Arpenter, entendre, ne pas rester sourd

Cent fois sur mon ouvrage, en l’occurrence celui d’écouteur, je remets mon écoute. Via une oreille sensible, recherchant des récits poétiques et sensibles, des espaces fédérateurs où écouter et faire circuler la parole contribuent à un mieux vivre ensemble. Mais aussi une oreille constatant les chaos et les crises, les révoltes et outrances. Écoute environnementale, au sens large du terme, écosophique, dans une position artistique engagée et je l’espère engageante. On ne peut pas se voiler la face, ni rester sourds aux espaces dégradés, épuisés, massacrés, aux violences perpétrées, aux humanités piétinées. Et aujourd’hui, le monde s’entend dans ses soubresauts récurrents, qui nous sautent à l’oreille dans toute leur brutalité.

Arpenter
Mesurer les espaces acoustiques
S’y mesurer
Oreille pavillonnaire
Tympan vibrant
Corps haptique
S’immerger
Bain fluant de sons
Entendre les vides
Entendre les disparitions
Entendre les saturations
Les voix arrogantes
Les cris insoutenables
Ne pas les ignorer
Les murmures ténus
L’urgence, même silencieuse
L’écoute est alerte
Jouir des douces résistances
Se prévenir du chaos
Des cataclysmes assourdissants
Ne pas les ignorer
Bois, fleuves et villes reliés
Flux de bassins versants
Les rythmes s’entrechoquent
Parfois dévastateurs
L’écoute comme un commun
Connections acoustiques en humanité
Traverser les ambiances
Fugaces et volatiles
Bruissements grondements
Tintamarres soupirs
Couloirs infra et ultra soniques
Des rebonds en échos
Réverbérations glissantes
L’oreille est ballottée
Jusqu’à en perdre pied
Trop de choses à entendre
Univers cochléaire labyrinthique
Tout en méandres sonores
Les sons sont inquiétants
La rumeur est tenace
Arpenter encore
Écouter c’est résister.

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible N° 27 « Arpentage et glanage »

Lieux : Ville ou campagne, tous les lieux s’y prêtent

Publics : En solo, duo, groupe. Tout public.

Temporalités et durées : De jour ou de nuit, durées indéterminées, prédéfinies ou non.

Actions : Arpenter un lieu choisi, ou en errance. Glaner des objets ou choses immatérielles, de type et de nombres préalablement définis ou non, qui attirent et retiennent notre attention.
Exemples : une branche, un galet, des feuilles mortes, une mousse, un objet abandonné… Mais aussi une image, mémorisée et/ou photographiée, un son, mémorisé et ou photographié… Faire des associations sons/objets, faire sonner les objets, manipuler (frapper, écraser, piétiner, frotter…)

Remarques et prolongements : Au terme de l’arpentage, nos petites collectes pourront faire l’objet de commentaires, manipulations communes, créations d’histoires/concerts in situ… et toute autres formes envisagées en amont ou improvisées dans l’instant. Chaque participant.e pouvant être force de proposition quand à ces mises en communs.

Point d’ouïe, genèse d’un voyage auriculaire

saxe_interieur

J’ai, ces dernières années, parcouru beaucoup de kilomètres en voiture (de moins en moins), trains, bus, et parfois avions et bateaux. Néanmoins, l’aventure, petite ou grande, ne commence vraiment pour moi que lorsque je mets pied à terre. Je me sens bien arrivé lorsque j’arpente et écoute, deux gestes souvent indissociables dans ma pratique, le territoire en bout du chemin, où qu’il soit, et fût-il une des innombrables étapes d’un long parcours toujours en chantier.

C’est également lorsque, durant ces arpentages-écoutes, les rencontres, les échanges, les expériences humaines, les explorations partagées, font que les voyages s’ancrent plus profondément dans un parcours intime, paysage sonore affectif, singulier, personnel et pourtant je l’espère partageable.

C’est sans doute ici que le récit se construit, autre voyage dans le voyage, pétri de mémoires vives, où les sons sont inscrits en exergue d’une histoire rhizomatique, entre les deux oreilles.