POINTS D’OUÏE – PAYSAGES EN ÉCOUTE

Paysages sonores, arts sonores…

Le champ contemporain des arts sonores présente certaines pratiques qui ont progressivement émergé pour constituer des courants qui, a défaut d’être de véritables écoles, mais peut-on parler encore d’école à une époque où s’hybrident allègrement les genres, mettent en lumière des spécificités, territoires, façon de voir, ou d’entendre le monde.

Parmi ces pratiques, notons celle du paysage sonore, souvent très étroitement liée au fil recording, enregistrement in situ et à des mouvements militant pour l’écologie, dont bien sûr l’écologie sonore, issue de l’Acoustical Ecologie que prône Raymond Murray Schafer, la biophonie de Bernie Krause, les pratiques audionaturalistes et le Soundwalking, la marche d’écoute ou balade sonore.

Le but de cet article n’est pas ici de réécrire une énième définition, de proposer un historique en bonne et due forme, ni même un nouveau chantier d’analyse de ces courants, mais plus simplement de référencer quelques sites web dont l’intérêt me semble propre à jalonner ces approches audio-paysagères.

Cette sélection n’est évidemment pas exhaustive, tant s’en faut, et présente un choix tout à fait personnel, que tout un chacun peu compléter, ou parmi ces liens naviguer librement.

 

https://soundslikenoise.org/– Field recording and soundscape

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World Listening project– Écologie sonore, World Listen

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http://klanglandschaften.ch/fr/explorer/– Paysage sonore

 

https://www.leonardo.info/isast/spec.projects/acousticecologybib.html– Biographie autour de l’écologie sonore

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https://www.sfu.ca/sonic-studio-webdav/WSP/index.html– Barry Truax écologie sonore

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https://www.franceculture.fr/environnement/bernie-krause-contre-l-appauvrissement-des-sons-du-monde– Bernie Krause – biophonie

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https://www.greenroom.fr/99128-a-la-decouverte-du-field-recording/ – Field Recording

 

https://lemotetlereste.com/musiques/fieldrecording/– L’usage sonore du monde en 100 albums (livre)

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https://www.cairn.info/revue-multitudes-2015-3-page-101.htm– Field recording, hypothèses critique – David Christoffel

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https://www.poptronics.fr/Field-recording-un-art-ecolo– Field recording, un art écolo ?

 

http://www.bernardfort.com/bernard_fort/bernard_fort.html– Bernard Fort, Field recording, ornithologie et musique acousmatique

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http://www.franciscolopez.net/field.html – Franscisco Lopez – Field recording

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https://chriswatson.net/– Field recordinfg, Sound Art

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https://www.sfu.ca/~westerka/writings%20page/articles%20pages/soundwalking.html – Soundwalking

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http://www.soundstudieslab.org/experiencing-soundwalking/– Soundwalking

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https://desartsonnantsbis.com/– PAS – Parcours Audio Sensible

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https://aporee.org/maps/ – Soundmap

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http://www.kalerne.net/yannickdauby/ – Field recording, sound art, Yannick Dauby

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https://www.espaces-sonores.com/ – Paysages sonore, soundwalking, field recording

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Une écoute apaisée, Sabugeiro opus 4

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Le 16 juillet, Sabugueiro, Serra da Estrela, Portugal.

Il est parfois bon de s’isoler dans une forme de résidence où, dans un petit village de montagne, dont on ne comprend ni ne parle la langues des habitants, on se retranche dans une forme de douce solitude, somme toute très inhabituelle, pour moi en tous cas.
Peu de gens croisés en journée, peu d paroles échangées, mais beaucoup d’instant d’écoute profonde, Deep Listing, disait Pauline Oliveros.

On se lave ainsi, en partie, du surplus d’agitation urbaine, qui nous entraine parfois, à nos corps défendant, dans un tumulte remuant que Montaigne en son temps qualifiait déjà de grande branloire du Monde.

L’écoute nous relie sans doute plus profondément, dans des havres de paix à un Monde plus apaisé, dans une sorte de contemplation, de médiation sur une toile de fond sonore tout en douceur.
L’œil et le regard font de lents va-et-vient, balanciers horizontaux, du sommet des montagnes aux blocs basaltiques chaotiques, aux arbres calcinés, vers le creux du vallon verdoyant, avec sa rivière vivifiante, blottie dans un creux discret repli du paysage.

Je m’offre ici, tout en travaillant sur l’écoute, les parcours auriculaires, la prise de son et le montage de paysages sonores, le carnet de notes et les écritures multiples, une retraite loin de la fureur du monde. J’ignore pour un temps les actualités, les informations déprimantes, les drames et le catastrophisme ambiants, distillés par des médias vitupérant, exacerbant des violences latentes dont ils se repaissent insatiables, voracement.
Il n’est pourtant pas question de fuir les réalités d’une société au rythme par trop emballé, dans sa course folle, mais de ménager une pause temporairement plus sereine. De profiter de cet oasis sensoriel qui détend peu à peu les tensions et les nœuds qui bien souvent nous oppressent.

Les oiseaux et les voix, les sonorités les plus insignifiantes a priori, reprennent ici une place dont j’avais presque oublié les dimensions intimes possibles. Je me revois à 10 ans, dans le petit village de moyenne montagne de mes grands-parents, oncles et tantes, où le paysage sonore restait à une place mesurée, où la vie ne s’écoulait pas de façon si trépidante, même avec les saisons parfois rudes qui guidaient les travaux agricoles selon les urgences de l’instant.

Ici, la cloche rythme la vie, annonce la fin de soirée, accompagne l’obscurité grandissante qui noie progressivement la place et le banc sur lequel je me délecte de cet instant paisible. Un bain sonore sans gros à-coups, qui s’étire en ne brusquant rien, ou si peu, bien au contraire, en invitant à une quiète déprise, à une somnolente rêverie.
Des instants que mon magnétophone peinerait tant à saisir, à rendre, que les mots prennent naturellement le relai.

Au moment-même où j’écris ces lignes, un petit troupeau de chèvres égraine les tintinnabulements cristallins de leurs sonnailles. elles passent presque tous les jours, traversant la route, guidées par leur berger, faisant écho à la cloche de l’église, autre marqueur spatio-temporel rassurant dans sa ténacité à scander le temps qui passe.

J’ai peu à peu l’impression de me fondre un peu plus chaque jour dans le paysage. les commerçants et les passants me saluent d’un Ola souriant, souvent sur mon banc/bureau QGEE (Quartier Général d’Écoute Extérieure). Les chiens, qui au début m’évitaient, passaient au loin me jetant des regards suspicieux, viennent maintenant quémander des caresses, avant que de repartir d’un pas lent, adapté me semble t-il au rythme du village.

Je vis un véritable ralentissement qui, en marchant sur les chemins caillouteux ou en arpentant les ruelles pavées de granit, me transporte vers d’agréables solitudes, dans lesquelles Thoreau et Rousseau se seraient sans doute complus.

Le retour à la ville sera certainement une autre cassure, un emballement dans un mouvement contraire, a priori contre-nature. Et pourtant, je l’aime aussi, cette ville, avec et malgré tous ses excès.

 

Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

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Des Points d’ouïe, l’exemple de Sabugueiro, opus 3

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La notion de point d’ouïe n’est pas neuve. Elle a parfois été explicitée, discutée, mise et remise en question, et sujet à controverse.
Peut importe, je la fait ici mienne, partant de mon expérience propre, et d’une des définitions que j’ai forgé au fil du temps, tout en acceptant la polysémie du terme, les différents sens et applications que tout un chacun puisse lui accoler.
M’étant déjà expliqué sur la définition que j’applique aux Points d’ouïe, je ne m’étendrai pas sur le sujet, si ce n’est pour rappeler que je suis proche de l’idée anglo-saxonne de Sweet spot, l’endroit où il faut être pour bénéficier de la meilleure écoute. Et dans le cas d’une écoute paysagère, je dirais l’endroit et le moment, me rapprochant ainsi de l’instant du déclic photographique. Être là juste au bon endroit, et quand il faut. Une part d’instinct, de repérage, d’opportunité, une part de hasard et de chance.
Il y a pour cela des lieux qui se prêtent à ce genre de situations. Des endroits que je sens propices à me fournir de la belle matière auriculaire, visuelle, qui viendra confirmer, à certains moments, que je suis bien sur un Point d’ouïe, ce lieu qui pourra mes donner du grain à moudre, où je reviendrai régulièrement, me poster dans l’attente d’une scène sonore intéressante, belle, construisant un paysage auriculaire intéressant.

Ces Points d’ouïe peuvent constituer, dans des parcours d’écoute, des haltes, des pauses, des façons de zoomer sur une ambiances, de se concentrer sur un objet sonore, une scène, d’en profiter dans toute sa durée, ou tout au moins sur un long temps, le temps de s’en imprégner. Ils jalonnent une marche, constituent des repères spatio-temporels, des points d’ancrage qui quadrillent et dessinent un territoire sonore.
Ce sont très souvent pour moi des bancs publics, mobiliers placés à différents endroits de la ville, du village, d’un sentier, sur un site panoramique… Je me sens d’ailleurs très bien assis sur un banc, regardécoutant ce qui se passe autour de moi, quitte à construire un parcours autour de ces assises favorisant la pause perception sensorielle, et souvent la rencontre inopinée, lorsque l’on pratique un même banc de façon régulière, sur un certain long terme.

Ils peuvent donc être uniques, fixes et servir d’affûts, points d’ouïe d’un territoire de proximité, circonscrits à un échelle spatiale relativement restreinte.
Mais également être multiples, jalonnant voire constituant un parcours d’écoute, un itinéraire pédestre, où la marche alterne avec des pauses auriculaires préalablement repérées.

Nous en répertorierons donc de ces deux natures différentes. Ceux précisément situés géographiquement comme des espaces bien définis, fixes, quasiment incontournables. Des lieux donc bien repérés dans leur dimension géographique et spatiale. Les objets et aménagements sonnants, tels les fontaines, rivières, cascades, cloches, ainsi que les acoustiques, lieux réverbérants, à échos, ou autres effets acoustiques remarquables constitueront des critères de choix pour les choisir et les localiser..
Nous trouveront également ceux, plus aléatoires, improbables, fugaces, éphémères, non repérés en amont, étant plutôt issus de l’instant, du moment, de ce qui se passe à l’instant T, de l’événement inscrit dans une temporalité et non dans une spatialité déterminante. Une volée de cloches, un musicien de rue, un troupeau ensonnaillé, et bien d’autres « accidents » sonores feront que nous établirons, pour une durée en générale indéfinie, car intrinsèquement liée à la chose sonore, un point d’ouïe temporel, qui ne s’appuiera pas sur une géographie acoustique préalablement repérée.

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Prenons un exemple concret, géographique, un cas pratique, dans le cadre d’une résidence artistique que je suis en train, au moment où j’écris ces ligne, de vivre.

Je me trouve, milieu juillet, dans un petit village Portugais, à Sabugueiro, littéralement le Sureau noir, au cœur de la montagne Serra da Estrela, dans un magnifique Parc Naturel.
Le petit village de Sabugueiro, le plus haut en altitude du pays, s’étire en longueur, traversé par une route sinueuse et pentue, au bord de laquelle s’enchainent des magasin de produits locaux, nourriture et peaux, des, chambre d’hôtes et d’hôtels, des restaurants.
A chaque extrémité, des points culminants, cols rocailleux, où la majorité des arbres ont été calcinés par de récents et violents incendies. L’aspect de ces montagnes jonchés d’énormes blocs de pierre est à la fois fascinant et un brin austère.
Au bas du village, une rivière creuse un profond sillon aquatique verdoyant. De nombreuses sources alimentent le cours d’eau Alva, espace rafraîchissant et joliment glougloutant.
En haut de la rue commerçante principale, se tient le vieux village, site historique très pittoresque, dont les habitations, église, fontaines, sont construites dans un beau granit gris bleuté. Village minéral, pavé à l’ancienne, et dont les bâtisses se parent de grandes plaques granitiques du plus bel effet.
Peu de touristes, qui restent généralement vers ls commerces de produits locaux et de peaux, le cœur de Sabugueiro reste dans son jus, espace rural préservé, lieu calme et retiré.

Dans ce cadre géographique rapidement brossé, je vais donc mettre en place mes deux types de points d’ouïe, après l’arpentage repérage qui me permettra de rentrer dans l’intimité sonore des lieux, lieux dans lesquels je resterai deux semaines environ.

Le premier repérage sera celui de points d’ouïe répartis sur un petit circuit, en contrebas du village, que j’appellerai ici le « chemin de l’eau ». Vous aurez sans doute compris que la trame dominante de ce parcours sera bel et bien l’eau, dans tous ses états.
Lavoirs et fontaines au cœur du village, multiples sources le long d’une étroite sente très verdoyante et l’Alva, rivière en fond de vallon, où se trouve aménagée une aire de baignade.
Un panel de sons aquatiques, des filets d’eau de différents débits, de petits cuvettes naturelles réverbérantes, entourées de fougères, le bruissement régulier de la rivière, parfois entrecoupé de petites variations selon les rochers qui jalonnent et brisent jalonnant le cours. C’est un sentier qui ménage moult variations auditives, des transitions, des coupures où l’on adapte la vitesse de son pas, la fréquence et longueur des arrêts selon nos envies, au fil de l’eau.
Il est d’ailleurs assez rare de pouvoir parcourir de l’oreille un cheminement si cohérent, sans jamais perdre de l’écoute les scènes aquatiques, mais sans que celles-ci, dans leurs grandes diversités, ne deviennent pour autant trop omniprésentes, voire oppressantes. Un bel exemple d’équilibre acoustique.

Le deuxième point d’ouïe sera unique, localisé au centre du bourg historique, sur la place de l’église de Sabugueiro. L’environnement visuel et acoustique m’a très rapidement conduit à choisir ce site. Un environnement très calme, éloigné de la route principale, avec très peu de voitures.
Une acoustique légèrement réverbérante et des plans sonores multiples, dans des espaces plein de recoins, de cassures, qui spatialisent agréablement les sources sonores.
La présence d’une cloche, d’une fontaine, d’un lavoir, vient ajouter des éléments acoustiques à la fois ponctuels et d’autres stables, des signaux émergents sur un continuum aquatique discret.
La présence de confortables bancs de bois, comme postes d’écoute vient compléter cette scène acoustique très agréable.
Peu de touristes s’aventurent dans ces rues étroites, minérales et pentues, dommage pour eux, et tant mieux pour la tranquillité de ce centre bourg.
Des scènes sonores viennent parfois secouer la place dans sa douce torpeur. Le passage d’une très ancienne moto pétaradante, un concert de chiens, deux enfants qui jouent avec un chien, ou au ballon, une fête qui se prépare un peu plus haut, l’incroyable passage d’un troupeaux de chèvres ensonnaillées, la conversation d’un couple qui prend l’apéritif sur un banc… Petites événements ponctuels. Puis très vite, tout s’estompe, le calme revient.
Espace propice à enregistrer, pour fixer cette ambiance amène.
C’est un lieu à longues pauses, à nuit tombante, un espace contemplatif, où il faut jouir de ce calme, de cette sérénité apaisante, de ce sentiment d’être dans un monde à part, protégé, à la fois bien vivant et échappant au stress et à la grande branloir du monde, comme disait Montaigne. Assurément un des plus agréable Point d’ouïe que j’ai connu depuis longtemps, lieu d’aucultation serein du temps qui passe devant mes oreilles ravies.

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

Point d’ouïe, Sabugueiro Opus 2

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En route pour des prises de sons !
Journée très chaude.
Je décide de grimper tout en haut du village, et même un plus haut.
La chaleur m’en dissuade, le paysage semble se liquéfier, et moi aussi.
Je redescends donc vers le bas.

Eau
Ma première impression, lorsque je suis arrivé Sabugueiro en voiture, par le haut du village, fut celle d’arriver dans une montagne très sèche, très aride.
La présence de plusieurs fontaines dans le village atténua vite cette impression.
Ma visite, magnétophone en main, du bas du village me fit changer complètement d’avis.
De l’eau partout.
Des dizaines de petites sources résurgentes le long d’un chemin très verdoyant.
Une rivière en contrebas avec un débit très soutenu pour la saison, et un espace de baignade aménagé .
A chaque mètre, de nouveaux sons aquatiques.
Une véritable collection, de quoi à penser à une forme de catalogue sonore d’un paysage liquide.
Ces dernières mois, Kaliningrad, Rabastens, Cublize et ici, l’eau poursuit décidément mes projets, les hante presque, ou les rafraichit parfois.
Je n’échapperai pas ici aux aux récurrences des eaux, pour mon grand plaisir.

 

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Cloche
J’arrive juste à temps sur la place centrale pour capturer quelques tintements de ce signal sonore pour moi incontournable.
Si j’avais à dessiner un paysage sonore en choisissant de faire entendre quelques sources emblématiques, je prendrais certainement les voix, les cloches, les fontaines, lavoirs, rivières, et des acoustiques réverbérantes, voire à échos.
De quoi à croquer un paysage à la fois habituel, et pris dans la spécificité acoustique de chacun de ses éléments, paysage singulier, avec de vraies signatures sonores.

Banc
Je teste un banc (d’écoute) sur une très jolie petite placette, dans le village historique. Des murs avec d’immenses dalles de granit, l’église, un lavoir, une fontaine, des arbres, des gens qui passent, qui devisent tranquillement, très peu de voitures…
J’ai l’impression d’avoir trouver ici un poste d’écoute ad hoc, une base, un épicentre, une halte ressourçante, un lieu d’écriture et de lecture sans doute, et qui sait de rencontres ou de croisement inopinés.
Et surtout, à nuit tombante, une sensation de tranquillité, de paix intérieure, de calme m’envahit. Le bonheur d’être dans un lieu beau et apaisé, loin des rumeurs, parfois fureurs, de la ville, au cœur d’une montagne accueillante.

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Voix
Juste à côté de mon banc. Des jeunes filles jouent, à quelque mètres de moi, avec un vielle chienne, Nina, harassée de chaleur, et qui, malgré l’insistance des fillettes, ne veut ni donner sa patte, et encore moins aller se promener.
Belle scène assurément, qui fait partie de ces instants magiques autant qu’imprévus, qu’un promeneur écoutant preneur de sons apprécie d’autant plus.

Chiens
Les chiens sont très nombreux dans le village.
Jeunes ou vieux, petits ou gros, ils se promènent tranquillement dans les rues, s’y allongent sans gêne aucune, généralement silencieux.
Parfois, on ne sait pourquoi, l’un d’un jappe virulemment après un de ses congénères. Affaire de territoire, vielle rancœur ?
Alors, tous semblent prendre partie, et un concert canin, aux aboiements épars venant de différents lieux, construisent un espace acoustique où les plans sonores se dessinent au gré des maîtres jappeurs.
Assez vite, tout se calme, et la torpeur ensoleillée nous engourdit à nouveau d’une douceur bienveillante.

Écriture/paysage
Les éléments du paysage se mettent en place progressivement, comme des offrandes auriculaires très appréciées, des matières généreuses à goûter, cueillir, retravailler.
Les premiers sons enregistrés, les premiers dérushages arrivent, tri des sons présentant un intérêt de par leur contenu, leur esthétique, et élimination impitoyable des autres, pour ne pas se laisser submerger par la matière, noyer dans une masse sonore trop abondante. Le numérique poussant parfois à une surenchère maladive, il s’agit de ne capter et de garder que ce qui a vraiment un intérêt, susceptible de raconter ce territoire de la Serra da Estrela en lui construisant un paysage sonore sensible, évidemment subjectif, et avant tout à portée d’oreille.

 

Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

 

Cartes des sons, Sabugueiro à première ouïe

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Une géographie sonore à construire, nomade, incertaine, racontée et fabriquée.
Arrivée in situ, pays inconnu, ou très peu. Je parle évidemment de mon expérience propre.
Prenons par exemple le Portugal.
Et même une région précise.
La Serra da Estrela.
Des montages, pas très élevées, mais bien montagnes quand même.
Des sommets arides, pierreux, un brin chaotiques, mais beaux, oui vraiment.
Des sommets ravagés, tondus par le feu vorace de récents incendies tout aussi voraces.
Un petit village pentu, niché en creux de montagne. Sabugueiro pour le nommer
Le plus haut du Portugal, pour lui donner une singularité géographique, entre 1000 et 2000 mètres d’altitude (Ile des Acores non comprise).

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J’y arrive un chaud après-midi.
Je m’y installe pour deux semaines.
Pour arpenter son paysage, sonore surtout, mais aussi ses paysages, dans toutes leurs diversités.
Pour en capter des bribes, et des ressentis, des ambiances et des singularités, ou non.
Peu de voitures, un petit oasis.
Première petite déambulation en fin d’après-midi.
Quelques points retiennent d’emblée mon attention, des « classiques ».
Une cloche sur un campanile à ciel ouvert, dotant une petite église de belles pierres grises, comme tout le centre historique du village, d’un chant un brin enroué.
Une fontaine qui glougloute joliment.
Une source entendue en contrebas.
Je n’approche rien de tout cela, gardant impression globale à creuser par la suite, détails à faire sourdre, microscopie sonore à zoommer.
Chaque chose en son temps.

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Un bar, au bas du village, avec terrasse ombragée et des clients locaux.
Premier point d’écoute, discrète.
Les hommes sont halés, colorés d’un soleil que l’on sent bien présent, sinon plus.
Ils parlent à voix fortes, avec des intonations qui ne sont pas sans me rappeler, toutes proportions gardées, celles que j’ai trouvées il y a peu le long de la côte Balte Russe.
De belles intonations, généreuses, un registre étendu, une dynamique gouailleuse, qui fait parfois passer, pour l’écoutant novice que je suis ici, une simple conversation pour une violente altercation.
Des rires tonitruants, enjoués, de multiples rires.
Encore une musique des lieux pour le non comprenant, linguistiquement parlant,que je suis également.
Une piste pour creuser mon projet « Prendre langue », ou comment faire paysage sonore des langues, accents, dialectes, du cru ou non.
Une première approche prometteuse pour lire et écrire, du pied et de l’oreille, du magnétophone et du crayon, un paysage sonore façon Desartsonnants.
A suivre…

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

PAS – Parcours Audio Sensible à Rabastens, l’oreille libertaire

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Il y a quelques mois, j’ai découvert un article sur les réseaux sociaux, lançant un appel à participation pour la 2e CIGAL Conférence Internationale des Géographes Anarchistes et Libertaires qui se tiendrait à Rabastens, dans le Tarn.
N’étant ni géographe ni vraiment libertaire, bien que beaucoup des pensées politiques soulevées par ces mouvements me questionnent régulièrement, je décidais de me renseigner auprès d’une organisatrice pour savoir quels étaient les critères pour y participer, après lui avoir décrit sommairement mes champs d’actions. Cette dernière me répondit que je pourrais proposer au comité organisateur un parcours sonore, ce que je fis. Ce dernier fut retenu dans la programmation finale.
Je me décidai alors de réserver une semaine entière à ces rencontres pour profiter un maximum des débats et ateliers, et ainsi mieux saisir les enjeux et les actions de ces géographes résistants, et des partisans activistes du « ni Dieu ni maitre », de l’ordre sans pouvoir, des gestions horizontales et autres mutualistes et communautarismes Zadiens. Notons d’ailleurs que Rabastens est tout près de l’ex ZAD de Civens, dont elle fut une base arrière militante. Cette militance a d’ailleurs survécu en partie à la ZAD, et demeure encore bien visible dans la petite ville, au travers notamment le très sympathique Banc sonore, un café restaurant culturel et en gestion coopérative et la radio Octopus qui siège au dessus.

Notons aussi la qualité de l’accueil, du magnifique Tiers-Lieu le « Pré vert » et de son jardin qui nous a permis d’entamer ou de poursuivre de beaux échanges; ainsi que la sympathique équipe de la friche industrielle transformé en lieu culturel la Fourmilière à Couffouleux, ville voisine de Rabastens, jusque de l’autre côté du pont enjambant le Tarn.

 

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Entre participation à des tables rondes, ateliers, conférences et promenades repérages pour préparer mon PAS, l’emploi du temps fut assez dense, et à la fois dans une relative tranquillité, plutôt apaisée, liée aux lieu comme sans doute aux nombreuses rencontres et discussions à l’esprit à la fois très engagé et somme toute bienveillant.

Concernant la programmation, assez fournie, il me fallut parfois faire des choix cornéliens pour décider de l’endroit où aller et surtout du sujet à choisir, devant la simultanéité de certaines interventions…

J’ai ainsi assister à un atelier autour de la philosophie du paysage, où différentes approches ont été mises en avant et discutées, nous sans quelques prises de paroles un brin virulentes et quelques débats que je qualifierais d’épidermiques. La notion de paysage, ce n’est pas la première fois que je le constate, n’est pas toujours, tant s’en faut, un sujet unificateur apaisant. Ses approches, voire appropriations enclenchent parfois des débats passionnées, s’ils ne sont pas houleux et polémiques. Le propre du débat n’étant pas de rester dans une douceur consensuelle, cet atelier au moins a montré des engagements, des passions, des contradictions et des ruptures dans lesquelles il faut néanmoins extraire les éléments positifs. Le paysage ne doit pas être, ou représenter un territoire de pouvoir accentuant les hiérarchies verticales. Il doit, ou devrait être un commun partagé, et non pas une aire de combat morcelée et éclatée par la toute puissance de la propriété à tous prix. Facile à dire !

Un atelier collectif nous a incité à réfléchir ce que pourrait être un lieu d’ expérimentation libertaire aujourd’hui. Les participants étant très nombreux, des groupes de travail ont creusé le sujet, montrant la diversité des approches, des attentes, des expériences. Mutualisation, collectivisme, gestion horizontale et partagée, lieux de résistance, de lutte, sociabilité et partage, utopies et actions in situ… les questions politiques, sociales, climatiques, démographiques questionnent plus que jamais les mouvements libertaires, et bien d’autres encore j’espère.

Autre présentation passionnante, celle d’un quartier Bruxellois, la Baraque, où se met en place depuis quelques années déjà une expérience d’habitat léger. Peut-on, pour des questions économiques, éthiques ou autres, vivre en toute légalité dans une roulotte, une caravane, yourte, cabane… Quelles règles de construction, législations ? Comment un groupe de militants activistes, chercheurs, infléchissent-ils les décisions politiques jusqu’à inscrit une ligne sur le code d’habitat Wallon reconnaissant des alternatives architecturales liées à l’habitat léger ? Des questions passionnantes et on ne peut plus d’actualité !

Beaucoup de sujets ont donc été abordés, débattus, économie solidaires, écologie, ZAD, actions participatives, fabrique des communs, gestion horizontale… tant dans les plénières, les ateliers, que dans les interstices informels, temps de pause, de repas. De quoi à questionner et remettre en cause bien des choses dans notre vie courante.

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Pour ma part, ma contribution était un PAS – Parcours audio Sensible, dont voici le texte de présentation initial.
« Cet atelier nous invite à effectuer un parcours d’écoute collective, intime, prônant un ralentissement positif et créatif, dans l’idée d’une décroissance sensorielle, d’un ré-équilibrage nous gardant connectés à nos paysages ambiants. Il nous convie à une déambulation lente, à privilégier des instants de silence, des zones de calme où l’on peut imaginer des ZEP ou Zones d’Écoute Prioritaires, des ZAD ou Zones Acoustiques à Défendre. Nous serons des écouteurs – acteurs, voire activistes en mode doux, n’imposant aucune suprématie sonore, voire la contestant, la combattant même. Ce parcours participe à l’installation d’une écoute partagée, à la recherche d’une esthétique
minumentale (versus monumentale), non invasive. Le PAS est une façon de s’immerger au coeur des sons, à la fois dans une expérience esthétique, mais peut-être également dans une forme de diagnostique montrant, ou plutôt faisant entendre, ce qui « sonne bien» et ce qui « dissonne ». Il convoque des prises de consciences, des positions vers des postures écologiques et sociétales. Le projet de mise en situation d’écoute, la proposition d’un statut ponctuel de promeneur écoutant, sont avant tout essentiellement contextuels (le lieu arpenté, les ambiances, les événements sonores, le groupe…) et relationnels, car mettant l’humain, plus qu’une quelconque construction esthétique, au centre de l’action. Rechercher par l’expérience sensible partagée, dans une écoute bienveillante, des aménités paysagères, des oasis sonores où l’écoute nous relie au monde, à l’autre, se sentir acteur engagé dans une dynamique de construction paysagère auriculaire, partageant une belle écoute, respectueuse, figurent parmi les principaux objectifs de cet atelier. »

Comme avant tous PAS, j’ai donc erré dans Rabastens, de haut en bas, de la vieille ville jusqu’aux rives du Tarn. En quelques mots, Rabastens est ville d’eau; le Tarn à ses pieds, d’incroyables lavoirs enterrés, des sources et encore des sources jaillissant jusque dans les sous-sols des maisons, des sons rafraichissants, parfois à la limite de l’envahissant, sans compter quelques belles averses… C’est également une ville de passages intimes. Une promenade arborée nous en fait parcourir le centre en boucle, et au travers de cet anneau, une multitude de ruelles étroites, chemins de traverse… Une belle configuration architecturale à marcher. Des sons qui se faufilent, sortent des fenêtres entrouvertes, parfois de façon assez comique et décalée. Et puis les lavoirs enterrés ! De toute beauté, visuellement comme acoustiquement. Des grottes sonores où l’eau, dans tous ses états, nous plonge dans un univers aquatique incroyable. Des réverbérations mettant en avant la simple gouttelette comme la source perçant impétueusement les parois d’une ville liquide, tonique, aux flux jaillissants, eaux libertaires elles aussi…
Notre groupe silencieux, comme à l’accoutumée, se faufile de ruelle en ruelle, pour finir dans les entrailles d’un lavoir à ausculter, avant que de marcher sous une averse elle aussi bien rafraîchissante, et de trouver refuge sous le barnum de libraires libertaires. Allitération oblige ! Le silence rompu, retour sur le parcours, moment de ralentissement, prendre son temps, écoute dans un geste collectif, partage d’ambiances, apaisement, retour aux sources, faire paysage dans l’auricularité, vivre les espaces sensibles à l’oreille, résister à la vitesse… Ces postures minumentales, bousculant le monumental pourtant bien présent dans la cité, trouvent dans le cadre de ces rencontres une place où je me sens naturellement en phase.

Rabastens en écoute

PAS – Parcours Audio Sensibles made in Russia

Pour une dizaine de jours, Desartsonnants est invité, dans le cadre d’un programme « Paysage sonore » par l’Institut Français de Saint-Pétersbourg à poser ses oreilles à Saint-Pétersbourg, Kronstadt, une ile voisine et Kaliningrad, dans un circuit auriculaire en bord de la mer Baltique. Quatre PAS, une conférence et un concert jalonneront ce périple Russe. Ma première … Continuer à lire … « PAS – Parcours Audio Sensibles made in Russia »

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Pour une dizaine de jours, Desartsonnants est invité, dans le cadre d’un programme « Paysage sonore » par l’Institut Français de Saint-Pétersbourg à poser ses oreilles à Saint-Pétersbourg, Kronstadt, une ile voisine et Kaliningrad, dans un circuit auriculaire en bord de la mer Baltique.

Quatre PAS, de nombreuses visites/repérages, une conférence autour du Soundwalking et un concert jalonneront ce périple Russe.

Ma première surprise sera visuelle. Après quelques mésaventures aéronautiques et aéroportuaires, changement d’une roue d’avion juste avant le décollage et disparition de ma valise à l’atterrissage, nous arrivons à Saint-Pétersbourg en milieu de nuit, entre deux et trois heures du matin. Et c’est là que je découvre ces fameuses nuits blanches. Des journées de plus de 18 heures de jour, qui laissent place, non pas à une nuit noire, voire sombre, mais à un superbe entre-deux où on ne sait pas si le jour tombe ou se lève. Des couleurs blanches, rosées, des ambiances qui me rappellent ces célèbres contrastes surréalistes de ville nocturnes sous un ciel diurne, telle « l’Empire des lumières » de René Magritte. Premier beau dépaysement !

Je m’apercevrai d’ailleurs que ces longues nuits, qui plus est chaudes à l’heure de mon séjour, ne sont sans doute pas sans conséquences quand aux ambiances sonores nocturnes dans la bouillonnante cité.

Premier jour, un départ pour l’ile de Kronstadt, toute proche de Saint-Pétersbourg.

Une ile sur la mer Baltique, en Russie, Kronstadt, est rattachée à Saint-Pétersbourg. C’est une histoire, presque une épopée de marins, de marine, de bateaux, d’explorations, de conquêtes ou de défenses, de conflits, de mer, d’architectures militaires, et/ou sacrées, de technologies guerrières, des mines, des torpilles, des sous-marins, d’arsenaux de révolution… Des parcs, friches militaires, port, une incroyable cathédrale maritime dans le style Byzantin, façon Sainte Sophie, rutilante et monumentale d’extérieur en intérieur, et puis des rues plus ou moins fréquentées, cette ville/ile ne se laisse pas appréhender si facilement qu’il n’y parait… Écouter cette cité, c’est aussi écouter le vent de la mer, omniprésent, tonique, qui semble chargé de récits épiques sous un ciel contrasté et changeant.

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Nous commencerons par une visite guidée qui permettra de situer ce contexte géopolitique si particulier de ce bout de terre, lui-même entouré d’un chapelet d’iles fortifiées, et ayant connu, entre 1917 et 1921, les premières grosses secousses de la Révolution d’octobre contre le régime Bolchevique, qui seront finalement écrasées par l’armée rouge. Une ile où s’armaient et se réparaient de gros bateaux, se fondaient des canons, puis se fabriquaient des torpilles, et où l’on croise toujours beaucoup de marins. Si l’on imaginait les sons de ce territoire bien en amont de notre exploration, les ambiances devaient y être radicalement différentes.

Le lendemain, nouvelle visite libre, accompagnée d’Irina, une bénévole de l’Institut Français qui, outre son talent d’interprète, m’expliquera très gentiment mille détails sur les territoires arpentés, qu’elle apprécie et connaît vraisemblablement très bien.

Je ferai quelques prises de sons, difficiles avec un vent tenace. Entre autre une percussion routière, où une grille de fonte aux motifs ajourés, posée sur la chaussée d’ un petit pont, fera que chaque passage de véhicule, selon sa vitesse, sera une véritable musique de claquements, réverbérés par le pont lui-même. Un objet sonore incroyable et rare dont le PAS public ne fera pas l’économie, mais bien au contraire, établira ici un point d’ouïe incontournable et surprenant.

Je capterai également, discrètement pour ne pas perturber la sérénité des lieux et les cérémonies religieuses, à l’intérieur de la cathédrale de la Marine, des chants Orthodoxes magnifiques, rythmés des cliquetis d’énormes encensoirs. Et, pour confirmer l’ambiance, une magnifique volée de cloches secouant l’ile d’une joyeuse cascade d’airain.

Le PAS sur cette ile fut suivi par une quarantaine de personnes de tous âges, jauge pour moi, qui ne promène généralement que 15 à 20 personnes, tout à fait inhabituelle, Et pourtant le groupe se montra très attentif, très réceptif, au cours de cette bonne heure et demi de voyage sonore.

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Des sons, il n’en manqua point. Des proches et des lointains, discrets ou prégnants, ponctuels ou continus, tel le vent grondant ce jour là. Pour moi, plus que pour les écoutants embarqués, la langue Russe, dont je ne comprends pas un mot, hormis spasiba, est une musique qui chante joliment à mes oreilles, et contribue à être partie prenante dans la construction mentale du paysage sonore in situ. La traversée de parcs nous permit d’aller ausculter végétaux et autres objets habituellement muets, mais que les gestes de parcourir, frotter, gratter à l’aide de stéthoscopes et autres longue-ouïes sonifient et j’oserais dire musicalisent en quelque sorte.

Un événement marquant, surprenant, totalement impromptu, survint lors de ce parcours. Nous nous arrêtons sous une voûte menant à une cour intérieure. J’adore les effets acoustiques que j’appelle « effet tunnel ». L’écoute très canalisée par un passage étroit qui oriente, filtre et dirige l’oreille vers deux fenêtres visuelles et acoustiques assez réduites. Alors que nous sommes arrêtés sur, ou plutôt dans ce point d’ouïe immersif, une automobile, une Traban pour être précis, démarre dans une incroyable pétarade, et s’arrête brusquement en coupant le moteur, à quelques mètres de nous, dans ce qui semble alors un étonnant silence. La scène, si inattendue, fait éclater de rire les enfants, et amuse également les adultes. Plusieurs personnes m’ont confié avoir cru que j’avais orchestré cette mise en son quasiment surréaliste. Je leurs ai assuré que cette apparition sonore était dû au plus pur des hasards, ce qui fut le cas. Les PAS ont bien souvent l’art de ménager des surprises où l’imprévu nous joue de beaux tours.

Ce premier PAS s’acheva par un très sympathique picnic où artistes invités et public purent échanger de vive voix, après le silence de la marche d’écoute, jusqu’à ce que la pluie ne se mêle de la partie, fort heureusement en toute fin de journée.

À Saint-Pétersbourg, étant logé dans le centre historique, je pus profiter des chaudes et lumineuses soirées pour arpenter le cœur de la ville, trouver un banc d’observation/écoute à ma convenance, dans le parc faisant face au Théâtre Alexandrini.

Une ville tonique, sillonnée de nombreux étudiants aux rires enjoués, avec ici et là de nombreux musiciens de rue où l’on peut entendre du gros rock, de la chanson traditionnelle et même, à plusieurs reprises des chansons réalistes Françaises. Les courtes nuits qui n’en sont pas vraiment et la chaleur estivale ces jours là contribuèrent certainement à cette joyeuse agitation.

Autre fait marquant, à l’oreille, le passage de bolides, à deux ou à quatre roues, plein gaz, sur la perspective Nevski, grande artère très circulante et passante du centre ville historique. Ce sont de véritables explosions sonores, à des vitesses plus que soutenues pour un centre ville, qui provoquent d’incroyables déflagrations acoustiques, que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion d’enregistrer. Et c’est là un fait courant qui se répète régulièrement, en journée comme en soiré, mais qui semble s’accentuer lorsque l’heure avance à nuit (presque) tombée.

Le centre de Saint-Pétersbourg, quadrillé d’avenues tirées au cordeau est donc tonique à l’écoute, si ce n’est parfois un peu plus, pour ne pas dire bruyant à certaines heures et dans certains lieux, son tramway parfois assez ancien en rajoutant épisodiquement une couche . Quelques grands parcs joliment arborés permettent néanmoins de trouver des zones plus calmes.

C’est finalement sur une autre ile, la Nouvelle Hollande, construite entre rivières et canaux, tout d’abord base militaire navale propriété de l’Amirauté, lieu du stockage de bois pour la construction des bateaux, et aujourd’hui, cédée à la ville de Saint-Pétersbourg, en plein réhabilitation, après plusieurs ambitieux projets urbanistiques. Elle est finalement aménagée puis ouverte au public, qui trouve là une sorte de poumon vert, non sans rappeler par ses aménagement attractifs le Parc de la Villette à Paris, ou certains quartiers de l’Ile de Nantes.

C’est donc dans un lieu non circulé, en tous cas par les automobiles que le guiderai deux PAS, l’un pour des étudiants en arts média, l’autre pour un groupe d’adolescent de 14/16 ans.

Comme à l‘accoutumée, un repérage précède les PAS publics. Une visite guidée tout d’abord, avec l’histoire de l’ile de sa « construction » à nos jours, toujours très instructive pour s’imprégner de l’ambiance des lieux, même si les sonorités d’aujourd’hui n’ont vraisemblablement plus guère de ressemblances avec ceux d’aujourd’hui. Puis un deuxième repérage libre, où je fixerai, approximativement, selon ce qui s’y passera, le parcours final.

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Le parcours est marqué de voix. Voix de tous âges selon les espaces traversés, promenades, aires de jeux, pelouses, espaces commerciaux. Nous trouvons sur cette ile une grand diversité d’ambiances, de scènes et de couleurs sonores, globalement assez gaies, et surtout échappant aux flux de la circulation urbaine. Les deux circuits, que ce soit avec des étudiants en arts média ou des adolescents se dérouleront très sympathiquement, sans même un casque de smartphone sur les oreilles !

En ce qui concerne la conférence, donnée dans une salle du théâtre d’Alexandrini, je présentai, devant un nombreux public, des exemples de parcours où les approches esthétiques et écologiques croisent très souvent leurs pratiques et propos. De nombreux échanges suivirent mon exposé, ce qui, pour un conférencier est toujours un exercice des plus agréables.

Je fis connaissance, lors de mon séjour, avec le preneur et ingénieur du son Xavier Jacquot, spécialiste de la mise en son pour le théâtre, avec qui nous eûmes de sympathiques échanges. Et je retrouvai également ma voisine Lyonnaise, l’artiste plasticienne Matt Coco, venue avec le centre National de création sonore GRAME, pour une exposition autour de l’art sonore. Le monde est décidément bien petit, en tous cas celui de la création sonore.

Mes hôtes de l’Institut Français m’avaient également organisé une rencontre avec Dmitry Shubin, dans son musée des instruments, au sein d’une surprenante friche artistique, bien cachée dans le centre de Saint-Pétersbourg. Une salle de concert, lieu d’improvisation, de musique expérimentale, abrite de nombreuses lutheries, instruments, objets sculptures, aux définitions fluctuantes, que je peux tester librement. Dmitri est un artiste à la fois très posé et bouillonnant d’idée et de projets. Il dirige un orchestre d’improvisation, travaille également dans le champ des musiques électroniques, électroacoustiques, du field recording. Il a notamment en vue d’enregistrer tous les ponts à mécanismes de la ville de Saint-Pétersbourg, ceux qui se lèvent pour laisser passer des bâtiments de gros tonnages, et ils sont nombreux ces ponts. Nous évoquons l’idée de faire un échange entre ceux de Lyon, non mécanisés, et ceux de Saint-Pétersbourg. Affaire à suivre.

Autre étape de mon périple, Kaliningrad, toujours en bordure de la mer baltique, mais quelques mille kilomètres au sud. En regard de Saint-Pétersbourg, cette ville est Oh combien différente ! Ex Königsberg, la cité est une enclave entre la Pologne et la Lituanie, sur les côtes de la Baltique.

Deux fois quatre heures de marches repérage sous une chaleur plombante, et à tombée de nuit, voire nuit tombée. Je découvre une ville enclavée, lovée au bord de la mer Balte, qui visiblement peine à se reconstruire de son anéantissement durant la dernière guerre mondiale. Elle a connu une reconstruction très hâtive, une population fuyante, questionnant encore aujourd’hui son devenir, ses fragilités, mais aussi l’enjeu de sa ré-urbanisation. Ville surprenante à bien des égards, et qui néanmoins propose de nombreux lieux étonnants, dans le bon sens du terme. Des lieux en déconstruction/reconstruction, espaces entre-deux, ni véritablement abandonnés ni pleinement reconstruits, se jouant dans certaines marges de l’indéfini. Des lieux étranges, mais d’une réelle beauté, pour moi, beauté sauvage du non tout à fait maîtrisé, d’une emprise urbanistique hésitante, en chantier. J’adore ces endroits mi figue-mi raisin, ces espaces entrecoupés de friches végétales ou bâties, entre maitrise urbaine et une certaine sauvagerie qui n’est pas sans me rappeler d’autres villes, notamment celles ayant connu un rapide et brutal déclin, voire effondrement économique ! Demain soir, un PAS public, où je suivrai certainement des chemins de traverse dans des ambiances phono-visuelles que j’espère un brin déroutantes.

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À Kaliningrad, était organisé cette année, comme les précédentes du reste, le festival « Sound Around » consacré aux arts sonores. La thématique de cette édition était assez proche de la création en espace public, avec des rencontres, un parcours sonore et un concert dans l’imposante cathédrale du centre ville.

Je croisai à cette occasion les artistes Audrius Simkunas, Forian Tuercke , Petra Dubach et Mario van Horik, et toute la sympathique équipe du festival emmené par Danil Akimov.

Les repérages effectués, le PAS va pouvoir emmener son public. Et là encore, une quarantaine de personnes m’emboiteront le pas, si je puis dire. Soit le double d’une jauge habituellement haute ! Néanmoins, au-delà de mes craintes initiales devant ce public très nombreux pour ce genre d’exercice, le groupe restera très soudé dans l’écoute.

J’ai choisi non pas la ville des canaux, cathédrale, et centre « historique », mais plutôt la ville où d’’immenses bâtisses, parfois à demi désertées, ménageant des zones de jardins sauvages, d’entre-deux en friche, de passages méandreux, d’espaces surprenants. Une zone globalement assez calme, où les sons prennent, comme souvent dans ce genre d’espaces, une place très marquée, précise, évidente dirais-je. Notre long cortège silencieux ne pas pas inaperçu, c’est le moins que l’on puisse dire ; mais cette fois, je n’entendrai pas, ou plutôt ne comprendrai pas les commentaires qui accompagnent les sourires ou mines étonnées, dubitatives, des passants croisés. Le parcours se révèle riche dans ses ambiances sonores où la voix et certaines activités sportives prennent une tournure esthétique des plus intéressantes. Après une assez longue boucle, je laisse, comme à mon habitude, les paroles se libérer, les questions fuser. Et l’échange final sera très intéressant de par les questions posées. Notons qu’ici, pour l’introduction comme pour le dialogue, une traductrice très sympathique et efficace me permet cette interface humaine sans quoi la communication et l’échange seraient assez difficiles. Durant tout mon séjour, différents traductrices, toutes plus compétentes les une que les autres m’ont grandement faciliter les choses, et je voudrais ici remercier tous les professionnelles de la traduction, croisées ici ou là, en Russie ou ailleurs, pour leur gentillesse et leur talent.

La dernière prestation de ma petite tournée Russe fut un concert dans la monumentale cathédrale de Kaliningrad. Pour ce dernier, j’avais préparé une série de séquences sonores de type field recording, essentiellement avec des sons captés sur l’ile de Kronstat. Un déplacement spatio-temporel en quelque sorte, des sons extirpés d’un lieu et rejoués dans un autre, quelques mille kilomètres plus au Sud, ce qui ceci dit, n’est pas une énorme distance à l’échelle du Pays.

j’utilisais pour triturer les séquences audio, dans une improvisation live d’une trentaine de minutes, un seul et unique logiciel, un multiplayer libre du GRM, d’une efficacité redoutable pour manier boucles et effets de granulation. Le superbe système de diffusion et l’acoustique des lieux feront le reste. On pouvait ici jouer, dans le bel et grand espace de la cathédrale, du presque inaudible jusqu’à une déferlante sonore littéralement décoiffante.

Et c’est après ce concert et une dernière soirée Russe avec les artistes, que je reprendrai le chemin de Lyon, après avoir goûté et joué avec les ambiances sonores de cette tranche Balte d’une Russie qui, dans ma mémoire, reste joliment sonore et accueillante.

Album photos

 

Carte postale sonore en écoute