J’ai collé mon oreille à un chéneau glougloutant après la pluie
Je me suis posté dans les branchages frémissants d’un saule pleureur
J’ai plongé un stéthoscope dans le bassin d’une fontaine
J’ai pris plaisir à sentir le vent friser mes tympans
J’ai entendu de micros bulles pétiller dans une mare presque dormante
j’ai surpris le piétinement furtif d’une souris malicieuse courant dans le grenier
j’ai perçu le tic-tac discret d’un réveil-matin à l’ancienne
J’ai masqué mes acouphènes par le son d’une radio
Je me suis agacé du souffle aussi ténu que tenace d’une clim dans une chambre d’hôtel
j’ai pris conscience du bruit du frigo lorsque son ronronnement a cessé
j’ai suivi le raclement de la feuille morte sur le macadam d’une place déserte
J’ai tendu l’oreille vers le micro zonzonnement d’un placard électrique encastré dans la ville
j’ai été charmé par le silence des pipistrelles tournoyantes un soir d’été
J’ai senti des gouttes de pluie à peine crépitantes sur mon visage offert
J’ai été attiré par le léger ferraillement d’une petite pompe à eau, au cœur d’une médina endormie
j’ai cru entendre des sons, sans être vraiment sûr de leurs existences
