Desartsonnants a moult projets sur le feu, néanmoins, le réseau culturel et artistique étant de plus en plus fragile et incertain, les temps sont durs !
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Les grandes oreilles cherchent une seconde vie. Voulez vous les adopter ? A donner avant destruction le 15/11/2024 Après deux présentations en Normandie, nous ne pouvons malheureusement plus stocker cette œuvre et cherchons à la donner pour éviter la destruction. L’œuvre est actuellement à la Maison du Parc des Boucles de la Seine, à Notre-Dame-de- Bliquetuit (76940). Les «oreilles» peuvent être transportées dans un camion-benne ou dans une camionnette de 12m3 minimum. écrire à : contact@mathieulion.com/ instagram: @mathieumille écrire à : contact@mathieulion.com / instagram: @mathieumille Les grandes oreilles à la maison du parc des Boucles de la Seine (2024) et au parc de l’Ecanet (Villers-Bocage, 2022) Hauteur approximative 2m30. Les grandes oreilles sont faites en douglas, bois imputrescible, mais qui est devenu un peu gris par endroit avec le temps. Un petit coup de ponçage et d’huile permet de renouveler et prolonger la qualité esthétique des «oreilles». Nous pouvons aider au chargement et éventuellement au transport si il se fait dans la Région Normandie. Les grandes oreilles invitent les personnes qui les croisent à s’asseoir pour prêter attention au paysage sonore. En adoptant littéralement la forme de prothèses démesurées, Les grande oreilles est une installation qui propose de nous confronter à des perceptions étrangères, inhumaines : celles de la faune que l’on peut croiser au sein d’un parc public, au quotidien, parfois sans même s’en apercevoir. L’installation sonore utilise habituellement un dispositif audio avec des micros pour donner à entendre des sons normalement inaccessibles : les vibrations d’un milieu aquatique ; les signaux émis par les chauves-souris ; les sons que l’on peut entendre lorsque l’on se place à la cime des arbres. Ici, nous vous proposons de donner l’œuvre en tant que mobilier-sculpture, dans sa version « débran- chée », sans électronique.
Les grandes oreilles à la Maison du parc des Boucles de la Seine, 2024. Hauteur approximative 2m30. écrire à : contact@mathieulion.com / instagram: @mathieumille
Choisir un banc Selon son emplacement, Ce qu’on y entend, Ce qu’on y voit, À ’instinct S’y installer Ne rien faire Laisser venir S’immerger Prêter attention aux sons Ne pas chercher à trop les comprendre Mettre l’écoute en avant Sans la couper de la vue Ni des autres sens Jouir de l’instant présent Considérer le moment comme une partition déroulée Verticale Horizontale En mouvement Multi-timbrale Toute en nuances Imaginer des signes transcripteurs Imaginer des signe sonifiants Noter les si besoin est Des proposition à interprétations Des pistes d’improvisations Ne pas exclure d’être surpris D’être étonné D’être bousculé D’être malmené Expérimenter différentes séquences A différents moments Laisser jouer le Hasard Prendre conscience des plans Tout près A mi-chemin Lointain Saisir les mouvements A droite A gauche Ascendants Descendants Imaginer être happé par ces mouvements Flotter au fil des sons Des vents Des échos Considérer ces gestes comme des propositions Non obligatoires Pouvant être convoquées à discrétion Juxtaposées Superposées Participer à un mixte capricieux. Mettre l’écoute en arrière-plan Ne plus avoir conscience du geste Recommencer plus loin Sur un autre banc A d’autres moments Diurnes Nocturnes Entre chiens et loups Laisser la mémoire des écoutes s’installer Les strates sensibles s’entremêler Des séquences remonter à la surface Constituer un herbier d’ambiances Une cartographie sonore indécise Flottante Une partition à jouer et rejouer Un paysage fantasque Où tout peut se dissoudre Où tout peut se (re)coller Y puiser si besoin matières à composer Se demander l’endroit, le moment, où on se sent bien Ou pas Celui ou ceux qui nous laissent de marbre Faire de ces expériences des jeux de rôle Les proposer à autrui Les partager in situ Construire, inventer ou adapter des règles communes Ou individuelles Échanger Remettre en jeu Collectivement Ou non Se laisser une marge d’incertitude Mais avant tout Prendre du plaisir Inviter des oreilles les nôtres et d’autres encore complices et joueuses.
Marcher en silence A nuit tombée Arpenter les rives d’un fleuve Puis celles d’une rivière Vers sa confluence inéluctable Écouter Les rumeurs de la ville Exacerbées d’obscurité Le nappage au noir Éclaboussé de lumières Et les sons s’y faufilent S’y installent Et s’entendent à merveille Traversée noctambule Une nuit transfigurée D’auricularité en zones d’ombres Contrastes en clair-obscurs Des fêtes rythment nos arpentages Sauvages ou bien sages La nuit à portée d’oreille Nous invitent à marcher Dans la fraîcheur acoustique D’une cité bavarde Même au cœur des ténèbres Qui savent aussi êtres bienveillantes. Invitation à une exploration bruissonnante Tout en nuances et contrastes L’oreille se réjouit Des traversées nocturnes Où la ville murmure Où la ville s’entend Dans les furtivités canailles D’une nuit bien sonnante.
Aujourd’hui, on parle aisément de paysages remarquables, voire fascinants, de sites spectaculaires, protégés, labellisés UNESCO, de classements, d’inventaires photographiques… Quid du paysage sonore ?
Pour avoir tendu mes oreilles et arpenté des médinas, de grandes cathédrales, des cirques montagneux surplombant une vallée, des cours intérieures urbaines, des cloitres, de grands ports maritimes, des forêts, des ruelles, suivi des torrents et des fleuves… les ambiances sonores se déploient comme des livres ouverts à nos oreilles. Des scènes auriculaires qui proposent une multitude d’ambiances et de récits entendables, pour qui sait en débusquer les richesses, en apprécier la diversité souvent dépaysante, par un simple décalage sensoriel, un simple « prêter attention », par le fait de tendre l’oreille. Accepter d’être surpris, voire bouleversé par la construction sensible d’un paysage sonore singulier, à la fois collectif et intimement personnel, au rythme de ses pas, des silences et d’une lenteur assumée, c’est entrer dans le monde de l’écoute de façon respectueuse. Une posture qui nous immerge sensoriellement sans modifier radicalement les caractéristiques paysagères, ni asservir les milieux traversés à nos envies d’une main-mise autoritaire, tendant à un tourisme vendeur et profitable. Gageons ici que les paysages auriculaires seront préservés de la surenchère touristique maltraitante envers des paysages visuels et leurs habitants, par le simple fait de leur immatérialité et d’une certaine instabilité les rendant plus difficiles à cerner et donc à appréhender. Sans compter la prédominance « naturelle » du visuel dans nos cultures européennes.
L’aménagement global du territoire, la métropolisation galopante, le développement des moyens de transport, l’extraction massive de ressources naturelles, sont autant de facteurs, parmi d’autres, qui menacent l’équilibre de nos paysages auriculaires. Il convient donc d’en repérer les richesses, d’en préserver certains, un maximum, des intrusions assourdissantes, de ménager des espaces calmes, où il fait bon entendre, et s’entendre. Au-delà du plaisir esthétique, affectif, une vision, ou plutôt une audition écologique, voire écosophique, dans ses approches éthiques, est nécessaire pour échapper au grand fracas tonitruant. Nous en revenons donc à la nécessité de prendre en compte les paysages auriculaires, en même temps que ceux visuels, en les frottant les uns aux autres comme des ambiances étroitement entrelacées. Je ne parlerais pas ici, par inexpérience, des paysages olfactifs, gustatifs, haptiques, et de tout ce qui contribue à faire sens, dans toute la polysémie du terme, dans nos cheminements et cohabitations au quotidien. Nos corps interagissants doivent être regardants, touchants, mais aussi écoutants, avec un travail à effectuer pour prendre conscience des richesses, mais aussi des fragilités, voire périls, de nos milieux de vie. Prendre conscience également du potentiel dont nous disposons physiquement et mentalement, pour ressentir plus profondément tous les stimuli qui nous font « être au monde », dans tous les sens du terme. Le paysage auriculaire nous montre souvent les paupérisations, parmi d’autres indices révélateurs et inquiétants de notre précarité environnementale. Les paysages à portée d’oreille font patrimoine, richesses, mais aussi contribuent à maintenir des cadres de vie soutenables. Les arpenter en les écoutant, corps et oreilles engagées, les repérer comme espaces de vie sociale partageables, si ce n’est confortables, sont des engagements à mon avis nécessaires autant qu’urgents.
Les projets culturels de territoire, l’éducation populaire, culturelle et artistique, l’enseignement dans son intégralité, le travail croisé entre artistes, institutions, collectivités territoriales, chercheurs et spécialistes de l’acoustique environnementale, de la bio et écoacoustique, du tourisme, du développement économique, des aménageurs architectes, urbanistes, paysagistes… sont des leviers certes compliqués à mettre en place, mais opérationnels dans leurs collaborations à moyen et long terme. A bon entendeur, salut, ou tout au moins des perspectives de préserver des milieux de vie qui ne soient pas que bruit et fureur.