Point d’ouïe, narration sous forme de tentative d’épuisement

Assis sur un banc de pierre, tout près de chez moi.

Une petite ville provinciale.

Quartier came, tous les commerces sont fermés à cette heure.

21 heure milieu octobre

Nuit tombée.

Température douce .

Un ruisseau se fait entendre

encastré dans une faille minérale assez profonde

il se tait en traversant la place en sous-terrain

et resurgit à l’air libre quelques mètres plus loin

Il gronde depuis quelques mois sous l’effet des pluies répétitives et abondantes

de jeunes cyclistes passent en trombe

ils devisent joyeusement

un voisin claque ses volets métalliques

des voix de passantes traversent le parc tout proche

quelques voitures ronronnent

elles freinent à l’approche d’un ralentisseur marquant une zone 30

parfois claquent violemment les bas de calandre sur la chaussée

un chien au loin, solitaire

un autre, plus proche, en écho

des chouettes dans un bois voisin

un autre volet se ferme, de bois celui-ci

un tracteur agricole dont la remorque vide ferraille à tout va, déboule sans prévenir

un instant de calme, presque de silence

si ce n’est le ruisseau, intarissable

une cloche égraine joliment une sonnerie horaire

des camions ralentissent pour contourner un petit rond-point

un train klaxonne au sortir d’un tunnel

un écho collinaire s’en suit

à nouveau un oasis de calme

les vélos reviennent, crissements de pneus, chocs lors du retour au sol de leurs roues avant, après de virtuoses acrobaties sur une roue

à nouveau des voix, une famille se promène avec de jeunes enfants

la chouette réitère, à intervalles réguliers, ses hululements noctambules

il y en a sans doute plusieurs

des corneilles craillent rauque, j’aime beaucoup ce verbe enroué

un autre train ferraille, et toujours des échos

et encore le ruisseau, comme un fil bleu constant, égouttant le paysage

la température fraichit

les sons se raréfient

l’espace s’engloutit dans une tranquillité nostalgique

je ferme les écoutilles

et rentre chez moi.

Texte inspiré de « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien » Georges Pérec

Grandes oreilles cherches repreneurs.euses

Les grandes oreilles cherchent une seconde vie.
Voulez vous les adopter ?
A donner avant destruction le 15/11/2024
Après deux présentations en Normandie, nous ne pouvons malheureusement plus stocker
cette œuvre et cherchons à la donner pour éviter la destruction.
L’œuvre est actuellement à la Maison du Parc des Boucles de la Seine, à Notre-Dame-de-
Bliquetuit (76940).
Les «oreilles» peuvent être transportées dans un camion-benne ou dans une camionnette
de 12m3 minimum.
écrire à : contact@mathieulion.com / instagram: @mathieumille
écrire à : contact@mathieulion.com / instagram: @mathieumille
Les grandes oreilles à la maison du parc des Boucles de la Seine (2024) et au parc de l’Ecanet (Villers-Bocage, 2022)
Hauteur approximative 2m30.
Les grandes oreilles sont faites en douglas, bois imputrescible, mais qui est devenu un peu
gris par endroit avec le temps. Un petit coup de ponçage et d’huile permet de renouveler et
prolonger la qualité esthétique des «oreilles».
Nous pouvons aider au chargement et éventuellement au transport si il se fait dans la Région Normandie.
Les grandes oreilles invitent les personnes qui les croisent à s’asseoir pour prêter attention au paysage
sonore.
En adoptant littéralement la forme de prothèses démesurées, Les grande oreilles est une installation qui propose de nous confronter à des perceptions étrangères, inhumaines : celles de la faune que l’on peut croiser au sein d’un parc public, au quotidien, parfois sans même s’en apercevoir.
L’installation sonore utilise habituellement un dispositif audio avec des micros pour donner à entendre
des sons normalement inaccessibles : les vibrations d’un milieu aquatique ; les signaux émis par les
chauves-souris ; les sons que l’on peut entendre lorsque l’on se place à la cime des arbres.
Ici, nous vous proposons de donner l’œuvre en tant que mobilier-sculpture, dans sa version « débran-
chée », sans électronique.


Les grandes oreilles à la Maison du parc
des Boucles de la Seine, 2024.
Hauteur approximative 2m30.
écrire à : contact@mathieulion.com / instagram: @mathieumille

Talbot Nicolas

E-mail:
nicolas.talbot@laposte.net

Site web:
https://www.le-doc.fr/

Drive

https://drive.google.com/file/d/1rvNI4LrjB8Wi25V6jqcF-9CBJSmFXmhE/view?usp=drive_link

Les assises du point d’ouïe, banc d’écoute

@Zoé Tabourdiot City Sonic Transcultures

Choisir un banc
Selon son emplacement,
Ce qu’on y entend,
Ce qu’on y voit,
À ’instinct
S’y installer
Ne rien faire
Laisser venir
S’immerger
Prêter attention aux sons
Ne pas chercher à trop les comprendre
Mettre l’écoute en avant
Sans la couper de la vue
Ni des autres sens
Jouir de l’instant présent
Considérer le moment comme une partition déroulée
Verticale
Horizontale
En mouvement
Multi-timbrale
Toute en nuances
Imaginer des signes transcripteurs
Imaginer des signe sonifiants
Noter les si besoin est
Des proposition à interprétations
Des pistes d’improvisations
Ne pas exclure d’être surpris
D’être étonné
D’être bousculé
D’être malmené
Expérimenter différentes séquences
A différents moments
Laisser jouer le Hasard
Prendre conscience des plans
Tout près
A mi-chemin
Lointain
Saisir les mouvements
A droite
A gauche
Ascendants
Descendants
Imaginer être happé par ces mouvements
Flotter au fil des sons
Des vents
Des échos
Considérer ces gestes comme des propositions
Non obligatoires
Pouvant être convoquées à discrétion
Juxtaposées
Superposées
Participer à un mixte capricieux.
Mettre l’écoute en arrière-plan
Ne plus avoir conscience du geste
Recommencer plus loin
Sur un autre banc
A d’autres moments
Diurnes
Nocturnes
Entre chiens et loups
Laisser la mémoire des écoutes s’installer
Les strates sensibles s’entremêler
Des séquences remonter à la surface
Constituer un herbier d’ambiances
Une cartographie sonore indécise
Flottante
Une partition à jouer et rejouer
Un paysage fantasque
Où tout peut se dissoudre
Où tout peut se (re)coller
Y puiser si besoin matières à composer
Se demander l’endroit, le moment, où on se sent bien
Ou pas
Celui ou ceux qui nous laissent de marbre
Faire de ces expériences des jeux de rôle
Les proposer à autrui
Les partager in situ
Construire, inventer ou adapter des règles communes
Ou individuelles
Échanger
Remettre en jeu
Collectivement
Ou non
Se laisser une marge d’incertitude
Mais avant tout
Prendre du plaisir
Inviter des oreilles
les nôtres et d’autres encore
complices et joueuses.

PAS – Parcours Audio Sensible – Explorer la nuit

Marcher en silence
A nuit tombée
Arpenter les rives d’un fleuve
Puis celles d’une rivière
Vers sa confluence inéluctable
Écouter
Les rumeurs de la ville
Exacerbées d’obscurité
Le nappage au noir
Éclaboussé de lumières
Et les sons s’y faufilent
S’y installent
Et s’entendent à merveille
Traversée noctambule
Une nuit transfigurée
D’auricularité en zones d’ombres
Contrastes en clair-obscurs
Des fêtes rythment nos arpentages
Sauvages ou bien sages
La nuit à portée d’oreille
Nous invitent à marcher
Dans la fraîcheur acoustique
D’une cité bavarde
Même au cœur des ténèbres
Qui savent aussi êtres bienveillantes.
Invitation à une exploration bruissonnante
Tout en nuances et contrastes
L’oreille se réjouit
Des traversées nocturnes
Où la ville murmure
Où la ville s’entend
Dans les furtivités canailles
D’une nuit bien sonnante.

Paysages auriculaires, vers une écosophie écoutable

Aujourd’hui, on parle aisément de paysages remarquables, voire fascinants, de sites spectaculaires, protégés, labellisés UNESCO, de classements, d’inventaires photographiques… Quid du paysage sonore ?

Pour avoir tendu mes oreilles et arpenté des médinas, de grandes cathédrales, des cirques montagneux surplombant une vallée, des cours intérieures urbaines, des cloitres, de grands ports maritimes, des forêts, des ruelles, suivi des torrents et des fleuves… les ambiances sonores se déploient comme des livres ouverts à nos oreilles. Des scènes auriculaires qui proposent une multitude d’ambiances et de récits entendables, pour qui sait en débusquer les richesses, en apprécier la diversité souvent dépaysante, par un simple décalage sensoriel, un simple « prêter attention », par le fait de tendre l’oreille. Accepter d’être surpris, voire bouleversé par la construction sensible d’un paysage sonore singulier, à la fois collectif et intimement personnel, au rythme de ses pas, des silences et d’une lenteur assumée, c’est entrer dans le monde de l’écoute de façon respectueuse. Une posture qui nous immerge sensoriellement sans modifier radicalement les caractéristiques paysagères, ni asservir les milieux traversés à nos envies d’une main-mise autoritaire, tendant à un tourisme vendeur et profitable. Gageons ici que les paysages auriculaires seront préservés de la surenchère touristique maltraitante envers des paysages visuels et leurs habitants, par le simple fait de leur immatérialité et d’une certaine instabilité les rendant plus difficiles à cerner et donc à appréhender. Sans compter la prédominance « naturelle » du visuel dans nos cultures européennes.

L’aménagement global du territoire, la métropolisation galopante, le développement des moyens de transport, l’extraction massive de ressources naturelles, sont autant de facteurs, parmi d’autres, qui menacent l’équilibre de nos paysages auriculaires. Il convient donc d’en repérer les richesses, d’en préserver certains, un maximum, des intrusions assourdissantes, de ménager des espaces calmes, où il fait bon entendre, et s’entendre. Au-delà du plaisir esthétique, affectif, une vision, ou plutôt une audition écologique, voire écosophique, dans ses approches éthiques, est nécessaire pour échapper au grand fracas tonitruant. Nous en revenons donc à la nécessité de prendre en compte les paysages auriculaires, en même temps que ceux visuels, en les frottant les uns aux autres comme des ambiances étroitement entrelacées. Je ne parlerais pas ici, par inexpérience, des paysages olfactifs, gustatifs, haptiques, et de tout ce qui contribue à faire sens, dans toute la polysémie du terme, dans nos cheminements et cohabitations au quotidien. Nos corps interagissants doivent être regardants, touchants, mais aussi écoutants, avec un travail à effectuer pour prendre conscience des richesses, mais aussi des fragilités, voire périls, de nos milieux de vie. Prendre conscience également du potentiel dont nous disposons physiquement et mentalement, pour ressentir plus profondément tous les stimuli qui nous font « être au monde », dans tous les sens du terme. Le paysage auriculaire nous montre souvent les paupérisations, parmi d’autres indices révélateurs et inquiétants de notre précarité environnementale. Les paysages à portée d’oreille font patrimoine, richesses, mais aussi contribuent à maintenir des cadres de vie soutenables. Les arpenter en les écoutant, corps et oreilles engagées, les repérer comme espaces de vie sociale partageables, si ce n’est confortables, sont des engagements à mon avis nécessaires autant qu’urgents.

Les projets culturels de territoire, l’éducation populaire, culturelle et artistique, l’enseignement dans son intégralité, le travail croisé entre artistes, institutions, collectivités territoriales, chercheurs et spécialistes de l’acoustique environnementale, de la bio et écoacoustique, du tourisme, du développement économique, des aménageurs architectes, urbanistes, paysagistes… sont des leviers certes compliqués à mettre en place, mais opérationnels dans leurs collaborations à moyen et long terme. A bon entendeur, salut, ou tout au moins des perspectives de préserver des milieux de vie qui ne soient pas que bruit et fureur.