitions à re-parcourir
Repérage, plan-guides, signalétiques, cartes sensibles, textes descriptifs, autant d’objets-partitions qui permettent de fixer des parcours — avec leurs marges de manœuvre, d’incertitude, leurs chemins de traverse et les libertés que l’on peut prendre. Physiquement, guidées ou non, les traces nous tissent un jeu de pistes sonores pour jouer, rejouer, ou déjouer, différents espaces à l’oreille.
La notion de déjouer est ici assez intéressante. Mot à mot, qui déjoue ne joue pas, ne joue plus, ou joue autrement. On trouve ici la possibilité de contrarier, de mettre à jour une histoire jouée d’avance. Une forme d’improvisation où les tracés se perdent face à une intuition stimulante.
La musique (des lieux) à la carte n’est jamais totalement acquise, ni parfaitement maîtrisée. Mais l’est-elle plus dans des processus d’écritures de musiques dites contemporaines ? Rien n’est moins sûr selon les œuvres.
Continuant sur des rapprochements textuels, sémantiques, le mot déchiffré, par hiatus interposé, ou coquille, peut glisser rapidement vers défriché. On déchiffre une partition, y compris sonore, en même temps qu’on la défriche, qu’on l’apprivoise en éclaircissant ses zones touffues, en traçant un itinéraire de lecture plus clair. De la page carte au territoire partition, je m’avancerais à dire qu’il n’y a qu’un pas. Plus ou moins grand selon les cas.
La carte-partition nous fait effectuer des allers-retours entre le terrain arpenté et la page pouvant être écrite, déchiffrée, interprétée comme une partition/action.
L’écriture captation traces
Le field recording (enregistrement in situ/de terrain, ou sonographie) sera également une forme de trace organisée, parfois composée, pour re-vivre ex-situ un parcours sonore, en sons fixés, selon la définition de Michel Chion.
Cette pratique, liée parfois à des secteurs spécifiques dont l’audionaturalisme, lui-même intrinsèquement lié à l’écologie sonore et à la bioacoustique, est un exemple très pratiqué aujourd’hui, sous de nombreuses formes et esthétiques.
Les plus « purs » enregistrements bruts, non ou peu retouchés, traces du « réel », dans les limites acceptables du terme, sont une sorte de constat, état des lieux, à l’instant T et dans un espace donné.
Le field recording peut ainsi être une mémoire, une fixation de parcours d’écoute, ce dernier étant de fait un geste qui ne laisse pas d’œuvre matérielle, tangible et a minima pérenne.
Néanmoins, à défaut de re-présentation fidèle, cette trace, capture sonore, pourra faire œuvre également. Plus ou moins retravaillé (montage, mixage, effets sonores), le field recording prendra ses distances avec le terrain pour devenir à son tour création sonore, prenant le pas, si j’ose dire, sur le geste original.
Pour moi, il s’agit souvent de deux œuvres différentes, certes assez fortement liées par l’écoute, le lieu, mais néanmoins autonomes d’une certaine façon.
La première est l’action performative de la marche d’écoute in situ, en générale collective.
La seconde est le résultat d’une captation donnée comme création sonore, pouvant être scénographiée par des dispositifs d’écoute, installations audio-plastiques, applications géolocalisées…
À noter d’ailleurs que dans le cas d’applications géolocalisées, l’auditeur marcheur équipé d’un smartphone, retrouvera généralement le principe d’une petite icône marcheuse parcourant une carte GMS, le guidant vers des points d’ouïe. La carte application se fait là interactive, comme une forme de partition serious game à lire en cheminant.
La vidéo fournira également un média particulièrement intéressant pour rendre compte des actions, paysages, ambiances, parcours, avec une approche « naturelle », sans sources ni colorant sonore ajouté, respectant les sons environnementaux, silences compris.
Quelques vidéos de PAS – Parcours Audio Sensible Desartsonnants
Les partitions — consignes de soundwalks
À l’instar de Max Neuhaus (les Listen), ou de happenings façon Fluxux, voire des partitions graphiques des chorégraphies de Cunningham, des partitions-consignes proposent de jouer ou rejouer des marches d’écoute.
Il existe d’ores et déjà un répertoire, en cours de recensement (Neuhaus, Westerkamp, Corringham, Plastic Acid Orchestra, Cluett, Patterson, Kogusi…).
Gilles Malatray, aka Desartsonnants, construit petit à petit, un répertoire personnel de partitions PAS – Parcours Audio Sensibles, à jouer en solitaire ou en groupe, guidé ou en autonomie.
Aujourd’hui les technologies mobiles, embarquées, les réalités virtuelles et autres serious games nous font imaginer de nouveaux dispositifs ludiques, pouvant étendre sensiblement les modes opératoires de la partition papier, vers de nouvelles interactions marcheur/écouteur-territoire.
Les relations du marcheur écouteur aux territoires arpentés ont sans doute encore de nombreuses pistes de cartographies hybrides, d’écritures kinesthésiques à développer, entre expériences sensibles et dispositifs embarqués, explorations in situ et traces re-composées.