CARNET DE NOTES AURICULAIRES MÉDITÉRANNÉENNES

CARNET DE NOTES AURICULAIRES, PIÉTONNIÈRES, AUTANT QUE MÉDITERRANÉENNES

Loupian
C’est un petit village pittoresque, blotti dans la garrigue, tout près de l’étang de Thau.
C’est une halte régulière, depuis quelques années, pour y retrouver des amis, les créateurs et programmateurs l’espace 0rJJ25, cette année à l’occasion des 10 ans du lieu, et d’autre artistes.
Dans ce village, Desartsonnants, pour y avoir promené les oreilles à différentes reprises, retrouve à l’écoute des points de repères, passages voûtés, placettes ceinturées d’épais murs, grande rue, place centrale  et terrasses de cafés, bancs adossés aux murailles médiévales, magnifique acoustique de la chapelle Saint-Hippolyte… des lieux testés lors de précédents PAS – Parcours Audio Sensibles.
Cette année, ambiance festive, une série de performances et de concerts, d’expositions, viennent animer le centre du village pour l’anniversaire de l’0rJJ25.
Desartsonnants, invité à la fête, décide d’intervenir de façon légère, mobile, à l’improviste, autour de trois postures d’écoute en duo, enchaînées, ou non, à la carte.
Première phase, nous nous asseyons côte à côte, sur des chaise posées ici ou ailleurs. Je propose à mon co-écoutant de chausser une paire de lunettes au travers desquelles on ne voit absolument rien. Posture d’écoute en aveugle. Immersion auriculaire durant quelques minutes, on s’imprègne des ambiances environnantes, on habitue l’oreille à être quasiment seule maître à bord.
Puis doucement, je commence à approcher des oreilles de mon co-écoutant de douces sonorités exogènes, pour un massages sonores spatialisant autour de l’écoutant des sons issus de matières récupérées ici ou là – papiers, bois, boite à musique, billes, pailles de fer,  petits objets divers qui viennent bruisser tout près des oreilles, sans les toucher pour autant, s’approchant, s’éloignant, tournant autour…  C’est une sorte de musique acousmatique, sans dispositif amplifié, sans haut-parleurs, un espace intime au creux de l’oreille, laquelle est mise en appétit pour un PAS – Parcours Audio Sensible en duo, et toujours en aveugle.
Troisième phase optionnelle, néanmoins très demandée, nous partons, main dans la main, effectuer le PAS, une boucle au travers les ruelles et les placette du vieux Loupian. Les sonorités de la fête s’estompent lentement, decrescendo, qui ramènent à l’oreille des sons discrets, ventilation au loin, oiseaux, bruits d’intérieur s’échappant des fenêtres ouvertes en cette belle fin de soirée. Le village se livre, l’écoutant guidé perd ses repères visuels, en retrouve d’autre, l’ouïe bien sûr, la sensation du sol, des micro reliefs sous les pieds, les courants d’air fluctuant au gré des espaces, les sensations d’ombres et de lumière, de chaleur et de fraîcheur… C’est un parcours sensoriel bâti sur la confiance de celui qui guide, sur l’intime, les relations entre des écoutes communes, les lieux parcourus, les sons du moment…
Final crescendo, retour progressif vers la place centrale où les sons de la fête reprennent progressivement le devant de la scène.
On retrouve l’usage de ses yeux, on commente les émotions, l’expérience vécue le temps de ces trois postures d’écoute enchaînées.
Presque 4 heures de parcours enchainés. Une riche et dense expérience à creuser dans d’autres lieux, d’autres ambiances, avec d’autres écoutants, complices d’un instant.

Sète
Deuxième halte sudiste, sous le soleil exactement, dans la ville de Sète.
Ici aussi, des sonorités qui me sont petit à petit devenues familières, au fil de mes passages.
Le port, gréements, mouettes, remous, clapotis, bateaux, vent, un passage commerçant couvert, des halles bourdonnantes, avec de sublimes odeurs et couleurs, des invectives aux accents méditerranéens, et d’autres accents, ou langues, car ce sont, en ce début juillet, les  premières transhumances touristiques…
Les quais sont acoustiquement saturés par une circulation très, très, trop, dense.
Ce week-end, c’est la fête des marins. Défilés de fanfares aux clairons et trompettes un brin désaccordés, ambiances festives, quasi militaires, celles que Brassens, un des héros des lieux, raillait et vilipendait en son temps.
Puis, je monte vers le Quartier du Haut.
Alors, le paysage sonore s’éclaircit, se décante, s’apaise, se désépaissit. Le détail auriculaire reprend droit de cité.
Tout au bout de la corniche, une magnifique vue panoramique, les rumeurs de la ville, mouettes et goélands criards, toujours présents, presque carte postale sonore…
Le cimetière marin, Paul Valéry, des histoires fortement ancrées, si j’ose dire, dans le paysage sètois.
Au bas, la Criée, un nom qui veut bien dire ce qu’il veut dire, une sorte de rituel marchand, assez ésotérique pour le non initié, qu’il faut avoir vu et entendu au moins une fois dans sa vie.
Fin de journée, dans un atelier d’artistes, la Laiterie. Installation in vivo, non prévue initialement à cet endroit, d’une pièce sonore écrite il y a peu, pour et dans une forêt francomtoise. Transposition, délocalisation, un frottement d’univers, des décalages, images anachroniques. Une forêt atypique, au cœur des pentes Sètoise, le son nous joue détours.

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Marseille
Massalia, 10e arrondissement, dans le Jardin du Mas Joyeux
Retour sur un lieu jardin, joliment niché sur les hauteurs du Xe Arrondissements, créé et animé par les amis des Rudologistes associés Sophie Barbeaux, paysagiste et Colin Bailleul, designer. Cet espace est une sorte d’oasis paisible, coupé de la « grande ville » toute proche, où Desartsonnants avait, avec des enfants du centre d’accueil attenant, installé il y a quelques mois un, voire deux Point d’Ouïe  inaugurés et signalisés.
Donc retour à ce point d’écoute, dans ce jardin caché au pied de la garrigue,avec des  discussions autour du son, du paysage, des jardins, de la cuisine, et de moult autres projets ou douces utopies.
Découverte du village des Goudes de nuit, calanque lunaire, étrange bout du monde, fin de ville surprenante, où l’on a envie de partir arpenter ces sites majestueux, où le blanc des rochers illumine un  paysage qui appelle le promeneur écoutant. A suivre…

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Marseille, l’urbanité toute crue, à pied
L’art de faire de l’anti tourisme urbain en marchant !
Choisir un jour à la météo assez chaude, voire très chaude.
Partir à l’heure zénithale.
Parcourir une assez grande distance, des dénivelés, des grands carrefours – par exemple du haut du quartier Saint-Loup jusqu’à Saint-Charles, via Castellanne, à Marseille bien entendu.
Suivre les avenues et rues les plus circulantes, bruyantes et autres « antes ».
Et s’apercevoir au final que tout cela n’est pas dénué d’intérêt, voire génère un certain plaisir, si si, celui entre autre de se frotter à la vraie ville, sur la durée, sur la distance, et ne pas être qu’un passant qui toiserait la cité de haut, ou de loin…

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Autre balade piétonnière à Marseille
Départ le vieux port, sous les fameux grands miroirs, trace de Marseille 2013 Capitale culturelle européenne. Rendez-vous avec un ami du MIM de Marseille, jean-Pierre Moreau, pour faire une promenade causerie urbaine à l’improviste. Durant cette déambulation, nous avons parlé, à bâtons rompus, Unité Sémiotiques Temporelles, écoute, parcours sonores, philosophie,  société, économie, formation, pédagogie, arts, acousmatique, politique, projets personnels, récit, narration, composition… Nous sommes montés jusqu’au pied de Notre Dame de la Garde, la Bonne Mère, et il y faisait très très chaud, avant que de redescendre tranquillement vers la mer. Depuis le vieux port jusqu’aux hauteurs, les sons de Marseille se sont progressivement apaisés, amenuisé, au fil de la montée, de petites rues en escaliers, avant qu’ils ne redeviennent plus denses  au terme de notre boucle urbaine.

Causerie en duo, écoute, balade, une façon qui m’est finalement devenue habituelle et très agréable, pour faire connaissance simultanément avec les gens, et les lieux…

L’autre pratique que je développe avec une certaine constance depuis quelques années, est celle de la chronique, qui vient parfois en appui, en contrepoint à mon vieil ami le magnétophone, mais souvent se suffit à elle-même. La chronique, entre description, ressenti, réflexion, coup de cœur voir coup de gueule, et une arme de description massive. Et bien au-delà de la pure description, le mot transcrit, engendre, crée du paysage, notamment sonore, mais plus largement sensible.

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Retour sur Lyon
C’est là que, paradoxalement, j’ai entendu le plus de cigales… Les temps changent.

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PAS – Parcours d’écoutants en duo à Vaulx-en-Velin

PAS – Parcours Audio Sensible en duo, avec Pauline Sémon, Vaulx-en-Velin centre

 

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Rendez- vous très matinal, 6H30 devant le planétarium de Vaulx-en-Velin, les oreilles presque sous les étoiles. Le temps est assez humide, l’heure bleue, la nuit cède progressivement la place au jour, fondu au gris troué de belles couleurs roses orangées, sur fond de piaillements d’oiseaux prolixes.
Nous partons lentement vers l’intérieur d’îlots bâtis, à travers allées, parcs, cours et espaces de jeux. Le sablé des allées crisse sous nos pas, rythme de marche apaisée. Peu de monde à cette heure, l’espace est essentiellement occupé par les oiseaux qui s’en donnent à corps joie pour saluer le lever du jour et affirmer, entre cris rauques et vocalises virtuoses, leur territoire urbain. Des grands platanes abritent d’innombrables corbeaux, qui nous saluent en croassant avec énergie. Les arrières du campus de l’école d’architecture et de l’ENTPE sont en fait d’agréables espaces, protégés des grands axes, très verdoyants et aérés, résultat d’une recalcification assez radicale du quartier.
Nous arrivons progressivement sur de grands axes routiers. Le niveau sonore s’amplifie graduellement mais sûrement. La voiture (re)devient omniprésente, écrasant le paysage sonore de ses flux parfois hégémoniques. Le contraste entre les allées et parcs que nous avons parcouru en début de promenade et ces artères tracées au cordeau est saisissant, tant visuellement qu’acoustiquement. Zones calmes où il fait bon flâner derrière, zones assez saturées et agressives devant, à l’oreille j’entends. Le point commun est la rareté du piéton, de l’humain, entre heure indue et temps maussade, plus le fait que nous soyons en période  de vacances scolaires, ce qui diminue fortement les flux d’écoliers, de lycéens et d’étudiants dans le centre ville.
Les lumières sont magnifiques, ciel plombé de noir, troué de gris, de rose, d’orangé, de bleu, hésitant à s’obscurcir ou à s’éclairer, jouant de belles et instables variations colorées.
Au terme d’une boucle autour du campus universitaire et de la rue centrale, l’espace se réveille progressivement. Une manifestation sportive, autour du basket a priori, se met en place. Des voix, de l’activité humaine qui nous ont un brin manqué durant votre périple, s’installent en douceur dans l’espace public, révélant à un moment un magnifique et fugace écho.
Aucun PAS, aucun duo ne ressemble à l’autre, tant les lieux, les sons, les couleurs, les espaces, les odeurs, et les dialoguent qui s’installent entre les deux protagonistes écoutants marcheurs raconteurs sont à chaque fois très différents.
Ce sont toujours des tranches de ville, tranche de vie que j’apprécie tout particulièrement. Prendre le temps de marcher en discutant, et vis et versa, c’est s’offrir le luxe d’un partage au rythme des pas, de beaucoup d’improvisations spontanées, sans hâte, plutôt avec quiétude, de belles pages relationnelles.

Pauline Sémon : http://www.p-sem.com/

En écoute

 

 

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLES À MONS

MONS EN ÉCOUTE

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Vendredi 26 février, temps gris et frisquet, Parcours Audio Sensible effectué dans le cadre d’une intervention avec l’école Supérieure d’Arts ARTS2 de Mons,et suite à une conférence au sein de la Faculté d’architecture et d’Urbanisme, invité par Transcultures dans le cadre d’un programme universitaire « Bouquets de sons ».
Cette balade fait suite à de nombreuses déambulations effectuées ces dernières années dans cette même ville, notamment dans le cadre du festival international d’arts sonores City Sonic.
Au fil des explorations pédestres, des choses s’affirment concernant le paysage sonore.
La cité montoise, de par sa typologie, ses reliefs, la diversité de ses bâtis, ses passages, cours intérieurs, escaliers, parcs… est un terrain de choix pour y promener ses oreilles.
Espaces intimes, panoramiques, grandes places et ouvertures de belles perspectives donnent à l’écoute un panel de points d’ouïes, de champs et de hors champs, de couleurs sonores qui maintiennent l’attention et aiguisent les sens.
Quelques signatures acoustiques se font entendre.
La grande majorité des rues sont pavées. Un pavage généralement assez ancien et parfois très irrégulier, bosselé par l’usure du temps et les véhicules qui le maltraitent. La ville gronde souvent par ses bruits de roulements aux fréquences très graves. Si l’on se tient sur le parvis de la Collégiale Sainte Waudru, surplombant une rue en contrebas, « l’effet pavés » est assez saisissant.
D’ailleurs cette imposante collégiale possède une acoustique remarquable, sereine, à ne pas rater pourrait-on dire.
Autre bijou sonore, le carillon du beffroi surmontant la ville au sommet de sa colline. Après presque vingt ans de silence dus à d’interminables et lourds travaux de restauration et de consolidation, ce phare visuel de la ville retrouve de la voix. Il devient de ce fait également un fort beau phare acoustique, égrenant de de douces mélodies ciselées dans l’airain, marquant délicatement les repères temporels de la ville. Il est intéressant de noter que, au détour d’une rue, au fond d’une cour intérieure ou sur la grand place, les tintements campanaires se colorent fort différemment, donnant parfois l’impression que différents carillons jalonnent Mons.
Je ne peux résister à citer Victor Hugo qui, visitant Mons, « écrit ceci dans une lettre à Adèle :
« De temps en temps un carillon ravissant s’éveillait dans la grande tour (la tour des théières) ; ce carillon me faisait l’effet de chanter à cette ville de magots flamands je ne sais quelle chanson chinoise ; puis il se taisait, et l’heure sonnait gravement. Alors, quand les dernières vibrations de l’heure avaient cessé, dans le silence qui revenait à peine, un bruit étrangement doux et mélancolique tombait du haut de la grande tour, c’était le son aérien et affaibli d’une trompe, deux soupirs seulement. Puis le repos de la ville recommençait pour une heure. Cette trompe, c’était la voix du guetteur de nuit. Moi, j’étais là, seul éveillé avec cet homme, ma fenêtre ouverte devant moi, avec tout ce spectacle, c’est-à-dire, tout ce rêve dans les oreilles et dans les yeux. J’ai bien fait de ne pas dormir cette nuit-là, n’est-ce pas ? Jamais le sommeil ne m’aurait donné un songe plus à ma fantaisie. »
Le parc qui entour le beffroi offre sur la ville une splendide vue panoramique à quasiment 360°, et un promontoire, belvédère d’écoute en rapport au champ visuel. On perçoit la ville dans sa rumeur, avec ses innombrables sirènes de polices à l’américaine comme des émergentes assez saillantes. Le vent étant souvent de la partie sur ce point très exposé brouille parfois l’écoute de ses mugissement assez virulents.
Sur la grand place en contre-bas, centre névralgique et historique, où alterne une architecture flamande assez imposante et des reconstruction contemporaine « dans le style de « somme toute très réussie, l’acoustique est également remarquable. Cet immense espace pavé, hyper minéral, très peu circulé, offre à l’oreille de splendides réverbérations, écrins à toutes les sonorités de voix, de talons qui animent la place. De beaux et larges bancs m’offrent régulièrement de splendides points d’ouïe contemplatifs. En été une fontaine que je trouve un brin trop envahissante, bavarde, à tendance à masquer, à gommer un peu trop les finesses auriculaires, de la place, au moins à l’une de ses extrémités. En hiver, cette fontaine hors service laisse toute la place aux bruissements ambiants.
Cette endroit possède également une rythmicité très marquée. Le matin, plus ou moins tôt selon les saisons, elle s’éveille doucement, au sons des terrasses qui s’installent, «été comme hiver, sur quasiment tout le pourtour de la place. Le rythme des chaises et tables raclant ou martelant les pavés s’accélère progressivement dans un crescendo allant de paire avec les voix des passants partant travailler ou se rendant à la gare en contrebas. Autre signal qui s’est fortement accru ces dernières années, le sons des valises à roulettes qui tissent de longues traces sonores, plus ou moins rythmiques, et amplifiées par les pavés et la réverbération ambiante.

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La cité est par ailleurs ponctuée de jolis petits ou grands parcs, tel les jardins du Mayeur ou le parc du Vaulxhall en contrebas, qui préservent de beaux oasis de quiétude por le promeneur urbain
La nuit tombée, les tables et chaises se replient contre les devanture, effet decrescendo, les passant, en ce mois de février se font de plus en plus rares, tout s’apaise, le carillon prend un peu plus de présence, sans toutefois trop violenté l’espace.
Un passage commercial couvert au centre ville propose de belles sonorités, notamment la porte d’une grande et belle libraire qui carillonne joliment de la même façon depuis des années, repère sonore presque rassurant dans son immuabilité.
Bien sûr, Mons n’échappe pas à quelques horreurs acoustiques. Une muzzac très envahissante dans la rue piétonne principale et un « ring », ceinture périphérique hyper circulante en fond partie.
Certaines zones se sont, ou plutôt ont été fortement apaisées. Ainsi, la place du marché aux herbes avec ses bars très étudiants, qui les fins de semaines se transformaient en discothèques à ciel ouvert, des sound systems rivalisant de watts, et les pavés de la place recouvert d’un tapis crissants sous les pas de verre en plastique à été très « nettoyées », au point de paraître aujourd’hui presque une belle endormie
Néanmoins, et je pense que vous l’aurez compris, la cité demeure pour moi une belle scène d’écoute qui se révèle de plus en plus finement au fil de mes venues.

Album photos du PAS montois – Cliquez ici

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 Liens

Transcultures

ARTS2

Mons

 Faculté d’architecture et d’Urbanisme

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLES UNE EXPÉRIENCE DE LA RÉSISTANCE

Marcher, écouter, résister

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Ralentir le pas,
prendre le temps de l’écoute,
du paysage ici et là,
de soi, de lui, de l’autre
instants slow life,
oasis de calme,
résister au speed,
ne pas céder au zapping,
temps d’immersion,
décroissance en mode doux,
écologie sonore,
pour mieux s’entendre,
défense d’une belle écoute,
urbi et orbi,
résister au repli sur soi,
écoutez la différence,
savoir s’étonner,
savoir étonner,
rechercher l’altérité,
ne pas (trop) s’isoler sous casque,
cultiver un art relationnel…
Écouter, c’est résister !

 

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GÉOGRAPHIE AURICULAIRE – QUIET SOUNDSCAPE

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Géographie auriculaire et récits de calmes paysages

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Marcher n’est pas une finalité en soit, ni même écouter, serait-ce en marchant.
Un marcheur écoutant sachant marcher et écouter marche t-il toujours en écoutant, ou bien écoute t-il toujours en, marchant ? Question métaphysique, rien n’est moins sûr.
Les soundwalks, ou balades sonore ou PAS – Parcours Audio Sensibles, dans la terminologie desartsonnantes, seraient-elles propices à créer et à entretenir le récit, un récit, des récits, ceux d’univers sonores aussi multiples qu’il existe de lieux, de situations, et sans doute de paires d’oreilles ?
Le récit fait-il vraiment état de l’audible, au même titre que l’audible s’écrirait dans un récit ?
Récits de ville, expériences de terrain, parcours partagés, tranches de ville et de vie, choses entendues, sous-entendues et imaginées, quelque soit le sens, les sens, l’essence de la marche, la chose entendue et racontée me semble  primordiale, même dans son intrinsèque fugacité sonifère.
Avec ou sans parole, la transmission, le partage d’une exploration sensible, paraissent mettre au diapason de l’écoute différentes sensibilités, en même temps qu’ils font émerger des degrés d’analyses plus ou moins consciente, des situations d’immersion existantes, des plongées urbaines, ou non, concertantes et concertées, des menus ou de grands plaisirs, a priori à portée d’oreilles.
Mais à quelles, ou de quelles oreilles parle t-on ? Oreille interne, externe, impliquée, appliquée, novice, habituée, experte… ?
Pour en revenir à a marche versus écoute, elle nous construit en même temps qu’elle participe à construire nos propres environnements, y compris sonores.
La marche, ici envisagée comme une soundwalk, nous stimule dans l’approche d’une géographie auriculaire – auriculaire donc très singulière.
Nous avons affaire à la singularité de l’inouï, de l’in ouïe, du décalage induit par la mise en avant du sonore, qui prend ici la pas sur d’autres modes de perceptions, tout en ne les effaçant pas.
La marche, et en particulier la balade sonore, nous questionnent et peuvent nous aider à :
créer des chemins d’écoute, les nôtres propres, ou ceux qui seront arpentés, voire conçus collectivement
en dresser les profils, les reliefs, les détours, les embûches, les spécificités, les attraits
entrevoir et concevoir des espaces comme de véritables  territoires inouïs, avec leurs espaces spécifiques, leurs volumes, plans, fonctions, usages
Imaginer et fabriquer des représentations, des images, des partitions, des collections, des inventaires, des cartes
trouver des points de repères auditifs structurant de façon spatio-temporelle l’espace, ou s’y perdre, à l’envi
aller de points d’ouïe en points d’ouïe, cheminer, s’inventer des sortes de pèlerinages sonores, se fixer des marqueurs auriculaires nous ancrant dans les paysages familiers ou exotiques, endogènes, ou exogènes
guider, flâner, parcourir, arpenter, se laisser conduire ou bien errer, tout simplement, si tant est que l’errance soit vraiment chose simple
baliser son chemin, le faire itinéraire, parcours repéré, tout en restant ouvert à l’imprévu, aux chemins de traverse, à l’improviste et à une forme d’improvisation en marche
chercher à bien, ou à mieux s’entendre, ou non, avec des lieux, sa ville, son quartier, les écoutants potentiels avec lesquels nous pourrions partager nos écoutes…

Ces propositions s’appuient en fait très largement sur les expériences in situ, à un moment donné, sur des récits personnels, des géographies sensibles, n’étant peut-être qu’hypothèses, tentatives d’échappées, ou rêveries. Sans doute n’influeront-elles que le marcheur qui veut bien y prêter l’oreille.

Ce sont là  des axes de recherches et de réflexion  bâtis sur de l’immatériel, des objets d’écoute et ambiances  intangibles, éphémères, laissant ainsi, fort heureusement, prise à un imaginaire latent. Cet imaginaire pourrait d’ailleurs bien vite brouiller les cartes, dans toutes la polysémie du terme, et ainsi détourner, mettre en difficulté toute orientation, même des écoutants les plus avertis et aguerris.

Géographiquement parlant.
C’est une géographie bâtie sur la fragilité, la versatilité et les caprices du récit, et donc aussi sur les lacunes du récitant, de sa partialité, de sa mémoire subjective, versatile et fragile.
C’est une géographie du sensible qui sera donc décryptée très personnellement, selon les personnes qui voudront bien prendre pied sur les territoires qu’elle tend à dessiner, et en fonction de ce qui s’y passera.
C’est une géographie de l’instant, du moment, susceptible d’être remise en cause par le chamboulement urbanistique d’une métropole, un orage subit, le passage d’un troupeau ensonnaillé, l’envol d’un oiseau, et bien d’autres micro ou macro événements, à court ou à long terme…
C’est une géographie qui trace des contours incertains autant que mouvants, des espaces poreux, des transversalité, des interstices capricieux, des trompe-l’oreille pouvant égarer, souvent avec bonheur, le promeneur écoutant.
C’est une géographie qui n’est pas pressée de se construire, déployant ses cartes au pas à pas, dans le sens de la marche, ou à contre sens, y compris lorsque la déambulation tend à devenir erratique.

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Bref les paysages sonores, dans leurs dimensions spatio-temporelles, qui alimenteront les récits, ce derniers pouvant, par réciprocité, créer les paysages, n’auront de véritables existences qui si nous les entendons, voire les écoutons, et plus encore, les pratiquons. Pratique d’arpentage parfois obstinée qui peut aller jusqu’à une forme d’usure, une érosion du terrain comme de sa représentation, qui mettrait à nu de nouvelles strates soniques.
Il en ira de même pour une géographie sonore, tissée de récits, et/ou tissant des récits, qui n’existera que si des écoutants veulent bien s’engager dans des terrains semés et tissés de sonorités, parfois clairsemées, parfois touffues, où il s’agira de se frayer un chemin d’écoute à travers sons, voire de le débroussailler. Du magma sonore initial à l’apprivoisement de particules auriculaires, vers l’invention du quiet soundscape.

Il convient en tous cas de se garder une marge de manœuvre qui préservera des espaces acoustiques imaginaires, des lieux où l’oreille puisse encore rêver, s’évader, détourner et tordre les paysages quotidiens, pour ré-émerveiller la cité, la forêt, le jardin… La géographie, plus qu’une matière scolaire ou scientifique, nous permettant de situer des lieux, des pays, des villes, m’a toujours fait rêver d’horizons lointains, iles de Robinson ou grand Nord de Jack London, villes du passé ou cités du futur, façon science friction… L’utopie de paysages sonores qui seraient inscrits dans une géographie à la mesure d’un promeneur écoutant, dans sa quiète et longue temporalité, qui résisterait tant que faire ce peut à la folle course/croissance/excroissance, reste un projet collectif. Un projet de terrain, de territoire, une quête d’espaces qualitatifs, auditivement vivables,  jalonnés de « Points d’ouïe », façon Desartsonnants, des sortes de bornes-repères, aussi réels et identifiés qu’immatériels et symboliques, objets d’étude comme espaces oniriques et oasis de calme. Espaces où le promeneur écoutant pourrait faire halte pour y retrouver des équilibres salutaires.

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CRÉATION RADIOPHONIQUE – « UN PROMENEUR ÉCOUTANT »

Un promeneur écoutant

 Jeudi 03 février 2016 à 23H – France-Culture – Création On Air

À la frontière entre acte po-éthique, écologique et spirituel, la marche d’écoute (soundwalk) est une pratique, un acte qui nous relie fortement au monde. Nous emboîtons le pas de Gilles Malatray (aka Desartsonnants) et partons pour quelques promenades d’écoutes buissonnières

Gilles Malatray sur un banc, à l'écoute Gilles Malatray sur un banc, à l’écoute Crédits : Zoé Tabourdiot – Radio France

**Auteur – Metteur en Son : Stéphane Marin

**Réalisation : Marie-Laure Ciboulet et Lionel Quantin

**Technique : Philippe Bredin, Benjamin Thuau

Pour profiter intégralement des espaces sonores binauraux, nous vous invitons à chausser vos casques d’écoutes.

Philippe Bredin & Gilles Malatray en tournage Philippe Bredin & Gilles Malatray en tournage Crédits : Stéphane Marin

À la frontière entre acte po-éthique, écologique et spirituel, la marche d’écoute (soundwalk) est une pratique, un acte qui nous relie fortement au monde. Partir marcher, en écoutant, simplement, dans le plus simple appareil, sans aucune médiation technologique, à oreilles « nues », constitue non seulement une relation privilégiée et im-médiate à notre environnement mais est aussi un acte citoyen fort, une manière, solitaire ou complice, d’arpenter, de faire l’expérience, finalement d’habiter et de partager un espace public transfiguré.

Emboîtons le pas de Gilles Malatray (aka Desartsonnants) à l’occasion de plusieurs promenades d’écoutes buissonnières, formelles ou moins, publiques ou non, familières ou impromptues, hors ou dans les murs, afin de restituer, à travers nos micros les chemin-ement-s de ses écoutes, afin de frotter nos oreilles à sa dé-marches singulière, pas à pas, mots à mots…

Puis recomposons, à la croisée de toutes ces pistes, des paysages sonores, précisément là où l’on entendait préalablement que des bruits… Et finalement, invitons l’auditeur à l’écoute de son propre environnement sonore à travers une écoute active et consciente.

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Stéphane Marin & Gilles Malatray Crédits : Stéphane Marin

Textes de : Gilles Malatray et Stéphane Marin

Avec les voix de:

« Le promeneur écoutant »  : Gilles Malatray

« Elle » : Aurélie Charon

« Le Lecteur » : Gilles Bouly

Gilles Malatray au casque anti-bruit
Gilles Malatray au casque anti-bruit Crédits : Stéphane Marin

> Site de Stéphane Marin | Espaces Sonores 

> Site de Gilles Malatray | Desartsonnants

> Site Desartsonnants

Intervenants :

Bibliographie

Le promeneur écoutant
Le promeneur écoutant Plume, 1993- Michel Chion

Le paysage sonore : Le monde comme musique
Le paysage sonore : Le monde comme musique Wildproject Editions, 2010

Walkscapes Actes Sud , 2013

A l'écoute de l'environnement : répertoire des effets sonores
A l’écoute de l’environnement : répertoire des effets sonores Editions Parenthèses, 1995

 

Lien France Culture : http://www.franceculture.fr/emissions/creation-air/un-promeneur-ecoutant

POINTS D’OUÏE – NOMADE LAND + DESARTSONNANTS

FABRIQUE DE PROMENADES (SONORES) URBAINES

PROMENONS NOUS DANS LES SONS !

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NOMADE LAND, fabrique de promenades urbaines et DESARTSONNANTS, promeneur écoutant, vous proposent de marcher de concert… Écologie sonore, sons de la ville et du quartier, autour du chemin de l’école, lycées, universités, manufactures d’écoutes pour les comités d’entreprises, auscultations paysagères pour les centres hospitaliers… Et plus encore, taillé sur mesure pour vos oreilles…

Intéressés ?

C’est par ici : http://www.nomade-land.com/…/01/10/lecologie-par-les-oreil…/

Contact : NOMADE LAND

POINTS D’OUÏE – L’ÉCOLOGIE SONORE À L’ÉCOUTE

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE AUTOUR DE L’ÉCOLOGIE SONORE

Desartsonnants vous propose un PAS – Parcours Audio Sensible, sous forme d’une balade in situ, présentant les concepts de l’écologie sonore, de Murray Schafer à nos jours. Au programme, déambulations ponctuées de points d’écoute, lectures, commentaires, et autres surprises auditives…

POINTS D’OUÏE PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE EN DUO D’ÉCOUTE OPUS 7

Confluence d’ écoute(s) avec Quentin Thirionet

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Comme à l’accoutumée, un PAS en duo d’écoute, offre à un promeneur volontaire, la liberté de choisir un lieu, un parcours, un moment, pour deviser en toute liberté, à micros ouverts, sur une approche instinctive, in situ, sensible, autour des paysages traversés.

On y entend, on y voit, on y ressent, on y croise, on a envie de dire, ou non, d’extrapoler, de décrire d’imaginer, de questionner… Format très libre !

Une tranche de ville, ou un site naturel, un instantané brut de montage, sans artifices d’embellissements, assumant ses dérives, longueurs, déséquilibres, bavardages, indécisions ou partis pris.

Quentin, compositeur, vidéaste, metteur en son pour le théâtre, bidouilleur de « machines sonores » et dotée d’une oreille hardie, s’est plié à l’exercice.

10H du matin, place Carnot, beau soleil, température fraîche mais sans plus. Des lumières de fin d’automne qui incitent à la promenade.

Le marché de Noël se réveille, les baraques ouvrent, on installe tranquillement bibelots et nourritures.

Un flux de passagers travailleurs descend de la gare, et traversent l’espace, l’air très affairés.

Des valises à roulettes cliquetantes, ici ou là, signature quasi emblématique d’un espace multimodale.

Des tramways « vers de terre » suivent leurs sillons ferrés, tranquillement, presque débonnaires.

Une gare et ses environs est une véritable collection de sons, d’ambiances, un catalogue offert à l’écoute et au regard.

Traversée de la gare underground, des passages souterrains sombres, humides, réverbérants, parfois presque à l’excès, des pas et des voix croisés, toujours le tram courant d’une halte à l’autre. Ce dernier nous suivra d’ailleurs jusqu’au bout, dans sa ligne trajectoire vers le tout nouveau quartier Confluence.

Sortie à l’air libre, de l’autre côté de l’échangeur multimodale, architecture monstre, coupant brusquement, sans concession, deux territoires urbains.

Places des archives, espace clair, ouvert, offert à la déambulation, ou à la pause casse-croûte ou aux discussions des étudiants de la Faculté catholique, récemment installée.

L’arrivée de cette foule d’étudiants à chambouler le quartier, lui donnant une nouvelle vie agitée de rires et de cris.

Nous  pénétrons dans l’université, micros en main.

Architecture claire, monumentale, lumineuse,de vitres et de pierres.

Un vigile nous interpèle. Nous expliquons brièvement notre projet du moment, sur le paysage urbain. Ce qui semble lui convenir, il n’en sera hélas pas toujours ainsi dans la suite de la balade.

l’intérieur de cette université flambant neuve à conservés en son sein, des murs de l’ancienne prison, joliment intégrés dans l’ensemble architectural. On se demande si, à l’intérieur, subsistent des traces gravées sur les parois, messages, barres de comptage de jours, de mois, d’années…  Sans doute que non. En tout cas, l’acoustique est fort plaisante.

Nous remontons une large avenue, espace de transition entre la gare et le quartier hi-tech des Confluences. Rythmes de tramways, toujours, portes, voix, flux, séquences, glissements urbains…

Pour échapper au flots motorisés, nous empruntons des chemins de traverse, zigzagant en direction du Rhône. Tout s’apaise subitement. Des espace en requalification, chantiers, zone en construction, semblant indécises entre le passé et le devenir.

Une magnifique séquence sonore, un train au loin, circule lentement, sur un pont métallique en sortie de gare, sons de freins aux notes pures, deux sons comme accordés à la quarte, mélodies, rythmes, musique des lieux… Puis, au détour d’un bâtiment, une gosse tondeuse autotractée déboule sans prévenir, grognements, elles disparait vite, le calme revient, résillience acoustique, des pas et des voix qui viennent rééquilibrer les espaces de proximité avec le back gord au lointain.

Nous avançons vers le nouveau quartier. Formes architecturales surprenantes, parfois un brin audacieuses, parures ajourées, multicolores, ostentatoires… Une sorte d’exercice de style architectural qui tient de la démonstration, du catalogue, le tout un brin tape-à-l’œil.

Un calme surprenant.

Peu de mouvement, peu d’activité, presque trop calme pour être urbain, ou donner l’impression rassurante d’un quartier bien vivant.

Nous débouchons sur la « darse », avancée d’eau entre deux rangées de bâtiments, canal  intérieur en forme de petit port, façon méditerranée, qui vient s’échouer en cul-de-sac, face à l’Hôtel de Région. Trois bateaux de plaisance et quelques mouettes s’y sont invitées, pour parfaire le décor.

Soudain, un important groupe de personnes déboule d’on ne sait où, du bout du quai. nous fendons ce flot humain et bavard, le traversons, à contre-sens… Quelques brassards, porte-voix… Une manifestation ? Les bribes de paroles captées dans le flux ne nous en apprendrons pas plus.

Direction le centre commercial Confluence.

Espace haut, large, vitré, et singulièrement désert en cette proximité des fêtes de Noël.

Encore un indice de la difficulté de ce quartier à trouver un rythme de croisière qui l’assimile à un site urbain véritablement actif, accaparé par ses résidents, ses visiteurs…

Musac traditionnelle. Un Renne géant, immense marionnette pantin Père Noël, à la voix grave et tonitruante, apostrophe les visiteurs, leur proposant de venir jouer à une tombola commerciale. Drôle, décalé, kitch à souhait.

A deux pas, une grande fontaine, érigée en murs d’eau ruisselante, glougloute et clapote, au son d’oiseaux exotiques. On a cru bon de rajouter des sons aquatiques amplifiés à la scénographie. Là encore, un bien étrange design sonore, lui aussi très kitch, surtout lorsque la voix du grand renne vient s’en mêler. Tout près, un immense show room d’ordinateurs ornés de pommes. Un brouhaha tamisé, une cohorte de vendeurs de rouge vêtus, des conversations très geeks, un des seuls espaces vraiment vivants de ce complexe commercial.

Et c’est là que les choses se gâtent.

Un vigile vient nous voir en nous disant qu’il est interdit d’enregistrer dans ce lieu. Je lui explique que nous n’enregistrons que des ambiances sonores, ce qui et du reste parfaitement vrai. Il téléphone son PC et finit par acquiescer et s’éloigne.

Nous continuons donc notre écoute, captation. Peu après, il revient à la charge, nous expliquant que la loi nous interdit d’enregistrer sans autorisation dans ce lieu. Deuxième tentative de négociation, Une loi ? Ah bon ! Laquelle ? Nous voila donc partis pour nous expliquer auprès du responsable du PC sécurité. Nouvelles questions, des lois encore, en fait purement inventées pour appliquer des strictes consignes de sécurité post 13 novembre. Nous abdiquons finalement, et sortons, encadrés des vigiles, du centre commercial. De toute façon, nous avons mis en boite ce qui nous paraissait intéressant. La liberté de l’espace public se restreint bel et bien pour le preneur de son, voire pour tous ses usagers. Un brin inquiétant et agaçant, cet usage répressif de l’état d’urgence, ce musèlement dés que quelque chose sort un tant soit peu de l’ordinaire ! Vive les grandes masses dociles et silencieuses, et surtout pas de vagues !

De retour à l’air libre, nous remettons le magnétophone en marche et poursuivons vers la partie du quartier qui est encore en démolition reconstruction. D’anciennes halles et quais subsistent, vestiges d’un immense marché gare, aujourd’hui presque totalement rasé. Des engins de chantier partout, ambiance mécanique et slaloms entre les barrières de chantiers et les tas de gravats. Certains, bâchés de noir, vibrent joliment dans le paysage, comme une imposante installation land art involontaire

Rues désertes, longeant des espaces dents creuses, tiers lieux lépreux, en cours de démolition, des décharges sauvages, des terrains vagues où se posent parfois les cirques de passage. Espaces également accaparés par la prostitution, petit à petit repoussée de plus en plus loin vers l’extérieur de la cité, avec toutes les zones de violences cachées et de non droit que cette politique de nettoyage des centres peut générer.

Arrivés quasiment à l’extrémité de la Confluence, face au monstre métallique, nuage improbable du musée au titre éponyme, nous remontons en longeant la voie du tramway, sorte de ligne rouge mouvante et sonore de notre périple.

Un jardin urbain, avec un petit lac, quelques glougloutais, et beaucoup d’oiseaux. Soudain, une longue sonnerie de sirène, test du premier mercredi du mois ,transperce l’espace de ses hululements stridents. Puis à nouveau, tout se calme, et tout semble encore plus calme en comparaison avec le déferlement sonore qui vient de s’éteindre.

Petit à petit, retour dans des espaces plus habités, qui se densifient progressivement à l’approche de la gare. L’église Sainte Blandine est ouverte, nous y pénétrons. Les églises sont toujours d’agréables oasis de calme, nimbées de réverbérations donnant aux presque silences des lieux, des écoutes  limpides, qui se mêlent aux projections colorées des vitraux, marbrant le sol de lumières chatoyantes.

Pour traverser la gare, toujours par le dessous, nous empruntons cette fois-ci un très long tunnel tout en courbes, où se côtoient piétons, vélos, autos et motos, planches à roulettes, dans un joyeux mais à la longue stressant capharnaüm acoustique. Les ambiances sonores sont largement amplifiées par des voûtes bétonnées. Un groupe de jeunes adolescents exercent leurs expressions vocales dans de bruyantes joutes orales, cris et chants. Ajouter à cela quelques motos bien timbrées dans les fréquences graves, l’ambiance est à la fois quelque part jouissive, et à la limite du supportable.

De nouveau à l’air libre, retour sur la place Carnot, après un périple de deux heures trente environ, comme toujours riches en événements et échanges. En attendant les prochains PAS…

 

En écoute

https://vimeo.com/user13635839https://ephemeride.bandcamp.com/

https://vimeo.com/user13635839https://ephemeride.bandcamp.com/

POINTS D’OUÏE – L’ÉCOLOGIE SONORE EN MARCHE

L’ÉCOLOGIE PAR LES OREILLES !

Bellevue-2

SAMEDI 16 JANVIER
14h
Avec Desartsonnants, alias Gilles Malatray, artiste créateur sonore, promeneur écoutant.

Une petite histoire du paysage sonore. Des lectures, des pas, des écoutes, des expériences.
Le paysage urbain considéré comme une installation sonore à 360° ! Une façon de se rafraîchir l’écoute en s’immergeant dans des espaces de la vie quotidienne. La ville à fleur d’oreille.
Cette promenade urbaine propose de comprendre et d’expérimenter l’écologie sonore en marche, depuis sa création avec Murray Schafer.

« L’écologie sonore, est l’étude de la relation entre les organismes vivants et leur environnement sonore. C’est un concept formulé à l’origine par le canadien Raymond Murray Schafer dans son livre de 1977  Le Paysage sonore.  Il s’agit essentiellement d’apprendre à écouter les « paysages sonores » pour  en comprendre les fonctionnements et dysfonctionnements, mais aussi pour jouir , dans une approche sensible, artistique, créative et descriptive, de la « Musique des lieux ».


 

Tarifs: 10 et 8 euros
Inscriptionici
Le lieu de rendez-vous vous sera communiqué deux jours avant la date de la promenade.

 

Sources : http://www.nomade-land.com/

POINT D’OUÏE – PARCOURS AUDIO SENSIBLE À LYON

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE AGERA

Balade sonore en presqu’ile lyonnaise, le 22 octobre 2015

Je vous relate ici une déambulation écoute, un PAS – Parcours Audio Sensible, jalonné de Points d’ouïe, avec une vingtaine d’étudiants de Grandes Ecoles, via l’AGERA (Sciences po Grenoble, ENTPE, ESAM et Ecole d’architecture de Lyon…), et Nomade Land. Ils sont allemands, chinois, croates, espagnols, anglais… et sont là pour découvrir Lyon autrement. Certains ont choisi l’histoire, le patrimoine, la gastronomie, le street art… Ce groupe là a chois! de d’écouter Lyon, en tous cas une partie de sa presqu’ile, centre urbain névralgique.

Le temps est très beau, les lumières d’automne magnifiques. Nous sommes partis pour environ deux heures trente de marche, entre la place Bellecour et celle des Terreaux, via moult chemins de traverses.

Ecouter, regarder, découvrir l’hyper centre de la cité lyonnaise, de façon un brin décalé, constitue donc le programme de cet après-midi.

J’ai décidé de montrer, et autant que possible de faire entendre, à la fois les aménagements et architectures emblématiques, rue de la République, espace piéton haussmanien incontournable, les grandes fontaines, le passage de l’Argue, galerie marchande couverte fin XIXè, le Palais Saint-Pierre, musée des Beaux-arts, l’Hôtel de ville, le musée de l’imprimerie et sa cour intérieure renaissance, l’église des Cordeliers… Le Lyon historique et patrimonial en quelque sorte. Mais j’ai aussi la perspective d’explorer des endroits décalés, insolites. La traversée d’un super marché par le rayon parfumerie (odeurs en sus), le hall d’entrée d’un cinéma, un manège pour enfant, un parking souterrain, des travaux… Un Lyon moins habituel, surtout si l’attention se porte (aussi) sur les sons.

Je joue sur la surprise, la diversité, parfois le jeu, la posture, l’étrangeté des situations, et surtout, les coupures et changements assez rapides qui nous permettent d’appréhender un centre ville, entre intérieurs/extérieurs, grands espaces et lieux resserrés, nobles, monumentaux, historiques ou triviaux, sombres ou lumineux, bruyants ou calmes…

Quelques moments forts.

Un panneau routier qui vibre très longtemps lorsqu’on le frôle, semblant animé d’un quasi mouvement perpétuel, rythmique, sonore, dans une sorte d’impasse visuellement très intéressante de par ses perspectives diverses.

Une belle engueulade des plus sonores sur un chantier.

Le silence et la magnifique acoustique de l’église des Cordeliers.

Le calme et la sérénité architecturale de la cour intérieure du musée de l’imprimerie. Anecdote : ayant installé dans ce lieu quelques sons alentours, ces derniers venant gentiment troubler l’espace acoustique, une première responsable de l’établissement vient me demander ce que nous faisons là. Après avoir tenter de lui expliquer le but de notre promenade, elle me dit que la prochaine fois, il serait bien de demander une autorisation officielle pour ce genre d’intervention. Pour la petite histoire, elle m’a déjà fait la même requête un an auparavant, lors d’une promenade similaire avec l’AGERA. Peut-être me résoudrais-je un jour à faire les choses dans les clous… Une deuxième vient me questionner, trouve la démarche très intéressante et, curieuse, reste un peu avec nous pour écouter son propre lieu de travail. Nul n’est prophète en son pays, oreille comprise.

Autres surprises, une véritable collections de sons aquatiques, les fontaines, petites ou monumentales, se posant comme une série de jalons sonores ruisselantes au travers la ville. Avec l’une d’entre elle, toute petite et toute mignonne, encastrée dans un angle de rue, nous jouons avec des objets d’écoutes divers à ausculter ses glougloutis, mais aussi les espaces environnants.

Puis, c’est l’imposant hall d’accueil, ancien réfectoire des moines, du Palais Saint-pierre, musée des Beaux Arts, et sa superbe acoustique, révélée au fil des pas et des voix des visiteurs. Une halte acoustique et visuelle absolument incontournable, avant que de découvrir son superbe jardin, oasis de fraîcheur et de calme très apprécié des lyonnais comme des touristes.

Nous longeons une école maternelle donc le préau et la cours donnent sur une rue très étroites, très minérales, ceinte de hauts et anciens bâtiments. Les voix des enfants en récréation prennent une joyeuse et tonitruante place !

Bouquet final, le niveau moins 7 du parking des Célestins. Des sons cathédrales, une semi obscurité,l’espace ébranlé de voitures qui tournent longuement au-dessus de nos têtes, dans une rampe hélicoïdale, pour rejoindre l’air libre, et l’imposante sculpture en miroir de Buren qui vient fragmenter les lieux par un magique kaléidoscope. Une alliance de sons et de lumières, d’acoustiques et d’architecture qui clôt joliment notre parcours.

C’est la fin d’une balade assez silencieuse, entre nous en tous cas, très peu de paroles échangées, mais une belle communion sensorielle, un groupe soudé via l’écoute. Objectif atteint !

PS : Un très grand merci à Marylou Petot, qui m’a accompagné lors de ce parcours, pour ses prises de sons et photos !

Diaporama ici

En écoute ici

POINTS D’OUÏE – OPEN LAB À LYON BRON

PAS – Parcours Audio Sensibles

Open Lab – Mermoz Pinel, Lyon-Bron « Chants du quartier »

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Un nouveau parcours Audio Sensible en deux temps, quartier de Mermoz Pinel, dans le cadre du projet Lyon Bron , Mermoz Open Lab. Mermoz Pinel est un quartier en périphérie de Lyon et de Bron, où un habitat assez disparate, entre maisons individuelles, et grandes unités d’habitation, s’entremêlent. Comme point centrail, un grand centre commercial avec galerie marchande donnant sur le vaste parvis d’une station de métro, ainsi qu’un joli parc urbain très boisé;  le décor d’une banlieue somme toute assez caractéristique des franges périurbaines est dressé. Ajoutez à cela un maillage d’importants axes routiers, périphériques, venant découper assez brutalement certaines zones, et un programme de réhabilitation en cours, avec l’extension du super marché et la démolition -reconstruction d’unités d’habitations toutes proches. La quartier offre ainsi une grande diversité, des friches, des zones pavillonnaires, des commerces, des espaces en travaux, des axes très circulés, ou très calmes, jardins d’enfants… bref, tous les ingrédients pour construire un parcours d’écoute intéressant.

Première phase, un repérage, très pluvieux ce matin là. On arpente le quartier à la recherche d’ambiances, de sources sonores originales, ou non, de points d’écoute qui accrochent à la fois l’œil et l’oreille.

Si la pluie peut être un handicap pour une écoute confortable, elle peut aussi nous offrir de très belles séquences auditives. D’emblée, derrière le bâtiment d’où nous partons, un délaissé, arrière-cour, passage entre deux bâtiments commerciaux, propose un premier terrain d’écoute où les glougloutis des caniveaux dialoguent avec les clapotis de gouttes, le tout joliment réverbérés par les murs assez serrés. Bref, notre oreille transforme ce lieu assez anodin, en scène auriculaire mettant en valeur la pluie dans tous ses états. Une excellent façon de se mettre l’oreille en condition.

Un peu plus loin, nous nous engageons dans une ruelle non goudronnée, bordée de petites maisons particulières, et finissant en cul-de-sac. Cette ruelle, sorte de tiers-lieu mi sauvage mi aménagé, ilot de calme enserré entre une zone commerciale et d’importants travaux de démolition, nous amène sur un de ces petits lieux magiques, plate-forme surplombant des travaux et nous offrant un vaste panorama visuel et sonore que nous restons longtemps à écouter/regarder. Dans cette même ruelle, un très gros cône de chantier nous permet de tester un objet loupe acoustique improvisé, on en joue.

En contre-bas, un jardin d’enfants avec un toboggan métallique, lequel est encore prétexte et support pour écouter diverses micro percussions, celles de la pluie en l’occurrence, en collant l’oreille au montant du jeu. rafraîchissant pour l’oreille et assez magique !

Puis, nous nous trouvons face une immense machine dont le bras articulé grignote, rogne, défonce un bâtiment déjà bien éventré, dans d’impressionnants sons de chocs, de gravas qui s’écoulent, de crissements de grincements de heurts sourds et de claquements secs… Un vrai catalogue, inventaire sonore de chantier urbain qui nous retient captivés de longues minutes.

Sur le parvis d’une église contemporaine, 3 cloches en campaniles, à hauteur d’homme, à hauteur de regard également, nous cadrent un paysage assez silencieux, laissant imaginer les tintements qui l’agiteront lors de la sonnerie des dames d’airain.

Une sente dominant une voix expresse, et nous amène à l’entrée d’un grand parc boisé, où les sons de la ville s’estomperont à mesure que nous pénétrerons en son cœur, sans toutefois effacer totalement la rumeur urbaine environnante.

Nous enchainons par la descente dans l’entrée d’un métro, un couloir très large, réverbérant à souhait, où nous installons temporairement, via de petits haut-parleurs autonomes, des sonorités de villes en différents points de l’espace. Nous créons une polyphonie tout à la fois discrète et surprenante où l’ambiance du métro est gentiment perturbée par d’étranges sonorités exogènes.

Le trajet se poursuit par la traversée d’un super marché. Musique d’ambiance, chaleur et lumières, voix et pas faisant bruyamment claquer la plaque métallique de sortie d’un escalier roulant, le changement extérieur/intérieur est assez radical !

Et pour finir en beauté, le parking en toit terrasse du super marché, imosante dalle dominant le quartier, la friche, les travaux d’extension d‘un parking où une grue vient déposer, à quelques mètres au-dessous de nous, des trémis de béton dans de beaux bruits de matière visqueuse s’étalant dans les coffrages. Ici encore, une vue et une écoute surprenante, panoramique, où la spacialisation des sons permet de se rendre compte de la diversité sonore et des subtils mouvements des sources, dans un territoire en pleine mutation. Pour un repérage, ce fut une première riche expérience d’immersion dans les chants du quartiers.

Deuxième étape, la promenade, en nocturne, emmenant des promeneurs écoutants invités à écouter leur quartier.

Celle-ci a été écrite, travaillée par Vincent Rotsap et Josselin Anne, tous deux jeunes résidants du quartier, et passionnés de sons, trouvant là un beau terrain d’expérimentation. La balade alternera des séquences écoutées à oreilles nues, des commentaires des échanges, et d’autres écoutes au casque. En effet, le repérage ayant été effectué en semaine, les travaux en pleine activité, nous somme maintenant un week-end, le soir. Donc un changement assez sensible des ambiances. il n’y a plus de pluie, beaucoup moins de promeneurs, et plus non plus de travaux !

De ces absences, carences sonores, sont en fait nées de belles idées. En effet, Vincent, notre guide du jour, ou plutôt du soir, nous a proposé des ambiances auriculaires concoctées et composées dans et pour les lieux. Ainsi, des lieux assez calmes ce soir là retrouvaient une activité, des circulation automobiles, des voix d’enfants, des pas, des travaux, qui n’existaient que dans nos oreilles. Le paysage regardé était agité de « sons fantômes » créant de subtils décalages entre la vue et l’ouïe, avec une indéniable poésie générée par ces décalages sensoriels, ces détournements paysagers, ces trompe-l’oreille… Ainsi, plusieurs lieux revisités, alternant oreilles nues et écoutes au casque, révélaient le chant, ou plutôt les chants du quartiers, intitulé de cette exploration urbaine, jusqu’au final sur le toit du supermarché, acmée incontournable de cette belle sortie nocturne.

Mais ce quartier multiple nous a tous juste entrouvert les portes de son territoire sonore… Il reste tellement de chants à y découvrir, à y puiser, à expérimenter, à partager, à écrire, à mettre en scène…

Ecoutez l’exploration urbaine « Chants du quartier »

Portfolio

Repérage

Promenade

Points d’ouïe et balades sonores, Du Mont Saint-Hilaire à Victoriaville, vers une géographie du sensible

Une bribe de Québec façon Desartsonnants

Première étape, Mont Saint-Hilaire – Victoriaville

Une fois n’est pas coutume, je vais englober, dans ces premiers parcours d’écoute, plusieurs déambulations, en solitaire, en duo, trio, dans trois balades écrites, reliées par un fil géographique sensoriel, sans véritable liaisons temporelles. La géographie du sensible me semble ici une notion pertinente pour donner une cohérence aux sites visités de l’oreille et partager ces chemins.

Tout d’abord, le Mont Saint-Hilaire, près de Montréal, ou tout au moins dans le village au pied, le long de la belle rivière Richelieu. Balade en trio, Au Milieu d’une vaste plaine céréalière, une haute colline s’impose, semblant émerger de nulle part, parée à l’heure de ma visite de toute les couleurs automnales des érables et des pommiers, du jaune au rouge vif, en passant par moult nuances ocrées. Dans la petite ville, un très grand quartier résidentiel, assez récent, alternant petits immeubles et maisons individuelles. Dans ce quartier, une zone « sauvage » surprenante, avec une végétation foisonnante et très variée, et tous les animaux qui l’habitent, traversable par un sentier discret. C’est une coupure assez franche, visuellement et auriculairement, avec les espaces lotis  qui bordent ce coin de prolifération végétale.

La coupure acoustique et aussi prégnante que la coupure visuelle, une zone urbaine, écosystème protégé, site oh combien privilégié et surprenant.

Tout près de Victoriaville, un ami m’emmène visiter on chalet, en pleine nature. Nature écrin, où le vert des prairies aux herbes encore vivaces, et tous les tons chatoyants et automnaux des érables font résonner une véritable symphonie colorée. Nous mangeons dehors, alors qu’un un grillon nous salue, dernier chanteur actif avant les proches frimas à venir. C’est pour toi me dit mon ami. J’en remercie l’insecte qui nous prolonge au creux de l’oreille une persistance, une résistance estivale, de ses stridulations chaleureuses.

A quelques pas, la prairie s’abaisse progressivement vers une rivière sinueuse. Un petit espace merveilleux, doucement agité de clapotis, de glougloutis, de milles frémissements d’une eau miroitante et capricieuse, venant buter sur des arbres et rochers. Les  profondes traces en saillies laissées sur les berges, laissent imaginer la force tumultueuse qui doit animer cette rivière à la fonte des neiges.

Nous restons là un long moment, sous un beau soleil d’automne, à respirer des yeux et des oreilles cette nature si généreusement offerte à tous nos sens comblés.

Il nous faut faire un gros effort pour s’arracher, le mot est ici assez juste, à ce site petit coin de paradis, et repartir travailler vers la ville.

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Puis Victoriaville, en solitaire, et en nocturne. Première halte de cette petite ville aux accents victoriens, sur un banc, tournant le dos à un super marché, et faisant face à une église, et la mairie. L’air est doux, soirée d’été indien. Le banc est positionné le long d’une très longue promenade piétonne et cycliste, menant vers des chutes sur la rivière Nicolet, à l’extrémité de la ville. Espace calme, détendu, bien que fréquenté par de nombreux piétons en familles, dont je capte les voix et l’accent du cru, qui ravit de leurs musiques les oreilles du tout nouveau arrivant que je suis. De nombreux véhicules électriques pour personnes âgées ponctuent également cette promenade de doux glissements discrets.

Départ à pied vers les chutes du Nicolet, à quelques centaines de mètres de là. Une série de petites cascades constituent les seules vestiges d’anciens moulins à scie. L’approche sonore de ces chutes se fait progressivement, un chuintement de plus en plus prégnant, acousmatique, car on ne découvrira les chutes visuellement qu’une fois franchi un pont de bois qu’une épaisse végétation longe, nous cachant la rivière en contre-bas. Ce chuintement aquatique se métamorphose progressivement en prenant progressivement de l’amplitude, morphing acoustique, se transformant en grondement avec toute une palette de bruits blancs, où aigus et graves se confondent. Je les perçois différemment, juste en tournant la tête, lentement, dans un sens ou dans l’autre, pour activer une série de filtres acoustiques, liés à la directivité de nos oreilles. Cette aquaphonie fait écho, et interfère avec les bruits de roulement de la circulation d’une large avenue en contre-bas. La nuit tombée renforce l’impression de baigner dans une ambiance aquatique, dans une atmosphère liquide, propre à nous faire sentir une profonde immersion sensible, dans ce paysage où nature et ville se confondent et s’interpénètrent assez joliment. Sans doute une des caractéristiques du Québec.

Je poursuis la promenade, retour vers la grande rue principale de Victoriaville, toujours en nocturne. Les promeneurs sont maintenant presque tous rentrés, les rues ont très calmes, quasi désertes en ce lundi soir. Je décide d’emprunter les chemins de traverses urbains, naviguant de droite à gauche, de gauche à droite, entre ruelles, passages, arrières de boutiques, parkings, impasses et cours intérieures… Bref, la ville que l’on explore rarement, intime et triviale, loin des clichés esthétiques, où un touriste lambda ne s’aventure guère, qui plus est de nuit.

Mais c’est pourtant ici que chantent les ventilations, les aérations, les climatisations, égrenant des graves, des aigus, des souffles continus, hoquetants, cliquetants, hachés, vrombissant ou hululant… Lorsque je parle du chant des ventilations, je pourrais faire frémir, voire hurler quelques riverains de ces machines soufflantes jour et nuit, et ans doute à juste titre. Cependant, je les écoute avec le décalage d’une oreille sensible aux rythmes, aux drones, offrant moult variations sur un continuo soufflant qui fait assez naturellement contrepoint avec les quelques véhicules circulant à cette heure-ci. Sons de ville que je capte de mon magnétophone, pour les remixer à ma façon, dans un mélange de sons aquatiques des chutes du Nicolet, à l’autre extrémité de la ville, de chuintements de pneus et de ventilations, comme des respirations et souffles urbains que la nuit pare d’une étrange ambiance très organique. Ville sensible, géographie sonore anthropomorphique…

Victo

A venir :

Victorialle – Drummonville avec des étudiants

Montréal, de ruelles en marchés

POINTS D’OUÏE ET NARRATIONS

La balade sonore comme une expérience de narrations audio-paysagères multiples

Chemin faisant, l’écoute se met en marche. Les lieux et toute leur vie intrinsèquement sonore se donnent alors à entendre. Le, ou plutôt les récits se construisent au fil des pas, des déambulations, des points d’ouïe, comme une combinaison quasi infinies de narrations à fleur d’oreille.

Histoire humaines, voix, gestes et activités entendues
Voix perçues, parfois empruntées, voire volées, un brin voyeuriste-écouteur, des bribes de conversations, ou de monologues… le rythme des pas déambulant et des gestes sonores, reflets d’activités journalières captées comme des histoires du quotidien, ou plus exceptionnelles, néanmoins transfigurées par l’attention auditive qui leur est portée…

Faune
Oiseaux pépiant, jacassant, hululant, caquetant, criards ou virtuoses de la vocalise chantante… Gibiers détalant, chats hurlant dans les nuits printanières, concerts de grenouilles coassantes en bord d’étang, brames de cerfs intempestifs et amoureux, frémissements d’insectes vibrants… de villes en espaces naturels, l’histoire naturelle, pour employer un ancien terme écolier se déroule à nos oreilles parfois étonnées d’une telle présence auriculaire.

Media
Sonorisations insidieuses, intempestives voire muzakement polluantes, bribes de musiques échappées d’une fenêtre ouverte, sirènes et autres hululements urbains, Hip-hop affirmé, anachronique, sous les colonnes d’un opéra, déambulations festives, revendicatives, rythmées et soutenus par de puissants sound-systems, harangues et scansions mégaphoniques… Les média s’installent, plus ou moins ponctuellement, avec plus ou moins de présence, dans l’espace public. Celui-ci envahit de même, parfois l’espace privé, ou bien inversement…
Le récit, notamment urbain, s’amplifie acoustiquement, se diffuse, se répend par un enchevêtrement de paroles, musiques, de dispositifs, de canaux…

Ambiances – un début et une fin – une trame, tissages, de passages en ruptures, de transitions en coupures – Une écriture in situ, in progress
Du départ à l’arrivée, le parcours est balisé, testé, validé, nonobstant les aléas, imprévus, accidents, et autres opportunités. Il propose une progression faite d’enchaînements et de ruptures, de fondus et de cassures, de points forts et de modestes trivialités… Il s’appuie sur des ambiances emblématiques, mais aussi des petits riens, un panel des choses à racommoder in situ, des objets poétisés dans le décalage de l’écoute collective, une histoire auriculaire à partager en commun…

Objets et autres choses animées
Une perceuse qui met en résonance et fait vibrer toute une façade de bâtiment, une fontaine qui chuinte, glougloute, une signalétique de feux tricolores pour aveugles qui « bip-bip » ou parle d’une voix synthétique, un engin de chantier qui gronde sourdement… Sans oublier les voitures, omniprésentes parfois, les choses volante… Tous ces objets, machines, mécanismes, viennent animer, révéler et participer à construire le récit un paysage sonore sans cesse renouvelé – Entre invasions, bousculements, bruits de fond et musiques urbaines.

Acoustiques, topologies, topophonies, des espaces qui se racontent
Des ruptures, de de transitions progressives, des effets acoustiques générés par les lieux-même, leurs topologies, les volumes, les formes, les matériaux de construction… Une histoire architecturale, environnementale, où les sons se jouent de l’espace, et vice et versa. Echos, résonances, réverbérations, étouffements, masquage, coupure,colorations, catalogue d’effets… Un vaste espace sonore pétris d’effets !

Champs, hors-champs
Des situations où la vue est directement liée à la chose entendue, où la relation cause à effet est évidente; d’autres où la source sonore est cachée, occultée, non vue, hors-champ. Des situations où l’on n’est pas sûr d’identifier l’origine du son, où le jeu consisterait plutôt à naviguer entre certitude et imaginaire, entre existant et construction purement mentale, onirique, paysagère, selon ses dispositions…

Multisensorialité – synesthésies
Parce qu’un sens ne fonctionne jamais seul, parce que l’activation, la mise en avant de l’un en dynamise d’autres, parce que la vue guide, stimule parfois l’écoute, et vice versa…

Des ambiances sonores colorées, des couleurs vibrantes comme des sons, des odeurs de viandes rôties mêlées, associées aux grésillements d’une rôtissoire, les senteurs de foin et de fleurs d’une prairie au soleil couchant d’une chaude journées estivale, ponctuée du pointillisme d’insectes stridulants… Les parcours d’écoute sont multiples et infiniment variés. Ils nous racontent, avec force sonorités, formes, lumières et couleurs, odeurs, parfums et fines flagrances, des ambiances où les sens se trouvent au cœur d’une immersion paysagère. Ils tissent une expérience sensible, poétique d’un espace sonore volontairement privilégié, sans pour autant être coupé d’autres sensations.

Des mots, des sons, des gestes Écrire les sons, les décrire, les mettre en mots, les coucher sur le papier, les transmettre… Construire ou recontruire, voire déconstruire des histoires sonores, field recording à l’appui,. Eventuellement, les installer, les mettre en scène. Ecrire aussi des parcours du bout des pieds et des oreilles, en les vivant, si possible de concert.