Points d’ouïe et balades sonores, Du Mont Saint-Hilaire à Victoriaville, vers une géographie du sensible

Une bribe de Québec façon Desartsonnants

Première étape, Mont Saint-Hilaire – Victoriaville

Une fois n’est pas coutume, je vais englober, dans ces premiers parcours d’écoute, plusieurs déambulations, en solitaire, en duo, trio, dans trois balades écrites, reliées par un fil géographique sensoriel, sans véritable liaisons temporelles. La géographie du sensible me semble ici une notion pertinente pour donner une cohérence aux sites visités de l’oreille et partager ces chemins.

Tout d’abord, le Mont Saint-Hilaire, près de Montréal, ou tout au moins dans le village au pied, le long de la belle rivière Richelieu. Balade en trio, Au Milieu d’une vaste plaine céréalière, une haute colline s’impose, semblant émerger de nulle part, parée à l’heure de ma visite de toute les couleurs automnales des érables et des pommiers, du jaune au rouge vif, en passant par moult nuances ocrées. Dans la petite ville, un très grand quartier résidentiel, assez récent, alternant petits immeubles et maisons individuelles. Dans ce quartier, une zone « sauvage » surprenante, avec une végétation foisonnante et très variée, et tous les animaux qui l’habitent, traversable par un sentier discret. C’est une coupure assez franche, visuellement et auriculairement, avec les espaces lotis  qui bordent ce coin de prolifération végétale.

La coupure acoustique et aussi prégnante que la coupure visuelle, une zone urbaine, écosystème protégé, site oh combien privilégié et surprenant.

Tout près de Victoriaville, un ami m’emmène visiter on chalet, en pleine nature. Nature écrin, où le vert des prairies aux herbes encore vivaces, et tous les tons chatoyants et automnaux des érables font résonner une véritable symphonie colorée. Nous mangeons dehors, alors qu’un un grillon nous salue, dernier chanteur actif avant les proches frimas à venir. C’est pour toi me dit mon ami. J’en remercie l’insecte qui nous prolonge au creux de l’oreille une persistance, une résistance estivale, de ses stridulations chaleureuses.

A quelques pas, la prairie s’abaisse progressivement vers une rivière sinueuse. Un petit espace merveilleux, doucement agité de clapotis, de glougloutis, de milles frémissements d’une eau miroitante et capricieuse, venant buter sur des arbres et rochers. Les  profondes traces en saillies laissées sur les berges, laissent imaginer la force tumultueuse qui doit animer cette rivière à la fonte des neiges.

Nous restons là un long moment, sous un beau soleil d’automne, à respirer des yeux et des oreilles cette nature si généreusement offerte à tous nos sens comblés.

Il nous faut faire un gros effort pour s’arracher, le mot est ici assez juste, à ce site petit coin de paradis, et repartir travailler vers la ville.

Vocto nicolet

Puis Victoriaville, en solitaire, et en nocturne. Première halte de cette petite ville aux accents victoriens, sur un banc, tournant le dos à un super marché, et faisant face à une église, et la mairie. L’air est doux, soirée d’été indien. Le banc est positionné le long d’une très longue promenade piétonne et cycliste, menant vers des chutes sur la rivière Nicolet, à l’extrémité de la ville. Espace calme, détendu, bien que fréquenté par de nombreux piétons en familles, dont je capte les voix et l’accent du cru, qui ravit de leurs musiques les oreilles du tout nouveau arrivant que je suis. De nombreux véhicules électriques pour personnes âgées ponctuent également cette promenade de doux glissements discrets.

Départ à pied vers les chutes du Nicolet, à quelques centaines de mètres de là. Une série de petites cascades constituent les seules vestiges d’anciens moulins à scie. L’approche sonore de ces chutes se fait progressivement, un chuintement de plus en plus prégnant, acousmatique, car on ne découvrira les chutes visuellement qu’une fois franchi un pont de bois qu’une épaisse végétation longe, nous cachant la rivière en contre-bas. Ce chuintement aquatique se métamorphose progressivement en prenant progressivement de l’amplitude, morphing acoustique, se transformant en grondement avec toute une palette de bruits blancs, où aigus et graves se confondent. Je les perçois différemment, juste en tournant la tête, lentement, dans un sens ou dans l’autre, pour activer une série de filtres acoustiques, liés à la directivité de nos oreilles. Cette aquaphonie fait écho, et interfère avec les bruits de roulement de la circulation d’une large avenue en contre-bas. La nuit tombée renforce l’impression de baigner dans une ambiance aquatique, dans une atmosphère liquide, propre à nous faire sentir une profonde immersion sensible, dans ce paysage où nature et ville se confondent et s’interpénètrent assez joliment. Sans doute une des caractéristiques du Québec.

Je poursuis la promenade, retour vers la grande rue principale de Victoriaville, toujours en nocturne. Les promeneurs sont maintenant presque tous rentrés, les rues ont très calmes, quasi désertes en ce lundi soir. Je décide d’emprunter les chemins de traverses urbains, naviguant de droite à gauche, de gauche à droite, entre ruelles, passages, arrières de boutiques, parkings, impasses et cours intérieures… Bref, la ville que l’on explore rarement, intime et triviale, loin des clichés esthétiques, où un touriste lambda ne s’aventure guère, qui plus est de nuit.

Mais c’est pourtant ici que chantent les ventilations, les aérations, les climatisations, égrenant des graves, des aigus, des souffles continus, hoquetants, cliquetants, hachés, vrombissant ou hululant… Lorsque je parle du chant des ventilations, je pourrais faire frémir, voire hurler quelques riverains de ces machines soufflantes jour et nuit, et ans doute à juste titre. Cependant, je les écoute avec le décalage d’une oreille sensible aux rythmes, aux drones, offrant moult variations sur un continuo soufflant qui fait assez naturellement contrepoint avec les quelques véhicules circulant à cette heure-ci. Sons de ville que je capte de mon magnétophone, pour les remixer à ma façon, dans un mélange de sons aquatiques des chutes du Nicolet, à l’autre extrémité de la ville, de chuintements de pneus et de ventilations, comme des respirations et souffles urbains que la nuit pare d’une étrange ambiance très organique. Ville sensible, géographie sonore anthropomorphique…

Victo

A venir :

Victorialle – Drummonville avec des étudiants

Montréal, de ruelles en marchés

POINTS D’OUÏE, UNE EXPÉRIENCE LIÉE À L’ART RELATIONNEL ?

INTERACTIONS ET PRATIQUES RELATIONNELLES  ?

Durant une série de promenades, formations, rencontres, dans la belle province de Québec, nous avons récemment, avec Jocelyn Fiset, un ami artiste et directeur d’un centre d’art autogéré, le GRAVE , à Victoriaville, discuté de ma pratique sonore à l’aune de ce que l’on nomme parfois l’art relationnel.

Nicolas Bouriaud a d’ailleurs longuement développé le concept d’esthétique relationnelle.

Je questionne ici le projet Points d’ouïe pour tenter, sans doute en partie, de mieux définir, ou redéfinir, les spécificités et finalités de l’action, à l’aune donc d’une approche relationnelle.

Points d’ouïe a t-il du sens sans ses actions in situ, partagées de concert avec un public invité ou embarqué ?

Il me semble bien que non. Une des raisons d’être du projet réside dans le geste, l’action, le fait de confronter son écoute, son corps, ses pratiques, à un territoire donné, et de le partager avec d’autres écoutants.  Le faire est ici primordiale, il amène à de nouveaux plaisirs, mais aussi à de nouvelles consciences, celles de l’espace, de pratiques sociales, vers de nouvelles réflexions sur des problématiques en prise directe avec le terrain et ses usagers, passagers, résidents… Le faire ensemble est beaucoup plus pertinent que l’action isolée. Il soude une expérience partagée entre des participants, les aide à développer une énergie communicative, à se mettre en synergie les uns les autres, il contribue à embarquer vers de nouveaux territoires auriculaires.

Points d’ouïe existe t-il encore sans une proposer une réelle interactivité, une sorte d’espace exploratoire ludique, confrontant public et territoires/paysages sonores ?

La question est, avouons le, orientée pour  répondre par la négative. Il faut que l’artiste, tout comme les écoutants embarqués, déclenchent, par leurs gestes, leurs postures, leurs pensées, des réponses paysagères singulières. Il faut que ces réponses-mêmes induisent d’autres gestes et que ces gestes à leur tour enclenchent… L’interactivité n’est pas ici appuyer sur un bouton, passer sous le champ d’un capteur pour déclencher quelque chose. L’interaction, ce sont les nombreux et incessants dialogues et échos qui nous relient à un site, à des ambiances, à une superposition de couches paysagères, acoustiques, hétérotopiques. On ne peut pas se couper de ces réalités, décalages, frottements, de ces aller-retours entre hommes et lieux, provoqués notamment par la marche. Marcher, c’est provoquer des symbioses, des résistances, synthoniser ses sens en les excitant dans d’incessants réajustements, face à l’imprévu du territoire. La sérendipité convoque une interaction qui nous fait écrire des parcours sans cesse renouvelés, chemins de travers, bifurcations, impasses parfois, nouveaux départs… Bref, une interactivité qui enrichit fortement le projet, voire le maintient tout simplement crédible et vivant .

Points d’ouïe contribue t-il a tisser des relations interpersonnelles, à poser une réflexion concernant et impliquant une communauté d’écoutants, via ses relations avec différents espaces sonores ?

Là encore, une évidence s’impose. Ce qui est recherché, au-delà d’un plaisir immédiat, d’une sensibilisation à des problématiques esthétiques, écologiques, sociales, c’est bien aussi une émulation issue de ce qui va se passer entre les participants eux-même, avec l’artiste compris, qui va lui, tenter de catalyser ces énergies. Des énergies d’écoutes, des propositions qui ne viennent pas que de l’artiste, mais aussi d’individus réunis par une marche, un désir de partager un moment singulier, inhabituel, fabriqué de concert. Ce sont les regards, les sourires, des instruments ou objets qui passent de mains en mains, un dialogue qui clôt l’action en permettant d’évoquer ses ressentis, ses frustrations, ses gènes, ses plaisirs.

Le relationnel est au cœur de l’action, et l’artiste, en tout cas celui que je suis, fait tout pour qu’il en soit ainsi ! Un parcours n’est pas une chose inanimée, écrite de façon définitive et sans retour. Un geste d’écoute, une pensée, sont influencés par le terrain, mais aussi par les réactions contagieuses, rhizomatiques, d’un groupe, qui va se construire ses propres connivences, ses propres codes, même fragiles et éphémères, au fil des déambulations, des auscultations, des conversations… Points d’ouïe est un espace d’échange interconnecté entre le lieu, les sons et les écoutants, les artistes et tous ceux qui se laissent embarquer dans l’aventure. Points d’ouïe n’existe que par ses relations tissées de connivences et de partages. Le couper de ses bases relationnelles fait de lui une coquille vide, dénuée de sens, et qui somme toute n’a plus de raison d’être. Le Monde appartient à ceux qui l’écoutent, de concert bien sûr.

POINTS D’OUÏE À VICTORIAVILLE

SOUFFLES ET CHUINTEMENTS DE VILLES NOCTURNES

Old Air Conditioner

La nuit tombée, j’ausculte en marchant Victoriaville, petite bourgade québecoise…

Je capte ici et là, des chuitements aquatiques, automobiles, souflles cliquetants de ventilations…

Bruits blancs sur fondus au noir d’une nuit québecoise, la ville sans fard, souvent inécoutée…

La ville souffle, ici, souffler est bien jouer.

Elle s’éssouffle parfois, soupire, égraine ses respirations au fil de la rivière et des rues à demi endormies.

Des instants que j’affectionne tout particulièrement pour jouer au promeneur écoutant solitairte et noctambule.

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POINTS D’OUÏE – UNE GÉOGRAPHIE DE L’OREILLE ET DU PIED

POINTS D’OUÏE – UNE GÉOGRAPHIE DE L’OREILLE ET DU PIED

Le fait de déambuler de centres ville, en villes centres, de chemins de traverse en GR balisés, m’amène progressivement à me fabriquer une géographie personnelle, tracée à la force du mollet et à la curiosité de l’oreille.

J’ai dans la tête des sortes de cartes mixmédia où s’entremêlent couleurs, volumes, odeurs et sons.

Je conserve, rangés dans un coin de l’esprit, mais aussi en notes griffonnées, en sons réagencés, moult circuits parcourus en groupe ou solitaire.

Tout cela contribue à tramer un réseau reliant Lyon, Paris, Vienne, Tananarive, Toulouse, Victoriaville, Mons, Lausanne, Bruxelles, Florence… dans un parcours global organique, nourrit de points de vue et de points d’ouïe, incrustés dans une trame géographique qui n’en finit pas de s’expandre.

Je peux, à l’aune des chemins parcourus, de jour comme de nuit, construire une géographie du promeneur écoutant, ponctuée de points d’ouïe, haltes offertes à l’expérience, à la surprise, à la contemplation, à l’espace temps partagé…

Cette trace mémorielle, sonore, matérialisée car tissée de mots, jalonnée de cartes postales sonores, est une invitation à poursuivre encore et encore le chemin d’écoute, si sinueux et imprévisible soit-il.

Il faut, au détour d’un pâté de maisons, d’un bosquet, d’une rivière, trouver des postures, des modes de narration, qui seront en adéquation avec l’espace, le moment vécu, les ambiances, l’intimité, la synergie du groupe.

Il convient de ne pas reproduire des gestes telles des géographies types, comme un calque que l’on superposerait à différents lieux, quels qu’ils soient, trame rassurante sans doute, mais aussi carcan de reproductions anachroniques, sclérosantes et asphyxiantes.

Chaque marche, chaque rencontre, chaque projet, devient terrain de jeu où l’écriture, parfois sauvage, doit nous surprendre et nous ravir.

Sérendipité invitée, acceptée, recherchée.

Aujourd’hui encore, sur un chemin menant à une rivière discrète, le pont de bois la surmontant offrant des rythmes de basses fréquences au belles couleurs chatoyantes, avec un groupe d’étudiants en technique du son d’une université québécoise, nous jouons de concert à écouter. Nous nous essayons à faire sonner. Nous jouissons d’un retour à des gestes simples, gratter, tendre l’oreille, s’assoir, placer un minuscule son sur une pierre, un autre dans un arbre, faire chanter intimement le lieu, s’offrir un instant de plaisir qui restera gravé dans notre intime géographie sonique, à chacun la sienne.

Ce extrait de promenade s’imprime dans ma collection de vécus in situ, en même tant qu’il imprime une extension, une couche sensible et cartographique, tissant un paysage sonore quasi universel dans son geste d’écoute.

Chaque nouvelle expérience excite mon appétit à traquer les infimes, ou toniques singularités d’une ville, ses souffleries, ses grésillements, ses musiques envahissantes, ses accents, ses tintements de cloches…

Il me faut ensuite les conter, les transcrire, les rendre partageables, les inscrire dans un carnet informel qui les fixeront comme des traces dans lesquelles je pourrai venir  à l’envi, puiser des ressources, pour poursuivre et enrichir mon chemin d’écoute.

Ce sont ses déambulations sonantes qui me font réfléchir et agir, affiner une géographie en marche, au gré des lieux, des gens, des expériences à fleur de tympan, des parcours, ceux qui provoquent la rencontre, l’échange, la joie de faire à portée d’oreilles. Au fil des pas, se dessine une géographie intime, personelle, sensible, mais surtout vitale pour aller de l’avant.

POINTS D’OUÏE, AUTRES APPROCHES

POINTS D’OUÏE, AUTRES APPROCHES

Une point d’ouïe, comme un point de vue, n’engage a priori, que celui qui le propose, qui le définit, qui le défend, qui le partage…

Néanmoins, un point d’ouïe qui ne serait partagé que par un seul écoutant n’aurait pas grande valeur.

Un point d’ouïe se partage, dans ses approbations comme dans ses contradictions, dans ces acceptations comme dans ses réticences.

Un point de vue n’est pas donné, dans une spontanéité universelle, acquise d’emblée par tout une communauté d’écoutants. Il se conquiert, parfois de haute lutte, parfois avec une ferme ténacité, nécessaire pour travailler dans un long terme.

Un point d’ouïe est rarement uniforme, monobloc et d’emblée saisissable dans une intégrité évidente. Il superpose des couches sonores qui, selon les degrés de perceptions, les cultures, les postures, les disponibilités de l’instant d’écoute, les moments, les lumières, les accidents et aléas divers… constitue une matière sonore en perpétuelle recomposition. C’est une sorte de magma acoustique vivant, à la fois identifiable et sans cesse mouvant – magma qui parfois laisse percevoir une entité semblant  stable, solide, offerte aux oreilles sans trop d’effort, et à d’autres moments qui parait se matérialiser et de dématérialiser  sans cesse, comme une série d’ombres fuyantes, vibrantes, floues et éthérées.

Un point d’ouïe est un lieu de rencontre où regard, écoute et paroles se rejoignent, pour partager des paysages à construire et à vivre en commun, ne serait-qu’un instant d’écoute.

POINT D’OUÏE , DU LOCAL SINGULIER À L’UNIVERSEL PARTAGÉ

Ecoute, ici et là

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Je me pose sur un banc
encore et toujours
Pour un long moment
Pour un moment incalculé
Pour un moment instinctif
Se poser au cœur de la place
Où la vie bat son plein
Ecoutant
Tout simplement
Se poser comme un voleur de sons
Se poser comme un voyeur de sons
Mais ce ne sont là que d’innocents larcins
dénués de toutes mauvaises intentions
juste capturer
Pour jouir via l’oreille
de la vie
Envie de saisir les infimes et intimes singularités des lieux,
Mais aussi envie de se sentir
Très proches des hommes
Qui écoutent à ce même instant
ailleurs
D’autres choses inconcertées

D’autres choses partageables
Dans une grande cité criarde
Ou dans un hameau niché
Aux creux de montagnes paisibles
Envie de se sentir humain
Relié par une fenêtre acoustique ouverte
pavillon déployé de l’oreille
Comme un acteur écouteur universel
Pris dans l’inextricable enchevètrement
De cacophonies et d’harmonies conjuguées
Dans un monde bruisssonnant
Parfois même un brin trop bruissonnant

POINTS D’OUÏE – POSITIVER ENTRE MES DEUX OREILLES

AVEC L’OREILLE JE POSITIVE

@anja – Frictions urbaines – Balade sonore nocturne – Vitry/Seine – Gare au théâtre – septembre 2015

En parallèle à l’utopie, il y a le fait de positiver. Positiver n’est pas l’apanage d’une grande enseigne commerciale à la croisée des routes…

La positivation n’est pas non plus pure naïveté, elle ne nous bouche pas les yeux et les oreilles sur les dysfonctionnements, les crises, les tragédies, elle les reconnait, les prend en compte.

Le fait de positiver n’est pas un optimisme forcené, c’est aussi relativiser, sans se fourvoyer dans de grands rêves coupant de toute réalité.

C’est encore éviter de sombrer dans une noirceur terrifiante, paralysante, une fin du monde dans un grand marasme ambiant comme unique pensée, une reniement de toute valeur, de toute beauté, au profit d’une sinistrose suicidaire.

Positiver c’est par exemple croire que le paysage sonore n’est pas qu’un informe chaos, qu’il existe de superbes poches d’écoute au cœur même des plus gigantesques métropoles, que l’écoute peut, ici ou là, nous réserver mille surprises tonifiantes, que la parole, tout comme le vent, ou la musique des lieux, portent une beauté universelle, une part de rêve partagé aux quatre coins du monde, si l’on prend garde de se laisser une fenêtre grande ouverte sur le sensible, et l’autre…

@ Raymond Delepierre – Sentier des Lauzes – Juillet 2015

POINTS D’OUÏE ET NARRATIONS

La balade sonore comme une expérience de narrations audio-paysagères multiples

Chemin faisant, l’écoute se met en marche. Les lieux et toute leur vie intrinsèquement sonore se donnent alors à entendre. Le, ou plutôt les récits se construisent au fil des pas, des déambulations, des points d’ouïe, comme une combinaison quasi infinies de narrations à fleur d’oreille.

Histoire humaines, voix, gestes et activités entendues
Voix perçues, parfois empruntées, voire volées, un brin voyeuriste-écouteur, des bribes de conversations, ou de monologues… le rythme des pas déambulant et des gestes sonores, reflets d’activités journalières captées comme des histoires du quotidien, ou plus exceptionnelles, néanmoins transfigurées par l’attention auditive qui leur est portée…

Faune
Oiseaux pépiant, jacassant, hululant, caquetant, criards ou virtuoses de la vocalise chantante… Gibiers détalant, chats hurlant dans les nuits printanières, concerts de grenouilles coassantes en bord d’étang, brames de cerfs intempestifs et amoureux, frémissements d’insectes vibrants… de villes en espaces naturels, l’histoire naturelle, pour employer un ancien terme écolier se déroule à nos oreilles parfois étonnées d’une telle présence auriculaire.

Media
Sonorisations insidieuses, intempestives voire muzakement polluantes, bribes de musiques échappées d’une fenêtre ouverte, sirènes et autres hululements urbains, Hip-hop affirmé, anachronique, sous les colonnes d’un opéra, déambulations festives, revendicatives, rythmées et soutenus par de puissants sound-systems, harangues et scansions mégaphoniques… Les média s’installent, plus ou moins ponctuellement, avec plus ou moins de présence, dans l’espace public. Celui-ci envahit de même, parfois l’espace privé, ou bien inversement…
Le récit, notamment urbain, s’amplifie acoustiquement, se diffuse, se répend par un enchevêtrement de paroles, musiques, de dispositifs, de canaux…

Ambiances – un début et une fin – une trame, tissages, de passages en ruptures, de transitions en coupures – Une écriture in situ, in progress
Du départ à l’arrivée, le parcours est balisé, testé, validé, nonobstant les aléas, imprévus, accidents, et autres opportunités. Il propose une progression faite d’enchaînements et de ruptures, de fondus et de cassures, de points forts et de modestes trivialités… Il s’appuie sur des ambiances emblématiques, mais aussi des petits riens, un panel des choses à racommoder in situ, des objets poétisés dans le décalage de l’écoute collective, une histoire auriculaire à partager en commun…

Objets et autres choses animées
Une perceuse qui met en résonance et fait vibrer toute une façade de bâtiment, une fontaine qui chuinte, glougloute, une signalétique de feux tricolores pour aveugles qui « bip-bip » ou parle d’une voix synthétique, un engin de chantier qui gronde sourdement… Sans oublier les voitures, omniprésentes parfois, les choses volante… Tous ces objets, machines, mécanismes, viennent animer, révéler et participer à construire le récit un paysage sonore sans cesse renouvelé – Entre invasions, bousculements, bruits de fond et musiques urbaines.

Acoustiques, topologies, topophonies, des espaces qui se racontent
Des ruptures, de de transitions progressives, des effets acoustiques générés par les lieux-même, leurs topologies, les volumes, les formes, les matériaux de construction… Une histoire architecturale, environnementale, où les sons se jouent de l’espace, et vice et versa. Echos, résonances, réverbérations, étouffements, masquage, coupure,colorations, catalogue d’effets… Un vaste espace sonore pétris d’effets !

Champs, hors-champs
Des situations où la vue est directement liée à la chose entendue, où la relation cause à effet est évidente; d’autres où la source sonore est cachée, occultée, non vue, hors-champ. Des situations où l’on n’est pas sûr d’identifier l’origine du son, où le jeu consisterait plutôt à naviguer entre certitude et imaginaire, entre existant et construction purement mentale, onirique, paysagère, selon ses dispositions…

Multisensorialité – synesthésies
Parce qu’un sens ne fonctionne jamais seul, parce que l’activation, la mise en avant de l’un en dynamise d’autres, parce que la vue guide, stimule parfois l’écoute, et vice versa…

Des ambiances sonores colorées, des couleurs vibrantes comme des sons, des odeurs de viandes rôties mêlées, associées aux grésillements d’une rôtissoire, les senteurs de foin et de fleurs d’une prairie au soleil couchant d’une chaude journées estivale, ponctuée du pointillisme d’insectes stridulants… Les parcours d’écoute sont multiples et infiniment variés. Ils nous racontent, avec force sonorités, formes, lumières et couleurs, odeurs, parfums et fines flagrances, des ambiances où les sens se trouvent au cœur d’une immersion paysagère. Ils tissent une expérience sensible, poétique d’un espace sonore volontairement privilégié, sans pour autant être coupé d’autres sensations.

Des mots, des sons, des gestes Écrire les sons, les décrire, les mettre en mots, les coucher sur le papier, les transmettre… Construire ou recontruire, voire déconstruire des histoires sonores, field recording à l’appui,. Eventuellement, les installer, les mettre en scène. Ecrire aussi des parcours du bout des pieds et des oreilles, en les vivant, si possible de concert.

POINTS D’OUÏE – ÉTRANGES ÉCOUTANTS !

Un groupe d’écoutants Oh combien déconcertant en espace public

Prenez un groupe de 10 à 20 personnes.

Partez de concert pour un parcours d’écoute urbain.

Arrêtez vous quelques minutes ici ou là, sur des points d’ouïe intéressants, préalablement repérés, ou bien scène d’écoute singulière à l’instant T.

Ne dites rien, ne bougez pas, ne commentez pas, écoutez, tout simplement.

Regardez comme les passants vous scrutent, intrigués, voire inquiets, face à cette bande de conspirateurs silencieux, qui se regroupent et restent là, immobiles, sans rien faire, en apparence… Puis repartent, très lentement, avant que de recommencer leur étrange rituel un peu plus loin…

On nous épie du coin de l’œil, on nous évite, on ricane, on chuchotte sur notre compte, on n’ose pas vraiment traverser cet espace urbain, cette scène d’écoute, où sévit une étrange  secte se livrant à un cérémonial mystérieux, regard perdu mais oreille actives,  bien qu’invisiblement actives…

Le silence qui règne au sein d’un groupe, groupe que l’on repère bien comme menant une action commune, concertée, étonne de prime  abord et questionne le passant externe, le non initié.

Quelle étrange  visite guidée au cours de laquelle ne s’échange pas un mot.

Ici, le silence questionne plus que le cri ou le geste collectif. C’est une posture méditative, finalement peu courante sur la place publique, une ambiance quiète et oh combien inhabituelle, voire déconcertante pour le regard extérieur, dans  un espace public partagé plutôt soumis à une trépidance ambiante…

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