Point d’ouïe, par où commencer pour bien débuter, et inversement ?

Beaucoup ont fait l’expérience, dans un geste artistique, une expérience amoureuse, du fait que la première minute est souvent décisive ! Du coup de foudre à la sidération, ou de l’ennui à la désertion.

En tant qu’artiste par exemple, on embarque, plus ou moins, plus ou moins vite, ou pas, un public, dans notre univers, notre histoire, nos propositions… Surtout si celui-ci participe à une action en espace public, où il sera libre de quitter la « scène » quand il veut, quand il décroche, quand il s’ennuie, pour rester poli. En tant que musicien, parfois chef d’orchestre, j’ai souvent redouté le premier son, la première attaque comme on dit, ou le premier geste, le premier regard vers un orchestre. On sent très vite si le courant passe, l’attention des musiciens, l’énergie circulante entre le chef, l’orchestre et le public, une forme de communion galvanisante. Et parfois, la mayonnaise ne prend pas comme on l’aurait souhaité, ou le soufflé retombe.

Dès les premiers instants, la façon de démarrer, d’impulser, de transmettre une énergie, de mettre en marche, y compris physiquement, me questionnent, sur le fait de bien commencer, et des façons de faire pour cela.

Pour justement mettre en marche, en mouvement, une déambulation d’écoute, un PAS-Parcours Audio Sensible, en embarquant très vite un public parfois peu aguerri à ce genre d’exercice qui, dans ses phases de lenteurs silencieuses, peut désarçonner.

Je me questionne donc sur le premier instant, celui qui peut être un bon enclencheur, un vrai déclic. Alors comment mettre rapidement l’écoute en marche, en action déambulante ?

Faut-il préparer une intro bien rodée, rassurante, ou compter sur une forme d’improvisation libre ?

Mettre l’auditoire en situation, en lui racontant les origines historiques, les courants, contextes et projets du soundwalking et autres parcours d’écoute ?

Énoncer les objectifs, visées et attendus de l’expérience ?

Créer du récit, du rêve, de l’imaginaire, de l’intriguant, du titillant ?

Se mettre en condition, en situation, par des jeux et des postures d’écoute ?

Ne rien dire, ne rien expliquer, ni a priori faire, en tant que gestes préparatoire, et se jeter tête et oreilles baissées dans le parcours d’écoute, sans autres formes de préliminaires ?

Composer selon l’humeur, le ressenti du public, l’ambiance, l’instinct, le lieu ?

L’essentiel, c’est de prendre le risque de se frotter collectivement au terrain d’écoute, avec tous les aléas et risques inhérents, y compris celui de se planter ! Mais en essayant de bien commencer pour ne pas trop mal finir !

Les choses étant ce qu’est le son !

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