Point d’ouïe, s’assoir et rencontrer le monde

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un-banc-pour-gilles
© photo Jeanne Schmid, banc au Locle, résidence artistique à Luxor Factory
Il y a des marches, des déambulations, des arpentages…
il y a des pauses…
S’assoir, se poser dans la ville, l’écouter, la regarder, rencontrer, échanger…
Un banc, des marches de pierre, un auvent…
Ritualiser le geste, l’action itérée, réitérée.
Rituel d’occupation tranquille des lieux.
Micro performance en toute discrétion.
– Bonjour Monsieur !
– Bonjour !
– Qu’est-ce que vous faites, souvent assis sur ce banc ?
ou bien encore
– Vous lisez beaucoup, qu’est-ce que vous lisez là ?
Réponses en fonction, des entames de conversation.
Échanges sur nos lectures, notre travail, le temps qu’il fait, ou qu’il fera, les sons qui passent, le Covid, le climat, la politique, le tout et le rien, et inversement…
Lorsque je pense à ces moments, quasi quotidiens, je m’aperçois combien j’ai déjà pratiqué, et pratique encore, ce « dispositif d’être et de faire sans le paraitre » doucement, de façon instinctive, dans bien des villes, villages, parcs publics, places…
Un brin d’intimité réconfortante.
Histoire d’apprivoiser les lieux, d’entendre leurs histoires, récits, pures fictions ou non,  de la bouche de ses habitants aussi…
La ville à ouïr ouverte.
La ville à dires ouverts.
Souvenirs, bancs d’écoute à Mons, Lausanne, Le Locle, Victoriaville, Tananarive, Vienne, Sabugeiro, Lisbonne, Paris, Lyon, Saint-Pétersbourg, Malves-en-Minervois, Toulouse, Orléans, Kaliningrad…
Chroniques bancales, et pourtant…
Si le banc n’existait pas il faudrait l’inventer, et surtout l’installer, comme un maillage de points d’ouïe, de points de mire, de points de dire…
Rien n’est plus triste qu’une ville sans bancs.
Prendre le temps…
Et combien par l’entremise de ces assises publiques, de personnes ainsi rencontrées, un fois, ou de nombreuses fois.
Combien d’histoires entendues, discutés, tricotées, inachevées, en chantier…
Combien de conversations entamées, parfois poursuivies au jour le jour, paroles croisées, petits ou grands malheurs et joies échangés, espoirs et désespoirs, états d’âmes, colères ou résignations, aménités curieuses…
La répétition de gestes simples, se poser, ici ou là, lire, écrire, être ouvert au temps qui passe, qui va qui vient, au monde alentour, aux passants et passantes.
Être une présence qui questionne, une présence récurrente, bienveillante, parfois un poil anachronique.
Ce soir, trois personnes connues et deux nouvelles rencontrées…