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Marche, écouter, se poser, écouter de nouveau, traverser des espaces où les paysages sont (aussi) sonores, être traversé par les sons des lieux, autant de façons de se tenir éveillé aux bruits du monde.
Point besoin pour cela de dispositifs complexes, d’appareillages sophistiqués, de prothèses acoustiques. On vise ici plutôt une approche « naturelle », sobre, où l’expérience se fait à même le corps, d’oreille à sons, en interaction directe avec les milieux auscultés.
On agit ainsi dans une sobriété énergétique assumée, revendiquée, qui invite le corps à vibrer, à résonner, sans filtres, avec les ambiances sonores. On n’éprouve pas la nécessité de rajouter quoi que ce soit, ni d’étendre outre mesure une oreille aux visées audio-transgéniques.
Tout est déjà là pour être perçu dans son intimité comme dans son côté spectaculaire, du glougloutement du ruisseau à l’orage imposant, du murmure amoureux aux clameurs d’une foule en liesse, ou en colère. Notre oreille est prête, armée, compétente.
Le spectacle de l’écoute est à chaque coin de rue, comme au détour d’une sente forestière, celle qui croise un ruisseau ou un torrent.
Ce spectacle auriculaire se montre, se fait entendre, comme une installation sonore hors-les-murs, parfois dans les murs. C’est un processus qui installe en premier lieu le geste d’écoute plutôt que de nouvelles couches sonores, dans des espaces acoustiques intrinsèquement riches, complexes, et parfois déjà trop saturés.
C’est aussi une pratique s’inscrivant naturellement dans les arts de l’écoute, au même titre que le fait d’aller au concert, de traverser un espace sonore muséographié, de visiter une installation sonore interactive, ou de participer à d’autres gestes écoutants, collectifs ou individuels.
L’esthétique acoustique des lieux nous interroge ainsi sur ce que notre oreille entend, écoute, perçoit, dans des espaces multiples. La plasticité sonore, son impermanence, ses séquences, souvent à l’improviste, nous questionnent, sans qu’il soit besoin de rajouter une couche technologique, sur les fragilités ambiantes, les incertitudes, dans un monde de plus en plus chahuté, voire violenté.
De pesants silences attestent d’un écroulement effréné de la biodiversité.
De violents vacarmes secouent un monde belliqueux qui n’a de cesse que de s’entre-tuer.
À l’heure ou nombre de valeurs humaines, écologiques, politiques, sociétales, sont remises en question, voire inversées, l’écoute sans fard nous permet de rester connecté éthiquement avec nos lieux de vie, de travail, de loisir… Elle nous fait espérer des espaces. plus apaisés, moins chaotiques.
Se rendre disponible pour écouter le discours de l’autre, le chant de l’oiseau, la rumeur de la ville, le flux du ruisseau, est une attitude que propose l’artiste écoutant, comme autant de moments de partage qui nous relient au monde, dans une altérité curieuse. Nul besoin de technologies avancées pour entrer dans un univers sonore à la fois omniprésent, mais pas toujours écouté dans ses esthétiques réjouissantes comme dans les signaux d’alerte plutôt préoccupants qu’il nous envoie sans cesse.
L’écoute nous donne la capacité de nous connecter, ou de nous reconnecter, au ruisseau local, à la forêt, et à tous leurs habitants, végétaux, sols, via notamment des initiatives citoyennes, culturelles, artistiques… Les dispositifs de recherche-action trouvent ici tous leurs intérêts et leurs potentiels collaboratifs de terrain.
Écouter en toute simplicité s’inscrit dans une écosophie auriculaire qui convoque à la fois une démarche artistique, environnementale et éthique, nous impliquant jusqu’au creux de l’oreille.
Écouter en toute simplicité nous fait entendre, pour le meilleur et pour le pire, les sons qui nous entourent, que nous produisons, jusqu’aux limites de l’écoutable, de l’entendable.
