MUSÉE DE L’ENVIRONNEMENT ET DU PAYSAGE SONORE

MUSÉE DE L’ENVIRONNEMENT ET DU PAYSAGE SONORE

CULTURE, PATRIMOINE, TOURISME, ART

12510520_1134932063183854_493811992667129011_n

Savez-vous que nous pouvons visiter ensemble le musée de l’environnement et du paysage sonore, chez vous, tout simplement ?

Demandez moi, vous entendrez !

desartsonnants@gmail.com

RADICALISATION DOUCE DE L’ÉCOUTE

RADICALISATION DOUCE DE L’ÉCOUTE, paysages à perte d’ouïe

Choisir un lieu

Quel qu’il soit

Choisi comme point d’ouïe

S’y arrêter

S’y asseoir

Y écouter

Longuement

Très longuement

Très très longuement

Voire plus

Si affinité

Seul

Ou en groupe

A perte d’entendement…

Recommencer

Inlassablement

Ici-même ou ailleurs

Ce geste d’entendement

Jusqu’à saisir enfin

A force d’obstination

L’altérité sonore

Des lieux auriculés

N’en garder à l’esprit

Que leur trace éphémère

Collections sonifères

Des écoutes entêtées…

 

Point d’ouïe et glougloutis

12341361_10206549583671930_569784207082637049_n

 

Point d’ouïe, point de fuite sur bancs d’écoute

2114802631_6b8959ec7e_b

 

Point d’ouïe, dans le calme de la nuit épiée

4583759659_b930d09f9f_b

 

POINT D’OUÏE – UNE ESTHÉTIQUE DU PAYSAGE SONORE AU PAS À PAS

UNE ESTHÉTIQUE DU PAYSAGE SONORE CONSTRUITE AU PAS À PAS

Réflexion 1
Marcher…
Écouter…
Ressentir…
Comprendre…
Goûter…
Les pas guidés par les oreilles, les oreilles guidées par les pas, aller se frotter aux multiples sources sonores.
Aesthesis, le promeneur écoutant cherche t-il à trouver, ou à retrouver la perception, la sensation, du beau, quitte à le construire de toute pièce dans une sensibilité aiguisée à l’aune de l’écoute, voire du bon entendement.
La promenade qui s’articule autour des sonorités paysagères fait incontestablement naître des émotions.
Sons souvenirs, sons harmonieux, apaisants, évocateurs, musicaux ou musicalisés, de l’allégresse à la douce mélancolie, l’écoute en marche se teinte de ressentis, de sentiments amplifiés.
Pour autant, l’esthétique des ambiances sonores n’est pas toujours des plus sereines. Un marcheur urbain pourra se sentir agressé, stressé, angoissé, à l’écoute des flots parfois assourdissants et chaotiques du vacarme urbain.
L’esthétique du beau peut être également celle du chaos, de la laideur, de la surenchère.
Fait-il d’ailleurs rechercher à tout prix une esthétique dans le couple d’actions concomitantes marche-écoute ?
N’affaiblissons nous pas le beau, à vouloir le trouver partout ?
C’est une question qui peut tarauder un artiste marcheur, un promeneur écoutant, et sans doute bien d’autres, sans forcément trouver une réponse satisfaisante. Autant dans ce cas là, chercher à jouir de plaisirs auditifs, en construisant inlassablement une ou des esthétiques à portée d’oreille.
Platon concevait le beau non seulement comme une chose uniquement sensible, il était d’ailleurs assez hostile à la conception de l’art, mais aussi comme une idée. L’idée du beau, celle qui s’adresse à l’intelligence, à l’intelligible, et nous aide à la compréhension du monde. Le marcheur pourrait, dans les trace de Platon, comprendre un peu mieux le monde en l’écoutant plus attentivement, en s’immergeant dans les sons, en prenant toutefois garde de ne pas s’y noyer totalement, pour garder suffisamment d’entendement dans son expérience d’écouteur acteur.
Kant parlait d’esthétique transcendantale, une science de l’intuition et des concepts relatifs à l’espace et au temps, en tout cas du point de vue de la connaissance. L’esthétique peut approcher une sublimation de l’espace, y compris par le geste d’écoute. Un environnement sans réelles beautés apparentes peut, lorsque la sensibilité de l’écoutant s’y développe, amener vers une forme d’allégresse transcendantale, du plaisir.
Marcher, écouter, sortir de ses routines, emprunter des chemins de traverse, traverser une ville ou une forêt comme des espaces de transfigurations sensorielles, peut-être même comme un rite initiatique post médiéval, qui nous ferait trouver ne serait-ce qu’une infime parcelle de la beauté.
L’artiste marcheur doit sans cesse faire ses gammes pour maîtriser sa pratique, et sans doute entretenir la capacité d’improviser selon les aléas des déambulations.
Chemin faisant, la construction esthétique est, de façon quasi incontournable, tributaire des surprises rencontrées ici et là. Du fait même d’une sorte d’instabilité volatile des ambiances acoustiques, une balade sonore, ou un PAS -Parcours Audio Sensible, comme j’aime à nommer cette action, ne sera jamais écrite aussi précisément qu’un texte couché sur le papier, ou une construction architecturale.
Il faut savoir se ménager la part de l’imprévu, et l’inclure dans le processus de lecture/création.

Séquence 1


Une ville, Lyon, un quartier, Vaise, 9e arrondissement, une heure,minuit.
Marche lente, coupant de grands axes urbains, de petites rues, des zigzags en alternance. Ambiance fraîche, humide, encore poisseuse de la pluie qui vient tout juste de cesser. Vie ralentie, quasiment aucun promeneur, les voitures sont très rares. Lumières omniprésentes, la ville nocturne, ou peut-être ses résidents, semblent avoir très peur du noir. Mes pas bousculent des flaques d’eau dans de petites éclaboussures sonores. J’entends ma propre respiration, ce qui, en ville, n’est pas si fréquent. Un groupe d’adolescents, que je croise au détour d’une ruelle, secoue l’endormissement du quartier de ses rires décomplexés. Le silence, ou le presque silence, revient très vite ensuite. Impression d’un Robinson urbain, égaré dans une ville fantôme, ou tout au moins assoupie. Pas de stress, au contraire, juste un dépaysement somme toute assez serein. Sentiment de nuit ouatée, imbibée d’une humidité tenace qui amortit toute émergence saillante, mais aussi me semble t-il, toute violence. Esthétique noctambule, une sorte de rêve éveillé, entretenu par une marche un brin somnambulique. La traversée est intuitive, erratique, au gré de lumières, ou d’ombres portées. La construction du parcours se fait néanmoins sans heurts, sans hésitation, dans une recherche  esthétique  fluide, liée à la surprise du moment, ou à l’infime et bel accident de gouttes d’eau venant tambouriner un auvent de magasin. Le promeneur que je suis entre dans un état semi-contemplatif, tout en conservant une certaine maîtrise dans l’analyse du paysage traversé. Un entre-deux intello-sensoriel très agréable à vivre dans l’instant.

Réflexion 2
La quête du beau, dans l’exercice d’écoute déambulatoire, devient objet artistique, esthétique. Le geste de marcher dépasse le simple fait du déplacement physique, utilitaire. Couplé aux sens en éveil, en surexcitation parfois, conditionné par des concepts, postulats, réflexions, les PAS sont tout à la fois outils de production esthétique, et eux-même productions esthétiques à part entière. Sans esthétique, il semble que toute proposition, si affutée, travaillée et perfectionniste soit-elle, s’écroule, comme vidée de toute substance, celle qui maintient l’artiste ou le promeneur en état d’ébahissement, de sublime dépaysement.
Cette sensation du beau, de beautés, qui viennent transfigurer l’espace, se construit sur une expérience pluri-sensorielle, où la vue et l’ouïe, mêlées à une action kinesthésique, catalysent les sens du promeneur. Ce dernier devient réceptacle de sensations bienfaisantes, stimulantes, même si parfois déclenchées par des situations inconfortables, des tensions, voire des peurs ou des formes d’agressions psychiques.
La marche est érigée en une construction d’œuvre artistique immatérielle, mais produisant l’écriture de territoires sensibles bien réels, plus ou moins manipulés par l’artiste. Ce dernier, emmenant dans son sillage un groupe d’écoutants, lesquels assisteront à un spectacle de sons, mi-agencés, mi « sauvages », exposition interactive à ciel ouvert.
Une sorte de collection, catalogue de marches, pouvant d’ailleurs être prétexte à construire des traces tangibles, itinéraires, guides, carnets de notes multimédia… contribue à la construction d’une esthétique sonore paysagère singulière. Cette dernière dessine les contours de paysages sonores qui seront  incarnés au fil des marches/écoutes.
L’esthétique dépasse donc le simple ressenti, la sensation du beau, pour se concrétiser dans le geste et la trace du geste de l’artiste et des promeneurs écoutants, embarqués de concert dans des aventures soniques partagées.
Faut-il y voir une volonté d’artistes démiurges voulant à tout prix construire, imposer, un univers, même intangible et sensible, qu’ils tenteraient de dominer, de maîtriser ? Serait-ce aussi, de façon plus ou moins conscience une façon de se rassurer face à un monde qui s’emballe? Ou faut-il, plus modestement, entrevoir une tentative d’élargir notre sphère de perception vers une réenchantement nous permettant d’échapper un tant soit peu aux tragédies du monde, et aux nôtres propres ?
Toujours est-il que le geste et la plongée de l’artiste promeneur écoutant dans un univers sonore complexe, intriguant, parfois envoûtant, forge une tension esthétique sans laquelle les PAS resteraient de simples (dé)marches relativement insipides.

Séquence 2


Un petit lac  enchâssé dans un écrin de verdure, lui-même niché dans un immense parc péri-urbain. Le Grand Parc de Miribel Jonage, tout près de Lyon
Temps chaud, ensoleillé, agréable, estival.
Une marche calme, sur un petit chemin de terre ceinturant le lac.
Passages herbeux, arborés, espace champêtre, bucolique, bien que proche de la ville.
Des groupes pique-niquent ici et là, leurs voix sont réverbérées et portées au loin par la nappe d’eau immobile, miroir acoustique efficace.
Des chiens jouent, poussant de temps à autres de petits glapissements, joyeux aboiements dénués de toute colère.
Des oiseaux chantent à syrinx déployés, pointillismes secouant les branchages de piaillements impatients et d’apparences frivoles.
Nos pas froissent l’herbe, font crisser des feuilles sèches, ou du gravier, selon les textures changeantes du chemin.
Nous ne parlons pas, il nous suffit de profiter de ces douces caresses sonores, sans commentaires inutiles.
Un grondement background  lointain vient rappeler la présence de la ville voisine.
Ambiances plutôt apaisées, propres à une déambulation rêveuse, chauffée d’un soleil bienveillant.
L’eau miroitante, omniprésente au regard, discrète à l’écoute, reflète les paysages arborés, miroirs inversés d’un monde la tête en bas.
Les couleurs sont chatoyantes, changeant au gré des frémissements aquatiques, comme hypnotiques lorsque l’œil s’accroche longtemps à un point de la surface du lac.
L’oreille est attirée par des bruissements furtifs dans les herbes, d’animaux invisibles, détalant à notre approche.
Instant de calme suspendu à l’orée de la métropole grondante.
Instant de méditation nous rapprochant d’un Rousseau marcheur philosophant.
Instant où nos sens se déploient sans efforts, nous plaçant au centre d’une incroyable scène à 360°, qui nous ravit jusqu’à une forme d’extase tranquille.

POINT D’OUÏE, MON QUARTIER EN ÉCOUTE

POINT D’OUÏE COMMENTÉ – BANC D’ÉCOUTE

PO

A deux pas de chez moi, un banc.
C’est un lieu des plus familiers pour moi.
j’y lis, j’y regarde, j’y écoute, j’y prends le pouls de ma ville, de mon quartier.
Un espace qui se présente, a priori sans concession, sans aucune velléité à valoriser l’espace ambiant, peut-être même, au premier coup d’oreille et d’œil, plutôt enclin à en montrer les fragilités, les dysfonctionnements du lieu.
Un banc coincé entre trois routes, très circulantes, faisant face à une voie de chemin de fer.
Mais néanmoins, un point d’ouïe où j’aime tout particulièrement à expérimenter une écoute critique, par l’écrit, par l’écoute, par la parole…
Ce que je fais ce soir, avec plaisir, in situ, de façon spontanée, épidermique.

POINTS D’OUÏE – L’ÂME DU PAYSAGE SONORE

Le paysage sonore a t-il une âme ?

Si nous partons d’une problématique, comme une forme de définition philosophique, qui consisterait à chercher ce que pourrait être l’âme d’un paysage sonore, on peut se demander a priori quel éventuel souffle viendrait l’animer, au sens premier du terme ? En bref, qu’est-ce qui pourrait lui donner vie, lui transmettre une forme d’existence tangible, au delà de l’idée, du concept.
Je perçois bien, au travers la multitude des particules sonores incarnant un environnement audible, une organisation des choses entre elles, même si elle peut sembler relativement chaotique. Des tensions, des détentes, des nappes, des acmés, toute une évolution sonore qui rythme l’instant, la journée, la saison, qui fait qu’une coloration acoustique, toujours en mouvement, irise mes espaces de vie, de travail, de loisirs… Les sons s’agencent, se frottent, résistent, mais au final, finissent par s’entendre sur un déploiement de matières organiques, résiduelles ou conceptuelles, qui viennent asseoir ma perception de l’espace, recentrée entre mes deux oreilles.
Dans la vallée de haute montagne, sur les quais d’un port du bord de mer, dans la forêt profonde, au cœur de la cité, ces agencements, ces organisations mouvantes, seront bien différentes. Les sources et couleurs sonores, les tessitures, les dynamiques, les effets acoustiques intrinsèques aux topologies, dessineront des espaces non pas homogènes, mais en tout cas suffisamment spécifiés pour qu’une forme de reconnaissance, un brin rassurante pour l’oreille, s’installe.
Au-delà et dans des myriades de variations, le paysage sonore peut prendre corps.
Comme l’âme d’un village, d’une vallée, d’une usine, peuvent se déceler dans une sorte sensation d’appartenance, liée à une vie bien réelle, parfois quiétude, parfois inquiétude, celle d’un paysage sonore y  trouve également sa place. Ce dernier participe vraisemblablement à l’élaboration d’un terreau social cohérent, ou se cherchant des cohérences . Sans doute glisse t-on là vers la reconnaissance d’un territoire sonore, en partie lié à un existant domestiqué et reconstruit, sonorités y compris.
Installer un jeu de cloches carillonnant au cœur de la cité, ou au sommet d’un village, n’est pas un geste anodin, pas plus qu’édifier un kiosque à musique au cœur du parc municipal.
L’âme d’un paysage, c’est aussi, ce qui en fait un cadre singulier, avec des spécificités, celles qui vont favoriser un ensemble de sensations, de représentations, de perceptions, comme autant d’éléments moteurs dans l’entretien, voir la survie même d’un paysage sonore, en tout cas d’un espace auriculaire vivant et vivable..
Comment se sentira t-on, s’entendra t-on, selon les endroits, les époques, les événements, dans des des lieux spécifiques ? Comment t’entends-tu avec ta ville ?

Un paysage sonore, s’il est trop malmené, laissé en déshérence, peut-il perdre son âme ?

L’âme d’un  écoutant est -elle sereine, tourmentée, a-ton du bleu à l’âme, ou celle d’un poète, comment se sent-on face à un tourbillon sonore ayant tendance, dans cette période de forte urbanisation, à connaître une expansion parfois violente et plus ou moins contrôlable.
Bien sûr, tous ces agencements sonores, ces stratifications, ces concrétions, naturels ou fabriqués, voire contre nature, sont souvent bien aléatoires. Vents et grondements du tonnerre n’en font qu’à leur tête, et nous n’avons finalement, nous autres humains, que peut de prise sur la vie « sauvage », même si nous participons grandement à la modifier, pour le meilleur et souvent hélas, pour le pire.
L’infinie variété des ambiances sonores semblent bien mues par un système organique, quasi anthropomorphique, répondant à des stimuli, naturels ou humains, secoués de soubresauts, apaisés de silence, parfois.
Ces organisations sonores sont sans doutes en partie agencées par notre propre écoute, et surtout notre propre pensée, dans la volonté de cerner, de comprendre, de se rassurer, voire de se protéger des flots sonores incessants qui nous baignent à chaque instant. La construction d’un paysage sonore nous permet de donner vie (âme = anima = vie) à un flux de matières intangibles, mouvantes, immersives, pouvant selon les moments, nous baigner de belles sensations, ou nous noyer dans un tourbillon asphyxiant.
L’âme d’un paysage, y compris envisagée comme une forme de vie sonore, est empreinte des respirations du lieu. Encore cette évidence d’un inspire et d’un expire sans qui la vie ne se développerait pas. Il faut qu’un site respire, et que nous puissions, autant que faire se peut, mettre notre respiration en harmonie, pour  nous y sentir un tant soit peu en phase. Envisageons ces respirations comme des formes primaires de vie sonore. Si ces dernières sont trop haletantes, elles nous essouffleront l’écoute, l’attention, la pensée, dans une surenchère, une excroissance maladive. Si ce souffle, cette respiration sont trop ténus, teintés d’atonie, le mouvement de vie sera par trop amoindri, manquera d’allant, de fraîcheur, de vie en somme. Ces métaphores reliant souffle et son, mais la vie ne commence t-elle par un cri qui libère la vie grâce l’arrivée d’air dans nous poumons, instant crucial, nous font espérer un paysage sonore qui prolongerait métaphoriquement et physiquement la quiète sécurité du bain amniotique initial.

Paysages sonores avez vous une âme ?
Certes oui, celle que nous nous efforçons, à grand renfort de cris et de silences, de vous confectionner, et sans doute, bon gré mal gré, de construire selon nos propres modes de vie, avec des énergies positives, comme avec des carences et dysfonctionnements récurrents.
L’essentiel étant peut-être, de ne pas rester sourds aux états d’âme du paysage. Il est en grande partie ce que nous en faisons, parfois en notre âme et conscience, parfois, souvent, en parfaite inconscience.
Conserver l’âme d’un lieu, c’est garder suffisamment de recul, pour éviter que trop de choses n’échappent à notre écoute, et en partie à notre maîtrise, dans une chaotique hégémonie sonore qui rendrait invivable, inhabitable, impraticable, tout espace public.

POINTS D’OUÏE – UNE GÉOGRAPHIE DE L’OREILLE ET DU PIED

POINTS D’OUÏE – UNE GÉOGRAPHIE DE L’OREILLE ET DU PIED

Le fait de déambuler de centres ville, en villes centres, de chemins de traverse en GR balisés, m’amène progressivement à me fabriquer une géographie personnelle, tracée à la force du mollet et à la curiosité de l’oreille.

J’ai dans la tête des sortes de cartes mixmédia où s’entremêlent couleurs, volumes, odeurs et sons.

Je conserve, rangés dans un coin de l’esprit, mais aussi en notes griffonnées, en sons réagencés, moult circuits parcourus en groupe ou solitaire.

Tout cela contribue à tramer un réseau reliant Lyon, Paris, Vienne, Tananarive, Toulouse, Victoriaville, Mons, Lausanne, Bruxelles, Florence… dans un parcours global organique, nourrit de points de vue et de points d’ouïe, incrustés dans une trame géographique qui n’en finit pas de s’expandre.

Je peux, à l’aune des chemins parcourus, de jour comme de nuit, construire une géographie du promeneur écoutant, ponctuée de points d’ouïe, haltes offertes à l’expérience, à la surprise, à la contemplation, à l’espace temps partagé…

Cette trace mémorielle, sonore, matérialisée car tissée de mots, jalonnée de cartes postales sonores, est une invitation à poursuivre encore et encore le chemin d’écoute, si sinueux et imprévisible soit-il.

Il faut, au détour d’un pâté de maisons, d’un bosquet, d’une rivière, trouver des postures, des modes de narration, qui seront en adéquation avec l’espace, le moment vécu, les ambiances, l’intimité, la synergie du groupe.

Il convient de ne pas reproduire des gestes telles des géographies types, comme un calque que l’on superposerait à différents lieux, quels qu’ils soient, trame rassurante sans doute, mais aussi carcan de reproductions anachroniques, sclérosantes et asphyxiantes.

Chaque marche, chaque rencontre, chaque projet, devient terrain de jeu où l’écriture, parfois sauvage, doit nous surprendre et nous ravir.

Sérendipité invitée, acceptée, recherchée.

Aujourd’hui encore, sur un chemin menant à une rivière discrète, le pont de bois la surmontant offrant des rythmes de basses fréquences au belles couleurs chatoyantes, avec un groupe d’étudiants en technique du son d’une université québécoise, nous jouons de concert à écouter. Nous nous essayons à faire sonner. Nous jouissons d’un retour à des gestes simples, gratter, tendre l’oreille, s’assoir, placer un minuscule son sur une pierre, un autre dans un arbre, faire chanter intimement le lieu, s’offrir un instant de plaisir qui restera gravé dans notre intime géographie sonique, à chacun la sienne.

Ce extrait de promenade s’imprime dans ma collection de vécus in situ, en même tant qu’il imprime une extension, une couche sensible et cartographique, tissant un paysage sonore quasi universel dans son geste d’écoute.

Chaque nouvelle expérience excite mon appétit à traquer les infimes, ou toniques singularités d’une ville, ses souffleries, ses grésillements, ses musiques envahissantes, ses accents, ses tintements de cloches…

Il me faut ensuite les conter, les transcrire, les rendre partageables, les inscrire dans un carnet informel qui les fixeront comme des traces dans lesquelles je pourrai venir  à l’envi, puiser des ressources, pour poursuivre et enrichir mon chemin d’écoute.

Ce sont ses déambulations sonantes qui me font réfléchir et agir, affiner une géographie en marche, au gré des lieux, des gens, des expériences à fleur de tympan, des parcours, ceux qui provoquent la rencontre, l’échange, la joie de faire à portée d’oreilles. Au fil des pas, se dessine une géographie intime, personelle, sensible, mais surtout vitale pour aller de l’avant.

POINTS D’OUÏE – TRAVAILLER LES PAYSAGES SONORES

Travailler les paysages sonores ?

J’ai voulu travailler un paysage sonore de corons, mais on m’a dit que le son avait mauvaise mine !

J’ai voulu travailler un paysage sonore du journalisme, mais on m’a dit que le son avait mauvaise presse!

J’ai voulu travailler un paysage sonore de vignobles, mais on m’a dit de ne pas travailler en vin !

J’ai voulu travailler un paysage sonore du corps, mais on m’a dit que le son faisait tabou (la rasa ?)!

J’ai voulu travailler un paysage sonore de la guerre, mais on m’a dit que le son par trop désarmait !

J’ai voulu travailler un paysage sonore de l’église, mais on m’a dit que le son était de mauvaise foi !

J’ai voulu travailler un paysage sonore de la justice, mais on m’a dit que le son n’avait jamais connu de lois ! Idem pour le paysage sonore de la justice !

J’ai voulu travailler un paysage sonore de la cuisine, mais on m’a dit que le son avait trop mauvais goût !

J’ai voulu travailler un paysage sonore de l’écologie, mais on m’a dit que le son n’avait pas l’oreille verte !

J’ai voulu travailler un paysage sonore, mais on m’a dit que…

Alors, devant ces résistances, je me suis dit que le son avait vraiment quelque chose à dire, et qu’il fallait bien, à un moment ou à un autre, lui donner enfin la parole.