J’ai commencé, petit à petit, à mettre de l’ordre dans la multitude de sites internet que j’ai visité, certains parfois physiquement, de textes que l’ai lu, de références inspirantes croisées ici et là, jusque-là dispersées dans plusieurs dossiers numériques.
Tout part de la marche, du parcours, de la déambulation, de l’arpentage, de l’errance, de la flânerie, bref, du mouvement… Ces gestes initiaux impulsent, irriguent, structurent depuis longtemps mes projets. Projets liés initialement aux paysages sonores, au sens large du terme, aux façons de les appréhender par l’écoute, dans des approches esthétiques, écologiques, territoriales, sociétales. Néanmoins, la notion de paysages sonores s’est rapidement étendue à celles de paysages et territoires sensibles, politiques, d’actions culturelles et artistiques, contextuelles, situées…
Les thématiques de l’écoute, du regard et du corps en mouvement, dans le sens haptique du terme, se sont agrégées à d’autres approches, qui mettent en jeu les notions d’aménagements, de territoires sensibles, d’espaces urbains ou ruraux, de lieux intermédiaires… Et par-delà, des démarches transversales, hybrides, marginales, des manières de les expérimenter, de les représenter, de les écrire, de les faire vivre collectivement, de les partager.
Artistes, géographes, urbanistes, historiens, aménageurs, philosophes, enseignants, acteurs politiques, cartographes… sont conviés à amener de l’eau au moulin.
On trouve ainsi des projets concernant des spectacles vivants en mouvement, hors-les-murs, de l’urbanisme culturel, des approches art-sciences, arts en espace public, des études de marchabilité, des actions d’artistes marcheurs et marcheuses, du land-art, des lieux d’expérimentations artistiques, sociales, des tiers-espaces où mijotent et s’écrivent de nouvelles pratiques qui font bouger les arpenteurs et les territoires arpentés…
Côté artistique, les arts audio, sonores, côtoient la photographie, les arts plastiques, la danse, l’art action ou performance, la littérature et la poésie, le théâtre, le documentaire cinématographique… et d’autres formes plus ou moins inclassables, souvent hors-le-murs, qui se frottent aux territoires, à ses topologies, ses signatures singulières, impliquent les habitants…
Signe du temps, les problématiques écologiques, voire écosophiques, selon la conception guattarienne, tiennent une place importante. Fragilités de nos espaces vivants, effondrements et violences bioclimatiques, géo-politiques, décisions et immobilisme aberrants, ilots de lutte et de résistances… L’artiste, le chercheur, l’aménageur, et autres activistes, sont de plus en plus confrontés à ces problématiques, qui doivent nous alerter sur l’urgence du moment, et pointent l’incertitude face à un avenir plus que chaotique.
Un large panel d’actions, d’acteurs et actrices, issues de différentes pratiques, esthétiques, engagées sur le terrain est donc rassemblé dans un corpus qui peut sembler d’une grande disparité. Avec le risque de m’égarer dans des chemins de traverse, et d’égarer de potentiels visiteurs, au gré d’hybridations parfois labyrinthiques, aux frontières incertaines et mouvantes, mais le risque est ici parfaitement assumé.
Au fil des visites, des lectures, je parcours des interactions nourrissantes, des croisements improbables, des formes d’utopies, où les arts se frottent à de nombreux champs d’action, de recherche, et réciproquement. Tout cela me procure un immense plaisir, alimenté par une curiosité qui va croissante, au gré des navigations et collectages. Plaisir de découvrir des réseaux, formels ou informels, de croiser physiquement des acteurs de terrain, occasionnellement d’élaborer des projets communs. Plaisir de partager des expériences, réflexions, ressources, colères et espoirs…
J’ai donc, progressivement, rassemblé et versé ces ressources sur un tableau au format PDF, ce qui permet de rechercher aisément, par mots-clés, des thématiques, des activistes. Ce tableau, posté en ligne, est en chantier, est régulièrement mis en à jour, au fil des découvertes qui viennent le compléter.
Les formats et provenances de ces documents sont divers : Thèses et mémoires, essais et compte-rendus de colloques, dossiers artistiques, études techniciennes, textes littéraires, philosophiques, sites dédiés à des lieux spécifiques, recensions d’ouvrages, et sans doute liés à beaucoup de coups de cœur…
Cette ressource est également participative pour qui le souhaite. Signaler un lien brisé, proposer une ressource, échanger sur un sujet qui vous tient à cœur…
Je me suis dressé une liste d’ouvrages francophones, d’essais, autour de la création sonore, de l’écoute, des approches transversales, expérimentales, écologiques, esthétiques, historiques… Une façon de me construire et d’alimenter ma propre sound study, en empruntant des chemins de traverses, de la musique au son et réciproquement, des espaces, des lieux, des installations, des architectures, des technologies, des expériences… Cette liste, bien entendu non exhaustive, est liée à des approches personnelles desartsonnant(e)s. Néanmoins Desartsonnant étant partageur, si elle peut éveiller des curiosités, des échanges, des envies de lire, d’entendre, de bidouiller, de saisir la richesse de la création musicale et sonore,
Le paysage sonore R.Murray Schafer (Éditions WildProject)
Le promeneur écoutant, essai d’acoulogie – Michel Chion (online électro Strasbourg)
La modernité sonore – Jonathan Sterne (Éditions La découverte)
Une histoire naturelle du silence – Jérôme Sueur (Éditions Actes Sud)
Donner lieu au son – Alexandre Chèvremont (Éditions Les Presses du réel)
L’écoute, une histoire de nos oreilles – Peter Szendy (Éditions de Minuit)
Tout ouïe : La création musicale et sonore en espace public – Anne Gonon (Édition l’Entretemps)
A l’écoute de l’environnement, répertorie des effets sonores – Jean-François Augoyard et Henry Torgue CRESSON (Éditions Parenthèses)
Pour une écriture du son – Daniel Deshays (Éditions Klincksieck)
Le son comme arme – Juliette Volcler (Éditions La découverte)
Correspondance dans les labyrinthes du son – Philippe Franck et Alexandre Castant (ENSA Bourges)
Pour une écologie de la musique et du son – Makis Solomos (Éditions Les Presses du réel)
Les sonorités du monde – Roberto Barbanti (Éditions Les Presses du réel)
La recherche comme composition – Stephen Feld ((Éditions Les Presses du réel)
Walking from score – Elena Biserna ((Éditions Les Presses du réel)
Musique cabalistiques- Frédéric Aquaviva (Éditions Les Presses du réel)
L’expérience de l’expérimentation – Mathieu Saladin ((Éditions Les Presses du réel) version numérique
Composer des étendues, l’art de l’installation sonore – Bastien Gallet (Éditions HEAD Genève)
L’orchestration du quotidien – Juliette Volcler (Éditions La découverte)
Field Recording – L’usage sonore du monde – Alexandre Galland (Éditions Le Mot et le reste)
De la musique au son – Makis Solomods (Éditions Les Presses du réel)
Fluxus et la musique – Olivier Lussac (Éditions Les Presses du réel)
Ocean of sound (VF) – David Toop (Éditions de l’éclat)
Experimental music (VF) – Michael Nyman (Éditions Allia)
Les fous du son – Laurent de Wilde (Éditions Grasset)
L’art des sons fixés – Michel Chion (Éditions Mômeludies – Métamkine)
Arts écologie transition, un abécédaire – Roberto Barbanti, Isabelle Ginot, Makis Solomos (Éditions Les Presses du réel)
Dis, chemin faisant – Pierre Mariétan (Éditions Klincksieck)
Penser les arts sonores – Alexandre Castant (Éditions Les Presses du réel)
Démarche artistique et préoccupations écologiques, l’écoute dans l’écologie sonore – Antoine Freychet (Éditions l’Harmatan)
Le concept de la Volumiphonie (CRANE Lab) En ligne
Phonurgia : une recherche-action pour une conception sonore des espaces publics – Catherine Aventin, Cécile Regnault (Archive Ouverte HAL) en ligne
Construire avec les sons – actes de colloque -PUCA en ligne
Habiter en oiseau – Vinciane Despret (Éditions Acte Sud)
L’art des bruits – Luigi Russolo ) (Éditions Allia) En ligne
L’oreille au monde – Philippe Festou (Éditions Delatour
L’expérience sonore des ambiances festives – Patrick Romieu (Thèse en ligne)
City Sonic, les arts sonores dans la cité – Collectif, direction Philippe Franck (Éditions La lettre volée) Bilingue fr/eng
Musiques expérimentales – Philippe Robert (Éditions Le Mot et le reste)
Dans le silence de la culture – Carmen Pardo Salgado (Éditions Eteropopia)
Bruits – Jacques Attali (Éditions Livre de poche)
Sonorités – Collectif Direction Pierre Mariétan – Roberto Barbantib (Éditions Lucie
Locus Sous – Peter Sinclair, Jérôme Joy (Éditions Le Mot et le reste) épuisé
Avant-Garde sonores ers architecture – Carlotta Darò (Éditions Les Presses du réel)
Construire l’espace urbain avec des sons – Ricciarda Belgiojoso (Éditions l’Harmatan
L’identité sonore des villes européennes – Pascal Amphoux (Archive Ouverte HAL) en ligne
Ambiances sonores du Caire – Vincent Battisti (Archive Ouverte HAL) en ligne
Le paysage sonore comme révélateur de l’esprit du lieu : une sécrétion latente – Mohsen Ben Hadj Salem et Chiraz Chtara (Open édition) En ligne
Formé en Juin 2020, le collectif PePaSonrassemble des passionné.e.s de son et de pédagogie, amateur.e.s ou professionnel.le.s. issus de tous les milieux : De l’acoustique, de l’art, du design, de l’urbanisme, des sciences naturelles, des sciences sociales, de l’enseignement … Et bien plus encore !!
Le collectif a été créé afin de favoriser la rencontre, l’entraide et l’émergence d’idées et de projets entre toutes les personnes curieuses de sons et de paysages sonores avec une dimension socio-culturelle.
Pédagogies ne renvoi pas tant à l’idée d’enseignement ou de technique d’enseignement mais à l’idée d’une coévolution entre NOUS et le PAYSAGE SONORE. Nous le transformons, et il nous transforme… Le Paysage est pédagogue en lui même !
PePaSon un collectif et mouvement en faveur d’une recherche-action-créationindisciplinaire et populaire autour des Pédagogies des Paysages Sonores. Nous souhaitons faire se rencontrer les personnes, les milieux, les disciplines autour d’un enjeu d’éducation culturelle et sensible intimement liée à l’idée d’habiter son corps, sa vie, son territoire
PePason est donc un réseau en chantier ouvert à toute oreille de bonne volonté.
J’ai, à un moment ou à un autre, croisé ces auteurs-trices, artistes, chercheur-euses activistes de toutes générations, œuvrant dans différentes pratiques, champs d’activités, quelquefois physiquement, d’autres fois, selon les époques ou les aléas de la vie, uniquement par leurs écrits ou productions, factuelles ou intellectuelles.
Il a parfois suffit d’une phrase, de quelques paroles, d’une fragment d’œuvre, d’un récit, d’une image ou d’un son, pour qu’ils/elles m’embarquent dans un univers qui allait, à plus ou moins long terme, infléchir mes travaux, et certainement ma façon de penser, d’écouter, de vivre.
Tant d’autres pourraient y trouver place, cette liste n’étant pas exhaustive loin de là, laissant ainsi toutes les opportunités, envies, aléas, de croiser bien d’autres penseurs activistes.
Je livre cette ressource en l’état, c’est à dire en chantier, forcément inachevée, ce qui peut permettre à ceux et celles qui en ressentent le besoin de la compléter ou retailler à leur façon.
Puisse t-elle ouvrir quelques désirs de cheminer aux grès des pensées et actions, voire de s’en inspirer pour creuser les sillons de la marche, de l’écoute, de l’écologie, quitte à oser des hybridations quasi contre-nature, ou des chemins de traverses hasardeux.
Gilles Malatray aka Desartsonnants
NB :Les liens ci-dessus renvoient soit à des sites personnels, biographiques, soit à des textes en ligne, en rapport direct avec la marche, l’écoute, l’écologie…
Le champ contemporain des arts sonores présente certaines pratiques qui ont progressivement émergé pour constituer des courants qui, a défaut d’être de véritables écoles, mais peut-on parler encore d’école à une époque où s’hybrident allègrement les genres, mettent en lumière des spécificités, territoires, façon de voir, ou d’entendre le monde.
Parmi ces pratiques, notons celle du paysage sonore, souvent très étroitement liée au fil recording, enregistrement in situ et à des mouvements militant pour l’écologie, dont bien sûr l’écologie sonore, issue de l’Acoustical Ecologie que prône Raymond Murray Schafer, la biophonie de Bernie Krause, les pratiques audionaturalistes et le Soundwalking, la marche d’écoute ou balade sonore.
Le but de cet article n’est pas ici de réécrire une énième définition, de proposer un historique en bonne et due forme, ni même un nouveau chantier d’analyse de ces courants, mais plus simplement de référencer quelques sites web dont l’intérêt me semble propre à jalonner ces approches audio-paysagères.
Cette sélection n’est évidemment pas exhaustive, tant s’en faut, et présente un choix tout à fait personnel, que tout un chacun peu compléter, ou parmi ces liens naviguer librement.
Des articles de presse, documents de recherches, mémoires, thèses, présentations de projets, guides, flyers, programmes, dossiers de presse, dossiers thématiques, présentations de conférences, colloques, journées d’études, documents pédagogiques, administratifs, cadres juridiques, études techniques, rapports, ouvrages ou documents numérisés…
Il s’agit de livres, films, textes et spectacles ayant durablement impressionné Desartsonnants, et incontestablement nourri, de différentes façons, le projet d’écoute en marche, ou plutôt le nourrissant encore au jour le jour. Et aussi de coups de cœur que j’ai envie de partager. Ces sources et ressources sont énoncées ici sans aucune hiérarchisation…
Du bon éloge de la lenteur de Pierre Sansot (1998) Prendre le temps de faire pour échapper à la vitesse, à la frénésie de l’époque. Privilégier l’art du peu et flâner activement, une réflexion tonique et écalée.
Le paysage sonore – The tuning of the World – Raymond Murray Schafer – 1977 Une bible, un texte fondateur pour les défenseurs d’une belle écoute et de l’écologie sonore.
L’hybridation des mondes, ouvrage sous la direction de Luc Gwiazdzinsky – 2016 Recherche, arts, aménagement du territoire… Penser les imbrications, les interactions, croisements, créolisations, métissages… S’en saisir pour construire de nouvelles formes et dispositifs.
La pêche à la truite en Amérique, Richard Brautigan – 1961 Le pays où les fauves sont de doux philosophes, les truites des êtres de rêve, les pastèques les fruits sucrés de l’Eden… Des paysages incontournables.
Le droit à la paresse, Paul Lafargue – 1880 Les hommes et la « valeur du travail », manifeste qui garde aujourd’hui et plus que jamais tout son sens pour (re)penser autrement nos vies de travailleurs.
Espèces d’espaces, Georges Pérec – 1974 De la feuille de papier à l’univers intersidéral, une belle plongée poétique dans les espaces multiples d’un grand penseur.
La strada – Federico Fellini – 1954 Un chef-d’œuvre cinématographique qui m’a fait découvrir très tôt les routes du monde selon Fellini, entre humanité généreuse et noirceur impitoyable.
Le dépaysement, voyages en France – Jean-Christophe Bailly – 2011 Une réflexion historique, géographique, poétique, philosophique… sur des paysages à redécouvrir sans cesse. Un beau dépaysement français sans cocarderie aucune. Un de mes livres de chevet.
L’été, Noces, retour à Tippaza – Albert Camus – 1939/1952 Paysages mythologiques, humanistes, existentialistes, jouir du Monde intense et vibrant…
L’usage du monde – Claude Nicolas Bouvier – 1963 Un récit de voyage culte, une série d’émerveillements en toute simplicité…
Le promeneur écoutant – Michel Chion – 1993 Essai d’acoulogie, les sons, l’écoute, à l’aune du langage.
Les hétérotopies – texte conférence de Michel Foucault – 1967 Les rapports complexes de lieux contre-espaces de contestation et de (re)construction, d’espaces superposés. Une réflexion philosophique qui ouvre de riches géographies intellectuelle et humaines.
Walking (De la marche) – Henry David Thoreau – 1862 Un essai posant les bases d’une réflexion visionnaire sur une approche environnementale, écologique avant l’heure, par le père de la désobéissance civile anti esclavagiste.
Marches dans la ville – Michel de cerveau in L’invention du quotidien, l’art de faire – 2002 Entre dehors et dedans : des arts de faire ou le lieu urbain comme espace pratique, une pensée en marche.
Tentative d’épuisement d’un lieu parisien – Georges Pérec – 1982 Observation in situ autour d’un espaces, de ces richesses, monotonies, variations…Inventaire littéraire sensible autant qu’utopique.
Histoire du silence – Alain Corbin – 2016 Une superbe méditation entre religion, nature, philosophie autour du, ou plutôt des silences depuis la Renaissance à nos jours.
L’art des bruits de Luigi Russolo – 1913 Un manifeste bruitiste pour composer avec les bruits urbains, la vitesse, le progrès et les technologies naissantes.
Listen – Texte et projet de Max Neuhaus – 1966 La Soundwalk comme une expérience performative esthétique des musiques de la ville. Un manifeste précurseur de l’écoute en marche.
Circuits D – Spectacles de Délice Dada Suivez les guides venez vous instruire d’une histoire locale mémorablement réécrite, rire d’un paysage familier inventivement réinterprété… Subtile loufoquerie dadaïste urbaine!
Les nouvelles de J.G Ballard – 1956/1992 Des paysages étonnants, aux frontières du réel, ou bien au-delà…
La psychogéographie de Guy Debord Théorie situationniste de la dérive pour repenser politiquement la ville.
Walkscapes – Franscesco Careri – 2013 Les pratiques de la marche par un groupe d’architectes déambulateurs italiens. Petite perle sensible, artistique, au cœur d’une pensée de l’aménagement du territoire.
Les romans de Jack London La belle œuvre d’un socialiste aventurier et arpenteur de grands espaces, de villes misère, de natures inspirantes, d’humanité chahutée…
Bivouac – Spectacle de la cie Générik vapeur Un déboulé sauvage, tonitruant, émotionnel, d’hommes et de femmes bleus, qui prennent la ville à revers !
La belle encontre d’Élie tête et de l’association Aciréne en 1984, et les travaux réalisés avec cette dernière, notamment « Haut-Jura terres sonores ».
Et tant d’autres choses inspirantes qui font que les projets Desartsonnants puisent rester en état de marche…