Travailler le paysage sonore urbain n’est pas qu’un geste esthétique, même si ce dernier est une façon joliment persuasive de raconter le monde, en l’imaginant en un peu mieux.
Travailler le paysage sonore urbain, c’est penser comment faire en sorte que ses milieux acoustiques ne soient pas des espaces saturés, que ses nuits restent à l’abri de brouhahas et d’émergences sonores, que le piéton puisse traverser la ville dans des espaces sonores agréables, équilibrés, apaisés, que l’on puisse parler sans hausser le ton, que les oiseaux se fassent entendre sans trop tendre l’oreille, et qu’ils s’entendent de concert, que la voiture ne soit pas en permanence au centre de l’écoute…
Il nous faut, en collaboration avec les aménageurs, penser les passages, les sols, la couverture végétale, les voies d’eau, les parcs et les cours intérieurs, comme des espaces auditifs où le son est un élément pris en compte en amont de l’aménagement, non seulement en termes de quantitatif (mesures sonométriques), mais également en termes de qualitatif.
La cloche, la fontaine, la réverbération de certains espaces, doivent être envisagés comme des marqueurs acoustiques, des signatures sonores singulières, qualitatives, non intrusives, à l’échelle auriculaire des lieux.
Nous avons bien conscience que nous n’enlèverons pas d’un coup de baguette magique toutes les nuisances sonores de la ville, pensée et aménagée depuis des décennies pour et par la voiture.
Il nous faut néanmoins envisager des espaces de cohabitation, de protection, en zones calmes, en trames blanches, en oasis sonores.
Dans la perspective d’un aménagement sensible, le son, la lumière, l’ombre, la fraîcheur, la qualité visuelle, mais aussi celle de l’air, doivent, dans l’idéal, être traités conjointement, et non au cas par cas.
Le paysage sonore urbain s’inscrit dans une réflexion où les « musiques de la ville » contribuent, avec d’autres prises en compte environnementales, à rendre les cités plus écoutables, respirables, vivables.
Dans une époque où les priorités dites écologiques semblent être plutôt malmenées que renforcées, les enjeux et obstacles sont de poids. Les politiques urbaines demandent à l’aménageur et aux politiques soucieux d’une qualité de ville, le déploiement d’une énergie plus que jamais militante. La militance n’est pas pour autant une idéologie partisane. Elle doit s’exercer de façon concertée, participative, dans la recherche et le respect de l’autre, de la qualité du cadre de vie urbain et du mieux-être de ses résidents.
C’est souvent plus facile à dire qu’à faire, mais le jeu en vaut la chandelle.
