Petite chronique auriculaire d’un tarissement chronique

A la suite de nombreuses pérégrinations audio-paysagères à long terme, à porter l’écoute sur des territoires irrigués, j’ai décidé il y a quelques années de synthétiser et de concrétiser une problématique, celle de la vitalité de la présence aquatique dans le paysage. Le projet « Bassins versants, l’oreille fluente », centré autour de la présence acoustique de l’eau dans des terrains divers et variés, aux multiples échelles, du lavoir à la fontaine, du ru aux rivages océaniques, ports compris, en passant par les tourbières et torrents bouillonnants, navigue entre esthétique et qualité environnementale, sociablités, économie, aménagements et mémoire(s)…
L’eau est en effet une constituante incontournable des paysages sonores dans lesquels nous vivons, signature sonore, trame bleue, corridor écologique, lieu de vie et d’activité, elle se fait entendre dans ses bouillonnements multiples.
Cet été fut hélas une expérience du tarissement, d’étiages rarement vus, et de l’installation progressive d’un silence des eaux courantes à l’intérieur des terres, où les cours se sont progressivement tu. Constat guère rassurant aux vues des fragilités de plus en plus visibles, et audibles, d’une ressource pourtant Oh combien vitale.
Sans vouloir noircir à outrance le tableau, l’écoute nous confronte de pleine oreille à la paupérisation de territoires, aquatiques, forestiers, voire urbains. Sachons néanmoins profiter des aménités environnementales et tentons d’en préserver, autant que peut se faire, des espaces acoustiques, voire des espaces tout court, vivables. Espaces où l’eau circule à nouveau à grand bouillon, sans trop d’excès toutefois.