POINTS D’OUÏE – PAYSAGES EN ÉCOUTE

Drée Parcours sensible et Point d’ouïe

Drée Parcours sensible et Point d’ouïe

Festival Ex-Voo, Crane Lab, World Listening Day 2015


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Article original : http://www.echodescommunes.fr/actualite_967_Ex-voO-un-festival-pas-comme-les-autres-inaugure-a-Dree.html

#WLD2015

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POINTS D’OUÏE, RÉFLEXION SUR UN PROJET EN CHANTIER

POINTS D’OUÏE

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On tire des fils sonores, on tente de les démêler, ou parfois de les emmêler, de les tresser, de les tisser, ou de les détisser.
Chaque territoire, chaque lieu, chaque site, quartier, ruelle, place, impasse, forêt, lac… est un entrelacis d’une infinité de fils sonores qui n’ont de cesse que de moduler un paysage fuyant. L’espace sonore ne se résoudra jamais à être contenu dans une immobilité figée. L’arrêt sur son serait une parfaite ineptie. Il faut une oreille mobile, un écoutant mobile, pour tenter de construire à la fois une lecture et une écriture des paysages sonores en mouvement. Le concept de points d’ouïe, espace délimité comme un lieu emblématique, fixe, en résonance, en rayonnement avec d’autres points, offre une stabilité nécessaire à l’écoutant, une base repère, un point de référence. A partir de là peuvent se tisser moult trajets, fils d’écoute, reliant éventuellement d’autres points, qui commenceront à asseoir un paysage auriculaire. Le projet points d’ouïe joue sur le paradoxe du resserement en même temps que de l’extension. Resserement dans le lieu, parfois inauguré comme point d’ouïe, resserement dans la démarche, dans la définition de certains outils, activités et concepts, en fonction des lieux. Et en même temps, extension des possibles, des approches, des fils à tirer, à mettre en vibration, comme des cordes invisibles et impalpables tendues sur un territoire d’écoute. Resserement et extension à partir des points d’ouïe, avec effets sonores à la fois centrifuges et centripètes pour l’écoutant, attiré ou poussé vers… Entre points d’ouïe et trajectoires, resserements et extensions, la scène acoustique peut se construire, à chaque lieu et à chaque instant différente, à chaque fois un peu plus riche dans son instabilité chronique. Il y a parfois, sur un nouveau lieu, un découragement ou un émerveillement, sans doute les deux, avant que de trouver, entre le trop peu et la surabondance, un équilibre précaire mais rassurant, lorsque la musique des lieux se met en place, sans aucun effort. Il faut parfois, comme le peintre qui guetterait LA bonne lumière, faire preuve de patience, de modestie et de ténacité face à l’inexorable continuum sonore, savoir entendre le doux chant du ruisseau, du vent dans les peupliers, la buse qui chasse au dessus des collines, la cloche dans la vallée qui rythme l’écoute…. Et c’est ici que le point d’ouïe prend toute son importance.

POINT D’OUÏE – DRÉE EN ÉCOUTE

Inauguration du 1er Point d’ouïe mondial dans le cadre de la World Listening Day 2015 à Drée (21), avec Monsieur le maire Paul Robinat. Événement organisé avec CRANE lab et Desartsonnants, dans le cadre du festival ex-voO ‪#‎WLD2015‬

POINT D’OUÏE – DRÉE EN ÉCOUTE

Inauguration du 1er Point d’ouïe mondial dans le cadre de la World Listening Day 2015 à Drée (21), avec Monsieur le maire Paul Robinat. Événement organisé avec CRANE lab et Desartsonnants, dans le cadre du festival ex-voO

‪#‎WLD2015‬

Drée est un magnifique village de l’Auxois (21) niché dans un vallon. Un petit oasis pour l’écoutant dans un site où l’oreille se sent bien, et où l’on s’entend bien avec son environnement. Il a été le premier site à être officiellement inauguré comme « Point d’ouïe »

Cartographie : Le son d’une promenade sonore ici (cliquez sur le point rouge)

Un texte écrit durant l’arpentage repérage

Après 2H 30 d’arpentage du village de Drée (21), magnifique petite bourgade nichée dans un vallon de l’Auxois, traversée de part en part par un ruisseau serpentent en glougloutant entre de belles maisons de pierre, un beau collectage de sons attends désormais son heure… Dés 7 heures du matin, chaleur oblige, plus le fait que le réveil du village offre de belles perpectives d’écoute matinale, magnétophone en main, je prends le pouls sonore du village. Beaucoup d’oiseaux, hirondelles, passereaux de tous genres, buses chassant majestueusement, inévitables tourterelles, des chiens en colère que je vienne déranger leurs territoires, un extraordinaire fil rouge aquatique offrant une belle collection de glougloutis, un grincement de portail bien sympathique, la cloche de l’église qui vient gentiment secouer l’espace, un bel écho à fland de colline, et un écrin acoustique équilibré offert par ce doux vallon… On s’y sent bien on s’y entends bien… Peu de voix , si ce n’est celle d’artistes (Jesse Graves et Nes Poon) en train de mailler le village de leurs délicats ornements, encore moins de voitures, pour le plaisir de nos oreilles. De placettes en ruelles, de sentes forestières en prairies, le paysage prend forme peu à peu à l’oreille. Nous repérons un point d’ouïe intéressant, c’était un des principaux objectifs de ce repérage. Samedi, nous l’officialiserons publiquement, dans le cadre du festival ex-voO, en l’inaugurant avec Monsieur le Maire, comme le premier marquage d’un large territoire sonore, geste symbolique qui n’aura de cesse de nous rappeller combien de scènes d’écoute, naturelles ou urbaines, peuvent êtres aussi belles que fragiles. Un projet « Points d’ouïe » qui débute ici, dans ce vallon de l’Auxois, en attendant de trouver des échos pour révéler moult autres paysages sonores ici et là…

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INAUGURATIONS DE POINTS D’OUÏE

Inauguration de sites « Points d’ouïe »

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Il existe une reconnaissance une visibilité, un repérage, un inventaire, parfois une labélisation de sites patrimoniaux, architecturaux, voire naturels (UNESCO). De même, nous trouvons également ici ou là des points de vue repérés, des guides et des cartes, des tables d’orientation, des longue-vues permettant d’appréhender un paysage, un panorama remarquable du regard.
Quid du paysage sonore ?
Pourquoi ne pas repérer, signaler, inventorier un site point d’ouïe comme un espace entendu et reconnu comme tel ?
Pour cela, il convient d’officialiser la démarche, d’inaugurer avec des élus locaux des sites d’écoute, de leurs donner une existence concrète en temps que sites auriculaires. Il nous faut alors couper le ruban symbolique, pour ouvrir le paysage à l’écoute, une action qui, au-delà de son caractère anecdotique, singulière, se pose comme une invitation à prendre notre environnement sonore en compte, dans une approche tout à la fois esthétique, sociale et écologique. L’implication d’élus permet, en amont d’une inauguration symbolique, d’entamer une discussion autour du statut du paysage sonore, de sites à protéger, à valoriser, à penser une sensibilisation vers une écoute aiguisée, qualitative, à rechercher une qualité acoustique des lieux de vie… bref, à une approche où l’écoute est posée comme une posture sensible et écologique.
Au-delà de l’inauguration de points d’ouïe, l’inscription de sites dans une cartographie interactive, via des outils et réseaux internet, prolonge le geste en construisant un maillage d’un vaste territoire sonore mondial, entre la singularité du local et l’universalité de l’écoute partagée.

A lire : Une première à Drée (21)